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  • 23 août 1939, la décision terrible. 2/3

    23 août 1939, la décision terrible. 2/3

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    Les jeux diplomatiques des années 1930.

    Bien souvent, l’URSS, notamment à l’école, est abordée comme un monde clôt, imperméable aux influences extérieures, en somme centré sur lui-même. Or, il n’en est rien, et nous le verrons après, le monde des années 1930, qui, d’un point de vue occidental, était vu comme le calme avant la tempête, était déjà secoué par les ouragans de la guerre. Ouragans dont l’URSS n’était pas uniquement spectatrice, mais également partie prenante. Le découpage artificiel en période, en thèmes, en aires géographiques, typiquement scolastique, fait oublier à quel point les différents point du monde sont connectés et à quel point les événements sont l’aboutissement de processus. L’un d’entre eux est le débat sur la nature de la guerre à venir.

    Que sera la Seconde Guerre mondiale ?

    Il existe une tendance, bien humaine, à croire que Staline décidait d’une manière unilatérale de la politique soviétique. Admettons que ce point soit véridique, ce qui n’était pas le cas. Cela n’enlève en rien le fait que Staline prenait ses décisions sur la base de rapports et de documents qui lui étaient fournis par les échelons inférieurs du Parti. Ainsi, pour les questions d’analyse internationale, le Komintern possédait un poids extrêmement important dans le processus de prise de décision. Or, le débat sur la nature de la guerre à venir était un point fondamental. La guerre, depuis 1932, était jugée comme inévitable à terme. Les plans quinquennaux avaient pour ambition de permettre à l’URSS de se défendre, mais leur aboutissement était prévu pour 1943, avec la fin du 3ᵉ plan.

    Mais quelle nature ? Serait-elle en tout premier lieu une guerre inter impérialiste, ou serait-elle une croisade antibolchévique des impérialistes coalisés ? Ce débat était crucial, car il devait permettre à l’URSS de se positionner et de positionner sa diplomatie.

    Si la guerre était une croisade antibolchévique, il fallait intensifier la politique du « classe contre classe », compter sur l’hostilité de la classe ouvrière aux menées agressives contre la République de Soviets, et les déstabiliser. Si, toutefois, la guerre était, en tour premier lieu, une guerre inter-impérialiste, il fallait nouer des alliances avec les pays non-agresseurs, pour tenter de contrer ces menaces, et, surtout, protéger les petites nations de la rapacité des puissances impérialistes.

    L’URSS, dès son entrée dans la SDN, en 1934, a mené une politique qui visait à lutter contre toute menace de guerre et à instituer une politique contraignante de Sécurité Collective, notamment par l’entremise de Litvinov, commissaire du peuple aux affaires étrangères. Cette politique visait à définir juridiquement les caractéristiques d’un État agresseur, et à obliger le fait de porter assistance aux petites nations. Si cette politique recevait, logiquement, les faveurs de l’opinion publique et de la direction des rares États indépendants (Albanie, Éthiopie…), les puissances impérialistes l’ont torpillée. Leur jeu géopolitique ne pouvait accepter ce type de règle. Dans le but de conserver leurs marchés et leurs sphères d’influence, les vieilles puissances (France, Angleterre), avaient pour but principal de se coaliser pour éviter l’émergence de rivaux (Japon, Allemagne). Elle a donc été liquidée au profit d’une politique d’accords bilatéraux, qui permettaient des alliances ad hoc répondant aux désirs des impérialistes.

    Dans le but de maintenir une parité entre Italie fasciste et Allemagne (jusqu’en 1936, les deux sont rivales sur la question de l’Autriche, notamment, mais aussi de la Roumanie/Hongrie), la SDN a adoubé de facto l’invasion de l’Albanie et de l’Éthiopie, à laquelle seule l’URSS s’est opposée. Si l’URSS, en 1939, abandonne la politique de Sécurité Collective, ce n’est pas par un revirement idéologique, mais bien uniquement par réalisme en vue des manœuvres visant à laisser champ libre aux agresseurs vers l’Est. Or, une des failles du Komintern a été de ne pas déceler la double nature de la guerre à venir, idéologique et géopolitique, même si, à sa décharge, il était extraordinairement difficile de pouvoir réussir cette analyse. Alexander Werth, alors correspondant de guerre, déclarait justement que Staline en avait conçu une certaine aigreur envers Dimitrov : « Staline en avait un peu assez du Komintern après toute l’histoire de la « guerre impérialiste » en 1939-1940. » (P. 139, Werth & Werth, 2010).

    Mais l’URSS n’était pas seule, dans un face-à-face avec l’Allemagne, d’autres acteurs rentraient en ligne de compte.

    Le chemin du pacte.

    Or, le processus qui a mené au pacte était tout sauf un processus autonome du reste des interactions politiques et diplomatiques, non seulement des années 1930, mais remontant, pour certains, à la période tsariste. A ce titre, il mérite de se pencher sur les conceptions géopolitiques, notamment celles expliquées par Henri Kissinger dans Diplomatie, ou, plus récemment, par Zbinew Brzezinski dans Le grand échiquier. Elles théorisent non seulement la politique de pactes et d’alliances à géométrie variable, la division constante de celles-ci entre elles, mais aussi la peur fondamentale que peuvent avoir les puissances maritimes de la naissance d’un invincible centre continental. A cela se surajoute une composante idéologique anticommuniste farouche, qui en complexifie davantage la lecture. Prendre un seul des aspects ne permet pas de comprendre la période, il faut l’interaction des deux.

    Directement après la Révolution bolchevique, l’intégralité des puissances impérialistes (et quelques légions perdues au milieu de la Sibérie) ont cru voir dans l’effondrement du tsarisme une opportunité de se partager l’immensité russe et d’écraser les espoirs des opprimés dans un seul mouvement. Les tentatives de sujétion de la future URSS ont échoué face à la résistance opiniâtre dirigée par le Parti bolchevique. Elles ont cependant conduit, avec le traité de Riga (1921)à la création d’un cordon sanitaire de régime proto-fascistes (Hongrie, Pologne, Finlande…) qui devaient être le point de départ d’une nouvelle croisade anticommuniste.

    Réprouvée parmi les réprouvés, l’URSS s’est donc liée avec l’autre ostracisée de la période, la République de Weimar, collaborant secrètement, économiquement comme militairement, notamment dans le but de contourner le traité de Versailles, qui l’une comme l’autre jugeaient inique et dictatorial. Il ne faut pas oublier que, dans cette période, la France s’est montrée d’une rapacité incroyable envers sa voisine d’outre-Rhin, imposant non seulement des réparations illimitées, mais, également, allant jusqu’à envahir la Ruhr pour se servir, lorsque l’Allemagne refusait de céder à ses caprices. Cette invasion, par ailleurs, a été le point de départ de la terrible hyperinflation, mais également un point d’appui au développement du NSDAP et des fondements du Parti Nazi en tant qu’acteur crédible (putsch de la Brasserie, rhétorique de la Schware Schande, la « honte noire ». Cette évocation revient constamment dans les biographies des jeunes Akademikern postulant pour la SS (voir l’ouvrage de Christian Ingrao, Croire et détruire). Le KPD, lui aussi, était un acteur de la lutte contre l’occupation militaire, notamment par les grèves importantes. Mais son renforcement poussait la bourgeoisie à se lier chaque fois davantage à l’anticommuniste et à financer largement le NSDAP. L’afflux de capitaux américains, au travers des plans de réparation (Dowes puis Young) ont permis à l’Allemagne de Weimar de se relever économiquement. Mais sa dépendance immense face à ceux-ci a contribué à couler à nouveau l’économie du pays en 1929.

    Avec l’arrivée des nazis au pouvoir, les accords de collaboration économique sont rompus, et les ingénieurs allemands présents à Kazan rentrent chez eux (l’influence de ceux de Junker s’est fait particulièrement sentir dans le domaine de l’aviation, en particulier dans le transport et dans le bombardement). L’URSS et l’Allemagne se regardent en chiens de faïence. Qu’en est-il des Occidentaux et des autres acteurs ?

    Ils prennent acte des discours anticommunistes virulents des nazis. Leur conclusion est qu’il est certainement possible de faire d’une pierre deux coups et de dresser l’URSS et le Reich l’un contre l’autre. Les bourgeoisies impérialistes appuient donc la reconstruction industrielle et militaire de l’Allemagne nazi par une série impressionnante de pactes passés sous silence.

    • 1933 : avec l’Angleterre, la France et l’Italie, signature du traité des 4 puissances. Ce traité est non seulement conçu comme une manœuvre pour isoler l’URSS des questions européennes, mais pour régler entre grandes puissances la question des frontières.
    • 1934 : Signature du traité Hitler-Pilsudski entre l’Allemagne et la Pologne, laquelle participe d’ailleurs, après Munich, au dépeçage de la Tchécoslovaquie. Ce traité a pour vocation de figer la question du couloir de Dantzig, réclamé par les Allemands, mais qui temporisent sur pendant que les revendications se portent sur l’Autriche.
    • 1935 : conclusion du traité de Stresa, qui avalise de facto la conquête de l’Abyssinie par l’Italie, en échange d’une vague garantie contre les modifications du traité de Versailles et contre les modifications des rapports de force en Europe. Ce traité, qui doit faire font contre l’Anschluss, est le sommet de l’application d’une ligne strictement géopolitique. En effet, la France et l’Italie font face à l’Allemagne, tandis que l’Angleterre conclut un accord avec cette dernière, dans le but de restaurer sa capacité militaire.
    • 1935, également : signature de l’accord de réarmement naval entre Angleterre et Allemagne. Il permet à l’Allemagne nazie de construire une flotte allant jusqu’à 35 % du tonnage de la Royal Navy pour la flotte de surface et jusqu’à 45 % pour les sous-marins. Cela représente tout de même 420 000 tonnes de navires de combat. Dans tous les cas, le total excède la capacité de production des chantiers navals de l’époque, mais il permet de poser sur cale les croiseurs, les cuirassés et les sous-marins ultra modernes qui semèrent la terreur quatre ans plus tard.
    • En 1936 : le pacte anti-Komintern est signé entre l’Allemagne et le Japon. Il a pour but de créer une ligue anticommuniste mondiale, tout comme d’isoler l’URSS pour préparer son invasion. Ce pacte reçoit un écho particulièrement favorable dans les pays occidentaux. En dépit des souhaits de Hitler, cependant, la France et l’Angleterre n’y adhèrent pas, seule l’Italie le rejoint en 1937, avant d’être étendu à un grand nombre de pays européens.
    • 1938, en septembre, à peine avant la conférence de Munich, les Anglais signent un traité de non-agression avec l’Allemagne nazie. La conférence, qui marque le point culminant de la politique d’apaisement (en réalité d’encouragement à l’agression), voit les Occidentaux exclure de toute discussion le gouvernement tchécoslovaque, tout comme le gouvernement soviétique. L’URSS, qui avait proposé la garantie des frontières tchécoslovaques, dans la mesure où elle pouvait obtenir un droit de passage pour intervenir, tire la conclusion que la France et l’Angleterre jouent le jeu d’une expansion allemande vers ses frontières, prélude à une guerre.
    • La France emboîte le pas en décembre dans une signature d’un traité de non-agression. Cependant, cela se fait en dépit d’une position particulièrement ambivalente sur la question. En effet, bien que les gouvernements français soient particulièrement méfiants envers l’Allemagne nazie, et préféreraient une solution qui prenne en étau leur rival, les cartels réactionnaires ont vécu le Front Populaire comme un traumatisme, et voient dans l’URSS l’arrière-cour de la lutte des classes en France (ce qui n’est pas totalement usurpé), tout comme dans le modèle hitlérien une source d’inspiration. Après Munich, la France a définitivement choisi entre URSS et Allemagne, la réaction politique l’emportant sur le réalisme géopolitique.
    • 1939 :l’Allemagne multiplie la signature de pactes avec toutes les pays possibles, surtout les États baltes, mais également la Roumanie et la Hongrie.

    Autant l’Angleterre n’a pas daigné voir en l’URSS autre chose qu’un ennemi irréductible qu’il fallait écraser, autant la France, traumatisée par la Première Guerre mondiale, s’est montrée intéressée plusieurs fois par l’idée de ressusciter l’Entente. Or, c’est précisément dans ce cadre-là que les contradictions entre la vision géopolitique et la vision idéologique se sont exprimées. D’une part, il y avait donc la peur d’une résurrection de l’appareil militaire Allemand, de l’autre la réticence, en particulier d’un État-major viscéralement anticommuniste (l’armée française a participé notamment au combat contre les bolcheviques, mais également à l’écrasement de la République des Soviets de Hongrie et à la guerre russo-polonaise.)

    Ainsi, en 1934, Louis Barthou parvient à rapprocher l’URSS et la France. Son assassinat, en même temps que Alexandre Ier de Yougoslavie, par un Oustachi, signe le glas de cette politique précaire. Un accord est trouvé en 1935, supposément accompagné de garanties militaires concrètes, mais il ne connaît pas la moindre application. Même le Front populaire ne tente pas de faire plier l’État-major, qui reste farouchement antisoviétique.

    Après l’invasion de la Tchécoslovaquie par les Allemands, le 15 mars 1939, les Occidentaux se sont décidés à faire des propositions à l’Union soviétique. Mais elles sont fait d’une manière tellement insultante, avec une inégalité sur la question de l’engagement, qu’elles ne peuvent que déboucher sur un échec. Ainsi, sur le cas de la Roumanie, cliente de la France, il est demandé que l’URSS garantisse les frontières et intervienne militairement en cas de conflit. Mais cela n’est pas exigé de la France ou de l’Angleterre. De même il est demandé que l’URSS garantisse celles de la Pologne, mais elle n’a pas l’autorisation de traverser ses frontières. En somme, tout est fait pour que le gouvernement soviétique ait l’impression que les Occidentaux veulent que tout conflit implique leur pays, tandis qu’eux peuvent garder leurs options bien en main. Quant à l’Angleterre, la lecture des comptes rendus des conversations entre Lord Halifax et Joachim Ribbentrop suffisent à illustrer le cynisme avec lequel elle concevait sa politique étrangère, tant vers l’URSS que vers la France.

    C’est ce qui pousse la direction soviétique, par la bouche de Staline, à déclarer, devant le XVIIIe congrès du Parti Communiste d’Union Soviétique, que l’URSS ne cherchait la guerre vis-à-vis de personne et qu’elle ne « tirera pas les marrons du feu pour quiconque ». Cette prise de position, tout comme le remplacement de Maxime Litvinov par Viatcheslav Molotov, a été interprété par l’Allemagne comme une possibilité d’un retournement.

    Tandis que l’Occident envoyait un représentant non-plénipotentaire par le plus lent des navires disponibles, mépris ultime, l’Allemagne faisait expédiait son ministre des affaires étrangères par la voie aérienne. C’est ainsi que l’URSS s’est retrouvée, tout d’abord à signer un accord économique avec l’Allemagne, puis une proclamation de neutralité et de non-agression. Entre d’une part une proposition d’entrer en guerre sans garantie aucune de soutien et une proposition de rester en dehors du futur conflit, l’URSS a choisi celle qui l’engageait le moins.

    Mais, si on se focalise sur la question de l’Europe, il ne faut pas oublier quelle perception avait l’URSS de l’ensemble de a situation internationale.

    Un monde de dangers.

    L’hostilité au communisme de l’Allemagne nazie était fantastique. Mais elle n’était pas unique. L’Angleterre et la Pologne, en 1927, avaient rompu leurs relations diplomatiques avec l’Union soviétique, ce que celle-ci a interprété comme un prélude à une invasion. Ce subit sursaut de tension est arrivé à un moment où la direction du pays était la plus divisée, et a également joué un rôle particulièrement important dans la manière dont les contradictions au sein du parti ont été réglées tout comme la manière dont la collectivisation et le passage à une économie planifiée ont été réalisés. Après les années 1920, la crise de 1929 éloigne provisoirement les menaces en Europe, mais les fait renaître à l’Est.

    Ainsi, alors que le monde a les yeux rivés sur la diplomatie européenne la guerre couvait en Asie. Entre le 11 mai 1939 et le 16 septembre de cette même année, s’est déroulée la bataille de Khalkhin Gol face au Japon Showa. Si cette bataille est relativement connue, sa relation avec la diplomatie sur le front ouest (du point de vue soviétique) n’est quasiment jamais mentionnée.

    Pourtant, si nous la comprenons comme l’URSS la comprenait, il est clair qu’elle joue un rôle fondamental dans les choix soviétiques en termes de diplomatie. Pour la résumer de manière extrêmement concise : le Japon, engagé en Chine depuis 1931 et de manière beaucoup plus active à partir de 1937, est donc en contact direct avec l’URSS. Un groupe politique important, nommé le Hokushin-ron, ou « groupe d’attaque vers le nord », souhaite une expansion vers la Sibérie de l’empire japonais, et accroître les gains de la guerre Russo-Japonaise de 1904-1905. Un autre groupe, le Kodoha, est formé de fanatiques anticommuniste. Les deux groupes se sont alliés pour lancer des provocations, profitant du faible contrôle impérial. Cette situation dangereuse explique en partie la politique conciliante du gouvernement soviétique vis-à-vis des nationalistes chinois, pourtant anticommunistes, vus comme un rempart contre les menaces japonaises.

    Une de ces provocations est les bataille de Khalkin-Gol. Celle-ci devait déboucher sur une guerre de grande ampleur menée contre l’URSS. Entre mai et septembre, plusieurs affrontements d’ampleur variée ont lieu vers la frontière mongole. Ces affrontements culminent en juillet, date à laquelle, en Europe, les tensions sont également extraordinairement fortes. Si, rétrospectivement, les forces militaires dirigées par Joukov pulvérisent les Japonais , au moment où les premiers affrontements ont lieu, l’URSS n’est pas préparée, d’une part, de l’autre le Japon est à la fois allié traditionnel de l’Angleterre (la rupture sera en 1941), mais également membre du pacte anti-Komintern. L’URSS avait toute raison de croire à une possibilité d’un envenimement impliquant l’Angleterre, ennemi n°1 des années 20, le Japon, celui des années 1930, et l’Allemagne, danger montant. Cette conjonction des astres pèse fortement sur la direction soviétique, qui ne peut pas ne pas croire à un danger réel, concret et immédiat.

    Il est notable que l’offensive de Joukov, celle qui renversa la vapeur, eut lieu le 20 août 1939, trois jours avant la signature du pacte. Cette signature est d’ailleurs un des facteurs qui poussa le Japon à abandonner l’idée de poursuivre les opérations, désormais conscient du fait qu’aucune aide ne lui viendrait de l’Allemagne. Pour l’URSS, le pacte n’était pas qu’une question de temps, mais également un bénéfice net, direct, immédiat à encaisser.

  • 23 août 1939, la décision terrible. 1/3

    23 août 1939, la décision terrible. 1/3

    Extrait de « 100 millions sinon rien »

    Brochure complète :

    Petit aparté sur la question du bilan de l’URSS, mais importante à faire. Le 80ème anniversaire du pacte germano-soviétique approche à grand pas. Cette date a été érigée comme un symbole d’une prétendue collusion entre fascisme et communisme. Elle est aujourd’hui la date de commémoration des « victimes des régimes totalitaires », rassemblant sous une même bannière ceux qui ont fait Auschwitz et ceux qui l’ont stoppé.Nous répondons, car nous ne pouvons laisser ce genre de propagande être répandue sans laisser faire.

    Ce dossier, en trois parties, sera publié jusqu’au 23 août, date de la signature du traité. Il sera intégralement disponible sur notre site rapidement, soit en tant qu’objet séparé, soit au sein de la brochure 100 millions sinon rien.

    L’un des fers de lance de la campagne de calomnie contre l’URSS sous la direction de Staline se situe sur la question du traité de non-agression conclu avec le régime hitlérien. Ce traité est employé, sans la moindre vergogne par ceux qui veulent condamner l’URSS et sa direction, dans le but de la disqualifier complètement, de la rendre indéfendable. Plusieurs apprentis-sorciers de la déformation de l’histoire ont voulu surfer sur ce choix ô combien difficile, pour faire la démonstration de la trahison du socialisme, pour faire l’illustration de la symétrie Staline / Hitler ou d’une similitude de fond entre communisme et nazisme.

    Aujourd’hui, il est de coutume de charger Staline et l’URSS. Cependant, même chez les contemporains, le regard est nettement plus lucide. Churchill, grand commentateur de l’actualité, bien que férocement anticommuniste, a considéré que le pacte était la réponse logique à l’inconséquence de la diplomatie anglaise et à la politique de Chamberlain. 80 ans après, il demeure encore un événement historique brûlant, dévorant, repoussoir terrible. Modestement, nous essayons d’en apporter une compréhension qui, d’une part, replace le traité de non-agression germano-soviétique dans le contexte extraordinairement particulier des années 1930, mais également permet de comprendre comment, au moment de sa signature, la direction soviétique percevait l’attitude des démocraties libérales et de son antagoniste direct : l’Allemagne nazie.

    Avant toute chose, il est important de couper court à un jeu basé sur la sémantique. Le traité de non-agression entre l’Allemagne et l’URSS était ce qu’il était. Son but était de déclarer une absence d’hostilité entre deux États. Il n’était pas une alliance. Une alliance consiste en un nombre de dispositions d’assistance militaire réciproques en cas de conflit, déclenché ou subit. Rien de tel dans le cas du traité signé le 23 août 1939.

    Jusqu’à la fin de la Guerre froide, la thèse de la similitude entre les régimes n’était que l’apanage d’une minorité, qui, souvent, l’utilise pour défendre le nazisme. L’histoire officielle française, sanctionnée par l’Éducation Nationale, n’instille ce genre de sottises qu’à partir des années 1990. A ce moment-là, il n’y a plus grand monde pour défendre l’Union soviétique, y compris le PCF, donc tout peut-être dit sur son compte, tant qu’il s’agit de quelque chose de négatif. Les théories d’équivalence et de guerre préventive de la part de l’Allemagne nazie ont désormais pignon sur rue.

    De même, la sémantique des termes n’est pas neutre. Les Occidentaux signent des accords, les Soviétiques, des pactes. Le terme renvoie à une idée très faustienne de la diplomatie, des pactes avec le Diable. Ainsi, l’OTAN est l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, tandis que le vrai nom du Pacte de Varsovie est Traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle. Signé à Varsovie, le 14 mai 1955. Nombre d’imprécisions sont faites pour accroître l’idée d’une collusion entre les deux entités juridiques et leurs dirigeants. Mais les formes ne doivent pas influencer outre mesure le contenu.

    Il est en effet aisé de séparer cet événement de son contexte, et d’en faire, même, un aboutissement. Ce n’est pas une démarche d’historien. Ce procédé est une démarche de rhéteur, qui cherche uniquement à illustrer une notion préétablie en sélectionnant les événements historiques qui servent sa chapelle. C’est d’ailleurs ce que fait l’Éducation Nationale, qui en fait, depuis 1995, un des éléments fondamentaux de la dimension comparative des régimes totalitaires.

    Il ne s’agit pas de dire que l’événement, le pacte, était un choix parfait. Il ne s’agit de le défendre comme étant un événement positif. Il est une souillure amère sur l’histoire soviétique. Cependant, nous refusons de le voir comme quelque chose qui soit une infamie étant donné les éléments d’enquête que possédait l’URSS, le Komintern et leur direction à l’époque, tout comme nous pensons qu’il est possible d’affirmer que si l’URSS, le Komintern et sa direction avaient été omniscients sur la nature et les projets du régime nazi, probablement l’attitude de la diplomatie soviétique aurait été différente. Cette affirmation n’est pas qu’un acte de foi gratuit de la part de nostalgiques aveuglés par le folklore, elle est un fait qui peut s’établir sur la base d’un travail d’enquête, même à minima, sur les conditions dans lesquelles le choix soviétique s’est effectué.

    Qu’est-ce que le IIIe Reich en 1939 ?

    Ce qui donne son caractère particulier au pacte est l’idée qu’il soit possible de signer le moindre traité avec ce qui apparaît comme le distillat le plus pur de la brutalité sauvage et génocidaire. Hitler et ses séides sont le diable et ses démons, et il n’est pas possible d’imaginer le moindre terrain d’entente avec eux. Sans rentrer dans le champ lexical du christianisme, cette analyse est véridique, à un détail près.

    Premièrement, l’Occident, et même la Pologne, ont signé, eux aussi, des pactes avec ce Diable, sur lesquels nous reviendrons. Ces pactes avaient également leur protocole secret, à ceci près que le contenu l’est resté. Ce qui le différencie donc des autres n’est uniquement que le fait que le traité signé le 23 août a été le prélude à la guerre. Ces signatures de pactes sont, en revanche, passés sous silence, alors qu’ils ont contribué, bien plus que l’Union soviétique, à la reconstitution d’une Allemagne en pleine possession de ses moyens militaires, capable de pouvoir tenir la dragée haute à pratiquement toutes les armées du continent.

    Deuxièmement, nous pouvons regarder l’activité du régime nazi sur l’ensemble de la période, avec un recul qui nous permet de juger de sa nature profonde. Indépendamment des débats sur l’intentionnalité des génocides perpétrés par le Reich ou sur leur caractère ‘fonctionnel’, il n’était pas possible de préjuger de ce que celui-ci commettrait. Avant la Shoah, il n’y avait pas eu cet événement qui a marqué ce régime du sceau indépassable, ou du moins indépassé de l’infamie. Aktion T4, Shoah par balle ou dans les camps, massacres systématiques des élites des régions à aryaniser, politique délibérée de réquisition de l’intégralité des ressources. Ces politiques cependant sont postérieures au déclenchement de la guerre, voire postérieures même, pour la Solution Finale, à l’invasion de l’URSS. Même la Nuit de Cristal suscite les réprobations de la part de certains dirigeants nazis, Himmler, Göring, Funk, qu’on ne saurait taxer de pusillanimité à l’égard des Juifs. Au sein même des populations juives de l’époque, l’idée qui domine est que le nazisme surfe sur l’antisémitisme comme réclame publicitaire pour s’assurer des voix, que le régime enchaînera brimades et vexations, mais que celles-ci s’intègrent dans une longue série d’actes et de déchaînement antisémites traditionnels. Le consensus, au sein de l’intelligentsia, est que les massacres sont bons pour les barbares de l’est, les Cosaques et les Huns, mais que le peuple de Goethe, de l’Aufklärung ne peut se lancer dans ce genre d’abominations. D’ailleurs, avant le 22 juin 1941, le régime nazi, qui cherche une paix de compromis avec l’Occident, temporise son projet d’élimination complète des populations Juives, Tziganes, ou même, à terme, Slaves.

    Avant le génocide, qu’est ce qui qu’est ce qui démarque le régime nazi de l’époque d’autres régimes ? Difficile à dire. Il est fasciste et extrêmement anticommuniste, mais d’autres le sont tout autant, telle la Hongrie, la Pologne, l’Espagne, la Roumanie…Etc. Même chez les pays « démocratiques » Comme la France ou l’Angleterre, lorsque vus dans leur ensemble, avec leur système colonial et leur réseau de dominion, il est possible de se rendre compte que leur contenu démocratique se limite à une « démocratie d’impérialistes ». La France, par exemple, à ses lois de Nuremberg, qui instaurent une inégalité juridique entre différentes personnes vivant sur un même territoire : le code de l’Indigénat en Algérie. Elle a ses camps de concentration, comme le bagne de Poulo Condor en Indochine, ses lieux de relégation, comme la Nouvelle-Calédonie… Elle possède ses charniers, comme nous l’avons évoqué plus en amont. De ce point de vue, il n’est pas si évident de déterminer quelle limite est faite entre les régimes fascistes et les autres. C’est pour cela que la diplomatie soviétique, tout comme le Komintern, s’est fondamentalement intéressée à séparer les régimes entre régimes agressif et pacifiques. Ce point de vue n’était pas unique à l’Union soviétique. Un grand nombre d’acteurs, y compris de l’opposition antisoviétique, se sont aussi liés à la Gestapo, au Kempetai, à d’autres services secrets, considérant, dans leur rhétorique que cela n’était pas différent de l’aide qu’avait pu avoir Lénine pour passer de la Suisse à la Russie en 1917, sans la moindre once de vergogne.

    C’est précisément cette attitude qu’a dénoncé le grand poète chinois Lou Sin en 1936, soulignant « le côté pitoyable de l’exil, des pérégrinations et de l’échec de M. Trotsky, qui « forcèrent » celui-ci à accepter, dans sa vieillesse, l’argent de l’ennemi. » Mais, également le fait que leur « « théorie » est certainement plus sublime que celle de M. Mao Tsé-toung et d’autres : la vôtre plane haut dans le ciel, la leur est terre à terre. […] Partant, je crains que lorsqu’elle tombera du haut du ciel, elle n’atterrisse à l’endroit le plus répugnant du globe. Les Japonais saluant vos théories sublimes. Je ne puis m’empêcher de me faire du souci pour vous à la vue de vos publications si bien imprimées. Comment vous disculperez-vous si quelqu’un venait à répandre délibérément des rumeurs malveillantes vous accusant d’accepter de l’argent des Japonais pour sortir ces publications ? » (Lou Sin, Réponse du 9 juin 1936 aux organisations trotskistes) .

    C’est également celle que pouvait directement avoir Trotski, lequel, sur la guerre à venir, écrivait « Contre l’ennemi impérialiste, nous défendrons l’URSS de toutes nos forces. Mais les conquêtes de la révolution d’Octobre ne serviront le peuple que si celui-ci se montre capable de traiter la bourgeoisie stalinienne comme autrefois il traita la bureaucratie tsariste et bourgeoise ». C’est-à-dire de saboter l’effort de guerre et de pratiquer le défaitisme révolutionnaire. Si Trotski lisait avec ardeur la Pravda, la direction soviétique lisait aussi avidement, parfois en avant première, les écrits trotskistes. Dès lors, comment ne pas, à minima, soupçonner d’une collusion, confirmée par les archives et les acteurs (notamment Soudoplatov, qui s’occupait de cet aspect-là au NKVD).

    Il est de bon ton de clamer que « l’intransigeance de Staline a aidé à mettre Hitler au pouvoir ». C’est faire bon marché de l’autonomie du KPD. De plus, si Staline, comme l’affirment certains, avait jeté par-dessus bord toute idée de révolution et ne s’intéressait qu’aux affaires de l’URSS, il aurait logiquement poussé à une alliance du KPD et du SPD contre les nazis. Or, si le Komintern pratiquait effectivement une ligne du « classe contre classe », c’était avec le souvenir cuisant de la répression de mouvements révolutionnaires par les sociaux-démocrates. Comment le KPD, qui, 20 ans auparavant s’était fait massacrer par les assassins du SPD, pouvait-il envisager d’emblée une alliance avec ceux-ci ? De plus, face à un inconnu complet. Même si la phrase est curieuse, elle mérite d’être prononcée : Hitler n’était pas Hitler avant d’être Hitler. Rien ne permettait de savoir que son régime serait si différent de celui d’une présidence militaire appuyée sur les ultra-conservateurs, ni que celui-ci pratiquerait rapidement la mise au pas du pays. C’est également faire bon marché des questions internationales qui ont facilité la mise en place du régime nazi, mais également de sa possibilité de se constituer en tant que force militaire d’ampleur.

  • 100 millions sinon rien – partie 8

    100 millions sinon rien – partie 8

    Les processus de luttes internes après la révolution.

    Pour comprendre pourquoi il y a eu répression, il est important de prendre en compte la situation d’alors. Les bolcheviques, contrairement à ce que peuvent déclamer leurs détracteurs, n’ont pas fait un « coup d’État ». Un coup d’État est simple, il suffit d’obtenir la victoire « militaire » sur la direction au pouvoir et de la remplacer par une autre. La propriété, les rapports de production, les rouages de l’appareil d’État restent grossièrement les mêmes. Tout au plus des permutations sont effectuées pour remplacer les directeurs par des laquais dévoués. En somme, réaliser un coup d’État est « facile ». Marc Ferro, dès 1980, notait que la prise du pouvoir bolchevique, en fait d’instaurer un nouveau pouvoir cohérent et monolithique, avait, en réalité, légitimé les vastes contre-pouvoirs qui existaient, en face du tsarisme mourant, puis du gouvernement provisoire. Cette galaxie éclatée de lieux démocratiques et de leviers de pouvoir ont adoubé les bolcheviques autour principalement de leur hostilité intransigeante au gouvernement Kerensky plus que, parfois, pour leur programme. Il en résulte que la situation est particulièrement complexe. L’appreil d’État demeure bourgeois, tandis que les pouvoirs politiques sont entre les mains des soviets, des comités d’usines, des syndicats et du Parti. C’est la décantation de ces rapports de pouvoirs qui donne naissance à l’URSS, décantation dans laquelle le Parti, plus cohérent, organisé et structuré que les autres, ressort presque mécaniquement victorieux.

    Réaliser une révolution n’est pas que obtenir une victoire militaire contre la bourgeoisie, c’est également bouleverser de fond en comble le fonctionnement de la société, des institutions, les rapports de production, les rapports de pouvoir, la culture au sens très large du terme, avec les pratiques sociales, les us et coutumes… La révolution bolchevique avait pour vocation de réaliser tout cela. Il s’agit d’un chantier immense, qui, de plus, est réalisé non pas dans un environnement neutre, mais dans un environnement dans lequel ceux qui disposent de grandes compétences, de spécialités, de postes hauts placés, regardent cette transformation avec hostilité. L’inaction induit mécaniquement la perte du terrain gagné, sous le poids des habitudes et sous l’hégémonie de la vieille société. En somme, ce que faisaient les bolcheviques, c’était creuser dans le sable, qui s’infiltre partout, grippe les rouages, brise les moteurs… Ce point-là, celui de la construction pratique, pragmatique de la nouvelle société, est la terra incongnita des anarchistes, y compris de nos homonymes.

    Le Parti bolchevique s’est donc légitimement considéré lui-même comme la seule force politique en laquelle il pouvait avoir confiance pour pouvoir construire la nouvelle société. Mais passer d’un groupe restreint de professionnels de la révolution à une force capable de diriger un pays, d’une part, mais également d’assurer la transformation de celui-ci, de l’autre, était loin d’être une mince affaire. Le Parti avait choisi, alors, d’opter pour avancer pas à pas, progressivement, dans le but de consolider ce qui était la base sociale de la révolution : l’alliance entre ouvriers et paysans.

    Durant la guerre civile, la politique du « communisme de guerre » avait été mise en œuvre. Cette politique, qualifiée d’ « erreur nécessaire » par Lénine, avait néanmoins ses supporters. Trotski et certains éléments gauchistes voulaient qu’elle soit maintenue et devienne la base de la création de l’économie communiste. Hors le communisme de guerre était une économie de guerre, somme toute, classique. Elle marchait de manière démonétarisée, sur la base de réquisitions et d’aliénation de la production pour alimenter le front. Son exécution était terrible et ne pouvait pas déboucher sur la possibilité d’élever l’économie d’un pays, qui plus est la création d’une industrie. Pour les « gauchiste », cela n’avait pas d’importance, puisque soit la révolution mondiale était réalisée, soit elle échouait. Toute pause était donc une trahison.

    Pour les léninistes, en revanche, il fallait temporiser, panser les plaies, protéger l’immense espace arraché à la rapacité impérialiste, et, hélas, acter le fait que la révolution n’était pas parvenue à s’étendre. Lénine proposa la NEP, pour permettre cela. Cette temporisation lui a valu les récriminations des « gauchistes » l’accusant de trahison, mais également l’attention de certains éléments droitiers, pour qui cette politique signifiait, in fine, la normalisation de la pratique du pouvoir par les bolcheviques. C’est notamment le cas d’individus comme Oustrialov et ses suivants, les Smenovekhovtsy, sur lesquels nous reviendrons après.

    Les luttes au sein du Parti ont pris plusieurs formes. Des luttes déclarées, entre les oppositions, des luttes non déclarées, qui sont le reflet de la lutte des classes au sein de l’URSS, mais également, et d’sous une forme beaucoup plus complexe, au sein du Parti communiste.

    Les oppositions déclarées ont été de plusieurs types et de plusieurs natures. L’opposition militaire, durant la Guerre civile, animée notamment par Voroshilov et par d’autres proches de Staline, sans que celui-ci soit impliqué, et s’est focalisée sur la question des experts militaires.

    Voroshilov et de nombreux militaires sortis du rang se sont élevés contre la place laissée aux militaires issus de l’armée tsariste, aux spécialistes. Cette opposition de conception entre une vision « de gauche », voire gauchiste, tenue par ses animateurs, et une conception droitière défendue par Trotski, qui jugeait les experts « neutres » dans la lutte des classes, est assez révélatrice.

    Sur le fond, l’opposition militaire avait raison. Les experts militaires issus de l’armée tsariste employaient une manière bourgeoise/réactionnaire de combattre. Cela s’est traduit comme l’un des facteurs qui ont expliqué le rétablissement de la peine de mort dans l’armée, rétablissement défendu par Trotski, y compris dans son élogieuse autobiographie Ma Vie (1930). Sur la forme, les choses sont plus complexes. Le rejet des experts s’est trouvé payé par un certain amateurisme de la part des cadres sortis du rang. Et cet amateurisme a été chèrement payé en sang. Cependant, l’impact de cette opposition est plus l’expression d’un symptôme qu’une véritable mise en péril de l’autorité du Parti. Il illustre une lutte de ligne idéologique, profonde, entre une conception de la guerre comme ayant un caractère de classe, et une conception technique de celle-ci.

    Le débat sur la construction du socialisme, au tournant des années 1919-20-21 a pris une tournure particulièrement difficile. C’est durant cette période que les oppositions se sont affrontées au sein du Parti. Tout d’abord, jusqu’au Xe congrès, les conflits se sont manifestés ouvertement, puis, par la suite, la situation politique a entraîné un resserrement des cadres du débat, culminant avec la crise de 1927, durant laquelle l’Union soviétique s’attendait à tout moment à une attaque anglo-polonaise, mettant tout le pays en alerte maximale.

    L’opposition de gauche a été traitée en amont. Si elle est particulièrement connue du fait de la personnalité de son principal animateur et de la publicité dont il a bénéficié, elle est restée marginale. Lénine l’a étrillée au cours de plusieurs débats successifs. En revanche, en 1920 s’est exprimé un autre courant, nommé « Opposition Ouvrière. ». Cette opposition, animée par Kollontaï et Chliapnikov, partait d’une prise en compte de plusieurs problèmes, qui d’ailleurs l’ont opposée frontalement aux positions de Trotski et de Boukharine. Lénine considérait que cette opposition partait d’un sentiment sain. Et pour cause, elle ciblait des problèmes concrets et réels au sein de l’État soviétique.

    Les zélateurs et zélatrices de Trotski tentent aujourd’hui, parfois, de s’accaparer l’héritage de cette opposition. Il n’est pas possible de ne pas reconnaître qu’elles sont autrement plus réjouissantes que celles que leur leader défendait à l’époque. Devant le IXe congrès, il déclarait : « Les ouvriers doivent être liés à leur emploi, assujettis à être transférés, il faut leur dire ce qu’ils doivent faire, les commander. » ; « …avant de disparaître, la contrainte étatique atteindra au cours de la période de transition son plus haut degré d’intensité dans l’organisation du travail. »

    Dans la brochure écrite en préparation du IXe congrès : « Une lutte planifiée, constante et résolue doit être menée contre la désertion du travail, en particulier en publiant des listes noires des déserteurs du travail, en formant des bataillons pénaux composés de ses déserteurs et, finalement en les enfermant dans des camps de concentration. » Il ajoutait, « La militarisation du travail est impensable sans la militarisation des syndicats comme tels ». Devant la IIIe Conférence des syndicats, en 1920, et bien que la question ait été tranchée lors du IXe congrès, Trotski persistait à déclarer « Est-il bien vrai que le travail obligatoire soit toujours improductif ?… C’est là le préjugé libéral, le plus lamentable et le plus misérable : les troupeaux d’esclaves eux aussi étaient productifs […], le travail obligatoire des esclaves […] a été en son temps un phénomène progressiste. »

    Le IXe congrès avait, de son côté, statué sur le fait que la militarisation du travail ne peut-être justifiée que par les circonstances de la guerre. Il s’agit là d’un fait absolument incontestable. 15 ans plus tard, la direction dut opérer de même dans la marche vers le second conflit mondial. Seulement, la grande distinction entre la position bolchevique et celle de Trotski réside là : Pour Trotski, ce n’est pas un expédient qui sert à tenir pendant la guerre, mais il s’agit du mode de développement premier, normal, du socialisme.

    A cela Radek, fidèle de Trotski, ajoutait que « la classe ouvrière organisée doit surmonter le préjugé bourgeois de la liberté du travail, si chère au cœur des mencheviks et des conciliateurs de toutes sortes. » (Cité par Bettelheim, P. 346, 1974).

    Cette position n’est pas incohérente. Elle se base sur trois postulats chez aux trotskistes :

    • L’idée que la construction du socialisme
      dans un seul pays n’est pas possible, et que donc, la Russie
      révolutionnaire doit être utilisée à fond comme caserne de la
      révolution mondiale. Il s’agit à leurs yeux d’un one shot
      où il faut impérativement jouer son va-tout.
    • L’idée que le
      développement du socialisme est une question de production en tout
      premier lieu (la théorie des forces productives) et que le
      développement de la production est le marqueur de l’avancée vers
      une société sans classe. Dans ce cadre, l’idée de recourir à
      la production forcée en découle forcément.
    • L’idée de
      l’État ouvrier. La compréhension
      des distinctions entre État,
      Parti et prolétariat est
      primitive. Trotski et ses suivants identifient intégralement le
      prolétariat au Parti et à l’État. À leurs yeux, l’idée de
      syndicats pouvant s’opposer aux décisions de l’État est une
      trahison de « l’autodiscipline que le prolétariat s’impose
      à lui-même » par le Parti.

    Le corollaire est que Trotski et l’opposition qu’il animait (avec Boukharine d’ailleurs), ne comprend pas le socialisme comme une phase de transition dans laquelle l’appareil d’État demeure principalement un appareil hérité du tsarisme, qui n’obéit pas aux directives du Parti (4 700 cadres responsables pour le PC(b) à Moscou, on est loin d’un maillage étroit !), le Parti, lui-même, jugé infaillible et se confondant avec le prolétariat pour Trotski, n’est pas nous plus exempt de reproches, non seulement il peut dévier, et cette déviation ne peut être qu’accentuée par une absence totale de démocratie prolétarienne, mais il n’est pas non plus 100 % prolétarien ou imperméable à la lutte des classes.

    Trotski ne comprend pas non plus la question de l’alliance entre le Parti, le prolétariat et la paysannerie. Sa vision carcérale de la construction du socialisme expose le Parti à être boudé, conspué, voire chassé par les masses populaires. Sa vision absolutiste ne peut donc être appliquée. Le PC(b) ne l’a pas suivit. Pour ne pas s’en prendre directement à Lénine et à sa ligne, il s’en est pris à l’opposition ouvrière.

    L’opposition ouvrière est née du prolongement d’un groupe, nommé « groupe du centralisme démocratique », au sein duquel un nombre conséquent de communistes « de gauche » évoluaient. Elle s’est axée autour d’une critique des dérives qui pouvaient exister au sein du PC(b), notamment la montée en puissance d’éléments bourgeois, des défauts de démocratie interne, des pratiques autoritaires… le diagnostic ne peut être réfuté. Elle tentait de répondre à ces maux par la démocratie ouvrière, par le contrôle ouvrier de la production. Le problème de cette opposition était à la fois politique et de timing. Politique, car le contrôle ouvrier tel qu’il était compris par cette opposition, in fine, était une variante de trade-unionisme qui ne comprenait pas la question politique comme fondamentale, ni les évolutions des rapports entre le tsarisme et la nouvelle politique mise en œuvre. Elle prenait comme hostile « par principe » le gouvernement et l’appareil d’État, en les séparant du prolétariat et de ses intérêts, et, finalement, se comportait en défendant les intérêts particuliers des individus et des groupes de production contre l’intérêt supérieur, transcendant, du prolétariat dans son ensemble.

    Cette absence de compréhension de la politique comme quelque chose de supérieur aux intérêts immédiats et spécifique des ouvriers, non seulement était une impasse, mais mettait en péril l’alliance primordiale et fondamentale avec la paysannerie, en particulier la paysannerie moyenne. L’autre problème, celui du timing, a été le fait que celle-ci s’est surtout manifestée au moment de la crise de Krondstadt. Du fait de sa similitude avec les positions des anarchistes, des SR et des Menchéviks a cette époque, elle a été impitoyablement attaquée, notamment par Lénine, en dépit même du fait que les travers qu’elle ciblait était justifiés.

    Tandis que Trotski et Boukharine ferraillaient pour faire des syndicats des courroies de transmissions devant executer les ordres, Lénine et les léninistes, bien que minoritaires au départ dans le CC, parviennent à rallier progressivement à en proposant non pas un modus vivendi, mais une solution supérieure. Celle de conserver une autonomie aux syndicats, car ils doivent pouvoir former un outil de défense des travailleurs « contre […] leur Etat ». Lénine reconnaît que des oppositions d’intérêt peuvent exister entre l’État et les ouvriers et que le recours à la grève peut être justifié. Lénine le résume en indiquant dans Le rôle et les tâches des syndicats dans les conditions de la Nouvelles Politique Economique (1922) que le conflit entre la position léniniste (soutenue par Staline et Zinoviev), voit dans son rapport avec celle des « 8 », un « désaccord sur les méthodes d’aborder les masses, de gagner les masses, de réaliser la liaison avec les masses ». Derrière ce conflit se trouve également un autre aspect, celui d’un conflit sur la compréhension dogmatique de Boukharine et Trotski face à celle de Lénine. Les premiers voient la dictature du prolétariat comme « une pure expression » du pouvoir ouvrier, tandis que Lénine et les léninistes la définisse comme « une double nature. » Etat ouvrier, car dirigé par un parti ouvrier, mais Etat bourgeois et petit-bourgeois dans sa dépendance face aux experts, administrateurs, spécialistes…

    Or, même dans les échelons intermédiaires du Parti, la situation est complexe.

  • Menaces de mort contre les dirigeant.e.s du MLPD

    Menaces de mort contre les dirigeant.e.s du MLPD

    Menaces de mort brutales contre les dirigeants du MLPD dans une nouvelle vague de terreur fasciste

    Dans le communiqué de presse d’aujourd’hui, le MLPD informe de nouvelles menaces de mort contre des représentants du MLPD, des menaces qui ne sont guère égalables dans leur répulsion. « Le 22 juillet, des insultes et des menaces fascistes allant jusqu’à des menaces de mort à l’encontre de hauts représentants du MLPD ont été diffusées à grande échelle via Internet », rapporte Monika Gärtner Engel, membre du Comité central, conseillère municipale et elle-même déjà affectée à plusieurs reprises par les insultes et menaces fascistes.

    Des « patriotes allemands » autoproclamés menacent ouvertement sur la chaîne YouTube « Ultraviolets Eyes », entre autres choses contre les « liens familiaux criminels habituels des fascistes Gärtner-Engel … Nous vous exterminerons complètement … Nous n’aurons aucune compassion, aucune pitié et aucun remords… jusqu’à ce que vous soyez tous morts… ».

    Stefan Engel, le président de longue date du MLPD, la présidente du parti Gabi Fechtner, la première candidate de la Liste Internationaliste/MLPD pour les élections européennes Lisa Gärtner et Monika Gärtner-Engel sont nommés ou attaqués par vidéo.

    En tant qu’alternative révolutionnaire, présente dans de plus en plus de points chauds de la société et souvent impliquée de manière déterminante, le MLPD est une épine dans le pied des forces fascistes.

    « Quelques semaines après le meurtre de Walter Lübcke, les menaces de mort s’inscrivent dans une nouvelle vague de terreur fasciste : menaces à la bombe contre des mosquées et la maison Karl Liebknecht à Berlin, attentat à la bombe contre la femme politique active de gauche au niveau communal Ramona Gehring à Zittau ; à Wächtersbach (Hesse), un homme aux racines érythréennes fut abattu par un fasciste. Nous leur exprimons à tous toute notre solidarité », a déclaré Monika Gärtner-Engel, du Comité central du MLPD.

    « Beaucoup d’attaques et de meurtres ont été précédés par des campagnes désinhibées sur Internet . C’est pourquoi la plus grande vigilance, la plus grande solidarité et l’exigence d’une action déterminée de la part de l’État sont requises – même s’il est naturellement clair que nous ne nous laissons pas intimider par de telles menaces », continue alors Monika Gärtner-Engel.

    Pour le MLPD, la suspicion sérieuse est telle que des autorités décisives de l’État ne sont qu’apparemment inactives, mais promeuvent en partie les activités fascistes directement ou indirectement comme en cas du NSU. Les personnes inscrites sur les listes fascistes de personnes à abattre ne sont pas informées, le week-end passé « la Droite » a pu se moquer de Walter Lübcke assassiné à Kassel et l’auteur de menaces de mort antérieures contre ma personne – l’ancien condamné fasciste Jörg Reger – qui est connu des autorités, est toujours en liberté.

    Dans les années 1970, tout le pouvoir de l’État et des médias a été utilisé contre la poignée d’anarchistes de la RAF avec des mandats d’arrêt, des recherches policières diffuses, dites voilées, des barrages routiers, des appels télévisés, etc. – mais la recherche de 476 fascistes disparus, auteurs d’actes de violence, n’avance pas.

    Si en même temps des attaques anticommunistes grossières sont lancées contre le MLPD à partir de « sources respectables » – comme le conseil d’administration du « Mémorial de Buchenwald » – alors leurs auteurs doivent être conscients de leur promotion du climat anticommuniste haineux et en partager la responsabilité.*1

    Depuis longtemps, le MLPD exige la poursuite systématique de toutes les activités fascistes, la recherche de tous les auteurs de menaces de mort et la clarification décisive de toutes les attaques dans la nouvelle vague de terreur fasciste.

    Pas un pouce de terrain à la terreur fasciste !

    Interdiction de toutes les organisations fascistes et de leur propagande !

    *1 Il s’agit de l’interdiction de la commémoration de l’assassinat de Ernst Thälmann, président du KPD le 17 août 1944 par les fascistes hitlérien à Buchenwald, camp de concentration pour les prisonniers politiques. L’administration du mémorial du camp de Buchenwald fond son interdiction sur le soutien critique par le MLPD de la campagne BDS contre le sionisme d’Israël. Ce soutien est  classé d’antisémite! Cette accusation déclenche actuellement une large polémique en Allemagne (commentaire de l’UPML)

  • Offensive Turque contre les Forces Démocratiques Syriennes au Rojava

    Offensive Turque contre les Forces Démocratiques Syriennes au Rojava

    Dimanche dernier, le président de l’État turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé une offensive contre le Rojava, état autonome contrôlé par les forces démocratiques syriennes, coalition politique et militaire de différentes forces dont la plus influente est le YPG/YPJ, bras militaire du PYD Kurde.

    Ce n’est pas une première, l’an dernier déjà, le régime fasciste turc a mené des opérations contre le canton d’Afrin, son objectif étant d’écraser le Rojava. En effet, cette zone représente tout ce que les réactionnaires turcs ont en horreur: l’autonomie des kurdes au bord de la frontière Turque, et des revendications politiques progressiste en contradiction avec les intérêts des fascistes turcs dans la région.

    Le Moyen-Orient est une véritable poudrière, et, depuis toujours, un champ de bataille où les puissances impérialistes se disputent les zones d’influence. La question du nord Syrien est dès lors un sujet épineux entre ces puissances. Les États-Unis ont apporté un soutien matériel aux FDS, afin de combattre Daech, et ont mis en place une zone de sécurité entre le Rojava et l’état Turc, en espérant créer une zone tampon. Cette zone militaire permet aux Américains de se rapprocher de l’ennemi principal des intérêts Américains du continent, l’état Iranien. Les FDS ont accepté cette alliance de circonstance comme aide matérielle bienvenue dans le combat contre les fascistes djihadistes, vu le risque de l’isolation totale face à Daech et aux Turcs, mais aussi comme moyen de pression sur l’état Syrien qui jongle dangereusement entre l’alliance de fait et l’opposition armée contre les FDS selon les circonstances tactiques de la guerre.

    L’état Turc, avancent leurs pions de manière à prendre le contrôle de cette région, pour taire la contestation au régime fasciste, et étendre leur influence, dans un projet de restauration de la suprématie Turque, dans un esprit digne des fascistes génocidaires Jön Türk. Les FDS doivent, pour les impérialistes, se soumettre et servir leurs intérêts sans conditions, ou être exterminés par les Turcs. Permettre la création d’une région autonome en Syrie, qui exporte des idéologies progressistes dans le continent, présente sur le long terme une grande menace pour les forces impérialistes.

    Erdogan représente un danger mortel, car il manie parfaitement les opérations de marketing géopolitique qui iront dans son sens avec l’accord tacite des impérialistes. Les fascistes Turcs courtisent les états-unis pour trouver un terrain d’entente qui livrera le Nord Syrien aux milices djihadistes et à l’armée Turque, conduisant les peuples de la région, Kurdes, Arabes, Assyriens, Yézidis, etc. à l’extermination pure et dure, et à la soumission aux néo-Ottomans.

    Assad, dans son jeu d’opportunisme réactionnaire et son lien fondamental avec les impérialistes Russes et Chinois, se présente comme un allié de circonstance potentiel qu’il ne faut pas négliger. Face aux Turcs et ses milices fascistes, l’état Syrien aura la responsabilité de joindre les opérations militaires avec les FDS pour créer une zone tampon contre les Turcs, au risque de vendre la Syrie aux djihadistes. Les Américains et les forces européennes n’hésiteront pas à livrer la Syrie au plus offrant tant que le montant des gains est suffisant, et Erdogan est leur partenaire le plus prometteur.

    Il est certains que nos camarades qui se battent sur place contre la barbarie fasciste, ainsi que les peuples du territoire Syrien auront à traverser encore bien des épreuves, nous, communistes, avons le devoir de soutenir les peuples opprimés, en combattant notre propre bourgeoisie, notre propre impérialisme, la France jouant un rôle important dans la déstabilisation de la région, l’héritage du protectorat français de Syrie est encore chaud dans l’esprit de nos bourreaux.

    Nous dénonçons la politique génocidaire du régime fasciste d’Erdogan, et nous dénonçons la volonté des impérialistes d’asservir les peuples du Moyen-Orient par l’outil formidable que représente pour eux les forces fascistes.

    Nous continuerons de soutenir nos camarades et les peuples opprimés, pour la libération totale et inconditionnelle des peuples face aux réactionnaires et aux impérialistes de tout bords.

    A bas le fascisme, à bas l’impérialisme !

  • 100 millions sinon rien, partie 7.

    100 millions sinon rien, partie 7.

    Une brève histoire de la répression en Union soviétique :

    Acte I : Révolution

    La répression et l’URSS forment, dans l’esprit de la grande majorité de la population des pays occidentaux un duo inséparable. Malgré le fait que les USA d’aujourd’hui constituent la plus grande prison du monde (6 937 600 personnes sous contrôle judiciaire, 2,2 millions de personnes en prison en 2012), il ne vient pas à l’esprit d’associer immédiatement le pays avec son régime carcéral. Cette association est issue notamment de la grille de lecture choisie par les programmes scolaires, premier vecteur des notions historiques, laquelle traite l’URSS uniquement sous l’angle d’un État totalitaire à partir de 1995. Contrairement à Mussolini ou Hitler, le projet politique soviétique est traité sous l’angle de la suspicion. L’URSS socialiste et Staline sont présentés comme ayant trahi le communisme et comme voulant instaurer quelque chose d’indistinct et de difficilement déchiffrable. Ce procès d’intention mérite d’être démonté en détail.

    Plus haut, nous avons pu voir que le projet économique soviétique représentait, malgré des erreurs de gauche ou de droite, une tentative d’ériger le socialisme. Nous savons également, aujourd’hui, au travers de travaux pionniers comme ceux d’Arch Getty sur les purges, que la répression n’était pas un phénomène unilatéral décidé par « en haut », mais qu’elle s’inscrivait dans la lutte des classes, parfois mal comprise, menée par une direction qui cherchait des voies expérimentales.

    Dans les faits, ce que Marc Ferro ou Charles Bettelheim démontrent bien dans leurs travaux respectifs sur la révolution et la lutte des classes en URSS, les bolcheviks se sont retrouvés d’entrée de jeu dans une situation particulièrement complexe.

    La victoire des rouges n’était pas le fruit d’un plan mûrement planifié, mais d’une saisie d’opportunités. Lénine avait su, y compris en l’imposant par la pression, saisir les chances qui s’offraient au Parti bolchevik durant la période révolutionnaire. La révolution d’octobre était un coup de poker, lancé avec une majorité arrachée, profitant d’une fenêtre de tir particulièrement étroite. Elle a fonctionné contre tous les pronostics.

    Arrivés au pouvoir, le Parti s’est retrouvé dans une situation pour laquelle il n’était pas conçu à l’origine. Outil de lutte clandestine, illégale et légale, ce n’était pas une organisation qui était conçue pour gérer un État, révolutionnaire ou non. L’accession au pouvoir entraîne une série de réactions en chaîne, dont certaines n’étaient absolument pas prévues en amont, voire théorisées. Par exemple, contrairement à une idée reçue, le régime à Parti unique n’était pas considéré comme une condition sine qua non de la mise en place du socialisme. L’idée d’une coalition de partis soviétiques, au sens de partis respectant le pouvoir des soviets (mencheviks, SR, bolcheviques) était la solution qui paraissait la plus plausible et la plus envisageable, pour des bolcheviques, qui, qui plus est, étaient estomaqués eux-mêmes de ce qu’ils venaient d’accomplir.

    Deux éléments particulièrement importants dont les bolcheviques avaient conscience ont joué dans leur succès :

    1) Les bolcheviques se savaient faibles en termes de nombre, d’étendue de réseaux et de relation avec la classe ouvrière et, surtout, la paysannerie. Ils ne possédaient pas un appareil puissant, mais en revanche celui qu’ils possédaient était efficace et discipliné. Il pouvait avoir tactiquement l’avantage.

    2) Les Bolcheviques se battaient contre plus fort qu’eux, mais dans une contexte de vague révolutionnaire puissante. Il existait une opportunité temporaire que devaient saisir le Parti, sans quoi il serait trop tard, et les forces anti-révolutionnaires auraient pu calmer les masses, arrêter les cadres révolutionnaires et stopper le processus.

    C’est parce qu’ils étaient conscients de cela que les bolcheviques ont fait le choix de la Révolution d’Octobre, de ne pas attendre le congrès des Soviets (ce que voulait faire Trotski, hésitant malgré sa phrase ultra-révolutionnaire), mais également de disperser l’Assemblée Constituante, du fait de sa composition. Ce dernier point est un marronnier constant de la part des démocrates, qu’ils soient anarchistes ou réformistes. En réalité, il faut voir les choses telles qu’elles étaient dans la pratique. C’est notamment pour faire face à ces problématiques que, très tôt, la Tchéka a été formée, dans le but de lutter contre les ennemis intérieurs.

    Les forces qui étaient présentes étaient des forces qui voulaient poursuivre la guerre impérialiste aux côtés des autres puissances. Elles niaient les revendications profondes des masses, d’une part, de l’autre avaient volonté à temporiser toutes les réformes, dans le but de permettre un retour des forces bourgeoises au pouvoir. En sommes, cette Assemblée Constituante n’était démocratique qu’au sens le plus bourgeois du terme. Voilà ce qu’en disait Lénine :

    « Cette révolution a montré dans les faits comment le peuple doit procéder pour prendre possession de la terre et comment il doit faire passer les richesses naturelles, les moyens de transport et les moyens de production aux mains de l’Etat ouvrier et paysan. Tout le pouvoir aux Soviets, avons-nous dit ; et c’est pour cela que nous luttons. Le peuple voulait convoquer l’Assemblée constituante, nous l’avons convoquée. Mais il a tout de suite senti ce qu’elle était, la fameuse Assemblée constituante. Et aujourd’hui, nous avons exécuté la volonté du peuple, volonté qui proclame : tout le pouvoir aux Soviets. Quant aux saboteurs, nous les briserons. Quand je suis passé de la vie bouillonnante de Smolny au Palais de Tauride j’ai eu l’impression de me trouver parmi des cadavres et des momies desséchées. Usant de tous les moyens existants pour lutter contre le socialisme, recourant à la violence, au sabotage, ces hommes ont transformé jusqu’à la grande fierté de l’humanité – la connaissance – en un instrument d’exploitation du peuple travailleur ; et bien que, par ce moyen, ils aient quelque peu entravé la marche vers la révolution socialiste, ils n’ont cependant pas réussi à saper celle-ci et ils n’y réussiront jamais. Car, doués d’une grande puissance, les Soviets ont commencé à détruire les fondements périmés du régime bourgeois, non pas comme de grands seigneurs, mais à la manière des prolétaires, des paysans. »

    (Discours sur la dissolution de l’Assemblée constituante prononcé à la séance du Comité exécutif central du 6 (19) janvier 1918 )

    Un nouveau pouvoir naissait, celui des Soviets, en face et contre le pouvoir suranné de la bourgeoisie et son crétinisme parlementaire. Le nouveau gouvernement, cependant, avait édicté des principes pour que cette coalition puisse exister. Ce sont ces principes qui ont été rejetés tant par les Socialistes-Révolutionnaires que par les Anarchistes, les mettant de facto dans une situation d’illégalité. Le fait que la SR Fanny Kaplan ait tenté de tuer Lénine n’est qu’un des exemples de l’activité à laquelle pouvaient se livrer des groupes qui rejetaient l’idée d’une dictature du prolétariat. Cependant, il faut garder absolument à l’esprit que ce n’est pas par une trahison pure et simple des idées révolutionnaires, mais plus par le fait que les SR n’étaient pas disposés à aller aussi loin, étaient effrayés par ce qui se déroulait, notamment par rapport à la paix de Brest-Litovsk, qui était un choix minoritaire dans le Parti bolchevik lui-même, et face au communisme de guerre. Eux-mêmes ne se percevaient pas comme des restaurateurs du capitalisme (cela aurait été plus simple), mais leurs choix, aussi sincères ont-ils étés, menaient à cela.

    Les anarchistes et la répression.

    Si les bolcheviks ont dû faire usage de la violence dans plusieurs cas soulevés par les anarchistes, à savoir contre la makhnochina ou à Krondstadt, ce n’est pas par haine spécifique contre les expériences anarchistes, qu’ils ont au contraire essayé de rallier. Jusqu’en 1920, le pouvoir bolchevique a tenté de maintenir le plus possible des liens amicaux avec les forces anarchistes qui ne s’étaient pas ralliés aux contre-révolutionnaires. Face aux ouvriers défendant des conceptions anarchisantes ou anarchiste, le Parti devait developper une politique de ralliement, laquelle à eu un certain succès.

    Vis-à-vis des dirigeants de ce mouvement, il y eu des tentatives de pouvoir nouer des ponts. Lénine et Nestor Makhno, par exemple ont eu à se rencontrer à plusieurs reprises, à ce titre. Le problème était que les actes des anarchistes, ainsi que leur mélange de naîveté envers la démocratie et de sectarisme, ouvraient des brèches dans la possibilité pour la révolution de tenir sur un terme même relativement court. Ainsi, en ouvrant la porte de Leningrad, l’île forteresse de Krondstadt mettait en péril le centre de la révolution. Les anarchistes sont friands du fait de souligner les morts causés par les rouges lors de la répression. En revanche, ils sont moins adeptes du fait de disserter sur le programme des insurgés :

    • Légalisation
      des partis « soviétiques », dans lesquels se trouvaient
      les Mencheviques et
      les Socialistes-Révolutionnaires,
      dont Kerensky, président du gouvernement provisoire,
      contre-révolutionnaire. Paradoxalement, ils demandaient également
      des « Soviets sans partis », pour en exclure les
      bolcheviques.
    • Fin du
      système des commissaires politiques dans l’Armée rouge. Il n’est
      pas étonnant alors que les officiers tsaristes présents à
      Krondstadt aient trouvé ces revendications à leur goût.

    • Liberté du
      commerce et respect de la propriété paysanne, alors même que
      leurs zélateurs hurlent au crime dès le que mot NEP est prononcé.


    Charles Bettelheim, dans La lutte des classes en URSS, note avec justesse un fait important, qui explique d’ailleurs le programme si proche de celui des anarchistes : les marins, qui avaient été un point d’appui essentiel dans la révolution, avaient été relevés et remplacés par des conscrits ukrainiens, paysans pour la plupart. Chez eux, l’influence des idées anarcho-populistes, y compris antisémites, étaient puissamment installées. L’éclectisme de l’origine politique des cadres (SR ; Menchéviques ; KD ; anarchistes…) rend difficile le fait de savoir s’il avait pu exister des liens avec les centres antisoviétiques en exil. Toujours est-il que ce « Centre national » a vu d’un bon œil la possibilité d’une rébellion et avait anticipé l’idée de s’en servir comme porte d’entrée.

    L’écrasement de la rébellion se fait en une journée. Il est précipité par la crainte que la fonte des glaces n’isole la forteresse de la côte, et la mette à la merci des interventionnistes. Bien que douloureux, l’épisode éprouve la solidité de l’assise bolchevique. Car, si la rébellion de Krondstadt dévoile un mécontentement populaire dans une Russie aux abois, son absence d’écho ailleurs, en revanche, montre l’isolement de celui-ci et la confiance des masses envers le Parti Communiste. À la fin, le fait que 11 des 15 membres du Comité Révolutionnaire aient pu trouver sans problème refuge auprès des forces contre-révolutionnaires illustre de manière assez gênante les porosités de l’époque.

    Dans le même ordre, l’Ukraine, en pleine période de famine monstrueuse pour les villes, était la clé même de la survie de la population urbaine. L’attitude de plusieurs pontifes de la makhnochina, assassinant les quêteurs bolcheviques, interdisant l’expression des journaux du Parti, refusant les réquisitions, par défense de l’intérêt particulier des paysans contre l’alliance paysanne-ouvrière, créèrent une situation où, en dernière instance, les choses ne pouvaient se régler que par le conflit. Cette situation, regrettable et regrettée, par ailleurs disputée au sein du CC du Parti bolchevique, n’en était pas moins l’application du sinistre principe de réalité dans une lutte à mort où les marges de manœuvres sont nanométriques. Cela n’a pas empêché les anarchistes, par la suite, de bénéficier d’une certaine liberté d’expression, leur organisation disposant d’un siège à Moscou jusqu’à la fin de la NEP.

    Il est particulièrement important de souligner que ce point reste une blessure ouverte entre les courants libertaires et les partisans de la révolution prolétarienne. L’Union Libertaire Communiste, fondée cet été, a ainsi publié un manifeste dans lequel elle revient brièvement sur ce point de clivage entre « autoritaires » et « anti-autoritaires ». Ce clivage n’est pas uniquement historiographique. Il n’est pas anecdotique. Il revient sur un point fondamental de la question de la lutte révolutionnaire : celle de « comment gagner ».

    « La stratégie de prise du pouvoir par le parti conduit également à des pratiques détestables dans le cadre des luttes quotidiennes : schéma de la courroie de transmission soumettant les organisations de masse et les syndicats aux directives du parti, dirigisme dans la conduite des luttes, faisant à l’occasion prévaloir l’intérêt supérieur du parti sur les nécessités de la lutte. » (Union CL, 2019)

    Il n’est pas possible de ne pas souscrire à ces critiques, dans un sens. Cependant, elles sont une lapalissade, car les problèmes organisationnels ont toujours été soulignés tant par les partisans des organisations que par leurs détracteurs. Dans l’idéal, il serait plus simple de pouvoir se passer d’un lourd appareil pour gagner. Mais l’idéal, confronté au prisme de la réalité, se paie en fleuves de sang.

    La conception de la révolution, en 2019, et ce malgré l’expérience de centaines d’années de lutte contre le capitalisme, reste toujours fondamentalement marquée par une approche statique de l’attitude de la bourgeoisie et par son inaction. Ainsi, le rapport entre la révolution et la contre-révolution est uniquement sous l’angle d’un « défi ».

    « Durant ce processus – où le pouvoir capitaliste est ouvertement défié –, le courant communiste libertaire ne cherche pas à former un « état-major » aspirant à s’emparer du pouvoir d’État. Il pousse au contraire à ce que le pouvoir populaire prenne conscience de lui-même, se consolide, s’étende, et envisage de remplacer le pouvoir d’État.

    Le courant communiste libertaire doit contribuer à orienter le processus révolutionnaire vers une solution autogestionnaire, évitant les pièges de la bureaucratisation, sans s’en remettre complètement à la spontanéité. Celle-ci a déjà ­montré, dans l’histoire, son extra­ordinaire puissance créatrice, mais aussi son instabilité.» (Union CL, 2019)

    Là réside l’aspect le plus triste, en dernière analyse, de la faillite des organisations libertaires dans leur approche de la question de la révolution. À quoi croient-elles faire face ? À un adversaire qui, sans réagir, laisse tranquillement se développer un mouvement de masse révolutionnaire, laisse faire qu’il « se consolide, s’étende, et envisage de remplacer le pouvoir d’État » ?

    « Une période pré-révolutionnaire s’ouvre lorsque l’État est débordé par la montée de la lutte des classes au point qu’il commence à se déliter, et que son autorité est mise en question. Si certains lieux de production sont repris en main par les travailleuses et travailleurs, le patronat lui-même voit sa raison d’être directement menacée. » (Union CL, 2019)

    Considérer que la classe au pouvoir se laisserait faire, alors qu’elle possède, en dernière instance, l’intégralité des leviers des moyens économiques, de la propagande, des moyens de répression, cela revient à ne pas regarder l’histoire en face. La bourgeoisie n’hésite déjà pas à transgresser les lois – lois qu’elle impose elle-même ! – pour augmenter son taux de profit, pour accroître ses bénéfices. Croire que, menacée, elle ne réplique pas avec la plus grande sévérité et avec une violence sans bornes, cela revient à tout simplement nier le concept de révolution et à se contenter d’une « amicale pression ».

    Si les bolcheviques ont placé si haut le primat de l’organisation, ça n’est pas par un fétichisme atavique, mais bien car il fallait faire face à une action affirmative, positive au sens clausewitzien du terme, contre le peuple, les masses, les révolutionnaires. Dans les faits, lors de la Révolution française, bourgeoise, qui ne mettait pourtant pas en péril le développement du capitalisme, l’ensemble des royaumes se sont coalisés contre elle. Contre la Commune de Paris, l’affrontement entre la Prusse et la France a été temporisé pour liquider ce qui était perçu comme la véritable menace. Dans la Révolution d’octobre, non seulement les révolutionnaires ont fait face non seulement aux classes possédantes de la Russie Tsariste, mais également aux bourgeoisies internationales coalisées entre elles pour écraser cette menace.

    Même dans les zones contrôlées par les rouges, la lutte n’était pas terminée. N’ayant pas aboli les capitalistes et leurs soutiens par un acte magique, les communistes devaient agir envers eux. Berkman, dans Qu’est ce que de l’anarchisme (Berkman, Puybonnieux, & Goldman, 2010) fait de la lutte contre les contre-révolutionnaires une lutte basée sur la gentillesse et l’humanité (bien que, à demi-mot, Berkman propose de déporter les opposants à la révolution). Ces principes, profondément positifs, n’en manquent pas moins le point central de l’affaire : la lutte n’est pas contre des individus isolés, mais contre des classes sociales qui ne sont pas abolies magiquement par l’arrivée au pouvoir de la révolution. Ironiquement, soit ce qui est proposé a été appliqué aussi par les bolcheviques (traitement des prisonniers, ralliement des ex-opposants), soit il s’agit de propositions qui ne pourraient s’appliquer que si la victoire était acquise.

    « L’autodéfense exclut tout acte de coercition, de persécution ou de vengeance. Elle ne consiste qu’à repousser les attaques et à empêcher l’ennemi de nous agresser. […]« Mais laisserais-tu faire les contre-révolutionnaires s’ils essaient d’influencer le peuple? » Mais oui, laissons les parler tout leur soûl. Les en empêcher ne servirait qu’à créer une nouvelle classe de persécutés. » (P. 361 – 363 Berkman, Puybonnieux, & Goldman, 2010).

    Laisserait-on, en France, aujourd’hui, paraître Minute, laisserait-t-on le site de Égalité et Réconciliation publier des appels à la révolte ? Cela explique que, pour l’auteur, « le gouvernement bolchevique est, de l’aveu de tous, le pire des despotisme européens, à la seule exception du gouvernement fasciste en Italie » (P. 214, Berkman, Puybonnieux, & Goldman, 2010)

    Réprimant les oppositions, la Russie Bolchevique est placé sur le même plan que le fascisme. Pas étonnant que ces même bolcheviques aient été d’une tendresse toute relative contre ceux qui, préfigurant avec 50 ans d’avance Furet, Courtois et Nolte, assimilaient l’un à l’autre.

    Face aux réactionnaires, les choix sont étroits.

    Il est vrai que, face aux réactionnaires, à plusieurs reprises, les bolcheviques ont dû agir avec une sévérité terrible. L’exemple de l’exécution du Tsar et de la famille impériale est l’illustration d’un acte qui n’est ni commis par esprit vengeur ou par cruauté, mais qui est le fruit d’une conjonction de paramètres contingents sur lesquels les bolcheviques n’avaient que peu de prise. La capture du Tsar par les bolcheviques entraînait une situation pleine de paradoxes. Si une partie des militants bolcheviques, notamment dans les soviets de l’Oural, avaient réclamé la tête du dirigeant. Cependant, la position de la direction du Parti bolchevique était, par principe, défavorable à la peine de mort et ne jugeait celle-ci utile que dans un cadre de lutte aiguë. De plus les tuer en aurait fait des martyrs. Mais il n’était pas possible pour autant de libérer la famille impériale, celle-ci aurait formé un gouvernement en exil tout comme un point de ralliement pour les forces anti-bolcheviques. En dernier choix, celle-ci est restée à Ekaterinbourg. L’approche des Tchèques et des armées blanches a été le déclencheur de leur exécution. Face au risque de les voir libérés, les bolcheviques ont préféré presser la détente eux-mêmes, le 17 juillet 1918. Si cette exécution a pu scandaliser, elle a montré la détermination à ne pas céder face aux réactionnaires. Elle a aussi entraîné des querelles entre les forces blanches, privées de point de ralliement, se divisant autour des candidats à la succession ou des forces qui voulaient dépecer l’Empire pour leurs maîtres impérialistes. Malgré les reproches qu’il était possible de faire aux bolcheviques, il est douteux que toute autre force ait pu résister aux immenses coalitions lancées contre la Russie soviétique.

    Même dans certains cas, il a fallu être implacable dans les réquisitions de blé pour nourrir les villes affamées, pour mettre fin aux grèves contre révolutionnaires contre les agents des transports ou des transmissions, qui isolaient la révolution du reste du pays. Cela a créé des mécontents, des drames, des moments terribles. Sans ces actes, le fait d’être resté à une vision purement économiste, plate, des rapports, aurait conduit à la mort de la révolution. Ce n’est pas la victoire de « l’intérêt supérieur du parti sur les nécessités de la lutte. », mais de l’intérêt supérieur de la lutte politique sur les particularismes des luttes économistes sectorielles. Cette répression, qui a parfois touché de manière dramatique des ouvriers, des paysans, des soldats révolutionnaires ou de pauvres gens était le fait, justement, de la subordination nécessaire, impérative, au succès de la révolution.

    Cette considération révèle un caractère contradictoire du gauchisme au sens Léniniste du terme. Il faut que la révolution soit parfaite sans quoi elle n’a pas d’intérêt, et puisqu’elle ne peut être parfaite, mieux vaut ne pas la faire, attendre, végéter, jusqu’à ce qu’une nouvelle opportunité de ne pas la faire se présente. Considérant tout compromis « par principe » inacceptable, autant périr dans l’honneur que d’en faire. Face à Brest-Litovsk, ces individus préféraient être écrasés et tout perdre que de trouver un compromis et de sauver l’essentiel : les moyens de gagner, à termes.

    « Imaginez-vous que votre automobile soit arrêtée par des bandits armés. Vous leur donnez votre argent, votre passeport, votre revolver, votre auto. Vous vous débarrassez ainsi de l’agréable voisinage des bandits. C’est là un compromis, à n’en pas douter. « Do ut des » (je te « donne » mon argent, mes armes, mon auto, « pour que tu me donnes » la possibilité de me retirer sain et sauf). Mais on trouverait difficilement un homme, à moins qu’il n’ait perdu la raison, pour déclarer pareil compromis « inadmissible en principe », ou pour dénoncer celui qui l’a conclu comme complice des bandits (encore que les bandits, une fois maîtres de l’auto, aient pu s’en servir, ainsi que des armes, pour de nouveaux brigandages). Notre compromis avec les bandits de l’impérialisme allemand a été analogue à celui-là. » (Lénine, 1918)

    Cependant, même la victoire assurée au sens militaire du terme, le Parti bolchevique s’est retrouvé, en interne, dans une situation inattendue du fait de sa nature même.

  • Adama, présent ! (Tract de l’UPML)

    Adama, présent ! (Tract de l’UPML)

    Nous republions le tract de nos camarades, publié dans Prolétaire Debout ! et distribué lors de la manifestation pour exiger la justice pour Adama – et pour les autres victimes des crimes policiers.

    Région parisienne, été 2019

    Regroupons nous et demain…

    Trois ans déjà, trois ans que la famille Adama, ses proches et tous ceux qui combattent pour la  justice se soulèvent pour demander justice et dignité. Cela fait des années que les quartiers populaires, des quartiers ouvriers et d’employés, sont sous la haute surveillance de l’État : appareil judiciaire, police, armée…

    Les gilets jaunes, les habitants des quartiers,les syndicalistes de lutte, les écologistes, les anti-nucléaires, les anti-fascistes,… appellent tous, et avec raison, à converger contre la répression, contre l’autoritarisme. 

    Les communistes révolutionnaires ne peuvent qu’être d’accord. La réaction bourgeoise montre sa dictature et la renforce tous les jours par de nouvelles lois et mesures répressives — s’attaquant aux droits de protester, de manifester ; s’attaquant à la libre expression, au droit à s’organiser, aux droits syndicaux, au droit d’asile,… 

    On compte les victimes par milliers : condamnés, incarcérés, blessés, morts,…

    Les responsables : un gouvernement, un Macron ?

    Qu’on se rappelle le gouvernement Sarkozy, puis celui de Hollande préparant la droitisation, la réaction actuelle: répression, atteinte aux droits démocratiques,… Tous ils étaient et ils sont au service des mêmes intérêts de classe, ceux de la bourgeoisie, du capitalisme. 

    L’exploitation capitaliste c’est l’inégalité et la violence : « bosse (si tu trouves du boulot!) pour faire grandir mon Capital et mon Pouvoir ! Contente-toi de survivre ! Tais-toi : laisse parler nos experts, ceux qui savent ! »

    Pour la bourgeoisie  c’est du caviar, du homard à tous les repas et pour nous les miettes !

    Et quand on regarde plus loin, on voit que ça va dans le même sens dans de nombreux pays du monde.

    Crise et répression 

    Chômage, misère sociale grandissante, menace d’une catastrophe écologique, danger de guerre généralisé, le système en crise veut nous en faire payer l’addition : licenciements, baisse des revenus, cadences de travail folles. Oh, ça passe pas facilement, il y a de la résistance: grèves, manifs, blocages,… Et nous avons raison de nous révolter. La classe dirigeante bourgeoise encourage l’ultra droite et les fascistes pour nous faire baisser la tête, nous soumettre pour payer leur crise. 

    Résistance combative !

    Une opposition combative qui n’a que faire des « institutions républicaines » — qui ne sont que le masque « démocratique » de nos gouvernants. 

    Une résistance des jeunes contre la répression et contre  la casse écologique par le système du profit avant tout grandit et persiste. 

    Résistance des prolétaires dans les entreprises pour garder leur boulot, garder leur acquis sociaux, leur droit au travail contre la précarité et le chômage. 

    Résistance des femmes du peuple qui coulent dans la pauvreté et la violence pour l’égalité et le respect. 

    Résistance des immigrants Sans-Papiers, solidarité et soutien aux réfugiés chassés par la misère, les guerres menées par les grandes puissances pour se repartager le monde et piller leurs richesses.

    On a raison de se révolter !

    La rébellion, voire la violence des opprimés, des exploités est justifiée. Comment ne pas se révolter contre tant d’injustice, tant de violence des puissants. Comment ne pas se tourner de plus en plus vers des solutions révolutionnaires. Le capitalisme a fait son temps qui nous parle de concurrence, de compétition, de rivalités, de conquête des marchés, de guerre économique, etc… 

    Les prolétaires aspirent de toute part à vivre mieux, à l’égalité, à la justice sociale, à la fraternité, à l’entraide, à la coopération, à la paix, à une vraie démocratie, à une vraie protection de l’environnement. Tout cela a un nom: le socialisme révolutionnaire, qui tourne le dos au « libéralisme ». Pour cela il faut arracher le pouvoir à la bourgeoisie.

    Pour la révolution sociale. 

    Le socialisme révolutionnaire transformera l’économie et les relations sociales : d’abord la coopération, l’entraide, le partage. Par une nouvelle démocratie pour les larges masses populaires dans les Conseil, les Comités, les Assemblées pour gérer directement les entreprises, les quartiers en fonction des besoins et non plus du profit immédiat. Cette transformation n’est possible que si les révolutionnaires s’organisent en Parti pour l’orienter.

    Mais la révolution se prépare, s’organise. Dans l’immédiat elle s’organise autour d’un programme ; elle crée ses organisations et le Parti du prolétariat révolutionnaire.

    C’est pourquoi l’Union Prolétarienne ML appelle à s’organiser au niveau national, comme international. L’Union Prolétarienne est membre de la Coordination Internationale des organisations révolutionnaires (ICOR) — Pour organiser la solidarité internationale et unir les Révolutions à venir.

    Nous appelons à nous regrouper et à construire un Front anti-raciste, anti-fasciste et anti-impérialiste.

    En avant pour la justice et la vérité pour Adama

    Pour la libération de tous les prisonniers politiques et sociaux démocrates

    En avant pour la démocratie et la liberté du peuple, pour le Véritable Socialisme

  • Un peu de homard, beaucoup de mépris.

    Un peu de homard, beaucoup de mépris.

    De Rugy, ministre de l’Ecologie, s’est retrouvé pris dans une tourmente qui en dit long. En effet, celui-ci est accusé par Médiapart de plusieurs choses :

    • Des frais de
      bouche immenses, avec des homards et des grands crus.
    • Un délicat
      sèche-cheveux doré à la feuille d’or.
    • Des travaux au
      ministère de la transition écologique, notamment un dressing de 17
      000€.
    • Une absence
      d’impôts en 2015.
    • Une directrice
      de cabinet logée illégalement en HLM.

    Le transfuge de EELV, passé depuis à LREM, comme un certain nombre d’opportunistes de son espèce, est sous les feux des médias pour ses différentes affaires, qui n’en finissent pas de produire elles-mêmes des révélations. De Rugy n’en est pas moins le bénéficiaire d’un soutien total de la part de Macron, et est présent à la cérémonie du 14 juillet.

    L’attitude de De Rugy est celle du cafard pris en pleine lumière. Il fuit, oscille dans toutes les directions, essaie de semer ceux qui veulent l’écraser d’un coup de talon. Il s’empêtre dans ses mensonges, ne parvenant qu’a s’humilier, et, par voie de conséquence, à nous humilier de son impunité. De Rugy s’est donc mis à osciller, entre mensonge éhontés (je n’aime pas le champagne, je suis intolérant aux fruits de mers…) et le fait qu’il déclare froidement assumer ces dépenses, reliées d’une manière ou d’une autre au fonctionnement de son ministère. Ses écarts de langages sont ceux d’un enfant pris la main dans le sac, et qui ne sait pas réellement comment se sortir de ce mauvais pas. Ses interviews, les larmes aux yeux, chargé d’émouvoir, n’ont fait qu’attiser la détestation de ce personnage et ses confrères.

    D’autres se sont engouffrés à suite, ou pour mal le défendre, ou pour lui tenir la tête sous l’eau. Benjamin Griveaux, par exemple, a essayé de surfer sur l’affaire pour torpiller de Rugy, dans le but de se placer sur un créneau pour les municipales. Il a déclaré qu’il se contentait de « côte de bœuf », mal lui en a pris. Le journal Capital l’a démontré :

    Aux Boucheries Nivernaises, connues pour leur excellent rapport qualité prix, et où se fournit traditionnellement la classe politique parisienne, la côte de bœuf se vend actuellement 35,90 euros le kilo. Cela nous met la pièce de 1,2 kilo (poids conseillé pour trois personnes, car on ne mange ni l’os ni le gras) à 43,08 euros, soit très exactement 14,36 euros la portion individuelle. A la poissonnerie en ligne Paon, qui livre sur toute la France, le homard vivant de première qualité pêché au casier en Manche et Mers Celtiques est, lui, vendu 17,45 euros l’unité. Comme on en sert généralement une moitié par personne, cela met la portion individuelle à 8,72 euros, presque deux fois moins cher que la côte de bœuf de Benjamin Griveaux.

    Dommage.

    Il y a quelque chose d’intéressant dans la manière dont de Rugy a réagi. Notamment car certains médias ont hurlé contre cette dénonciation. La palme de l’approche la plus originale est néanmoins attribuée au journal Le Point, qui regrette rien moins que l’absence de style de ce scandale.

    C’est le revers de la scandinavisation de la vie publique. D’un côté, j’admire l’intransigeance de nos amis du Nord, la simplicité de mœurs de leurs élus, leur soin maniaque de documenter toute dépense, avec des facturettes et des preuves. Quelle grandeur dans cette rigueur, quel respect religieux pour les deniers publics  ! Comme disait Louis XVI, « rien n’est si beau que d’être avare du bien d’autrui ». En contrepartie, les scandales scandinaves n’ont aucune allure. Les ministres chutent là-bas pour des broutilles ridicules. 

    Dans un sens, on ne peut donner intégralement tort au Point. Il existe une distinction entre les scandales de l’ère Macron et les scandales d’avant, de Fillon, de Lagarde, d’autres… Ceux d’hier s’offusquaient qu’on les accuse, qu’on ose crier au scandale vis-à-vis de leurs pratiques. Elles étaient, à leurs yeux, des dus, des passe-droit liés à leur rang. Fillon, ainsi, n’était pas en rage contre ce dont on l’accusait, mais du fait qu’on ose le faire. L’allure dont parle Le Point est là, tant dans l’ampleur et dans l’envergure des affaires que de la réaction de ceux qui en étaient accusés. Ils méprisaient les masses aristocratiquement.

    De Rugy, Benalla, Castaner, quant à eux, sont des sous-fifres qui ont pris de la hauteur grâce à l’appel d’air créé par Macron. L’affaire Benalla, les agressions sexuelles de Darmanin, les diners aux chandelles de De Rugy, les mensonges pitoyables de Castaner sur les violences policières, les actes contre-productifs de Schiappa, le mépris de Macron… tout cet ensemble est d’autant plus insupportable à subir que ceux et celles qui le génèrent ne sont même pas entourés de cette aura d’ascendant social et aristocratique qui entourait les corrompus d’avant. Dans un sens, leurs affaires sont d’autant plus intolérables que le sentiment est d’être méprisé par de minables laquais au service des grands bourgeois.

    Mais dans l’absolu, même si parfois ils se taclent, tous les politiciens et les politiciennes qui pourraient assumer des postes de pouvoir sont pris dans les mêmes pratiques, et, de fait, dans un réseau de solidarité pour maintenir celles-ci et l’impunité qui les entoure. Et ce, de manière parfaitement indépendante de leur « couleur politique ».

    Cela dit, Fillon, Benalla, Rugy, Macron, Tapie, Lagarde… sont les mêmes symptômes d’un mal profond. Ce mal profond et l’imbrication entre la politique bourgeoise et la corruption. Ce mal est incurable du fait de la nature même de l’État et des fonctions des politiciens et des politiciennes.

    Dans le même ordre d’idée, les affaires autour des actes de la Police. Que ce soit dans les violences policières durant le mouvement des Gilets Jaunes ou suite à l’opération particulièrement brutale organisée à Nantes contre une free party, systématiquement les déclarations des responsables ont été sous le sceau du mensonge.

    La disparition de Steve, probablement tombé dans la Loire, chassé par la police, en fait partie. Le régime se tait, ment, contre-accuse, lance des versions aberrantes. Mais il n’assume jamais ses actes. Cet aspect des choses est probablement l’un des points les plus insupportables. Le fait d’être réprimé est une chose condamnable, contre lequel il faut résister pied à pied. Mais le fait d’être réprimé par des individus qui mentent, trichent et se pâment d’être des champions des droits de l’homme, en armure étincelante, cela est doublement intolérable.

    La police, en revanche, assume parfaitement de poser, le pied sur un sans-papier qui manifestait pour ses droits, d’humilier, d’éborgner, de frapper. Tant qu’elle ne commet pas l’erreur de s’en prendre à une personnalité, et encore, elle n’est jamais condamnée par l’IGPN ni par la justice. Il faut bien que le régime protège ses piliers.

    De scandales en scandales, d’attaques en attaques, de mépris en mépris, pourtant, le régime bourgeois sape sa propre légitimité. La trop grande confiance dans son impunité fait qu’il ne s’est guère embarrassé de camoufler ce qu’il pensait. Il est probable que les ténors d’autour savent, dans leur for intérieur, qu’ils perdront les élections et qu’ils seront réduits à néant après celles-ci. Ils et elles profitent donc de leur situation tant qu’ils le peuvent.

    Qui sait qui les remplacera, qui sait qui seront les nouveaux hérauts de la bourgeoisie. Une certaine partie des médias à la solde des grands cartels de la bourgeoisie sont en pâmoison devant Yannick Jadot, d’autres tendent des perches à une droite « élargie » ou « hors les murs ».

    De notre côté, nous ne pouvons que saluer le travail de Médiapart et des lanceurs et lanceuses d’alerte. Les frasques de l’intégralité des politiciens et des politiciennes méritent d’être étalées au grand jour. Surtout, il est fondamental de comprendre que ce ne sont pas les lobbies qui corrompent les politiciens, mais ce sont ces politiciens qui sont des agents des cartels. En étant principalement et avant tout des pions et des agents des intérêts de la bourgeoisie en général et de certaines de ses fractions en particulier, ces politiciens et politiciennes doivent justement être corrompus pour s’assurer qu’ils exécutent servilement les ordres de leurs commanditaires.

    Qui peut défendre un système sain et sans corruption ? L’extrême-droite a montré qu’elle battait des records dans la corruption et la crapulerie. Le PS est une coterie, tandis qu’une partie de la gauche de la gauche, elle aussi, se mouille et se vend aux affairistes. A leur échelle, même, les milieux militants sont également contaminés par ces pratiques. Les dérives mafieuses, les affaires crapuleuses ou les crimes y existent, y pullullent, et sont mêmes protégés au nom d’une sacro-sainte unité à protéger ou du rejet de pratiques « autoritaires ». Nous, nous regardons la corruption, les abus, ceux qui étendent leurs chefferies et leurs réseaux de clientèles comme des ennemis des intérêts populaires. Leur mépris et leur corruption, qui s’étale au grand jour, les démasquent comme n’étant pas « des nôtres ».

    Notre programme, en tant que communistes, est celui d’un État populaire dans lequel la plus grande sévérité est exercée contre ceux et celles qui tentent de constituer leurs chefferies, contre ceux et celles qui ne sont pas là pour servir le peuple, contre la corruption et l’économie parallèle.

    Cet état populaire ne peut être érigé aux côtés des intérêts des capitalistes, mais uniquement contre eux et contre leurs intérêts et au service de ceux des masses populaires.C’est uniquement ainsi que les de Rugy, les Fillon, les Lagarde, les Tapie, seront définitivement remisés là où est leur place : dans la déchetterie de l’histoire.

  • « Les verts ne sont pas verts » MLPD

    « Les verts ne sont pas verts » MLPD

    Nous reproduisons ici l’article écrit par le MLPD dans Rote Fahne. Depuis les élections européennes, les partis dit-verts ont pris un ascendant important, notamment à la suite des mouvements et des marches pour le climat. Cependant, le caractère composite des organisations vertes les rends extrêmement vulnérables à une OPA libérale. En France, Jadot s’est ainsi déclaré favorable à des alliances avec la droite pour les municipales, tandis que le « Festival l’An Zéro » a été étrillé pour servir de tribune aux libéraux et aux réactionnaires. Alors que la « droite élargie » ou la « droite hors les murs » représente l’alternative réactionnaire, la proposition libérale, pour les prochaines échéances électorales, semble se tourner vers les Verts.

    Le climat et l’environnement sont parmi les questions politiques les plus importantes au sein de la population.

    La conscience écologique s’est éveillée sur un large front. Depuis le début de l’année, plus d’un million de personnes, surtout des jeunes, ont manifesté en Allemagne dans le cadre du mouvement mondial « Fridays for Future ». La transition vers une catastrophe environnementale mondiale s’accélère clairement et sensiblement. En Rhénanie-du-Nord-Westphalie, l’inondation des mines commencée par la société du charbon Ruhrkohle Aktiengesellschaft (RAG) menace d’entraîner une catastrophe régionale dans le domaine de l’eau potable. La grande majorité de la population ne veut pas accepter ce processus de destruction délibérée des bases d’existence naturelles. Pendant que les partis de la grande coalition (dite « GroKo »)CDU/CSU et SPD sont devenus indignes de confiance pour une grande partie des masses sur la question environnementale, les Verts sont actuellement en train de vivre une envolée. Mais ils ne sont en aucun cas la bonne réponse à cette évolution menaçante pour l’humanité. Dans la dernière étude de l’Agence fédérale allemande pour l’environnement sur la sensibilisation écologique, la majorité des personnes interrogées se sont déclarées mécontentes de la protection du climat par l’industrie et la politique. Pour 81 pour cent d’elles, le tournant énergétique progresse trop lentement. Une profonde crise de confiance frappe l’ensemble de la politique bourgeoise. La sonnette d’alarme retentit parmi ceux qui sont au pouvoir : Les critiques à l’égard du capitalisme s’intensifient, en particulier en ce qui concerne sa destruction de l’environnement, aujourd’hui immanente.

    Dans le sens de la manipulation bourgeoise de l’opinion au moyen d’une présentation constante aux masses de nouvelles « alternatives » dans le cadre bourgeois, les Verts sont en train d’être massivement revalorisés. Avec tous les moyens : On prétend que Robert Habeck est l’homme politique le plus attractif, que le personnel n’est pas épuisé et que leur politique est strictement respectueuse du climat. Ce n’est pas vrai ! Si l’on considère la politique des Verts d’un point de vue rigoureusement environnemental, tout ce qui est vert va s’assécher comme les prairies et les champs pendant la sécheresse de l’été 2018 : Entre autres, les Verts sont censés aider à organiser de nouvelles réalités gouvernementales stables et sont considérés comme garants importants de majorités pour les futurs gouvernements. Pour ces raisons, aucun des partis bourgeois n’attaque vraiment les Verts. Le MLPD est différent. Il dit : Les Verts ne sont pas verts !

    Quiconque veut faire aujourd’hui une politique environnementale sérieuse doit être jugé sur la manière dont il ou elle traite les questions existentielles de l’avenir. L’interaction et l’intensification de neuf facteurs principaux accélèrent actuellement la transition vers une catastrophe environnementale mondiale : La destruction de la couche d’ozone, la déforestation, la catastrophe climatique mondiale imminente, l’augmentation significative des catastrophes environnementales régionales, le danger d’asphyxie des océans, la destruction des écosystèmes régionaux et l’extinction des espèces, la surexploitation impitoyable des ressources naturelles, l’invasion par les déchets, les empoisonnements et la pollution ainsi que l’utilisation irresponsable de l’énergie nucléaire. La catastrophe environnementale mondiale ne peut être évitée que par une lutte visant à transformer la société. Comment les Verts répondent-ils à ces questions  ?

    Le trou d’ozone ? Le dépérissement des forêts ?

    Pour les Verts, c’est le passé. « Les rivières sont redevenues plus propres, le ciel bleu à nouveau », se réjouit en avril 2019i Michael Kellner, le gérant fédéral des Verts, de la politique environnementale depuis la fin des années 1980. Alléluia ! À quel point pense-t-il que les gens sont stupides ? Avec en tête la devise : ils ne remarqueront même pas que la RAG pollue les rivières de la Ruhr et de la Rhénanie avec des PCB par le rejet non filtré des eaux de mine. Avec les travailleurs qui ont découvert ce gâchis, les Verts n’ont de toute façon jamais rien eu à voir.

    C’est également un fait que le trou de la couche d’ozone s’élargit à nouveau dans certaines régions en interaction avec le réchauffement planétaire et des nouveaux destructeurs chimiques de l’ozoneii. Et la destruction des forêts pluviales est massivement poursuivie par les supermonopoles internationaux, y compris le président brésilien Bolsonaro. Et les Verts ? Ils ne demandent qu’une renégociation du traité Mercosur de l’UE avec les pays de l’Amérique latine avec des « normes sociales et écologiques contraignantes »iii. Comme si les groupes dirigeants limitaient le diktat de leurs profits sur toute la société au moyen de garde-fous aussi illusoires.

    En 2016, les Verts – au gouvernement du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie avec le SPD – ont décidé de nouveaux permis d’exploitation pour RWE dans la mine à ciel ouvert de Hambach et de détruire ainsi la forêt de Hambach. Contre cela se sont développées des protestations de masse à l’automne 2018, avec le succès d’un arrêt temporaire du déboisement. Wibke Brems, porte-parole des Verts pour la politique énergétique au Parlement du Land, a présenté une « défense » révélatrice. Elle est allée jusqu’à dire que les Verts avaient « négocié durement avec le SPD » à l’époque, que le résultat était « un succès politique incroyable ». En fait, l’extension et la poursuite de l’exploitation à ciel ouvert, destructive pour l’environnement, ont été approuvées et déguisées en « entrée dans la sortie ». Au début de l’année, les Verts ont joué un rôle de premier plan dans la proposition de la Commission du charbon de maintenir la combustion de houille, si profitable pour les monopoles énergétiques, encore 20 ans, voire plus si nécessaire.

    Un schéma qui a déjà bien fonctionné avec la décision peu enthousiaste de déclassement des centrales nucléaires. Sous l’égide du ministre vert de l’Environnement Jürgen Trittin, des « reliquats de quantités d’énergie » transférables ont été convenus en 2002, des dates fixes de fermeture n’ont pas été expressément fixées, les transports des Castoriv ont été matraqués contre les blocus des écologistes. En 2018, les Verts, avec Jürgen Trittin, ont une nouvelle fois participé au trafic d’indulgences en faveur des groupes nucléaires, afin de les débarrasser à jamais de tous les coûts éternels et consécutifs pour 23 milliards d’euros.

    Les Verts se vantent effrontément d’être le seul Parti de la protection du climat. Cependant, au vu du réchauffement climatique dramatique, on s’étonne des rares demandes concrètes du Parti Vert pour les élections européennes et de la « Gemütlichkeit » [lenteur confortable] verte : Le passage complet aux énergies renouvelables ne devrait pas être achevé avant 2050v. Déjà en 2013, une étude de l’université de Stanford a montré que cet objectif pourrait être atteint d’ici 2030 avec des coûts d’investissement annuels représentant environ 7 % du produit social mondial. Le seul climat que les Verts protègent est celui des investissements et des profits capitalistes.

    Face aux déplacements en masse de populations dans le monde entier, y compris par le biais d’une augmentation des catastrophes environnementales régionales, les Verts ne pensent à rien de plus banal que d’appeler à « un façonnement digne de la migration et la fuite induites par le climat »vi, ce qui est la conséquence si l’on se considère avant tout responsable du maintien en vie du système mondial impérialiste destructeur. Alors ils ne savent rien de mieux que de soigner les pires effets avec quelques minuscules pansements. En tant que pôle opposé, le MLPD est fier de lutter pour le droit de fuite sur une base antifasciste ainsi que contre les causes de la menace d’une catastrophe environnementale mondiale. Et de combiner cela avec la lutte pour le dépassement révolutionnaire de l’impérialisme.

    Les « contraintes objectives » capitalistes  mortelles pour l’humanité

    Les soi-disant « contraintes pragmatiques » souvent évoquées, auxquelles tous les partis bourgeois monopolistes – et donc aussi les Verts – se voient liés, garantissent la compétitivité et la maximisation des profits des supermonopoles en activité au niveau international. Ce n’est que lorsque ceux-ci sont sécurisés que l’environnement peut éventuellement être pris en faible considération. Le problème dramatique de ces « contraintes objectives » capitalistes : Avec elles, la survie de l’humanité est à risque aigu prévisible. Elles empêchent l’adoption de mesures immédiates et cohérentes, nécessaires et urgentes pour protéger l’environnement.

    Le livre « Alerte à la catastrophe ! Que faire contre la destruction délibérée de l’unité de l’homme et de la nature ? » caractérise de façon pertinente le rôle des Verts : « Sous le slogan  » donner à l’économie une orientation verte  » (Programme électoral pour le Bundestag de 2013, p. 21), le parti est devenu aujourd’hui de par son programme, sa politique au niveau fédéral et sa direction, un vecteur principal de l’écologisme impérialiste. Il pratique l’écoblanchiment pour la politique monopoliste bourgeoise … »vii

    Annalena Baerbock du duo dirigeant des Verts a même été autorisée à prononcer le discours de clôture lors de la « Journée de l’industrie » du 4 juin, juste après ses « brillants » résultats des élections européennes. Cette « demande d’embauche » a été accueillie très favorablement par les monopolistes réunis. Deutsche Welle [canal médiatique allemand – NdT] commente : « Quiconque s’attendait à ce que le chef du parti écologiste Baerbock se consacre principalement à la politique climatique a été surpris. Au lieu de cela, elle s’est surtout préoccupée du conflit avec la Chine et les États-Unis et de l’avenir du marché intérieur européen »viii. Elle a explicitement donné le feu vert aux intérêts bénéficiaires des patrons des grands groupes : « Je ne menace pas de nouvelles valeurs limites … mais je veux sécuriser les sites de l’industrie en Europe de manière concertée »ix. Cela en dit long : avec les Verts, les principaux pollueurs et les principaux responsables de la destruction de l’environnement, les grands groupes internationaux et les banques, sont écartés de la cible. Plus encore : le chauvinisme européen répandu par les Verts s’inscrit pleinement dans la lignée des associations monopolistiques pour une gestion rigoureuse de leurs intérêts dans la lutte concurrentielle mondiale. Avec cela, les travailleurs et l’environnement sont écrasés dans la même mesure.

    La politique des Verts doit certainement être distinguée de ce que beaucoup de leurs électeurs attendent subjectivement. Pour beaucoup de gens, la croix chez les Verts était l’occasion rêvée d’inscrire sur le bulletin de vote leur conscience environnementale croissante, de mettre l’accent sur les exigences du mouvement environnemental, etc. Mais ici, ces besoins sont carrément mal satisfaits. L’élection des Verts peut possiblement rassurer l’une ou l’autre conscience, elle nourrit l’illusion de contribuer à la protection de l’environnement et ça semble plus commode à première vue que de devenir actif personnellement … Mais les Verts n’empêcheront pas la catastrophe environnementale. Tout au contraire !

    Un parti qui prend vraiment fait et cause pour la protection de l’environnement doit faire preuve de fermeté. Il ne peut pas se marier au capitalisme. Il doit s’en prendre aux monopoles dirigeants qui sont responsables de toute la misère. Avant tout, il doit prôner un changement fondamental vers une société, où l’unité de l’homme et de la nature deviendra la ligne directrice de de la société dans son ensemble. Si le capitalisme est le mal de fond de la destruction de l’environnement, alors il ne peut y avoir qu’une seule conclusion : Ceux qui veulent sauver l’environnement et l’humanité doivent aussi surmonter l’impérialisme et le diktat du profit des monopoles sur l’ensemble de la société. Cette perspective d’une société socialiste libérée de l’exploitation de l’homme et de la nature n’est représentée en Allemagne que par le MLPD. Il organise la résistance active sur place pour le sauvetage de l’environnement naturel et encourage que les luttes environnementales concrètes se développent en une école de la lutte visant à transformer la société. Qu’elles contribuent à rassembler les forces de la révolution internationale. Le MLPD est le parti de la protection radicale et cohérente de l’environnement.

    Lutter pour la protection de l’environnement et l’emploi

    Un point central de l’empoisonnement chronique de l’homme et de la nature, de la lutte pour l’eau potable et de l’unité nécessaire des mouvements ouvrier et environnemental se trouve actuellement dans la Ruhr et en Sarre. Avec l’inondation des mines de charbon désaffectées, la RAG veut « enterrer » son crime environnemental légalisé consistant à stocker sous terre 1,6 million de tonnes de déchets toxiques et à polluer les mines avec plus de 10 000 tonnes de PCB ultra toxiques. Le mouvement des mineurs « Kumpel für AUF », le mouvement militant ouvrier et écologiste, des alliances électorales communales non-liées à un parti et le MLPD, entre autres, luttent vigoureusement ensemble contre cette menace d’empoisonnement du sol et de l’eau potable pour plus de six millions de personnes, contre le licenciement de 200 mineurs, pour des emplois dans la protection environnementale et contre le vol des pensions et l’usure du loyer par la RAG.

    Alors qu’une ou deux protestations tièdes contre les PCB dans l’eau des mines peuvent être entendues des Verts, les 1,6 million de déchets toxiques sont notoirement dissimulés par eux. Il y a des raisons à cela : Sous la responsabilité de la première ministre de l’Environnement vert du Land NRWx Bärbel Höhn (mandat 1995-2005), absolument rien n’a été entrepris contre le stockage de déchets toxiques approuvé par l’ancien gouvernement SPD. Cela n’a pas non plus été sérieusement problématisé ni rendu public – et ce malgré le fait que les Verts aient abordé la question à plusieurs reprises avant le mandat de Mme Höhn. Soudain, il a disparu. Cette procédure a donc été protégée et tolérée. Après tout, c’étaient aussi « leurs » déchets toxiques enfouis. Une grande partie provient des scories et des filtres usagés des usines d’incinération des déchets. Celles-ci ont été imposées de 1998 à 2005 sous la direction du ministre vert de l’Environnement Jürgen Trittin en tant que traitement des déchets régulier européen. Contre des protestations massives.

    Actuellement, 70 ans de la Loi fondamentale [Constitution fédérale] sont célébrés partout. Que diraient les Verts d’une modification de la Loi fondamentale avec obligation de protection radicale de l’environnement et des animaux ? Ou de l’interdiction de stocker des substances toxiques qui nuisent à l’unité de l’homme et de la nature ? Il apparaîtra bientôt clairement à quel point les Verts seront réticents à prendre des engagements aussi fondamentaux. Savent-ils avec certitude qu’ils porteraient ainsi atteinte aux intérêts des monopoles – et – à quels crimes liés aux déchets toxiques ont-ils eux-mêmes contribué ?

    Le projet vert vénéneux  sauver le capitalisme par l’anticommunisme

    Tandis que les alliances avec les patrons des groupes et les principaux responsables de la destruction de l’environnement ne sont explicitement pas un problème pour les Verts, ils sont également à l’avant-garde de l’anticommunisme moderne. Et puis ils deviennent vert vénéneux ! Beaucoup de leurs représentants sont les témoins principaux repentis de l’anticommunisme. Ils sont devenus des facteurs d’ordre agressifs contre les marxistes-léninistes dans les mouvements antifasciste, environnemental et pacifiste. Ils combattent les forces critiques envers le capitalisme et révolutionnaires, par exemple dans le mouvement Fridays-for-Future [vendredis pour l’avenir] – avec tous les moyens jusqu’à la force physique et l’exclusion avec l’aide de la police, comme récemment à Berlin, Heilbronn, Braunschweig, Villingen et Düsseldorf le 24 mai. Pour eux, les escapades de l’anticommunisme moderne sont plus importantes que la lutte environnementale commune. En tant que facteur anticommuniste d’ordre conforme au système au sein du mouvement environnemental, ils jouent le même rôle que les dirigeants syndicaux sociaux-démocrates de droite dans le mouvement syndical. Ainsi, le battage médiatique sur les Verts se termine dans la défense pure et simple du capitalisme et de son écoblanchiment à tout prix.

    Jens Petring, parlementaire des Verts en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, déclarait fièrement en 1997 : « Nous sommes les meilleurs modérateurs de l’inévitable »xi. Démarrés en tant que parti de protestation petit-bourgeois dans les années 1970, les Verts se sont développés en parti monopoliste bourgeois soutenant l’État jusqu’à arriver au sommet de leur participation au gouvernement fédéral en 1998. Leur soumission aux intérêts monopolistes est ainsi devenue « inévitable ». La contrainte économique actuelle du capitalisme de détruire systématiquement et universellement l’unité vitale de l’homme et de la nature ne peut et ne doit pas être « co-modérée » si l’humanité ne veut pas périr. Par conséquent, un mouvement environnemental efficace doit également faire face à l’écologisme impérialiste des Verts. Vraiment « inévitable » pour la solution de la question environnementale, c’est une lutte environnementale visant à transformer la société !

    Sauver l’environnement de l’économie de profit…

    … est la ligne de base du travail quotidien en matière de politique environnementale du MLPD avec ses cellules d’environnement. En tant que membre fondateur de l’organisation mondiale révolutionnaire ICOR, il travaille également à l’internationalisation et à l’unification nécessaires des luttes (environnementales). Dans un front de résistance international et actif – pour un avenir de l’humanité dans les États socialistes unis du monde. Une lutte environnementale changeant la société avec une perspective révolutionnaire a besoin d’un MLPD fort. Quiconque s’oppose constamment au développement vers la droite du gouvernement et des partis bourgeois, qui s’engage constamment pour le sauvetage de l’environnement de l’économie de profit doit également venir à bout de la pensée « verte » petite-bourgeoise, qui aspire à s’établir dans le capitalisme et le justifier avec une musique de fond pseudo-critique. Il doit venir à bout de l’anticommunisme moderne, avec lequel les Verts se présentent également de manière particulièrement « non dogmatique » et libérale, afin de mettre en œuvre des politiques réactionnaires et impérialistes-écologistes dans la réalité. Il n’y a pas d’entre-deux : Ou l’on se tient du côté de la classe ouvrière, des opprimés et de la libération de l’exploitation et de l’oppression capitalistes. Ou bien on se réconcilie avec le capitalisme. Par conséquent, il faut aussi soutenir l’ensemble de la politique au mépris de la dignité humaine. À long terme, aucune feuille de vigne verte au monde ne peut cacher cela chez les Verts. Aujourd’hui, il est temps de prendre des décisions courageuses – pour des solutions et des changements réels et fondamentaux ! Rejoignez le MLPD et son organisation de jeunes Rebell. Renforcez au sein du MLPD les cellules d’environnement et celles d’implantation ! (gb/hs)

    i

    https://www.gruene.de/artikel/ozonloch-klimawandel-planetare-grenzen-die-oekologie-in-gruenen-grundsatzprogrammen

    ii Bulletin de l’Organisation météorologique mondiale (WMO) du 22.11.2018

    iii Programme électoral européen des Verts, p.148

    iv Castor : Cask for storage and transport of radioactive material [conteneur de stockage et de transport du combustible nucléaire]

    v Programme électoral européen des Verts, ibid.

    vi Ibid. p. 18

    vii P. 266

    viii https://www.dw.com/de/kanzlerin-angela-merkel-schlagabtausch-auf-dem-tag-der-deutschen industrie/a-4905121211

    ix Extrait du discours prononcé par Annalena Baerbock à la conférence BDI, juin 2019

    x NRW = Rhénanie-du-Nord-Westphalie

    xi « Riche ou de droite ? », Jörg Bergstedt, p. 255

  • Communiqué commun GRD, UPML et UCL : Avançons ensemble !

    Communiqué commun GRD, UPML et UCL : Avançons ensemble !

    Communiqué commun GRD, UPML et UCL : Avançons ensemble !

    Durant le week-end du 29-30 juin, la Garde Rouge Dijon, l’Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste et l’Unité Communiste de Lyon se sont rencontrées. Cette rencontre s’inscrit dans une série de rapprochements ayant pour objectif de renforcer les liens de travail entre organisations communistes et l’intégration dans un espace de travail commun.

      Nos organisations partagent la même volonté de lutter contre la fragmentation des organisations communistes, contre le sectarisme et le chauvinisme d’organisation et de secte. Nous avons donc centré notre discussion sur les points permettant de faire avancer le projet d’Alliance des Révolutionnaires. 
    La crise du capitalisme mondial pousse les puissances impérialistes à montrer toujours plus d’agressivité pour maintenir et agrandir les taux de profit des grands monopoles capitalistes et leurs sphères d’influence. Même au sein des métropoles et des citadelles de l’impérialisme, les tensions s’accroissent, les niveaux de vie diminuent. Malgré tout ce que les capitalistes mettent en œuvre pour se sauver, ils ne peuvent conjurer une nouvelle onde de choc, une nouvelle crise économique,  encore plus profonde . 


      L’ICOR, en tant que coordination internationale rassemblant des organisations communistes révolutionnaires, propose aussi un cadre dans lequel il est possible d’avancer conjointement et de rassembler les forces communistes dans un même pays.  L’ICOR, du fait de sa nature internationale, place les organisations des pays impérialistes devant leurs responsabilités, non seulement en face du prolétariat de leur pays, mais également leurs responsabilités vis-à-vis de ceux et celles qui subissent le joug de l’impérialisme français. Nous comprenons les réticences que certaines organisations peuvent avoir à travailler avec d’autres, mais nous pensons que notre responsabilité est trop importante pour  repousser continuellement la question de la construction d’une alliance. Et nous sommes confiants de pouvoir surmonter les divergences existantes.
      
      C’est autour de ce constat et cette prise en compte de nos responsabilités, que nous déclarons vouloir entamer un travail commun d’analyse, des perspectives d’actions communes et de rassemblement. Nous ne nous considérons pas comme étant les propriétaires de ce processus : nous voulons travailler d’égal à égal et inclure le plus grand nombre possible d’acteurs qui partagent le même constat.
    Nous voulons lutter et gagner contre l’impérialisme, le capitalisme et leurs valets fascistes. Pour gagner, nous devons être forts, et pour être fort, nous devons nous rassembler autour de bases politiques communes minimales.


    Aujourd’hui, ce travail débute.
    Nul doute que demain, il portera ses fruits.

    Avançons ensemble vers la révolution !