Acceuil

  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe. III : alliances & compromis

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe. III : alliances & compromis

    Les compromis.

    Pour l’unité des Alliés, des compromis sont trouvés. Winston Churchill, colonialiste, anticommuniste viscéral, parvient à faire alliance avec son opposé complet. Pour Churchill comme pour Roosevelt, malgré les offensives immenses des Japonais, il est fondamental de sauver l’URSS. Par amour ? Non. Par réalisme géopolitique.

    Le Hitler first partait d’un constat géopolitique simple : même si le Japon prenait toutes les îles entre Iwo Jima et la Californie, elles seraient toujours possible à reprendre une fois que les chantiers américains tourneraient à plein régime. En revanche, une victoire hitlérienne sur l’URSS ne pourrait signifier qu’une chose : un ennemi invulnérable, appuyé sur l’immensité des ressources de l’Europe et de la Sibérie. Un ennemi contre lequel il ne serait pas possible de fomenter un débarquement. Un ennemi qui réaliserait le cauchemar des puissances maritimes : un bloc continental invincible.

    De l’autre côté, en URSS, a lieu une temporisation dans la lutte des classes aiguë d’avant-guerre. Des transformations importantes se produisent.

    Pour faire bloc, le PC(b)US prend le visage du parti du peuple tout entier, allant jusqu’à laisser à nouveau une place pour l’armée, pour les officiers, pour le patriotisme, y compris celui de l’ancien régime. Une paix est trouvée avec l’Église. Dans le même temps, l’économie de guerre met à bas la planification et le développement choisi dans la période précédente. Le « tout pour le front » désorganise profondément la manière dont fonctionne l’URSS. Une autorité plus grande est donnée aux ingénieurs en chef, aux directeurs d’usine, de camp de travail, aux officiers. Ceux qui étaient la cible des suspicions durant la Iejovchina, la « grande terreur », prennent une place plus grande. Devant l’exigence des alliés, la direction soviétique dissout le Komintern, pour le remplacer par la conférence des Partis Communistes.

    Si ces changements paraissent des compromissions immenses, qui seront d’ailleurs très chèrement payées, était-il possible de faire un autre choix ? Difficile à dire. Mais les 27 millions de morts de l’URSS montrent que l’enjeu était plus profond, plus anxiogène, qu’un simple débat de salon. Le contrôle politique extrêmement étroit du début de la guerre s’est montré contre-productif. En dépit des efforts de l’URSS, « le rouge » ne primait pas « l’expert ». Le besoin de compétences était tel qu’il obligeait à reculer dans la lutte des classes.

    Cela amène d’ailleurs à une conséquence de long terme. La guerre a soudé la population autour du Parti Communiste d’Union Soviétique. C’est un fait indéniable. Mais il a également transformé le Parti. Les communistes ont subit des pertes terribles, particulièrement les plus activistes d’entre eux. Recrutant largement, sa base s’est orienté davantage vers l’armée, tandis que le niveau idéologique (qui était déjà un problème souligné dans les années 1930) a baissé.

    L’économie soviétique est repartie dix ans en arrière. Ce qui avait réalisé en termes de dé-monétarisation de l’économie, grâce à la collectivisation et à la planification, a du être repris. Les industries lourdes nouvelles ont été partiellement épargnées par la politique de développement économique décentralisée, mais les campagnes étaient ravagées. Ce recul a exposé l’URSS a une famine meurtrière, chose qui n’était pas arrivé depuis 15 ans (celle de 1936 a été circonscrite grâce à la prévoyance du gouvernement). Elle a également obligé à une réforme monétaire qui a abaissé le niveau de vie. Cette nouvelle épreuve, entre un besoin de reculer dans la structure du pays, et un affaiblissement du Parti, explique la vie politique tendue de l’après guerre.

    A cela s’adjoint la pression continuelle de la part de l’Occident. Elle continue de maintenir une atmosphère d’État de siège jusqu’à l’explosion de la première bombe atomique, en 1949. Elle va également obliger à l’intégration économique des Démocraties populaires. Or, ces économies non socialistes vont engendrer des soucis sans fin, notamment avec l’apparition sur les frontières, de formations économiques à caractère capitaliste. Ce sont celles-ci qui étendent peu à peu leurs racines, avec la contrebande, et qui contribuent à miner progressivement l’URSS.

    Avec des nouveaux défis à relever, avec un Parti qui n’est plus le même, la ligne de lutte des classe aiguë, défendue par Staline, Molotov, Jdanov… devient de plus en plus minoritaire. Le pays veut souffler. C’est logique, cohérent, que les tendances les plus droitières soient alors les plus fortes. Au final, la guerre n’a pas tué l’URSS, mais elle à détruit la possibilité de continuer la construction du socialisme. Dix ans plus tard, en 1957, l’exclusion du « groupe anti-parti », formé par l’aile gauche de celui-ci, fait basculer la direction de l’État soviétique dans le révisionnisme. : Nikita Khrouchtchev impose une coexistence pacifique qui met fin au soutiens aux luttes de libération et aux luttes anticoloniales. Il met progressivement au pas, économiquement parlant, le bloc de l’Est. En 1962, le XXIIe congrès du PCUS confirme ces nouvelles orientations. En 1964, la réforme Libermann remonétarise profondément l’économie, mettant fin à l’avancée vers le socialisme.

    Une géopolitique complexe.

    L’Armée Rouge joue un rôle de premier plan dans la victoire. C’est un fait indéniable. La guerre d’usure a épuisé l’outil militaire nazi. Les sièges (Léningrad, Sébastopol) ont ralentit l’avance. Finalement les batailles d’anéantissement successives, Stalingrad, Koursk, Bagration… ont brisé la colonne vertébrale de l’armée Allemande. Les partisans, hommes et femmes, ont fait régner un climat d’insécurité et d’absence de ligne de front claire. Dans certains zones, tels les marais du Pripet, des Républiques Soviétiques du bois ont pu même se mettre en place.

    Il existe une tendance à minimiser constamment le rôle de l’URSS dans la guerre. A oublier et faire oublier que 75 % des pertes Allemandes ont eu lieu sur le front de l’Est. A faire oublier également que les victoires occidentales sont des conséquences de l’aspiration des forces par la fournaise soviétique. La résistance héroïque de Malte, les victoires contre l’Afrikakorps, la supériorité aérienne au dessus de l’Atlantique, les victoires en Italie et le Débarquement ont été rendues possibles par cela.

    Les soldats soviétiques, contrairement à une image tenace, n’ont pas été livrés en sacrifice à l’ennemi. Ils ont fait ce qui était rendu nécessaire par la situation militaire catastrophique du début des hostilités. La guerre à l’Est ne connaît pas d’équivalent à l’Ouest en terme d’intensité et de brutalité. Le haut-commandement soviétique a du apprendre la guerre en la faisant. En commettant des erreurs terribles, aussi. Mais le lien entre les soldats, majoritairement des paysans, et le gouvernement s’est toujours raffermi.

    Il faut le dire, sans l’abnégation, l’esprit de sacrifice et l’héroïsme des hommes et des femmes qui ont donné leur vie pas de victoire possible. Mais faut-il occulter le soutien occidental ? C’est ce qu’on retrouve dans les publications marquées « rouges ».

    Faut-il tordre le bâton dans l’autre sens ? Cela serait être injuste. Sans la loi prêt-bail, l’URSS aurait peut-être tenu, mais a un prix plus élevé encore. Sans les raids occidentaux – malgré le fait, nous le détaillerons à la fin, qu’ils puissent constituer un crime de guerre en soi – la pression aurait été plus forte. A Kasserine, à Anzio, au-dessus de Schweinfürt, de Nuremberg, sur les plages du débarquement et dans le bocage Normand, les Alliés ont subit également des combats essentiels et meurtriers. Ils ont payé la « livre de chair ».

    Dans les usines, la classe ouvrière s’est mobilisée avec force pour produire toujours plus contre le fascisme. Faut-il les remiser aux oubliettes ? Sans la résistance dans les pays d’occident, l’Allemagne aurait pu concentrer davantage de moyens militaires à l’Ouest. Nier l’un ne met pas en exergue l’autre. Il ne lui rend pas hommage. Il contribue à faire vivre les mythes et les mensonges. Or, nous n’en voulons pas. La vérité suffit à justifier la révolution.

    En noircissant le tableau, on fausse le jugement. On se prive de comprendre pourquoi la coalition, et pourquoi elle a tenu. Et on reste dans une approche morte, mécanique, et non dialectique. Hitler, d’ailleurs, avait tablé sur le fait que le front uni s’effondrerait avant sa propre défaite, et qu’il serait sauvé car étant le « rempart de l’occident ». Il avait partiellement raison.

    Dès 1944 et l’assurance de la défaite, une géopolitique classique se remet doucement en branle. Chaque camp prépare son après-guerre.

    • La France veut reprendre le contrôle de ses colonies et participer à l’occupation de l’Allemagne. C’est la préoccupation première.
    • Les USA mènent une politique anticoloniale, application de leur politique de la porte-ouverte, et, dans ce cadre, trouvent une communauté d’intérêt avec l’URSS plus encore qu’avec les anglais.
    • Ceux-ci veulent à la fois éviter une Europe unifiée sous une tutelle ou une autre. Ils veulent faire échec à toute expansion de l’influence soviétique et communiste. Churchill tente donc de faire en sorte de couper la voie de Berlin aux soviétiques et d’empêcher leur descente dans les Balkans. Comme les USA n’appuient pas cette politique, de dépit Churchill, en 1944, propose un « partage des aires d’influences » à l’URSS. Partage accepté par Staline, réaliste sur les possibilités d’une URSS affaiblie.
    • L’URSS, quant à elle, désire une protection avec un glacis, la fin du cordon sanitaire, et des « gouvernements amis » autour d’elle. Il n’est, à ce moment là, pas question de mettre en place des régimes affiliés à elle, mais uniquement d’éviter des dictatures fascistes.

    Cette géopolitique classique se passe de Hitler, mais pas de l’Allemagne. C’est la l’erreur d’un Führerqui s’y identifie étroitement. L’Allemagne survit, mais pas le régime. La bourgeoisie Allemande ne bouge pas d’un Iota. C’est l’essentiel pour elle. En revanche cette « géopolitique classique » débouche sur des conflits de plus en plus intenses entre les forces alliées : en Grèce, les anglais exterminent la résistance. Devant l’Armée Rouge, ils font surgir un coup de anticommuniste à Varsovie. Ils essaient de le faire reconnaître par l’URSS et comptent sur le sacrifice de l’Armée Rouge pour se maintenir. L’absence de soutien de celle-ci éclabousse l’image de l’Union soviétique, laquelle, depuis 1939, refuse désormais de « tirer les marrons du feu » pour quiconque, mais ne peut pas non plus se heurter frontalement aux armées occidentales. C’est un paradoxe assez curieux d’ailleurs, de ceux qui reprochent à la fois l’interventionnisme soviétique dans un cas, et son absence dans l’autre.

    Les négociations internationales sont connues, Yalta et Potsdam. L’une et l’autre consacrent l’URSS comme une puissance d’ampleur. Elle ne font que formaliser les rapports de force, et ne sont pas un découpage de l’Europe, comme la conférence de Berlin avait pu l’être pour l’Afrique. D’ailleurs, contrairement à une idée reçue, Staline (et Béria après sa mort) étaient hostiles à la formation d’une République Démocratique Allemande. L’hypothèse était (comme pour la Corée), une réunification avec une gouvernement d’union antifasciste. C’est d’ailleurs ce qui explique l’impulsion de la fusion entre SPD et KPD, en Allemagne, dans les régions occupées par les soviétiques : l’idée que la priorité est une politique de front populaire. L’URSS se sait vulnérable et affaiblie. Staline, surtout, mise sur la sécurité avant tout, bien au-delà de l’expansionnisme qu’on lui attribue.

    Le changement de ligne des USA avec l’arrivée de Truman au pouvoir, la peur des Alliés occidentaux, l’assurance que la bombe atomique donnait d’écraser le Japon… ces éléments rendent la conférence de Potsdam nettement plus conflictuelle que Yalta. Elle suscite l’inquiétude. Ces fissures se propagent très rapidement, d’autant que, dès la fin de la guerre, l’Occident colonial récupère ses positions et se barricade. En réaction, l’URSS, elle aussi, révise progressivement son attitude. Ces éléments déclencheurs de la Guerre Froide sont ceux qui expliquent le durcissement de l’attitude soviétique à partir de 1947. Non un plan préétabli ou une conspiration. Même la « doctrine Jdanov » ne fait que mettre au premier plan cette question du front et l’importance de ne conserver que les forces authentiquement démocratiques. Plus qu’un « coup de génie » manœuvrier, il s’agit plus d’une réédition de ce qui s’est passé en 1917 : peu à peu, les autres forces politiques se mettent d’elles-même hors-jeu. Ainsi, les conservateurs, puis les libéraux, puis les sociaux-démocrates sont peu à peu exclus.

    Le développement de la guerre froide est rapide. Si le discours de Churchill sur le rideau de fer est connu, la réponse l’est moins. En soulignant le fait que, après avoir combattu le nazisme et le fascisme, la hâte des occidentaux est de reconstituer leurs empires coloniaux, celui-ci pointe du doigt une des contradictions les plus criantes du capitalisme. Elle souligne aussi la négation des objectifs tels que la paix et la liberté. De plus, la dénazification et l’élimination des collaborationnistes, malgré les procès, demeure superficielle. Elle cesse complètement entre 1949 et 1963, pendant la direction du chancelier Adenauer. Lequel protège les nazis de la justice. Pourquoi ? D’une part, les Experten sont requis, soit pur faire tourner le pays, soit pour leur savoir faire technique.. mais aussi pour leur capacité à agir comme chasseurs de rouges.

  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe. II : Le nazisme.

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe. II : Le nazisme.

    Le nazisme : la mobilisation par la peur et la conspiration.

    Qu’est ce qui peut pousser un peuple comme les autres à se lancer dans un conflit de cette nature ? Pour beaucoup de contemporains, témoins de cette époque, il était difficile à croire que le régime nazi irait au bout de la logique évoquée dans Mein Kampf. Au moment où Hitler arrive au pouvoir, son anticommunisme et son antisémitisme ne le démarque pas spécialement d’autres acteurs politiques. Il est un fanatique parmi d’autres. Même arrivé au pouvoir, la plupart des Juifs pensent qu’il ne fait que passer, que sa politique est de la réclame, et que si les choses promettent d’être difficiles, elles ne seront qu’une épreuve parmi d’autres. L’antisémitisme est un fond de commerce courant dans tous les pays. Ni la France, ni la Russie Tsariste, ni la Pologne ou les USA ne se démarquent particulièrement de l’Allemagne.

    De plus, il paraît douteux que le peuple Allemand, peuple de l’Aufklarung, de la réforme protestante, de Goethe, de Marx et de Kant, aille jusqu’à réaliser les projets du Führer. C’est ce qui explique une émigration plutôt tardive…Émigration qui aboutissait parfois dans les camps de concentration de la IIIe République, dans lesquels plusieurs centaines de juifs sont morts de faim avant même la guerre. Tout au plus, certains s’imaginaient que cela était possible chez les semi-sauvages de la steppe, mais pas dans la Bavière civilisée.

    Pourtant ce qui est arrivé est arrivé. Les nazis sont parvenus à mobiliser le peuple Allemand, à le remodeler, à en faire des soldats fanatisés. Même ceux et celles qui pouvaient adhérer aux grands syndicats, soutenir le SPD ou le KPD ont fini par revêtir l’uniforme feldgrau, ou le noir de la SS. Ce « tour de force », les nazis l’ont réalisé en instrumentalisant les peurs et les espoirs.

    Les fascistes possèdent une certaine maestria pour ce qui est de partir de peurs et d’inquiétudes réelles, du sentiment populaire, et de le détourner pour le mettre à profit de ceux qui causent la très grande majorité de leurs maux. Les nazis ont ainsi employé plusieurs angoisses présentes dans la société Allemande de l’entre-deux-guerres et les ont transformés en mouvement de masse réactionnaire pour servir les objectifs de la grande bourgeoisie Allemande.

    Le traumatisme de 1918 et la Ruhr

    La population Allemande a été traumatisée par la défaite de 1918 et par le traité de Versailles. L’Allemagne a été injustement reconnue comme étant la seule responsable de la boucherie de 1914-1918. Une guerre, pourtant, désirée largement par la plupart des impérialistes.1 Le guerre dévore les hommes et les ressources. Tous les pays s’endettent. Il faut donc un butin de guerre pour le compenser. C’est l’Allemagne qui est désignée comme devant payer l’addition.

    Le traité de Versailles, imposé par la France, exige des réparations de guerre sans fin. Leur paiement ruine l’Allemagne et l’empêche de se relever. Chômage, hyperinflation, misère… Un terreau favorable pour le fascisme.

    D’autant que la sortie de la guerre ne s’est pas faite par une défaite militaire classique. L’Allemagne et son armée étaient épuisées, à bout de souffle. Si la Révolution Russe et la paix de Brest-Litovsk soulageait la pression sur son front Est, l’entrée en guerre des Américains et l’amélioration du ravitaillement pour les Alliés ne laissait pas entrevoir d’espoir. D’immenses grèves naissent en janvier 1918. Elles décantes en une série de luttes sociales, qui ne laissent comme choix au Kaiser que celui de céder du terrain. Un régime parlementaire naît, tandis que l’armée se délite. Le 9 novembre, la République est proclamée et le 11, l’armistice est signée.

    La guerre civile Allemande prend le relais jusque 1919. Les futurs nazis participent à la répression des pro-soviets. Ils vouent une haine incommensurable à tous ceux et celles qui ont défendu l’idée de paix. Ils les accusent d’avoir livré l’Allemagne à ses bourreaux avides de sang et d’or. Le fait qu’une partie de ces révolutionnaires aient été juifs ou étrangers a permis aussi de construire une mythologie : celle de la conspiration judéo-bolchevique, apatride, travaillant en sous-main pour le grand capital internationalisé. Cette idée de la présence de traîtres à la patrie, d’agents de l’étranger, insaisissables, qu’il fallait extirper, a nourri la rhétorique nazie.

    Le découpage des frontières qui a suivit le traité de Versailles a été un autre trauma. L’Allemagne se trouvait séparée par le couloir de Dantzig, couloir qui l’éloignait du cœur historique de la germanité : Königsberg et la Prusse Orientale. La ville de Kant était désormais séparée du reste de l’Allemagne. Cette séparation joue un rôle de premier plan dans le discours ultra-nationaliste, en se servant d’elle comme illustration d’une volonté d’anéantissement philosophique et culturel de la germanité. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, parmi les intellectuels du régime nazi, on retrouvait un nombre important de docteurs dans ce domaine.2

    L’occupation de la Ruhr par l’armée française a été le dernier point phare. La France, la Belgique et l’Angleterre envahissent en janvier 1923 cette partie de l’Allemagne. Elle prend fin en 1925, mais la France maintient ses positions jusque 1930. L’occupation, pendant 7 ans, d’une grande partie du territoire Allemand a mis au contact les populations du pays et la troupe française. Celle-ci a parfois noué des relations avec la population Allemande, ou parfois s’est sont comportée de manière exécrable avec elle. Notamment, comme dans toutes les occupations militaires, nous retrouvons des viols et des violences. Les nazis les ont utilisées, en particulier lorsqu’elles impliquaient des soldats coloniaux, pour dessiner un plan d’extermination génétique, cette fois, de la population. La « honte noire », liée à la naissance de 24 000 métis, est devenu un sujet récurent.

    Construire le nazi.

    Tandis que les militantes et militantes du KPD mettaient en avant la lutte des classes, se devaient d’expliquer la complexité de la situation internationale et économique, les nazis ont joué la carte de l’approche brutale. En tout premier lieu, ils ne se sont jamais privés de recourir au mensonge politique. Hitler s’en vantait d’ailleurs dans Mein Kampf. A partir du moment où la vérité et la cohérence n’encombrent plus les discours, tout est permis. Ne cherchant pas à expliquer, mais à mobiliser, il leur était possible d’appuyer les pires penchants individualistes et populistes dans la société. En utilisant une « ligne de masse » perverse, ils ont permis aux pires aspects de la société de s’exprimer.

    Ils ont placé la race et sa protection au dessus de tout, transcendant les divisions de classe. Ils ont limité l’exploitation à l’action de quelques profiteurs, ou à celui du capital étranger, avide d’or. Le climat de panique, le sentiment d’encerclement, les campagnes de terreur menées par les nazis, ont permis de générer un état d’esprit propice pour une guerre. Ils n’ont pu le faire qu’en réussissant, aussi, à s’appuyer sur une masse de chômeurs, de déclassés, de la petite bourgeoisie terrifiée par le fait de tout perdre. Ils se sont appuyés sur ceux qui étaient individualisés, atomisés, et qui étaient pris dans l’étau.

    Les nazis les ont poussés à se haïr, à traquer l’ennemi racial, le souilleur, le communiste… Ils ont également nourri une certaine mentalité chez la population Allemande. Une Rassenseele, une âme de race. Cette âme de race est fondamentale dans la construction du futur SS. Elle est un mélange du mépris typique du colonialiste, qui estime que c’est sa supériorité (génétique, culturelle…) qui lui donne le droit à dominer le monde. Elle est facile à inculquer et ne demandait aucun effort. Au lieu d’être basée sur la culture, elle en était la négation. Comme cette âme était présente « par essence » chez les Allemands, chaque expression, chaque pulsion, chaque acte viscéral en était une émanation qu’il ne fallait pas combattre, mais exalter.

    De ce point de vue là, les nazis ont bel et bien intégré l’idée nietzschéenne du surhomme : celui qui agit au-delà du bien et du mal. Pour canaliser cet encouragement à la brutalité et la violence, les nazis ont construit un régime de caserne, en s’appuyant sur le militarisme prussien. Ils ont aussi inventé une langue brutale, militaire, faite d’abréviations et de sonorité martiales. La Lingua Tertii Imperii, la langue du IIIe Reich. Elle s’enrichit d’emprunts étrangers nombreux, mais également d’un vocabulaire ayant pour but de modeler la vision du monde. La Weltanschauung, compréhension du monde par l’intuition, application de la grille de lecture raciale au monde, permettait ainsi aux Rassengenossen, aux camarades de race, de repérer ce qui était volksfremd, étranger au peuple. Il leur était alors possible, en s’appuyant sur le Führerprinzip, le principe de commandement, de monter des Strafexpedition, expéditions punitives, pour frapper ceux qui n’étaient pas völkisch, c’est à dire « germaniques ». Une mentalité de race de seigneur, vouée à dominer le monde et à écraser les autres. Mais pas si différente de celle des colonisateurs, ailleurs.3

    Cette violence exaltée s’est adressées surtout à celles et ceux qui étaient les plus réceptifs. Ce qui n’avaient pas une conscience de classe développée par le travail en commun. Cette ligne politique séduit tant les plus miséreux, qui rêvaient d’un Socialisme-National, mais également de rassurer ceux et celles qui vont leur permettre de fonctionner et d’atteindre leur but : les bourgeois.

    Les nazis, et Hitler en leur sein, seraient restés une clique d’agitateurs si ils n’avaient pas obtenu leur soutien. La grande bourgeoisie n’a pas misé exclusivement sur le NSDAP, mais elle en a fait un de ces pions. Il formait un moyen de contrer efficacement l’action du KPD et des syndicats. De plus, il avait un avantage : l’absence total de rejet de l’action terroriste et de l’action répressive. En employant les défauts constitutionnels de la République de Weimar, les nazis ont provoqué incidents sur incidents jusqu’à ce qu’une crise de régime naisse. Cette cirse de régime leur a permis de placer leur porte-lance au pouvoir.

    Jamais d’ailleurs la grande bourgeoisie ne s’est retournée contre Hitler. Tout au plus a t’elle convenu de qu’il faudrait mieux négocier avec les anglo-américains plutôt que de laisser les soviétiques avancer plus loin. Seuls quelque uns eurent à souffrir du régime nazi, comme Hugo Junkers, qui fut dépossédé de ses usines. D’autres joueront un rôle de protecteur, comme le célébrissime Oskar Schindler. Mais dans l’ensemble, l’appât du gain, les immenses commandes publiques, la possibilité d’expérimenter sur des cobayes humains et l’esclavage ne les ont pas heurtés.

    La guerre.

    La suite est connue. Arrivé au pouvoir Hitler liquide les parties les plus « populaires » de son Parti, les SA. C’est la nuit des longs couteaux. Il profite de l’incendie du Reichstag pour mettre en place la Gleichschaltung, la « synchronisation » du pays, avec l’appui des autres partis de droite. Une fois maître du pays, il se positionne internationalement comme un pangermaniste qui agit au nom du droit des peuples, mais aussi comme le rempart contre l’Union Soviétique et le communisme. Non seulement il reçoit un soutien moral de la part des autres bourgeoisies, aux prises avec le mouvement ouvrier, mais également une aide de la part des gouvernements des pays capitalistes.

    Grâce à la politique d’apaisement, il peut constituer progressivement le IIIe Reich en englobant progressivement de plus en plus de territoires. Cela avec la complicité active de l’Angleterre (qui d’ailleurs autorise le réarmement naval en 1935) et passive de la France (qui se méfie un peu plus, mais suit le mouvement). Cela va jusqu’à l’humiliation du traité de Munich, en 1938, démembrant la Tchécoslovaquie au profit de l’Allemagne, de la Pologne et de la Hongrie. L’Union Soviétique, qui a été la seule à mobiliser pour défendre les Tchécoslovaques, se retrouve prise au piège. Aurait-elle pu intervenir ? Probablement oui, mais en se heurtant immédiatement à une coalition occidentale et japonaise.

    Les premières proposition faites pour un front anti-fasciste mondial n’ont lieu qu’à partir de mars 1939. Elles sont faites avec des atermoiements tels qu’ils enveniment la situation encore davantage. Staline indique qu’il ne fera pas le sale travail pour les autres. De son côté, le régime nazi propose une position simple : pas de guerre. Contre les espoirs occidentaux, l’URSS parvient à se tenir en dehors de la guerre en trouvant un modus vivendi avec l’Allemagne. Cet accord, signé le 23 août 1939, continue de faire couler beaucoup d’encre. Pourtant il n’était pas différend, dans sa nature, des accords que possédaient les Polonais avec les Allemands, ou avec les démocraties libérales. La seule différence était sa conclusion : elle prenait à leur propre piège ceux qui voulaient lâcher l’Allemagne à la gorge de l’URSS.

    Les victoires de l’Axe lui ont permis de régner sur un espace immense, de piller intégralement la population, la livrant à la famine, aux mauvais traitements et à la terreur. Malgré ce pillage constant, l’Axe s’est retrouvée dépassé. Dépassée et sapé de l’intérieur par de puissant mouvements de résistance, y compris au sein des camps de concentration.

    La guerre culmine dans l’horreur dès ses premières heures. Tandis qu’à l’Ouest, la Gestapo suveille les populations, à l’Est, c’est la politique du vide. D’abord par la Shoah par balles, puis par les camps. Dès janvier 1942 est mis en place le principe de la Solution Finale, lequel vise à exterminer intégralement la population Juive ainsi que les Tziganes. Après les victoires décisives de Midway, de Stalingrad et de El-Alamein, mais également après la victoire de la bataille de l’Atlantique, l’Axe est sur la défensive. Mais même sous les bombes, même sous les attaques de chasseurs-bombardiers, malgré la délitement des voies de communication et le manque de combustible, les convois de la mort roulent. Jusque dans la défaite, les nazis n’ont jamais renoncé à ce projet.

    1Jean-Luc Mélenchon parlait encore, pour le centenaire de 1918, de boucherie déclenchée par le Kaiser.

    2Sur ce sujet : Croire et détruire de Christian Ingrao fait référence.

    3Les mots-valise sont une spécialité de l’extrême-droite, qui fonctionne par instillation et par amalgame. Ils permettent de faire passer un message sans le justifier. Ainsi, l’utilisation de termes comme les banksters ou les merdias, est souvent employée par les conspirationnistes ou par les populiste. Elle évite la question de la classe sociale. D’une manière générale, on ne m’enlèvera jamais de l’idée que là où on maltraite la langue, on maltraitera aussi les Hommes. [E.V]

  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe. Partie première : La triple guerre.

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe. Partie première : La triple guerre.

    75 ans auparavant, la Seconde Guerre mondiale prenait fin en Europe.

    La victoire soviétique à Berlin mettait fin au « Reich millénaire » de Adolf Hitler. Les troupes de toutes les Républiques soviétiques, commandées par les maréchaux Joukov, Koniev, Rokossovski et Tchouïkov brisaient la résistance autour des lieux stratégiques du pouvoir nazi. Le Führer était mort. Mussolini était mort. Les régimes cobelligérant et collaborationnistes étaient défaits. Seul le Japon se dressait encore comme un obstacle à la paix. L’Europe découvrait la réalité du génocide Juif, celle du génocide Tzigane. Elle découvrait aussi l’étendue des dévastations et des crimes de guerre.

    Les efforts combinés de la coalition anti-fasciste ont permis de mettre un terme au projet de partage du monde de l’Axe. Ils ont également stoppé le projet d’annihilation de populations entières. 75 ans après, il ne faut pas l’oublier ou en faire une exception du passé. La victoire contre le nazisme doit être célébrée et doit être commémorée. 40 millions d’Européens et d’européennes, de tout âge, de toutes confessions, de tout bord sont morts. A cela, il faut ajouter plus de 20 millions de victimes en Asie. La grande majorité de celles-ci sont des civils et des civiles, principalement des citoyens et des citoyennes de la Chine et de l’URSS.

    Ne les laissons pas tomber dans l’oubli, ne les laissons pas non plus être le marchepied de gens cyniques. Oui, il faut célébrer la victoire contre le fascisme, le nazisme et le militarisme japonais. Mais cette célébration, pour ne pas être creuse, doit être accompagnée d’un certain recul, d’un regard critique sur la manière dont doivent être considérée tant la guerre que la victoire finale. La Seconde Guerre mondiale est une guerre d’étape. Elle s’intercale dans un court XXe siècle (1914-1991) marqué par la Première Guerre mondiale, les révolutions, la montée des fascismes, la Seconde Guerre mondiale, puis la Guerre Froide. Elles n’est pas un événement isolé. Elle est donc dans un ensemble qui ne peut être découpé artificiellement en tranches, mais qui forme, au contraire un continuum. C’est ce qui explique la nature particulière, complexe, contradictoire, et le paroxysme de violence de son événement central.

    La Seconde Guerre mondiale est une guerre à la croisée des chemins.

    Elle est à la fois une guerre « classique » de repartage des sphères d’influence entre puissances ; à la fois une guerre coloniale et à la fois s’inscrit dans une croisade anti-communiste mondiale.

    C’est cette conjonction qui a servi de catalyseur.

    La guerre impérialiste.

    La Seconde Guerre mondiale s’inscrit donc dans une lutte entre les puissances impérialistes. Une lutte avec un camp formé par les puissances traditionnelles, France, Usa, Angleterre, possédant des empires coloniaux ou des sphères d’influences déjà bien délimitées, anciennes. De l’autre, le camp des outsiders : l’Allemagne, qui avait tout perdu après le traité de Versailles, l’Italie fasciste , à la victoire mutilée, le Japon militariste, qui ne parvient pas à venir à bout de la Chine.

    Dans un monde plein, partagé depuis 1885 entre les grandes puissances, le mouvement de l’un joue forcément sur les autres. Seule la Chine et l’URSS restent des espaces qui ne sont pas inclus dans ces jeux des puissances. L’une trop vaste, trop peuplée, trop chaotique pour être découpée en colonies. L’autre choisissant la voie du socialisme et de l’anti-impérialisme, s’érigeant elle-même en puissance économique et industrielle, se dotant des moyens de se défendre.

    Pour les trois oustsiders, il faut soit s’en prendre à ces espaces à conquérir, soit risquer la confrontation. Or, leurs concurrents, tout comme leurs proies, ne restent pas les bras ballant. Soit elles prennent la mesure de la menace, comme les USA avec le Japon, qui lui coupe progressivement les vivres, soit elles essaient de les exciter à la guerre pour servir leurs propres intérêts, comme l’Angleterre avec l’Allemagne. Il s’en suit une des pages les plus répugnante de l’histoire diplomatique, dans laquelle les puissances européennes jouent un jeu dangereux, nourrissant la bête nazie avec des compromis, tout cela en ayant l’espoir qu’elle saute à la gorge de l’URSS.

    La croisade antisoviétique.

    Pourquoi l’URSS ? Pour une raison double. D’une part, 1/6e du monde était hors de l’emprise des investissements étrangers, hors des griffes des bandits impérialistes. Et pour eux, il s’agissait d’un terrible supplice de Tantale. Un immense espace, des perspectives d’une dimension incroyable, tout cela excitait leur appétit. Le souvenir de la perte des investissements et des prêts concédés au Tsar aiguillait également les appétits féroces.

    De l’autre, il y avait l’importance primordiale de lutter contre le bastion de la Révolution, contre le bolchevisme, contre l’émergence d’un pôle libéré de la bourgeoisie et du capitalisme. Cette croisade a été le fil conducteur du XXe siècle. Elle s’est manifestée dès les premiers jours de la République des Soviet par l’envoi de troupes pour mater les révolutionnaires. Par la construction d’un cordon sanitaire, autour de pouvoir politiques dictatoriaux. Par les menaces de guerre, les tentatives d’isolement, les coups de force. Entre 1917 et 1941, l’Union soviétique a été plus d’une fois sur le pied de guerre. Elle était encerclée par des puissances hostiles, qui voulaient sa perte. Deux d’entre elles avaient déjà battu l’Empire Tsariste, le Japon entre 1904-1905, l’Allemagne entre 1914-1917. Hitler et ses sbires ont été dressés a traquer le bolchevisme. Ils ont d’ailleurs été encouragés par la politique complice de l’appeasement à se doter des moyens de le faire.

    L’Union soviétique menait une double politique, une politique de soutien aux communistes tout comme une realpolitik d’État. Avec l’approche toujours plus pressante de la guerre, cette dernière prenait le pas sur la première. Il n’en demeure pas moins que l’Union Soviétique était traitée comme une pestiférée par les autres puissances impérialistes. C’est ce qui explique le cynisme de leur diplomatie. Les pays impérialistes, d’ailleurs, ne parvenaient pas à trouver de consensus sur la manière dont venir à bout de l’URSS. Ils étaient en concurrence les uns avec les autres. C’est pour cela qu’ils ourdissaient plans sur plans, non seulement pour bien se positionner eux-mêmes, mais pour faire tirer les marrons du feu par les autres.

    D’où le rejet de la sécurité collective proposée par le gouvernement soviétique et défendue par Litvinov. A cela, ils ont répondu par le choix des jeux d’alliance. Des jeux d’alliances retors, pour faire se prendre à la gorge Allemagne et URSS. Des jeux retors qui se sont retournés, en dernière instance, contre eux. Leur avidité ayant causé leur perte.

    La guerre coloniale et raciste.

    Si les deux autres points sont souvent évoqués, il manque un dernier aspect, essentiel pourtant. Celui qui vient donner un caractère spécifique à la guerre. Elle est fanatiquement anticommuniste, raciste et colonialiste. D’ailleurs, il faut commencer par reconnaître une chose : Les nazis n’avaient pas le monopole des régimes racistes et génocidaires.

    Depuis la Guerre Froide, la tendance est à une comparaison cynique entre l’URSS sous la direction stalinienne et l’Allemagne nazie. Cette comparaison mérite d’être analysée. Tout comme toute analyse, elle demande un protocole scientifique. Si on isole complètement du reste du monde les deux régimes, on retrouve sans problème des similitudes dans la forme que pouvait prendre le pouvoir, notamment si on limite le champ d’étude à la période de la « Grande Terreur » ou a des épisodes dans lesquels la répression a été employée de manière parfois démesurée, comme dans la collectivisation forcée.

    Mais ce comparatisme isolé nous prive de regarder ce qui se passait ailleurs au même moment. Si nous comparons l’Allemagne nazie avec la France et l’Angleterre « démocratique », effectivement la répression telle qu’elle est employée en Allemagne ne trouvera pas un répondant aussi fort dans ces pays. Et ce même si la IIIe République avait ses camps de concentration et n’avait pas forcément d’hésitation à faire tirer sur la foule. Pour les USA, on retrouve par contre les lynchages de noirs, l’inégalité juridique consacrée, le suprémacisme raciste exalté.

    Allons plus loin. Qu’est ce qui constitue la France et l’Angleterre à cette époque ? La métropole, malgré ses grandes zones de misère, n’en est pas moins alimentée, sous perfusion, par le système colonial. C’est ce système colonial qu’on ôte de toute logique comparative, hypocritement. Or, il est le fondement de la puissance des deux pays libéraux, il est d’ailleurs ce qui lui permet d’être libéral. Un regard même simpliste, même superficiel, vers les colonies permet de replacer les choses à leur juste place. C’est dans le système colonial, la déshumanisation, le racisme exacerbé, justifié, que se trouvent les racines du nazisme, que se trouvent les fondements qui ont permis de pousser jusqu’à l’extermination de peuples.

    Le but premier de l’Allemagne n’était pas tant la conquête du monde dans son ensemble, que l’établissement d’une zone coloniale sur le continent Européen. L’Empire colonial Allemand de la fin du XIXe, construit tardivement dans des zones éloignées, a été isolé en un tour de main par les puissantes flottes anglaises, françaises et japonaises.

    Pour ne pas revivre la même situation, le blocus, la vulnérabilité, la faim, l’Allemagne nazie à repris le drang nach Osten. La Marche vers l’est. Elle s’est défini comme objectif de construire cet empire sur les espaces occupés par les peuples slaves.

    Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le nazisme a appliqué sur ces régions les mêmes méthodes et les même moyens que l’Europe démocratique et civilisée avait employé en Afrique ou en Asie, ou que le Japon employait en Chine. Ses soudards, enivrés de leurs droits seigneuriaux, conférés par leur prétendue supériorité raciale, se sont comportés avec la même morgue et le même mépris de la vie humaine que les occidentaux quelques années auparavant.

    Quand Tocqueville anticipe le nazisme.

    Rappelons les écrits de Tocqueville en 1841 : « Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet de s’emparer des hommes ou des troupeaux.

    […]

    Je dirai aussi que les grandes expéditions me paraissent de loin en loin néces­saires :

    1° Pour continuer à montrer aux Arabes et à nos soldats qu’il n’y a pas dans le pays d’obstacles qui puissent nous arrêter ;

    2° Pour détruire tout ce qui ressemble à une agrégation permanente de population, ou en d’autres termes à une ville. Je crois de la plus haute importance de ne laisser subsister ou s’élever aucune ville dans les domaines d’Abd-el-Kader. »

    Tocqueville, par ailleurs, se rend bien compte de quel type d’hommes le colonialisme accouche :

    « On ne peut se dissimuler que l’officier qui une fois a adopté l’Afrique, et en a fait son théâtre, n’y contracte bientôt des habitudes, des façons de penser et d’agir très dangereuses partout, mais surtout dans un pays libre. Il y prend l’usage et le goût d’un gouvernement dur, violent, arbitraire et grossier. C’est là une éducation que je ne me soucie pas de généraliser et de répandre. Sous le point de vue militaire, j’admire ces hommes ; mais je confesse qu’ils me font peur et que je me demande ce que nous ferions d’un grand nombre d’hommes semblables, s’ils rentraient parmi nous. »

    Lorsque l’Allemagne envahit la France, la Belgique, la Hollande… elle impose un ordre d’occupation criminel, appuyé sur les collaborationnistes (souvent motivés par l’anticommunisme et le racisme eux-aussi.) Mais la guerre à l’est se dote d’une dimension supplémentaire : il faut éradique la civilisation, la culture, les élites. Il faut réduire en esclavage l’intégralité de la population. Même ceux qui regardaient d’un bon œil l’arrivée des nazis ont déchanté.

    Derrière les méthodes de Tocqueville point déjà le kommissarbefehl et les Einsatzgruppen. Encore que Tocqueville ne recherchait que le contrôle et la domination, pas encore l’espace vide d’hommes prêt à être colonisé par les européens. Il est d’ailleurs difficile de ne pas souligner la continuité qui existe entre cette guerre et les suivantes. Notamment le fait que, au moment même ou l’armistice est signée en Europe, la France entame le massacre des Algériens.

    C’est la conjugaison de ces trois facteurs, guerre impérialiste, guerre anticommuniste, guerre coloniale qui donne son contenu à la Seconde Guerre mondiale, à la Shoah, aux villes éventrées, aux millions et aux millions de morts et de mortes. A « l’ensauvagement » d’un continent.

  • 75 ans de la victoire sur le fascisme

    75 ans de la victoire sur le fascisme

    Le 8 mai 1945, la Seconde Guerre mondiale prit fin en Europe. L’Armée rouge de l’Union soviétique socialiste vainquit le « Troisième Reich » fasciste et fut la force motrice pour la libération de millions de personnes dans les pays occupés, les camps de concentration et les prisons. Elle rendit possible la libération de peuples entiers et la construction de démocraties populaires en Europe de l’Est.

    Le 8 mai 1945, le fascisme hitlérien allemand capitula. Pendant six ans, la Seconde Guerre mondiale avait fait des ravages sur tous les continents et plus de 60 millions de victimes, entraînant dans son sillage, encore des années après sa fin, des souffrances et des morts incommensurables. Mais le résultat de cette lutte héroïque et de la victoire sur le fascisme fut que les peuples des pays sous domination capitaliste renforcèrent leur lutte de libération nationale contre l’impérialisme, et dans les pays de démocratie populaire les peuples intensifièrent la lutte pour la construction du socialisme. Ainsi, un tiers de l’humanité fut libéré de l’impérialisme et du capitalisme – des démocraties populaires et le socialisme furent construits   

    Les Alliés occidentaux capitalistes avaient longtemps hésité à entrer dans cette guerre contre Hitler pour des raisons anticommunistes, car ils voulaient parvenir autant que possible à ce que l’impérialisme allemand agressif combatte et fasse échouer la construction du socialisme en Union soviétique et chez ses alliés parmi les travailleurs et les larges masses dans le monde entier. Ils n’y étaient pas parvenus avec la guerre d’intervention de 1918 à 1920 en soutien à la Terreur blanche. Ils avaient de nouveau fait le calcul sans la classe ouvrière et les larges masses en Union soviétique. Celles-ci ont combattu et gagné ensemble avec la résistance héroïque des communistes et des partisans des pays européens contre Hitler avec la ferme conviction de l’édification du socialisme dans leur propre pays. 

    Le fascisme est l’ennemi mortel de la classe ouvrière et des peuples du monde, du socialisme et du communisme et de ses organisations. L’impérialisme et le colonialisme sont le ventre duquel le fascisme surgit constamment. Dans le sillage de la crise actuelle du Coronavirus, des gouvernements fascistes ou fascisants comme ceux de Hongrie, de Brésil, d’Israël, d’Inde et de Turquie tentent aussi d’organiser la transition vers le fascisme ou ont mis en place un système fasciste. Aussi dans d’autres pays impérialistes tels que les États-Unis, l’Allemagne, la France ou la Grande-Bretagne, le développement des gouvernements vers la droite se poursuit. Cette droitisation a également abouti dans certaines parties de la population, à l’acceptation d’idées fascistes. Au sommet de tout cela se trouve l’impérialisme américain.

    Dans différentes parties du monde, le fascisme a progressé sous le couvert de la crise du Coronavirus. 

    Les 8/9 mai, le 6 août (Hiroshima) et le 1er septembre (début de la Seconde Guerre mondiale), sont la journée internationale de lutte contre le fascisme et la guerre pour l’ICOR. 

    « Chaque nation peut célébrer cette journée à sa manière. Mais l’essence reste la même : à bas le fascisme ! À bas les guerres capitalistes ! » (extrait d’un appel du KSRD d‘Ukraine) 

    L’ICOR, en tant qu’organisation mondiale révolutionnaire, encourage la révolution socialiste et la construction du socialisme, la démocratie et la liberté dans le monde entier. Célébrer 75 ans de victoire sur le fascisme et en tirer les leçons aujourd’hui signifie de tout faire pour renforcer le mouvement révolutionnaire dans le monde, comme il est dit dans sa Résolution de fondation : « Les aspirations et la recherche d’une société libérée de l’exploitation et de l’oppression doivent devenir une force transformant la société, une force qui surmonte les maux fondamentaux du système impérialiste mondial. » (Documents, 6/10/2010)

    Poursuivons la construction du Front uni anti-impérialiste et antifasciste !

    En avant dans la construction de partis et organisation forts et révolutionnaires au niveau mondial !

    En avant dans la construction de l’ICOR !

    En avant vers la démocratie, la liberté et le socialisme !

    Signataires (en date du 07/5 2020, d’autres signataires sont possibles):

    1. PCPCI   Parti Communiste Proletarien de Côte d’Ivoire (Parti Communiste Proletarien de Côte d’Ivoire)
    2. ORC   Organisation Révolutionnaire du Congo, République démocratique du Congo
    3. UPC-Manidem   Union des Populations du Cameroun – Manifeste National pour l’Instauration de la Démocratie, Cameroun
    4. MMLPL   Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
    5. CPSA (ML)   Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes))
    6. PCT   Parti Comuniste du Togo Togo
    7. PPDS   Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie
    8. CPI (ML) Red Star   Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)
    9. Ranjbaran   Hezb-e Ranjbaran-e Iran (Parti prolétarien de l’Iran)
    10. PPRF   Patriotic Peoples Republican Front of Nepal (Front républicain du peuple patriotique du Népal)
    11. БКП   Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
    12. PR-ByH   Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie et Herzégovine), Bosnie et Herzégovine
    13. MLPD   Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
    14. UCLyon   Unité Communiste Lyon, France
    15. UPML   Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France
    16. KOL   Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)
    17. MIKSZ   Magyar Ifjúság Közösségi Szervezete (Organisation de la Communauté de la Jeunesse Hongroise)
    18. RM   Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
    19. MLGS   Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
    20. VZDOR   VZDOR – strana práce (Résistance – parti du travail), Slovaquie
    21. MLKP   Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)
    22. KSRD   Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine
    23. PCC-M   Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)
    24. PCP (independiente)   Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))
    25. PPP   Partido Proletario del Perú (Parti prolétarien du Pérou)
    26. PC (ML)   Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine
    27. PCR-U   Partido Comunista Revolucionario del Uruguay (Parti révolutionnaire communiste d’Uruguay)
    28. CPA/ML   Communist Party of Australia (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Australie (marxiste-léniniste))
  • Message de l’ICOR aux organisations communistes de France.

    Message de l’ICOR aux organisations communistes de France.

    Ce document est un message envoyé par la coordinatrice principale de l’ICOR aux organisations communistes et anti-impérialistes présentes en France. Ce message a été distribué le plus largement possible aux organisations dont l’ICOR possède les adresses. Mais plus largement il s’adresse à tous ceux et toutes celles qui se retrouvent dans la volonté de participer à la lutte pour la construction d’une coordination internationale. Nous saluons cette initiative que nous jugeons pertinente dans la période actuelle, et nous appelons nous même à rejoindre l’ICOR et à rejoindre le Front Uni des organisations impulsé par l’ICOR et l’ILPS.

    Chers camarades,
    Chères camarades,

    En tant que coordinateur principal de l’ICOR, nous vous adressons ce courrier.

    Nous pensons que nous partageons plusieurs constats sur la situation actuelle. Elle est particulièrement grave et emplie d’incertitude. Nous pensons également que nous partageons tous et toutes la volonté de pouvoir poursuivre et intensifier les luttes. Nous vous adressons donc ce courrier, dans le but de proposer de coopérer ensemble.

    Nous voulons serrer les rangs, accroître la coopération entre les différentes forces, et permettre de faire face aux défis de la situation actuelle.

    Il existe des incertitudes immenses sur les issues politiques et sociales de la crise économique et sanitaire. Des incertitudes sur le bilan humain, des incertitudes sur le bilan économique, des incertitudes sur la situation géopolitique.

    Mais il existe également des certitudes. Deux d’entre elles peuvent être tenues pour acquises :

    • Les bourgeoisies vont essayer de tirer profit autant que possible de la situation. Les méthodes ne sont pas forcément tout à fait connues, mais les buts le sont : compenser les pertes et engranger de nouveaux profits. 
    • Les forces progressistes, révolutionnaires, et particulièrement le mouvement communiste auront un rôle de premier plan à conquérir et à jouer. 

    Dans cette situation, la manière dont le mouvement communiste réagira peut être décisif. Nous pouvons sortir renforcés de cette épreuve et en capacité de pouvoir mener de nouvelles batailles. Nous pensons qu’il est essentiel que, partout où cela est possible, la voix communiste, la voix des intérêts du prolétariat, des classes exploitées, de ceux et celles qui subissent le plus la crise, soit la plus forte possible.

    Nous vous invitons, d’ailleurs, à devenir un participant de l’AIAFUF (Front uni international anti-impérialiste et antifasciste). Cette initiative a été lancée par les deux formations internationales les plus importantes et les plus actives à l’heure actuelle, l’ICOR et l’ILPS.  Avec ces deux formations internationales, environ 500 organisations du monde entier forment la fondation. Les participants du front uni peuvent être des formations internationales, des organisations individuelles ou des personnes. La construction résolue de ce front uni nous semble nécessaire de toute urgence dans un monde où la rivalité inter-impérialiste s’accroît, où le danger de guerre augmente et où les possibilités même de la vie sont détruites de plus en plus rapidement. Le front uni est plus large dans sa diversité politique que l’ICOR, c’est une forme d’organisation plutôt large : c’est un mouvement organisé, dans laquelle chaque organisation peut choisir de s’impliquer et chacun décide lui-même comment et sous quelle forme il participe aux activités. 

    Cependant, nous n’en faisons pas une condition pour coopérer. Nous respectons les stratégies et les positionnements des organisations politiques. Cependant, nous désirons pouvoir travailler localement, régionalement, au niveau des États et plus largement avec toutes les forces qui veulent coopérer. Cela dans le but notamment d’organiser une solidarité locale, de répondre politiquement aux projets de la bourgeoisie, mais aussi de préparer les mouvements de masses qui naîtront lors de la décrue. 

    Nous partageons certains constats simples et unitaires : 

    • Le système de production capitaliste est incapable de répondre aux besoins matériels et culturels de la population. Il est également incapable de pouvoir exister sans ravager la planète et sans exposer l’humanité à de nouvelles pandémies. 
    • A terme, il met en péril les possibilités même de survie de l’humanité. 
    • La loi du marché a montré ce qu’elle signifie en pratique : la pénurie pour faire monter les prix, la recherche de la rentabilité maximale, quitte à sacrifier les travailleurs et les travailleuses. Elle génère également des coût astronomiques pour le matériel médical, dont la production est contrôlée par des monopoles immenses.
    • Le système capitaliste n’est pas réformable, il n’est pas conçu dans le but de satisfaire les besoins des masses populaires, dans le respect des capacités de régénération de la planète.

    Nous pensons qu’il existe des tâches immédiates sur lesquelles il est possible de travailler.

    • Impulser & renforcer les réseaux d’entraide et de solidarité. 
    • Faire en sorte de pouvoir mutualiser nos forces pour les faire vivre, les faire grandir et les faire fusionner. Nous voulons rationaliser les efforts, non les disperser. 
    • Construire des réseaux de solidarité d’auto-organisation de la classe ouvrière et des masses populaires pour soutenir les personnes les plus touchées dans leur vie quotidienne. 
    • Lutte pour les revendications sociales et politiques de masse au sens de la résolution ICOR – Corona au niveau local, régional, national et international. 


    Nous pensons que ces éléments forment la base minimale de travail commun et de mise en œuvre de campagnes communes. Ils peuvent être discutés. Nous voudrions proposer un communiqué unitaire le plus largement partagé possible entre toutes les organisations politiques qui veulent lutter pour le socialisme et pour la révolution. Nous voulons, camarades, parler avec vous, vous connaître, coopérer, répondre à l’immense tâche qui s’ouvre devant nous ! 

    A lire :

    https://unitecommuniste.com/international/appel-de-licor-et-de-lilps-pour-la-construction-dun-front-mondial/
  • Zemmour agressé – faut-il le soutenir ?

    Zemmour agressé – faut-il le soutenir ?

    Edit : Cet article se focalise non pas sur la question de l’homme qui s’en est pris à Zemmour, mais sur la question du soutien à ce dernier. Le fait que nous puissions comprendre les mécanismes qui conduisent à s’en prendre à Zemmour et à exprimer de la colère contre lui n’a pas valeur de soutien aux propos employés et à leur forme. Les injures sont bien souvent basées dur des éléments réactionnaires, ou reflétant également une culture de l’agression et du viol.

    Le 2 mai, dans Paris, Eric Zemmour a été reconnu dans la rue par un homme, lequel, tout en filmant, l’a suivi sur une dizaine de mètres en l’injuriant, avant de lui cracher dessus. La vidéo a été publiée sur les réseaux sociaux au travers de Snapchat. Depuis, elle est devenue un sujet de débat, et un fer de lancer pour la droite la plus réactionnaire. Mais qu’en est il réellement ?

    En premier lieu, il faut cesser les simagrées. Cette agression reste du domaine verbal. De la part d’une frange qui accuse sans cesse ses contradicteurs de pleurnicherie, le fait que cet épiphénomène, que ce sont événement soit monté en épingle est quelque peu ironique. Cette violence est sans commune mesure avec celle subie sous les coups de la police, ou la violence quotidienne du harcèlement de rue fait aux femmes.

    Mais qu’on se rassure, Zemmour est bien entouré. Il a été couvert de baisers par son milieu social, gauche et droite confondue. Le Président de la République s’est même entretenu avec lui pendant 45 minutes. Le voilà choyé et dorloté par les siens, par ceux qui considèrent que son venin rentre dans le cadre de la démocratie.

    Cette menue affaire a cependant suscité des inquiétudes auprès de sa classe. Elle l’a inquiétée car elle rappelle que, au-delà des caméras, au-delà des réseaux sociaux, il existe une réalité pragmatique et concrète. Il existe des conséquences aux actes et aux propos. Même une personne aussi droitière que le Pape François 1er l’avait rappelé en disant « Si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s’attendre à un coup de poing« .

    Zemmour face à Zemmour ?

    « L’homme qui crache sur Zemmour n’est autre qu’un autre Zemmour » a publié Claude Askolovitch. « C’est un triste spectacle de voir Éric Zemmour ainsi se rencontrer, devenu celui que l’on chasse et qui baisse la tête, lui qui d’habitude porte beau la vindicte et le mépris des autres. » Nous ne le pensons pas. Nous ne pouvons pas faire de l’homme qui l’a interpelé un « Zemmour » lui-même. Cette équivalence omet un aspect fondamental : qui engendre qui ? Quelle violence engendre quelle violence.

    Nous ne sommes pas des fanatiques. Nous ne nous réjouissons jamais de la violence pour la violence. Mais nous ne pouvons mettre sur le même plan la violence de celui qui, depuis des décennies encaisse sans broncher et celle de son persécuteur.

    Or, il convient de rappeler un moment que Zemmour n’est pas n’importe qui. Ce n’est pas une victime de violence gratuite. C’est une personne qui s’est fait un nom comme porte-parole de la haine raciale et homophobe en France, haine pour laquelle il a été condamné à plusieurs reprises. Dans le confort cossu de ses lieux d’interventions, il peut vomir cette haine sans cesse, la déversant vers ces auditeurs, influençant leurs idées et leurs conceptions.

    Si nous étions dans un monde idéal et égalitaire, il suffirait aux personnes qui subissent ces assauts constants de répondre par la même voie. Mais nous ne sommes pas dans ce monde, et ces personnes sont condamnées à subir l’influence grandissante des Zemmour ou des Morano. Elles le subissent comme une pluie battante, contre laquelle il n’existe ni protection, ni abri.

    Zemmour, un petit florilège de la haine :

    « Pourquoi on est contrôlé [par la police] 17 fois [par jour] ? Mais parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes ; c’est comme ça, c’est un fait. »

    « Il y a des trafics dans ces quartiers, […] il y a de la polygamie aussi. Il y a beaucoup de délinquance, […] entre le trafic de drogue et la délinquance en col blanc, il y a une petite différence. »

    « Je pense que l’autonomie totale en matière sexuelle est un mythe, et le consentement mutuel est un mythe. »

    « Moi, je ne suis pas exactement un immigré, moi, je suis un peu comme un Martiniquais ou un Alsacien, c’est-à-dire que c’est la France qui est venue chez moi et qui m’a conquis et je la bénis, moi, de m’avoir colonisé. »

    « Je pense que les religions monothéistes sont très sévères avec l’homosexualité parce qu’à l’époque il y avait très peu de monde sur la Terre. Et je pense que d’ailleurs, c’est une de, comme ça, de mes idées, que la tolérance moderne, entre guillemets, pour l’homosexualité vient de la surpopulation actuelle. »

    Certains de ces exemples ont valu à Eric Zemmour une condamnation. Voilà le portrait du personnage. Grossiers montages, amalgames, absences de statistiques, mise en exergue des arguments raciaux sur le contexte social… Zemmour est une machine à haine. Il est bien plus que simplement le représentant d’une frange réactionnaire-radicale de la bourgeoisie. Il en est devenu le porte-parole, le symbole. Il fait partie de ces individus qui travaillent d’arrache-pied à constituer un amalgame empoisonné : le mythe islamo-gauchiste, revival du judéo-bolchevisme.

    En embuscade, certains fourbissent aussi leurs armes. Ils sont prêt à partir en campagne. La droite et l’extrême-droite ont été d’une inutilité totale durant le confinement. Et pour cause : la saturation des hôpitaux était la conséquence finale de l’application de leurs programmes. La solidarité leur est étrangère, sauf quand elle sert à ratisser des voix ou a stigmatiser d’autres. Leur programme politique est au point mort. Il faut donc des faits divers pour nourrir la machine à haïr. Lorsqu’ils réclament la « liberté d’expression », il faut comprendre qu’ils réclament l’impunité pour déverser leur poison haineux. Cette liberté d’expression est hypocrite.

    Dans le climat actuel, nous ne pouvons que regarder avec inquiétude l’infiltration raciste et l’agitation réactionnaire. Dans les périodes de crise et d’incertitude, nous ne savons que trop bien quelles sont les perspectives des fascistes, sûrs du soutien d’une bourgeoisie qui rêve de faire marcher au pas les travailleurs et les travailleuses.

    L’inquiétude nourrie par l’omniprésence des thèses conspirationnistes, les campagnes antisémites et les campagnes racistes anti-noirs et anti-arabes, camouflées derrière la « critique de l’Islam » servent les mêmes groupes.

    Briser les rhétoriques fascistes:

    Nous pensons qu’il faut combattre pied-à-pied ces thèses. Qu’il faut lutter contre la recherche d’un bouc-émissaire racial ou religieux. Que la parole des Zemmour n’a pas droit de cité, que son racisme fait de lui non seulement un délinquant, mais aussi un individu qui apporte une caution morale aux attentats racistes et xénophobes, comme la tuerie de Christchurch ou celle de Hanau.

    Que Zemmour, maintenant ait peur, dans la rue, de subir des conséquences de ces propos, cela ne peut pas ne pas être une forme de rétribution.

    Pas de soutien aux apprentis sorciers de la haine !

  • Communiqué et prise de parole du 1er mai.

    Communiqué et prise de parole du 1er mai.

    Nous ne pouvons pas nier que ce premier mai est spécial. Il est le premier mai d’une époque nouvelle. Une époque d’incertitude et d’inquiétude.

    Nous sommes à la charnière entre deux ères. Si la crise économique et les conflits étaient déjà là avant la pandémie, ils se sont accrus comme jamais, faisant tomber les bourses, accélérant l’effondrement de l’Union Européenne et de l’Euro, plongeant le monde dans le chaos.

    Ce premier mai confiné est un premier mai terrible pour tous, mais surtout pour les plus précaires et les plus vulnérables.

    Nous le dédions à toutes les travailleuses et tous les travailleurs qui, en plus de l’exploitation quotidienne, se confrontent à la maladie et la mort.

    Les soignantes et les soignants, les travailleuses et les travailleurs de la distribution, du transport, du ramassage de déchets, le secteur de l’industrie, de l’agriculture, de l’énergie, de la recherche… Ceux et celles qui retrouvent, dans la crise, leur centralité, leur caractère essentiel, vital…et pourtant déconsidérés, sous-payés, endettés, exploités.

    Mais nous pensons aussi à ceux et celles qui ont perdu, dans cette crise, leurs sources de revenus, qui s’inquiètent de voir les dettes s’accumuler, sans qu’il ne semble y avoir une issue à court terme.

    Nous pensons aux femmes, qui subissent les violences conjugales et la charge des tâches domestiques. Nous pensons à ceux qui n’ont pas de chez eux. A ceux qui sont dans les prisons et dans les centres de rétention. Nous pensons à ceux qui, ailleurs, même dans des pays riches, n’ont pas de place dans les hôpitaux, où se soigner est un luxe, et se confiner une impossibilité.

    Une nouvelle ère naît. Elle est inquiétante.

    Les certitudes que nous pouvions avoir sur l’avenir, même proche, sont réduites au rang d’hypothèses. Aurais-je encore mon emploi ? Aurais-je encore un salaire ? Des aides ? Un avenir ? Un diplôme ?

    D’autres questions, sinistres, apparaissent aussi. « Que se passera t-il si je tombe malade ? Est-ce que mes parents, mes amis, mes proches risquent de mourir ? » Une angoisse étreint toute la société. Une angoisse qui ne trouve pas de remède simple.

    Les périodes d’incertitudes font aussi naître de faux-espoirs, portés par des vendeurs de remèdes miraculeux, par ces explications simplistes, rassurantes et fausses, basées sur des bouc-émissaires, sur des forces occultes tapies dans les ténèbres. Ceux qui les répandent servent souvent de bien sinistres maîtres, qui n’ont qu’une hâte : reprendre et accroître l’exploitation.

    D’autres attendent, tapis dans l’ombre, leur heure. Ils essaient d’instiller la haine entre tous ceux et toutes celles qui courbent l’échine sous le poids des mêmes chaînes. Ils appellent à la guerre raciste, cannibale, des exploités les uns contre les autres. Ces individus se disent du côté du peuple, mais ils ne désirent qu’une chose : devenir les nouveaux maîtres, ceux qui manieront le fouet.

    En ces temps de trouble, les charlatans et les faux-prophètes sont légion. Ils sapent toute unité, toute solidarité, tout espoir commun.

    A l’inverse, comme d’autres, nous pensons que ce sont justement ces valeurs qui nous unissent. Nous appelons tous et toutes à travailler en commun, dans un esprit de front uni, sans sectarisme, sans chauvinisme.

    Quelque soit la situation sanitaire, la période qui s’ouvre doit être celle de luttes renouvelées, d’une solidarité accrue et d’une plus grande fermeté. Il est évident que cette crise devra être payé. Il est tout aussi évident que ceux et celles qui sont en première ligne pour la payer sont les mêmes : ces travailleuses et travailleurs essentiels hier, demain à presser au maximum. De toutes les solutions envisagées pour régler le solde de cette pandémie, les seules qui sont retenues sont celles qui exonèrent les plus riches et font payer les plus précaires et les plus vulnérables.

    Allonger le temps de travail, réduire les salaires, prendre sur les maigres épargnes… mais surtout pas rétablir l’ISF ou taxer le capital !

    Les notions de démocratie et de liberté seront peut-être, demain, réduites à leur plus simple expression, tant la pression est forte. Si nous ne voulons pas que demain ressemble au siècle dernier, nous allons devoir nous mobiliser et nous battre avec la dernière énergie.

    Cette nouvelle ère peut être aussi une ère d’espoir et de victoire.

    Derrière cela il y a le fait que tous les gouvernements précédents, quelque soient les partis au pouvoir, ont contribué à cette crise sanitaire, sociale, et politique. Quelle que soient leurs bannières, ils se sont tous compromis dans la liquidation des hôpitaux, dans la fragilisation de notre système de santé et de solidarité. Ce n’est pas un hasard si celui-ci a du être arraché, sous le menace des armes, il y a 75 ans.

    Nous ne pouvons rien attendre d’une alternance, d’une nouvelle clique nommée pour appuyer la même politique, aux intérêts des mêmes personnes : cette poignée de milliardaires, parasitaires, vampires des richesses produites par d’autres, et par la nature.

    Nous ne pouvons pas non plus oublier que la pandémie est aussi une illustration de la menace immense qui sur l’humanité. La destruction des espaces naturels contribue à des contaminations par des zoonoses de plus en plus fréquentes. Plus grave encore, le déséquilibre toujours croissant entre les capacités de régénérations de la planète et les exigences de croissance absurde menacent la survie même de l’humanité.

    Il n’est pas possible de se contenter d’espérer qu’un « bon prince » ou qu’un « bon gouvernement », règle la question. Le poids des intérêts économiques est trop fort. Nous devons prendre les choses en main, construire un système réellement démocratique. Une démocratie populaire qui puisse remettre la réalité du pouvoir entre les mains de celles et ceux qui, avec la nature, produisent les richesses. Une démocratie qui puisse faire de l’économie un moyen de satisfaction des besoins, non plus une fuite en avant éperdue pour les rendements financiers, pour les banques, pour les rentiers et les rentières.

    Pour parvenir à cela, nous avons besoin d’être soudés, d’être nombreux et nombreuses, d’être organisés. Au niveau mondial, de plus en plus de groupes se lient, se rassemblent, pour avancer en commun vers de même but. Nous devons faire de même. Nous, l’UCL, avec d’autres, voulons tenir notre rôle.

    Vous qui voulez lutter, vous qui voulez défendre vos droits, vous qui voulez en gagner d’autres, rejoignez-nous !

    Ensemble, bâtissons et forgeons les moyens d’en finir avec la dictature des exploiteurs, des profiteurs, de celles et ceux qui nous écrasent !

    Prise de Parole :

    En ce premier mai, nous prenons la parole.

    Nous la prenons comme nous le pouvons dans une situation imposée par ces circonstances exceptionnelles.

    Le premier mai est, depuis 1886, un jour de lutte important pour l’ensemble des travailleurs et des travailleuses.

    Mais cette année, ce jour se déroule dans des circonstances exceptionnelles, dramatiques. Ce premier mai, confiné, doit cependant être célébré.

    Pour saluer celles et ceux qui font face au virus, dans les hôpitaux, dans les EHPAD, dans les laboratoires. Celles et ceux qui, subissant la liquidation des hôpitaux par les gouvernements successifs, risquent leur santé jour après jour.

    Pour saluer ceux qui produisent la nourriture, ceux qui produisent les biens manufacturés, ceux qui les transportent, ceux qui les vendent, et ceux qui font fonctionner le ramassage de déchets. Ce n’est pas un hasard si ces professions méprisées ont été reconnues essentielles. Elles le sont.

    Au delà de cela, comment ne pas penser aux enseignants et enseignantes, qui, eux aussi continuent leur activité.

    Beaucoup les nomment héros, même dans le camp de ceux qui ont tout fait pour réduire leurs salaires, leurs droits, leurs protection sociale. C’est là un cynisme innommable et un opportunisme ignoble.

    Dans cette période d’incertitude, nous avons tous et toutes eu des pensées sombres, des inquiétudes, des moments durs. En particulier les plus précaires, les femmes, les plus jeunes et les plus âgés. Le confinement n’est un jeu que pour une frange extrêmement faible et privilégiée de la société.

    Mais dans ces moments durs et sombres, nous avons aussi pu voir un espoir.

    L’entraide, la solidarité, la protection, le soutien…. Dans chaque ville, dans chaque quartier, dans de nombreux immeubles, des réseaux de solidarité, d’entraide, se sont formés. Beaucoup veillent les uns sur les autres, et cela est irremplaçable.

    Personne ne peut prédire précisément de quoi demain sera fait.

    Cela dépend des choix politiques d’un gouvernement qui a toujours travaillé pour les intérêts d’exploiteurs, de profiteurs, de rentiers. Il est clair, il est limpide que ceux-ci veulent renvoyer au travail au plus vite, pour ne pas perdre un centime de leurs fortunes ; pour ne pas être concurrencés ; pour espérer engranger des richesses supplémentaires malgré la catastrophe.

    Mais cela dépend aussi, surtout, de nous.

    Ce nous, ce sont les ouvriers et ouvrières, les employés et employées, les travailleurs et travailleuses de l’agriculture, des service, de la santé… Ce sont aussi ceux et celles qui sont privés d’emploi, les précaires, les saisonniers et les saisonnières. Ceux et celles qui risquent de tout perdre, sous les dettes, sous les impayés, sous la pression…

    Ensemble, cela représente une force immense. Une force capable de partir à l’assaut du ciel. Unis, organisés, nous pouvons faire face aux défis qui attendent l’humanité.

    La crise sanitaire, la crise économique, la crise écologique sont les grands défis de l’humanité entière. Partout dans le monde, ce premier mai, d’autres répercutent les mêmes discours, poursuivent les même buts. Ensemble, nous pouvons triompher, ensemble nous pouvons reléguer les horreurs de la pandémie, de la famine, de la crise, de la guerre, dans les oubliettes du passé.

    Ensemble, nous pouvons remettre entre les mains de ceux qui produisent les richesses les rênes du pouvoir. Décider en commun, démocratiquement, de notre avenir.

    Ce premier mai 2020 peut être le premier jalon, le point de départ, d’une ère d’espoir. Construisons la !

  • Il y a 75 ans, Adolf Hitler

    Il y a 75 ans, Adolf Hitler

    Il y a 75 ans, Adolf Hitler, chancelier et Fuhrer du Reich, se suicidait dans le bunker de la chancellerie. Le soir même, le drapeau rouge, marqué du marteau et de la faucille, flottait sur Berlin. Quelques jours auparavant, Benito Mussolini, le Duce de l’Italie, périssait sous les balles des partisans italiens, avant d’être exposé publiquement avec sa maîtresse.

    La guerre mondiale en Europe touchait à sa fin. Elle avait englouti près de 40 millions d’européens, dont une très grande majorité de civils. Certains États, comme la RSS de Biélorussie, ont perdu un habitant sur 4.

    Hitler, en tant qu’individu, était un fanatique. Un fanatique impérialiste, anticommuniste et antisémite. Il était également le fils d’une époque. Il n’a pas inventé sa théorie criminelle, il l’a reprise. Il a repris l’antisémitisme courant, notamment nourri par le tsarisme. Il a repris les désirs coloniaux et le mépris racial propre à ce système. Il a repris la haine du communisme, puisque celui-ci refusait la guerre mondiale et la hiérarchie en classes.

    Des individus comme Hitler, il en a existé et il en existe des milliers dans le monde. Heureusement tous n’arrivent pas au pouvoir. Et ils n’arrivent pas seuls à celui-ci.

    Ce n’est ni son charisme personnel, ni ses talents, qui lui ont permis de pouvoir occuper les fonctions suprêmes du Reich. Hitler, comme Mussolini, comme l’amiral Horty en Hongrie, ou comme Franco, ont été installés, portés au pouvoir. Ils étaient des outils. Des outils qui servaient, consciemment ou non, les intérêts politiques et géopolitiques d’acteurs puissants.

    Hitler, comme les autres, était un rempart. Un rempart de la réaction contre la menace de la révolution prolétarienne. Il était l’outil des cartels industriels et bancaires pour permettre de nettoyer une Allemagne encore secouée des soubresauts de sa révolution. Derrière les arguments de la race au dessus de tout, de la nation transcendant et abolissant les classes, derrière la « lutte du sang contre l’or » se nichaient les intérêts très solidement matérialistes de Thyssen, de Krupp, de Blohm & Voss. Éliminer les bolcheviques, éliminer toute structure sociale et culturelle qui ne soit pas inféodée aux buts criminels du régime, mobiliser l’Allemagne pour la guerre impérialiste.

    Hitler et son régime de crime ont trouvé bien des gens pour l’applaudir. En France, malgré la peur du réarmement, il a été soutenu comme un moyen de contrer l’URSS. En Angleterre, surtout, tout a été mis en œuvre pour que l’Allemagne nazie soit en mesure de faire la guerre et de la remporter. Si Churchill s’est montré un farouche anti-nazi durant la Seconde Guerre mondiale, il ne faut pas oublier que lui aussi, conjointement à Neuville Chamberlain, il l’a salué.

    En investissant Hitler d’un pouvoir considérable, ni les dirigeants de cartels ni les politiciens pensaient avoir trouvé le laquais parfait. Cela amène a une considération : la grande bourgeoisie Allemande a soutenu le régime jusqu’à son effondrement inéluctable. En dépit d’une certaine autonomisation de l’empire financier SS ou des Reichswerken Hermann Göring, l’État nazi n’a jamais été coupé de sa base de classe. Il a représenté une interface brutale, terroriste, mais chargée de la même mission que les autres États bourgeois : assurer au mieux possible les intérêts de ses commanditaires. Et si Hitler et sa clique sont arrivé et venus, dans la victoire ou défaite, les groupes industriels et leurs patrons sont restés en place.

    Leur soutien n’a été retiré au Fuhrer qu’au moment où la défaite était inéluctable et où il fallait négocier…avec l’occident.

    En revanche, le pion que les Anglais et Français se réjouissaient d’avoir les a mordu à la gorge. Contre toute attente, l’accord tactique entre les deux ennemis mortels a bouleversé les plans des impérialistes et des fauteurs de guerre.

    La guerre est connue. Elle a été terrible. Elle a saigné le monde. Durant son règne de terrer, le régime nazi a pu entreprendre la mise en esclavage de tout un continent. Le régime a également entrepris froidement, méthodiquement, l’extermination de pans entiers de sa population sur des critères de naissance. Cette barbarie criminelle a représenté l’application suprême des thèses génocidaires nées dans le colonialisme.

    Elle a également atteint partiellement les buts qu’elle s’était fixé. Elle a ravagé le camp du socialisme, mettant à bas l’immense travail accompli par les peuples d’URSS, au prix d’efforts incroyables. Il n’est pas possible d’ailleurs d’isoler cette saignée de 27 millions de personnes de la réapparition de tendances droitières, réclamant une NEP-bis.

    En dépit de ses efforts, en dépit du poids immense d’une Europe réduite en esclavage, l’hitlérisme n’est pas parvenu à ses fins. Il a été miné de l’intérieur, par la résistance, y compris au sein des camps de travail. Il a été broyé par l’extérieur, face aux armées de la coalition anti-fasciste.

    Dans une série de batailles, principalement contre l’Armée Rouge, l’Allemagne nazie a été battue, écrasée. A ce titre, nous trouvons injustifiable que son rôle soit minimisé ou qu’elle puisse être renvoyée dos à dos à la Wehrmacht et la SS. Mais il est tout aussi idiot de nier le rôle vital du prêt-bail, et la solidarité, l’abnégation, des autres belligérants.

    Le 30 avril 1945, au milieu des ruines, Hitler mettait donc fin à sa vie.

    Mais son ordre à survécu. Il a survécu dans l’administration de la RFA, dans ses services secrets, l’organisation Gehlen. Il a survécu dans toutes les dictatures de l’après-guerre, dans lesquelles des individus comme Hans-Ulrich Rudel ou Klaus Barbie ont joué des rôles important. Il a survécu dans la guerre froide. Dans les opérations militaires dirigées contre l’URSS jusqu’en 1956, dans les réseaux d’assassins et de terroristes, tels que la loge P2, Gladio et les stay behind de la CIA.

    Il survit encore dans l’actualité récente avec les groupes fascistes en mèche avec l’État Allemand du NSU mais aussi de la leaderless resistance aux USA, ou encore du blood & honor partout dans le monde.

    Philosophiquement, il a survécu dans le colonialisme, le suprémacisme, le racisme et l’antisémitisme. Il est resté un monstre tapi dans l’ombre, mais bien pourtant bien réel. Un monstre qui se nourrit des peurs.

    A chaque crise, à chaque moment d’incertitude, il réparait. Aujourd’hui, alors que la pandémie secoue de fond en comble la société, le discours chauvin, xénophobe, raciste et conspiratif renaît avec une ampleur nouvelle. Il cherche les bouc-émissaires des malheurs du monde, il cherche les réponses simplistes aux problèmes profonds. Il cherche la mobilisation réactionnaire pour de nouvelles guerres et de nouvelles Shoah.

    Il y a 75 ans comme aujourd’hui, il est impératif de combattre avec la dernière extrémité cette création. Alors que se profile à l’horizon une ère de luttes immenses, ne laissons jamais les agents de la réaction, les valets du patronat, diviser ceux qui croulent sous les poids des mêmes chaînes : celles des exploiteurs, des bourgeoisies, des impérialismes.

  • Déclaration de l’ICOR sur la célébration d’un nouveau 1er mai

    Déclaration de l’ICOR sur la célébration d’un nouveau 1er mai

    A l’initiative de nos camarades de l’Uruguay, cette déclaration a été rédigée par l’ICOR pour le premier mai. Nous publierons nous-même notre propre position nous même pour le 1er mai proprement dit. Nous saluons le travail réalisé par l’ICOR et l’ILPS pour essayer de faire vivre cette date essentielle malgré le contexte extrêmement complexe. Nous appelons tous ceux et toutes celles qui le désirent à se mettre en relation avec le Front Uni animé par les deux coordinations internationales.

    En ce 1er mai, la classe ouvrière internationale et ses alliés doivent mener la lutte pour surmonter la double crise du système impérialiste-capitaliste – la pandémie du coronavirus et la grave crise économique et financière. De nouvelles maladies frappent gravement et de plus en plus souvent la population mondiale. Le système impérialiste a créé un monde dans lequel le climat et l’environnement changent d’une manière qui constitue une réelle menace pour la vie humaine.

    La voracité du système capitaliste, avec le capital financier et les monopoles au sommet, les politiques des gouvernements bourgeois ont conduit, entre autres par le biais des privatisations, à une orientation accrue des systèmes de santé sur le profit, et ont sapé en particulier le système de santé publique. C’est pourquoi ils sont souvent au bord de l’effondrement face à la pandémie actuelle.

    Cette crise économique et financière, qui touche déjà les principales puissances impérialistes, a entraîné une forte baisse de la production en Chine ainsi qu’aux États-Unis, en Europe, au Japon et dans la plupart des pays opprimés. Historiquement, cette crise économique et financière mondiale aura une profondeur, une durée et des conséquences imprévisibles.

    Nous rejetons le fait que les dirigeants tentent d’utiliser la pandémie du coronavirus pour couvrir l’évolution de cette crise économique et se décharger de son poids sur le dos des larges masses !

    Ces gouvernements fournissent des milliards de dollars aux banques et aux entreprises, argent qui n’est pas utilisé comme il se doit pour améliorer immédiatement les systèmes de santé, la protection de l’environnement et la sécurité sociale urgente des grandes masses.

     Dans de nombreux cas, les dirigeants tentent de maintenir la production industrielle à tout prix et dans des conditions d’hygiène totalement inadéquates, voire d’accroître l’exploitation même dans ces circonstances.

    Le l’ICOR salue, encourage et soutient les grèves comme en Italie, en Espagne, aux États-Unis, en Chine et dans d’autres pays, les mobilisations et d’autres formes de protestation des travailleurs et des secteurs populaires !

    Dans les pays opprimés, il y a un pourcentage particulièrement élevé de chômeurs, et des milliers de travailleurs qui vivent d’un travail occasionnel, de la vente dans la rue, du travail indépendant et des petits commerçants, qui restent sans moyens dans cette situation, même pour se nourrir. Dans le cas des aides d’État celles-ci sont généralement totalement insuffisantes.

    C’est pourquoi, dans plusieurs pays, comme en Argentine ou en Uruguay, il y a un grand développement de cuisines populaires dans les quartiers prolétariens, expression de la solidarité, premier grand pas et germe de l’organisation autonome des masses dans la perspective d’affronter les effets de la crise actuelle de manière combative. Il existe également des réseaux de solidarité en Colombie, en Haïti, en Équateur, au Pérou, au Chili, aux Philippines et dans de nombreux autres pays. Dans les pays impérialistes aussi, une immense solidarité et une volonté de s’entraider se sont développées parmi les masses.

    Les classes dirigeantes de nombreux pays profitent de la crise sanitaire et de la nécessité de contraintes sociales pour restreindre les droits et libertés démocratiques en interdisant les manifestations et les protestations, ce qui va souvent jusqu’au couvre-feu, en mobilisant non seulement la police mais aussi les forces armées. Ces mesures sont très dangereuses et sont dirigées contre la lutte des travailleurs et des larges masses ! Ces mesures sont utilisées par les dirigeants pour faire avancer la fascisation à l’intérieur.

    Cette réalité aggrave également la situation des femmes qui, outre les effets de la crise, assument davantage de tâches domestiques et de responsabilités dans les soins aux enfants et aux personnes âgées, et qui sont elles-mêmes victimes d’un plus grand nombre de cas de violence domestique patriarcale.

    Les tensions internationales se sont accrues en raison des menaces de guerre, du chantage et des sanctions des États-Unis contre des pays comme l’Iran, Cuba, la Chine, le Venezuela ou le Nicaragua.

    Cette double crise sanitaire et économique va tôt ou tard ouvrir la voie au développement de crises politiques, déjà très prononcées dans de nombreux pays. Cela peut déboucher sur une fermentation révolutionnaire.

    Mais seulement la lutte du prolétariat international et de ses alliés peut surmonter ce système de manière révolutionnaire ! Pour cela, nous avons besoin de fortes organisations révolutionnaires et une ICOR forte ! Un système qui a pour but le profit maximum des monopoles et non l’humanité, ses besoins et le respect de la nature appelle à relancer la lutte pour le socialisme ! Le principe directeur du socialisme est de surmonter l’exploitation de l’humanité et de la nature et de développer les forces productives dans l’unité de l’économie et de la santé. Seul le pouvoir de la classe ouvrière garantira ces lignes directrices !

    Ce 1er mai, l’ICOR, qui promeut la coordination et la coopération internationales des partis et organisations révolutionnaires dans une perspective révolutionnaire et socialiste, appelle à développer la solidarité, l’organisation et la lutte avec la plus grande énergie et propose la construction d’un Front anti-impérialiste et antifasciste mondial et un programme actualisé pour celui-ci :

    • Une véritable suspension des paiements de la dette nationale imposée aux  pays opprimés !
    • Création de nouveaux emplois à grande échelle dans le secteur de la santé et augmentation des salaires dans ce secteur !
    •   Luttons pour un changement du système de santé qui place les humains au centre.
    • Renforcement immédiat des mesures de protection pour tous les travailleurs du secteur de la santé et des autres secteurs qui continuent à travailler. Luttons contre l’égoïsme national et la concurrence dans la recherche des causes, le diagnostic et le traitement ! Un débat scientifique compréhensible par les masses !
    • Non à la tentative réactionnaire de déplacer le poids de la crise sur les larges masses et la classe ouvrière !
    • Non aux restrictions des libertés et des droits démocratiques !
    • Arrêt immédiat de toute production actuellement non essentielle dans la société ! Dispense des travailleur.se.s et des employé.e.s de ces industries, avec compensation intégrale du salaire !
    • La production, dont l’entretien est actuellement indispensable, doit être réalisée avec les plus grandes garanties sanitaires possibles, avec la désinfection des machines et des outils et en respectant une distance minimale de 1,5 à 2 mètres !
    • Aide d’urgence de l’État et soins d’urgence pour les enfants, les personnes âgées et les personnes ayant besoin d’aide. Aide d’urgence pour les sans-abri, les réfugiés, les sans-papiers et les personnes en situation précaire ! Mesures de grande envergure pour des soins de santé gratuits, avec de la nourriture et des médicaments pour tous au détriment des profits du gros capital !
    • Renforcez votre activité organisée d’entraide et de solidarité, dans la lutte contre le transfert du fardeau de la crise sur les masses populaires !

    PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !

    Pour la fin de toutes les guerres impérialistes d’agression et des blocus contre les peuples opprimés du monde !
    Pour un 1er Mai Internationaliste et la lutte pour une perspective Révolutionnaire et Socialiste!

    Vive le renforcement de l’union mondiale dans l’ICOR !
    Vive le Front anti-impérialiste et antifasciste mondial !
    Vivent la santé, la démocratie, la paix, la liberté, le socialisme !

    Signataires (état actuel 27/4/2020, d’autres signataires sont les bienvenus):

    1. ORC   Organisation Révolutionnaire du Congo, République démocratique du Congo
    2. UPC-Manidem   Union des Populations du Cameroun – Manifeste National pour l’Instauration de la Démocratie, Cameroun
    3. CPK   Communist Party of Kenya (Parti communiste de Kenya)
    4. MMLPL   Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
    5. PCT   Parti Comuniste du Togo
    6. PCPCI   Parti Communiste Proletarien de Côte d’Ivoire (Parti Communiste Proletarien de Côte d’Ivoire)
    7. MLOA   Marxist-Leninist Organization of Afghanistan (Organisation marxiste-léniniste d’Afghanistan)
    8. CPB   Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)
    9. CPI (ML) Red Star   Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)
    10. Ranjbaran   Hezb-e Ranjbaran-e Iran (Parti prolétarien de l’Iran)
    11. NCP (Mashal)   Nepal Communist Party (Mashal) (Parti communiste du Népal (Mashal))
    12. PPRF   Patriotic Peoples Republican Front of Nepal (Front républicain du peuple patriotique du Népal)
    13. БКП   Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
    14. PR-ByH   Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie et Herzégovine), Bosnie et Herzégovine
    15. MLPD   Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
    16. UCLyon   Unité Communiste Lyon, France
    17. UPML   Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France
    18. BP (NK-T)   Bolşevik Parti (Kuzey Kürdistan-Türkiye) (Parti bolchévique (Kurdistan du Nord / Turquie))
    19. KOL   Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)
    20. MIKSZ   Magyar Ifjúság Közösségi Szervezete (Organisation de la Communauté de la Jeunesse Hongroise)
    21. RM   Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
    22. MLGS   Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
    23. TIKB   Türkiye İhtilalci Komünistler Birliği (Union de communistes révolutionnaires de Turquie)
    24. MLKP   Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)
    25. KSRD   Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine
    26. MLP   Marksistsko-Leninskaja Platforma (Plate-forme marxiste-léniniste), Russie
    27. PCC-M   Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)
    28. NPCH (ML)   Nouveau Parti Communiste Haϊtien (Marxiste-Léniniste)
    29. PCP (independiente)   Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))
    30. BDP   Bloque Democratico Popular (Bloc démocratique populaire), Pérou
    31. PPP   Partido Proletario del Perú (Parti prolétarien du Pérou)
    32. PC (ML)   Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine
    33. PCR-U   Partido Comunista Revolucionario del Uruguay (Parti révolutionnaire communiste d’Uruguay)
    34. CPA/ML   Communist Party of Australia (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Australie (marxiste-léniniste))
  • Confinement : toujours plus de violences policières.

    Confinement : toujours plus de violences policières.

    Véritable marqueur des tensions sociales, les violences policières ne se sont pas taries avec le confinement. Au contraire, elles se sont épanouies, comme des fleurs vénéneuses. Depuis le début de la pandémie, il est difficile de faire le compte des personnes brutalisées, des personnes blessées, parfois très grièvement, mais également des morts discrètes, qu’on ne compte pas.

    Une jambe arrachée ici, un policier tirant sur son voisin là-bas, un tabassage digne de la Guerre d’Algérie… Les cas ne manquent pas. Ils s’accumulent, nourrissant une colère sourde. Plusieurs pages, comme quarantine watch, se sont donné comme mission de recenser les cas de violence, pour qu’ils ne tombent pas dans l’oubli. Sur la base des opérations policières, il est possible de faire quelques constats sur leur origine, sur les réactions politiques, mais également sur leur instrumentalisation.

    • Un critère de classe fondamental. Il explique notamment la différence de traitement entre les quartiers populaires et les infractions massives au confinement et à la distanciation sociale qui ont eu cours dans le Paris bourgeois. La messe intégriste de la secte qui occupe l’Église de Saint Nicolas du Chardonnet ou le bal improvisé n’ont pas entraîné de vives réactions. En revanche, un grand nombre d’agressions massives et brutales ont été constatées dès que la composition sociale du quartier change. Quand cela se déroule de l’autre côté du périphérique, c’est même un traitement quasiment colonial qui s’est imposé.
    • Un critère qu’on ne pourrait qualifier autrement que comme racial. Dans les propos tenus par les policiers qui ont été filmés, cet aspect est revenu constamment. Nous ne pouvons pas oublier qu’il y a qu’il y a quelques années, le membre de Unité SGP-Police – Force Ouvrière Luc Poignant, déclarait que dire « bamboula » était convenable. Ces méthodes de traitement montrent aussi un héritage, une tradition issue de la colonisation, avec notamment un maintien de l’ordre par la terreur et une exacerbation des comportements racistes.
    • Une exacerbation par la pandémie mais aussi par l’impunité permise du fait des rues désertes. La pandémie apporte à cela la peur de la contamination, la peur du contact et de la proximité. Elle fait que les rapports sont d’autant plus violents qu’ils sont anxiogènes. Cette anxiété (certainement partagée) trouve son exutoire brutal d’autant plus facilement que les rues sont désertes. Dans le vide du confinement, personne ne vous entend crier et personne ne peut venir vous aider.

    Nous regardons ces images avec un grand effroi.

    Il y a certainement, parmi les policiers et les policières des individus qui sont sincèrement choqués de la manière dont les choses se passent, des propos, des actes, et de l’absence de déontologie honteuse. Il existe des individus qui pensent pouvoir réussir à transformer le cadre de la police pour en faire une institution garante de la sécurité de tous et respectueuse des lois. Mais ces voix sont noyées dans la masse, elles sont écrasées. Pourquoi ? Parce que l’institution en elle-même est construite pour réprimer les classes populaires, pour maintenir un ordre basé sur l’injustice et sur l’inégalité sociale. Elle est un cadre normatif qui broie les individus et les trie pour en sélectionner les plus féroces et les plus corrompus. Pour les idéalistes présent et présentes dans la police, il n’existe que trois chemins. Se normaliser et accepter, partir dans une lutte donquichottesque contre l’institution, ou la sortie par la démission ou le suicide.

    Conçue depuis sa naissance comme un outil d’ordre social, elle ne peut avoir d’autre nature. Et, par voie de conséquence, d’autre comportement.

    Face à cela, face à ces images et ces propos ignobles, des lignes de défense se sont dressées. Elles ne font que déshonorer ceux et celles qui les emploient.

    Il est dit que les quartiers populaires ne respectent pas le confinement. C’est partiellement vrai, puisqu’il a été possible de voir que le Paris bourgeois ne se privait pas de certaines libertés. C’est partiellement vrai, mais aussi compréhensible. L’aspect romantique et bohème du confinement demeure un grand privilège de classe. Dans les quartiers populaires, la grande majorité des emplois sont d’une nature qui ne les rend pas adaptable au télétravail. Le trajet métro-boulot-confinement est nettement plus dur à vivre, en dernière instance, qu’un confinement constant avec une adaptation de l’activité professionnelle.

    Il se déroule aussi dans des conditions de promiscuité et d’espace urbain qui ne permettent pas le même confort de vie. Si les quartiers de centre-ville permettent des sorties respectant le 1h & 1km, ce n’est pas le cas des grandes cités. Ce n’est pas un hasard si, à Lyon, les contrôles massifs ont eu lieu dans des points de jonction entre le centre et la périphérie populaire, comme à la station Vaux-en-Velin la Soie. Ils ont débouché sur un très grand nombre de procès verbaux et d’amendes. Celles-ci, conçues pour être dissuasives, sont extrêmement inégalitaires.

    Les violences ont aussi été mises dos à dos. C’est souvent la spécialité des réformistes, lesquels ne veulent pas jeter l’opprobre sur la police tout en ne se coupant pas d’un rêve de conquérir le réservoir électoral potentiel que sont les quartiers populaires. Cette manière d’appeler au calme sans comprendre, sans expliquer, sans donner un sens à la colère, est une manière également de renforcer l’impunité. Cette incapacité à pouvoir dénoncer les abus particuliers des policiers, mais surtout le caractère systémique de la violence est une constante. Même si des individus comme François Ruffin sont des personnalités sympathiques, il est toujours édifiant de se dire qu’ils peuvent sortir des énormités invraisemblables. Au début de l’affaire Benalla, il avait ainsi déclaré que l’attitude de la brute macronienne était distinguable de celle de la Police, qui « ne se comporte par comme ça ». Certes, entre temps les Gilets Jaunes ont eu lieu, et les lignes ont bougé. Mais il reste toujours nombre de démocrates pour expliquer comment ils mettront en place une répression « de gauche » une fois au pouvoir.

    Plus loin dans le spectre droitier, il existe l’immense nébuleuse de charognards. Ceux et celles qui font des quartiers populaires des zones de non-droit, qu’il faudrait pacifier par la force. Ceux et celles qui en font une affaire « religieuse » ou « culturelle », autant de cache-sexes pour ne pas dire ce qu’ils pensent profondément. Car la loi, même bourgeoise, sanctionne le fond de leur pensée raciste, pogromiste et génocidaire. Ceux-ci non seulement n’expliquent pas la tension, mais ils la désirent. Ils désirent plus de sang, plus d’intolérance et plus de violence.

    Alors ils salissent les victimes, en retournant les culpabilités. Ils nient les évidences en demandant qu’elles soient remises dans un contexte, contexte construit par le mensonge. Alors ils inventent des conspirations, des complots, des collusions entre l’État et un pseudo islam tentaculaire, apatride et antipatriotique. Un pseudo islam qui fait écho à l’invention qui avait été faite le siècle dernier, autour de l’antisémitisme et du judéo-bolchevisme.

    Quelque soient les formes que peuvent prendre les négations, elles nourrissent toutes la même politique : asservir ceux et celles qui souffrent.

    Durant le mouvement des Gilets Jaunes, une réelle unité est née, notamment contre les violences policières. Elle s’est basée sur la confrontation avec le mépris policier, avec l’impunité et les déferlement de haine. Cette solidarité à toujours été attaquée par les fascistes, lesquels ne peuvent s’empêcher de désirer plus d’ordre et plus de répression. Ils n’ont jamais voulu condamner ouvertement l’attitude de la police ni la dénoncer pour ce qu’elle est. Et pour cause, ils ne souhaitent que la rendre plus féroce. Ainsi, la jeunesse des quartiers populaires est souvent pointée du doigt comme bénéficiant d’une tolérance importante de la part des autorités ou de la police. C’est un comble ignoble.

    Le confinement nous isole, nous rendant vulnérables à la manipulation mentale. Celle-ci est d’ailleurs accrue par les algorithmes des réseaux sociaux, qui enferment les individus dans des bulles mentales. Ce type de terrain est connu pour être le champ d’opération favori de l’extrême-droite la plus perverse. Elle essaie de créer un environnement angoissant, hostile, démoralisant, en lançant théories fumeuses sur théories fumeuses et en essayant de fragmenter les solidarités.

    Tous les faisceaux lancés par ces groupes n’ont qu’un but : mettre fin au déconfinement pour relancer l’économie, sous prétexte d’un intérêt suprême de la nation. Derrière cet « intérêt suprême », en réalité, c’est celui d’une bourgeoisie exploiteuse et impitoyable. Cette même bourgeoisie qui impose la misère dans les quartiers populaires, chez les Gilets Jaunes, chez les ouvriers et ouvrières, chez les employés et employées, chez les paysans et les paysannes.

    Face à ces manœuvres, nous affirmons la nécessité de l’unité populaire, d’un front commun de tous ceux et de toutes celles qui courbent l’échine sous les matraques, sous les dettes, sous l’exploitation. La violence contre les uns est le prélude à la violence contre les autres.

    Nous n’acceptons pas la brutalité.

    Nous n’acceptons pas le racisme.

    Nous n’acceptons pas le mépris de classe.

    Nous n’acceptons pas l’impunité !