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  • Radicalisation cumulative.

    Radicalisation cumulative.

    La proximité de l’élection présidentielle donne un formidable coup d’accélérateur aux discours réactionnaires. Ce n’est pas une nouveauté. Depuis que la fin de la Guerre Froide a laissé l’Occident sans adversaire contre lequel se cimenter, sans épouvantail, il a fallu trouver de nouvelles thématiques.

    Or, à ce titre, tous les problèmes ne sont pas égaux. Régler la misère demande une remise en cause des écarts de richesses, alors que frapper les quartiers populaires par des expéditions punitives ne demande que quelques brigades. Depuis 2001, l’insécurité et le terrorisme sont devenus un duo récurent, duo auquel s’est rajouté la question des migrations.

    France Inter, en mai 2021, écrivait : La campagne pour l’élection présidentielle de 2022 n’a pas encore commencé, mais on entend déjà fuser des expressions telles que « un été Orange Mécanique » dans la bouche de Xavier Bertrand, « ensauvagement » dans les discours de Gérald Darmanin, « barbarie ordinaire » chez Bruno Retailleau, ou « un été meurtrier » et une « véritable barbarie » dans les déclarations de Marine Le Pen.

    « Le problème, c’est la généralisation à tort des faits divers”, estime le sociologue Laurent Mucchielli. « Les hommes politiques profitent de ça pour faire leur mise en scène , sur un thème très ancien. Le message est toujours le même au fond : « c’est le désordre, votez pour moi, je vais rétablir l’ordre’ ».

    Qu’importe si la réalité dit le contraire, l’essentiel est le sentiment. Et les sentiments sont l’enjeu d’un mouvement spéculatif puissant, qui balaie progressivement les inhibitions. Au fur et à mesure du temps, les rédactions des médias sont gagnées par des thèses plus agressives, plus réactionnaires. Il suffit de voir ce que publie Marianne ou Charlie Hebdo pour se rendre compte de la progression des concepts réactionnaires.

    L’Europe devant son hypocrisie.

    Exemple important en date : Julien Odoul, en parlant des migrants coincés entre la frontière du Bélarus et de la Pologne, dit simplement qu’il fallait les « laisser mourir de froid ».

    Le Bélarus, il faut le reconnaître, a su jouer une carte aussi cynique qu’intelligente. Le gouvernement de Loukachenko a mis l’Europe en face de ses responsabilités. Plus encore, il l’a tout simplement placé devant le miroir de son hypocrisie. Les migrants qui fuient la guerre et la déstabilisation causée par l’impérialisme ne sont pas aujourd’hui en perdition au milieu d’une mer devenue une fosse commune. Ils sont physiquement là, sous les yeux des caméras, coincés par des rangées de policiers anti-émeutes.

    On peut s’esclaffer du tour joué par Minsk, qui ramène à l’Europe les enfants de ses guerres. Mais, nous, nous nous désolons surtout de l’utilisation de la détresse, de questions de vie ou de mort, comme d’un moyen. Et c’est là une question inquiétante : cette réification, cette chosification des individus, qui permet à certains de dire « oui, bien sûr » il faut qu’ils meurent de froid.

    Nous pensons qu’il y a deux aspects conjoints qui concourent à ces discours :

    1. La tendance générale à la droitisation : du fait de la crise économique et sanitaire, qui devient une crise politique voire une crise de régime, il y a un besoin pour les marchés financiers et les exploiteurs. Ce besoin est simple : trouver l’agent de la stabilité, du maintien et de l’accroissement de l’exploitation. Trouver celui qui saura être le César de la bourgeoisie.
    2. Une tendance à la radicalisation des discours lié à la forme même de la course au pouvoir. La Ve République, cette monarchie républicaine née du coup d’État gaulliste, s’articule toute entière autour de la figure de l’homme providentiel, du sauveur et du chef charismatique. La croisade nihiliste initiée par le RN puis catalysée par Eric Zemmour oblige tous les candidats à s’aligner. Ceux qui veulent être audibles doivent se positionner sur les mêmes créneaux : sécuritaire, immigration, terrorisme. Ces trois points formant les extrémités d’un triangle des Bermudes de la politique. Ceux qui s’y aventurent n’en ressortent pas indemnes. Il suffit de voir les mésaventures d’un Montebourg, tentant de jouer cette carte là.

    La course à devenir l’homme providentiel1, passe par la pratique de la surenchère. Une surenchère qui sélectionne et amplifie les éléments les plus radicaux du programme, dans le but de se démarquer, d’exister médiatiquement et politiquement. Ce darwinisme programmatique est encore davantage amplifié par le fait que les médias français sont hautement concentrés entre les mains de peu d’acteurs. Ces acteurs économiques ont leur propre ordre du jour, et, pour obtenir la possibilité d’être répercutés par eux, il faut nager dans leur sens et faire du sensationnel2.

    LR en pleine radicalisation.

    Ainsi, hier s’est tenu la primaire de la droite. De cet affrontement de personnalités LR, il faut retenir deux choses :

    1. Le partage du temps. 0 % sur l’écologie ; 5 % sur la pandémie. Plus de la moitie du temps a été consacrée à deux thématiques, la sécurité et l’immigration. C’est une donnée statistique révélatrice des priorités des républicains. Lorsque d’autres sujets ont été évoqués, ils le sont sous des angles tout aussi réactionnaires. Ainsi, on se souvient d’un Xavier Bertrand qui veut rapprocher « le salaire net du brut » : c’est à dire supprimer une partie de celui-ci, formé par les cotisations sociales.
    2. La prestation de Eric Ciotti, aventurier nihiliste de cette primaire, mais néanmoins centre de gravité du débat. Libération note ainsi la promesse d’un «quoi qu’il en coûte sécuritaire» ; l’évocation de la notion de «Français de papiers»3 ; la dénonciation d’une «immigration massive, essentiellement d’une culture arabo-musulmane, [qui] remet en cause notre héritage» ou encore la suggestion d’employer l’armée dans les «500 zones de non-droit» du pays. C’est là un vocabulaire de l’extrême-droite qui illustre une radicalisation cumulative : c’est à dire une sélection des éléments les plus négatifs et les plus extrêmes et leur amplification par la surenchère.

    La radicalisation cumulative : un simple discours.

    Cette radicalisation cumulative a été décryptée par les analystes du IIIe Reich. Il ne s’agit pas de faire une équivalence plate et insipide ou un point Godwin, mais bien de souligner le processus à l’œuvre4 : « La sélection des éléments idéologiques (Weltanschauung) négatifs qui eut lieu pendant le processus de prise du pouvoir et au cours de l’évolution postérieure du Troisième Reich (eux seuls furent mis en pratique) signifiait en même temps une radicalisation, un perfectionnement et une institutionnalisation de l’inhumanité et de la persécution. Les utopies positives continuèrent à n’être que des objectifs lointains et à relever de la propagande.5 » Incapable de pouvoir solutionner les questions les plus brûlantes de notre actualité, les candidats à l’élection se recentrent alors sur un contenu répressif.

    On pourrait se rassurer en se disant « ce ne sont que des métaphores idéologiques , qu’il ne s’agit que d’une « fascisation du langage » et que jamais ces programmes ultra-réactionnaires ne seront mis en action. Ils ne correspondent qu’a de la publicité de bas étage. » C’est en effet une possibilité, mais elle est précaire. En temps de crise, l’autorité de l’homme providentiel, cette autorité charismatique, faite de discours et d’imprécation, doit être suivie d’actes. Max Weber le notait : « La durée de l’autorité charismatique est dans son essence spécifiquement instable : le détenteur peut perdre son charisme (…). Il doit accomplir des miracles s’il veut être un prophète, des exploits s’il veut devenir un chef militaire.6 »

    De plus, il existe une influence importante de ces discours dans la pratique sociale de la part de la population, dans la définition de normes de comportement et dans la construction d’un imaginaire social et politique. Répétés depuis des années, ces discours laissent des traces, des séquelles. Ils programment pour une radicalisation pratique.

    Ainsi, nous pouvons noter la radicalisation progressive des discours. Nous sommes passés de discours critiquant la mauvaise intégration des étrangers et de leurs enfants à des discours exigeant de leur part une assimilation (donc l’abandon de leurs pratiques culturelles). Puis nous sommes passés à des discours soulignant le fait que celle-ci était impossible du fait d’une incompatibilité civilisationnelle. Le fait est que, aujourd’hui, c’est ce caractère inassimilable qui est mis en avant par une extrême-droite toujours plus influente, au nom du fait que « le premier droit des peuples européens est de rester eux-mêmes » (Julien Odoul).

    Radicalisation des problèmes, radicalisation des solutions.

    A cette radicalisation du « problème » s’adjoint une radicalisation des solutions. Il ne s’agit plus tant de « faire des français » et d’intégrer dans la Nation que d’ethniciser et d’ « identitariser » la question de la Nation française. C’est le résultat des débats sur l’identité nationale, par exemple. Rendus incompatibles avec cette nouvelle vision de la nation, les étrangers, leurs enfants et les migrants doivent donc être chassés du territoire. Derrière le vocable policé de remigration se trouve la notion bien connue de déportation.

    Mais aussi derrière la perception de la question des migrants, là aussi, se trouve une nouvelle gradation. Nous passons de l’idée qu’il ne faut pas venir en aide aux migrants à l’idée qu’il faille les empêcher d’arriver (ou les brimer sadiquement, comme les expéditions punitives dans les camps de réfugiés). Aujourd’hui, Julien Odoul a franchi timidement une nouvelle étape : celle du laisser mourir. Demain, cela sera probablement, discrètement, celle du « faire mourir ».

    Nous, militants et militantes, qui nous opposons à ces processus, qui assistons à ce naufrage, sommes souvent bien pris au dépourvu. L’approche de l’élection présidentielle restreint encore davantage notre espace d’expression et la possibilité d’aller à contre-courant du discours dominant. Les stratégies qui sont prévues pour la période des élection (boycott, participation « citoyenne », soutien à un candidat…) ne peuvent pas décemment nous suffire. Nous savons au fond de nous que ces stratégies ne pourront pas avoir une influence sur les événements.

    Deux choses nous paraissent importantes : celle de progresser sur le chemin de l’unité des communistes et celle de progresser aussi sur le chemin de l’alliance des forces révolutionnaires et antifascistes. Ces deux chantiers sont d’une importance capitale, et l’urgence de la situation les rend chaque jour plus nécessaire.

    Nous savons qu’un long chemin nous sépare de la construction de cette alliance : sectarisme, hostilité, ignorance mutuelle, habitudes de travail en petit groupe, mais aussi des incompatibilités idéologiques. Cependant, l’importance de la lutte et la nécessité de pouvoir se hisser à la hauteur de ses enjeux demande un travail important, essentiel. Nous avons fait le choix de le commencer internationalement au travers de l’ICOR et d’alliances internationales. Mais cela ne suffira pas. Nous devons faire plus que ça : parvenir à une alliance des forces qui luttent ici, à la fin des conflits et des rivalités, et à l’émergence d’un véritable pôle de résistance. Un pôle capable d’analyser scientifiquement la situation, mais aussi de mobiliser, au-delà d’un milieu militant étriqué, l’ensemble de ceux et de celles qui ont intérêt à résister à cette transformation réactionnaire du monde, et qui ont intérêt à faire naître un nouveau monde.

    1Il ne faut pas y voir là un sexisme quelconque de l’auteur, mais bien une analyse. Les femmes ont été court-circuitées dans cette montée en tension virile.

    2Parmi les signes inquiétants que nous pouvons observer : l’identité entre les unes du Figaro et le programme de Zemmour.

    3https://unitecommuniste.com/france/francaise-de-papier-decrypter-nadine-morano/

    4Processus qu’on retrouve d’ailleurs dans des régimes intégralement opposés au nazisme, comme dans l’URSS.

    5Martin Broszat. « Soziale Motivation und Führerbindung ». Op. cit., p. 405. Egalement, der Staat Hitlers. « Der rein negativ ». Op. cit., pp. 433-434. Hans Mommsen. « national Socialism: Continuity and Change » in Walter Laqueur (éd.) Fascim. Op. cit., p. 199.

    6Max Weber. Grundriss der Sozialökonomik. III. Abteilung Wirtschaft und Gesellschaft. Tübingen, 1925, p. 755. Sur la routinisation et la bureaucratie, p. 753.

  • Référendum en Kanaky : une triste farce ?

    Référendum en Kanaky : une triste farce ?

    Interview du camarade Näpö Mîî, alors que se prépare le 3ème référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie. Il aura lieu le 12 décembre dans des conditions plus que contestables.

    Quelle est la situation générale en Kanaky ? Depuis les premiers référendums la situation a-t-elle évolué ?

    La première consultation sur l’indépendance du pays, le 4 novembre 2018, avait contredit les pronostics des instituts de sondages qui donnaient une victoire du NON à l’indépendance à plus de 70%. Le résultat a été plus serré que prévu puisque, certes le NON l’a emporté , mais le OUI a fait un score de 43,33%. Bien que victorieux les partis de la droite coloniale qui pensait « purger » l’indépendance avait fait grise mine. Le deuxième référendum prévu par l’Accord de Nouméa s’est tenu le 4 octobre 2020. Il a été marqué par une progression de 4 points des indépendantistes qui ont frisé les 47% de OUI à l’indépendance. La dynamique était de notre côté. La jeunesse s’est mobilisée massivement en faveur du OUI. Les résultats ont démontré que le vote OUI avait dépassé les limites de l’électorat kanak et avait gagné des points dans la population caldoche de brousse traditionnellement hostile à la grande bourgeoisie de Nouméa.

    Depuis le dernier référendum, les indépendantistes ont conquis en 2021 la présidence du gouvernement collégial de la Nouvelle-Calédonie. Louis Mapou, membre éminent du Parti de Libération Kanak, est devenu président d’un gouvernement avec une courte majorité indépendantiste de 6 « ministres » contre 5. Et la présidence du Congrès de la Nouvelle-Calédonie est revenu pour la deuxième fois consécutive à Rock Wamytan, leader de l’Union Calédonienne grâce au concours de l’Eveil Océanien, une jeune formation politique essentiellement composée de Wallisiens et de Futuniens, désireux de s’émanciper de l’instrumentalisation de la droite coloniale. Ainsi les deux principales composantes du FLNKS, le PALIKA et l’UC ont conquis les deux principales institutions du pays.

    Cette progression indépendantiste n’a pas échappé à l’État français qui, depuis, s’est écarté de la « neutralité » requise pour l’organisation de la troisième consultation jusque là globalement respectée par Edouard Philippe. L’État s’est employé à peser de plus en plus souvent en faveur du NON à travers différentes déclarations du 1er ministre Jean Castex, du ministre des Outre-Mer, Sébastien Lecornu et même du Président de la République Emmanuel Macron. Enfin l’État a produit un document sur les conséquences du OUI ou du NON qui, sous une apparence d’objectivité, est un document à charge contre l’indépendance de Kanaky.

    Le maintien de ce référendum dans les conditions sanitaires actuelle permet-il aux indépendantistes de faire campagne ?

    L’Etat s’est dispensé de réunir le Comité des Signataires de l’Accord de Nouméa, instance incontournable de suivi de l’accord, pour décider, contre l’avis des formations indépendantistes, de tenir la troisième consultation le 12 décembre 2021 alors que la crise sanitaire est encore loin d’être derrière nous avec un taux d’incidence d’environ pour 100 cas pour 100 000 habitants qui, s’il a beaucoup baissé, reste quand même deux fois plus important qu’en France. Nous avons enregistré 272 décès dûs au Covid 19. 60% des morts sont kanak et 20% sont des Océaniens. Nous avons estimés que dans ces conditions, tenir le référendum en décembre était impossible malgré la baisse du nombre de cas car la question ne se résume pas seulement à une affaire de statistique sanitaires comme voudrait le faire croire l’état colonial. Le deuil est l’occasion pour les Kanak d’un rituel important qui réunit tous les clans concernés et notamment les oncles utérins qui reprennent le corps du défunt. Ces cérémonies de deuil très codifiées n’ont pas pu se tenir du fait des mesures restrictives relatives aux rassemblements funéraires. Le travail de deuil reste donc à faire. Maintenir la date du 12 décembre est une insulte à la culture kanak et plus largement océanienne. Le FLNKS a donc appelé à ne pas participer à la troisième consultation puisque l’état a annoncé le 12 novembre qu’il maintenait la date du 12 décembre alors même qu’en dehors du Front, le Sénat Coutumier en avait aussi demandé le report.

    En maintenant la date du 12 décembre l’état colonial s’apprête donc à organiser, dans le processus de décolonisation encadré par l’ONU, une consultation d’autodétermination sans le peuple colonisé ! Une farce !

    La légitimité politique de ce dernier référendum à laquelle vont participer uniquement les forces « loyalistes » sera nulle.

    Toutes les composantes du Front sont d’accord pour appeler à la non-participation. Les formes sont encore à définir. Il va de soi que les formations indépendantistes ne se sentirons pas engagées par le résultat. Le Parti Libération Kanak a produit le 14 novembre un communiqué assez dur dans lequel il dit que le coup de force de l’état français « nous ramène à une situation d’avant les Accords de Matignon-Oudinot et de Nouméa » c’est-à-dire à la période qui a suivi les évènements des années 84-88. L’affaire sera sans doute portée devant le comité de décolonisation de l’ONU dans le mesure où l’état français n’a pas respecté sa parole puisque le dernier comité des signataires du 10 octobre 2019 avait conclu à « l’impossibilité d’organiser le référendum entre septembre 2021 et fin août 2022 » selon les termes mêmes d’Edouard Philippe alors 1er ministre.. Ainsi donc l’état a trahi sa parole. Ce n’est pas la première fois dans notre histoire.

    Quelles sont les postures des différentes forces politiques ?

    Les différents partis de la droite coloniale, les Républicains Calédoniens, le Rassemblement-Les Républicains, Calédonie Ensemble, au service du patronat local ont tous approuvé la décision du maintien de la date du 12 décembre au prétexte que l’incertitude institutionnelle a assez duré et que l’économie a besoin de visibilité.

    Côté indépendantistes, je rappelle qu’ il n’y a pas de parti communiste, marxiste-léniniste constitué. Tout au plus trouvent-on quelques marxistes principalement dans le Parti de Libération kanak (Palika) classé le plus à gauche sur l’échiquier politique. Le FLNKS est composé de l’Union calédonienne, du Palika qui sont les deux formations les plus importantes, de l’Union Progressiste en Mélanésie (UPM) et du RDO, Rassemblement Démocratique Océanien. Hors du Front le Parti travailliste qui s’était abstenu lors du 1er référendum a changé sa posture politique et fait désormais front commun avec le FLNKS.

    Lorsque Sebastien Lecornu a convoqué dans la précipitation une rencontre à Paris pour discuter de l’avenir du pays et du document sur les conséquences du OUI et du NON, le Front décidé de ne pas participer mais malheureusement, l’Union Calédonienne, n’a pas respectée la décision du Front et s’est rendu à Paris cautionnant, de fait, la stratégie de division et de passage en force de l’État. Le Palika et les autres formations du Front ne s’y sont pas rendues. C’est à la suite de cette rencontre parisienne qui était aussi ouverte à la « société civile » autrement dit au patronat que l’état a décidé d’organiser le référendum avant la fin de l’année 2021.

    Au sein du Front, aujourd’hui, la crise sanitaire aidant, l’unité est retrouvée même si des appréciations différentes existent toujours notamment sur la nature des discussions à mener avec l’état français dans la situation nouvelle due au maintien de la date du 12 décembre. Le fait est que les formations indépendantistes ne se sentiront pas engagées par ce référendum et donc n’envisagerons pas de négociations avec l’état sur la base du résultat du scrutin.

    En cas d’une victoire le 12 décembre, quelle serait concrètement la marche à suivre ? La France laisserait-elle se perdre une colonie ?

    On ne participera pas.

    Dans le cas d’une défaite, quelles sont les options des indépendantistes ?

    Voit ci-dessus

    En métropole, il existe un consensus politique sur « La place de la France dans le monde », ou qu’une indépendance « ferait le jeu de l’impérialisme américain » y compris dans une partie de la gauche radicale. Que répondez-vous à ceux qui tiennent cette position

    La France « 2eme puissance maritime du monde » est souvent invoquée en France. Cette formule qui n’a de sens que dans une vision coloniale des choses dit beaucoup sur l’intérêt de la France de maintenir sa tutelle sur notre pays. Depuis la rupture du contrat du siècle des sous-marins avec l’Australie, nous avons été inondé par les vagues de déclarations en faveur du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France pour sauver la stratégie indo-pacifique élaborée par le Président de la République. Ferions-nous le jeu de l’impérialisme américain en luttant pour l’indépendance de notre pays. C’est absurde. Le même genre d’argument avait été utilisé contre les combattants algériens dans leur lutte de libération nationale. Ici la menace qui est brandie par l’état français et les partis de la droite coloniale, au service de la grande bourgeoisie compradore de Nouméa, n’est pas tellement celle des Etats-Unis mais celle de la Chine.

    Indépendant, notre pays se ferait dévorer par l’ogre chinois qui fne ferait qu’une bouchée de nos ressources minérales. Jusqu’à Xavier Bertrand qui a déclaré que si la Nouvelle Calédonie devenait indépendante elle deviendrait chinoise. Macron et Lecornu ont dit sous d’autres formes la même chose : « malheur aux petits » « être indépendant c’est être plus seul » etc…L’épouvantail chinois est agité en permanence. C’est le retour de Fu Manchu. Il est vrai que de nombreux états insulaires du pacifique ont reconnu la Chine Populaire. C’est leur droit. Après tout le général De Gaulle l’avait reconnue dès 1964. Il est certain que l’hégémonie des Etats dans le Pacifique est entamée par la progression de la Chine qui offre aux pays insulaires des prêts plus intéressants et qui y construit des infrastructures nécessaires à leur développement. Mais ces petits pays insulaires défendent leur propres intérêts. Ici en Kanaky, nous nous battons depuis le milieu des années 70 pour notre indépendance et notre souveraineté contre l’état colonial français. Et demain nous n’entendons pas nous soumettre aux Etats-Unis ni à la Chine. Pour l’heure ce n’est pas ni Chine ni les États-unis qui colonisent notre pays, c’est la France. C’est méprisant vis a vis de notre peuple que de penser qu’il ne serait bon qu’à changer de puissance de tutelle. Le FLNKS a toujours défendu une position de non-alignement et s’y tiendra.

    Merci beaucoup pour ces réponses, et bon courage à vous !

  • Solidarité avec le Pirée !

    Solidarité avec le Pirée !

    Message de solidarité de l’ICOR aux travailleurs et travailleuses du port du Pirée (Grèce).

    Contexte : le port du Pirée, lié à l’histoire d’Athènes, est privatisé depuis plus d’une dizaine d’année. Entrée au capital de la société de gestion du port, la compagnie chinoise COSCO shipping est devenue majoritaire en 2016. Avec les travailleurs et les travailleuses de la zone portuaire, les patrons chinois se comportent comme tous les capitalistes. Les conditions de travail y sont exténuantes et les infrastructures sont construites sans considérations environnementale. Le Pirée, étape de la stratégie mondiale chinoise, est aujourd’hui l’enjeu d’une lutte sociale d’importance.

    A tous les collègues en grève dans le port du Pirée,

    au syndicat ENEDEP

    Chers collègues,

    Au nom de la coordination européenne de l’ICOR, nous vous envoyons les salutations les plus chaleureuses de solidarité pour votre grève. Vous êtes pleins de rage et de colère à propos de la mort horrible de votre collègue. Il a été tué par des conditions de travail négligentes et inhumaines sur les docks et les terminaux à conteneurs, et sacrifié de sang-froid pour les profits des capitalistes portuaires de COSCO.

    Nous avons un grand respect pour vos actions de solidarité et la grève courageuse avec laquelle vous commémorez votre collègue Dimitris. Mais vous reliez votre indignation tout à fait justifiée à des revendications importantes des dockers pour l’augmentation du nombre d’employés par équipe, pour l’abolition des équipes opposées qui épuisent les travailleurs, pour la transformation de tous les contrats en contrats à temps plein et pour la création de comités de santé et de sécurité des travailleurs. Vous avez notre entière solidarité pour cela !

    Votre grève se distingue par le fait qu’elle reçoit une grande solidarité de la part de la population du Pirée et d’Athènes, d’autres travailleurs et que de nombreux marins sont solidaires. Ceux-ci ont décidé de mener une grève de 48 heures du 10 au 12 novembre. Au niveau international, le syndicat des dockers de Livourne, en Italie, et le syndicat turc des transports Nakliyat-Is ont annoncé des rassemblements de solidarité.

    Ces conditions de travail inhumaines sont également le résultat de la politique du Fonds monétaire international, de l’UE et du gouvernement fédéral allemand. Leur diktat de la crise a exigé du peuple et des travailleurs grecs de lourdes charges et une aggravation des conditions. Ils ont notamment privatisé les ports, comme celui du Pirée, mais aussi les fournisseurs d’électricité, les bureaux de poste, les réseaux d’eau, les chemins de fer, etc. La voie était ainsi libre pour que la société chinoise COSCO puisse acheter 50 % du port du Pirée en 2016 et 16 % supplémentaires des actions il y a peu.

    L’ICOR, Coordination internationale des partis et organisations révolutionnaires, est un regroupement mondial qui compte désormais 62 organisations membres. Adhérer à l’ICOR est une obligation d’organiser la solidarité internationale avec les grèves des travailleurs, les luttes populaires, les rébellions, les soulèvements de la faim et les mouvements de libération dans la lutte contre l’oppression capitaliste et impérialiste. C’est pourquoi nous ferons connaître votre grève courageuse au sein d’ICOR, nous en informerons sur notre site Web et nous promouvrons la solidarité internationale.

    Vive la solidarité internationale ! La solidarité des travailleurs est plus forte ! Pour un avenir des travailleurs dans la liberté, la démocratie – le socialisme !

  • Appel de la CGT Sochaux

    Appel de la CGT Sochaux

    Automobile : La lutte au delà des frontières se prépare !

    Fin septembre, les ouvriers du groupe automobile Stellantis, sorti de la fusion récente de PSA/France et Opel/Allemagne a annoncé le transfert de la production du site Eisenach en Allemagne à Sochaux, l’annonce camouflée de la fermeture du site Opel/Eisenach ! Les camarades d’Eisenach alertent et la CGT Sochaux – s’opposant très justement à tout social-chauvinisme – s’active pour la solidarité et à l’unité internationale des travailleurs. Ci-dessous son appel.

    Vendredi 29 octobre 2021, le syndicat IG Metall organise une journée d’action dans toute l’Allemagne. Plusieurs délégations d’ouvriers de l’automobile en France, entre autres de Sochaux et de Poissy se sont annoncées. L’UPML soutient toute initiative pour créer l’unité des travailleurs contre le capital. C’est dans ce sens que nous avons participé les dernières années à la Conférence internationale des travailleurs de l’auto-mobile (CITA). Prolétaires de tous les pays – unissez-vous !

    Appel de la CGT Sochaux

    Solidarité avec les salariés de l’usine PSA d’Eisenach en Allemagne !

    Mercredi 29 septembre les salariés du site d’Eisenach en Allemagne apprennent la terrible nouvelle ! Sous prétexte de manque de semi-conducteur, la direction annonce la fermeture « temporaire » du site jusqu’au début d’année 2022 et le rapatriement de la production de l’Opel Grandland sur le site de Sochaux.

    La crise des semi-conducteurs touche tous les sites de production dans tous les pays, s’il manque des semi-conducteurs en Allemagne il en manque en France, cherchez l’erreur…

    Depuis 2009, Opel essaye de fermer le site d’Eisenach, la crise a bon dos !

    En une semaine, les lignes des ateliers de l’Emboutissage, Ferrage, Peinture et Montage ont été vidés de leurs véhicules, mardi 5 octobre plus aucun véhicule ne sortait de ligne !

    Il faut compter 6 semaines de démontage et de rapatriement des installations et des pièces nécessaires à la fabrication du véhicule, il reste 12 semaines d’ici 2022, si la direction comptait réellement reprendre la production sur Eisenach d’ici 2022, cela revient à dire qu’une fois les installations prêtes sur Sochaux, il faudrait les démonter toute suite pour les rapatrier en Allemagne afin que la production reprenne comme la direction locale l’a annoncé aux salariés…La direction joue du pipeau mais les salariés ne sont pas dupes !

    Ce sont 1300 salariés et 700 salariés sous-traitants pour qui l’inquiétude sur l’emploi grandit !

    Sans oublier les pertes de salaires liés à l’activité partielle, pendant 3 mois ! Et après ?

    En dix ans, 700 emplois ont été supprimés, 500 salariés sous-traitants en moins, il y a deux ans la direction a renvoyé au chômage les 300 intérimaires qui travaillaient sur le site.

    Eisenach compte environ 45000 habitants, à peu près autant qu’à Montbéliard, c’est toute une région qui va pâtir de cette fermeture, et dans tous les secteurs !

    En Allemagne, la grève est illégale si elle ne porte pas sur les grilles de salaires au moment des discussions des conventions collectives, et si le seul syndicat Allemand, IG Métal n’appelle pas à la grève, les salariés ne peuvent donc pas se mettre en grève pour le moment.

    Leurs moyens d’actions actuels sont les opérations de tractage et la discussion avec les salariés, le soutien des autres sites du groupe STELLANTIS et des collectivités locales ainsi qu’une large couverture médiatique mais aussi l’opinion publique.

    IG Métal, appel à se mobiliser le 29 octobre lors d’une journée d’action en Allemagne, la solidarité est nécessaire pour gagner nos revendications en matière d’emplois !

    Le malheur des uns fait le malheur des autres !

    La CGT de Sochaux est solidaire car nous sommes aussi frappés par les attaques successives du patronat et du gouvernement pour la course aux profits !

    En effet, pour la CGT de Sochaux, cela ne peut pas être pris comme une bonne nouvelle, les conditions de travail déjà aggravées par les suppressions de postes et d’emplois et l’hyper-flexibilité que nous fait subir la direction avec les jours de chômage appris la veille pour le lendemain, et les H+ annoncés malgré la crise de semi-conducteur ne vont pas s’améliorer avec le retour de la production du Grandland sur Sochaux.

    La direction n’a annoncé aucune création de poste, aucune embauche, ni même le retour des 650 intérimaires, pendant que les camarades allemands connaîtront le chômage, les travailleurs en France connaîtront les allongements horaires et les heures supplémentaires.

    Les travailleurs de tous les pays ont à faire face à l’offensive antisociale et à la rapacité patronale dans le monde entier. Le combat des salariés pour le maintien des emplois, et les salaires est plus que légitime.

    Chômage pour les uns et surtravail pour les autres, concurrence des sites entre eux, voilà ce que nous réserve STELLANTIS.

    Seule la mobilisation, massive de tous les salariés pourra mettre en échec la voracité patronale et la complicité gouvernementale pour obtenir le maintien des emplois pour tous les salariés du Groupe STELLANTIS que ce soit en France, en Allemagne et dans les autres pays, une meilleure répartition du travail avec le lissage de la production pour travailler moins et tous !

  • Une réponse à « Antifas Profascistes » de Charlie Hedbo.

    Une réponse à « Antifas Profascistes » de Charlie Hedbo.

    Une photo de l’article.

    Il n’y a pas plus aveugle que quelqu’un qui ne veut rien voir.

    Inna Shevchenko (parfois orthographié Chevtchenko) nous en fait une démonstration dans Charlie Hebdo. Dans un court article, elle fait la démonstration de tout son mépris envers la mouvance antifasciste, qu’elle accuse de ne pas voir le danger islamiste. En outre, elle considère que celle-ci a ramené le meurtre de Samuel Paty, advenu l’an passé, au rang de fait divers. Enfin, elle accuse l’extrême-gauche de censurer tout esprit critique dans la société.

    Nous avons souhaité répondre à cet article, d’autant qu’aujourd’hui, à Lyon, la manifestation contre les violences d’extrême-droite se déroule. Alors que des antifascistes de la GALE sont en prison, alors que d’autres de la Jeune Garde ont été attaqués, voilà que notre autrice déclare : les antifas sont des profascistes.

    Le pire d’ailleurs face à la médiocrité d’ici.

    Avant de rentrer dans le vif du sujet, l’autrice nous parle du Bélarus. Elle reproche que nous comparions la France avec ce pays. Quoiqu’un puisse penser de celui-ci, on retrouve un magnifique sophisme de la double faute. Le fait qu’il existe pire ailleurs devrait disqualifier les critiques qu’on peut formuler sur la démocratie libérale (ou du moins ce qu’il en reste) en France. Belle manière de censurer le débat. D’autant que nous voulons bien nous comporter comme des Lisa Simpson, qui profitent d’un moment à la télévision pour crier « Tibet Libre »… en étant aux USA. Quelle portée ? Quel intérêt ? Nous préférons nous occuper en priorité des problèmes sur lesquels nous avons une influence, ou sur lesquels nous pourrions en avoir une. Les dénonciations creuses et humanitaires ne servent à rien.

    Faut-il accepter la restrictions du niveau de vie, des droits politiques, au nom de la situation plus complexe d’un pays coincé entre deux orbites géopolitiques écrasantes ? Voilà une curieuse manière de voir les choses. Mais bon, il ne s’agit que d’un point secondaire.

    Le fond de l’affaire, c’est que l’antifascisme serait l’allié de l’islamisme. Après le judéo-bolchevisme, après l’islamo-gauchisme, voici l’islamo-antifascisme.

    Islamo-antifascisme.

    La très large majorité des organisations antifascistes ou d’extrême-gauche ont communiqué lors du meurtre Samuel Paty. Elles ont toutes dénoncé le terrorisme islamiste. En revanche, elles (et nous aussi) ont toutes été confrontés à une difficulté : celle de dénoncer l’islamisme pour ce qu’il est, une variante d’extrême-droite, sans pour autant alimenter le brasier incandescent de l’islamophobie. De plus, il fallait restituer le succès de l’islamisme dans son cadre socio-historique : l’assassin de Samuel Paty n’était pas organiquement lié à des groupes islamistes, mais il était influencé par une aura culturelle réactionnaire-obscurantiste qui prospère notamment grâce à l’islamophobie.

    Il y a effectivement une question de tabou dans le fait parler de la violence et de crimes qui peuvent être commis par des personnes qui subissent-elles même des oppressions. Et effectivement certains trébuchent sur ce tabou en faisant, involontairement par contre, la même chose que Ernst Nolte, dans la querelle des historiens. Nolte avait fait du nazisme la réponse au communisme, et des crimes nazis la réponse aux violences de classe communistes. Il y a une part de vérité, mais dont Nolte s’est emparée pour exempter le nazisme de ses responsabilités. Aujourd’hui, certains font, naïvement, du terrorisme islamiste une simple réponse à la violence raciste au sein de la société. C’est là aussi partiellement vrai, mais cela fait oublier que l’islamisme possède aussi son autonomie, son agenda, ses ambitions. Cependant, le procès d’intention qui consiste à croire que l’extrême-gauche nie cette question est mensonger.

    Un barrage contre le vent.

    Votre « promesse de faire barrage aux islamistes » illustre la vacuité cosmique de vos propos. Qu’est ce que ça peut bien vouloir dire que cette phrase creuse ? Devrions nous nous engager dans les services secrets ?

    Ce qui semble choquer l’animatrice du mouvement Femen est le refus d’exceptionnaliser l’islamisme et d’en faire quelque chose d’essentiellement différent du fascisme. Nous comprenons que Charlie Hebdo, du fait de ce qui est arrivé à une partie de sa rédaction, puisse être tenté de ne voir que leur bourreau et d’oublier les autres. Mais c’est là une erreur d’analyse, une myopie terrible. La sous-estimation de l’influence de l’islamophobie, du racisme (notamment du racisme systémique) est dangereuse. Elle conduit à ne pas vouloir comprendre pourquoi, parmi les exclus, certains cèdent au sirènes de l’islam radical. Et pourquoi certains, qui sont d’ailleurs des individus socialement atomisés et isolés, passent à l’acte.

    D’un autre côté, peut-on minorer la menace de l’extrême-droite classique ? Cela nous paraît étonnant de la part d’une femme qui a elle même eut à subir les coups de CIVITAS lors de manifestations à Paris. Ainsi, l’extrême-droite raciste use de violence, elle menace, elle mutile, elle tue. Elle projette des attentats et en réalise certains. Mais la médiatisation n’est pas la même. Elle minore constamment les actes et les dépolitisent. Notamment parce que les terroristes fascistes blancs sont des « déviations à la norme » d’une stratégie qui vise rien de moins que le pouvoir. Et qui peut y parvenir.

    D’autant que nous rappelons que le terrorisme n’est pas une nature mais une méthode. Nous détestons l’extrême-droite, qu’elle soit islamiste, catholique, paganiste ou athée. Mais nous lui accordons une certaine intelligence dans sa quête du pouvoir. Pourquoi se livrerait-elle au terrorisme maintenant, alors qu’elle est aux portes du pouvoir et que l’action de masse, publique, lui est permise. Les islamistes, qui profitent de l’intolérance pour prospérer, ont moins d’hésitations à passer à l’acte. De plus, leur vision du monde n’est pas la même : si les Talibans sont dans une logique de « libération » de l’occupation occidentale, Daesh poursuit des buts apocalyptiques : l’EI veut la guerre. Ils seraient les gagnants numéro 1 de la victoire de l’extrême-droite en France.

    L’islamisme est il aux portes du pouvoir ?

    Qu’on soit sérieux un moment, pourquoi les groupes antifascistes luttent-ils contre les fascistes ? Parce qu’ils sont aux portes du pouvoir.

    L’autrice accuse les antifascistes de crier en permanence au loup, et donc, de voir du fascisme partout. Il est vrai que certaines organisations et certains groupes politiques sont passés maîtres dans l’idée de voir absolument partout des conjurations pour l’instauration d’un système totalitaire. Mais faut-il pour autant nier l’évolution dangereuse qui se produit dans notre pays et dans le monde ?

    Que doit-on voir dans les mesures qui ont été prises par les gouvernements successifs, en s’appuyant d’ailleurs sur le levier de la peur des attentats ? Nous avons vu la délégation des fonctions de répression à la police et à l’administration, ce qui permet des stratégies de frappes préventives contre les militants et militantes. Nous avons vu l’entrée de l’état d’urgence dans la Constitution, la Loi Sécurité, les lois sur le renseignement… Le ministre de l’intérieur porte plainte contre ceux qui osent dire que la police tue. Certes ce n’est pas du fascisme au stricto sensu, mais cela indique un resserrement des libertés démocratiques sans précédent dans l’histoire récente de notre pays. Et cela ne résous d’ailleurs pas la crise politique actuelle, la désaffection pour la politique politicienne. La crise de régime couve, tandis que, sous les projecteurs des médias, les « hommes providentiels » s’avancent. Ce n’est pas du fascisme, mais cela contribue à rendre sa mise en place plus aisée, si le besoin se fait sentir. Et cela, c’est une réalité politique contre laquelle s’était battu Charlie Hebdo, quand ce journal était « de gauche ».

    La lutte contre la réaction de l’extrême-gauche.

    Nous luttons contre « les groupes islamistes » : par un travail fait dans les quartiers populaires pour recréer une solidarité autour de la classe sociale, de l’opposition à l’exploitation et de l’émancipation des femmes. C’est en cela que les antifascistes luttent contre les aspects réactionnaires de la pratique religieuse et contre la diffusion des idéologies réactionnaires. Pas en dessinant le prophète des musulmans sali, ou en limitant les femmes africaines à des utérus sur patte. Non seulement ça ne marche pas, mais cela contribue à polariser encore davantage les classes populaires de notre pays. Le fait de dire « on tape sur tout le monde équitablement » n’a pas de sens. Pour les dominants, qui ont leur relais d’expression, c’est un débat. Pour ceux qui reçoivent cela comme un baquet d’eau glacé de plus en plein visage, c’est une humiliation.

    Nous défendons le droit à la caricature, c’est un droit démocratique. Mais qui demande deux chose : qu’on se pose la question de sa qualité, de son utilité, et qu’il y ait aussi une réciprocité des moyens de réponse. Nous n’avons pas vu en quoi certaines ont contribué à réduire l’influence des islamistes sur les classes populaires.

    Il est vrai que ce sont des questions difficiles : les habitants des quartiers populaires ont été trahis par de nombreuses promesses politiques, ils se savent courtisés par des individus extérieurs à leurs problèmes, et qui se prétendent leurs porte-paroles. C’est également un militantisme complexe, dans lequel les questions sont rarement binaires, et dans lesquels ce ne sont pas de « gentils opprimés angéliques » face à de « méchants exploiteurs diaboliques », mais des situation complexes imbriqués, que le réductionnisme de classe ou intersectionnalité platement horizontale ne parviennent pas à traiter. L’un nie complètement la question du racisme, la question du féminisme, la question de discriminations spécifiques pour ne garder que la question de la place dans le système de production ; l’autre met cette dernière place, fondamentale, au même niveau que les autres, rendant impossible une résolution des contradictions dans la société.

    Or, c’est souvent là où on retrouve une attitude compassée avec les aspects réactionnaires qui peuvent exister dans les classes populaires. Mais les erreurs et les manques ne la gauche révolutionnaire ne sont rien d’autres que des manques et des erreurs, pas des compromissions conscientes.

    L’engagement international contre l’humanitarisme plat.

    Nous apportons aussi une aide morale, politique, aux organisations progressistes qui sont sous le joug de régimes islamistes. Au sein de la coordination mondiale ICOR, nous travaillons avec des personnes qui « font barrage », parfois au prix de leur vie, à l’islamisme.

    Islamisme régulièrement armé, équipé, financé par le commerce de la France avec les puissances réactionnaires. En 2017, la France était le deuxième partenaire commercial de l’Iran. L’Arabie Saoudite est le premier importateur d’armes françaises. Nous ne pensons pas que ce soit la gauchosphère qui négocie avec Daesh pour Lafarge, ou qui vend des armes aux bourreaux de Charlie Hebdo.

    Les fascistes dans leur ensemble, sont dans une alliance tactique les uns avec les autres. Ils se répondent mutuellement. Nulle contorsion à cela : l’extrême-droite fait gagner l’extrême-droite. Point à la ligne.

    Retourner la fausse citation de Churchill.

    La victoire stratégique de l’extrême-droite peut être résumé par la fausse citation attribuée à Churchill « les fascistes de demain s’appelleront eux-mêmes antifascistes ». Elle est comprise dans son sens premier : les antifascistes sont en fait des fascistes. Mais la réalité est l’inverse : les fascistes mènent une campagne de fond, sur des thématiques qui étaient avant celles de la gauche : laïcité, liberté d’expression… en jouant sur des faiblesses que Karl Popper avait déjà illustré dans son ouvrage La société ouverte et ses ennemis : le fait de tolérer l’intolérance.

    Or, ce « vrai fascisme » donc vous parlez, c’est en réalité simplement le rejet viscéral de gens qui n’en peuvent plus d’être moqués, conspués, insultés. Il est vrai que la cancel culture est révélatrice de quelque chose : le fait que, de manière croissante, qu’il n’y ait plus de tolérance pour certaines choses. Ni pour les expressions réactionnaires, ni pour le fait de laisser la parole à des personnes qui par leurs paroles et leurs actes, sont jugés infréquentables.

    Les prises de conscience auxquelles, d’ailleurs, les femen ont contribué, ont été nombreuses. #Metoo, #BLM, ont mis en exergue des problèmes de structure dans la société. Des problèmes qui ne se résolvent pas par une simple mise en retrait. L’antiracisme qui consiste simplement à ne pas tenir de propos racistes est devenu insuffisant. Aujourd’hui, la demande est de mettre fin aux inégalité de traitement et au silence sur une histoire occultée, dominée par la vision eurocentrique du monde. De même, dans la question du sexisme, du patriarcat, dans les questions posées par les mouvements LGBT+, il n’y a pas qu’une exigence de l’absence d’action négative, mais aussi l’exigence d’une transformation des rapports sociaux et des rapports de genre.

    Un mouvement totalitaire, et alors ?

    Le décalage entre les aspirations de ce mouvement et l’inertie de la société créé ce gouffre qui suscite frustration et colère d’un coté, mépris et ignorance de l’autre.

    Dans ce moment d’intolérance envers l’intolérance et la réaction, il existe, dans un sens, un caractère totalitaire1 : toute expression est politisée, et le silence est vu comme complice. Cela cause parfois des exagérations et des abus ainsi que des utilisations cyniques, notamment pour ceux et celles qui sont parvenus à l’utiliser à leur avantage. Mais ce sont des éléments secondaires dans un mouvement qui représente une volonté de transformation culturelle. Cette imperfection ne doit pas servir à l’inverse : laisser la réaction s’étaler partout, dans l’ensemble des médias. Le fait d’être plus inquiet de cela que de l’omniprésence de Zemmour dans les médias montre la myopie de l’autrice.

    Nous n’allons pas mentir, nous n’aurions pas cette patience avec les agitateurs fascistes et réactionnaires. Nous n’avons pas l’intention de créer un zoo des pensées politiques, dans lequel il faudrait considérer que les chapelles fascistes font partie de la biodiversité politique. Nous voulons transformer le monde, le changer. Traitez-nous de totalitaires, cette injure nous glisse dessus.

    Comme un de nos camarades du Togo nous l’a bien résumé : il faut être dur quand on doit l’être et démocratique quand on peut l’être. Nous, nous ne voulons pas maintenir la médiocrité d’ici en l’état actuel. Nous ne voulons pas vivre dans un monde où on accepte comme un état de fait la misère, la souffrance, l’exploitation. C’est pour cela que, si pour réduire les entraves vers un monde meilleur, il nous faut censurer quelques vipères, mettre sous les verrous des agitateurs qui appellent au terrorisme raciste, se protéger contre des agresseurs réactionnaires, nous le ferons sans mentir à quiconque. C’est pour cela que nous n’acceptons pas d’être dépeint ainsi dans un journal qui flirte aujourd’hui avec l’extrême-droite.

    1 Nous employons ce terme comme un terme analytique, mais ni comme une critique, ni comme une disqualification du mouvement.

    Notre article sur les attentats du 11 septembre.

    https://unitecommuniste.com/analyses/20e-anniversaire-des-attentats-du-11-septembre/

    Notre article sur l’assassinat de Samuel Paty :

    https://unitecommuniste.com/societe/samuel-paty/
  • Le RN est il le grand Satan de 2022 ?(2/2)

    Le RN est il le grand Satan de 2022 ?(2/2)

    Zemmour la menace.

    • Zemmour reprend ce qui faisait le succès du FN historique : il parle au ça de ses interlocuteurs, à leurs pulsions animales, à leurs peurs, à leurs frayeurs, à leurs haines. De plus il ne s’adresse pas aux ouvriers, aux travailleurs, mais il s’adresse aux hommes en tant qu’individus. Ils s’adresse à eux dans leur projection en tant que bourgeois potentiels. Il apporte une dimension strictement individuelle et individualisante : tu vaux mieux que ça, mais tu es dévoré par des parasites.
    • Il développe une rhétorique pseudo-intellectuelle basée sur des raccourcis, des bluffs, des mensonges. En revanche, il l’enrobe de rhétorique et de sophismes : chaque dénonciation est une pente savonneuse qui amène à la destruction de la France. Il multiplie les paradoxes : ainsi il ne se prive pas de se clamer le vrai défenseur des femmes, car il s’attaque à l’Islam, tout en considérant que la virilité seule doit commander, au nom de la nature et de la tradition.
    • Il est soutenu par des alliés puissants, notamment Charles Gave et Vincent Bolloré, milliardaires réactionnaires qui verraient bien Zemmour être leur champion.
    • La présence de Zemmour est réellement l’inconnue de cette élection. Zemmour est un aventurier : il n’a rien à défendre, pas d’appareil, pas de structure, pas de mairies à tenir ou de territoire où se maintenir. Si il se présente, il mener une campagne sur un ton nihiliste, et parvenir à se positionner.
    • N’étant pas un homme politique, mais un journaliste, il bénéficie d’une aura de sympathie de la part d’une population qui a été systématiquement déçue.
    • Comme mentionné plus haut, il peut se positionner de manière arithmétiquement plus intéressante, à la soudure entre droite et extrême-droite, et donc posséder une capacité à rallier à sa droite et à sa gauche pour former une coalition importante.

    Nous pensons que si un grand nombre d’inconnues subsistent, il faut prendre très au sérieux l’émergence d’un pôle zemmouriste fort. Il y a peu, Mediapart à pu se procurer un listing de la potentielle équipe de campagne du « candidat non déclaré ». C’est un pot pourri de tout ce que l’extrême-droite peut offrir comme variations.

    Un document confidentiel que Mediapart s’est procuré dévoile une équipe de campagne de onze personnes au service du futur candidat : ex-collaborateurs LR, ancien cadre du mouvement de Bruno Mégret, militants de la Manif pour Tous, attachée de presse des éditions Ring, journaliste à RT France, mais aussi un banquier ou des spécialistes d’intelligence économique. Sous la supervision de Sarah Knafo, ils s’activent déjà « dans l’ombre »1.

    Sarah Knafo (LR), Grégoire Dupont-Tingaud (GUD), Pierre-Alexandre Ferletic (Russia Today), Jonathan Nadler (un banquier), Samuel Lafont (LR)…. Ces jeunes cadres dynamiques représentent une synthèse redoutable : celle de la droite élargie, véritable résurrection du Parti de l’Ordre2.

    Quoiqu’il en soit, la droite et l’extrême droite domineront certainement l’élection.

    Ne pas surestimer le risque fasciste – Ne pas sous estimer les limites de la démocratie.

    Une élection gagnée par l’extrême-droite serait une mauvaise chose. Cependant est elle équivalente au fascisme ? L’équation n’est pas si simple.

    Plusieurs pays dans le monde sont dirigés à l’heure actuelle par l’extrême-droite. Inde ; Afghanistan ; Iran ; Israël ; Turquie ; Hongrie ; Ukraine ; Autriche ; Pologne… Cependant, une poignée d’entre eux ont franchi le pas et passé d’un gouvernement d’extrême-droite à un régime qui peut s’apparenter au fascisme. La réalité étant que soit ils ne parviennent par à franchir cette étape, notamment car la dictature ouverte et terroriste effraie les intérêts de la bourgeoisie ; soit ils n’en ont pas besoin car les outils de la démocratie « libérale » leur suffisent.

    Il faut voir dans ces points là quelque chose d’essentiel : le fascisme (et le nazisme, en dépit de leurs différences idéologiques) n’arrive pas en « gagnant » les élections. Ce n’est pas le critère déterminant. Le pouvoir lui est conféré avec le consentement d’une part importante des plus grands acteurs économiques du pays. Les pouvoirs spéciaux décernés à Hitler, à Mussolini, mais également à d’autres groupes ou personnalités qu’on peut assimiler au fascisme, comme Franco, l’ont été au cours d’une crise de régime profonde.

    Nous voyons des crises économiques sans discontinuer depuis la guerre du Vietnam et le choc pétrolier. Elles sont soit sectorielles (bulle internet), soit géographie (crise asiatique) soit systémique (2008), mais elles sont constantes. Ces crises économiques débouchent régulièrement sur des crises politiques profondes : les gouvernements, soit en appuyant des mesures anti-sociales, soit en jouant la carte de la politique du moindre mal (les deux revenant, en dernière instance, aux mêmes résultats) ne suscitent que mécontentement et mépris. Mais la crise de régime est une gradation supplémentaire : les tensions sont tellement fortes que même les gouvernements ne peuvent se succéder, qu’ils ne peuvent plus gouverner comme ils le souhaitent, et que les gouvernés ne veulent plus être gouvernés comme ils le sont. Là arrive un blocage insoluble.

    C’est dans ces situations de blocage qu’arrive un besoin de « césarisme » comme le nommait Gramsci. C’est à dire quelqu’un qui incarne une solution « supérieure » aux contradictions de la société. Supérieur dans le sens où il représente une synthèse sinistre entre les aspirations du peuple à un meilleur niveau de vie et celles de la bourgeoisie à plus de profits et une plus grande stabilité. Parfois, ces apprentis Césars sont pourtant vu comme de simple pitres, des pantins qui feront le sale travail à la place des bourgeois. Mais parfois, ils s’avère qu’ils sont étonnamment efficaces, à l’exemple de Hitler3.

    A l’heure actuelle, la crise de régime ne se matérialise pas tout à fait. Les gouvernements successifs ont élargi les compétences en termes de répression de la police et de l’administration. L’état d’urgence constant permet aussi un traitement préventif des menaces sur la stabilité de l’État. D’une manière générale, la population accepte, consent, au maintien d’une forme de pouvoir « normal ». Cependant, rien n’est sûr, et l’entropie du monde post-covid est immense.

    D’autant que Zemmour, contrairement à Le Pen, est une personne qui a la prétention immense d’être ce César, ce Napoléon. D’être celui qui serait un sauveur et qui pourrait sauvegarder l’unité de la France au travers d’une immense épuration. D’être quelqu’un qui pourrait imposer une baisse du niveau de vie au nom de la Nation et de la France, en somme, d’être celui qui réunifierait, dans un mensonge, les exploiteurs et les exploités, en les dressant contre les surexploités.

    Combattre.

    Dans les années 1980, l’irruption du FN comme épouvantail avait causé une peur importante. Un grand nombre d’organisations antifascistes sont nées et ont œuvré à lutter contre les mouvements fascistes ou fascisants. Ces organisations sont rentrés parfois dans la légende, comme les Red warriors. Cependant, ils n’ont pas débouché sur la constructions d’alternatives politiques et se sont globalement fondus dans le moule de la sociale-démocratie et du réformisme, finissant par coller des affiches pour l’officine du PS SOS-Racisme.

    D’une manière générale, l’argument de la menace électorale a toujours été employé pour disqualifier les forces extra-parlementaire et pousser à l’union de la gauche, même avec des organisations qui, une fois au pouvoir, appliquent le programme des réactionnaires.

    Cela pose une question importante : comment faire exister la lutte d’un front antifasciste sans que celui-ci ne connaisse le même sort ?

    Nous ne voulons pas « tirer les marrons du feu » pour les autres.

    Le combat antifasciste est en permanence la proie d’organisations politiciennes qui voudraient se l’accaparer et le travailler pour elle. A plusieurs reprises au cours de notre vie militante, nous avons vu les plus modérés imposer un silence politique aux forces les plus combatives au nom de la « massification » ou d’une injonction à l’unité. Les antifascistes de terrain étaient ainsi sommés de se contenter d’une existence de service d’ordre, prenant des risques physiques et juridiques importants, tout en devant laisser l’expression politique aux plus modérés. En dernière instance, cette situation s’est traduite par le fait que les collectifs étaient vidés de leur contenu politique, ne se massifiaient pas plus, et que ceux qui couraient les risques les plus grands étaient abandonnés face à la police et à la justice.

    La focalisation d’un combat contre le RN en tant que structure, au nom d’une injonction morale à faire barrage, est une posture stérile. Ce n’est pas le RN que nous devons combattre, mais bien un courant idéologique qui traverse l’ensemble de la société. Un courant idéologique et des positions politiques dont n’hésitent pas à se servir les autres organisations qui visent à accéder au pouvoir pour servir la bourgeoisie.

    Aujourd’hui, parler de lutte contre les conceptions fascistes, c’est aussi mener une lutte d’ensemble.

    Une lutte étroitement liée à un combat idéologique pour une transformation de la société. Il ne s’agit donc pas de faire de la dénonciation de Zemmour ou du RN un appel à soutenir d’autres politiciens. Nous avons d’ailleurs pu voir qu’une grande partie d’entre eux pourraient tout à fait concevoir de reprendre des pans des programmes de ces organisations si celui-ci leur permettait d’engranger des voies supplémentaires.

    Cette question rejoint donc la question de la lutte pour un camp du peuple, un camp des exploités, et pour l’organisation de ceux et de celles qui veulent un monde nouveau, débarrassé du capitalisme. Pour le moment ce camp n’existe pas organisationnellement et demeure inaudible publiquement. Ses prises de position ne touchent que peu de monde.

    Il y a là plusieurs raisons :

    • Une impossibilité d’ordre technique : le manque de relais et le manque de caisses de résonance. En France, les médias sont cloisonnés et monopolisés par une petite clique de propriétaires qui imposent leur ligne éditoriale. Malgré la pluralité de médias alternatifs, ils manquent de portée cumulative.
    • Une difficulté organisationnelle : les forces antifascistes sont dispersées en différents courants idéologiques, mais aussi en différentes structures ennemies ou antagonistes. C’est l’impossibilité, pour le moment, de construire une unité des forces extra-parlementaires qui empêche aussi l’émergence de ce pôle comme un centre de gravité politique.
    • Un vide idéologique : nous devons être capable également de faire naître un message qui soit clair, simple, accessible, mais qui ne sacrifie pas au fond idéologique. L’isolement des mouvements d’extrême-gauche est la conséquence d’une offensive idéologique de la bourgeoisie. Pour y répondre, il faut une contre-offensive, laquelle soit capable de développer une nouvelle forme de référentiel de valeurs, une nouvelle culture, qui ne soit pas une culture de marginalité, mais qui puisse devenir hégémonique et remplacer celle qui domine actuellement.

    Cette nécessité est intuitivement comprise par un nombre toujours plus grands de militants et de militantes. Cependant, elle se heurte aussi à un grand nombre d’obstacles. Nécessité d’exister politiquement comme une organisation indépendante, force de l’habitude, méfiances et sectarisme…

    Or, comme nous l’avons mentionné à plusieurs reprises, il nous faut impérativement sortir de l’anesthésie formée par l’idée que les choses sont statiques. Après presque trente ans de « fin de l’histoire », nous nous préparons à y retourner avec fracas.

    L’heure tourne.

    A la suite de l’élection d’Emmanuel Macron, nous avions dit : « nous avons 5 années devant nous pour être prêts. » Nous ne pouvons pas dire que nous le sommes. Or, nous avons l’impression que l’étau se resserre.

    Il y a un peu plus de dix ans, à l’époque où certains d’entre-nous militions à la JCML-69 (Jeunesse Communiste Marxiste Léniniste), nous avions tenté d’établir une analyse de quelle semblait être la direction prise par le pays.

    Nous avions supposé à l’époque, que le PS serait élu, et que son élection serait un piège. Elle signifierait simplement que les réseaux de mobilisation et de socialisation qui avaient contribué à lutter contre les réformes de Chirac et de Sarkozy passeraient désormais au pouvoir. Et qu’ils appliqueraient la même politique que la droite, celle-ci étant téléguidée par les désirs et les intérêts des exploiteurs. La victoire de Hollande signifiait donc la défaite du PS.

    A la suite de Hollande, nous supposions une candidature centriste, unitaire, émergeant des décombres de 5 ans de capitulation. Cette candidature, qui préfigurait Macron, serait un missile à usage unique, conçu pour combler, encore, les besoins d’une bourgeoisie encore davantage aiguillonnée par la crise.

    Du fait du chaos politique, il ne nous paraissait pas possible de voir renaître un UMP (avant qu’il deviennent LR) ou un PS fort. Comme les réformes précédentes allaient accroitre l’instabilité politique et les luttes sociales, nous nous attendions alors à voir naître une droite élargie, allant de la droite du PS au RN, et qui aurait vocation à assurer les mêmes fonctions que le Parti de l’Ordre au XIXe siècle : réduire les droits politiques et faire accepter la misère par la force. Un régime pré-fasciste en somme.

    Zemmour, aujourd’hui, représente globalement un héraut potentiel pour un tel Parti de l’Ordre.

    Même si ce plan d’évolution était simpliste et basé sur une aggravation plus forte de la crise, il s’est jusqu’à présent réalisé. Cependant, nous ne pouvons espérer qu’une seule chose maintenant : avoir eu tort.

    1L’équipe de campagne d’Éric Zemmour : le listing secret

    2Le parti de l’Ordre était en France en 1848, sous la Deuxième République, le regroupement non réellement structuré de personnalités conservatrices, partisanes — comme l’indique son nom — de l’ordre, de la sécurité et des bonnes mœurs. (Wikipédia)

    3Comme le note avec justesse Johann Chapoutot, la grande bourgeoisie Allemande pensait que les nazis échoueraient lamentablement et qu’ils seraient aisément manipulables. Il s’avère que non seulement ils ont été efficaces, mais que la créature à fini par échapper quelque peu à ses maîtres.

  • Le RN est il le grand Satan de 2022 ?(1/2)

    Le RN est il le grand Satan de 2022 ?(1/2)

    Les élections approchent.

    Avec celles-ci, une pression chaque jour davantage importante se fait sentir sur l’ensemble de la société. Elle touche même ceux que ces élections n’intéressent pas énormément, à l’origine. Nous-mêmes portons sur elles un regard assez distant : nous voyons les gouvernements non pas comme des instances dirigeantes, supérieurs à la société, mais comme une interface. Une interface d’un système qui sert avant tout les intérêts de la grande bourgeoisie, mais qui a pour but de les moduler et de les rendre socialement acceptable. Nous ne pensons donc pas que les votes soient si déterminants que cela, ni qu’ils puissent changer grand-chose.

    En revanche, les élections sont un baromètre de deux choses :

    • Les désirs de la population et les attentes populaires.
    • Les attentes des exploiteurs et leur programme pour s’appuyer sur les désirs populaires et les mettre à leur service.

    Cette situation nous pousse à nos intéresser de près aux différentes stratégies qui peuvent être mises en place, aux différents paris de la bourgeoisie.

    Nous pensons que, aujourd’hui, étant donné le climat politique et moral qui suit la crise du Covid et la conscience grandissante de la crise écologique, des candidats verts, comme Yannick Jadot, peuvent être des paris envisageables pour la bourgeoisie. Ils incarneraient une continuité libérale, tout en permettant des efforts étatiques vers le financement de nouvelles énergies. Bien sûr, ces financements seraient principalement populaires, puisque, comme nous l’avons vu avec les Pandora Papers, la bourgeoisie est allergique à l’effort commun.

    Mais il existe une deuxième option, réactionnaire, qui recueille des soutiens toujours plus grands. Cette solution fascisante ou fasciste se baserait sur le fait d’exiger des efforts communs, des sacrifices, dans le but de restaurer « la place de la France dans le monde ». Il faut comprendre par cela, bien-sûr, celle de sa bourgeoisie. Cette option passe par un étranglement des libertés démocratiques, mais également par une mobilisation xénophobe, réactionnaire, divisant profondément les exploités entre eux.

    Pendant des décennies, le Front National a incarné cette alternative illibérale. Il a cru, grandi, à laissé des fleurs vénéneuses s’épanouir. Mais pourtant, nous pouvons nous poser la question à l’aube de la campagne électorale : est-il vraiment encore l’incarnation de cette solution ?

    Le RN est il un tigre de papier ?

    Érigé en menace absolu, en totem de peur, le RN est il réellement capable de pouvoir remporter les élections ? A notre avis non. Nous pensons que dans le maximum des cas, il peut parvenir au second tour à un score de l’ordre du tiers des voix. Cela ne signifie pas qu’il n’ait cependant pas de pouvoir de nuisance et qu’il ne soit pas un problème. Mais il se heurte à des difficultés qui rendent sa victoire électorale peu probable.

    Nous pensons que le RN est étroitement limité par son propre modèle et par sa structure.

    Le RN est, fondamentalement, une boutique tenue par un clan autour de la famille Le Pen. Il s’agit d’une organisation qui sert à financer un train de vie pour une famille parasitaire. A ce titre, il s’accroche à certaines fonctions rémunératrices (notamment le parlement européen). Son institutionnalisation progressive, notamment grâce à la politique de la dédiabolisation, ressemble un peu à celle du PCF : les rentrées d’argent convainquent de ne plus se lancer dans une aventure nihiliste et anti-système, car elle risquerait de se traduire par des pertes de termes de postes. Le RN a pu cependant élargir sa base électorale depuis 2002. Mais ses perspectives de conquête d’électorat sont limitées.

    La dédiabolisation du RN a eu plusieurs effets contradictoires : elle est une indéniable victoire tactique de la part de la direction incarnée par Marine Le Pen, mais elle est aussi une défaite stratégique. Le pari était complexe : comment être une organisation d’outsiders tout en ayant volonté à diriger ?

    • Il est indéniable que, depuis 2002, le RN/FN « passe mieux », il apparaît comme une organisation politique normalisée et à pu ainsi accroître de manière importante sa base électorale. Cependant, il s’agit d’un électorat particulièrement volatile, car n’étant pas intégré dans des réseaux de socialisation ou de structuration, à l’image de celui de LR ou des anciens réseaux du PS ou du PCF.
    • Ce qui fait l’attractivité du RN est sa capacité à proposer une forme de transgression du consensus républicain classique, une forme de transgression du politiquement correct, en somme, il représente le « dire tout haut ce que les gens pensent tout bas ». C’est à dire être la caisse de résonance du « ça » freudien, animal, brutal, et viscéralement réactionnaire.
    • Or, pour gagner des voix, il doit perdre en transgression, et quand il perd en transgression, il perd en intérêt. On a pu voir que d’autres acteurs qui partent à la conquête du centre de gravité de l’électorat réactionnaire, comme Darmanin, on été bien plus agressifs qu’un RN hésitant.
    • De plus, il apparaît de plus en plus clairement que le RN n’est pas capable de se penser comme une organisation impériale, capable de se penser comme un centre de commandement de la société. Il se présente comme une organisation d’outsider grognons, mais n’est pas crédible pour des personnes qui ne veulent pas grogner, mais qui veulent que le parti pour lequel ils votent gagne.

    En fin de compte, le problème du RN est qu’il est prisonnier de son modèle. Il se heurte à un plafond de verre. Il a grandi, s’est doté de postes et de positions. Mais ces postes et ces positions lui imposent une modération pour gagner en capacité de consensus. Et ce consensus réduit sa capacité à pouvoir séduire en transgressant les tabous.

    Supposons un hypothétique cas d’étude dans lequel le RN pourrait arriver au pouvoir. Cela ne signifierait pas forcément le fascisme, ni même que le RN pourrait appliquer sont programme et sa conception du pouvoir.

    • Il faudrait que la bourgeoisie adoube son programme, car sa politique, pour le moment, effraierait les marchés. Or cette question de la stabilité des marchés est fondamentale dans les choix politiques des grands monopoles économiques. Cette recherche d’un agent capable de leur assurer le maintien et la croissance de leurs rentes sous-tend un grand nombre de stratégies. Ainsi, la plupart des milliardaires français, qui sont issus de milieux ultra-réactionnaires, ont été pourtant des supporters des partis du centre (PS-Modem-UDI-LR…) lesquels garantissaient cette stabilité.
    • La politique des politiciens est souvent une politique centriste : le programme essaie de prendre en compte le centre de gravité idéologico-politique du pays. C’est d’ailleurs toute l’ineptie du « vote de barrage » : Macron a été élu avec les voix de la gauche, mais pour lui le centre de gravité politique était entre lui et Marine le Pen. Au lieu de « prendre en compte les voix de gauche », il a surtout pris en compte les voix RN. Dans le cas du RN, l’application de son programme se ferait à l’inverse. Macron a droitisé sont programme, Le Pen serait obligé de le recentrer.
    • L’opposition serait forte. Macron a neutralisé celle-ci en reprenant le programme de la droite et en étant constitué de transfuges du PS. Il rendait quasiment impossible aux forces politiques qui l’environnaient de pouvoir exister politiquement. Dans le cas du RN, l’ensemble des autres forces politique pourraient faire bloc contre cet outsider.

    En dépit de cette incapacité à pouvoir diriger comme bon leur semble, une hypothétique victoire du RN serait révélatrice d’une situation extraordinairement mauvaise pour la conscience politique générale du pays.

    Plus prosaïquement, là où le RN gagne des points, c’est sur son influence idéologique.

    Un centre de gravité idéologique, mais sans capacité de victoire.

    Dans le fond, pour que le RN gagne idéologiquement, il faudrait mieux qu’il ne se présente pas. Mais comme son but premier est d’assurer la victoire d’une équipe, d’une boutique, il ne le peut pas. Pire, en dépit de son influence idéologique, il est aussi une cible.

    Le RN, par ses caractéristiques propres, ses thèses radicales et la volatilité de son électorat, représente une manne tentante pour les autres organisations politiques. Beaucoup ont cru pouvoir lui prendre ses électeurs. Cette situation a fait passer le RN de pôle ennemi à cible. Ses idées, ses thèses, sont devenus le centre des débats politiques. Aujourd’hui, les organisations politiques qui se présentent aux élections se positionnent par rapport à son programme.

    Certaines n’ont pas hésité à tenter de ratisser sur ses terres. Même des organisations comme LFI se sont retrouvés devant la question. En Allemagne, Aufstehen ! , scission de Die Linke voulait former une organisation de gauche anti-immigration. En France, Kuzmanovic, aile réactionnaire de LFI, voulait faire de même. Après des hésitations, il a été exclu.

    La réalité étant que braconner à l’extrême-droite n’affaiblit pas celle-ci, mais la légitime. Plus les autres ont voulu imiter le RN, plus celui-ci est devenu une alternative politique socialement convenable, et plus le centre de gravité idéologique général du pays est passé à l’extrême-droite.

    L’impossible Imperium du RN.

    Un des éléments qui a le plus déçu les électeurs et électrices de Marine Le Pen est son statut constant d’outsider. Le RN n’est pas taillé pour la victoire et elle le sait. Cela a joué un rôle important dans sa médiocre prestation du débat de l’entre-deux tours. Elle s’est positionnée comme elle le pouvait : c’est à dire dans une attitude de critique « du fond de la classe » des actions du gouvernement, en somme par un programme négatif. Emmanuel Macron, quant à lui, s’est placé dans une posture de prince régnant, dirigeant, proposant des positions politiques et des solutions (dans l’intérêt de la bourgeoisie, certes). Pour les électeurs, qui votent généralement dans l’espoir de gagner, cette attitude ne peut que dépiter.

    Zemmour, quant à lui, porte un autre ethos, celui d’un dirigeant en place, celui de quelqu’un qui tient les rênes du pouvoir entre ses mains. Il n’a pourtant pas de techno-structure gouvernementale à proposer pour le moment. Mais ce n’est pas un défaut pour autant, au contraire, cela l’avantage par rapport au RN : il peut choisir.

    Car, malgré son influence idéologique, le RN se heurte à un obstacle : il est cloisonné politiquement.

    Face à plus structuré que soi.

    Aujourd’hui, la quasi-intégralité des organisations politiques politiciennes, de droite ou de gauche, se revendiquent d’une manière ou d’une autre du gaullisme. C’est un lieu commun de la politique. Le RN ne fait pas exception à cela, en dépit du fait qu’il soit originellement le point de ralliement de la droite vichyste et anti-gaulliste, celle des Tixier-Vignacourt et autres collaborationnistes. Si il est aisé de se parer du vernis gaulliste, s’en enduire ne trompe pas les véritables réseaux gaullistes. Ils forment un maillage étroitement serré, englobant également les réseaux traditionalistes chrétiens. Il s’agit d’un glacis sur lequel se heurtent constamment les frontistes, car il est imperméable à leurs tentatives de séduction. Les réseaux gaullistes ont leurs propres figures d’extrême-droite, telle que Philippe de Villiers, Nadine Morano ou Jean-Frédéric Poisson.

    L’émergence d’une autre menace.

    Or, s’il est impossible pour le RN de parvenir à prendre le contrôle de ces réseaux, l’inverse est possible. Il a été ainsi possible de voir que Nadine Morano, Christine Boutin ou d’autres ont apporté un soutien régulier à Eric Zemmour et à ses thèses. C’est là un signe important : la droite traditionnelle et l’extrême-droite zemourriste possèdent une grande porosité. Cette bienveillance ouvre des perspectives inconnues à d’autres aventuriers de l’extrême-droite : la possibilité effective d’avoir les voix permettant de gagner. Zemmour, dans un sens, est quelqu’un qui a intuitivement compris le principe de la ligne de masse, mais d’un point de vue réactionnaire.

  • Soirée de solidarité avec Georges Abdallah.

    Soirée de solidarité avec Georges Abdallah.

    Hier, 19 octobre 2021, s’est tenu une soirée de solidarité avec Georges Abdallah.

    Nous tenons à remercier les organisateurs et organisatrices de cet événement, ainsi que ceux qui y ont participé. Nous saluons le CPES (Comité Prolétarien d’Entraide et de Solidarité), la LJR (Ligue de la Jeunesse Révolutionnaire) et le Collectif 69 de soutien au peuple palestinien qui étaient présents.

    Nous saluons le succès de cette soirée, qui illustre l’intérêt constant pour la lutte palestinienne et pour la liberté de Georges Abdallah, enfermé depuis 1984. Au cours de cette soirée, plusieurs prises de parole ont été réalisées. Elles ont permis de retracer le contexte de la lutte du peuple palestinien, du peuple libanais et de Georges Abdallah. Elles ont aussi restitué une notion importante : celle de l’impérialisme. A la suite de cette intervention, le film Fedayin, qui retrace le combat de Georges Abdallah, a été projeté.

    Nous remercions nos camarades de nous avoir aussi donné l’occasion de prendre la parole et de pouvoir donner notre point de vue sur cette question. Nous la retranscrivons ici1 :

    « Pour ne pas répéter les aspects factuels de la situation de Georges Abdallah et de de celle de la Palestine et du Liban, nous allons parler brièvement de l’importance de la personne.

    Il existe un certain courant qui consiste à insister sur les victimes des violences, et qui met sur un pied d’égalité les victimes de la violence et les victimes de la violence des victimes. Cette mise sur pied d’égalité nie l’origine de la violence première, et ne demande qu’une chose, c’est que la violence cesse. Or, demander que la violence cesse, cela revient à accepter la situation, à l’entériner. En Palestine, cela revient à normaliser l’occupation et la colonisation.

    Or Georges Abdallah n’est pas une victime, mais un combattant. C’est quelqu’un qui n’a pas capitulé. Les juges lui ont fait endosser l’entière responsabilité des éliminations faites par les FARL. (Nous disons élimination car ce sont des opérations militaires, dans le cadre d’une guerre, et non pas des meurtres.) A l’origine pourtant, il n’est accusé que d’usage de faux passeport. Georges Abdallah a accepté d’endosser cette responsabilité, même si elle n’était pas directement la sienne, car en tant que rouage de l’organisation, il se sentait la même responsabilité, et le même devoir de défendre politiquement sa cause.

    Si nous devons devons retenir une chose de son procès, c’est celle-ci : « Si le peuple ne m’a pas confié l’honneur de participer à ces actions anti-impérialistes que vous m’attribuez, au moins j’ai l’honneur d’en être accusé par votre cour et de défendre leur légitimité face à la criminelle légitimité des bourreaux. »

    Ceux et celles qui défileront à Lannemzean ne doivent pas oublier une chose : ils défilent en honorant non pas une victime passive, mais une personne qui continue de se battre et qui ne renonce pas.

    De même, nous ne pouvons oublier une chose : au-delà de la résistance, il y a l’homme de projet. Georges Abdallah n’est pas que dans une posture défensive, luttant contre une situation criminelle. Il fait partie de ceux et de celles qui luttent pour un nouveau monde. Il est de ceux qui, par leur engagement, par leurs valeurs, préfigurent les habitants d’un monde nouveau.

    Il ne s’est pas battu que contre les effets d’une occupation, mais il s’est battu pour qu’un nouveau monde arrive, dans lequel elles n’existeront plus. Dans laquelle la domination et la colonisation seront absentes de Palestine. Un monde dans laquelle, la place d’Israël en tant que « tête de pont de la démocratie occidentale », pour reprendre les écrits de Zbinew Brzezinski2, n’aurait plus lieu d’être. En effet, il est porté à bout de bras comme point d’appui de l’impérialisme occidental dans le Moyen-Orient. Un monde de paix et de coopération.

    Nous saluons la lutte de Georges Abdallah, nous saluons la résistance Palestinienne, et nous saluons la naissance de ce monde nouveau ! »

    1Celle-ci ayant été faite sans trace écrite, il s’agit d’une retranscription de mémoire, expurgée de répétitions et réorganisée pour être rendue plus lisible.

    2Zbigniew Brzeziński, né le 28 mars 1928 à Varsovie et mort le 26 mai 2017 à Falls Church, est un politologue américain d’origine polonaise. Il a été conseiller à la sécurité nationale du président des États-Unis Jimmy Carter, de 1977 à 1981. (Wikipédia) C’est aussi un des grands théoriciens de la géopolitique américaine, ainsi qu’un des promoteurs de la notion de « système totalitaire », autour d’une définition ad hoc faite pour attaquer l’URSS. (NdA)

  • Le travail ouvrier, une magie ?

    Le travail ouvrier, une magie ?

    « Lorsque tu vas sur une ligne de production, c’est pas une punition. C’est pour ton pays, c’est pour la magie ».

    Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, s’est écriée ceci lundi 11 octobre. Cette phrase a suscité l’hilarité d’une partie de l’échiquier politique. A raison.

    Pourtant, il y a du vrai quelque part dans cette affaire de magie.

    Dans l’acte créateur du travail, de la transformation de la matière brute en produit fini, utile à la société, il y a une forme de magie. Cette magie du travail utile est quelque chose qui a donné ses lettres de noblesse au travail d’ouvrier et d’ouvrière. La fierté de participer à des constructions d’ensemble, monumentales, la fierté de contribuer à l’enrichissement global d’une société en créant de ses mains des richesses matérielles…

    De ce point de vue là, il y a effectivement une magie, et une magie qu’il faut défendre : elle est créatrice, elle est émancipatrice, elle est celle qui permet de sortir des sociétés agricoles, celle qui permet d’ouvrir la voie de l’avenir de l’humanité : un avenir dans lequel nous travaillons ensemble, nous produisons ensemble, et nous partageons ce que nous produisons selon nos besoins.

    Mais cette magie est pour le moment une magie qui ne sert qu’un maître. Et ce maître est avare de partager les richesses, par contre, il s’abreuve de sueur et, parfois, de sang.

    Une magie alimentée par le sang.

    Car on ne peut renier qu’il existe aussi une réalité moins reluisante. Et nous sommes loin, là, de la magie.

    • Celle de l’aliénation. Les ouvriers et ouvrières, dans le modèle fordiste, sont réduits à des rouages répétant sans cesse les mêmes opérations, parfois sans savoir même quelle est la finalité de ce qui est produit. Cette dépossession et cette répétition réduit la valeur du travail, épuise psychologiquement, use physiquement.
    • L’usure et la répétition marque les corps et les esprits. Cette usure importante a d’ailleurs fait que le modèle de Ford à mis du temps à s’imposer. Sa politique des « hauts salaires » ne parvenait pas à fidéliser les travailleurs. La dépense physique et nerveuse du travail à la chaîne étant jugée plus coûteuse que le bénéfice d’un salaire symboliquement plus élevé.
    • Car les dangers sont nombreux, et la France a longtemps rechigné à sécuriser ses outils de production. C’est sous la pression de l’UE que des normes de sécurité contraignantes sont adoptées, en 1993. De plus ce n’est que tardivement que la responsabilité juridique des employeurs est engagée en plein dans les accidents du travail. Auparavant ils étaient vu comme l’expression du fatum, du destin, aujourd’hui, ils peuvent être considérés comme des homicides.

    733 morts au travail en 2019. Et derrière les morts, les blessés. 655 715 accidents du travail ont été comptabilisés, dont 99 000 sur le trajet. 50 % sont liés à la manutention, 28 % des chutes, 8 % l’utilisation d’outillage. Ce sont très majoritairement des accidents qui touchent l’usine, la logistique et le BTP. 50 392 maladies professionnelles ont été reconnues. Dans 44 492 cas, ce sont des TMS, Troubles Musculo-Squelettiques, troubles qui touchent notamment largement les personnes travaillant de manière répétitive. La France, encore une fois, est en retard, particulièrement par rapport aux pays anglo-saxons, dans lesquels la culture de la sécurité au travail est tout autre. En France, le paternalisme étouffe la plainte.

    La pression du manager, contremaître nouvelle génération, tout comme celle des Ressources Humaines, s’est déversée de l’usine sur le reste de la société. Dans Libres d’obéir : le management, du nazisme à la RFA, l’historien nous construit une histoire du management. Une histoire qui tire ses racines dans la recherche, dans le IIIe Reich, d’une société productive et heureuse de l’être. Une productivité au service, comme dans la phrase de la secrétaire d’État de « ton pays ». Un « ton pays » qui camoufle mal un « ton patron ». Dans la magie du happy management, du travailleur heureux, patriote et productif, c’est ce qui est recherché : un bon outil, une bonne ressource.

    Les ministres n’ont que fort peu souvent de mots pour les maux des ouvriers. Leurs morts sont des faits divers, tandis que le moindre policier tué, par lui-même ou par quelqu’un d’autre, débouche sur des grands titres et sur des grandes lois. Le fait est que le régime tient sur sa police, et que satisfaire les peines des prolétaires n’est pas dans ses ambitions. Ou alors, c’est un compromis.

    La réalité est que notre secrétaire d’État, comme ses supérieurs, n’a qu’un intérêt partiel pour le bien-être des travailleurs et des travailleuses. Il est une équation qui se mesure en jours perdus, en amendes, en absentéisme, en grèves. Parfois, il faut flatter, comme à la veille de la présidentielle, parfois il faut frapper, comme dans l’emploi du management par la terreur, notamment dans certains secteurs comme France Télécom. Si pousser au suicide ou faire courir des risques pour la santé est plus rentable que soigner et améliorer, on ne fait rien.

    Happy management contre produire pour servir.

    Nous-mêmes, nous avons un regard autre sur cette question. Comme nous l’avons mentionné en introduction : il y a une certaine magie dans l’acte de transformation de la matière en objet. Cette magie, nous ne voulons pas l’étouffer, mais au contraire, lui permettre de couvrir le monde. Ça n’est pas uniquement en étant « contents de produire », en faisant, nous aussi, du happy management, mais en réalisant les choses différemment.

    Pour nous, la magie de la production n’est pas dans la quantité produite, elle n’est pas dans le luxe, mais elle est dans la capacité de la production à répondre aux besoins de l’humanité. Pour les capitalistes, il est exclu de remplacer le travail humain par l’automatisation, car on ne peut sous payer les machines, et donc on ne peut gagner de plus-value sur leur travail. Pour nous, la question ne se pose pas : le profit n’est pas notre but. De nombreuses tâches, aujourd’hui, peuvent être automatisées et permettre à de nombreuses personnes de travailler moins ou de se consacrer à autre chose, à étudier ou à s’épanouir.

    Nous voulons pouvoir créer le système économique dans lequel la production est là pour répondre aux besoins de la population dans la mesure des capacités de la planète. Quelque chose qui cesse de ruiner les bases de notre survie, et qui nous permettre d’aller vers l’avenir. Demain, qui sait, les machines à commande numériques, les impressions 3D métalliques, feront des usines des lieux de magie sans opérations humaines, mues par le ballet des robots.

    Mais dans l’intervalle, nous le répétons : il y a une vraie fierté à être de ces magiciens du bois, de l’acier, de l’aluminium, une vraie fierté à être quelqu’un qui vit pour répondre aux besoins des autres !

    Annexe : un exemple hypnotisant de machine-outil à commande numérique.

    https://www.youtube.com/watch?v=5koA0Yd9SFc&ab_channel=SkyCreativeHD
  • Déclaration de UPOTUDAK : Que Georges Abdallah soit libéré !

    Déclaration de UPOTUDAK : Que Georges Abdallah soit libéré !

    UPOTUDAK est une organisation turque de solidarité avec les prisonniers politiques .

    L’attitude hostile des puissances impérialistes internationales envers les révolutionnaires et les progressistes est une constante dans l’histoire. L’incarcération du révolutionnaire libanais Georges Abdallah, arrêté il y a 37 ans en France, se poursuit toujours. Alors qu’Abdallah aurait dû être libéré dans la 14e année de sa détention, en conformité avec la loi française, l’État français viole son propre droit pénal et applique toujours une loi d’exception en le maintenant en prison.

    Qui est Georges Abdallah ?

    Georges Ibrahim Abdallah est né le 2 avril 1951 à Koubeyat au nord du Liban. En tant que communiste dans les rangs du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) dans les années 1970, il a rejoint la lutte pour le socialisme et a combattu contre l’Israël. En 1979, il participe à la création des « Forces Armées Révolutionnaires Libanaises », une organisation communiste et anti-impérialiste.

    Après l’occupation du Liban par le sionisme en 1982, il n’a pas hésité à faire sa part dans la résistance armée contre l’occupation. Cette même année Israël, avec le soutien de la France et des États-Unis, a lancé des attaques pour mettre fin à la résistance palestinienne au Liban. C’est durant ces attaques que des milices, avec la complicité des envahisseurs, ont commis les sinistres massacres de Sabra et Chatila.

    Ces attaques ont suscité des réactions de groupes libanais, mais aussi de révolutionnaires progressistes en Europe. Pour agiter l’opinion publique en Europe, ils ont lancé des actions de protestation dans le but de dénoncer, les impérialistes, les guerres impérialistes, et leurs partisans . Pendant cette période, Abdallah était en France. Après l‘exécution de l’attaché militaire de l’ambassade des États-Unis et du responsable du Mossad à Paris en 1982 par les FARL, les révolutionnaires libanais sont devenus la cible des agences de renseignement secrètes de l‘Israël et des USA.

    En 1984, Le 24 octobre 1984, Georges Abdallah est arrêté à Lyon et incarcéré. En étant parmis les fondateurs des FARL, il a été accusé d’avoir participé à des attaques armées contre des fonctionnaires de l‘Israël et des USA en France et condamné à la réclusion à perpétuité à l’issue d’un procès politique entâché d’irrégularités. Il n’est inculpé que de faux et usage de faux, mais se retrouve à endosser l’intégralité des actions réalisées par les FARL.

    Selon les lois françaises ; alors qu’Abdallah aurait dû être libéré dès sa 14e année de prison (1999) sa peine était terminée. Sa libération et son extradition vers le Liban ont été empêchées par la coopération de l’impérialisme américain français, est traité comme un otage de guerre. Neuf demandes, depuis cette date, ont été déposées en ce sens, mais rejetées. Lorsque la justice française a ordonné se remise en liberté, le gouvernement a refusé.

    Tout au long du processus judiciaire, Georges Abdallah a toujours été aux côtés de la résistance, en solidarité avec les prisonniers révolutionnaires du monde entier, y compris les prisonniers de Turquie. Il a défendu son identité révolutionnaire et sa lutte dans toutes les conditions. Georges Ibrahim Abdallah aujourd’hui ; il est le plus ancien prisonnier révolutionnaire d’Europe.

    Apprenons de l’expérience des prisonniers révolutionnaires !

    Cette application pour Georges Abdallah permet d’effectuer une comparaison des attitudes hostiles des puissances impérialistes envers les révolutionnaires et progressistes à travers l’histoire. Les méthodes brutales et illégales des arrestations des révolutionnaires, des communistes, des militants du mouvement de libération nationale dans les pays européens sont légion. Depuis des décénnies, se poursuit une politique d’intimidation, de réduction au silence et de répression de l’opposition. Ces methodes ne sont pas limités à certaines parties du monde. Elles sont là aussi en Europe.

    Ce devrait être la tâche la plus importante de notre époque pour les forces progressistes démocratiques d’étendre la lutte commune contre cette attitude commune des impérialistes. En tant qu’acteurs de la lutte pour la liberté, l’égalité et la fraternité dans différents pays, nous devons approprier la lutte des prisonniers politiques du monde entier et lutter pour leur liberté.

    Comme UPOTUDAK; A l’occasion de l’anniversaire de l’arrestation de Georges Abdallah, comme chaque année, nous appelons toutes les forces démocratiques à participer et à soutenir l’action qui se tiendra le 23 octobre 2021, devant la prison de Lannemezan (Hautes-Pyrénées). De plus, le 22 octobre 2021 ; nous appelons toutes les forces progressistes locales et immigrées à participer et à soutenir les rassemblements que nous organiserons pour la liberté de Georges Abdallah devant les consulats de France en Autriche, en Suisse, aux Pays-Bas, en Angleterre et en Allemagne.

    Liberté pour Georges Abdallah !

    Liberté à tous les prisonniers politiques !

    Vive la solidarité internationale !