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  • TKP-ML : « L’appel du siècle », solution ou dissolution ?

    Note [du TKP-ML] : Cette brochure est une évaluation de « l’Appel pour la paix et la société démocratique » annoncé par le leader du PKK, A. Öcalan, le 27 février 2025.

    Tout d’abord, un bref rappel s’impose. À la suite de l’opération Déluge d’Al-Aqsa menée par la Résistance nationale palestinienne le 7 octobre 2023, le Proche-Orient a connu des développements d’une portée historique. Israël a lancé des opérations militaires d’abord contre Gaza, puis contre le Liban. Pendant ce temps, en Syrie, le régime Baas s’est effondré et le pouvoir est passé aux mains du gang salafiste et djihadiste HTS.

    Les contradictions entre les puissances capitalistes-impérialistes sur la scène internationale ont dégénéré en guerre ouverte avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie et les guerres et conflits en cours au Moyen-Orient. Cette situation redéfinit les alliances et les réalignements entre les puissances capitalistes-impérialistes sur la base de ces contradictions. Tous les partis se préparent à une nouvelle guerre de redivision (la troisième guerre impérialiste de division).

    Comme l’a dit le président Mao, « le chaos règne sous les cieux ».

    Il est impensable que ces développements n’affectent pas l’État turc et les classes dominantes turques. Depuis sa fondation, la Turquie est un marché semi-colonial pour l’impérialisme et, en raison de sa position géopolitique, elle a servi de « gendarme régional » pour les puissances impérialistes, ce qui rend cette situation d’autant plus inévitable.

    Si les buts et objectifs de la Turquie en Syrie sont bien connus, l’émergence de l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie — dirigée par le mouvement national kurde et englobant diverses nationalités et confessions, en particulier la nation arabe — est devenue un facteur critique. Cette « autonomie » ayant de plus en plus de chances d’obtenir un statut officiel, les classes dominantes turques ont été contraintes d’élaborer une nouvelle politique sur la question nationale kurde.

    L’État turc s’est à nouveau tourné vers Abdullah Öcalan, qu’il maintient dans un isolement total sur l’île d’İmralı depuis 26 ans. Des informations sont apparues selon lesquelles un processus, qui n’était pas officiellement appelé « processus de solution », était en cours à la suite de réunions qui auraient débuté il y a environ un an. À la suite de ce processus, le 27 février, la « délégation d’İmralı » a annoncé un appel intitulé « Paix et société démocratique », rédigé personnellement par Öcalan. Après la lecture de la déclaration écrite en kurde et en turc, Sırrı Süreyya Önder, membre de la délégation, a partagé une note d’Öcalan : « Tout en présentant cette perspective, elle nécessite sans aucun doute l’abandon des armes, la dissolution du PKK et la reconnaissance du cadre juridique et politique pour la politique démocratique. »

    Ces développements ont une fois de plus mis au premier plan les discussions centrées sur la question nationale kurde. Naturellement, les approches des « partis » au processus diffèrent radicalement. Le mouvement national kurde a répondu à l’appel d’Abdullah Öcalan et a annoncé que les forces de guérilla déposeraient les armes. Il a été déclaré que le mouvement national kurde ne posait aucune condition au processus. Comme l’a dit Sırrı Süreyya Önder de la « délégation İmralı » : « Il n’y a pas de conditions pour cela. Il n’y a ni condition préalable, ni condition postérieure. » (3 mars 2025)

    La position des porte-parole de l’État turc sur le processus est bien connue, il n’est donc pas nécessaire de la rappeler.

    Ce n’est pas la première fois que l’État turc et le mouvement national kurde s’engagent dans des négociations directes ou indirectes sur la question nationale kurde. Par exemple, en 1993, sous l’initiative du président Turgut Özal, le chef du PKK, Abdullah Öcalan, a déclaré un cessez-le-feu unilatéral pour la première fois le 20 mars 1993.

    Après la capture d’Öcalan le 15 février 1999, à la suite d’une conspiration internationale, il a appelé à un nouveau cessez-le-feu, que le PKK a déclaré en septembre 1999. Parallèlement, des ordres ont été donnés pour le retrait des forces de guérilla des frontières turques. Le PKK s’est largement conformé à cet appel, entamant une période d’« inaction unilatérale » qui a duré jusqu’en 2004.

    L’État turc n’ayant pris aucune mesure en vue d’une « solution », le PKK a mis fin à son cessez-le-feu unilatéral et a repris la lutte armée le 1er juin 2004. Le gouvernement AKP a lancé le processus dit « Initiative démocratique » en 2009 sous le nom de « Projet d’unité nationale et de fraternité ». Les pourparlers avec Abdullah Öcalan ont repris sur l’île d’İmralı, et des fonctionnaires de l’Organisation nationale du renseignement (MİT) et certains représentants de l’AKP ont tenu des réunions secrètes avec des représentants du PKK (cadres du KCK) à Oslo, en Europe. Ces réunions, connues sous le nom de « pourparlers d’Oslo », ont eu lieu entre 2009 et 2011.

    En décembre 2012, l’alors Premier ministre, Recep Tayyip Erdoğan, a annoncé publiquement que des négociations étaient en cours avec Öcalan sur İmralı. À la suite de cette déclaration, début 2013, des représentants du gouvernement, dirigés par le sous-secrétaire du MİT, ont eu des discussions avec la « délégation d’İmralı ». Cette période, qui a duré de 2013 à 2015 et qui est devenue connue sous le nom de « processus de solution » dans le discours public, a vu le gouvernement AKP prendre des mesures juridiques pour institutionnaliser le processus. En 2014, une loi a été adoptée, la Grande Assemblée nationale turque (TBMM) a créé une « Commission des solutions » et le « Comité des sages » a été formé. Le 21 mars 2013, lors des célébrations du Newroz à Amed, la lettre d’Öcalan a été lue au public.

    Le 28 février 2015, la « délégation d’İmralı » et les représentants du gouvernement AKP ont tenu une conférence de presse conjointe au palais de Dolmabahçe. Au cours de cette conférence, le cadre de négociation en 10 points d’Öcalan a été lu, et il a été annoncé qu’Öcalan appelait le PKK à convoquer un congrès extraordinaire au printemps pour décider du désarmement. Cependant, en mars 2015, le président Recep Tayyip Erdoğan s’est opposé à l’accord de Dolmabahçe, déclarant qu’il n’avait pas donné son approbation et déclarant : « Je ne reconnais pas l’accord. »

    Vers la fin de l’année 2024, des rapports ont fait état d’un nouveau processus de « négociation » entre l’État turc et Abdullah Öcalan. Ce processus se distinguait des précédents par le fait qu’il n’était pas officiellement qualifié de « processus » et que les détails des réunions n’étaient pas divulgués au public. Alors que le mouvement national kurde n’aurait reçu aucune condition ou exigence, l’État turc, quant à lui, n’a pris aucun engagement et n’a fait aucune concession. Par conséquent, la nature de ce processus reste inconnue. Il convient toutefois de souligner l’importance de l’engagement renouvelé de l’État turc auprès d’Abdullah Öcalan concernant la question nationale kurde. La raison principale en est l’évolution de la situation au Moyen-Orient, en particulier en Syrie. Il est donc essentiel d’analyser la nouvelle politique de l’État turc dans ce contexte.

    Renforcer le « front intérieur »

    Il est entendu que l’agression d’Israël, le processus en cours en Syrie et les développements généraux au Moyen-Orient ont poussé l’État turc à développer une nouvelle politique. Les signes de cette politique ont commencé à apparaître il y a un an. Le premier signe est apparu lorsque le président de l’AKP, Recep Tayyip Erdoğan, a déclaré : « Lorsque nous regardons les événements que nous vivons aujourd’hui, nous voyons beaucoup plus clairement à quel point le front intérieur est crucial pour une nation. » (30 août 2024.) Plus tard, à New York, lors de la 79Assemblée générale des Nations unies, Erdoğan a réitéré cet accent en déclarant : « Les objectifs de notre front intérieur sont notre “Kızıl Elma” (pomme rouge). » (27 septembre 2024.)

    À la suite d’Erdoğan, Devlet Bahçeli, leader du MHP, a également mis l’accent sur le « front intérieur », déclarant : « Notre premier devoir est de fortifier notre front national et spirituel face à un monde chaotique. Notre front intérieur, qui est ébranlé, ainsi que notre unité et notre solidarité, qui sont menacées de dissolution, ne peuvent être ignorés, et nous ne le permettrons pas. » (2 octobre 2024.)

    Fruit de cette nouvelle stratégie politique, le processus a commencé lorsque le leader du MHP, Devlet Bahçeli, a serré la main du groupe du parti DEM à la Grande Assemblée nationale turque le 1er octobre 2024. Le même jour, Bahçeli a déclaré : « Nous entrons dans une nouvelle ère. Tout en appelant à la paix dans le monde, nous devons également assurer la paix dans notre propre pays. »

    Le même jour, le président de l’AKP, Recep Tayyip Erdoğan, a déclaré dans son discours à l’Assemblée générale : « C’est maintenant plus qu’une nécessité — c’est une obligation — de réaliser que, face à l’agression israélienne, ce ne sont pas les zones de conflit mais les zones de réconciliation qui doivent passer au premier plan, tant sur le plan national qu’international. » Autre signe de cette nouvelle stratégie politique, le 22 octobre 2024, Bahçeli déclare lors d’une réunion du groupe MHP au Parlement : « Si l’isolement du chef des terroristes est levé, qu’il vienne s’exprimer lors de la réunion du groupe du parti DEM au Parlement. Qu’il déclare que le terrorisme est complètement terminé et que l’organisation a été dissoute. » Erdoğan a également fait une déclaration : « Nous espérons que la fenêtre d’opportunité historique ouverte par l’Alliance des peuples ne sera pas sacrifiée pour des intérêts personnels. » (22 octobre 2024.) Suite à ces déclarations, la « délégation d’İmralı » a publié la déclaration d’Abdullah Öcalan, intitulée « Paix et société démocratique », marquant la 26année de son emprisonnement par l’État turc. Comme indiqué ci-dessus, bien que cet appel ait été rédigé par Öcalan lui-même, il semble être essentiellement le fruit de négociations menées au cours de l’année écoulée entre des représentants de l’État turc et Öcalan, qui ont finalement abouti à un certain accord. Étant donné qu’aucune explication officielle n’a été fournie au public concernant la nature de ces pourparlers ou de l’« accord » conclu, il est difficile de procéder à une évaluation concrète. Il est toutefois entendu qu’en échange du dépôt des armes et de la dissolution du PKK, certaines mesures ont été prises par l’État turc.

    Selon des informations accessibles au public, des négociations et des discussions entre l’État turc et Abdullah Öcalan sont en cours depuis un an. Il semble que l’État turc ait mené ce processus avec Öcalan, qu’il a maintenu en captivité — une situation intrinsèquement problématique et fondamentalement injuste. Dans ces conditions, il est nécessaire de parler de « diplomatie secrète ». Cela limite la possibilité de procéder à une évaluation objective de la question.

    L’appel d’Öcalan est-il une capitulation ?

    Tout d’abord, il convient de noter qu’il n’est pas inhabituel pour les parties en guerre d’engager des négociations avec leurs ennemis, de passer par des « processus de paix » ou de conclure des cessez-le-feu mutuels ou unilatéraux. Tout au long de l’histoire, les communistes et les dirigeants de divers mouvements de libération nationale et sociale ont pris des mesures pratiques similaires. Ces mesures doivent être considérées comme des manœuvres tactiques au service de l’objectif de la révolution et de la libération, tant que cet objectif n’est pas abandonné.

    Bien que l’appel d’Öcalan du 27 février, qui comprend la dissolution du PKK, représente une rupture politique significative, il ne faut pas oublier que ce n’est pas la première fois qu’il lance un tel appel. En effet, Öcalan a déjà affirmé dans plusieurs déclarations et écrits qu’en raison des revers subis par le socialisme et de l’effondrement des régimes révisionnistes modernes (ce qu’Öcalan appelle « l’effondrement du socialisme réel »), un changement de ligne (qu’il qualifie de « changement de paradigme ») était nécessaire et que de nouvelles méthodes et de nouveaux modèles d’organisation devaient être adoptés.

    Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) est initialement apparu comme un mouvement national influencé par le marxisme, menant une guerre révolutionnaire contre les politiques de négation et d’extermination nationales des classes dominantes turques. Cependant, dans ses déclarations et ses défenses après son emprisonnement, Öcalan a renoncé au « droit à la libre sécession », c’est-à-dire à la demande d’établissement d’un État séparé. Au lieu de cela, il a conduit le mouvement national kurde vers ce qu’il a conceptualisé comme la « modernité démocratique », caractérisée par un « paradigme écologique, de libération des femmes et de nation démocratique ».

    Dans ses déclarations et ses défenses, Öcalan a défini son changement idéologique comme une « rupture avec le socialisme réel » et s’est distancié des idées socialistes révolutionnaires qui ont influencé la fondation du PKK. Au lieu de cela, il a introduit divers modèles alternatifs, y compris des théories écologiques, des courants « post-marxistes » et des tendances anarchistes, en tant que « nouveau modèle d’organisation » pour le mouvement national kurde. En ce sens, il n’y a rien de vraiment « nouveau » dans la dernière déclaration d’Öcalan.

    Toutefois, comme le montre la récente déclaration, il semble que même ce « paradigme » ait été abandonné. Notamment, Öcalan a explicitement décrit le PKK, l’organisation qu’il a dirigée lors de sa fondation, comme souffrant d’un « manque de sens et d’une répétition excessive ». Si cette remarque marque une rupture politique importante, elle doit également être comprise comme un appel à la direction pratique du mouvement national kurde pour qu’elle « actualise son sens ». En ce sens, il serait inexact d’interpréter la position d’Öcalan comme une « reddition ». Compte tenu de sa position idéologique, de ses manœuvres politiques et de son pragmatisme en tant que représentant d’un mouvement national, cela devient encore plus significatif. Par conséquent, réduire la question à un simple « liquidationnisme », une « reddition » ou même une « trahison » serait trompeur. Il ne faut pas oublier que la nation kurde s’est rebellée avant même l’apparition du PKK et que, avec le PKK, elle a soutenu sa rébellion par une guérilla de longue haleine. Une lutte nationale qui a subi l’oppression, l’interdiction de son existence et de sa langue, et des massacres ne peut pas être simplement résumée à une « capitulation » à ce stade. En outre, la question nationale kurde ne se limite pas au seul Kurdistan turc ; elle continue d’exister sous diverses formes dans différentes parties du Kurdistan.

    À ce stade, la question nationale kurde a dépassé le « paradigme » d’Öcalan à maintes reprises. Les réactions à sa déclaration ont placé la nation kurde et la réalité du Kurdistan à l’ordre du jour mondial. Le principal responsable de cette situation n’est autre qu’Öcalan lui-même, qui est maintenu dans un isolement total sur une île depuis 26 ans. Malgré toutes ses faiblesses et ses lacunes, la lutte ininterrompue de la nation kurde, et surtout sa résistance armée, a été le facteur déterminant. Même dans son état actuel, le mouvement national kurde, qui a débuté au Kurdistan turc et s’est ensuite étendu au Kurdistan de l’Irak, de la Syrie et de l’Iran, est devenu un sujet du discours politique non seulement au Moyen-Orient, mais aussi dans le monde entier. Cette évolution a sans aucun doute été façonnée par la direction pratique du PKK et par l’élévation du peuple kurde à Öcalan à une position symbolique de « direction nationale », même si ce n’est pas le cas dans la pratique directe.

    C’est pourquoi il est problématique d’évaluer la situation en partant du principe que, sous la direction d’Öcalan, le Mouvement national kurde s’est rendu par la négociation et est prêt à être dissous, imposant ainsi la liquidation du mouvement révolutionnaire dans son ensemble. Évaluer la question uniquement à travers cette possibilité est fondamentalement une question de ligne idéologique et politique. La question nationale kurde reste l’une des principales contradictions dans notre région. Sa résolution, que ce soit par tel ou tel moyen, ou la réduction de son intensité et de son urgence ne signifie pas nécessairement que d’autres contradictions dans notre région, ou même la contradiction principale, seront également résolues.

    Ceux qui fondent toute leur analyse et leur critique sur la « capitulation » et la « liquidation » exposent leur propre insécurité idéologique et politique. Plus important encore, ils révèlent leur tendance à lier l’ensemble du processus révolutionnaire exclusivement à la lutte de la nation opprimée, sans tenir compte de la lutte des classes au sens large.

    Comme tout mouvement national, le Mouvement national kurde peut, bien entendu, conclure des accords et des compromis avec l’ennemi qu’il combat. Cette possibilité existe depuis l’émergence du mouvement national et, à certains stades de la guerre, il est compréhensible que le mouvement reconnaisse et mette en avant cette possibilité comme une considération tactique. Cependant, le fait de se focaliser continuellement sur cette possibilité en tant que question principale reflète une approche problématique. Ce ne sont pas les possibilités qui doivent rester intransigeantes, mais les principes. Il est essentiel d’être inébranlable sur les principes tout en conservant une certaine flexibilité dans la formulation des politiques en fonction des conditions concrètes.

    Principe : le droit de faire librement sécession

    Tout d’abord, il est problématique qu’un droit fondamental tel que le droit à la libre sécession, qui découle de l’existence même d’une nation opprimée, fasse l’objet d’une renonciation, en particulier lorsque cette renonciation est exprimée par un seul individu (Öcalan) dans des conditions de captivité. De plus, criminaliser le fondement légitime et juste sur lequel repose la lutte de la nation opprimée, tout en proposant un compromis (ou un accord) avec la bourgeoisie dominante de la nation oppresseur, ne change pas la réalité : la nation kurde en Turquie reste une nation opprimée.

    Un autre aspect problématique de la déclaration d’Öcalan est son insistance sur ce que l’on appelle le « destin commun des Turcs et des Kurdes ». Cette rhétorique est fréquemment utilisée par les représentants de la nation oppresseur. Des expressions telles que « fraternité » et « nous sommes comme la chair et les os » ne servent qu’à masquer et à légitimer l’oppression exercée par la nation dominante sur la nation opprimée. La véritable fraternité entre les nations ne peut être discutée que lorsque la pleine égalité nationale est reconnue. Par conséquent, la véritable question n’est pas de renouveler et de renforcer une soi-disant « alliance turco-kurde », mais plutôt de mettre fin aux injustices historiques imposées à la nation kurde.

    Les Kurdes de Turquie existent en tant que nation et sont soumis à l’oppression nationale par la nation dominante. Les changements dans la forme ou les méthodes de cette oppression — que son intensité augmente ou diminue — ne nient pas le fait que les Kurdes sont une nation. Cela n’invalide pas non plus leurs demandes démocratiques légitimes et justes, en particulier leur droit à la libre sécession, qui découle de leur statut de nation.

    En général, la question nationale, et plus particulièrement la question nationale kurde, est en fin de compte une question de droits et de statut. Comme le terme lui-même le suggère, il ne s’agit pas uniquement d’un problème à résoudre sur une base de classe. Si sa résolution finale est liée à la lutte des classes, cela ne l’empêche pas de produire diverses « solutions » intermédiaires en cours de route. À l’époque de l’impérialisme et des révolutions prolétariennes, certaines questions nationales ont été, d’une manière ou d’une autre, « résolues » par l’intervention impérialiste.

    La demande de statut d’État, qui est au cœur de la question nationale en termes de garantie des droits nationaux et d’établissement d’un espace économique indépendant, peut prendre différentes formes. Elle peut évoluer vers des arrangements tels que l’autonomie ou la fédération, comme le montrent divers exemples historiques. En effet, l’établissement de droits culturels collectifs, d’un statut politique et de structures organisationnelles, notamment en ce qui concerne la langue, constitue un stade avancé du point de vue des critères nationaux. En ce sens, il s’agit d’un changement de statut. En outre, ces revendications sont les revendications démocratiques de la bourgeoisie nationale opprimée contre la bourgeoisie dominante de la nation oppresseur. La possibilité que ces revendications soient instrumentalisées par l’impérialisme ou cooptées pour d’autres intérêts n’invalide pas leur contenu démocratique. Dans notre cas spécifique, la solution à la question nationale kurde réside dans la réalisation des droits nationaux-collectifs de la nation kurde, y compris le droit à la sécession, à la fédération, à l’autonomie et aux droits culturels. Renoncer ou refuser d’exiger ces droits nationaux-collectifs ne signifie pas que la question nationale kurde a été résolue, ni que la contradiction entre les nations oppresseurs et opprimées a disparu.

    C’est pourquoi, dans son « Appel pour la paix et la société démocratique », Öcalan déclare que « la conséquence inévitable d’une dérive excessivement nationaliste, telle que la création d’un État-nation séparé, d’une fédération, d’une autonomie administrative et de solutions culturalistes, n’apporte pas de réponse à la sociologie de la société historique ». Si cette déclaration met en évidence une impasse dans la résolution de la question nationale, elle accepte aussi implicitement le privilège d’État de la nation turque tout en rejetant, même au sens démocratique bourgeois, le droit de la nation kurde à établir un État indépendant, qui découle de son statut de nation. Un tel point de vue est, bien entendu, inacceptable pour les communistes.

    En Turquie, la question nationale kurde n’est toujours pas résolue. Elle se poursuit avec toute son intensité. Contrairement aux affirmations d’Öcalan, la question des droits nationaux de la nation kurde en Turquie persiste.

    L’ère de la lutte armée est-elle terminée ?

    D’autre part, il est nécessaire de souligner la réalité suivante : lorsqu’il s’agit de résoudre la question nationale kurde, il faut se méfier des récits qui peuvent être formulés comme « déposer les armes et ouvrir la voie politique », récits qui ont également trouvé un écho dans les rangs du mouvement kurde. S’il est compréhensible que ceux qui se trouvent du côté de la nation oppresseur promeuvent de tels récits, ceux-ci n’ont aucune valeur réelle pour le prolétariat et les peuples opprimés du monde. Après tout, « si un peuple n’a pas d’armée, il n’a rien ! ». Il s’agit là d’un autre principe.

    Bien sûr, « la lutte politique démocratique au lieu de la lutte armée » est un choix. Mais ce qui est décisif, c’est de savoir si les conditions sont réunies pour un tel choix. Dans les circonstances actuelles en Turquie, en laissant de côté les obstacles bien connus à la « lutte politique démocratique », même les moindres miettes de démocratie bourgeoise ne sont plus tolérées. En Turquie, les conditions d’une « politique démocratique » ont toujours existé sur le papier, mais dans la pratique, elles n’ont aucun fondement réel. Le fascisme n’est pas seulement une forme de gouvernement, c’est le mode de gouvernance et l’essence même de la politique. C’est pourquoi la moindre revendication de droits ou toute lutte démocratique et révolutionnaire est accueillie par la terreur fasciste. Dans la période récente, sous le soi-disant « système présidentiel », le fascisme AKP-MHP a imposé une politique de répression fasciste contre toutes les demandes démocratiques, y compris la liberté d’expression. L’un de ceux qui ont fait l’expérience la plus aiguë de cette réalité est le national kurde.

    Il ne faut pas oublier que le mouvement national kurde a eu recours à la lutte armée parce qu’il n’y avait pas de voie pour la lutte démocratique, puisque le déni et l’anéantissement lui étaient imposés. Ce n’était pas seulement un choix, mais une nécessité dans les conditions de la Turquie et du Kurdistan turc. Il y a eu des mouvements nationaux kurdes qui n’ont pas pris les armes, mais qui n’ont pas pu échapper à la lourde répression du fascisme. Cette réalité, tout comme elle l’était dans le passé, reste valable aujourd’hui. L’existence de certains changements ne signifie pas que le fascisme a été éliminé ou que les contradictions, notamment la question nationale kurde, ont été résolues.

    D’autre part, la propagande qui assimile la lutte armée à un manque de stratégie politique sous couvert de « solution » et de « paix » est fondamentalement erronée. La lutte armée est, en soi, une forme de politique. Pendant des années, ceux qui ont avancé des arguments politiques sous prétexte de critiquer la lutte armée, tout en reconnaissant l’affirmation justifiée du « rôle de la force au Kurdistan », ne peuvent pas effacer le fait que la lutte armée est aussi une lutte politique.

    La recherche d’une réconciliation avec le fascisme conduit à des théories infondées telles que « la lutte armée n’est pas une lutte politique » et même que « la lutte armée entrave la lutte démocratique ». Comme la pratique l’a constamment démontré, « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Le rejet de cette réalité par ses praticiens indique leur position idéologique et leur décision actuelle de mener la politique par d’autres moyens.

    En outre, l’affirmation selon laquelle « l’ère de la lutte armée a pris fin » ne peut être qu’un rêve dans les conditions actuelles, où les préparatifs d’une nouvelle guerre impérialiste de division sont en cours, en particulier au Moyen-Orient. En outre, le processus a invalidé à plusieurs reprises la déclaration d’Öcalan selon laquelle « l’ère de la lutte armée a pris fin ». Par exemple, alors qu’Öcalan faisait cette déclaration en 2013, au même moment, la nation kurde remportait des succès grâce à une lutte armée à la vie à la mort contre Daesh au Rojava. En outre, il est évident qu’actuellement, au Rojava, il n’y a pas d’autre option que de répondre par la résistance armée aux attaques directes de la Turquie et de ses groupes mandataires. Comme ces réalités l’ont constamment prouvé, non seulement « l’ère de la lutte armée » n’est pas terminée, mais en particulier dans les conditions du Moyen-Orient, il est clair qu’elle reste une nécessité. Les vérités sont révolutionnaires et l’ère de la lutte armée n’est pas terminée. Dans la situation actuelle du système capitaliste impérialiste, avec les signes de l’émergence d’une nouvelle guerre de division, et dans la réalité d’aujourd’hui où le monde s’arme de plus en plus sous prétexte de « défense », les théories suggérant que l’ère de la lutte armée a pris fin pour le prolétariat, les peuples opprimés et les nations du monde sont, au sens le plus large, équivalentes à désarmer les opprimés et sont, bien sûr, inacceptables.

    Une « société démocratique » est-elle possible dans les conditions du fascisme ?

    Dans sa déclaration, Abdullah Öcalan évoque les relations turco-kurdes, parle d’un « esprit de fraternité » et propose une « société démocratique » et une « réconciliation démocratique » comme méthodes fondamentales pour trouver une solution. Cependant, sous le capitalisme, il n’y a pas de démocratie qui soit indépendante ou au-dessus des structures de classe. Chaque classe a sa propre conception de la démocratie et la met en œuvre en conséquence. Par conséquent, une « société démocratique » ou une « démocratie » ne peut être véritablement réalisée dans un système capitaliste dominé par la bourgeoisie. Une véritable démocratie populaire et une société démocratique ne peuvent exister que dans un État populaire, où le peuple détient le pouvoir.

    Il est illusoire d’attendre de l’État turc qu’il crée une « société démocratique ». L’approche fondamentale est erronée dès le départ. Même si l’appel à une « société démocratique » est lancé, la réalité reste que le processus se déroule à huis clos. Sans une explication publique complète de ce qui se passe, même la possibilité d’une « discussion démocratique » est hors de question. De plus, l’une des parties impliquées se trouve dans une situation d’isolement sévère. Avant toute chose, le lourd isolement imposé à Öcalan doit être levé et il doit être libéré. Si l’objectif est véritablement une société démocratique, Öcalan doit au moins bénéficier de conditions lui permettant de travailler librement et de communiquer sans restriction avec son organisation.

    Öcalan justifie son appel à la dissolution du PKK et au dépôt des armes en arguant qu’en Turquie, « le déni d’identité a été résolu » et « des progrès ont été réalisés en matière de liberté d’expression ». Cependant, il est évident pour tous qu’aucun progrès fondamental n’a été réalisé dans ces domaines. La soi-disant « reconnaissance » de l’existence des Kurdes est, au mieux, une reconnaissance superficielle. Même cette reconnaissance limitée n’a été obtenue qu’au prix d’une lutte qui a coûté d’innombrables vies. Il est donc clair qu’elle ne correspond à aucun statut concret en termes de résolution de la question nationale. En outre, à ce stade, la situation concernant la liberté d’expression est si sombre qu’elle ne laisse aucune place au débat.

    Le sujet qu’A. Öcalan néglige, ou plutôt qu’il évalue mal parce qu’il n’aborde pas la question d’un point de vue de classe, est la racine de la question nationale en général, et de la question nationale kurde en particulier. La question nationale kurde ne peut être réduite à des questions de déni d’identité et de liberté d’expression, et la nation kurde elle-même n’est pas la source de ce problème.

    Le problème réside dans l’oppression nationale imposée à la nation kurde. Cette oppression n’est pas seulement dirigée contre le peuple kurde en général, mais affecte l’ensemble de la nation kurde — à l’exception d’une poignée de grands propriétaires féodaux et de quelques grandes figures bourgeoises qui se sont pleinement intégrées aux classes dirigeantes turques. Les travailleurs kurdes, les paysans, la petite bourgeoisie urbaine et les petits propriétaires terriens continuent tous à souffrir de l’oppression nationale. À la suite de la lutte de la nation kurde, certaines concessions ont été faites dans la politique d’oppression nationale de la nation dominante, mais la politique d’oppression nationale se poursuit sans interruption. La question nationale kurde n’est toujours pas résolue. Dans notre région, la résolution de la question nationale kurde reste l’une des tâches de la révolution démocratique populaire. Dans les conditions du fascisme, il est impossible de parvenir à une résolution révolutionnaire de la question nationale kurde. Cependant, grâce à la lutte révolutionnaire-démocratique, certaines étapes peuvent être franchies. Soutenir des mesures progressistes qui contribuent à résoudre la question nationale kurde et d’autres contradictions majeures en Turquie et au Kurdistan turc, tout en intégrant ces réformes dans la lutte révolutionnaire, n’est pas incorrect.

    Cependant, propager les réformes comme une solution et, plus encore, prétendre que dans les conditions actuelles, la nation kurde a exercé son droit à l’autodétermination, est tout à fait trompeur. Öcalan, dans sa déclaration, affirme qu’« il n’y a pas de voie non démocratique pour la construction et la mise en œuvre du système. Il ne peut y en avoir. La réconciliation démocratique est la méthode fondamentale ». Dans le monde d’aujourd’hui, dans la réalité de la société de classes, ce point de vue est fondamentalement erroné. Dans la réalité des divisions de classe, le concept de démocratie est également basé sur les classes. L’ordre mondial capitaliste impérialiste, qui repose sur le système de la propriété privée, et la réalité de l’État en Turquie et au Kurdistan turc, prouvent que l’État n’est rien d’autre qu’un « instrument d’oppression d’une classe sur une autre. » Même les démocraties bourgeoises sont de plus en plus contestables dans les conditions actuelles.

    Dès sa création, la démocratie bourgeoise en Turquie et au Kurdistan turc a revêtu un caractère fasciste. « Notre pays n’a jamais vraiment connu la vraie démocratie bourgeoise, il n’en a goûté que quelques miettes. » (İbrahim Kaypakkaya, Collected Works, Nisan Yayımcılık.)

    Ainsi, au-delà des autres contradictions, l’émergence de la question nationale kurde et la politique d’oppression nationale imposée à la nation kurde ont été menées sous le couvert de la « démocratie ».

    L’émancipation, la liberté et l’indépendance de la classe ouvrière turque, du peuple ouvrier et de la nation kurde ne peuvent être obtenues au sein du système ou par le biais de sa soi-disant démocratie. La lutte pour la libération des peuples turcs et kurdes, ainsi que de diverses autres nationalités et confessions, ne dépend pas de la « réconciliation démocratique », mais nécessite des méthodes et des outils de lutte en dehors du système. Ce n’est pas une question de choix mais de nécessité historique.

    Le fascisme de la République de Turquie doit être pris pour cible !

    À ce stade, l’État turc, qui avait qualifié Öcalan de « chef terroriste », le présente désormais comme une figure prônant la paix et la recherche d’une solution. Bien que la propagande médiatique de l’État présente ce processus comme l’« élimination du terrorisme », des discussions émergeront en même temps, tant au niveau national qu’international, sur les obligations de l’État turc, la démocratisation et les mesures qu’il doit prendre.

    En effet, dans la note transmise au public par Sırrı Süreyya Önder — bien qu’absente de la déclaration officielle d’Öcalan (probablement parce que l’État turc n’a pas permis qu’elle soit incluse), Öcalan souligne ce que l’État turc doit faire en échange de l’« accord » conclu. Il évoque des changements juridiques et constitutionnels qui garantiraient les droits politiques de la nation kurde, soulignant que le processus de désarmement et de dissolution du PKK devrait être synchronisé avec des réformes juridiques démocratiques dans le pays. Ces demandes, dans les conditions du fascisme, sont indéniablement « progressistes » et « démocratiques ». Qu’elles soient mises en œuvre est une tout autre question.

    Indépendamment des calculs du fascisme turc, ces revendications doivent être soutenues et défendues.

    En général, en ce qui concerne la question nationale, et plus particulièrement la question nationale kurde, le prolétariat conscient de sa classe a une position claire. Elle vaut d’être réitérée :

    « […] Quelle que soit sa nationalité, le prolétariat turc conscient de sa classe soutiendra inconditionnellement et sans équivoque le contenu démocratique général du mouvement national kurde qui cible l’oppression, la tyrannie et les privilèges des classes dominantes turques, cherche à abolir toutes les formes d’oppression nationale et vise à l’égalité des nations. De même, il soutiendra inconditionnellement et sans équivoque les mouvements des autres nationalités opprimées dans la même direction.

    […] Quelle que soit sa nationalité, le prolétariat turc, conscient de sa classe, restera entièrement neutre dans les luttes menées par la bourgeoisie et les propriétaires terriens de diverses nationalités pour obtenir leur propre supériorité et leurs privilèges. Le prolétariat turc conscient de sa classe ne soutiendra jamais les tendances du mouvement national kurde qui cherchent à renforcer le nationalisme kurde ; il ne soutiendra jamais le nationalisme bourgeois ; il ne soutiendra jamais les luttes de la bourgeoisie kurde et des propriétaires terriens pour garantir leurs propres privilèges et leur supériorité. En d’autres termes, elle ne soutiendra que le contenu démocratique général du mouvement national kurde et n’ira pas au-delà ». (İbrahim Kaypakkaya, Collected Works, Nisan Yayımcılık, p. 194.)

    En conclusion, un nouveau processus a débuté dans le contexte de la question nationale kurde avec l’appel d’Abdullah Öcalan. Le facteur distinctif de ce processus par rapport aux précédents est la nouvelle orientation politique mise en œuvre par la bourgeoisie compradore turque sous le discours de la « consolidation du front intérieur ».

    C’est pourquoi il faut reconnaître que ce processus comporte des risques non seulement pour le mouvement national kurde, mais aussi pour le fascisme de la République de Turquie. L’équation de la solution ou de la dissolution n’est pas seulement une question pour le mouvement national kurde, mais aussi un sujet de préoccupation pour l’État turc lui-même.

    La question fondamentale est ici que le « le bout pointu de la flèche » ne doit pas être dirigé contre le Mouvement national kurde ou Abdullah Öcalan, mais contre le fascisme turc. L’origine et la cause de la question nationale kurde sont le fascisme de la République de Turquie, la dictature fasciste de la bourgeoisie compradore turque.

    Le fascisme de la République de Turquie est en crise. En raison de cette crise, il cherche à se « réconcilier » avec le Mouvement national kurde. Dans ces conditions, il est nécessaire d’être solidaire du Mouvement national kurde.

    La critique, bien sûr, est possible et même nécessaire. Cependant, l’ennemi principal ne doit pas être oublié, l’accent doit rester sur la lutte révolutionnaire des peuples de Turquie, y compris les nations turque et kurde, ainsi que diverses nationalités et communautés religieuses.

    La question de savoir si « l’appel du siècle » aboutira à une solution ou à une dissolution sera en fin de compte déterminée par le processus en cours et la lutte elle-même. Il est donc nécessaire que l’opposition démocratique révolutionnaire ne reste pas indifférente, mais intervienne activement dans le processus.

    Renvoyer la solution de la question nationale kurde à la révolution sous le couvert d’une « vraie solution », invoquer le droit à la libre sécession tout en négligeant la dynamique actuelle de la question, c’est se déconnecter de la réalité politique du moment. Une telle approche est inacceptable du point de vue des intérêts de la révolution démocratique populaire en Turquie. La question ne doit pas être réduite à une simple question de pouvoir, mais doit être appréhendée avec clarté idéologique.

  • Discours à la conférence anti-impérialiste antiguerre d’Athènes du 22-23 février 2025

    Unité communiste a participé à la conférence anti-impérialiste antiguerre d’Athènes du 22-23 février 2025. Notre organisation félicite et remercie chaleureusement le KKE(m-l) [Parti communiste de Grèce (marxiste-léniniste)] pour avoir appelé et organisé avec succès cette conférence.

    Nous venons d’un pays, la France, dont l’impérialisme est en perte de vitesse. Par exemple, son emprise sur l’Afrique, particulièrement subsaharienne, a connu un fort coup d’arrêt depuis le début de la décennie 2020. Suite à des coups d’État, des pays tels que le Mali, le Niger et le Burkina Faso, ont rompu des accords diplomatiques, économiques et militaires avec la France. Ces changements d’orientation, et le soutien qu’ils ont rencontrés parmi les populations de ces pays sont le rejet des conséquences de décennies de néocolonialisme français. Ce néocolonialisme maintenait ces pays dans un état de faiblesse et de dépendance à l’impérialisme français.

    Pouvons-nous nous réjouir de ce coup porté à l’impérialisme français ? Certainement, mais sans nous aveugler sur ce qu’il implique pour le sort des peuples dominés de ces pays.

    En effet, les gouvernements issus de ces coups d’État se sont tournés vers des impérialismes concurrents à l’impérialisme français, notamment russe et chinois. La sincérité des dirigeants politiques africains prétendant voir en ces impérialismes des partenaires vers leur émancipation politique et économiques importe peu : la réalité est que les impérialismes russe et chinois ont pour objectif d’exploiter les richesses et la population de ces pays, comme tous les impérialismes. Dans un premier temps, peut-être qu’ils prendront une allure avantageuse afin de s’assurer une prise solide sur ces pays, mais cela ne changera rien à leur nature impérialiste.

    Ce basculement est un nouvel épisode dans l’affrontement entre les impérialismes hégémoniques occidentaux et les impérialismes challengers russe et chinois, au même titre que la guerre Russo-Ukrainienne. Le fait que la victoire revienne ici à un impérialisme concurrent au nôtre ne signifie pas que nous devrions nous en réjouir. La dénonciation de notre propre impérialisme est le combat prioritaire, mais il ne doit en aucun cas effacer celui contre tous les impérialismes. L’exploitation et la guerre sont communes à tous les impérialismes.

    Cette défaite de l’impérialisme français ne peut pas aboutir à une retraite progressive et pacifique de celui-ci. Au contraire, à mesure de son affaiblissement, il sera plus féroce, plus directement agressif envers les pays qu’il compte maintenir ou récupérer dans sa domination. Il s’agit de ses anciennes colonies, comme celles situées en Afrique Sub-Saharienne, mais aussi des colonies que conserve encore la France, telles que la Guyane française ou la Kanaky. Ce sont à la fois des territoires riches en minerais, des points d’appui militaires stratégiques dans des régions éloignées de la métropole, et des débouchés exportateurs pour les monopoles métropolitains. Pour défendre ou récupérer sa mainmise sur ces territoires, l’impérialisme français usera de tous les moyens envisageables : la corruption, la répression, le recours indirect à ses proxys, la guerre économique, ou l’intervention militaire directe. L’Histoire est remplie d’exemples de ce type, y compris récemment pour la France, et il n’y a aucune raison de penser qu’il en ira autrement dans les temps qui viennent. Comme une bête blessée, l’impérialisme se fait plus brutal alors qu’il est mis en difficulté par ses concurrents, ou par la résistance des peuples qu’il opprime.

    Dans ces moments critiques, les communistes de France devront jouer leur rôle d’arrière-garde du prolétariat mondial, et d’avant-garde de leur prolétariat national, en usant de toutes leurs forces pour saboter l’effort de guerre de l’impérialisme français. Dans une situation analogue, tous les communistes des pays impérialistes doivent le faire. Ce devoir fondamental est le nôtre, non seulement pour le bien des peuples dominés, mais également car la puissance d’un impérialisme est ce qui lui permet d’acheter la paix sur son territoire métropolitain : les surprofits issus de l’exploitation impérialiste sont ce qui permet au capital d’un pays de maintenir des profits acceptables tout en soulageant son prolétariat national. Ainsi, il l’empêche de percevoir son intérêt et son rôle historique : la révolution et la dictature du prolétariat, pour construire la société communiste. C’est en participant à l’affaiblissement de l’impérialisme de leurs pays respectifs que les communistes occidentaux se donneront la chance de venir à bout de leurs bourgeoisies.

    Cependant, en France comme dans tous les pays du centre impérialiste, nous sommes actuellement trop faibles pour prétendre opposer à nos bourgeoisies un combat anti-impérialiste à même de soutenir les peuples en résistance à la hauteur de leurs besoins. Notre incapacité à apporter un soutien conséquent à la lutte du peuple palestinien, particulièrement au cours des dix-huit mois qui se sont déroulés depuis l’opération Déluge d’Al-Aqsa où la guerre coloniale menée par Israël est devenue explicitement génocidaire, en est une preuve tragique. Des actions de boycott, de sabotage ou de grèves ont certes été menées en Occident. Mais d’une part, leur nombre, leur régularité et leur portée ont été d’une faiblesse criante au regard de l’enjeu. D’autre part, les forces communistes révolutionnaires ont pour la plupart été en seconde, voire en troisième ligne dans ces actions, derrière diverses organisations réformistes. Dans la lutte anti-impérialiste comme dans d’autres domaines, les communistes occidentaux échouent à l’heure actuelle dans leur tâche d’avant-garde du prolétariat.

    Si l’affaiblissement progressif de notre impérialisme, donc l’affaiblissement de notre bourgeoisie, représente pour nous une opportunité de gagner en force et en influence au sein du prolétariat, il correspond également à l’essor des forces réactionnaires choisies par la bourgeoisie. C’est un processus que nous voyons déjà à l’œuvre, particulièrement depuis la dernière décennie, en Europe. La désagrégation progressive des forces politiques traditionnelles laisse la place à la montée en puissance de partis politiques d’extrême droite, qui ne sont qu’une expression plus directement réactionnaire des intérêts de la bourgeoisie. Si l’affaiblissement des impérialismes occidentaux, encore relativement modéré, suffit à produire de tels effets, nous savons que les crises majeures à venir feront croître le risque du basculement fasciste des démocraties bourgeoises, sous une forme renouvelée. Nous devons empêcher l’avènement de l’incarnation la plus violente des intérêts du capital, ou le cas échéant, résister à son règne. Travailler aujourd’hui à nous renforcer, de manière pragmatique et minutieuse, c’est nous donner la possibilité de vaincre après-demain.

    Dire que notre tâche immédiate est de nous renforcer, en tant qu’organisations communistes et en tant que mouvement général d’avant-garde du prolétariat en France, c’est dire une évidence. La question à vraiment nous poser est : comment nous renforcer ?

    La faiblesse des organisations communistes dans les pays impérialistes est un constat à assumer et analyser de manière conséquente. Si certaines organisations communistes issues des pays impérialistes ont des effectifs, une influence et une force de frappe plus significatives que n’importe quelle organisation française, très peu peuvent affirmer honnêtement assumer le rôle et les tâches d’un véritable parti communiste.

    Il y a une cause essentielle à cela. Le recul général des forces communistes en Occident est dû aux succès d’une offensive idéologique de la bourgeoisie à la fin de la Seconde Guerre mondiale ; à des campagnes de répression féroces étalées sur plusieurs décennies ; et à l’achat du consentement du prolétariat des pays impérialistes grâce à la redistribution des surprofits de l’exploitation des pays dominés. Mais notre faiblesse actuelle, si elle est explicable par nombre de facteurs échappant à notre prise, est avant tout de notre responsabilité.

    La longue période de décomposition du mouvement communiste dans les pays impérialistes s’est certes achevée, et nous sommes aujourd’hui acteurs des prémices de sa recomposition. Mais si cette recomposition est encore balbutiante, c’est aussi parce que trop parmi nous s’entêtent à persévérer dans des impasses tactiques et stratégiques. L’accumulation de pratique stérile est souvent issue d’une mauvaise compréhension de la situation dans laquelle nous sommes situées. Trop de communistes du centre impérialiste persistent à penser qu’il ne manque au prolétariat de ces pays que la compréhension qu’ils sont des prolétaires, et que leur intérêt est de renverser la bourgeoisie. Aussi, trop de communistes en déduisent que la priorité absolue est de participer à toutes les luttes économiques possibles, que leur simple présence y légitimerait leur discours, et que la conscience de classe prolétarienne naîtrait des pratiques syndicalistes des prolétaires. Autrement dit, le mouvement communiste en France est aujourd’hui dominé par le spontanéisme, l’économisme et le trade-unionisme.

    Or, si les prolétaires des pays impérialistes ne sont pas révolutionnaires, c’est principalement parce que cela n’est pas dans leur intérêt immédiat. Leur intérêt historique, la révolution et la dictature du prolétariat, constitue encore un pari bien plus risqué que le statu quo, le règne du capitalisme, qui porte malgré tout des promesses qui semblent encore crédibles, même auprès des franges paupérisées du prolétariat. Ainsi, le ralliement massif du prolétariat au combat communiste ne sera permis que lorsque les promesses du capitalisme ne tiendront plus. Or, nous n’en sommes pas là en France.

    Nous ne plaidons évidemment pas pour un retrait des luttes économiques du prolétariat. La lutte au sein des masses est un devoir pour tous les révolutionnaires. Ce travail est nécessaire pour saisir l’état de combativité des masses, pour conserver et développer un lien organique entre le mouvement communiste et le mouvement ouvrier, et pour préparer leur fusion.

    Cependant, le frein principal au développement des organisations communistes des pays impérialistes est actuellement leur niveau de formation, autant théorique que pratique. L’amateurisme théorique mène aux analyses fausses et aux décisions erronées. L’amateurisme pratique mène à la fragilité des organisations et à leur stagnation dans des actions sans ambition. Il faut donc travailler avant tout à élever le niveau de formation et d’encadrement de nos militants, pour qu’ils puissent acquérir la discipline et les compétences nécessaires aux communistes. À l’heure actuelle, notre devoir fondamental est de former des révolutionnaires professionnels.

    Enfin, nous devons continuer de construire et d’entretenir les liens entre nos organisations, pour développer l’internationalisme dans le mouvement communiste. C’est une nécessité, premièrement pour comprendre au mieux les opportunités et les difficultés rencontrées par nos camarades dans le monde et nous inspirer de leurs réussites et de leurs échecs pour progresser nous-mêmes. Deuxièmement, pour alimenter le débat communiste et la lutte des lignes et faire progresser la science marxiste vers une meilleure compréhension des moyens de la victoire. Troisièmement, pour faire vivre la solidarité internationale et être uni dans la révolution mondiale au-delà des frontières. Et quatrièmement, pour animer notre ferveur commune en la justesse et en la beauté de notre combat.

    C’est un honneur et une joie de pouvoir être parmi vous aujourd’hui. Nous remercions chaleureusement nos camarades grecs de nous en avoir donné l’opportunité. Être unis par notre combat commun pour l’humanité est notre plus grande fierté.

    Chers camarades, nous tenons à remercier encore une fois toutes les organisations qui ont participé à cette conférence, et en particulier le KKE(m-l), pour l’avoir organisée.

    Pour conclure cette conférence, nous voudrions souligner les principales tâches que nous en avons retenues :

    • renforcer l’unité théorique et idéologique du mouvement communiste international, par le débat prolétarien et la lutte idéologique ;
    • renforcer l’unité pratique du mouvement communiste international par la solidarité révolutionnaire internationaliste ;
    • renforcer le soutien aux mouvements de libération nationale, dont le fer de lance est aujourd’hui l’héroïque résistance nationale palestinienne ;
    • et renforcer la résistance des peuples contre la Guerre mondiale interimpérialiste pour la répartition du monde, dont la guerre interimpérialiste en Ukraine est aujourd’hui la prémisse la plus évidente.

    Nous vous remercions.

  • Déclaration de la conférence anti-impérialiste antiguerre d’Athènes du 22-23 février 2025

    Toutes les contradictions de la planète s’intensifient, les politiques antiouvrières et antipopulaires se multiplient. Les principales puissances impérialistes se disputent une nouvelle répartition des marchés et des sphères d’influence, cherchant à surmonter la crise mondiale en préparant la troisième guerre mondiale. Les peuples du monde subissent les effets de la rivalité impérialiste de la manière la plus brutale.

    La guerre injuste en Ukraine, entre l’impérialisme russe d’un côté et les États-Unis, l’Occident et leur régime réactionnaire fantoche de Zelensky de l’autre, compte déjà des centaines de milliers de morts et de blessés, et est aujourd’hui l’épicentre de ces antagonismes. Le peuple palestinien héroïque résiste à l’opération génocidaire des sionistes meurtriers d’Israël qui servent les plans des impérialistes américains. Les évolutions du Caucase et des Balkans à l’Afrique, de l’Océan Pacifique et de l’Amérique de l’Ouest au Cercle Arctique s’inscrivent dans le même cadre.

    La haine, le chauvinisme et le nationalisme sont renforcés pour frapper les résistances populaires et renforcer les antagonismes des puissants. Dans tous les pays du monde, les systèmes politiques se préparent et prennent des mesures politiques, économiques et militaires face à l’éventualité d’une guerre généralisée. L’impérialisme opprime les peuples et le capital intensifie de plus en plus l’exploitation de la classe ouvrière jusqu’à des formes d’esclavage pour réaliser des profits et renforcer sa domination de classe.

    La classe ouvrière, les peuples et la jeunesse, partout dans le monde, résistent à la barbarie capitaliste-impérialiste par des luttes et des soulèvements. Ils expriment, dans les termes qu’ils ont formulés aujourd’hui, leur colère et leurs revendications. Ces luttes recherchent et nécessitent la mise à niveau de leur constitution et la formation de leur perspective révolutionnaire.

    Cependant, la trajectoire des développements rend ce besoin plus urgent. Face à l’intensification des dangers de guerre, voire des menaces de guerre nucléaire, il est nécessaire de prendre des mesures dans le sens du Front anti-impérialiste et antiguerre de la lutte populaire.

    Il est donc évident qu’il faut créer les conditions nécessaires à la coordination des forces anti-impérialistes et révolutionnaires du plus grand nombre possible de pays et de régions du monde.

    • Afin de faciliter et d’agir comme un catalyseur dans l’effort de construction de la lutte anti-impérialiste dans chaque pays.
    • Afin de renforcer internationalement la direction de l’amitié et de la solidarité des peuples contre le poison fasciste et nationaliste semé par le capital et ses porte-parole.

    Les organisations qui signent cette déclaration et qui ont participé à la Rencontre anti-impérialiste contre la guerre à Athènes les 22-23 février 2025 cherchent une voie commune, pour informer et être informées, pour se coordonner au plus haut niveau possible, et pour lutter, non seulement par nous-mêmes, mais aussi avec toutes les forces qui veulent contribuer à cette direction. Une direction dont la marque politique adoptera les axes suivants :

    • Luttes communes des peuples contre les guerres injustes et l’impérialisme.
    • Contre l’exploitation capitaliste et la barbarie impérialiste.
    • Sortie des USA-OTAN et de la Russie de l’Ukraine.
    • Libérer la Palestine.
    • À bas le nationalisme et le poison fasciste. Solidarité et amitié entre tous les peuples.
    • Solidarité avec les réfugiés et les immigrés.
    • Les peuples n’ont pas besoin de protecteurs ! Nous comptons sur les forces populaires inépuisables — nous soutenons les luttes populaires dans le monde entier.
    • Nous nous efforçons de mener une action commune au niveau international contre les préparatifs de guerre et les politiques réactionnaires de l’impérialisme.

    Dans cette direction, nous aspirons à prendre des initiatives pour renforcer la lutte anti-impérialiste et antiguerre dans nos pays et au niveau international. En outre, afin de promouvoir le dialogue et la coordination sur les questions sérieuses de la période, nous allons créer une page web internationale d’information et de dialogue intitulée « Bulletin international anti-impérialiste ».

    Action anti-impérialiste (Danemark)

    Unité communiste (France)

    Union ouvrière communiste (MLM) (Colombie)

    Parti communiste de Grèce (marxiste-léniniste)

    Construction communiste (Allemagne)

    Parti communiste maoïste (Italie)

  • Speech at the anti-imperialist antiwar conference on February 22-23 in Athens

    We come from a country, France, whose imperialism is on the wane. For example, its grip on Africa, particularly sub-Saharan Africa, has come to a sharp halt since the beginning of the 2020s. Following coups d’état, countries such as Mali, Niger and Burkina Faso have broken off diplomatic, economic and military agreements with France. These changes of direction, and the support they have met among the populations of these countries, are a rejection of the consequences of decades of French neo-colonialism. This neo-colonialism kept these countries in a state of weakness and dependence on French imperialism.

    Can we rejoice at this blow to French imperialism? Certainly, but without blinding ourselves to the implications for the fate of the dominated peoples of these countries.

    Indeed, the governments that emerged from these coups d’état turned to imperialisms competing with French imperialism, notably Russian and Chinese. The sincerity of African political leaders claiming to see these imperialisms as partners on the road to political and economic emancipation is irrelevant: the reality is that Russian and Chinese imperialisms, like all imperialisms, aim to exploit the wealth and people of these countries. At first, they may look advantageous in order to secure a firm grip on these countries, but this will not change their imperialist nature.

    This tipping point is a new episode in the confrontation between Western hegemonic imperialism and the challenger imperialism of Russia and China, on a par with the Russo-Ukrainian war. The fact that the victory here goes to a rival imperialism does not mean we should rejoice. The denunciation of our own imperialism is the priority, but it must never overshadow the fight against all imperialisms. Exploitation and war are common to all imperialisms.

    This defeat of French imperialism cannot lead to its gradual, peaceful retreat. On the contrary, as it weakens, it will become fiercer and more directly aggressive towards the countries it intends to maintain or retrieve in its domination. These are its former colonies, such as those in Sub-Saharan Africa, but also the colonies that France still retains, such as French Guiana and Kanaky. These are mineral-rich territories, strategic military strongholds in regions far from metropolitan France, and export outlets for metropolitan monopolies. To defend or recover its hold on these territories, French imperialism will use every conceivable means: corruption, repression, indirect recourse to its proxies, economic warfare or direct military intervention. History is replete with examples of this type, including recently for France, and there’s no reason to believe that things will be any different in the times ahead. Like a wounded beast, imperialism grows more brutal as it is challenged by its competitors, or by the resistance of the peoples it oppresses.

    In these critical moments, the communists of France must play their role as rearguard of the world proletariat, and as vanguard of their national proletariat, using all their strength to sabotage the war effort of French imperialism. In a similar situation, all communists in imperialist countries must do the same. This fundamental duty is ours, not only for the sake of the dominated peoples, but also because the power of imperialism is what enables it to buy peace on its metropolitan territory: the surplus profits from imperialist exploitation are what enable a country’s capital to maintain acceptable profits while relieving its national proletariat. This prevents it from perceiving its historical interest and role: revolution and the dictatorship of the proletariat, to build a communist society. By helping to weaken imperialism in their own countries, Western communists will give themselves the chance to defeat their bourgeoisies.

    However, in France as in all the countries of the imperialist heartland, we are currently too weak to claim to oppose our bourgeoisies with an anti-imperialist struggle capable of supporting the peoples in resistance to the extent of their needs. Our inability to provide consistent support for the struggle of the Palestinian people, particularly in the eighteen months since Operation Al-Aqsa Flood when Israel’s colonial war became explicitly genocidal, is tragic proof of this. Boycotts, sabotage and strikes have certainly taken place in the West. But on the one hand, their number, regularity and scope were glaringly weak in relation to what was at stake. On the other hand, revolutionary communist forces have for the most part been in the second, or even third, line in these actions, behind various reformist organizations. In the anti-imperialist struggle, as in other fields, Western communists are currently failing in their task as vanguard of the proletariat.

    If the progressive weakening of our imperialism, and therefore the weakening of our bourgeoisie, represents an opportunity for us to gain strength and influence within the proletariat, it also corresponds to the rise of the reactionary forces chosen by the bourgeoisie. It’s a process we’ve already seen at work, particularly over the past decade, in Europe. The gradual disintegration of traditional political forces is giving way to the rise of far-right political parties, which are simply a more directly reactionary expression of the bourgeoisie’s interests. If the weakening of Western imperialism, which is still relatively moderate, is enough to produce such effects, we know that the major crises to come will increase the risk of a fascist tilt in bourgeois democracies, in a renewed form. We must prevent the advent of the most violent incarnation of capital’s interests, or if need be, resist its reign. Working today to strengthen ourselves, pragmatically and meticulously, gives us the chance to win the day after tomorrow.

    To say that our immediate task is to strengthen ourselves, as communist organizations and as the general vanguard movement of the proletariat in France, is to state the obvious. The question we really need to ask ourselves is: how do we strengthen ourselves?

    The weakness of communist organizations in imperialist countries is a fact that must be taken on board and analyzed consistently. While some communist organizations in the imperialist countries have a more significant membership, influence and strike force than any French organization, very few can honestly claim to assume the role and tasks of a genuine communist party.

    There’s an essential reason for this. The general decline of communist forces in the West is due to the success of an ideological offensive by the bourgeoisie at the end of the Second World War; to ferocious campaigns of repression spread over several decades; and to the purchase of the consent of the proletariat in the imperialist countries through the redistribution of the surplus profits from the exploitation of the dominated countries. But our current weakness, while explicable by a number of factors beyond our control, is first and foremost our own responsibility.

    The long period of decomposition of the communist movement in the imperialist countries has certainly come to an end, and we are now witnessing the beginnings of its recomposition. But if this recomposition is still in its infancy, it’s also because too many of us are stubbornly persevering in tactical and strategic impasses. The accumulation of sterile practices often stems from a misunderstanding of the situation in which we find ourselves. Too many communists in the imperialist heartland persist in thinking that all the proletariat in these countries lacks is the understanding that they are proletarians, and that their interest is in overthrowing the bourgeoisie. As a result, too many communists deduce that the absolute priority is to participate in all possible economic struggles, that their mere presence there would legitimize their discourse, and that proletarian class consciousness would emerge from the proletarians’ unionist practices. In other words, the communist movement in France today is dominated by spontaneism, economism and trade-unionism.

    If the proletarians of imperialist countries are not revolutionary, it’s mainly because it’s not in their immediate interest. Their historical interest — revolution and the dictatorship of the proletariat — is still a far riskier gamble than the status quo, the reign of capitalism, which nonetheless holds promises that still seem credible, even among the impoverished bangs of the proletariat. The proletariat’s mass rallying to the communist struggle will only be possible when capitalism’s promises no longer hold. But we’re not there yet in France.

    Of course, we’re not advocating a retreat from the proletariat’s economic struggles. Struggle within the masses is a duty for all revolutionaries. This work is necessary to grasp the fighting spirit of the masses, to maintain and develop an organic link between the communist movement and the workers’ movement, and to prepare for their fusion.

    However, the main obstacle to the development of communist organizations in imperialist countries today is their level of training, both theoretical and practical. Theoretical amateurism leads to false analyses and erroneous decisions. Practical amateurism leads to the fragility of organizations and their stagnation in unambitious actions. We must therefore work first and foremost to raise the level of training and supervision of our militants, so that they can acquire the discipline and skills needed by communists. Right now, our fundamental duty is to train professional revolutionaries.

    Finally, we must continue to build and maintain links between our organizations, to develop internationalism within the communist movement. This is a necessity, firstly to better understand the opportunities and difficulties faced by our comrades around the world, and to draw inspiration from their successes and failures to make progress ourselves. Secondly, to fuel communist debate and line struggle, and to advance Marxist science towards a better understanding of the means to victory. Thirdly, to keep international solidarity alive, and to be united beyond borders in the world revolution. And fourth, to enliven our common fervor for the righteousness and beauty of our struggle.

    It’s an honor and a joy to be here with you today. We warmly thank our Greek comrades for giving us this opportunity. To be united by our common fight for humanity is our greatest pride.

  • Les communistes en France et les tâches de la période

    Communiqué unitaire d’Unité communiste et de Reconstruction communiste

    Le mouvement communiste en France est faible. Ce constat est partagé par la totalité des organisations qui se réclament de la reconstruction d’un Parti Communiste en France. Cette faiblesse est loin d’être uniquement liée au nombre de militants et militantes communistes, elle s’exprime également dans les positionnements, les orientations et dans l’activité des organisations communistes en France. Ce n’est pas par cynisme que nous faisons cet état des lieux mais au contraire car nous pensons que la lutte pour le communisme doit d’abord passer par une analyse lucide et sans état d’âme de ce que nous sommes.

    Nous pensons que des maux qui affligent notre mouvement, le réformisme et ses variantes constituent le principal obstacle. Si nous pensons que les organisations trotskystes, majoritaires dans le milieu communiste, mènent à des impasses, ce n’est pas par volonté de rejouer des débats centenaires, mais parce que leurs orientations plafonnent à l’économisme et à l’opportunisme. De la même manière, de nombreuses organisations se proclamant marxiste-léniniste mènent des politiques purement suivistes de la CGT. L’opportunisme exprimé par la formule « Perdre en substance pour gagner en surface »1 n’est pas le seul fait du NPA et de ses descendants, mais est également la toile de fond de toutes les pratiques économistes et suivistes sclérosant notre milieu. Dans cette période difficile pour le mouvement révolutionnaire, incapable de jouer un rôle politique de premier plan, la tentation est grande de diluer son discours dans les luttes démocratiques sur des thèmes comme l’écologie, l’antifascisme, le féminisme ou les luttes LGBTI, ou encore de se contenter d’un militantisme syndical ou parasyndical avec des mots d’ordre sur l’augmentation des salaires. Si ces luttes sont bien sûr à mener activement et font partie des tâches des communistes, la dissolution de notre activité et de nos mots d’ordre dans la poursuite irréfléchie de ces tâches n’entraîne que notre propre dissolution politique. Toutes ces interventions sont des moyens pour reconstruire un Parti Communiste mais ne sauraient devenir le prisme par lequel nous orientons toute notre activité.

    Ces tendances sont exacerbées par le changement de contexte dû à la crise de l’impérialisme français et à la montée de la Réaction. Ces phénomènes exercent une forte pression poussant au mouvementisme et à la dissolution dans l’aile gauche de la social-démocratie, l’alignement d’une partie du mouvement communiste sur le Nouveau Front Populaire en étant la dernière illustration.

    Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas des militants et militantes de valeurs ou des positions politiques justes dans ces organisations. Cela ne veut pas non plus dire qu’aucun travail commun n’est possible avec ces organisations. Bien au contraire, lutter contre le sectarisme dans le mouvement communiste doit d’abord passer par la critique ouverte des positions de chacun.

    Pour le mouvement communiste en France, la période est pourtant dense, la phase de recomposition depuis 2008 se poursuit et les scissions-fusions-créations d’organisations continuent à un rythme régulier. Pourtant aucune organisation ne dépasse le stade groupusculaire. Cela n’est pour nous pas une fatalité. L’engagement communiste en est d’autant plus nécessaire. Mais l’engagement que nous cherchons à créer ne saurait être un militantisme prenant la forme d’un feu de paille de quelques années avant de tomber dans la passivité. Nous visons une transformation radicale de la société et le militantisme que nous proposons doit donc s’inscrire dans le temps long. Les maigres forces du mouvement communiste doivent le pousser à orienter son activité sur nos tâches principales.

    Nous analysons conjointement le renforcement des organisations communistes comme la tâche principale de la période, nos interventions dans les luttes démocratiques et économiques en sont les moyens mais ne peuvent devenir les fins de cet objectif premier. Notre objectif est la formation de militants et militantes, de cadres communistes capables d’intervenir dans la lutte des classes. Ce renforcement ne doit pas être uniquement envisagé du point de vue de l’accumulation quantitative, elle joue bien sûr un rôle central mais ne peut être faite au prix de la qualité de l’organisation que nous souhaitons construire.

    Le renforcement des organisations communistes et la formation de cadres communistes doivent selon nous aussi être un renforcement et une formation idéologiques. La reconstruction d’un Parti Communiste est impossible sans la reconstruction de son idéologie révolutionnaire. Pour cette raison, nous insistons sur l’importance de la lutte idéologique dans le mouvement communiste. Nous pensons que la lutte idéologique, loin de justifier les attitudes sectaires, est la base qui rend possible toute unité saine et constructive.

    Nos organisations ne sont pas étrangères aux dynamiques que nous décrivons, ni exemptes de défauts qui nous sont propres. Mais la critique seule ne peut amener le changement souhaité, c’est pour cela que nous militons jour après jour pour construire le mouvement communiste puis le Parti Communiste dont nous avons besoin. Ainsi nous souhaitons incarner, à notre manière, une politique différente. Ce communiqué unitaire est le premier d’un travail commun que nous entamons.

    1 Formule de Daniel Bensaïd préfigurant la formation du Nouveau Parti Anticapitaliste.

  • Nouveaux documents disponibles — édition revue et corrigée de Sur Unité communiste

    Nouveaux documents disponibles — édition revue et corrigée de Sur Unité communiste

    De nouveaux documents sont disponibles sur notre site :

    Sur Unité communiste (2023), édition revue et corrigée de 2025

    Ce document présente ce que nous sommes et ce que nous essayons de faire en France. Il s’adresse avant tout aux communistes qui veulent découvrir le contenu que nous portons. Nous voulons répondre à 2 questions fondamentales :

    • pourquoi existons-nous, alors que nous pourrions rejoindre, par exemple, le Parti communiste français, le Pôle de renaissance du communisme en France, ou les Nouveaux partis anticapitalistes ;
    • et pourquoi rester inorganisé — seul dans sa lutte pratique et théorique — est la pire erreur qu’une ou un communiste puisse commettre aujourd’hui ?

    La première édition de ce document contenait beaucoup d’erreurs. Dans cette nouvelle édition, nous avons voulu corriger autant la forme que le fond. Nous avons rectifié des fautes d’inattention, des formulations maladroites, des vulgarisations erronées, mais aussi des lignes théoriques fausses sur lesquelles nous sommes revenus. Cette seconde édition correspond donc à la progression que notre organisation a accomplie dans sa formation entre la rédaction de ce document en début 2023 et aujourd’hui — bientôt 2 ans plus tard.

    La Seconde Guerre mondiale (2018-2021)

    « Il serait réducteur de penser que notre histoire n’est qu’un objet de division identitaire et d’invective anachroniques. Certes, ces déviations sont constatables par quiconque se familiarise avec le “milieu” de la gauche radicale. La lutte pour des idées plus justes est souvent substituée par la lutte de différents récits entre eux, et les expériences du mouvement communiste ne sont alors traité plus que comme des moyens d’entre-excommunication. Or, au-delà des querelles de chapelle, c’est bien notre histoire qui contient en elle le moyen d’atteindre une connaissance supérieure de la théorie révolutionnaire — tirer les conclusions de notre bilan. Aborder frontalement ces questions, ce n’est pas — que — ressusciter des controverses désuètes ou faire le procès de fantômes. S’il faut comprendre nos prédécesseurs et d’où nous venons, ce n’est pas pour le plaisir de la querelle vaine ou de l’ascendant rhétorique, mais pour mieux lutter, maintenant et à l’avenir.

    La 2de Guerre mondiale est un point nodal de la propagande réactionnaire. Les travaux que nous présentons ici constituent une première réponse à celle-ci. S’ils n’offrent pas le si attendu “bilan exhaustif et définitif des expériences socialistes du XXe siècle”, ils cherchent à défricher ce moment clé — la 2de Guerre mondiale —de l’accumulation de mystifications et de calomnies qui l’obscurcissent. En tant que tels, il faut les considérer comme préparatoires. »

    La dictature du prolétariat (2017-2018)

    « 7 ans après la publication de Sur la dictature du prolétariat (2017), nous pensons que la dictature du prolétariat est toujours la ligne de démarcation principale dans le mouvement communiste en France.

    Ce qui fait de la dictature du prolétariat la ligne de démarcation principale, ce n’est pas sa reconnaissance en mot, mais sa reconnaissance en fait. L’on ne compte plus les organisations communistes déclarant la nécessité de la dictature du prolétariat mais agissant comme si celle-ci devait tomber du ciel, ou n’était qu’un problème scolastique. Or, le problème de la dictature du prolétariat ne vole pas haut dans le ciel, il est terre-à-terre, il n’est pas lointain, il est immédiat.

    La “dictature du prolétariat” n’est pas une figure de style, un slogan, une exagération, une profession de foi. La dictature du prolétariat est la formulation de notre stratégie pour la réalisation du communisme : c’est une solution concrète à un problème concret. »

    D’autres documents seront prochainement disponibles sur notre site :

    La bataille pour l’Histoire (2020)

    « L’histoire de l’URSS et des expériences socialistes, tout comme des démocraties populaires, est un champ de bataille. Un champ de bataille contre la falsification, d’une part, mais également pour comprendre réellement ce qui s’est déroulé.

    Les enjeux autour de cette histoire sont immenses. Ils le sont autant pour les capitalistes que pour nous. Pour eux dans le but de démontrer le caractère génétiquement criminel du communisme et sa faillite en tant que modèle économique et social. Pour nous, militants et militantes communistes, pour être capable de leur répondre, mais surtout pour pouvoir en tirer des conclusions justes sur les moyens et les fins de notre mouvement. »

    « Publié il y a quatre ans, ce document a eu une certaine importance dans la définition de notre organisation.Y sont exposées de manière synthétique les bases de notre conception de la lutte pour l’unité des communistes et pour la science révolutionnaire. La bataille pour l’Histoire (2020) a été rédigée au moment où celle-ci amorçait sa transition de l’Unité communiste de Lyon vers Unité communiste,notamment par sa fusion avec Éco défense, c’est-à-dire pendant une période de transformation profonde de notre structure essentiellement locale vers une structure nationale, et de notre stratégie héritée de notre fondation en 2016 vers une nouvelle stratégie plus construite, nourrie du bilan de 4 ans d’expérience. »

    Le mouvement des gilets jaunes (2018-2019)

    « Les Gilets jaunes ont tracé une des lignes de démarcation les plus nettes de l’histoire récente en France. Bientôt 6 ans après son “acte I”, nous retenons de ce mouvement qu’il a départagé le révolutionnaire en acte de celui en parole seulement.

    La gauche révolutionnaire, ou plutôt celle se percevant comme telle, qu’importe la tendance déclarée(anarchisme, trotskysme, marxisme-léninisme, maoïsme, communisme de gauche, etc.), a abandonné le mouvement des Gilets jaunes à lui-même. Des exceptions sont à noter, mais l’indécision de la majorité des prétendus révolutionnaires est symptomatique de leur absence de réelle clairvoyance politique. Divers arguments ont été invoqués pour justifier cette apathie, chacun plus ou moins absurde, mais tous attestant la réelle qualité opportuniste de ces appareils.

    Ce mouvement a déstabilisé les organisations trade-unionistes, habituées au confort des mobilisations et des revendications économiques syndicales. Sans les repères de leurs routines réformistes, celles-ci se sont trouvées désemparées. Le refus ou la renonciation à la lutte politique et idéologique dans cette mobilisation de masse, de la part de ces organisations, était encore une démonstration de l’état présent du mouvement communiste en France : faible numériquement et organisationnellement, certes, mais surtout politiquement, idéologiquement et théoriquement.

    L’arriération du mouvement communiste s’est exprimée y compris chez celles et ceux qui ont reçu positivement les Gilets jaunes, lorsque le rôle (d’avant-garde) des communistes a été nié ou négligé : l’impératif de mener activement la lutte politique et idéologique a été trop souvent substitué par celui d’une simple “participation”. »

    Notes sur la situation et la stratégie en France (2024)

    Ce document rassemble les « Notes sur l’économisme et le syndicalisme », « Notes sur le Parti communiste » et « Notes sur la conscience de classe » avec leur préface et postface.

    Dans ces documents, nous avons essentiellement essayé de faire 2 choses :

    • développer plus extensivement et intensivement ce qui n’est qu’évoqué dans Sur Unité communiste (d’où l’abondance de citations de ce document) ;
    • redécouvrir ce que les autrices et auteurs classiques du marxisme, particulièrement Lénine, ont à nous dire sur les problèmes concrets auxquels les communistes font face aujourd’hui en France (d’où l’abondance de citation de ces autrices et auteurs).

    Notes sur la situation et la stratégie en France s’adresse à un public communiste plus avancé que celui d’un document introductif comme Sur Unité communiste.

    « La théorie que Unité communiste porte et défend est le fruit d’un travail de recherche et d’étude intense et de longue date, certes, mais surtout de 20 ans d’expérience collective (de la lutte et de l’organisation syndicale, des sectes communistes, de la formation militante, etc.).

    Notre progression théorique, et avec elle, politique, n’est pas le fruit d’une meilleure étude des textes classiques, d’une plus attentive lecture de Marx, Lénine, Staline ou Mao, d’une plus intense méditation sur le sens de leurs mots, etc., mais d’abord d’une progression pratique collective et sur plusieurs années. Évidemment, et comme la profusion de citations dans ces documents le démontre, l’étude des dits classiques reste indispensable pour transformer l’expérience en guide pour l’action, la pratique en théorie. Se priver de cette qualité, certes “fossilisé”, desséchée sur le papier, mais cependant déjà constituée (déjà construite, et ce à un niveau élevé), serait renier la science révolutionnaire et ainsi se condamner à stagner.

    Cette synthèse théorique de notre pratique ne pourrait pas exister sans l’espace d’élaboration collective qu’est notre organisation. C’est par celle-ci que des vécus militants très différents peuvent former un sens commun. »

    L’ensemble de nos documents seront prochainement disponibles en format physique.

    Pour plus d’informations, contactez-nous à :

    unite.communiste.lyon@gmail.com

  • Sortir de l’individu — les violences sexuelles

    Ce texte se concentre sur les pays du centre impérialiste, particulièrement sur la France.

    Aucune organisation communiste ne peut totalement éviter qu’un agresseur rejoigne ses rangs, ou qu’un de ses membres ne devienne un agresseur. Cependant, grâce aux progrès amenés par les luttes féministes, aucune organisation ne peut actuellement ignorer les agressions en son sein, ou au sein des autres organisations. Les victimes s’expriment et dénoncent. Elles sont toujours trop peu soutenues, mais suffisamment soutenues pour pouvoir parler. Les choses évoluent : des vidéastes et des stars de télévision sont dénoncés et écartés de certains milieux, l’Abbé Pierre est répudié à titre posthume, l’Académie des César annonce suspendre, voire exclure, tout membre mis en cause par la justice pour violences sexistes ou sexuelles, et l’histoire de Gisèle Pelicot a eu un impact mondial — les exemples montrant une évolution ne manquent pas. Les luttes spontanées des femmes ont permis de toucher les masses, qui n’acceptent plus certains comportements. Cette transformation se traduit également par une montée de l’agressivité du camp de la défense patriarcale — la contradiction Homme-Femme s’intensifie à mesure que la Femme gagne du terrain, le patriarcat se défend.

    Cependant, la plupart des organisations communistes se contentent d’être à l’arrière-garde de cette lutte, et payent leur faible niveau vis-à-vis de la théorie et de la pratique féministe en ne protégeant pas suffisamment les victimes, et en protégeant trop souvent les agresseurs. Actuellement, l’une des principales causes de crise interne des organisations communistes françaises est la mauvaise prise en charge d’une situation impliquant une violence patriarcale.

    Nous nous intéresserons ici aux organisations ayant échoué à lutter contre les violences sexuelles, et donc, ayant échoué à lutter contre l’une des pires expressions du patriarcat.

    Souvent le même schéma se met en place : l’agresseur nie les accusations de violence sexuelle et l’organisation réagit de la même manière que la justice bourgeoise, c’est à dire, en demandant des preuves à la victime. Pourtant, il est impossible de fournir des preuves de ce type de violences, puisqu’elles ont lieu dans un contexte privé, sans témoin et sans traces.

    La victime aurait-elle donc dû se tourner immédiatement vers les forces de police afin de subir un examen médical et un interrogatoire humiliants ? L’appel à la justice bourgeoise lui aurait été reproché en prétextant une mise en danger de l’organisation ou une infraction au principe du centralisme démocratique. Et c’est en effet le cas puisque, outre le fait que la justice bourgeoise soit incapable de traiter les cas de violences sexuelles, une enquête expose l’organisation à la répression policière.

    Il n’existe aucune manière de prouver un viol !

    La défense de l’agresseur passe souvent par des attaques envers la victime. Tout est fait pour briser son image, la faire passer pour une personne manipulatrice, ou une aguicheuse ayant un comportement de « salope ». Pire, elle, et les femmes qui la soutiennent, sont accusées d’être des féministes radicales cherchant à détruire toute l’organisation.

    La défense de l’agresseur peut aussi passer par une ligne superficiellement progressiste. C’est-à-dire que certaines organisations partent du principe qu’il y aura toujours des hommes agresseurs, et que ne pas les réhabiliter, qu’être trop radical avec eux, serait se couper d’une partie de la classe ouvrière. Cette ligne politique est un non-sens puisque tous les hommes ne sont pas des violeurs — tous les hommes ont des comportements patriarcaux mais cela ne veut pas dire qu’ils sont tous des agresseurs — et que la plupart des hommes communistes ne veulent pas défendre des violeurs. Également, ce serait oublier que la classe ouvrière est composée… de femmes. Est-ce que les femmes s’engageront dans des organisations communistes, généralement à majorité masculine, alors que ces organisations assument avoir des membres ayant commis des violences sexuelles ? Enfin, les masses qui expriment une colère légitime contre les agresseurs sexuels n’auront jamais confiance en une organisation communiste protégeant des agresseurs. La classe ouvrière des pays impérialistes elle-même ne souhaite pas la réhabilitation des agresseurs. Ces organisations se mettent à dos une partie du prolétariat en refusant d’agir avec force et justesse, en refusant de développer et d’appliquer leur pouvoir anti-patriarcal.

    Nous pourrions décrire d’autres exemples de défense systématique des agresseurs. Mais, ces organisations font également des erreurs par manque d’expérience et ces erreurs sont graves puisqu’elles détruisent des vies. Pourtant, ces organisations ont au moins l’occasion de pouvoir tirer des leçons de leurs échecs afin de mettre en place des mesures qui fonctionneront dans l’avenir. Mais souvent, même les organisations prétextant s’être autocritiquées sur cette question ont tendance à commettre à nouveau les mêmes erreurs.

    Lorsque les organisations communistes gèrent les affaires de violences sexuelles en ne se concentrant que sur l’agresseur, sur l’avenir de l’agresseur et non sur l’avenir de l’organisation, alors elles oublient leur rôle de construction du Parti et de formation de cadres communistes.

    De quoi a besoin l’organisation ? De quoi ont besoin les cadres communistes en formation ? De quoi a besoin le mouvement communiste ?

    Deux choses sont importantes : trouver la ligne politique juste et appliquer cette ligne ; former des cadres communistes et participer à la reconstruction du mouvement communiste.

    Concernant les violences sexuelles et toutes les violences patriarcales la ligne juste est celle du combat contre ces violences.

    Comment combattre ?

    D’abord, en préparant la lutte, c’est à dire en créant une camaraderie forte permettant l’expression et le soutien des victimes et en formant les camarades à lutter contre les violences patriarcales. Puis, en combattant les agresseurs.

    Comment former des cadres communistes et contribuer à la reconstruction du mouvement communiste ?

    En trouvant et appliquant la ligne féministe juste et en développant la théorie et la pratique féministe. Il s’agit donc de prendre au sérieux le problème en amont, c’est-à-dire de former les femmes et les hommes mais également de construire un espace de travail théorique et pratique sur cette question ! C’est d’ailleurs l’un des intérêts à construire une organisation féministe au sein d’une organisation communiste.

    Lorsqu’une victime dénonce un agresseur, l’organisation a pour tâche d’appliquer la théorie de la lutte contre la violence patriarcale. L’heure n’est donc pas à la bienveillance envers l’agresseur, mais à l’application du pouvoir anti-patriarcal.

    La pratique de la lutte contre les agresseurs s’arrête souvent à la simple exclusion. Certaines organisations se perdent dans des tentatives de réhabilitation. Elles ne retiennent de l’échec de la justice bourgeoise que l’échec de la répression. Nous pensons que les communistes des centres impérialistes sont lâches. La plupart sont enthousiastes lorsqu’ils voient les maoïstes indiens mettre à mort des violeurs, pourtant, ici, ils n’imaginent pas faire plus que d’exclure les agresseurs du milieu militant — milieu généralement déserté après quelques années d’engagement. Il n’y a aucun développement de la lutte féministe, il n’y a qu’une fuite du problème.

    Ces organisations communistes invoquent parfois la peur de la répression afin de justifier l’absence de l’utilisation de la violence anti-patriarcale. Pourtant, cette excuse de la peur de la répression policière ne tient pas dans le cas de la lutte antifasciste. Pourquoi ? En pratique, ces communistes montrent que pour eux, il est pire d’être dans un groupuscule fasciste que de trahir la cause communiste en détruisant une femme.

    Ces communistes sont lâches et fainéants. Ils ne veulent pas appliquer leur théorie révolutionnaire, parce qu’ils n’y croient pas. Ils sont pourris par la corruption capitaliste et patriarcale. Si ces « révolutionnaires » ont peur de casser les genoux d’hommes ayant fait autant de mal à des femmes, à des camarades, à l’organisation et à tout le mouvement communiste, alors, comment comptent-ils faire la guerre de classe ?

    Quoi qu’il en soit, dans tous les exemples cités, une chose saute aux yeux : ces organisations ne défendent qu’elles-mêmes et ne prennent en compte dans leur analyse que la survie immédiate de leur organisation et que certains individus (la victime, l’agresseur, l’entourage). Est-ce digne d’une organisation communiste ? Ce que ces organisations ne comprennent pas, c’est que leur existence n’a pas d’importance. Ce qui importe, c’est l’impact que l’organisation a sur le réel. Ce qui importe, c’est le collectif, c’est toute la classe, à travers le monde et l’Histoire.

    Lorsqu’une victime accuse une organisation d’avoir un agresseur sexuel dans ses rangs, alors l’organisation doit abandonner l’idée de se défendre, puisqu’elle doit appliquer une ligne politique qui défend la Femme, c’est à dire qui défend toutes les femmes. Pas uniquement les victimes, pas uniquement les femmes de l’organisation, mais toutes les femmes, ici, maintenant, partout, demain.

    La « vérité » subjective n’est pas importante, ce qui est important c’est de trouver et d’appliquer la ligne juste — et la ligne juste ne sera jamais celle qui ne prend en compte que le petit groupe, mais celle qui prend en compte l’humanité entière. Ce n’est pas important de défendre la « vérité » de l’agresseur toujours considéré comme un camarade, ce n’est pas important de défendre la « vérité » de l’organisation. Ce qui est important c’est de lutter contre le patriarcat et de montrer dans la pratique qu’on lutte contre le patriarcat.

    Il est normal que les individus de ces organisations se sentent « attaqués » par des accusations de violences sexuelles, qu’ils et qu’elles aient peur de la destruction de ce qu’ils et elles construisent, qu’ils et elles soient persuadés que les tentatives de défense des victimes sont une attaque contre eux et elles. Ces sentiments sont normaux et font partie de l’aliénation capitaliste.

    Mais, qu’est-ce qu’une vie devant l’Histoire ? Qu’est-ce qu’un individu devant l’ensemble de l’humanité ? Qu’est-ce qu’une organisation devant toutes les organisations et Partis qui existaient, qui existent et qui existeront ?

    La réaction de ces organisations est celle des individus qui la composent (généralement celle de la direction), c’est-à-dire celle d’individus aliénés. Le capitalisme est le mode de production où l’individu est complètement déconnecté du collectif et de la nature. Par exemple, Marx1 explique que dans la Rome antique l’être humain est lié à la commune, il a une terre parce qu’il appartient à la commune, et cette terre est vue par lui comme condition première de son travail, comme prolongement de son corps. Ce rapport de l’humain à la commune, à la nature et au travail est similaire à tous les modes de production précapitalistes de classe. Mais, au cours du processus historique de progression vers le capitalisme, du processus historique de dissolution des anciens modes de production, l’être humain s’individualise.

    « Dans la société bourgeoise le travailleur est purement sujet, sans objet ; mais la chose qui lui fait face est devenue la véritable communauté : il cherche à la dévorer, mais c’est elle qui le dévore. »

    Au sein des pays du centre impérialiste, le pourrissement de l’impérialisme va de pair avec une aliénation jamais égalée. Nos esprits sont tués, nous sommes coupés du collectif, même la famille nucléaire est brisée, même les amitiés sont brisées, les relations sont superficielles. C’est la totale solitude qui crée le manque total de sens. Le vide ronge les esprits, certaines et certains ne tiennent debout que grâce à la sérotonine artificielle — en France un cinquième des « jeunes » sont dépressifs — voire s’imaginent « incarner » ce vide.2

    L’une des tâches des communistes est de libérer les individus de l’individualisme. L’esprit clanique qui règne dans les organisations et le traitement des violences sexuelles qui ne prend en compte que les individus sont des expressions de l’aliénation individualiste.

    La ligne juste concernant les agressions sexuelles, c’est-à-dire celle qui sort du point de vue des individus et de l’organisation (du « clan »), est celle qui doit être appliquée à la plupart des problèmes auxquels sont confrontées les organisations communistes des pays du centre impérialiste. Sortir de l’individu sur les questions relevant de la lutte anti-patriarcale permet de travailler à atteindre un développement supérieur de l’organisation et des cadres, non seulement sur les questions féministes, mais en général.

    Que veut dire être communiste ?

    Être communiste c’est construire l’unité communiste, c’est lutter afin que le collectif, pas uniquement celui de l’organisation mais tout le collectif, soit fusionné, et soit plus important que l’individu. C’est se dissoudre dans le collectif, dans le feu de la lutte, et devenir un individu libéré de l’aliénation individualiste, libéré de la solitude. Jusqu’au jour où, dans le communisme, nous aurons une connexion supérieure à la nature et au collectif.

    1 K. Marx, Formes antérieures à la production capitaliste, 1858.

    2 Au-delà de ce chiffre : « La dépression est une maladie très répandue : elle touche environ 280 millions de personnes dans le monde et l’Inserm estime à 20 % la part de la population française qui souffre au moins une fois dans sa vie de cette affection. » (« Tout savoir sur la dépression », Fondation pour la recherche médicale.)

  • Quelle libération en Syrie ?

    Introduction

    Le mercredi 27 novembre dernier, l’Organisation de libération du Levant (Hayat Tahrir al-Cham, HTC), a lancé une vaste offensive contre les positions du régime de Bachar al-Assad. Le vendredi 29 novembre dernier, le HTC est rentré dans Alep, et le lendemain, il contrôlait la ville alors que les troupes gouvernementales se retiraient. Actuellement, le HTC continue son offensive vers Damas, conjointement avec l’Armée nationale syrienne. Le HTC et l’Armée nationale syrienne sont aujourd’hui les deux principales forces antigouvernementales en Syrie.

    Fondé en 2017, le HTC est issu directement du Front Fatah al-Cham, qui est la scission d’Al-Qaïda en Syrie (le Front al-Nosra) d’Al-Qaïda en 2016 ; et de la fusion de divers groupes islamistes, dont certain issus de la décomposition de l’État islamique en Syrie. Depuis sa fondation, le HTC contrôle Idlib et dirige le Gouvernement de salut syrien.

    Le HTC a profité de l’état de faiblesse du Hezbollah au Liban et de la Russie (soutiens du régime de Bachar al-Assad), affaiblis dans leur guerre respective contre Israël et contre l’Ukraine, pour lancer son offensive sur une ligne de front alors figée depuis plus de 5 ans. Cependant, le HTC se prépare à une telle offensive depuis au moins 2020. La débandade des troupes gouvernementales, n’opposant aucune résistance sérieuse aux troupes rebelles à Alep, a stupéfait autant les observateurs internationaux que syriens — dont le régime de Bachar al-Assad lui-même.

    L’avancée fulgurante de HTC en Syrie, et la perspective prochaine de voir le régime de Bachar al-Assad chuter après plus d’une décennie de guerre civile, ont suscité beaucoup de réactions.

    La « libération nationale » ?

    Pourquoi défendre la lutte de libération nationale de HTC en Syrie ?

    Dans un précédent article1, nous avons posé la question « pourquoi défendre la libération nationale », et nous avons ainsi défini ce qu’est une lutte de libération nationale, et pourquoi les communistes doivent en tout lieu et en tout temps être à l’avant-garde de celles-ci. Les communistes doivent se battre avec et à la place de la bourgeoisie pour le contenu démocratique de la libération nationale, dont la révolution communiste a besoin. Sans révolution démocratique là où elle est nécessaire, la révolution communiste est impossible — d’une part, elle n’est tout simplement pas à l’ordre du jour politique des masses, et d’autre part, le développement du mouvement communiste est freiné par l’absence de droits démocratiques. Lorsque la bourgeoisie abandonne les tâches révolutionnaires bourgeoises, le prolétariat doit s’en emparer et les réaliser.

    La libération nationale, au sens marxiste, est une lutte nationale démocratique. Mais toutes les luttes nationales ne sont pas des luttes démocratiques, c’est-à-dire que toute libération d’une nation n’est pas une libération nationale au sens où nous l’entendons. Il peut exister des luttes de libération nationale qui ne sont pas des luttes démocratiques, c’est-à-dire dont le contenu démocratique est secondaire, et dont le contenu compradore ou féodal est principal. Cependant, ces luttes ne sont alors généralement pas qualifiées de « libération nationale », parce qu’elles laissent alors les communistes indifférents. Pourquoi ? Parce que cette « libération » n’est pas démocratique, elle est la libération d’une fraction des classes réactionnaires contre une autre.

    La lutte de « libération nationale » de HTC en Syrie est une de ces luttes.

    La Syrie est une semi-colonie dominée par les impérialismes russe et chinois, et disputée par les impérialismes occidentaux. La Syrie est un lieu de lutte directe entre les impérialistes challengers (russe et chinois) et les impérialistes hégémoniques (occidentaux), qui est à ce titre analogue à l’Ukraine.

    En toute circonstance, les communistes doivent appliquer une analyse de classe. La Syrie est aujourd’hui un pays semi-colonial, dominé par le capitalisme compradore (bureaucratique) et les vestiges féodaux.

    Quelles sont les classes en lutte aujourd’hui en Syrie ? L’État syrien que dirige Bachar al-Assad représente la bourgeoisie bureaucratique compradore. Le HTC représente les féodaux. Ni la bourgeoisie bureaucratique compradore de l’État syrien, ni les féodaux de HTC ne portent un contenu démocratique, car ce ne sont que deux classes réactionnaires en lutte pour la domination de la Syrie, c’est-à-dire la gestion du capitalisme compradore (bureaucratique).

    Qu’est-ce que le « capitalisme semi-féodal » ? Comment le capitalisme peut-il être « semi-féodal » ? Prochainement, un article dédié au problème de la relation entre féodalisme et libération nationale donnera une réponse satisfaisante à ces questions. Cependant, nous pouvons déjà affirmer ce qui suit :

    Le mode de production féodal a disparu avec l’apparition et l’extension mondiale du mode de production capitaliste. Cependant, dans les pays semi-coloniaux, le capitalisme qui s’est développé est un capitalisme semi-féodal, à la campagne. Ces pays sont semi-coloniaux semi-féodaux, parce que leurs modes de production sont le capitalisme semi-colonial et le capitalisme semi-féodal. Dans ce dernier, des élites sociales précapitalistes, issues du mode de production féodal, dominent toujours. Ces élites sociales dites « féodales » sont les propriétaires terriens. Dans les semi-colonies, même lorsque le capitalisme semi-féodal cesse d’être dominant à la campagne (par exemple, des suites d’une réforme agraire), et que le capitalisme compradore (bureaucratique) devient dominant sur tout le territoire (y compris à la campagne), les rapports de production semi-féodaux et les élites féodales peuvent subsister dans des vestiges féodaux.

    En Syrie, les élites féodales sont les chefs religieux et les chefs tribaux (cheiks). Ce sont les élites féodales syriennes qui sont la direction politique de HTC.

    La lutte nationale de HTC n’a pas de contenu démocratique, elle est principalement réactionnaire.

    Soutenir le HTC dans sa lutte contre le régime de Bachar al-Assad, c’est soutenir une alliance dirigée par des élites féodales dans sa lutte contre la bourgeoisie bureaucratique compradore, c’est-à-dire prendre parti dans la lutte réactionnaire entre deux classes dominantes pour la domination du semi-colonialisme en Syrie. Le HTC n’a pas d’autres projets que d’intégrer la bourgeoisie bureaucratique compradore et de devenir sa fraction dominante à la place de celle de Bachar al-Assad.

    La lutte de libération nationale de HTC n’est pas une lutte démocratique. Elle n’est dirigée que contre la fraction au pouvoir de la bourgeoisie bureaucratique compradore, et ne subvertit en rien le semi-colonialisme. Est-ce que le HTC combat l’impérialisme, le capitalisme compradore (bureaucratique) et les vestiges féodaux ? Non. Au contraire, il se propose d’être leur nouveau champion en Syrie.

    Le « moindre réactionnaire » ?

    Certains communistes défendent que soutenir la lutte réactionnaire d’une classe réactionnaire serait justifié en Syrie par l’ignominie du régime de Bachar al-Assad. Si personne ne peut contester ladite ignominie, cela ne représente en rien un argument de classe, c’est-à-dire la justification d’une position révolutionnaire !

    Les spéculations selon lesquelles le HTC serait préférable au régime de Bachar al-Assad ne sont basées sur rien de sérieux, et surtout, sur aucune analyse de classe ! Le HTC promet de respecter les minorités religieuses et de mettre fin au régime de terreur de Bachar al-Assad, mais depuis quand les communistes sont-ils réduits à écouter et croire les promesses qu’une classe réactionnaire fait dans sa lutte pour l’accession au pouvoir ?

    Les communistes doivent défendre l’autonomie politique de classe du prolétariat, et ne pas se rabaisser à soutenir le « moindre réactionnaire », qui finit toujours par ne plus être « moindre ». Lorsque des tâches révolutionnaires démocratiques existent, comme c’est le cas dans les pays (semi-)coloniaux, (semi-)féodaux ou fascistes, les communistes doivent adapter leur stratégie révolutionnaire aux conditions concrètes de la lutte. Dans la révolution démocratique, les communistes peuvent s’allier avec la bourgeoisie progressiste pour réaliser les tâches démocratiques. Mais cette alliance, ce n’est jamais soutenir une classe moins réactionnaire qu’une autre dans sa lutte réactionnaire. Premièrement, les communistes ne doivent défendre que ce qu’il y a de progressiste dans la lutte de la bourgeoisie, c’est-à-dire sa lutte pour les droits démocratiques (contre l’oppression nationale, le féodalisme ou le fascisme). Deuxièmement, les communistes ne doivent jamais se placer sous la direction de la bourgeoisie progressiste, c’est-à-dire ne jamais sacrifier l’autonomie politique de classe du prolétariat. Les communistes doivent mener la lutte démocratique pour leurs propres fins, et dans celle-ci ils doivent trouver autant d’alliés que possible, mais ils doivent diriger leur alliance pour que celle-ci serve leurs fins. Aucune analogie avec la stratégie du front uni démocratique ne peut justifier de soutenir « le moindre réactionnaire ».

    Choisir le « moindre réactionnaire », ce n’est jamais une position révolutionnaire, et ce n’est jamais une position scientifique non plus. Croire sur parole ce qu’affirme le HTC, ce n’est ni plus ni moins qu’un exercice de pensée désidérative (wishful thinking), c’est-à-dire accorder du crédit au HTC parce que nous désirons qu’il soit préférable à Bachar al-Assad, et non pas parce que nous avons de bonnes raisons de le penser. Cela revient à ignorer l’analyse de classe et à lui préférer les discours. Bien sûr, l’horreur réactionnaire du régime de Bachar al-Assad rend compréhensible une telle déviation, mais le rôle des communistes est précisément de maintenir une position de classe révolutionnaire. Sinon, nous sommes condamnés à abandonner toute stratégie et à nous contenter d’allers-retours permanents entre « moindres réactionnaires ».

    Par exemple, pendant la 1re Guerre mondiale inter-impérialiste, il est vrai que la IIIRépublique était moins réactionnaire que le IId Reich, et il est vrai aussi que le IId Reich était moins réactionnaire que l’Empire tsariste. Idem, pendant la Guerre froide, il est vrai que l’URSS révisionniste et social-impérialiste était moins réactionnaire que les USA. Alors, que faire ? Pendant la 1re Guerre mondiale inter-impérialiste, aurait-il fallu défendre la guerre de l’impérialisme français contre l’impérialisme allemand, et la guerre de l’impérialisme allemand contre l’impérialisme russe ? Pendant la Guerre froide, aurait-il fallu défendre le révisionnisme et le social-impérialisme soviétique contre l’impérialisme américain ? Non.

    La différence entre l’alliance et la liquidation, entre le compromis tactique et la compromission stratégique, c’est l’autonomie politique de classe.

    La « résistance islamiste » ?

    Certains communistes inscrivent le HTC dans la continuité d’un mouvement de résistance islamiste au Moyen-Orient, notamment parce que celui-ci a affirmé son soutien au Hamas et au Jihad islamique palestinien (JIP).

    Dire qu’une organisation est « islamiste », c’est ne rien dire. Pas seulement parce que ce terme amalgame une infinie diversité religieuse et politique, mais parce qu’il ne nous dit rien de la nature de classe de l’organisation en question.

    Ainsi, le Hamas est un mouvement nationaliste bourgeois ; le JIP est un mouvement nationaliste petit-bourgeois ; l’État islamique en Syrie et en Irak est (pour ce qu’il en reste) un mouvement fasciste-féodal ; et les talibans, Al-Qaïda et le HTC sont des mouvements féodaux.

    Si chacun de ces mouvements peut être qualifié de « mouvement de résistance », la nature de classe de cette résistance diffère entre chacun d’eux, et avec elle, l’existence ou l’absence d’un contenu démocratique. Un mouvement de résistance peut être progressiste ou réactionnaire, c’est-à-dire mener une lutte démocratique de libération nationale ou non, selon sa nature de classe.

    Par exemple, voilà ce que nous dit le Parti communiste (maoïste) d’Afghanistan sur le mouvement de résistance des talibans :

    « Le C(M)PA ne considère pas les luttes armées des talibans contre les occupants américains et leur régime fantoche comme des luttes armées de libération nationale, mais les considère comme une guerre de résistance réactionnaire qui cherche à mettre fin à la situation coloniale du pays afin de préserver une situation semi-coloniale.

    […]

    Il est évident pour nous que les luttes armées menées par les différents groupes d’Al-Qaïda et de l’État islamique contre les forces américaines et russes dans un certain nombre de pays arabes ne sont pas des “luttes armées de libération nationale”, mais plutôt une résistance réactionnaire contre elles. […] »2

    De plus :

    « Les forces réactionnaires panislamistes telles que l’État islamique, Al-Qaïda, les talibans d’Afghanistan et du Pakistan, ainsi que les mouvements islamistes qui s’appuient sur ces forces et en sont proches dans d’autres pays du Grand Moyen-Orient, y compris en Afrique du Nord, ailleurs en Afrique et en Asie centrale, [sont les] représentant [des] intérêts du féodalisme et de la bourgeoisie compradore, soit en guerre contre les forces d’occupation impérialistes, soit en relation avec les États réactionnaires de la région […]. »3

    Comme vu plus haut, la nature de classe de HTC et de sa lutte le distingue nettement d’autres mouvements islamistes du Moyen-Orient, comme le Hamas et le JIP, qui mènent une lutte démocratique de libération nationale. Le Hamas et le JIP luttent contre le colonialisme en Palestine, le HTC ne lutte pas contre le semi-colonialisme en Syrie. Le Hamas et le JIP sont respectivement bourgeois et petits-bourgeois, le HTC est féodal. La lutte du Hamas et du JIP représente les intérêts matériels et politiques des masses populaires palestiniennes, la lutte de HTC représente les intérêts des féodaux syriens.

    Évidemment, une partie des masses syriennes est engagée dans le HTC, ou le soutient, mais cela ne change pas sa nature de classe, c’est-à-dire les intérêts qu’il représente : ce qui importe, c’est sa direction politique. Par exemple, une partie des prolétaires et des petits bourgeois palestiniens sont engagés dans le Hamas, ou le soutiennent, mais cela ne change pas sa nature bourgeoise, parce que sa direction politique est bourgeoise.

    Du point de vue révolutionnaire communiste, mais aussi du point de vue des masses syriennes, la victoire éventuelle de HTC ne serait pas une avancée par rapport au statu quo.

    1 « Pourquoi défendre la libération nationale ? », Unité communiste, 4 juillet 2024.

    2 « A Glimpse at the Joint International Statement of the Eight Latin American Maoist Parties and Organizations », Shola Jawid, juin 2018.

    3 Ibidem.

  • Nous saluons le TKP-ML à l’occasion de son IId congrès !

    Nous saluons le Parti communiste de Turquie — marxiste-léniniste (TKP-ML) à l’occasion de son IId congrès !

    Dans les conditions économiques et politiques difficiles que connaît aujourd’hui la Turquie, le TKP-ML a convoqué et tenu son IId congrès. Depuis la France, nous l’avons reçu avec un grand enthousiasme, pour plusieurs raisons qui sont selon nous importantes non seulement pour la lutte des révolutionnaires en Turquie mais aussi pour celle des révolutionnaires en France.

    Nous pensons que le TKP-ML donne un exemple dans son application de la méthode scientifique communiste aux problèmes de la révolution en Turquie.

    Nous saluons l’analyse de la transformation des conditions objectives et des tâches révolutionnaires en Turquie, avec l’observation de la transformation des rapports de production semi-féodaux à la campagne, et la priorité donnée au travail dans le prolétariat urbain.

    Nous saluons l’affirmation que la révolution en Turquie doit être menée par la lutte armée du début jusqu’à la fin.

    Dans l’histoire du mouvement communiste, le changement des conditions et des tâches de la lutte révolutionnaire a souvent été l’occasion d’une victoire pour l’opportunisme de droite ou de gauche.

    Les opportunistes de droite ont plusieurs fois invoqué la transformation des rapports de production semi-féodaux pour renoncer à la lutte armée et adopter le légalisme bourgeois, sous prétexte d’adapter la stratégie révolutionnaire aux nouvelles réalités. À l’inverse, les opportunistes de gauche ont plusieurs fois refusé de voir toute transformation dans les rapports de production, et ont donc refusé d’adapter leur stratégie aux nouvelles réalités. Les opportunistes de droite et de gauche esquivent chacun à leur manière les problèmes concrets de la pratique et de la théorie révolutionnaires, et condamnent la révolution.

    Nous pensons que l’affirmation du TKP-ML sur la lutte armée continue du début jusqu’à la fin de la révolution en Turquie contient une portée en partie universellement juste dans toutes les révolutions — que doivent retenir tous les révolutionnaires. Il n’y a pas de révolution sans lutte armée. Celle-ci ne peut pas être simplement attendue. La lutte armée ne naît pas spontanément, pas plus que la lutte pour le pouvoir politique. Le problème de la lutte armée se pose différemment dans chaque révolution, mais il se pose toujours. Chaque révolution doit être faite selon sa propre stratégie correspondant à ses conditions particulières. Mais dans tous les pays, les révolutionnaires ne doivent pas attendre une situation révolutionnaire pour poser la question militaire et préparer la conquête armée du pouvoir !

    La révolution communiste en France sera très différente de la révolution démocratique en Turquie, mais il n’est possible d’apprendre à faire la guerre qu’en la faisant. La pratique de la guerre de guérilla urbaine en Turquie est une expérience nouvelle et précieuse pour la théorie de la guerre révolutionnaire en général, y compris dans les pays capitalistes-impérialistes comme la France.

    Nous saluons l’affirmation de l’engagement dans la libération nationale des peuples opprimés de Turquie, car la lutte des peuples de Turquie contre le chauvinisme et le racisme et pour leur droit à disposer d’eux-mêmes fait partie de la révolution démocratique en Turquie.

    Nous saluons l’affirmation du rôle d’avant-garde de la libération des femmes, car le combat des femmes contre le patriarcat et pour l’égalité de genre fait partie de la révolution démocratique en Turquie, et qu’elle est décisive pour l’organisation des masses de femmes.

    Nous saluons l’affirmation de l’importance du front uni démocratique dans la révolution démocratique en Turquie, qui existe actuellement dans le Mouvement révolutionnaire uni des peuples (HBDH) et dans le Mouvement révolutionnaire uni des femmes (KBDH), pour unir tous les révolutionnaires dans leur lutte commune.

    Nous pensons que ces affirmations sur la nécessité de la libération nationale des peuples opprimés, de la libération des femmes du patriarcat, et du front uni, contiennent également une portée en partie universellement juste dans toutes les révolutions — que doivent également retenir tous les révolutionnaires.

    Le TKP-ML est pour nous une source d’enseignements et d’inspiration dans la lutte pour la reconstruction d’un Parti communiste et d’un mouvement révolutionnaire dignes de ce nom en France. Le TKP-ML est un guide pour les militantes et militants révolutionnaires de France.

    Vive le TKP-ML, la révolution démocratique en Turquie, l’internationalisme prolétarien et le marxisme-léninisme-maoïsme !

  • Feminist dictatorship

    The slogan of our latest visual, “Feminist Dictatorship”, promotes a concrete project that stands both in continuity with Marxism — a step in resolving the contradiction between Man and Woman — and in rupture with the communist movement, especially with the virilist culture of the French militant movement. In this text, the contradiction between Man and Woman must be understood as a synonym of patriarchal domination (among feminists), or as a synonym of the family structure (according to Engels). What we describe as Man and Woman is a description of the social construction of gender.

    I. Continuity with Marxism

    1. Feminism is bourgeois

    One of the reasons why communists do not claim to be feminists is because feminism is bourgeois: feminism defends all women regardless of their class. However, whether a struggle or an ideology is bourgeois or not does not make it insignificant. That is obvious when speaking of struggles for national liberation1, but it is less so when speaking of defending women’s political interests and, consequently, of attacking men’s privileges (including proletarian men).For example, in a colonial or a semi-colonial country, and therefore in cases of struggles for national liberation, the principal contradiction is between the oppressed people and imperialism; the contradiction between the proletariat and the bourgeoisie is secondary.In order to have a proletarian revolution, a democratic revolution is necessary at first, a phase of development for democratic duties, which is, thus, bourgeois — it is the uninterrupted revolution by stages coined by Lenin. In a country of the imperialist center, the principal contradiction is between the proletariat and the bourgeoisie, while the contradiction between Man and Woman is secondary.

    When we say that a contradiction is principal, we must understand what phenomenon we are referring to, because a principal contradiction is the main determinant of a particular phenomenon. A contradiction is principal in a given time and place, in a particular temporal and spatial scale.

    In imperialist countries, the principal contradiction is between Labor and Capital, therefore, the principal contradiction for women from imperialist countries is between Labor and Capital. But in a million of moments in a woman’s life, in every interaction she has with men, the principal contradiction which determines the interactions between men and women is the Man-Woman contradiction. When we speak of the daily life of a woman, we change the analysis’s time and place. For instance, when a woman walks in the street and comes across a group of men, what determines her immediate future is not her social class but her gender. When a woman is sexually assaulted by her boss on her working place, it is not because of her social class but because of her gender. Therefore, even if the principal contradiction is always the Capital-Labor contradiction, for all women and for a woman during all her life, the principal contradiction in her daily life is the Man-Woman contradiction. The main determinant is patriarchal violence.

    We only talk about women in the imperialist center for two reasons. Firstly, the formation of a labor aristocracy in imperialist centers alleviates the felt violence of the Capital-Labor contradiction. Secondly, in the imperialist centers, the progress of women’s democratic rights and legal equality show that the violence of patriarchy is deeper than what communists believe. Man’s violence on women aims at reminding them their place in the relations of production: regardless of legal equality, women are still inferior and exploited for their unpaid domestic reproductive work. Moreover, this legal equality makes Man’s resistance even more violent: it is the emergence of the masculinist movement.

    To take part in the class struggle, to be in a communist organization, a woman must be a feminist and a communist. It is not right to see things unilaterally and to grow one aspect without the other — to become communist without being feminist. Unilateralism is always between two aspects of a contradiction; we speak here of the contradiction between women’s liberation and the proletariat’s liberation. A communist woman who is not feminist will end being caught by the Man-Woman contradiction. A feminist woman who is not communist will be caught up by the class contradiction and will not be able to change the world.

    More generally, feminism without class struggle is doomed to failure because capitalism leans on patriarchy. The bourgeois feminists are bound to face a limit where, eventually, they will see that women’s interests as a whole and capitalism are not compatible. Therefore, it is impossible that feminists lose themselves in defending capitalism without sacrificing feminism itself. But some of them will do so. We can take an extreme example: the “feminist” far-right group Némésis. They based their propaganda on the fight against immigration, while leaning on feminism; more specifically, while struggling against street harassment, sexual and gender-based violence (SGBV), slut shaming, etc. However, they currently champion the duty of procreation for white women, thus moving towards the most reactionary positions possible for women, chaining them to a role as procreators. These far-right women defend their reactionary ideas before defending women. The mainly bourgeois feminist movements are bound to end in the same way: defending the bourgeoisie before defending women.

    Communists limit themselves to seeing the women’s liberation only by the socialization of the production, by women’s access to participation in this production and by the socialization of domestic work. Today, this analysis is outdated — the struggle for woman’s liberation must also be a political struggle — but without the socialization of production, patriarchy cannot be overthrown either. Patriarchy is materially reproducedby the capitalist mode of production. If women are economically dependent on men, how could they fight for political rights? Feminism must coincide with class struggle, towards a proletarian line.

    Women’s democratic rights (legal and economic ones) have made progress in imperialist countries. Today, in France, almost half of the workers are women, women have access to higher education, they have the right to vote, to financial independence, etc. An economic division and a division in domestic work still exist. But women have access to social production, they are part of the proletariat. However, it is obvious that access to production does not reduce patriarchal violence: street harassment, work harassment, rape, feminicides, etc., are no more than reminders that Woman’s place is in the home — in the private sphere, and not in the public one. Even under passed dictatorships of the proletariat, progress in legal and economic equality has permitted a progress in the women’s struggle, but patriarchy was still omnipresent.

    Class struggle cannot go without feminism. Every revolutionary communist movement, or close to communists, saw the development of women’s movements and the mobilization of women. Whether it be on the military, civil on theoretical level. Class struggle requires the proletariat’s mobilization, and especially the proletarian women’s mobilization. Proletarian women are the heart of the class struggle; they are the ones who organize and who conceive the collective. Whether it be during the revolution or during the dictatorship of the proletariat, women’s mobilization is a necessity. One of the striking recent examples is obviously the women’s struggle in Rojava, where the women’s guerillas are not only a military advantage, but also a political one, because the women’s movement is the most progressive one: women have a greater interest in transforming the world.

    The class struggle needs emancipated and trained revolutionary women, who are conscious of the necessity to change the world. Revolutionary women need a healthy space of camaraderie and thus need feminist rules of discipline imposed to both men and women.

    2. In what ways does feminist dictatorship align with Marxist orthodoxy?

    When we want to change society, it is important to study every contradiction within it, and not only the principal contradiction. Therefore, as Marxists, not only do we study the class struggle and its movement, but also other contradictions. The contradiction between Man and Woman is secondary, but it is an important contradiction, which regularly becomes the principal contradiction in everyday life, and in the life of communist sects, as we saw in the preceding part.

    “It is essential to clearly distinguish between principal and secondary contradictions in each context, because without a correct analysis of the world, there can be no correct strategy. But we must not misunderstand the meaning of ‘principal’ and ‘secondary,’ nor draw erroneous conclusions about the political agenda. A determining factor is not judged to be principal or secondary on the basis of strictly quantitative criteria, by adding up experiences to calculate a ‘total’ measure of exploitation, domination, alienation, violence, etc. What makes it principal is a qualitative question: what is the role of this relationship in society? Nothing is fixed: in history, a principal contradiction can become secondary, and vice versa. Similarly, this transformation can take place on a general (worldwide) scale or be limited to a particular scale (a crisis situation, a country, etc.). Nor should we believe that the principal contradictions came first and then produced the secondary contradictions. All contradictions have their own genealogy and autonomy (even if none are independent).

    To say that an oppression is ‘secondary’ can sometimes be interpreted as disregarding the suffering and trauma associated with it, and relegating it to a position of lesser political importance (a secondary struggle). This is not the case. When we say that a contradiction is secondary, we are saying that it is more determined than determining in the system of contradictions — in History. In a given society, a social contradiction is not judged to be principal or secondary according to its impact on individual trajectories (on each person’s life), but on social trajectories (on that society). At the microscopic level (biographical, i.e., individual), all social contradictions overlap and are experienced intertwined, but at the macroscopic level (historical, i.e., social), degrees of importance and non-trivial relationships can be detected — the assessment of the principal and the secondary is a question of magnitude in time and space.

    […]

    Applied to the problem of women’s emancipation, what should we deduce from this reasoning? The Man-Woman contradiction is, along with the Society-Nature contradiction, the oldest social contradiction in History. From principal contradiction, it became secondary with the emergence of classes — which it enabled. Is the struggle against patriarchy therefore a secondary struggle? No, because the struggle to resolve all contradictions is on the political agenda of communists — we are the most progressive force possible. Communism is a society without historical social contradictions, and the immediate task of communists is therefore to address and resolve all the contradictions of History. […]2

    This contradiction must be studied seriously, so that we can find solutions towards its sublation. The contradiction’s resolution does not lie in the affirmation of one element over the other — though the way towards its sublation may temporarily require the affirmation of one element over the other — the contradiction’s resolution lies in the contradiction’s sublation, the negation of the negation. For example, the proletariat must take power, which shall then be exerted on the bourgeoisie: it is the dictatorship of the proletariat, aiming at the annihilation of both classes. It is the same thing for Man and Woman: we shall go through a phase of feminist dictatorship, in which Woman shall annihilate Man’s domination, to annihilate Man and Woman, i.e., annihilate gender. The dictatorship of the proletariat will allow for the implementation of feminist dictatorship — and of total ecology, as part of the resolution of the contradiction between Society and Nature. Sexual differences will still exist after the abolition of gender, but the social distinction between Man and Woman created by human society will no longer exist.

    By saying that gender shall be destroyed, we place ourselves in continuity with the TKP-ML comrades, who teach their male cadres to “kill the Man within them”, i.e., to kill patriarchywithin them. By these words, they do not say that all male communists shall be castrated. They say that one must kill Man as a social entity. Similarly, feminist dictatorship kills both Man and Woman as social entity. That is to say that we must destroy men’s domination as well as women’s submission. We must destroy virilist camaraderie, the sexual predator, the petty tyrant, the selfish one, etc., as well as feminine competition, jealousy, submission, the mother, passivity, the prey, the object, etc. Women kill the Woman in them, without becoming the Man.

    The dialectical sublation of the Man-Woman contradiction implies the creation of a new human and therefore implies thinking and building fragments of this new human starting now. As long as this contradiction exists, we will still be Man and Woman, current humans are necessarily Man and Woman. But this fatality does not prevent us from finding piecesof transition which shall make us go towards a better way of functioning, at least within communist organizations. We can work on this question starting now the same way we are working on the question of socialist transition without being in a dictatorship of the proletariat. To kill Man and Woman, to kill gender, means that we shall concentrate ourselves on the creation of something else. We will start from the study of the Man-Woman contradiction in society, in History and in our communist organizations. We will speak and debate honestly of what lies deep inside each and every one of us, without fear of what may be ugliest. We will look straight in the eyes of the monsters inside of us and we will confront them. We start from reality in order to transform it, as we do with other contradictions.

    Here, we do not speak of the “deconstruction” belonging to the intersectional approach. Intersectionality is a postmodern theory that only looks for a mechanical negation of the Man-Woman contradiction, and not for a dialectical one. That is to say that postmodern theories give up on the understanding and on the transformation of the world, therefore, their analysis and their action focus solely on individual change. Intersectionality is reformist, not revolutionary. We want individual transformation through collective transformation, and collective transformation through individual transformation — the individual and the collective are opposites, they are linked and identical. Such transformation can only be total through the transformation of the world, i.e., by the transformation of the reality in which humans live and which they reflect.

    The establishment of feminist dictatorship will take place through the establishment of the dictatorship of the proletariat, i.e., through the period of transition towards socialism and then communism, towards the end of the contradictions of History. Dictatorships of the proletariat which have been established in the past were eras of research, of attempt and of failure. They were eras during which class struggle intensified and took unexpected forms, like the reconstruction of the bourgeoisie within the Communist Party. Communists have underestimated the resilience of the capitalist mode of production from the inside. The way we must take regarding feminist dictatorship is equally complex; we mustn’t underestimate patriarchy’s strength and resilience.

    In the past, when communists have taken power, they were “in advance” regarding the evolution of their mode of production and they had to find means in order to hasten the transition without pushing the economy or the population around (developing the productive forces while turning the relations of production upside down). They were also in advance regarding other contradictions, particularly the Man-Woman contradiction. Thereby, in the USSR and in the Popular Republic of China, women gained rights without there being a structured women’s movement, without demands, without a significant struggle. These rights came from above; they were given by the Communist Party which wanted to mobilize proletarian women. Obviously, these lines have won mainly thanks to communist women’s struggles inside the Party and throughout History. But they started with texts written by men: Engels regarding the destruction of the family, Lenin regarding supporting the creation of women’s organizations.

    Women are present since the origins of Marxism. Jenny, Jenny (daughter), Laura and Eleanor Marx are easy to forget because they have been partially erased from Marxist history by Marxists and due to their gender (especially their role as mothers, except for Eleanor). However, the Marx women have taken part in Karl’s and Friedrich Engels’s works, through debates, corrections or research. It is particularly the case for Eleanor, who assisted her father to the point where he said “she is me”. She also fought for Marxism to prevail within the Second International. She died because of a man. From our history, we only remember great names because we have a bourgeois vision of History, created by “great men”. This bourgeois vision of History and of the communist struggle is cultivated by the cult of personality surrounding some Marxist theoreticians, but also by the ego and the individualism of some current authors from communist organizations. However, we believe that a theory is always developed collectively, from a collective practice. For that matter, that is why we do not have authors and only have texts written by Unité communiste.

    Marxist history is the movement and the connection of multiple individuals which resonate across time and space. Even though these individuals are mainly men, the links between men are very often created by women, by Eleanors. Women are at the heart of Marxism, at the heart of our history, and yet they remain invisible.

    3. But what is feminist dictatorship?

    To describe feminist dictatorship, we start with the concept of the dictatorship of the proletariat. The contradiction between Man and Woman is, obviously, different from the contradiction between the proletariat and the bourgeoisie, but we can get inspiration from works carried out in order to find a solution to the latter — i.e. destroying classes — in order to find a solution to the Man-Woman contradiction — i.e. destroying gender. In a bourgeois democracy, the bourgeoisie imposes its power on other classes. This inevitably leads to the overthrow of the bourgeoisie’s power by the proletariat and to the proletariat imposing its power on other classes. The dictatorship of the proletariat is temporary and transitory, and it aims at destroying the proletariat itself. Though this phase is short on the scale of History, it lasts for multiple decades, or even more. The proletariat has no choice but to seize power through violence, as the dominant class imposes its power through violence. To be able to break it, one needs an even greater violence. The proletariat has no choice but to organize itself and to transform itself to be able to take power and to practice power.

    In the balance of power between Man and Woman, Man imposes a certain level of violence by physically and psychologically destroying Woman, by all possible means. Women have no choice but to seize power by force to break Man’s power. Such strength shall be built through organization and revolutionary women’s transformation.

    Just like the dictatorship of the proletariat, such power shall represent the Woman’s long-term interests and not the immediate interests of female individuals. Woman’s long-term interests, like the proletariat’s long-term interests, are humanity’s long-term interests — liberated from class society and gender. Such logic can also be applied to the concept of total ecology: a dictatorship of the preservation of ecosystems and of life in general, in line with long-term interests.

    The struggle for feminist dictatorship must start now. By taking power now within communist structures, and thus by performing better than men comrades, by imposing positive discrimination measures, women will more massively and more often hold positions of power during the revolution and during the dictatorship of the proletariat. Simultaneously, men comrades shall be actively trained to communist feminism and must become true “allies” of the feminist struggle, they must betray their gender deep inside themselves — like all bourgeois communists betray their class.

    Of course, some comrades, both men and women, will resist this profound transformation — men much more than women. This is a normal reaction to any transformative process — cognitive ways of functioning are difficult to change —, and to the risk-taking required of women and to the loss of privileges for men. However, this transformation is no different from the one required to become a communist cadre: it is part of the cadre training. A militant becomes communist cadre after multiple years — often after multiple decades — of collective practical, theoretical and ideological work, i.e., after years of political militancy in one organization or in multiple organizations. Militants must be taught to kill the Man and the Woman, just like they must be taught to accept transformation, studying and humility, they must be taught to think collectively, to serve the people, to live a healthy life, etc. The cadres’ assets are not innate; cadres are not born as they are: cadres are individuals who seek to reach the maximum of their potential, because they are devoted to a superior cause — communism.

    Feminist communists shall implement feminist dictatorship during the dictatorship of the proletariat, by arming themselves with everything that the dictatorship of the proletariat will provide them with. First, an acceleration towards economic independence and the socialization of domestic labor, thereby leading to a decreasing domination of Man on Woman, to a transformation of the relationships between men and women and to a transformation of their mentality. Secondly, a state repressive force enabling the re-educationby forceof those who defend Man’s domination and enabling the creation of armed feminist brigades. Thirdly, a feminist education among the people and the mobilization of the masses.

    Feminist dictatorship won’t be possible without the mobilization of the masses, particularly that of women themselves, because the Man-Woman contradiction touches on the realm of private life and of intimacy. Feminist dictatorship won’t be possible as long as women accept their state of submission and fight actively against “their” men.

    Women’s mobilization as a whole allows the balance of power to be truly shifted where it is most needed, where it is most unattainable for communists. Feminist dictatorship will go through periods of step-back if it does not reach women and private life enough, though private and public life are linked. Women’s mass movements shift the balance of power in private life, the balance of power shifting in private life allows the mass movement to intensify: a superior mass movement. To have millions of organized people in the streets allows the struggle for women’s power against men inside the family and inside spaces of patriarchal domination to intensify. To attack such patriarchal domination daily makes it possible to get involved in the collective balance of power, in the mass movement. Mass movements thus resolve the contradiction between the private and public spheres, enabling progress towards the resolution of the Man-Woman contradiction.

    4. Have there been elements of feminist dictatorship throughout the communist movement’s history?

    We can see elements and scraps of feminist dictatorship in communist theory and practice, as different communist Parties have taken measures to move towards the resolution of the Man-Woman contradiction, and not to respond to spontaneous claims from women.

    First, Engels, very early on, spoke of the necessity of destroying the family — destroying the family as we now refer to it as destroying patriarchy.

    “Thus when monogamous marriage first makes its appearance in history, it is not as the reconciliation of man and woman, still less as the highest form of such a reconciliation. Quite the contrary. Monogamous marriage comes on the scene as the subjugation of the one sex by the other; it announces a struggle between the sexes unknown throughout the whole previous prehistoric period. In an old unpublished manuscript, written by Marx and myself in 18463, I find the words: ‘The first division of labor is that between man and woman for the propagation of children.’ And today I can add: The first class opposition that appears in history coincides with the development of the antagonism between man and woman in monogamous marriage, and the first class oppression coincides with that of the female sex by the male. Monogamous marriage was a great historical step forward; nevertheless, together with slavery and private wealth, it opens the period that has lasted until today in which every step forward is also relatively a step backward, in which prosperity and development for some is won through the misery and frustration of others. It is the cellular form of civilized society, in which the nature of the oppositions and contradictions fully active in that society can be already studied.4

    Here, Engels states that the first division of labor is the division of labor for “the propagation of children” between male and female5. For him, the Man-Woman contradiction appears at the same time as the first class division?

    “Within the family he is the bourgeois and the wife represents the proletariat. In the industrial world, the specific character of the economic oppression burdening the proletariat is visible in all its sharpness only when all special legal privileges of the capitalist class have been abolished and complete legal equality of both classes established. The democratic republic does not do away with the opposition of the two classes; on the contrary, it provides the clear field on which the fight can be fought out. And in the same way, the peculiar character of the supremacy of the husband over the wife in the modern family, the necessity of creating real social equality between them, and the way to do it, will only be seen in the clear light of day when both possess legally complete equality of rights. Then it will be plain that the first condition for the liberation of the wife is to bring the whole female sex back into public industry, and that this in turn demands the abolition of the monogamous family as the economic unit of society.6

    Just as legal equality in the democratic republic between the proletarian worker and the bourgeois intensifies the class struggle and highlights the necessity of the socialization of production, legal equality between Man and Woman sheds light on the necessity of Woman’s participation in social production. For Woman to take part in production, patriarchy as the economic unit of society needs to be annihilated.

    “The distinction of rich and poor appears beside that of freemen and slaves — with the new division of labor, a new cleavage of society into classes. The inequalities of property among the individual heads of families break up the old communal household communities wherever they had still managed to survive, and with them the common cultivation of the soil by and for these communities. The cultivated land is allotted for use to single families, at first temporarily, later permanently. The transition to full private property is gradually accomplished, parallel with the transition of the pairing marriage into monogamy. The monogamous family begins to become the economic unit of society.7

    According to Engels, the appearance of class society means that the economic unit of society must be based on patriarchy.

    The question regarding the origins of Man’s domination on Woman will be developed in a later article.

    In class societies, women are excluded from social production and are limited to domestic reproductive labor. There, exploiting unpaid domestic reproductive work is an economic necessity. In the capitalist mode of production, women’s exploitation remains through domestic reproductive labor which allows for a greater exploitation of the workers’ work force, and through the procreation of children, which allows for the proletarian population to be renewed. In semi-feudal countries, women are excluded from social productive labor and are limited to domestic reproductive labor. In capitalist countries, women are part of social productive labor, but they are the most exploited part of the proletariat and are still in charge of domestic reproductive labor.

    The oppression of Woman is maintained until they are not fully part of social production, in equal measure to men, until the whole of society is not in charge of domestic reproductive labor — i.e., until we are not in a socialist society. Family structure, patriarchy, keeps capitalism and class society going, just as capitalism keeps patriarchy going. One cannot be abolished without the other, and vice versa. Patriarchy needs capitalist exploitation and capitalist exploitation needs patriarchy.

    We have said it earlier, Engels considers that, just as the democratic republic emphasizes the class contradiction, legal equality for women will provide the “clear field on which the fight can be fought out”. Here, he speaks of women’s struggle to gain access to social production. But Engels did not think that capitalists would let women access social production and an almost legal equality, like it is the case today in France. Capitalism has one quality that allows women to enter production: in the capitalist mode of production, labor is a general abstract labor, therefore, there are no longer “labor for men” and “labor for women”, there are only general equivalents. This experience shows us that Engels was right, but not as he predicted. Today, women are exploited in the private sphere, but they take part in social production (the public sphere). Patriarchal domination is therefore emphasized; from its expression in the private sphere, it also passes onto the public sphere: sexual harassment and sexual assault in public spaces (street, workplace) are only reminders for women that they belong in the domestic sphere. Man’s violence intensifies, it is everywhere, it is visible. The progress in women’s democratic rights shows that there must be a political liberation for the legal and material liberation to be truly complete.

    In colonies and in semi-colonies that are semi-feudal, communists follow Engels’s mistake by thinking that women’s legal and material emancipation would be possible without women’s specific political struggle (feminism). In these countries, women’s democratic rights are underdeveloped, therefore, it is understandable that these communists do not understand what we experience in our practice in France.

    During the transition from a class society to a classless society, the Man-Woman contradiction will sometimes go from secondary to principal contradiction. It is therefore obvious that communists must do everything they can to fight for the resolution of this contradiction and for the abolition of family — of gender. Engels lays the foundations for different communist groups and parties to develop their Marxist feminism, or their women’s revolution programs. But, as we said earlier, these groups and parties have not sufficiently studied the progress of feminism, especially works carried out during the evolution of women’s legal status — progressively more equal to men in theory but not in practice — and during the evolution of their access to social productive labor in countries of the imperialist center. Yes, patriarchy and capitalism feed off each other, but patriarchy and the Man-Woman contradiction must be studied on every level. Therefore, even in the USSR, the progress in women’s legal rights and their integration in the social production didn’t succeed in abolishing this contradiction, on the contrary, some aspects were even more visible.

    We must study concrete communist experiences in dictatorships of the proletariat. From the very beginning of the USSR, measures aimed at women’s emancipation were put in place, women’s organizations and congresses were held, driven from above, by the communist Party — though composed of a majority of men. Here, elements of feminist dictatorship were put in place during the dictatorship of the proletariat. These measures may seem normal today, a century later, however, they were incredibly ahead of their time, and have even contributed in women’s emancipation across the world by encouraging the development of women’s struggle and by competing with capitalist countries in the development of productive forces — the USSR had twice as many brainpower and workforce as the capitalist countries.

    “For much of the twentieth century, Western capitalist countries also endeavored to outdo the East European countries in terms of women’s rights, fueling progressive social change. For example, the state socialists in the USSR and Eastern Europe were so successful at giving women economic opportunities outside the home that initially, for two decades after the end of World War II, women’s wage work was conflated with the evils of communism. The American way of life meant male breadwinners and female homemakers. But slowly, socialist championing of women’s emancipation began to chip away at the Leave It to Beaver ideal. The Soviet launch of Sputnik in 1957 spurred American leaders to rethink the costs of maintaining traditional gender roles. They feared the state socialists enjoyed an advantage in technological development because they had double the brainpower; the Russians educated women and funneled the best and the brightest into scientific research (Elaine Tyler May, Homeward Bound: American Families in the Cold War Era, New York, Basic Books, 2008 [1988].) […] In response to state socialist prowess in the sciences, the American government sponsored an important study titled ‘Women in the Soviet Economy.’ The head of the study visited the USSR in 1955, 1962, and 1965 to examine Soviet policies to integrate women into the formal labor force as an example for American legislators. ‘Concern in recent years on the waste of women’s talent and labor potential led to the appointment of the President’s Commission on the Status of Women, which has issued a series of reports on various problems affecting women and their participation in economic, political, and social life,’ the 1966 report began. ‘For any formulation of policy directed toward the better use of our women power, it is important to know the experience of other nations in utilizing the capabilities of women. For this reason as well as others, the Soviet experience is of particular interest at this time.’8

    Here, Kristen Ghodsee explains that competition between capitalist and socialist countries played a role in the progress of women’s democratic rights in capitalist countries.

    “Understanding the demands of reproductive biology, they also attempted to socialize domestic work and child care by building a network of public creches, kindergartens, laundries, and cafeterias. Extended, job-protected maternity leaves and child benefits allowed women to find at least a modicum of work/family balance. Moreover, twentieth-century state socialism did improve the material conditions of millions of women’s lives; maternal and infant mortality declined, life expectancy increased, and illiteracy all but disappeared. To take just one example, the majority of Albanian women were illiterate before the imposition of socialism in 1945. Just ten years later, the entire population under forty could read and write, and by the 1980s half of Albania’s university students were women (Inessa Armand as quoted in Barbara Evans Clements, Bolshevik Feminist: The Life of Aleksandra Kollontai [Bloomington: University of Indiana Press, 1979], 155; Fatos Tarifa, ‘Disappearing from Politics [Albania],’ in Women in the Politics of Postcommunist Eastern Europe, edited by Marilyn Rueschemeyer [Armonk, NY: M. E. Sharpe, 1998], 269). […] While different countries pursued different policies, in general state socialist governments reduced women’s economic dependence on men by making men and women equal recipients of services from the socialist state. These policies helped to decouple love and intimacy from economic considerations. When women enjoy their own sources of income, and the state guarantees social security in old age, illness, and disability, women have no economic reason to stay in abusive, unfulfilling, or otherwise unhealthy relationships. In countries such as Poland, Hungary, Czechoslovakia, Bulgaria, Yugoslavia, and East Germany, women’s economic independence translated into a culture in which personal relationships could be freed from market influences. Women didn’t have to marry formoney (Katherine Verdery, What Was Communism and What Comes Next [Princeton, NJ: Princeton University Press, 1996]; Josie McLellan, Love in the Time of Communism: Intimacy and Sexuality in the GDR [New York: Cambridge University Press, 2011]).9

    The USRR worked to socialize domestic labor and to progress towards economic equality between men and women. Thereby, women were able to partially liberate themselves from male economic domination within the family space.

    “Official statistics from the International Labor Organization (ILO) demonstrate the disparity between the workforce participation rates in state socialist economies and those in market economies. In 1950, the female share of the total Soviet labor force was 51.8 percent, and the female share of the total workforce in Eastern Europe was 40.9 percent, compared to 28.3 percent in North America and 29.6 percent in Western Europe. By 1975, the United Nations’ International Year of Women, women made up 49.7 percent of the Soviet Union’s workforce and 43.7 percent of that in the Eastern Bloc, compared to 37.4 percent in North America and 32.7 percent in Western Europe. These findings led the ILO to conclude that the ‘analysis of data on women’s participation in economic activity in the USSR and the socialist countries of Europe shows that men and women in these countries enjoy equal rights in all areas of economic, political, and social life. The exercise of these rights is guaranteed by granting women equal opportunities with men in access to education and vocational training and in work.’ (International Labor Organization, ‘Women in Economic Activity: A Global Statistical Survey [1950–2000],’ A Joint Publication of the International Labor Organization and INSTRAW, 1985.)10

    In the USSR, women had practically the same democratic rights as men.

    “Socialists have long understood that creating equity between men and women despite their biological sex differences requires collective forms of support for child rearing. By the mid-nineteenth century, as women flooded into the industrial labor force of Europe, socialists theorized that you could not build strong worker’s movements without the participation of women. The German feminist Lily Braun promoted the idea of a state-funded ‘maternity insurance’ as early as 1897. […] whereas Zetkin believed that housework and child care should be socialized. […] The fourth point on the 1910 socialist platform laid the foundation for all subsequent socialist policies regarding state responsibilities toward women workers. […] Seven years later, Kollontai attempted to implement some of these policies in the Soviet Union after the Bolshevik revolution. Instead of burdening individual women with household chores and child care in addition to their industrial labor, the young Soviet state proposed to build kindergartens, crèches, children’s homes, and public cafeterias and laundries. By 1919, the Eighth Congress of the Communist Party handed Kollontai a mandate to expand her work for Soviet women, and she secured state commitments to expend the funds necessary to build a wide network of social services. The year 1919 also saw the creation of an organization called the Zhenotdel, the Women’s Section, which would oversee the work of implementing the radical program of social reform that would lead to women’s full emancipation (Richard Stites, The Women’s Liberation Movement in Russia: Feminism, Nihilism and Bolshevism, 1860–1930 [Princeton, NJ: Princeton University Press, 1978]; Gail Lapidus, Women in Soviet Society: Equality, Development, and Social Change [Berkeley: University of California Press, 1978]; Beatrice Brodsky Farnsworth, ‘Bolshevism, the Woman Question, and Aleksandra Kollontai,’ The American Historical Review 81, no. 2 [1976]: 292–316, 296; Elizabeth Wood, The Baba and the Comrade: Gender and Politics in Revolutionary Russia [Bloomington: Indiana University Press, 1997]). But Soviet enthusiasm for women’s emancipation soon evaporated in the face of more pressing demographic, economic, and political concerns. […] Compare this with the United States, which did not even pass a law outlawing discrimination against pregnant women until 1978. And American women didn’t have a federal law for job-protected unpaid leave until 1993. We still don’t have mandated paid maternity leave (but then again, we don’t have mandated paid sick leave either).11

    Yet, the socialization of housework was confronted with the reality of difficulties met by the USSR. Nevertheless, capitalist countries were still very late in transforming the relationships inside the family and on society taking charge of part of the housework.

    “The 1973 Bulgarian Politburo decision also included language about reeducating men to be more active in the home: ‘The reduction and alleviation of woman’s household work depends greatly on the common participation of the two spouses in the organization of family life. It is therefore imperative: a) to combat outdated views, habits, and attitudes as regards the allocation of work within the family; b) to prepare young men for the performance of household duties from childhood and adolescence both by the school and society and by the family’ (Bulgarian Communist Party, Enhancing the Role of Women in the Building of a Developed Socialist Society: Decision of the Politburo of the Central Committee of the Bulgarian Communist Party of March 6, 1973 [Sofia: Sofia Press, 1974], 10.).12

    This example shows us that some measures were coming from above, from the State, in order to fight against inequality in domestic labor. This is accepting the necessity of transforming Man to sublate the Man-Woman contradiction.

    “Although these high-profile examples demonstrate the state socialist countries’ commitment to the ideal of women’s rights, actual practice did not always live up to the rhetoric. Between 2010 and 2017, I spent over a hundred and fifty hours interviewing the octogenarian Elena Lagadinova, the president of Bulgaria’s national women’s organization. Lagadinova admitted that the socialist states did not achieve as much as she had hoped. I once asked her why more women did not rise up to the highest positions of power given the general commitment to women’s rights. Lagadinova acknowledged that this had been an ongoing challenge for the Bulgarian women’s committee and claimed that East European countries did not have enough time to overcome the centuries-old idea that leaders should be men. It wasn’t just that men disliked women in power, Lagadinova argued; it was that women also felt uncomfortable with women’s leadership. As a result, they were less likely to support their female comrades and more reticent to pursue positions of authority. They preferred to work behind the scenes, she said. High politics in Eastern Europe, just like high politics elsewhere, was a treacherous place, infused with intrigues and betrayals. Lagadinova suggested that women were less inclined to engage in the necessary subterfuges. On the other hand, she believed that political life might have been more civilized if there had been more women at the top. Her organization tried to promote qualified candidates when they could, but the patriarchal culture of the Balkans, combined with the authoritarian nature of the state (ruled by the same man for thirty-five years), discouraged women from getting involved.13

    Here, Kristen Ghodsee shows that political inequality between men and women persisted despite the socialization of women’s labor, despite legal equality and despite women’s participation in social production. The USSR example proves that the struggle against patriarchal domination must be superior to economic demands. Economic demands must be surpassed. Women’s struggle must be a struggle for power.

    Obviously, such improvements were confronted by men and women’s resistance, whether it be within soviets or within the Party, against women’s organization but mostly against their assumption of power. Man always protect their domination, and women struggle to get out of their assigned role and to kill the Woman in themselves. Here, the dangers of the lack of sorority and of the lack of motivation among women to take power are met again. Women’s rights, and the proletariat’s rights in general, declined because of the fall of the soviet bloc: they were replaced by brutal capitalism. Eastern European countries have become one of the nerve centers of trafficking in women, Russia has become an ultra-patriarchal state where feminist struggles are banned and where most communists support patriarchal ideas14.

    Today, we can study cases of Revolutionary wars led by the Communist Party of India (Maoist) (CPI Maoist), by the Communist Party of the Philippines (CPP), and by the Communist Party of Turkey — Marxist-Leninist (TKP-ML). The CPI (Maoist), who communicates very little because of their clandestine status, has nevertheless made public some executions of rapists, including high-ranking members of their red army. This is an example of concrete and radical anti-patriarchal violence highlighting the need to develop a form of aggressive struggle against the violence of men before the revolution. The TKP-ML, like many other Parties from Turkey and from Rojava since the women’s revolution, has its own women’s structure that takes part in armed struggle. In the whole area, the creation of women’s armed groups led to accelerated progress in women’s rights. This proves, in practice, that women’s violence and women’s organization lead to an inversion in the balance of power in favor of women. Since its creation in 1969, the CPP implemented a women’s Bureau. It, too, has women’s structures and a big proportion of women engaged in guerrilla warfare. The most advanced parties in the world right now have developed women’s structures which are in charge of theoretically and militarily training women: they thus become essential elements for those very Parties. This training, along with the implementation of quotas inside Parties and propaganda directed towards the recruitment of women, makes it possible to progress towards the resolution of the Man-Woman contradiction, without postponing it. This is an ongoing and living struggle, it is a recognition of the necessity for women’s revolution.

    Our concept of feminist dictatorship isn’t far from the concept of women’s revolution and from the struggle against hetero-patriarchy, coined by our comrades of the KKB (Communist Union of Women) within the TKP-ML: an intense and violent struggle must be led against Man’s violence.

    II.Rupture with the communist movement

    Why break with the communist movement on the issue of feminism?

    This question sends us back to our organization’s complex history, to our concrete experience and to that of our female comrades during the previous decades15. We witness that the French militant environment is made to destroy women. Why?

    First, because the members of French sects are predominantly men; they benefit from their numerical advantage and benefit from their patriarchal advantages — the accumulation of certain types of knowledge and mastery of debates, of violence, of conflict, of virile brotherhood, etc. Sects are predominantly composed of men and are thus infused with virilist culture. Men hold political leadership positions, they hold power, and they do everything in their power to keep it and to preserve a space of so-called camaraderie based on masculinity (inviting to them but repulsive to women). In fact, they see women’s demands as annoying and detrimental to their comfort and to the group’s well-being and thus to the entire organization. Feminists “spoil the mood of a party” like they do during a general assembly.

    Secondly, because women are few, they get used to being in groups of men. Therefore, they do not see the problems brought by virilism in their organization anymore, because they make it a norm, and because they look for their male comrades’ validation by imitating and approving their virilist behaviors. All their life, they’ve been taught to erase themselves, through their upbringing and through their internalized sexism; they live in denial of the balance of power between men and women in their daily life, in their family and in their organization. Competition between women is thus amplified, and despite feminist rhetoric, there is no collective defense of women, even during serious events. Sorority does not exist, conflict between women is reinforced compared to the rest of the population. A high level of political commitment and of search for sorority goes with a lack in sorority that is higher to normal.

    Thirdly, women naturally go in fields where they are better than men: organizational tasks. They neglect theoretical and political work and do not take the time nor the energy to study and to participate in political debates. It would be easy only to see one side of that situation, i.e., the lack of space accorded to women to successfully complete this theoretical development, without seeing the most important aspect. The change can only come from the inside: women must prioritize theoretical and political development, they must take their place and transform the organization’s structure without waiting for the organization to change on its own.

    As we have seen, it is simplistic to think that communist organizations are harmful to women only because they are filled with rapists and dominated by men, and not to see the biggest problem to which all communist groups are confronted when it comes to addressing the Man-Woman contradiction: communist women are not feminist, they do not want to be feminist, and they refuse to truly fight for women’s political rights. We are not saying that there are no feminists in communist organizations, we speak of it from a general point of view, on average. We are not saying that violent male behaviors are not a problem; we are saying that the problem is the lack of intense struggle against these behaviors, linked to the lack of relevant analysis regarding the balance of power between men and women, and to the lack of women’s commitment. Women can only marginally transform the men in their organizations, but they have the power to organize themselves among women, they have the power to strive to take power. Before transforming men, they must transform themselves, on the individual and on the collective level.

    1.Communists’ antifeminism

    Within the international communist movement, feminist demands are extremely marginal. However, such a position is more understandable in dominated semi-feudal semi-colonial countries, because it has an anti-imperialist aspect, that is to say that communists from dominated countries reject western feminism. Men and women from communist groups generally fight against feminism and they only support a vague line of “women’s struggle”16. However, when organizations and Parties of dominated countries speak of women’s struggle, they do so out of anti-imperialism. When organizations of imperialist countries speak of women’s struggle, they do so because they are antifeminist and reactionary. Therefore, communist organizations of dominated countries do not match entirely with our criticism, because these organizations also struggle for political rights, as well as economic rights: they fight against patriarchal domination in their organizations as well as in society. Some of these organizations also talk about carrying out women’s revolution. However, even organizations of dominated countries reject the study of feminist input and are therefore limited in their analysis of patriarchy: as seen previously, it is especially the case regarding the nature of the origins of the Man-Woman contradiction.

    In the best-case scenario, communist groups from imperialist centers claim to be in line with Marxist feminism, a branch that neglects the input of other feminist movements and their scientific progress to focus only on democratic and economic demands. Of course, economic and democratic demands, such as the struggle for equal wages, for economic support to single mothers, etc., are important. But they are not sufficient. These are spontaneous demands from women towards instant benefit. But one of the principles of Leninism is to politicize economic demands and to conscientize spontaneous demands. For communists, refusing feminism is spontaneist and economist. The refusal of feminism implies limiting oneself to non-revolutionary demands, implies refusing to tackle the resolution of the Man-Woman contradiction and to tackle the transformation of the entire world for long-term gains for humanity. When this contradiction is ignored, then the class is divided. Proletarian women are submitted to proletarian men’s domination: “he is the bourgeois, and the wife represents the proletariat”.

    Not only do communists from imperialist centers get mistaken, but they also show that they have no interest in finding a solution to the Man-Woman contradiction. We must therefore impose the struggle against patriarchy on them through women’s assumption of power. Feminists must be the communist revolution’s vanguard, but at the same time, they must use the communist revolution for a feminist revolution. Democratic revolution is necessary for communist revolution, but it is not the communist revolution, and communist revolution is necessary for feminist revolution, but it is not the feminist revolution.

    The term of “women’s struggle” and the rejection of feminism are translated into an almost exclusive defense of economic rights and into political struggle being given up. That is how we now touch upon the core of the problem with French communist groups during the last decades: communists cannot only demand economic rights for women. According to them, women should wait to be able to fight for liberation from patriarchal domination and for their political demands; they should not be fighting now, and, most importantly, they should never use violence, and they should never divide the struggle’s unity.

    However, feminist works of the last century, particularly those of radical materialist and socialist feminists, have highlighted the extent of men’s domination through violence in every field of society, especially in the private sphere — within the family. Of course, those works come from bourgeois science and are open to criticism and must be analyzed through dialectical materialism. But, beside the exploitation of their workforce, today, women are only valuable as sexual objects and for sexual reproduction. All their life, their upbringing and their relationships lead them to erase themselves. In Right-wing women, Andrea Dworkin analyzed male domination using two models: the brothel (prostitution, women as sexual objects), and the farm (maternity and domestic work). These models and the consequences they have on women’s life, on their private life and on their whole being, are difficult to admit, because they call our all life into question. Men are seen in their true nature17, women understand they are surrounded by monsters. Communists reject that type of analysis because they are not superficial and because they analyze the Man-Woman contradiction on a deeper level. Yet, communist men sometimes understand that radical feminists are right regarding their violence and their privileges. They defend their interests as men before defending their communist duty — i.e., progressing towards the end of contradictions, among which there is the Man-Woman contradiction.

    Men, regardless of their class, their race, their sexual orientation, etc., are used to exerting power over women. They are aware of the physical and psychological violence at the root of such power. Such violence lives within them constantly, directs their relationships with other human beings and interferes with their deepest desires. They are, at the same time, masters and slaves of that violence. As actors of violence, they understand its intensity, and that allows them to know that this violence cannot be overthrown without violence and that this new kind of violence cannot win without a superior intensity. Men are aware of the balance of power that exists between men and women, they are the dominant ones, and not only do they want to keep this place, but, most importantly, they understand the extent of the task that awaits women in their struggle.

    Therefore, it is easier for communist men, who represent the majority of communist organizations’ members, to understand what violence women must exert, and, most importantly, to understand the inevitability of the latter. Communist men are afraid of feminism, just like masculinist movements. This leads multiple men and multiple communist organizations to place themselves against feminism, pretending to defend Marxist orthodoxy, out of opportunism. They know what it would cost them to topple their power and their domination, so they look for good reasons to justify their opportunism, by calling for unity between male and female comrades, by condemning an ideological deviation, by explaining that the feminist struggle denies the fact that class struggle is the principal contradiction under capitalism, etc. By doing so, they do exactly what they accuse feminists of: dividing women and men.

    Refusing to support women’s struggles and feminists during the 20th century caused a rupture inside the labor movement. Communists have failed in their vanguard duty by having de facto a reactionary attitude and by staying frozen rather than going forward, with the course of history. The struggle for sublating the Man-Woman contradiction is a necessity that shall not wait for men nor for communist organizations to fight for this sublation. Mass movements and structured organizations will emerge and will fight for this sublation, fighting at the same time against every reactionary movement. The necessity of struggling for the sublation of this contradiction touches upon other contradictions such as the contradiction between Society and Nature — the environmental struggle, that is today international, massive and aggressive, and for which the communist movement is also late. The communist movement, currently decomposing, does not live up to its historical duty, its science is weakened, its strength is insufficient.

    “Women’s struggle” can be defined as the struggle of women who are primarily proletarian, and secondarily women; and “feminism” can be defined as the struggle of women who are primarily women — women struggling against men. Our feminist comrades are communist because we need to free ourselves from capitalism to free ourselves from patriarchy. To assume this position is placing us necessarily in a position of rupture with the communist movement, because even though we know that the principal contradiction in French society is that between Labor and Capital, we stand by the fact that women must also fight primarily for women. We believe that this position will help us make the communist movement move forward as a whole, because it allows us to move in the direction of History, to break free from reactionary forces, and because it allows us to reinforce the commitment of communist women. Communist feminist women get involved more intensively in class struggle and in their development as communist cadres than if they stayed in the role assigned by their gender and submitted to male domination. Our feminist line responds to concrete needs highlighted by experience. We need trained and combative women to build the Party, we need to recruit women, we need them to be determined in their struggle, to be convinced that they will free themselves from Capital and from patriarchy, we need them to put their life at stake for humanity’s liberation and for the transformation of the world.

    In order to get these trained women, we are putting in place a political line that is capable of fighting against patriarchal poisons widespread among men and women. This is a political line capable of fighting against men’s violence and against women’s stagnation and apathy.

    2.How are patriarchal behaviors poisonous to the revolutionary struggle?

    Man’s patriarchal upbringing reinforces its harmful behaviors towards others, and thus for the revolutionary struggle. In addition to sexual and gender-based violence, these flaws are: individualism, indiscipline, bragging, the creation of male hierarchies based on strength and charisma, etc. Patriarchy reproduces liberal behaviors just as much as the petty-bourgeois culture of the imperialist centers does. Thus, virilism keeps the mediocrity of the French communist movement going, and the apathy and mediocrity of the French communist movement reinforce virilist culture.

    Communist men’s virilism makes their practice performative, and, most importantly, esthetic. When virilism makes the practice performative, actions are thought with the aim of showing one’s strength to other groups of men — including actions in women’s single-sex groups which use the same codes —, the strategy of such propaganda is virilist, esthetic and movementist. The propaganda actions are not well thought out, they lack discipline, and they lack consideration regarding the risk-benefit balance. Recruitment strategies are targeted towards men. In the end, the virilist tactic becomes the strategy. Virilism feeds the senseless aspect of the communist practice in imperialist centers. Our minds are distracted by an all-male communist sphere and so is therefore our practice. Practice, i.e. the application of theory in the real world, cannot be miraculously disconnected from the way we see the world — through a patriarchal filter. Communist men and women’s practice is spoiled by virilism: which we should fight, as do our comrades of the TKP-ML by saying that we need to “kill the Man in ourselves”.

    Patriarchal behaviors create an antagonism between proletarian men and women. The Man-Woman contradiction possesses certain antagonistic and non-antagonistic aspects, like all contradictions. However, refusing to see the antagonistic aspect of a contradiction can only strengthen its antagonism. To resolve the Man-Woman contradiction in a non-antagonistic manner, its antagonism must first be resolved in an antagonistic manner. The antagonistic relation between men and women is not created by feminists, but it is made so by men and women who support patriarchal behaviors, refusing to fight their own misogyny: they reinforce the Man-Woman contradiction and make it antagonistic. Feminists fight for problems to be addressed and solutions to be found. That is to say that they require the line struggle to be made visible, they require self-criticism and criticism to be made, and they require concrete solutions to be found. It is only by accepting the reality of the struggle between men and women and by accepting the necessity of radical positions in favor of women that the antagonism shall truly be fought and that the revolutionary struggle shall be efficient.

    Therefore, for a healthy line struggle inside the organization, for a healthy collective progression, feminist communist cadres must be trained.

    3.Training women cadres

    Today, communist organizations must prioritize training communist cadres, as we developed it in Notes on the situation and on strategy in France (2024, Notes sur la situation et la stratégie en France). To develop these cadres, we transform individuals starting with what they are now, meaning that we find the revolutionary spark in them and turn it into fire. Feminism and women’s anger towards men is a spark that must be fed and a significant revolutionary potential. Communist groups are afraid that this anger will turn into misandry lacking in political conscience and that it will destroy their organization. Whereas it is indeed the lack of feminist struggle within communist organizations that causes scissions. The lack of women as political cadres and all powers being in the hands of a male intellectual elite is the real problem in organizations. To deny the importance of the contradiction between men and women in everyday life and therefore in organizations is to strengthen such contradiction and to head towards crises and to be powerless when such crises happen.

    To start with women’s anger to turn them into politically trained cadres can only lead to a just line being developed, as political training will allow us to prevent mistakes — misandry and the lack of sorority — while truly developing women’s concrete power within organizations. The lack of Marxist and feminist theory goes hand in hand with a chaotic and dangerous misandry; whereas developing Marxist and feminist theory, accepting the reality of the balance of power between the Man and the Woman and creating a strong sorority allow for the development of a truly healthy camaraderie between men and women and for a better training of cadres (both men and women).

    Developing women communist feminist cadres happens at the same time as implementing elements of feminist dictatorship, of “positive discrimination”, with men comrades’ consent, who take the decision of fighting against their own domination — because they are informed and not because they are forced to. Why? Because communists fight for humanity’s historical interests. Communist men work towards giving up on their short-term patriarchal interests to fight for humanity’s long-term interests — including the end of the Man-Woman contradiction. Therefore, a male comrade who wants to transform himself in order to become a communist cadre must be taught on feminism and must submit himself to his communist feminist cadres’ authority. Men and women cadres work hand in hand towards collective transformation, and at the same time struggle against each other. This struggle strengthens unity and allows for a superior collective transformation.

    But what does becoming a cadre mean today in France?

    To become a communist cadre is to make the choice, today, to dedicate oneself to communism, to do everything to transform oneself and others. Becoming a cadre is dedicating oneself to a superior cause that links all communists of the entire world together and throughout time. On a more concrete level, cadres teach themselves constantly theoretically and ideologically with their comrades. Training is collective, because knowledge is always collective, evolution is always collective. Comrades learn from concrete experiences, from debates, and from each other. Being a cadre means putting theory into practice. To sum things up in broad outline: the just line is found collectively by analyzing concrete reality, then, cadres find how to apply this line, go into practice, with successes and with failures, allowing the group to learn from their mistakes, and so on. Obviously, in the current situation where there is no Party, where the communist movement is in a sectarian state, there are no “real” cadres.

    More commonly put, being a communist cadre today means finding a way to transform liberal individuals into communist militants.

    Communist organizations need to train as many cadres as possible, as the cadres are those who apply the organization’s lines, which have an impact on reality. These cadres must be of a high-quality level and must constantly make progress. It is therefore clear that the lack of training and of recruitment of women is an important handicap for communist organizations — half of the population cannot be recruited, women in organizations are not trained —, so they miss recruitment and potential cadre training. It is thus serious that communist women stagnate in organizational tasks, especially those from imperialist centers. Women’s political training is a priority.

    In imperialist centers, women only campaign for feminist struggles, they won’t join communist organizations in great numbers if these organizations do not prove in theory and in practice that they are willing to tackle the suppression of the domination of the Man on the Woman.

    But how can a woman become a cadre? How can a woman find her place in the communist movement, today, in France?

    It is harder for women than for men to become a communist cadre. Women are less in numbers, they have more tasks to carry out in their private and militant life, they are confronted to situations which are emotionally harder to handle (for instance, handling sexual violences), their authority is constantly questioned, and most importantly, they must transform themselves even more than their male comrades. Why must they transform themselves more? Because women, even those with communist commitments, are generally more passive and submissive. They were conditioned to be so. They do everything to be invisible, to fill others’ needs before their own and to transform others before themselves. They must learn to be there, to take up space. They must learn to want power (without copying men’s virilist methods), they must learn and share knowledge, etc. Not only must they transform themselves, but they must also transform other women, and they must put in place a basis on which we can build a solid sorority. They must take up space for themselves and for other women. They must fight other women’s will to be “mothers” (fulfill maternal roles in organizations and with their male comrades).

    A woman can become communist cadre if she decides to fight for herself and for all women from now on. It is communist women’s task to build communist feminism, to recruit and to train other women, while being in a mixed gender communist organization, while growing and transforming themselves with male comrades.

    But how can women be recruited?

    As a woman in France today, the principal contradiction in daily life is the contradiction between Man and Woman, as previously stated: “in a million of moments in a woman’s life, in every interaction she has with men, the principal contradiction which determines the interactions between men and women is the Man-Woman contradiction”. It therefore seems logical that in most cases women first get involved in feminist organizations and not in communist ones. Communists pay a high price for how late they are regarding feminism: women do not get involved in their organizations since they do not have an immediate and visible interest there. Why join organizations which do not fight for women right now? Why join organizations which treat women the same way they are treated in the rest of society? Why join a structure where the only perspective is that of being what we already are in our daily life? By asking these questions, it thus becomes obvious that the profile of women from feminist organizations is atypical — they are not our best representatives.

    We make multiple assessments of the current situation regarding women’s recruitment in communist organizations. First, at their sectarian stage of development, it is normal that organizations are mainly composed of men — just as normal as them being composed of a minority of proletarian people. Therefore, we must develop communist feminism with few women and work to make way for women who are not already here. We must put efforts in recruiting women, while being aware that they will be less inclined to join our organizations. Multiple idealist solutions have already been suggested to us, such as setting quotas for instance. Such solutions mean death for a sect and the impossibility to develop. Communist organizations must always start from their concrete situation to find concrete solutions. The problem of women’s recruitment mainly depends on factors which we do not control — living conditions in an imperialist center —, but it depends, to a lesser extent, on a factor on which we do have power: theoretical quality. By speaking of feminism, by working on feminist theory, by theoretically training communist women cadres, we will be able to attract determined women.

    III.Conclusion

    “’What they cannot and do not want to see is that moral troubles are a sickness in the same way as any physical affection.’

    Women’s hysteria is the result of this impasse that makes us go crazy, the will and the impossibility to find a way out:

    ‘I cannot stifle my desire to try something’.

    They speak of women’s eternal wait — ‘wait indefinitely’, moans Eleanor — women who have no control over their time or their lives. Socialism urges them to class struggle… but to patience as regards their feminist demands. New Penelopes to whom Ulysses is the Revolution that never comes.18

    Half of humanity takes part in a struggle against the other half. This struggle unites us all women through the same emotions, the most intense of all being anger. The anger of being capable of having nothing, the anger of being confronted by the same walls, of being invisible in a world of men. This anger must not be isolated, aimless and wild. It must be channeled in the organization and in the communist struggle, in the transformation of the world.

    Communist organizations and parties evolve slowly, but we are convinced that when the communist movement will once again be more advanced on the path of its development, so will communist feminism.

    Today, communists are mainly men, who fantasize a virilist proletarian history. Women are not represented; they are not the aim for recruitments anyway. However, women like Eleanor Marx have laid the first foundations which allow us today to go further and to aim to seize power. The invisible figures of our past have taught us what awaits us if we do not understand the necessity of this fight, if we ask for less than feminist dictatorship.

    Face to face with all women comrades’ sacrifices, those of the past and of the present, we cannot step back. We will never stop asking for more, we will never stop going forward because we will not be capable of “stifling [our] desire to try something”.

    As communists, our goal is to change the world. To change humanity as a whole. Our ambition is huge. It can only be as huge regarding feminism. To Man’s war against women, we answer with Woman’s war against Man.

    1 For a developed approach on this question, see “Pourquoi défendre la libération nationale ?” [“Why defend national liberation?”], Unité Communiste, 4th July 2024.

    2 Unité communiste, Sur Unité communiste [On Communist Unity], 2023.

    3 K. Marx and F. Engels, The German Ideology, 1846.

    4 F. Engels, The Origin of the Family, Private Property and the State, 1884.

    5 Here, we speak of the contradiction preceding patriarchy, between male and female. The Man-Woman contradiction is what Engels calls family, or what we can call patriarchy.

    6 Ibid.

    7 Ibid.

    8 K. Ghodsee, Why Women Have Better Sex Under Socialism, 2018.

    9 Ibid.

    10 Ibid.

    11 Ibid.

    12 Ibid.

    13 Ibid.

    14 We base ourselves on the testimony of our feminist comrades from the Union of Maoists of the Urals.

    15 The creation of our organization is directly linked to a misogynistic attack against one of our comrades, to a rape, and to the Maoist Communist Party’s support to the rapist. Though a self-criticism had been carried out by this organization, our feminist line was already permanently marked by it. We witnessed up close what happens in the majority of organizations: women being destroyed by men.

    16 For example, during the scission (triggered by a rape) of the Jeunes révolutionnaires, therefore during the creation of the Ligue de la jeunesse révolutionnaire, one of the first texts they wrote was antifeminist. The same women who defended the rapist focused on creating a group supporting “women’s struggle”, only claiming economic rights.

    17 “True nature” here used to refer to Man as a socially constructed entity, not to refer to a male individual.

    18 M. Perrot, “Introduction”, Les filles de Karl Marx [Karl Marx’s daughters], 1979.