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  • Alerte à la catastrophe écologique – protestations mondiales !

    Alerte à la catastrophe écologique – protestations mondiales !

    -Nous reproduisons ici l’article de nos camarades de l’UPML sur la question du danger de catastrophe écologique mondiale-

    Canicules et sécheresses, l’Amazonie en feu, disparition massive d’espèces, fonte des glaciers – la course à l’abîme s’accélère ! Les mouvements de révolte se multiplient et s’amplifient dans le monde entier : les maires contre les pesticides aux abords des villages ; la jeunesse des « vendredis pour notre futur », des mineurs au Pérou, les ouvriers de l’automobile en Allemagne se mobilisent également pour l’environnement. On pourrait ajouter les antinucléaires ; les consommateurs contre la malbouffe, etc. Et maintenant, la grève mondiale pour sauver notre avenir !

    Combattre la course au profit…

    La conscience progresse. Partout on réalise que rien n’aboutira sans une transformation en profondeur de toute cette société pour qui seul compte le profit maximum.

    C’est sur le plan national et sur le plan mondial qu’il faut agir pour l’avenir de l’humanité. Au Brésil, Bolsonaro fait brûler la forêt amazonienne qui produit à elle seule 20 % de l’oxygène et appelle à chasser les indiens qui y vivent. Trump continue l’exploitation des gaz de schistes polluant les nappes phréatiques. Merkel autorise les rejets de produits toxiques dans les mines ainsi que l’exploitation du lignite à ciel ouvert. 

    Macron critique Bolsonaro et Trump, mais n’interdit ni le glyphosate ni ne réduit le parc nucléaire de plus en plus dangereux. Il est favorable au nouvel Accord de libre Echange entre le Canada et l’Union européen, le CETA. Cet accord, au nom de « la concurrence libre et non faussée », est des plus néfastes au niveau social et écologique.

    « Changez le système, pas le climat », crient les écologistes. Des chefs indigènes du Brésil dénoncent : « Le responsable, c’est le capitalisme ».

    ou se soumettre au capital ?

    Certains défenseurs de l’environnement veulent cependant marier leur engagement avec « l’économie de marché » et refusent de se confronter aux capitalistes et à leur système. Les grands groupes capitalistes se servent de la position ambiguë de ces écolos pour faire croire qu’ils vont prendre des mesures (« green washing »). Ils se servent d’eux comme d’un rempart contre la dénonciation globale de la dictature du capital.

    Des petites solutions techniques conciliables avec les intérêts capitalistes comme les taxes sur le CO2, la voiture électrique (énergie surtout fournie par le nucléaire ou le charbon !), le développement des agro-carburants et le retour à la petite production n’arrêteront pas la menace d’une catastrophe écologique mondiale. De façon toujours plus massive aujourd’hui, les populations trient les déchets, luttent contre les pollutions locales et cherchent des solutions comme le covoiturage. C’est respectable, mais c’est complètement insuffisant pour retourner la situation. Complètement !!

    « Après moi, le déluge ! »

    Sous ce mot d’ordre, les grands groupes industriels et financiers, imposent leurs intérêts dans le monde entier. La concurrence les pousse à exploiter jusqu‘à leur destruction l’homme et la nature. Ils brassent des milliards, développent la productivité –  toujours dans le sens du profit maximum, de la domination, de l’anéantissement des concurrents. Illusoire de penser sauver l’environnement dans le cadre de la société capitaliste!

    Soumis aux monopoles, Macron et son gouvernement sont d’accord : pas question de toucher au profit des entreprises.  Pour endormir la révolte populaire, ils font des promesses sans lendemain comme lors de la COP 21. Mais en pratique, ils répriment les manifestants comme à Bure, par ex. ou actuellement les décrocheurs des portraits de Macron. 

    Croire que par des élections on pourra obliger les gouvernements à changer de politique est soit naïf ou soit trompeur. Les votes pour les Verts expriment certainement le désir profond de protéger la nature. Mais pour leur participation aux gouvernements, les Verts ont abandonné leurs projets radicaux. Où était leur opposition contre le glyphosate, contre la trahison des objectifs de la COP21 – déjà très insuffisants, contre le nucléaire ?  

    Nos propositions: ORGANISONS-NOUS contre toute tentative de nous endormir par des promesses, de nous intimider ou de nous réprimer.

    Résistance active contre l’économie de profit. Promouvoir l’union de la jeunesse avec le prolétariat pour lutter ensemble. Combattre le fatalisme. Partir de nos résistances et progresser vers  la révolution socialiste nécessaire pour mettre fin à l’exploitation et à la destruction de nos conditions naturelles d’existence. Voilà les tâches urgentes de tout militant écologiste, progressiste et communiste.

    Pour cela, il faut être très, très organisé !  La construction du parti révolutionnaire et prolétarien est aujourd’hui une nécessité. Pour défendre les intérêts du plus grand nombre, il faut un programme et une force, une alternative positive au capitalisme unifiant toutes les oppositions!

    Sauvons l’environnement allons vers 

    la révolution socialiste !

    Les dérèglements climatiques, les pollutions n’ont pas de frontières.

    La Coordination Internationale des Organisations et Partis Révolutionnaires (ICOR) avec ses 57 organisations dans le monde, dont l’UPML et l’UCL en France, appelle à participer à la lutte mondiale pour sauver la planète et l’humanité de l’économie de profit – pour le socialisme révolutionnaire.

    Issu de Prolétaire Debout !

    Bulletin de l’Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste   no.10

    Rentrée 2019

  • Texte fondateur d’Eco Défense

    Texte fondateur d’Eco Défense

    Nous relayons le texte de lancement de nos camarades de l’organisation Eco Défense. Face à l’urgence climatique, dans l’esprit de l’Alliance des Révolutionnaires et de l’internationalisme unitaire propre à l’ICOR, nous considérons que leur projet est à soutenir. Nous appelons à renforcer et rejoindre la lutte écologiste, mais également à travailler pour forger les outils de la victoire contre le capitalisme, l’impérialisme et la destruction de l’environnement.

    PRÉSENTATION

    ⚠️ Devant l’urgence climatique en cours, et l’essor des mouvements écologistes en France et dans le monde, nous avons décidé de lancer ECO DEFENSE, un collectif luttant pour la protection de la planète, de ses écosystèmes et de tous ses habitants et habitantes : populations humaines et animales.

    ? Pourquoi créer un nouveau collectif alors qu’il existe une multitude d’associations et mouvements écologistes ?

    Nous constatons qu’il y a en France plusieurs courants écologistes majeurs ou se revendiquant l’être. Pour expliquer la démarcation de notre ligne politique par rapport aux autres, il faut revenir sur ces courants et analyser brièvement ce qu’ils sont, ce qu’il font, et pointer leurs limites.
    Ces analyses pourront paraître simplistes voire caricaturales, mais elles donneront un rapide aperçu des différents mouvements écologistes aux personnes non-initiées.

    ❌ Pour commencer, nous balaierons d’un revers de la main toutes les arnaques libérales initiées par les entreprises ou les campagnes publicitaires gouvernementales, nous incitant à sauver la planète en achetant des ampoules basse-consommation. Des capitalistes se servant de l’écologie pour faire du profit, et jouant avec la culpabilité de la population afin de la renvoyer à un rôle passif de consommateur (ou dans sa version bio : consom’acteur). 
    ❌ Nous ne nous attarderons pas non plus sur l’extrême droite qui tente de se réapproprier cette thématique pour mieux la détourner, en se basant comme à son habitude sur un argumentaire nationaliste et xénophobe, avec pour cheval de bataille la défense du patronat français, du terroir, et des traditions chauvines. L’extrême droite reste par excellence le camp des réactionnaires et des climato-sceptiques. Si nous avions déjà toutes les raisons du monde de la combattre, désormais nous en avons une supplémentaire.

    ● Le premier courant, et le plus connu, est l’écologie institutionnelle et réformiste. Dans cette catégorie on retrouve autant les partis bourgeois et opportunistes comme Europe Ecologie Les Verts, que certaines grandes ONG, pouvant être financées par des milliardaires, et fonctionnant comme de véritables entreprises.
    Ce courant vise principalement à maintenir et à accompagner le système capitaliste dans une transition écologique impossible, puisque l’écologie et le capitalisme sont par définition incompatibles. (Ce point sera développé dans un autre texte)

    ● Les altermondialistes et mouvements citoyens, pouvant se réclamer parfois « anticapitalistes » mais en n’assumant à aucun moment le renversement de la bourgeoisie, la classe sociale dominante qui défendra à tout prix le système capitaliste, par la force s’il le faudra. 
    Toujours réformistes, ces mouvements basent toute leur stratégie sur le dogme de la non-violence, et la sensibilisation par des actions symboliques et inoffensives : boycott, initiatives éco-citoyennes, consommation éthique et décroissance, le tout dans une ambiance festive et conviviale. 
    Les jardins bio partagés, le vélo, ainsi que les circuits courts de petits producteurs peuvent paraître des solutions locales séduisantes, pourtant il est totalement illusoire de penser que ces petits gestes peuvent stopper le rouleau compresseur des états impérialistes et le capitalisme mondial. On n’arrêtera pas les pétroliers et la déforestation en plantant des légumes dans son jardin. 
    Ces organisations peuvent proposer par moment des actions de désobéissance civile ponctuelles, néanmoins elle ne sont pas préparées ni conçues pour faire face à la violence implacable de l’État bourgeois (plus un mouvement contestataire sera efficace et donc dangereux pour la bourgeoisie, plus celle-ci se montrera impitoyable au niveau de la répression). 
    Ces mouvements misent donc leur réussite sur la retenue de l’appareil répressif. 
    Cette vision est malheureusement idéaliste, voire naïve, pourtant ces organisations réussissent à rassembler beaucoup de personnes désireuses de faire quelque chose pour sauver la planète.

    ● On voit depuis quelques temps en France l’émergence d’un courant se revendiquant de l’écologie radicale et de l’anticapitalisme : les anti-civilisationnels, ou primitivistes.
    Malgré le fait que nous partageons un certain constat et des idées politiques, nous ne sommes pas d’accord avec leur projet d’avenir basé sur le retour de l’humanité en petites communautés de chasseurs-cueilleurs, calquées sur une image fantasmée des peuples primitifs.
    Nous pensons que la civilisation, le progrès et la technique auront forcément un impact sur la nature, mais cet impact peut être très largement diminué si nous réorganisons la production de nos sociétés afin que celle-ci serve les intérêts de l’ensemble de l’humanité, et non l’appétit de quelques capitalistes avides de profits. 
    La croissance dans une société basée sur le partage des richesses, l’optimisation et la planification de la production, l’économie des ressources naturelles et la prise en compte du respect des écosystèmes deviendra alors un modèle de société démocratique, égalitaire, moderne, et compatible avec la vie sur Terre.

    ● C’est pourquoi nous nous revendiquons en grande partie du courant éco-socialiste, courant anticapitaliste qui allie lutte pour le progrès social, avec un projet d’avenir de société égalitaire, démocratique, et bien sûr écologiste. Ce courant est porté principalement par des organisations et partis d’extrême gauche, malheureusement leur implication dans les luttes écologistes reste limitée.

    ● Enfin, il y a toutes les associations de défense de la nature qui œuvrent au quotidien pour protéger les écosystèmes et les animaux, en menant autant des campagnes médiatiques en direction des politiciens et du grand public, mais aussi et surtout des actions de terrain. Malgré qu’elles soient dans une logique apolitique, ces associations font un travail concret et essentiel pour les zones naturelles.

    ?Nous voulons mettre en avant une approche scientifique, matérialiste et rationnelle afin de lutter contre les dérives new-age et conspirationnistes qui polluent les mouvements écologistes. Dans une époque où les plus grandes puissances mondiales voient des dirigeants conservateurs et climato-sceptiques se faire élire en partie grâce à la diffusion massive de fake news, il est primordial d’entamer un gros travail de debunkage et d’autodéfense intellectuelle afin de contrer les charlatans et gourous d’internet qui veulent parasiter nos luttes et intoxiquer nos esprits.

    Nous voulons également promouvoir une mentalité combative et positive, en nous basant sur la riche histoire des luttes sociales et révolutionnaires à travers le monde, afin de ne pas s’enfermer dans le pessimisme et le défaitisme. Tout ce qui mène à la résignation, et favorise les attitudes négatives, les postures misanthropes et nihilistes, doit être refusé.

    Nous revendiquons également une écologie moins anthropocentrée, qui se soucie du vivant dans son ensemble, et de l’importance de la sauvegarde des écosystèmes. Nos sociétés sont à l’origine de la 6ème extinction de masse, et à l’origine de multiples catastrophes impactant les autres espèces animales. Comment pourrions-nous dans ce contexte nous préoccuper uniquement du sort de l’humanité, en laissant de côté toute bienveillance envers la faune et la flore ? Nous nous positionnons donc contre l’exploitation animale, pour la généralisation d’un mode de vie vegan (accessible à toutes et tous), et pour la sanctuarisation des espaces naturels pas encore impactés par l’urbanisme et les activités humaines.

    ?¬タヘ??¬タヘ? En tant que travailleuses et travailleurs, nous souhaitons construire un mouvement écologiste s’adressant à notre classe sociale, le prolétariat, c’est-à-dire à la majorité de la population.
    Nous souhaitons créer des alliances et travailler aux côtés des organisations qui luttent pour les droits des travailleuses et travailleurs, avec les organisations antiracistes et dé-coloniales, avec les mouvements féministes, ainsi qu’avec les mouvements pour les animaux et pour la défense de la Terre. C’est par l’unité de ces luttes que nous pourrons faire reculer l’Etat bourgeois, faire progresser la société et construire l’avenir équitable dont le capitalisme nous prive.
    La défense de la planète ne doit pas rester une lutte simplement défensive, mais une lutte offensive afin d’abattre le système économique responsable des crimes contre l’humanité et la planète.

     L’écologie c’est la lutte des classes !

    ? Nous défendrons donc à travers ce collectif une écologie radicale prenant en compte les intérêts des écosystèmes et des animaux, et une écologie sociale prenant en compte les intérêts de l’ensemble de l’humanité, avec toujours une approche anticapitaliste et révolutionnaire.

    Nos objectifs à court terme sont la création d’un grand mouvement de résistance écologiste, guidé par le prolétariat. 
    Notre objectif sur le long terme est la construction d’une société égalitaire, solidaire, démocratique, vivant harmonieusement avec la nature et de manière pacifiques avec les autres espèces animales de cette planète.

    Prolétaires pour la défense de la Terre !

  • 100 millions sinon rien, partie 8

    100 millions sinon rien, partie 8

    Les questions des années 20 et le jeu d’équilibriste de l’URSS

    Comment créer l’URSS ? La question était d’une complexité et d’une profondeur jamais sondée. Personne n’avait jamais entrepris un chantier aussi imposant dans toute l’Histoire. Et ce chantier était fait avec des outils singulièrement inadaptés.


    • Un
      territoire morcelé en entités quasiment autonomes et sans autorité
      centrale.

    • Une
      économie complètement désorganisée par la guerre et par le
      communisme de guerre.

    • Une
      maîtrise de la technique particulièrement limitée du fait du
      départ d’une partie importante des élites intellectuelles et en
      ingénierie.

    • Une
      absence totale de fonds et de devises étrangères, ainsi qu’une
      fermeture des marchés internationaux.

    • Un
      appareil d’État issu du tsarisme et un appareil politique qui
      peine à prendre la mesure de son rôle.

    Cet ensemble de facteurs pousse le Parti Bolchevique a faire une « pause » déjà évoquée, mais également à tenter de trouver des solutions sur le long terme à ces problèmes. Ainsi, la forme d’organisation après la révolution (le débat entre fédération et confédération) est tranché, avec parfois des affrontements violents, notamment dans le cas de la RSS de Géorgie. Dans ce cas précis, les Mencheviks fomentent un conflit séparatiste et sont balayés, notamment par Staline et Ordjonikidzé. La même question se pose avec les paysans de Tambov, qui s’émeutent, ne voulant pas contribuer aux impôts et à l’alimentation des villes. Ce type de situation conflictuelle n’est pas unique, malheureusement, mais illustre la très grande difficulté à maintenir l’alliance entre la paysannerie et les ouvriers.

    La réorganisation de l’économie est faite, là aussi, sur un mode particulièrement doux, au grand dam de Léon Trotski, qui fustige dans plusieurs articles la « mollesse » du pouvoir, notamment sur la question des syndicats. Comme mentionné plus haut, cette position conciliante attire l’attention, notamment des Smenovekhovtsy.

    Oustrialov était un ancien membre du parti K.D. avec d’autres ex-membres du gouvernement tsariste, il plaidait pour que ses partisans entrent massivement au Parti bolchevique. Sa pensée, résumée dans des textes nommés Smiena Viekh, changement de cours, considérait que la NEP sonnaît l’heure du retour au capitalisme, jugé inévitable. Il déclarait « Les bolchéviks… aboutiront à l’État bourgeois ordinaire, et nous devons les soutenir. » (Cité par Lénine au XIe congrès, 1922). Ce type de manœuvre était logique, cohérente, et courante de la part de nombreux agents de la bourgeoisie, ou d’anciens haut-placés privés d’emploi. Ils se sont donc dirigés vers le Parti, se maquillant en communistes, pour permettre de développer une ligne restauratrice, un style de travail bureaucratique, une culture bourgeoise. Derrière l’apparence de la paix, avec la fin de la Guerre Civile, avec la fin des interventions, se trame en réalité une guerre nettement plus sourde et implacable, car elle se passe au cœur même du Parti communiste. La lutte contre ces tendances a été extraordinairement compliquée, dans le sens où les outils de contrôles (l’Inspection ouvrière et paysanne) étaient primitifs, tandis que les modes d’élections, basés sur la nomination, favorisaient la constitution de chefferies intouchables, hermétiques, autonomes du Parti et de ces décisions. Ces processus difficilement contrôlables ont prospéré sur la NEP, mais même lors du passage au Grand Tournant, lors de la « Révolution Stalinienne », où le contrôle sur la distribution leur permettait, au travers du blat (les réseaux d’influence, de débrouille, d’entraide), de s’assurer une prépondérance dans les rapports d’autorités locaux.

    Or cette question était fondamentale dans la transformation du PC(b) de parti révolutionnaire en parti de gouvernement. Au fur et à mesure des années, le PC s’est transformé, tant dans ses origines ethniques que dans sa composition sociale et culturelle. Les membres d’origine les plus influents étaient rarement des prolétaires, plus souvent des membres de l’intelligentsia et, assez régulièrement, non-russes. Dans la direction du Parti, ainsi, seuls Chliapnikov (charpentier), Kalinine (paysan pauvre) et Staline (cordonnier) sont réellement issus du prolétariat. Ce groupe est progressivement remplacé par d’autres, issus des milieux populaires (mais pas uniquement), et beaucoup plus russifiés qu’avant.

    D’une part, le parti se prolétarise et se russifie dans ses organes dirigeants, de l’autre, dans ses organes subalternes, il rallie une partie de la vieille administration, des officiers et de l’intelligentsia non-militante. Ce ne sont pas des individus qui ont pris parti pour la Révolution, mais qui « font avec ». Cette contradiction entre un parti qui, à la fois, dans ses branches actives, est toujours plus militant et mobilisé, mais dans ses rapports avec l’État est de plus en plus ‘normalisé’ est un des grands problèmes des années 1920.

    Il est analysé comme cela par l’ensemble de la direction bolchevique, mais avec un dosage différent dans le traitement du problème. Trotski considère que le parti est perdu, puisque de toute manière la tâche à laquelle il doit faire face est au-dessus de ses forces et de celles de l’URSS. Boukharine, à l’inverse, tend davantage à le sous-estimer. Finalement, la question de la bureaucratisation est traitée par à-coups.

    Le marché et la corruption.

    Le problème du marché s’est réglé assez simplement, comme dans la citation attribuée à Lénine : « Les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons. » En dépit de l’anticommuniste fanatique des capitalistes, notamment anglais, l’appât du gain, l’idée de pouvoir investir dans les immenses possibilités soviétiques, ont motivé à commercer avec l’URSS. Même l’Italie fasciste a ainsi fait des démarchages et des offres, dans la construction navale, pour permettre à l’URSS de se doter d’une flotte moderne.

    Mais pour pouvoir payer, autrement qu’en nature (en céréales notamment), la question des devises se posait. Le rouble n’était pas une monnaie qui s’échangeait en un tour de main. Il fallait donc acquérir des Livres Sterling et des Dollars pour permettre de commercer. Où en trouver ?

    L’Empire russe possédait une des plus grandes réserve d’or du monde. Plus d’un milliard sept cent millions de roubles d’or. Lors de la révolution, la noblesse, tout comme la grande bourgeoisie, a tenté de sauver une partie de son or. Dans l’ensemble, les bolcheviques parviennent à conserver sous leur contrôle 1,1, voire 1,2 milliard de Roubles. Cette somme est cependant très rapidement dilapidée par les diverses dépenses. Notamment, il faut payer l’Allemagne, à la suite du traité de Brest-Litovsk, tout comme il faut acheter la paix des États qui naissent sur les frontières. En 1923, ainsi, il ne reste que 100 millions de Roubles d’or. La jeune URSS, pour préparer l’étape suivante, doit acheter son industrie industrialisante. De plus, elle subventionne allègrement le Komintern et les réseaux d’espionnage.

    Les fortunes sont confisquées, les Tsars thésaurisaient leurs richesses, immenses, sous la forme d’objet en or, d’art, de vaisselle, de pierres précieuses. Ces denrées étaient désormais la propriété de l’État naissant. Elles avaient été protégées scrupuleusement durant la révolution, condamnant même les pillards à la peine de mort (cf. John Reed). Seulement, l’or, les pierres, les œufs de Fabergé, ou les autres objets de ce type ne permettaient pas de payer d’acheter directement les machines-outils, les fonderies et l’ensemble de ce qui va constituer la base industrielle de l’Union soviétique. L’arrêt du financement de certaines activités liées au Komintern est la conséquence directe de ceci. Le sentiment général est que ces transferts de fonds sont inefficaces et impactent lourdement le budget de l’État soviétique. Le risque, en perdant des quantités immenses de devises et d’or, est d’être dans une fuite en avant éperdue, qui mène à la ruine de l’Union soviétique. Les franges les plus « internationalistes » du Parti, celles qui ne croient pas non plus à la possibilité de construire le socialisme dans un seul pays, dénoncent ce revirement. Il est un choix stratégique crucial.

    Si, à l’époque, le débat était parfaitement légitime, avec le recul, il est extrêmement douteux de croire que quelques millions de roubles supplémentaires auraient fait la différence. Cela n’aurait certainement pas sauvé la Hongrie de Bela Kun de l’écrasement, ni la République des Soviets de Bavière ou les Spartakistes. En revanche, l’hémorragie en termes de fonds aurait probablement eu un impact sur les capacités de développement de l’Union soviétique.

    Les exportations de matière première permettent de pouvoir reconstituer les stocks, mais cela lie l’Union soviétique au monde capitaliste, et la soumet aux caprices de ceux-ci. L’effet conjugué de la crise des ciseaux et de la crise de 1929 met l’URSS dans l’embarras vis-à-vis de la question du commerce extérieur. Une ressource est ainsi vendue pour faire rentrer des devises étranères : la collection du musée de l’Hermitage.

    Plusieurs commissions de vente ont été montées, pour aller écouler ces objets d’art contre des devises étrangères. Traversant la frontière avec les États baltes, des trains entiers alimentaient la plus grande foire d’objets précieux au monde. Des transactions réalisées en liquide, plus des envois d’argent en espèce auprès des sections du Komintern, il n’est nul besoin d’être devin pour comprendre ce qui pouvait se tramer : le développement d’un immense réseau de corruption.

    L’affaire Isidore Goukovski illustre cela parfaitement, et ce dès 1921. Goukovski, ex-menchévik, était devenu commissaire du peuple aux finances après la révolution. Il succéda brièvement à Menjinski, en mars 1918, avant d’être remplacé par Krestinski en août. Après ce poste éphémère, Goukovski a été employé comme représentant commercial soviétique en Estonie, et, à ce titre, chargé de la vente des biens du Tsar auprès d’acheteurs étrangers.

    La frontière est alors particulièrement surveillée, en particulier la contrebande. Mais le train officiel de Goukovski, lui, passe sans encombre. Selon les différents rapports qui sont parvenus jusqu’à nos jours, il semble que Goukovski faisait tout simplement passer la contrebande par ses wagons et qu’il en tirait une coquette commission. Traqué par la Tchéka, il meurt en 1921 d’un pneumonie subite. Les mêmes documents illustrent comment une partie des membres du Komintern soutirent à la Russie révolutionnaire une partie de ses fonds, pour des activités sans rapport avec la révolution prolétarienne mondiale.

    L’une des activités de la Tchéka et d’une partie du Politburo était donc de surveiller ce commerce particulièrement corrupteur, de rechercher et d’arrêter ceux qui s’y livrent. Dès le début des années 1920, les risques de corruption sont identifiés et sont combattus pied-à-pied. Une alliance « incorruptible » se forme d’ailleurs sur cette question, autour des membres les plus durs du Politburo. Staline et Djerzinsky vont former un tandem de choc dans cette lutte constante. Au pied du mur, une nouvelle fois, la future équipe de Staline décide de ralentir voire de stopper la sortie de l’or soviétique, en particulier par le Komintern.

    Ainsi, malgré les commissions d’achat qui doivent trouver de quoi alimenter le futur plan quinquennal, les réserves d’or du pays, remontées à 247 millions, passent à nouveau à 131 millions. Le développement économique soviétique coûte une fortune.

    Les spets, ces spécialistes étrangers, sont particulièrement gourmands et difficile à satisfaire. Leurs salaires sont mirobolants. Ils les arrondissent d’ailleurs par leurs activités d’espionnage, voire de sabotage au profit des services secrets de leurs pays d’origine (il s’agit notamment de l’enjeu du procès Métro-Vickers en 1933). Dans le même ordre d’idée, les commissions d’achat à l’étranger, dans lesquels les éléments droitiers sont particulièrement sur-représentés. La direction du commerce extérieur est d’ailleurs entre les mains d’un des grands pontes du courant de droite : Alexei Rykov. Ils sont favorables à l’ouverture au commerce international et nettement plus cosmopolites que l’équipe stalinienne. Les échanges sont l’occasion d’un certain nombre de malversations, soit pour des motifs crapuleux, soit pour des motifs politiques. Les commissions et la surfacturation permettent de pouvoir dégager les fond qui alimentent parfois les cercles de conspirateurs anti-soviétiques. Des témoignages, notamment de la part d’ingénieurs étrangers scrupuleux, notamment John Littlepage, permettent de faire état des pratiques parfois catastrophiques au sein des usines soviétiques, illustrant une forme de résistance aux projets gouvernementaux.

    Ces questions ont pris une dimension quasiment ingérable après la guerre. La politique de rapatriement d’une partie importante du potentiel industriel Allemand a souvent été utilisée par les officiers supérieurs d’une manière très personnelle. Les membres influents de l’armée, comme Joukov, se sont allégrement servis en objet d’art pour leur profit personnel.

    La raison des purges.

    Le parti bolchevique luttait essentiellement contre trois problèmes internes.


    1. Les
      adhérents « fantômes » qui avaient leur carte du Parti
      mais ne participaient à aucune de ses activités et ne respectaient
      pas les statuts de celui.
    2. Les
      responsables qui faisaient du blat,
      qui entretenaient des réseaux quasiment féodaux et qui se
      taillaient leurs petits royaumes personnels. Cette catégorie
      non seulement était déjà parasitaire à l’époque de la NEP,
      mais s’est renforcée du fait des monopoles des réseaux de
      distribution entre les mains de l’État dans les années 1930.

    3. La
      corruption et les détournements de fonds par les commissions qui
      œuvraient à l’étranger ou en rapport avec l’étranger.

    L’issue pour les premiers cas et une partie des seconds était par la purge. Celle-ci se traduisait par la perte de la carte du Parti et par, le plus souvent, la perte de l’emploi. Dans les autres cas, les poursuites judiciaires étaient faites, en particulier pour les cas graves. À cette période, par ailleurs la Tchéka possède une très grande liberté d’action et de condamnation des cas rencontrés. Elle peut, elle-même, prononcer les sentences et en assurer l’exécution. Cette très grande liberté d’actions s’accompagnait par un contrôle très strict. Les directeurs, Djerzinski puis Menjinski s’étaient montrés particulièrement vigilants quant à l’activité de leurs sections.

    La collectivisation avait montré un grand nombre de problèmes. Les échelons inférieurs du Parti n’ont pas brillé dans leur application des directives lors du Grand Tournant. La mise en place de la collectivisation forcée, en 1929-1930, révélait le manque de contrôle du centre sur ses ramifications locales. D’une part, l’application avait été faite mécaniquement, sans que les réunions prévues pour expliquer et convaincre les paysans aient été faites. De l’autre côté, le mouvement de masse en faveur de la collectivisation, notamment des paysans pauvres, avait dépassé la capacité de canalisation des fonctionnaires du Parti. Il en est ressorti que l’opération, qui visait à convaincre, s’est mue en contrainte. Staline y mit bon ordre avec son article intitulé Le vertige du succès. En mars 1930, sa publication dans la Pravda a rappelé le fait que la collectivisation ne devait pas être contrainte.

    Ceux qui avaient failli, au cours de cette lutte des classes intense, ont été sanctionnés. C’est là le fondement de la purge de 1930, qu’une certaine historiographie rattache artificiellement aux procès et à la « grande terreur ». Celle-ci est effectivement une grande révision des listings du Parti Communiste d’Union Soviétique ainsi qu’un durcissement des conditions d’adhésion. Alors que, dans le cadre de la NEP, les rangs s’étaient ouverts assez largement, avec des campagnes de recrutement, à partir du début des années 1930, le ton change. Les NEPmen et les smenovekhovtsy sont la cible de fond des campagnes de ce type. Ceux qui s’opposent à la ligne du Parti sur la question de la collectivisation ou du passage à une économie planifiée sont écartés. Le Parti se tend dans un effort d’ampleur : régler la question de la transformation complète de l’économie.

  • Appel de l’ICOR à la lutte écologiste !

    Appel de l’ICOR à la lutte écologiste !

    20 et 27 septembre*- Grève mondiale pour le climat !

    * selon les pays, les jours peuvent varier.

    Sauvons l’environnement de l’économie de profit ! Résistance active !

    A l’initiative du mouvement de la jeunesse rebelle international Fridays for Future, les journées du 20 au 27 septembre vont être marquées par des protestations de masse retentissantes dans le monde entier. Les jeunes ont appelé à une semaine d’action pour la lutte pour la sauvegarde de l’environnement, parce que « … c’est une tâche pour toute l’humanité. (…) C’est pourquoi nous appelons tous les hommes [et les femmes] à participer à une grève mondiale pour le climat. ». La jeunesse prend ses responsabilités, le mouvement est passé à plus de 1,5 million et n’est pas qu’un feu de paille. Depuis des mois, la jeunesse est active dans la rue, dans plus de 100 pays, tous les vendredis.

    Les protestations des Fridays for Future sont justifiées : Canicules, sécheresses, inondations – aujourd’hui déjà, la crise climatique détruit la vie et les moyens d’existence de millions de personnes au plan mondial. Elle exacerbe les inégalités déjà existantes, viole des droits fondamentaux de l’Homme, génère des flux de réfugiés et contribue à aggraver les dangers de guerre. Si l’on n’arrive pas à arrêter le réchauffement de la planète radicalement et sur le champ, la menace de catastrophe climatique se concrétisera.

    Récemment, le glacier Okjökull a été « liquidé» en Islande. Un glacier qui a grandi pendant plus de 500 ans disparaît en seulement 50 ans. Il s’agit d’une illustration massive du changement climatique. Avec le déboisement de la forêt tropicale, le « poumon vert » et un grand réservoir de carbone de la terre sont détruits pour une longue durée. L’objectif capitaliste est d’arracher des profits maximaux pour les monopoles agricoles et commerciaux. 74 000 feux ravagent la région amazonienne et atteignent la Bolivie et le Pérou après le Brésil. 

    Le 20 septembre, non seulement les jeunes quitteront les écoles et se réuniront sur les places publiques, mais l’ensemble de la population est appelé à faire de cette journée une grande journée internationale de protestation : en plus des jeune, les ouvriers dans les usines, les syndicats, les organisations de femmes, les organisations environnementales, les partis et mouvements révolutionnaires, doivent se rejoindre. 

    Il va de soi que l’ICOR appelle ses 57 organisations membres sur les cinq continents à faire de cette journée une journée d’action à l’échelle mondiale. Cela fait partie de la construction d’un front de résistance international. Un front pour sauver l’environnement de l’économie de profit, pour la fraternisation du mouvement ouvrier et écologique, contre la division. Un front qui appuie la lutte pour l’emploi et les questions sociales, d’une part, et pour la protection de l’environnement naturel d’autre part.

    Depuis sa fondation, l’ICOR a mis en place une journée d’action annuelle pour l’environnement. 

    Le gaspillage de matières premières précieuses sape les fondements de la vie des générations futures. Démagogiquement, les bourgeoisie exigent que nous choisissons entre la protection de l’environnement naturel et nos emplois. Ils mettent en concurrence, par l’action des gouvernements qui leurs sont soumis, les possibilité économique de vie contre les possibilités environnementales. Nous n’acceptons plus cela ! Les criminels environnementaux qui siègent dans les conseils d’administration des cartels capitalistes sont tout autant responsables de la dégradation de l’environnement que des pénuries de logement, de la pauvreté de masse.  

    La lutte pour la protection de l’environnement naturel et nos revendications sociales sont inextricablement liées. 

    Cette année, la Conférence des Nations Unies sur le climat se tiendra au Chili du 2 au 13 décembre. L’ICOR participera au « Contre-sommet alternatif » et fera du 7 décembre la Journée de lutte pour l’environnement 2019

    Mais il importe que l’ICOR apparaisse déjà au mois de septembre au niveau international et puisse susciter le débat sur la solution stratégique de la question environnementale. Elle a pour ambition de contribuer à donner au mouvement de rébellion de la jeunesse une plus grande clarté de vue, une détermination et des perspectives révolutionnaires. Notre but est de restaurer l’unité et l’harmonie de l’humanité et de la nature par le changement de société. 

    Pour réussir ce changement, nous avons besoin de la lutte victorieuse pour la démocratie, la liberté et la révolution socialiste internationale. 

  • La contre-offensive fasciste vers les Gilets Jaunes.

    La contre-offensive fasciste vers les Gilets Jaunes.

    La contre-offensive fasciste vers les Gilets Jaunes.

    L’extrême-droite est toujours dans l’embarras quand il s’agit des mouvements sociaux. Elle n’est pas à l’aise dans ce type de cadre, qui ne correspond pas à ses méthodes de communication habituelles.

    L’an dernier, l’extrême droite a tenté de s’infiltrer dans le mouvement des Gilets Jaunes et d’en prendre la direction. Ses slogans et ses banderoles ont été omniprésentes au début de la mobilisation, notamment du fait du retard au démarrage de la plupart des groupes de gauche (à l’exception peut-être de LFI). Cependant, dès le départ, l’extrême-droite s’est montré en décalage par rapport aux positionnements spontanés du mouvement social. Ainsi, s’ils ont bien voulu évoquer la question des taxes, en bons libéraux qu’ils sont fondamentalement, ils n’ont pas voulu creuser la question de l’exploitation. Lorsque des questions ont commencé à émerger sur le capitalisme, ils ont freiné des quatre fers et ont tenté de réorienter le mouvement. Ainsi, ils ont eu leurs lubies, sur le « pacte de Marrakech », supposé ouvrir les vannes d’une immigration totale, sur l’UE et le Frexit, sur les élites mondialisées… etc.

    Sur Lyon, ils ont provoqué des incidents qui les ont peu à peu marginalisés, tandis qu’ils ont toujours redouté de prendre publiquement la parole lors des Assemblées Générales. Peut à peu, ils ont disparu, et ce pour un grand nombre de raisons.

    La confrontation entre les Gilets Jaunes et la Police. Les mouvements d’extrême-droite sont bien implantés dans les forces de l’ordre, en particulier dans les branches les plus agressives de celles-ci, qui s’occupent principalement du maintien de l’ordre (BAC, CRS…). S’en prendre directement à la Police est une activité qui n’est pas dans leurs habitudes, et qui, de plus, les met en porte-à-faux avec leur base sociale. Idéologiquement, même, ces fanatiques de l’Ordre sont gênés par le caractère tumultueux propre aux mouvements sociaux explosifs.

    Mettant en avant un hypothétique intérêt national transcendantal, qui, en dernière instance, est constitué par la soumission la plus crasse à la bourgeoisie la plus chauvine, ils ne peuvent réellement se couper de leurs maîtres. Historiquement l’extrême-droite s’est toujours trouvée prise au piège. Soutenir les grèves, cela revient à se fracasser contre le veto de leurs financeurs. Pour détourner les exploités et les exploitées de la lutte contre leurs bourreaux, il leur faut donc inventer un ennemi. Impérialisme étranger, mondialisme, diktat de l’UE… qui seraient autant de carcans qui empêchent le « bon patronat français patriote » de réaliser sa mission sociale et d’apporter la richesse et la prospérité.

    L’ennui avec les accusations mensongères, c’est qu’elles ne tiennent qu’un temps. L’exemple typique étant sur le fait d’accuser les migrants et migrantes ainsi que les Français et Françaises issues de l’émigration. La dynamique propre aux mouvements sociaux populaires, qui brassent des individus partageant les mêmes intérêts de classe, sans distinction d’origine ou de religion, a été un autre écueil.

    La rhétorique fasciste ou d’extrême-droite s’adresse à l’individu atomisé, isolé, derrière son écran d’ordinateur ou de téléphone. Elle joue sur la fragmentation des classes sociales en fonction de critères définis arbitrairement selon le goût du jour. Face à la réalité de la mobilisation, elle a pu faire illusion encore un temps. Cependant, avec l’impulsion des Assemblées Générales, avec la fréquentation mutuelle sur les ronds-points, avec la lutte commune contre la répression, les barrières artificielles ont sauté. Même des individus possédant une sympathie pour l’extrême-droite ont travaillé conjointement avec des forces et des groupes sociaux qu’ils conspuaient. Cela a illustré la faiblesse criante de l’embrigadement fasciste.

    Pour allumer un contre-feu, des réactionnaires d’un autre type, avec Finkielkraut en tête, ont peint les Gilets Jaunes en fascistes. Ils ont tenté de semer la fragmentation en jouant sur le sentiment antifasciste sincère, tout en jetant les plus vulnérables dans les bras des racistes. Cette manœuvre n’a pas fonctionné comme prévu.

    Voir article en dessous :

    https://unitecommuniste.com/france/halte-a-linstrumentalisation-de-la-lutte-contre-lantisemitisme/

    Le courant progressiste et révolutionnaire a marqué des victoires l’année passée. Des victoires sur la question de la nature de l’État, comme moyen répressif contre la lutte des classes, du gouvernement comme conseil d’administration des couches dominantes de la bourgeoisie, de la prétendue démocratie comme expression de la dictature du patronat. Ces victoires sont essentielles, fondamentales !

    Mais il serait une erreur terrible de considérer qu’elles sont gravées dans le marbre et qu’elles forment des bastions. Elles sont des avancées, mais des avancées au milieu d’un océan. Elles ne deviennent des victoires que si elles contribuent à renforcer les organisations politiques, syndicales, ou même sous d’autres formes.

    Le gouvernement, la bourgeoisie et ses auxiliaires, dont les fascistes, se sont empressés de lancer une contre-offensive idéologique. Cette contre-offensive prend plusieurs formes, mais essaie de s’emparer de l’énergie colossale libérée par le mouvement social pour le retourner contre ses intérêts. Soit en le tournant dans des voies stériles, telle qu’une lutte donquichotesque contre un prétendu mondialisme menaçant, soit en le tournant dans des attitudes pogromiste, comme tente de le faire Damien Lefèvre, alias Damien Rieu.

    D. Rieu, en allusion à l’écrivain fasciste Drieu la Rochelle, et ses sbires essaient ainsi de détourner un mouvement qui cible le capitalisme pour en faire un mouvement anti-migration, sans jamais poser la question de la raison du départ des migrants. Et pour cause, les fascistes soutiennent l’impérialisme français, dont ils ont toujours été les laquais serviles. Ils l’ont démontré, d’ailleurs, en négociant pour le groupe Lafarge, des contrats avec l’État islamique. Ils le montrent également en acceptant l’argent des cartels, tel le site F.Desouche, par ailleurs enregistré en Inde. Enfin ils l’ont aussi démontré en vendant des armes aux terroristes qui ont attaqué le journal Charlie Hebdo, vente réalisée, d’ailleurs, par un indicateur de police.

    Aujourd’hui, alors que le mouvement est dans une phase de reconstruction et de réorganisation, pourquoi les fascistes sont à l’offensive :

    La majorité des Assemblées Générales ont décru fortement. En leur sein, cependant, les positions fascistes ont été constamment et systématiquement balayées. L’autre grand pan qui demeure est la constitution de groupes d’échange sur Facebook. Or, ces groupes sont le cheval de Troie des conceptions fascistes. L’extrême-droite possède indéniablement une bien meilleure utilisation d’Internet que l’extrême-gauche. Elle possède un avantage immense sur celle-ci : elle ne fonctionne pas par l’explication scientifique et par la démonstration, mais par l’instillation. Les fascistes n’ont jamais rechigné à mentir (Hitler faisait d’ailleurs la promotion du mensonge en politique dans Mein Kampf), à inventer des rumeurs, à répandre des Fake news… Ils n’ont pas besoin même de désigner une cible précise ou d’expliquer un mécanisme économique, il suffit d’un « on sait très bien ce que ça veut dire », ou d’un « tu sais très bien de qui je veux parler ». Ils utilisent d’ailleurs des procédés associatifs, permettant de relier deux événements séparés (L’écologie masquant l’offensive migratoire, un scandale masquant la signature d’un « pacte »…).

    Battus sur le terrain et dans la réalité concrète, les fascistes font donc leur rentrée par la diffusion massive, constante, de nouvelles plus ou moins réelles, de faits plus ou moins vraisemblables. Ils accompagnent cela d’un travail immense d’utilisation des faux-comptes, des prêtes-noms, permettant de créer des biais de confirmation et de donner du poids aux stupidités proférées. Ils surfent donc sur la vague d’un mouvement dans lequel ils ont agi en parasites, profitant de la recherche de réponses — que la gauche institutionnelle ne peut donner, et de l’atomisation des mobilisés et mobilisées. Or, les fascistes et leur propagande constante marque des points, intoxique et impacte durablement les esprits, car allant dans le sens de la plus faible résistance : celui de l’amalgame et de l’instillation.

    Il est de notre devoir de prendre gare à ce risque : celui d’un retournement de situation complet, fruit de notre faiblesse (en tant que courant comme en tant qu’organisations). Rien ne prémunit contre le fait que les fascistes puissent parvenir, eux, à se renforcer.

    Certes des mouvements sociaux vont naître, à l’automne, en réponse aux offensives débridées sur les retraites. Mais ces mouvements reprennent des bases traditionnelles (syndicats, organisations politiques…) qui sont des formules dans lesquelles ceux et celles qui se sont engagées dans les Gilets Jaunes ne se retrouvaient pas avant. Rien ne permet d’indiquer qu’ils s’y retrouveront désormais. Les hésitations de la CGT n’ont pas permis aux forces syndicales d’apparaître comme un point de repère dans la lutte de l’an passé. Malgré l’exceptionnelle volonté d’une grande partie de la base syndicale, les syndicats ne sont pas sortis grandis de l’épreuve, voir peut-être l’inverse. Il en est par ailleurs de même pour les organisations politiques.

    C’est là où la vigilance s’impose. Mobilisés et mobilisées sont ciblés par la propagande réactionnaire. Savoir qui l’emportera — et la forme de ce que signifie l’emporter — est une énigme. Pour la première fois, en dépit de leur échec, les fascistes ont pu intervenir dans un mouvement de masse. Faut-il s’habituer à les voir opérer ainsi ? Dans le cas d’un renouveau du mouvement des Gilets Jaunes, ou d’une nouvelle édition, il est tout à fait envisageable qu’ils puissent reprendre une offensive sur le terrain et adapter leur attitude. Nous ignorons à quelle conclusion ils sont parvenus, mais il est certain qu’ils en ont tiré. Reste à déterminer lesquelles.

    Pour le moment, nous incitons à répondre le plus possible aux manœuvres des fascistes au travers des réseaux sociaux, à dénoncer leur attitude, à rappeler leur véritable nature. Il est important que cette question ne soit pas sous-estimée. L’année 2019-2020 sera une année d’offensive. Se battre avec d’un côté l’appareil d’État, sa propagande et sa force immense et de l’autre le coup de poignard des fascistes est un risque trop important pour être négligé.

  • Hô Chi Minh

    Hô Chi Minh

    50e anniversaire du décès de Hô Chi Minh

    L’Unité Communiste de Lyon salue la mémoire d’un héros de la lutte révolutionnaire et anti-impérialiste. Hô Chi Minh (1890-1969) a mérité largement sa place au Panthéon des combattants et combattantes de la Justice, de la Liberté réelle et de l’Égalité véritable. Aujourd’hui, c’est le 50ème anniversaire de son décès.

    Nguyễn Sinh Cung, plus tard connu sous le nom de Nguyễn Tất Thành (grandes espérances), de Nguyễn Ái Quốc (le patriote) et enfin d’Hô Chi Minh a dévoué sa vie à lutter contre la colonisation, contre l’impérialisme, pour un monde socialiste, de paix et de liberté. Toute son existence fut un combat.

    Dès son plus jeune âge, il s’est engagé, tout d’abord au sein du mouvement nationaliste Cần vương, qui voulait restaurer une autorité unique, monarchique, sur un Vietnam unifié. Chassé de son école après une participation à une manifestation de paysans, en 1908, il passe les années suivantes à traverser l’ensemble des provinces de l’Indochine. A partir de 1911, il travaille comme cuisinier sur des navires de commerce, voyageant sur a Terre entière. Ses voyages l’ont emmené à la rencontre d’autres mouvements de lutte, notamment Irlandais, mais aussi à la découverte du mouvement révolutionnaire communiste.

    Il adhère a celui-ci, rompant avec le nationalisme bourgeois. A Paris il contribue à la formation d’un premier bloc nationaliste progressiste. Il y écrit également des pièces de théâtre et un ouvrage : Le Procès de la colonisation française. A la fin de la Première Guerre mondiale, Hô Chi Minh, qui se fait alors appeler “le patriote”, tente d’intervenir dans la Conférence de Versailles, réclamant des droits pour le peuple Vietnamien. La déception fasse aux espoirs suscités par Wilson est importante.

    Au moment de la rupture entre la IIe et IIIe Internationale, il soutient les positions de Lénine. Durant l’entre deux guerres, il est de tous les combats. Il contribue tant à la lutte en Chine, en Asie du Sud-Est, qu’a la création des bases du PCI -aidé par Mao Zedong- en Indochine. Son expérience en tant que commissaire politique de la VIIIe armée en Chine lui donne les bases de l’art militaire.

    Pendant la Seconde Guerre mondiale, il organise la résistance contre Vichy et les Japonais en Indochine. Il y prend le nom de Hô Chi Minh : “Celui qui éclaire”. Grâce à l’appui militaire de l’OSS américain, il contribue à libérer le Vietnam.

    Immédiatement après la guerre, il proclame l’indépendance du Vietnam, le 2 septembre 1945. Les français reprennent cependant le contrôle du pays, avec la complicité de l’armée de Tchang Kaï Check. De longues négociations commencent, tandis qu’une Assemblée constituante est élue le 6 janvier 1946. Les accords Hô-Sainteny, signés en mars, sont un espoir d’une décolonisation pacifique.

    En novembre, les français violent ces accords en reprenant unilatéralement le contrôle des douanes. Des incidents éclatent. La marine bombarde, le 23 novembre, la ville de Haïphong, tuant entre 6 000 et 20 000 civils. La guerre commence. Elle est cruelle. La France utilise tous les moyens à sa disposition pour conserver le contrôle de l’Indochine. La IVe République, marquée à gauche, durcit le ton. Le conflit se crispe et la France rentre de plain-pied dans la Guerre froide. Contre toute attente, l’Armée française perd la guerre. Les massacres et le napalm n’ont pas eu raison de la détermination d’un peuple. A Dien Bien Phu, le camp retranché se rend, tuant l’espoir de victoire.

    Le Vietnam peut respirer ? Hélas non. Les Américains, qui refusent toute idée de céder du terrain au communisme, installent la dictature tyrannique de Diem, apprenti-fasciste. Celle-ci, au service des colonisateurs et des impérialistes, est hautement impopulaire. Elle vacille. Pour la faire tenir de force, les Américains interviennent progressivement. La guerre du Vietnam commence. Hô chi Minh n’en voit pas la fin. En 1969, il meurt, à 79 ans, le jour anniversaire de l’indépendance. Il est embaumé contre sa volonté, son corps étant toujours exposé dans un mausolée, à Hanoï.

    Son pays, terrain de bataille de la Guerre froide, ne connaît la paix qu’à partir de 1975, après 34 ans de guerre.

    L’oeuvre d’Hô Chi Minh, cependant, dépasse le cadre de sa vie et sa personne seule. Avec d’autres combattants de la cause anti-impérialiste, comme Mao Zedong, Hô Chi Minh a contribué à concevoir les règles de la guérilla révolutionnaire. Cette guerre différente des autres, politique plus que militaire, a été la clé du succès contre les immenses forces des Français, des Japonais et des Américains et de leurs laquais. Se basant sur les masses populaires et sur leur liaison avec l’armée, sur la dispersion et la concentration des forces, sur les embuscades, l’usure, la peur, ces méthodes ont permis de triompher face des forces infiniment supérieures. Ces théories ont fait école et sont universellement appliquées par tous les mouvements de libération armée.

    Le peuple vietnamien, malgré les tortures, les bombes, le napalm et les produits chimiques, à tenu bon. Même lorsque les impérialistes ont vidé les campagnes pour enfermer la population dans les “hameaux stratégiques”, ces camps de concentration massifs, la lutte a perduré. Elle a réduit à néant les plans d’asservissement du Vietnam.

    Les manœuvres, la maîtrise de la défensive, usent les ennemis impérialistes, militairement et politiquement. Les français s’enferment dans des forteresses, s’assiégeant eux-mêmes. Les américains s’humilient dans une guerre meurtrière et impitoyable, dans laquelle ils se démasquent comme des bourreaux.

    Surtout, il suscite l’admiration. Nombre de soldats désertent les rangs de l’armée colonialiste pour venir rejoindre celle du Vietnam. Les soldats des colonies, qui se battent contre leurs frères d’oppression, n’oublieront pas cependant les règles qu’ils ont apprise, quant vint, pour eux aussi, l’heure de lutter contre la métropole.

    En dépit du changement de nature progressif de l’Union soviétique, passant du socialisme au social-impérialisme, à la suite de XXe et XXIIe congrès du PCUS (1956, 1962), le Vietnam n’a pas accepté l’alignement. Malgré sa dépendance militaire envers l’URSS, pour son combat de libération, les révisionnistes ne parviennent à prendre le pouvoir dans le Parti qu’après la mort d’Oncle Ho. Certains, comme V N’Guyen Giap (1911-2013), ont continué à lutter jusqu’à leur mort pour défendre l’idée d’un Vietnam socialiste.

    Pourquoi, pour nous, organisation française, il est particulièrement important de souligner le rôle d’Hô Chi Minh ? Nous devons le marteler : notre impérialisme n’est pas notre ami, il est notre premier ennemi, notre bourreau principal, avant toute autre considération.

    L’impérialisme, par les super-profits qu’il dégage, nourrit l’illusion d’enrichir les masses populaires de la métropole, nous pousse à adhérer à ses projets, à ses plans, à défendre “la place de la France dans le monde”. Bon nombre succombent à ces appels, car, dans leur vision des choses, détruire l’impérialisme français reviendrait à “faire le jeu des autres” mais aussi à “s’attaquer au pouvoir d’achat des français (de métropole)”.

    Dans un monde plein, découpé entre impérialismes, chaque affaiblissement ou renforcement de l’un se fait fatalement au détriment de l’autre. Cet argument, logique, est capitulard. Il ne faudrait jamais lutter, sans quoi les USA, l’Allemagne, ou la Chine nous écraseraient. Cette absence de foi dans l’immense force populaire, libérée de l’entrave du capitalisme, les condamne à l’inaction.

    Oui, sans les subsides de l’impérialisme, sans les miettes, les rentes seraient plus faibles. Mais pour qui ? L’argent colonial, comme métropolitain, est capté par les grands bourgeois, les impérialistes. Il est dilapidé par leur appareil oppression et de contrôle. Se libérer de l’impérialisme, prélude au fait de se libérer du capitalisme, n’appauvrira pas. Au contraire, il libérera ces immenses richesses accaparées par les parasites que sont des bourgeois.

    L’impérialisme français et son système criminel d’oppression ne rend pas plus riche, il donne l’illusion de l’être, tout en maintenant les masses populaires dans l’apathie et dans la dépendance.

    Soutenir les mouvements de libération nationale, combattre l’impérialisme français, c’est aider nos frères et nos sœurs qui subissent l’oppression. C’est également avancer sur la voie de l’émancipation générale. Cela ne doit jamais quitter l’esprit des communistes.

    Hô Chi Minh éclaire toujours notre chemin, celui de la Liberté !

  • Crise écologique : solution politique.

    Crise écologique : solution politique.

    L’été 2019 a été un été de tous les records et de tous les dangers.

    Un record de 46.0 °C enregistré en France le 28 juin 2019 ; un mois de juillet 2019 considéré comme le mois le plus chaud jamais enregistré dans le monde ; des températures mortelles en Inde ou en Iran… A cela s’ajoute des records de formation d’algues vertes en Bretagne, de consommation d’énergie (59 715 mégawatts  le 24 juillet à 12h45 pour la France)…

    Records de fonte de la calotte polaire et des inlandsis, notamment en Alaska et au Groenland.

    Surtout, ce sont les invraisemblables incendies qui ont ravagé les grandes forêts, que celles-ci soient en Sibérie, en Afrique subsaharienne ou l’Amazonie.

    La situation empire. Aujourd’hui, plus personne ne peut porter un regard serein vers demain sans que ne se posent des questions brûlantes. L’enjeu écologique, les luttes sociales, les tensions géopolitiques forment une épée de Damoclès sur l’ensemble des espoirs d’avenir. La situation se dégrade avec une rapidité telle qu’elle en est parfaitement discernable en quelques étés.

    Il n’est plus possible de nier la réalité concrète et manifeste de cette question, qui n’impacte pas uniquement le confort de vie, mais commence à menacer la possibilité de celle-ci. Les origines en sont multiples, mais leur racine est commune : le système de production et de consommation. Celui-ci ruine progressivement les ressources naturelles, que ce soit dans l’exploitation minière ou de la biomasse. L’impact est flagrant. « Les humains représentent 60 millions de tonnes de carbone, le bétail pèse 100 millions de tonnes, les mammifères sauvages 7 millions de tonnes, les poissons 700 millions de tonnes, les oiseaux sauvages 2 millions de tonnes. » (Olivier Monod, 2018)

    98 % des mammifères sont soit des humaines soit des animaux d’élevage. Cette inconcevable déséquilibre produit logiquement un effet sur la capacité qu’a la Terre à se régénérer.

    Nous ne sommes pas égaux face à la pollution et à la destruction de l’environnement. Entre pays dominés et dominants, les flux de matière premières et de déchets décrivent l’inégalité des échanges. Les suds sont étouffés sous les déchets, se noient dans la pollution. De plus les infrastructures de ces pays ne sont pas capables de supporter les transformations liées au réchauffement climatique. La ville de Jakarta, en Indonésie, s’enfonce inexorablement dans la mer. Les institutions et les quartiers riches déménagent, tandis que les pauvres restent sur place.

    Dans les pays développés, malgré une certaine amélioration par rapport à l’époque du Grand Smog de Londres, qui a tué 12 000 personnes en 1952, les problèmes restent. Si les activités les plus polluantes ont été transférées ailleurs, il n’en demeure pas moins que l’exposition aux substances nocives n’en est pas moins le reflet des inégalités sociales. Les agriculteurs sont exposés aux pesticides, qui contiennent notamment des produits tératogènes (attaquant le patrimoine génétique), tandis que les quartiers populaires sont le plus souvent à l’est des villes, dans le flux d’air pollué. Ce n’est pas un hasard si les quartiers riches sont à l’ouest de Paris ou de Lyon.

    Pour beaucoup, enrayer cette spirale infernale passe par une modification des habitudes, des pratiques de consommation. C’est quelque chose de respectable. Nous regardons l’ensemble des initiatives personnelles qui peuvent être faites comme étant positives. Il est aisé de balayer d’un revers de la main le fait de limiter sa consommation de viande, de vouloir tendre vers le zéro déchet, de vouloir faire des économies d’énergies…Nous pensons qu’il faut, au contraire, encourager cet effort personnel, le rendre collectif. Il est positif à une petite échelle et il contribue à une prise de conscience.

    Mais la sphère individuelle est la face émergée d’un iceberg. La plus grande part de la pollution et de dévastation de l’environnement est issue du secteur de la production et du transport, secteur sur lequel les citoyens et citoyennes, même des États les plus démocratiques du monde, n’ont pas leur mot à dire. Même les élus, les députés, les sénateurs et sénatrices ne sont pas consultés sur les décisions les plus stratégiques de l’économie. Elles sont trop importantes pour être posées sous la forme de question. Elles rejoignent l’existence d’une sphère qui est celle du capitalisme monopolistique d’État. Elle est l’État profond, là où il n’existe pas de vote, pas d’élection. Les invasions du Niger, de la Côte d’Ivoire, du Tchad ne sont pas des sujets qui sont soumis aux votes de députés. Elles sont trop importantes, trop stratégiques pour être discutées, même devant des laquais et des exécutants serviles des désirs des impérialistes. Les contrats des grandes entreprises de l’armement ou de l’industrie sont directement des affaires d’État.

    C’est ce que certains appellent l’intérêt de la France dans le monde, intérêt qui fait consensus au sein de l’ensemble des partis qui prétendent au pouvoir sous un régime capitaliste. Dans le fond, nous n’avons pas notre voix au chapitre pour exiger que les marchandises soient produites différemment. Nous n’avons pas de droit de regard sur l’eau que nous buvons, sur l’air que nous respirons, sur les produits néfastes que nous ingurgitons. Ils représentent des marchés trop précieux pour être discutés.

    Sans remise en cause du capitalisme, il n’est tout simplement pas possible d’obtenir une transformation radicale du mode de production et de consommation. Les capitalistes ne sont pas pour autant subjectivement des assoiffés de destruction. Cependant, ils voient bien que s’ils réduisent leur rentabilité pour quelque raison que ce soit, s’ils renoncent à ravager une forêt, s’ils perdent un marché, ils seront dépassés par d’autres et broyés. Car tel est le jeu du capitalisme et de la concurrence entre monopoles. Il faut donc brûler les forêts, éventrer les sols et assécher les marais, car « si ce n’est pas moi, ce sera mon voisin qui en profitera » et « après moi le déluge ».

    Cette spirale infernale rend objectivement les capitalistes rapaces, assassins et écocides.

    Les seules fois où des normes sont évoquées, elles ne le sont que dans la mesure où elles permettent à ces monopoles de conserver leurs marges et leurs marchés, voir de les agrandir en mettant à l’amende les entreprises ou les cartels les plus faibles. C’est le sens des normes européennes. Elles sont le produit des rapports de forces entre les cartels. D’ailleurs, elles ne s’appliquent qu’aux plus faibles, les entreprises françaises de l’agro-alimentaire rejetant celles sur les pesticides par exemple.

    Nous ne pouvons décemment pas faire confiance dans les dirigeants et dirigeantes pour régler cette question. Lorsqu’ils parlent d’écologie, comme l’a fait Macron, avec des trémolos dans la voix, c’est uniquement si cela leur sert de point d’appui pour avancer leur propre agenda. Ainsi, Macron s’en est pris à Bolsonaro uniquement dans un but de se faire valoir lui-même et de se démarquer du fasciste. Les attaques rendaient impossible pour le Brésil de pouvoir accepter l’aide extérieure sans être humilié d’une manière très colonialiste. Aide extérieure d’autant plus minable qu’elle se résumait à un pourboire. 20 millions de $, quand le musée des Confluences à Lyon, par exemple, en a coûté 380 000 000. Cette aumône ridicule illustre le mépris envers l’Amazonie et la biosphère de la part des grands dirigeants de ce monde.

    Conscients que la question est un enjeu important pour les élections, chaque camp se prépare à sortir son arsenal de mesurette, pour promettre un avenir plus vert, plus doux, plus écologiste. Ainsi, Édouard Philippe fait sa rentée à Roubaix sur le terme du zéro déchet. Mais cela reste de l’esbroufe, tout comme la montée de EELV, qui se couchera devant les libéraux dès le moment venu.

    Dans tous les cas, l’écologie bourgeoise et réactionnaire ne propose que deux voies :

    Celle d’un libéralisme vert, d’un greenwashing de l’économie capitaliste, dans le seul et uniquement but de lui donner un souffle nouveau et d’exploiter des ressources différentes. Au mieux, elle est un label publicitaire, au pire, elle est même une écologie impérialiste, déclenchant des guerres pour les terres rares, pour l’or bleu, pour les ressources.

    Celle d’une écologie fasciste, basée sur l’exigence de sacrifices pour les masses, sur le maintien de la misère et de l’arriération pour des régions entières du monde, pour les prolétaires et les sous-prolétaires, tandis que les bourgeois et les bourgeoises peuvent continuer à rouler dans l’opulence et la richesse.

    Nous avons besoin d’une écologie révolutionnaire.

    Les rapports établis par les scientifiques sont formels quant à la menace sur notre environnement, voire sur les possibilités pour l’espèce humaine d’habiter encore dans certaines des parties les plus chaudes de la planète. Les scientifiques sont unanimes, même s’ils ne le prononcent pas sous ces termes-là : L’économie de marché n’est pas compatible avec la survie de l’espèce humaine.

    Nous sommes confrontés à une situation dans laquelle, à terme, la dégradation de l’environnement conduit à la catastrophe. La démocratie, en régime capitaliste, ne permet que de moduler le temps qui nous sépare de cette situation, mais ne permet absolument pas de pouvoir éviter celle-ci. Quant aux dégâts sur les biotopes, ils sont d’ores et déjà, pour certains, irréversibles.

    Nous sommes au pied du mur. Si nous voulons même survivre en tant qu’espèce, nous devons prendre les choses en main en tant que classe sociale ! Face à la puissance des intérêts des grands monopoles capitalistes, nous avons besoin de nos propres institutions, populaires et démocratiques. La rentabilité est le critère premier, suprême, de la production. Celui-ci doit devenir le fait de fournir une réponse aux besoins matériels et culturels de l’Humanité, dans le respect des capacités de production et de régénération de la Terre. Pour réaliser cela, nous avons besoin du pouvoir. Nous avons besoin d’être organisés largement, politiquement.

    Seul le contrôle réel du pouvoir, par les masses populaires, contre l’ordre de la bourgeoisie et des exploiteurs peut permettre d’atteindre l’objectif de mettre en place une économie planifiée. Une économie qui élimine le concept de concurrence et de rentabilité.

    Une économie basée sur la réponse aux besoins.

    Une économie qui prend en compte des cycles naturels de la Terre.

    Une économie démocratique.

    Les régimes socialistes n’ont pas toujours su poser avec discernement la question de l’écologie, prisonniers qu’ils étaient entre des clés de compréhension primitives des écosystèmes et d’un impératif de tenir le rythme imposé par les agresseurs capitalistes.

    Cela n’enlève en rien le fait qu’ils ont été les premiers à poser la question de la biosphère et d’un développement harmonieux de l’économie par rapport à la nature. Celle-ci n’était plus considérée comme une marchandise, mais comme une source de richesses, dont la vie était la plus précieuse.

    En dépit des failles qu’on put connaître ces régimes pionniers ils forment la « voie étroite vers la survie ». Une véritable économie de guerre contre l’écocide et la dévastation de l’environnement.

    Soyons unitaires sur cette question en dépit de nos divergences :

    Il existe une quantité de questions sur la production industrielle, alimentaire, sur les perspectives pour l’ensemble de l’espèce humaine et de la planète. Les perceptions diffèrent en fonction des individus, des groupes politiques et sociaux, des idéologies. Nous ne pensons pas que notre organisation doit, de manière autoritaire, imposer un point de vue sur cette question, qui relève de la démocratie populaire.

    Ces questions sont importantes et ont droit de cité. Mais leur résolution, dans le cadre d’un débat démocratique, ne peut avoir lieu qu’uniquement dans le cadre de la démocratie populaire. Elle doit être construite.

    A l’heure actuelle, il n’existe pas de grand Parti révolutionnaire pouvant fédérer les forces qui veulent combattre le capitalisme et mobiliser les masses populaires. Ce Parti doit naître. Nous travaillons à cela, avec d’autres forces, ici comme à l’international.

    Cette lutte, vitale, est essentielle pour que l’Humanité ne soit pas balayée d’un revers de la main par l’histoire, qu’elle ne rentre pas dans la longue liste des espèces qu’elle a fait – de sa propre action – disparaître.

    Unifions nos forces, battons les exploiteurs, construisons la seule société écologiste : la société communiste.

  • Communiqué commun UPML/UCL

    Communiqué commun UPML/UCL

    Avançons ensemble !

    L’Unité Communiste de Lyon et l’Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste se sont réunies durant l’été. Nos deux organisations ont pu débattre de la situation nationale et internationale, des pratiques de lutte et des perspectives de celles-ci.

    Nous considérons que cette rencontre est un succès sur plusieurs points :

    Plusieurs questions ont été abordées traitant les questions sur le fond, en utilisant une culture du débat prolétarien. Venant d’horizons divers, nous portons des analyses sous des angles différents. Mais ces différences de point de vue qui peuvent parfois apparaître ne forment pas des obstacles à la construction commune. Elles n’ont pas à être aplanies en amont de ce rapprochement. Au contraire, seul un cadre débat unique permet que celles-ci puissent évoluer en profondeur et qu’une position unitaire apparaisse. Nous ne voulons pas d’un débat entre sectes, nous voulons construire une organisation communiste.

    Nous portons un constat commun sur la conjoncture future. La crise du capitalisme et de l’impérialisme n’est pas terminée. Elle s’approfondit, au contraire. Les relations internationales sont soumises à une tension croissante, que ce soit dans le domaine du commerce ou dans les rapports géopolitiques. Cela n’empêche pas l’existence de tendances importantes à l’intégration entre les capitaux et les entreprises, à l’exemple du conglomérat Chrysler-Fiat-Renault.

    Les luttes de l’an passé, quel que soit le domaine, ont montré que les masses populaires recherchent des solutions en dehors du cadre de société capitaliste. L’ensemble des luttes, qu’elle soit celle de Gilets jaunes, celle des écologistes, celle des travailleurs et des travailleuses ou des migrantes et des migrants ont montré que ce système ne parvient plus à apporter autre chose que misère et répression.

    La tendance qu’ont les gouvernements du monde entier à restreindre chaque fois davantage les droits politiques et économiques des masses populaires n’illustre pas la force du capitalisme. Elle illustre, au contraire, la fragilité d’institutions à bout de souffle, qui ne parviennent plus à camoufler leur corruption et leur assujettissement aux désirs des capitalistes. La tromperie ne fonctionnant plus, ils recourent à la force.

    Une année de combat s’ouvre, l’UPML et l’UCL joueront, ensemble, leur rôle.

    Nous avons également abordé, dans ce cadre, l’articulation de la lutte politique et de la lutte économique, notamment par le travail en sein des syndicats, la défense de la syndicalisation, du syndicalisme de lutte et la promotion du rassemblement vers un syndicalisme unique et combatif.

    La manière dont nos organisations conçoivent l’application de la ligne de masse, du travail au sein des luttes, notamment dans celles des Gilets Jaunes, qui a été le centre de gravité des combats de l’année. La nécessité d’agir en tant que militants communistes révolutionnaires, et de donner libre cours au plein potentiel de nos organisations dans les prochaines luttes a été soulignée.

    Nous ne pensons pas que nos rencontres doivent se limiter à une déclaration de principe généraux. Elles n’auraient aucun objet. Elles doivent servir à faire progresser l’unité idéologique et organisationnelle tant de nos groupes respectifs que de l’ensemble du mouvement communiste, ici, en France, dans les régions dominées par celle-ci, en Europe ou internationalement. L’Unité Communiste de Lyon et l’Union Prolétarienne Marxiste Léniniste s’accordent sur la nécessité impérieuse de cadres ad hoc permettant le travail commun.

    C’est l’un des buts recherché par nos organisations, au travers de la lettre ouverte envoyée aux organisations communistes présentes en France, pour constituer une alliance des révolutionnaires.

    Au travers de la construction progressive d’un Comité ICOR France, permettant aux organisations et individus membres de la coordination ou qui s’intéressent à ses activités de travailler ensemble.

    C’est également le fondement de notre travail au sein de l’ICOR et à la participation aux campagnes et aux journées d’action impulsées par celle-ci. Cela passe également par la promotion du Front Uni International Antifasciste et Anti-impérialiste, porté tant par l’ICOR que par l’International League of People Struggle (ILPS).

    Ultimement, il s’agit de la raison qui motive nos organisations à se rapprocher et à avancer sur le chemin d’une unification.

    Nos organisations sont porteuses de plusieurs projets de campagnes et de formations communes. À la fois dans le but de répercuter les campagnes de l’ICOR, mais également dans le fait de développer nos propres projets. Nous considérons que l’approche du 150e anniversaire de la Commune de Paris doit être l’occasion de faire de cette étape historique un point de focale pour les révolutionnaires du monde entier, dans le but d’en tirer les conclusions, mais également de créer le point de départ pour que l’histoire du mouvement révolutionnaire aille de l’avant, vers la victoire, vers le communisme.

  • Pouvoir au peuple : Q&A sur l’UE.

    Pouvoir au peuple : Q&A sur l’UE.

    Une trentaine de questions sur l’Europe, à laquelle doivent répondre les communistes, pour que la lutte contre l’UE ne soit pas l’apanage des réactionnaires.

  • 23 août 1939, la décision terrible. 3/3

    23 août 1939, la décision terrible. 3/3

    Brochure complète :

    L’URSS et les voies alternatives.

    À la mi-1939, l’URSS était en face de trois choix possibles.

    • Première option : rechercher à tout prix l’alliance avec l’Occident.
    • Deuxième option : faire cavalier seul.
    • Troisième option : opter pour un renversement de front.

    Les premières et deuxièmes options, bien que séduisantes, étaient en réalité des impasses. L’Occident ne voulait pas d’une alliance contraignante envers l’URSS. De même, l’URSS ne pouvait se lancer seule contre l’Allemagne nazie.

    Supposons une autre histoire. Supposons que nous nous laissons entraîner par cette mode du what if si courante. Disons que, par exemple en 1936, l’URSS prenne les devants et attaque l’Allemagne nazie. L’URSS possédait alors une supériorité dans tous les domaines techniques (aviation supérieure en qualité, chars très nombreux et d’un niveau nettement meilleur que les Pz I ou II, artillerie excellente…). L’Allemagne, quant à elle, était quasiment nue militairement parlant. Le rapport de force était donc nettement plus favorable qu’en 1941. Oui, mais non. Pour plusieurs raisons, internes et externes. Internes (elles seront développées dans la partie sur les purges, laquelle sera publiée vers la rentrée E.V.), l’URSS est en plein lutte des classes internes. Les tensions sont à leur comble face à plusieurs oppositions. Quoiqu’on pense de la situation interne relative à l’armée, et de la personne de Tchoukaïtchevski, il est impensable qu’il n’existe pas des tendances bonapartistes chez les militaires, tendances qui ont existé dans toutes les armées, y compris d’ailleurs chez les nazis eux même. De plus, non seulement l’URSS aurait été seule, mais elle aurait certainement été poignardée dans le dos si elle avait été en position de force.

    Pourquoi donc ? Deux raisons à cela. La première est politique, la seconde est géopolitique.

    Politique : contrairement à ce que la doxa républicaine vend, la proximité idéologique était beaucoup plus forte entre le nazisme et les bourgeoisies occidentales et leurs gouvernements, y compris lorsque ceux « de gauche ». En 1939, celui qui apparaît comme le monstre hérétique n’est pas Adolf Hitler, mais bien Joseph Staline. Les nazis ne sont pas forcément en odeur de sainteté, mais leur politique ne touche pas à la propriété privée ni aux intérêts des cartels bancaires et industriels. L’illustre philosophe Georges Politzer en fournit une brillante explication dans Révolution et contre-révolution au XXe siècle, dans lequel il explique le fondement de la Révolution Nationale de Vichy.

    Géopolitique : Croire que l’objectif premier, principal, des démocraties était d’abattre l’Allemagne nazie, qui fait fi de la compréhension, en tout premier lieu, très géopolitique de la question de l’équilibre des puissances en Europe. Comme mentionné plus haut, idéologiquement parlant, ce qui est l’anomalie est l’alliance entre USA, Royaume-Uni et URSS, non une alliance entre les deux puissances impérialistes et le IIIe Reich. Ces questions géopolitiques ont cependant pris le pas sur la question idéologique. Le but fondamental de l’Angleterre, de la France, était surtout de maintenir un équilibre des puissances européennes, dans le but qu’aucune ne prenne l’ascendant d’une manière démesurée sur les autres. La France a été plus douce avec l’URSS et moins tolérante avec le réarmement allemand, uniquement du fait de sa proximité avec l’Allemagne et de sa conscience très aiguë de sa situation de faiblesse.

    Quel est le corollaire de ceci ? Cela signifiait que, dans l’esprit des Anglais, principalement, mais aussi des Américains, qui possédaient la même conception géostratégique, inspirée de Mahan et de Mackinder, il n’était pas tolérable, acceptable, que se forme un seul bloc sur le continent européen (d’où le Hitler first ! de Roosevelt après Pearl Harbor).

    Donc, si les Soviétiques étaient intervenus en 1936, comme certains stratèges de chambre l’annoncent, que se serait-il passé ? Deux exemples permettent de situer la réaction des « Alliés », le cas espagnol et le cas finlandais.

    En Espagne, fascistes et antifascistes se sont fait face. Malgré un prétendu soutien moral à la République, les Alliés se sont abstenus complètement de venir « sauver la démocratie ». Ils se sont placés en observateurs, attendant de voir ce qui en sortirait et comment ils pourraient en tirer avantage.Sur la Finlande, en 1939-1940, alors que les occidentaux ont laissé la Pologne se faire pulvériser sans rien faire, Français et Anglais échafaudent des plans ahurissants de complexité pour venir en aide à la Finlande fasciste de Mannerheim. Les Français envoient des armes et proposent l’expédition de bataillons de volontaires, tandis que les Anglais planifient des raids sur Bakou depuis le Levant. Les premiers envoient même certains de leurs précieux avions de guerre, qui feront cruellement défaut à partir du 10 mai 1941.

    Pour intervenir contre les nazis, les Soviétiques devaient, de plus, trouver un terrain d’opération. Il n’existait que la Pologne, du fait de sa configuration, qui puisse être employée. Or, la Pologne, que ce soit par hystérie anticommuniste ou par russophobie (justifiable au vu de son histoire cependant), s’est refusée à cela. Dès lors, la traversée de la Pologne, même encouragée par la France et l’Angleterre, aurait formée un casus belli qui aurait justifié : soit que les Alliés restent neutres, hypothèse espagnole, et laissent s’entre-tuer les deux armées, soit qu’elle intervienne contre l’URSS, d’emblée ou si elle était sur le point de gagner.

    Dans tous les cas, les Occidentaux ne voulaient pas s’engager, mais au contraire conserver leurs options libres dans le but de pouvoir intervenir comme arbitres de l’inévitable conflit européen. C’est également pour cela que, malgré les cris d’horreur face à la déferlante contre la Pologne, ni la France ni l’Angleterre n’ont esquissé le moindre geste d’aide et se sont contentés d’un wait and see.

    Le bout de la piste.

    Contrairement à ce qui a pu être raconté, les Soviétiques n’ont pas bondi de joie à l’idée de signer ce pacte. Il n’y eut pas de toast à Hitler, ni de fioritures. Les uns et les autres avaient bien trop conscience du caractère étrange de la situation pour s’embarrasser d’un protocole. Au contraire, Staline même plaisanta, en levant un toast à « L’URSS, le nouveau membre du pacte anti-Komintern » (Fitzpatrick, 2018), laissant les Allemands pantois et stupéfaits. Hitler, en revanche, à bondi de joie, s’exclamant « Je les ai eus, je les ai eus ! » (Beevor, 2007).

    Malgré le fait que le pacte ait été singé il y a 80 ans, il existe des questions. L’existence de l’appendice secret, par exemple, a été nié jusqu’à la fin de sa vie par Molotov, lequel insistait sur le fait que le document présenté était un faux, signé « W. Molotow » en alphabet latin. D’après celui-ci, les lignes de démarcations ont été négociées au rapport de force après coup, et chacun, conscient de l’hostilité à terme de l’autre, est allé le plus loin possible.

    De même, contrairement à ce qui aurait pu être attendu, si le traité a été un tremblement de terre pour le mouvement communiste international, la direction du PC(b)US n’a pas poussé à un alignement complet. Le PCC et le KMT ont continué à lutter contre le Japon, l’agitation antifasciste n’a pas été condamnée. Les communistes français partis combattre dans contre l’Allemagne à la déclaration de la guerre n’ont pas été non plus condamnés par l’Union soviétique. Même si, par rapport à la conception du Komintern, ils étaient en tort, l’avenir leur a donné raison, et la direction de l’URSS en a tenu compte. La résistance communiste n’a d’ailleurs absolument pas attendu le 22 juin 1941 pour s’en prendre aux nazis et à l’armée d’occupation.

    Au sein de l’URSS même, les publications contre l’Allemagne hitlérienne ont été mises en pause. Certains Soviétiques ont cru que l’antisémitisme était devenu légal, et un tombereau d’injures ont été déversées par courrier contre Kaganovitch, considéré comme le juif de l’équipe. Cependant, dès 1940, les journaux soviétiques traitent le conflit sur un pied d’égalité, puis sous un angle plutôt favorable à l’Angleterre, en particulier durant la bataille aérienne qui l’oppose à la Luftwaffe. La seule chose qui était condamnée était l’idée de créer une provocation qui permette à l’Allemagne de justifier une intervention.

    En dépit de la situation complexe, il n’est pas possible de considérer l’URSS comme un cobelligérant et un allié de l’Allemagne nazie. Il existe un commerce entre eux, tout comme avec les autres pays neutres de l’époque, USA compris. Mais il existe également des canaux de communication entre URSS et pays alliés, notamment par la Suède, où l’incontournable Alexandra Kollontaï est ambassadrice pour l’Union soviétique.

    Pourquoi Hitler a-t-il proposé ce traité si contradictoire avec sa position politique de champion de l’anticommunisme ? La direction de l’Allemagne nazie n’en était pas moins dotée d’un certains réalismes, notamment en ce qui concernait les projets de l’Occident.

    Hitler, en tant que dirigeant d’une puissance impérialiste qui cherchait à s’imposer face à des puissances écrasantes et qui ne lui laisseraient pas se faire « une place au soleil » dans le monde plein de l’ère impérialiste. Il lui fallait donc ruser pour parvenir à s’imposer. L’Angleterre, qui voyait d’un mauvais œil la France être la puissance principale du continent, a été un allié temporaire, mais précieux. Seulement les désirs hitlériens dépassaient la simple parité. Ils visaient la suprématie.

    À terme, la conflagration avec l’URSS était logiquement inévitable du fait des objectifs même du nazisme. Cependant, la question des étapes était primordiale. Pour éviter une guerre sur deux fronts, un modus vivendi était nécessaire. Pour sécuriser l’étape de l’écrasement de la Pologne et éviter une internationalisation du conflit, le traité a été proposé. Il était facile de proposer quelque chose qui convienne à l’exigeante diplomatie soviétique, notamment, car les plus grands compromis étaient vus comme fictifs, car temporaire. À la fin, l’Allemagne raflerait l’ensemble de la mise. Il laissait l’Allemagne régler son contentieux, mais la mettait au contact de sa Némésis.

    Si la France et l’Angleterre n’étaient pas entrées en guerre, qui sait si l’URSS aurait été ciblée directement. L’étape France était peut-être nécessaire, mais pas celle de l’Angleterre, avec laquelle Hitler pensait pouvoir s’entendre.

    Paradoxalement, Hitler a été plus critiqué que Staline, en occident, pour le pacte. Aux yeux de la bourgeoisie, c’était le nazi qui signait un pacte avec le Diable et non l’inverse. Il était aisé d’ironiser sur Staline, mais la « trahison hitlérienne » terrifia les grands capitalistes.

    Staline et Hitler.

    Lorsque, en novembre 1940, Molotov a rencontré le gratin du nazisme, les débats ne se sont absolument pas passés comme l’entendaient les Allemands. Hitler avait essayé d’orienter l’URSS vers l’Empire anglais, dans le but de prendre à revers les Britanniques. Il a fait miroiter aux Soviétiques l’idée d’un accès aux mers chaudes, au golfe Persique, à l’Inde. Il s’agissait d’un calcul logique et cohérent, celui-ci ne s’intéressait principalement qu’aux affaires européennes. Il n’a accordé, par la suite, qu’un soutien distrait et lointain aux opérations de l’Afrika Korps ou aux tentatives irakiennes de mettre en place un régime anti-anglais.

    Mais surtout, il a commis l’erreur de considérer l’URSS comme un rapace avide de conquêtes. En dépit des tentatives successives de susciter la convoitise des Soviétiques, l’affaire fit long feu. La rencontre a été l’occasion d’un des célèbres traits d’humour grinçant de Molotov, considéré à tort comme une personnalité fade et plate. Lorsque, après avoir interrompu deux fois la réunion sous prétexte de raids alliés sur la capitale, les Allemands revinrent à la charge sur le partage du monde, arguant que la guerre était presque gagnée, il leur rétorqua « si elle est gagnée, que faisons-nous dans un bunker anti-aérien ? ».

    Ce qui intéressait les Soviétiques, en réalité, était une chose fondamentale : la présence de militaires Allemands tant dans les États baltes qu’en Finlande ou en Roumanie, prélude à une invasion. Cette crispation importante est restée jusqu’au déclenchement de l’invasion.

    Même l’intervention soviétique en Pologne est restée parallèle à celle des Allemands. Il n’y a pas eu de coordination militaire ou d’État-major commun. La Pologne, victime de cet accord, doit également être regardée pour ce qu’elle était à l’époque. Certes, la manière dont les événements se sont déroulés, et les conséquences dramatiques de ceux-ci, notamment la question de Katyn, qui sera abordée dans un article subséquent, ne sont pas défendables comme des événements positifs. Ils sont le fruit d’une situation dramatique, dans laquelle l’URSS a agi comme elle pouvait. De plus, il ne faut pas oublier ce qu’était la Pologne de 1939. Il ne s’agissait pas d’un régime démocratique et idyllique, mais d’une dictature d’inspiration militaro-fasciste, construit et architecturé dans le but de servir d’État tampon entre Allemagne et URSS, au mépris d’ailleurs du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. La Pologne réactionnaire née au détriment de l’Ukraine et de la Biélorussie, par le traité de Riga arraché aux Soviétiques, ne s’est d’ailleurs pas privée de participer à dépeçage de la Tchécoslovaquie. Certes, cela ne justifie pas positivement l’entrée des troupes soviétiques. Celle-ci n’en est pas moins le fruit d’événements sur lesquels elle n’avait pas de prise. En étant cynique même, il serait possible de demander si elle aurait dû laisser la Pologne toute entière être absorbée par l’Allemagne.

    Après le traité.

    En dépit du traité, l’URSS mène plusieurs opérations militaires hors Pologne. Ces opérations ont été considérées par un certain nombre d’observateurs comme une manifestation d’impérialisme. Cependant leur fonctionnement et la manière dont ils se sont produits sont révélateurs de leur vraie nature. Ainsi, le traité d’amitié et d’assistance mutuelle soviéto-mongol ne débouche pas sur une annexion ou une intégration dans l’Union soviétique. Pourquoi ? Parce que ce n’était pas l’objectif premier. La plus grande inquiétude de l’URSS était la protection de ses frontières et de sa partie la plus occidentale, concentrant les bassins industriels et les terres agricoles.

    D’une part, en prélude au conflit, les plans quinquennaux ont initié un déplacement des industries et des centres de production de matière première vers l’Oural, comme Magnitogorsk, mais, surtout comme la ville de Tcheliabinsk, immense ville usine, surnommée Tankograd.

    De l’autre, il fallait repousser le plus loin possible les frontières, pour pouvoir, selon le principe clausewitzien, échanger de l’espace contre du temps. L’une d’entre elle, celle qui courait à proximité de Leningrad, était particulièrement vulnérable. En effet, elle s’arrêtait à 10 km à peine du grand centre politique et économique. L’URSS a alors tenté de négocier avec le gouvernement finlandais, dirigé par le maréchal Mannerheim, un des champions de l’anticommunisme, pour obtenir une rectification de frontière et un bail sur la base navale de Vyborg, en échange d’une partie de la Carélie. Soutenu à la fois par les Occidentaux et par les Allemands, le régime finlandais refusa. Il s’en est suivi une guerre hivernale, dans laquelle l’Armée Rouge n’a pas brillé. La victoire est obtenue chèrement, mais contribue à sauver Leningrad en 1941-1944. En dépit de l’occupation soviétique, les conditions d’armistice sont extraordinairement clémentes. Elles l’ont tout autant été après la défaite de 1944, où, pourtant, l’URSS aurait pu sans problème imposer le gouvernement de son choix. Plusieurs des failles observées dans l’Armée Rouge sont également corrigées, ce qui contribue à la doter d’une meilleure capacité de résistance durant l’invasion allemande.

    L’occupation des États baltes et de la Bessarabie s’interprètent également de cette manière. La baltique est vue comme une zone d’influence allemande importante et comme un balcon pour une future invasion de l’URSS. Celle-ci, en contrevenant d’ailleurs aux dispositions du traité germano-soviétique, procède à un coup de force en imposant un traité à ces pays, puis en procédant à leur intégration. Cette opération est effectivement un « coup tordu », mais correspond à une realpolitik féroce. Aujourd’hui, encore, la présence russe à Kaliningrad est un verrou considéré comme hautement stratégique pour la protection de la Russie. Il en est de même pour la Bessarabie, d’autant que l’occasion de récupérer cette partie d’Ukraine est tentante. Ce révisionnisme au niveau des frontières est contestable, mais il est important de comprendre que, pour l’URSS et sa direction, à l’exception de la Finlande, ces territoires étaient considérés comme des morceaux d’URSS arrachés par le traité de Riga en 1921. Leur indépendance ou dépendance nouvelle avait à peine 20 ans lorsqu’elle s’est terminée. Dans tout autre contexte, elle aurait été condamnable et condamnée par le mouvement communiste international, mais dans un prélude à la guerre, elle était une obligation vitale. Chaque pays participant a eu son lot de coups tordus organisés pour sa sécurité. L’URSS, même mue par d’autres principes, ne pouvait sacrifier sa survie ou celle de son peuple à ces principes intangibles.

    Même des personnalités unanimement applaudies, telle le président de la Tchécoslovaquie Edvard Beneš, se sont mouillé dans des opérations secrètes par nécessité vitale. Il a ainsi contacté à plusieurs reprises le NKVD dans le but de pouvoir organiser un coup d’État anti-allemand en Yougoslavie. L’opération a fait cependant long feu du fait de l’absence de fiabilité des agents disponibles et des réticences de la direction soviétique. En revanche, Beneš n’a pas été abandonné par le NKVD, qui a payé son évacuation vers l’Angleterre.

    En France comme dans plusieurs pays, la signature du traité est l’occasion d’une campagne anticommuniste sans précédent. Dès le 26 août, le PC français est interdit et ses militants sont pourchassés. Ceux qui distribuent des tracts sont arrêtés et expédiés en prison ou dans les camps de concentration de la IIIe République, dont celui de Gurs. Ils y rejoignent les membres de Brigades Internationales, les Basques et les Juifs Allemands, tous livrés par Vichy aux nazis après la défaite. Après la signature, le 28 septembre, d’un traité germano-soviétique qui règle la question de la ligne de démarcation en Pologne, les dernières expressions du PC sont déclarées illégales.

    Le PC, en dépit de la complexité de la situation, suivait la ligne qui considérait cette guerre comme une guerre impérialiste comme les autres. Son caractère particulier n’est pas apparu directement et ne pouvait pas être prédit. Dès la défaite de la France les communistes sont entrés en résistance. Politzer lui-même tenta d’initier une défense populaire de Paris, à l’image de la Commune. Mais la ville a été abandonnée sans combat par un État-major dont la ligne de conduite était « plutôt Hitler que le Front populaire. »

    Pour en finir.

    Pour clôturer cet aspect essentiel de cette question brûlante, il faut rappeler une chose fondamentale : la guerre qu’a mené le régime nazi contre l’URSS n’a eu de commune mesure dans l’histoire, tant par la volonté exterminatrice que par le fanatisme politique. Même l’invasion japonaise de la Chine, avec ses actes de cruauté d’une ampleur invraisemblable, a plus causé de pertes humaines par un « simple » mépris de la vie des Chinois que par une volonté affirmée de chasser intégralement la population et de la priver de tout. Les 27 millions de citoyens et de citoyennes soviétiques qui ont payé de leur vie l’écrasement du IIIe Reich sont les otages involontaires d’un débat épouvantablement mené. Ceux qui sont prompts à voir dans cet océan de cadavres la marque du régime stalinien sont également les premiers à reprocher à l’URSS les mesures défensives qu’elle a prises pour éviter ce massacre. Entre les deux, un choix doit être fait. Certains, plus cyniques et vicieux encore, se sont servi de la politique extérieure soviétique pour justifier l’attitude du Reich. C’est le cas notamment des crypto-fascistes comme Ernst Nolte ou François Furet, pour qui le nazisme n’est que la réponse au bolchevisme, et que le péché originel de la Shoah est imputable à Lénine.

    Il n’est pas possible de dire que la politique extérieure de l’URSS, le 23 août 1939, a été un événement dont il est possible d’être particulièrement fier, tout comme la répression de Krondstadt, tout comme la paix de Brest-Litovsk, tout comme un grand nombre de compromis, de temporisations, de coups de forces, mais qui sont le reflet des enjeux immenses qui se déroulent. Les médias bourgeois et gauchistes, si prompt à condamner l’URSS pour ce traité, oublient-ils qui a encouragé Hitler, qui lui a donné les moyens de faire ce qu’il a fait, mais, également, qui l’a stoppé ? La diplomatie des années 1930 était une voie étroite, sur le fil du rasoir, où le moindre faux-pas aurait pu permettre à Hitler de concrétiser sa promesse d’un Reich de 1000 ans.

    Comment ne pas penser à cet extrait de Les mains sales de Sartre:

    « Moi j’ai les mains sales. Jusqu’aux coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang. Et puis après ? Est-ce que tu t’imagines qu’on peut gouverner innocemment ? »