Catégorie : Articles

  • Sur la dictature du prolétariat – IV – Gagner les élections, une victoire ?

    Sur la dictature du prolétariat – IV – Gagner les élections, une victoire ?

    Gagner les élections, une victoire ?

    Le fait de gagner une élection est une chose. Le fait de mettre en place la politique désirée en est une autre. Détenir le sésame présidentiel, détenir la majorité à l’Assemblée ne signifie pas l’instauration du socialisme.

    Après avoir bravé les obstacles pour se présenter ; après avoir franchi les fossés et les pièges mis en place par l’appareil d’Etat, par la propagande anticommuniste, même après avoir -légalement- rempli toutes les conditions, la bataille ne ferait que commencer.

    La bourgeoisie, une nouvelle fois, ne joue pas à la lutte des classes, elle mène une lutte sans merci contre ceux et celles qui voudraient amoindrir et saper sa position sociale, ses intérêts économiques, à celles et ceux qui voudraient apporter la négation de son pouvoir.

    Pour elle, la constitution d’une force politique visant à s’opposer à ses intérêts représente quelque chose qu’elle traite sérieusement. Il a déjà été évoqué les entraves qu’elle met en œuvre pour éviter cela. Mais l’accession au pouvoir, même purement formel, d’un organisation ennemie de ses intérêts ne signifie qu’une chose : une déclaration de guerre. Si jamais les choses s’envenimaient, il serait certain que la classe des exploiteurs et des exploiteuses ne s’embarrasserait nullement de démocratisme pour régler le problème. Cependant, explorer les différents verrous dont elle dispose est intéressant.

    Premier écueil : le poids de la dette et la voix des créanciers.

    L’Etat français est endetté de manière très importante. Cette dette est à la fois détenue par des individus privés, sous forme de bons du trésor, mais également par des banques. Les emprunts d’Etat ne sont pas forcément extraordinairement rentables, mais ils ont ce mérite d’être -en règle générale- d’une grande stabilité. Les Etats en faillite sont une grande gêne, à la fois pour ceux qui y vivent, à la fois pour les autres Etats, lesquels craignent le développement de troubles importants.

    Cependant, les créanciers ont, de facto, voix au chapitre, en tant que possédants d’une partie de la dette de l’Etat. Leur faire avaler le programme économique -anticapitaliste- du gagnant, ceci est une difficulté majeure.

    Lors de l’accession au pouvoir du Front Populaire, ce n’est que par un mouvement de masse puissant, imposant, une lame de fond, que cette obstacle a pu être franchi. Et encore, la Banque de France, à l’époque, fit constamment pression pour maintenir au minimum l’application du programme, menaçant sans cesse d’en couper les vivres. Le programme du Front Populaire, dont de nombreux courants politiques aiment se revendiquer, était pourtant à cent lieues d’un programme bolchevik. Sa mise en œuvre répondait à une ligne défensive contre le fascisme et contre la bourgeoisie la plus réactionnaire.

    Cet accès au pouvoir n’avait rien en commun avec une révolution prolétarienne.

    Dépasser l’écueil du refus obstiné des créancier est, en soi, une lutte à mort. L’obstacle n’est pas infime, c’est déjà un casus belli pour la bourgeoisie. Dans le cas de François Hollande, élu en 2012, son programme réformiste bas de gamme n’a pas même pu être appliqué. La pression de la dette, la pression des lobbys et du MEDEF ont rendu inapplicable celui-ci. La lâcheté intrinsèque au réformisme n’explique pas tout.

    Sous-estimer ce problème est particulièrement dangereux. Cette questions des finances n’est nullement à prendre à la légère. Une banqueroute du système économique, une monnaie qui se déprécie fortement, une crise économique peut avoir des répercutions très fortes, créer une situation de faiblesse, favoriser la montée d’acteurs paraétatiques et de mafias, voire de seigneurie de la guerre. L’armée et la police peuvent très bien choisir de se mutiner, se vendre au plus offrant, se muer en mercenaires.

    Ce type de questions échappe totalement aux réformistes, lesquelles croient en une constance et une inviolabilité de la légalité bourgeoise. Les utopistes, eux aussi, butent sur ce type d’écueil, dans le sens où ce type d’obstacle leur est pleinement étranger. Souvent, le fétichisme du « pouvoir » ne se double pas d’une réflexion profonde sur la signification de ce que cela représente, sur les méthodes à mettre en œuvre pour parvenir à la société communiste. Les ZAD par exemple, sont des zones où l’autorité de l’Etat cède temporairement le pas à une autorité exercée par les militants. Cependant, leur capacité d’expansion, selon le modèle actuel, est extrêmement limitée : toute menace sur le pouvoir de la bourgeoisie entrainerait une répression qui ne se contenterait pas de lacrymogènes et de matraques. Nous aurons l’occasion de revenir sur cette question plus loin.

    Mais, après tout, supposons que le budget soit débloqué, que le pouvoir étatique puisse fonctionner sous la direction -en régime bourgeois- d’un parti « réformiste-radical. » Celui-ci devrait, logiquement, mettre en œuvre son programme.

    Seulement, entre le pouvoir formel et l’exercice du pouvoir réel, se trouve un océan terrible.

    Deuxième écueil : La fin de non recevoir de la part de la bourgeoisie.

    En supposant que le budget puisse être débloqué, que la bourgeoisie concède, sous le pression, l’argent nécessaire au fonctionnement de l’Etat, seule une infime partie du chemin est franchi. Il reste à appliquer le programme. Or, un coup d’œil sur les programmes proposés en 2017 est illustratif : l’ambition de certains candidats à l’élections présidentielle est importante. Pour mémoire, celui de Philippe Poutou est le suivant :

     1-Interdire les licenciements, partager le temps de travail, fixer le SMIC à 1700€nets.

    2-Réquisitionner les banques et les grandes entreprises, planifier l’économie pour éviter la catastrophe climatique.

    3-Donner le contrôle à celles et ceux qui font tourner la société.

    Premier point :1-Interdire les licenciements, partager le temps de travail, fixer le SMIC à 1700€nets.

    Appliquer ce type de programme ne pourrait se faire sans franchir les chausse-trappes de l’organisation du pouvoir bourgeois. Celles et ceux qui, naïvement, croient qu’il est possible de faire éclater ce barrage, se bercent d’illusion. Mais mettons de côté ces « petits détails. »

    L’Assemblée, si tant est que la majorité soit entre les mains des apprentis sorciers de la révolution, légifère ainsi les lois du candidat Poutou.. Le conseil constitutionnel les valident, l’exécutif les applique . Le SMIC monte ainsi à 1700€ par mois, nets d’impôts. Le candidat trotskiste peut exulter.

    Mais, dans le fond, cette idée est révélatrice d’une compréhension ultra-superficielle de l’économie. Au même titre que le revenu universel, ce genre de promesse est un miroir aux alouettes. Un SMIC augmenté ne veut pas dire une augmentation de la richesse.

    La bourgeoisie recherche le profit maximal. Elle calque ses prix sur la capacité d’achat de la population. Si le SMIC est, comme à l’heure actuelle, de 1480.27€ par mois en brut et de 1149.07 net, la bourgeoisie aligne ses prix en conséquence. Augmenter le SMIC se traduirait par une inflation des prix. Donc l’augmentation du pouvoir d’achat promise n’aurait pas lieu. En revanche, la baisse de valeur de la monnaie, induite de fait, pourrait éventuellement avoir un effet bénéfique sur le remboursement des emprunts, puisque la valeur de ceux-ci diminuerait. Cependant, cela n’est pas le but premier mis en avant par les trotskistes du NPA.

    Quant au revenu universel, celui-ci revient à allouer une somme d’argent -faible- à chaque individu, charge à lui de faire face à l’ensemble des aléas de l’existence en comptant sur celui-ci. En Finlande, par exemple, la mise en œuvre de ce revenu s’est traduite par une suppression des aides sociales et des allocations. D’une part ce revenu fournit un argent de poche inutile aux bourgeois, de l’autre elle institutionnalise un entretien de la misère. Dans un cas comme dans l’autre, elle n’agit pas sur l’exploitation, sur le fait que la plus-value est produite par les travailleurs et que les bourgeois s’en emparent.

    Ces rengaines, régulièrement ânonnées par les économistes les plus plats, sont des vœux pieux. Bien souvent l’idée qui se trame en arrière-plan est l’idée d’augmenter la part reversée aux ouvriers, aux travailleurs, aux travailleuses. Elle est de réduire leur taux d’exploitation. Seulement, cela ne fonctionne pas si simplement. Annoncer 1700€ net, cela ne mange pas de pain, cela rallie les suffrages, bien que les résultats ne furent pas au rendez-vous. Un discours simple, clair, limpide. Mais faux. Une impasse.

    En promettant plus que ce qui est possible d’être fait, ce qui est présenté comme une manière de rallier les suffrages se mue en piège : une promesse non tenue, la première d’une longue série.

    2-Réquisitionner les banques et les grandes entreprises, planifier l’économie pour éviter la catastrophe climatique.

    Incapable de pouvoir réduire le taux d’exploitation, cette candidature désire pourtant frapper fort : réquisitionner les banques. Planifier l’économie -pour éviter la catastrophe écologique. Un nouveau vœu pieux.

    Le NPA ne promet ni plus ni moins que le socialisme sans la révolution. Autrement dit, la réforme. Cependant, là n’est pas la question. Admettons que le pouvoir soit entre les mains de Philippe Poutou.

    Celui-ci déclare donc la réquisition des banques, des grandes entreprises, en conformité avec son programme. Cela en se basant uniquement sur la légalité bourgeoise.

    Mettons nous un instant dans la peau du patronat. Celui-ci a suivi la campagne du candidat du NPA avec un haussement de sourcil. Tant que celui-ci s’agite et ne propose que des réformes cosmétiques, le patronat peut bien le tolérer. Une inflation importante de la monnaie, par l’augmentation du SMIC, peut même être bénéfique pour certains patrons.

    Mais toucher à la propriété privée….

    Le pouvoir se caractérise de la manière suivante : il s’agit de la possibilité de prendre des décisions et de les appliquer. Or, le patronat, qui transgresse régulièrement ses propres règles, s’inclinerait t’il devant un hurluberlu qui réclame le contrôle sur les banques, sur les grandes entreprises, sur un grand pan de l’économie capitaliste ?

    Les usines se lock-outent sans problème en cas de tentative de réquisition par la force, au pire des cas se sabotent. Quant à l’argent, au capital, il offre sans problème les services de sécurités privées, voire de Sociétés Militaires Privées, de groupes fascistes, contre lesquels un pouvoir qui se refuse à faire usage de la coercition ne peut pas grand chose.

    Les richesses peuvent se mettre en sûreté, notamment à l’étranger. Or, l’argent est le nerf de la guerre. Il paie les services de propagandistes, de prête-plumes capable de vomir la propagande anticommunistes la plus virulente. Au cours de l’Histoire, le patronat n’a eu de cesse de financer les inventeurs de grands mensonges, ceux-là même qui ont tant marqués les esprits que même un grand nombre de gauchistes les répètent et les répandent toujours. Cette année, pour les cent ans de la Révolution d’octobre, la bourgeoisie a choisi comme symbole d’éditer une version colorisée de Tintin au pays des Soviets, ce pamphlet anticommuniste, que même Hergé dénonça. De là à voir des rééditions spéciales de Soljenitsyne, de la Ferme des animaux, du Livre noir, il n’y a qu’un pas.

    De plus, la bourgeoisie, contrairement aux larges masses, possède certaines caractéristiques culturelles, notamment la culture du commandement, de l’organisation. Cela n’a pas de secret pour elle, car l’organisation de la société, pour son plus grand profit, est sa tâche première. Elle est sa fonction sociale.

    La bourgeoisie sait organiser, mais sait également désorganiser. Ses experts, ses spécialistes, ses rouages essentiels, si utiles au fait de faire fonctionner le régime capitaliste, désormais se retournent. Même si la bourgeoisie perd le contrôle formel de la société, elle est toujours présente. Les contradictions ne s’effacent pas du jour au lendemain.

    Un bourgeois n’est pas qu’un patron possédant la propriété formelle, qu’un rentier. La bourgeoisie est une classe qui ne s’efface pas d’un coup de baguette magique. Elle conserve des rôles, conserve des fonctions, conserve des tâches qui lui sont propre, et que seule la résolution progressive des contradictions entre travail manuel et intellectuel peut permettre d’annihiler.

    La vérité est que, dans l’esprit des réformistes radicaux, la question du pouvoir se pose comme une question platement démocratique, comme une question de rapport entre une minorité et une majorité. Les discours des candidats à l’élection présidentielle se plaçaient tous sous ce prisme : respect des institutions et du jeu démocratique – bourgeois, ainsi que du jeu parlementaire. Conquête, dans la légalité, d’une majorité électorale, puis victoire électorale.

    Mauvaise compréhension de la réalité.

    Lénine écrivait dans le renégat Kautsky et la révolution prolétarienne : « Dès lors, supposer que dans une révolution un peu sérieuse et profonde, c’est simplement le rapport entre la majorité et la minorité qui décide, c’est faire preuve d’une prodigieuse stupidité; c’est s’en tenir à un préjugé archi-naïf digne d’un vulgaire libéral; c’est tromper les masses, leur cacher une évidente vérité historique. Vérité selon laquelle il est de règle que dans toute révolution profonde les exploiteurs conservant durant des années de gros avantages réels sur les exploités, opposent une résistance prolongée, opiniâtre, désespérée. Jamais, si ce n’est dans l’imagination doucereuse du doucereux benêt Kautsky, les exploiteurs ne se soumettront à la volonté de la majorité des exploités, sans avoir fait jouer   dans une bataille suprême, désespérée, dans une série de batailles à  leur avantage. »

    Acculée au désespoir, la bourgeoisie choisira la guerre ; le fascisme ; la réaction la plus sinistre, plutôt que de laisser son pouvoir, son contrôle sur l’économie lui échapper. Lorsque confrontée à cette situation, en URSS, elle fit feu de tout bois, avec chaque arme possible.

    La bourgeoisie a beau être une classe en concurrence avec elle-même, elle n’en est pas moins aux aguets quant aux menaces qui pèsent sur ses intérêts. La fraternité qui unit les bourgeoisies dans leur lutte contre les révolutions socialistes n’est plus à démontrer. Une nouvelle fois, dans la RSSFR naissante, la bourgeoisie et les réactionnaires de l’Empire Russe ont bénéficié de l’intervention militaire directe de la part des autres bourgeoisies dans le but d’écraser dans l’œuf la révolution bolchevique.

    Au final, seule la contrainte et les pouvoirs spéciaux peuvent obliger la bourgeoisie à accepter la transformation de la société. D’une manière ou d’une autre, un conflit surgit, un conflit qui ne peut être gagné sans disposer d’une armée, d’une police de milices au service du peuple et des masses, par la dictature du prolétariat.

  • Sur la dictature du prolétariat – III – L’impasse du réformisme.

    Sur la dictature du prolétariat – III – L’impasse du réformisme.

    L’impasse du réformisme.

    Campagne contre plus fort que soi.

    Est-il possible de blâmer les réformistes ou les utopistes ? Oui et non.

    Oui, le sens où l’histoire à illustré à maintes reprises que la révolution ne pouvait être qu’un acte de « violence, par lequel une classe en remplace une autre. » Oui, dans le sens où le rejet de « l’autoritarisme » fait le lit de l’inaction. Oui dans le sens où la collaboration de classe n’amène qu’au compromis. Le compromis à la compromission. La compromission à la trahison.

    Non, dans le sens où l’idéologie communiste est tellement affaiblie, a été tellement diminuée et mutilée qu’elle a pratiquement perdu l’intégralité de son influence sur la population. Adhérer à l’idée révolutionnaire se fait comme une question de principe, plus comme le fait de comprendre celle-ci comme une nécessité vitale. Les communistes, aujourd’hui, de nouveau, doivent faire la démonstration de la nécessité de cette révolution.

    Or, qu’arriverait-il si les réformistes étaient en mesure d’être à l’orée du pouvoir ?

    Admettons, dans cette brochure, un cadre imaginaire, dans un pays qui peut évoquer l’Etat français. Au sein de ce pays, un grand mouvement naît, soutenu par une fraction importante des masses populaires. Ce mouvement n’a pas même besoin de menacer directement les intérêts de la bourgeoisie. Il peut même, sur certains plans, accompagner les projets des impérialistes français, à l’image de la France Insoumise.

    Or, il lui suffit de les écorner un tantinet, de leur déplaire, de vouloir les contraindre et les contrarier.

    En l’occurrence, le cas de figure s’est observé, dans la campagne de pour les présidentielles, dans l’hostilité grandissante de la part d’une partie de la bourgeoisie à la candidature du social-chauvin Mélenchon. Celui-ci, pourtant, n’est pas une menace stratégique majeure. Il n’a rien en commun avec l’irruption d’une cohorte de bolcheviks. Fondamentalement, il est un pur produit des organisations nationales-trotskistes -les lambertistes. Il a longuement été un membre de l’appareil du Parti Socialiste, sous l’étiquette duquel il fut ministre de l’enseignement professionnel. Aujourd’hui son programme prône une réorganisation de l’impérialisme français, un nouveau jeu d’alliance, mais pas une rupture. En revanche, ce qui gène la bourgeoisie est le fait qu’il demande des miettes plus importantes pour l’aristocratie ouvrière et la petite bourgeoisie, lesquelles forment la base sociale de son électorat.

    Malgré cela, les unes des journaux de la bourgeoisie se firent agressives : le Figaro, ainsi, titrait que Jean-Luc Mélenchon ruinera la France, qu’il la mènera au bord de la rupture, de l’explosion.

    Déjà, la machine de propagande se raidit, se dresse, durcit le ton et la voix.

    Les débats publics entre candidats ont été globalement dominés par les candidats présents sur les ailes. Les cas de Nathalie Arthaud et de Philippe Poutou ont été ainsi illustratifs.

    Malgré leur score faible, ces deux candidats ont été dérangeants. Ils ont été dérangeants car ils mettaient en péril l’ordre normal des choses. Pourtant, à aucun moment ils ne brisèrent la scène du théâtre électoral, en en dénonçant sa vraie nature.

    Malgré cela, leur discours formait, déjà, un casus belli pour la bourgeoisie. Elle a donc mobilisé son appareil médiatique pour les combattre. Accusations et insinuation ont plu contre eux.

    Pourtant, imaginons, dans notre exemple fictif, un candidat crédible, sérieux, sur un programme qui soit offensif et résolument anticapitaliste et anti-impérialiste. Que pourrait-il faire au sein de cette scène ? Il se heurterait à un grand nombre d’obstacles, dont certains forment de véritables fortifications anti-vote populaires.

    La bourgeoisie à beau se targuer d’être démocratique, il n’en est rien. Elle dresse à chaque pas des obstacles immenses pour empêcher les masses de participer à la vie politique, pour la réserver à des bourgeois et des bourgeoises, à des professionnels. La politique dans la démocratie représentative bourgeoise, est une affaire de spécialiste, non l’affaire des masses.

    D’une part, pour lancer une campagne, il est nécessaire de disposer d’un sésame absolu: les 500 signatures.

    Ces 500 signatures, à quémander auprès d’élus, sont une barrière qui permet de faire un premier tri. D’une part cela signifie qu’un parti sans élus, sans soutiens de l’institution, ne peut se présenter. Même une organisation massive et influente peut être bloquée par ce barrage. Disposer d’une base électorale forte, mais sans élus pour appuyer les candidatures signifie être éjecté du système électoral.

    Les candidatures appuyées sur une base locales sont également rejetées. Un candidat comme Oscar Temaru, sur lequel l’Unité Communiste de Lyon s’est exprimé, ne peut, malgré la base dont il dispose en Polynésie, malgré le soutien des indépendantistes Corses, Basques, Bretons, se présenter. Car les 500 signatures se doublent de l’impératif d’être réparties sur l’ensemble du territoire de l’Etat Français. En somme elle réservent le pouvoir et son exercice aux organisations ayant une assise partout dans l’Etat français.

    La question de l’argent se pose : une campagne coûter cher. Une campagne demande souvent des finances importantes. Même si certains coûts peuvent être compensés par une mobilisation importante, ceux-ci existent. Quels mécènes offriraient à leur ennemi les moyens financiers de parler contre eux ? Quelles banques accepteraient de financer ceux qui veulent les supprimer ? De nouveau, l’obstacle technique se double d’une composante politique : La bourgeoisie n’est pas stupide. Elle ne prête pas pour respecter la démocratie, mais comme un investissement ; et bien fou serait celui qui investirait dans quelqu’un voué à éliminer le pouvoir bourgeois.

    Un parti fasciste comme le FN, lui-même, a connu des difficultés à trouver des finances. Le FN s’est ainsi tourné vers les créanciers russes, lesquels se sont fait une joie de fournir à l’extrême-droite française l’argent qui lui manquait. Non par sympathie, mais bien dans l’idée que ce groupe politique deviendrait son agent docile et dévoué, le représentant de ses intérêts en Europe occidentale. L’argent est le nerf de la guerre.

    D’autant que la bourgeoisie est mobilisée, sur le pied de guerre. Le prolétariat, quant à lui, n’est pas en ordre de bataille, subit l’influence de l’idéologie bourgeoise..etc. De plus, tous les prolétaires n’ont pas le droit de vote.

    L’une des bases sociales du prolétariat de l’Etat français est formée d’individus n’ayant pas la citoyenneté requise pour s’exprimer politiquement. Ils et elles sont privés du droit de vote, alors qu’ils et elles travaillent, vivent, paient des taxes et des impôts -plus que la bourgeoisie- au sein de l’Etat français. Mais le droit de vote Niet! Les expatriés, eux, elles, souvent droitiers, en disposent. Cela accroît tout autant le déséquilibre des forces.

    D’une manière générale, la bourgeoisie emploie tous les mécanismes possibles pour creuser l’écart.

    Supposons ces obstacles franchis, comment croire que la bourgeoisie laisserait s’exprimer aisément les candidats du peuple ? Comment croire qu’elle ne lui mettrait pas des bâtons dans les roues ? Comment croire que cette organisation pourrait tenir des meetings, pourrait avoir pignon sur rue ?

    La pluralité de points de vue, dans la presse des états de démocratie bourgeoise, est une chose très relative. Si un certain panel de vue peut exister, dans les faits, celui-ci est étroitement borné par les limites de la légalité bourgeoise.

    De plus, la presse indépendante est un mythe. La très grande majorité des journaux dispose d’un maître qui impose sa ligne éditoriale. Humainement, de nombreux journalistes sont du côté du progrès et de la justice. Ici, leurs qualités personnelles ne sont pas mises en question. Cependant, leur travail n’est pas libre, il est dirigé par une ligne éditoriale, laquelle est résolument hostile à la révolution et au socialisme.

    Les magazines d’histoire, les journaux, y compris irrévérencieux, font le coup de feu avec la réaction et la bourgeoisie. Dans chaque mensuel, dans chaque édition de revues d’histoire, l’anticommunisme trouve sa place. En temps normal, un « bruit de fond » anticommuniste demeure. En temps d’élection, en temps de menace -même minime- ce « bruit de fond » se muera en déchainement de harpies.

    Elle se heurterait à l’hostilité de la bourgeoisie. Celle-ci le taxerait d’illuminé, de fou, d’apprenti-sorcier, se moquerait de lui. Si le moquerie ne suffisait pas, elle passerait aux menaces, aux pressions, aux coups bas. Si les coups bas ne suffisent pas, la violence deviendrait un recours possible.

    Les « accidents » arrivent également.

    Voilà quel serait le destin d’un candidat marxiste-léniniste par exemple. L’intégralité du « système » se liguerait contre lui, contre sa voix, contre sa candidature.

    Or que peut la voix du peuple, sans les moyens de la presse bourgeoise, sans les moyens de ses médias, sans les moyens de ses relais, sans les finances considérables que peut aligner le grand capital pour sa défense ? Peu de choses. D’autant que la bourgeoisie, elle, dispose de moyens de propagande hors de proportion.

    Ainsi, lors des élections Italiennes de 1946 et de 1948, les USA ont dépensé une fortune pour convaincre la diaspora italienne d’influencer le vote au pays. Les slogans anticommunistes se sont affichés sur tous les murs, sur tous les panneaux publicitaires, en somme partout où il était possible d’influencer le jeu pour stopper la progression du front populaire organisé par le PCI. Un appel à la terreur systématique s’est imposé, dans le but d’effrayer la population, de la dissocier des candidats qui défendaient pourtant ses intérêts. En fin de compte, le front subit une cuisante défaite électorale, ne ramenant que 20 puis 30% des voix.

    Dans ces conditions, croire qu’il est possible de rallier à la cause du communisme -ou de l’anarchisme- une majorité, est illusoire. La bourgeoisie n’est pas neutre, n’est pas passive, elle est résolument hostile à une expression démocratique du peuple qui ne corresponde pas à ses désirs.

    Pourtant, le socialisme est à portée de main. La socialisation du travail, l’industrialisation poussée massive, la possibilité d’automatisation poussée des métiers pénibles, tout pousse vers le socialisme. Tout, sauf les mentalités, maintenues en arrière par le poids de l’idéologie bourgeoise. Le monde tarde à accoucher du socialisme.

    Les anarchistes pensent que le travail des révolutionnaires est d’accoucher les esprits, de faire naitre l’étincelle révolutionnaire dans les esprits de l’ensemble du prolétariat, ce qui, magiquement, donnera naissance au communisme. Plaçant cela comme préalable à toute offensive, ils se murent dans une attente tragique et stérile.

    La vérité est que la dialectique matérialiste joue contre les révolutionnaire. L’inertie des mentalités par rapport à la situation réelle fait qu’il est plus aisé de jouer une carte conservatrice que révolutionnaire. La force de l’habitude, le poids des idées réactionnaires, du réformisme, est fort, écrasant.

    Attendre que la majorité soit convaincue des idées révolutionnaire revient à attendre le retour du messie.

    En 1920, l’Internationale Communiste, alors naissante, mentionnait « Tant que le pouvoir gouvernemental n’est pas conquis par le prolétariat et tant que ce dernier n’a pas affermi, une fois pour toutes, sa domination et prévenu toute tentative de restauration bourgeoise, le Parti Communiste n’englobera dans ses rangs organisés qu’une minorité ouvrière. Jusqu’à la prise du pouvoir et dans l’époque de transition, le Parti Communiste peut, grâce à des circonstances favorables, exercer une influence idéologique et politique incontestable sur toutes les couches prolétariennes et à demi-prolétariennes de la population, mais il ne peut les réunir organisées, dans ses rangs. Ce n’est que lorsque la dictature prolétarienne aura privé la bourgeoisie de moyens d’action aussi puissants que la presse, l’école, le Parlement, l’Église, l’administration, etc., ce n’est que lorsque la défaite définitive du régime bourgeois sera devenue évidente aux yeux de tous, que tous les ouvriers, ou du moins la plupart, commenceront à entrer dans les rangs du Parti Communiste. » 

    Notre Etat est un état impérialiste. Cela lui permet, moyennent une pression plus importantes sur ses colonies et néocolonies, de disposer d’une certaine marge de manœuvre. La bourgeoisie impérialiste peut accorder quelques concessions, dans le but de corrompre une grande partie de la nébuleuse des classes moyennes.  Accorder des miettes plus importantes à ces classe vacillantes permet de les rallier. Dans une certaine mesure, les lois sociales, faites vers les classes populaires, sont également issues de la même idée : concéder temporairement pour anesthésier. Cela marche.

    Ces concessions ont été accordées du temps de l’URSS, du temps du Parti Communiste influent, dans le but d’entrainer une désescalade dans la lutte des classes. Ces concessions n’ayant plus de raison d’être, elles sont retirées. Si besoin est, elle peut revenir en arrière, donner de nouvelles miettes aux classes populaires de l’Etat français. Cela ne constitue pas la solution idéale pour elle, mais forme néanmoins un fusible.

    Le programme de Mélenchon aux présidentielles était par ailleurs d’exiger ces miettes de l’impérialisme, en échange d’un soutien aux politique d’agression et d’expansion. Ce n’est pas le programme des communistes, lesquelles ne veulent pas une modification de la redistribution d’une partie de la plus-value extorquée par les capitalistes, mais veulent abolir l’exploitation et détruire l’impérialisme.

    Toujours est-il que ces concessions serviront à détourner les voix des hypothétiques candidats léninistes, pour les ramener vers les magiciens de le redistribution : les sociaux démocrates et les sociaux chauvins.

    Si la bourgeoisie était sur le point de perdre les élections, dans notre hypothèse, elle les annulerait purement et simplement.

    Des situations de ce type ont eu lieu dans le passé, mais demeurent spécifiques à des cas précis. Elles ont eu lieu dans des situations où une bourgeoisie nationale s’opposait à une bourgeoisie compradore, cliente d’un impérialisme ou d’un colonisateur. Deux exemples : le Viêt-Nam, où les élections du sud furent remises aux calendes grecques ; la Corée, où les USA ont provoqué des élections séparées entre Nord et Sud pour acter la division, et permette aux partis issus de la colonisation de se présenter et d’avoir la majorité. Dans les deux cas, l’expression populaire s’est retrouvée bafouée de a à z.

    Pour se prémunir contre l’irruption de forces populaires, revendicatives, au niveau des assemblées bourgeoises, pour les museler, la bourgeoisie garde la haute main sur le découpage électoral, sur la forme que prennent les circonscriptions, pour permettre de se garantir une majorité stable, un pouvoir stable.

    Même le système bicaméral, avec son Sénat, avec son conseil constitutionnel, avec ses verrous et des chausse-trappes, est conçu comme un château-fort pour éviter tout basculement des institutions. Les institutions sont conçues avec leurs fusibles, leurs sécurités, leurs redondances.

    L’Etat est une excroissance de la bourgeoisie et de ses intérêts. Il n’est pas une institution neutre, quelque chose de flottant, volant au dessus de la société. L’Etat est architecturé pour correspondre à une mission : permettre l’exploitation la plus pacifique et la plus efficace possible des prolétaires et des semi-prolétaires par la bourgeoisie.

    L’Etat est là pour encadrer la société, pour réprimer les tentatives de renversement de la bourgeoisie par le prolétariat. Il est là également pour défendre et étendre les intérêts de la bourgeoisie, trompeusement nommés « intérêts nationaux », contre les menées des concurrents internationaux.

    Si on regarde l’Etat sous ce prisme là, sous celui de sa nature profonde, il devient nettement plus évident que celui-ci ne peut être conquis, puisque sa mission est intégralement contradictoire avec les intérêts du prolétariat.

    Cependant, cette brochure à l’esprit large et peut accepter quelques concessions avec la réalité, à des fins de démonstration.

    Admettons que celui-ci ; ou celle-ci, gagne. Pourrait-elle clamer victoire immédiatement, déclarer que le capitalisme est fini, que la bourgeoisie, dans le respect des institutions, pourrait donner le pouvoir et les moyens de production aux masses populaires ? Non. Même un accès au pouvoir formel ne signifie nullement une victoire.

  • Sur la dictature du prolétariat – II – les armes de la bourgeoisie.

    Sur la dictature du prolétariat – II – les armes de la bourgeoisie.

    Les armes de la bourgeoisie

    La lutte des classes est une donnée parfaitement intégrée par la bourgeoisie. Publiquement, ses sbires la nient, mais en interne, dans l’entre-soi de sa classe, elle ne peut que le reconnaître. Elle s’est également lancée dans l’étude de l’expérience socialiste, pour la combattre et la juguler.

    Ainsi, la bourgeoisie s’est dotée d’un plan de bataille. Elle a mis en œuvre diverses politiques pour parer l’éventualité d’une menace renouvelée. Elles ont pu se traduire par la cooptation des opposants, leur intégration dans l’establishment, leur corruption. Mao Zedong, ainsi, appelait ces politiques les « balles sucrées de la bourgeoisie. » Elles sont douces, mais tuent. Tuent les mouvements de lutte, tuent les mouvement révolutionnaires.

    Mais la corruption ne suffit pas, alors la bourgeoisie met d’autres moyens en branle. L’anticommunisme institutionnel en fait partie. Programmes scolaires, ouvrages « historiques », films de propagande camouflés, articles de presse… Tous les moyens sont mis en œuvre pour détourner les masses et la jeunesse des conceptions communistes. Les communistes et les progressistes sincères ont lutté avec ardeur pour que la vérité historique soit défendue le mieux possible. Cependant, l’affaiblissement de ce camp de la vérité a ouvert des brèches, dans lesquelles la bourgeoisie à pu s’engouffrer. 

     Ce n’est nullement un hasard si, en 2006, profitant de cet état de faiblesse, Göran Lindblad, membre suédois du groupe chrétien-démocrate du parlement européen, proposa la résolution 1481 dont les articles sont illustratifs :

    « Article 2 : Les régimes communistes totalitaires (…) ont été marqués sans exception par des violations massives des droits de l’homme. Ces violations (…) incluaient les assassinats et les exécutions (…), les décès dans les camps de concentration, la mort par la fin, les déportations, la torture, le travail forcé et d’autres formes de terreur physique collective.  

    Article 3 : Les crimes ont été justifiés au nom de la théorie de la lutte des classes et du principe de la dictature du prolétariat.

    Article 4 : « L’Assemblée reconnaît que malgré les crimes des régimes communistes totalitaires, certains partis communistes européens ont travaillé à la réalisation de la démocratie ».

    Article 6 : « Les partis communistes sont légaux et encore actifs dans certains pays alors qu’ils n’ont parfois même pas pris leurs distances par rapport aux crimes commis dans le passé par les régimes communistes totalitaires. »

    Dans le septième article, la phrase suivante figure :  « Le jugement moral et la condamnation des crimes commis jouent un rôle important dans l’éducation donnée aux jeunes générations. Une position claire de la communauté internationale sur ce passé pourrait leur servir de référence pour leur action future. »

    Ce principe revient, en catimini, à flatter les partis réformistes et à jeter l’opprobre sur les partis communistes révolutionnaires. Tant que les pseudo-partis communistes demeurent dans le cadre du respect de la légalité bourgeoise, tant qu’ils condamnent le communisme, ils ont, pour la bourgeoisie, leur place dans le jeu « démocratique. »

    A l’inverse, la bourgeoisie à l’intelligence de favoriser la « critique de gauche » du communisme. Ce communisme « pur », de « papier », qui n’aurait jamais été essayé. Par le passé, la ligne des bourgeois fut celle d’une critique « de droite. » Staline était, jusque dans les années 30, présenté comme l’héritier de Lénine, comme un communiste intégral, comme son fer de lance. Ce n’était pas Staline lui-même qui était visé par la bourgeoisie, mais le communisme. Les discours étaient donc axés autour d’argumentaires tels que « le communisme cause la misère, il cause la souffrance…Etc. »

    Le problème de cette ligne était qu’elle n’ouvrait qu’un unique front d’attaque. Celle-ci ne permettait pas de détacher les ouvriers, la jeunesse, de leur sympathie pour l’URSS et pour son équipe de direction. 

    L’opposition « de gauche » au sein de l’URSS, lorsqu’elle fut chassée, s’est très bien acoquinée avec la bourgeoisie la plus réactionnaire. L’une et l’autre partageaient la même haine contre l’Union Soviétique, contre le léninisme. L’une et l’autre ont fait longuement cause commune, y compris à travers les alliances les plus répugnantes.

    Surtout, elle offrait un nouvel angle d’attaque : désormais, le communisme n’était -à part dans la presse la plus réactionnaire- plus vraiment l’ennemi, il était devenu une cause louable, mais trahie. Le trotskisme est devenu, rejoint en cela par l’anarchisme, une division de l’offensive contre le communisme, attaquant par la gauche tandis que les réactionnaires attaquaient par la droite.

    Lénine et Trotski, d’opposés, sont devenus les meilleurs amis du monde dans les romans de la bourgeoisie. Les léninistes furent rebaptisés « staliniens. » Par ailleurs, les révisionnistes firent de même avec le maoïsme. Ces thèses se répandent toujours, s’aggravement même, les réformes des programmes scolaires présentant maintenant sur le même pied communisme et nazisme. L’extrême-gauche, les révisionnistes, la bourgeoisie et les fascistes applaudissent.

    Cette propagande donne naissance à d’intéressantes contorsions mentales. Nombre de militants et militantes des milieux alternatifs concèdent que la bourgeoisie use et abuse de propagande. Qu’elle déforme, mente et viole sa propre légalité, cela est une vérité bien acceptée. En revanche, il est hautement intéressant de voir que les mensonges sur l’URSS -mais également les racontars sur la Corée du Nord, Cuba, ou d’autres que, pourtant, nous ne soutenons pas de manière positive- sont acceptés sans broncher. Dire « Makhno était un pogromiste » entraine des hurlements sans fin ; clamer que Staline l’était n’entraine que des hochements de contentement et d’acceptation.

    Cette propagande entraine un reflexe de rejet pavlovien, que la fainéantise intellectuelle et la difficulté de trouver des documents fiables viennent parfaire. Les citations fausses, sans la moindre source d’origine, sont légion ; tandis que les textes, les sources directes ne sont pas disponibles. Quant elles le sont, elles ne sont pas lues. Quant elles sont lues, leurs apports tombent, hélas, régulièrement entre les mains de fétichistes de l’idéologie, d’idolâtres, et non de militants qui l’utilisent comme apport.

    Combien de membres du PCF déclarent ainsi soutenir Staline, défendre son héritage idéologique, tout en n’étant pas capable d’appliquer le léninisme dans leur grille n’analyse, tout en défendant avec force et vigueur le parti qui fut à la tête de l’assaut révisionniste ?

    Bien souvent, les exégètes forment la seule base idéologique sur laquelle les militants et militantes basent leur compréhension. Lénine n’est pas lu, ou peu, Staline, encore moins. Sont lus, par contre, les auteurs qui commentent, critiquent ces textes.

    La bataille idéologique se double d’une bataille historiographique. Un travail de titan reste à faire, consistant à réunir les sources, réunir les éléments fiables, tout ce qui peut permettre de faire éclater la vérité. Bien souvent, les militants et militantes communistes en sont réduits à instruire à charge et décharge les procès politiques qui leur sont faits. D’une certaine manière, c’est cette défense de l’héritage, cette confrontation aux assauts de la critique, qui durcit les militants communistes et les poussent à se tourner vers un approfondissement de leurs connaissances et de leur maîtrise idéologique.

    Malheureusement, leurs détracteurs n’ont pas toujours ce rapport à l’histoire et à la recherche. Croire à tel ou tel fait se réduit à un acte de foi, un acte aveugle d’adhésion. Or, c’est bien là une faiblesse terrifiante.

    Les textes idéologiques permettent de juger, idéologiquement, de la position défendue par tel ou tel acteur, par tel ou tel auteur. Elle permet d’en éprouver le contenu, la cohérence. Certains trotskistes prétendent que les textes de Lénine ont été falsifiés par les « staliniens. » Quand bien même, quelle importance ?

    Qu’importe, si les arguments qui sont développés dans ceux-ci sont justes, paraissent judicieux, quel intérêt, même, d’en faire une recherche en paternité ? La vérité d’un argument de dépend pas de sa parenté, mais bien de sa capacité à être cohérent et juste.

    De même, si certains critiquent les actions de Mao Zedong, d’Enver Hoxha, cela ne signifie pas que ces auteurs n’ont pas apporté des enrichissements qui peuvent, aujourd’hui former un socle idéologique, permettre d’avancer.

    C’est avec ces armes que les communistes combattent la propagande de la bourgeoisie et de ses alliés objectifs.

    Seulement la bourgeoisie en dispose d’autres.

    Lorsque ne suffit pas la propagande pour étouffer la révolte, étouffer la voix des communistes, elle use d’autres moyens de pression.

    Elle use de la menace, légale ou illégale, par le biais de ses organisations de défense.

    D’une part, par ses relais institutionnels, qui entravent l’action des organisations communistes, qui entravent ses possibilités de développement de ses activités, y compris lorsque celles-ci sont légales. Par l’action de la police, qui réprime, qui opprime, qui surveille, qui fiche. Par l’action d’une justice, dont les procureurs sont aux ordres directs des gardes de sceaux, dont ils exécutent fidèlement les directives, dans le domaine de la répression et de l’écrasement.

    Par la menace illégale, par les milices, ses mercenaires, ses fascistes -parfaits auxiliaires de répression- qui traquent, menacent et tuent.

    Par l’armée, enfin, qui, en dernier ressort, est l’outil suprême de l’écrasement de la révolte du peuple. Ce que la douceur, ce que les balles enrobées de sucre ne peuvent obtenir, la peur et la douleur le feront.

    Si jamais cela ne suffit pas, le feu et le choc prendront le relais. Nulle lois, même celles promulguées par la bourgeoisie elle-même, même les largesses des droits de l’Homme, ne protègent. A la base, dans la vie de tous les jours, cette classe sociale ne s’entrave pas de limites légales pour ses affaires, pour ses plaisirs. Elle ne s’en entrave certainement pas pour sa survie.

    Les libertés fondamentales -expression ; opinion ; circulation…- portent mal leur nom. Liberté signifierait un caractère inaliénable, fondamentales signifierait que sans elle, le fondement de la société disparaît. En vérité, elles sont des droits formels.

    Formellement, la bourgeoisie donne le droit à l’expression. Il peut être retiré. Formellement, elle accorde des droits démocratiques, mais ils peuvent très bien, sans préavis, être amoindris, supprimés, bafoués. Un exemple illustratif est celui de la constitution européenne proposée au vote, par un referendum, en 2005. Contre toute attente, elle fut refusée, à la grande ire de la bourgeoisie de l’Etat français. Malgré le fait que, en droit, un referendum soit la forme d’expression suprême, cela n’a pas empêché qu’elle soit ratifiée. Un revers aurait été terriblement embarrassant et aurait nuit aux projets de l’impérialisme français.

    Menacée, la bourgeoisie ne reste nullement cloitrée à des formes démocratiques d’opposition. Elle est prête à tout, quitte à invoquer des monstruosités. Le nazisme, le fascisme, n’ont jamais gagné le pouvoir par les urnes seules. Mussolini fut coopté par Victor-Emmanuel III, roi d’Italie, pour former le nouveau gouvernement et écraser les grèves d’Italie du Nord. Hitler fut promu chancelier par Paul von Hindenburg, avec le soutien de Krupp, Thyssen, Blohm & Voss ou Porsche. L’un et l’autre de ces créatures sont des purs produits, des pures émanations des intérêts de la bourgeoisie la plus réactionnaire. Ils sont des âme damnées invoquées pour assouvir leurs objectifs, que ceux-ci soient en termes de guerre d’agression comme de guerre contre-révolutionnaire.

    Ce ne sont, hélas, nullement des élucubrations d’esprits sinistres, de tristes sires, qui poussent à décrire cette situation. Ces constats sont le fruit d’un regard sur l’Histoire, au cours de laquelle chacun de ces moyens de défense a été -est toujours- utilisé.

    La cooptation, la propagande, la répression, le fascisme sont des politiques réelles, réellement utilisées par la bourgeoisie pour se défendre. Elles sont les obstacles face auquel tous les révolutionnaires doivent se préparer à faire face.

  • Sur la dictature du prolétariat -I- Nous avons besoin de la dictature du prolétariat !

    Sur la dictature du prolétariat -I- Nous avons besoin de la dictature du prolétariat !

    Nous avons besoin de la dictature du prolétariat !

    La lutte du prolétariat contre la bourgeoisie est une lutte de longue haleine. Elle s’est manifestée d’une multitude de manières, au travers de méthodes différentes, avec des stratégies et des tactiques diverses et variées.

    L’expression de la lutte des classe s’est faite selon des méthodes spontanées, comme le luddisme, par la grève sur le tas, par des colères et des émeutes. Elle s’est faite au travers des organisations syndicales. Elle s’est faite également sous une forme politique, au travers de partis, notamment des partis ouvriers et communistes.

    La lutte s’est faite pacifiquement ou dans la violence, dans la victoire ou dans la défaite, dans la solidarité ou dans la trahison. Elle a accouché d’une somme d’expériences immense, dont les théoriciens, les idéologues mais également les praticiens ont su -ou non- tirer profit.

    L’utilisation de cette somme de matière a permis de déduire des lois sur le fonctionnement du système capitaliste, de la bourgeoisie, de l’Etat, des lois qui, en retour, on permis de développer une théorie révolutionnaire adaptée.

    La décantation, le travail de critique et de tri n’a pas été effectué par des sages sur leur montagne. Ce sont des individus, des organisations, ancrées dans la réalité de la lutte des classes, ancrées dans les masses, ancrées dans un lien étroit entre théorie et pratique. Ceux et celles qui n’ont pas fait vivre ce lien se sont égarés, ont dévié. Ou dans une dérive aventuriste, dans une fuite en avant éperdue ; ou, à l’inverse dans la désespérance, dans le fait de se vautrer dans la collaboration de classe, dans la trahison, dans l’opportunisme. L’une et l’autre, généralement, finissent par se rejoindre dans un renoncement à la révolution et à la lutte.

    Le réformisme est un courant particulièrement puissant au sein de la société. Il représente, en quelque sorte, la « norme » de base du rapport au pouvoir, du rapport à l’environnement politique. Spontanément, les masses et les individus sont réformistes, même sous la forme d’un réformisme radical. Etre confronté à l’exploitation pousse à s’en soustraire, à lutter. C’est là un phénomène logique et normal. Mais le fait de remettre en cause l’organisation de l’économie, le fait de remettre en cause l’Etat et son mode de fonctionnement, demande quelque chose qui ne peut se contenter du regard étroit d’un seul individu. Elle demande de se hisser au delà de l’horizon du simple vécu individuel, elle demande un apport théorique supérieur. Devenir l’architecte d’un nouveau système politico-économique, cela demande un travail plus poussé, encore au delà. Cela ne peut apparaître spontanément.

    C’est ainsi que ceux et celles qui rejettent l’idéologisation, la propagande, l’organisation des masses, sous prétexte qu’elle corrompt leur pensée pure et naïve, ne sont au final que les agents du réformisme le plus plat et le plus éhonté.

    Le réformisme se traduit, dans un sens, par une subordination de la stratégie à la tactique. Elle considère que les « buts de la guerre », pour reprendre la formulation de Clausewitz, se conditionnent aux « moyens de la guerre », les tactiques. Le réformisme est avant tout un pragmatisme : avancer autant que possible, autant que faire ce peu, essayer d’amender les choses, essayer d’encercler la société capitaliste et l’emmener, démocratiquement, en respectant les formes et la légalité, vers une autre étape, socialiste.

    Cette absence de compréhension du caractère antagonique des contradictions entre le prolétariat -exploité- et la bourgeoisie -vivant de cette exploitation- est un des paramètres qui explique cette ligne. En ne comprenant pas la nature de l’Etat : émanation directe du pouvoir de la classe dominante ; en ne comprenant pas le fait que la bourgeoisie soit active, agissante ; le réformisme fait le lit de la collaboration de classe, du clientélisme, de l’opportunisme.

    Sans faire de procès d’intention, la faillite de la compréhension ne naît par forcément d’une révision cynique de la théorie. Elle découle potentiellement d’une erreur sincère. Mais cette erreur forme une plaie qui se surinfecte aisément de la lâcheté, de l’envie de carrière, du renoncement.

    A l’inverse, son miroir, le gauchisme, ne prend en compte que les « buts de la guerre » mais pose une négation sur les moyens, sur les tactiques. Cette négation des étapes produit l’effet suivant : l’idéologie est prisonnière d’un palais des glaces, se heurtant sans cesse à des écueils invisibles, incapable de comprendre les moyens de les franchir, incapable de pouvoir développer une tactiques qui soit adaptée.

    Cette absence de pensée tactique accouche d’un opportunisme spontanéiste, prêt à voir dans les « expressions pures » du peuple, une étincelle de révolution, même lorsque les mots d’ordres sont au lynchage et aux pogroms. Elle accouche d’un aventurisme, d’une surestimation de la capacité à rallier les masses, à convaincre les tenants de positions arriérées. Elle confine donc au sectarisme.

    Les deux sont reliés dialectiquement, sont les frères jumeaux l’un de l’autre et mènent l’un à l’autre. La route du gauchisme au droitisme est une route de la pureté au compromis, du compromis à la compromission, de la compromission à la trahison.

    Ces deux fautes idéologiques, ces deux déviations, sont dans l’incapacité de créer les conditions permettant à l’humanité de faire ce gigantesque bond en avant du capitalisme vers le socialisme. La première parce que son horizon est celui de la lutte parlementaire, du crétinisme, la seconde car elle se contente de la critique et de l’utopisme.

    Il existe bien des « sages de la montagne », qui, du haut de leur sommet, lorgnent sur la société avec leur longue vue, dessinent d’improbables arabesques sur des tableaux noirs, perfectionnent leur maquette de société future. Ces sages sont d’illustres compteurs d’histoires, sont capable de peindre de merveilleuses fresques. Ce qui leur manque, en revanche, c’est un chemin entre la société actuelle et la société merveilleuse, rêvée, parfaite et imperfectible.

    Bien souvent, ces « sages » se muent en gardiens d’une idéologie ossifiée, sclérosée, fétichisée. Exposés comme autant de trésors, ces dogmes inapplicables, inappliqués donc, ne servent que pour pourfendre les impurs, les impies, ceux qui ne prient pas la sagesse de l’utopisme, sa pureté, ceux qui se salissent les mains à changer la société.

    Le marxisme, en opposition à l’utopisme, se base sur un constat qui n’est pas nouveau : ainsi, dès 1845, Marx, dans ses Thèses sur Feuerbach, écrivait : « les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde : il s’agit maintenant de le transformer. » Fondamentalement, les clichés instantanés de la société, aussi précis soient-ils, ne servent à rien. De même les maquettes d’une société future ne servent, dans le fond, à rien non plus. Tant que rien ne permet de transformer l’un en l’autre, tant que rien n’illustre les processus dialectique qui opèrent au sein de la vieille société, qui permettent de l’emmener vers la nouvelle, ces travaux demeurent une perte de temps.

    Là réside l’idée majeure du marxisme. Apporter la jonction entre les deux, la jonction entre le monde actuel et le monde meilleur : la société communiste ; sans classe ; sans Etat ; sans exploitation. Le marxisme n’est pas un utopisme qui définit les règles d’une société parfaite, inventée. Il est un outil de combat pour transformer le monde.

    Autour de ce constat s’est accumulé une synthèse d’expériences, perpétuellement enrichies par de nouveaux apports, par l’étude, par l’analyse des rapports sociaux, des rapports économiques, par le décryptage du vivant.

    Seulement l’application ne s’est pas faite dans un laboratoire, dans un environnement confiné, dans le virtuel. Elle s’est faite dans la lutte frontale, syndicale, politique, révolutionnaire, contre la bourgeoisie, contre les fascistes. Elle s’est faite dans la paix et dans la guerre, dans la lutte légale et illégale.

    Les victoires de l’idéologie marxiste ont amené au pouvoir des partis communistes, lesquels se sont retrouvés avec la responsabilité écrasante de devoir construire le socialisme, étape de transition vers le communisme. Or cette tâche ne s’est pas faite sous la forme d’un examen, d’une évaluation, où les réponses sont connues, où un corrigé parfait existe. Elle s’est faite en se heurtant à des problèmes concrets et réels, à des périls mortels. Elle s’est faite à travers une expérimentation constante.

    Ces expériences ont, de fait, échoué. Il n’existe plus ni URSS, ni République Populaire de Chine -excepté formellement- ni d’autres pays socialistes. Cet échec révèle que des erreurs ont été commises, que des insuffisances sont apparues. Les marxistes authentiques cherchent à comprendre ces erreurs, à les analyser, à en tirer des corrections pour qu’elles ne se reproduisent pas.

    Elles ont créé une somme titanesque de ressources et de documents à analyser. Les rejeter en bloc reviendrait à se priver intégralement de cette manne de connaissances.

    Pourtant, la moindre imperfection suffit, pour les gardiens du dogme et de la pureté, pour rejeter l’ensemble. Ironie des ironies, ces mêmes gardiens, attendant la pureté parfaite pour que vienne l’avènement de la société sans faille, végètent. Confrontés, bien malgré eux, au réel, ils s’excommunient, s’injurient, s’accusent. Incapable de faire face à la réalité, d’être maîtres de leur situation, ces purs se vautrent dans la compromission, dans la concession, dans l’opportunisme. D’aventuristes de la pureté, ils finissent leur trajectoire dans les bras de la social-démocratie, dans le réformisme, dans l’anticommunisme viscéral, voire dans le fascisme.

    Lorsque mis en face de leurs contradictions, ces aventuriers agissent bien souvent comme des bêtes prises au piège. Mordent, attaquent, mais ne parviennent pas à apporter une réponse satisfaisante, autre que superficielle, aux problèmes qui se posent actuellement, aux questions de la société actuelle, à comment bouleverser l’ordre capitaliste, le battre, et de ses ruines faire émerger la société socialiste, la société communiste.

    Or, le choix, le marxisme-léninisme dans son ensemble, indépendamment des débats qui ont cours en son sein, pose la question des étapes. Nullement dans le but cynique d’instaurer une dictature, une bureaucratie, un Etat inutile. Ces étapes ne sont pas le fruit d’une soif de guerre, de sang, d’une volonté de nuire à autrui, de causer de la souffrance et du tort. Elles sont des passages obligés car, dans la lutte des classes, le terme de lutte n’est pas usurpé. Elle peut, certes, se dérouler pacifiquement, sans violence directe, sans conflagration, mais également prendre une tournure brutale et sans pitié.

    Le maintient de l’exploitation par le capitaliste prime sur la légalité. Si les travailleurs menacent les intérêts du patronat, gare à eux ! Que dire, alors, de la situation révolutionnaire, laquelle vise à nier le pouvoir de la bourgeoisie, à le détruire.

    L’irruption du fascisme forma, par exemple, l’une des réponses de la bourgeoisie aux menaces qui pesaient sur elle. Le fondement du fascisme n’était nullement une perversion morale, mais était, au contraire, ancré profondément dans la lutte des classes.

    Le fondement des dictatures réactionnaires, des croisades anti-bolcheviques, suivait une logique similaire : écraser la menace.

    Non pas parce que la bourgeoisie serait intrinsèquement mesquine, sadique, incapable d’empathie. Simplement parce que celle-ci possède des intérêts, qu’elle en a une conscience particulièrement aigüe et qu’elle se dote des moyens et des politiques adaptées à l’ambition de les accroître et de les défendre.

    Nous disons, au contraire, que, s’ils pensent comme un prolétaire ou comme un bourgeois, c’est qu’ils sont l’un ou l’autre. Un prolétaire a une conscience de classe prolétarienne parce qu’il est prolétaire.

    Ce que nous devons bien remarquer, c’est que la théorie idéaliste comporte une conséquence pratique. Si l’on est bourgeois, dit-on, c’est que l’on pense comme un bourgeois ; donc, pour ne plus l’être, il suffit de changer la façon de penser en cause et, pour faire cesser l’exploitation bourgeoise, il suffit de faire un travail de conviction auprès des patrons. C’est là une théorie défendue par les socialistes chrétiens ; ce fut celle aussi des fondateurs du socialisme utopique.

    Mais c’est aussi la théorie des fascistes qui luttent contre le capitalisme non pour le supprimer, mais pour le rendre plus « raisonnable » ! Quand le patronat comprendra qu’il exploite les ouvriers, disent-ils, il ne le fera plus. Voilà une théorie complètement idéaliste dont on voit les dangers. (G. Politzer, 1941)

    La lutte des classe n’est pas à sens unique, elle n’est pas que de la part du prolétariat montant « à l’assaut du ciel. » Elle est à double sens. La bourgeoisie, également, mène une lutte contre le prolétariat, contre son unification, contre son organisation, contre son idéologie, contre la révolution.

    Avant celle-ci, pendant celle-ci, après celle-ci, la bourgeoisie lutte jusqu’à la mort, jusqu’à sa disparition, contre le pouvoir du peuple et pour la restauration de son ordre.

    Cette raison est le socle de la nécessité de la dictature du prolétariat. Non par goût, mais par besoin.

  • Fin de partie – X – Quelles tâches pour les communistes ?

    Fin de partie – X – Quelles tâches pour les communistes ?

    -Brochure complète ici-

    Quelles tâches pour les communistes ?

    Un travail fantastique est à effectuer de la part des organisations communistes.

    Nous l’avons développé dans plusieurs brochures, notamment du réformisme à l’opposition extra-parlementaire, au sein de mener la bataille idéologique, tout comme dans d’autres articles sur le sujet.

    Nous avons cinq ans devant nous.

    Non pas du fait de l’agenda arbitraire des élections, mais bien du fait que certains processus arriveront à maturité. Ces processus, mêlés au poids de la crise, font que la situation politique et économique au sein de l’Etat français sera explosive.

    Il est de la responsabilité du mouvement communiste et des forces progressistes d’être prêts à faire face, en pleine connaissance de cause, à la déferlante réactionnaire qui s’annonce.

    Plusieurs étapes et plusieurs mouvements sont à opérer pour qu’aboutisse la reconstruction d’un camp communiste, pour qu’il soit influant, capable de rassembler, d’être un centre de gravité. Ce camp doit être un camp indépendant, en termes de classe. Les organisations-croupion de la bourgeoisie, consciemment ou non, sabotent toute avancée politique, toute avancée de lutte, en se cloitrant dans des slogans creux et faux.

    Lorsque Jean-Luc Mélenchon, en prévision des législatives, parle de « bombe atomique » constituée par le bulletin de vote, il ment consciemment. Lorsque le NPA lui rétorque que la grève est l’arme principale des travailleurs, cette organisation pêche par économisme plat et par apolitisme.

    Cette incapacité à comprendre le caractère politique de la lutte et la nécessité de rompre avec le réformisme sont tout autant de préalables pour que renaisse l’influence de l’idéologie communiste.

    A l’heure actuelle, il est compréhensible que les organisations communistes existantes suivent chacune une voie qui leur est propre, qui est l’application de leur stratégie. Difficile de les en blâmer. Souhaiter, du jour au lendemain, que  tous et toutes oublient complètement les contradictions, les différents, les conflits est illusoire. Ceci se comprend aisément.

    Seulement, il n’est pas impossible de poser les bases de cette unité dès maintenant. Elles sont d’autant plus essentielles que le temps ne joue pas particulièrement en faveur des forces progressistes. L’entropie, la tendance au chaos propre aux Etats capitalistes et impérialistes, pousse à une conflictualité plus grande, plus aigüe.

    Cependant cette tendance à l’entropie n’épargne pas les organisations communistes les unes par rapport aux autres, tout comme en leur sein. Sans lieux de débat, sans lien les unissant et permettant de poser un cadre formel aux problématiques des rapports entre les différents courants, entre les différentes organisations, entre les différentes conceptions, il n’est pas possible d’avancer.

    Tant que n’émerge pas une structure, même basique, permettant de lutter contre cette montée aux extrêmes dans les rapports entre les organisations, l’unification peinera. Cela n’empêche nullement les rapprochements bilatéraux, les unifications ou les fusions entre organisations qui le souhaitent. Cependant, il est important que les organisations communistes au sein de l’Etat français, de même que les organisations luttant contre l’impérialisme français dans les régions dominées, ne s’ignorent pas, puissent disposer de liens, d’échanges, de débats et de discussions. Tout ce qui permet une meilleure unité d’action et une influence plus importante sur la société est positif et nécessaire.

    Mutualiser est essentiel. L’accès aux sources, aux classiques, aux analyses, aux travaux, reste généralement restreint. Le débat autour de ces travaux reste généralement du domaine de l’échange confidentiel, non de la déclaration publique sur laquelle chacun peut se positionner, formuler une critique, permettre l’avancée idéologique.

    L’Unité Communiste de Lyon n’est pas une organisation massive, disposant de moyens immenses. Cependant, elle tient à faire sa part dans ce domaine, en numérisant et en mettant à disposition le plus grand nombre possible de travaux, de documents, de brochures, permettant à tous et toutes d’avoir accès à celles-ci.

    A travers plusieurs projets, l’Unité veut poser les bases d’un pool de documents, permettre de créer un cadre de travail permettant le rassemblement, le traitement, la traduction des documents, et leur publication. Ce centre de travail sera ouvert à toutes les bonnes volontés.

    Un des points fondamentaux de l’unification idéologique passe par le débat de fond. Dans l’état actuel des choses, il paraît important qu’un unique média de débat émerge, comme lieu de discussion sur les questions relatives aux bases minimales de l’unification. Ce cadre de débat doit être en mesure de répondre au traitement positif des conflits et des désaccords, en somme de créer un environnement propice aux rapprochements et au traitement des clivages idéologiques.

    L’Unité Communiste de Lyon s’inclut dans un processus d’unification, l’Unité des Cercles Communiste. Cette unification ne se fait pas sur des présupposés, sur des injonctions, sur l’adhésion à des thèses non maîtrisées, à des lignes de démarcations lancées de manière incantatoire, sans démonstration. Elle se base sur une adhésion minimale, mais surtout sur la volonté d’avancer ensemble, de progresser ensemble en recherchant la voie la plus juste.

    Marx s’exprimait ainsi : « L’humanité ne se pose jamais que des problèmes qu’elle est capable de résoudre. » D’une certaine manière, de nombreuses organisations communistes posent en préalable des questions abstraites, absconses, et qui n’ont pas d’incidence immédiate dans l’état actuelle de la lutte des classes et de la lutte politique au sein de l’Etat français. Ainsi, le fait de trancher à l’emporte-pièce la question de la Guerre Populaire Prolongée, comme une ligne de démarcation, sans démontrer quoique ce soit autour, est une illustration parfaite de l’inconséquence et de l’intellectualisme qui grèvent certaines organisations.

    Même si ce travail d’unification est long et fastidieux, il est nécessaire. Si ce travail de débat, de reconstruction idéologique paraît terriblement pénible, il n’en est pas moins essentiel.

    Qu’autant qu’il ne se limite pas qu’aux seuls communistes, qu’il ne se limite pas qu’à ceux et celles qui adoptent la révolution et la dictature du prolétariat. Il existe tout une sphère politique, militante, syndicale, qui rejette le système capitaliste, mais dont l’idéologie ne permet pas de tracer un chemin vers une société sans classes ni Etat. Les communistes doivent travailler vis-à-vis de ceux et celles qui restent prisonnier d’un réformisme radical, faute de débouchés politiques.

    L’existence de cette nébuleuse est à l’image de celles existant dans l’espace. Nuages de gaz sans consistance, ces nébuleuses existent comme des pouponnières d’étoiles, qui n’attendent qu’une gravité suffisante pour s’agréger et se rassembler, jusqu’à atteindre la masse critique qui leur permette de briller. Le même schéma se reproduit, figurativement, ici. Ce centre de gravité est l’organisation communiste.

    Par le travail unitaire, le travail de front, mais également en produisant un débat de fond, l’idéologie la plus juste émergera.

    Dans les masses, il existe un immense engouement pour la lutte, une immense aspiration à la Liberté et à l’Egalité. Cette immense aspiration est vampirisée par les réactionnaires, par les opportunistes, par les sociaux chauvins, par les obscurantistes. Elle est vampirisée car, là aussi, les organisations communistes sont faibles.

    Il n’existe aucun remède miracle permettant de mettre fin à cette faiblesse, ou de s’attendre à ce que, spontanément, ceux et celles qui ne sont pas communistes se mettent à en adopter les points de vue. Cet apport provient de l’extérieur, de la rencontre entre l’idéologie scientifique et le mouvement spontané.

    Dans l’état actuel des choses, dans l’état actuel du mouvement et de l’avancée idéologique, l’Unité Communiste de Lyon porte le mot d’ordre de construction d’une opposition extra-parlementaire.

    D’une part pour faire front, en rassemblant les exploités, les opprimés, les opposants au capitalisme, dans un cadre permettant d’être indépendant des institutions de la bourgeoisie, de ses jeux truqués, de ses pièges et de sa corruption.

    Pour permettre d’être un point central de la contestation, d’être un centre politique pouvant rivaliser, en termes d’influence, avec les organisations de la bourgeoisie, nourries de subventions, de dons, d’argent provenant de l’exploitation.

    Pour avancer politiquement, pour agir politiquement d’une manière visible et publique, d’une manière -certes minimale- mais réelle. Pour poser les bases de la démocratie populaire, permettre à de nouveaux cadres issus des masses de naître, de se former, de s’exercer.

    Pour, in fine, qu’un darwinisme des idées, au sein de ce front, apparaisse et fasse émerger la ligne la plus juste, la plus révolutionnaire.

    Nous considérons que cette ligne est la ligne à suivre. A l’heure actuelle, la situation interne à l’Etat français et la situation internationale restent stables. Ce temps de respiration doit être employé au maximum pour permettre de poser les bases de l’arme offensive que sera ce lien entre toutes les organisations communistes ; de poser les bases du bouclier formé par le front uni entre les forces anticapitalistes et anti-impérialistes; de poursuivre et d’accroître l’influence de chacune des organisations communistes au sein de l’Etat français.

    L’exposé de la situation et de son évolution impose des mesures énergiques. Des mesures de lutte interne contre les tendances déviationnistes postmodernistes, relativistes, contre leur anticommunisme primaire. Contre l’influence du réformisme et de l’opportunisme petit-bourgeois. Contre le sectarisme dont sont souvent victimes les organisations, les cercles, les clans.

    Une nouvelle fois, les tâches du mouvement communiste sont immenses. Elles ne s’abaisseront jamais à son niveau actuel. Le mouvement communiste doit grandir, se battre, se montrer exigeant idéologiquement, politiquement, organisationnellement, envers lui-même.

    La lutte doit se mener sur chaque front. Sur chaque secteur. Mais elle doit surtout se mener pour faire émerger un saut qualitatif, lequel est une nécessité vitale pour que naisse un véritable parti communiste révolutionnaire ; pour que naisse une idéologie capable de synthétiser la somme de l’expérience du mouvement révolutionnaire et ouvrier.

  • Fin de partie -IX- Un sombre avenir.

    Fin de partie -IX- Un sombre avenir.

    Un sombre avenir

    Les législatives approchent à grand pas, avec leur lot de surprises.

    Emmanuel Macron a donc présenté un gouvernement largement ouvert du côté de l’organisation Les Républicains, au grand dam de ceux et celles qui croyaient, dur comme fer, à son esprit de synthèse. Cette déception était prévisible. Emmanuel Macron a assuré qu’il poursuivrait les objectifs définis au cours de sa campagne : éradiquer les obstacles à l’exploitation.

    Mais cette composition temporaire d’un gouvernement n’est pas innocente. Elle s’inscrit dans une disposition tactique en prévision de la nouvelle échéance électorale.

    Les législatives approchent, lesquelles peuvent -et vont potentiellement- pousser à un remaniement ministériel pour permettre d’épouser les formes de la nouvelle majorité. Ni le PS, ni l’alliance éclatée entre le PCF et la FI ne présentent une menace réelle pour une hégémonie macronienne. Reste Les Républicains.

    Or, en ouvrant largement la porte aux membres de ce parti d’opportunistes sans cohérence interne, Emmanuel Macron peut jouer un coup de poker, en tiraillant Les Républicains, en faisant mine de les accepter largement, pour susciter des remous au sein du parti de droite. Grâce à cela, il peut potentiellement neutraliser -au moins en partie- son principal concurrent, lui faire miroiter des postes, des places.

     Seulement, une fois les élections passées, aucune garantie ne permet aux ralliés d’être sûrs d’obtenir ce que leur cœur -et leur portefeuille- désire.

    Macron et son équipe, dont les appuis organisationnels restent faibles, pourrait réussir à tirer son épingle du jeu en manœuvrant sur ses lignes intérieures. Si cette opération réussit, elle sera un véritable exemple de maîtrise tactique.

    Par ailleurs, les Républicains entament une campagne d’un style particulier, basée, notamment dans le Rhône, sur la défense « de leurs valeurs. » Cette ligne politique, teintée d’un style résolument réactionnaire, est une illustration de la situation tactique dans laquelle se trouve ce parti. Difficile, face au choc libéral, de tracer une ligne de démarcation claire et nette vis-à-vis d’une organisation qui cherche délibérément à faire exploser la droite traditionnelle.

    Or, ces « valeurs » qui démarquent les Républicains de En Marche ! ne peuvent se trouver dans le libéralisme, partagé entre les deux ; ne peuvent se trouver dans l’europhilie ; ne peuvent se trouver dans la volonté de durcir le dialogue social.

    Elles ne peuvent alors se trouver que dans la réaction la plus profonde, dans le traditionalisme, dans un affrontement centenaire entre la bourgeoisie du « Parti Radical » et la bourgeoisie catholique.

    La première est incarnée par Gérard Collomb : laïque, relativement progressiste sur les sujets de société, plutôt marquée par la franc-maçonnerie. Elle est une bourgeoisie de centre-gauche, opportuniste, ayant « le cœur à gauche et le portefeuille à droite. »

    La seconde est celle de Fillon, elle est celle qui s’oppose au mariage pour tous, celle qui est l’héritière de la vision de la société gaulliste : rigueur, caporalisation, austérité.

    Quelle ironie que ses « valeurs » se marient si bien avec la corruption, la prise d’intérêt, le népotisme et l’emploi fictif.

    Dans la région lyonnaise, cet affrontement est particulièrement visible, donne sa physionomie politique à une ville anesthésiée par le centrisme, cernée par la réaction.

    La rupture entre le PCF et la FI semble actée. L’hostilité entre ces deux forces grandit au fur-et-à-mesure que les jours passent. Comme mentionné au début de la brochure, les deux forces ont une stratégie non seulement concurrente mais hostile l’une à l’autre. L’une se bat pour maintenir en vie son suzerain, pour conserver ses bastions, l’autre pour occuper le vide laissé par l’effondrement du Parti Socialiste.

    Reste le Front National, dont la situation interne est périlleuse.

    Le concept du Front National semble avoir atteint ses limites objectives, en termes de capacité à accroître sa base électorale, à gagner en influence, à devenir un parti présidentiel.

    L’illustration pleine et entière de ceci est la manière dont Marine Le Pen a échoué  dans le débat du second tour contre Emmanuel Macron, scellant définitivement l’issue de la présidentielle.

    Dans l’analyse sur le débat des présidentielles, nous présentions la situation ainsi: « de l’autre côté, Marine Le Pen, avocate n’ayant jamais plaidé grand-chose, dont l’alpha et l’oméga est son intégration dans le FN, sous l’aile de son père. Jean-Marie Le Pen a en effet construit un poste ad hoc pour sa fille. Elle est une représentante du népotisme tout comme Macron est celui du libéralisme. L’une est arrivée par la naissance, par les liens claniques, sans jamais avoir fait preuve de quelque talent que ce soit ; l’autre est un survivant du maelstrom libéral, qui a écrasé et évincé bien des concurrents, qui sait s’entourer de conseillers efficaces… il s’agit de quelqu’un qui -il faut le reconnaitre- maîtrise ses dossiers sur le bout des doigts. « 

    Une grogne profonde existe au sein du FN vis-à-vis de l’incompétence de la direction et du fonctionnement clanique de l’organisation. De plus, son inflation l’emmène au bord de la rupture interne.

    Le Front National devenant une force centrale dans la vie politique, cela cause des contraintes terribles, des dissensions internes. L’outil n’est plus adapté à la tâche. Le Front National est victime de son succès.

    Tant qu’il était une puissance montante, arc-boutée à l’opposition, à porter la contradiction, à attaquer de toutes ses forces, les problématiques liées à sa cohérence interne restaient secondaires. Un palier a été franchi cette année et, avec lui, se posent des débats stratégiques importants.

    De plus, la possibilité d’alliance avec d’autres forces, dont Debout La France de Nicolas Dupont-Aignan, sort le FN de son isolement politique.

    Trois lignes émergent :

    Celle de Florian Philippot, celle des nouveaux arrivés, celles et ceux qui ne sont pas des membres de longue date du Front National, qui ne tolèrent pas forcément la primauté « génétique » du clan Le Pen et de ses vassaux. Ceux-ci s’alignent sur une position d’alliance, de coalition, avec les autres forces de la droite « forte » mais « propre. » Cette ligne place le professionnalisme avant tout, place l’idée de devenir un parti présidentiable, non plus une simple force d’opposition.

    Cette ligne est probablement celle qui poussera le plus rapidement à l’éclatement du Front National pour rompre avec son histoire, son passé, ses affaires. Les informations dont nous disposons à l’heure actuelle laissent entendre que Florian Philippot l’axera autour d’une charte rejetant « le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie « , tout en recherchant à faire bloc avec les forces quittant Les Républicains, si ceux-ci ne survivent pas aux législatives en tant que force constituée.

    A l’opposé, la ligne « gauchiste » de Marion Maréchal-Le Pen, héritière idéologique des provocations de Jean-Marie. Elle représente le rejet de la « dédiabolisation », le rejet du lissage. Elle joue, au contraire, sur un lien maintenu avec les fascistes, les néofascistes et autres groupuscules agressifs. Contrairement aux autres, la conquête de places fortes, de députés, reste un aspect secondaire. Dans leur esprit, la question de l’accès au pouvoir ne passe pas forcément par la conquête de l’appareil d’Etat, mais par la mise en œuvre de mouvements de masse réactionnaires, de mouvements d’action.

    Cette ligne est celle dans laquelle l’idée de révolution nationale, l’idée de prise du pouvoir, est la plus forte. Elle est une ligne radicale qui n’accepte plus le style de direction « petit-bourgeois » de Marine Le Pen, son caractère boutiquier et son absence d’ambition.

    Si les premiers veulent lisser leur image pour devenir présidentiables, ceux-ci sont dans l’optique d’une opposition frontale avec le pouvoir d’Etat, jusqu’à ce qu’il les appelle à restaurer l’ordre. L’éclipse de Marion Maréchal-Le Pen, se retirant « définitivement, pour le moment » de la vie politique, est illustrative : rupture avec la ligne majoritaire, le temps de rallier des forces nouvelles, d’unifier les courants dispersés du fascisme, pour revenir en force, dans cinq ans, et prendre le contrôle de l’appareil.

    La dernière est celle de Marine Le Pen. Elle se caractérise par un esprit boutiquier, petit-commerçant, petit gestionnaire. Elle est une ligne du confort, des rentrées d’argent par le triangle institutions – Riwal – Bleu Marine. Le clan autour de Marine Le Pen, les Lousteau, les Chatillon, les petites mafias, ne peuvent qu’entretenir des rapports complexes, brutaux, au sein de l’organisation. L’incompétence, fruit du népotisme, grève cette ligne et l’empêche de faire de substantiels progrès.

    Si elle est cramponnée autour de l’appareil, ce clan, ce groupe interne n’en est pas moins menacé. L’approche du congrès du Front National, dans le courant de l’année, risque de se muer en nuit des longs couteaux.

    Dans un sens, un éclatement du Front National est une chose positive. Elle neutraliserait provisoirement cette organisation, la forcerait à se recomposer.

    Cependant, la dialectique veut que chaque chose, chaque transformation, ait des caractéristiques positives et négatives. Un Front National new style serait probablement en mesure de pouvoir gagner une influence nouvelle, d’avoir une base élargie, car ayant rompu avec la réputation de l’ancienne structure.

    D’une manière générale, la plupart des processus qui se lancent à l’heure actuelle seront matures dans cinq ans, lors des prochaines élections.

    Pour le moment, la trajectoire est glaçante.

    Cinq ans sont devant nous.

    La bourgeoisie, dans l’ensemble, est restée insatisfaite par le gouvernement du Parti Socialiste. Malgré le fait qu’il ait appliqué avec zèle les directives du MEDEF et de la grande bourgeoisie, cela n’a pas suffit. Les réformes -bien que dévastatrices pour les travailleurs- n’ont pas été considérées comme répondant aux désirs et aux besoins des classes exploiteuses.

    Ironiquement, le PS était pourtant nettement plus libre que l’UMP d’alors pour appliquer ce programme. L’opposition étant majoritairement contrôlée par les courroies de transmissions de ce parti, il lui était possible d’agir comme aurait voulu le faire Sarkozy.

    Sauf que, par opportunisme, les Républicains, voulant se démarquer du PS, ont joué la carte de l’opposition. Non pas par désaccord, mais uniquement pour justifier leur existence, pour se doter de la possibilité d’incarner une alternance.

    Incapable de se doter alors d’une majorité, le gouvernement s’est retrouvé à dépendre d’accord avec les « frondeurs », qui, malgré leurs « motions de censure » pitoyables, ont négocié leur ralliement en échange de quelques amendements pompeusement présentés comme des victoires.

    La bourgeoisie ne saurait se satisfaire de cela pour le quinquennat qui vient.

    Elle a tout misé sur une grande coalition de ses laquais, pour neutraliser l’opposition. Juppé et Macron étaient les deux seuls acteurs capables de pouvoir réaliser cette coalition. Le premier, lors des primaires, a chuté au profit de François Fillon, rapidement mis hors-jeu par ses affaires.

    D’une manière générale, ni Sarkozy ni Fillon ne comprenaient cette logique. Ils restaient centrés sur leur famille, sur leur base électorale. Leur vision hégémonique ne se limitait qu’à leur petit royaume, non à un large front bourgeois.

    Macron est le seigneur de cette grande coalition, celle que la bourgeoisie désirait plus que tout. D’autant que les astres lui sont favorables.

    La poursuite de l’Etat d’urgence jusqu’au 1er novembre 2017 lui permet de disposer d’un confortable délai pour mener l’offensive. Comme dans les pires années de l’histoire, le 21 juin, au lieu d’être l’arrivée du calme de l’été, coïncidera avec une grande offensive. Réforme-liquidation du code du travail ; réforme-privatisation de la Sécurité Sociale, de l’assurance chômage. Le tout appuyé par une répression savamment orchestrée par Gérard Collomb, opportuniste en chef.

    Les législatives vont probablement accentuer l’éclatement du PS et des Républicains.

    Le premier avantagera Mélenchon, mais offre également aux révolutionnaires une opportunité  qu’ils peuvent saisir : le réformisme en action a montré sa faillite la plus totale. Il ne cause plus que du dégout et de la répugnance parmi les masses.

    L’éclatement des Républicains, quant à lui, pose les même problématiques, mais à l’échelle de l’extrême-droite et des fascistes.

    Ceci, combiné avec l’élimination de Marine Le Pen lors du prochain congrès du FN, permettrait l’émergence d’une droite forte et dure, d’un grand pôle réactionnaire.

    La stratégie de Macron est celle d’un kamikaze politique : des réformes profondes, des saignées hémorragiques, lesquelles vont faire grandir la colère, la misère, la souffrance au sein des masses. Agent de la bourgeoisie, Macron n’en est pas moins un kleenex. Son travail à marche forcée -sans jeu de mots- satisfera ses commanditaires, au prix de son existence politique.

    En Marche ! est une organisation one shot, qui ne survivra pas.

    Le danger réside ici. La société de l’avenir, telle que vue par Macron, est une société explosive -ingouvernable- Elle créé une situation potentiellement conflictuelle au plus haut degré, d’autant que la paupérisation et la misère se répandra.

    Cette situation peut, potentiellement, amener à ce que désirent les fascistes : être appelés au pouvoir pour restaurer l’ordre.

    A ce moment là, il sera possible de parler de menace fasciste.

    Certaines forces, dont les inénarrables « matérialistes » ont ainsi crié à la menace imminente, ont appelé au premier tour à voter pour Emmanuel Macron, à faire un barrage pour sauver la République.

    Ce « front » sans consistance est revenu à se soumettre aux décisions de la bourgeoisie, à son agenda, à le fortifier et à répercuter ses mots d’ordre vers les masses.

    A l’heure actuelle, les communistes doivent travailler conjointement pour former une force autonome de la bourgeoisie. Cet objectif doit être le n°1. Il est celui qui conditionne tout succès futur.

    Faire front, y compris avec la bourgeoisie, est une question qui pourra, dans l’avenir, se poser avec une urgence, avec nécessité. Mais faire passer cela avant la construction du camp du peuple, du camp communiste, revient à anticiper cette nécessité, à se soumettre intégralement à la dictature de la bourgeoisie.

  • Fin de partie – VIII – Nous payons cher.

    Fin de partie – VIII – Nous payons cher.

    Nous payons cher.

    Nous payons, aujourd’hui, chèrement, une lourde addition.

    Cette addition est le fruit d’un cumul d’erreurs, de manques étalés sur une longue période. Elle est le fruit maudit d’une conjonction de facteurs, de responsabilités, de failles, de déviations, d’abandons et de trahisons.

    Elle est ce qui explique la faiblesse des idées communistes, la faiblesse des organisations, des fronts, des luttes.

    Il existe, d’une part, des facteurs extérieurs, liés à la victoire de la contre-révolution en URSS, en Chine, en Albanie. Ces facteurs jouent un rôle considérable à l’échelle mondiale. Seulement ils n’expliquent pas tout.

    Il existe une responsabilité interne, intérieure, propre au mouvement communiste de l’Etat français. Une responsabilité que partage chaque militant ou militante communiste.

    S’en dédouaner, rejeter la faute sur la bourgeoisie, sur les fascistes, sur les trotskistes, sur les idées petites bourgeoises revient à pratiquer une politique de l’autruche. Nombreux sont ceux et celles qui pratiquent cela, avec un art consommé. Faire peser la faute sur des boucs-émissaires est une tendance qui existe. Elle doit être combattue.

    Les léninistes sont particulièrement bien placés pour comprendre l’inanité de cette position : ils subissent avec une régularité d’horloge les sempiternelles attaques des anarchistes et des trotskistes, les accusant d’avoir fait échouer leurs révolutions.

    Sur ce plan là, trotskistes, boukhariniens, anarchistes s’entendent à merveille. Accuser les autres forces, nier leur responsabilité et leur bilan.

    Cela, les communistes doivent le balayer. Mordre à cet hameçon reviendrait à s’aveugler.

    Comment reprocher à la bourgeoisie d’agir en fonction de ses intérêts ? La bourgeoisie agit dans son intérêt, dans un jeu qui lui est propre. Transgresser ses propres lois, agir en propagandiste anticommunistes, être aux aguets face à toute contestation, tout ceci est logique et cohérent.

    Comment reprocher à des forces politiques et idéologiques contraires d’agir en fonction de leur stratégie ? Impossible. Tout autant, cela n’a pas de sens de reprocher, fondamentalement, à des forces non-communistes de ne pas agir en communistes.

    L’application des conceptions politiques, pourtant, de peut être en négation de la loi fondamentale du darwinisme : la survie du plus adapté.

    Prenons l’exemple de Kronstadt. Indépendamment des causes de l’insurrection en tant que tel, le reproche des anarchistes est le suivant : « vous avez écrasé l’insurrection. » C’est un fait. L’insurrection, dirigé contre le pouvoir soviétique, a été écrasée par celui-ci. Le gouvernement soviétique agissait en fonction d’une logique qui lui était propre et à laquelle les insurgés étaient opposés. En cela, le conflit était inévitable.

    En revanche, si l’insurrection a échoué, cela est du fait de sa propre et intégrale responsabilité. Elle ne peut blâmer la force de l’ennemi. Sa faille première est sa propre faiblesse.

    Le premier reproche que devraient faire les anarchistes serait le suivant : « où notre stratégie fut-elle mauvaise ? » et non « l’ennemi s’est comporté en ennemi. » L’environnement politique, social, économique est quelque chose sur lequel il n’est possible que d’avoir une prise indirecte.

    Il est, certes, transformable par la dialectique, par l’action consciente, mais il n’en représente pas moins une toile de fond avec laquelle il est nécessaire de composer. Si une insurrection lancée à Lyon échoue car elle n’est pas soutenue, la raison principale n’est pas « les individus n’ont pas soutenu », elle est « nous avons échoué dans nos tâches de mobilisation, d’organisation, de structuration. »

    Lorsque les trotskistes accusent les « staliniens », ils nient le fait que leur ligne est pourrie. Lorsque les anarchistes accusent les communistes, ils oublient de s’accuser eux-mêmes de leurs fautes. A l’inverse, lorsque nous avons connu des échecs, nous avons, avec justesse, critiqué -en premier lieu- nos manques.

    Lorsque les révisionnistes font surgir la chute de l’URSS de derrière les fagots et qu’ils nient le long cheminement et le long pourrissement, ils agissent en parfaits imbéciles.

    Lorsque nous analysons 1991, nous y voyons la marque de 1956 et du XXe Congrès. Lorsque nous regardons ce congrès, nous n’y voyons pas la main seule de Nikita Khrouchtchev, mais bien l’aboutissement, une première étape, dans un processus de restauration du pouvoir de la bourgeoisie. Cette restauration n’est pas le fruit d’agents malins, de mauvais génies, elle est le fruit d’erreurs dans notre propre camp, chez nos camarades, chez ceux chez qui nous puisons nos sources.

    C’est l’analyse sans concession, l’autocritique sans pitié qui peut nous permettre d’avancer efficacement, plus solidement.

    Aujourd’hui, nos propres faiblesses pèsent pour beaucoup. Notre faiblesse en tant que force d’opposition à la bourgeoisie est le reflet de notre faiblesse en tant qu’organisations divisées, qui, elle-même est le reflet de notre faiblesse dans la manière dont nous traitons la question de l’unité et dont nous traitons les questions idéologiques.

    Qui, aujourd’hui, lit Marx ? Qui lit Engels ? Qui lit Lénine, Staline, Mao, Hoxha, Ho Chi-Minh, Dimitrov, Kaypakkaya, Gonzalo, Gramsci ?

    Personne ou presque.

    D’une part car les sources sont difficiles à trouver, qu’elles demandent de la recherche. D’autre part parce que quand des livres sont lus, ce ne sont pas des sources primaires mais des exégètes. « La pensée de Lénine » vue par tel ou tel auteur, « Comprendre Marx », par un sociologue universitaire, Trotski dépeignant Staline…

    Comment ne pas penser directement à cette citation de J. Staline, dans les Cinq Conversations avec des Économistes Soviétiques, (1941-1952).

    « Il est nécessaire que nos cadres aient une connaissance approfondie de la théorie économique Marxiste.

    La première vieille génération de Bolcheviks était très solide théoriquement. Nous avons appris le Capital par cœur, fait des tableaux synoptiques, tenu des discussions et évalué chacun notre compréhension. C’était notre force et cela nous a aidé beaucoup.

    La deuxième génération a été moins préparée. Ils étaient occupés par des questions pratiques et la construction. Ils ont étudié le Marxisme avec des livrets.

    La troisième génération a été élevée sur des articles satiriques et de presse. Ils n’ont aucune compréhension profonde. Ils doivent être pourvus avec une alimentation qui est facilement digestible. La majorité a été élevée non en étudiant Marx et Lénine mais avec des citations.

    Si la chose continue plus loin de cette façon les gens dégénéreront bientôt. »

    Cette lutte pour l’idéologie est une lutte que nous devons gagner pour remonter la pente. Sa perte est ce qui a fait accepter la dégénérescence du Parti Communiste, ce qui a permis de justifier l’intégralité des reculs idéologiques de celui-ci. Le plus souvent, les opportunistes se camouflèrent derrière une connaissance des textes supérieure, qu’ils camouflèrent en maîtrise idéologique, des arguments d’autorité, des démonstrations creuses.

    Cette perte de maîtrise idéologique se fait ressentir avec un mordant terrible. Elle explique la résurgence d’idées écrasées, battues, anéanties. Des conceptions, par ailleurs, non pas balyées par la violence physique, mais par la démonstration, par la dialectique, par l’expérience. Supprimer les traces de l’expérience a infligé une terrible amnésie au militants et militants, aux communistes et aux progressistes sincères.

    Elle a entraîné la renaissance des modes de pensée idéalistes et basées sur une analyse petite-bourgeoise de l’économie : l’anarchisme. La renaissance de ces conceptions et de ces méthodes d’analyse fait renaître toutes sortes de perversions de l’esprit telles que le post-modernisme.

    Elle a entrainé la renaissance et la survie des conceptions mencheviks, dont le trotskisme. Lequel se caractérise par une phraséologie de gauche mais un bloc systématique avec les positions sociale-démocrates, réformistes.

    Au sein des léninistes, elle a semé la confusion et le trouble. Cette privation idéologique explique l’attachement fétichiste des militants et des militantes à une structure -le PCF- plus qu’à une idéologie. La destruction de la verticalité léniniste : Théorie > idéologie > programme > structure > ligne se traduit par une inversion des priorités.

    Mettre la structure comme chapeau, comme sommet, de l’application de la théorie léniniste, est une fausseté terrible, qui condamnent ses tenants à l’inaction, à la soumission, à la lutte de tranchée dans des conditions telles que le succès est impossible. Le PCF, agissant comme une version miniature de l’Etat bourgeois, est régi par les mêmes règles : inamendable, impossible à conquérir, verrouillé, prêt à la violence et à l’exclusion. Prétendre le contraire reviendrait à avaliser les thèses réformistes ou trotskistes sur l’Etat.

    Même parmi ceux et celles qui rejettent les thèses idéalistes, réformistes, trotskistes -ou crypto-trotskistes- et révisionnistes, le plus grand désaccord règne. Nous le comprenons dans un sens. Nombre d’organisations portent un héritage important, portent une tradition et une histoire. Elles sont nées à une époque où choisir la ligne pro-albanaise ou prochinoise avait une implication concrète, directe, réelle.

    Ces décisions suivaient une logique, fille du temps d’alors.

    Aujourd’hui, nous considérons que -même si elles ont un sens- ces questions n’ont pas le caractère d’urgence qu’elles pouvaient avoir auparavant. Nous considérons que considérer le traitement de celles-ci comme des préalables à toute unification est une fausse route. Nous pensons qu’elles ne peuvent trouver, au contraire, une issue positive uniquement à travers le débat dans un cadre unique et non par l’invective et le rejet.

    Du fait de ce traitement sectaire, fétichiste, et nullement fait en direction des masses, le travail d’unification, de construction du parti, végète.

    Combien maîtrisent réellement le marxisme ? le léninisme ? le maoïsme ? une poignée sinon moins.

    Une tâche s’ouvre, pour les communistes de l’Etat français : celle d’avancer. D’avancer sur le terrain de l’idéologie, dans la lutte contre le sectarisme.

    Un grand nombre de processus d’unification ont été menés jusqu’à présent. Il est essentiel d’en tirer un bilan critique et de saisir quelles sont les erreurs, les fautes commises.

  • Fin de partie -VII- Le postmodernisme contre le communisme.

    Fin de partie -VII- Le postmodernisme contre le communisme.

    Le post-modernisme contre le communisme.

    Cette partie de notre brochure, laquelle est bientôt terminée, a été victime d’une considérable inflation. A tel point qu’elle sera, elle-même, complétée et publiée sous la forme d’une brochure à part entière. Il ne nous a pas paru possible de faire l’impasse sur une explication de ce qu’est le postmodernisme et de ses différentes implications. Il représente, fondamentalement, un implacable ennemi du communisme et un parfait agent de la bourgeoisie. En somme, cette partie, relativement longue, est une forme de « hors-série. »

    Le post-modernisme s’est imposé dans une partie importante de la sphère militante de l’Etat français. Ce courant de pensée est un poison dangereux, une maladie terrible qui cause et causera des ravages tant qu’elle ne sera pas jugulée, dénoncée et combattue.

    L’Unité Communiste de Lyon n’a pas pour volonté de fonctionner au procès d’intention.

    Dans leur grande majorité militants et militantes sont dans un engagement honnête et sincère. Si certains et certaines sont ravis de constituer leur petit royaume, d’exercer un pouvoir sur une petite secte, d’en tirer des bénéfices directs ou indirects, ils et elles ne sont qu’une minorité.

    Les places, les postes, les carrières sont rares dans les milieux liés à l’extrême-gauche. Cela existe, tout comme le cynisme, tout comme les raisonnements pervers – au sens premier du terme – mais cela reste, encore une fois, minoritaire.

    Cependant, l’influence d’idées fausses peut amener quelqu’un d’honnête à se tromper, à agir de manière malhonnête ou fausse. Ainsi, nombreux sont les militants et militantes qui subissent l’influence -consciente ou non- de cette nébuleuse de conceptions fausses qu’est le postmodernisme. Nous ne les blâmons pas. L’influence de ce mode de pensée est le miroir de la faiblesse des organisations marxistes, de leur difficulté à mener la bataille idéologique. Elles mêmes subissent également l’influence du postmodernisme. Cela cause des ravages.

    Expliquer ce qu’est le postmodernisme n’a pas pour but de se muer en charge aveugle contre ceux et celles qui peuvent adhérer à telle ou telle thèse défendue, mais bel et bien d’expliciter les tenants et les aboutissements, les dangers et les failles de ce mode de raisonnement intrinsèquement fallacieux.

    La pensée postmoderniste est d’une naissance relativement récente, mais elle est parvenue à s’immiscer très largement dans une grande partie de la sphère militante, en parasitant un grand nombre d’aspects.

    Ces conceptions ont profité du reflux idéologique du dernier tiers du XXe siècle pour prendre une place sans cesse croissante, causant de multiples dégâts.

    Le post modernisme se définit par un principe de relativité absolue.

    « L’incrédulité à l’égard des métarécits caractérise le postmoderne » (J-F Lyotard)

    Un « métarécit » étant un « récit commun à tous. » l’histoire, les sciences sociales… toute la somme des connaissances de l’Humanité.

    Le postmodernisme est bâti autour de la victoire du subjectif, du point de vue de l’observateur, de l’opinion, sur les faits, sur les preuves matérielles, sur l’objectivité. Il est une négation de la science, de la dialectique, de la causalité.

    Selon un de ses fondateurs, Jean-François Lyotard, elle concrétise la primauté du récit individuel, de l’histoire personnelle, du point de vue, sur l’objectivité, sur l’histoire commune. Véritable incarnation de la dérive hypercritique, la vision postmoderniste couronne le scepticisme comme la seule réponse à toute question.

    «Les objets physiques sont conceptuellement importés dans la situation comme des intermédiaires pratiques – pas, par définition, en termes d’expérience mais simplement comme des dépôts irréductibles comparables, sur le plan épistémologiques, aux divinités d Homère.

    Permettez-moi de préciser que pour ma part, en tant que physicien, je crois aux objets physiques et non aux divinités d Homère et je considère que c est une erreur scientifique de croire le contraire.

    Mais au niveau des bases épistémologiques, les objets physiques différent uniquement par le degré et non par la nature.» J-F Lyotard.

    En somme, le « penseur » de cette « science » remet en cause la réalité elle-même. Elle n’existe plus, il n’existe que la relativité suprême : la perception.

    L’histoire de la science et des sciences sociales est basée, à l’origine, sur un point fondamental : est-ce que cette théorie s’applique, paraît juste, ou non ? Une théorie -au sens large du terme- n’a d’intérêt que si elle présente une explication plus efficace, plus juste, plus proche des observations de terrain que celle qu’elle prétend remplacer.

    Le lien entre la philosophie et la science est la base même de la recherche philosophique et scientifique. Ainsi, les écoles de philosophies se sont succédées, non par effet de mode, mais bien parce qu’une école supérieure, plus juste, écrasait et broyait l’autre.

    De même les écoles d’analyse économiques se sont succédées, pour les mêmes raisons.

    Ainsi, la vision métaphysique est figée du monde s’est effondrée pour qu’apparaisse une vision dialectique. Cette vision dialectique s’est elle-même mise à tourner dans le « bon sens », sous l’impulsion des matérialistes, démontrant que l’idée naît de la matière, et non l’inverse.

    Le matérialisme-dialectique et le matérialisme historique  forment l’étape la plus juste et la plus efficace de la théorie. Non pas parce que cela plaît à l’Unité Communiste de Lyon, mais bien parce que cette conception philosophique est vérifiable, rationnelle, scientifique. Elle est un moyen d’explication, d’analyse, de compréhension, mais également un moyen de transformation de la société.

    Cette ascendance permet à l’analyse marxiste de balayer les autres.

    Cependant, la bourgeoisie a toujours lutté contre cette influence idéologique, gênante, dérangeante, déplaisante pour elle – et pour cause, elle en prédit la mort et l’anéantissement.

    En réaction, d’autres écoles se sont formées, la philosophie s’est détachée de la science, du réel, l’analyse s’est emmitouflée dans l’idéalisme pour se préserver. Le divorce entre la science et la philosophie s’est avéré un fulgurant retour en arrière. Ces écoles de pensées ont permis l »irruption de ces philosophes agents-de-la-CIA tels que Bernard Henry-Lévy, Alain Finkielkraut, ou d’autres tels que Gilles Deleuze.

    Ces écoles n’ont plus cherché à expliquer ou à transformer le réel, mais uniquement à jeter en l’air des théories pourries.

    Le point de départ du postmodernisme se niche dans une négation de la dialectique, une négation du rasoir d’Ockham, une négation même de la causalité. La destruction du principe de causalité empêche d’expliquer, désormais, quoique ce soit. Libre à chacun, à chacune, de choisir ce qu’il ou elle veut comme raisons, comme causes, comme conséquences, et de fabriquer une réalité plaisante.

     D’une certaine manière, ce courant est un héritier philosophique du sophisme : les conceptions du monde ne sont pas universelles, sont relatives, « tout est vrai » et « rien n’est faux. » Cette manière utilitariste de comprendre les analyses permet -au nom de la liberté de la science- de tout justifier.

    C’est là son premier aspect : tout part de la subjectivité, du subjectivisme des observateurs. A grands renforts de coup de projecteurs, ses tenants tentent d’ériger des détails en règles, tout en se réfugiant dans un agnosticisme qui confine à l’obscurantisme.

    Obscurantisme et méconnaissance sont les deux branches de la tenaille idéologique du postmodernisme.

    Ainsi, la critique de la valeur ou Wertkritik illustre pleinement une méconnaissance complète de l’économie et de la place du travail dans la société. Les obscurantistes tenants cette position ne voient le travail que comme une aliénation et non comme un processus de création de marchandises, de richesses et, il est vrai, d’exploitations. En proclamant des insanités telles que « ne travaillez jamais », les apprentis-sorciers escamotent le fait que toute production de ressource, nourriture, traitement de l’eau, construction de logement, est le fruit du travail. Dans leurs milieux en vase-clôt, les tenants de ces positions se gargarisent du fait d’ « arnaquer » le système capitaliste en vivant à ses crochets. Sans comprendre que leur existence dépend de l’exploitation de millions d’individus, de milliards de travailleurs et de travailleuses, aux dépends desquels ils et elles vivent.

    Son deuxième aspect est l’essentialisme : les choses, les individus, ont une essence qui leur est propre et qui les caractérise. Dans les discours, cela se traduit par une tendance à essentialiser les positions et les contenus idéologiques : blanches, noires… Comme si elles possédaient, pour reprendre la formulation d’Alfred Rosenberg, une « Rassenseele » une âme de race.

    De nombreux interlocuteurs lancent ainsi de vastes théories insistant sur un sophisme génétique. Le féminisme libéral-bourgeois, caractéristique politique, est ainsi rebaptisé « féminisme blanc », caractérisation essentialiste. Par effet de miroir, il devrait donc exister un « féminisme noir », un « féminisme arabe » ou autre.  Des contradictions idéologiques rentrent en ligne de compte dans chaque ethnie, dans chaque groupe, dans les moindres parcelles de liens sociaux. En l’absence d’un monolithe formé par une conception blanche et une conception « colorée » cette manière d’analyser les choses ne peut qu’être considérée fausse.

    Entre Paul Robeson et Martin Luther King ; entre Diem et Ho Chi Minh; entre Hitler et Thaelmann ; entre Eva Braun et Sophie Schöll, entre Kaganovitch et Rothschild, des océans existent. Ils sont pourtant de la « même ethnie », partagent un fond culturel commun, une identité commune. Mais la classe sociale, l’idéologie, sont ce qui les séparent.

    Ironiquement, cette caractérisation raciale est fascinante à plus d’un titre. D’une part car elle est issue d’écoles de pensées européennes et occidentales, ce qui, suivant sa propre logique, l’invaliderait d’elle-même en tant que « science blanche », d’autre part car elle introduit précisément ce qu’elle prétend combattre : la division raciale, ethnique, religieuse.

    Elle est fausse scientifiquement, car les distinctions entre races sont un non-sens biologique ; elle est fausse anthropologiquement, car il n’existe pas forcément d’unité culturelle au sein d’une « race » fictive -Bantous, Zoulous, Pygmées, Ethiopiens… n’ont pas vécu selon les mêmes lois et les mêmes règles ; elle est fausse sociologiquement et politiquement car il existe, au sein de la très large majorité des civilisations, une séparation ancienne en classes sociales, une division du travail, un patriarcat.

    L’histoire du rapport entre les genres, de la création des cellules familiales, de la création de la division genrée et internationale du travail rentre dans cette histoire de l’humanité qu’est l’histoire de la lutte des classes.

    D’autres part car les frontières sont diffuses : Les slaves musulmans ; les chrétiens arabes ; les coréens athées… l’essentialisation est une conception profondément imbécile, au sens premier du terme : imbecillus, in [sans] ; bacillum [béquille, appui]. Une position sans le moindre appui, sans fondement, sans la moindre solidité.

    Cet essentialisme rejoint, dans une certaine mesure, les théories fascistes de la « personnalité. » Le fascisme se veut le négateur de l’idéologie, se veut le catalyseur de la libération de l’humain dans toute sa « nature propre. » L’idéologie, la morale, dans une certaine mesure la religion, ne font que brimer la véritable personnalité du sujet, de l’individu. Mettre en avant, comme seul et unique objectif, la « réalisation pleine et entière de l’individu » revient à chasser l’idéologie, qui manipule ; les normes, qui contraignent ; la transformation dialectique, qui corrompt. Elle revient à saluer l’apolitisme et le viscéralisme comme mode de pensée. In fine, elle mène à l’abrutissement au sens premier du terme, du fait de l’exigence d’agir en fonction de sa « nature. »

    Le troisième aspect est la relativité fallacieuse employée systématiquement : les choses sont systématiquement relatives, la vérité est à géométrie variable, et les principes ne sont jamais hiérarchisés. Ce positionnement se marie avec une facilité déconcertante avec le sophisme génétique précédemment évoqué.

    Dans la pensée postmoderniste, classe sociale, genre, origine ethnique, religion et sexualité sont mis sur le même plan. Il n’existe pas de causalité dans ce mode de pensée, ni d’aspect principal ou secondaire.

    C’est là le principe même du courant dominant, au sein des milieux militants. L’intersectionnalité est quelque chose dont l’idée de base est juste : il est possible de subir plusieurs oppressions, plusieurs dominations qui se mêlent les unes par rapport aux autres.

    Ceux et celles qui ressentent des oppressions quant à leur couleur de peau, quant à leur genre, quant à leur sexualité, quant à l’exploitation, ont fondamentalement raison. C’est là le sens de la formule de Mao : « on a raison de se révolter. »

    Il est légitime, juste, nécessaire, de lutter contre ces oppressions, ces discriminations. Il est tout aussi légitime et juste que des structures ad hoc soient mises en œuvre pour permettre d’y répondre.

    En revanche, là où l’intersectionnalité échoue totalement à apporter quoique ce soit d’autre qu’un constat -hormis un libéralisme complet- c’est dans son incapacité à déterminer des causes, à hiérarchiser les phénomènes -structurants ou superficiels- et surtout à combattre -au nom d’un saint respect de la culture- les conceptions fausses.

    Les oppressions ne sont pas individuelles, elles ne s’additionnent pas comme des points, mais sont le fruit de logiques : elles découlent, en premier lieu, de l’organisation économique de la société. La division genrée du travail forme la base sociale du sexisme ; l’impérialisme et le néo-colonialisme, ainsi que la mise en concurrence des travailleurs, celle du racisme ; la cellule familiale comme lieu de production et de reproduction est un des facteurs de l’homophobie…

    Le cœur de ces oppressions demeure la loi du profit, l’exploitation, l’extorsion de la plus value.

    En niant ce caractère fondamental, sous le prétexte fallacieux qu’il ne faille pas hiérarchiser les oppressions, le postmodernisme échoue comme moyen de lutte, mais aussi d’analyse.

    Expliquons-nous : dans la conception du monde postmoderniste, un individu comme Ernst Röhm, dirigeant les Sturmabteilungen du NSDAP, devrait être soutenu et protégé, car homosexuel. Dans le même ordre d’idée, Margaret Thatcher doit d’abord être considérée comme une femme avant d’être une réactionnaire. Joseph Kony, le très religieux dirigeant de l’Armée de résistance du Seigneur en Ouganda, doit être vu comme un noir avant toute chose.

    Au lieu de chercher, dans les intersections, les points communs, les luttes, les points focaux, ces théories érigent des murs, séparent les luttes, fragmentent et divisent. Le but de cette distillation est d’atteindre la pureté, le purisme, non la résolution efficace des contradictions.

    Tout ceci se mêle, se transmute, avec un manichéisme fascinant. Ainsi, toutes les contorsions sont possibles, toutes les inventions sont possibles. Pour parvenir à cela, les données pertinentes sont ignorées, tues, niées. Dans un sens, la force du postmodernisme, dont la prétention à « décoloniser » les esprits n’a d’égal que son incapacité à le faire, réside dans le fait d’être dans un eurocentrisme absolu.

    Elle n’accorde qu’aux « blancs » le kaléidoscope d’opinions, de positions sociales ou idéologiques. « L’autre » est ravalé au rang de « bon sauvage », dont les manifestations d’esprit sont applaudies des deux mains, dont les erreurs politiques, la réaction, les clivages sont excusés comme des expressions de la candeur d’un peuple qui « découvre sa civilisation. » Il n’existe pas de progressistes, pas de réactionnaires, pas d’ouvriers, pas de capitalistes -nationaux ou compradores– simplement une masse racialement définie.

    Ainsi, les naxalites, les kurdes, les philippins, les militants et militantes communistes des pays dominés sont dépolitisés. Les anticommunistes de gauche leur « pardonnent » leurs errances politiques, comme ils et elles pardonneraient à des enfants agités et capricieux.

    La théorie des « premiers concernés » est brandie comme un graal exemptant de toutes critiques. Elle excuse tout, excuse tous les renoncements, permet de tout justifier. Ainsi, si les « premiers concernés » prennent des positions réactionnaires, le critiquer reviendrait à faire œuvre de sabotage, de diversion, d’être un agent de la réaction. Nombreux sont ceux et celles qui apportent, derrière ce prétexte, un soutien au combattants de l’ASL en Syrie, par exemple. Pourtant, il est avéré que l’ossature du commandement agit en laquais d’Erdogan, bourreau des kurdes, que ces individus ou organisations soutiennent également, par opportunisme total.

    De même, la théorie des « privilèges. »

    Celle-ci part d’une inversion des choses. Il n’existerait même plus de dominés, d’opprimés, mais à l’inverse, des privilégiés. Les privilèges « blancs », « hommes », « bourgeois », « cis-genre » ou autres sont légion. Cette méthode sert, d’une part, à entretenir le sophisme génétique, l’attaque ad hominem, permettant d’attaquer l’émetteur de l’argument, non son contenu. De l’autre, elle pose les questions de manière fausse et rétrograde. L’intérêt de la lutte sociale est de hisser le niveau de vie, de liquider les contradictions d’une manière positive, non de faire choir de son piètre piédestal quelque personne « privilégiée. » En somme elle est d’offrir ces « privilèges » à tous, non de les retirer.

    L’incapacité de la théorie postmoderniste à comprendre les principes de contradiction principale et secondaire, de comprendre ce qui est antagonique et ce qui ne l’est pas, mais surtout à démêler le vrai du faux en fait un agent du confusionnisme et de la réaction.

    Car, dans les faits, il existe une causalité, il existe une cause et des conséquences. Il existe une hiérarchie dans les contradictions et dans l’analyse.

    En effet Friedrich Engels, dans Ludwig Feuerbach, explique les choses ainsi : « Tout ce qui met les hommes en mouvement doit nécessairement passer par leur cerveau, mais la forme que cela prend dans ce cerveau dépend beaucoup des circonstances. »

    Les conditions matérielles forment le principal environnement qui permet d’expliquer comment pense un individu. Engels écrivait également qu’on « pense autrement dans un palais que dans une chaumière ».

    Dans Les principes élémentaires de philosophie, le philosophe Georges Politzer (1941) écrit : « Les idéalistes disent qu’un prolétaire ou un bourgeois sont l’un ou l’autre parce qu’ils pensent comme l’un ou l’autre. 

    Nous disons, au contraire, que, s’ils pensent comme un prolétaire ou comme un bourgeois, c’est qu’ils sont l’un ou l’autre. Un prolétaire a une conscience de classe prolétarienne parce qu’il est prolétaire.

    Ce que nous devons bien remarquer, c’est que la théorie idéaliste comporte une conséquence pratique. Si l’on est bourgeois, dit-on, c’est que l’on pense comme un bourgeois ; donc, pour ne plus l’être, il suffit de changer la façon de penser en cause et, pour faire cesser l’exploitation bourgeoise, il suffit de faire un travail de conviction auprès des patrons. C’est là une théorie défendue par les socialistes chrétiens ; ce fut celle aussi des fondateurs du socialisme utopique.

    Mais c’est aussi la théorie des fascistes qui luttent contre le capitalisme non pour le supprimer, mais pour le rendre plus « raisonnable » ! Quand le patronat comprendra qu’il exploite les ouvriers, disent-ils, il ne le fera plus. Voilà une théorie complètement idéaliste dont on voit les dangers.

    (…)

    L’« être social » est déterminé par les conditions d’existence matérielles dans lesquelles vivent les hommes dans la société.

    Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leurs conditions matérielles d’existence, mais ce sont ces conditions matérielles qui déterminent leur conscience.

    Qu’est-ce qu’on appelle les conditions matérielles d’existence ? Dans la société, il y a des riches et des pauvres, et leur façon de penser est différente, leurs idées sur un même sujet sont différentes. Prendre le métro, pour un pauvre, un chômeur, est un luxe, mais, pour un riche qui a eu une voiture, c’est une déchéance.

    Les idées du pauvre sur le métro, les possède-t-il parce qu’il est pauvre ou est-ce parce qu’il prend le métro qu’il les possède ? C’est parce qu’il est pauvre. Etre pauvre, c’est là sa condition d’existence. »

    Les conditions matérielles sont ce qui détermine la mentalité, la conscience, l’état d’avancement de la pensée. Ecrire ceci, pour un postmoderniste, est émettre un jugement de valeur. Or il s’agit d’une vérité objective indéniable.

    Les conditions matérielles sont déterminantes dans le jugement que portent les uns et les autres sur la société, sur eux mêmes, sur l’un et l’autre.

    Pour les postmodernistes, lesquels placent leur foi dans une « âme, » un individu tient des positions de manière indépendante de son contexte social, comme l’expression simple de sa « race » ou de son « âme. »

    Or, un ouvrier sexiste, retardé, xénophobe, est le reflet des positions de son milieu, de celles de l’influence de l’idéologie bourgeoise. Cela remet-il en cause le fait qu’un travailleur, une travailleuse, n’a pas objectivement intérêt à détruire l’exploitation, à détruire la division genrée du travail, à anéantir la mise en concurrence des travailleurs ?

    Pour le postmoderne, oui. Il ou elle est définitivement passée dans un « côté obscur » tout aussi métaphysique que celui de l’univers de fiction dont ce concept est issu. Il ou elle est déjà un ennemi qu’il est contreproductif de rallier. En refusant cela, le postmodernisme laisse le champ libre à la réaction, qui, elle, se fait un plaisir d’opérer un travail de recrutement et d’explication, sur la base de ses positions réactionnaires.

    Pour les marxistes, ces positions sont le reflet de la faiblesse de l’organisation de la classe ouvrière, de la faiblesse de l’influence des organisations communistes dans la société.

    Traiter un bourgeois qui tient des propos et des attitudes réactionnaires et un ouvrier qui fait de même est faux. L’un exerce objectivement une idéologie qui correspond à ses intérêts de classe, l’autre est intoxiqué.

    Derrière ses aspects se trouvent les contradictions secondaires, qui peuvent parfois prendre une tournure primordiale : l’exemple typique serait la situation des homosexuels en Tchétchénie en 2017 où la question de la séparation entre bourgeois et prolétaires passe provisoirement au second plan, celle des juifs pendant les pogroms et la Shoah… Cependant, cela ne retire en rien le fait qu’un bourgeois à la peau noire ne sera pas dans le même univers qu’un white trash vivant dans une caravane. Une femme ministre peut subir une oppression sexiste, mais être une exploiteuse qui entretient la misère et la paupérisation des masses populaires. Un mâle blanc cis-genre, mais bulgare et travailleur détaché n’est pas dans la même situation qu’une Rachida Dati. D’où l’importance de savoir hiérarchiser ce qui est principal et ce qui est secondaire.

    L’engagement est un aspect qui ne saurait être nié. Un militant communiste « sort de sa classe » pour devenir -avant tout- un communiste. Une militante fasciste, une Antigone par exemple, dépasse également sa classe sociale, sa condition de femme, et fait de son idéologie sa principale caractéristique. C’est ainsi que Thatcher est une néolibérale réactionnaire avant tout, quand bien même elle peut subir le sexisme.

    Cela ne signifie pas que ce soit une bonne chose de l’attaquer par ce biais. Les méthodes de lutte réactionnaires doivent être condamnées par les communistes. Appeler Thatcher « the bitch » est une caractérisation fausse. Traiter Marine Le Pen de « salope », attaquer Brigitte Macron sur son âge, sont des méthodes fausses, réactionnaires. Elles ne définissent pas politiquement et socialement l’ennemi, ne font que ramener en arrière la conscience politique.

    La limite entre qui est à rallier, qui est trop loin ne se fixe pas sur une grille figée.

    Un ouvrier qui milite pour le NSDAP dans les années 1930 est quelqu’un qui peut être rallié. Le même ouvrier, au moment de la Seconde Guerre mondiale, peut-être quelqu’un qui possède un fusil, quelqu’un qui tire, qui tue, qui pille et massacre. Les questions ne se posent alors pas de la même manière.

    Ce qui différencie le postmodernisme d’une simple erreur, ce qui en fait un danger, c’est qu’il accrédite les thèses réactionnaires et fascistes. Il dote d’une « âme » les individus, il clame une lutte contre l’appropriation culturelle, érige des barrières, créé des cases identitaire à cocher, des frontières entre chaque compartiments de la lutte. Ce mode de pensée fait écho aux théories des identitaires, lesquels, reprenant le slogan de la ségrégation, clament hypocritement un separate but equal entre individus ne partageant pas le même « récit. »

    De même, la question de la résolution de ces contradictions est niée. Exit la révolution prolétarienne, vive de libéralisme démocratique. En reniant l’origine sociale de ces discriminations, en niant le fait qu’elles sont une superstructure issue de la structure économique, les postmodernistes font le lit du libéralisme. Au lieu de s’attaquer aux causes, aux raisons profondes, les tenants de ces théories ne font que cibler les aspects visibles. Et encore !

    Dire que la domination ou que la division du travail n’existe pas dans les couples homosexuels, chez les transsexuels, ou dans chaque composante de la société, est une fausseté. Un des enseignements du marxisme est que la lutte des classes traverse tout. Tout, y compris l’intimité des couples, dans laquelle se créent des rapports de domination, des rapports d’exploitation, des tendances progressistes et réactionnaires. Clamer qu’extirper « l’âme blanche mâle et cis-genre » de la société ne signifie nullement la fin des contradictions. Le capitalisme les génère par son activité d’exploitation et de division.

    La déconstruction des individus et des normes est le deuxième volet le plus important de ces théories. Les normes sociales ne sont pas, dans l’imaginaire postmoderniste, des phénomènes issus d’une structure, de rapports économiques, de relations d’exploitation entre des classes sociales. Dans la conception brumeuse de ces magiciens elles apparaissent comme tombées du ciel et ne sont que des nuages flottants, non-reliés à une réalité vécue par les masses.

    Dans la théorie des grands vizirs du postmodernisme, la révolution, le changement, passe par la déconstruction de la civilisation, par la déconstruction des normes sociales, des rapports sociaux.

    Les communistes considèrent que la lutte contre les tendances réactionnaires passe par l’idéologie, laquelle est une arme de combat pour permettre le renversement de la société capitaliste et sa transformation en société socialiste, puis communiste, sapant la base matérielle des discriminations de genre, d’ethnie…etc.

    Dans le postmodernisme, l’aspect principal, tel une secte, est de trouver la réponse en soi, de s’écouter soi même, de se définir selon ses vœux et ses aspirations d’individu, sans la moindre considération pour l’environnement social.

    Ce processus d’autodéfinition ne peut que déboucher sur des excès réactionnaires. En effet, en considérant que l’individu doit réaliser sa nature personnelle et profonde, le postmodernisme fait le lit de l’individualisme. En mariant cela avec le relativisme, cette boue toxique finit par s’étaler partout, par tout recouvrir, par tout intoxiquer.

    « Jouir sans entraves », ce slogan résume parfaitement cette logique. Il s’agit de placer le bonheur et la jouissance personnelle comme ambition, comme objectif suprême. Si l’entrave est le consentement, l’autre n’est « pas assez libéré », si la jouissance personnelle rencontre des obstacles, ceux-ci sont vécus comme une oppression terrible.

    Contredire l’opinion par les faits revient à une attaque de Pearl Harbor. Contredire le subjectif par l’objectif devient une déclaration de guerre.

    Ce qui définit l’être humain comme un animal social, comme un animal politique, sa capacité à transcender son statut d’individu, est balayé, au même titre que la science, par le relativisme, érigé en nouvelle science, du postmodernisme.

    Or, la déconstruction de l’individu, aussi louable puisse-t-elle être, ne forme qu’une goutte d’eau dans un océan. Ce rapport individuel à ces questions fait que ces forces ne s’adjoignent pas à une lutte politique, organisée -car vu comme une contrainte, structurée, contre le système capitaliste, contre la bourgeoisie, contre l’exploitation.

    Seule la révolution peut venir à bout des sources de l’oppression. Cette révolution ne se fait pas dans la déconstruction des individus, elle se fait dans la construction d’une société nouvelle, dirigée par les masses populaires et par la classe ouvrière au premier chef.

    D’autant que la mentalité retarde sur les pratiques. Etant le fruit de la matière, l’esprit retarde sur celle-ci. Placer en premier lieu le changement des mentalités pour obtenir le changement de société revient à inverser le fonctionnement du monde.

    Il est illusoire de croire que l’effondrement de l’idéologie bourgeoise, de ses normes, ouvre la voie à l’arrivée d’une idéologie progressiste, de ses nouvelles normes, lesquelles régiront et changeront le monde.

    Ce n’est que par la destruction du pouvoir bourgeois, de sa manière d’organiser la société, que l’idéologie bourgeoisie s’éteindra progressivement. « L’humain socialiste » ne précède pas la Révolution, il en naît.

    Tant que la cause structurelle n’est pas touchée, n’est pas détruite, l’anéantissement des divisions au sein de la société ne peut avoir lieu.

    Les luttes dirigées par le postmodernisme ne peuvent être victorieuses. Tant que les tenants de ce courant de pensée ne cherchent pas la cohérence, la rationalité, la compréhension scientifique de la société, ils et elles échoueront. Les discriminations contre lesquelles les postmodernistes prétendent prendre les armes, prendront sans cesse de nouvelles formes, en face desquelles les militants et militantes sont impuissants.  Il s’agit d’un tonneau percé des Danaïdes, d’un travail de Sisyphe, mené non seulement en vain, mais également contre la révolution prolétarienne.

  • Fin de Partie – VI – Les contradictions au sein du peuple.

    Fin de Partie – VI – Les contradictions au sein du peuple.

    Les contradictions au sein du peuple.

    Les organisations progressistes ou se revendiquant de la révolution ont été -globalement- en situation de faillite politique au cours des dernières années. Les raisons sont multiples.

    Les organisations communistes ont été, d’une manière générale, faibles ou absente. Le devant de la scène « radicale » demeure occupé par les organisations réformistes-radicales ou révisionnistes. Ce sont des raisons détaillées dans plusieurs autres brochures, telle que « les bases de l’opposition extra-parlementaire.« 

    Mais d’une manière générale, l’ensemble des acteurs politiques révolutionnaires a fait preuve d’une faiblesse idéologique criante. Laquelle s’est ressentie dans tous les compartiments de la lutte, dans la stratégie comme dans la tactique.

    Les débats publics, sur la politique générale ou sur les sujets de société, se sont traduits par des échecs. Dans un certains nombre de cas, la bonne volonté s’est transmutée en contre-productivité.

    Les réformistes ont fait preuve d’un opportunisme virulent, charognard, illustrant le fait qu’ils sont prêt à tout pour gagner quelques places au chaud, quelque points dans les sondages.

    Le mariage pour tous, ainsi, fut ignominieusement utilisé par le Parti Socialiste comme une bataille de fixation, permettant d’opérer des réformes ailleurs. Les médias, les masses et les organisations politiques opposées à ces projets étaient occupés par ces diversions – progressistes certes, mais diversion, tout de même.

    Le PS a fait traîner les choses. Au lieu d’être une charge tambour battant, les longueurs, les langueurs, de l’avancée de cette loi ont permis à l’extrême-droite d’apparaître publiquement comme une force d’opposition.

    Cette victoire, la seule progressiste que le Parti Socialiste puisse mettre en avant durant ce quinquennat, fut une victoire à la Pyrrhus pour les forces progressistes. Elles en sont ressorties lessivées, affaiblies, comparé aux gains de l’extrême-droite.

    Ceci forme un exemple, particulièrement illustratif, mais relativement annexe comparativement à la grande bataille : la question de l’Islam et de l’immigration. Ce débat politique profond continue d’être un carnage. Ce terrain demeure le terrain de la victoire pour l’extrême-droite, pour ses conceptions. Il est un terrain de chasse pour tout ceux et celles qui veulent récupérer quelques voix. L’accusation d’islamo-gauchisme contre Benoît Hamon est une démonstration parfaite de ce qu’un opportuniste comme Manuel Valls peut employer comme armes.

    La question de l’Islam est une tactique : la loi condamne le racisme, mais elle ne condamne pas l’islamophobie en tant que rejet de la religion musulmane. Le clamer demeure tout à fait légal.

    Le discours d’extrême droite s’est ainsi dirigé vers une association « Arabes = Islam », permettant de former un paravent légal. L’amalgame est parfait. Aujourd’hui, au sein de l’Etat français,  « musulman » est devenu synonyme de « magrébin. » Les « bougnoules » ne sont plus pourfendus publiquement -sauf exceptions rares- mais deviennent des islamistes obscurantistes qu’il est nécessaire de chasser.

    Ce maquillage du racisme par la religion permet d’opérer certaines manœuvres impossible auparavant.  Ainsi, de pourfendeurs de la laïcité, les fascistes en sont devenu les promoteurs les plus fanatiques. L’Islam doit quitter tout espace public, et, pour donner corps à la menace, les fascistes n’hésitent pas à fabriquer des fausses preuves.

    Inventer des minarets défigurant les paysages, créer des statistiques fausses, des faits divers déformés, jouer la carte de l’insinuation, du sous-entendu…

    Que l’extrême-droite défende, en revanche, les crèches publiques ou municipales, les symboles religieux de la chrétienté, est un paradoxe qui ne déstabilise pas un seul instant les réactionnaires. Lorsque confrontés, ces prestidigitateurs de la ligne politique invoquent alors les racines chrétiennes de la France et la sacro-sainte « liberté d’expression », bafouée par l’acculturation mondialiste, la loi Gayssot, ou d’autres excuses. D’une manière générale, une des caractéristique des idéologies réactionnaires est de ne jamais chercher la cohérence.

    Tour de force que de parvenir à se placer en défenseur de la République, de la laïcité et de la liberté d’expression.

    Les fascistes ne commettent plus, sauf dans leur intimité, ou lorsque leur vernis se fendille, à clamer des injures racistes. Dans leur communication, ils invoquent l’incompatibilité de l’Islam et de la République, de l’occident, ils invoquent le choc des civilisations de Samuel Huntington, ils invoquent le fait que « chacun doit rester chez soi. »

    Les attentats ont contribué à jeter de l’huile sur un brasier déjà ardent. La rhétorique de Daesh est le miroir de celle de l’extrême droite.

    Dans les œuvres de propagande de l’Etat Islamique, tout comme dans la théorie des fascistes, il n’existe pas de comptabilité entre l’Occident et l’Islam. L’un et l’autre s’excluent mutuellement et ne peuvent vivre ensemble. Les fascistes appellent donc à chasser les musulmans de l’Europe, Daesh appelle venir faire la Guerre Sainte au Levant et en Irak.

    Chaque pas vers une situation davantage brutalisée, davantage excluante, désirée et appelée par les fascistes, donne raison à Daesh. Chaque action de l’EI donne raison aux fascistes. Nul surprise, donc, que les alliés objectifs fascistes fournissent des armes à ceux qui perpétuent des attentats. L’une et l’autre des parties en tire des bénéfices.

    Les vagues migratoires ont toujours suscité des débats de société. Elles ont toujours causé des heurts, plus ou moins violents en fonction des embellies économiques et des crises. L’immigration récente -depuis les années 1950- ne forme absolument pas une situation différente. Elle ne présente aucune facette d’originalité, à ce sujet. Les polonais, par exemple, furent taxés de « trop catholiques » pour s’intégrer, trop marginaux, trop « racialement différents ». « Macaronis » italiens ; bretons baragouinant, « portos » ou « spingouins » ont eu à faire les frais du racisme et de la discrimination.

    Les proto-fascistes n’ont jamais eu intérêt à résoudre ces questions, ni les patrons, qui tirent bénéfice de la division des classes populaires. Inutile d’attendre de leur part un changement, une volonté de progrès.

    Les libéraux pourtant, généralement, sont plutôt hostiles aux thèses des ultra-réactionnaires. Leur fond idéologique, basé sur le darwinisme social, sur la méritocratie, se mêle mal aux accents raciaux des réactionnaires. Ils et elles apprécient de mettre en avant leur diversité, leur originalité, leur parcours atypiques, qui sont, à leurs yeux, tout autant de preuves que leur théorie marche.

    Mais, dans la pratique, cela les arrange toujours de trouver des zones de fracture dans les masses populaire, de faire une politique de « terrorisme managérial. »

    Les seuls et seules qui peuvent donner une issue positive à cette problématique sont les forces progressistes et révolutionnaires. Or dans l’ensemble, elles n’ont pas été à la hauteur. Pire, elles se sont fracassées sur une incapacité, en interne comme vis-à-vis du grand public, à produire une position correcte et convenable sur cette question comme sur d’autres.

    De nombreux militants honnêtes et sincères ont tenté de s’attaquer à ces questions. Certains, une minorité d’organisations, ont trouvé des positions justes. La plupart n’ont, en revanche, pas pris part à ce débat, considérant qu’il était de nature explosive.

    Deux lignes majoritaires se sont alors formées sur ces questions, les deux rivalisant de fausseté et d’opportunisme.

    Une ligne laïcarde républicaine, chauvine.

    Une ligne racialiste, postmoderniste.

    Crier avec la meute.

    Il serait aisé de qualifier cette ligne de droitière, d’en faire une ligne réactionnaire. Dans un sens, il est vrai que ceux et celles qui crient à la menace de la religion, qui réclament l’application stricte de la laïcité, d’une forme inquisitoriale de celle-ci, évoquent des pseudo-fascistes.

    Pourtant la réalité est d’une complexité nettement supérieure.

    Dans un sens, les tenants de cette ligne possèdent les mêmes traits que le gauchisme : tendance au sectarisme, surestimation de la possibilité de convaincre ceux et celles qui sont influencés par les conceptions religieuses.

    Ils et elles comprennent l’aspect idéologiquement réactionnaire des religions, cet « opium du peuple« , que Lénine commentait de la manière suivante : Cette sentence de Marx, constitue la pierre angulaire de toute la conception marxiste en matière de religion. Le marxisme considère toujours la religion et les églises, les organisations religieuses de toute sorte existant actuellement comme des organes de réaction bourgeoise, servant à défendre l’exploitation et à intoxiquer la classe ouvrière.

    Cette phrase est d’une justesse incomparable. Mais cependant, elle est utilisée d’une manière totalement décalée du contexte, de la situation.

    S’attaquer au catholicisme, à l’Eglise, dont les réseaux, les ramifications, lui permettent de mobiliser dans un sens réactionnaire ; dont le poids politique et financier lui permet d’entraver l’exercice de certains droits : IVG ; contraception ; mariage pour tous… est une chose. C’est s’en prendre à une structure dominante, puissante, dont les adhérents sont loin d’être des opprimés. Cela revient à lutter pour le droit démocratique à la critique de la religion.

    En revanche, traiter sur le même pied d’égalité l’islam revient à hurler avec la meute, et notamment avec les réactionnaires. Les tenants de cette position oublient que l’Islam est ce paravent mis en place par l’extrême-droite pour s’attaquer à l’immigration et aux immigrés.

    D’autant que le débat est systématiquement placé sous l’angle de l’appel à la répression d’Etat : lois spécifiques, affaires scandaleuses comme le « burkini », entraves à la liberté de conscience.

    Charlie Hebdo, par exemple, se défendait de ses unes en affirmant « taper sur tout le monde. » Malheureusement, « tout le monde » n’est pas logé à la même enseigne.

    Lancer une campagne contre l’Eglise catholique, demander que soient supprimé les crèches dans les lieux publics, interdire les prêches de rue, fait avancer l’athéisme.

    Agir de même envers l’Islam revient à entretenir une atmosphère pogromiste, raciste, de brutalité et d’exclusion.

    Faire front renversé.

    Une autre tendance, très importante dans les milieux militants, nourrie par l’influence du postmodernisme conduit à des erreurs pratiquement aussi graves.

    Le postmodernisme mérite un détour, pour revenir sur les bases philosophiques et les thèses que développe ce courant de pensée. La partie suivant de cette brochure s’y attarde, pour tenter de décortiquer cette création toxique.

    Indépendamment de cela, la position défendue par ses tenants est compréhensible pour certains aspects. Elle se place du côté de l’opprimé, du côté de celui dont on écrase les libertés, celui qui est stigmatisé. Tout ceci est quelque chose d’éminemment humain. De ce point de vue là ce courant a intégralement raison, contrairement à ce que peut ânonner la secte Lutte Ouvrière, parlant de la lutte contre l’islamophobie comme d’une erreur.

    Malheureusement, cette raison de surface ne suffit pas. Le ver est dans le fruit.

    Il existe un océan entre le « soutien négatif » – considérer que les libertés soient respectées, s’opposer à la répression étatique- et le fait d’apporter un « soutien positif » – accompagner le projet de société, le projet politique de celui qui est soutenu.

    Cette difficulté à poser une séparation entre les deux est un des aspects fondamentaux de la position postmoderniste.

    Bien que ses tenants s’en défendent, ils et elles parviennent à être plus condescendants que les premiers. En érigeant la religion en sujet au delà de la politique, au delà de l’idéologie, en ne comprenant que l’oppression culturelle et identitaire, ils et elles essentialisent les croyants. Ils et elles se forgent un idéaltype, apolitique, dépolitisé. Un monolithe qui se résume à une essence. Ainsi, au contraire de toute analyse fait par l’enquête, se forge des concepts grossiers et inadaptés.

    Le maoïsme enseigne que, quelque soit l’échantillon pris, il existe invariablement des tendances de droites et des tendances de gauche. Que, quelque soit le sujet, certains seront plus progressistes et d’autres plus réactionnaires.

    Or, dans l’analyse produite par de nombreux groupes, cela n’existe plus, cette pluralité de rapport, ce contenu idéologique, est volatilisé, annihilé, et le libéralisme, le démocratisme plat, est introduit en fraude à la place de la lutte des classes et de la lutte idéologique.

    Au nom du respect de la sensibilité, la lutte contre les tendances réactionnaires a été remisée. Elle s’étend désormais, pour certains, au fait de ne plus critiquer l’Eglise, la religion, l’obscurantisme. In fine, au lieu de poser la question de la lutte contre l’expression de la réaction contenue dans la religion, ils et elles la défendent bec et ongles, considérant que toute critique est une attaque.

    La tâche des communistes

    Fondamentalement, la cristallisation sur la question religieuse est une position fausse. Nombreux sont donc ceux et celles  qui citent Marx « La religion est l’opium du peuple. » Certains, certaines, l’accompagnent de ce commentaire de Lénine : « Cette sentence de Marx, constitue la pierre angulaire de toute la conception marxiste en matière de religion. Le marxisme considère toujours la religion et les églises, les organisations religieuses de toute sorte existant actuellement comme des organes de réaction bourgeoise, servant à défendre l’exploitation et à intoxiquer la classe ouvrière. »

    Mais, bien souvent, la suite est escamotée : « Pourquoi la religion se maintient-elle dans les couches arriérées du prolétariat des villes, dans les vastes couches du semi-prolétariat, ainsi que dans la masse des paysans?

    Par suite de l’ignorance du peuple, répond le progressiste bourgeois, le radical ou le matérialiste bourgeois. Et donc, à bas la religion, vive l’athéisme, la diffusion des idées athées est notre tâche principale. Les marxistes disent : c’est faux. Ce point de vue traduit l’idée superficielle, étroitement bourgeoise, d’une action de la culture par elle-même.

    Un tel point de vue n’explique pas assez complètement, n’explique pas dans un sens matérialiste, mais dans un sens idéaliste, les racines de la religion. Dans les pays capitalistes actuels, ces racines sont surtout sociales. La situation sociale défavorisée des masses travailleuses, leur apparente impuissance totale devant les forces aveugles du capitalisme, qui causent, chaque jour et à toute heure, mille fois plus de souffrances horribles, de plus sauvages tourments aux humbles travailleurs, que les événements exceptionnels tels que guerres, tremblements de terre, etc…, c’est là qu’il faut rechercher aujourd’hui les racines les plus profondes de la religion. »

    L’opium du peuple est une notion juste, raisonnable. Seulement elle ne signifie pas une marche forcée, une charge à la baïonnette. Elle signifie qu’il faut proposer quelque chose de supérieur à l’illusoire paradis offert par la religion. Il ne s’agit pas de stigmatiser ceux et celles qui croient, qui pratiquent, mais bel et bien le fait de proposer une appréciation du monde, rationnelle, logique et -surtout- révolutionnaire.

    Si des penchants réactionnaires existent, ce n’est pas à l’Etat de les régler. Confier à l’Etat bourgeois le soin de régler les conflits au sein du peuple revient à accorder un blanc seing à la bourgeoisie pour diffuser sa propagande de division.

    Les citations sont problématiques, car elles escamotent bien souvent le fond de l’affaire. Dans cet fameux texte où Marx inscrit la notion d’opium du peuple, Marx ne s’arc-boutait pas sur une position sectaire, nourrie de principes hautains, mais bien basée sur une compréhension du réel, des pratiques.

    Dans Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel en 1843, , ainsi, Karl Marx écrivait : « Voici le fondement de la critique irréligieuse : c’est l’homme qui fait la religion et non la religion qui fait l’homme. A la vérité, la religion  est la conscience de soi et le sentiment de soi de l’homme qui, ou bien ne s’est pas encore conquis, ou bien s’est déjà de nouveau perdu. Mais l’homme, ce n’est pas un être abstrait recroquevillé hors du monde. L’homme c’est le monde de l’homme, c’est l’Etat, c’est la société. Cet Etat, cette société produisent la religion, une conscience renversée du monde parce qu’ils sont eux-mêmes un monde renversé. La religion est la théorie générale de ce monde, son compendium encyclopédique, sa logique sous une forme populaire, son point d’honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément cérémoniel, son universel motif de consolation et de justification. Elle est la réalisation chimérique de l’essence humaine, parce que l’essence humaine ne possède pas de réalité véritable. Lutter contre la religion, c’est donc, indirectement  lutter contre ce monde là, dont la religion est l’arôme spirituel.
    La misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple.

        Nier la religion, ce bonheur illusoire du peuple, c’est exiger son bonheur réel. Exiger qu’il abandonne toute illusion sur son état, c’est exiger qu’il renonce à un état qui a besoin d’illusions. La critique de la religion contient en germe la critique de la vallée de larmes dont la religion est l’auréole. […] La critique du ciel se transforme ainsi en critique de la terre, la critique de la religion en critique du droit, la critique de la théologie en critique de la politique. »

    La tâche des communistes est de faire avancer les masses vers la libération de l’oppression, de l’obscurantisme, de les sortir des griffes de la réaction. Mais elle l’est en les faisant avancer vers l’idéologie communiste, non en appelant l’Etat et la bourgeoisie à réprimer les minorités ethniques, à réprimer les minorités religieuses, à réprimer les masses populaires.

    Mao Zedong présentait dans De la juste résolution des contradictions au sein du peuple, la question, d’une manière large, de cette manière : « Nous sommes pour une liberté qui s’accompagne d’une direction et pour une démocratie à direction centralisée, mais cela ne signifie nullement qu’on puisse recourir à la contrainte pour résoudre les questions idéologiques et les questions portant sur la distinction entre le vrai et le faux qui surgissent au sein du peuple. Tenter de résoudre ces questions au moyen d’ordres administratifs ou de la contrainte est non seulement inefficace, mais nuisible. Nous ne pouvons supprimer la religion avec des ordres administratifs, ni forcer les gens à ne pas croire. On ne peut obliger les gens à renoncer à l’idéalisme ni à adopter le marxisme. Toute question d’ordre idéologique, toute controverse au sein du peuple ne peut être résolue que par des méthodes démocratiques, par la discussion, la critique, la persuasion et l’éducation ; on ne peut la résoudre par des méthodes coercitives et répressives. »

    La lutte contre l’obscurantisme religieux ne se mène pas par l’oppression, mais par le fait de convaincre, de rallier, d’amener à démontrer, en premier lieu, que, quelque soit la position sur les questions divines, la lutte des classes est l’œuvre à mener jusqu’au bout.

    Le matérialisme dialectique pose la négation de Dieu par lui même. Mais il n’est pas une chose dont on gave de force les interlocuteurs. Ce n’est que par la démonstration, que par la capacité à développer une ligne politique juste, que par le ralliement, que les masses avancent.

    Placer la religion comme une contradiction irrésoluble, refuser de l’aborder ou la conforter sont tout autant de positions fausses. Mikhaïl Kalinine, président de l’Union Soviétique, expliquait qu’en URSS, il n’y avait pas de répression d’Etat contre les croyants, contrairement à ce que les historiens de la bourgeoisie présentent. La lutte contre la religion se faisait en la traitant comme une erreur idéologique et en étant dans une posture de débat et d’explication.

    A l’exception des agents de la réaction, irréductibles, irrécupérables, la très large majorité de ceux et celles qui placent leurs espoirs dans la religion peut-être ralliée. La question déterminante, au final, est celle de l’engagement. Un membre du clergé, un zélateur, un prestidigitateur de la religion, peut se muer en ennemi implacable, en opposant au communisme, à la révolution. C’est un fait. En revanche, le fait d’avoir la foi, comme le mentionne Kalinine, est une déviation idéologique -comme une autre.

    Or, la lutte idéologique que doit mener le camp de la révolution doit se heurter, ce fait est indéniable, aux conceptions fausses qui deviennent hégémoniques au sein de son propre camp, dont une, ravageuse, toxique, protéiforme : le postmodernisme.

  • Fin de Partie – V – « A la soupe aux voix frontistes ! »

    Fin de Partie – V – « A la soupe aux voix frontistes ! »

    A la soupe aux voix frontistes !

    Le bassin de drainage des voix frontistes s’est accru, les thèses défendues par le FN et l’extrême-droite ont commencé à former un vivier d’électeurs. En 1974, Jean-Marie Le Pen obtient 190 921 voix. En 1988 : 4 376 000 ; en 2002 : 4 807 000; 2012, après une décrue : 6 421 000. Lors de la dernière élection, 7 678 000.

    Cette quantité de voix attira logiquement les convoitises. Mais, le FN restait, encore à l’époque, dans l’imaginaire collectif, le parti des antigaullistes, de la droite de Vichy, des collaborationnistes. Cela formait un véritable fossé le mettant à l’écart des autres organisations.

    Si, en 1987, un chiraquien comme Michel Noir, à l’époque ministre, déclarait « Mieux vaut perdre les élections que perdre son âme » quant à d’éventuelles alliances avec le FN, il en est tout autre aujourd’hui.

    Charles Millon, en 1998, avait fait scandale en s’alliant avec le Front National. Scandale, certes, mais désormais, il existait un précédent auquel se référer. Le tabou était brisé.

    Bien qu’ ostracisé, bien que mis au ban de l’échiquier politique, le FN n’a pourtant jamais cessé d’exercer une influence sur les thèses défendues par les autres organisations. L’irruption, au second tour le 21 avril 2002, du FN a été un choc, un soufflet pour la social-démocratie, battue, humiliée. Inversement, cette vitalité en termes d’électeurs a aiguisé l’appétit d’opportunistes.

    Les électeurs FN sont passés de pestiférés à un groupe d’électeur dont il « faut comprendre la colère. » Seulement, en lieu et place de la compréhension, s’est glissé, en fraude, l’imitation de ce qui faisait le succès du Front National.

    Le combat idéologique s’est éclipsé. Il s’est mué en un mouvement de retro-ingénierie des pratiques et des thèses. Le mode d’expression, le style populiste de Le Pen père, a été intégré par des tribuns, à l’image de Mélenchon.

    Les idées, quant à elles, ont fait leur chemin, et pour capter les voix du front, les autres organisations les ont adoptées. Les positions sur l’immigration, sur une opposition entre la mondialisation et le protectionnisme se sont également faites un nid à gauche -à la place  de l’internationalisme et du socialisme.

    Le sécuritaire, dont l’un des maîtres fut le ministre de l’intérieur de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, est devenu un sujet central des élections. Cette question s’est transmise, comme un héritage, dominant les débats publics jusqu’à Manuel Valls et Bernard Cazeneuve.

    La question de l’identité nationale, portée par l’ex-PS Eric Besson, a été un tremplin fantastique. Non seulement, cette fois, pour le Front National, mais bien pour l’ensemble de la sphère fasciste. Poser cette question, de la part des membres d’un gouvernement, revenait à envisager d’apporter une caution à une thèse toxique.

    La rhétorique de l’Identité Nationale était, ainsi, de considérer qu’il existait un fondement immatériel, mental, identitaire, dans le fait d’être « français ». A l’inverse, qu’il existait donc des « français de papiers », véritable citoyens de seconde zone.

    L’idée fit long feu et ne déboucha jamais sur un rendu réel, validé, cautionné. Elle ne devait servir qu’à faire un effet d’annonce et ne pouvait obtenir le moindre aval scientifique. Le fait de faire tenir certains débats à Vichy a contribué à rendre intenable la situation.

    Comme dans l’art contemporain, la démarche compta plus que les résultats. Elle fut un adoubement pour le discours des Identitaires, dont la fondation était contemporaine de ces débats.

    Ces exemples sont illustratifs : au lieu de chercher à briser la rhétorique nationaliste, celle-ci s’est fait désirable, elle s’est faite réservoir qui était désirable de siphonner.

    Mais l’exemple le plus fascinant demeure sans conteste la question du rapport entre l’Etat français et l’international. La doxa traditionnelle était celle d’une gauche internationaliste, mettant en avant la solidarité entre les peuples, mettant en avant l’entraide et l’opposition à la guerre. Les thèses sociales-chauvines ne datent pas d’hier, mais leur caractère hégémonique s’est fait, à chaque pas, plus fort.

    Ainsi, le fait de ne plus présenter l’Etat français comme une puissance impérialiste mais comme un dominion de Merkel, des USA, de l’UE ou de l’OTAN, était un mot d’ordre commun au FN comme à la FI.

    Dans l’ère du peuple, Jean-Luc Mélenchon décrivait les choses ainsi : « Dès lors, quel crève-coeur de voir la France rabougrie ! À cette heure notre République devrait se  dresser de toute la hauteur de son peuple sur la scène du monde. Elle ne devrait pas être enfermée dans la servile allégeance aux États-Unis d’Amérique et à leur dangereuse politique impériale. Elle ne devrait pas être cette pauvre chose ballottée par les événements, tenue en laisse par Mme Merkel. »

     Claire illustration de la position sociale-chauvine du tribun. De même, les idées socialistes ont disparu, pour être remplacées par des conceptions protectionnistes, par une défense d’un retour -illusoire- à un capitalisme pré-impérialiste.

    La défense du protectionnisme comme système de relations économiques internationales est un des points de convergence idéologiques entre le Pen et le P.C.F. / F.I. . Présenté comme la réponse à la mondialisation, au capital apatride, aux spéculateurs, cette mesure vise à protéger l’Etat Français de la concurrence internationale. Elle vise à replier l’impérialisme français sur un pré-carré, à baser ses rapports sur des accords bilatéraux, imposés par l’impérialisme français, négociés au rapport de force, entre pseudo-partenaires.

     Or, il ne peut exister de « partenaires » sous le capitalisme.

     Ce raisonnement s’oppose au libéralisme porté en avant par les partis du centre, lesquels sont dans une optique offensive, quant aux accords commerciaux, quant au partage du marché mondial.

    Soyons honnêtes, en 2017, le libéralisme n’est qu’un mythe. La « concurrence libre et non faussée » n’a été qu’une phase minime du capitalisme, une étape dans son Big Bang. Occupés, tous les marchés se repartagent par la guerre, la négociation, les coups de force.

     Il ne s’agit pas, ici, de promouvoir l’un contre l’autre, il s’agit de rappeler que les deux sont faux : l’un est un maintien dans une situation d’exploitation, dans une situation de rapports inégaux dans la division internationale du travail ; l’autre revient au même, mais sur un espace plus restreint et entouré de barbelés.

    Les communistes ne défendent ni le libéralisme, ni le protectionnisme, ils défendent le socialisme. Entre ceux qui applaudissent l’état actuel de l’économie et ceux qui veulent tordre l’histoire dans le sens du passé, il n’existe pas de choix juste, seulement deux impasses.

    Dans l’esprit de la FI, dans les textes actuels du PCF tout comme dans les éructations de la famille Le Pen, la bourgeoisie n’existe pas. Les classes sociales n’existent plus. Il existe une « oligarchie financière », impalpable, intangible, probablement cosmopolite. Elle est l’ennemi désigné, elle est la cible des deux discours. Le capitalisme, l’exploitation patronale, les patrons et patronnes de l’Etat français, premiers bourreaux des classes populaires, sont niés.

    Tout au plus concède t’on que la finance est mauvaise, à l’inverse du capitalisme familial, paternaliste, du capitalisme Michelin, Schneider, patriote. Ce discours n’est pas seulement une impasse en terme d’analyse, il est dangereux. Il contribue à faire de l’ennemi de classe quelque chose qui flotte au dessus de la société comme un vautour. Il consiste à exciter la colère des masses pour la projeter dans des crevasses sans fond, dans des abysses dangereuses et toxiques.

    La perception de l’impérialisme français est partagée par les deux forces politiques qui occupent les ailes de l’échiquier: elle est celle d’une théorie des trois mondes renouvelée. Le Monde des grandes puissances est celui des USA et de l’Allemagne / Union Européenne. Elles seraient les puissances dominantes, les ennemis de la France, qui, elle, est pétrie de valeurs universelles et bienveillantes. Ces superpuissances la dominent la France, l’écrasent, l’exploitent, comme le décrit Mélenchon.

    Dans le Hareng de Bismarck, celui-ci présente nos voisins d’outre-Rhin comme des prussiens porteurs de casques à pointe, tenant en laisse un François Hollande soumis. Ce même Hollande que Mme Le Pen appelait « M. Merkel. »

    Pour les communistes, l’Union Européenne est bel et bien ce que Lénine décrivait dans du mot d’ordre des Etats-unis d’Europe, en 1915: « Certes, des ententes provisoires sont possibles entre capitalistes et entre puissances. En ce sens, les États-Unis d’Europe sont également possibles, comme une entente de capitalistes européens … dans quel but ? Dans le seul but d’étouffer en commun le socialisme en Europe, de protéger en commun les colonies accaparées contre le Japon et l’Amérique, extrêmement lésés dans l’actuel partage des colonies, et qui se sont renforcés au cours de ces cinquante dernières années infiniment plus vite que l’Europe monarchique, arriérée, laquelle déjà pourrit de vieillesse. » L’UE est une alliance temporaire de ce type, entre un impérialisme français et un impérialisme allemand, entre autres, l’un et l’autre trouvant chacun leurs débouchés, leurs clientèles, leurs dessins. L’un et l’autre sont alliés et concurrents en même temps, bien que le second aspect reste secondaire -à l’heure actuelle. La rengaine de la domination de sert qu’a tromper les masses.

    Même chose en ce qui concerne des USA, bien que nettement plus imposants. Les obsessions évoquant la Guerre Froide, le rejet de l’OTAN, ne maquillent que fort mal les choses. Nous n’avons pas de bases US, pas d’occupation militaire étrangère sur le sol de l’Etat français. A l’inverse, ce sont plutôt les troupes de l’Armée de Terre qui ont une certaine tendance à s’inviter pour un séjour de longue durée chez d’autre Etats.

    Ce sont nos avions, frappés de la cocardes bleu-blanc-rouge, frappent nos cibles, dont l’attaque est dictée par l’agenda de notre impérialisme. Dans la période récente, les USA, sous le mandat d’Obama, eurent même une certaine tendance à se placer à la traine des français, des israéliens ou des turcs, à les freiner, plus qu’à les exciter à la guerre.

    Les USA sont une puissance dominante, certes, mais de là à faire de l’Etat français une colonie ou dominion, c’est faire un triple saut périlleux en l’air.  Pourtant, ceci forme le noyau dur des thèses au sein des ouvrages signés de la main de Mélenchon.

    Toujours dans l’ère du peuple : « La France n’est pas la petite nation « occidentale » qu’a fait d’elle François Hollande en s’intégrant servilement aux politiques de l’empire nord-américain.« 

    Le deuxième monde de nos apprentis sorciers de la géopolitique est celui des puissances montantes. Pêle-mêle, ces idéologues y jettent la France, les BRICS, le Venezuela. Ce fourre-tout contient en somme tout ceux avec qui ils trouvent désirables de se lier. Mettre l’Etat français ; 6ème puissance mondiale, 4ème exportateur d’armes, grand impérialisme belliqueux, dans cette catégorie, c’est parvenir à faire un tour de passe-passe à rendre vert de jalousie les plus grands prestidigitateurs.

    Pourtant, le Pen et Mélenchon, comme d’autres avant eux, y parviennent.

    Leurs arguments ne sont pas du même son, ils sont mêmes antithétiques sur un grand nombre de points. Pourtant, ils appuient l’un comme l’autre l’impérialisme français, accompagnent sa volonté d’accroissement.

    D’un côté le message universaliste, le message des lumières, promu par la France Insoumise. Il s’agit de ces pamphlets peignant la France comme un phare de civilisation, comme l’avant-garde de l’humanisme.

    De l’autre l’appel à la néo-croisade des fascistes, dans l’esprit desquels ces Etats représentent le rempart contre la décadence, représentent le bastion de la pureté, de la virilité, d’une Eglise renaissante. En somme, les fascistes rêvent d’un retour à la Sainte Alliance.

    Quoi de commun entre ces deux messages ? Rien en apparence tout, dans le fond.

    Le discours de paix et d’amour de Jean-Luc Mélenchon n’est ni plus ni moins une copie conforme de celui des colonialistes de la IIIème République. Ce sont dans ces discours que le tribun, par ailleurs, puise son inspiration.

    Dans l’ère du peuple, de nouveaux :« Elle [La France] ne devrait pas vivre dans la gêne et sous le fouet d’une poignée de déclinistes payés pour la démoraliser et la faire douter d’elle. Au contraire elle devrait marcher aux avant-postes du nouvel âge de l’humanité qui se dessine sous nos yeux, être la cheville ouvrière d’une nouvelle alliance des peuples. »

    Le message de paix et d’universalité de l’Empire français s’est traduit pas les massacres, les viols, les villages brulés au napalm, les enfants pendus ou écrasés sous les chenilles des chars AMX. Ce message d’amour était à sens unique, tout comme l’est le capitalisme, tout comme l’est l’impérialisme.

    En ne remettant jamais en cause l’impérialisme français, en ne remettant jamais en cause le capitalisme, comment l’Etat français pourrait bien marcher aux avant-postes du nouvel âge de l’humanité qui se dessine sous nos yeux, être la cheville ouvrière d’une nouvelle alliance des peuples.

    Lorsque l’URSS fut proclamée championne de la liberté, ce fut le fruit de son action réelle, concrète, d’aide donnée aux peuples voulant se libérer, de positions prises sur les questions nationales ainsi que sur les questions coloniales. La destruction du capitalisme et de l’impérialisme ont été les points de départ de la possibilité de marcher aux avant-postes de la Liberté.

    In fine, qu’on choisisse l’un ou l’autre, les deux opposés trouvent leur compte : la France devient l’allié d’un nouvel axe impérialiste, avec lequel elle peut négocier un nouveau partage du monde. A son profit, ou plutôt celui de sa bourgeoisie, car cela forme le sens de « l’intérêt national ».

    Prôner l’affermissement de la place de la France dans le Monde ; célébrer ses possessions territoriales ; applaudir à l’agrandissement de sa Z.E.E.; la vouloir -dans son costume impérial- à la tête d’un nouvel ordre mondial ; qu’est-ce sinon servir la soupe aux fascistes ? Qu’est-ce, sinon, en toute connaissance de cause, donner une légitimité, un vernis de « gauche » à une politique impérialiste, chauvine, nationaliste ?