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  • La bataille pour l’histoire. III

    La bataille pour l’histoire. III

    Comprendre l’histoire pour convaincre.

    Comprendre l’histoire en profondeur permet de dépassionner sa défense. Il est normal que la très grande majorité des individus soient horrifiés par le fait que nous puissions défendre – même de manière critique – l’Union soviétique. Comment ne pas les comprendre ? Comment ne pas prendre en compte le fait que l’Éducation Nationale, l’histotainement, ou les publications à grand tirage n’influencent pas les masses ? La bourgeoisie a fait de la condamnation du communisme une priorité absolue. Les publications actuelles, qui mettent en avant le Goulag ou les « crimes staliniens » sont une piqûre de rappel constant pour vacciner les prolétaires et les classes populaires contre la révolution. Nous devons comprendre cela, ou nous serons isolés.

    De même, nous devons comprendre les engagements de ceux qui veulent lutter ou qui luttent. Quelqu’un qui se tourne vers l’anarchisme ou le trotskisme, ou même le réformisme radical, le fait en tout premier lieu parce qu’il ou elle pense qu’il s’agit d’une voie juste. Une voie qui apparaît juste car moins lourdement condamnée par l’Éducation Nationale ou par les médias bourgeois. De prime abord, il est parfaitement logique qu’une personne sincère et bien intentionnée ne se rue pas dans les bras des « fossoyeurs de la révolution », les « autoritaires », tels que sont qualifiés les léninistes. Cette conception se voit d’ailleurs dans le rapport ambigu entre trotskistes et anarchistes. Trotski était l’un des dirigeants bolcheviques les plus brutalement anti-anarchistes. Pourtant, il est vu plus positivement que Staline par les libertaires. Il ne s’agit pas donc d’une position conçue sur la base d’une réflexion historique, mais bien d’une image mentale.

    Cette image mentale est parfois tellement intériorisée que la briser est une lutte de longue haleine. Dans plusieurs débats, les arguments de nos contradicteurs étaient basés sur le « sentiment » que le stalinisme, le maoïsme, Staline, ou autre, étaient de telle ou telle manière, qu’il s’y était passé telle ou telle chose. Cette conviction profonde est en partie nourrie par l’idéalisme et accentuée par ses déclinaisons les plus poussées, comme le post-modernisme, pour lequel les idées et les récits individuels sont plus porteurs de vérités que les faits1. Pour permettre de la battre en brèche, il est fondamental de savoir présenter une histoire compréhensible, cohérente, qui puisse permettre de prendre appui sur les éléments justes déjà présents. Cette histoire demande à être condensée.

    Mais au-delà du débat historique historisant, souvent ramené à l’acte de foi, il existe quelque chose de plus profond et de plus essentiel : le travail militant vers ceux et celles qui partagent les conceptions anticommunistes. Convaincre du bien-fondé de la révolution ne se fait pas sur la base d’un engagement identitaire, historiographique, mais bien sur la démonstration, là aussi, d’une stratégie permettant de construire cette révolution. Même chez les anticommunistes des classes populaires, il existe des idées justes. C’est sur elles qu’il faut prendre appui. Il nous faut apporter ce que ces courants idéologiques ne peuvent apporter : un réel approfondissement des questions et de la trajectoire vers la révolution. Le réexamen des questions historiques est non seulement secondaire, mais il se fera de lui-même plus tard. Pour parler caricaturalement, on devient « stalinien » par sa pratique avant de l’être par son adhésion historique.

    C’est là où une solide compréhension en profondeur est utile : elle permet de rattacher les événements à leur signification profonde. L’adhésion aux conceptions maoïstes sur la base de la Révolution Culturelle n’est pas la même chose que d’adhérer à la question d’une révolution culturelle sans majuscule, luttant contre les travers d’un pouvoir imparfait, vulnérable à la lutte des classes sous le socialisme. Ergoter sur la dénomination précise sans prendre en compte son sens profond revient à saboter le débat.

    À l’inverse, recruter sur la base unique de l’adhésion à un corpus vague n’est pas intéressant. C’est pour cela que nous renonçons en tant qu’organisation à trancher d’une manière nette et définitive notre positionnement sur certains débats. La question du maoïsme, par exemple. Si certains de nos membres se revendiquent de Mao et de l’expérience de la Chine, ce n’est pas une obligation pour adhérer. En effet, il existe d’immenses étapes à franchir avant d’avoir à se poser la question du maoïsme en tant qu’approfondissement ou que rupture dans le léninisme. Préempter sur ces questions serait baser l’adhésion sur le folklore et non pas sur la compréhension profonde de ce que cela signifie. En revanche nous considérons comme préalable le fait de ne pas rejeter l’étude de cette expérience.

    Beaucoup d’organisations et de petits groupes s’attachent à régénérer la connaissance de notre propre histoire. Mais elles font face, seules, à cette somme ingérable de travail. Or, logiquement, beaucoup mettent en premier lieu la connaissance pointue.

    Nous avons eu ainsi des discussions animées avec des militants et des militantes qui plaçaient très haut dans leur échelle des priorités la prise de position sur des sujets extrêmement précis. Nous-mêmes, dans nos premières années d’existence, avons surestimé grandement l’importance de ces « questions de principe ». Or, ce que nous a enseigné l’expérience de ces quelques années de travail, c’est que les questions étaient prises à l’envers. Elles ne peuvent être tranchées sans que les moyens matériels de le faire n’existent. En réalité, c’est l’unité sur des bases simples, de principes politiques accessibles, qui permet de disposer d’une masse critique permettant de réaliser ces tâches supérieures. À trop fonctionner comme des « mini-partis », nous tendons à nous épuiser dans la construction d’une connaissance parcellaire que nous érigeons comme vérité absolue. C’est là une dérive sectaire que nous devons combattre.

    Comprendre l’expérience socialiste pour la défendre. Défendre l’expérience socialiste pour la comprendre.

    Comprendre l’expérience socialiste en sortant d’une approche mythologique permet de la défendre. Défendre cette expérience permet aussi de permettre qu’elle ne soit pas remisée à l’index, censurée, interdite, et que son étude puisse être autre chose que la transgression d’un tabou.

    L’histoire de l’Union soviétique est souvent résumé à la dictature absolue de la part d’un dirigeant ou d’une poignée de dirigeants, qui agissent avec un mépris constant de la vie humaine. Il s’agit d’un postulat de départ commun aux anticommunistes. L’idée même que la direction soviétique ait pu tenter d’agir pour enrayer les famines, pour soulager les populations, pour améliorer leur quotidien est vu comme une hérésie.

    Pourtant, a contrario, l’expérience des états socialiste est bien plus profonde que cela. Les expérimentations se sont heurtées à des situations imprévues, inédites, et les forces actives ont tenté d’y faire face comme elles le pouvaient : souvent avec des hésitations, des oscillations, des errements, des incompréhensions. Il faut la défendre contre les mensonges, les inventions et les calomnies. Ainsi il n’est pas acceptable que, en 2020, les gouvernements européens puissent publier une résolution anticommuniste basée sur une historiographie datant d’il y a 40 ans. Une historiographie d’autant plus vieillotte qu’elle est aussi teintée par un épais fond d’extrême-droite. Mais pour à la fois répondre à cela et pour apporter une réponse construite, il nous faut les moyens de produire un matériel de qualité. L’acte de foi ne suffit pas.

    Il s’agit de quelque chose qui doit nous séparer des autres chapelles et des autres courants. Ceux-ci sont marqués par le mythe : il existe une mythologique anarchiste, trotskiste et révisionniste. Malgré les trajectoires différentes, elles partagent un trait commun : l’explication de leur échec par la responsabilité principale d’un facteur exogène.

    Dans la tradition orale des courants anarchistes et trotskistes, c’est l’ogre stalinien qui tient le rôle-clé. Derrière ce vocable polysémique se trouve des réalités extrêmement variées, mais un même scénario. Une confiance aveugle et naïve de la part d’individus crédules, abusés par les « staliniens », êtres sans foi ni loi, poignardés dans le dos et trahis. À aucun moment ce ne sont des processus objectifs, les mécompréhensions de la lutte des classes ou une ligne inadaptée qui sont mises en cause. Même en prenant en compte une supposée roublardise constante des « staliniens », cette histoire ne les sert guère : elle ne fait que démontrer leur inadaptation à la réalité concrète. Or, nous ne choisissons pas les conditions dans lesquelles nous menons notre combat, et nous sommes condamnés à nous adapter à ces « paramètres contingents », ou condamnés à périr.

    Le dogmatisme intemporel des trotskistes et des anarchistes leur permet d’éviter les remises en causes, de sauvegarder la pureté et l’infaillibilité des grands chefs. Car, quoiqu’ils le nient, ces courants sont tout autant victime du culte de la personnalité que les autres.

    Le courant révisionniste place, quant à lui, la compréhension des échecs chez d’autres acteurs exogènes. À la place de l’omniprésent et omnipotent stalinien, c’est « l’agent de l’étranger » qui est mis en avant. Il est vu comme le principal acteur de la décomposition de l’URSS. Nul n’est invulnérable à cela. Henri Alleg, personne héroïque au demeurant, décrit ainsi la chute de l’URSS (dansLe grand bon en arrière)comme étant causée par les interventions extérieures ou par le surgissement d’éléments capitalistes ex-nihilo. Pour lui, il est impossible que cela puisse provenir de la lutte des classes en URSS. Il évacue cette question, car elle ne peut exister dans l’Union soviétique.

    Ces historiographies puisent dans un inconscient conspirationniste. Elle place la responsabilité de leurs échecs dans l’action d’un groupe restreint de personnes (ou d’une personne parfois !), possédant des relais secrets et appliquant un agenda cryptique. Cette clé d’explication, simplissime, permet de tout ramener à l’action ou la duperie de la part de la direction stalinienne (ou des « staliniens » d’ailleurs). Elle résiste à toute analyse objective. Les exemples ne manquent pas.

    Lorsque l’URSS n’aide pas la République espagnole contre le franquisme, c’est une trahison. Lorsqu’elle l’aide, c’est car Staline met en place une duperie.

    Lorsque Staline purge l’appareil, c’est pour installer le pouvoir de la bureaucratie. Mais comme la bureaucratie est la principale victime de ces purges, c’est pour tromper les masses que l’action.

    Lorsque Staline refuse d’échanger son fils contre des généraux nazis, c’est un homme cruel, mais s’il acceptait, que dirait-on ?

    Il se crée alors une espèce de couche épaisse, qui emprisonne l’esprit et le rend imperméable à tout argument.

    Il est, néanmoins, notable que le courant léniniste et la direction de Staline portent une part de responsabilité dans l’apparition de phénomènes de ce genre. Elle-même a usé et abusé de ce type d’explications, résumant les difficultés de la construction du socialisme par l’action d’agent étrangers, de vieilles classes, de saboteurs. Contrairement aux conspirationnistes d’aujourd’hui, qui sont des prestidigitateurs, la grande majorité des travaux sur cette question laisse supposer que ces conceptions étaient extrêmement répandues dans la société soviétique. Elles existaient dans la paysannerie comme dans les plus hautes sphères de la direction. 2

    Staline, le chef national du NKVD, Ezhov, et des agents haut placés du NKVD croyaient sincèrement que la nation était criblée de complots et de conspirations. Rittersporn soutient que de telles théories ont été utilisées à la fois par la population et par ceux au pouvoir pour expliquer les difficultés de la vie quotidienne et le dysfonctionnement chronique du système, qui ont été attribués à diverses conspirations et sabotages. Il laisse entendre que cette réponse était ancrée dans les croyances rurales traditionnelles selon lesquelles les machinations des mauvais esprits étaient à l’origine de malheurs banals. J. Arch Getty & R. T. Manning, Stalinist terror, new perspectives, 1993, p. 7)

    Il convient de nuancer cependant cela. L’assassinat de Kirov est ainsi rapidement imputé, par la population, à l’action d’une conspiration. Ce n’est pas le cas de la direction soviétique, qui, au premier abord, n’avait pas évoqué cette hypothèse. Si elle conduit à condamner moralement Zinoviev et Kamenev, elle n’est pas le prélude à une opération d’ampleur. Sa première conséquence est l’échange des documents du Parti, en 1936. Ce n’est qu’après, sous l’impulsion de Iejov, que cette affaire devient l’élement-clé d’une hypothèse conspirationniste.3

    Après 1937-38, puis, surtout, après la guerre, cette clé d’explication a peu à peu été remplacée par une analyse plus profonde, avec une meilleure compréhension de la lutte des classes internes au socialisme, notamment dans Les problèmes économiques du socialisme en URSS (1952), qui ont contribué, sur le tard, à améliorer les choses et à déceler les causes endogènes. Mais, entre temps, la très grande difficulté de compréhension des conséquences des choix politiques, la distorsion des directives en fonction des réalités locales et des potentats locaux, s’est payée extrêmement cher. Mais cette peur n’était pas sans raisons concrètes et matérielles :

    Les staliniens n’ont jamais eu l’impression qu’ils étaient à la tête du pays. Les transports et les communications étaient médiocres, les représentants étaient peu nombreux, surtout en dehors des villes. Il n’y a même pas eu de ligne téléphonique vers l’Extrême-Orient soviétique avant les années 30. Dans la partie européenne relativement développée de la Russie, la plupart des communications avec les comités du parti se faisaient par télégraphe ou par lettres livrées à motocyclette. La boue et la neige isolaient de nombreux villages du régime pendant des mois de l’année. Les responsables locaux du parti interprétaient rarement les directives de Moscou en fonction de leurs objectifs locaux et les interprétaient mal. Le Comité central s’est plaint tout au long de la décennie du manque d’ »exécution des décisions » et a passé beaucoup de temps à créer des mécanismes pour contrôler les dirigeants locaux mécréants et désobéissants.

    Les régimes établis qui reposent sur une base d’acceptation populaire générale et d’ordre consensuel n’ont pas besoin de recourir à la terreur; ils peuvent compter sur le consensus (et/ou l’hégémonie au sens gramscien) pour assurer la stabilité et, comme l’a noté Pierre Bourdieu, «  »Une fois qu’un système de mécanismes s’est constitué, capable d’assurer objectivement la reproduction de l’ordre par son propre mouvement, la classe dominante n’a plus qu’à laisser le système qu’elle domine suivre son propre cours pour exercer sa domination ; mais tant qu’un tel système n’existe pas, elle doit travailler directement, quotidiennement, pour produire et reproduire des conditions de domination qui, même alors, ne sont jamais entièrement dignes de confiance. »

    Les bolcheviks, même dans les années 1930, n’ont jamais bénéficié d’un tel niveau d’acceptation et ont toujours craint pour la sécurité du régime. Ils ne pouvaient pas simplement « laisser le système qu’ils dominent suivre son cours » et estimaient qu’ils devaient y travailler. Ils pensaient qu’ils devaient « travailler directement, quotidiennement, personnellement, pour produire et reproduire des conditions de domination qui, même alors, ne sont jamais entièrement dignes de confiance ».4

    Ce sentiment d’encerclement et ce manque de confiance ne pouvait que se comprendre. Il rapproche, de ce point de vue, l’expérience de la terreur de 1937 d’événements comme les procès des sorcières de Salem. Il existe cependant un réel danger de voir ce sentiment d’isolement prendre le pas sur tout raisonnement cohérent. Pour pouvoir le comprendre, il est nécessaire de pouvoir enrichir son point de vue d’autres sources.

    L’hypothèse même de s’appuyer sur les travaux de scientifiques bourgeois passe parfois pour une hérésie. Elle remettrait en cause l’infaillibilité des grands théoriciens du marxisme. Pourtant cet enrichissement est plus que salutaire pour plusieurs raisons :

    • Indépendamment des immenses qualités de ceux qui ont pu travailler à la constitution de la théorie marxiste, ils n’en restent pas moins des individus, non des sur-hommes ou des sur-femmes. Ces individus ont commis des erreurs, ont lancé des ballons d’essai, se sont ravisés…etc. Comme il existe une progression, une trajectoire, leurs travaux sont de facto de qualité inégale.
    • La construction des expériences socialistes s’est faite dans un contexte extrêmement difficile, dans lequel les décisions prises par la direction avaient un caractère expérimental. Les acteurs eux-mêmes ne peuvent pas forcément avoir le recul nécessaire sur leurs propres actions. Elles pouvaient avoir également des effets imprévisibles, comme la stagnation de 1936-1940.
    • Certains choix politiques et économiques ont eu des effets de retro-action absolument imprévus : c’est le cas du stakhanovisme par exemple, qui, en mettant l’accent sur le travail individuel, entraînait parfois des dysfonctionnements dans le travail collectif. Paradoxalement, les cadres techniques, en voulant intégrer les stakhanovistes dans le plan de travail, ont été accusés de sabotage.
    • Beaucoup de ceux qui ont écrit sur ces questions, à cette période, se sont trouvés pris au piège entre deux tâches contradictoire : d’une part analyser l’URSS et son fonctionnement, de l’autre la défendre. L’un implique des critiques, l’autre un soutien sans faille. Le plus souvent, les organisations communistes (dont le PCF), ont mis à l’index toute critique de l’URSS, entravant l’émergence d’une histoire « objective ».
    • Pour ces mêmes raisons, les études tout à fait honorables, réalisés par des scientifiques sincères ont été boudées par les militants et militantes. D’autres ont été écrites sur la base de matériaux premiers de mauvaise qualité, et donc ont donné des résultats négatifs (comme les tomes 2 & 3 de La lutte des classes en URSS, basées en grande partie sur les travaux du trotskiste Pierre Broué.
    • Ultimement, les expériences socialistes ont échoué. Il n’est donc pas possible de se fier uniquement à l’opinion de leurs principaux acteurs pour tout analyser et tout comprendre.

    Pourtant, un travail critique est plus utile pour nous, actuellement, qu’un travail apologique mais creux. Et, en dernière instance, ces travaux tendent à mieux défendre l’URSS et le communisme que la propagande bas-de-gamme. Ces travaux permettent de voir que l’Union soviétique de la période stalinienne était loin d’être monolithique, d’être une mécanique froide et rodée. Sa direction elle-même était très éloignée d’un bloc figé, soumis et tremblant de peur devant la seule personne de Staline. Le portrait qu’en font les chercheurs et les chercheuses actuelles est très éloigné de cela. Il est celui d’une société bouillonnante, pleine de contradictions, dans laquelle la population est loin d’être passive. La direction moscovite apparaît parfois lointaine, tandis que ses vues ne sont pas toujours appliquées par les échelons inférieurs du Parti.

    Ce nouveau portrait remet en cause le récit téléologique, l’histoire policière et totalitaire de l’URSS. Des événements aussi imbriqués que les Grandes purges, les Grands procès et la Grande terreur apparaissent désormais comme étant les fruits de processus distincts les uns des autres. Elles permettent de voir également qui étaient les condamnés, quelle était leur sociologie, les élites étant nettement plus vulnérables que les ouvriers et ouvrières.

    La société soviétique apparaît plus concrètement, avec sa relation avec le pouvoir, mais également les relations de ses différents corps les uns avec les autres. Ainsi les cibles de la répression ne sont pas toujours décidées au sommet, mais peuvent provenir de réunions plénières de partis et de sans-partis (comme la « purge par en bas » de 1935). Les paysans dénoncés comme koulaks par les autres villageois ne sont pas toujours les plus riches, mais parfois les moins bien intégrés dans le kolkhoze ou dans la communauté. Les ingénieurs dénoncés comme saboteurs par les ouvriers sont parfois simplement mal aimés, ou inquiet de la désorganisation produite par le stakhanovisme…5

    Il est possible également d’en savoir plus sur le point de vue de la direction elle-même, sur son univers mental, sur sa perception des menaces et des difficultés. Staline ne peut plus être, dans l’état actuel des choses, considéré comme un « roi solitaire », mais au contraire ne peut plus être isolé de son équipe.6 Ces travaux redessinent les perspectives de compréhension des rapports de pouvoir au sein du Comité Central du PC(b)US. Les rapports sont plus ou moins tendus, plus ou moins conflictuels, plus ou moins confraternels… Mais surtout, une forme de pluralisme politique émerge, pluralisme dans les limites de la construction du socialisme. Si les fractions ont été interdites en 1921, il existe toujours des tendances et des clans.

    Dans les années 1930, par exemple, la ligne de fracture passe entre Molotov et Ordjonikidé, qui vont jusqu’à se confronter l’un à l’autre en plein congrès (1934), sur la question du rythme d’industrialisation. Plus tard, elle est entre Jdanov et Iejov, l’un pensant que les problèmes au sein du parti se résolvent par la hausse du niveau théorique et politique, l’autre par le fait de « démasquer » les traîtres. Staline, loin d’être un personnage faible, ne semble pas pourtant faire preuve d’un avis tranché sur l’ensemble des questions, s’en remettant à ses subordonnés.

    Surtout, alors que la doxa totalitaire en fait quelqu’un dont le pouvoir atteint un sommet dans la période 1945-1953, il se montre de plus en plus absent, chaque fois davantage isolé, et finalement presque sur le banc de touche après un XIXe congrès catastrophique pour la gauche de son équipe.

    1À ce titre, il est possible de consulter cet article qui s’intéresse au post-modernisme https://unitecommuniste.com/france/fin-de-partie-vi-le-postmodernisme-contre-le-communisme/

    2Stalin, national NKVD chief Ezhov, and highly placed NKVD operatives sincerely believed that the nation was riddled with plots and conspiracies. Rittersporn maintains that such theories were used by both the populace and those in power to explain the hardships of daily life and the chronic disfunctioning of the system, which were attributed to various conspiracies and sabotage. He intimates that this response was rooted in traditional rural beliefs that the machinations of evil spirits accounted for commonplace misfortunes. ( J. Arch Getty & R. T. Manning, Stalinist terror, new perspectives, 1993, p. 7)

    3Sur cette question, nous ne pouvons que conseiller la lecture de Appendix: the Kirov assassination, dans Origins of the Great purges.

    4 The Stalinists never felt that they reallv control the country. Transportation and communication were poors, representatives were few in number, especially outside the cites. There was not even a telephonic line to the Soviet Far East until the 30s. In the relatively developed European part of Russia, most communication with party committees were by telegraph or letters delivered by on motorcycles. Mud and snow isolated numerous villages from with the regime for months out of the year. Local party officials lrequently interpreted and misinterpreted Moscow’s directives in suited their local purposes. The Central Committee complained y throughout the decade about the lack of « fulfillment of decisions  » and spent a great deal of time creating mechanisms to check up on miscreant and disobedient local leaders.

    Established regimes that rest on a base of general popular acceptance and consensual order do not need to resort to terror; they can rely on consensus (and/or hegemony in a Gramscian sense) to ensure stability and . As Pierre Bourdieu noted, « Once a system of mechanisms has Constituted capable of objectively ensuring the reproduction ut the order by its own motion, the dominant class have only to let the system the they dominate take its own course in order to exercise their domination; but until such a system exists, they have to work directly, daily, to produce and reproduce conditions of domination which are even then never entirely trustworthy. » The Bolsheviks, even into the 1930’s never enjoyed this level of acceptance and constantly feared tot the safety of the regime. They could not simply « let the system they dominate take course » and felt that they had to work at it. They thought they had to « work directly, daily, personally, to produce and reproduce conditions of domination which are even then never entirely trustworthy. » (J. Arch Getty & O. V. Naumov, The road to terror, Stalin and the self destruction of the bolsheviks, 1932-1939. ed.2012, p.15)

    5A ce sujet, il est plus que conseillé de lire Getty, J. A., & Manning, R. T. (Éd.). (1993). Stalinist terror : New perspectives. Cambridge University Press, qui compile plusieurs articles sur ces questions.

    6 Fitzpatrick, S. (2018). Dans L’équipe de Staline : De si bons camarades.

  • La Bataille pour l’histoire. II

    La Bataille pour l’histoire. II

    Faire évoluer notre regard sur notre histoire.

    Du côté des léninistes, un problème similaire s’est posé : que faire de l’histoire ? Aujourd’hui, il est rarissime qu’un militant ou une militante rejette en bloc l’existence du Goulag, des purges, des famines. La publication d’expériences, réelles, de répression, a rendu impossible le fait de maintenir la ligne de défense des années 1920-1930.

    Dans le même temps, le courant anticommuniste totalitaire à pris une ampleur immense, appuyée par C.-J. Friedrich, Z. Brzezinski, R. Conquest, H. Carrère d’Encausse… Cette conception totalitaire s’est d’ailleurs appuyée sur les analyses de Léon Trotski, qui, parmi les premiers, avait commencé à employer ce terme. I. Deutscher, un des grands spécialistes de L. Trotski, indiquait ainsi que celui-ci écrivait, avant son élimination, un texte sur la question. « Le socialisme n’aurait aucune valeur s’il n’apportait non seulement l’inviolabilité juridique, mais aussi la pleine sauvegarde des intérêts de la personnalité humaine. Le genre humain ne tolérerait pas une abomination totalitaire sur le modèle du Kremlin. »1 Il est possible de retrouver notre analyse sur cette question dans les brochures précédemment rédigées.2.

    La domination presque sans partage du paradigme totalitaire, ainsi que la très grande difficulté pour trouver d’autres sources que celles pré-cité, a obligé à un revirement même chez les militants et militantes communistes. Ne pouvant ignorer les témoignages et les coups de boutoir de la part de la bourgeoisie, une nouvelle ligne de défense s’est construite : retourner l’histoire des trotskistes et des anticommunistes.

    Tous les événements mis en avant par les autres historiographies sont inversés. Staline, de méchant omniscient et omnipotent est placé comme une figure de pouvoir compétente, œuvrant inlassablement à la création du socialisme, manœuvrant avec génie pour changer la société. Il faut préciser que la responsabilité des militants et militantes communistes n’est pas totale. En faisant de Staline le maître déifié de l’URSS, les anticommunistes ont validé intégralement le culte de la personnalité. Il en est de même pour les révisionnistes khrouchtcheviens et pour les trotskistes. «  On se limite en substance à dénoncer, comme étant la cause de tous les maux, les défauts personnels de Staline. On reste dans le domaine du culte de la personnalité. Auparavant tout le bien était dû aux qualités positives, surhumaines, d’un homme. Actuellement, tous les maux sont dus aux défauts exceptionnels et même ahurissant de ce même homme », écrivait Togliatti.3

    Cette contre-histoire totalitaire se nourrit donc à la fois de bases similaires à celle des anticommunistes, notamment au niveau des processus de prise de décision et des rapports de pouvoir, mais en adjoignant à cela le fait de « tordre le bâton dans l’autre sens. » En somme, tout ce qui est dit, tout ce qui sert comme procédé d’accusation, est soit déformation anticommuniste, soit un mensonge.

    Sur ces fondations, l’histoire apologique de l’URSS devient une justification du récit totalitaire. L’arrivée au pouvoir de l’équipe de direction stalinienne est toujours présentée comme une période de dépérissement démocratique, mais justifiée au nom de la nécessité, alors que la réalité est nettement plus complexe4 et les processus qui sont arrivés à maturité sous Staline avaient déjà commencé sous Lénine. Ils ont par ailleurs été vivement combattus par la direction nouvelle, qui a tenté à plusieurs reprises de ressusciter la démocratie populaire.5

    L’histoire de la répression est commune aux deux côtés de la barricade. Une histoire téléologique et policière, dans laquelle le scénario suit une trame unique et bidimensionnelle. La lutte contre les oppositions, les tourments de la révolution culturelle stalinienne, les purges, les procès s’enchaînent et culminent avec la iejovchina, prélude à la guerre. Elles sont jugées comme étant « un mal nécessaire » avec des « erreurs ». Mais elles ne remettent pas en cause un postulat : la toute puissance de la direction sur un Parti obéissant et efficace. Surtout, elles escamotent un pan important de la question : celles des insuffisances, des dysfonctionnements, des incompréhensions, des actions et des rétroactions.

    Il est possible d’invoquer la faiblesse des sources pour justifier cette analyse. Ce désert est un fait. Mais d’une part les « staliniens apologiques » ont opté pour les mêmes méthodes d’analyse que les autres, c’est-à-dire une kremlinologie « rouge », de l’autre, il y a eu le fait d’écarter méthodiquement tous les travaux réalisés sur l’URSS, au nom d’un sophisme génétique : le fait qu’il s’agisse d’écrits non-communistes. Au lieu de combattre les conceptions totalitaires, ces militants et militantes, malgré une bonne foi constante, l’ont embrassé : ils en ont fait un étendard. La même chose s’est produite avec ceux qui acceptent la déstalinisation. Dans les deux cas, c’était uniquement les décisions du parti qui donnaient le ton, et il suffisait de lire les discours pour pouvoir pénétrer profondément la pensée des grands idéologues communistes.

    Jusqu’à l’ouverture des archives et dans le déferlement anticommuniste de la fin de la Guerre Froide, il pouvait être légitime de procéder ainsi. Mais légitime ne veut pas dire juste. Il fallait contre-attaquer et défendre ce qui devait être défendu. Éviter qu’elle soit, dans sa chute, précipitée dans les enfers et qu’elle soit intégralement disqualifiée. Pour réaliser cette tâche difficile, certains ont rejeté les accusations de la part de la bourgeoisie comme un bloc. Ce rejet, compréhensible, s’est mêlé à la difficile tâche d’être critique et analytique. Sous la pression ces autres aspects ont été remisés. Cette absence de critique a fait que beaucoup se sont sentis trompés par la manière dont l’URSS et les expériences socialistes ont été présentés, en externe comme en interne. En faisant une défense sous la forme de l’apologie, elle a entraîné la déception. Au cours de l’existence de l’URSS, cette défense aveugle a contribué à détacher les travailleurs du PCF (en 1956 comme en 1991) au lieu de les souder.

    Aujourd’hui, cette pression d’une défense pied à pied n’existe plus. Celle qui existe est, en revanche, celle de reconstruire une histoire juste, critique, utile. Il n’y a pas de sens à nier l’existence du Goulag, des purges, de la Terreur, de la collectivisation forcée ou du traité de non-agression germano-soviétique. En revanche, il existe un impératif de les comprendre et de les expliquer. D’une part pour combattre les mensonges. D’autre part pour que nous puissions comprendre à quels obstacles nous aurons nous même affaire, si ou quand nous nous retrouverons à gérer un État.

    Comprendre l’histoire pour convaincre.

    Comprendre l’histoire en profondeur permet de dépassionner sa défense. Il est normal que la très grande majorité des individus soient horrifiés par le fait que nous puissions défendre – même de manière critique – l’Union soviétique. Comment ne pas les comprendre ? Comment ne pas prendre en compte le fait que l’Éducation Nationale, l’histotainement, ou les publications à grand tirage n’influencent pas les masses ? La bourgeoisie a fait de la condamnation du communisme une priorité absolue. Les publications actuelles, qui mettent en avant le Goulag ou les « crimes staliniens » sont une piqûre de rappel constant pour vacciner les prolétaires et les classes populaires contre la révolution. Nous devons comprendre cela, ou nous serons isolés.

    De même, nous devons comprendre les engagements de ceux qui veulent lutter ou qui luttent. Quelqu’un qui se tourne vers l’anarchisme ou le trotskisme, ou même le réformisme radical, le fait en tout premier lieu parce qu’il ou elle pense qu’il s’agit d’une voie juste. Une voie qui apparaît juste car moins lourdement condamnée par l’Éducation Nationale ou par les médias bourgeois. De prime abord, il est parfaitement logique qu’une personne sincère et bien intentionnée ne se rue pas dans les bras des « fossoyeurs de la révolution », les « autoritaires », tels que sont qualifiés les léninistes. Cette conception se voit d’ailleurs dans le rapport ambigu entre trotskistes et anarchistes. Trotski était l’un des dirigeants bolcheviques les plus brutalement anti-anarchistes. Pourtant, il est vu plus positivement que Staline par les libertaires. Il ne s’agit pas donc d’une position conçue sur la base d’une réflexion historique, mais bien d’une image mentale.

    Cette image mentale est parfois tellement intériorisée que la briser est une lutte de longue haleine. Dans plusieurs débats, les arguments de nos contradicteurs étaient basés sur le « sentiment » que le stalinisme, le maoïsme, Staline, ou autre, étaient de telle ou telle manière, qu’il s’y était passé telle ou telle chose. Cette conviction profonde est en partie nourrie par l’idéalisme et accentuée par ses déclinaisons les plus poussées, comme le post-modernisme, pour lequel les idées et les récits individuels sont plus porteurs de vérités que les faits6. Pour permettre de la battre en brèche, il est fondamental de savoir présenter une histoire compréhensible, cohérente, qui puisse permettre de prendre appui sur les éléments justes déjà présents. Cette histoire demande à être condensée.

    Mais au-delà du débat historique historisant, souvent ramené à l’acte de foi, il existe quelque chose de plus profond et de plus essentiel : le travail militant vers ceux et celles qui partagent les conceptions anticommunistes. Convaincre du bien-fondé de la révolution ne se fait pas sur la base d’un engagement identitaire, historiographique, mais bien sur la démonstration, là aussi, d’une stratégie permettant de construire cette révolution. Même chez les anticommunistes des classes populaires, il existe des idées justes. C’est sur elles qu’il faut prendre appui. Il nous faut apporter ce que ces courants idéologiques ne peuvent apporter : un réel approfondissement des questions et de la trajectoire vers la révolution. Le réexamen des questions historiques est non seulement secondaire, mais il se fera de lui-même plus tard. Pour parler caricaturalement, on devient « stalinien » par sa pratique avant de l’être par son adhésion historique.

    C’est là où une solide compréhension en profondeur est utile : elle permet de rattacher les événements à leur signification profonde. L’adhésion aux conceptions maoïstes sur la base de la Révolution Culturelle n’est pas la même chose que d’adhérer à la question d’une révolution culturelle sans majuscule, luttant contre les travers d’un pouvoir imparfait, vulnérable à la lutte des classes sous le socialisme. Ergoter sur la dénomination précise sans prendre en compte son sens profond revient à saboter le débat.

    À l’inverse, recruter sur la base unique de l’adhésion à un corpus vague n’est pas intéressant. C’est pour cela que nous renonçons en tant qu’organisation à trancher d’une manière nette et définitive notre positionnement sur certains débats. La question du maoïsme, par exemple. Si certains de nos membres se revendiquent de Mao et de l’expérience de la Chine, ce n’est pas une obligation pour adhérer. En effet, il existe d’immenses étapes à franchir avant d’avoir à se poser la question du maoïsme en tant qu’approfondissement ou que rupture dans le léninisme. Préempter sur ces questions serait baser l’adhésion sur le folklore et non pas sur la compréhension profonde de ce que cela signifie. En revanche nous considérons comme préalable le fait de ne pas rejeter l’étude de cette expérience.

    Beaucoup d’organisations et de petits groupes s’attachent à régénérer la connaissance de notre propre histoire. Mais elles font face, seules, à cette somme ingérable de travail. Or, logiquement, beaucoup mettent en premier lieu la connaissance pointue.

    Nous avons eu ainsi des discussions animées avec des militants et des militantes qui plaçaient très haut dans leur échelle des priorités la prise de position sur des sujets extrêmement précis. Nous-mêmes, dans nos premières années d’existence, avons surestimé grandement l’importance de ces « questions de principe ». Or, ce que nous a enseigné l’expérience de ces quelques années de travail, c’est que les questions étaient prises à l’envers. Elles ne peuvent être tranchées sans que les moyens matériels de le faire n’existent. En réalité, c’est l’unité sur des bases simples, de principes politiques accessibles, qui permet de disposer d’une masse critique permettant de réaliser ces tâches supérieures. À trop fonctionner comme des « mini-partis », nous tendons à nous épuiser dans la construction d’une connaissance parcellaire que nous érigeons comme vérité absolue. C’est là une dérive sectaire que nous devons combattre.

    1I. Deutscher L’âge de la Révolution permanente une anthologie de Trotski

    2https://unitecommuniste.com/histoire/100-millions-sinon-rien-partie-5/

    3 Togliatti, cité in M. Merleau-Ponty, Signes, 1960, p. 374-375

    4 À ce titre, l’ouvrage de Ferro, M. (2017). Des soviets au communisme bureaucratique : Les mécanismes d’une subversion., réédition d’un travail des années 1980, ou les travaux de Bettelheim montrent les rapports complexes entre Soviets et Parti dès 1917.

    5Origins of the great purges, encore.

    6À ce titre, il est possible de consulter cet article qui s’intéresse au post-modernisme https://unitecommuniste.com/france/fin-de-partie-vi-le-postmodernisme-contre-le-communisme/

  • La bataille pour l’histoire.

    La bataille pour l’histoire.

    Ce document, que nous publions en feuilleton journalier, a pour but premier de fournir l’introduction du travail de long terme « 100 millions sinon rien ». Cependant, il a également pour ambition d’être un travail autonome et de servir certains buts. Le premier étant de Repenser l’histoire de l’URSS et des expériences socialistes, s’en servir pour construire la lutte et le Parti. Nous vous en souhaitons bonne lecture, en espérant qu’elle puisse également trancher avec le climat morose de l’heure actuelle.

    L’Histoire de l’URSS et des expériences socialistes, tout comme des démocraties populaires, est un champ de bataille. Un champ de bataille contre la falsification, d’une part, mais également pour comprendre réellement ce qui s’est déroulé.

    Les enjeux autour de cette histoire sont immenses. Ils le sont autant pour les capitalistes que pour nous. Pour eux dans le but de démontrer le caractère génétiquement criminel du communisme et sa faillite en tant que modèle économique et social. Pour nous, militants et militantes communistes, pour être capable de leur répondre, mais surtout pour pouvoir en tirer des conclusions justes sur les moyens et les fins de notre mouvement.

    Dans l’ensemble, nous connaissons assez mal notre histoire, ou le plus souvent de manière superficielle. Les grandes lignes sont relativement connues, mais elles font écho à des événements confus.. Il en ressort une part importante de folklore, de mythologie, de mélange d’une histoire scolaire anticommuniste et holistique, avec la conviction que les 1/6e du monde cherchaient à œuvrer pour le plus grand bien. Difficile cependant de jeter la pierre : nous faisons avec ce que nous avons sous la main. Et encore, internet et la numérisation permettent de mettre à disposition des ressources qui, sans cela, seraient perdues. Auparavant, la situation était bien pire.

    De plus, régénérer l’histoire de notre expérience est un travail immense. La vulgariser et la rendre compréhensible en est encore un autre, tout aussi immense. Cela demande une disponibilité et des moyens qui ne sont pas à la portée de toutes et tous, tant individus qu’organisations. Cela influe fortement sur la possibilité de réaliser des travaux d’ensemble et de qualité.

    Il existe, dans un grand nombre d’organisations politiques ou de militants et militantes de ces organisations, un rapport assez particulier, fétichisé, fantasmé, à l’histoire de leur courant. Cette remarque est valable tant pour l’extrême-gauche que pour l’extrême-droite. L’un et l’autre l’expriment cependant de manière différente. L’histoire inventée de l’extrême-droite se place souvent dans des rapports contradictoires aux événements : entre vénération de la collaboration et haine des « collabos », entre justification du génocide juif et négation de celui-ci. Entre vénération du fascisme et utilisation de ce terme comme injure ou accusation contre d’autres courants (le fascisme, c’est la gauche, etc.)… en somme une histoire à géométrie variable, réinventée de manière ad hoc en fonction de l’interlocuteur. Il révèle avant tout une utilisation tactique de celle-ci pour faire passer un message politique. En cela ils sont de bons héritiers d’Hitler, qui n’hésitait pas à dire

    « Que dirait-on, écrit-il, d’une affiche destinée à vanter un nouveau savon et qui dirait qu’il y a aussi d’autres bons savons ? On secouerait la tête.

    Il en est exactement de même en ce qui concerne la réclame politique« 1

    Rosenberg, qui, dans le mythe du XXe siècle, n’hésite pas à tricher sur l’histoire pour justifier le nazisme. L’illustre Politzer en parle ainsi :

    « Ainsi, par exemple M. Rosenberg propose aux Allemands du XXe siècle comme modèle les anciens Germains. Il trace ensuite de ces derniers des « portraits historiques ». Il se trouve alors que les anciens Germains possédaient précisément les traits de caractère que le régime hitlérien veut inculquer à la jeunesse . La chose n’est pas difficile : pour que le national-socialiste puisse être modelé sur l’ancien Germain, M. Rosenberg commence par modeler l’ancien Germain sur le national-socialiste. »2

    Alfred Rosenberg écrivait même :« Il y a une conception catholique et une conception protestante de l’histoire. À côté des conceptions religieuses de l’Histoire apparaissent les conceptions nationalement teintées Nous croyons qu’il est temps d’annoncer une façon allemande de considérer l’Histoire. » 3

    Ce qu’ils en pensent en leur for intérieur, en revanche, est un mystère, peut-être pas grand’chose de construit ou d’architecturé. Cela est leur problème.

    En revanche, dans le nôtre, la situation est différente. Comme nous l’écrivions dans notre brochure de 2016 «La guérilla informationnelle, le nouveau brouillard de guerre. »

    « Lorsque nous, communistes, fournissons une explication du Monde, à travers le matérialisme dialectique et à travers le matérialisme historique, nous nous attaquons à un grand chantier : casser l’idéalisme, le positivisme, le mysticisme. Parfois, les mécanismes sont même contre-intuitifs, demandent des préalables idéologiques et culturels, en bref, demandent aux individus de se dépasser eux-mêmes, leur demandent un travail ardu en terme d’acquisition de notions. Le « bon sens » populaire ne suffit pas. Rien de tout cela n’existe chez les fascistes, qui, eux, jouent sur des biais intuitifs, cognitifs. Le cerveau est quasiment programmé pour adhérer aux théories du complot, en cherchant des causalités là où il n’existe que des coïncidences, en s’attachant à trouver un sens cohérent et logique à tout. Or, cela, ajouté à la subjectivité, créé le terreau du complotisme et de la confusion. La bouillie fasciste est également facile à avaler et à digérer, elle ne demande aucune subtilité, et les fascistes entre eux ne cherchent pas à se prendre à revers, à tester leurs connaissances. Peu leur importe les « détails ». C’est une différentiation culturelle, là aussi, entre nous. La rumeur et le canular ne nous serviraient à rien, car nous avons besoin d’informations justes et fiables pour pouvoir transformer la réalité. Nous devons connaître le Monde parfaitement pour en saisir les rouages. De même, nous n’avons pas besoin de mentir. Il n’existe pas plus gros scandale que l’exploitation capitaliste. Inutile d’inventer de faux faits. La vérité est déjà révolutionnaire. »

    Pourtant, dans notre courant même, les organisations communistes de France n’ont pas toujours un regard extrêmement clair sur l’histoire de leur courant. Il faut dire que l’histoire de l’URSS est contradictoire, avec des historiographies qui s’excommunient les unes et les autres. En dépit du fait que 30 ans se sont écoulés depuis l’ouverture des archives, une histoire actualisée, basée sur un travail scientifique, a du mal à s’imposer, tant dans la société que dans les organisations politiques, y compris celles se revendiquant du marxisme-léninisme. Un certain nombre de facteurs expliquent ce retard :


    • Le maintien, depuis 1995, de la même historiographie scolaire de
      l’URSS, basée sur la comparaison avec le nazisme et le fascisme,
      diffusant une histoire civique. Le but principal est de conditionner
      les élèves à soutenir la « démocratie libérale » et
      à rejeter « les extrêmes ». Il suffit de voir les
      fiches Eduscol ou les
      colloques sur le sens de l’enseignement de l’histoire pour en
      trouver la preuve.

    • La très faible pénétration des travaux des chercheurs et des
      chercheuses au profit d’une histotainement
      divertissante, mettant en exergue une certaine « pornographie
      de la terreur » pour vendre. Dans
      le même temps, les ouvrages menaçant ce paradigme peinent à
      trouver un éditeur ou sont vendus à prix d’or.4

    • Le rejet politique pur et simple d’une remise en cause du
      paradigme du totalitarisme. Toute diminution du caractère supposé
      monstrueux et pervers du régime soviétique étant perçu comme un
      soutien implicite à celui-ci. Cela s’est vu dans le fait que les
      dirigeants européens ont fait appel à une historiographie de la
      Guerre froide pour justifier la comparaison entre nazisme et
      communisme.

    Il en résulte que, dans une très grande majorité des cas, ce qui tient lieu de source principale pour les événements et leur analyse est un corpus documentaire particulièrement âgé ou fragile. Diverses « traditions orales », pour reprendre la formule de l’historien américain J. Arch. Getty, existent sur l’URSS. Cette mythologie s’est construite sur la base d’un corpus extrêmement restreint de sources. Elles sont majoritairement de trois ordres :


    • Issues de ceux qui ont été exclus de l’URSS ou qui l’ont fui.
      Cela va du transfuge, comme le Major du NKVD Orlov ou Lioushkov,
      comme Alexandr Soljenitsyne, ou comme Viktor Kravchenko. Trotski
      rentre aussi dans cette catégorie. Ils sont d’origine et de
      courants politiques contradictoires, mais ils partagent un point de
      vue très personnel et particulièrement hostile à l’URSS et à
      sa direction.

    • Dans un certain sens, il est possible de faire rentrer également
      dans cette catégorie ceux qui l’ont visité. On peut y intégrer
      André Gide à Jean-Richard Bloch, Barbusse, mais aussi Paul
      Robeson, mais aussi ceux qui l’ont vilipendée.

    • De l’analyse des discours et des documents officiels de l’URSS,
      « science » qui est souvent appelée la « soviétologie »
      ou la « kremlinologie ». Les biographies ou
      autobiographies des dirigeants rentrent dans cette catégorie. L’une
      des plus influentes étant les souvenirs
      de Nikita Khrouchtchev.

    Ces sources sont dans l’ensemble médiocres. Elles sont soit des directives officielles, des coupures de presse, soit des points de vue personnel. John Arch Getty en fait une explication tout à fait satisfaisante dans Origins of the great purges.

    « Bien que la principale faiblesse des sources soit leur éloignement des événements qu’elles jugent si librement, la question de la partialité politique mérite également d’être examinée, comme elle l’est dans d’autres domaines de l’enquête historique. Orlov, Trotsky, les mencheviks et Khrouchtchev étaient tous des acteurs politiques intéressés et n’étaient guère incités à produire une vision objective. De toute évidence, l’autre grande source de partialité est le côté stalinien. Les ouvrages explicatifs produits pendant l’ère stalinienne (principalement les transcriptions de procès et les brèves mentions dans les grandes lignes de l’histoire) ne sont pas non plus particulièrement précieux.

    La monstruosité des crimes de Staline et une génération d’attitudes de la guerre froide ont contribué à ce qui serait considéré comme une recherche bâclée et méthodologiquement en faillite dans tout autre domaine d’investigation. Les historiens de l’Europe moderne n’essaieraient pas d’étudier la politique de la Première Guerre mondiale en se basant sur les mémoires des soldats des tranchées sans épuiser la presse, les documents et les archives disponibles.5 »

    Nous laissons à M. Getty son opinion sur la « monstruosité ». Ce n’est pas le lieu d’en débattre. Cependant, nous pouvons reconnaître que les sources sont extrêmement partielles et partiales. C’est sur la base de celles-ci que se sont construits différents récits et contre-récits. Ils peuvent d’ailleurs être rassemblés en trois courants principaux :


    • Une grille de lecture marquée par un anticommunisme militant, de
      droite ou de gauche.

    • Une grille marquée par un communisme antistalinien ou
      antitotalitaire, notamment trotskiste ou sous la forme de tendances
      plus obscures.

    • Une grille marquée par un « stalinisme » apologique et
      acritique.

    Bien que ayant des buts et un récit diamétralement opposé, ces « histoires » possèdent dans l’ensemble plus de similitudes que ce qu’un examen superficiel pourrait laisser penser. Nous laissons d’ailleurs à nouveau J. Arch Getty donner sont point de vue sur la question : . J. Arch Getty en fait une magnifique illustration dans son travail pionnier Origins of the great purges.

    « La plupart des récits des grandes purges par les Soviétiques occidentaux et dissidents partagent certaines hypothèses : Les événements politiques de 1933-1939 constituent un phénomène unifié (les Grandes Purges), qui peut être étudié comme un processus ; les Grandes Purges ont été planifiées, préparées et réalisées par une seule agence (Staline) ; et les anciens bolcheviks de la génération de Lénine (et de Staline) ont été la cible des purges. La présente étude teste ces hypothèses par rapport aux preuves primaires disponibles et les trouve insoutenables. Bien que l’improbable histoire stalinienne soit très différente de la vision occidentale, les deux partagent une autre hypothèse interprétative sur la structure. Les deux versions supposent que les bureaucraties du parti (et de la police) étaient efficaces et obéissantes. En effet, tant les écrivains occidentaux que staliniens se sont intéressés à montrer que la bureaucratie soviétique était sinistrement efficace : totalitaire pour les écrivains occidentaux, monolithique ou solidement unie aux staliniens. Le quasi-consensus sur un appareil monolithique a fait qu’il est facile d’ignorer les preuves (et l’expérience personnelle) et de croire qu’une bureaucratie non formée et non éduquée dans un immense pays paysan en développement a en quelque sorte suffisamment bien fonctionné et obéi pour être qualifiée de totalitaire. Dans son enquête sur la structure du parti bolchevique dans les années trente, cette étude remet en question l’applicabilité du modèle totalitaire.


    D’une part, il a été utile à Staline et à d’autres membres du gouvernement de Moscou de donner l’impression d’une composition disciplinée et dévouée, solidement unie sous un centralisme démocratique. Staline (et Lénine avant lui) ont décrit le parti tel qu’ils le voulaient. D’autre part, il était dans l’intérêt de ses ennemis politiques de dépeindre la bureaucratie comme une machine uniforme, servile et monolithique. La vision totalitaire convenait aussi bien aux staliniens qu’aux antistaliniens.
    6 »

    Ainsi, des histoires aux contours similaires se sont écrites. Les anticommunistes ont rédigé une histoire qui fait de l’arrivée au pouvoir de Staline le fruit d’une conspiration ayant comme alpha et comme oméga la mise en œuvre du totalitarisme. Ce récit est fait soit pour condamner le communisme dans sa globalité, soit pour en condamner l’application faite par la direction stalinienne. Dans cette dernière application, ils ont trouvé un allié de choix dans la personne de Léon Trotski, probablement à son corps défendant.

    Les trotskistes eux-mêmes ont consacré des efforts immenses à construire une pensée qui permette d’expliquer l’échec de leur leader et de ses conceptions en URSS. Il leur fallait expliquer l’incapacité de Trotski et de ses proches à pouvoir imposer leurs vues au sein du Parti Communiste d’URSS, mais également partout dans le monde. Mais Trotski lui-même avait écrit tout et son contraire, et ils se sont déchirés sur ses prophéties. Le plus dur était d’expliquer la solitude, l’isolement du « vieux » tout comme le fait que les trotskistes d’URSS se sont, pour la plupart, ralliés au XVIIe congrès du PC(b)US et ont soutenu la « ligne générale ».

    Dans une communauté de vues avec les propagandistes anticommunistes, il s’est élaboré une certaine « histoire », grandement légendaire, de l’Union soviétique. Cette histoire légendaire s’est cristallisée autour de « grands hommes », Lénine, Staline, Trotski, dont les destins lient inextricablement le sort de l’URSS.

    Celle-ci se nourrit alors de pages d’histoire classiques : la montée au pouvoir de Staline, par la fourberie, camouflant ses idées – si tant est qu’il en eût ! –, une collectivisation brutale et une planification mensongère, une longue montée en pression, avec l’instauration d’un totalitarisme hors de contrôle, culminant avec les purges et les procès, ayant pour but de rendre le parti docile et liquider les compagnons de Lénine. Cette histoire, comme toutes les histoires conspirationnistes, s’autojustifie constamment. Staline fait tout, Staline peut tout. Lorsqu’il réprime, c’est pour montrer son pouvoir, lorsqu’il ne réprime pas, c’est pour tromper. Lorsqu’il soutient la NEP c’est un droitier, lorsqu’il met en place la collectivisation, c’est pour camoufler le fait qu’il est toujours un droitier. Lorsque Enoukidzé est exclu, c’est pour montrer la main de fer, lorsqu’il est réintégré un an après, c’est une nouvelle fois pour cacher ses intentions.

    Cette histoire ne connaît nulle prise de la logique et de la raison. Elle ne se nourrit que d’actes de foi. Certes les sources étaient faibles. Pourtant elles pouvaient être complétées en amont de la fin de la Guerre froide.

    Des travaux, comme ceux de Marc Ferro ou de Moshe Lewin sont toujours de bonne qualité aujourd’hui. De même, les Soviétiques présents dans les zones occupées par les Allemands (soit en leur qualité de prisonniers de guerre, soit en celle de Hiwis (auxiliaires volontaires)) ont été interrogés par les Américains dans le cadre du Harvard project.7 La seule véritable source impartiale avait été ramenée après guerre d’Allemagne, il s’agissait des archives de Smolensk. Après une étude préliminaire superficielle, et malgré la publication de Smonlensk under soviet rule de Merle Fainsod (en 1958), elles ont passé près de 30 ans dans l’oubli.

    Elles étaient remisées de côté, car elles ne servaient pas à cet usage tactique de l’histoire : attaquer le bilan de la direction Stalinienne ou l’URSS dans son entier. Les documents à charge suffisaient. Il n’y avait pas besoin de plus. Aujourd’hui encore, elles sont d’ailleurs ce qui forme le socle premier des arguments anticommunistes, avec un rejet fanatique de toute remise en cause ou de toute analyse nouvelle.

    1« Mein Kampf », édition allemande de 1 935, page 200.

    2G. Politzer Révolution et contre révolution au XXe siècle.

    3A. Rosenberg, « Blut und Ehre », tome 2 ; page 210

    4300€ environ pour un exemplaire de Staline, histoire et critique d’une légende noire.

    5Although the main weakness of the sources is their removal from the events they so freely judge, the question of political bias is also worth considering, as it is in other areas of historical inquiry. Orlov, Trotsky, the Mensheviks, and Khrushchev were all self-interested political actors and had little incentive to produce an objective view. Obviously, the other great source of bias is the Stalinist side. The explanatory works produced during the Stalin era (primarily the trial transcripts and brief mentions in outline histories) are not particularly valuable either.

    The monstrosity of Stalin’s crimes and a generation of Cold War attitudes have contributed to what would be considered sloppy and methodologically bankrupt scholarship in any other area of inquiry. Historians of modern Europe would not try to study the politics of World War I by relying on the memoirs of soldiers from the trenches without exhausting the available press, documentary, and archival materials.

    6Most Western and dissident Soviet accounts of the Great Purges share certain assumptions: The political events of 1933-9 constitute a unified phenomenon (the Great Purges), which can be studied as a process; the Great Purges were planned, prepared, and carried out by a single agency (Stalin); and the Old Bolsheviks of Lenin’s (and Stalin’s) generation were the purges’ target. The present study tests these assumptions against the available primary evidence and finds them untenable. Although the improbable Stalinist story is very different from the Western view, the two share another interpretive assumption about structure. Both versions assume that the party (and police) bureaucracies were efficient and obedient. Indeed, both Western and Stalinist writers have been interested in showing that the Soviet bureaucracy was grimly efficient: totalitarian to Western writers, monolithic or solidly united to Stalinists. The near consensus on a monolithic apparatus has made it easy to overlook evidence (and personal experience) and to believe that an untrained and uneducated bureaucracy in a huge, developing peasant country somehow functioned and obeyed well enough to be termed totalitarian. In its investigation of the structure of the Bolshevik Party in the thirties, this study questions the applicability of the totalitarian model.

    On the one hand, it was useful to Stalin and others in the Moscow government to give the impression of a disciplined and dedicated membership solidly united under democratic centralism. Stalin (and Lenin before him) described the party the way they wanted it to be. On the other, it was in the interest of his political enemies to portray the bureaucracy as a uniform, servile, monolithic machine. The totalitarian view was convenient both for Stalinists and anti-Stalinists.

    7 https://library.harvard.edu/collections/hpsss/index.html

  • Prolétaire debout n°14 (UPML)

    Prolétaire debout n°14 (UPML)

    Crise du Corona virus :

    Coupable: le système économique et social capitaliste.

    Macron a mis sa blouse blanche… pour sauver les banques !

    Il faut prendre au sérieux la pandémie du Corona virus qui se répand progressivement partout,  profitant de la circulation des hommes et des marchandises au niveau mondial. Si le plus gros de la crise semble être derrière la Chine, aujourd’hui la République de Corée, l’Iran soumis au blocus des puissances occidentales, l’Europe et les USA sont en première ligne. Demain, ce seront les pays d’Asie du Sud-Est, d’Afrique et d’Amérique Latine qui seront concernés. A un problème mondial, la bonne réponse devrait être mondiale. 

    « Union nationale »?

    Les mesures sanitaires à l’échelle nationale, la fermeture des frontières etc. sont certainement à respecter pour faire obstacle à la propagation du virus et pour protéger les populations conformément aux connaissances scientifiques actuelles, sans sous-estimation ni panique. 

    Macron, son gouvernement et les représentants de l’État nous appellent à « l’union de la nation ». Ils se donnent l’air de bons pères de famille qui protégeraient la population et agiraient dans « l’intérêt général ». En réalité ils continuent à préparer les masses populaires à une période de sacrifice – les soignants et autres salariés, les familles, les personnes âgées. Tout en parlant de solidarité, ils n’ont fait que remettre à plus tard leurs réformes réactionnaires : baisse des retraites, diminution des allocations chômage… et ils répriment les protestations.

    Macron a fait l’éloge de nos « héros en blouse blanche ». Quel culot ?! La politique de fermeture et d’austérité dans les hôpitaux devient en plus mortelle avec le Corona virus. En France le personnel hospitalier en grève depuis un an dénonce l’épuisement et les conditions de travail et  réclame des lits – 17 500 lits ont été supprimés en 10 ans -, ainsi que des embauches et des hausses de salaires. Quelle a été la réponse du gouvernement ? Depuis janvier, il a ignoré le danger et omis par exemple de commander des masques et du gel désinfectant pour l’ensemble du personnel médical. Il compte sur son dévouement. Alors que les hôpitaux sont de plus en plus saturés, les soignants vont être amenés à « trier » (comme en Italie) parmi les malades celles et ceux qui auront la « chance » d’être soignés parce que plus « robustes ».

    Le profit avant tout !

    Les mesures sanitaires en France, et ailleurs en Europe et aux États Unis, prises trop tard, sont surtout dominées par le souci de maintenir l’économie capitaliste et de faire tourner la machine à profit. Macron l’a confirmé dans son allocution qu’il « fera absolument tout pour nos entreprises ».  

    Crise financière et économique : les marchés financiers se sont écroulés, le CAC 40 connaît une chute historique de 37 % depuis janvier 2020, signe à l’échelle nationale d’une désorganisation des économies européenne et mondiale, faisant renaître le spectre d’une situation similaire à celle de 2008.  C’est la panique, les « bulles spéculatives explosent » ! Fermer la Bourse ? La crise sanitaire a semblé déclencher cette nouvelle crise économique ; mais, en fait de multiples signes annonçaient cette dernière que la crise sanitaire ne peut qu’aggraver. Il est évident que la pandémie s’est déroulée sur fond d’internationalisation de la production. 

    Le risque principal aujourd’hui, dans la machinerie capitaliste, semble être du côté bancaire : si un nombre significatif d’entreprises (ou de ménages) se trouvaient incapables d’honorer leurs engagements, ce qui est un danger très sérieux avec le ralentissement économique accéléré par la crise du Corona virus. Ces derniers jours, c’est la principale préoccupation des marchés financiers. 

    Certains mettent en question la « mondialisation » et s’interrogent sur la « dépendance » vis-à-vis de la Chine. Mais ce sont les monopoles industriels de toutes les grandes puissances impérialistes qui se sont précipités en Chine pour produire au moindre coût. Les relocalisations seront limitées et dépendront largement de la soif de profit et des pressions politiques. 

    Pourquoi les productions non indispensables pour la société sont maintenues alors que des millions de salariés se fréquentent encore dans les entreprises ? C’est les mettre en danger avec un risque de relance de l’épidémie. En Italie et en Espagne, les mouvements de grève éclatent contre le manque de respect pour leur santé et leur vie. La CGT à PSA a fait campagne pour arrêter la production et elle a obtenu gain de cause. 

    Écoles, universités, restaurants, cafés, beaucoup de lieux publics sont fermés. Mais que fait-on pour les salariés qui côtoient beaucoup de monde ou une clientèle à risque: les caissières, les prolétaires des transports ou de la surveillance, les salariés du nettoyage qui risquent d’être au contact du virus ? Quand il s’agit de sous-traitants, les entreprises donneuses d’ordre s’en « lavent carrément les mains »…

    Droit au retrait pour tout salarié si le virus s’avère présent ! 

    Protections spécifiques et renforcées ainsi qu’un suivi rapproché dans les secteurs à risques !

    Le financement à 70% du salaire brut et à 84% des salaires nets, souvent déjà insuffisants, du chômage partiel se fera à partir de nos impôts et donc sur le dos des contribuables. Quand les aides pour les salariés, comme pour les petits entrepreneurs à la hauteur de milliards d’euros, arriveront-elles ? Il faut un chômage technique indemnisé à 100 % qu’il s’agisse des fermetures d’entreprises ou de la garde des enfants pour les travailleurs en fixe, les précaires et les autoentrepreneurs …

    Pas d’«unité nationale avec le capital ». Il est à l’origine de la crise sanitaire et économique. Il en reportera la charge sur les classes populaires. De son point de vue il faut réduire massivement les salaires, les pensions, les minimas sociaux et renforcer l’exploitation et aussi pour cela l’oppression.

    Nous n’accepterons pas de payer la crise du grand capital.

    Inévitablement la bourgeoisie profitera de la situation pour faire oublier son agenda réactionnaire et ses réformes scélérates, comme la retraite Macron par ordonnance (49.3)? 

    Quand on nous incite à rester chez nous, faisons toujours attention à défendre nos droits et libertés démocratiques. Macron déclare la « guerre à l’épidémie ». Il évoque une situation d’urgence qui peut être utilisée pour accentuer le contrôle de la population. En Chine, le régime qui n’a plus rien à voir avec le communisme, a exclu des réseaux sociaux des milliers d’internautes pour « propagation de fausses nouvelles ». Toute la population est aujourd’hui suivie à la trace par des applications sur mobile qui partagent avec la police, les sociétés de transport et même les centres commerciaux, l’état de votre risque sanitaire et le détail de vos derniers déplacements. On a connu lors des dernières grèves et luttes une violence policière et juridique inouïe. En France la reconnaissance faciale se met en place ainsi que la communication à la gendarmerie de données sur l’appartenance politique et syndicale. 

    Alors nous disons : pas d ‘abus de la pandémie pour réduire nos libertés!  

    Non à la militarisation et à la fascisation de la société ! 
    La bourgeoisie n’étouffera pas nos colères et nos luttes ! 

    Organisons-nous pour défendre nos droits, défendre notre avenir ! Pas question de prolonger la survie du mode de production capitaliste !

    Tout cela montre un chaos mondial croissant, produit du système capitaliste instable, et  l’amplifie: climat et environnement, guerres et tensions géopolitiques, montée des forces fascistes et fascisation des appareils d’État, crash boursier et endettements publics. Et ce chaos capitaliste du « chacun pour soi »  se poursuit entre pays face à une menace sanitaire pour l’ensemble de la planète. On l’observe dans les mesures contradictoires, les accusations mutuelles, l’absence d’aide et la concurrence dans la recherche médicale pour des médicaments, vaccins etc. 

    Toutefois les masses populaires se lèvent et ne veulent pas vivre dans la barbarie : luttes et grèves, soulèvements populaires se multiplient dans de plus en plus de pays. 

    La gravité de la situation exige:

    • Un système de santé gratuit répondant réellement aux besoins de l’ensemble de la population. 
    • La recherche fondamentale sur l’origine des ‘pandémies modernes’ et le développement des mesures protectrices — en excluant toute « concurrence » entre laboratoires en leur imposant de collaborer.
    •  L’agroalimentaire capitaliste est un berceau de nouvelles pandémies. Pour une agriculture qui respecte les lois de la nature, contre la recherche du profit maximal.
    • Pas de mesures de crise de pandémie du Corona sur le dos des travailleurs ! Arrêt immédiat de la production non nécessaire pour la société. Protection de tous les salariés ! 100% de chômage technique. Mesures de crise à tous les niveaux et hausse des salaires – aux frais des capitalistes au lieu de mettre à contribution l’argent public. Pas d’exonérations d’impôts pour le grand capital !
    • Défense de nos droits et libertés démocratiques et syndicaux. Pour le droit à l’information, à la communication. 
    • Solidarité populaire et de classe – fixes et précaires -, entraide internationaliste et anti raciste – Accueil des migrants. Prise en charge commune des contraintes de la crise. 
    • Renforçons le front mondial contre l’exploitation et contre la réaction en participant au Front Uni Anti Impérialiste et Antifasciste de l’ICOR (voir www.icor.info)

    Le système capitaliste est dépassé. 

     Si la bourgeoisie, cette minorité négligeable de la population, décide de tout et continue à imposer son économie de profit, son système d’exploitation du travail d’autrui et d’oppression, rien ne changera vraiment. Il faut la conquête du pouvoir politique et économique par le prolétariat (ouvriers, employés) et ses alliés. On a besoin d’une société fondée sur une économie planifiée, organisée et au service de l’écrasante majorité des couches populaires où celles-ci décident jour après jour en respectant aussi les besoins de la nature, notre base de vie!

    Pour une société où production, coopération, appropriation et répartition se font de façon collective – le véritable socialisme – aux niveaux national et international. 

    Rejoignez l’UPML! Rejoignez l’ICOR!

    L’origine du Corona virus interroge, tout comme l’origine des épidémies de plus en plus fréquentes, touchant l’homme ou les animaux d’élevage abattus, causant la faillite d’éleveurs. Une explication assez logique dénonce l’exploitation capitaliste de la nature et de l’homme. Nous vivons le retour des grandes épidémies (SIDA, H1N1, SRAS, Zika, Ebola…) Les virus existent dans tous les êtres vivants. Mais : 1° la destruction systématique des habitats naturels et le contact rapproché entre hommes et êtres vivants porteurs de germes peuvent devenir dangereux pour nous. 2° L’agro-business, l’élevage en masse d’animaux. 3° la circulation des marchandises et des hommes dictée par la recherche du profit, des bas salaires, à travers le monde.4° le réchauffement climatique. 5° l’entassement de populations dans des mégapoles. 6° l’absence de services de santé accessibles à tous créent des conditions idéales pour qu’un virus se change en facteur de maladie et crée une épidémie, voire une pandémie. 

    Pour une agriculture et une économie qui respecte l’homme et ses bases naturelles de vie! 
  • Programme d’urgence du MLPD

    Programme d’urgence du MLPD

    Nous publions cet article, premier d’une série, sur les réaction des organisations communistes face à la contagion. Nous pensons qu’elles peuvent être utiles pour se faire une idée de « ce qu’il faudra faire » quand la pandémie sera en décrue, pour éviter d’être écrasés.

    La pandémie de Corona s’est transformée en une crise de santé dune envergure planétaire aux conséquences lourdes et menaçantes pour la masse des personnes. Une situation inhabituelle exige des mesures inhabituelles. Le MLPD a participé à un comportement responsable à un stade précoce en annulant des événements, en informant le public et en s’entraidant. Ses pensées vont aux premières victimes, il souhaite à tous ceux qui sont tombés malades un bon rétablissement et à tous la meilleure protection possible contre le danger d’infection.

    En Allemagne, le principal problème à l’heure actuelle est la propagation exponentielle¹ du virus. Actuellement, le nombre de personnes infectées double environ tous les trois jours. Si ce processus se poursuit au même rythme, il y aurait un million de personnes infectées en un mois et – selon les estimations actuelles – environ 50 000 qui devraient être traitées dans des unités de soins intensifs. Mais il n’y a que 28 000 places pour cela !²

    Les systèmes de soins de santé, avec leur orientation sur la maximisation des profits pour les sociétés hospitalières, les entreprises pharmaceutiques et de « santé », ont été tellement dévastés dans de nombreux pays qu’ils sont au bord de l’effondrement ou déjà en plein milieu. De nombreux hôpitaux ont été fermés ces dernières années. En Italie, le système de santé est tellement surchargé que les médecins doivent décider les yeux grands ouverts qui ils doivent traiter et sauver et qui ils doivent laisser mourir.³ Le MLPD revendique :

    • Création de 150.000 nouveaux emplois⁴ et doublement des places de formation dans les unités de soins infirmiers et intensifs en Allemagne !

    Il est critiquable que le gouvernement fédéral allemand et les monopoles tentent d’utiliser la situation pour faire porter les fardeaux de la crise sur les larges masses dans le sillage de Corona. Ainsi, une nouvelle crise économique et financière mondiale est déjà apparue depuis la mi-2018. La semaine dernière, une crise ouverte de la bourse s’y est ajoutée. Tout cela est bien sûr exacerbé par Corona.

    Toutefois, les programmes de crise globaux du gouvernement, les milliards mis à la disposition des groupes industriels avec l’argent des contribuables, sont devenus nécessaires principalement en raison de cette crise capitaliste profonde. Où Corona devient maintenant un prétexte pour licencier des gens, pour intensifier l’exploitation dans les usines, pour déployer la Bundeswehr à l’intérieur ou pour démanteler les droits et libertés démocratiques etc, le MLPD dit :

    • Aucune acceptation des tentatives de répercuter les conséquences de la crise environnementale, économique et financière mondiale sur les larges masses et la classe ouvrière sous le drapeau de la lutte contre Corona ! La réponse au chaos capitaliste de la crise est la perspective socialiste !

    Tout à fait dans le sens du développement vers la droite de nombreux gouvernements, qui travaillent selon le principe « mon pays d’abord », la recherche et le travail se font aujourd’hui principalement dans le cadre de la concurrence entre les États nations. Cela rend considérablement plus difficile une solution mondiale telle que la création d’un vaccin.

    Le président Trump a même l’audace d’offrir à la société de biotechnologie CureVac à Tübingen, jusqu’à un milliard de dollars pour qu’elle fournisse exclusivement le vaccin contre Covid-19 aux États-Unis !⁵

    • Les politiciens et les gouvernements qui se comportent de manière si chauvine et si égoïste dans une telle situation doivent démissionner immédiatement et être punis !

    Les équipes de crise du gouvernement fédéral et des Länder prennent des décisions qui imposent des restrictions rigoureuses aux masses de personnes dans leur vie privée – mais qui doivent à tout prix maintenir la production des usines. Certains groupes industriels rapportent que les étages de direction communiquent uniquement par Skype. Les travailleurs, cependant, doivent continuer à travailler aux pièces, par équipes, souvent proches les uns des autres sur la « ligne ». Il y a peu ou pas de désinfectant dans les halls d’usine. Si le chômage technique est ordonné, il ne suffit pas pour vivre, surtout avec des salaires plus que bas.

    Des assemblées générales du personnel et des manifestations sont annulées, mais la production doit continuer. Les travailleurs intérimaires sont déjà licenciés en masse. Tout cela est irresponsable et montre comment, dans ce système capitaliste, c’est le profit et non l’être humain qui est au centre des préoccupation ! De l’Italie, on signale des grèves autonomes (partiellement réussies) comme celle chez Fiat pour l’arrêt de la production. En Allemagne, cette revendication se répand parmi les travailleurs. Le MLPD exige :

    • Arrêt immédiat de la production industrielle, de la logistique et de l’administration, sauf s’il s’agit de fournitures socialement nécessaires ou de mesures d’urgence ! Une restriction radicale de la production aurait pour effet secondaire écologique de réduire considérablement les émissions de CO2, les oxydes d’azote, les poussières fines, etc.
    • Dispense des ouvriers/ouvrières et employé-e-s avec compensation de salaire intégrale, sans consommer leurs vacances !
    • Si les travaux sont effectués : Veiller à ce qu’une distance de 1,5 à 2 mètres puisse être maintenue entre les travailleurs.
    • Désinfection des machines et des outils dès que l’utilisateur change.
    • Fin des soins à deux classes : mêmes règles de l’étage de la direction à la chaîne de montage et à la femme de ménage.

    Le gouvernement fédéral ainsi que les gouvernements des Länder, par exemple sous la direction du ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, M. Laschet, exigent la solidarité et la volonté de faire des sacrifices ‒ mais seulement de la part de la population ! La fermeture des écoles et des crèches, qui est absolument raisonnable, est souvent source de grandes difficultés pour les familles.

    Parce que une fois de plus, les familles, et donc souvent surtout les femmes, doivent assumer la charge en privé ‒ sauf dans des cas extrêmes ‒ et voir comment elles gèrent leur vie. De nombreuses personnes âgées et malades vivent dans une grande peur, ne quittent pas la maison (parfois à juste titre), mais se sentent de plus en plus seules. Les achats de précaution empêchent les achats et l’approvisionnement normaux. Le MLPD appelle :

    • Aides d’État et soins d’urgence aux familles pour les soins aux enfants et aux personnes âgées. Financement de la perte de revenus des parents s’ils ne peuvent pas trouver d’autres possibilités de prise en charge.
    • La solidarité et l’entraide sont à l’ordre du jour : Organisez l’aide de voisinage ! Aidez surtout les personnes âgées et les malades à subvenir à tous les besoins de la vie et à ne pas se sentir seuls ! Si la garde d’enfants est organisée de manière privée ‒ pas plus de cinq enfants !
    • L’organisation de jeunes Rebell est prête à fournir une telle assistance selon sa devise « Servir le peuple ».
    • Discutez de manière offensive contre les achats de précaution égoïstes, la panique, mais aussi les comportements sans égard pour autrui dus à la sous-estimation de la situation.

    Du soutien illimité est offert aux entreprises. Cependant, en réalité, il devient évident que la situation des petites entreprises implique des obstacles bureaucratiques presque insurmontables et, en fin de compte, l’arrêt de leurs activités, alors que les monopoles empochent pleinement. Le MLPD revendique :

    • Les micro, petites et moyennes entreprises, les centres de conférence, les entreprises de restauration et de tourisme doivent bénéficier d’un soutien non bureaucratique à la hauteur de leurs pertes !

    Les causes de cette maladie sont largement débattues. Cela est justifié, mais il faut en discuter en toute objectivité et de manière scientifique. Des théories de conspiration insoutenables sont inacceptables ‒ mais aussi si chaque discussion sur les causes est rejetée comme théorie de conspiration. Il faut répondre aux questions : Qu’en est-il au juste du laboratoire de recherche dans le lieu d’origine (présumé) de Wuhan ? Le Covid-19 a-t-il une origine artificielle ? Quelles sont les interactions avec les crises environnementales ? [A ce propos, nous avons publié un article sur cette question, pour apporter des éléments de réponse aux inquiétudes sur l’origine du virus. NdlR]

    • Le MLPD revendique : Arrêtez l’égoïsme national dans la recherche des causes, le diagnostic et le traitement ! Une discussion scientifique ouverte, mais compréhensible par tous !

    C’est là que toute la pourriture et l’incapacité du système impérialiste mondial deviennent claires. En réalité, les conditions matérielles pour la communication globale, la discussion scientifique, le diagnostic et la thérapie ainsi que le maintien décentralisé des processus économiques essentiels à l’aide de la numérisation sont meilleures que jamais dans l’histoire.

    Sous le capitalisme, elles sont minées par la recherche du profit, la concurrence et le chauvinisme. Dans le socialisme, qui peut être réalisé par une transformation révolutionnaire de la société, elles pourraient être utilisées pour des soins de santé mondiaux rapides et efficaces ! Le MLPD appelle :

    • Intéressez-vous de la recherche des causes, participez au débat de masse sur les alternatives sociales sous la devise « Accordons aucune chance à l’anticommunisme » !
    • Organisez-vous ! L’association non-liée à un parti dans l’intérêt des soins de santé et des conditions de travail et de vie de la masse de la population est à l’ordre du jour !

    Sources et liens :

    ¹ Modèle mathématique pour un processus de croissance dans lequel la taille de base change toujours du même facteur par pas de temps égaux

    ² Campact Info, 16/3/2020

    ³ Tagesschau, 12/3/2020

    ⁴ Analyse de l’institut scientifique de l’AOK (Wido), mars 2020

    ⁵ Welt am Sonntag, 15/3/2020

  • Soutenez le mouvement de masse contre les attaques fascistes anti-populaires en Inde.

    Soutenez le mouvement de masse contre les attaques fascistes anti-populaires en Inde.

    Résolution de l’ICOR sur l’Inde :

    Soutenez le mouvement de masse contre les attaques fascistes anti-populaires en Inde

    Soutenez le mouvement anti-CAA/NPR/NRC en cours en Inde Shaheen Baghs

    Le parti fasciste Bharatiya Janatha (BJP) dirigé par le président de l’Inde, Modi, le front politique du RSS fasciste (Rashtriya Swayamsevak Sangh ou « Force volontaire nationaliste ») ont accéléré leurs efforts pour saper les droits actuels de citoyenneté. Ces droits ont été fixés dans la loi sur la citoyenneté de 1955, qui garantit la citoyenneté à tous les résidents et résidentes ainsi que le droit du sol à celles et ceux qui sont nés dans le pays. Au nom de l’aide aux réfugiés du Pakistan, de l’Afghanistan et du Bangladesh, lesquels se sont réfugiés en raison de la discrimination religieuse, la “Loi d’amendement de la citoyenneté” (Citizenship amendement act) a été adoptée par le Parlement le 12 décembre 2019. Elle donne la citoyenneté à tous les réfugiés en provenance de ces pays qui sont entrés en Inde jusqu’en 2015, à l’exception des musulmans. Ceci constitue une violation des principes laïques de la Constitution indienne.

    Selon un amendement antérieur à la “loi de 1955 sur la citoyenneté”, adopté lors du précédent gouvernement BJP de 1999 à 2004, le gouvernement Modi a émis l’ordre de préparer un Registre national de la population (National Population Register). Celui-ci doit être mis en place entre le 1er avril au 30 septembre 2020, ainsi qu’un nouveau Registre national de la citoyenneté (National Register of Citizenship) sur la base de la Loi CAA. 

    Dans le cadre de l’enquête du NPR, tous les citoyens sont tenus de donner leurs coordonnées ainsi que celles de leurs parents, y compris les documents relatifs aux terres/maisons dont ils sont propriétaires. Ceux qui ne possèdent pas de tels papiers seront alors appelés « citoyens douteux » (DC – Doubtful Citizens). Non seulement la majorité des musulmans, mais aussi les scheduled castes (Dalits) et les scheduled tribes (Adivasis) ainsi que d’autres groupes défavorisés sont sans terre et sans logement, analphabètes. En outre, ils se déplacent fréquemment vers de nouveaux domaines de travail. Ils disposent généralement de très peu de documents. La plupart d’entre eux ne sont pas acceptés. Les passeports, les cartes d’électeur, etc. ont été jugés insuffisants pour fournir la preuve de citoyenneté. On estime que 200 millions de personnes pourraient devenir des « citoyens douteux » (DC) lorsque le NPR sera réalisé. Ils disposeront de trois mois pour prouver leur citoyenneté devant les tribunaux pour étrangers. En cela, presque tous échoueront, comme cela s’est produit récemment en Assam, où un NRC a été préparé.

    Ensuite, la CAA veillera à ce que les musulmans notés comme « citoyens douteux » (DC) perdent leur citoyenneté. Les autres, les hindous, les sikhs, les jaïns, les bouddhistes, les parsis et les chrétiens, peuvent obtenir la citoyenneté sur la base de la CAA. Mais ils ne peuvent l’obtenir si, et seulement si, ils prouvent qu’ils et elles ont émigré du Pakistan, de l’Afghanistan ou du Bangladesh en raison de persécutions religieuses. 99 % d’entre eux ne peuvent pas le prouver.

    Ainsi, dans cette première phase du nettoyage ethnique communautaire, près de 200 millions de personnes, dont la moitié des musulmans, deviendront apatrides. Ils seront jetés dans des camps de détention en cours de construction partout en Inde. Ceci est en accord avec le rêve du parti fasciste RSS de construire l’Inde comme un « Rashtra (nation) hindou ». Voilà la teneur du programme politique de Modi. 

    Conscients de ce danger, peu après la promulgation de la CAA, les étudiants et étudiantes se sont révoltés dans de nombreuses universités. L’Etat a tout fait pour donner une image religieuse à cette révolte. Ainsi, les étudiants des universités dirigées par des musulmans comme l’Université Jamia Millia islamia de Delhi et l’AMU à Aligarh, dans l’État fédéral d’Uttar Pradesh, ont été brutalement attaqués par les forces de police. Les forces de police sont noyautées par des agents endoctrinées par l’idéologie du RSS. 

    Bientôt, les étudiants et étudiantes de presque toutes les universités et autres institutions du pays entier se sont révoltés. Les Dalits et les Adivasis ont commencé à sortir dans la rue. Toutes les forces démocratiques laïques et de nombreux partis non-BJP les ont rejoint, élargissant le mouvement. 

    Les femmes de Shaheen Bagh, à Delhi, ont lancé un sit-in massif, pacifique et indéfini à partir du 17 décembre. Elles revendiquent, elles aussi, l’abolition du triptyque CAA/NPR/NRC. Ce sit-in est rapidement devenu un symbole de résistance, et des mouvements similaires ont éclos dans toutes l’Inde.

    Le mouvement populaire pacifique avait commencé à s’étendre. Il a fait perdre au BJP les élections aux assemblées des États du Jharkhand et de Delhi, dans lesquels Modi faisait campagne sur la base de la CAA et de majorités Hindutva. Des bandits du RSS, lourdement armés, appuyés sur des lumpen prolétaires, ont organisé un pogrom dans le nord-est de la capitale, Delhi. La police et l’administration sont restées des spectatrices muettes lorsque les musulmans et les musulmanes ont été attaqués. Les agresseurs et agresseuses ont torturé et tué beaucoup, ils ont attaqué les femmes, détruit des milliers de maisons et de magasins, brûlé ou pillé leurs biens, forçant des milliers de personnes à fuir vers des camps de secours.

    Même après une semaine, le gouvernement central, les gouvernements des États fédéraux et le pouvoir judiciaire et la police n’ont pas montré une préoccupation quelconque à les aider. Le gouvernement Modi tente de cibler les musulmans et de créer une atmosphère de terreur d’État et de peur pour réprimer la résistance du peuple et imposer les CAA/NPR/NRC à tout prix. Le CPI(ML) Red Star ainsi que de nombreuses autres forces activement impliquées dans le mouvement mobilisent les masses pour boycotter le NPR. Si le NPR n’est pas entravé, une tragédie humanitaire d’une ampleur colossale peut arriver sous le régime guidé par le RSS fasciste. 

    La diaspora indienne dans le monde entier s’est déjà prononcée contre ce nettoyage ethnique communautaire sous le prétexte des NPR/NRC. De nombreux gouvernements et des forces démocratiques dans le monde ont exprimé leur inquiétude. Le commissaire des Droits de l’homme des Nations unies tente d’intervenir dans l’audience de la Cour suprême sur cette question. Mais le gouvernement Modi tente avec arrogance de détourner l’attention de l’opinion publique internationale en prétendant qu’il s’agit d’une question interne à l’Inde !

    Dans cette grave situation, l’ICOR condamne fermement ce nettoyage ethnique communautaire à grande échelle par le gouvernement Modi. Nettoyage qui a conduit à ce que des dizaines de millions de personnes, des minorités religieuses, (principalement des musulmans et des musulmanes) ainsi que des personnes opprimées soient privées de leur citoyenneté.  Leur destin est d’être concentrés dans des camps de détention. L’ICOR soutient la résistance populaire actuelle contre cette situation et appelle toutes ses organisations membres à apporter leur soutien au peuple indien en ce moment critique.

    Plus que jamais l’appel commun de l’ILPS et de l’ICOR à construire un «Front uni international anti-fasciste et anti-impérialiste» s’avère une nécessité. Les forces communistes, anti-fascistes et démocratiques doivent faire face au développement à droite de nombreux gouvernements en cette période de crise profonde du monde capitaliste. 

    Prolétaires et peuples opprimés, unissons nous!

    Signataires (en date du 18/3/2020, d’autres signataires sont possibles):

    1. ORC   Organisation Révolutionnaire du Congo, République démocratique du Congo
    2. MMLPL   Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
    3. CPSA (ML)   Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes))
    4. PPDS   Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie
    5. CPB   Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)
    6. CPI (ML) Red Star   Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)
    7. Ranjbaran   Hezb-e Ranjbaran-e Iran (Parti prolétarien de l’Iran)
    8. NCP (Mashal)   Nepal Communist Party (Mashal) (Parti communiste du Népal (Mashal))
    9. БКП   Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
    10. PR-ByH   Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie et Herzégovine), Bosnie et Herzégovine
    11. MLPD   Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
    12. UCLyon   Unité Communiste Lyon, France
    13. UPML   Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France
    14. BP (NK-T)   Bolşevik Parti (Kuzey Kürdistan-Türkiye) (Parti bolchévique (Kurdistan du Nord / Turquie))
    15. KOL   Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)
    16. MIKSZ   Magyar Ifjúság Közösségi Szervezete (Organisation de la Communauté de la Jeunesse Hongroise)
    17. RM   Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
    18. MLGS   Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
    19. KSC-CSSP   Komunisticka Strana Cheskoslovenska – Cheskoslovenska Strana Prace (Parti communiste de Tchécoslovaquie – Parti ouvrier tchécoslovaque), République tchèque
    20. MLKP   Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)
    21. KSRD   Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine
    22. MLP   Marksistsko-Leninskaja Platforma (Plate-forme marxiste-léniniste), Russie
    23. PCC-M   Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)
    24. NPCH (ML)   Nouveau Parti Communiste Haϊtien (Marxiste-Léniniste)
    25. PCP (independiente)   Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))
    26. PC (ML)   Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine
    27. PCR-U   Partido Comunista Revolucionario del Uruguay (Parti révolutionnaire communiste d’Uruguay)
    28. CPA/ML   Communist Party of Australia (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Australie (marxiste-léniniste))
  • Coronavirus = complot ?

    Coronavirus = complot ?

    Nous écrivons cet article dans le but de pouvoir faire le bilan de discussions que nous avons eu entre camarades ou avec d’autres camarades d’autres organisations. Il s’agit également de faire un point sur des positions que nous avons pu retrouver « flottantes » dans les réseaux sociaux.

    Toutes les crises font naître des interrogations. Et il est légitime de mettre en doute la parole des autorités. Les gouvernements bourgeois ne sont pas des exemples en matière d’honnêteté et de probité.

    Dans l’histoire, il y a eu des complots et des conjurations. Un grand nombre. Mais dans l’histoire, ils ont joué un rôle secondaire, de remous de surface, d’incidents plus que de remises en cause profonde de la société. Un conspiration secrète ne le reste que peu de temps.

    Dans le cas du Coronavirus, un très grand nombre de théorie plus ou moins crédibles sont apparues. C’est un phénomène logique en temps de crise. Il est quelque part rassurant d’imaginer que ce sont les autorités qui inventent des faits immenses tels que le réchauffement climatique ou les pandémies. Cela donne l’impression que ce n’est pas nous même, en tant qu’espèce, qui sommes à la merci de forces plus grandes que nous. D’une manière générale, notre cerveau est conçu pour raisonner par association et par corrélation. Il fonctionne comme une machine à trouver des complots.

    Nous avons ainsi une tendance naturelle à mettre en relation des faits qui sont parfois de simples coïncidences. Cela était vital à une époque reculée. « Je suis malade après avoir mangé ces baies inconnues, elles doivent être toxiques. » ; « J’ai été fiévreux après avoir bu cette eau, elle doit être impure. » Ces mécanismes se retrouvent dans les superstitions : « j’ai vu un chat noir et ma journée était pourrie, il y a une relation ». Cette tendance se retrouve dans la manière dont nous percevons les événements, avec une unité de temps : « La 5G et le Coronavirus apparaissent en même temps, ils sont liés. » Il s’agit d’un premier biais cognitif.

    Deuxième biais : l’équivalence entre les causes et les conséquences. Un grand évènement ne peut avoir qu’une grande cause. Les morts de célébrités sont des exemples constants et récurrents de ce fonctionnement : Lady Di, Claude François, Michael Jackson… mais aussi les personnalités politiques. Pourtant, à bien regarder certains événements, les causes sont parfois fortuites. Le Général Patton meurt d’un refus de priorité à droite, par exemple.

    Troisième biais : l’intentionnalité. La narration entre les causes et les conséquences, qui sont au cœur de l’enseignement de l’histoire, sont trompeurs. L’enchaînement des événements, en particulier lorsqu’il fait intervenir la nature, n’est pas toujours intentionnel. Il existe des paramètres contingents qui échappent à notre appréhension. De même, des processus volontairement déclenchés échappent parfois au contrôle de leurs initiateurs. Dans le cas qui nous intéresse, les politiciens et les politiciennes, les capitalistes comme toutes les autres classes adoptent des stratégies de survie ou de profit en fonction de la situation. Le fait qu’un événement soit utilisé de manière opportune ou opportuniste ne présume en rien de son origine.

    Autre aspect, la tendance paradoxale à s’estimer impuissant et à surestimer la puissance des autorités ou de particuliers. Le système démocratique par représentation dépossède la population du moindre droit de regard sur son fonctionnement. Très souvent, il y a une tendance à le percevoir comme quelque chose d’obscur et d’occulte. Le sentiment qui se développe est que des forces peuvent tout et imposent tout. Il y a une part de vrai : il existe une dictature des intérêts bourgeois. Mais cela ne signifie ni la toute puissance ni l’occultisme. Non seulement la nature est une force immense, bien supérieure à l’humanité, mais les régimes politiques, quel qu’ils soient, y compris des régimes autoritaires ou dictatoriaux, doivent composer, négocier, manœuvrer pour essayer de réaliser leurs objectifs avec la plus grande efficacité et avec le moins de casse possible.

    Prendre le raisonnement à l’envers, en se disant « à qui profite le crime » pour essayer d’en déceler l’origine, c’est raisonner avec une pétition de principe : l’idée qu’il existe une raison première, une intention, derrière chaque acte. Chaque acteur cherche à exploiter les situations nouvelles au mieux possible : cela ne signifie nullement qu’ils en soient les auteurs.

    Dans les raisonnements, il est essentiel d’appliquer avant toute chose le principe de parcimonie. Ce principe, parfois nommé le rasoir d’Ockham, nous indique que, le plus souvent, l’hypothèse la plus simple est la meilleure. Si le COVID-19 ressemble à une grosse grippe brutale, c’est que c’est probablement une grosse grippe brutale, avec les mêmes mécanismes d’apparition que d’autres grippes du même type (H1N1 par exemple.)

    Les zoonose, ces transmissions de virus entre espèces sont rares, mais elles sont dévastatrices. Lorsqu’elles arrivent, elles font naître des virus contre lesquels nous ne sommes pas protégés, contre lesquels nous n’avons pas d’immunité. Si les occurrences sont rares, elles sont marquantes.

    Peste bubonique, Peste pulmonaire, Anthrax, Rage, Variole, VIH, Ebola, Grippe aviaire, Grippe espagnole, Grippe de Hong Kong, SRAS, MERS…

    Ces épidémies et pandémies se sont toutes développées en suivant des schémas similaires : une proximité avec l’animal réservoir et des canaux de diffusion rapides.

    Avec le développement de la mondialisation, ces pandémies prennent une tournure internationale toujours plus croissantes. Elles désenclavent des maladies locales et leur permettent de pouvoir se répandre partout sur Terre. Un des exemples les plus typiques est celui du VIH. Le VIH est certainement plus ancien que son apparition aux USA, dans les années 1980. Il est très probablement apparu dès les années 1920 à Kinshasa, capitale du Congo. A ce moment, la colonisation a entraîné des bouleversement dans l’organisation du pays. Cela s’est manifesté par l’afflux de main d’œuvre vers les centres urbains ainsi que le déploiement d’exploitations forestières et minières. Sans logistique, les villes et les mines devaient trouver de l’alimentation là où elles pouvaient : en chassant dans la forêt profonde. Cela a mis au contact l’Homme avec des virus inconnus et à très grande capacité de mutation. L’infection est restée dans le secteur, avant de se répandre progressivement le long du fleuve. C’est finalement avec le développement de l’aviation, qu’il s’est répandu.


    • À
      voir : SIDA, la piste Africaine.

    La Grippe Espagnole, contrairement à ce que son nom indique, est née au Kansas, dans un élevage mixte de porcs et de volaille. Elle est apparue par la fusion entre la « grippe saisonnière » que portait un éleveur, et la grippe aviaire, que portait un poulet. Les deux peuvent infecter les porcs. Il s’en est suivi une contamination croisée, qui a débouché sur cette grippe ravageuse.


    • À
      lire : L’origine du virus de la grippe espagnole de 1918
      enfin précisée.

    Le cas, plus récent, du SRAS de 2003 a été extrêmement bien documenté, malgré le sceau du secret. Il a été possible de retrouver le patient zéro et de connaître le procès de contamination. Après avoir acheté des aliments au « marché humide » de la province du Guangdong. Les animaux sont tués sur place, dans le but d’avoir une viande la plus fraîche possible. Or, ces marché empilent des espèces qui ne se croisent pas habituellement, et dont les virus ne sont jamais en contact. A l’époque, sur les étals, il y avait notamment des espèces sauvages, braconnées, ramenés des forêts. Non seulement elles étaient proches, mais leurs sangs se mêlaient sur les étals. A Foshan, le 16 novembre 2002, un homme est tombé malade après avoir concocté un plat à base de poulet, de serpent et de chat-civette. C’est dans ce cadre qu’est apparu le SARS-CoV.


    • À
      voir : en bref, la prochaine pandémieparu…en
      novembre 2019.

    Les zoonoses existent et sont nombreuses. Mais malgré cette récurrence et le fait que les procédés de création des virus soient connus, tout comme leurs méthodes de diffusion, un nombre croissant de théories du complot éclosent. Il ne s’agit pas de creuser toutes les théories, cela serait long, fastidieux et inutiles : elles sont bâties pour la plupart sur la foi en des principes intangibles, et non sur des preuves. Toutes les thèses qui impliquent une manipulation mentale, la 5G, ou l’inexistence du virus sont indémontrables, et, par voie de conséquence, impossibles à réfuter. Nous nous focaliserons sur deux théorie qui ont pris une certaine ampleur dans le mouvement communiste et chez certains progressistes :


    • Le
      virus provient d’un laboratoire local.

    • Le
      virus a été importé par les USA.

    Les preuves de l’un comme de l’autre sont extrêmement faibles. La première se base sur la mise en place, en 2017, d’un laboratoire de type P4 à Wuhan, avec l’aide de l’institut Pasteur. Elle supposerait des études sur des virus militaires ou des armes bactériologiques, avec l’hypothèse qu’une expérience se serait échappée. Derrière cela, il existe un fantasme sur le complexe militaro-industriel et sur la peur panique de l’utilisation des armes biologiques. Dans l’ensemble, les preuves sont réfutées en détail dans un fact-checking fait par l’AFP. https://factuel.afp.com/non-le-coronavirus-detecte-en-chine-na-pas-ete-cree-en-laboratoire-puis-brevete

    Mais les preuves sont absentes et illogiques.


    • Les
      armes bactériologiques ont effectivement été utilisées dans
      l’histoire. Mais le plus souvent de manière artisanale. On peut
      citer le cas du siège de Caffa, en 1346, dans lequel les Mongols,
      infectés par la Peste, l’ont transmise aux assiégés. Il s’agit
      du premier acte de l’épidémie en Europe. Cependant,
      l’empoisonnement des puits par les cadavres est contesté. Il
      semble plus que cela ait été le fruit des déplacement de rats
      entre les deux camps.


    • Dans
      la Première Guerre mondiale, des expérimentations ont été
      faites. Elles visent à empoisonner les chevaux. Durant la Seconde
      Guerre mondiale, d’autres expérimentations sont faites, notamment
      par les britanniques. Mais seuls les japonais de l’Unité 731
      l’ont employée sur le terrain, contre les Chinois. Mais cela
      reste anecdotique.

    • Le
      cas de la Corée est plus épineux. Il est encore débattu.
      Cependant, l’ouverture des archives soviétiques laisse penser que
      cela n’a pas été le cas. « Le
      gouvernement soviétique et le Comité central du PCUS furent
      induits en erreur. La diffusion par la presse d’informations
      concernant l’utilisation par les Américains d’armes
      bactériologiques en Corée était basée sur des informations
      fallacieuses. Les accusations contre les Américains étaient
      fausses
      .
      » « Nous
      recommandons que la question d’une guerre bactériologique

      […] ne
      soit plus abordée au sein d’organisations internationales et
      d’organes de l’ONU
      .
      […] Les
      ouvriers soviétiques impliqués dans la fabrication de la prétendue
      preuve d’un emploi d’armes bactériologiques seront sévèrement
      punis.

      »1



    • La
      signature de la Convention sur l’interdiction des armes biologiques
      le 10 avril 1972 (entré en vigueur le 26 mars 1975)
      les interdit officiellement.
      Des
      recherches clandestines continuent d’être menées cependant.
      Celles-ci sont cependant l’apanage de pays qui ne possèdent par
      l’arme nucléaire (comme l’Irak) ou qui sont marqués
      idéologiquement par des tendances eugénistes et racistes (comme
      l’Afrique du Sud, qui cherchait des armes ciblant uniquement les
      noirs).

    En dernière instance, le rôle militaire est quasiment nul et leur utilisation opérationnelle est anecdotique. Les armes biologiques possèdent un très grand nombre de défauts qui les rend nettement moins pratique que d’autres. Principalement un, leur caractère non discriminant. Mais d’autres critères disqualifient le COVID-19 comme un virus militaire, tout comme le VIH.


    • Argument
      fondamental : une arme, pour être intéressante, doit être
      utile. Soit tactiquement, soit stratégiquement. La création
      d’armes stratégique se base sur le principe de stupeur et d’effroi.
      Comme
      arme stratégique, des armes nettement plus efficaces existent.
      Or, un virus est inquiétant mais ne présente pas le caractère de
      stupeur. Comme
      arme tactique, elle est absolument épouvantable : elle peut se
      retourner sans prévenir
      problème contre les troupes de celui qui l’a employée.


    • Le
      VIH et le COVID serait de très médiocres candidats à une
      utilisation militaire. L’un comme l’autre ont un délai
      d’incubation très long, bien trop long pour les échéanciers
      extrêmement brefs d’une opération militaire. De plus, même
      mortel, un virus de ce type est contre-productif. Il pose le même
      problème que l’utilisation de certaines déclinaisons de l’arme
      nucléaire, comme la bombe à neutron. Même dans une santé
      précaire, les soldats se sachant condamnés forment des adversaires
      terribles, fanatiques, impitoyables. Cette walking
      ghost phase

      a poussé à l’abandon de la bombe à neutrons par exemple.


    • De
      plus la surmortalité concerne principalement les personnes âgées,
      tandis que celles qui sont en âge de combattre ou de travailler
      sont à 80 % asymptomatiques. Une nouvelle fois, le très
      faible potentiel militaire d’une telle invention laisse songeur.

    De plus :


    • Un
      virus artificiel se repère assez aisément du fait de la répétition
      de séquences génétique homologues à celles d’autres virus
      connus. Un
      virus « fabriqué » présente
      des anomalies, telles que l’inclusion de séquences génétiques
      issues d’autres virus. Les théories sur l’inclusion de
      « morceau de VIH » sont apparues un moment sur les
      réseaux, mais ont été rétractées par leurs auteurs.


    • Les
      laboratoires d’armes biologiques ont toujours été placés dans les
      lieux les plus éloignés pour éviter précisément ce type de
      problèmes (et pour éviter l’espionnage!). Un
      laboratoire type P4, faisant travailler conjointement français et
      chinois n’est pas un très bon candidat. Les exemples de centres
      de recherche sur les armes top secrètes ou de terrain
      d’expérimentation existent. Ils sont tous loin des grandes villes
      : Lop Nor pour la Chine, Vozpojdiénié dans la mer d’Aral pour
      l’URSS, régions éloignées de la Mandchourie pour l’unité 731
      durant
      l’occupation.


    • Les
      processus d’apparition du virus sont tout à fait cohérents et
      logiques. Les
      espèces réservoir sont grossièrement situées, de même que les
      espèces capable de transmettre le virus à l’homme. Si la date de
      la pandémie n’était pas prévisible, en revanche, le fait
      qu’elle ait lieu « un jour » était inévitable.

    L’argument selon lequel ce virus pourrait être une attaque a été lancé par un site de fake news canadien. Là encore, aucune preuve n’est avancée. Si elle a connu une popularité importante, c’est du fait de sa reprise par des officiels chinois.


    • Or,
      en tout premier lieu, il s’agit d’une réponse du berger à la
      bergère. La Chine a été agonie d’injures et de critiques sur sa
      gestion de la crise. Les USA, dans la bouche de Trump, s’en sont
      servi comme d’un fer de lance pour la frapper. La Chine a saisi
      l’opportunité de riposter.

    • Elles
      sont reprises par des groupes campistes, admirateurs du régime
      chinois. Ils le caractérisent comme un régime favorable aux
      travailleurs et travailleuses, et sont prêts à toutes les
      gymnastiques mentales pour essayer de l’exonérer de ses torts.

    Mais les USA auraient-ils raison de disséminer une maladie ? Peu crédible.


    • Admettons
      que la situation soit extrêmement critique et brutale. La
      bourgeoisie cherche-t-elle a anéantir ou à conquérir ? Si la
      bourgeoisie est « prête à tout », elle n’a cependant pas
      utilisé d’armes de ce type même dans des périodes ou toutes les
      bourgeoisies dans leur ensemble pouvaient se sentir menacées dans
      leur bastions. Ni
      la
      werewolf

      nazie, ni les
      stay behind

      de la CIA, ni les troupes en Corée ou au Vietnam ne les ont
      utilisées.
      Pourquoi
      la situation actuelle serait plus menaçante ?

    • Cette
      question de l’anéantissement est une question importante dans les
      doctrine militaires des différents États.
      L’arme nucléaire est conçue, par exemple, en Russie, comme ne
      devant être utilisée que dans le cas où l’existence de l’Etat
      serait directement menacée. Or,
      il est extrêmement rare qu’une guerre menace directement un État
      et sa survie.
      Il s’agit d’une vision idéalisée de la nature d’un conflit
      militaire, la très grande majorité des conflits se résolvant par
      une négociation. Même
      la Seconde Guerre mondiale a maintenu les fondements de l’État
      Allemand , de l’Italie ou du Japon. Les mêmes appareils d’État
      sont restés en place, à l’exception de la RDA.

      • Si
        les Etats accumulent autant d’armes c’est pour plusieurs raisons
        : Dissuader une autre puissance d’avoir la tentation de
        détruire l’Etat en possédant une capacité de seconde frappe
        (c’est à dire riposter même après avoir été touché).

      • Disposer
        d’une capacité de saturation des défenses antimissiles : un
        missile balistique n’est pas invulnérable à une interception.
        C’est
        pour cela que la plupart sont « mirvés », c’est à
        dire possèdent un grand nombre d’ogives.


      • Disposer
        d’une souplesse d’usage (sous-maris, avions, armes tactiques, armes
        stratégiques…) ce
        qui implique des doublons et donc des redondances.


      • Avoir
        une force à la hauteur de son territoire. La
        France possède théoriquement une puissance capable de tuer une
        population équivalente à la sienne (67 millions). Mais les autres
        États
        doivent non seulement le faire, mais le faire sur
        un plus grand espace.
        Or, chaque grande région de la Russie doit être en mesure de
        posséder cette force de seconde frappe partout.

      • Trouver
        aussi des débouchés pour les industries nucléaires, qui sont des
        cartels puissants, tout comme l’industrie du missile. La
        France en est un excellent exemple, avec des sociétés qui sont
        toutes dédiées à cela.


    • En
      revanche : Les
      armes stratégiques n’ont pas
      n’a pas vocation à être employée de manière offensive, ce qui,
      de toute manière, jetterait l’opprobre sur l’État
      qui le ferait. Or, comme le montre Clausewitz dans
      vom kriege
      ,
      la
      défensive joue un rôle moral prépondérant. Celui
      qui se défend contre un État qui vient d’anéantir la population
      civile d’une grande ville (dans le cas d’un usage stratégique),
      ne reculera devant rien.


    • La
      tentation de la guerre nucléaire a joué un rôle de premier plan
      dans la doctrine de l’après guerre. Mais elle a été abandonnée. 
      La stratégie des représailles massives a été la norme aux USA
      jusqu’en 1962, mais a été remplacée par la riposte graduée.
      Pourquoi ? Car elle était inadaptée. Il y a besoin, même
      entre blocs antagonistes, de marges de manœuvre. Même entre
      cliques rivales, la bourgeoisie est capable de trouver des compromis
      pour avancer (l’UE, après tout, c’est un bon exemple de compromis
      !).

    • Reconstruire
      un pays détruit est un marché, un bon marché pour les
      entreprises. Il suffit de penser à Haliburton pour l’Irak. Mais
      c’est un rendement nettement plus faible que d’exploiter une
      région conquise intacte. Même les envahisseurs comme les nazis ont
      essayé de capturer le maximum de potentiel industriel, même en
      URSS.

    • Celui
      qui aurait lancé cette épidémie a surtout causé des pertes
      économiques terribles sans avoir gagné le moindre avantage. Tuer
      la Chine, pour les USA, c’est tuer un fournisseur et un partenaire
      économique, tout comme un concurrent. Si on le pose la question de
      « à qui profite le crime », ce n’est pas si
      évident. Une crise ou une guerre n’est pas toujours avantageux.
      Parfois, le compromis et la coopération le sont plus.

    • Si
      des tensions existent entre USA et Chine, à l’heure actuelle,
      elles sont des tensions qui devraient déboucher sur des
      négociations ou des renégociations. Elles ne sont pas au paroxysme
      de la brutalité et ne justifieraient pas l’énorme coût de
      l’épidémie.

    Pour ces raisons, et pour d’autres, nous pensons que la thèse officielle sur l’origine du virus tient globalement la route. Cela ne veut pas dire que cette situation ne peut pas ne pas être utilisée géopolitiquement ou économiquement. Mais nous pensons qu’il faut être extraordinairement prudent dans la manière dont ces questionnements peuvent être abordés.

    Des camarades, des organisations, des individus pour lesquels nous avons un grand respect et que nous estimons se posent des questions légitimes sur la pandémie. Seulement, nous pensons que la véritable question n’est pas tant l’origine du virus. Elle n’a, au demeurant, que peu d’importance. Si elle était une nouvelle arme, elle n’en serait pas moins un « tigre de papier » de plus. Son importance, à la limite, est ailleurs.

    S’il y en a une, elle n’est pas dans le « à qui la faute », mais bien dans le rapport que nous entretenons avec la nature, rapport qui prend et qui prendra mécaniquement une tournure toujours plus catastrophique si rien n’est fait.

    La vitesse de contamination, le fait qu’elle se soit propagée par les voies de la mondialisation, le fait qu’elle n’ait pas respecté la moindre frontière… sont des choses dont il faut tenir compte.

    La vulnérabilité immense des pays, même les plus développés, face à cette crise est un deuxième aspect. Tant d’un point de vue médical que d’un point de vue financier. Nous pensons que ce sont ces aspects qui seront bien plus déterminants que l’origine. En revanche, les discours maladroits peuvent nourrir des rhétoriques de division des masses, de défiance envers des conseils sanitaires justifiés. Ils peuvent même contribuer à fragmenter les exploités dans une recherche d’un bouc émissaire ou dans une chasse aux sorcières.

    L’expérience du passé montre que les sociétés, lorsque la peur et l’incompréhension s’installe, peuvent très facilement passer dans des raisonnements qui amènent à agir comme dans les procès de Salem, ou dans les pogroms de Russie.

    Soyons responsables, soyons efficace : combattons les fake news combattons les théories du complot : exposons la responsabilité de la bourgeoisie, de son avidité et de son avarice. Soulignons sa vulnérabilité et sa dépendance face au travail concret des masses populaires.

    Combattons les thèses qui expliquent le monde par un pouvoir occulte : désignons concrètement l’ennemi. Il n’est pas si fort, il n’est pas si puissant. Il est, lui aussi, une espèce en voie de disparition.

    1Cold War International History Project, Virtual Archive : Resolution of the Presidium of the USSR Council of Ministers. Date : 05/02/1953

  • La guerre virale et le grand confinement.

    La guerre virale et le grand confinement.

    La France entre désormais, conjointement avec d’autres États européens, dans un régime de confinement et de quarantaine. Demain, 17 mars, à 12h00, toutes les activités non vitales et les contacts sociaux seront stoppés pour une durée indéterminée.

    Père de la Nation, Macron a grondé ceux et celles qui ont bravé l’interdit du confinement. Il ne s’agit pas de soutenir ces actions, mais de les comprendre : la confiance dans la qualité du système de santé français et dans l’invulnérabilité de notre pays face aux phénomènes catastrophiques, ainsi que le sentiment que les épidémies sont d’un autre temps et d’autres lieux ont joué. De plus, les chiffres des dépistages paraissent si dérisoires qu’ils n’aident pas à prendre conscience de l’ampleur du problème. Les 5 500 cas ne sont que ceux qui sont certifiés, et il est impossible de savoir combien d’autres existent.

    Désormais, le monde extérieur apparaît bien lointain.

    Les élections, qui se sont tenues dans des conditions extrêmement précaires, sont désormais gelées. Il n’y aura pas de second tour dans l’immédiat.

    Les frontières entre l’UE et le reste du monde sont coupées pour 30 jours. Cette bunkérisation de l’Europe peut réjouir certainement l’extrême-droite, qui y voit une « protection ». En réalité, nous sommes la menace. Cette fermeture nous désole d’un point de vue symbolique, mais nous espérons surtout qu’elle puisse limiter le risque de propagation de la pandémie vers des pays au système de santé défaillant. Les 7 % de mortalité que connaît l’Italie seront une goutte d’eau comparé au risque d’une contamination de l’Afrique subsaharienne ou de l’Inde.

    Nous regardons le choix de l’Angleterre ou de certains États avec une stupeur mêlée d’effroi. Si la question de l’immunité est, à terme, la seule solution viable, son irruption soudaine et la saturation des systèmes de soins entraînera fatalement une surmortalité.

    Plusieurs mesures sont de l’ordre du bon sens, il faut le souligner. Les aides mises en place pour permettre aux soignants et aux soignantes de travailler le plus efficacement possible, le fait de leur permettre de se reposer à proximité, la réquisition des taxis… Ce système contribue à soulager leur tâche immense, dans lequel ils sont et elles sont héroïques. Nous appelons d’ailleurs à participer au dispositif enpremiereligne.fr pour aider les soignants et soignantes.

    Cela ne compense pas, cependant, des années d’oubli, de liquidation, de destruction du système de santé. Cependant, il faut reconnaître que l’État bourgeois joue le jeu. Cependant, il reste le problème immense des emplois vitaux pour le fonctionnement du pays ou des emplois manuels invisibles, qui ne peuvent être remplacés par le télétravail. Si certaines activités sont arrêtées, cette situation est loin d’être générale, et fait peser sur le prolétariat les plus grands risques.

    A ce titre, nous rentrons dans une économie de guerre. Cette économie de guerre a pour but de gagner contre le virus, mais de limiter également la casse au niveau de l’économie. Il faut reconnaître à la bourgeoisie qu’elle a l’intelligence de savoir quand faire des concessions et quand temporiser. Durant toute la période qui s’ouvre, l’État joue un rôle immense. Un comble pour un modèle soit-disant libéral.

    300 milliards d’Euros sont mis sur la table pour tenter de maintenir dans une parenthèse le pays. Des promesses mirobolantes ont été faites, reste à voir si elles se concrétiseront. Cela représente du jamais vu.

    Cependant, cette dette se paiera. Elle sera payée chèrement en sortie de crise. Il n’y a pas que la « guerre » qui compte, mais également la manière dont on sort de celle-ci. Et l’issue de cette lutte contre l’ennemi viral sera une autre épreuve de force : qui paiera l’addition ?

    Servira t-elle de prétexte à racler jusqu’à l’os les droits sociaux, les droits des travailleurs et des travailleuses ? Il faudra bien relancer l’économie, après tout. Macron l’a lui-même dit : il faut faire des sacrifices. Et certains plus que d’autres, beaucoup plus que d’autres.

    La bourgeoisie elle même sera t-elle obligée de faire des concessions durables ? Après la Première Guerre mondiale, la France était ruinée. Elle voulait faire payer ses dettes par l’Allemagne, en l’essorant à mort. Or, elle n’est pas parvenu à le faire, notamment devant la résistance ouvrière. La bourgeoisie a du alors accepter qu’un impôt sur le revenu progressif soit mis en place. Une autre raison était l’apparition de la SFIC, futur PC, qui jouait un rôle de premier plan dans les luttes ouvrières.

    Nous appelons à respecter les mesures de sécurité, a mettre tout en œuvre pour limiter les contaminations. Nous appelons à penser en priorité aux plus précaires et aux plus fragiles. Le confinement est une phase pénible dans une lutte que nous pouvons et devons gagner. Nous avons conscience que cette période de stress est propice a une explosion des violences conjugales ou au sein de la famille, ainsi qu’aux violences sexuelles. Nous rappelons que le confinement ne doit pas être un piège mortel, et que le coronavirus tue moins que les féminicides. Quand la situation se dégrade, les femmes subissent toujours davantage.

    Nous appelons à la solidarité et à l’effort commun. Nous appelons à dénoncer les fake news et les théories conspirationnistes.

    Nous appelons également à mettre à profit cette période pénible pour renforcer la connaissance et la maîtrise de la théorie révolutionnaire. Car une grande lutte se préparera à l’issue de cette crise : elle sera cruciale !

  • Autour du 8 mars

    Autour du 8 mars

    Nous avons parlé un peu vite, dernièrement, d’un « manque de connaissance du terrain et [de] failles dans la culture politique » à la suite d’un graffiti commis sur le monument aux morts, dédié aux victimes du génocide arménien. Tout comme nous avons «  demand[é] une contrition de la part de ses auteurs ou autrices », à nous de balayer aussi devant notre porte.

    Nous avons republié une photographie faite par un groupe « antifa informel », qui, le 8 mars avait arraché la banderole du groupe « Némésis ». Ce que nous ignorions au moment où nous l’avons posté, c’est que ce même groupe avait attaqué un cortège féministe-abolitionniste et en avait également arraché la banderole.

    Il nous a été fait la remarque de savoir si nous soutenions leur action. Remarque à laquelle nous avons été incapables de répondre, ne connaissant pas l’affaire. Nous n’avions eu connaissance que de l’attaque contre « Némésis » qui est un groupe ennemi des femmes et du prolétariat, mais nous ne savions rien d’autre. Désormais, nous pouvons répondre à ceci, en indiquant que non, ne nous pouvons la soutenir dans son ensemble : et pour cause, nous ne savons pas de quoi il retourne.

    Nous ne pensons pas être les seuls et les seules à avoir republié cette photographie sans connaître le fond de l’affaire. Cela doit être, là aussi, ramené à sa juste valeur et ne doit pas être traité sous l’angle du procès d’intention. Dans un univers aussi complexe et fractal que le milieu militant, l’ignorance existe. Et elle est généralement massive.

    Nous entendons une très grande variété de versions différentes, et nous attendons d’en savoir plus avant de nous prononcer plus en détail sur les différents protagonistes. Elle semble contenir des ramifications importantes et qui nous échappent pour le moment. Elles vont plus loin que la simple question de surface, celle du clivage abolition/régulation de la prostitution. Elle contient notamment des questions sur lesquelles nous sommes incapables, en l’état actuel des choses, de nous positionner.

    Nous n’avons pas la possibilité de consulter une source de référence pour comprendre les autres aspects. Nous sommes donc ouverts et ouvertes à toute information supplémentaire.

    Nous saisissons cependant l’occasion qui nous est donnée pour exprimer notre point de vue sur la question de la prostitution.

    Nous n’avons pas une position particulièrement creusée sur cette question, mais plus une position minimale, qui est de la considérer comme une forme d’exploitation particulièrement brutale. Elle demande à être, là aussi, corrigée et approfondie.

    Nous nous exprimons indépendamment de tout jugement moral et de tout puritanisme. Nous considérons que les individus font ce qu’ils veulent de leur sexualité, dans la mesure où celle-ci est entre personnes capables de consentir de manière éclairée et en désirant ces rapports. Nous ne faisons pas de préconception sur la prostitution en tant que telle.

    Nous sommes en faveur de son abolition tout comme nous sommes en faveur de l’abolition de l’ensemble des rapports d’exploitation. Cela ne signifie cependant pas que nous considérions qu’il faille stigmatiser les personnes qui s’y livrent. Toutes proportions gardées, nous soutenons également le syndicalisme pour les personnes exploitées. Nous pensons que ces deux luttes : abolition comme objectif stratégique, luttes économiques tactiques, vont de pair.

    Il est cependant évident que l’État n’est pas un partenaire sérieux dans cette lutte. Non seulement il est incapable de résoudre les problèmes, mais il les aggrave. Sa nature d’outil de la bourgeoisie fait qu’il reproduit inlassablement les phénomènes sociaux qui mènent à la prostitution. Les lois prises contre le « racolage » ont mis en situation de vulnérabilité celles et ceux qui se prostituent. Les lois contre les clients et les clientes ont également leurs effets de rétroaction négatives. La police se livre régulièrement à des viols de prostitués et prostituées.

    Les solutions sont complexes, mais elles ont toutes la même racine : la possibilité pour ceux et celles qui se prostituent de s’organiser. Tant pour permettre à minima d’améliorer leur situation que pour, au mieux, en sortir. Mais derrière cela, il existe des écueils terribles : la mafia d’une part, mais aussi le corporatisme de l’autre.

    Si nous considérons la prostitution comme un corps de métier comme un autre, alors nous devons également l’analyser avec la même rigueur clinique. Qu’observe-t-on ? Qu’il existe des classes et des catégories différentes qui la pratiquent.

    Imaginerait-on, dans n’importe quel autre branche professionnelle, les artisans et artisanes, les cadres, les travailleurs et travailleuses indépendants organisées avec les prolétaires ? Ce serait une organisation corporatiste, dans laquelle la voix dominante serait celle des parts les plus bourgeoises du mouvement, au détriment des parts les plus prolétariennes. C’est une chose qui est rigoureusement interdite dans la CGT ou dans la très grande majorité des syndicats. Et pour de très bonnes raisons !

    Or, ce que nous observons dans le discours de défense « dans l’absolu » de la prostitution : qu’il n’est jamais tenu par les personnes (très majoritairement féminines, très majoritairement issues de l’immigration récente) qui travaillent à l’abatage, dans les camions. Le discours « libéral » est exclusivement tenu par une frange indépendante, relativement privilégiée dans les formes selon lesquelles cette activité est pratiquée.

    Au nom d’une défense de la liberté de marchandiser son corps, doctrine libérale, une partie du mouvement anti-abolitionniste confisque et sape la lutte de ceux et celles qui en sont les victimes les plus cruellement marquées, et qui n’ont généralement d’autre désir que de fuir cette situation. Dans un sens le discours libéral ressemble comme deux gouttes d’eau à celui tenu par le MEDEF, pour qui les droits des salariés, les taxes, les règlements entravent leur activité.

    Mais quelle liberté dans la marchandisation de son corps ?

    Dans l’écrasante majorité des cas, le choix n’existe pas. Il est soit imposé directement par la contrainte, soit pas l’impérieuse nécessité de trouver des ressources. Cela ramène aux inégalités croisées : la précarité est plus grande chez les femmes, et elle est encore plus dévastatrices chez celles qui sont issues directement de l’immigration, ou qui sont en situation irrégulière.

    Dans le cas des escortes ou d’une certaine prostitution « choisie », il est possible de débattre de la notion de choix. Mais ce choix est le plus souvent mû par des facteurs économiques déterminants. En effet, quoiqu’il soit possible de dire, le fait de marchander son consentement est un acte sérieux, qui ouvre la voie à des conséquences.

    Le consentement au viol ?

    Le consentement peut-il s’acheter ? Nous ne le pensons pas. Nous pensons que deux facteurs entrent en ligne de compte dans la question des relations réellement consenties : le désir et le consentement éclairé.

    Il est possible de désirer sans consentir : c’est d’ailleurs un argument régulièrement employé pour excuser le viol : « sa bouche disait non, mais son corps disait oui ». Il est tout à fait possible d’avoir envie d’une personne et pour des raisons qui n’appartiennent qu’a soit, de ne pas vouloir.

    Il est possible de consentir sans désirer : de guerre lasse, sous la pression, pour faire plaisir à l’autre…etc. Dans le cas de la prostitution, c’est la norme : le consentement est acheté contre une somme d’argent.

    Dans un cas comme dans l’autre, avec l’ensemble des variétés de situation possible, avec tout un échéancier de gravité, cela reste des rapports anormaux, problématiques, et générant potentiellement une souffrance importante. Cet arrachage du consentement en faisant miroiter des progrès sociaux ou économique est à la base de nombreux rapports : la promotion-canapé par exemple. Elle est revenue sur le devant de la scène, car elle était centrale dans la défense de Harvey Wenstein.

    Or, il ne s’agit pas de condamner celles et ceux qui l’ont accepté. Dans le système libéral-capitaliste, où la précarité est constante, nous subissons tous et toutes la pression des exploiteurs et des chefaillons. Y céder n’est pas un crime, il est un malheur. Mais il est essentiel de dénoncer impitoyablement les organisateurs et les organisatrices de celui-ci : ils sont les seigneurs féodaux modernes et sont des ennemis du peuple.

    Nous-mêmes, très majoritairement masculins, essayons ne faire notre part pour lutter contre l’exploitation du corps des femmes et des hommes. Nous pensons qu’il existe un travail éducatif à faire auprès des hommes (très majoritairement !) qui fréquentent la prostitution : la sexualité est avant tout un acte social, non un besoin physique. Elle est principalement culturelle, il est donc possible d’agir dessus. Plus les clients seront rares, plus il sera possible d’assécher ces pratiques.

    Lutter contre la stigmatisation de ceux et celles qui proviennent de ce milieu. Parfois, y compris dans le milieu de la pornographie, il est extrêmement difficile de faire une deuxième carrière. Des stigmates persistent. Nous considérons qu’il faut les dénoncer : avoir été prostitué ou prostituée n’est pas infamant et ne remet aucune en quoique ce soit en cause la probité et les qualités des personnes qui l’ont pratiquée. Cela implique également que les viols commis envers les prostitués et prostituées, sur les acteurs et actrices pornographiques soient reconnus pour ce qu’ils sont : des crimes à part entière, sans la moindre circonstance atténuante.

    Surtout il existe un travail profond à réaliser pour extirper la base des rapports marchands entre individus : c’est un travail de longue haleine contre le capitalisme et l’impérialisme, d’une part. Il s’agit de saper la base économique de la prostitution pour l’anéantir. Même après une révolution, la lutte ne se termine par contre l’extorsion de « faveurs ». Les expériences socialistes ont montré que des réseaux quasi-féodaux peuvent se reconstituer, même informellement, en continuant à pratiquer les mêmes oppressions. Il s’agit d’une vigilance de chaque instant.

  • Pandémie & capitalisme : vigilance !

    Pandémie & capitalisme : vigilance !

    Coronavirus et besoin d’une réponse unifiée de la part des progressistes et des communistes.

    Ce communiqué est à la fois un communiqué UCL au sens strict, à la fois un communiqué destiné à signature au sein de l’ICOR. Il sera probablement republié sous une forme modifiée pour intégrer les signatures. Nous pensons qu’il est important que puisse se développer des habitudes de travail conjointe et unitaire, en particulier dans le cadre de pandémies comme celle ci. Les communistes ont un rôle à jouer de tout premier plan, ne serait-ce que de vigilance pour que les droits démocratiques et politiques ne soient pas impactés par cette crise.

    Depuis le début de l’année 2020, la pandémie de coronavirus-19 se répand progressivement dans le monde. Profitant des flux de la mondialisation, la maladie a fait irruption sur chaque continent. Aujourd’hui, si le plus gros de la crise semble être derrière la Chine et la République de Corée, l’Iran, l’Europe et les USA sont en première ligne. Demain ce seront les pays d’Asie du Sud-Est, l’Afrique et l’Amérique Latine qui seront concernés. Il s’agit d’un problème mondial, à laquelle la réponse ne peut être que mondiale.

    Par ailleurs les bourses mondiales se sont effondrées devant la menace d’une désorganisation de l’économie mondiale, laissant renaître le spectre d’une situation similaire à celle de 2008.

    Cette maladie présente un danger sérieux selon les estimations des chercheurs et des chercheuses. Une juste appréciation est cependant difficile à réaliser, entre sous-estimation et panique complète. Toujours est-il qu’elle crée un climat de méfiance générale dans les masses populaires et qu’elle facilite le travail des agents de la division, des agents réactionnaires.

    Nous dénonçons les théories conspirationnistes qui émergent systématiquement à chaque situation de tension. L’attitude des partis et groupes fascistes est également à souligner. Leurs thèses ne servent qu’à maintenir les exploités et exploitées dans l’impuissance devant les rouages du capitalisme et de l’impérialisme. Elles affaiblissent les solidarités, vitales en ces temps d’incertitude. Elles rejettent la faute sur les diasporas, en premier lieu la diaspora chinoise, entraînant un climat menaçant, de pogrom.

    Nous dénonçons également l’attitude des États, qui, profitant de la situation, poussent un agenda réactionnaire, des réformes scélérate, et préparent les masses populaires à une période de sacrifice au nom d’un hypocrite « intérêt général » : celui de la bourgeoisie.

    Plusieurs conclusions peuvent être tirées de la situation actuelle :

    • Le besoin vital d’un système de santé qui puisse être géré par les travailleurs et par les travailleuses, avec des cotisations correspondant réellement aux besoins de la population.
    • La nécessité d’infrastructures performantes, capables de pouvoir faire face à une pandémie d’importance mondiale.
    • Un changement dans le rapport à la nature : l’agroalimentaire capitaliste est un berceau de nouvelles pandémies.

    Ces deux points sont en contradiction complète avec l’esprit même du capitalisme, lequel recherche le profit maximal. Il ne peut donc tolérer de fait que des cotisations sociales lui échappent, tout comme le marché de la santé. Or, ni la recherche fondamentale, ni le maintien d’une capacité de réponse aux pandémies ne sont compatibles avec la rentabilité, et surtout la rentabilité maximale.

    L’autre aspect est celui de l’impact sur le système capitaliste mondial :

    • Le marché s’est stabilisé uniquement après des annonces de baisses des taux directeurs. Ce sont donc les États qui ont stoppé la chute verticale. Le marché ne s’est pas régulé de lui-même, contrairement aux chimères libérales.
    • Les promesses de ces mêmes États signifient, en dernière instance, qu’ils vont mettre à contribution l’argent public. Cet argent est celui des travailleurs et des travailleuses, puisque la bourgeoisie s’arranger pour tricher systématiquement dans le paiement de ses impôts.
    • La spéculation sur les produits de première nécessité (alimentation, médicaments, masques, gel hydro-alcoolique) n’a pu être limitée que par une intervention de l’État.

    Cela illustre la contradiction entre le dogme libéral, capitaliste, et la réalité concrète : le capitalisme ne permet absolument pas de répondre aux besoins de l’humanité. Il n’est qu’une machinerie cynique, conçue pour extorquer les richesses à ceux et celles qui les produisent. En cas de crise majeure, la bourgeoisie est tout à fait capable de faire appel au « communisme de guerre » pour assurer sa propre survie. Elle fait cependant payer l’addition aux exploités et aux exploitées.

    Nous opposons à cela une économie articulée et organisée pour répondre aux besoins, rationnelle, efficace, sans ce parasitisme constant qui l’entrave.

    La crise sanitaire peut déboucher sur des résultats imprévisibles. Les parts les plus réactionnaires des bourgeoisies en sortiront renforcées, sans vigilance et capacité de réponse populaire. Il s’agit d’une tâche fondamentale des organisations progressistes, antifascistes, syndicales et communistes : faire en sorte que cette situation ne soit pas le tremplin de la réaction. Défendons les hôpitaux, défendons les systèmes de santé par répartition, défendons le droit à la santé !

    Soyons vigilants et vigilantes envers les théories racistes et conspirationnistes. Soyons vigilants et vigilantes envers les coups de forces capitalistes et fascistes. Soyons vigilants et vigilantes envers le paiement de cette crise économique.

    Renforçons le front mondial contre la réaction et contre l’exploitation.

    Renforçons le travail entre les organisations politiques, syndicales, antifascistes…

    Renforçons les fronts au sein de nos États, de nos régions, de nos villes.