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  • Le Bac de tous les dangers

    Le Bac de tous les dangers

    Nous félicitons les bacheliers et les bachelières. Nous saluons la fin de leurs études secondaires. Il est légitime de le célébrer !

    Mais l’ivresse de la réussite du bac ne doit pas occulter les conditions dramatiques dans lesquelles il s’est déroulé. La lutte intense menée par les enseignants et enseignantes continue.

    A ce titre, nous pensons qu’il n’est pas possible de qualifier Jean-Michel Blanquer d’imbécile. Il vient de nous en fait la démonstration.

    Face au mouvement de grève autour du baccalauréat, face à la rétention des notes par les professeurs et professeures, la réaction du ministre de l’Éducation Nationale rappelle la souplesse tactique dont sont capables de faire preuve les agents réactionnaires, dans leur œuvre de destruction des services publics.

    Jean-Michel Blanquer s’est vu confier une mission de la plus haute importance stratégique par Macron. Cet ancien proche de Xavier Darcos a été mandaté pour réaliser ce que François Fillon n’était pas parvenu à faire en 2005 : l’autonomie des lycées et la liquidation du Bac. Cette mission, il s’en acquitte avec zèle et énergie.

    Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, à son sujet, Marine Le Pen déclarait ceci : « L’engouement suscité autour de M. Blanquer, que l’on peut même qualifier de ‘phénomène Blanquer’, constitue une victoire idéologique notable pour le Front National et une défaite cuisante des sociologues et des pédagogistes (sic.)qui avaient pourtant méthodiquement pris possession de l’institution scolaire », a-t-elle déclaré. « La crise est considérable mais elle n’est malheureusement pas nouvelle. Ce qui est nouveau en revanche, c’est l’arrivée au ministère d’un personnage qui affiche une volonté de rupture et qui multiplie les annonces positives« .

    La dirigeante du Rassemblement National considère par ailleurs que les positions de Blanquer sont le fruit de sa victoire idéologique. Marine Le Pen ne ment pas, la politique de Blanquer est effectivement particulièrement virulente. Cela révèle finalement deux choses : d’une part, Marine Le Pen, en dépit de ses déclarations, est favorable à un secteur privé tout puissant. De l’autre, cela révèle que la conception de la mise au pas des enseignants par Blanquer est RN-compatible. Dans les deux cas, ça n’est pas une bonne nouvelle pour qui que ce soit, hormis les réactionnaires et les capitalistes.

    Donc, au pied du mur du fait de l’énergique mouvement des enseignants et enseignantes, M. Blanquer a agi d’une manière audacieuse. Il a choisi de compléter les relevés de notes manquants en se basant sur les dossiers des élèves et donc sur une forme dégradée de contrôle continu.

    En l’absence de notes, les jury, qui ont tout pouvoir de décision, étaient encouragés à donner des notes « en cohérence avec les autres notes déjà obtenues » (issu du protocole officiel). En somme, il s’agit d’une invention.

    • Il avalise le fait que le bac est, fondamentalement, un objet inutile aux yeux du gouvernement. Certains journaux ont titré ainsi aujourd’hui « le bac à bout de souffle. »
    • Il établit une équivalence de valeur entre le contrôle continu et l’examen national.
    • En adoptant de manière anticipée des mesures prévues dans le nouveau bac, M. Blanquer frappe également le moral des grévistes, contournant leur mouvement et affirmant ainsi sa volonté de ne pas même négocier la moindre miette.
    • Enfin, en mobilisant de manière réactionnaire les médias, en clouant au pilori les enseignants, il contribue à désolidariser les masses populaires de la lutte des enseignants et de ceux qui luttent d’une manière générale.

    Ce dernier point n’est pas à sous-estimer, car le champ lexical de la guerre a été employé plusieurs fois, autour d’éditoriaux et d’articles niant le droit de grève et exigeant des enseignants et enseignantes en lutte qu’ils rendent gorge. Les rectorats ont menacé également les enseignants de les frapper au porte-feuille en retenant l’intégralité de leur salaire durant les 15 jours de correction. L’opération a fait cependant long feu, du fait de son illégalité manifeste.

    Pris dans le feu de l’action, et subissant une pression intense, nombre de responsables d’établissements ont dû céder. Cependant, aujourd’hui, des voix s’élèvent pour poser la question de la légalité de cette démarche. Le sentiment général est celui de la trahison, de la part d’un ministre qui écrit les règles à son bon vouloir et n’hésite pas à contourner la grève.

    M. Blanquer, finalement, réussit à utiliser l’énergie de la mobilisation pour le profit de la cause réactionnaire qu’il sert. Il fait de la grève un tremplin pour ces objectifs.

    Cela signifie-t-il que celle-ci était contre productive ? Nous rejetons cette analyse. Les agents de la bourgeoisie et de l’offensive contre les droits sociaux, dont fait partie le droit à l’éducation, sont de maître dans l’art d’utiliser tout ce que peut leur fournir la situation comme prétexte pour avancer. Ce n’est d’ailleurs pas un cas isolé. La bourgeoisie ne renonce jamais à violer sa propre légalité lorsque cela lui permet d’obtenir l’avantage.

    ►A lire sur le sujet.

    Depuis des incidents épars jusqu’aux attentats, chaque chose peut devenir un tremplin pour leur politique antipopulaire. Cela se voit notamment avec la « ligne verte » qui se développe ces temps-ci, EELV étant pressenti comme pouvant devenir le nouveau héraut du libéralisme.

    Cela signifie, en réalité, que les mouvements ont besoin d’être encore plus forts, plus suivis et plus intenses pour pouvoir triompher, d’être plus politiques pour pouvoir également balayer les obstacles et les pièges.

    Du côté enseignant, rien n’est encore gagné. Du côté des élèves, la messe est dite.

    Le bac passé, reste à franchir le hachoir de Parcoursup et les pièges tendus par le supérieur. Nous les appelons à se diriger vers les syndicats étudiants combatifs, à les rejoindre, les renforcer, les faire vivre et grandir. Il s’agit pour eux d’un outil de défense incomparable et irremplaçable dans le but de défendre le droit à l’éducation.

    Il n’existe, d’une manière générale, aucune garantie hors de la lutte et de la vigilance constante face aux attaques contre le système éducatif et contre les droits sociaux. Il ne fait aucun doute que de puissants mouvements sociaux naîtront à la rentrée. Soyons prêts et prêtes à cette nouvelle épreuve de force.

  • Réforme de l’assurance chômage

    Réforme de l’assurance chômage

    Macron poursuit son oeuvre de casse des conquis sociaux, il enfonce les travailleurs dans la misère, pour mieux les soumettre au bon vouloir des capitalistes. 

    Dans son discours de Versailles, prononcé devant l’ensemble des représentants de la république bourgeoise, le président disait à propos de l’assurance chômage qu’il « n’y a plus un droit au chômage, au sens où on l’entendait classiquement, il y a l’accès à un droit qu’offre la société mais sur lequel on ne s’est pas garanti à titre individuel, puisque tous les contribuables l’ont payé ». Que dit Emmanuel Macron ? Tout simplement que le chômage n’est plus un droit garanti par les cotisations sociales, mais une possibilité offerte par la société. Précisons que dans le même discours, Macron explique que l’assurance chômage ne sera plus financée par les cotisations salariales, mais par les cotisations des employeurs, et la CSG. Les cotisations des employeurs sont en réalité des cotisations salariales déguisées par un tour de passe-passe sur les fiches de paye, mais bien prélevées sur le salaire brut, quant à la CSG, il s’agit ni plus ni moins que d’un impôt. Par déduction, la réforme implique un financement du chômage par l’Etat, et la bourgeoisie qui le dirige, sur les deniers des travailleurs, et une allocation de celui-ci au bon vouloir de cette même bourgeoisie. Et pour accorder ce droit, les nouvelles conditions ont été resserrées.


    Une aggravation des conditions d’accès à l’allocation


    Ainsi, pour prétendre à l’allocation chômage, il faudra avoir travaillé au moins 6 mois sur 24, contre 4 sur 28 et 4 sur 36 pour les plus de 53 ans avant. A l’ère où se multiplient les CDD, l’intérim, et le travail précaire en général, cela revient, dans la pratique, à fermer le droit au chômage pour la majorité des travailleurs. En augmentant ainsi la durée du temps de travail légal obligatoire pour toucher le chômage, la bourgeoisie veut, en plus de précariser davantage le travail, obliger les privés d’emploi à accepter tous les contrats qui se présenteront à eux, sous peine de perdre de précieux mois permettant de justifier leur accès au droit, et donc de ne plus remplir les conditions requises, se condamnant à la misère.Une mesure catastrophique, notamment pour les travailleurs saisonniers, qui travaillent souvent 2 mois par an. Sous l’ancien régime des 4 mois sur 28, ils pouvaient prétendre à l’allocation chômage, chose beaucoup plus compliquée avec celui des 6 mois sur 24. De nombreux travailleurs saisonniers perdront leur droit au chômage, et devront se reporter sur des sources telle que le RSA, attribuées au bon vouloir de l’Etat.Quant aux intermittents du spectacle, pas un mot sur leur statut, qui demeure pour l’instant un sujet sensible.


    Vers toujours plus de précarisation du travail


    A cette mesure s’adjoint la dégressivité du chômage pour les travailleurs qui touchaient un salaire élevé, afin de forcer ces derniers à accepter toutes les offres, mêmes les plus absurdes.Cette mesure poussera le privé d’emploi, quelle que fut la place qu’il pouvait occuper dans la vie active, à chercher absolument une meilleure situation, et, encore une fois, à se soumettre au marché de l’emploi, cherchant dans un contrat précaire un meilleurs revenu que dans des allocations toujours revues à la baisse.
    Nous avons là la mise en place d’un véritable chantage à la misère, pour enfermer les travailleurs dans un jeux malsain de survie. N’oublions pas non plus que le travail précaire est l’une des armes les plus efficaces pour museler la lutte.Les patrons auront dès lors à disposition une main d’oeuvre toujours plus corvéable, embauchée uniquement pour des tâches ponctuelles. Une réforme qui semble préparer le terrain pour l’adoption, prévue pour 2020, du revenu universel d’activité. Pour rappel, Macron prévoit, à travers ce revenu, de fusionner toutes les prestations sociales, et l’assurance chômage, en une prestation universelle, prévue pour permettre aux ménages de subvenir à leurs besoins en attendant leur retour à l’emploi. Dans la pratique, cela revient à faire disparaître l’assurance d’un revenu, les prestations sociales dépendant du bon vouloir de l’Etat. Le fait que Macron parle sans cesse des « contreparties » à un tel revenu laisse entrevoir toujours plus de soumission des travailleurs, qui devront se rendre disponible pour les entreprises, et les tâches ponctuelles qu’elles pourront avoir à leur faire réaliser, en échange de la précieuse allocation.

    L’offensive contre l’assurance chômage n’en est pas à son premier acte.

    Cela fait des années que les gouvernements successifs attaquent ce droit.
    A l’origine financée par les cotisations versées par les travailleurs, une partie des cotisations salariales pour le financement de l’assurance chômage ont été supprimées depuis le 1er janvier 2019, en contrepartie d’une participation directe de l’Etat, au service de la bourgeoisie. Une manœuvre qui n’est pas sans rappeler la création des commissions paritaires, qui ont permis d’entamer le démantèlement de la sécurité sociale, jusque là gérée uniquement par les syndicats ouvriers. A partir du gouvernement Jospin, les mutuelles ont vu le jour, l’on a alors commencé à parler des « soins dé-remboursés ». 
    Depuis de nombreuses années, les gouvernements successifs ont travaillé à démanteler l’assurance chômage, créant en parallèle des prestations sociales, financées non pas par les cotisations sociales, mais par l’impôtRMI avant, aujourd’hui le RSA. Présentées comme un moyen de subvenir à ses besoins, ces prestations, dont la distribution dépend du bon vouloir de l’État, n’ont permis en réalité que d’accentuer la casse du chômage, et de gonfler les rangs du lumpenprolétariat de France, rendant des millions de gens dépendants des aides de l’État, accentuant leur désocialisation en ne leur permettant pas de s’encrer durablement sur un lieu de production, et les rendant dépendant de la plus ridicule des offres d’emploi.
    Dès lors, le chômage n’est pas seulement le résultat inéluctable du mode de production capitaliste et de ses crises de surproduction régulière. Il n’est pas non plus une fatalité, le fruit du hasard, de la malchance, ou de la « conjoncture », il est aussi une politique méticuleusement organisée par les capitalistes. Une politique qui permet d’entretenir une armée de réserve du capital docile, tout en faisant pression sur l’armée active des travailleurs, en attaquant ses droits, et en la menaçant de misère si elle venait à résister.


    Nous, communistes, sommes opposés à la gestion de la misère,

    nous lui opposons la transformation radicale de l’appareil de production, pour un fonctionnement nouveau, où les travailleurs participent directement à l’organisation du travail, qui ne doit pas être un générateur de profit, mais bien une manière de répondre à nos besoins. 
    Nous considérons, dans l’état actuel des choses, que le chômage est une assurance, un droit des travailleurs, et non pas une prestation dépendant du bon vouloir de l’État. Il doit être financé par le salaire indirect, et permettre au travailleur privé d’emploi de percevoir 100% de son salaire, avant de retrouver un travail. Nous refusons toute forme de recul sur les indemnités des privés d’emploi. Néanmoins, cela ne peut suffire que sur le très court terme.
    Nous n’oublions pas la nature réelle du chômage, qui est la conséquence d’une répartition inégalitaire du travail, l’armée active du capital suraccumulant les tâches, pour réduire au maximum le coût du travail. Il est organisé par les capitalistes pour leur propre profit. Pour mettre fin au chômage, une solution, le pouvoir du prolétariat, le pouvoir de ceux qui produisent, qui sont conscient de leurs besoins, et qui travaillent à leur satisfaction.
     Le gouvernement cherche à briser la classe ouvrière, à atomiser les travailleurs en les précarisant pour stopper toute velléité d’organisation.Seule l’organisation large et unitaire des travailleurs, privés d’emploi ou non, de la ville et de la campagne, permettra de contrer cette offensive. La lutte que mènent les gilets jaunes depuis 7 mois est à ce titre riche en enseignements, et leur organisation en assemblées sont un embryon de démocratie populaire dont il faut s’inspirer pour construire ce front de lutte contre le capital. 
     Tout homme, toute femme, quel que soit son âge, son origine, doit avoir le droit de participer directement au processus de production; c’est à ceux et celles qui produisent que doit revenir le pouvoir de décision, pour un système plaçant l’intérêt général avant le bénéfice personnel. C’est en partageant le travail de manière équitable que nous travaillerons moins, mieux, et tous.

    Travailleurs, travailleuses, unissez vous contre la misères !

  • 100 millions sinon rien – sixième partie.

    100 millions sinon rien – sixième partie.

    Capitalisme ou socialisme ?

    Qu’est ce qui permet de différencier le capitalisme d’État du socialisme ? Finalement la question est plus complexe qu’il n’y paraît. En réalité, cette question est bien souvent sous-traitée. Elle est résumée parfois au fait que la propriété soit contrôlée par l’État. Or, la propriété juridique ne signifie rien seule. Les grands trusts d’État peuvent avoir un fonctionnement parfaitement capitaliste tout en étant propriété « publique ». Les nationalisations, par exemple, ne forment pas en tant que tel le socialisme. Sinon, la création des Reichswerke Hermann Göring en Allemagne Nazie, chargée de mettre sous la tutelle de l’État des secteurs stratégiques (et, le plus souvent, non rentables) seraient-elles un pas en avant vers le socialisme ?

    Le critère juridique ne suffit donc pas seul à pouvoir déterminer si nous sommes dans un capitalisme d’État ou dans le socialisme.

    La question du pouvoir politique se pose également. Elle est, en effet, fondamentale. Mais suffit-il que le Parti Communiste soit au pouvoir pour que ce soit le socialisme ? Non. La période de la NEP, par exemple, combinait un pouvoir politique aux mains du Parti Communiste d’Union Soviétique, mais également une structure économique très majoritairement capitaliste, dans lequel la propriété d’État n’était pas encore la forme dominante juridiquement parlant. Trotski, par exemple, dans ses thèses du IXe congrès de la IVe internationale, montrait son incompréhension de la chose : « Pour les marxistes, il n’y a pas de capitalisme sans classe bourgeoise au pouvoir, au sens économique du terme. Il n’y a pas de classe bourgeoise sans appropriation privée des moyens de production et du surplus social. »

    Ce syllogisme, finalement, peut être pris à l’envers, et rentrer en contradiction complète avec les positions de Trotski : Si la bourgeoisie n’est plus au pouvoir, au sens économique (en fait, il veut dire juridique ) du terme, il n’y a plus de capitalisme. Si la propriété juridique est transférée à l’État, le capitalisme est terminé.

    L’erreur du dogmatisme intemporel de Trotski (et de Boukharine) est de ne pas voir le socialisme comme un processus de transformation des rapports de production. Le socialisme est une période transitoire entre le capitalisme et le communisme, elle n’est pas un état stationnaire. Chez Trotski et Boukharine, la seule chose qui mesure l’avancée du socialisme au communisme est le développement des forces productive. Plus la production se développe, plus elle permet d’atteindre la société d’abondance qui caractérise le communisme.Mais le développement des forces productives, la croissance économique, seule, ne suffit pas. Elle n’est pas un critère suffisant.

    Or, ce qui détermine la construction du socialisme peut être résumé par des facteurs politiques : le pouvoir est entre les mains du prolétariat, au travers d’un parti communiste, sans que celui-ci soit obligatoirement le seul a pouvoir présenter des listes. Il ne peut cependant exister d’alternance entre différentes partis représentant différentes classes.

    Les points centraux sont les suivants :

    Ce qui permet fondamentalement de passer du capitalisme au socialisme c’est la lutte contre l’influence de la sphère du marché, de l’anarchie de la production, de la dispersion des moyens, mais également de l’accaparation des richesses produites par une classe sociale exploiteuse, juridiquement propriétaire ou non.

    En URSS, la lutte s’est faite principalement dans « Le Grand Tournant » abondamment critiqué, mais néanmoins incontournable. La collectivisation des terres était la condition sine equa non de la possibilité d’avancer vers le socialisme. Nous avons vu, plus haut, le problème de la conception trotskiste et boukharinienne de l’ouverture des ciseaux. Trotski préconisant l’expédition punitive ou un impôt spécial (en fonction de ses oscillations droitières/gauchistes), Boukharine ne voyait pas le danger Koulak et l’arme alimentaire.

    La rationalisation du travail commun, la possibilité de le mécaniser, de dégager des surplus sur la base desquels il était possible de générer des investissements, à leur tour permettant de lancer l’industrie industrialisante ne pouvait être une étape survolée. Il ne suffisait pas d’un impôt spécial comme le préconisait Trotski, mais il fallait bousculer l’ensemble de la question de la propriété terrienne. Ce bousculement devait se passer, selon l’esprit des directives, sur une adhésion basée sur la démonstration de la supériorité de la collectivisation sur l’agriculture individuelle et privée. Cependant, elle a été une vraie opération de lutte des classes, doublée, de plus, de difficultés énormes dans le contrôle de l’application des directives émanant du centre. C’est notamment ce qui explique la publication, en 1930, dans la Pravda, de l’article Le vertige du succès. Dans cet article, Staline critique les excès de la collectivisation et rappelle le principe de libre adhésion.

    La question de la planification économique contraignante et non indicative. La planification permettait de pouvoir réaliser des investissements importants dans la base d’une économie solide et d’une production industrielle rationnelle. Surtout, elle limitait ainsi, aussi, l’influence du marché en opérant un contrôle strict sur les marchandises produites. En Union soviétique, le lancement de la planification à pris un temps conséquent, les premiers travaux du Gosplan datant de 1921. Contrairement à ce que mentionne une certaine historiographie, le lancement de la planification en 1928-1929 ne correspondait donc pas à un caprice personnel de Joseph Vissarionovitch Staline, mais bien à l’aboutissement d’un processus considéré par la très large majorité du CC comme allant de soit. En revanche, la vitesse d’accélération était, quant à elle, un paramètre sur lequel Staline a joué, avec un certain volontarisme qui peut être critiqué ou encensé.

    La démonétarisation de la formation brute du capital fixe. Ce point est fondamental, dans le sens où il s’agit là du « véritable » capital. Il est constitué des infrastructures, des machines outils et des moyens de production primaires. Le fait que ceux-ci soient démonétarisés, conjointement avec la collectivisation de la propriété du sol, bouleverse le « schéma élargi de la reproduction du capital social ». Cela signifie que ce sont des cotisations des travailleurs qui contribuent à financer l’expansion économique. L’expansion économique se fait donc non pas dans le cadre du marché, mais contre le marché. Ainsi, les SMT (Stations Mobiles de Travail), qui doivent mécaniser l’agriculture, ne sont ni vendus ni loués, comme sous Khrouchtchev, mais donnés ou prêtés aux paysans, leur permettant d’accroître leurs rendements, permettant d’accroître les surplus vendus par l’État, finançant un cycle vertueux. Les difficultés que ce système a rencontré tenaient plus des aléas des récoltes, un problème parfois terrible, et d’un système de distribution qui souffrait de graves manques que du fond de l’affaire.

    Le monopole d’État du commerce extérieur, le contrôle administratif des flux de capitaux, la maîtrise de la balance budgétaire et des paiements courants, ainsi que de la balance commerciale sont des critères également fondamentaux. Ils permettent de maintenir une économie saine, non menacée par l’inflation, mais également de ne pas tomber sous une pression des marchés extérieurs ou de la dette. L’URSS a toujours tenté, là aussi, avec des difficultés parfois grandioses, de pouvoir maintenir ce contrôle. Même malgré cela, l’Union soviétique, qui devait se fournir à l’étranger pour certaines technologies et certains produits, a subi la pression de l’arme économique. C’est notamment cette pression de créanciers qui a obligé l’URSS a devoir accentuer des exportations de produits agricoles ou de matières premières à des moments où la situation était difficile.

    Du point de vue des individus, la question de la thésaurisation et de la spéculation par les personnes physiques et morales était une lutte. Ainsi, l’achat-revente de biens de consommation était interdit – et lourdement condamné – en URSS. Cela n’a pas été sans difficultés étant donnés les défaillances d’un service de distribution qui devait être inventé de A à Z. Cette répression du recel n’a pas été sans dommages collatéraux.

    De même, la question de l’échelle des salaires soulève un point terriblement épineux qui illustre toutes les contradictions du développement du système socialiste. Au fur et à mesure du développement des forces productives en URSS, de nouvelles fonctions sont apparues, qu’il a fallu caractériser et dont il a fallu définir les salaires. De même, une politique d’encouragement – et de promotion sociale – a été mise en œuvre, en particulier vers les ouvriers et les paysans ainsi que leurs enfants, pour l’accès à une éducation supérieure.

    Dans le même temps, le niveau de technicité plus important exigé pour le fonctionnement des infrastructures et des industries a poussé à ce que les experts soient de plus en plus importants, et donc, disposent, dans le cadre d’une lutte des classes interne comprise tardivement, d’un rapport de force vers le Parti.

    L’utilisation de stimulants matériels a donc été choisie comme base pour neutraliser les experts bourgeois et pour pousser à ce qu’une nouvelle génération d’experts-rouges apparaisse. L’idée étant que l’éventail des salaires plus important serait compensé par deux choses : la première, par le mouvement stakhanoviste, qui, contrairement à l’idée reçue, était un mouvement qi visait à ce qu’émerge, par l’émulation socialiste, une nouvelle génération d’ouvriers, capables de résoudre les problèmes techniques et l’organisation du travail par leur expertise, parfois empirique. Cependant, là aussi, des stimulants matériels étaient employés.

    La seconde partait d’un bon sentiment, mais était le reflet d’une erreur de conception grave. Grave, mais non comprise ni par Trotski et encore moins par Boukharine. Dans l’idée de la direction soviétique, les inégalités étaient tolérables, même si elles tendaient à s’élargir avec le développement, parce qu’elles étaient jugées « factices ». Factices dans le sens où elles ne dotaient pas de capital et ne permettaient qu’un accès prioritaire aux produits de consommation (par l’entremise des problématiques magasins spéciaux.)

    À la base, il était considéré que le développement des forces productives, permettant, à l’issue de plusieurs plans quinquennaux, de pouvoir améliorer la production et la productivité, permettraient de pouvoir peu à peu supprimer le caractère prioritaire de l’accès aux biens de consommation, en faisant en sorte que chacun en ait plus que ses besoins. C’était, en dernière instance, uniquement sous l’angle du développement des forces productives qu’était comprise la marche vers le communisme.

    Ce qui n’était pas compris était la question de la primauté de la lutte politique. Or, tout aussi relativement privilégiés qu’étaient ces corps, ils possédaient néanmoins des conceptions politiques, parfois même inconscientes ou sous-jacentes, qui allaient vers l’idée qu’il fallait une normalisation, un plus grand nombre de biens de consommation – surtout pour eux – et que les rigueurs de phalanstères devaient êtres remise au passé. Cela demande d’ouvrir une brève parenthèse sur un point qui, par la suite sera essentiel : la question du point de vue des acteurs, y compris de la restauration du capitalisme.

    Nous ne pouvons pas penser sérieusement un seul instant que, quel que soit le point de vue qu’on puisse porter sur le contenu de leurs écrits ou de leurs actes, ni Zinoviev et Kaménev, ni Troski, ni Boukharine, ni Khrouchtchev ne voulaient restaurer le capitalisme d’une manière consciente et assumée. Au cours des grandes purges, l’accusation n’est d’ailleurs jamais ressortie, quoiqu’en ait prétendu Trotski. Cependant, les logiques politiques que ces différents personnages développaient ou ont appliqué amenaient à cela, parce qu’elle sapait économiquement et politiquement la base de la dictature du prolétariat. Certains, comme Trotski ou Boukharine, préconisaient des reculs face à une politique jugée aventuriste, ou étaient prêts à des concessions pour permettre leur retour. Cependant, ces concessions étaient vues comme étant le moyen de pouvoir avancer par la suite. Seulement, les moyens de la fin emmenaient droit dans le mur, et ont, d’ailleurs, in fine mené à la chute de ce qui avait été construit.

    Il ne s’agit pas d’exempter la direction stalinienne de ses erreurs de compréhension ou d’action. Il est cependant douteux que quiconque, parmi les prétendants à la direction, puisse avoir proposé quelque chose, qui, dans on fond, était supérieur.

    Parmi le travail de sape, les experts et une certaine technocratie a effectivement appuyé vers la modération et vers la restauration, sans parfois même s’en rendre compte. Ces groupes sociaux, autour des ingénieurs, autour des chefs, autour des membres de l’appareil, n’ont pas forcément sciemment conspiré pour faire chuter le socialisme et le remplacer graduellement par des rapports capitalistes. D’ailleurs ceux qui ont le moins conspiré (Khrouchtchev, Kossyguine, Mikoïan) sont ceux qui ont réussi. Ils ont simplement déclaré finie la lutte des classes, et accomplie la mission de construction du socialisme vers le communisme. Cependant, là où Staline disait que celui-ci serait le jour où « le pain serait gratuit », les Khrouchtcheviens ont considéré qu’il était grâce à l’introduction de nouvelles normes de fonctionnement, de direction et d’intégration des Démocraties populaires dans une « division internationale socialiste du travail. », qui, en réalité, a développé un échange inégal entre l’URSS et les République Populaires, facilitant, la aussi la résurrection du capitalisme.

    Derrière la déstalinisation se trouve une définition en creux du socialisme : elle est par ce qui a été liquidé : SMT, remplacées par des locations ou des ventes, libéralisation de la gestion des entreprises, sous prétexte de développer les forces productives, réforme monétaire introduisant la rentabilité dans les services démonétarisés… Etc. La lutte contre les déviations et les dérives s’est éteinte. Les mêmes qui entrent en poste sont Nikita Khrouchtchev sont quasiment toujours là en 1985, voire en 1991.

    Cela avait-il été compris pas Staline ? Probablement, de manière confuse, à la fin. C’est l’essence même des Problèmes économiques du socialisme en URSS (1952), dans lequel Staline explique les risques de restauration.

    Il ne faut pas non plus sous estimer la difficulté de pouvoir résoudre les contradictions au sein du peuple, ce qui était un des objectifs de la révolution. Il n’est pas possible de faire l’impasse sur un paradoxe : Le parti était infiniment plus avancé que la société soviétique dans son ensemble, en particulier dans les RSS les moins économiquement et socialement développées. Les tentatives de pouvoir relâcher la bride sur la société (que nous aborderons plus loin) ont finalement laissé un appui plus important à des franges, sinon réactionnaires, néanmoins nettement moins progressistes que le Parti. Cette partie de la population, vers laquelle l’imminence de la guerre obligeait à des concessions, est responsable d’une apparition d’un certain conservatisme social dans le milieu des années 30, contrecoup des positions particulièrement progressistes des années 20, et, surtout, libérales en termes de mœurs. D’ailleurs la question de la constitution de 1936 et de l’avortement sont les deux principaux débats publics organisés par le Parti, d’après Sheila Fitzpatrick (Le Stalinisme au quotidien). Il est faux de dire que tout fut imposé d’en haut. Paradoxalement, une société plus démocratique n’a pas forcément signifié une société directement plus progressiste.

    De même, un certain durcissement dans la condition sociale (augmentation du temps de travail, création du livret ouvrier) sont des questions qui trouvent leur explication sous le poids de la guerre. Dans ses 140 entretiens, Molotov, qui justifie sans le moindre problème la répression et les purges, se désole du durcissement social d’avant-guerre, injuste selon lui, mais, hélas, obligatoire.

    Comprendre la répression en URSS passe par cela, par déterminer si Staline construisait le socialisme ou, comme le dit Trotski, les anarchistes, ou les libéraux, s’il avait trahi un idéal. Il existe toujours une part d’acte de foi dans cette démarche, croire ou ne pas croire à l’intention ? De nombreuses propositions de grilles de lecture expliquent tout par la conspiration stalinienne pour le pouvoir, n’expliquant, au final, pas grand-chose. Les tâtonnements de la direction soviétique pour chercher une voie pour avancer révèlent une chose : tout n’était pas maîtrisé. Mais les incompréhensions, et les erreurs -il y en eut légion ! Sont plus le reflet du fait qu’il s’agissait de pionniers qui découvraient les règles d’un jeu particulièrement dur, où le moindre faux pas se payait en fleuves de sang. Les côtés paradoxaux de la construction du socialisme ne doivent pas servir pour chercher la bataille dans le détail. Nombre d’entre eux, ainsi que des erreurs, ont été montés en épingle pour condamner l’ensemble. Cependant, dans sa structure, l’État soviétique est incomparablement plus socialiste en 1953 qu’en 1928.

    La question de ce qui est défendable ou non est donc soumise à cela. Nous considérons que nous pouvons retenir certaines bornes. Deux phases marquent l’histoire de la Russie révolutionnaire et de l’Union soviétique. Une, de 1917 à 1956 (globalement) dans laquelle l’Union soviétique et sa direction tentent de construire le socialisme. La seconde, 1956 à 1991 est une phase descendante, dans laquelle les rapports de production tendent davantage à devenir à nouveau capitalistes. La frontière est définissable d’un point de vue politique. Elle se caractérise par plusieurs événements : le XXe Congrès du Parti communiste, en 1956, l’exclusion du « groupe anti-parti » en 1957, le XXIe et surtout le XXIIe congrès du Parti Communiste, qui ont confirmé et aggravé les orientations de 1956, puis la rupture sino-soviétique.

    Elle est plus difficile à déterminer d’un point de vue économique, car des processus sous-jacents sont apparus en avant de ces bouleversements politiques et leur ont permis de naître. De même, par la suite, le révisionnisme soviétique ne s’est pas imposé du jour au lendemain, et une partie de l’appareil, comme de la population, s’est opposée à ces processus.

    Cependant, les réformes monétaires et la réforme de Libermann, qui introduisit à nouveau les questions de rentabilité et la monétarisation des échanges sont des étapes fondamentales. A l’issue de cela, la sphère d’influence du marché s’est regonflée, elle redirige, tandis que la lutte contre la bureaucratie et les accapareurs s’est éteinte.

    Faire le tri n’est pas simple, il existe trois attitudes possible : la première est celle qui consiste à expliquer pourquoi la répression était nécessaire dans le cadre de la lutte des classes aiguë qui se déroulait en URSS.

    La seconde à expliquer pourquoi elle a pris des formes qui pouvaient être néfastes, erronées, voire dramatiques dans certains cas, tout en étant, néanmoins, conçues dans le but de faire avancer la lutte des classes.

    La dernière à déclarer que certaines manifestations de la répression étaient des erreurs manifestes, indéfendables en tant que telles, l’exemple typique étant juin 1953 en Allemagne de l’Est. La très large majorité des actes militaires commis par l’Union soviétique après 1956 peut rentrer dans cette catégorie.

    Cependant, faut-il déjà savoir ce qu’elles recouvrent.

  • Appel de l’ICOR à l’occasion de la journée de lutte internationale contre le fascisme et la guerre les 8 et 9 mai, le 6 août et le 1er septembre 2019

    Appel de l’ICOR à l’occasion de la journée de lutte internationale contre le fascisme et la guerre les 8 et 9 mai, le 6 août et le 1er septembre 2019

    Chaque année, l’ICOR organise, en fonction des régions du globe, plusieurs journées contre la guerre. Ainsi, les 8 et 9 mai sont généralement utilisés pour l’Europe, tandis que le 6 août, jour anniversaire du bombardement atomique d’Hiroshima, est utilisé pour le Japon et l’Asie-Pacifique. Le 1er septembre, jour anniversaire de l’invasion de la Pologne par l’Armée allemande, dont ce sera le 80ème anniversaire, est également une des dates retenue comme journée contre le fascisme et la guerre.
    La situation internationale particulièrement tendue, notamment dans le cas de l’Iran, rend plus que nécessaire une mobilisation des forces anti-guerre. C’est dans cet état d’esprit que l’UCL appelle toutes les organisations communistes à se mettre en rapport avec l’ICOR dans le but de donner plus de poids à l’organisation de ces événements, en particulier dans notre pays.

    Il y a 74 ans, le 8 mai 1945, que la fin du fascisme hitlérien et de la Seconde Guerre mondiale était scellée. Surtout l’Armée rouge, des dizaines de milliers de partisans, de civils, mais aussi les forces des Alliés avaient mobilisé toutes les forces afin de vaincre la bête fasciste au péril de leur vie. 

    Peu après, les États-Unis lancèrent les premières bombes atomiques de l’histoire – le 6 août 1945 sur Hiroshima et le 9 août 1945 sur Nagasaki – guidés par la crainte que l’influence socialiste de l’Union soviétique ne s’étende. 100 000 personnes sont mortes immédiatement, au moins 130 000 à la fin de 1945, de nombreux autres dans les années suivantes.

    Il y a 80 ans, le 1er septembre 1939, que l’impérialisme allemand avec son régime fasciste hitlérien avait provoqué la Seconde Guerre mondiale. Plus de 55 millions de morts de cette guerre impérialiste nous le rappellent ! Le mouvement mondial pour la paix doit se renforcer, se coordonner au niveau mondial ! 

    En commémoration de ces trois événements, l’ICOR célèbre la Journée contre la guerre les 8 et 9 mai, 6 août et 1er septembre de chaque année dans les différentes régions.

    Aujourd’hui, la cause de la guerre consiste en particulier dans les contradictions inter-impérialistes croissantes. Le principal fauteur de guerre sont actuellement la plus grande puissance impérialiste, les États-Unis. Cependant la lutte contre la guerre impérialiste doit se retourner contre les préparatifs de guerre respectivement les actions guerrières de n’importe quel impérialiste.

    Aujourd’hui il est plus urgent que jamais de construire un front uni anti-impérialiste, anti-fasciste international contre le fascisme et la guerre ! À ce propos, l’ICOR a lancé un appel international en novembre 2018. 

    L’hostilité à la mort du fascisme hitlérien était dirigée contre l’Union soviétique socialiste et les forces révolutionnaires du monde. «La destruction du marxisme jusqu’à ses racines les plus profondes», annoncée par Hitler de façon crâneuse, se termina en 1945 par une défaite cuisante de l’anticommunisme réactionnaire ; le camp socialiste vit le jour. Aujourd’hui, après la trahison du socialisme dans tous les anciens pays socialistes, il est nécessaire que la lutte pour le socialisme prenne un nouvel essor. Ce n’est qu’avec la victoire mondiale du socialisme que la cause du danger de guerre sera surmontée, que les peuples vivront ensemble en paix et en accord avec la nature. 

    Cependant, à l’heure actuelle, la tendance générale de la préparation impérialiste à la guerre s’intensifie. Les points focaux du danger de guerre sont la Syrie et l’Ukraine, les États-Unis aggravent les préparatifs de guerre contre l’Iran. De manière agressive, les États-Unis menacent la souveraineté du Venezuela. Ils sont déjà en guerre contre le peuple vénézuélien : en fomentant une situation d’approvisionnement catastrophique, qui est censée justifier une invasion « humanitaire », de menace et de peur constantes. Un jeu dangereux avec le feu et le danger d’un conflit militaire et une confrontation directe de différentes forces dans la lutte pour l’influence et les possibilités d’accès au pays avec les plus grandes réserves de pétrole du monde. 

    Une nouvelle course aux armements nucléaires est lancée avec la fin du traité FNI, qui visait à limiter les missiles nucléaires à moyenne portée entre les États-Unis et la Russie.

    L’État fasciste turc menace ouvertement d’attaquer l’ensemble du Rojava/la Syrie du Nord. Dès le début, l’ICOR a été du côté de la révolution démocratique au Rojava.

    Le président américain Donald Trump continue de soutenir le régime sioniste en Israël par ses provocations violant le droit international, en reconnaissant le plateau du Golan comme partie intégrante d’Israël. De façon démagogique, toute critique justifiée de l’État d’Israël et de son gouvernement réactionnaire est diffamée comme « antisémite ». 

    En vue des élections européennes de ce mai, l’Union européenne (UE) tente de se présenter comme une puissance de paix. En réalité, l’UE est un bloc impérialiste qui se bat de manière de plus en plus indépendante pour l’hégémonie mondiale. Avec la construction de la structure militaire par la « Coopération structurée permanente » (CSP ou PESCO), le caractère agressif devient plus clair. L’ICOR Europe participe aux élections européennes sous le slogan : « La rébellion contre l’UE impérialiste est justifiée ! Vive la solidarité internationale – renforcez l’ICOR ! »

    De plus en plus de gouvernements et de partis bourgeois du monde entier virent à droite, ce qui augmente le danger de guerre. Il s’agit non seulement de Donald Trump aux États-Unis, mais aussi de Narendra Modi en Inde, Recep Tahip Erdogan en Turquie ou Jair Bolsonaro au Brésil. 

    Mais les travailleurs et les femmes, les agriculteurs et les jeunes du monde ne sont pas d’accord ! Des millions de personnes se lèvent pour défendre la paix, dans la lutte antifasciste, la résistance contre la menace d’une catastrophe écologique et contre le démantèlement des droits sociaux et politiques. Cela se manifeste dans le monde entier par des luttes croissantes de la classe ouvrière et des masses populaires.

    Dans la rue contre les impérialistes bellicistes !

    Tous les impérialistes hors de Syrie ! 

    Solidarité avec les luttes de libération kurde et palestinienne !

    Ne touches pas au Venezuela !

    Pour la construction d’un front uni anti-impérialiste et antifasciste international !

    Pour la paix, la liberté et le socialisme !

    En avant avec la construction de l’ICOR !

    Signataires (en date du 20/06/19 – liste actuelle des signataires sur www.icor.info):

    1. RCP   Revolutionary Communist Party of Egypt (Partie communiste révolutionnaire d’Egypte)
    2. UPC-Manidem   Union des Populations du Cameroun – Manifeste National pour l’Instauration de la Démocratie, Cameroun
    3. MMLPL   Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
    4. CPSA (ML)   Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes))
    5. PCT   Parti Comuniste du Togo Togo
    6. PPDS   Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie
    7. CPB   Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)
    8. CPI (ML) Red Star   Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)
    9. NCP (Mashal)   Nepal Communist Party (Mashal) (Parti communiste du Népal (Mashal))
    10. PPRF   Patriotic Peoples Republican Front of Nepal (Front républicain du peuple patriotique du Népal)
    11. NDMLP   New-Democratic Marxist-Leninist Party (Parti marxiste-léniniste de démocratie nouvelle), Sri Lanka
    12. БКП   Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
    13. MLPD   Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
    14. UCLyon   Unité Communiste Lyon, France
    15. UPML   Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France
    16. BP (NK-T)   Bolşevik Parti (Kuzey Kürdistan-Türkiye) (Parti bolchévique (Kurdistan du Nord / Turquie))
    17. KOL   Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)
    18. RM   Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
    19. MLGS   Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
    20. KSRD   Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine
    21. MLP   Marksistsko-Leninskaja Platforma (Plate-forme marxiste-léniniste), Russie
    22. RMP   Российская маоистская партия (Rossijskaya maoistskaya partiya) (Parti maoïste russe)
    23. PCC-M   Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)
    24. NPCH (ML)   Nouveau Parti Communiste Haϊtien (Marxiste-Léniniste)
    25. PCP (independiente)   Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))
    26. PC (ML)   Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine
    27. PCR-U   Partido Comunista Revolucionario del Uruguay (Parti révolutionnaire communiste d’Uruguay)
  • Tribune : par des élèves de première du lycée Jacques-Feyder d’Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis).

    Tribune : par des élèves de première du lycée Jacques-Feyder d’Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis).

    Aujourd’hui, nous qui venons de passer le bac français, nous élèves de Seine-Saint-Denis, Nedjma, Chaïneze, Karim, Claire, Léa, Alex, Thehasna, Amel, Chantal, Chimamanda, Délia, Nelia, Farah, filles et garçons, hétéros, homos, juifs, musulmans, chrétiens, Blancs, Noirs, métisses, Algériens, Iraniens, Soudanais, Sri-Lankais, Ivoiriens, Tunisiens, Maliens, tous Français, nous avons des choses à dire : l’école de la République ne réserve pas les mêmes conditions à la jeunesse de Seine-Saint-Denis, aux fils et filles d’immigrés, aux pauvres qu’aux élèves des centres-villes. Et, pour nous, cela ne peut signifier qu’une seule chose : vous préférez vivre ensemble « entre vous », plutôt que de vivre ensemble « avec nous ».

    A la rentrée 2018, que nous avons faite trois semaines après le reste de la France en raison de problèmes techniques et administratifs, nous nous frayons un chemin au milieu de ce qui nous est apparu comme un immense chantier au centre duquel étaient alignées et superposées des boîtes, des préfabriqués. Notre lycée ressemble à un camp de regroupement. Un peu plus tard, nous découvrirons la réverbération assourdissante des sons dans ces boîtes que nous apprendrons à nommer salles de classe.

    Conditions d’examen à peine croyables
    Notre scolarité est donc censée se dérouler dans le brouhaha des travaux, dans le bruit continu des marteaux piqueurs et des perceuses, dans des salles trop petites pour tous nous accueillir, trop froides en hiver et trop chaudes en été, dans un établissement où il n’y a plus ni cour de récréation, ni aucun espace abrité où nous retrouver, discuter, travailler, vivre…

    C’est pourtant dans ces conditions à peine croyables que nous avons préparé notre bac de français, présenté notre oral de travaux personnels encadrés (TPE) devant un jury qui peinait à nous entendre, et supporté des coupures de courant et d’eau, l’entrée des salles inondée les jours de pluie, des mares à enjamber et, quand on ne trouve pas de planches pour les éviter, des journées entières passées avec les chaussures mouillées.

    Quant aux toilettes des 800 filles, il n’y en a que deux qui ont de la lumière. C’est mieux que rien : au début de l’année, aucun WC ne fonctionnait ! En cas de nécessité, nous avions été autorisés à rentrer chez nous. Obligés de supporter des conditions indignes, nous étions autorisés à y échapper mais au prix de cours manqués !

    « CE QUI EST ADMIS DANS LE “93” NE L’EST PAS AILLEURS. CE QUI EST POSSIBLE POUR NOUS SERAIT SCANDALEUX POUR LES ENFANTS DES CENTRES-VILLES ET DE LA CAPITALE »

    Non, ce que nous venons de décrire n’est pas une fiction, nous n’étions pas candidats à un nouveau concept de jeu télévisé mais candidats au bac.

    Cette scolarité s’est bien déroulée dans un établissement secondaire public, en France, durant l’année scolaire 2018-2019. Le drapeau de la République qui flotte à l’entrée de notre lycée est là pour en témoigner. Comme la devise qui est inscrite à son fronton, comme dans tous les établissements scolaires de France. Liberté, Egalité, Fraternité. Ces trois mots vaudraient-ils plus pour certains que pour d’autres ?

    Nous l’affirmons, cette rentrée des classes n’est pas anecdotique. C’est la conséquence d’une politique de relégation systématique du territoire où nous vivons, un territoire sous-doté. C’est le résultat d’un système, un système qui nous enferme dans une sous-citoyenneté. Ce qui est admis dans le « 93 » ne l’est pas ailleurs. Ce qui est possible pour nous serait scandaleux pour les enfants des centres-villes et de la capitale.

    C’est ce qu’a souligné le rapport parlementaire du comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques sur l’évaluation de l’action de l’Etat dans l’exercice de ses missions régaliennes en Seine-Saint-Denis. Déposé à l’Assemblée nationale le 31 mai 2018, ce rapport était dirigé par les députés François Cornut-Gentille (Les Républicains, Haute-Marne) et Rodrigue Kokouendo (La République en marche, Seine-et-Marne). Nous savons aujourd’hui que, pour les personnels par exemple, « le moins bien doté des établissements scolaires parisiens reste mieux doté que le plus doté des établissements de la Seine-Saint-Denis », comme l’a souligné le sociologue Benjamin Moignard, interrogé pour ce rapport.

    « SI NOUS SOMMES CAPABLES AUJOURD’HUI DE PRENDRE LA PAROLE, C’EST PARCE QUE NOUS AVONS DÉCIDÉ DE PRENDRE EN MAIN NOTRE SORT, ET NOS VOIX RÉSONNERONT PLUS QUE LES BRUITS DES TRAVAUX »

    C’est pourquoi nous sommes tristes mais surtout en colère, même si cela nous fait peur. Alors nous prenons notre courage à deux mains pour l’exprimer. Nous avons peur que notre colère fasse peur, qu’elle nous interdise encore une fois de prendre la parole, qu’elle nous enferme dans cette case « jeunes des banlieues » que la société a créée pour nous. Nous avons peur de la peur que vous nous avez imposée en vous l’imposant d’abord à vous-mêmes. Et si nous sommes capables aujourd’hui de prendre la parole, c’est parce que nous avons décidé de prendre en main notre sort, et nos voix résonneront plus que les bruits des travaux.

    Les cases dans lesquelles vous nous avez enfermés ne sont-elles pas le reflet de vos peurs ? « Ce que vous dites à propos d’une autre personne, quelle qu’elle soit, vous révèle, vous… (…) Mais si je ne suis pas le nègre, et s’il est vrai que votre invention vous révèle vous, alors, qui est le nègre ? », disait l’auteur américain James Baldwin dans le film documentaire Take This Hammer, produit en 1963 pour la National Educational Television. Avec Baldwin, nous affirmons que ce que vous décrivez de nous n’a rien à voir avec ce que nous sommes, avec ce dont vous avez peur.

    Alors nous nous demandons : sommes-nous moins Français que vous parce que nous grandissons avec plusieurs cultures, l’une héritée de nos parents, l’autre française, construite ici et maintenant ? Sommes-nous moins Français parce que nous vivons de l’autre côté du périphérique ? Parce que nous sommes plus pauvres ? Ou bien parce que nous ne sommes pas de « vrais » Français ?

    Mais alors, le « vivre ensemble » dont on nous rebat les oreilles ne serait qu’un slogan vide de sens ? Vous nous reprochez de vivre en communauté, mais qui vit reclus ? Qui vit dans l’entre-soi ?

    Experts en géopolitique
    Nous sommes à l’opposé de ce que vous décrivez et du fantasme que vous avez de nous, que vous ne voulez ni connaître ni rencontrer. Venez vous promener dans nos banlieues et voir mais surtout apprécier le partage des cultures, des couleurs et des langues. Venez entendre les langues qui se mélangent et la musique que cela fabrique.

    Oui, nous vivons ensemble avec nos origines différentes, avec nos voisins juifs ou musulmans, athées ou évangéliques, catholiques, bouddhistes, hindous, nous sommes experts en géopolitique, en diplomatie, nous vivons ensemble et ce n’est pas un concept, c’est notre réalité quotidienne ! Alors nous n’avons pas peur de dire notre fierté : le département le plus pauvre du pays est aussi une richesse pour la France !

    Bien sûr, nous avons, nous aussi, appris à l’école à être fiers du passé glorieux de la France, celui de nos ancêtres les Gaulois, notamment, ceux dont l’histoire a été enseignée dans toutes les écoles de la IIIe République, et parfois même dans tous les villages de France et de certaines grandes villes de son empire. Mais ces ancêtres gaulois ne nous ont-ils pas privés de la richesse de toute notre histoire ? Celle de nos tirailleurs, de nos polaks, de nos ritals, de nos juifs d’Afrique du Nord, de nos pieds-noirs, de nos grands-pères « morts pour la France », de nos parents ? Nier ces histoires, c’est nier l’histoire de France. C’est oublier que chaque Français représente la France, que celle-ci s’est construite sur de multiples identités.

    « NOS GRANDS-PARENTS ET NOS PARENTS SE SONT TUS TROP LONGTEMPS, S’EXCUSANT DE CE POURQUOI ILS N’AVAIENT PAS À S’EXCUSER »

    Nous sommes tous issus de l’immigration, et nous nous questionnons sur qui nous sommes. Est-ce que nous sommes Français ? Ou Algériens, Iraniens, Marocains, Sénégalais ? Les deux ? Ou alors rien ? Nous nous sentons Français et Algériens, Français et Iraniens, Français et Marocains, Français et Sénégalais.

    Nous sommes Français, non pas parce que nous avons les papiers ou que nous parlons français, mais parce que nous adhérons aux valeurs de la République. Nous sommes Algériens, ou Iraniens, ou Marocains, ou Sénégalais, c’est notre héritage, nous en sommes fiers. Nous avons deux patries et c’est cool ! A partir de combien de générations nées et grandies sur le sol français arrêtera-t-on de nous renvoyer à nos « origines » ?

    Nos grands-parents et nos parents se sont tus trop longtemps, s’excusant de ce pourquoi ils n’avaient pas à s’excuser, essayant de se faire petits sous prétexte qu’ils ne venaient pas d’ici, de se faire accepter de vous, sans jamais réellement y parvenir.

    Mais nous, enfants de la République et porteurs de ses valeurs, nous vous le disons : nous avons la volonté de prendre pleinement notre place dans cette France que nous aimons. Nous sommes vos futures élues ou élus, avocates ou avocats, managers. Nous sommes fiers des valeurs de notre République et, avec ou sans vous, nous les défendrons. Jusqu’à quand, d’ailleurs, vous obligerez-nous à dire « vous » et « nous » ?

    L’égalité ne peut attendre encore une, deux ou trois générations. Nous formons un seul peuple uni par notre devise : Liberté, Egalité, Fraternité. Nous sommes tous concitoyens, nous devons vivre ensemble et accepter l’autre, nous devons nous tendre la main et ne former qu’un, car nous sommes tous Français.

    Par des élèves de première du lycée Jacques-Feyder d’Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis).

  • Le Service National Universel

    Le Service National Universel

    Un piège.

    La question d’un retour d’un service national est une constante.

    Croire la jeunesse en perdition, sans repères, sans valeurs, sans amour pour la patrie est une ritournelle constante, dans la bouche d’un certain électorat conservateur, que celui-ci assume ou non, par ailleurs, son conservatisme.

    Emmanuel Macron, entre deux offensives contre les droits sociaux, a tendu l’oreille à cet appel. Il faut dire que, contrairement au fait de s’en prendre à bras le corps aux raisons profondes du chômage, ce qui risquerait d’incommoder ses soutiens, ce cri réactionnaire était aisé à satisfaire.

    1,5 milliards d’euros ont été mis en place pour cette opération. A titre de comparaison, seul 70 millions d’euros ont été alloués aux urgences. Cependant, il est possible de relativiser à l’inverse. Cela ne représente qu’un minuscule 1,5 % de la fortune de Bernard Arnault. Cela démontre qu’il existe des réserves de moyens non-employés, qui auraient pu certainement être mieux utilisés. Nous ne pensons pas que le gouvernement soit stupide. Si ces lignes de budget sont employées dans ce domaine, c’est bel et bien qu’il y a un espoir d’un retour sur investissement d’une manière ou d’une autre.

    En termes d’économies, en remplaçant ponctuellement des travailleurs et des travailleuses par des engagés volontaires, tout comme le Service Civique. L’un et l’autre permettent de sous-payer, voire de faire travailler à prix coûtant une partie de la jeunesse.

    Soit en termes politiques, selon lesquels on considère comme justifiable d’injecter une somme colossale dans un cadre d’embrigadement de la jeunesse. D’autant que le public est particulièrement malléable, entre ses 15-16 ans, sortant à peine du collège.

    La question d’un embrigadement de la jeunesse se pose depuis de longues années. Elle est une ritournelle constante, basée sur le dépit de la fin du service militaire. Celui-ci était vu comme un creuset pour la construction de la Nation, inculquant des pratiques et des valeurs censées incarner la République.

    Durant cette vacance, le travail de diffusion de ces valeurs a été transféré à l’Éducation Nationale. Mais, l’Éducation Nationale n’a jamais paru un vecteur crédible aux yeux des plus réactionnaires, contrairement à l’Armée. Pourtant, elle a réussi un travail on ne peut plus impressionnant dans son œuvre de propagande, les programmes scolaires d’Histoire étant en tout premier lieu à visée civique.

    Ainsi, ils sont orchestrés dans le but de démontrer que :

    1) La démocratie bourgeoise est le seul système politique viable.

    2) Le capitalisme est le seul système économique possible.

    3) La France est la seule véritable démocratie à l’échelle mondiale.

    4) Qu’elle bénéficie d’un exceptionnalisme dans son histoire et dans ses actions dans le monde.

    5) Qu’elle est à l’avant-garde de la diffusion des idées des Lumières et de l’Humanisme dans le monde, et que, par voie de conséquence, ses interventions sont justifiées et morales.

    De ce point de vue là, il s’agit d’un succès monumental, ces idées étant profondément ancrées dans l’esprit d’une grande partie de la population, à l’exception de ceux et celles qui, dans leur vécu ou celui de leur pays d’origine, ont eu une confirmation de ce qu’est la nature réelle de l’activité française dans le monde.

    Mais ce n’est pas tout. En 1968, l’enseignement de la « morale » a été supprimé des programmes, au grand dam de toute une frange de la population, qui n’a eu de cesse de réclamer son retour. En 1999, le PS, alors au pouvoir, remet dans les programmes la question de l’Enseignement Civique, Juridique et Social. Celui-ci permet de diffuser les « valeurs de la République » et de faire savoir qu’elle est « parfaite » dans son fonctionnement. Une nouvelle fois, cette connaissance de papier est démentie par la réalité de la confrontation avec l’appareil d’État et ses représentants.

    Après les attentats de 2015, le gouvernement, PS, toujours, cède et accepte que soit mis en place, à nouveau, en Enseignement Moral et Civique. Celui-ci reprend les thématiques de l’ECJS, mais les double par une composante intangible, formées de valeurs supposément françaises. Ces valeurs ont pour but de défendre un fond culturel et civilisationnel envers une menace tout aussi intangible. Ses objectifs, une nouvelle fois, sont de mettre les enseignants au service d’une mission de propagation de conceptions sur l’État et sur la France, qui n’ont rien de commun avec une lecture critique de son fonctionnement et de son histoire.

    Il n’y a rien d’étonnant en cela que les termes employés par le SNU soit globalement les mêmes que ceux qui sont employés pour décrire l’EMC. Leurs objectifs sont les mêmes, la seule distinction étant l’intensité de la démarche et le fait qu’elle ne soit pas confiée à des enseignants et enseignantes, envers lesquels une méfiance existe.

    « Les objectifs assignés au SNU sont au nombre de trois :

    • Cohésion sociale et territoriale ;
    • Prise de conscience, par chaque génération, des enjeux de la défense et de la sécurité nationale ;
    • Développement de la culture de l’engagement. »

    Ces objectifs ne peuvent être séparés d’une idée politique sous-jacente, qui est de créer une cohésion sur la base d’une illusion, d’instiller l’esprit réactionnaire et chauvin, et de trouver des recrues pour le travail de l’Armée.

    Le déroulement du SNU se fait dans une ambiance de casernement de deux semaines, avec des horaires stricts et un très grand nombre d’activités dans le but de maintenir dans une stimulation constante les jeunes. Le fait que le temps entre l’extinction des feux et le lever représentent tout juste huit heures ne semble pas émouvoir outre mesure les concepteurs.

    Les ambitions donc de comprendre quels sont les enjeux de la défense nationale, autour d’un jeu stratégique, dont nous sommes particulièrement curieux de connaître le contenu. Nul doute que celui-ci serait particulièrement révélateur sur la perception géostratégie de la part de l’Armée.

    Elle est également autour de la question de la Mémoire nationale. La première sortie en force du SNU, durant la commémoration de l’appel du 18 juin, à Bourges, a illustré la manière dont les intervenants et intervenantes se font une idée de cette mémoire. « Pétain, vainqueur de Verdun ». Benjamin Griveaux est désormais dépassé. Il serait là aussi intéressant de connaître les fondements qui sous-tendent une analyse historique aussi teintée.

    D’autres ateliers, moins fondamentaux, s’axent autour de « réflexes-défense » et de « cyberdéfense », ce dernier étant effectivement au centre des questionnements de l’état-major.

    En tout, ce sont 104 intervenants et intervenantes qui sont prévues pour l’ensemble des préparations. Cette liste, une nouvelle fois, mériterait de pouvoir être consultée.

    Il est révélateur d’un changement de stratégie dans la question de la défense. Auparavant, la norme choisie dans les Livre Blanc successifs était celle de la réduction du format des armées, pour ne garder qu’un noyau cuirassé permettant des opérations de type coloniales. Or, la nouvelle sortie du Livre Blanc de 2019-2025 prend le complet inverse. Les formats sont étendus à nouveau, dans le but de « faire face aux nouvelles menaces ». C’est dans ce cadre que le SNU doit être compris, comme conçu conjointement au développement d’une Armée française qui envisage des conflits symétriques dans un cadre international.

    L’objectif de recréer un lien « Armée-Nation » est dans cet état d’esprit là. Dans l’idée que, aujourd’hui, dans l’état actuel des choses, il est possible qu’un conflit de repartage du monde entre les grandes puissances puisse naître.

    Une fois ces deux semaines passées, il est possible d’entreprendre « une période d’engagement d’une durée d’au moins trois mois, liée à la défense et la sécurité (engagement volontaire dans les armées, la police, la gendarmerie, les pompiers, la sécurité civile), à l’accompagnement des personnes, à la préservation du patrimoine ou de l’environnement ou encore au tutorat, sans que cette liste soit limitative. » (Site .gouv)

    En somme, nous revenons aux deux retours sur investissements : politique, mais aussi également pour remplacer des emplois. Le fondement ne va pas plus loin.

    Lors du lancement du projet, le 18 juin, les résultats ont plutôt prêté à rire. De nombreux malaises suite à l’insolation, des chants répétitifs de la Marseillaise, des saluts au drapeau stéréotypés et sans émotion, des conférences où les intervenants et intervenantes ont tenu des propos idéologiquement douteux…

    Cependant, demain, il est possible que cette machinerie prête moins à rire.

    Comment, dans tout cela, ne pas être gêné aux entournures lorsque la France Insoumise, par l’entremise d’Adrien Quatennens, déclare que l’idée était bonne, mais -pour rester dans le rôle de l’opposition – qu’un vrai service de 9 mois aurait été nécessaire.

    À nos yeux, ce n’est pas une question de durée, de moyens, mais de fond. Un service de ce type, tout comme le service militaire, est, en tout premier lieu un moyen d’endoctrinement politique au service de « la France », en réalité des intérêts de la bourgeoisie française.

    Un système comme celui-ci ne peut être qu’un vecteur de conceptions réactionnaires, qu’un outil visant, non pas à « aider la jeunesse à s’émanciper », mais bien, au contraire, à la faire marcher au pas.

    Dans l’ensemble des pays socialistes, la jeunesse participait à des mouvements. Ces mouvements avaient vocation à développer des choses positives, une émulation, un esprit d’entraide, car le cadre politique était différent. Il est d’ailleurs divertissant de voir que cela a toujours été brutalement attaqué par les anticommunistes.

    Dans un cadre politique réactionnaire, un Service National Universel ne peut être que réactionnaire et servir des projets d’agression militaire.

  • Grève des enseignants et enseignantes !

    Grève des enseignants et enseignantes !

    Aujourd’hui, les enseignant et enseignantes, à l’appel de plusieurs syndicats, se sont mis en grève durant le premier jour de l’épreuve du baccalauréat.

    La mobilisation a été un succès en termes de grévistes, bien que le ministère essaie, à son habitude, de minorer les chiffres des participants et participantes. Au final, environ 30 % des enseignants et enseignantes semblent avoir participé à la grève. A Lyon, c’est un rassemblement et une assemblée générale d’entre 400 et 500 personnes qui s’est tenue.

    Une telle mobilisation, le premier jour des épreuves du bac, est un véritable succès. Le rectorat et les chefs d’établissement ont fait pression pour tenter de juguler le nombre de grévistes, ou ont fait des réquisitions des AED ou des personnels administratifs, mais dans l’ensemble, la journée est un succès. Succès qui en ouvre d’autres !

    Pour beaucoup d’élèves, cependant, l’épreuve du baccalauréat est devenue une étape vers le néant, tant la machinerie de Parcousup a bouché l’avenir. Plus que la grève, hypocritement érigée en action dirigée contre les élèves, ce qui les pénalise sont les réformes. Ainsi, Parcoursup s’est imposé comme un véritable hachoir à orientation.

    Pour mémoire, Parcoursup est la continuité de la gare de triage créer par Adminssion Post-Bac. Dans APB, cependant, les élèves pouvaient définir des vœux hiérarchisés, qui leur permettaient d’avoir une certaine prise sur leur avenir étudiant.

    Dans Parcousup, en revanche, c’est une « mise à disposition » de recruteurs et de recruteuses qui est opérée. Cette inversion fait que les établissements d’enseignement supérieur font « leur marché », recrutant les élèves mis à disposition en fonction de leur profil (et très souvent, de leur origine géographique – donc sociale, du fait de la ségrégation socio-spatiale -). Une fois que le nombre désiré est atteint, les autres sont envoyés au rebut. De plus cela s’attaque au concept même de l’orientation. Cela devient de la gestion de flux en fonction des intérêts du tissus industriel local.

    In fine, lorsque 400 000 lycéens et lycéennes se retrouvent sans affectation, ce n’est pas une erreur de Parcoursup, c’est au contraire qu’il a marché exactement comme prévu.

    La question du nouveau bac se pose aussi d’une manière brûlante :

    https://unitecommuniste.com/france/stoppons-parcoursup-le-nouveau-bac-la-selection/

    Deux lycéens ou lycéennes n’étaient, déjà, pas jugés à la même valeur, du fait de leur lycée d’origine, vont voir cet écart être accru. Les prétendues mesures d’égalité vont se heurter au prisme de la réalité.

    La libéralisation à toujours mené à la concentration des ressources, jamais à l’égalitarisme. Celle du système des options ne va pas échapper à cette règle. Comme il est absolument impossible pour tous les lycées de couvrir toutes les options, des choix vont devoir être faits. Au lieu d’avoir des filières par établissement, ce seront des établissement-filières qui apparaîtront.

    Les bacs à options vont accentuer une ségrégation spatiale, en fonction des options qui seront concentrées dans les différents établissements. Les options de prestige seront concentrées ans ceux bénéficiant déjà d’une attractivité, mais les lycées laissés pour compte verront leur situation se dégrader encore davantage.

    Par ailleurs, il est fondamental de rappeler que la lutte pour une défense du baccalauréat s’inscrit également dans la lutte pour la défense du contrat de travail. Un des objectifs de la liquidation du cadrage national des diplômes est de s’attaquer à leur valeur juridique. Il s’agit d’une manœuvre en sous-marin dans le but de frapper une des dispositions fondamentales du Code du Travail : les conventions collectives.

    Détruire les conventions collectives était au cœur des opérations massives menée par le gouvernement EELV – PRG – PS puis par le gouvernement LREM. Dans la loi El-Khomri et la loi travail, l’un des buts était de faire sauter ces éléments essentiels du rapport de force des travailleurs et travailleuses envers leurs exploiteurs et de les remplacer par des accords d’entreprises, nettement moins favorables.

    En transformant le bac national -déjà inégalitaire et peu reconnu- en bac d’établissement (ce qui est également valable pour les Licences et les Masters), cela rend impossible, à terme, leur reconnaissance juridique. Elle ne leur permet plus, par voie de conséquence, de trouver une reconnaissance dans le navire sombrant des conventions collectives.

    En somme, la nouvelle génération de bacheliers et de bachelières est vouée à être une génération sacrifiée, destinée à être surexploitée, et, surtout, à être mise en concurrence directe et brutale avec les générations précédentes. En dernière instance, ces néo-bachelier serviront de menace pour faire accepter des baisses de salaire, des conditions de travail plus rudes, à ceux et celles qui sont déjà en poste.

    Cette mesure de fragmentation des statuts inter-générationnels ne peut pas ne pas avoir de conséquences dramatiques sur les salaires et les conditions de travail.

    D’une manière générale, il est essentiel de rappeler que la réforme qui est concoctée par le gouvernement est cohérente et architecturée. Elle vise des objectifs extrêmement ambitieux, puisque ceci inclut le fait de changer complètement le fonctionnement des lycées.

    En les autonomisant d’un point de vue administratif, ce qui renforce les pouvoirs des chefs d’établissement, devenant de fait des équivalents, en termes de compétences, des présidents et présidentes d’université après l’application de la LRU. De fait, les proviseurs et chefs auront une autorité accrue. Les réformes renforcent le pouvoir administratif au détriment de la pédagogie. En fait de « confiance », c’est la perpétuation de la veille de l’opinion et du contrôle de la pensée sur les enseignants et enseignantes.

    Cette autonomie administrative se dédouble d’une autonomie de recrutement, les établissements pourront ainsi constituer eux-mêmes leurs équipes, sous des recrutements ressemblant à ceux pratiqués par les mairies. Ainsi, les CAPES et Agrégation seront ravalés au rang d’habilitation, mais ne seront plus de garanties de pouvoir bénéficier d’un poste. Il s’agissait d’une disposition prévue d’ores et déjà dans la masterisation des concours, qui devait créer une équivalence, in fine, entre M2 et Capes.

    Plusieurs établissements ont également dû accepter des privatisations et des externalisations (entretien, cantine), qui, non seulement ne permettent pas de bénéficier d’une qualité plus importante de service, mais sont également coûteuses. Ces marchés captifs sont des cadeaux, accordés selon des critères clientélistes.

    Également, de plus en plus d’établissements demandent aux professeurs de faire des heures supplémentaires sur la base du volontariat, mais avec l’idée, exprimée dans Cap 2022, d’en faire une norme. Cela vise à réduire dont le nombre de postes en saturant les enseignants et enseignantes avec des classes surchargées et des heures plus nombreuses.

    Lorsque ce ne sont pas ces exigences qui sont formulées, c’est l’incitation au bénévolat. Or, le bénévolat est une réduction de salaire déguisée, puisqu’elle implique un plus long temps de travail pour un salaire identique.

    Toutes ces agressions ne visent qu’a mettre au pas le système éducatif et à le rendre « rentable », avant qu’il ne soit purement et simplement privatisé.

    Les projets du gouvernement sont littéralement les même que ceux qui étaient proposés, il y a 15 ans, par François Fillon : autonomie des établissements, mise en place du contrôle continu, changement dans les hiérarchies…

    Les luttes ont permis de pouvoir stopper ce projet pendant ces quinze années. L’offensive d’aujourd’hui est donc le match retour d’hier. Seulement, le contexte politique est davantage défavorable. Macron est tenu par ses commanditaires, il exécute servilement leurs ordres, dans le but d’ouvrir le marché de l’éducation a la privatisation et de réduire les dépenses publiques.

    Aujourd’hui, après l’expérience du mouvement des Gilets Jaunes, il est possible de se douter que le gouvernement ne reculera pas sans essayer au maximum de forcer les choses.

    En dépit du courage, de la mobilisation, de l’abnégation de ceux et celles qui luttent, la question se pose : face au refus obstiné, les luttes réformistes et économiques ne peuvent s’imposer. Comment faire pour qu’elles soient plus puissantes et plus efficaces ?

    Nous pensons que les luttes sociales sont indispensables, mais qu’elles doivent également se projeter sur le terrain politique. L’aspect central du mouvement des Gilets Jaunes est ainsi celui-ci : la politisation de la lutte est ce qui a permis son expansion et le fait qu’elle ne reste pas sectorielle.

    Nous n’avons pas le choix, nous devons poser également la question du pouvoir.

    https://unitecommuniste.com/france/nayons-pas-peur-parlons-du-pouvoir-tract-de-lunite-communiste-de-lyon/

    La question, de la démocratie truquée, mais aussi la question de la démocratie que nous voulons, dans laquelle il sera possible de battre jusqu’au bout les tentatives de destructions des droits sociaux que les luttes précédentes ont arraché.

    L’assemblée générale des enseignants a appelé à poursuivre la lutte. Soutenons-la ! Défendons pied à pied le système éducatif !

  • Communiqué UPML :Après les élections sur l’Union Européenne de mai 2019

    Communiqué UPML :Après les élections sur l’Union Européenne de mai 2019

    Nous republions le bilan des élections rédigé par nos camarades de l’UPML, dans le but d’enrichir le débat, mais également car nous souscrivons en grande partie à ce qui est développé par eux.

    UPML, 6 juin 2019

    *Crise politique approfondie dans l’UE

    *Recherche d’une alternative sociale

    *Campagne ICOR

    Les élections sous le capitalisme sont une mise en scène de partis et de soi-disant représentants du peuple qui une fois élus, permettent « démocratiquement » de masquer la dictature du capital financier. Que nous apprennent ces élections ?

    La crise de l’électoralisme et du parlementarisme est internationale. Dans plusieurs pays (l’Autriche, la Grèce et la Grande Bretagne) la crise politique se prolonge par des élections anticipées suite aux résultats des élections européennes.

    Les élections n’ont jamais changé le monde. Sur un fond d’opposition ou non à l’UE, les résultats électoraux montrent qu’il existe à la fois un pôle progressiste en formation et un courant réactionnaire à plusieurs composantes : LR, LRM, RN et PS. L’abstention traduit en partie le refus du parlementarisme bourgeois et plus concrètement de ces partis. Parmi les masses se développe une opposition sociale et politique, pas toujours très claire, à la politique générale de Macron.

    Les Gilets Jaunes, par exemple,ont fait encore une fois la démonstration involontaire de la dictature du système et de sa violence. Leur conclusion: ce n’est qu’au quotidien que les choix concrets doivent se débattre et être mis en œuvre dans une démocratie populaire et directe. Mais est-ce possible dans la société actuelle où le capital financier exerce sa dictature pour le profit, y compris sous la forme de l’électoralisme bourgeois ?

    Les oppositions s’expriment nécessairement sous des formes multiples : vote ou non-vote ou dans des votes non pas pour un parti mais contre un autre… avec comme résultat qu’il n’y a pas de perspective positive. Les élections dans ces conditions ne peuvent être qu’un reflet déformé et très limité de la conscience sociale, tout au plus un thermomètre donnant la température de « l’opinion publique ».

    Presse, radio, télévision sont les moyens indispensables à la bourgeoisie pour diriger et orienter les élections. N’y apparaissent que les « grands partis » portant le discours dominant. Ça nous rappelle que 90% des moyens d’information sont possédés par des groupes financiers comme Bouygues, Dassault, Lagardère et Boloré.

    Les médias présentent de faux enjeux : choisir entre « progressistes » (LREM/Macron!) et nationalistes/populistes (Rassemblement National/Le Pen) alors que le véritable enjeu est entre ceux qui défendent ou se soumettent au capitalisme et ceux qui le combattent et veulent le renverser.

    Les élections passées, ces médias ne donnent que les pourcentages de votes exprimés, en exagérant les résultats. C’est pourquoi nos chiffres (toujours arrondis) tiennent compte des 47 Millions d’inscrits et des 23 M. de votes exprimés.

    Quelques chiffres et observations:

    L’abstention, le plus grand Parti (50%) exprime pour une grande part le refus d’entrer dans le cadre trompeur du parlementarisme bourgeois.

    Renaissance/ LREM (Macron), le parti au gouvernement ne réunit même pas 10% des inscrits, une nette baisse par rapport au 1er tour des Présidentielles en 2017 (17% des inscrits). Sa politique est perçue comme réactionnaire par une fraction de plus en plus combative des classes exploitées, mais elle n’est pas encore largement désavouée et combattue.

    Le Rassemblement National (Le Pen) regroupe à peine plus de 10% avec un peu plus de 5 Millions d’électeurs. Rapporté sur 20 ans, ce Parti stagne et même régresse par rapport à 2017. Le RN s’installe dans le paysage politique avec l’appui des forces dominantes et médiatiques qui le présentent comme un parti populaire alors qu’il défend le système capitaliste (pas d’augmentation du SMIC, division des travailleurs entre nationaux et ceux qui ne le sont pas). C’est pourquoi il faut renforcer le combat anti-raciste et anti-fasciste – le RN n’est en rien « anti-système », mais en un produit !

    Parce que Macron et LREM continuent avec succès leur politique avec de « nouvelles têtes », les Partis gestionnaires de longue date des intérêts bourgeois (de l’UMP-PR au PS) s’effondrent : 4,9% et 3,3% !

    Europe Ecologie/Les Verts ont profité des pertes de voix des autres partis et de l’augmentation de la participation et ils atteignent 6,6%. Leurs discours s’adaptent aux préoccupations grandissantes, fortes parmi la jeunesse, concernant les dégâts capitalistes sur l’environnement. Mais en continuant à défendre « l’économie de marché », donc le profit, ils renoncent à mobiliser réellement contre la destruction de l’unité de l’homme et de la nature.

    L’existence de 34 listes traduit aussi une recherche d’alternatives qui ne peut être qu’illusoires dans les conditions actuelles. Lors de ces élections en France, il n’y a pas de Parti porte une alternative socialiste révolutionnaire portant le prolétariat au pouvoir.

    La campagne de l’ICOR Europe – un travail pionnier !

    La Coordination Internationale des Partis et Organisations Révolutionnaires (ICOR) compte dans les pays de l’UE ou très liés à celle-ci des organisations membres ou des Amis de l’ICOR dans onze pays. Ensemble, ils avaient décidé d’une campagne électorale européenne commune et d’une coopération au sein de l’ICOR, renforçant ainsi l’ICOR.

    La principale préoccupation de l’ICOR concernant l’Europe : s’attaquer à l’impérialisme européen, avancer dans la construction du Parti révolutionnaire et gagner des forces pour le front uni anti-impérialiste. C’est quelque chose de nouveau et qui a réussi! Des affiches, des tracts, vidéos et meetings ont fait connaître l’ICOR comme moyen de préparer l’alternative révolutionnaire internationaliste. (voir note plus bas).

    Cette première campagne conjointe d’ICOR Europe contre l’impérialisme européen a été une étape importante et très fructueuse sur la voie de la construction de la solidarité internationale et du soutien mutuel à la construction de partis révolutionnaires. Toutes les organisations impliquées ont travaillé ensemble sur un pied d’égalité et sur la base de la lutte pour se renforcer. Le moment est venu d’évaluer et de consolider les succès: comment la prise de conscience de ce qu’est l’impérialisme a-t-elle évolué ? Comment la proposition du front uni anti-impérialiste a-t-elle été affirmée? Comment nos organisations continuent-elles à coopérer et à se renforcer ? ICOR Europe fait face à de nouveaux défis passionnants!

    Perspectives et quelques conclusions

    A l’avenir, les conditions économiques et sociales vont encore plus se dégrader, les affrontements vont se développer et déstabiliser encore plus les certitudes politiques et culturelles. Dans cette situation, les débats d’orientation politiques et les recompositions vont se développer. L’éclatement probable d’une nouvelle crise économique et financière ne ferait qu’accélérer les processus en Europe et dans le monde.

    S’il faut être au plus près des intérêts des masses prolétaires, participer à tous les mouvements qui s’opposent à l’ordre établi, affirmer uniquement la nécessité de mener des luttes quotidiennes ne suffit pas. Il faut aussi montrer la voie politique à suivre pour dépasser cette société d’exploitation, d’oppression et de destruction de la nature, qui ne peut être que l’alternative socialiste révolutionnaire. C’est pourquoi nous militons pour reconstruire un Parti marxiste-léniniste rassemblant en son sein les éléments les plus combatifs et les plus conscients. C’est pourquoi nous nous battons pour une Alliance des Révolutionnaires ouvrant la voie à la reconstruction de ce Parti, convaincus que l’avenir appartient au communisme.

    Note :The Rode Morgen / Pays Bas, le MIKZ (Organisation de la Communauté de la Jeunesse) / Hongrie, l’Organisation Communiste du Luxembourg (KOL), le Parti Marxiste-Léniniste d’Allemagne (MLPD), Le Parti Communiste de Bulgarie (BKP), le Groupe Marxiste-Léniniste Suisse (MLGS), etc. En France l’Unité Communiste de Lyon (UCL) et l’Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste (UPML) se sont rapprochés les uns des autres et des contacts et membres ont été gagnés.

    Union Prolétarienne ML Juin 2019

    Quelques chiffres sur les élections de l’UENombre de voix (arrondi)En pourcentage des inscrits (arrondi)En pourcentage des votants (arrondi)
    Inscrits47 millions100,00%
    Votants24 millions50,00%
    Exprimés (moins les votes nuls ou blancs)23 millions48,00%
    Rassemblement National (Le Pen)Plus de 5 millions9,423%
    Renaissance (Macron)Moins de 5 millions9,422%
    Europe écologie/ Les Verts3 millions6,613
    LR – ex-UMP (Union Droite-Centre)2 millions4,98,5
    PS (Envie d’Europe)1,4 millions3,36

    (voir les résultats complets détaillés sur : http://elections.interieur.gouv.fr)

    Tableau 2 : Votes en millions pour le Front National/ Rassemblement National (Le Pen) :

    électionsEuropéenne2019Présidentielles 2017Européennes 2014Présidentielles 2012Présidentielles 2007Présidentielles 2002
    Nombre de voix FN/RN5 millions7,6 M4,7 M6,4 M3,8 M4,8 M
  • 100 millions sinon rien. Partie 5

    100 millions sinon rien. Partie 5

    Que s’est-il passé en Union soviétique ?

    -L’image de couverture est une photo des actualités italiennes montrant Léon Trotski visitant les ruines de Pompéi en décembre 1932-

    Il est parfaitement entendable que, sur le plan strictement moral, toute idée de répression puisse apparaître comme indéfendable, comme se basant sur l’injustice, comme infligeant des malheurs à de pauvres hères. Poussé à l’extrême, le raisonnement qui vise à considérer qu’il faut éviter toute répression finit par déboucher sur le fait que, en dernière analyse, mieux vaut ne rien faire. Le bilan humain du capitalisme, dans notre pays, impérialiste, nous apparaît plus doux, plus humain, que la terrible lutte des classes poussée à son paroxysme.

    C’est un fait indéniable, en apparence. Seulement il se base sur un point de vue, une nouvelle fois, d’habitant d’un pays exploiteur, dominateur. Qui plus est, possédant, notamment grâce à la lutte sociale, un nombre incroyable d’avancées sociales. Ces avancées sociales nous laissent miroiter le fait que notre situation est une situation générale, qui est, sous le capitalisme, possible d’étendre à l’ensemble de l’humanité. Or, la bourgeoisie œuvre, inlassablement, à liquider ces avancées sociales. De plus, celle-ci n’existe que parce qu’elles sont basées sur l’exploitation et la domination sanglante sur le reste du monde, tout comme sur une surexploitation des ressources naturelles.

    En dernière analyse, même s’il s’agit d’un choix terrible, le rejet par principe du fait de se heurter frontalement au système capitaliste, à l’impérialisme, n’est pas seulement une capitulation. Il est, également, le fait d’accepter que la mort emporte un nombre encore plus grand de vies humaines, voir compromette la possibilité de survie de l’humanité sur Terre, uniquement dans le but de mener une hypocrite politique de l’autruche.

    Il serait malheureusement naïf de croire que la bourgeoisie, en particulier la grande bourgeoisie, puisse également, d’elle-même, changer et accepter de mettre fin à l’exploitation de l’humanité et de la nature. Classe en concurrence avec elle-même, la bourgeoisie n’accepte pas de reculer d’un seul centimètre si elle considère que cela pourrait la priver d’un marché important ou d’investissements profitables. Reculer signifierait laisser la place à des concurrents et, donc, travailler à sa propre chute. De même, elle n’accepte pas de céder sous la pression populaire sans qu’elle soit contrainte, pieds et poings liés, à le faire. La loi et l’État bourgeois sont la pour garantir son ordre, et elle n’hésite pas à s’en affranchir lorsque ces cadres ne suffisent plus à la protéger. Mise au pied du mur, la grande bourgeoisie préfère « Hitler au Front Populaire ».

    Le fait d’avoir perdu face à la révolution ne suffit pas à la faire désarmer et renoncer à ses désirs de retrouver l’Éden dont elle a été chassée. La lutte des classes n’est pas abolie par la révolution, elle est au contraire un point de bascule dans lequel les exploités et les opprimés prennent l’ascendant sur les exploiteurs et les oppresseurs. Mais cet ascendant ne signifie pas victoire définitive. Elle signifie au contraire exacerbation de la lutte, tant au sein du pays où la révolution a eu lieu que dans le monde.

    De même, la réduction des contradictions entre campagne et ville, entre travail manuel et intellectuel, entre encadrement et exécution… ne se réalise pas d’une manière souple et douce, mais représente, là aussi, une lutte constante, exigeant une vigilance de chaque instant.

    Or, l’intégralité de ces aspects, les pionniers de la construction du socialisme ont dû les découvrir et y faire face, non dans le calme et le confort d’un salon de discussion, mais dans la réalité concrète, courant à chaque instant le risque de voir s’effondrer l’intégralité de la construction.

    Pourtant, malgré cela, l’histoire de l’Union soviétique n’est pas que l’histoire de sa répression. Les anticommunistes, qu’ils se revendiquent de droite ou de gauche, se sont focalisés cependant sur cette question, au point d’en faire l’un des sommets d’un triangle, dont les autres sont la misère et le totalitarisme.

    Le procès d’intention : que voulait la direction de l’URSS ?

    Fondamentalement, la manière dont on peut interpréter l’histoire de l’URSS et des pays socialistes dépend d’un paramètre essentiel. Ce paramètre est le fait de considérer que la direction de ces pays voulait construire le socialisme et le communisme. Il s’agit d’une question épineuse, dans le sens où elle est le plus souvent réglée par un acte de foi. Une foi qui a été, cependant, nourrie de manière savante par une Éducation Nationale aux ordres, mais également par toute une littérature anticommuniste, qu’elle soit de « gauche anti-totalitaire » ou de droite réactionnaire.

    Les anarchistes, par exemple, tendent à poser une analyse idéaliste sur la question du pouvoir soviétique. Ils affirment que la direction de l’URSS se battait pour « le pouvoir ». Ce « pouvoir » reste mystique, il flotte au-dessus de la lutte des classes, il est un graal immatériel, une fin en soi, non un moyen de réaliser quelque chose.

    Cette analyse manichéenne rejette, au nom du refus du pouvoir, les moyens de détruire celui de la bourgeoisie, mais, également, les moyens d’analyser les rapports de domination qui se construisent dans les lieux « autogérés ». Au nom de l’abolition du pouvoir, les formes les plus réactionnaires et les moins démocratiques de celui-ci sont acceptées comme faisant partie d’un mode de fonctionnement horizontal.

    Le rejet des moyens (organisationnels) de parvenir aux fins (politiques) trahit, en réalité, le caractère profondément réformiste de l’anarchisme, qui, au mieux, voit les choses sous l’angle de l’économisme. La grève générale, en asséchant le fonctionnement de l’économie capitaliste, est censée la faire tomber en morceau et permettre à leur vision du socialisme de triompher.

    Selon eux, il aurait fallu, probablement, où céder immédiatement le pouvoir au peuple tout entier, sans prendre en considération les classes sociales qui le compose et les rapports qu’elles peuvent nouer les unes avec les autres. Il aurait fallu abolir le pouvoir et sa forme d’expression, l’État. Certains défendent le fait qu’il aurait fallu revenir à de petites communautés autogérées, faisant abstraction du fait fondamental que « la petite production engendre le capitalisme et la bourgeoisie constamment, chaque jour, chaque heure, d’une manière spontanée et dans de vastes proportions. » (V. Lénine : La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme »)). Ou alors, encore, il aurait fallu attendre de gagner la majorité de la population, que les individus changent d’état d’esprit et qu’ils soient prêts à accepter le communisme immédiat. De ce point de vue là, quel que soit la radicalité des moyens mis en œuvre – et les anarchistes de l’époque ne reculaient devant rien – ils n’en demeurent pas moins qu’en ne posant pas la question du pouvoir et de la dictature démocratique du peuple sur ses ennemis, ils sont réformistes.

    Les réformistes assumées, quant à eux, rejettent, au nom de la non-violence ou du respect de la légalité, le principe de la révolution. À partir de ce moment, ils se positionnent, de facto, dans le giron d’un maintien des choses en l’état.

    Ceux qui défendent le fait que Trotski ou Boukharine auraient représenté un choix nettement meilleur, ou qui accusent la direction du PC(b)US d’avoir « trahi », quant à eux, posent des questions différentes qui méritent réponse.

    Celle de Boukharine s’évacue à la fois rapidement et péniblement en même temps. Rapidement car la ligne défendue par celui-ci était clairement capitularde et propre à restaurer rapidement le capitalisme en URSS. Elle était fondamentalement droitière dans le sens où elle sous-estimait les difficultés qu’il pouvait y avoir au fait de laisser les Koulaks se développer.

    Le scénario Boukharine aurait été celui de l’accaparement des ressources agricoles par les Koulaks, de la hausse spectaculaire des prix, de la famine, mais, également, de la prise de pouvoir des paysans aisés. Bien que l’histoire les dépeigne comme des éternelles victimes, il est important de ne pas oublier qu’ils agissaient, agitaient la population et la paysannerie, en utilisant notamment les vieux liens féodaux qui existaient toujours, dans le but de lutter contre le gouvernement soviétique. Les travaux de M. Tauger sur la famine en URSS montre que celle-ci pointait avant la collectivisation, en 1928, du fait de l’accaparement des ressources. La collectivisation était une réponse à cette expression de la lutte des classes.

    De même Boukharine aborde sans principe la question de l’ouverture aux capitaux étrangers et l’assouplissement du monopole du commerce d’État ( Trotski également partageait d’ailleurs ce point de vue. )

    Dans l’esprit de celui-ci, le socialisme était déjà réalisé sous la NEP, et les classes existantes n’avaient plus d’antagonisme. De ce fait, la transition n’a plus lieu d’être. Finalement, le développement économique est réalisé par une technocratie planificatrice et la politique ne joue plus de rôle de premier plan. La question de la lutte des classe est donc remise au placard. En ce sens, il est le précurseur des révisionnistes, comme Tito, Nikita Khrouchtchev et Deng Xiaopping.

    Là où l’histoire se complique, c’est sur l’activité de Boukharine après sa disgrâce. Il y a dix ou quinze ans de cela, probablement, il aurait été difficile d’avancer de manière assurée qu’il a agi dans le but de nuire à l’État soviétique et à sa direction. Aujourd’hui, une historienne comme S. Fitzpatrick reconnaît qu’il existe deux possibilités : au « pire » des cas, le gouvernement soviétique était persuadé que Boukharine agissait contre lui en employant des méthodes criminelles, dans le « meilleur » des cas, Nicolas Boukharine agissait réellement de manière criminelle contre l’État soviétique. Le scénario retenu dans Dans l’équipe de Staline (2018) étant celui de la prophétie auto-réalisatrice, à savoir que Boukharine a été poussé par sa disgrâce et sa propre croyance en son élimination a agir dans le sens d’une défense « active ». Nous reviendrons dessus dans la dernière partie de l’article.

    Trotski et le défaitisme permanent.

    Trotski est un cas différent. D’une part, quasiment personne ne se revendique Boukharinien et défend avec véhémence les conceptions boukhariennes, ou non consciemment. En revanche, les trotskistes existent, du moins dans les pays occidentaux, ils ont une audience et pignon sur rue quant à leurs opinions. Les manuels d’Histoire, en particulier, se sont fait l’écho de ses conceptions et ont contribué à façonner une image bohème, romantique, de Trotski.

    Trotski, de plus, est pratique. Il permet d’affirmer un « communisme mais… » qui évite d’avoir à faire ce que nous faisons ici, c’est-à-dire répondre sur le fond sur le bilan soviétique. Il permet d’écarter d’un revers de la main le bilan, et de le rejeter sur la responsabilité d’un être – supposé – vil et pervers.

    Le but de la brochure n’étant pas de décortiquer le programme trotskiste et ses failles, ni le fait que le mouvement trotskiste ne puisse guère s’enorgueillir de succès, mais de répondre simplement à certaines choses quant à sa position sur la question de l’URSS.

    Le programme de Trotski est relativement triste, en réalité. Pour Trotski, il n’y a pas de vrai socialisme possible. La paysannerie est une masse arriérée et réactionnaire, donc seule l’ouverture économique et la technocratie peuvent permettre de tenir en attendant l’hypothétique révolution mondiale. Finalement, dans le débat avec Boukharine, il porte une vision gauchiste, surestimant les difficultés. Mais hormis cela, les deux routes se rejoignent : l’une est celle du « tout va bien, continuons », l’autre est le « tout va mal, capitulons ».

    Dès 1917, il pronostique sur la défaite de la révolution : « Il n’y a aucun espoir que la Russie révolutionnaire, par exemple, puisse tenir face à l’Europe conservatrice. » (Programme de Paix, 1917). En 1926, il disait encore : « Il était clair pour nous que la victoire de la révolution prolétarienne est impossible sans la révolution mondiale internationale. » (Discours à la XIVe conférence du PC de l’URSS). En clamant qu’il est impossible de pouvoir réaliser le socialisme et la révolution sans la révolution mondiale, Trotski, finalement, annonce qu’il faut abandonner.

    D’autres exemples parsèment ses ouvrages, tandis qu’il ne finit par reconnaître son erreur – si l’on peut dire – qu’en 1939, dans le programme de transition, qui marque l’apothéose de sa transformation en réformiste.

    Au moment de la NEP, dans un pamphlet servant à attaquer Zinoviev et Kamenev, il résume la question du développement économique de l’URSS, dans Le cours nouveau, à « une connaissance des conditions du marché et des prévisions économiques justes ». La question de la collectivisation lui échappe d’ailleurs au point qu’il la qualifie de « débat littéraire ». Dans les faits, il ne l’a jamais prônée.

    Une certaine historiographie, conciliante, lui vaut d’être considéré comme la victime d’une terrible cabale de la part de Staline, présenté comme un être terrifiant. Ironie de la chose, lorsque, à la suite de la publication de son pamphlet, il est menacé d’exclusion par Zinoviev, c’est Staline qui s’oppose à cela.

    Mais la raison fondamentale de son exclusion revient tant à l’irrespect forcené qu’il pouvait avoir, lui et sa clique, pour les statuts du Parti tant qu’à ses déclarations putschistes formulées en mai 1927, dans laquelle il déclare notamment qu’en cas de guerre, le rôle des révolutionnaires serait de renverser le gouvernement pour assurer la défense de la révolution. (Dans la plate-forme des 83). Même depuis l’exil, Trotski a persévéré dans sa condamnation de tout ce qui touchait à la construction du socialisme en URSS. Cela mérite également qu’on s’y attarde un moment.

    Trotski avait analysé l’existence d’une crise, dite crise des ciseaux. Elle se caractérise par l’accroissement entre l’augmentation des prix des productions industrielles et la baisse des prix des denrées agricoles. Les Koulaks, qui étaient les seuls paysans à bénéficier de surplus agricoles appréciables, thésaurisaient leurs grains tant que les prix restaient bas, menaçant les villes de ne plus être alimentées. D’autant que l’industrialisation du pays demandait une hausse de la population urbaine, donc demandant des surplus conséquents pour alimenter les villes.

    Trotski stigmatisait les Koulaks dès 1924, c’est en ce sens qu’il s’est forgé une réputation «de gauche ». Mais la réalité est qu’il a jugé tous les paysans sous cet angle là, en ne leur accordant pas le moindre crédit. L’élégant Trotski était particulièrement acerbe quant il s’agissait de pourfendre le « moujik ». Dans « Bilan et perspectives » Trotski s’exprime ainsi « Il n’importera guère que la paysannerie le fasse [Se rallier à la démocratie ouvrière] avec un niveau de conscience pas plus élevé que lorsqu’elle soutient le régime bourgeois. » tandis que dans la préface qu’il s’écrivait en 1922 (charité bien ordonnée…) à son ouvrage 1905, il écrivait :  « l’avant-garde prolétarienne devrait, dès les premiers jours de sa domination, pénétrer profondément dans les domaines interdits de la propriété aussi bien bourgeoise que féodale. Cela devait l’amener à des collisions non seulement avec tous les groupes bourgeois qui l’auraient soutenue au début de sa lutte révolutionnaire, mais aussi avec les larges masses paysannes dont le concours l’aurait poussée vers le pouvoir. Les contradictions qui dominaient la situation d’un gouvernement ouvrier, dans un pays retardataire où l’immense majorité de la population se composait de paysans, ne pouvaient trouver leur solution que sur le plan international, sur l’arène d’une révolution prolétarienne mondiale. »

    A ses yeux donc, l’alliance promue pas Lénine entre les ouvriers et les paysans ( « je m’opposais à la formule « dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie », car elle avait, selon moi, le défaut de laisser en suspens la question : à laquelle de ces deux classes appartiendra la dictature réelle. » La révolution permanente.) est une chimère qui ne peut tenir. Son mode de résolution de la question paysanne est d’ailleurs brutal. Il est sous l’action d’expéditions punitives, de la soumission et de l’écrasement de la paysannerie, dont Trotski semble se délecter au plus haut point.

    En dernière instance, ni Boukharine, ni Trotski n’ont une analyse de classe de la question paysanne. L’un la voit tout entière comme une amie, l’autre comme un magma hostie qu’il faut dompter par la force.

    Cependant, après sa défaite, il avait prédit que Staline, en tant qu’ « agent des bureaucrates et des Koulaks », maintiendrait la NEP. Dommage. L’historienne américaine Sheila Fitzpatrick décrit ainsi ce que fit Staline du pouvoir, une fois que les fractions furent liquidées « Que faire du pouvoir ? La réponse de Staline fut simple et surprenante : la révolution. » (P. 67 Dans l’équipe de Staline, 2018). La collectivisation, lancée par le gouvernement soviétique, sous le nom de « Grand Tournant » a ainsi dérangé les plans du théoricien. Or, les conditions et la situation de 1929 n’étaient plus ceux de 1924. La situation était mûre du fait du développement de la lutte des classes.

    Car la collectivisation est une affaire de lutte des classe. Trotski, de ce point de vue, s’est contenté de la peindre comme un hold up bureaucratique.

    Ironiquement, lorsque Staline adopta la collectivisation, donc, dans une certaine mesure le fond du programme de Trotski, celui-ci, pour persister dans son rôle d’éternel chef de « l’opposition », s’est mis à adopter les positions de Boukharine : dissoudre les kolkhozes et les sovkhozes. Même l’historien trotskiste Isaac Deutscher reconnaît sans peine que « les différences entre les bolcheviks de droite et de gauche s’estompaient et s’oblitéraient. » (The prophet outcast, 1963) Soudain, l’apôtre de l’industrialisation à marche forcée s’est converti a une transition réformiste et pacifique entre le capitalisme et le socialisme. Pour reprendre une nouvelle fois les mots de I. Deutscher « Quand il envisageait les problèmes soviétiques intérieurs, l’auteur de la ‘révolution permanente’ était en un sens un réformiste. ».

    Cela ne signifie pas que la collectivisation se soit faite sans erreurs et sans à-coups, erreurs sur lesquelles les continuateurs de la construction du socialisme, que cela soit en Albanie ou, surtout, en Chine, se sont exprimés.

    Cependant, ces problèmes ne sont pas une réfutation de la nécessité de celle-ci et de la possibilité de la réaliser. Mais Trotski avait déjà, alors, changé son fusil d’épaule. De même, la question de la planification lui apparaît désormais hérétique. « si l’on se propose de construire la société socialiste à l’intérieur de limites nationales, cela signifie qu’en dépit de succès temporaires on freine les forces productives, même par rapport au capitalisme. C’est une utopie réactionnaire que de vouloir créer dans le cadre national un système harmonieux et suffisant composé de toutes les branches économiques sans tenir compte des conditions géographiques, historiques et culturelles du pays qui fait partie de l’unité mondiale. Si, malgré cela, les créateurs et les partisans de cette doctrine participent à la lutte révolutionnaire internationale (avec ou sans succès, c’est une autre question), c’est parce qu’en leur qualité d’éclectiques incorrigibles, ils unissent, d’une façon purement mécanique, un internationalisme abstrait à un socialisme national utopique et réactionnaire. » (La révolution permanente.)

    « L’exemple d’un pays arriéré qui, par ses propres moyens, aurait réussi à établir une puissante société socialiste dans l’espace de plusieurs « plans quinquennaux » porterait le coup de grâce au capitalisme mondial et réduirait au minimum, presque à zéro, les frais de la révolution prolétarienne mondiale. (La révolution permanente) Il est amusant de voir que sous Trotski pointe Nikita Khrouchtchev et sa conception de la coexistence pacifique.

    Incapable d’analyser les choses de manière correcte, Trotski est resté dans une condamnation de l’URSS, mais sans jamais pourvoir l’expliquer. Après la collectivisation, son obsession personnelle de Thermidor ne peut plus trouver sa base dans la question des koulaks. (« Le problème de Thermidor et du bonapartisme est dans son essence le problème koulak » (Lettre à Boris Souvarine, 1929))

    La solution de la condamnation est donc celle de la bureaucratie. Mais qu’est-elle ? Est-elle comme il le dit à un moment, au-dessus de la lutte des classes ? Est-elle bourgeoise ? Est-elle une déformation prolétarienne ? Les différentes chapelles du trotskisme ont chacune saisie la question avec les variantes qu’on peut retrouver encore aujourd’hui. Dans L’État ouvrier, Thermidor et bonapartisme, elle est « un instrument mauvais et coûteux – de l’État socialiste ». Plus tard, à la fin de sa vie, il en fait un outil de la restauration du capitalisme, tout en disant que la « contre-révolution stalinienne » l’a déjà réalisée… Plus probablement, il n’en sait rien.

    Tout le monde était contre la bureaucratie. En revanche Trotski ne cachait pas son amour pour les experts bourgeois, militaire comme civils. L’anti-bureaucrate forcené ne voyait pas dans la question de l’expert une question de classe. Probablement, car il en faisait lui aussi partie, que cette atmosphère bourgeoise l’entourait.C’est là où se porte aussi un regard de classe, qui résonne principalement dans l’œuvre narcissique qu’est ma vie.

    Il y voit les bureaucrates comme des êtres ignares, grossiers, incapables et sales. Il ne portait d’ailleurs pas un regard différent sur Staline, qualifié de grossier, d’inculte. Aujourd’hui, le regard de l’avocat sur le prolétaire Géorgien serait-il défendu de la même manière ? Ce fond culturel persiste dans la manière dont, après avoir jeté par-dessus bord les tentatives d’analyse de classe, démenties par la réalité, Trotski s’est déshonoré définitivement en recourant à l’ad hominem.

    Incapable de pouvoir porter un regard sur l’URSS, il s’est réduit à végéter dans l’alpha et l’oméga du trotskisme: se vouer à sa destruction. S’il n’a su rallier quiconque parmi les délégués, si même la plupart de ses alliés ont fini par le lâcher, c’est uniquement car ses thèses ont été débattues et battues.

    Pour clôturer sur cette question, Trotski (et les trotskistes d’une manière générale) sont allé chercher des appuis là où ils le pouvaient à l’époque des années 1930 et dans l’après-guerre. Ce n’était pas là où le progressisme se montrait le mieux loti. Dans l’âge de la Révolution permanente une anthologie de Trotski, Isaac Deutscher rapporte ce que celui-ci écrivait en 1940.Trotski changeait une nouvelle fois son fusil d’épaule pour, premièrement, prendre un discours humaniste petit-bourgeois : « Le socialisme n’aurait aucune valeur s’il n’apportait non seulement l’inviolabilité juridique, mais aussi la pleine sauvegarde des intérêts de la personnalité humaine. Le genre humain ne tolérerait pas une abomination totalitaire sur le modèle du Kremlin. »

    Anticipant, cette fois, Furet et Courtois, il qualifiait les États fascistes et les Etats socialistes de « phénomènes symétriques ».

    En 1940, dans un article posthume publié par la IVe internationale, il écrivait « Contre l’ennemi impérialiste, nous défendrons l’URSS de toutes nos forces. Mais les conquêtes de la révolution d’Octobre ne serviront le peuple que si celui-ci se montre capable de traiter la bourgeoisie stalinienne comme autrefois il traita la bureaucratie tsariste et bourgeoise ». Donc comme un ennemie de classe, face auquel il faudrait employer le défaitisme révolutionnaire.

    En 1937, il écrivait « Le besoin historique brûlant d’une direction révolutionnaire assure à la IVe internationale des rythmes de croissance exceptionnellement rapides de développement. » Kostas Mavrakis, dans Du Trotskysme, ajoute : « Trotsky n’avait pas tort d’établir un lien entre le développement rapide de la IVe et le besoin d’une direction révolutionnaire. Ses disciples actuels nous permettront de raisonner comme lui mutatis mutandis et de conclure, de la faiblesse persistante de leur mouvement depuis trente ans [50 maintenant], à son incapacité d’offrir le type de direction requis pour les masses révolutionnaires. »

    Or, avec le Programme de Transition, c’est l’inverse qui a été développé. Dans cet ouvrage, Trotski apporte finalement sa pierre finale à l’édifice trotskiste : il renonce à l’idée de révolution. Toujours avec cette absence de confiance dans les masses, particulièrement dans leur capacité à se saisir des questions politiques, Trotski élabore le fait que les révolutions ne sont pas possibles telles qu’elles.

    Il faut donc apporter une étape supplémentaire, réformiste et économiste. Si les masses voient que les revendications économiques sont irréalisables sous le capitalisme, supposément elles poseront la question du pouvoir. Le rôle des trotskistes est donc d’avancer ces revendications impossibles. Il est vrai que l’expérience des mouvements sociaux font naître la réflexion politique – l’exemple actuel le prouve – mais, à la différence du léninisme, le trotskisme considère qu’il ne faut pas porter l’explication politique, mais rester sur le terrain économique. En cela, le trotskisme est réformiste, mais également réactionnaire, car il s’oppose à la prise de conscience des masses et, au contraire, vise à les tirer en arrière.

    C’est ce qui explique les programmes syndicaux des partis trotskistes, encore aujourd’hui, et la plaisanterie pour ces organisations de se revendiquer de la gauche révolutionnaire.

    Cette conclusion à deux conséquences : 1) comme il faut qu’un programme économiste triomphe, les élections sont envisageables comme stratégie et non comme tactique. 2) comptant sur l’échec prévu des revendications économistes, les trotskistes se font, même à leur corps défendant, les agents du désespoir chez les masses, chez qui l’échec amène le plus souvent à se reporter sur le vote plus que sur la lutte. Les trotskistes, de gauchistes, finissent par devenir des apôtres de l’alternance politique.

    Au regard des conceptions défendues par les critiques contemporains de l’URSS, nous pouvons nous intéresser au fondement de la ligne suivie par la direction soviétique.

  • L’UCL salue la fondation de l’Union Communiste Libertaire.

    L’UCL salue la fondation de l’Union Communiste Libertaire.

    L’UCL salue la fondation de l’Union Communiste Libertaire.

    L’Unité Communiste de Lyon salue le congrès d’unification réalisé par Alternative Libertaire et la Confédération des Groupes Anarchistes.

    Bien que n’étant nous même pas libertaires et ne partageant pas une partie du fond théorique et idéologique des deux organisations, nous regardons cependant cette unification comme étant quelque chose de fondamentalement positif.

    Nous saluons le communiqué qui est issus de la fusion, notamment le bilan qui est fait de la situation général et de la nécessité de l’investissement dans la lutte des classes.

    Nous soutenons et appelons à saluer toutes les initiatives qui vont dans le sens d’une recomposition rationnelle des forces militantes révolutionnaire et progressistes, que ce soit en France ou ailleurs.

    Nous considérons que ce congrès est la transcription de ce qui nous paraît un objectif pour les communistes aussi : faire se rapprocher et fusionner les forces qui luttent, sur la base d’un constat commun et d’un programme – au sens communiste du terme – compatible.

    Nous avons ainsi lancé, avec l’UPML et sous patronage de l’ICOR, la construction d’une alliance des révolutionnaires en France, dans un appel à destination des organisations communistes et anti-impérialistes.

    Cependant, nous sommes, d’une manière large, pour travailler conjointement avec toutes les forces luttant contre l’impérialisme et le capitalisme, dans des rapports de camaraderie et d’honnêteté mutuelle.

    C’est dans cet esprit que nous saluons la fusion entre Alternative Libertaire et la Confédération des Groupes Anarchistes.

    Par une certaine forme d’ironie du sort, nous avions prévu de saluer la formation de l’Union Communiste Libertaire avant de connaître quelle serait la dénomination de l’organisation qui en naîtrait. Nous trouvons que cela donne une certaine saveur, involontaire, certes, au salut que nous leur adressons. Nous n’allons pas prétendre que nous pouvons posséder un acronyme de trois lettres plus qu’une autre organisation, même si nous pensons que cela puisse engendrer localement une certaine confusion.

    Le développement de l’Unité Communiste de Lyon débouchant progressivement sur un élargissement dans un cadre géographique plus grand, sans compter l’inclusion progressive dans un cadre organisationnel plus approfondi, il est d’ailleurs certain que les acronymes changeront rapidement, pour laisser place un nom qui reflétera mieux le nouveau cadre organisationnel dans lequel nous serons.

    Nous félicitons à nouveau la création de cette nouvelle organisation.

    L’UCL salue l’UCL !