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  • ICOR : Appel aux dons pour le centre médical de Kobanê

    ICOR : Appel aux dons pour le centre médical de Kobanê

    Vous pouvez contribuer à la reconstruction écologique de la ville de la résistance !

    Avec le soutien de l’État turc d’Erdoğan, les terroristes de l’ÉI ont attaqué Kobanê le 15 septembre 2014. Pendant des mois, les combattantes et combattants des unités de défense populaires ont défendu avec toute leur force et dans des conditions inégales la construction d’une nouvelle vie au Rojava. L’ÉI a été vaincu par cet héroïsme et la ville est devenue le symbole de la lutte la plus avancée pour la démocratie et la liberté.

    Mais les dangers pour la révolution au Rojava continuent. En particulier, l’occupation d’Afrin préparée de longue date par l’État turc montre qu’il est plus urgent que jamais d’organiser la solidarité internationale, car la construction d’une vie libre et égale en droits au Rojava se poursuit malgré tous les obstacles !

    Dès le début, l’ICOR s’est positionnée du côté de la révolution et l’a soutenue. La construction d’un médical à Kobanê est un symbole de cette solidarité pratique. 177 brigadistes volontaires de 10 pays ainsi que des ouvriers locaux du bâtiment ont réalisé ce projet en 2015. Entre-temps, le centre médical a été aménagé en tant que maternité. Plus de 4 000 enfants y sont déjà nés depuis lors.

    Maintenant, c’est le moment d’aménager écologiquement le centre médical. L’installation d’une alimentation électrique indépendante et écologique est un objectif fondamental dans la région. Le centre médical veut aussi répondre à ces exigences, pour lesquelles les préparatifs sont en cours. Avec un système photovoltaïque très développé, le centre médical deviendra un modèle d’approvisionnement en énergie écologique et progressive dans la région. Nous voulons y contribuer et recueillir d’autres dons. L’initiative écologique du « Rojava » de « Solidarité Internationale » a déjà récolté 60.000 € pour le photovoltaïque et l’isolation thermique. Un total de 45.000 € est encore nécessaire.

    En tant qu’ICOR, nous continuerons à mettre en pratique la solidarité internationale de manière exemplaire.

    A cette fin, nous appelons à des actions créatives, des activités et des événements, à la fois pour apprendre et promouvoir cette solidarité et pour collecter des dons.

    Chaque contribution compte !

    Pour faire des dons :

    « Solidarité Internationale e.V. » :

    IBAN : DE86 5019 0000 6100 8005 84

    BIC : FFVB DEFF (Frankfurter Volksbank)

    Mot-clé : « Reconstruction écologique Kobanê ».

    Votre don sera utilisé exclusivement pour la construction du centre médical de Kobanê !

  • Deux lettres de Turgut Kaya

    Deux lettres de Turgut Kaya

    Actuellement en grève de la faim depuis 35 jours, Turgut Kaya et son camarade Hidir Gönek sont menacés d’extradition depuis la Grèce vers la Turquie.

    Vous pouvez consulter le communiqué ici pour de plus amples informations. 

    Il nous a été transmis deux lettres de sa part, que nous avons traduit de l’anglais vers le français. 

    Il s’agit de documents inédits en français, que nous vous invitons à diffuser le plus largement possible.

    Sentir l’odeur de la faim.

    J’ai eu la chance de passer le nouvel an de 2014-2015 avec Gregori Konstantinoplu, qui est l’un des plus grands communistes que le peuple Grec ait pu élever. J’ai appris que le peuple Grec a une tradition de faire des gâteaux a chaque nouvelle année, de mettre une pièce dans l’un d’entre eux et la première personne qui le trouve porte le premier toast du nouvel an et formule un vœu pour la nouvelle année. Bien sûr, après de rapides mouvements de sa main, le camarade Gregori trouva la pièce et fis ses vœux :

    « Je souhaite que la nouvelle année apporte la joie au peuple de Turquie. »

    « Je souhaite qu’elle apporte la joie au peuple Grec »

    « Je souhaite le succès pour notre parti frère le TKP/ML »

    Ce grand camarade, élevé par le peuple Grec, nous montrait de nouveau ce que la solidarité internationale signifie. Il nous honorait, comme un grand camarade du Parti Communiste avec sa pratique et ses mots. Sa perte fut importante pour le peuple Grec et pour le peuple Turc. La leçon qu’il nous a donné se montre elle même dans la dialectique de la vie.

    La solidarité et la gentillesse du peuple Grec au trentième jour de la grève de la faim que j’ai commencé, après la décision de l’état Grec, pour obtenir une libération immédiate et l’annulation de l’extradition nous a montré que les plus grands amis du peuple sont le peuple lui même. Bien sur, le fer de lance de cette solidarité internationaliste révolutionnaire est le peuple Grec. Au point où ils ont porté haut les actions de solidarité pour ma grève de la faim et pour notre libération, moi et mes amis et camarades. L’aide apportée par les signatures, les venues aux différents stands et l’expression de pensées et de soutien sont historiquement un des plus beaux exemples de solidarité internationale.

    A cette occasion, si nous suivons les mots du camarade Gregori dans un sens opposé, puisse l’avenir apporter au peuple Grec une vie sans classes, sans exploitation et sans frontières. Puisque ce peuple précieux a souffert d’innombrables souffrances et les plus sombres persécutions, ils le méritent. Le peuple Grec ne laissent pas un révolutionnaire Turc seul quand il sent l’odeur de la faim. Même si cela est spontané, c’est un magnifique exemple du caractère internationaliste de la solidarité et la capacité d’unité de ce peuple.

    En ces jours, où je ressent cette odeur de la faim, je dois aussi remercier le TKP/ML (Parti Communiste de Turquie – Marxiste Léniniste), les pionniers communistes du peuple de Turquie, composé de Turcs, de Kurdes et diverses nationalités Depuis sa fondation, en prison à Amed à la mort, jusqu’à la mort et les longues grèves de la faim de 1996 et 2001, c’est le TKP/ML qui a la pratique la plus concrète et qui ne laisse pas les positions vacantes. Nous tenons modestement, en tant qu’étudiants de cette pratique, cette ligne de résistance. C’est cette histoire qui doit être appréciée.

    En cette période, c’est aussi important de montrer que les actions, manifestations et communiqués de l’ATIK, Yeni Kadın ve Yeni Demokratik Gençlik, actif en Europe de l’Ouest, et toutes les organisations migrantes constituent un bel exemple de solidarité internationale et révolutionnaire. Particulièrement les camarades de Yeni Kadin et du YDG, affiliés à ATIK, qui ont atténués le souffle de la faim avec leurs longs efforts pendant cette période et ont encore réchauffé le cœur de la camaraderie.

    Il faut aussi mentionner Partizan, SMF, Devrimci Parti, ESP et HDP, qui ont envoyé leur support et solidarité depuis la Turquie. Tout ces efforts ont crée le plus bel exemple de solidarité révolutionnaire, d’unité – qui est la plus grande arme du peuple – et faire front ensemble contre le fascisme.

    Tout en ressentant le souffle de la faim, je veux exprimer que la solidarité des Grecs, des organisations, les communiqués de solidarité des organisations révolutionnaires et démocratiques en Europe de l’ouest et en Turquie ont donné force à la résistance; s’unir contre les intérêts des réactionnaires par le peuple de Turquie et de Grèce et montrer l’existence de la solidarité internationaliste est notre plus belle victoire.

    À cette occasion, je souhaite rendre hommage au grand communiste Gregori Konstantinopolu en cette deuxième année de deuil et clamer que nous continuerons de perpétuer son héritage entre les peuples Grecs et Turcs et parmi les organisations révolutionnaires et démocratiques.

    Longue vie a la solidarité internationale!

    Turgut Kaya

    Juillet 2018

    Le gouvernement de Syriza laisse un révolutionnaire mourir!

    Je suis au trente-troisième jour de la grève de la faim que j’ai commencé en protestation contre la décision de l’État grec de laisser passer mon extradition vers le régime fasciste Turc d’Erdogan. Au trente-deuxième jour de cette grève, au delà de la visite que j’ai reçu du parti Syriza, et non du gouvernement de ce même parti, aucune action concrète a été entreprise depuis le premier jour.

    La délégation du parti Syriza n’est pas allée plus loin que l’expression de leurs vœux et désirs et m’ont demandé d’arrêter la grève en me disant que “c’est mal pour un révolutionnaire de se faire du mal par une grève de la faim”.

    Pendant que j’étais en Grèce avec mon identité de révolutionnaire, j’ai été arrêté par létat Grec à cause d’un mandat d’arrêt d’Interpol posé par l’état fasciste Turc. La justice Grec qui prétend être démocratique et progressiste ont collaboré avec l’état fasciste Turc en passant la décision de m’extrader.

    Cette décision n’as pas été faite contre moi personnellement mais contre les principes et valeurs du parti prolétarien que je n’ai jamais trahis. Personne ne devrait s’attendre à une acceptation de ce fait de notre part. Nous allons résister encore et encore et se battre tout comme nous l’avons fait dans des centres de tortures et dans les cellules de prisons de type F du fascisme contre les attaques commises contre les révolutionnaires. C’est la tradition de notre parti et un essentiel de tout communiste. C’est pourquoi je n’arrêterais pas ma grève de la faim avant qu’une action concrété sera actée selon mes demandes.

    Le gouvernement de Syriza d’un côté disent que l’extradition n’auras pas lieu à travers des chaînes non officielles mais jouent aux trois singes de la sagesse de l’autre côté. C’est la caractéristique naturelle de la bourgeoisie ; sans face et opportuniste. Un gouvernement qui se vend comme des radicaux de gauche mais qui se taisent quand la vie d’un communiste est en jeu. Cette attitude est inacceptable.

    Tant qu’ils n’accomplissent aucune action concrète, le gouvernement de Syriza et son ministre de la justice S. Kondosis vont laisser un communiste mourir. Rien ne pourra jamais justifier la mort d’un communiste, pas même la réaction de l’état Turc. Il est bien connu que l’état fasciste Turc, au delà des communistes et autres révolutionnaires, massacre et emprisonne les démocrates et toute forme d’opposition, visant spécifiquement la lutte du Peuple Kurde pour la démocratie.

    Esquiver les réactions d’un régime de cette sorte signifie une collaboration avec ce dernier. Le vrai problème n’est pas subir la réponse d’un régime fasciste. Prendre position contre les atrocités commises par le régime fasciste Turc et Erdogan est essentielle pour devenir un vrai gouvernement progressiste et démocratique.

    Les Communistes ne masquent pas leurs opinions peu importe le lieu et leurs conditions, ils voient comme un devoir le fait de dire au public ce qu’ils pensent être juste. La réalité que je vis aujourd’hui est une expérience importante pour voir comment un gouvernement auto-proclamé démocratique peut montrer sa vraie face quand ses intérêts de classe sont questionnés.

    La bourgeoisie n’hésitera pas à appliquer toute sorte de politique réactionnaire contre le peuple, et spécifiquement les communistes, quand il s’agit de leurs intérêts de classe. Donc nous n’hésiterons pas à faire ce que nous devons faire en tant que représentants de nos traditions. Nous continuerons notre résistance contre cette attaque.

    Mes demandes sont claires. Le gouvernement de Syriza sera responsable des conséquences tant qu’ils gardent le silence. La seule chose qu’il reste a faire pour trouver une solution à ce problème est l’arrêt du processus d’extradition et ma libération immédiate. Cette tâche politique, je l’ai hérité des traditions de notre parti plutôt que d’une décision personnelle.

    Je salue tout ceux qui ont apporté du soutien à cette décision politique et je vous souhaite le meilleur pour votre lutte!

    Nous vaincrons!

    Longue vie àla solidarité Internationale.

    Turgut Kaya

    2 Juillet 2018

     

  • Résolution commune de l’UPML et de l’UCL pour exiger la libération de Turgut Kaya et de Hidir Gönek

    Résolution commune de l’UPML et de l’UCL pour exiger la libération de Turgut Kaya et de Hidir Gönek

    La justice grecque au service des assassins turcs !

    Liberté pour Turgut Kaya et Hidir Gönek !

    Turgut Kaya et Hidir Gönek, deux militants révolutionnaires turcs réfugiés en Grèce ont été incarcérés durant le mois d’avril, pour répondre aux désirs de la Turquie. Celle-ci a lancé un mandat d’arrêt international à l’encontre de ces deux militants, du fait de leur appartenance supposée au Parti Communiste Turc / Marxiste-Léniniste. Elle exige désormais leur extradition.

    Les polices d’Europe font le sale boulot de la dictature fasciste turque.

    Il ne fait aucun doute que le but recherché par la Turquie est celui de briser ces militants, qui sont déjà passé maintes fois entre les mains des tortionnaires d’Ankara. En protestation, ils sont depuis en grève de la faim. Turgut Kaya, journaliste révolutionnaire a, depuis 34 jour, cessé de s’alimenter. La dégradation de son état de santé a imposé son hospitalisation.

    Ce n’est pas de gaîeté de cœur que ces deux hommes sacrifient leur santé. Ils savent ce qui les attends si la parodie de justice impose leur extradition.

    L’Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste et l’Unité Communiste de Lyon dénoncent cette collaboration internationale pour étrangler les droits démocratiques en Turquie.

    Nous appelons à la condamnation internationale du régime d’Ankara et de ses pratiques de traque et d’élimination de l’opposition.

    Nous appelons à des manifestations de solidarité envers ces camarades pourchassés.

    Aucune collaboration avec la police d’Ankara ! Coupons les tentacules de la dictature fasciste !

    Solidarité internationaliste avec ceux et celles qui luttent contre le régime criminel d’Erdogan !

    Résolution de protestation et communiqué : 

    Liberté pour Turgut Kaya et Hidir Gönek !

    Solidarité pour la libération de Turgut Kaya et Hidir Gönek et contre leur extradition vers la Turquie fasciste.

    Les camarades Turgut Kaya et Hidir Gönek, militants révolutionnaires, sont détenus depuis avril dans les prisons grecques, alors qu’ils y étaient réfugiés. Depuis 34 jours, ils sont en grève de la faim pour protester contre leur extradition prévue vers la Turquie d’Erdogan, prison des peuples et fer de lance de la répression dans la région.

    Nous venons d’apprendre l’hospitalisation de Turgut Kaya, du fait de son état d’extrême faiblesse physique. Turgut Kaya ne connaît que trop bien le sort qui l’attend dans les prisons de l’autre côté de la mer Egée. Journaliste engagé, il a été arrêté en 1992, en 1994, en 1997 et en 2006, en Turquie, subissant à chaque fois la torture, l’isolement, les mauvais traitements et les humiliations. Déja, en 2015, les Grecs l’avaient interpellé avec la volonté de le remettre aux mains des fascistes turcs.

    Chaque fois, l’accusation d’être militant dans l’organisation TKP/ML, interdite en Turquie, a été retenue. Chaque fois, Interpol et les polices locales se sont fait les relais du régime fasciste turque. A ces criminels, nous opposons notre solidarité, notre entraide, notre volonté de construire un front antifasciste et anti-impérialiste mondial.

    Nous exigeons la libération immédiate et inconditionnelle de Turgut Kaya !

    Nous exigeons l’annulation de la décision de son extradition en Turquie !

    Nous condamnons la collaboration policière et réactionnaire entre les États européens et les Gestapo du régime turque !

    Nous saluons la lutte des forces révolutionnaires au sein de l’État turc. La solidarité internationale n’est pas un mot jeté en l’air. Ici, dans les citadelles de l’impérialisme, tout comme dans les Etats intermédiaires ou dominés, nous formons un front unique de lutte contre l’impérialisme et le capitalisme. Chaque attaque des réactionnaires ou des agents de la grande bourgeoisie est une attaque contre l’ensemble de la lutte révolutionnaire internationale.

    L’Unité Communiste de Lyon et l’Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste appellent à des rassemblements de solidarité pour Turgut Kaya et pour Hidir Gönek, ainsi que pour l’ensemble des prisonniers politiques progressistes et révolutionnaires détenus en Turquie et dans le monde.

    Liberté pour Turgut Kaya !

    Liberté pour Hidir Gönek !

    Unité Communiste de Lyon

    Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste

    Freedom for Turgut Kaya and Hidir Gönek !

    Solidarity for the liberation of Turgut Kaya and Hidir Gönek, and against their extradition to the fascist Turkish regime.

      Comrades Turgut Kaya and Hidir Gönek, revolutionnary activists, are being detained since April in Greek jails. For 33 days, they started a hunger strike to protest against their departure to Erdogan’s Turkey, a large scale people’s prison and the forefront of reactionary repression in the region. 

      We just learned that Turgut Kaya has been hospitalized, because of an extremely weakened physical state. Turgut Kaya knows too well the horrors that awaits him in the detention centers on the other side of the Aegan sea. Beeing an activist journalist, he has been arrested many times, in 1992, 1994, 1997 and in 2006, in Turkey, suffering torture, isolation, inhuman treatments and humiliations. The Greek state already arrested him in 2015 with the intent to send him back to the Turkish fascists. 

      Each time he got arrested, the accusation of being a member of TKP/ML, heavily repressed and considered illegal in Turkey, was admitted by the prosecution. Each time, Interpol and the local police were the proxies of the Turkish fascist state to track down syndicalists, activists, progressives and revolutionaries. To these criminals, we oppose our solidarity, our mutual help, our will to confront Imperialism and Fascism worldwide.

      We impose the immediate and inconditional liberation of Turgut Kaya. We strongly condemn the collaboration between European states and the gestapo of reactionary states.

      We salute the struggle of revolutionary forces inside of the Turkish state. International solidarity is not a thrown out word. Here, in the core of Imperial forces, just as in the dominated or intermediate states, we all form a collective front against imperialism and capitalism. Every attack from reactionaries or proxies of the bourgeoisie is an attack against all of the international revolutionary struggle.

      Unité Communiste de Lyon call for direct mobilisation for the liberation of Turgut Kaya and Hidir Gönek, as well as all progressive and revolutionary political prisoners detained in Turkey and all around the globe. 

    Freedom for Turgut Kaya ! 

    Freedom for Hidir Gönek !

    Unité Communiste de Lyon – Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste 

    Member of ICOR’s friends

  • Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » – partie 5

    Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » – partie 5

    Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche »

    Partie 5 : Les voies sans issues.

    Le populisme, quelque soit sa forme, n’est pas une issue pour les exploités et les exploitées. Il ne porte en lui que les ferments de la défaite et de la soumission aux intérêts des fractions les plus réactionnaires de la grande bourgeoisie. Cette voie est sans issue.

    Fondamentalement, la question sous-jacente, derrière le populisme, est celle, immense, du réformisme. Pas uniquement le réformisme « conscient » et assumé, mais également celle du réformisme insidieux, niché dans ce qui pourrait passer pour des détails, mais qui est, en réalité un ensemble de questions fondamentales et stratégiques. Ce qui démarque une organisation réformiste d’une organisation révolutionnaire n’est pas simplement que quelques mentions incluses dans les corpus de textes, ce n’est pas qu’une question de symbole. Il s’agit de questions profondes, dont les ramifications et les implications se retrouvent tant dans le fonctionnement de l’organisation que dans sa structure et dans son programme (au sens de programme de développement et d’action, pas au sens de programme électoral.)

    Au delà du Parti Socialiste, rares sont les organisations d’ampleur ou les individus qui les soutiennent, à se dire réformistes et à assumer clairement le fait de ne voir de changement possible qu’au sein du cadre électoral. La connotation du terme réformiste est fort médiocre et renvoi une image fort peu attrayante. C’est pour cela qu’il est toujours préférable, y compris pour le plus plat des réformistes, de se maquiller derrière le terme de révolutionnaire. Même les fascistes les plus réactionnaires et les plus fervents laquais de la grande bourgeoisie tentent d’usurper ce terme.

    L’usurpation passe par jouer avec les mots, en parlant de révolution avec des conditions implicites ou explicites. Révolution dans le cadre des institutions, révolution nationale, révolution citoyenne… ect. Les variations ne manquent pas. Dans les faits, deux voies se dégagent, celle de l’économisme et celle de la politique réformiste.

    Les organisations révisionnistes -au sens de celles qui ont jeté par dessus bord le marxisme pour en adopter une version où la transition vers le socialisme se fait de manière pacifique- sont des maîtresses dans l’utilisation de termes cryptiques pour donner du corps à leurs dires, donner des perspectives à leurs auditeurs, mais qui sont bien en peine d’expliquer le détail de leur affaire. Bien souvent les revendications sont purement et simplement économiques, un meilleur salaire, un meilleur emploi, des retraites plus fournies… en somme celles d’un syndicat. Quant au politique, il est relégué sous des revendications dignes de la fin des années 40 et des concessions avec les gaullistes : nationalisation. Comme si la propriété juridique des moyens de production définissait les rapports de productions. Tout au plus, parle t’on de nationalisations démocratiques sous contrôle ouvrier, chose dont la définition n’est jamais donnée. Comment est-il mis en place ? Sous quelle forme ? Qu’est ce qui le différencie de l’autogestion yougoslave, voir même de la cogestion à l’Allemande ? Tout est laissé à l’imagination.

    La seule référence est celle apportée par un Daniel Bensaïd, militant à la LCR, lequel parle de l’application du programme de transition trotskiste. Dans le même ordre d’idée, les trotskistes se refusent à dépasser l’horizon des revendications économistes. Ce plafond de verre explique les déclarations de Philippe Poutou et de Nathalie Arthaud à la dernière présidentielle. Loin de briser le « quatrième mur » celui de la dénonciation de la dictature de la bourgeoisie, les déclarations sont restées dans le sillon du jeu de la bourgeoisie. Des revendications économiques impossibles à satisfaire sous le capitalisme, une négation de la question du pouvoir et de la révolution -de peur d’effrayer les masses- en somme, une position réactionnaire, puisque ce mettant non seulement à la remorque des parties les plus avancées des travailleurs, mais tirant même leur réflexion en arrière, vers l’économisme et le trade-unionisme le plus plat. Ces organisations reculent devant l’obstacle, et mènent des combats d’arrière garde sans jamais chercher à aller plus loin. Ce sont des organisations qui condamnent à l’attentisme, à l’inaction, au dépérissement. Nullement étonnant qu’elles soient court-circuitées et dépassées par d’autres, pourtant elles aussi bardées de failles.

    Si l’autre est politique et pose la question de l’accès au pouvoir, ce qu’elle y fait est –in fine– pire. Le réformisme comprend la nécessité du pouvoir pour transformer la société, mais, en revanche, est incapable de dépasser la conciliation de classe avec la bourgeoisie. Autour de théoriciens comme Kautsky ou Bernstein, les réformistes ont tenté de justifier leur renoncement derrière des arguments qui ne résistent pas à l’examen. Ils ont escamoté la dictature de la bourgeoisie de leur théorie, ils ont escamoté le défaitisme révolutionnaire et l’anti-impérialisme. En catimini, en fraude, ils ont inséré le soutien à l’impérialisme, en affirmant que la victoire totale et mondiale d’un « super-impérialisme » apporterait une exploitation dans la paix et la condition préalable à l’unité prolétarienne et au triomphe de ses revendications.

    Pour accéder au pouvoir, les réformistes se sont montrés prêts à tous les opportunismes. Qu’importe qu’il faille promettre monts et merveilles, qu’importe qu’il faille même flatter des conceptions réactionnaires, tant que la fin est accomplie. Mais cette fin d’accession au pouvoir, une fois acquise, qu’en font-ils ? Hormis les rares moments où ils sont portés par un mouvement social – dans lesquels ils agissent en vampires-, comme durant le Front Populaire ou au début du mandat de Mitterrand, ils se tournent très rapidement vers la capitulation. Pire, en se prétextant « bouclier du peuple », en voulant le « protéger », tout en maintenant un consensus avec la bourgeoisie, ils devancent les désirs de celle-ci. Ils œuvrent au nom des masses, mais pour le compte des grands bourgeois. Comme le maintient ce ce consensus est placé au dessus de tout -il garantit les places au chaud pour les cadres des partis réformistes, des rentes confortables, mais leur évite aussi d’avoir à sortir d’un rapport de cogestion de la misère et de l’exploitation- les réformistes sont les fers de lance de la répression. Le souvenir des Spartakistes, en 1919, ne doit pas être oublié, car il illustre le véritable visage des réformistes : phrases sociale, unité avec les réactionnaires les plus virulents.

    Ni l’un, ni l’autre n’avancent. Comme l’écrivait Marx, dans le 18 Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte : « Mais le démocrate, parce qu’il représente la petite bourgeoisie, par conséquent une classe intermédiaire, au sein de laquelle s’émoussent les intérêts des deux classes opposées, s’imagine être au-dessus des antagonismes de classe. Les démocrates reconnaissent qu’ils ont devant eux une classe privilégiée, mais eux, avec tout le reste de la nation, ils constituent le peuple. Ce qu’ils représentent, c’est le droit du peuple ; ce qui les intéresse, c’est l’intérêt du peuple. Ils n’ont donc pas besoin, avant d’engager une lutte, d’examiner les intérêts et les positions des différentes classes. Ils n’ont pas besoin de peser trop minutieusement leurs propres moyens. Ils n’ont qu’à donner le signal pour que le peuple fonce avec toutes ses ressources inépuisables sur ses oppresseurs. Mais si, dans la pratique, leurs intérêts apparaissent sans intérêt, et si leur puissance se révèle comme impuissance, la faute en est ou aux sophistes criminels qui divisent le peuple indivisible en plusieurs camps ennemis, ou à l’armée qui est trop abrutie ou trop aveuglée pour considérer les buts de la démocratie comme son propre bien, ou encore, c’est qu’un détail d’exécution a tout fait échouer, ou, enfin, c’est qu’un hasard imprévu a fait comprendre cette fois la partie.

    En tous cas, le démocrate sort de la défaite la plus honteuse tout aussi pur qu’il était innocent lorsqu’il est entré dans la lutte, avec la conviction nouvelle qu’il doit vaincre, non pas parce que lui et son parti devront abandonner leur ancien point de vue, mais parce que, au contraire, les conditions devront mûrir. »

    Face au mur de l’échec et de l’incapacité, deux voies de sortie se forment, à celles et ceux qui restent dans cette stratégie. Celle du dogmatisme atemporel, dans lequel se réfugient les trotskistes, rêvant du moment où la révolution se fera, pestant contre les « trahisons », incapable d’examiner la réalités, formulant des pronostics idéalistes, sur la base de grands principes, incapable de comprendre leur propre rôle dans cet échec.

    Celle de ceux qui, comme la viande pourrie, laissent filer un jus puant. Cette décomposition donne naissance à l’opportunisme le plus crasse, le plus sale, celui des Valls, celui des Collomb, celui de ceux qui sautent à pied joints dans le soutien aux plus virulents réactionnaires, aux plus virulents exploiteurs. Il est celui que prend la fraction de die Linke mentionnée plus haut. Il est celui incarné par les tweets de certains membres de la FI sur la défaite footballistique de l’Allemagne : une déclaration de chauvinisme et d’opportunisme sans bornes.

    Quels chemins restent ouverts ?

  • Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » – partie 4

    Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » – partie 4

    Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche »

    partie 4

    L’amour de la bourgeoisie pour le populisme.

    La bourgeoisie apprécie-t-elle le populisme ou non ? Il s’agit d’un d’une question qui mérite d’être creusée. Dans un sens, les revendications populistes sont contradictoires avec le libéralisme officiellement défendu par la bourgeoisie monopoliste. Le chauvinisme, l’antilibéralisme, la « partriotisme économique » s’opposent au libre-échangisme, au libéralisme, à la dérégulation. Dans les faits, la réalité est plus complexe. Au libéralisme triomphant du XIXe siècle a succédé rapidement la saturation et le monopole. Quelques soient les discours officiels, quelques soient les conférences internationales, les GATT, les OMC, le libéralisme « réel » est moribond. En fait de concurrence, ce sont les négociations entre trusts, en fait de libéralisme et d’indépendance entre les entreprises et l’Etat, voir même conflit entre les deux, il y a une véritable fusion entre Etat en grands trusts. Le capitalisme monopolistique est un capitalisme monopolistique d’Etat. Il en vit, il en use, il en dépend même ! Les commandes d’Etat et la politique d’Etat sont faits pour servir au mieux les intérêts des grands trusts. Les difficultés de ceux-ci sont une affaire d’Etat et leur survie peut faire appel aux deniers publics, dont à des prélèvements sur salaires pour maintenir ou augmenter les bénéfices des capitalistes. La géopolitique du pays est décidée par les intérêts de ces immenses conglomérats Malgré l’image d’une France de PME, la quasi intégralité du tissus industriel est relié d’une manière ou d’une autre à ces grandes entreprises dominantes. Combien de sous-traitants, combien d’exécutants ? Les branches les moins rentables sont externalisées, formant ainsi des petits groupes qui vivotent, des petits bourgeois qui vivent dans l’endettement et peinent à garder la tête hors de l’eau, mercenaires de grands groupes.

    Comprendre cela permet de se poser la question différemment. La grande bourgeoisie peut user sans le moindre problème de tactiques différentes, y compris en appliquant une partie du programme des populistes. Dans le fond, les réclamations de la part des certaines organisations, de droite ou de « gauche », peuvent très bien faire les affaires de la grande bourgeoisie. L’hostilité envers un autre impérialisme, jugé opposés aux intérêts du « peuple » français, est quelque chose qui est potentiellement exploitable. Le « produire français » porte ce relent douteux. Car il ne signifie par « produire « éthique » » contre la mondialisation, il signifie simplement « produire dans le cadre de l’espace économique dominé par l’impérialisme ». Admettons que le programme économique du FN ou de la FI soit appliqué, sans qu’il soit question de mettre l’un et l’autre sur un pied d’égalité, cela signifie-t-il une remise en cause du capitalisme ou de l’impérialisme français ? Non.

    Dans l’exemple actuel, et si on s’intéresse aux États qui ont opté pour un pouvoir populiste, on observe que la grande bourgeoisie s’est montrée plus que conciliante vis-à-vis d’organisations et de programmes censés aller contre ses intérêts. Ils ont une particularité, qui est d’être dans l’orbite Allemande, et d’avoir été les réceptacles d’investissements de la part de l’Allemagne. Investissements et prêts qui ont été particulièrement risqués, et qui se paient aujourd’hui. A l’heure actuelle, un risque de faillite de la Deutsch Bank n’est pas inenvisageable. Cette faillite aurait des répercutions terribles sur l’ensemble de l’Europe, jetant dans la misère un nombre considérable de prolétaires. Cette faillite est pour le moment contrée par une forte activité de la BCE, dans le but de tresser un coussin de plumes pour amortir le choc. De fait, la planche à billets tourne à grande vitesse, pour éponger les dettes. Cette planche à billet est d’ailleurs un phénomène fascinant sur la nature de l’euro, qui est une « fausse monnaie unique. » Les États peuvent produire des euros avec un contrôle relativement faible de la BCE, ce qui explique l’existence de casa de papel dans de les États membres de l’UE. Les grands capitalistes d’Allemagne sont d’ailleurs parmi les plus méfiants vis-à-vis de l’euro, du fait de la situation économique. Savoir, en revanche, quand cela tombera est du domaine de la prestidigitation tant les paramètres sont nombreux.

    Dans ce marasme économique, les partis populistes préparent les masses populaires à la misère et à la caporalisation de la société, parfois même contre leur volonté à l’origine. Du fait de leur base sociale, ils sont condamnés à jouer ce rôle. De fait, cette base est petite-bourgeoise. Dans les États dominés par l’impérialisme, par exemple le populisme sud-américain, cette petite-bourgeoisie, cette bourgeoisie nationale, s’est appuyée sur les masses pour, parfois, réaliser un pas en avant vers le progrès -chasser l’occupation étrangère, repousser les tentacules de l’impérialisme- sans pour autant pouvoir mener les choses à un autre terme qu’a la poursuite d’un système d’exploitation. Dans les pays impérialiste, le postulat de départ est d’ores et déjà réactionnaire. Au final, ils mobilisent les masses populaires dans l’intérêt de la bourgeoisie, et gouvernent pour celle-ci. Ils ne servent qu’à une chose, c’est d’interface pour la dictature bourgeoise, se parant des oriflammes du discours populaire, du discours sur la nation, du discours sur le peuple. Même si ce gouvernement peut donner l’impression de combattre la bourgeoisie, ce combat n’est rien d’autre que cosmétique. Les seuls reproches que font les populistes aux grands capitalistes sont sur leur gestion, sur leur morale, sur le fait qu’ils « ne servent pas bien les intérêts de la nation », mais jamais sur leur existence sociale, ou uniquement de manière invocatoire et idéaliste, de l’ordre de la moralisation de la bourgeoisie.

    Les partis populistes ne sont donc pas en mesure de mettre en place leur programme, ne sont que des charlatans. Ils ne sont absolument pas en mesure de pouvoir stopper la crise. En revanche, ils l’accompagnent et accompagnent le plongement dans la misère, en le détournant de sa voie de résolution finale, la révolution, pour l’entraîner sur une voie de garage : la soumission absolue aux franges les plus réactionnaires de la société. Les populistes, in fine, livrent à la bourgeoisie les masses, pieds et poings liés. Ils proposent comme sortie de crise, le parant de vertus, le fait de se sacrifier, de se serrer la ceinture, le fait, également, de se préparer et d’accepter un repartage du marché mondial, par le conflit, par la guerre.

  • Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » – partie 3

    Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » – partie 3

    Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » – partie 3

    Le populisme de « gauche ».

    Pourquoi des guillemets sur ce terme ? Car, fondamentalement, le populisme est une notion qui est réactionnaire. Réactionnaire tant au niveau des valeurs qu’elle met en avant, mais réactionnaire également au niveau de son positionnement dans la lutte des classes, du fait qu’elle tire en arrière les consciences politiques des ouvriers, des ouvrières, comme des exploités et exploitées en général. En escamotant la question de l’exploitation, la question du capitalisme, la question des contradictions au sein du peuple, elle prête le flanc aux conceptions rétrogrades, au social-chauvinisme, même parfois à une géopolitique paranoïaque qui frise le conspirationnisme.

    L’accusation de populisme « de gauche » qui vise régulièrement la France Insoumise a un côté paradoxal qui s’illustre dans la réaction qu’ont ses adhérents vis-à-vis du gouvernement italien. N’allons pas faire des procès d’intention là où il n’y a pas lieu d’être. La base de la France Insoumise est, d’une manière générale, sincèrement révulsée par les déclarations et les prises de position du nouveau gouvernement italien. En revanche, la direction, incarnée par Jean-Luc Mélenchon, a été beaucoup plus timorée à s’exprimer contre le mouvement des 5 étoiles et son alliance avec la Ligue du Nord. Dans un article nommé Berlin peine à former le gouvernement italien sur le site Melenchon.fr, le tribun expose sa grille de lecture : l’important, l’essentiel, c’est de résister à l’Allemagne de Merkel, qui serait la puissance dominante sur le continent Européen. L’Union Européenne serait un IV ème Reich et, dans cette analyse ahurissante, le gouvernement italien, gouvernement « anti système », serait un pôle de résistance. Ainsi, la thèse principale est la suivante : « Un des pays fondateurs de l’Union européenne a reçu la foudre de la Commission européenne et de son maître berlinois. L’Union européenne a montré où était sa main de fer. Plutôt que de laisser nommer un ministre des Finances qui ne convenait pas à Berlin, le président de la République italienne a joué la terre brûlée. »

    Cette grille d’analyse, in fine, est ne grille d’analyse qui ne voit dans les relations économiques, que la main des États, et qui ne voit pas la question de classe sociale et des intérêts de celle-ci. Si des choses sont à condamner dans l’attitude du gouvernent italien, elles ne sont pas évoquées. Ce qui importe est la « seule et unique responsabilité de la situation [qui] vient des diktats de Bruxelles et de la brutalité des gouvernants allemands. Berlin peine à trouver des marionnettes convaincantes en Italie pour garantir sa domination. »

    Nous ne doutons pas que la base de la FI soit pétrie de bonnes intentions et d’une volonté de croiser le fer avec les capitalistes. Seulement elle se heurte à un paradoxe, qui est celui de la question de l’impérialisme. Même amoindri, le niveau de vie en France est dopé artificiellement par l’impérialisme. Le confort et les avantages sociaux en sont les miettes et les retombées. Hors la négation de l’impérialisme français, du néocolonialisme, de la surexploitation, n’est pas qu’une question de principe. Il s’agit d’un nœud gordien. La croissance économique et le commerce extérieur du capitalisme français est au cœur des déclarations de Jean-Luc Mélenchon. Ses pleurs sur la place de la France dans la monde tout comme sa joie sur l’agrandissement de sa ZEE sont tout autant d’expressions révélatrices d’une pensée politique marquée par un chauvinisme atavique. Pour autant, nous ne sauterons pas à pied joints dans l’appellation « populiste » que certains accolent à Jean-Luc Mélenchon, mais il n’est pas possible de taire le fait que certains membres de son organisation ont un discours plus que marqué par cette tendance. L’exemple même étant le barbouze Djordje Kuzmanovic, dont les déclarations réactionnaires récurrentes illustrent bel et bien le fait que cette ligne existe au sein de la FI. 

    A ses yeux, un capitaliste comme Dassault était un « bon capitaliste », car, au travers d’une analyse économique très colbertiste, il apportait de l’argent « au pays ». En revanche, une fusion comme celle de Nexter et de Rheinmetal-Borsig est « mauvaise » car elle soumettrait les capitalistes français (civilisés et pétris de valeurs républicaines) à leurs homologues Allemands (sauvages prussiens). Cette analyse économique bas de gamme ne résiste pas à un examen plus sérieux, les fusions acquisitions n’étant pas nécessairement un signe de bonne santé économique, et il n’est pas exclu que cette fusion, aussi étrange soit-elle, ne soit simplement un préalable à l’absorption d’une Deutschbank épuisée par la BNP Paribas. Une absorption qui devrait donc réjouir le tribun.

    Outre Rhin, justement, un exemple de fracture populiste se forme. Die Linke, qui est une clique fourre-tout, s’est montrée incapable de réaction vis-à-vis des dernières élections Allemandes. Surtout, elle est à la croisée des chemins. Son aile droite, dirigée par des ex-membre du SPD, semble vouloir scissionner sur la question de l’immigration. Oskar Lafontaine et Sarah Wagenknecht se sont ainsi illustrés par leur tentative de renverser la ligne favorable à l’acceuil des réfugiés au profit d’une ligne visant à copier les positions de l’extrême-droite. Leur idée est d’aller sur le terrain d’Alternativ für Deutschland, et se montrer plus inflexibles qu’eux -si c’est possible- sur la question de l’immigration, en reprenant des thématiques sur le coût de l’accueil et sur l’impact sur le niveau de vie des travailleurs Allemands. Mis en minorité lors du congrès, les deux brillants orateurs -reconnaissons-le- semblent vouloir opérer une scission pour créer leur propre organisation populiste. En ce faisant, ils légitiment les prises de position politiques de l’AfD et renforcent son influence. Voilà où mène le fait de caresser les idées réactionnaires dans le sens du poil et de ne jamais vouloir aller contre les idées influentes au sein des masses, même si celles-ci sont réactionnaires voir pogromistes.

  • Non à l’ouverture de l’école de Marion Maréchal Le Pen à Lyon !

    Non à l’ouverture de l’école de Marion Maréchal Le Pen à Lyon !

    NON A L’OUVERTURE DE L’ECOLE DE MARION MARECHAL LE PEN A LYON !

    Communiqué du collectif pour la fermeture du Bastion Social.

    L’école privée dirigée par Marion Maréchal qui se voudrait un « institut de sciences sociales, économiques et politiques » ouvrira ses portes  à la rentrée de septembre 2018 à Lyon, dans le quartier de la Confluence au 56 rue Denuzière..

    Une école … Ou un nouveau fief de l’extrême-droite à Lyon ?

    L’équipe pédagogique de cette école, dont Marion Maréchal Le Pen assure elle-même la direction, est très clairement affiliée à l’extrême-droite. L’établissement affiche par ailleurs clairement ses valeurs sur son site Internet, notamment « l’enracinement dans son identité culturelle ».

    Ainsi, il souhaite transmette à ses étudiant-e-s « le goût de leur histoire et de leur héritage ». Nous sommes bien loin de la prétendue volonté de Patrick Louis qui affirmait « ce qui nous intéresse, c’est le débat contradictoire. On ne va pas enseigner que la pensée unique ». Cette école est à l’opposé de l’esprit critique et d’ouverture affichée habituellement par les universités de sciences humaines.

    L’implantation de cette école d’extrême-droite à Lyon s’inscrit donc dans la continuité des multiples ouvertures de locaux fascistes depuis 2010, dans l’indifférence de la préfecture et l’inaction de la mairie centrale. Le dernier en date étant le local du GUD-Bastion Social.

    Leur présence favorise la recrudescence d’agressions physiques violentes et le saccage de locaux militants progressistes sur Lyon. Ainsi, début juin, c’est la façade de l’union locale CGT du 5e/9e arrondissement de Lyon qui a été recouverte de 16 croix celtiques et de deux inscriptions  « FAF (France Aux Français) ».

    Une école fasciste… et pour les plus riches !

    Si les formations proposées dans cette école relèvent d’une idéologie raciste, sexiste et LGBTI+phobe. On peut également se demander à qui elles s’adressent.

    En effet, pour obtenir un diplôme d’établissement en deux ans, non-reconnu par l’Etat (pour l’instant), il faudra débourser chaque année 5 500 euros. Par ailleurs, les formations continues sont proposées à 1 980 euros pour les actifs-actives, et 990 pour les étudiant-e-s ou les demandeurs-demandeuses d’emploi. Nous sommes dans la même logique que les écoles de commerce privées ne favorisant que les classes sociales les plus aisées.

    L’objectif de cette école est de former « une nouvelle génération de décideurs et d’entrepreneurs » porteuse de valeurs réactionnaires, ainsi que les futurs cadres du FN-Rassemblement National.

    Par ailleurs au vu des prix de l’immobilier, nous nous interrogeons sur les sources de financements de cette école qui apparaissent aujourd’hui très opaques.

    La proximité de l’école avec l’Hôtel de Région et les différentes rencontres « officieuses » marqueraient-elles un rapprochement avec la droite dure de Wauquiez?

    Malgré ses communications récentes mettant en avant une image « sociale » (avec par exemple les maraudes alimentaires du Bastion social), l’extrême droite nous rappelle ici son vrai visage : celui des élites et de l’argent. Le fascisme n’a rien de populaire, et ne lutte pas « contre le système ».

    Il n’existe que pour défendre les intérêts des plus riches.

    L’implantation de cette école privée réactionnaire nous paraît bien éloignée d’un accès aux études supérieures libre et gratuit favorisant l’égalité de toutes et de tous.

    Ecole, bars, salle de sport, locaux associatifs, etc…

    A Lyon comme ailleurs, fermons tous les locaux fascistes, peu importe la forme qu’ils prennent !

    Rassemblement le vendredi 22 juin 2018 à 12h30 sur l’esplanade François Mitterrand dans le quartier Confluence (Hôtel de Région)

  • Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » – partie 2

    Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » – partie 2

    Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche »

    partie 2 :Une alliance révélatrice

    L’accord signé entre les deux organisations à mis mal à l’aise plus d’un observateur. Le mouvement des 5 étoiles, se voulant un mouvement de démocratie directe, autour de cinq valeurs : “eau, à l’environnement, aux transports, (…) développement et (…) énergie”. Thématiques qui évoquent le progressisme, sur le papier. Sur le papier, car dans les faits, l’intérêt porté à des thématiques et des sujets de détermine pas la manière dont ils seront traités, et surtout le contenu politique de ce traitement. Comme tous les mouvements populistes, le mouvement des 5 étoiles ne le fait jamais clairement. Il ne détermine pas de position précise, pour conserver sa possibilité d’avoir la base la plus large -même si elle est contradictoire- et ainsi gagner en influence. Seulement le flou, en idéologie comme en politique, profite systématiquement aux tendances les plus libérales et les plus droitières. L’absence de physionomie politique signifie une illusion de démocratie, mais en pratique l’opportunisme et la conciliation avec les réactionnaires.

    C’est là la faillite du populisme depuis ses origines. Le mouvement russe des narodnichestvo, à la fin du XIXème siècle peut être considéré comme un des ancêtres du populisme. Dans les faits, sa thèse était celle d’une « croisade vers le peuple », dont le but était de réaliser les souhaits des larges masses populaires. Déja, à ce moment là, ce mouvement non-marxiste était périmé dans sa conception théorique tout comme dans son moyen politique d’organisation. Ce mouvement s’est d’ailleurs scindé en deux branches, l’une qui s’est engagée dans la voie du terrorisme individuel, l’autre dans le réformisme. Les deux branches ont pris des voies qui étaient des impasses stratégiques, mais qui révèlent une tendance de gauche aventuriste et une tendance de droite opportuniste.

    Dans un sens, cette dualité existe toujours au sein des organisations non-marxistes. Les organisations libertaires sont quelque part les héritières de ce passé, dans leur volonté de « réaliser les souhaits des masses » sans prendre en compte les questions clivantes en leur sein, en voulant ne jamais faire « d’oppression » au point de pouvoir tout tolérer, dans la mesure où cela participe à l’épanouissement individuel. Elles ont un caractère d’aventurisme, mais un fond qui demeure libertaire et de facto, bien que la bonne volonté et les bonnes intentions de leurs adhérents ne soient pas à mettre en doute, un contenu libéral. Leur volonté est sincères, mais leur méthode de raisonnement, partant de principes pour aller vers la réalité concrète, et non de la réalité concrète pour déterminer une stratégie, les conduit dans une gestion des questions politiques sans autres angles que celui de la tactique. Cependant on ne saurait les dire « populistes » au sens actuel du terme.

    Populisme, aujourd’hui, a pris un sens nouveau. Un sens ambivalent, à la fois relié à l’extrême droite tout comme à certains groupes « de gauche ». D’une part le terme est devenu péjoratif, personne ou presque ne se revendique « populiste », mais sa définition elle même a changé. Le dictionnaire en ligne « la toupie » le définit ainsi : « En politique, le populisme désigne l’idéologie ou l’attitude de certains mouvements politiques qui se réfèrent au peuple pour l’opposer à l’élite des gouvernants, au grand capital, aux privilégiés ou à toute minorité ayant « accaparé » le pouvoir… accusés de trahir égoïstement les intérêts du plus grand nombre. Pour les « populistes », la démocratie représentative fonctionne mal et ne tient pas ses promesses. Prônant une démocratie plus directe, ils ont donc pour objectif de « rendre le pouvoir au peuple ». »

    Derrière ce terme, un grand nombre d’organisations se retrouvent. Ce qui les unifie derrière un patrimoine génétique commun, c’est leur analyse déformée des rapports sociaux, où une nébuleuse « le peuple » s’oppose à une autre nébuleuse « l’élite », « l’establishment » …etc. Si l’apparence est louable, le font est nettement plus pervers. « Peuple », n’y a t’il pas de terme qui soit plus flou, plus vague, sans contenu de classe, sans conception des contradictions au sein de la société et de la place dans l’appareil de production capitaliste ?

    Ce qui démarque le populisme du marxisme, au delà de l’analyse, c’est que le second a vocation a combattre les conceptions rétrogrades, les conceptions réactionnaires, les erreurs qui se trouvent dans les raisonnements que peuvent avoir les masses. Elle reconnaît le fait que l’idéologie dominante, donc les idées dominantes, sont celles des classes dominantes, soit celles de la bourgeoisie. De plus, les organisations communistes combattent dans le but de transformer les rapports sociaux -dont principalement les rapports de production, de rapports capitalistes en rapports socialistes. Il ne s’agit pas pour autant de surimposer une volonté extérieure par la force, mais bien de soutenir les idées justes qui préexistent au sein des masses, de leur permettre de s’affirmer et de devenir hégémoniques.

    Le but des populistes, quant à lui, est justement d’aduler les pensées dominantes au sein des masses, de les flatter, de les exacerber. Il s’agit non pas de transformer les rapports e production, les rapports sociaux, de faire évoluer les pensées, mais simplement de « réaliser les rêves » du « peuple ». Dès lors, il s’agit de parler avec « bon sens », de dire ce que le « peuple » veut entendre. Les exploités et exploitées trouvent le système économique injuste, il suffit de se proclamer « anti-système » et de pointer du doigt les travers évident que celui-ci peut avoir, en promettant de le changer. Les impôts sont haïs ? Ils seront baissés… La démagogie est le fond de commerce du populisme. Elle est également sa faille la plus profonde.

    Les réactionnaires ont trouvé dans le populisme une manière de pouvoir avancer leurs thèses. Il suffit de flatter ce qu’il y a de plus réactionnaire dans la société pour engranger des voix. Pour échapper au classement dans l’échiquier politique, les populistes ont fait le choix de se déclarer « ni de droite, ni de gauche », mais présentent des conceptions transcendantales : la nation, le peuple… Il n’est pas même nécessaire de rechercher la cohérence, car celle-ci est contre-productive dans la course au pouvoir. Il s’agit par ailleurs de détourner la colère ou le sentiment d’injustice que peuvent connaître ceux qui subissent l’exploitation -tout comme même la petite bourgeoisie qui se sent menacée par la grande ou par la concurrence- et de le détourner vers d’autres parties des exploités et exploitées. Ainsi, la question de l’immigration est utilisée comme épouvantail constant. L’argument de l’existence de « parasites » qui drainent les finances des contribuables d’un côté, et qui prennent les emplois de l’autre est pourtant on-ne-peut-plus-creux. Mais en surinfectant une xénophobie atavique, viscérale, il est tout à fait possible d’y greffer le racisme. Les sirènes de la démagogie sont séduisantes, mais ne mènent qu’a l’arrivée au pouvoir des laquais des franges de la bourgeoisie les plus réactionnaires et les plus chauvines.

    Si l’extrême-droite utilise beaucoup la démagogie, elle n’en a pas le monopole. Une partie de la gauche s’en est également emparée, dans le but, là aussi, de se hisser vers les hautes sphères de la politique et vers les lieux de pouvoir.

  • L’Italie, le populisme et sa faillite de sa forme « de gauche. » Partie 1

    L’Italie, le populisme et sa faillite de sa forme « de gauche. » Partie 1

    L’Italie, le populisme et sa faillite de sa forme « de gauche. »

    Partie 1

    A la suite d’une longue crise politique, les élections ont porté au pouvoir, le premier juin, une coalition étonnante et héteroclite, formée d’une part du mouvement populiste “5 étoiles” et de l’autre de la Ligue, une organisations nationaliste d’extrême-droite. Pour obtenir un modus vivendi entre les deux forces, un juriste “indépendant” Giuseppe Conte, a obtenu le poste de premier ministre, tandis que les dirigeant des deux partis assurent la vice-présidence. Les ministres, quant à eux, semblent tout droit sortis d’un cauchemar fiévreux. Une ministre de la santé aux thèses conspirationnistes sur les vaccins, un ministère de l’environnement dirigé par un général des carabiniers, un ministère de “l’Agriculture, de la Famille et du Handicap” (sic.) confié à Lorenzo Fontana, qui est catholique anti-avortement, ça ne s’invente pas, et un ministère de l’intérieur confié à Matteo Salvini. Gérard Collomb aura ainsi le plaisir de coopérer directement avec le leader de la Ligue du Nord. Etant donné la passion de l’un et l’autre pour la question de la lutte à outrance contre les réfugiés, il est plus que certain qu’ils auront matière à discuter ensemble.

    De fait, la terrible histoire de l’Aquarius a démontré la communauté de vue entre le gouvernement français et le gouvernement italien sur la question du traitement des migrants et des migrantes qui fuient les guerres que les impérialistes ont eux-même attisées.

    L’Aquarius est un navire de secours battant pavillon italien, qui a pris en charge 630 naufragés et naufragées en mer Méditerranée. Devant faire route vers l’Italie, il a été interdit d’accès au port par décision du ministre de l’intérieur, lequel a obligé le navire, surchargé, manquant de vivres et de médicaments, à errer en mer. Malgré qu’Emmanuel Macron ait critiqué la “part de cynisme et d’irresponsabilité du gouvernement italien”, celui-ci n’a pas daigné apporter la moindre aide au navire, qui est pourtant passé à 17 km des côtes Corses.

    Ce n’est que lorsque le port de Valencia, dans l’Etat espagnol, a accepté de prendre en charge le navire que la fibre humanitaire de la France s’est réveillée, promettant toute l’aide possible à la ville.

    La brouille n’a d’ailleurs pas empêché une rencontre entre Giuseppe Conte et Emmanuel Macron quelques jours plus tard. Rencontre sur fond de tension, de la part d’une bourgeoisie monopoliste italienne qui voit dans la France l’Etat qui lui a volé ses relations de clientèle avec la Libye. Mais surtout difficulté de compréhension entre deux lignes politiques réactionnaires mais antagoniques : une qui se veut ultra-libérale, l’autre qui opine déjà de manière beaucoup plus marquée pour des solutions simili-fascistes. Un pro-européen convaincu face à un eurosceptique par la droite.

    L’Italie, par ailleurs, connaît une période trouble et clivante. L’extrême-droite garde des bastions importants. Durant la guerre froide, les réseaux stay-behind de la CIA et l’opération Gladio ont été des sinécures pour les anciens partisans de Mussolini ainsi que le moyen d’en recruter des nouveaux, pour lutter contre la puissance du PCI de l’immédiat après-guerre. Il n’y a pas eu de réelle “défascisation” dans le pays ou la petite-fille du Duce peut siéger au nom d’un parti qui propose les mêmes idées que son grand-père.

    Dans les rues, les défilés de Casapound, une des organisations de masse fasciste, rythme une vie politique chaque fois davantage gangrénée par l’extrême-droite. Une extrême-droite qui n’hésite pas à tuer, comme le démontre le cas de Soumaïla Sacko, militant syndicaliste immigré, qui défendait les droits des travailleurs surexploités dans les latifundas du sud, dans lesquels les conditions de travail n’ont guère changé depuis l’Empire.

    Dernièrement, le gouvernement italien a d’ailleurs annoncé son intention de ficher les membres de communautés Rroms, dans une logique qui ne peut qu’évoquer de bien tristes souvenirs. Souvenirs d’autant plus avivés par l’annonce de la part des ministres de l’intérieur Allemand ( Horst Seehofe, CSU), Autrichien (Herbert Kickl, FPÖ) et italien de former un « axe des volontaires contre l’immigration ». Dans une formulation qui, au mieux est maladroite et de mauvais goût, au pire est une véritable provocation. Ce sont d’ailleurs des aspect sur lesquels nous reviendront, tant les destins de l’Allemagne, de l’Autriche et de l’Italie sont liés.

    Dans un pays où l’Etat comme les ménages sont endettés jusqu’au cou, les immigrés servent de bouc émissaires et sont pointés du doigt comme le problème de société. La question de l’immigration, travaillée depuis des années, devient une bombe à retardement tout comme une position virale, contaminatrice, qui explique notamment l’alliance étrange -au premier abord- entre le mouvement 5 Étoiles et la Ligue.

  • Rencontre Trump / Kim Jong Un, un espoir de paix ?

    Rencontre Trump / Kim Jong Un, un espoir de paix ?

    Rencontre Trump / Kim Jong Un, un espoir de paix ?

    L’improbable rencontre a eu lieu. Le 13 juin, le président des USA et celui de la RPDC se sont rencontrés à Singapour. Après une série de tensions importantes, de menaces d’intervention militaire, de provocations liées à l’arme nucléaire, les deux Etats se sont concertés en “terrain neutre.”

    A la suite de 12h de conférence, les deux dirigeants ont signé l’un et l’autre une déclaration commune. Celle-ci est extrêmement succincte  :

     

    • « Les Etats-Unis et la RPDC s’engagent à établir de nouvelles relations entre les Etats-Unis et la RPDC en accord avec les désirs de paix et de prospérité de leurs peuples. »
    • « Les Etats-Unis et la RPDC joindront leurs efforts pour établir une paix durable et stable dans la péninsule coréenne. »
    • « Réaffirmant la Déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018, la RPDC s’engage à œuvrer pour la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne. »
    • « Les Etats-Unis et la RPDC s’engagent à récupérer les restes de militaires des Etats-Unis, [morts ou disparus durant la guerre de Corée]  à commencer par le rapatriement immédiat de ceux déjà identifiés. »

     

    La déclaration est plus que symbolique. Seul le dernier point est concret, le reste demeure marqué par le flou, marqué par le vague. Ce n’est pas une feuille de route sur la suppression des armes nucléaires, ce n’est pas un bouleversement géopolitique, ce n’est pas la fin de la présence US en Corée du Sud non plus. Pas de signature d’un traité de paix, qui justifie cette présence militaire, les deux Etats étant, juridiquement parlant, toujours en guerre.

    Pourtant il existe des choses à analyser : d’un point de vue d’image, Kim Jong Un est le grand gagnant. Non pas en ayant gagné un ascendant sur Donald Trump, mais en ayant pu parler “à sa hauteur”, en étant apparu comme un dirigeant d’envergure équivalente. Le fait que, dans l’appréciation générale de la situation, les USA et la RPDC ont été jugés à égalité est, en réalité, une immense victoire pour la diplomatie coréenne. La direction de la RPDC est donc ainsi légitimée aux yeux du monde.

    Les exercices militaires communs entre la Corée du Sud et les USA sont également suspendus. Ces exercices ont régulièrement été dénoncés par la RPDC comme des provocations et comme des pressions exercées contre elle. L’arrêt de ces exercices militaires est donc perçu comme un soulagement pour l’ensemble de la péninsule, nord comme sud, dont la population aurait payé un lourd tribut en cas de guerre. Il est d’ailleurs notable que 2 millions de civils sont morts lors de la guerre de Corée, principalement victimes des bombardements sur les zones urbaines opérées par l’US Air Force et les alliés. Civils coréens du sud et du nord sont donc certainement hostiles à l’idée de se retrouver de nouveau sous les bombes.

    La destitution de Park Geun-hye, ancienne présidente de la Corée du Sud, fille du dictateur Park Chung-hee, marionnette d’une secte anticommuniste, avait créé une situation de tension importante. L’irruption d’un parti favorable à l’apaisement des tensions dans la péninsule avait poussé les USA à envenimer à dessein la situation. Pour ne pas perdre leur bastion en Corée, leur flanc-garde contre les intérêts chinois et russes, les USA ne pouvaient tolérer ni élections libres, ni diplomatie indépendante de la part de Séoul.

    Le modus vivendi de Singapour est donc une surprise positive pour le camp de la paix. La promesse de dénucléarisation est une promesse, certes, mais une promesse qui demeure positive.

    Dans la situation incertaine et instable que nous vivons actuellement, où les provocations et les tensions sont en constante inflation, cette rencontre et cette déclaration commune, tout en n’étant qu’un bout de papier, sont néanmoins de bonnes nouvelles pour la planète entière.

    Nous regardons le risque de guerre dans l’Asie tout comme sur tous les autres continents, comme l’émanation des intérêts rapaces des capitalistes monopolistes. La situation conflictuelle en Corée est la porte d’entrée d’une situation conflictuelle sino-américaine ou russo-américaine. Il ne s’agit pas de dire qu’un impérialisme est plus moral, plus soutenable qu’un autre, à travers cela. Mais il s’agit de pointer du doigt le caractère particulièrement agressif et menaçant, dans cette partie du globe, de celui des USA.