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  • Raffineries et farce de la démocratie

    Manuel Valls a annoncé récemment que les raffineries, les ports, les axes routiers, bloqués par les travailleurs en lutte, pourraient être débloquées par la force, si nécessaire, avec l’usage des forces de l’ordre.

    Il ne faudrait pas que la menace de la pénurie puisse semer le doute dans les esprits, nuire aux automobilistes, tout comme le blocage des ports risquerait –horreur- de nuire quelque peu à l’économie.

    Valls, ainsi, déclarait : « L’accès aux ports, l’accès aux centres névralgiques économiques, l’accès aux aéroports doit être possible et on ne peut pas tolérer ces barrages, même si c’est une difficulté supplémentaire pour les forces de l’ordre ».

    Aujourd’hui, 20 avril, les forces de l’ordre ont entamé le déblocage du terminal pétrolier de Lorient, illustrant parfaitement les paroles de Manuel Valls. Les gendarmes ont ainsi chargé les piquets de grève et les barrages formés par les travailleurs en lutte.

    Les gendarmes mobiles ont repris l'entrée du dépôt pétrolier.

    Cette intervention n’est pas sans rappeler le déblocage de la raffinerie de Feyzin (69) durant la lutte contre la réforme des retraites. A ce moment, l’armée est intervenue pour disperser les barrages, et remettre manu militari –c’est le cas de le dire- en route les machines distillant le précieux or noir.

    Pourtant, nous sommes bien obligés de nous interroger naïvement, le droit de grève n’est-il pas un droit démocratique reconnu ? Ne fait-il pas partie de ces « libertés fondamentales » dont on nous rebat les oreilles, tant elles incarnent la grandeur et la perfection de la République ?

    Soyons sérieux. Tant que la grève ne gêne pas réellement, tant qu’elle ne menace pas de manière un tant soit peu sérieuse le bon fonctionnement de l’économie, elle est tolérée. Tolérée ne signifiant, bien sûr, pas « aimée », il suffit de voir la propagande anti-gréviste déversée contre tout mouvement.

    Cependant, pour peu qu’elle sorte de ces cadres tolérés, bien que restant dans le cadre légal, elle est immédiatement combattue avec force, quitte à ce que l’Etat viole ses propres cadres légaux.

    Gênante, entrainant des pertes, entrainant une action sur l’économie, la grève « dure » n’est pourtant pas un danger pour l’ordre établie, pour l’Etat. Mais qu’à cela ne tienne, ceci est suffisant pour justifier le fait qu’elle soit brisée.

    « L’Etat opprime et la Loi triche »[i]

    L’Etat, bras armé de la bourgeoisie, n’est nullement un arbitre.  Il n’est pas une émanation qui flotte au-dessus de la société, qui en est coupée, et qui serait neutre. Au contraire, l’Etat est là pour maintenir l’exploitation dans un cadre légal favorable à la bourgeoisie. Les maigres libertés gagnées de haute lutte ne sont que temporaires dans les faits.

    L’Etat, la loi, nous garantissent pourtant des « libertés fondamentales ». « Fondamentales », ce mot signifierait qu’elles formeraient le fondement de notre société. Beau et pieux mensonge. 

    Il n’est pas de Liberté en régime capitaliste.

    Il n’existe rien qui soit une « liberté fondamentale » en régime capitaliste, juste des droits formels. Formellement nous avons le droit de lutter, formellement nous avons le droit de manifester, formellement nous avons le droit à beaucoup de choses. Mais la confrontation avec la réalité révèle que ces droits n’existent que tant qu’ils ne gênent pas l’exploitation, qu’ils ne la remettent pas en cause.

    Ces droits sont une boîte, un bac à sable, dans lequel –grand seigneur- l’Etat nous autorise à nous ébattre et à jouer. Gare cependant lorsque les travailleurs essaient d’en sortir, la matraque, le gaz, le fusil, la prison les attendent.

    Marx ne se trompait pas quand il écrivait que la démocratie bourgeoise n’est que la démocratie des bourgeois, tout comme la démocratie Athénienne était celle des propriétaires d’esclaves.  Cette démocratie n’est que la dictature de la bourgeoisie sur les travailleurs, tout comme la « belle » démocratie athénienne était la dictature contre les esclaves.

     

    Quand l’illusion réformiste se brise face à la réalité.

    Aux rêveurs, aux naïfs qui croient que la bourgeoisie ne se rebellera pas, qu’elle discutera, qu’elle posera les armes lors de la révolution, voire même qu’elle acceptera de céder face à la « volonté de la majorité », face à la « mobilisation citoyenne », regardez la réalité en face.

    Si, pour un si petit enjeu, la réaction de l’Etat, la réaction de la bourgeoisie, est telle ; comment imaginer un seul instant qu’elle puisse ne pas se battre avec la dernière énergie lorsque ses intérêts seront menacés directement, ou même que le pouvoir lui échappera.

    Comment croire qu’elle puisse accepter de laisser les rênes du pouvoir à un gouvernement « ouvrier » sans être brisée avant ? Comment croire qu’elle puisse accepter d’être taxée sur ses bénéfices ? Comment croire qu’elle acceptera de verser sur ses deniers –issus de la sueur de notre travail en fait- un salaire à vie, cette chimère réformiste ?

     Car la dictature de la bourgeoisie, ce n’est pas une chose en l’air, une idée, c’est une réalité concrète. Une réalité faite de violence et de répression.

    La bourgeoisie veut tenir son ordre par le fer et le feu. Le fait-elle par méchanceté ? Non. Elle le fait car c’est son intérêt de classe de le faire, qu’elle en est vivement consciente, et qu’elle est vivement intéressée par le protéger. Elle n’hésite pas un instant, pour se faire, pour satisfaire ses appétits, pour se défendre, à violer sa propre légalité. Par le passé, lorsqu’elle s’est sentie menacée, elle n’a pas hésité a appeller les fascistes au pouvoir, pour écraser dans le sang le mouvement ouvrier.

    Nous le savons. L’histoire a enseigné que la bourgeoisie ne s’encombre guère d’états d’âme. Et à raison.

    Car dans un monde socialiste, ils n’auront plus de place, plus de privilèges, plus de rangs, plus rien. Et comme l’écrivait Lénine : « Et si vous, exploiteurs, tentez de résister à notre révolution prolétarienne, nous vous réprimerons impitoyablement, nous vous enlèverons vos droits politiques; bien plus nous vous refuserons le pain, car dans notre république prolétarienne, les exploiteurs n’auront pas de droits, ils seront privés d’eau et de feu, car nous sommes des socialistes pour de bon. » [ii]

    La bourgeoisie nous réprime parce qu’elle se sait pourrissante et aux abois. Elle n’a plus de place dans ce Monde. Elle n’est plus qu’un parasite vivant sur le dos des travailleurs.

    Sa dictature, les travailleurs la briseront !

     

     


    [i] Couplet de l’internationale.

    [ii] Lénine : Le Renégat Kautsky et la révolution prolétarienne.

  • Hommage aux victimes de Tchernobyl et aux liquidateurs.

    Cette année, nous commémorons les 30 ans de la catastrophe de Tchernobyl.

     

    Le 26 Avril 1986, la centre Vladimir Ilitch Lénine, située à Tchernobyl, à proximité de la ville de Pripiat, explosait. Cet accident nucléaire, le plus grave jamais produit, a conduit à la fermeture d’une zone d’exclusion de 2 600 km², à l’évacuation de plus de 200 000 personnes, ainsi qu’à l’irradiation d’une grande partie de la population locale.

     

    La lutte contre l’incendie de la centrale, les opérations de sécurisation du site, ainsi que la décontamination de la zone ont exposé environ 600 000 travailleurs et soldats à des taux de radiation atteignant parfois 2 à 3 000 Röntgen par heures, quand on sait que la dl50 -dose à partir de laquelle 50% des individus exposés décèdent- est de 400 rem/an.

     

    (La ville de Pripiat aujourd’hui)

     

    Ces combattants de l’atome, nommés liquidateurs, ont accompli leur tâche au mépris du danger, conscient du risque terrible pour l’Europe, voire le Monde, si jamais le danger dans la centrale de Tchernobyl n’était pas complètement éliminé.

     

    Dans les opérations menées par les premiers arrivés, les pompiers de la région, qui ont payé un lourd tribut en s’exposant directement aux radiations

     

    (Le toit effondré du réacteur quelques semaines après l’accident)

     

    Dans des opérations de largage de sable et de bore dans le brasier du réacteur n°4 encore en feu, puis par des largages de près de 2 000 tonnes de plomb pour sceller le réacteur, les pilotes et les soldats ont été exposés à des doses massives de radiations, dont beaucoup sont morts ou restés infirmes.

     

    Dans les opérations d’approche au sol, près de la centrale, pour évaluer la situation, dans le creusement par des mineurs du Donbass ou de la région de Toula d’une salle sous la centrale pour installer un dispositif de refroidissement -lequel devait empêcher le corium, le cœur fondu, de traverser la couche de béton et d’atteindre la nappe phréatique, causant un risque de contamination massive et pouvant potentiellement déclencher une explosion allant jusqu’à 7 mégatonnes- mais également dans une tâche beaucoup plus dure et coûteuse humainement, celle de nettoyer le toit des décombres.

     

    (Les liquidateurs en action sur le toit. Les rayons qui partent du sol sont le fruit de l’exposition de la pellicule à la radiation)

     

    Pour poser le sarcophage de béton armé au dessus de la centrale, il était impératif de retirer du toit les morceaux d’uranium et de graphite projetés par l’explosion du cœur du réacteur. Or, l’opération avait logiquement été tentée avec des robots, qui tombèrent en panne les uns après les autres à cause de l’exposition aux radiations. Pour résoudre cette terrible équation des « robots biologiques », ou plus poétiquement les « Krycnye Loty », les chats du toit, furent envoyés.

     

     (Les liquidateurs arrivent sur le site.)

    Recouverts d’un costume de plomb, censé les protéger, ces soldats furent envoyés, pour des durées d’opération minimes -quelques dizaines de seconde, une minute au plus- jeter le graphite dans le trou béant causé par l’explosion.

     

    Cette exposition courte ne fût pas sans séquelles. Il est estimé par l’ONU que, si seulement 47 morts sont directement liées à l’exposition aux radiations, 2 200 seraient décédés des suites directes, et 25 000 avaient perdu la vie en 2004.

     

    (une des médaille délivrées aux liquidateurs; une goutte de sang traversée par les rayons alpha, bêta et gamma.)

     

    Ces combattants furent commémorés comme des héros les années suivantes, et reçurent des pensions de la part de l’Etat. Cependant, avec la chute de l’URSS1, les pensions et les honneurs se sont taris, et il ne resta bientôt plus qu’une misère noire pour ces combattants de l’atome.

     

    Nous leur rendons hommage aujourd’hui, à ceux qui ont donné leur vie pour que la catastrophe de Tchernobyl ne soit pas devenu celle de l’Europe entière. Nous rendons hommage à cette abnégation dont ils ont fait preuve.

     

    Nous ne sommes pas de grands amoureux de l’URSS révisionniste, qui avait, lors du XX ème congrès du Parti Communiste d’Union Soviétique, abandonné les fondamentaux du marxisme et du communisme, l’esprit de la révolution, la volonté de combattre l’impérialisme et le capitalisme, et qui au contraire s’est enfoncée dans une liquidation de son héritage socialiste, dans la création -sous le prétexte de la division internationale socialiste du travail- d’un social-impérialisme, en somme, une URSS qui n’était plus le bastion de la révolution.

     

    C’est dans ce contexte de pourrissement économique que s’est produite cette catastrophe. Monétarisant l’économie socialiste, édifiée avec patience depuis la révolution, les révisionnistes avaient creusé leur propre tombe. Les investissements dans l’industrie se tarirent, l’économie s’asphyxia, et elle se fragilisa.

     

    Face à une concurrence exacerbée, choisie, avec l’Amérique, l’URSS était lancée dans une lutte économique dans laquelle elle partait désavantagée. Cela s’est aggravé d’années en années. Cela eut également des répercutions sur la population, sur les chercheurs, dont le directeur de la centrale Viktor Petrovitch Brioukhanov, qui, au mépris des règles de sécurité, lança un programme expérimental, pour dépasser le plan prévu, et être bien vu de ses supérieurs.

     

    Cependant, cela ne nous empêche pas de rendre hommage à ceux qui, voulant symboliser leur victoire, ont accroché au sommet de la cheminée de la centrale le drapeau rouge, dans un hommage à la prise du Reichstag.

     

    Cependant, force est de constaté qu’après 30 ans, et 5 ans après la catastrophe de Fukushima, le nucléaire, le secret d’Etat, la question de l’énergie, restent encore des sujets brûlants.

    Image illustrative de l'article Centrale nucléaire de Tchernobyl

    (Le réacteur N°4 aujourd’hui)

     

    Le prétexte Tchernobyl: un enjeu de la guerre froide.

     

    Lors de la catastrophe de Tchernobyl, un déluge de condamnations ont été déversées sur l’URSS -guerre froide oblige- mettant en avant la lenteur d’action des secours, les mensonges ou la rétention d’information sur l’accident, la manière dont ont été géré les travaux, avec leur coût humain faramineux…etc.

     

    La vérité nous oblige à plaider à décharge sur certain de ces arguments, et à en opposer d’autre. Avant Tchernobyl, il n’y avait pas eu de Tchernobyl. Jamais un accident comparable n’avait eu lieu, et la gestion de crise face à un incident de cette ampleur avait un caractère tout à fait expérimental. Insuffisant, certainement, mais expérimental.

    La lenteur de réaction à été le fait, en partie, de la difficulté énorme d’évaluation du danger et d’évaluation des dégâts. Les moyens techniques n’ont permit de se faire une idée réelle de la situation qu’au bout de plusieurs jours, date à laquelle la ville de Pripiat à, par ailleurs, été évacuée intégralement.

    Le fait que les délégations de chercheurs, spécialistes du nucléaire, aient logé par ailleurs dans la ville même, dormant, mangeant, travaillant sur place, indique une sous-évaluation grave plus qu’un mépris généralisé.

    Le maintient des manifestations du premier mai à Kiev est dans la droite ligne de cette sous-estimation. Le secrétaire générale de la RSS d’Ukraine s’est par ailleurs suicidé peu après, rongé par le remord.

    L’envoi de nombreux soldats, de nombreux travailleurs, répondait à une logique d’urgence, à une nécessité impérieuse de liquider le problème le plus vite possible. Le coût en à été énorme, mais il partait d’un calcul froid: Coût connu si une action est entreprise / coût estimé si le pire scénario se produit.

     

     

    A titre de comparaison, l’accident nucléaire de Fukushima est révélateur.

     

     (La centrale de Fukushima)

     

    La société TEPCO à délibérément falsifié des rapports indiquant un danger pour la centrale Fukushima Daï-chi en cas de tsunami, mettant, pour éviter des travaux sur la central, délibérément en danger la population. Dans le cas de Tchernobyl, c’est une expérimentation sur le système de sécurité qui à pris une tournure catastrophique.

     

    La même société à fait obstruction face à l’Etat japonais dans sa transmission d’information sur la situation, minimisant à chaque fois la gravité de la situation. Elle a été épinglée à plusieurs reprises pour ses manquements aux règles de la sûreté ainsi que pour des dissimulations d’accidents survenus dans ses centrales.2

     

    Quant à la situation à l’heure actuelle sur la centrale de Fukushima, la confusion règne. Employant une technique de pointe, la photographie par muons3, les chercheurs sont parvenus à obtenir une image de l’enceinte du réacteur. Résultat des courses: Vide. Le cœur n°1 (un des deux cœurs rentré en fusion complète), transformé en corium par sa fusion, se serait donc écoulé dans les étages du dessous.

     

    (Photgraphie prise par un appareil à détection des muons, les enceintes de confinement apparaissent distinctement…et vides) 

     

    Où est-il ? Mystère. Mais le risque d’une atteinte de la nappe phréatique est réel. Or, elle subit déjà une contamination par des rejets d’environ 300 t d’eau radioactive par jour, à travers les fissures de sons soubassement.

     

    La facteur humain, le capital humain, qu’en est il de son usage ?

     

    Pour la situation de Tchernobyl, l’urgence et l’improvisation ont régné en maître cruel sur les opérations, prélevant un lourd tribut. Dans le cas de Fukushima Daï-Chi, la situation se mêle aux relents immondes des profits qui peuvent se faire sur l’exploitation crasse des travailleurs.

     

    Une partie importante des travailleurs dans les zones contaminés, chargés de ratisser le sol, d’éliminer les traces de radiations, est en situation de surexploitation: Payés de l’ordre de 10$/h, sans indemnités de logement, sans indemnités de repas, certains s’endettent dans ce travail ingrat. D’autres choisissent de se débarrasser de leurs dosimètres pour continuer à travailler dans la zone après avoir atteint le maximum toléré en terme d’exposition.

     

    Comme des primes sont versées pour les zones les plus dangereuses, les yakusas n’hésitent pas à faire du recrutement forcé de chômeurs et de S.D.F., envoyés travailler en zone contaminé pour que la mafia s’engraisse.

     

    Ce ne sont que certains aspects, mais le traitement de l’information, sa transmission aux populations, ainsi que les égards pour la main d’œuvre n’ont non seulement pas changé, ils ont même empiré pour certain. L’incompétence s’étant mêlé aux questions de rentabilité et de secret cher à cet secteur.

     

    Pour finir sur Fukushima, il est estimé que les travaux de décontamination et de démontage s’étaleront sur 20 ou 30 années. Dans les faits, jamais une centrale nucléaire n’a été démontée.

     

    La France, prochaine sur la liste ?

     

    (La centrale nucléaire de Fessenheim)

     

    La fatalité frappera certainement. Les réacteurs nucléaires français font du rab’ de vie. Ils tournent depuis bien plus longtemps que la date originelle de leur fermeture. Or, ils tourneront probablement jusqu’à leur casse, tant le démontage est une question problématique.

     

    A l’heure actuelle, c’est un véritable casse-tête que cette question de la durée de vie. Construits en grande pompe à l’époque où la France voulait mener cavalier -relativement- seul, indépendant dans le bloc Ouest, cette nucléarisation massive s’est faite sans jamais se poser la question du démontage.

     

    Depuis, la durée de vie des réacteurs est allongée artificiellement, par décret.4

    Hormis le démontage, une question de profit se pose également. EDF, bien que théoriquement entreprise publique, est un monopole jaloux, frileux comme le sont tous les monopoles. Des travaux , un arrêt de centrale signifierais des pertes en terme de rentabilité.

     

    D’autant que derrière EDF se trouve aussi l’ombre du fleuron mondial du nucléaire: AREVA.

     

    AREVA, un dossier inépuisable, une entreprise qui forme, dans certains pays, un Etat dans l’Etat, arrosant chaque parti politique, chaque faction, chaque clan, pour pouvoir continuer éhontément à exploiter à bas coût les sous sols de l’Afrique.

     

    Car, au final, la question n’est pas tant celle du nucléaire en tant que tel que de la gestion de ce secteur si central, si stratégique, qu’est l’énergie. La question du nucléaire de manière spécifique n’a pas réellement de sens. Chaque type de production d’énergie à ses aspect néfastes et ses aspects positifs. Le charbon et le pétrole sont tout aussi meurtriers5, les ressources renouvelables comme le solaire présentent eux aussi des inconvénients graves6, en somme il n’existe pas de quadrature de cercle sous le capitalisme pour la production d’énergie.

     

    Un secteur public de l’énergie serait-il une garantie ?

     

    Non, hélas. La notion de secteur public en monde capitaliste est une notion bien trompeuse. EDF, Cogema (ancêtre de AREVA) étaient des monopoles publics, comme Elf en son temps. Cela ne les a nullement empêchés de faire de sombres affaires, d’être mouillés dans des scandales, dans des coups d’Etat.

     

    La seule garantie que nous ayons n’est pas une question purement de forme, il est une question de contrôle et d’impact décisionnel. Or, sans un Etat du peuple, dirigé par le peuple, rien de cela n’est possible. L’Etat bourgeois est là pour protéger la bourgeoisie, dont le but est d’amasser du profit. Rien d’autre.

     

    C’est notre Etat que nous devons construire, un Etat socialiste, là pour répondre aux besoins du peuple, dont une énergie sûre et propre.

     

    Sans cet Etat, sans ce changement révolutionnaire de société, les Fukushima et les Tchernobyl seront toujours une menace.

     

     

     

    1A laquelle la catastrophe de Tchernobyl est liée, étant donné son coût humain et financier terrible (plusieurs milliards de roubles), et son coût politique pour l’équipe de Gorbatchev alors au pouvoir.

    2Source: http://www.liberation.fr/planete/2016/02/26/fukushima-tepco-dans-le-viseur-de-la-justice_1436001

    3On utilise le rayonnement de fond de l’univers, lequel est dévié par les objets denses, dont l’Uranium. (19g/cm3)

    4http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/02/23/20002-20160223ARTFIG00319-la-prolongation-des-centrales-nucleaires-en-question.php

    5Selon Science & Vie 1 000 000 de personnes chaque année meurent à cause de la pollution atmosphérique.

     

    6L’utilisation de terres rares notamment, lesquelles expliquent un certain nombre de conflits armés d’aujourd’hui.

  • Slate sort l’épouvantail Maoïste pour défendre Finkielkraut

    Lorsque la pseudo radicalité affichée par ce journal s’efface, il ne reste plus qu’un visage bien triste, bien commun, celui du petit-bourgeois effrayé.

     

    Slate fait pourtant partie de ces pages médias qui apprécient, pourtant, quand il se déroule des faits divers, des commérages de couloirs, de belles unes qui font le buzz, qui font le click salvateur et rentable sur leur page.

     

    Slate aime bien les histoires violentes, les histoires de combats, les histoires de souffrances. C’est beau le peuple qui souffre, c’est beau et ça permet de s’offusquer devant son écran, entre deux visionnages de youtubeurs et de youtubeuses qui expliquent la vie derrière une caméra, dans un flux lacéré de jumpcuts.

     

    Mais Slate n’aime pas trop certaines choses, et n’aime pas trop que les gens aillent trop loin dans leur propre pays.

     

    Dans un article dédié à la visite de Finkielkraut à la nuit debout de Paris1, visite émaillée du huées et d’un crachat sur notre philosophe, un journaliste de Slate, M. Askolovitch, n’hésite pas un instant, et brandit alors un épouvantail terrifiant : Les particpants à la nuit debout, et en particulier celui qui à commi cet outrageux acte, sont des méchants maoïstes.

     

    Alors comment passer d’articles racoleurs à une dénonciation en bonne et due forme du totalitarisme rampant, cheval de bataille des journalistes en manque d’inspiration.

     

    Quels sont les faits ?

     

    Finkielkraut, notre pseudo-philosophe qui nous prouve, avec ses comparses « philosophes post-quelque chose » que la philosophie atteint parfois de terribles rendements décroissants- a décidé de quitter sa tour d’ivoire pour aller côtoyer, l’espace d’un instant, un lieu où ceux qui luttent contre la loi travail se réunissent.

     

    Nous ne pouvons que saluer cet acte. Dans un article sur le site arret sur image2, il était révélé que Alain Finkielkraut ne sortait que peu, et refusait de se confronter à la réalité. Ainsi l’ancien président de MSF Rony Brauman, parlait de lui en ces termes : «A ma grande stupéfaction, à l’époque où nous dialoguions sur Israël, il ne s’est jamais rendu dans les Territoires, du côté des Palestiniens. Il disait qu’il savait d’avance ce qu’il y avait à voir. À cette époque, j’allais parler du conflit dans les banlieues, je lui ai proposé en vain de venir pour éprouver ce miracle relationnel qui peut survenir lors d’une rencontre. Dans ses essais, il condamne la raison pure, il donne leur place aux passions, à l’émotion. Mais cette émotion-là, née de l’échange direct, il se l’interdit.». L’échange et la rencontre avec la réalité ont eu donc lieu. A ses dépends.

     

    Les choses ne se sont pas déroulées comme dans un charmant débat feutré entre gens de bonne société, et voilà notre académicien hué, conspué, quittant-les oreilles bien basses- la foule.

     

    La vie est dure, admettons le, même pour les grands esprits.

     

    Et Slate de se feindre d’un article magistral: « Les gauchistes sont des salauds violents. Des méchants »

     

    Bien évidemment, la première référence qui est venue à l’esprit est celle de Mai 1968 et des méchants maos humiliateurs de professeurs d’université.

     

    Qu’est il reproché ?

     

    Le rédacteur de l’article, Claude Askolovitch, accuse ceux qui ont pourfendu le pauvre académicien, d’être des héritiers des maoïstes de 1968, eux même héritiers de ceux de la révolution culturelle.

     

    « Sait-il, le zouave [celui qui a craché sur Finkielkraut], qu’il est l’avatar délavé des étudiants gauchistes d’antan, qui eux-mêmes n’étaient que des copies pâlichonnes des gardes rouges de Mao, lesquels jouissaient d’humilier publiquement les rats puants de l’ordre ancien? »3

     

    Nous apprécions toujours d’être comparés à des pervers sexuels, jouissants d’humilier nos ennemis de classe. C’est une analyse que M. Askolovitch, qui n’est nullement psychologue ou psychiatre, devrait garder pour lui.

     

    Le mouvement de la révolution culturelle, qui, pour notre auteur, semble être l’émanation d’un désir purement viscéral, n’est aucunement parti de ces bases.

     

     

    Dans la conception confucianiste, laquelle avait, même en Chine des années 1960, une grande influence, le respect aux figures d’autorités et la soumission à leurs directives était telle que cela, malgré le pouvoir communiste, formait toujours un carcan étroit autour des larges masses chinoises. Or, même au sein du PCC, se trouvait des nouveaux-mandarins qui usaient et abusaient de leur position pour leur profit personnel. Mao lui-même écrivait en 1967 : « Dans le passé, nous avons mené la lutte dans les campagnes, les usines et les milieux culturels, entrepris le mouvement d’éducation socialiste, sans parvenir pour autant à résoudre le problème, parce que nous n’avions pas trouvé une forme, une méthode permettant de mobiliser les larges masses ouvertement, dans tous les domaines, à partir de la base, pour qu’elles dénoncent notre côté sombre. » 4

     

     

    Face à ces opportunistes et à leur déviations, le mouvement de la révolution culturelle voulait non seulement les mettre à bas en tant qu’individus, mais également casser le caractère quasi-sacré des fonctions d’autorités, et montrant que personne n’était inattaquable et incritiquable.

     

    Dans les institutions de la Chine d’alors, la présence importante de réactionnaires formés à l’école confucianiste était massive, Mao lui même les décrivait « encore dominés à ce jour par des ‘personnages des temps révolus «  ; il critique le ministère de la Culture qui, « s’il ne change pas, devrait être rebaptisé ministère des empereurs et hauts dignitaires, ministère des damoiseaux et damoiselles ou encore ministère des personnages étrangers des temps révolus ». Quant au ministère de la Santé publique, il devrait aussi changer de nom et s’appeler « ministère de la santé pour les seigneurs de la ville. »

     

    En voulant casser cette présence de gens d’un autre temps, Mao pour autant avait fait appel à des procédés qui apparaissent d’une douceur incroyable comparativement à ce que les racontars sur cette période exposent : Peu d’arrestations, pas de condamnations à mort, des relégations pour la plupart ou des destitutions de charges. Mao insistait sur l’importance des preuves dans la mise en œuvre de cette justice, mais les procès étaient, eux, publics.

     

    Et c’est cela qui déplait tant à notre auteur. Le fait que tout soit exposé.

     

    Si pour M. Askolovitch, le fait d’être cité sur des Dazibaos -des affiches où les torts étaient exposés- ou de devoir reconnaître ses fautes en public est une humiliation, nous avons de sérieux doutes sur sa notion d’honneur et de justice. Probablement, pour lui, cela consiste à les enterrer, les cacher sous le tapis, et ne plus en faire mention. L’outrage serait de faire étalage public de ceci, et de ne pas le garder dans l’entre-soi de la bonne société.

     

     

    Dans la société sclérosée de la France à l’époque de mai 1968, sans que cela soit réellement comparable à la Chine, il se trouvait cependant une situation un peu similaire dans l’éducation, en particulier dans les lycées et les universités, où l’enseignant était incritiquable, inattaquable, bref, au dessus de ses élèves.

     

    Mai 1968 n’a pas bouleversé la société française, mais on ne saurait nier que cela a eu quand même certains effets, dans les universités, et sur la culture du rapport à l’enseignant.

     

    Mais nous digressons à vouloir répondre à chaque point, et l’essentiel n’est pas là.

     

    Puisque la violence est l’enjeu de l’article, venons-en à ce fait. Pour notre ami, rédacteur dans plusieurs journaux -Marianne, le Nouvel Obs…etc.-, donc supposément au courant de l’actualité, Finkielkraut aurait été victime d’une agression injustifiée, de la part d’individus qui auraient dû accepter de débattre avec lui, au nom de l’utopie, au nom de la gentillesse, au nom des bons sentiments.

    Ceci est révélateur d’une conception cruellement idéaliste de la part de M. Askolovitch. Finkielkraut n’est pas arrivé là bas comme un nouveau né qui vient au Monde, il traine, avec lui le fardeau de tout son passif d’expressions répugnantes, de tout son passif de provocations et d’insultes racistes.

     

    Sans rentrer dans un florilège de citations, les provocations sur l’Islam, sur les races, sur les banlieues, de la part de ce philosophe, n’ont eut de cesse d’exaspérer, de pousser à bout tout ceux qui ont été ciblées par celles-ci, ainsi que ceux qui font cause commune avec eux.

    Est-ce un individu lambda, mu par la bonne volonté, peut-être quelque peu ignare et immature qui s’est aventuré ce soir là à la nuit debout ?

     

    Nullement.

     

     

    C’est celui qui, en 1988, écrivait que la pensée anticoloniale était la grande défaite philosophique de notre époque, celui qui prétendait que la colonisation avait apporté beaucoup de bien aux africains, qui soutint Renaud Camus -théoricien du Grand Remplacement-, qui fut le grand allié de Oriana Fallaci [ les musulmans « ne sont bons qu’à lever le cul en l’air cinq fois par jour » et à se « multiplier comme des rats » ] sous le prétexte que cette auteure avait le mérite de « regarder la réalité en face ».

    Ce prétexte, de voir la réalité en face, lui a permis de servir une soupe immonde, comme cette saillie, « les Antilles filent un mauvais coton idéologique » , dont on ne peut que saluer le distillat magnifique d’un humour cynique de colonisateur. Et d’autres raccourcis, impressionnant saut périlleux intellectuel réussissant à partir de la lutte anticoloniale pour retomber sur ses pattes dans l’antisémitisme « la créolité puisse servir à entretenir, outre la haine de la France coloniale, la haine d’Israël, Etat juif si vous voulez, c’est-à-dire Etat non créole, non métissé »

     

    L’ironie de l’histoire a voulu qu’il déclare également, sur les émeutes des banlieues de 2005 :

    « On les a traités comme des révoltés, comme des révolutionnaires. C’est la pire des choses qui pouvaient arriver à mon pays et je suis très malheureux. Pourquoi ? Parce que le seul moyen de surmonter c’est de les obliger à avoir honte. La honte, c’est le début de la morale. Mais au lieu de les pousser à avoir honte, on leur a donné une légitimité : ils sont “intéressants”. Ils sont “les damnés de la terre”. Imaginez un instant qu’ils soient blancs comme à Rostock en Allemagne ; on dirait immédiatement : le fascisme ne passera pas. Un Arabe qui incendie une école, c’est une révolte ; un Blanc, c’est du fascisme. Je suis daltonien : le mal est le mal, peu importe sa couleur. »5

     

    Nous reviendrons dessus par la suite.

     

    Donc, ce n’est pas un ange venu du ciel, pur et immaculé, qui est venu rendre visite aux nuits debout, mais bien cet immonde personnage, grossier et vulgaire, ce personnage qui, par le biais des médias qui l’invitent, comme d’autres, distille la haine, instille la xénophobie.

     

    Ce personnage, nous ne saurions le dire autrement, est un personnage violent -en paroles-, pourrait-on dire, mais même la justice bourgeoise reconnaît que cela puisse être une violence.

     

    L’agression permanente, l’agression continuelle de la part de ces haut-parleurs de la réaction, est une véritable violence. Face à cette violence, face à ce symbole du racisme ambiant, ce symbole de la nostalgie colonialiste, devrions nous répondre avec la tendresse ou l’amour ?

     

    Peut-être. Peut-être le ferions-nous si les choses n’étaient pas ce qu’elles étaient.

     

    Peut-être la réponse sur ce qu’il s’est passé se trouve dans la citation que nous avons épinglée :

     

    Pourquoi ? Parce que le seul moyen de surmonter c’est de les obliger à avoir honte. La honte, c’est le début de la morale.

    Comment blâmer notre « pauvre zouave », n’a t’il pas tenté, par les méthodes de Finkielkraut elles-mêmes, d’enseigner un début de morale à ce pauvre hère ?

     

    Peut-être.

     

    Ou peut-être simplement en avons-nous assez ?

     

    Comment en serait-il autrement ?

     

    Alors que la loi travail vient liquider nos acquis sociaux, veut nous ramener au XIXe siècle, nous devrions sourire et accepter. Nous devrions aussi nous contenter d’un simple désaccord de pure forme lorsque la police vient nous arrêter, nous frappe, nous blesse. Pour les bourgeois et les bourgeoises en beaux costumes, nous devrions répondre à cela par la politesse et les mots doux.

    Lorsque, à Mayotte, c’est l’armée qui intervient, parce que la population exige l’application du code du travail, nous devrions juste nous contenter d’un simple « c’est bien dommage » et condamner les émeutes. Lorsque la France déstabilise des pays, prépare des coups d’Etats, et que ses soldats commettent des viols sur des enfants, nous devrions nous dire chanceux que cela ne nous arrive pas.

    Lorsque nous voyons le racisme gagner du terrain, les complotistes avancer leurs pions jusque dans nos rangs; lorsque nous voyons nos frères et sœurs de misère être expulsés et retenus aux frontières, nous devrions débattre avec ceux qui en sont responsables, et juste leur dire notre désaccord.

    Lorsque le sexisme et les conceptions patriarcales ont pignon sur rue, nous devrions accepter cela comme un état de fait.

     

    Oui, nous en avons assez.

     

    Lorsqu’un bourgeois, lorsqu’un réactionnaire lance ses discours racistes et réactionnaires, c’est la liberté d’expression. Dès que nous répondons, c’est du totalitarisme, du stalinisme, du maoïsme. Oui. Et nous n’en avons nullement honte. Nous n’avons pas honte de citer Lénine lorsqu’il écrivait :

     

    « Nous » disons donc à la bourgeoisie: Vous, exploiteurs et hypocrites, vous parlez de démocratie alors qu’à chaque pas vous dressez des milliers d’obstacles pour empêcher les classes opprimées de participer à la vie politique. Nous vous prenons au mot, et afin de préparer les masses à la révolution, pour vous renverser, vous autres exploiteurs, nous demandons, dans l’intérêt de ces masses, que votre démocratie bourgeoise soit élargie.

     

    Et si vous, exploiteurs, tentez de résister à notre révolution prolétarienne, nous vous réprimerons impitoyablement, nous vous enlèverons vos droits politiques; bien plus nous vous refuserons le pain, car dans notre république prolétarienne, les exploiteurs n’auront pas de droits, ils seront privés d’eau et de feu, car nous sommes des socialistes pour de bon. » 6

     

    La violence première, c’est celle que nous subissons chaque jour, par l’exploitation, la discrimination, la misère. Les exploiteurs ne se privent pas de faire usage de la violence pour faire triompher leurs intérêts. Mais la leur est légale, la leur est celle de leur outil, l’Etat.

    Et lorsque l’Etat ne suffit pas, il leur reste à faire appel à leurs laquais, les fascistes.

     

    Mais nul ne se prive de condamner la violence du peuple, qui nuit à l’ordre publique. Or cet ordre public n’est que l’ordre de l’exploiteur.

     

    Non, M.Askolovitch, vous ne connaissez pas cela, vous ne le vivez pas. La violence des mots n’a pas prise sur vous, parce qu’elle glissera sur votre peau dans le confort de votre nid douillet. Pour nous, elle s’ajoute, se cumule, se multiplie à celle que nous vivons dans notre vie de tous les jours.

     

    « Le corps de l’autre est-il sacré? Les souriants de la contestation, les gentils de la bande, dont on chante complaisamment l’utopie, sont-ils au net avec cette histoire? On ne parle pas des Blacks Blocs, encore une fois, pas des casseurs, mais de la petite offense, le rire frais qui enrobe la haine, les écorchures à la dignité. Un méchant, enfin, a-t-il une âme? »7

     

    Nous voilà réduit à notre méchanceté. Notre vice, Tout le contenu idéologique de notre rejet de l’exploitation réduit à un « il est méchant ». Après tout n’est ce pas derrière cet argument qu’est vendu, dans l’éducation, les terribles « crimes du communisme », imputés à la psychologie d’individus, mais jamais à des circonstances, jamais à des situations concrètes, comme si chaque instant n’était que le huis clos de ses acteurs, et que jamais l’extérieur, ni le passif n’intervenait.

     

    Il ne s’agit pas de dire que cracher sur Finkielkraut est « bien », la morale ne rentre pas en ligne de compte. Mais juste de dire que ça n’est pas un acte gratuit. C’est un reflet d’une trajectoire. Celle du provocateur raciste et colonialiste, intouchable, avec la réalité d’une masse qui n’en peut plus. Avec la réalité d’une colère d’un vécu.

     

    Peut-être la colère est elle mauvaise conseillère, mais elle n’est jamais d’ex nihilo. Elle est toujours la résultante d’une succession d’enchaînements d’évènements, de processus, qui amènent à ce que l’acte arrive.

     

     

    «Après 68, c’était terrible. Mais à la Sorbonne, en 68, c’était vraiment un lieu de débat, tout le monde pouvait venir, tout le monde discutait.
    –Et si des types d’Occident étaient venus regarder, franchement! Je ne compare pas!
    –Occident, ils débarquaient avec les matraques et le crâne rasé! Ce n’est pas moi, qui vient avec ma femme pour regarder!»8

     

     

    Notre Finkielkraut oublie cela, quand il sort de sa tour d’ivoire avec son épouse, et qu’il, abandonnant la protection de la distance, vient se mêler à ceux qu’il insultait auparavant. Il a beau se défausser en prétendant qu’il n’est pas comme le groupe fasciste occident, qu’il n’est pas venu avec sa matraque, mais ses mots, ses thèses, ont causé des dégâts similaires.

     

    Les thèses qu’il a développées ont contribués au renouveau de la réaction, à la libération de la parole réactionnaire et fascisante. Elles ont eu le même effet que les discours d’occident. Pire, les deux se confondent.

     

    Certains argueront qu’il était dans le bon camp, dans celui du progrès en mai 1968. Qu’il n’est pas mauvais. Mais à ceux là, nous rappellerons les lois inaltérables de la dialectique, et que les fruits qui naissent à un moment peuvent pourrir après. Le bourgeois radical qu’était Finkielkraut en 1968 à continué sa route de bourgeois, et a adapté son discours aux intérêts de sa classe. Il a suivi bien d’autres, pour qui l’amusement de la petite rébellion s’est tari avec le temps, avec la rentrée dans une vie rangée, d’intellectuel idéaliste et pédant.

     

    Bien des fruits pourrissent ainsi, et Alain Finkielkraut en est l’exemple même. Ces fruits sont pourris comme l’est la bourgeoisie en tant que classe, qui n’est qu’un parasite social.

     

    Nous, communiste, sommes fiers d’être le camp de la colère, le camp de ceux qui rejettent cette société pourrissante et réactionnaire. La violence naît de l’exploitation, du capitalisme, de la misère. La bourgeoisie se plaint de cette violence, mais seule son autodestruction en tant que classe pourrait la supprimer. Etant polis et serviables, comme l’exige Monsieur Askolovitch, nous serons ravis de les aider.

     

    Etant donné que pour Alain Finkielkraut « Internet devient un immense cloaque où les sphincters de la liberté ne cessent de déverser leurs productions innombrables »9 Nous osons espérer être à la hauteur de ses attentes.
     

    1http://www.slate.fr/story/116867/finkielkraut-nuit-debout

    2http://www.arretsurimages.net/breves/2013-11-11/Finkielkraut-un-avis-sur-tout-documente-sur-rien-Le-Monde-id16388

    3http://www.slate.fr/story/116867/finkielkraut-nuit-debout

    4LA GRANDE REVOLUTION CULTURELLE PROLETARIENNE Recueil de documents importants. Texte publié en 1970 aux Editions en langues étrangères de Pékin.

    5http://www.acrimed.org/Les-predications-d-Alain-Finkielkraut-Mon-savoir-absolu-sur-les-quartiers

    6Lénine. La révolution prolétarienne et le rénégat Kautsky.

    7http://www.slate.fr/story/116867/finkielkraut-nuit-debout

    8http://www.slate.fr/story/116867/finkielkraut-nuit-debout

    9En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/01/31/internet-est-une-malediction-selon-finkielkraut_4357704_3224.html#2DUQH5rqd5um8T5I.99

  • Négociations capitulardes : Suite.

     

    Source AFP
    Comme nous l’avions mentionné dans un article récent, nous soupçonnions le syndicat étudiant UNEF -au même titre par ailleurs que d’autres courroies de transmission du PS- de préparer un revirement rapide à la suite de quelques négociations.

    Pour mémoire, dans notre analyse, nous considérions que l’entrée du MJS ou de l’UNEF dans un mouvement comme celui-ci n’était qu’une méthode pour le Parti Socialiste d’être présent des deux cotés du tableau.

    Or, les événements semblent nous donner raison.

    Le 11 Avril, une réunion de concertation à ainsi rassemblé 8 organisations de jeunesse, dont l’UNEF, autour d’une table des négociations.

    Étaient présents: 

    l’Union nationale des étudiants de France (Unef), 
    la Fédération des associations générales étudiantes (Fage)
    le Syndicat général des lycéens (SGL),
    l’Union nationale lycéenne (UNL),
    la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL),
    la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC),
    le Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC)
    Promotion et Défense des Étudiants (PDE). 

    Si nous trouvons dans cette liste des organisations plutôt correctes d’un point de vue de ligne syndicale, comme le SGL, il est à noter que trois des invités sont des courroies du PS: UNEF, UNL et FIDL. La présence des corporations comme la FAGE (non opposée à la loi) ou de PDE (carrément réactionnaire) contribue à donner à cette réunion une saveur étrange, et à amplifier les inquiétudes qu’il est possible d’avoir à son sujet. 

    A l’issue de cette réunion, l’UNEF s’est fendue d’un communiqué célébrant le cap franchi dans la négociation, et saluant les annonces comme positives et encourageantes. 

    A savoir:

    -La surtaxe des CDD.
    -Des bourses d’accompagnement pendant 4 mois pour les jeunes diplômés.
    -Une promesse d’une meilleure rémunération pour les apprentis mineurs (ceux là même qui pourront travailler jusque 10 h / jour et 40 h / semaine)
    -Des places réservées en IUT et BTS pour les Bac Pro.

    Ces points, pour l’UNEF, comme pour ses alliés, seraient à saluer d’une salve de la victoire. Or, ce qui en ressort, c’est leur caractère de cadeau électoral. En effet, ce sont des aspects hautement périphériques de la loi travail, des aspects particulièrement secondaires qui ont été évoqués. Elle ne feront rien avancer du tout, ne seront jamais garantis, et permettront à ces organisations de se pavaner en prétendant avoir sauvé -une fois de plus- l’univers.

    Le caractère éminemment corporatiste des réponses données, qui ne concernent que les étudiants et lycéens, est une manière également de fractionner le mouvement, en permettant à une part de celui-ci de se déclarer satisfait, et de retourner vaquer à ses occupations, abandonnant les autres. 

    Les aménagements de la loi sont intolérables tant que son cœur est toujours présent. 

    Alors que le nœud gordien de cette loi, c’est l’inversion des normes, la subordination de la loi à l’accord d’entreprise. Tant que ce nœud n’est pas tranché, toute victoire est illusoire, et tout gain, toute promesse, balayé par l’irruption de la réalité. Il n’est pas question de négociation sur quoique ce soit si cet aspect n’est pas liquidé. 

    La césure dans le mouvement approche: 

    Déclaré satisfait par ces annonces, William Martinet, président de l’UNEF, a cependant émis un bémol, disant qu’ils continueraient à participer à la mobilisation. Cette annonce, cependant, laisse planer un doute. Considérant que, pour leur base, les conditions d’un retour à la normale sont atteintes, il est douteux de les voir continuer à impulser un travail de mobilisation.

    Après tout, comment mobiliser contre cette loi tout en prétendant que le bouclier formé par ces organisations a marché et a protégé les lycéens et étudiants contre tous les méfaits ? 

     Au contraire, nous devons nous attendre à un revirement de leur part et à une exigence de retour à la normal. Les examens arrivent, le bac aussi. 

    L’UNEF, la FIDL, l’UNL ont atteint, en vérité, leurs objectifs: se faire voir, continuer à maintenir leur emprise dans les lycées et les universités, et continuer à maintenir le mythe que le PS s’est juste égaré, mais qu’il n’est pas idéologiquement un agent du capitalisme.

    Pas d’illusions, juste la lutte.

    Ce mouvement n’est nullement terminé. Au contraire, il se développe toujours. Face au gouvernement, agent servile du capitalisme, nous devons faire preuve d’une unité de fer. Tant que la victoire complète contre cette loi n’est pas acquise, il est essentiel de poursuivre cette lutte. 

    Nous ne devons pas prêter attention aux mutliples cadeaux empoisonnés qui sont tendus pour diviser le mouvement. tant que cette loi n’est pas complètement retirée, il ne peut y avoir de victoire. 

    Les promesses qui nous sont faites d’aménagements et d’amélioration de la loi ne seront que des mensonges et des illusions si jamais son point central est intact.

    Negocier, c’est plus que jamais capituler. Notre lutte doit aller jusqu’au retrait complet de cette loi.

  • Négociations capitulardes sur la loi travail.

    Le 6 avril, la direction du syndicat étudiant UNEF -dont nous épinglons régulièrement la proximité avec le pouvoir – a participé à une séance de négociation avec les membres du gouvernement. En l’espèce, nous notons la présence de la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem, de la ministre du Travail Myriam El Khomri et du ministre de la Jeunesse Patrick Kanner. 

     

    Après la mobilisation, couronnée de succès, du 5 Avril, cette rencontre avait pour objet, d’après l’interview réalisée auprès du Figaro – Etudiant, de « permettre d’avoir un vrai débat sur les jeunes et leur insertion sur le marché du travail », mais également de  » défendre la stabilité de l’emploi, l’amélioration des droits sociaux, le développement de la formation professionnelle et la lutte contre les discriminations au travail. »

    Laissons de coté le caractère toujours aussi corporatiste du discours de ce syndicat, et arrivons là où les voeux pieux s’effacent, et où il ne reste que la triste réalité.

     

    Négocier, c’est l’art de dire « ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable. »

     

    Les aspects mentionnés par le président de l’UNEF sont problématiques. Ce sont des mots vides de sens, et derrière lesquels il est possible de coller n’importe quelle réalité. Le gouvernement PS / EELV / PRG prétend également aux mêmes ambitions, et mentionne dans ses communications que la loi travail sera un grand pas en avant dans la création de l’emploi, dans l’intégration des jeunes dans l’économie, et d’autres objectifs tout à fait louables, mais dans lesquels il est possible de discerner, avec une gêne certaine, un écart entre les moyens et les fins attendues. 

    Qu’est ce qui pourrait être négocié dans cette loi ? Sur quel point pourrait-on parvenir à concéder quelque chose, et trouver un moyen terme acceptable ?

    C’est là que se cache le grand problème. L’aspect principal de cette loi étant la subordination du code du travail et des conventions collectives aux accords internes à l’entreprise, toutes les promesses d’aménagement perdent leur sens.

    Pourquoi ? Car c’est un blanc seing laissé entre les mains du patronat. Quels que soient les aménagements gagnés par la courageuse négociation menée par l’UNEF et ses consorts, ceux-ci demeureront subordonnés aux intérêts de la bourgeoisie. Ces aménagements pourraient aussi bien être gravés dans le marbre, ils n’en seront pas moins balayés par le premier accord d’entreprise venu.

    C’est pour cela que les organisations conséquentes exigent le retrait complet de la loi, et non des amendements, car cette question est le coeur même de la loi.

     

    Stupidité ou sabotage ? 

     

    La frontière entre la bêtise et le sabotage est parfois mince. Elle est même parfois extrèmement ténue. Mais nous faisons le choix de considérer que les dirigeants de l’UNEF ne sont pas des gens stupides, qu’ils ont pris le temps d’étudier la loi, et qu’ils ont porté une oreille attentive aux échos des analyses produites par d’autres.

    Si ce n’est pas de la bétise, c’est plus grave.

    C’est donc que l’UNEF et ses dirigeants ont une autre idée derrière la tête. 

    Nous avions écrit, il y a peu, sur notre rejet intégral de la présence du MJS et de l’UNEF dans les mouvements sociaux. Nous analysons leur présence comme celle d’agents doubles et de traîtres en puissance, dont la tâche est de permettre aux positons des fractions du PS opposées à la ligne de l’Elysée d’être présentes dans les luttes, et de permettre à leur agence de placement, menacée d’explosion, de survivre.

    C’est bien là, toujours, notre analyse. L’UNEF a permis au PS de pouvoir être présent dans la rue et à l’Elysée, d’être dans l’opposition et au pouvoir, bref de jouer sur les deux tableaux. Cette méthode opportuniste est une constante dans les organisations de ce type, où les frondeurs sont légion, et où des opposants à la loi travail, comme Filoche, sont des dirigeants haut placés. 

     

    Cette négociation, c’est celle d’une fraction du PS qui négocie avec une autre.

     

    Nous ne doutons pas que l’UNEF pourra trouver un terrain d’entente avec ses confrères. Lorsque cela sera obtenu, il ne fait pas l’ombre d’un doute que la fin de la récréation sera, pour eux, sifflée, et qu’ils tenteront par tous moyens de saboter toute poursuite du mouvement. 

     

    Les néophytes du travail.

     

    Après les négociateurs, un point est à faire sur leurs interlocuteurs. 

     

     

    Patrick Kanner: Maitre de conférence associé à l’université de Lille III. N’a jamais travaillé dans une entreprise. 

     

    Myriam El Khomri: Avant d’être ministre du travail, est élue dans le 18ème arrondissement de Paris et travaille depuis sa fin d’étude dans diverses tâches au sein de cette ville. N’a jamais travaillé en entreprise. 

     

    Najat Vallaud-Belkacem: A été juriste dans un cabinet d’avocat parisien au conseil d’Etat et à la cour de Cassation, pendant 3 ans avant de faire carrière dans la politique. N’a pas non plus les mains trop calleuses.

    Ces interlocuteurs, qui, sur l’autel des exigences du MEDEF, sacrifient le droit du travail, n’ont jamais été concernés par celui-ci. Leurs expériences leurs ont été fournies par leurs réseaux, par leurs cliques. Tout comme celles des anciens dirigeants de l’UNEF. Pour mémoire, Bruno Julliard, président de l’UNEF durant le CPE, a ainsi bénéficié d’une agréable promotion en tant qu’adjoint de Bertrand Delanöe à la mairie de Paris. D’autres dirigeants, lyonnais eux aussi, ont ainsi pu trouver de sympathiques sinécures dans les mairies PS du grand Lyon. 

    Il est intéressant de voir que dans cette négociation, aucun des acteurs n’a jamais travaillé de manière honnête et productive. Ces individus n’ont jamais été confrontés à l’exploitation. Pour eux, elle est un mythe, une légende, quelque chose qui leur est totalement étranger. 

    Pour eux, le chômage n’est qu’un chiffre, pas un vécu. Les licenciements sont une statistique, pas un drame. La pénibilité du travail, c’est un caprice de la part des ouvriers. 

    Ces gens ne sont pas de notre bord, ni de notre monde. 

     

    Le sort des travailleurs est entre les mains des travailleurs. 

     

    Ce ne sont pas ces négociations de salon qui vont améliorer le sort des travailleurs. Seule une organisation bénéficiant d’une véritable indépendance de classe peut les représenter. Les cadeaux de la bourgeoisie, les subventions, les « balles sucrées » comme l’écrivait Mao-Zedong, ne servent qu’à inféoder les organisations aux désirs des bourgeois, à les modérer.

    Cette organisation à construire, ce parti de la classe ouvrière, indépendant de l’Etat, indépendant de la bourgeoisie, est une étape essentielle pour chasser du pouvoir les ennemis du peuple que sont les capitalistes.

    Cependant, la lutte ne doit pas pour autant attendre, et la lutte stratégique contre la loi El Khomri doit se poursuivre, s’intensifier, se structurer jusqu’au retrait complet de ce texte scélérat et criminel. 

     

    Négocier, c’est capituler !

     

     

  • La loi El-Khomri : Les funérailles du CDI

    La loi El Khomri tire ses racines d’un vieux désir du patronat : en finir avec le C.D.I. et avec le code du travail. Arrachée par le rapport de force, la lutte et la mobilisation, la maigre protection que constitue ce code est toujours restée une arrête dans la gorge du patronat.

    Pour les capitalistes et leurs relais politiques, les libéraux -au sens large- ces acquis ont toujours constitué une anomalie, une parenthèse, dans l’histoire du capitalisme. Ils n’étaient qu’un compromis temporaire concédé pour permettre un modus vivendi dans la lutte sociale, la tempérer, au moment où le mouvement ouvrier, ainsi que le mouvement révolutionnaire, étaient au zénith.

    Même si pour nous, l’URSS révisionniste des Khrouchtchev et des Brejnev avait baissé le drapeau de la révolution socialiste, même si le P.C.F. avait déjà jeté par-dessus bord l’idéologie marxiste-léniniste, ce camp représentait encore une menace, un poids, dans le rapport de force entre ouvriers et patrons.

    Dès que le mur tombe, dès que l’URSS implose, les réformes et les attaques se succèdent à un rythme infernal. Cependant, sans s’attarder sur leur liste, il est important de pointer une ligne générale qui est apparue courant 2000 quant au travail.

    En 2006 sort le double projet C.P.E. / C.N.E., qui, bien qu’abandonné, posait une base idéologique de l’avenir des normes et du contrat de travail. Attaquant par la jeunesse, cobaye de l’expérimentation, ce contrat instituait la précarité de longue durée, ainsi qu’une réduction drastique des droits sociaux.

    L’idée était aussi, à terme, de créer le contrat unique, contrat ayant pour objectif de fusionner la situation des C.D.D. et des C.D.I. Ce projet établissait la stratégie des capitalistes : détruire la protection sociale, en échange d’une prétendue possibilité d’embauche facilitée, donc de rendre plus aisée la mobilité de la main d’œuvre.

    Bien évidement par mobilité de main d’œuvre, cela signifie précarisation et un turn-over plus grand, soit une capacité à faire pression sur les conditions de travail par peur d’un licenciement.

    L’arrivée du gouvernement P.S. E.E.L.V. P.R.G. en 2012 avait laissé flotter l’illusion que la gauche institutionnelle allait balayer d’un revers de main toute cette stratégie, et restaurer une situation de protection sociale, de garantie du code du travail. En bref, garantir une sorte de droit à l’exploitation capitaliste « modérée ».

    Il n’en fut rien. Deux facteurs rentrent en ligne de compte pour comprendre ceci :

    Premièrement, le P.S., dirigeant la coalition au pouvoir, s’est toujours démarqué par son absence de physionomie politique, et par son absence complète de ligne politique autre que l’opportunisme. Face à la pression du patronat, il était clair, comme tous les gouvernements « socialistes » d’Europe (SPD dans les années 20 en Allemagne, PSOE en Espagne…) qu’il plierait l’échine, et accepterait les ordres du patronat.

    Deuxièmement, l’aggravation de la crise économique de 2008 et la menace de la concurrence internationale ont effrayé le patronat français, de même que la montée de plus en plus sensible de l’ogre chinois. Alors qu’à l’époque du monopole triomphant, du système impérial et protectionniste, les patrons cherchaient à accumuler une bonne couche de graisse sous forme de profits, cette fois, ils se sentent au pied du mur.

    Acculés, les capitalistes montrent les dents, et sont prêt à tout pour imposer leurs intérêts au gouvernement. C’est cette bataille, qu’ils mènent sans esprit de recul, qui nous est imposée aujourd’hui.

    Le gouvernement P.S. a alors lancé une première charge autour de l’A.N.I. Accord National Interentreprises. Cette proposition de loi enterrait purement et simplement le CDI et, surtout, posait le problème des droits sociaux en retournant la pyramide des normes.

    Auparavant, la Loi encadrait en premier lieu tout le monde du travail, au sein duquel des accords par branches d’activité -les conventions collectives- régissaient le fonctionnement spécifique de tel ou tel secteur de l’économie, définissant des grilles de salaires, d’indemnités etc.

    Au dernier échelon, les accords au sein de l’entreprise créaient des situations spécifiques, en fonction des particularités -et du rapport de force- au sein de chaque établissement.

    Si des dérogations existaient – et il en existe beaucoup – une cohérence existait néanmoins. Cet acquis du front populaire permettait tout de même de limiter la pression personnelle des travailleurs, qui pouvaient référer à la loi ou à l’accord de branche pour limiter les abus.

    La spécificité de l’A.N.I. et de la loi El Khomri, c’est bien de retourner la pyramide, où la loi ne devient qu’un encadrement général, dans lequel la situation spécifique -laissée à la libre appréciation du patron ou du C.A. – devient, de fait, la véritable loi de l’entreprise.

    Ne soyons pas angéliques, la situation d’avant n’était nullement parfaite, cependant il serait sot de nier qu’il est nettement plus aisé de forger un rapport de force face à un patron avec le soutient d’un syndicat, dans un rapport de force protecteur, que de se voir notifier une dégradation de sa situation de travail dans le huis clos du bureau du responsable, ou du DRH, sans la possibilité de se défendre réellement, tant le licenciement devient aisé.

    Ce qui frappe, à la lecture des conséquences de cette loi, c’est ô combien elle est éloignée de son objectif décrit : créer de l’emploi. En libéralisant la situation des travailleurs, au contraire, elle prépare la surcharge de travail pour un nombre plus restreint de travailleurs. Quelle embauche peut surgir lorsque trois travailleurs pressurés peuvent effectuer les heures de travail d’un quatrième ?

    Au contraire, cela va briser toute création de postes. Cette loi ne va créer d’accès à l’emploi que pour ceux qui remplaceront les travailleurs épuisés par les cadences infernales, ou acceptant la place d’un travailleur qui n’a pas accepté une baisse de salaire.

    Alors que nous offre comme joyeuseté cette loi :

    Briser le rapport de force dans les entreprises :

    Une mesure peut être imposée par référendum contre l’avis de 70% des syndicats

    Aujourd’hui, un accord d’entreprise n’est valable que s’il est signé par un ou plusieurs syndicats représentant au moins 30% des votes exprimés aux élections, et si les autres organisations pesant au moins 50% ne s’y opposent pas ; avec la loi, un référendum d’entreprise permettra de valider un accord même si les syndicats représentant 70% des salariés s’y opposent.

    Une main d’œuvre corvéable à merci :

    Modulation du temps de travail sur 3 ans :

    Avec les 35h, si un travail exceptionnel est effectué d’une durée de 50h en une semaine, la semaine d’après n’en comportera que 20.

    Cela permet notamment au patron de ne pas payer d’heures supplémentaires, ou de compenser en temps de repos ; avec les accords, cette période ne peut se faire que sur un an, afin de limiter les dérives ; au nom de plus de « flexibilité », la loi porterait ce temps à 3 ans. A noter que le patron considère ainsi la présence de l’employé comme une variable ajustable à merci.

    Par simple accord on peut passer de 44h à 46h de travail maximum

    On passe d’une durée du travail hebdomadaire de 44h sur 12 semaines à la possibilité par simple accord d’entreprise de passer à 46h sur une durée allant jusqu’à 16 semaines. Cela sans possibilité de discussion. Au moins, l’hypocrisie du « volontariat » est mise de côté.

    Augmentation du nombre de semaines consécutives où on peut travailler de 44h à 46h

    La loi prévoit la possibilité de travailler 44h par semaine sur 16 semaines consécutives au lieu de 12 actuellement ; durée qui peut être augmentée à 46h par simple accord d’entreprise, toujours sur 16 semaines. Cela permet aux entreprises qui connaissent des rush de pressurer leur main d’œuvre, au lieu de faire appel à l’embauche.

    Les apprentis mineurs peuvent travailler 10h par jour, 40h par semaine

    L’inspection du travail n’aura pas son mot à dire sur le sujet, alors que la loi imposait de limiter le travail des apprentis mineurs à 35h par semaine, 8h par jour maximum. La loi El-Khomri permet donc de faire travailler les apprentis à un rythme que même les salariés réguliers ne connaissent que rarement, à l’heure actuelle, dans les entreprises.

    Possibilité de fractionner les 11h de repos obligatoires par tranche de 24h

    Aujourd’hui, un salarié doit bénéficier d’au moins 11h de repos quotidien consécutifs. Avec la loi, ce temps peut être fractionné au forfait-jours. Le système d’astreinte est également modifié, si aujourd’hui le salarié doit intervenir pendant sa période d’astreinte, il a droit à un repos intégral après cette intervention. Désormais, le temps d’intervention pourra être décompté du temps d’astreinte qui a précédé. Ce système permet donc une modulation en fonction des hausses d’activité de l’entreprise, et consacre l’employé comme un outil invocable et remisable sans le moindre égard à son sujet.

    Le plancher de 24h pour un contrat à temps partiel n’est plus la règle dans la loi

    Bienvenue dans le monde des contrats à temps partiel dans lequel vous pouvez travailler quelques heures, de-ci, de-là, en fonction de la mansuétude de votre employeur.

    Le dispositif « forfaits-jours » qui permet de ne pas décompter les heures de travail est étendu

    Le dispositif forfait-jours concernant la moitié des cadres permet que le temps de travail ne soit pas définit en heure mais en jours, ce qui est une exception en Europe, et ce qui à valu à l’État français pas moins de 4 condamnations par le Comité Européen des Droits Sociaux ; ce forfait concerne déjà 50% des cadres. Ce dispositif est assouplit par la loi, les entreprises de moins de 50 salariés n’auront plus besoin d’accord collectif pour le mettre en place. Un employeur ne pourra par ailleurs plus être tenu pour responsable si un salarié ne prend pas ses heures de repos ou ses jours de congés. Cette déresponsabilisation est une manière d’ouvrir la voie à la pression directe, mais informelle, sur les employés.

    Par simple accord on peut passer de 10h à 12h de travail maximum par jour

    Ce qui n’est normalement possible que dans des cas exceptionnels biens définis comme des délais impératifs à respecter, une surcharge exceptionnelle de commande, la nature saisonnière du travail ou encore un accroissement temporaire et exceptionnel des activités. Dans ce cas de figure, il s’agit une fois de plus de pouvoir pressurer les employés sans motif réellement clair, ce qui est, par ailleurs, très éloigné de l’objectif prétendu de créer de l’emploi.

    Un salaire devenu une bataille de chaque instant.

    Il suffit d’un accord d’entreprise pour que les heures supplémentaires soient 5 fois moins majorées.

    Aujourd’hui les heures supplémentaires sont rémunérées 25% de plus pour les 8 premières, 50% au-delà. L’entreprise pourra désormais fixer ce plafond à 10% par accord, même si les conventions collectives de branche prévoient une majoration supérieure.

    Une entreprise peut par accord baisser les salaires et augmenter le temps de travail

    Possibilité donnée aux entreprises pour une durée de 5 ans maximum, même si aucunes difficultés financière n’est enregistrée. Il suffit pour cela qu’elle constate une rentrée d’argent inférieure à l’année précédente. Cela signifie, en étant cynique, qu’un jonglage comptable permet de liquider quelque postes, de baisser les salaires, en retardant le paiement de commandes, ou au contraire en l’accélérant l’année précédente.

    Une liberté de licenciement sans le moindre problème :

    Licenciement économique déclaré nul : baisse des indemnités pour les salariés :

    Aujourd’hui, quand un licenciement économique est déclaré nul (fait sans plan social par exemple), le salarié a droit à sa réintégration, ou à une indemnité équivalente à 12 mois de salaires si celle-ci n’est pas possible faute de postes ; avec la loi, ce sera seulement 6 mois, uniquement pour les salarié-e-s avec 2 ans d’ancienneté.

    Plus de minimum de dommages et intérêts en cas de licenciement injustifié :

    Article L. 1235-3 du code du travail : aujourd’hui, en cas de licenciement injustifié, le salarié touche au minimum des dommages et intérêts équivalent à 6 mois de salaires (règle applicable à toutes les entreprises de plus de 10 salariés et quand le salarié à 2 ans d’ancienneté) ; la loi supprime ce plancher, c’est l’ouverture à toutes les fraudes

    En cas de licenciement illégal l’indemnité prud’homale est plafonnée à 15 mois de salaire

    Aujourd’hui, quand le juge prud’homale considère un licenciement comme abusif, il condamne l’employeur à verser des indemnités tenant compte de la situation du salarié licencié (âge, famille, handicap…) ; la loi El Khomri instaure un plafond pour ces indemnités (maximum 6 mois de salaire pour une personne ayant moins de 5 ans d’ancienneté, 15 quand elle a plus de 20 ans d’ancienneté)

    Une entreprise peut faire un plan social sans avoir de difficultés économiques

    Aujourd’hui, un licenciement économique n’est valable qu’en cas de fermeture d’usine, de réorganisation, de mutations technologiques ou de difficultés économiques ; avec la loi, une simple baisse du chiffre d’affaire ou du montant des commandes pendant quelques mois suffiront à le justifier, on facilite les licenciements donc.

    Après un accord, un salarié qui refuse un changement dans son contrat de travail peut être licencié

    Aujourd’hui, en cas de difficultés économiques, un employeur peut négocier avec les syndicats sur un accord de « maintien de l’emploi » pouvant prévoir une baisse des salaires et une hausse du temps de travail, un salarié refusant une modification peut être licencié pour motif économique et bénéficier d’une protection s’il conteste ce licenciement ; avec la loi, ces accords ne sont plus limités qu’aux entreprises en difficulté, et un salarié contestant les modifications peut être licencié pour « cause réelle et sérieuse ».

    Moins d’indemnités pour les malades et les accidenté-e-s licencié-e-s :

    On passe de 12 mois à 6 mois d’indemnités minimum pour un salarié licencié pour inaptitude suite à un accident du travail ou une maladie professionnelle sans véritable recherche de reclassement par l’employeur.

    Possibilité pour pôle emploi de prélever directement sur les allocations chômages :

    Aujourd’hui, quand pôle emploi estime avoir fait une erreur dans un versement, la saisie d’un juge est obligatoire, cela permet d’éviter les prélèvements abusifs en cas d’erreur de pôle emploi, et laisse le temps au chômeur de s’organiser pour le reversement ; avec cette loi la saisie du juge n’est plus obligatoire, pôle emploi pourra percevoir directement sur le mois suivant ce qu’il estime avoir été perçu en trop ; en cas d’erreur c’est au demandeur d’emploi de saisir le juge pour obtenir un reversement, ce qui peut le/la priver de ressources pendant un temps.

    Des conséquences diverses et variées :

    La visite médicale d’embauche devient une visite d’information :

    Jusqu’à aujourd’hui, la loi prévoyait un examen médical avant l’embauche où au plus tard avant la fin de la période d’essai par le médecin du travail ; la loi El Khomri la remplace par « une visite d’information et de prévention effectuée après l’embauche par l’un des professionnels de santé » ; ce n’est plus automatiquement le médecin du travail qui s’en occupe, et le délai est entre les mains du conseil d’Etat et n’est donc plus garanti par la loi

    La duré du congé en cas de décès d’un proche n’est plus garantie par la loi

    Au moins de 2 jours, plus de minimum garanti avec la loi, dépend des accords d’entreprise ou de branche. En pressurant un nombre plus restreint de travailleur, le patronat en exige fatalement plus d’eux, et ne peut tolérer la moindre absence, même pour des motifs aussi compréhensible qu’un deuil.

    Nous ne devons pas avoir d’illusion sur la nature de la lutte que nous devrons mener. Elle sera stratégique et de longue durée. Certes les rabatteurs de la social-démocratie sont déjà à l’œuvre, prêts à tout pour mendier les voix qui pourraient les porter de nouveau au pouvoir.

    N’écoutons pas ces vautours sans scrupules.

    La solution, syndicale comme politique, est entre les mains du peuple, dans sa faculté à lutter, à s’organiser politiquement. Le capitalisme n’est nullement amendable, et le patronat ne fera aucune concession qui ne sera pas arrachée.

    Nous, communistes, considérons que la seule véritable solution est dans le combat politique pour le pouvoir du peuple, pour son contrôle complet et démocratique de l’ensemble de l’appareil d’Etat.

    Nous ne voulons pas d’une illusion réformiste, nous voulons la révolution socialiste.

  • Que viennent faire le MJS ou l’UNEF dans les mouvements sociaux ?

    Le Mouvement des Jeunes Socialiste, organisation de jeunesse du parti socialiste, et le syndicat Union Nationale des Etudiants Francais, discrets depuis qu’ils ont quitté l’opposition pour rejoindre le P.S. à l’Elysée, font un retour dans les mouvements sociaux contre la loi El Khomri.

    Le retour de ces organisation, et leur participation à la lutte contre la réforme visant à liquider le code du travail, est révélateur. Il est révélateur du fait que certaines fractions, certains courants du Parti Socialiste, ont décidé de prendre de la distance vis-à-vis de la ligne Hollande, et qu’ils semblent vouloir se placer dans une posture oppositionelle.

    Cela pourrait apparraître comme une bonne nouvelle, comme la démonstration que le PS reprend ses esprits et qu’il revient dans le camp de travailleurs. Qu’ils faut donc les acceuillir comme des frères et des sœurs de lutte dans les rangs de la mobilisation, et qu’ils sont des alliés.

    Mais cela nous aménerait bien au devant d’une fâcheuse déconvenue. Leurs objectifs ne sont pas ceux des travailleurs, ils sont ceux de manœuvres d’interêt au sein de l’appareil du Parti Socialiste. Leur participation à la lutte suit uniquement deux objectifs clairs et simples : Servir la lutte de tendances au sein du PS, mais également de lui redonner une virginité et une image de champion de la lutte sociale, en prévision des éléctions.

    Le Parti Socialiste, un hydre à multiples visages

    Le Parti Socialiste à une longue tradition de fonctionnement chaotique, rythmé par les affrontements de tendances, de fractions, de cliques. Cela ne l’empêche en rien de fonctionner, étant donné qu’il à jeté par dessus bord toute idéologie cohérente pour se vautrer dans l’opportunisme.

    Aire de jeu de différentes factions, le Parti Socialiste est capable de tolérer une opposition interne, une dissidence, et même de tolérer qu’elle s’exprime publiquement sur les médias. L’exemple de Gérard Filoche, « ancien trotskiste » passé au sein du PS -ce n’est pas le seul, loin s’en faut- est éloquent. Il s’exprime avec violence contre son propre parti, sans en être exclu, ni sans le quitter. Cela serait intolérable dans un parti qui dispose d’une discipline et d’une physionomie politique, cependant, au sein du PS, cela se traduit par un simple haussement d’épaule.

    Pourquoi ? La raison est simple. Capable, par sa structure lâche, d’être à la fois dans le bureau des patrons et dans la rue, le PS se donne ainsi les moyens de pouvoir incarner à la fois la ligne libérale au pouvoir, à la fois la ligne de lutte contre le terrorisme, mais également son opposé complet, tempêtant contre la loi El Khomri, et étant capable de voter contre ses propres décisions.

    En étant présent à la fois au pouvoir, au gouvernement, mais également dans la rue, le Parti Socialiste cherche à brouiller les pistes, et à ratisser large. Tant que les questions politiques semblent se résumer à des questions de personnes et non d’idéologie, on peut substituer une Aubry à un Hollande, et ainsi faire croire que la dérive droitière est jugulée.

    L’UNEF, le MJS, Filoche…etc. sont des rabatteurs pour le PS. Rien de plus. Ils servent à donner l’impression que si nous sommes d’accord avec la loi, nous sommes d’accord avec le PS, et que si nous sommes contre, nous pouvons aussi rejoindre -et voter- PS.

    Retrouvant ainsi une virginité électorale, le PS espère, en jouant sur tous les tableaux, ne pas être balayé complètement par les échéances électorales à venir.

    Juguler la lutte pour servir les interêts d’une clique

    Ces organisations ont un agenda bien précis, et des objectifs tout aussi précis. Pour eux, le mouvement ne doit servir QUE ces deux objectifs. Peut importe que la loi soit votée ou non, leurs promesses de la « vider de son contenu », ou de l’amender seront honorées si jamais ils sont réélus. Tout comme François Hollande parlait avec passion contre le CPE en 2006, tout en mettant pire en place.

    Donc la lutte ne doit pas se politiser, pour eux, doit rester cantonnée à une tribune où leurs orateurs peuvent briller. Cela se voit dans l’appel signé par les organisations de jeunesse, où une simple journée d’action leur paraît suffisante. En effet, elle doit rester l’occasion d’une démonstration de force de leurs organisation, manifestant contre leur propre parti.

    Or, ce n’est nullement l’interêt de la lutte des travailleurs. Nous devons ne jamais l’oublier, face aux sabotages qu’ils mettront en œuvre pour cantonner cette mobilisation à un cadre parfaitement encadré par leurs soins.

    Pour nous, la lutte à laquelle nous devons nous préparer est une lutte sur de multiples fronts, de longue durée. Avec la crise du capitalisme, la peur à gagné le patronat. Face à la concurrence de plus en plus aigue, ils montrent une volonté de fer pour pouvoir augmenter l’exploitation des travailleurs en les pressant jusqu’au bout. Face à cette volonté de fer, nous devons être en mesure de répondre.

    Cette réponse devra forcément dépasser le cadre syndical, devenir une réponse politique. Le capitalisme n’est pas amendable, il doit être détruit !

     Nous devons nous préparer à une lutte de longue durée !

    Nous ne voulons pas être les marchepieds électoraux du P.S. ou de quiconque !

    PS et ses larbins, hors de nos luttes !

  • L’Etat d’urgence: Une forme nouvelle de répression ?

    L’Etat d’Urgence : Une nouvelle conception de la répression d’Etat

    Instauré à la suite des attentats du 13 Novembre 2015, l’Etat d’Urgence a vocation à s’inscrire dans la durée. Pas forcément sous sa forme complète et totale, mais certains éléments ont visée à rester gravés dans la constitution et dans la loi.

    Présentée comme une réponse exceptionnelle à une situation exceptionnelle, l’arsenal juridique mis en œuvre n’est pourtant pas enfant de l’urgence, mais découle bien d’une évolution dans la conception de ce qu’est la notion de « sécurité » et de « menace ».

    Dans son histoire récente, l’Etat Français n’a pas été déstabilisé, ni débordé outre mesure par les mouvements sociaux, ou par un risque de guerre civile. Si des événements ont parfois montré que les forces de l’ordre étaient tactiquement en deçà de ce qu’elles avaient à affronter -émeutes de 2005, contestation de Notre-Dame-des-Landes, mouvements sociaux puissants, mais aussi mouvements réactionnaires (Manif pour tous, jour de colère) – jamais l’Etat n’a connu de réelle menace frontale.

    Les tentatives de mettre en place un système de type Etat d’Urgence ont bien été portées, souvent par l’extrême-droite, mais n’ont pas abouti pour deux raisons majeures :

    Premièrement, un manque d’unité de volonté au sein du parlement, pour entretenir le mythe de l’alternance et de l’existence d’une « gauche » parlementaire, oppositionnelle, plus libérale politiquement, protectrice, voire maternelle.

    Deuxièmement, le fait que l’arsenal juridique suffisait à exercer une répression forte par voie normale (l’exemple de GoodYear le démontre), et que les dispositif tactiques de courte durées, par voie préfectorale, suffisaient à gérer les crises passagères.

    Le premier verrou a volé en éclats avec l’arrivée au pouvoir du Parti Socialiste. Cela à eu pour effet de démontrer son vrai visage, d’une part, mais également de montrer celui de ses courroies de transmission dans la société civile (syndicats affiliés, groupes locaux…etc) qui ont mis un frein à toute tentative de mouvement social. Paradoxalement, cela a entraîné une radicalisation politique, les débouchée comme l’alternance devenant illusoires.

    Le deuxième verrou est plus lié à la maturation d’une nouvelle conception idéologique de la sécurité.

    L’Etat français pêche par son absence quasi complète de pensée stratégique large dans son rapport aux forces qui pourraient le menacer. Comparé aux USA qui disposent de plusieurs écoles travaillant sur cette question, et d’instituts ou de think tanks, la France n’avait jusqu’à présent pas , ou peu, tiré de conclusions sur l’évolution des formes de contestations et de lutte armée, que ce soit chez elle, ou l’extérieur.

    En 2002, Phillip Bobbitt publie un ouvrage majeur ”The Shield of Achilles: War, Peace, and the Course of History” , ouvrage dans lequel il expose ses thèses sur la forme que doit prendre l’Etat pour répondre aux nouvelles menaces le concernant.

    Brièvement, Bobbitt exprime l’idée que l’Etat-nation et l’Etat Westphalien, ainsi que l’Etat Providence, formes d’Etat qui ont eu cours jusqu’à l’heure actuelle, ne sont plus valable. Ces formes étatiques se basaient sur un “deal territorial” entre les citoyens et l’Etat, lesquels bénéficiaient de la protection extérieure et intérieure en échange de devoirs et d’une certaine restriction de liberté.

    Bobbit, bien évidemment, escamote le fait que toutes les classes ne sont pas égales face à ce deal, et qu’au final il ne concerne qu’une part infime de la population, mais cela n’enlève rien à la perception qu’a l’Etat de cette question.

    Périmé dans sa forme par l’émergence de nouvelles menaces extérieures et intérieures, l’Etat doit se muer en une forme d’Etat-Marché. Ceci a deux conséquences principales:

    Primo: Certaines affaires militaires peuvent être sous traitées à des acteurs privés: Les SMP (Sociétés Militaires Privées), ce qui est notamment le cas en Irak.

    Deuxio, étant donné que les rapports conflictuels d’Etat à Etat, de groupes identifiés à groupes identifiés, ne sont plus la norme principale, l’Etat doit prendre en compte la notion de sécurité préventive.

    C’est ce deuxième aspect qui est le plus intéressant, et qui est celui qui, dans son essence, est présent dans l’Etat d’urgence de longue durée.

    Considérant les menaces comme diffuses, internationalisées, implantées profondément dans le territoire, l’Etat se dote d’un arsenal préventif et de contrôle à priori.

    En pratique, cela signifie que dans la période qui se clôt, la présomption d’innocence et l’absence de délit d’intention étaient globalement la norme. En cas de transgression, la police puis la justice se chargeaient de l’affaire.

    Désormais, avec la modification stratégique opérée, c’est une gestion en commande directe, par les préfets, par la police, qui devient la base de l’action de répression. La magistrature, la justice, devient un acteur de validation à postériori.

    La multiplication des outils de surveillance, couplée à l’augmentation massive de l’utilisation des outils et moyens de communications numériques, permettent de pouvoir exercer une surveillance -déjà traduite dès 2004 par la veille de l’opinion- accrue, et un traitement préventif des risques menaçant la sûreté de l’Etat.

    De même, la perception de la coercition est modifiée. Le système carcéral français était déjà bâti autour de l’idée de “purgatoire” dans lequel l’emprisonnement et l’isolement est une punition en soi, et où l’idée même de réhabilitation est combattue vigoureusement. Déjà, ce système était basé sur le fait de marquer du sceau de l’infamie toute personne qui avait séjourné derrière les barreaux.

    Avec la volonté de marquer la déchéance de nationalité dans la constitution, un tabou est brisé. Déjà, idéologiquement, le terrain avait été préparé par le débat sur l’identité nationale. D’une vision “sensible” de la question -qu’est ce qui fait qu’un français est français- on passe à une vision juridique qui va créer deux catégories distinctes: les bons français et les mauvais français.

    Cette aggravation est une manière de graver dans les textes un état de fait déjà présent et déjà implanté. Simplement, la loi, qui sanctionne les rapports de force dans la société, en prends acte.

    Est ce un nouveau fascisme ?

    Très régulièrement, des discours sont émis sur la naissance d’un nouveau fascisme, d’un fascisme moderne ou d’une contre révolution préventive.

    Cependant, cela n’apparaît nullement comme une évidence ici.

    Ce système certes caporalisé, certes durci, n’est nullement incompatible avec le fonctionnement de la démocratie bourgeoise.

    Celle-ci a toujours trouvé mille manières d’empêcher les masses populaires, le peuple en général, d’avoir un droit de regard et une intervention dans les affaires de la bourgeoisie.

    Alors qu’est ce qui change ?

    Nous avons grandi dans une époque qui n’était pas la norme de fonctionnement du capitalisme. Les rapports de forces nés de l’existence des Etats socialistes, du mouvement révolutionnaire et du mouvement ouvrier en général faisaient que le fonctionnement normal du capitalisme et de la démocratie bourgeoisie avait connu des altérations, des concessions.

    Pour beaucoup, nous avons considéré ces choses comme normales, comme allant de soi.

    Mais elles avaient pour la bourgeoisie un caractère passager, exceptionnel.

    Aujourd’hui, le mouvement révolutionnaire est affaibli. Ces concessions ne sont plus jugées nécessaires. Cela se voit sur les acquis sociaux, sur les droits démocratiques, bref, sur l’ensemble de la politique. D’ailleurs la réforme du code du travail, la réforme du CDI, opérée depuis l’arrivée de François Hollande au pouvoir, s’est faite à marche forcée.

    Certes la bourgeoisie a, probablement mieux que beaucoup d’autres, tiré des conclusions sur les mouvements révolutionnaires et sur le mouvement ouvrier. Elle en a conclu de nouvelles formes de gestion des crises, de gestion des tensions, et de nouveaux appareils juridiques. Mais dans le fond, tant qu’il n’existe pas de contradiction majeure au sein de différentes parts de la bourgeoisie, tant qu’il n’y a pas de mouvement ouvrier et révolutionnaire menaçant, le fascisme ne se justifie pas.

    Notes, dans la théorie de Bobbitt :

    L’Etat Westphalien, né au cour du XV ème siècle était le prototype des états centralisés, des états modernes qui devaient assurer la sécurité sur les frontières et au sein de l’Etat, l’Etat ayant ainsi le monopole de l’armée, liquidant le système féodal, et de seigneurs de la guerre.

    L’Etat nation se doublait d’une autre fonction, celle de la sûreté intérieure, l’Etat ayant le monopole de la violence légale, et assurant -en théorie- la protection de la population, en échange du fait que la population soit mobilisable pour la guerre.

    L’Etat providence garantit les mêmes aspects que précédemment cité, mais se doublant d’une protection sociale.

  • L’Unité Communiste – Lyon

    L’Unité Communiste-Lyon se revendique de l’héritage des expérience des Etats socialiste et de leur histoire. Elle se revendique également de l’expérience des luttes du mouvement ouvrier depuis sa naissance, luttes qui ont donné un matériel historique et militant dont l’étude et la compréhension est nécessaire. Ces héritages constituent un capital d’expérience précieux qui se doit d’être mis en avant, analysé et critiqué pour en tirer des enseignements justes pour les combats à venir.

    C’est ce travail critique, cette bataille idéologique permanente que nous souhaitons avoir au cœur de notre organisation. Sans dogmatisme, sans fétichisme, permettre de passer au crible de l’expérience les conceptions et les idées, pour en tirer une synthèse correspondant aux tâches de l’heure actuelle.

    Nous considérons que le débat entre organisations militantes se revendiquant de la lutte des classes et de la révolution se doit d’être mené avec un esprit positif, une adhésion au principe de la dialectique, et l’idée que de cet affrontement d’idée pourra naître une organisation solide, plus idéologiquement juste, et capable de pouvoir affronter les tâches que la situation actuelle lui donne.

    Nous voulons la création d’un véritable Parti Communiste qui serait à même de mener la lutte contre le pouvoir de la bourgeoisie et organiser la révolution. Pour nous, ce Parti n’existe pas encore, et nous ne prétendons pas être le centre de gravité autour duquel il s’organisera. Dans ce cadre, nous sommes largement ouvert à un processus d’unification ayant pour but la fondation de celui-ci.

    L’Unité Communiste-Lyon considère que dans la situation internationale actuelle, l’impérialisme français est l’ennemi principal à abattre, et que ses implications dans les aventures militaires et les liens néocoloniaux doivent être dénoncés et combattus.

    L’Unité Communiste-Lyon se revendique du fonctionnement par le centralisme démocratique. C’est à dire par une prise de décision en assemblée plénière et en congrès, avec une application stricte et unanime des décisions une fois celles-ci prises. Elle est une organisation unitaire, dans laquelle le débat est fait de manière franche et ouverte, et où les prises de décisions sont appliquées à la lettre. Il n’y a pas de place en son sein pour le fractionnisme.

    L’Unité Communiste – Lyon rejette le sectarisme d’organisation, et, sur une base honnête et saine, est disposée à travailler de concert avec d’autres forces progressistes ou révolutionnaires sur de nombreuses luttes, mais également sur des événements culturels militants, des débats ou des conférences.

    Si pour nous la lutte contre le capitalisme et l’impérialisme est l’axe central, nous considérons qu’il est impératif de lutter également contre les maux qu’il génère. Ainsi nous avons vocation à lutter contre le fascisme, le racisme, le sexisme, et contre les discriminations en général qui touchent notre société. Egalement, la lutte par l’outil syndical dans chacun de nos secteurs d’action et d’activité est un aspect primordial de notre politique.

  • Pourquoi l’Unité Communiste – Lyon?

    Pourquoi l’Unité Communiste – Lyon ?

    Pourquoi formons nous l’Unité Communiste de Lyon ?

    Nous voulons travailler à un Parti Communiste.

    Nous partons d’un constat : à l’heure actuelle, il n’existe dans l’Etat Français aucun parti communiste qui soit en mesure d’être l’outil que nous attendons, un Parti Révolutionnaire capable de mener des luttes, d’en diriger, et de préparer une révolution communiste.

    Le Parti Communiste Français n’est ni dans son fond idéologique, ni dans sa forme, une organisation révolutionnaire. Il est compromis et est lié d’intérêt avec l’appareil d’Etat. Plus aucune de ses actions, ni rien de son programme ne correspond à une volonté de combattre l’Etat. Nous ne nions pas qu’il existe en son sein des parties qui sont toujours combatives, mais nous ne partageons pas leur stratégie attentiste.

    D’une manière général, aucun parti aujourd’hui n’avance de mots d’ordre politiques. Leur programme reste autour de questions économistes, mais ne s’axe jamais autour d’un aspect essentiel de la lutte révolutionnaire : la question du pouvoir.

    A notre connaissance, il n’existe aucune organisation qui soit capable de pouvoir assumer ces tâches, nous ne prétendons pas être celle qui sera à même de le faire, mais nous voulons poser les bases du débat idéologique qui permettra l’émergence d’une telle organisation.

    Nous voulons travailler honnêtement, avec les forces qui partagent ce but.

    Nous voulons poser des questions et débattre :

    La plus grande victoire des réactionnaires et des capitalistes a été la destruction des débats de fond, des batailles idéologiques qui débouchent sur des évolutions politiques concrètes, entre les différents courants.

    Il n’existe plus d’instance centrale de débat entre les forces progressistes, d’endroits où la lutte idéologique peut se dérouler. Au contraire, les chapelles sont cloisonnées et enfermées.

    Nous ne redoutons pas le débat idéologique, au contraire nous le recherchons. Nous voulons soumettre au feu de la critique nos conceptions pour les éprouver.

    Nous voulons ainsi avancer et faire avancer autour de nous les débats, que les positions justes, que la théorie juste l’emporte, et que les conceptions fausses disparaissent.

    Nous voulons porter ceci comme projet, celui d’ouvrir un véritable débat idéologique, qui aille au-delà des questions historiographiques, au-delà de l’anathème, mais qui soit quelque chose qui permette à chacun d’avancer .

    Nous voulons nous former et donner accès aux formations.

    La formation et la maîtrise des questions théoriques, idéologiques, économiques est chez nous un noyau crucial. Nul ne peut tout connaître et tout maîtriser, mais nous voulons tendre vers la formation la plus poussée possible.

    Nous ne voulons pas considérer la théorie comme un fétiche, comme quelque chose en face de laquelle il ne doit y avoir comme réaction qu’une simple adhésion. Au contraire, nous faisons le choix de vouloir aborder tous les sujets et d’en tirer des conclusions pratiques qui permettent à la lutte d’avancer. Ce qui n’a pas marché dans les expériences socialistes, mais également, et chose importante, ce qui a marché aussi, les victoires et les réussites.

    Nous voulons être capable de faire une synthèse des expériences et des héritages:

    Le mouvement ouvrier et le mouvement révolutionnaire ont une longue histoire, enrichie chaque fois par les victoires comme par les échecs. Face à cela, nous voulons être capable de pouvoir étudier cette histoire et cet héritage d’une manière critique, en comprendre les aspects positifs et les erreurs, et être capable de forger une synthèse juste correspondant à la situation actuelle.

    Nous ne sommes pas de ceux qui parlent de la place de la France dans le Monde ou de la République unie et indivisible. Nous partons du principe que c’est au peuple de décider de son appartenance à telle ou telle entité juridique. Nous soutenons donc les luttes indépendantistes là où elles existent.

    Nous voulons nous inclure dans les luttes partout où nous sommes:

    Qu’elles soient syndicales, sociales, mais également politiques et internationales.

    Nous voulons lutter contre le sexisme, le racisme et les discriminations qui touchent notre société.

    Nous voulons lutter contre le premier bourreau auquel nous faisons face, notre propre impérialisme, nos propres capitalistes.

    Nous voulons abattre les cloisons entre ces luttes, et les réunir pour leur donner la possibilité d’être victorieuses.