Le 24 mars 1999, il y a
20 ans jour pour jour, débutait l’opération Allied Force,
lancée par l’OTAN contre la République Fédérale de Yougoslavie.
Cette opération de bombardements s’est inscrite dans le contexte de
la guerre du Kosovo et a duré 78 jours.
Elle a été présentée
par les médias des pays impérialistes d’occident comme la première
« guerre humanitaire », formule perverse inventée à l’époque par
Bernard Kouchner. Le principe était le suivant : des frappes
chirurgicales ne visant que des objectifs militaires, épargnant les
civils, et sauvant de l’extermination les albanais du Kosovo. La
réalité fut la suivante : l’ONU a refusé de suivre les actions de
l’occident, durant lesquelles les pertes civiles furent innombrables
et les infrastructures civiles détruites. Aujourd’hui encore, la
Serbie et le Kosovo ne s’en remettent pas.
Pourquoi cette guerre en réalité ?
Alors qu’elle a été présentée comme une guerre juste, celle-ci
s’est inscrite dans le long processus de démantèlement de
l’ex-Yougoslavie, véritable champ de bataille des impérialismes.
Les Balkans sont depuis des siècles des enjeux géostratégiques,
mais, également économiques, étant donné la richesse minière de
la région. A l’époque, le régime de Slobodan Milošević, qui
représente un point d’ancrage des intérêts russes, représentait
un obstacle pour l’hégémonie des impérialistes américains et
allemands dans les Balkans. Dans la géopolitique US, architecturée
par Zbiniew Brzezinski, laquelle consistait à refouler le plus loin
possible les positions russes, la République représentait une
cible.
Nous n’avons pas de sympathie idéologique pour la Serbie de
Milošević, présentée par les médias occidentaux de l’époque
soit comme une espèce de nazisme-bis, soit comme le dernier bastion
du communisme en Europe. En effet, bien que dirigé par le parti
socialiste de Serbie, ce régime, s’appuyant sur le nationalisme
serbe, représentait un Etat réactionnaire, issu de la décomposition
de la Yougoslavie. Décomposition causée par l’échec de la ligne
promue par Tito.
Le modèle
autogestionnaire de Tito est salué par l’occident comme une voie
médianne, juste, entre le capitalisme et le communisme. C’est avant
tout une manière d’utiliser l’anti-soviétisme de Tito comme outil
pour attaquer l’URSS sous la direction de Staline. Il est présenté
comme l’application du programme marxiste des usines aux ouvriers, et
de la terres à ceux qui la travaillent, mâtiné d’autogestion. Pour
autant, le socialisme autogestionnaire est définit par Enver Hoxha
comme « l’idée que le socialisme ne peut prétendument être
édifié à travers la concentration des moyens de production dans
les mains de l’État socialiste, par la création de la propriété
d’État en tant que forme suprême de propriété socialiste, mais à
travers le morcellement de la propriété étatique socialiste en
propriété de groupes particuliers de travailleurs, qui
l’administrent soi-disant directement ».
Si l’État était
officiellement propriétaire des entreprises, celles-ci étaient
dirigées par des « conseils ouvriers », autonomes, gérant
librement la production, et ne répondant alors qu’à des intérêts
ponctuels visant au profit immédiat, et non au développement de
l’industrie nationale.Au final, les « conseils ouvriers »
ont parfois même agi contre d’autres entreprises nationales
concurentes, ont constitué des monopoles, ou ont même parfois fait
pression pour la baisse des salaires. En fait de lutte des classes,
c’est le corporatisme et le nationalisme qui ont régné en
Yougoslavie. Cette conception idéologique a eu pour conséquence un
développement profondément inégalitaire et anarchique des
républiques, faute de planification centralisée visant au
développement harmonieux de tout le territoire. De plus, chaque
République s’est spécialisée, accroissant les contradictions sur
le territoire et entraînant des conflits de subordination des unes
aux autres.
Ce modèle a dès lors
fait émerger une bourgeoisie d’État qui s’est enrichie via le
commerce extérieur (les couches les plus aisées de la paysannerie
notamment pouvant vendre librement leurs excédents), et entraîné
une dépendance croissante vis à vis des capitalistes étrangers,
contrôlant des entreprises, voir des républiques sur la fin de vie
de la fédération. De même, les prêts du FMI à la Yougoslavie
l’ont enchaînée à la servitude des dettes. Cette division spatiale
et de facto ethnique du
développement fut la base économique des nationalismes, et la
présence très fortes des impérialistes dans l’économie yougoslave
n’a fait qu’exacerber ces derniers.
Pour autant,
l’éclatement Yougoslave n’est pas un Printemps des Peuples
progressiste, incarnant une libération nationale et populaire. Elle
est le fruit pourri de la manière dont le titisme à construit la
Yougoslavie, accentué par le poids et l’influence des impérialismes
étrangers. D’une manière générale, le capitalisme n’a jamais
cessé d’exister durant la période de Tito, il a juste pris un
aspect inconventionnel. En dernière analyse, cet Etat était partagé
consensuellement entre les impérialismes occidentaux et le
social-impérialisme soviétique. La chute de l’URSS mis fin au
modus vivendi entre les
impérialisme, entraînant, de fait, une guerre de repartage.
Au début des années
1990, les impérialistes occidentaux, en position de force, ont
accentué la tendance à la décomposition. Chaque Etat ayant investi
dans la Yougoslavie a joué ses agents, pour accroître son contrôle.
Cela a jeté des peuples autrefois unis dans une guerre fratricide.
La question du Kosovo
est plus spécifique. Dès le décès de Tito en 1980, des émeutes
séparatistes éclatent à Priština. La direction politique du
mouvement est alors entre les mains de groupes nationalistes et
marxistes-léninistes, ayant pour objectif le rattachement à
l’Albanie, principal soutient politique des insurgés. En 1988, c’est
la question kosovare qui sert de tremplin à Milošević, et le
propulse à la tête de la Serbie. Le discours nationaliste intégré
par la ligue des communistes de Serbie permet alors aux appartchiks
serbe de se maintenir au pouvoir, après avoir transformé la ligue
des « communistes » en parti socialiste.
A la suite de la guerre
de 1992-1995, le feu se rallume au Kosovo. L’armée de libération du
Kosovo (UÇK) se forme alors, et entame la lutte armée. Loin d’être
un mouvement révolutionnaire, l’UÇK se comporte en bande mafieuse
et fasciste, se livrant au proxénétisme, au trafic d’organes, au
viol, et au nettoyage ethnique. A leur nationalisme grand albanais
appuyé par la CIA, s’oppose le nationalisme grand serbe de
Milošević, soutenu par les impérialistes russes et chinois.
Après être intervenus
contre la Serbie et le Monténégro, et appuyé la prise de pouvoir
de l’UÇK au Kosovo, Washington a pu installer la base de Bondsteel
dans la province, plus grande base militaire américaine en Europe.
Ni les serbes, ni les albanais n’ont été vainqueurs. En Serbie, de
sérieux dégâts ont été causé. La destruction des usines et des
infrastructures a permis la soumission de l’économie nationale aux
impérialistes, et l’usage d’uranium appauvri a entraîné des dégâts
sanitaires atroces. Quant au Kosovo, aujourd’hui république
indépendante auto-proclamée, la population s’enfonce dans la
misère, avec un taux de chômage record, et un territoire qui est un
point de passage de toutes les mafias d’Europe.
Les gagnants ont été
les agents de l’impérialisme, les perdants ont été les populations
civiles.
Qu’en est-il aujourd’hui ?
L’agression contre la RFY
fut une opération tactique s’inscrivant dans la stratégie de
soumission des Balkans. Dirigées par des régimes réactionnaires et
corrompus, les républiques de l’ex-Yougoslavie ne sont plus qu’un
champs de bataille entre les impérialismes, américain, allemand,
français, et russe. La Serbie, exsangue, est aujourd’hui dirigée
par une clique d’anciens collaborateurs de Milošević dont le chef
de file est Alexandar Vučić. Son régime est toléré par les
impérialistes étrangers, étant le bon élève de l’Europe,
candidat à l’adhésion à l’UE, et l’ami de Poutine, dans un étrange
jeux d’équilibriste. En Croatie, la vie politique est dirigée
depuis l’indépendance par le HDZ, parti fondé par Franjo Tuđman,
nostalgique du régime fasciste des Ustaše, qui ont dirigé l’État
indépendant de Croatie de 1941 à 1945, en collaboration avec
l’Allemagne nazie. En Bosnie-Herzégovine, c’est un véritable régime
d’apartheid qui continue de diviser serbes, croates et bosniaques.
Cette division n’a jamais profité aux yougoslaves, elle est l’œuvre
des capitalistes, qui se sont engouffrés dans l’échec du titisme,
et ont appuyé les nationalismes. Ni les démocrates bourgeois, ni
les ultra-nationalistes, les uns à la botte des États-Unis, de la
France et de l’Allemagne, les autres, à la botte de la Russie et de
la Chine, ne sont les amis de leurs peuples. Les Serbes, les Croates,
les Slovènes, les Monténégrins, les Macédoniens, les Bosniaques,
et les Albanais n’ont pas à choisir qui sera leurs maître. La seule
voie qui mène à l’indépendance, à la liberté, c’est celle de
l’unité, celle de la lutte, celle de la révolution. A ce titre,
nous saluons le travail des organisations révolutionnaires présentes
dans ces pays, particulièrement celui de nos camarades du Partija
Rada, membres de l’ICOR ; mais aussi du NKPJ, de la SKOJ de la Crvena
Akcija, et de l’ensemble des forces progressistes et
révolutionnaires. Nous soutenons le droit des peuples à
l’auto-détermination, et condamnons fermement toute tentative de
soumission.
Il y a 20 ans, c’est un crime contre
l’humanité qui a été commis par les impérialistes, loin de
libérer les peuples par leurs actions « humanitaires », ils n’ont
fait que les enchaîner davantage. Mais dans les Balkans, comme en
France, comme en Algérie, de grand mouvements de contestation ont
lieu. Comme dans le mouvement des gilets jaunes en France, nous
soutenons les progressistes qui y prennent part.
Les criminels impérialistes, et leurs
larbins nationalistes et mafieux rendront gorge. En France, dans les
Balkans, en Algérie, construisons la solidarité internationaliste,
forgeons le camps du peuple.
Prolétaires des Balkans, unissez vous
contre l’impérialisme !
Prolétaires du monde entier, unissez
vous contre le capitalisme !
Vive la révolution socialiste !