Brochure complète :

L’URSS et les voies
alternatives.
À la mi-1939, l’URSS était
en face de trois choix possibles.
-
Première
option : rechercher
à tout prix l’alliance avec l’Occident.
-
Deuxième
option : faire
cavalier seul.
-
Troisième
option : opter pour
un renversement de front.
Les premières et deuxièmes
options, bien que séduisantes, étaient en réalité des impasses.
L’Occident ne voulait pas d’une alliance contraignante
envers l’URSS. De même, l’URSS ne pouvait se lancer seule contre
l’Allemagne nazie.
Supposons une autre histoire.
Supposons que nous nous laissons entraîner par cette mode du what
if si courante. Disons que, par exemple en 1936, l’URSS prenne
les devants et attaque l’Allemagne nazie. L’URSS possédait alors
une supériorité dans tous les domaines techniques (aviation
supérieure en qualité, chars très nombreux et d’un niveau
nettement meilleur que les Pz I ou II, artillerie excellente…).
L’Allemagne, quant à elle, était quasiment nue militairement
parlant. Le rapport de force était donc nettement plus favorable
qu’en 1941. Oui, mais non. Pour plusieurs raisons, internes et
externes. Internes (elles seront développées dans la partie sur
les purges, laquelle sera publiée vers la rentrée E.V.),
l’URSS est en plein lutte des classes internes. Les tensions sont à
leur comble face à plusieurs oppositions. Quoiqu’on pense de la
situation interne relative à l’armée, et de la personne de
Tchoukaïtchevski, il est impensable qu’il n’existe pas des
tendances bonapartistes chez les militaires, tendances qui ont existé
dans toutes les armées, y compris d’ailleurs chez les nazis eux
même. De plus, non seulement l’URSS aurait été seule, mais elle
aurait certainement été poignardée dans le dos si elle avait été
en position de force.
Pourquoi donc ? Deux
raisons à cela. La première est politique, la seconde est
géopolitique.
Politique : contrairement à
ce que la doxa républicaine vend, la proximité idéologique
était beaucoup plus forte entre le nazisme et les bourgeoisies
occidentales et leurs gouvernements, y compris lorsque ceux « de
gauche ». En 1939, celui qui apparaît comme le monstre
hérétique n’est pas Adolf Hitler, mais bien Joseph Staline. Les
nazis ne sont pas forcément en odeur de sainteté, mais leur
politique ne touche pas à la propriété privée ni aux intérêts
des cartels bancaires et industriels. L’illustre philosophe Georges
Politzer en fournit une brillante explication dans Révolution et
contre-révolution au XXe siècle, dans lequel il explique le
fondement de la Révolution Nationale de Vichy.
Géopolitique : Croire que
l’objectif premier, principal, des démocraties était d’abattre
l’Allemagne nazie, qui fait fi de
la compréhension, en tout premier lieu, très géopolitique de la
question de l’équilibre des puissances en Europe. Comme
mentionné plus haut,
idéologiquement
parlant, ce qui est
l’anomalie est l’alliance entre USA, Royaume-Uni et URSS, non une
alliance entre les deux
puissances impérialistes et
le IIIe Reich. Ces questions
géopolitiques ont cependant
pris le pas sur la question idéologique. Le but fondamental de
l’Angleterre, de la France, était surtout de maintenir un
équilibre des puissances européennes, dans le but qu’aucune ne
prenne l’ascendant d’une manière démesurée sur les autres. La
France a été plus douce avec l’URSS et moins tolérante avec le
réarmement allemand,
uniquement du fait de sa
proximité avec l’Allemagne et de sa conscience très aiguë de sa
situation de faiblesse.
Quel est le corollaire de ceci ?
Cela signifiait que, dans l’esprit des Anglais, principalement,
mais aussi des Américains, qui possédaient la même conception
géostratégique, inspirée de Mahan et de Mackinder, il n’était
pas tolérable, acceptable, que se forme un seul bloc sur le
continent européen (d’où le Hitler first ! de
Roosevelt après Pearl Harbor).
Donc, si les Soviétiques
étaient intervenus en 1936, comme certains stratèges de chambre
l’annoncent, que se serait-il passé ? Deux exemples
permettent de situer la réaction des « Alliés », le cas
espagnol et le cas finlandais.
En Espagne, fascistes et
antifascistes se sont fait face. Malgré un prétendu soutien moral à
la République, les Alliés se sont abstenus complètement de venir
« sauver la démocratie ». Ils se sont placés en
observateurs, attendant de voir ce qui en sortirait et comment ils
pourraient en tirer avantage.Sur la Finlande, en 1939-1940, alors que
les occidentaux ont laissé la Pologne se faire pulvériser sans rien
faire, Français et Anglais échafaudent des plans ahurissants de
complexité pour venir en aide à la Finlande fasciste de Mannerheim.
Les Français envoient des armes et proposent l’expédition de
bataillons de volontaires, tandis que les Anglais planifient des
raids sur Bakou depuis le Levant. Les premiers envoient même
certains de leurs précieux avions de guerre, qui feront cruellement
défaut à partir du 10 mai 1941.
Pour
intervenir contre les nazis, les Soviétiques devaient, de plus,
trouver un terrain d’opération. Il n’existait que la Pologne, du
fait de sa configuration, qui puisse être employée. Or, la Pologne,
que ce soit par hystérie anticommuniste ou par russophobie
(justifiable au vu de son histoire cependant), s’est refusée à
cela. Dès lors, la traversée de la Pologne, même encouragée par
la France et l’Angleterre, aurait formée un casus
belli qui aurait
justifié : soit que les Alliés restent neutres, hypothèse
espagnole, et laissent s’entre-tuer les deux armées, soit qu’elle
intervienne contre
l’URSS, d’emblée ou
si elle était sur le point de gagner.
Dans
tous les cas, les Occidentaux ne voulaient pas s’engager, mais au
contraire conserver leurs options libres dans le but de pouvoir
intervenir comme arbitres de l’inévitable conflit européen. C’est
également pour cela que, malgré les cris d’horreur face à la
déferlante contre la Pologne, ni la France ni l’Angleterre n’ont
esquissé le moindre geste d’aide et se sont contentés d’un wait
and see.
Le
bout de la piste.
Contrairement à ce qui a pu
être raconté, les Soviétiques n’ont pas bondi de joie à l’idée
de signer ce pacte. Il n’y eut pas de toast à Hitler, ni de
fioritures. Les uns et les autres avaient bien trop conscience du
caractère étrange de la situation pour s’embarrasser d’un
protocole. Au contraire, Staline même plaisanta, en levant un toast
à « L’URSS, le nouveau membre du pacte anti-Komintern »
(Fitzpatrick, 2018), laissant les Allemands pantois et stupéfaits.
Hitler, en revanche, à bondi de joie, s’exclamant « Je
les ai eus, je les ai eus ! » (Beevor, 2007).
Malgré le fait que le pacte ait
été singé il y a 80 ans, il existe des questions. L’existence de
l’appendice secret, par exemple, a été nié jusqu’à la fin de
sa vie par Molotov, lequel insistait sur le fait que le document
présenté était un faux, signé « W. Molotow » en
alphabet latin. D’après celui-ci, les lignes de démarcations ont
été négociées au rapport de force après coup, et chacun,
conscient de l’hostilité à terme de l’autre, est allé le plus
loin possible.
De même, contrairement à ce
qui aurait pu être attendu, si le traité a été un tremblement de
terre pour le mouvement communiste international, la direction du
PC(b)US n’a pas poussé à un alignement complet. Le PCC et le KMT
ont continué à lutter contre le Japon, l’agitation antifasciste
n’a pas été condamnée. Les communistes français partis
combattre dans contre l’Allemagne à la déclaration de la guerre
n’ont pas été non plus condamnés par l’Union soviétique. Même
si, par rapport à la conception du Komintern, ils étaient en tort,
l’avenir leur a donné raison, et la direction de l’URSS en a
tenu compte. La résistance communiste n’a d’ailleurs absolument
pas attendu le 22 juin 1941 pour s’en prendre aux nazis et à
l’armée d’occupation.
Au sein de l’URSS même, les
publications contre l’Allemagne hitlérienne ont été mises en
pause. Certains Soviétiques ont cru que l’antisémitisme était
devenu légal, et un tombereau d’injures ont été déversées par
courrier contre Kaganovitch, considéré comme le juif de l’équipe.
Cependant, dès 1940, les journaux soviétiques traitent le conflit
sur un pied d’égalité, puis sous un angle plutôt favorable à
l’Angleterre, en particulier durant la bataille aérienne qui
l’oppose à la Luftwaffe. La seule chose qui était condamnée
était l’idée de créer une provocation qui permette à
l’Allemagne de justifier une intervention.
En dépit de la situation complexe, il n’est pas possible de considérer l’URSS comme un cobelligérant et un allié de l’Allemagne nazie. Il existe un commerce entre eux, tout comme avec les autres pays neutres de l’époque, USA compris. Mais il existe également des canaux de communication entre URSS et pays alliés, notamment par la Suède, où l’incontournable Alexandra Kollontaï est ambassadrice pour l’Union soviétique.
Pourquoi Hitler a-t-il proposé
ce traité si contradictoire avec sa position politique de champion
de l’anticommunisme ? La direction de l’Allemagne nazie n’en
était pas moins dotée d’un certains réalismes, notamment en ce
qui concernait les projets de l’Occident.
Hitler, en tant que dirigeant
d’une puissance impérialiste qui cherchait à s’imposer face à
des puissances écrasantes et qui ne lui laisseraient pas se faire
« une place au soleil » dans le monde plein de l’ère
impérialiste. Il lui fallait donc ruser pour parvenir à s’imposer.
L’Angleterre, qui voyait d’un mauvais œil la France être la
puissance principale du continent, a été un allié temporaire, mais
précieux. Seulement les désirs hitlériens dépassaient la simple
parité. Ils visaient la suprématie.
À terme, la conflagration avec
l’URSS était logiquement inévitable du fait des objectifs même
du nazisme. Cependant, la question des étapes était primordiale.
Pour éviter une guerre sur deux fronts, un modus vivendi était
nécessaire. Pour sécuriser l’étape de l’écrasement de la
Pologne et éviter une internationalisation du conflit, le traité a
été proposé. Il était facile de proposer quelque chose qui
convienne à l’exigeante diplomatie soviétique, notamment, car les
plus grands compromis étaient vus comme fictifs, car temporaire. À
la fin, l’Allemagne raflerait l’ensemble de la mise. Il laissait
l’Allemagne régler son contentieux, mais la mettait au contact de
sa Némésis.
Si la France et l’Angleterre
n’étaient pas entrées en guerre, qui sait si l’URSS aurait été
ciblée directement. L’étape France était peut-être nécessaire,
mais pas celle de l’Angleterre, avec laquelle Hitler pensait
pouvoir s’entendre.
Paradoxalement, Hitler a été
plus critiqué que Staline, en occident, pour le pacte. Aux yeux de
la bourgeoisie, c’était le nazi qui signait un pacte avec le
Diable et non l’inverse. Il était aisé d’ironiser sur Staline,
mais la « trahison hitlérienne » terrifia les grands
capitalistes.
Staline
et Hitler.
Lorsque, en novembre 1940,
Molotov a rencontré le gratin du nazisme, les débats ne se sont
absolument pas passés comme l’entendaient les Allemands. Hitler
avait essayé d’orienter l’URSS vers l’Empire anglais, dans le
but de prendre à revers les Britanniques. Il a fait miroiter aux
Soviétiques l’idée d’un accès aux mers chaudes, au golfe
Persique, à l’Inde. Il s’agissait d’un calcul logique et
cohérent, celui-ci ne s’intéressait principalement qu’aux
affaires européennes. Il n’a accordé, par la suite, qu’un
soutien distrait et lointain aux opérations de l’Afrika Korps ou
aux tentatives irakiennes de mettre en place un régime anti-anglais.
Mais surtout, il a commis
l’erreur de considérer l’URSS comme un rapace avide de
conquêtes. En dépit des tentatives successives de susciter la
convoitise des Soviétiques, l’affaire fit long feu. La rencontre a
été l’occasion d’un des célèbres traits d’humour grinçant
de Molotov, considéré à tort comme une personnalité fade et
plate. Lorsque, après avoir interrompu deux fois la réunion sous
prétexte de raids alliés sur la capitale, les Allemands revinrent à
la charge sur le partage du monde, arguant que la guerre était
presque gagnée, il leur rétorqua « si elle est gagnée,
que faisons-nous dans un bunker anti-aérien ? ».
Ce qui intéressait les
Soviétiques, en réalité, était une chose fondamentale : la
présence de militaires Allemands tant dans les États baltes qu’en
Finlande ou en Roumanie, prélude à une invasion. Cette crispation
importante est restée jusqu’au déclenchement de l’invasion.
Même l’intervention
soviétique en Pologne est restée parallèle à celle des Allemands.
Il n’y a pas eu de coordination militaire ou d’État-major
commun. La Pologne, victime de cet accord, doit également être
regardée pour ce qu’elle était à l’époque. Certes, la manière
dont les événements se sont déroulés, et les conséquences
dramatiques de ceux-ci, notamment la question de Katyn, qui sera
abordée dans un article subséquent, ne sont pas défendables comme
des événements positifs. Ils sont le fruit d’une situation
dramatique, dans laquelle l’URSS a agi comme elle pouvait. De plus,
il ne faut pas oublier ce qu’était la Pologne de 1939. Il ne
s’agissait pas d’un régime démocratique et idyllique, mais
d’une dictature d’inspiration militaro-fasciste, construit et
architecturé dans le but de servir d’État tampon entre Allemagne
et URSS, au mépris d’ailleurs du droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes. La Pologne réactionnaire née au détriment de
l’Ukraine et de la Biélorussie, par le traité de Riga arraché
aux Soviétiques, ne s’est d’ailleurs pas privée de participer à
dépeçage de la Tchécoslovaquie. Certes, cela ne justifie pas
positivement l’entrée des troupes soviétiques. Celle-ci n’en
est pas moins le fruit d’événements sur lesquels elle n’avait
pas de prise. En étant cynique même, il serait possible de demander
si elle aurait dû laisser la Pologne toute entière être absorbée
par l’Allemagne.
Après
le traité.
En
dépit du traité, l’URSS mène plusieurs opérations militaires
hors Pologne. Ces opérations ont été considérées par un certain
nombre d’observateurs comme une manifestation d’impérialisme.
Cependant leur fonctionnement et la manière dont ils se sont
produits sont révélateurs de leur vraie nature. Ainsi, le traité
d’amitié et d’assistance mutuelle soviéto-mongol ne débouche
pas sur une annexion ou une intégration dans l’Union soviétique.
Pourquoi ? Parce que ce n’était pas l’objectif premier. La
plus grande inquiétude de l’URSS était la protection de ses
frontières et de sa partie la plus occidentale, concentrant les
bassins industriels et les terres agricoles.
D’une
part, en prélude au conflit, les plans quinquennaux ont initié un
déplacement des industries et des centres de production de matière
première vers l’Oural, comme Magnitogorsk, mais, surtout comme la
ville de Tcheliabinsk, immense ville usine, surnommée Tankograd.
De
l’autre, il fallait repousser le plus loin possible les frontières,
pour pouvoir, selon le principe clausewitzien, échanger de l’espace
contre du temps. L’une d’entre elle, celle qui courait à
proximité de Leningrad, était particulièrement vulnérable. En
effet, elle s’arrêtait à 10 km à peine du grand centre politique
et économique. L’URSS a alors tenté de négocier avec le
gouvernement finlandais, dirigé par le maréchal Mannerheim, un des
champions de l’anticommunisme, pour obtenir une rectification de
frontière et un bail sur la base navale de Vyborg, en échange d’une
partie de la Carélie. Soutenu à la fois par les Occidentaux et par
les Allemands, le régime finlandais refusa. Il s’en est suivi une
guerre hivernale, dans laquelle l’Armée Rouge n’a pas brillé.
La victoire est obtenue chèrement, mais contribue à sauver
Leningrad en 1941-1944. En dépit de l’occupation soviétique, les
conditions d’armistice sont extraordinairement clémentes. Elles
l’ont tout autant été après la défaite de 1944, où, pourtant,
l’URSS aurait pu sans problème imposer le gouvernement de son
choix. Plusieurs des failles observées dans l’Armée Rouge sont
également corrigées, ce qui contribue à la doter d’une meilleure
capacité de résistance durant l’invasion allemande.
L’occupation
des États baltes et de la Bessarabie s’interprètent également de
cette manière. La baltique est vue comme une zone d’influence
allemande importante et comme un balcon pour une future invasion de
l’URSS. Celle-ci, en contrevenant d’ailleurs aux dispositions du
traité germano-soviétique, procède à un coup de force en imposant
un traité à ces pays, puis en procédant à leur intégration.
Cette opération est effectivement un « coup tordu »,
mais correspond à une realpolitik
féroce. Aujourd’hui, encore, la présence russe à Kaliningrad est
un verrou considéré comme hautement stratégique pour la protection
de la Russie. Il en est de même pour la Bessarabie, d’autant
que l’occasion de récupérer cette partie d’Ukraine est
tentante. Ce révisionnisme au niveau des frontières est
contestable, mais il est important de comprendre que, pour l’URSS
et sa direction, à l’exception de la Finlande, ces territoires
étaient considérés comme des morceaux d’URSS arrachés par le
traité de Riga en 1921. Leur indépendance ou dépendance nouvelle
avait à peine 20 ans lorsqu’elle s’est terminée. Dans tout
autre contexte, elle aurait été condamnable et condamnée par le
mouvement communiste international, mais dans un prélude à la
guerre, elle était une
obligation vitale. Chaque pays participant a eu son lot de coups
tordus organisés pour sa sécurité. L’URSS, même mue par
d’autres principes, ne pouvait sacrifier sa survie ou celle de son
peuple à ces principes intangibles.
Même
des personnalités unanimement applaudies, telle le président de la
Tchécoslovaquie Edvard Beneš, se sont mouillé dans des
opérations secrètes par nécessité vitale. Il a ainsi contacté à
plusieurs reprises le NKVD dans le but de pouvoir organiser un coup
d’État anti-allemand en Yougoslavie. L’opération a fait
cependant long feu du fait de l’absence de fiabilité des agents
disponibles et des réticences de la direction soviétique. En
revanche, Beneš n’a pas été abandonné par le NKVD, qui a payé
son évacuation vers l’Angleterre.
En
France comme dans plusieurs pays, la signature du traité est
l’occasion d’une campagne anticommuniste sans précédent. Dès
le 26 août, le PC français est interdit et ses militants sont
pourchassés. Ceux qui distribuent des tracts sont arrêtés et
expédiés en prison ou dans les camps de concentration de la IIIe
République, dont celui de Gurs. Ils y rejoignent les membres de
Brigades Internationales, les Basques et les Juifs Allemands, tous
livrés par Vichy aux nazis après la défaite. Après la signature,
le 28 septembre, d’un traité germano-soviétique qui règle la
question de la ligne de démarcation en Pologne, les dernières
expressions du PC sont déclarées illégales.
Le PC, en dépit de la complexité de la situation, suivait la ligne qui considérait cette guerre comme une guerre impérialiste comme les autres. Son caractère particulier n’est pas apparu directement et ne pouvait pas être prédit. Dès la défaite de la France les communistes sont entrés en résistance. Politzer lui-même tenta d’initier une défense populaire de Paris, à l’image de la Commune. Mais la ville a été abandonnée sans combat par un État-major dont la ligne de conduite était « plutôt Hitler que le Front populaire. »
Pour en finir.
Pour
clôturer cet aspect essentiel de cette question brûlante, il faut
rappeler
une chose fondamentale : la guerre qu’a mené le régime nazi
contre l’URSS n’a eu de commune mesure dans l’histoire, tant
par la volonté exterminatrice que par le fanatisme politique. Même
l’invasion japonaise de la Chine, avec ses actes de cruauté d’une
ampleur invraisemblable, a plus causé de pertes humaines par un
« simple » mépris de la vie des Chinois que par une
volonté affirmée de chasser intégralement la population et de la
priver de tout. Les 27 millions de citoyens et de citoyennes
soviétiques qui ont payé de leur vie l’écrasement du IIIe Reich
sont les otages involontaires d’un débat épouvantablement mené.
Ceux qui sont prompts à voir dans cet océan de cadavres la marque
du régime stalinien sont également les premiers à reprocher à
l’URSS les mesures défensives qu’elle a prises pour éviter ce
massacre. Entre les deux, un choix doit être fait. Certains,
plus cyniques et vicieux encore, se sont servi de la politique
extérieure soviétique pour justifier l’attitude du Reich. C’est
le cas notamment des crypto-fascistes comme Ernst Nolte ou François
Furet, pour qui le nazisme n’est que la réponse au bolchevisme, et
que le péché originel de la Shoah est imputable à Lénine.
Il
n’est pas possible de dire que la politique extérieure de l’URSS,
le 23 août 1939, a été un événement
dont il est possible d’être
particulièrement fier, tout
comme la répression de Krondstadt, tout comme la paix de
Brest-Litovsk, tout comme un grand nombre de compromis, de
temporisations, de coups de forces, mais qui sont le reflet des
enjeux immenses qui se déroulent. Les médias bourgeois et
gauchistes, si prompt à condamner l’URSS pour ce traité,
oublient-ils qui a encouragé Hitler, qui lui a donné les moyens de
faire ce qu’il a fait, mais, également, qui l’a stoppé ?
La diplomatie des années 1930 était une voie étroite, sur le fil
du rasoir, où le moindre faux-pas aurait pu permettre à Hitler de
concrétiser sa promesse d’un Reich de 1000 ans.
Comment
ne pas penser à cet extrait de Les mains sales de
Sartre:
« Moi
j’ai les mains sales. Jusqu’aux
coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang. Et puis
après ? Est-ce que tu t’imagines
qu’on peut gouverner innocemment ? »