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  • La fin de la neutralité du Web.

    La fin de la neutralité du Web.

    La Fin de la Neutralité du Web

    Aujourd’hui, la Commission fédérale des communications  aux USA a mis un terme à la neutralité du net. Même si cette abrogation demande à être confirmée par un vote, celle-ci n’en est pas moins une véritable Pearl Harbor contre l’accès à l’autoroute de l’information.

    L’argument invoqué par Ajit Pai, président de la FCC, est un argument qui est en droite ligne de celui des libéraux ; « Il est temps pour Internet d’être à nouveau piloté par les ingénieurs, les entrepreneurs et les consommateurs, plutôt que par les avocats, les comptables et les bureaucrates. Il est temps pour nous d’apporter un meilleur accès à Internet, plus rapide et moins cher, à tous les Américains. (…) Il est temps pour nous de restaurer la liberté d’Internet. »

    Cette « liberté » défendue est celle d’ériger des péages partout où il est possible. Cette liberté est celle de traire au maximum ceux et celles qui veulent avoir accès à Internet, en proposant des tarifs différentiés, relatifs à leurs moyens financiers.

    La liberté de la bourgeoisie, c’est la loi du plus fort, là loi des monopoles, la loi des trusts.

    Détruire la neutralité du net, c’est s’attaquer directement à toute possibilité d’expression démocratique dans cet espace, c’est recourir à la censure la plus vile, car la plus insidieuse : celle des moyens financiers.

    Les inégalités sociales formaient déjà un internet à deux vitesses. Elles formeront désormais un Internet à deux contenus. Un internet de la bourgeoisie et un des classes populaires, avec un Apartheid social mécaniquement institué.

    Qu’est ce que la neutralité d’Internet ?

    La neutralité du net est un principe né au début des années 2000 avec l’augmentation de l’usage d’internet et l’apparition des fournisseurs privés d’accès à internet. Cette neutralité garanti l’égalité de traitement des données, c’est à dire que toutes les informations sont traitées à la même vitesse et avec la même priorité quel que soit le site visité, quelle que soit l’identité du visiteur, et quel que soit le contenu de l’information transmise.

    Sans neutralité du net, les fournisseurs d’accès à internet pourraient afficher de différents prix en fonction du type d’utilisation. Par exemple, il pourrait y avoir une offre de vente uniquement pour Facebook et Twitter, qui n’offrirait pas d’accès aux autres sites. Les fournisseurs pourraient aussi faire payer à part l’utilisation des flux vidéos, par exemple Youtube, en demandant à ses clients un supplément vidéo (qu’ils appelleraient sûrement « VIP Youtube »). Ou bien tout simplement, offrir des vitesses de connexion différentes en fonction du type de site visité.

    La neutralité du net est un principe de démocratie sur internet. Une sorte de charte des droits de l’utilisateur d’internet, à pouvoir se connecter sans discrimination et sans limitation. Le fournisseur se contente de transmettre l’information, sans la bloquer, sans la hiérarchiser, sans la censurer, sans la taxer. Et il est clair que ce n’est pas du goût des grands groupes d’internet que d’avoir ce principe d’égalité: d’un côté, pour les fournisseurs, il s’agirait d’une manne financière énorme que de pouvoir vendre séparément les différents usages d’accès à internet. De l’autre, les grands groupes comme Google, Yahoo ou Microsoft pourrait réaliser des partenariats avec les différents fournisseurs d’accès à internet pour s’assurer de la défense de leurs intérêts financier.

    Dans l’État français, la réflexion sur la neutralité du net est menée par l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes (ARCEP) qui a permis en 2011 de faire passer des lois relatives à la défense de la neutralité du net (http://www.assemblee-nationale.fr/13/rap-info/i3336.asp). L’Union Européenne a statué en 2009 sur la neutralité du net.

    Cependant, et malgré les structures assurant le maintien de la neutralité du net, on peut constater de nombreuses attaques à cette neutralité, qui se traduisent par des discriminations:

    sur la destination: en 2010, l’opérateur M6 Mobile annonce une offre ne donnant accès qu’à Facebook et Twitter

    sur le contenu: La plupart des opérateurs 3G français (Orange, SFR, Bouygues) a restreint la bande passant pour les protocoles VoIP.

    sur la source: Le fournisseur d’accès mobile à internet Orange demande un surcoût pour accéder à certains services (Deezer). Bouygues a une offre prioritaire pour les clients prêts à payer un prix supplémentaire.

    Se battre pour conserver notre liberté de communication, une nécessité.

    Internet n’est pas tout. Il n’est pas non plus un havre démocratique. Son accès est relatif à la possibilité de posséder le matériel adéquat, de posséder les infrastructures nécessaires. Il est relatif à l’intégration dans la mondialisation.

    Il est également cautionné à la maîtrise de certaines compétences manipulatoires. Nous n’en faisons pas l’apologie comme d’une panacée à tous les maux de l’humanité. Certains, certaines, à trop en chanter les louanges, oublient combien sa base matérielle dépend de l’économie capitaliste, impérialiste, et qu’il n’est pas possible de l’abolir purement et simplement pour créer une communauté d’information libre qui se suffise à elle même. Non, savoir comment marche un IRM ne permet pas d’en fabriquer un lorsque la maladie se profile.

     Même si  il était absolument démocratique, l’hégémonie idéologique de la bourgeoisie s’y sentirait tout de même avec une force terrible. Après tout, il est un outil qu’utilisent les bourgeois, les anticommunistes, les obscurantistes de Daesh comme les Identitaires. Mais c’est également le cas de la liberté de la presse.

    Mais nous ne pouvons occulter le fait que la génération de militant et de militantes que nous sommes à souvent rencontré le marxisme-léninisme par Internet. Que c’est par ce biais que s’échange les ouvrages, que se régénère en partie l’idéologie communiste, qu’elle se diffuse, que se nouent les débats qui permettent de faire avancer la lutte idéologique et organisationnelle.

    Se battre pour Internet, ça n’est pas que se battre pour juste des loisirs, pour de la procrastination, même si en elle-même ces choses sont légitimes. C’est également se battre pour défendre nos canaux de communication.

    C’est pour défendre l’expression des classes populaires, pour qui Internet à été un grande avancée, un moyen de pouvoir, aussi, riposter aux agressions patronales, aux agressions policières. C’est un moyen de sortir de l’omerta des agressions sexuelles. C’est un outil dont nous devons chaque jour tous et toutes nous saisir.

    Attaquer Internet, c’est in fine, attaquer un droit à l’expression démocratique.

    Aujourd’hui, les USA, en supprimant ce principe, créent un dangereux précédent. Nul doute que celui-ci peut servir de base à une offensive générale et mondiale contre la neutralité d’Internet.

    Déjà, les offensives de SOPA et d’ACTA avaient été des tentatives de soumettre le web à un contrôle étroit du marché.

    La bourgeoisie et les libéraux se sont targués qu’Internet était une source de liberté intarissable. Elle démontre aujourd’hui, une fois de plus, son caractère de parasite et sa tendance au pourrissement.

    La bourgeoisie n’est pas une force créatrice. Elle capte, vampirise, parasite. La fin de la neutralité du net l’illustre.

    Battons-nous, défendons un Internet ouvert aux classes populaires ! Défendons notre outil d’expression démocratique !

    Défendons ce moyen de communication, d’organisation et de lutte !

  • FISC et lutte des classes – Partie VI – La curée.

    FISC et lutte des classes – Partie VI – La curée.

    Avant-dernière partie, au final, de cette brochure-formation sur les impôts. N’hésitez pas à l’employer, à la diffuser, à la relayer. La question de l’histoire du FISC est une question trop souvent oubliée, mais ô combien révélatrice de l’état d’esprit d’une bourgeoisie féroce et parasitaire.

    La curée. 

    Avec la chute de l’URSS vient son corolaire, la chute du PCF. La bourgeoisie prend appui sur ces événements, fruits d’une longue dégénérescence, pour initier une offensive anticommuniste de premier ordre.

    Le gouvernement de l’époque, la dream team d’agents virulents de la bourgeoisie, a lancé une attaque massive contre les acquis sociaux. Attaques contre les retraites, attaques contre la Sécurit Sociale…

    Leur succès est de parvenir à plafonner les remboursement des soins. Le taux de remboursement diminue donc ce qui fait que les frais sont directement assumés, de manière inégalitaire, par les patients eux-mêmes. Dans le même temps, cela offre la possibilité de pouvoir développer les mutuelles, ces entreprises privées qui font du profit sur la bonne santé des travailleurs et des travailleuses, mais qui rechignent à verser leur dû lorsque la maladie frappe.

    En revanche, ces échanges monétarisés nouvellement créés donnent naissance à une croissance économique visible. Fait paradoxal, la misère créé de la croissance et de la richesse. Cette manière de fonctionner est présentée comme une avancée, alors qu’elle est un recul terrible et dramatique.

    Après avoir étranglé la sortie, en jugulant les versements de prestations sociales, la bourgeoisie s’attaque à l’entrée financière.

    Les luttes de 1995 bloquent temporairement l’avancée des réformes-liquidatrices. Celle si est enrayée sous le premier mandat de Chirac, lequel dissout l’Assemblée. Contre toute attente, en 1997, la « gauche plurielle » remporte les législatives anticipées. Le PS est la force politique principale, avec un premier ministre issu des rangs trotskistes, Lionel Jospin.

    Lionel Jospin et son gouvernement sont des Mitterrand light. Ils -et elles- sont portés par les luttes comme une issue politique à celles-ci. L’élan n’est plus le même que dans le début des années 1980. Il n’y a pas de période de grâce et d’avancée. Dès 1997, les mesures qui sont prises sont anti-sociales et ce gouvernement se montre le plus grand agent de la privatisation de l’histoire de la Vème République. Le Parti Socialiste initie une réforme perverse, celle des 35h. Cette réduction du temps de travail s’accompagne de la possibilité d’adjoindre des heures supplémentaires. Le patronat devrait hurler, mais il ne le fait que modérément. Pourquoi ?

    Il a obtenu un arrangement « à l’amiable ». Le temps de travail est annualisé, et donc les horaires peuvent être adaptés d’une manière qui arrange le patron et ses besoins en terme de masse salariale. In fine, cela dessert les travailleurs et les travailleuses, qui ne sont même plus maîtres de leur emploi du temps. Toutes les souplesses en terme de Code du Travail ne sont que celles de l’échine du salarié, qui doit se courber pour satisfaire son patron.

    Deuxième aspect, qui rejoint l’attaque contre le financement de la Sécurité Sociale, concerne les excédents budgétaires. Les années où la Sécurité Sociale dispose de plus que ses besoins, ceux-ci sont exonérés – auprès du patron. Des micro-accords dérogatoires permettent d’étendre cela auprès d’autres entreprises. Au final, cela signifie qu’une partie du salaire brut n’est pas versée au salarié, mais rentre dans la poche du patron.

    Le salaire est impacté, mais de manière invisible, puisque l’argent perçu effectivement à la fin du mois ne change pas. Les patrons en ont profité pour se glisser dans toutes les niches fiscales possible, et optimisant au maximum leurs versements. Ainsi les cotisations sociales, les salaires élargis, ont diminué.

    Tant que l’économie allait de manière correcte, cela ne se percevait pas particulièrement. Mais lorsqu’elle s’est enrayée, tout cela s’est transformé en déficit, en ce qui est présenté comme « le trou de la sécu. »

    Le discours s’est alors porté, d’une manière particulièrement cynique, sur les malades, les personnes âgées, les fraudeurs… Tandis que les patrons ont poursuivi leur captation des richesses produites. Au final, le seul succès de ce gouvernement fut une Couverture Mutuelle Universelle pour les plus pauvres, présentée comme une succès, mais étant, au final une roue de secours tragique. Au lieu de tenter de s’attaquer à la grande pauvreté, elle est amortie.

    A la suite de ces cinq années de gouvernement PS, cinq année de création de déficit social, les masses n’ont pas mordu de nouveau à l’hameçon. Ce fut l’un des pires scores du Parti Socialiste, avec le 21 avril 2002, mettant pour la première fois en lice, au second tour des élections présidentielles, le candidat du FN. La droite revient pour dix ans.

    Elle poursuit les attaques. En tirant prétexte du déficit, elle initie un rallongement du temps de cotisation pour obtenir un départ à la retraite à taux plein. Les travailleurs et les travailleuses sont exploitées plus longtemps, tout en étant payées moins, du fait des exonérations de charge réalisées par Lionel Jospin au travers des 35h.

    Depuis, ces phénomènes ce sont sans cesse accrus, avec les attaques constantes sur ces caisses de cotisation. Seule la TVA trouve fondamentalement grâce aux yeux de la bourgeoisie.

    La bourgeoisie tire à boulets rouges, mais les attaques se précisent. Les exploiteurs flairent une possibilité de pouvoir frapper avec ampleur les système d’impôt en général. La hausse de la TVA -sous couvert de la TVA sociale ; taxe carbone…etc. L’idée étant de combler les problèmes de finances de l’Etat par les moyens les plus injustes.

    Sarkozy s’est heurté cependant à des mobilisations, des luttes. Le cycle recommence, mais à chaque fois en plus affaibli, en plus essoufflé. Les luttes amènent le Parti Socialiste au pouvoir, qui fait pire que la droite, car il shunte les organisations de lutte. Les masses sont dégoutées, et, prisonnières de la démocratie bourgeoise, se tournent vers le parti d’opposition, la droite.

    Hollande est élu, porté par l’anti-sarkozysme. Lorsqu’il ne liquide pas le code du travail, il prépare une nouvelle forme d’imposition : le prélèvement à la source. Cette réforme, incomplète, est appuyée par de grands droitiers issus des finances, Sapin et Macron.

    Qu’est ce que c’est ? L’impôt sur le revenu est annuel. On déclare ses impôts et on paie, le cas échéant ce que l’on doit. Cet impôt est payé d’un coup, et est donc lourd et compliqué. Cela demande d’une part de la rigueur, de l’autre de la trésorerie. Cela se sent passer, mais d’une certaine manière créé une proximité entre le contribuable et son argent. Il, ou elle, sait combien est versé.

    Déja, un premier éloignement avait été fait par les déclarations pré remplies. Elles n’exigent plus de réflexion particulières et peuvent être faites par internet. In fine, il s’agissait déjà d’un premier pas. Le ou la contribuable contrôle peu la déclaration, n’a pas d’échange avec les fonctionnaires des impôts, n’a pas de prise sur le fonctionnement et sur la manière dont le prélèvement se fait.

    L’impôt à la source est payé, lui, chaque mois, prélevé directement sur le salaire. C’est donc une manière progressive de verser l’écot dû, sans questions à se poser. Séduisant ? Oui.

    Mais, finalement, cela éloigne complètement l’imposé des fonctionnaires chargés de le faire. Un problème, une difficulté de paiement, et il n’y a pas de voie de recours. Cela supprime tout autant de postes de fonctionnaires, tout autant de contact entre l’administration et l’administré. Comment, dans ces conditions, contester ?

    D’autant que ce prélèvement automatique est fait par l’émetteur de la paie, le patron. Celui-ci dispose d’un accès à tous les revenus de l’imposé ou du foyer, alors que normalement il n’a pas de droit de regard à ce sujet.

    Macron semble avoir des difficultés, maintenant qu’il est au pouvoir, à mettre en place ce système. Il est repoussé à 2019. La modification du mécanisme et des conséquences sur les rentrées d’argents dans le budget de l’Etat semble lourde à gérer.

    Mais Macron prépare plus ample que cela, plus grand et plus loin : un retour à l’impôt à la Vauban.

     

  • FISC et lutte des classes – partie V – le paradoxe Mitterrand

    FISC et lutte des classes – partie V – le paradoxe Mitterrand

    Nous arrivons bientôt au terme de notre compte-rendu de formation sur la question de la fiscalité, laquelle pourra être retrouvée intégralement – et commandée – sur notre site.

    Le paradoxe Mitterrand.

    D’une manière générale, jusqu’aux années 1980, les Trente Glorieuses se poursuivent. Le capitalisme se porte plutôt bien. Un grand nombre de luttes sociales fleurissent et s’expriment durant la période. Or, le meilleur moyen de tuer la lutte sociale réside dans une victoire de la gauche réformiste. Ainsi, le capital ne va pas se montrer d’une hostilité renversante lors de la campagne de Mitterrand pour les élections de 1981. Au contraire, la bourgeoisie va même, dans une certaine mesure, accompagner le mouvement.

    Jusqu’en 1983, tout se passe relativement bien. Mitterrand est élu, à la grande joie d’une partie de la population, et des avancées sociales apparaissent, du fait de l’élan et de l’entrain suscité par les luttes. Ces luttes atteignent une apogée cette année là. Puis la situation se tend, et, finalement, la bourgeoisie frappe à nouveau avec une virulence décuplée.

    Deux choses positives, dans l’organisation de l’impôt, ressortent du mandat de Mitterrand. Ce sont des concessions accordées au Parti Socialiste pour tuer les luttes et briser le rapport de force. La première est l’ISF – Impôt sur la Fortune – lequel vient, par ailleurs, d’être liquidé. L’ISF touche la grande fortune, rapporte peu, mais oblige néanmoins ces mauvais payeurs que sont les bourgeois à contribuer. Surtout, jusqu’à présent, le capital et les possessions immobilières restaient intouchées.

    Le second aspect, quant à lui, est d’un tout autre registre, il s’agit de la loi de décentralisation. Elle change cependant l’organisation de l’impôt.

    L’Etat gaulliste est un Etat ultra-vertical et particulièrement concentré. Le pouvoir est à Paris, entre les mains de l’Etat. Celui-ci décide, les autres exécutent. Au final les communes n’ont que très peu de marge de manœuvre.

    Avec la décentralisation, les collectivités, plus proches des habitants, gagnent une certaine autonomie par rapport à l’Etat, ainsi que certaines compétences qui leur sont propres. Le corolaire réside dans la possession d’un budget autonome, qui doit se financer par les impôts. La taxe d’habitation, sert notamment à cela.

    La taxe d’habitation est un terrible couperet qui tombe chaque année, pour une grande part des locataires, en particulier les ménages modestes. A l’origine elle n’est pas censée être si injuste que cela, puisqu’elle est payée à part égale entre le locataire et le propriétaire, elle est conditionnée au loyer et touche le patrimoine immobilier. Le problème est qu’elle est répercutée dans les loyers par les rapaces que sont les bailleurs.

    Cet impôt sert à faire fonctionner ces collectivités locales. C’est un point important, car, sans cela, les communes seraient dépendantes intégralement des dotations de l’Etat.

    La France connaissait un problème important par rapport à Paris. Paris, c’est 1/5ème de la population. Paris concentrait toutes les instances, tous les pouvoirs, tous les moyens également. Le reste était terriblement vide jusque dans les années 80. Avec cette décentralisation, une dynamique propre, locale, peut se développer. Cette décentralisation est, dans une certaine mesure, une démocratisation.

    Le problème de Mitterrand se pose ainsi : le début du mandat est marqué par de vraies évolutions sociales. Même les banques sont nationalisées. Mais, dès que le zénith des luttes est passé, tout ce qui pouvait être fracassé l’est. Fuite des capitaux, attaques orchestrées contre les marchés, dévaluation de la monnaie, baisse des salaires…à ce titre, Mitterrand organise un blocage de ces derniers, ce qui est une première forme de mesure d’austérité.

    Le Parti Socialiste a aussi tué l’espoir. La liste des abominations commises par celui-ci et son parti est immense. Cela va des liens avec les réseaux Foccart, le massacre de Nouméa, l’opération contre le Rainbow Warrior, la trahison de ETA… D’un point de vue social, tous les gains furent perdus.

    Dans les années 1990, après la première cohabitation, la CSG [Cotisation Sociale Généralisée] est mise en place. Le gouvernement Rocard va ainsi ponctionner les petits épargnants pour payer la Sécurité Sociale. Il s’agit, de nouveau, d’un impôt par capitation, payé  en taxant les ménages, mais -surtout – pas le capital. Les retraités, également, le paient, ce qui est une nouveauté. Ce système de financement, que Macron vient d’augmenter, complexifie les entrées d’argent de la Sécurité Sociale, et le rend plus vulnérable.

    Ce n’est plus le salaire socialisé qui permet de le financer, mais également cela. Cela se traduit par un taux fixe, entérinant la suppression des variables qui permettaient d’ajuster les entrées d’argent en fonction des besoins. Cette manière de fonctionner permet « d’affamer la bête », de lui ôter les moyens de fonctionner convenablement, ouvrant la voie à des attaques directes sur le fond de l’affaire.

    Les attaques sur le salaire socialisé se mettent en œuvre. Elles se font autour d’un mensonge : celui du lien entre charges sociales et chômage. Cela passe par le fait de développer une rhétorique sur la nécessité de baisser cette part du salaire socialisé, en somme de baisser les salaires. Ces mesures ont un impact direct sur le niveau de vie de la population. Pourtant, elles ont lieu sous un gouvernement PS.

    Le chômage devient une épée de Damoclès terrible. Ce fléau prend des proportions immenses. Même si elle met des années à se répercuter concrètement, la crise du pétrole a frappé de plein fouet. Elle met fin aux Trente Glorieuses et ouvre une période de chômage massif. Pendant plusieurs années, les chômeurs subissent une misère infernale. Finalement, le développement des assurances chômage permet, dans une certaine mesure, de compenser cela. Cette caisse, financée par les cotisations sociales, est notre quatrième et dernière caisse d’impôt, les ASSEDICS. Dans la même optique, après Mitterrand, Jacques Chirac développa l’Agence Nationale Pour l’Emploi, ou ANPE.

    1991 forme un point de bascule.

    Aucun progressiste n’a pu trouver une raison de bondir de joie à l’annonce de la fin de l’URSS. En revanche, bon nombre d’anticommunistes – camouflés ou non, ont saisit l’opportunité qu’elle représentait. La chute, par un effet de domino, entraîne dans les ténèbres et les abysses le PCF. La période d’après 1991 est une des périodes politiques les plus répugnantes. En 1993, la chambre des députés est la plus à droite jamais vue. Même la chambre Bleue Horizon, même la chambre après 1968 n’allaient pas aussi loin. Le gouvernement est dirigé par Balladur et comprend parmi les personnalités politiques les plus réactionnaires de l’époque.

    Pasqua ; Madelin ; Juppé ; Sarkozy ; Fillon ; Perben… En somme, une dream team de choc, parfaite pour monter une action offensive massive contre les droits sociaux.

  • FISC et lutte des classes – Partie IV – La bourgeoisie contre – attaque.

    FISC et lutte des classes – Partie IV – La bourgeoisie contre – attaque.

    La bourgeoisie contre-attaque

    Dès 1954, le principe de la T.V.A. est décidé. Cet impôt est payé sur la consommation, par les clients finaux. Il se monte, en général, à 20% du prix. Une impression d’unité règne, ainsi que d’égalité. Pour un peu, nous voilà devant l’impôt Vauban, capitulaire, payé par tous au même taux.

    Mais, dès que le vernis se fendille, apparaît une bien maussade réalité. La  T.V.A. est, en vérité, l’impôt injuste par excellence. Un pauvre, un prolétaire, dans l’optique des capitalistes, doit réinjecter tout son argent dans la consommation. La thésaurisation est bien malvenue, car elle signifie de la masse monétaire ne circulant pas. Même en épargnant un peu, les membres des classes populaires vont utiliser 99% de leur argent à consommer. Sur ces 99%, 20% reviennent dans les caisses de l’Etat. 19.8% sont donc recaptés.

    Les riches, les bourgeois, n’utilisent pas l’intégralité de leur argent à consommer. Ils et elles investissent. Pour peu que le bourgeois ou la bourgeoise injecte 40% de ses revenus dans l’investissement -ce taux étant de plus en plus fort au fur et à mesure de l’ascension sociale- et 60% dans la consommation, 20% de 60% ne font que 12%. L’égalité, même de principe, n’est plus là.

    Fondamentalement, la bourgeoisie a réussi une opération qui lui est favorable. L’impôt ne frappe pas le capital, et est épongé en grande partie par les travailleurs et travailleuses. Cerise sur le gâteau, il paie le coût des guerres coloniales, pour le compte de l’impérialisme. En revanche, pour les masses populaires, cet impôt se traduit par une hausse terrible du coût de la vie, par une inflation effrayante.

    La T.V.A. demeure un impôt qui fait consensus chez les bourgeois et les bourgeoises. Il est le seul qui n’est pas attaqué fondamentalement. La bourgeoisie est contre les impôts qui touchent les riches, mais en revanche, elle est toujours favorable à une hausse de la taille et de la gabelle. La France fait preuve d’une grande inventivité, devenant le premier Etat au monde à créer cet impôt, repris par quasiment l’ensemble de la communauté internationale par la suite.

    Le principe est donc choisi en 1954, mais l’application ne commence qu’avec le retour de de Gaulle et l’irruption de la Vème République, soit en 1958.

    La IVème République est une République fragile, de coalition, de consensus. Il est difficile, dans son fonctionnement instable, de tenter des grandes opérations qui pourraient froisser tel ou tel soutien. C’est une République marquée de modération et de centrisme. Ce régime est d’ailleurs incapable de faire face à la question coloniale et s’embourbe systématiquement. Pour la bourgeoisie, l’outil, né à l’heure du compromis, est devenu impuissant.

    En revanche, avec le passage au système de la Vème République, le ton change. Elle est extrêmement verticale dans son fonctionnement. Elle est articulée autour d’une technostructure réactive, obéissante, efficace et ne laisse plus de place au consensus. De Gaulle, il faut le lui reconnaître, à mis en place un outil particulièrement efficace et compétent, autour de hauts fonctionnaires, pour transformer le pays aux ordres de la bourgeoisie. Mettre en place la T.V.A. est un chantier immense, titanesque. Or, l’Etat gaullien parvient à surmonter les obstacles.

    Aujourd’hui, la T.V.A. rapporte 135 milliards d’€par an. Deux fois plus que l’impôt sur le revenu.

    De Gaulle passe, dans de nombreux milieux, même aujourd’hui, pour quelqu’un qui attachait une grande importance aux questions sociales. Au final, derrière l’image d’Epinal de père de la Nation, se trame plutôt quelqu’un qui écrasa les masses populaires. Une des particularités est le fait qu’il soit fasciné par le modèle que représente le système de cogestion à l’Allemande.

    Nous sommes au début des bases de l’Union Européenne, avec la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, puis le traité de Rome. Une des choses désirées dans ces traités, est le fait de pouvoir mettre en place une intégration des syndicats et du patronat dans un ensemble de discussion et de dialogue. En clair, l’idée est d’intégrer les syndicats dans l’appareil d’Etat, et de briser leur indépendance.

    L’idée est de créer des instances paritaires, notamment une, qui va servir à attaquer la Sécurité Sociale. En créant une gestion paritaire, de Gaulle parvient à faire rentrer un cheval de Troie des intérêts de la bourgeoisie dans quelque chose qui était un bastion de l’auto-organisation ouvrière. Désormais, elle est gérée administrativement au travers de l’URSAAF, ainsi que par la cogestion patrons / syndicats. Cette cogestion entraîne une division artificielle du financement : une division entre charges patronales et charges salariales, lesquelles sont une hérésie, car tout est issu du salaire élargi.

    Surtout, cela permet à la bourgeoisie et à son Etat de se mêler de ce qui ne la regarde pas.

    L’intégration n’est pas menée jusqu’au bout. L’idée finale était de faire éclater la chambre législative haute, le Sénat, et de la remplacer pour un conseil économique et social rassemblant patronat et syndicats. D’une certaine manière, le principe est de faire un bastion législatif non-éligible, axé autour du technocratisme et du corporatisme. En somme, l’idée ressemble terriblement au Deutsch Arbeit Front des fascistes, gérant l’économie d’une manière faussement démocratique, mais finalement uniquement au service des bourgeois. C’est l’échec de ce projet qui signe la fin du règne gaulliste.

    Au final, encenser de Gaulle est quelque chose de particulièrement douteux. Il incarne un chauvinisme mâtiné de social, qui fait rêver une droite et une gauche nationaliste et impérialiste. Le chauvin-social trouve des soutiens sociaux-chauvins.

    L’opposition à cela n’est pas simple. En 1958, le risque de dictature militaire était énorme, le pays est en plein milieu de la Guerre d’Algérie et les généraux putschistes viennent de lancer leur Comité de Salut Public. L’anticommunisme est à son comble, avec notamment une pression énorme provenant des USA pour lutter contre les partis communistes.

    Le PCF, aux élections législatives de 1959, à subit une terrible défaite, et subit de plus en plus la concurrence d’une force montante, anticommuniste, pro-USA. Une concurrence d’un outil parfait de la bourgeoisie, pour favoriser l’oppression contre les travailleurs : le Parti Socialiste.

    Quant à la cogestion et la gestion paritaire, elle anesthésie un mouvement syndical affaibli et divisé.

    La période est une période d’expansion du capitalisme, et le niveau de vie des masses augmentent. L’accès à la société de consommation, l’injection de capitaux US, la reconstruction n’y sont pas étrangers.

    Certains, notamment au sein du PCF, y voient une illustration du fait que la tendance à paupérisation relative et absolue, identifiée par Marx et Engles, serait fausse, et que, au final, le capitalisme pourrait apporter la prospérité à l’humanité entière et se muer de lui-même en socialisme. Une manière de voir les choses qui conduit à un renoncement total, marqué au fur et à mesure des congrès, à tout ce qui restait d’héritage léniniste.

     Cette période ascendante se traduit par un très grand nombre de luttes sociales, lesquelles atteignent leur apogée vers 1983. Comme les luttes sociales sont intenses, elles cherchent un débouché politique. Comme le PCF s’est désormais mué en parti social-démocrate en pleine déconfiture, ces luttes se tournent vers une issue politique autre : le Parti Socialiste et son candidat : Mitterrand.

  • FISC et lutte des classes. Partie III – 1945 – 1954 Victoires tactiques, problèmes stratégiques.

    FISC et lutte des classes. Partie III – 1945 – 1954 Victoires tactiques, problèmes stratégiques.

    1945 – 1954 Victoires tactiques, problèmes stratégiques.

    Le régime de Vichy, fondamentalement, ne change rien structurellement aux méthodes d’imposition. Il reste dans la droite ligne d’une IIIème République moribonde. En revanche, un choc se produit dès la libération, du fait du changement des rapports de forces.

    Bien que l’Histoire bourgeoise s’empresse d’occulter ce fait gênant, les trois-quarts de la Résistance dépendaient du Parti Communiste, devenu en 1943 le Parti Communiste Français. Première force de résistance, le PCF est armé, contrôle de manière effective le territoire, dispose de points d’appuis importants. De plus, fait essentiel, les chars soviétiques ne sont pas extrêmement loin. Entre Torgau, sur l’Elbe, là où Américains et Soviétiques se rencontrent, et Paris, il n’y a qu’un petit millier de kilomètres de plaine, sans obstacles majeurs autres que le Rhin. Rhin qui, comparé au Dniepr et au Dniestr, n’évoque qu’une petite rivière aux yeux des sapeurs soviétiques.

    Pour la parenthèse, Churchill, lançant une étude sur une guerre possible entre URSS et Alliés occidentaux, nommée opération Unthinkable, ne se faisait guerre d’illusions sur la possibilité de s’accrocher au continent européen.

    C’est dans ce contexte très particulier qu’apparaissent des changements structurels importants, impensables avant. Ces changements permettent des progrès dans chaque secteurs pour les travailleurs, même si l’essentiel, le pouvoir, n’est pas pris. Au seuil d’une possible accession au pouvoir, le PCF recule.

    Une des mesures les plus importantes, car structurelle, est la création de la Sécurité Sociale. Pourquoi ce point là ? Car il s’agit d’une mesure quasiment socialiste, qui s’inclut, pour son financement dans un ensemble formé par le salaire indirect. Cette mesure donne naissance donc à la Caisse d’Allocations Familiales, à la Sécurité Sociale ainsi qu’à la caisse des retraites. Ces réformes sont mises en place par un ouvrier devenu ministre : Ambroise Croizat.

     Elle impact les rapports de production même. Elle est payée entièrement par des cotisations sociales, non par des impôts. Ainsi, elle est payée au détriment des gains du patron, car elle correspond à un supplément ajouté au salaire net. Elle forme un véritable salaire socialisé, géré, à l’époque, intégralement par les syndicats. les élections les patrons sont minoritaires, déterminent ce qui se passe. Les élections, qui permettent de mettre en place son comité directeur, ont comme issue un patronat constamment en minorité.

    Les mutuelles et les entraides ouvrières, qui existent depuis fort longtemps, sont donc remplacées par ce système unique de Sécurité Sociale, dans lequel les besoins sont satisfaits par des cotisations variables. Il ne s’agit pas de budgets, mais de prélèvements. Dans ce fonctionnement, le « trou de la sécu » est une hypothèse inenvisageable. Les besoins augmentent, les cotisations aussi. Les besoins baissent et les cotisations suivent le même chemin.

    Il est difficile, pour nous qui vivons en France, de s’imaginer ce que signifie profondément qu’un monde sans Sécurité Sociale. Pour le comprendre, il faut se pencher sur les séries d’outre-Atlantique : Dr House, Scrubs ou Breaking Bad pour comprendre les problématiques liées aux financement des soins. Une mutuelle ne garantit pas de soins, elle cherche toujours à trouver la faille pour ne pas payer et conserver l’argent placé en son sein. Une Sécurité Sociale est un droit.

    A cette époque, la Sécurité Sociale est donc une organisation 100% ouvrière. Ca paraît invraisemblable aujourd’hui. Mais la situation est, nous le rappelons, particulière. La situation est celle d’un double-pouvoir, du fait de la présence de milices armées.

    La bourgeoisie fait donc des concessions structurelles importantes pour obtenir la paix, et obtenir que ne se déclenche pas une explosion sociale. Elle accepte une mise en place d’un semi-salaire socialisé pour payer un deal historique. Un deal qui, nous le rappelons, entraine la mise en place d’un système qui échappe à la bourgeoisie, et qui est n’est ni financé par l’impôt, ni par le salaire directe, mais bien pas une cotisation sociale.

    Il s’agit d’un aspect fondamental.

    Mais dès sa mise en œuvre, le système est attaqué. Il s’agit d’une constante devant laquelle la bourgeoisie ne recule pas. D’autant que le rapport de force glisse progressivement en sa faveur.

    L’autre acteur du deal, le PCF, a accepté une offre de bien piètre qualité. Sa stratégie, en accord partiel avec Moscou, par ailleurs, est de dissoudre les milices -sans rendre les armes- et de tenter d’infiltrer l’armée pour la noyauter ainsi que les services de police et de renseignement. Il est notable de constater que les Alliés en ont conscience, et les Américains refuseront de remettre plusieurs dignitaires nazis à la France, considérant ses services de renseignement comme à la botte de Moscou. Le PCF, dans une posture qui satisfait les plus droitiers en son sein, essaie d’avoir le beurre et l’argent du beurre, c’est à dire d’accéder au pouvoir sans entrainer de casus belli. Cette illusion réformiste fut un piège terrible.

    Dès que la bourgeoisie le peut, elle attaque. La IVème République est faite de gouvernements fragiles, variables, qui chutent sans cesse. Elle possède pourtant une constante : ses gouvernements sont tous extrêmement pro-USA. Au final, les plus pro-US de tous sont les sociaux-démocrates, lesquels sont prêts à tout pour casser l’influence du PCF sur la société. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, dans une ville comme Marseille, ils s’appuient sur la mafia pour contrer la CGT dans les docks.

    La situation est particulièrement tendue. Quand le général Rigway, dit « la peste » -du fait de son usage d’armes bactériologiques en Corée- vient à Paris en 1953, le PCF organise une manifestation, elle se traduit par 800 arrestations. Le climat est celui d’une hystérie anticommuniste d’autant que les guerres coloniales font rage. En 1954, la France est battue à Dien Bien Phu tandis que l’Algérie s’embrase. Ces guerres coûtent cher. Le principe est de les financer par la levée d’un autre impôt, cet impôt naissant est la Taxe sur la Valeur Ajoutée, ou TVA, l’impôt le plus injuste et, pourtant, celui qui rapporte le plus.

  • Macron au Burkina-Faso – La Franceafrique toujours vivante.

    Macron au Burkina-Faso – La Franceafrique toujours vivante.

    Macron au Burkina-Faso – La Franceafrique toujours vivante.

    Lundi 27 novembre aura lieu la visite d’Emmanuel Macron au Burkina Faso. Le séjour de l’agent exécuteur de la bourgeoisie impérialiste française durera deux jours, et sera le premier déplacement en Afrique du jeune président. Plusieurs organisations de la société civile burkinabé ont appelé à manifester sur le trajet de Macron, en dénonçant le pillage des ressources naturelles par les entreprises françaises, la présence de l’armée française et le maintien du franc CFA.

    Pour sa première visite en Afrique, le choix du Burkina Faso par le président français, patrie de Thomas Sankara, assassiné par les agents de l’impérialisme, est lourd de sens.

    C’est le 4 août 1983 qu’au sein de cette ancienne colonie française, alors connue sous le nom de république de Haute-Volta, le capitaine Thomas Sankara renversa le régime compradore du médecin militaire Jean-Baptiste Ouédraogo. Pendant une brève période, les rapports de force au sein de l’armée avaient permis à Sankara de participer au gouvernement de Ouédraogo, mais ses positions ouvertement anti-impérialistes lui valurent d’être limogé. Nul doute que l’État français ne soit pas étranger à cette décision. Les positions de Sankara se résument en une déclaration : « Lorsque le peuple se met debout, l’impérialisme tremble. L’impérialisme qui nous regarde est inquiet. Il tremble. L’impérialisme se demande comment il pourra rompre le lien qui existe entre le CSP [le gouvernement] et le peuple. L’impérialisme tremble. Il tremble parce qu’ici à Ouagadougou, nous allons l’enterrer ».

    Dès lors, la ligne politique de Sankara s’axa sur une stratégie simple : briser le lien de subordination entre la France impérialiste et ses anciennes colonies, et permettre aux peuples d’Afrique de gagner leur indépendance politique et économique. C’est autour de cette stratégie qu’il agrège les forces qui lui permettent d’accéder au pouvoir en 1983. Il devint ainsi le président du nouveau Conseil National de la Révolution, organe suprême de la république, renommée Burkina Faso.

    Deux aspects résument la politique déterminée par ce conseil : la lutte anti-impérialiste et la construction d’un Etat démocratique, promouvant le développement national.

    Le nouveau régime se plaçait en rupture avec le néo-colonialisme, et notamment avec sa transcription française, la françafrique. L’impérialisme français, provoqué, ne se privait d’ailleurs pas de riposter en lançant nombre d’opérations contre la république burkinabé, au travers de ses pions Maliens et Ivoiriens.

    Le second objectif se transcrivit dans la mise en place d’une forme de démocratie populaire au sein de laquelle les masses populaires participaient aux instances décisionnelles au travers des Comités de Défense de la Révolution (CDR), organes locaux liés au CNR. Ces CDR visaient notamment à faciliter l’application au niveau local des politiques de lutte contre la malnutrition, pour l’accès à l’eau potable, pour l’éducation et la santé.

    Thomas Sankara ne voulait pas seulement une indépendance nationale, il souhaitait rendre la richesse de l’Afrique à ses peuples, à les libérer du joug des nations impérialistes, un projet avec lequel Paris ne pouvait guère trouver d’affinités. Que le gouvernement français d’alors fut socialiste ne changea pas le fond de l’affaire, la France ne pouvait accepter cette opposition.

     A ce titre, le président d’alors, François Mitterrand, déclara « C’est un homme dérangeant, le capitaine Sankara. […] Il ne vous laisse pas la conscience tranquille ». Tout au long de sa brève période de direction, Sankara s’est opposé frontalement à la politique de Paris en Afrique. Cela n’est pas resté que du domaine des déclarations d’intention, mais bien par un soutien réel. Quand, au Tchad, l’État français soutient son pion Hussein Habré, le Burkina Faso soutient le Gouvernement d’Union nationale de transition (GUNT), le mouvement d’opposition armée au régime compradore. Sankara dénonça, également, ouvertement le soutien de Paris au régime d’apartheid sud-africain, à travers une lettre à Mitterrand attaquant une « complaisance coupable ». Il s’agit, en effet, d’un moment où les armements français trouvent preneur auprès de régimes aussi sympathiques que celui de Vijoen ou de Botha, mais également auprès d’Israël.

    Des exemples parmi tant d’autres démontrant que pour la bourgeoisie française, Sankara était un ennemi essentiel, central, dans le tableau africain. Sa politique anti-impérialiste et sa vision panafricaniste en faisait l’ennemi numéro un dans la sphère d’intérêt des capitalistes français. Cela suffisait à justifier son élimination.

    Ainsi, le 15 octobre 1987, le président du CNR est assassiné lors d’un coup d’État dirigé par Blaise Compaoré, l’un de ses anciens soutiens. Les putschistes ont bénéficié de l’aide du Mali, de la Côte d’Ivoire, avec l’Etat français tirant les ficelles -élément toujours officiellement nié. A la tête du Burkina Faso jusqu’à la révolte populaire de 2014 qui l’en chassa, Compaoré replaça immédiatement le pays dans l’orbite économique de la françafrique, et replongea son peuple dans la misère.

    La misère, fille de l’impérialisme, est maintenue par des moyens d’oppression puissants. L’un d’entre eux, si ce n’est le plus important, est le franc CFA. Cette monnaie exceptionnelle mérite un détour pour comprendre la détresse des burkinabés et de l’ensemble des africains.

    En 1945, l’État français recouvrant sa souveraineté, encore alors dirigé par le gouvernement provisoire du général De Gaulle, met en place le franc des colonies françaises d’Afrique. Si l’idée date de 1939, en plein âge d’or du colonialisme, l’application est faite le 26 décembre 1945. Il est alors clairement une monnaie d’occupation.

    Malgré le processus de « décolonisation », 70 ans plus tard, quinze pays d’Afrique l’utilisent toujours. Ils sont répartis en deux zones : la zone franc d’Afrique centrale, ou le franc CFA devient le franc de la coopération financière d’Afrique centrale ; la zone franc d’Afrique de l’ouest, où il devient le franc de la communauté financière d’Afrique.

    Chaque zone est censée être régie de manière autonome par une banque centrale : la banque des Etats d’Afrique centrale pour le centre et la banque centrale des Etats d’Afrique de l’ouest, pour la zone ouest. Néanmoins, un troisième acteur, finalement, joue un rôle-sanction par son droit de veto, la Banque de France. Celle-ci fixe le prix du franc CFA sur l’euro et garantit sa libre convertibilité, tandis que sa planche à billets se trouve en Auvergne. Le franc CFA, étant imprimé en France, ne permet pas au Etats africain de produire les devises qui correspondent à leurs besoins, ralentissant grandement le développement de l’Afrique.

    Le CFA évoluant avec l’euro, les pays membres de la zone souffrent de leur monnaie forte, ce qui se ressent sur leurs exportations, plus difficiles ; en d’autre termes, les pays membres ne peuvent mener leurs échanges extérieurs en toute indépendance. Seule les investisseurs étrangers profitent de cette parité fixe, soumettant, au final, l’Afrique aux capitalistes des pays développés. Ainsi, le franc CFA demeure la dernière monnaie coloniale encore en activité.

    C’est contre cette soumission, tant économique – franc CFA – que politique – occupation armée – que le peuple burkinabé compte manifester le 27 novembre. Nous, communistes, apportons notre soutien total aux peuples africains soumis au néo-colonialisme et à tous les peuples dominés par l’impérialisme. Nous soutenons les luttes pour leur émancipation, car la lutte contre l’impérialisme est une lutte qui s’inclut dans la grande lutte révolutionnaire que mène le prolétariat du monde entier.

    Nous dénonçons la bourgeoisie compradore burkinabé, premier ennemi de son peuple, dont le représentant vis à vis de l’étranger, Alpha Barry, a déclaré : « On doit oublier les intérêts partisans et penser à l’intérêt supérieur de la Nation. Imaginez un seul instant l’honneur que le Burkina Faso a eu d’accueillir un chef d’Etat et qu’on dise qu’il a été mal accueilli. Cela ne répond à aucune de nos valeurs ; cela ne répond à aucune de nos références culturelles ». Encore une fois, « l’intérêt supérieur de la nation » sert à justifier les politiques réactionnaires, impérialiste, et antipopulaires.

    Mais les peuples ne sont pas dupes ! Ce jeu hypocrite ne prend plus. Couper les tentacules de l’hydre français en Afrique signifiera une fracture dans le système impérialiste français. Peuples d’Afrique et prolétariat de France sont liés, courbant l’échine sous les mêmes bourreaux.

    N’en déplaise à celles et ceux qui nient l’impérialisme français, qui ne voient que dans ces occupations les manifestations de la bonté et de la mission civilisationelle française.

    N’en déplaise à celles et ceux, qui, corrompus, se nourrissent des miettes de l’impérialisme. Ils refusent de toucher à leur niveau de vie, et font corps avec les pires réactionnaires.

    N’en déplaise à tous celles et ceux qui appuient, par leurs arguments hypocrites, la domination d’un continent entier. Ils pleurent que la Chine arrive, que les USA sont là, et qu’il faut protéger leur trésor.

    N’en déplaise à toutes ces vermines, l’Afrique et les anti-impérialistes le clament, l’impérialisme français doit être détruit, écrasé, battu, anéanti.

    Ensemble, nous abattrons notre ennemi commun : la bourgeoisie impérialiste française.

    Les rapports inégaux, esclavagistes, de pillage et de razzias doivent être brisés.

    Lorsque les exploiteurs seront battus, là pourra naître une sincère coopération mutuelle, et égalitaire, non plus pour le profit d’une poignée de parasites, mais pour assurer l’émancipation, l’indépendance et la prospérité de toutes et tous !

    En Afrique, dans l’État français, comme partout ailleurs, à bas l’impérialisme et ses chiens de garde ! Vive la révolution ! Vive le socialisme !

  • FISC et lutte des classes – Partie 2 : IIIe République – Vichy, le choc des classes.

    FISC et lutte des classes – Partie 2 : IIIe République – Vichy, le choc des classes.

    De la troisième République à Vichy, le choc des classes.

    Pendant l’ensemble du XIXe siècle et jusqu’à la fin de la troisième République, les impôts se multiplient. Ces impôts sont une illustration du rapport de force entre bourgeoisie et prolétariat, car ils sont principalement assumés par les travailleurs et les travailleuses, pour financer les aides à la bourgeoisie. Ils sont une manière de prendre aux pauvres pour donner aux riches, dans un splendide Robin des Bois inversé.

    Dans les parlements, les sociaux démocrates proposent inlassablement la mise en place d’un impôt progressif. Cet impôt serait indexé sur le revenu, et variable en fonction de ceux-ci. Raymond Poincaré se serait écrié que celui-ci serait un « viol du secret de la richesse », un viol du secret des affaires. Les sociaux démocrates insistent, et celui-ci est soumis au vote. Par un extraordinaire hasard, la session est ajournée. La Première Guerre mondiale vient d’éclater. Pour les bourgeois et les marchands de canon, cette journée à certainement été un jour faste.

    Pour la bourgeoisie, cet impôt était déjà presque un casus belli. Un impôt sur le revenu échelonné ? Voilà qui est déjà pour elle du socialisme, du bolchevisme ! Elle dépeint cet impôt comme une mesure confiscatoire. Ce terme n’est pas anodin, il demeura dans les bouches des politiciens bourgeois durant la plus grande partie du XXe siècle.

    La bourgeoisie considérait qu’elle n’avait rien à déclarer à l’Etat. Ni ses possessions, ni ses avoirs, ni ses ressources. Pour elle, il y avait une séparation nette entre l’état de leurs affaires et les affaires de l’Etat. Mais, malgré la violence du débat, cet impôt fut adopté.

    Nulle apocalypse, nul chars rouges, nulle guerre civile et, hélas, encore moins de communisme en France. l’Ironie de l’Histoire veut que cet impôt ait été mis en place en 1920, par la chambre « Bleue Horizon », une des chambres les plus à droite de l’histoire de la République. Pourquoi ? Les raisons sont multiples.

    Premièrement, la France à supporté la plus grande part de l’effort de guerre, elle a été le terrain des affrontements en occident, et en a subit les conséquences. Celles-ci s’estiment en pertes humaines, mais aussi en destructions des infrastructures, en particulier dans les régions houillères et sidérurgiques. Un manque à gagner énorme. Elle a contracté d’immenses emprunts pour éponger les dettes de guerre, auprès du Royaume-Uni, tout d’abord, puis auprès des Etats-Unis d’Amérique, lesquels ont, in fine, hérité des créances anglaises. La France voulait, à la fin de la guerre, piller jusqu’au bout l’Allemagne pour compenser cela, exigeant d’astronomiques réparations de guerre.

    Cet espoir de se soigner par le pillage fut amèrement déçu. Les Allemands dévaluent leur monnaie, renâclent. Le sommet de la crise est atteint en 1923 avec l’occupation de la Ruhr. Stoppant les livraison de bois vers la France, l’Allemagne déclenche l’ire des français. Raymond Poincaré et Albert 1er -roi des Belges- lancent une invasion en janvier 1923. Celle-ci rencontre des ouvriers allemands répugnés par la présence de l’armée française. Grèves et actes de résistance passive se succèdent, rendant tout espoir d’obtenir des réparations en nature illusoire.

    En faisant intervenir les soldats pour se saisir des ressources de la région la plus industrielle de l’occident, la France a soudé les travailleurs allemands contre elle. Les troupes, souvent coloniales, employées pour cette opération vont nourrir la propagande nazie. Celle-ci, va instrumentaliser l’affaire, la présentant comme une tentative d’éradiquer la race allemande.

    Au final en 1925, les français se replient, sans réel gain, tout en acceptant le plan de réparation Dawes, qui vise à vacciner l’Allemagne contre la menace d’une révolution.

    Car, nous en venons au fait, la seconde raison de ce changement d’imposition est a relier à la force et la vigueur des mouvements révolutionnaires.

    A la suite de la Révolution Russe, à la suite de la Révolution en Allemagne -qui mirent fin à la guerre- les forces révolutionnaires sont un paramètre important. L’immédiat après-guerre est une période d’écrasement de ces mouvements, dans lequel les sociaux-démocrates révèleront que leur allégeance va à la bourgeoisie réactionnaire. En France, en 1920, naît la S.F.I.C. qui devint le Parti Communiste par la suite. La même année, une grève générale frappe la France. Elle est particulièrement dure, mais se termine par un échec.

    Pour ne pas mettre plus encore le feu aux poudres, tandis que la situation est précaire pour son pouvoir, la bourgeoisie française repousse provisoirement l’idée de faire intégralement assumer aux pauvres le coût de la guerre.

    C’est donc cette période qui voit l’apparition d’un impôt sur le revenu, progressif, avec des systèmes de tranches d’imposition croissantes. Cet impôt est le fruit d’un compromis important, et était une revendication centrale dans la lutte des classes.

    C’est là dessus que Macron attaque aujourd’hui. La bourgeoisie a la mémoire longue, elle n’a pas oublié cet affront, cet impôt confiscatoire, cet atroce sacrifice.

    Il n’est pas forcément, dans le cadre restreint de cette brochure, nécessaire de revenir sur le Front Populaire. En revanche, il est important de parler de Vichy. Vichy, fiscalement, reste dans la continuité des années 20-30. Il s’agit d’un des aspects, parmi d’autres, qui illustrent la continuité administrative et étatique entre la IIIème République et le Régime de Vichy.

    Certains, dont Jean-Luc Mélenchon, voudraient faire de Vichy une parenthèse dans laquelle « ce n’était pas la France », mais où le pouvoir était assumé par une Allemagne dominatrice -idée qu’il tente de plaquer sur la réalité d’aujourd’hui- et par une clique sans lien avec la République. Or, dans le fond, l’administration et les hauts fonctionnaires traversent sans heurts le Front Populaire -contre lequel ils pratiquèrent un certain sabotage- Vichy et la IVème République, à l’image de Papon. L’Allemagne n’aurait, de toute façon, aucune possibilité de se suppléer à cet outil, même s’ils l’avaient voulu.

    Vichy, il faut le marteler, c’est la même bourgeoisie, la même administration, le même Etat qui se poursuit.

    En revanche, fiscalement, un changement immense se produit après 1944 – 1945. La raison ? Un nouveau rapport de force s’instaure.

  • Filoche antisémite ?

    Filoche antisémite ?

    Filoche antisémite ?

    Gérard Filoche est désormais expulsé du Parti Socialiste à la suite d’un tweet. Celui-ci présentait Macron avec un brassard marqué d’un dollar évoquant celui du NSDAP, entouré de Jacques Attali, de Patrick Drahi et de Jacob Rothschild le tout agrémenté d’un drapeau Etatsunien et Israélien. L’origine de la photo, issue de la fachosphère, plus précisément de Egalité et Réconciliation, a déclenché le feu aux poudres, entraînant des plaintes de la LICRA et du CRIF et poussant le bureau du Parti Socialiste à voter, à l’unanimité, son exclusion.« C’est une décision très négative, ça va affaiblir le PS car ça repose sur un mensonge » déclare Filoche, qui annonce saisir la commission des conflits.

    Le coordinateur du parti, Rachid Temal, a déclaré : « La famille socialiste (…) a été durement marquée par ce tweet antisémite. (…) Nous touchons à l’essentiel même de nos valeurs, parmi lesquelles les valeurs de la République, l’humanisme, le combat contre le racisme et l’antisémitisme. (…) Il n’est pas possible qu’un dirigeant du Parti socialiste puisse tweeter ce tweet qui reprend les codes antisémites des années 30. (…) Ce soir le PS a pris la seule décision qu’appelait ce tweet ».

    Quant à Jacques Attali, il a annoncé son intention de porter plainte pour incitation à la haine raciale.

    Gérard Filoche a agit avec une stupidité manifeste en publiant cette image, laquelle est clairement antisémite, formant une négation de l’impérialisme français, alimentant -c’est bien son rôle- les approches complotistes et souverainistes. Il s’en est rapidement excusé au travers du même média, retirant l’image et expliquant qu’il avait été inconséquent en la publiant.

    Bien que cela soit révélateur d’une manière d’agir sans réflexion, sans jugement, sans prise de conscience, nous penchons tout de même l’hypothèse de la bonne foi dans ce cas de figure. Filoche n’est pas particulièrement connu pour ses ambiguïtés quant à l’antisémitisme. De ce point de vue là, il semble que la déferlante qui le frappe révèle des troubles sous-jacents au sein du Parti Socialiste, mais bien également au sein de la société française.

    Nous n’aimons pas Gérard Filoche, qui est l’incarnation même du trotskisme dans toute sa splendeur. Il est issu, comme Mélenchon, de l’OCI, cette secte lambertiste, véritable ANPE du trotskisme, centrale de l’entrisme, dont sont issus également Corbière ; l’ex-premier ministre Jospin [comme quoi les trotskistes ont déja exercé le pouvoir !] ; mais aussi le conseiller d’Emmanuel Macron Romain Goupil ; ou encore Gilbert Collard.

    Membre d’une gauche anticommuniste, il est notoirement connu pour avoir, en 1991, sauté de joie à l’annonce de la chute de l’URSS, titrant l’édito de son torchon trotskiste, alors à la LCR, d’un grand « Champagne ! » Il l’a célébré comme l’apothéose de la réussite d’une lutte qui fut l’alpha et l’oméga du mouvement trotskiste : la lutte contre le communisme. De même nous n’aimons guère le sale rôle de rabatteur qu’il effectue au sein du Parti Socialiste, dont il est membre du bureau politique, incarnant une gauche domestiquée, uniquement maintenue pour entretenir l’illusion d’un possible virage à gauche du parti qui a causé le plus de tort aux travailleurs.

    Pourtant, malgré le fait que nous n’apprécions pas ce laquais servile, nous trouvons que sa menace d’expulsion soulève des aspects inquiétants. Si nous le défendons aujourd’hui, ce n’est pas comme nous défendrions un camarade. Nous ne partagerions pas ce que pouvait écrire le NPA sur lui : « Au sein de ce parti de tous les reniements, Gérard Filoche, à sa façon, a défendu les intérêts du monde du travail. » Les trotskistes ne se renient pas. Filoche était un faux-ami, un faux-camarade, un agent de la diversion, un rabatteur de la bourgeoisie.

    Pourtant nous le défendons aujourd’hui.

    Nous ne le défendons pas comme l’ont fait certains, criant à l’omerta, criant au complot juif, clamant que Gérard Filoche venait de trouver la foi, l’illumination, en se dressant contre le lobby, le complot, ou d’autres élucubrations. Non.

    Nous le défendons sur la base de ce qui nous paraît être une manœuvre basse, sordide, utilisant cette erreur comme prétexte pour attaquer ce personnage, mais également pour amplifier un climat vénéneux.

    Depuis plusieurs années, celui-ci semble exprimer des relents plus que putrides. Un sentiment de montée en pression fait jour peu à peu. Il ne date pas d’hier. Depuis la crise de 2008, des tentacules fascistes semblent étendre leurs ramifications dans l’ensemble de la société.

    2015 et les attentats jouent un rôle de catalyseur. Ce qui, avant, était considéré comme des positions honteuses, s’affiche désormais comme une norme. Le terme islamo-gauchiste, réservé à l’extrême-droite, fait même une percée dans le vocabulaire des élections présidentielles. Et ces termes n’apparaissent pas dans une frange proche de l’extrême-droite, mais sortent de la bouche du socialiste Manuel Valls, illustrant la porosité de la politique bourgeoise aux idées fascisantes.

    Manuel Valls, battu, humilié, ridiculisé lors de ces élections, s’est mué en croisé agressif et vindicatif, cherchant à opérer une résurrection par ce biais.

    Aujourd’hui, les attaques pleuvent sans cesse.

    Les « vallsistes » mènent aujourd’hui une campagne de haine permanente. Ce courant protéiforme fédère autant des droitiers notoires que l’équipe dirigeante de l’ex-journal gauchiste Charlie Hebdo. Chacun se lance dans le conflit, instrumentalisant sans la moindre honte tout ce qui peut servir à nourrir leur guerre raciste.

    Un jour contre Sonia Nour, à la suite d’une déclaration qui, il est vrai prêtait particulièrement le flanc à ce genre d’attaques.

    Un jour contre Obono et Mélenchon, en faisant les agents de l’antisémitisme et de l’islamofascisme ou gauchisme, selon le gout du jour.

    Un autre jour contre la France Insoumise et contre le PCF, en prenant appui sur l’affaire Salah Hamouri, tentant d’assimiler l’opposition au colonialisme israélien à de l’antisémitisme. Sur ce point, l’attitude des députés FI et PCF fut exemplaire, quittant l’Assemblée plutôt que de couper dans le jeu sournois des provocateurs.

    Un autre jour contre Edwy Plenel et Mediapart, affaire dans laquelle le dessinateur et éditorialiste Riss a truqué sans vergogne les déclaration de Plenel, lui attribuant des déclarations de guerre fictives.

    Aujourd’hui, c’est Filoche qui arrive sur les bancs de l’accusation pour les raisons précitées. C’est une manière d’enfoncer le clou, mais aussi la liquidation d’un opposant à une dislocation du PS, et à sa reconstruction sous la forme d’une organisation réactionnaire sur toute la ligne.

    Dans le même ordre d’idée, l’avocat Dupont-Moretti subit les foudres de Bernard Henri Levy quant au fait de respecter les droits, pourtant constitutionnels, de la défense, sous prétexte de la qualité de l’accusé.

    Pour finir, dans une note plus exotique, Finkielkraut s’en est pris à la campagne #balancetonporc, utilisée, selon lui, pour « noyer le poisson de l’Islam. »

    Valls et ses réseaux ne partent pas bille en tête, seuls. Macron les adoube. La bourgeoisie les encense. Les classes dominantes les applaudissent : ils et elles préparent l’après Macron.

    L’ennemi de la campagne, l’extrême-droite, n’est plus la cible. Il cède la place aux contestataires de gauche, aux passeurs de migrants, aux anarco-autonomes, aux antifas, aux syndicalistes, aux communistes, à tout ce qui s’oppose à la guerre antisociale.

    L’extrême-droite n’est plus l’ennemi, elle incarne une voie de secours pour la bourgeoisie, après la destruction du centre, inéluctable, liée à la politique kamikaze de Macron.

    A la droite de Macron, un monstre se forme. Un vieux rêve de la droite se réalise, celui d’une jonction donnant naissance à une droite élargie. Wauquiez ouvre les bras au retour d’une Marion Maréchal-Le Pen, ayant fini son éclipse, après avoir « pour le moment, définitivement quitté la politique. » C’est dans ce pôle que réside les espoirs des classes dominantes.

    Derrière ses attaques de surface, une lame de fond balaie également les questions historiques. Lors des anniversaires de 1917 ou de l’assassinat du Che par les milices fascistes, certains intellectuels s’en sont ainsi donnés à cœur joie.

    Pascal Ory, un éminent tapis de bain de la bourgeoisie, officiant à Science Po paris, a ainsi expliqué que Lénine et Che Guevara étaient les parrains de rien moins que le terrorisme international dans son ensemble.

    Une belle manière d’entretenir la chimère de l’islamo-gauchisme, de l’islamo-communisme, et d’opérer une jonction sur deux des projets de la bourgeoisie : mener des guerres de diversions, en instillant la haine au sein des classes populaires, et souffler sur les braises de l’anticommunisme.

    Dans une certaine mesure, l’Islamo-gauchisme remplace, ainsi, le judéo-bolchevisme.

    Ce ne sont pas que des mots.

    Ces attaques ont un caractère de préparation idéologique. Une préparation idéologique au sens propre, frappant les contestations qui vont immanquablement naître de la politique de Macron et de ses sbires. Une préparation idéologique et une mobilisation des esprits dans un sens réactionnaire.

    Une lame de fond dangereuse, tant dans les discours politiques que dans la loi, se met en branle. Tout ce qui s’oppose, même les modérés, même les républicains peuvent être taxés de terroristes ou d’agent du terrorisme.

    Pendant ce temps, les vrais bourreaux, les véritables ennemis du peuple sont protégés, se pâment, se gavent de profits. Pendant ce temps, les apprentis terroristes fascistes, comme ceux de Dijon, sont libres. Libres de semer la haine, libre de frapper. Ce n’est pas l’Etat bourgeois, ce n’est pas la bourgeoisie qui mettre un terme à ces actions.

    Nous ne pouvons compter que sur nos propres forces, notre unité, notre solidarité.

  • FISC et lutte des classes – Partie 1 : l’ascension de la bourgeoisie.

    FISC et lutte des classes – Partie 1 : l’ascension de la bourgeoisie.

    FISC et lutte des classes.

    « L’Etat opprime et la loi triche, l’impôt écrase le malheureux »

    La question fiscale est une question qui reste, bien malheureusement, sous traitée. Elle est pourtant fascinante à plus d’un titre, par rapport à ce qu’elle révèle quant à la lutte des classes, quant au rôle de la bourgeoisie et quant à la manière dont celle-ci fait assumer la grande majorité des dépenses de l’Etat par les exploités.

    La bourgeoisie et l’Etat sont intimement liés, et ce dernier, sous sa forme bourgeoise, est l’outil principal du maintien du prolétariat dans la domination. Mais tout travail demande salaire, et payer celui de la machine d’oppression déplaît aux bourgeois. Ils le font donc directement assumer par les travailleurs et travailleuses, qui, non seulement, nourrissent les parasites qui les exploitent, mais bien plus encore, financent l’Etat bourgeois qui les oppriment.

    L’évolution des questions relatives à l’imposition, sous la direction du bandit Macron, ne peut se faire dans un sens positif. Même floue, même environnée de fumées de camouflage, du brouillard de guerre, la direction qu’elle prendra peut d’ores et déjà être estimée : contre les travailleurs et les travailleuses, en faveur totale et intégrale de la bourgeoisie.

    L’Unité Communiste de Lyon a tenu une formation sur la question le 18 octobre 2017, dans le but de fournir une explication sur la question, de permettre de comprendre le lien qui unit fiscalité et lutte des classes, et comment elle s’intègre dans la lutte à venir.

    Deux axes sont abordés dans cette brochure basée sur la formation que nous avons tenu.

    Un premier axe qui fait un retour essentiel sur l’Histoire de la fiscalité et son lien avec la lutte des classes, un second sur ce que prépare l’Etat-major de la bourgeoisie.

    Une brève histoire des finances

    Cette partie a pour vocation d’être une mise en perspective historique, et d’illustrer une évolution générale qui amène, au final, au bout de la piste : la Loi Travail et les offensives concomitantes. Cette approche est une approche occultée dans les manuels d’Histoire du secondaire, qui mentionne une série d’événements et de luttes laissées de côté par la bourgeoisie, qui préfère de loin taire ses méfaits.

    Les conquêtes sociales ont été, et cela est bien souvent passé sous silence, abondamment arrosées de sang. La naissance des Prud’hommes, en 1848, est ainsi payée par de nombreux morts, dans des luttes tues par les historiens bourgeois. Le Code du Travail, lui aussi est issu de la grève générale de 1906, dans laquelle l’Etat use de l’armée, du choc et du feu pour réprimer les grévistes. Il ne s’agit pas d’une lutte pacifique, de largesses accordées par une bourgeoisie progressiste et philanthrope. Ce sont des luttes violentes, brutales, qui se paient en cadavres.

    Ces droits qui sont retirés avec une facilité déconcertante aujourd’hui ont couté la livre de chair aux exploités, pour parvenir à les obtenir. Il est important de garder cela à l’esprit quand on s’intéresse à la Loi Travail et à l’offensive choc de Macron et du MEDEF contre les droits des travailleurs et des travailleuses.

    L’impôt et la sécurité sociale que veulent la bourgeoisie et la prolétariat n’est pas le même.

    Fondamentalement, la question de l’impôt forme le cœur de la révolution bourgeoise. Cette question est, ainsi, l’un des points cruciaux de la Révolution Française et des révolutions bourgeoises en général.

    Avant la Révolution, l’impôt type ancien régime est payé par le tiers-état, dont fait partie la bourgeoisie, aux seigneurs et aux ecclésiastes. Il est présenté comme une contribution permettant aux nobles de pouvoir se consacrer à leur rôle social : la protection du tiers-état , mais également permettant à l’Eglise de se consacrer au salut des âmes. Il s’agit d’un système extrêmement inégal, faisant assumer l’intégralité des dépenses au bas peuple, mais également particulièrement contraignant pour la bourgeoisie, car le territoire est fragmenté et criblé de péages. Le commerce et les échanges sont difficiles, sont ponctionnés allégrement par les seigneurs, et brident le développement économique du pays.

    Le programme fiscal de la bourgeoisie est donc de créer un marché unique pour l’ensemble du royaume, sans droits de péage, sans taxes de seigneurs, permettant de lever les entraves sur le développement du commerce. La bourgeoisie exigeait une unification des impôts, hors des ordres. Au travers de cette question, une réflexion politique s’est mise en œuvre. Le conflit autour de la fiscalité va amener la bourgeoisie à hausser son niveau politique et à ne plus seulement se poser la question en terme de revendication économique, mais bien l’amener à se poser la question du pouvoir et de la forme de gouvernement.

    Sous louis XIV, le mode d’organisation dominant demeure toujours la féodalité, certes. Mais, d’une part par le développement économique, de l’autre par les conflits successifs avec les Grands du Royaume, de plus en plus de bourgeois se hissent à des postes importants. Les frondes successives, elles-même reliées à des affaires d’impôts, révèlent que la noblesse s’essouffle dans son rapport au pouvoir, d’autant que l’attrait de la cour la mue en animal de compagnie, éloigné de ses seigneuries. L’évolution des formes de combat, où les canons peuvent désormais avoir raison des châteaux forts féodaux rend caduc l’ancien deal territorial, qui justifiait la présence de ces lieux de pouvoir. En somme, la féodalité se meurt.

    Un nom unit forteresses et impôts : Vauban. Le concepteur des fortifications en étoiles est conscient que ses travaux vont exiger des sommes colossales. La situation financière de l’Etat est catastrophique, minées par les guerres que Louis XIV aime tant, les caisses de l’Etat sont vides. Pour assainir ce gouffre financier -qui, au final, fut l’un des éléments déclencheur de la Révolution Française, il propose une mesure révolutionnaire pour l’époque. Une mesure tellement révolutionnaire qu’elle lui coûte son poste de ministre : Un impôt simple, compréhensible, accessible à tous, payé par tous, représentant 20% des revenus. Ce système doit s’appliquer sur l’intégralité du royaume et permettre une unification du marché intérieur, condition sine qua none du développement économique du royaume.

    Ce système provoque une levée de boucliers de la part de la noblesse et du clergé. Elle arrive trop tôt, mais laisse une marque. L’idée n’est pas tombé dans l’oubli. Elle est reprise dans le programme politique de la bourgeoisie, qui désire un impôt simple et favorable aux affaires.

    Ce programme est réalisé par la Révolution Bourgeoise. Il est d’ailleurs tellement réalisé qu’il résiste à toutes les tentatives de restauration, Empire et Royaume inclus. Ce système d’impôt est la ligne rouge de la bourgeoisie, que les restaurateurs n’osent pas franchir.

    Il est et demeure l’impôt phare de la bourgeoisie de la période libérale, un système d’impôt d’un capitalisme en expansion, opposé à toute intervention de l’Etat. Mais les tendances inhérentes au capitalisme, notamment la baisse tendancielle du taux de profit, la tendance à la constitution de monopoles, la tendance à provoquer des crises le rendent instable. La loi d’entropie ne l’épargne pas, loin de là. Le capitalisme à besoin de l’intervention de l’Etat, quoiqu’il s’en défende.

    Cet impôt, déjà inégal, a donné naissance à un ensemble de rejetons, lesquels ne sont nés que pour servir un seul but : prendre aux pauvres pour financer les aides aux riches.

  • Vox populi, vox Dei ? Le questionnaire liquidateur du PCF.

    Vox populi, vox Dei ? Le questionnaire liquidateur du PCF.

    Vox populi, vox Dei ?

    Le questionnaire liquidateur du PCF.

    Notre position sur la question du PCF ne souffre guère d’ambiguïté. Elle est intégralement expliquée au sein de la publication que nous avions effectuée, un an auparavant, dans Pour en finir avec le Mythe du PCF. Aujourd’hui, cet ouvrage est en rupture de stock, nous prévoyons ainsi d’en éditer une deuxième version, corrigée, enrichie, améliorée.

    Au sein de ce livre, nous avons voulu retracer les raisons de la dégénérescence idéologique du PCF, laquelle s’est manifestée, avec une gravité croissante, tant dans le choix de rendre les armes en 1945, d’accepter le programme social-chauvin des « nationalisations démocratiques », les positions sur l’Algérie, sur mai 1968… les exemples sont loin de manquer.

    D’une manière générale, le PCF s’est parfaitement glissé dans le lit de la ligne du PCUS après la déstalinisation. C’est au nom de la coexistence pacifique de Nikita Khrouchtchev que le PCF a combattu l’idée d’indépendance de l’Algérie, sous prétexte que celle-ci pourrait déclencher une guerre ouverte.

    Aujourd’hui, le Parti Communiste Français n’est plus que l’ombre de lui-même, tant idéologiquement qu’organisationellement. Cela s’illustre par les visées annexionistes du mouvement de la France Insoumise, lequel se verrait bien prendre la place du PCF et du PS dans de nombreux endroits.

    Cela ne signifie pas que nous logeons ses membres à la même enseigne. Nous comprenons, dans une certaine mesure, l’ardeur avec laquelle certains essaient de se battre en son sein. Comment les en blâmer ? Nous ne nions pas qu’il existe une sincère opposition à la ligne décidée par la direction du PCF, que celle-ci est constituée de militantes et de militants qui sont des camarades, dévoué à la lutte contre la bourgeoisie. Mais cette oppositions est enferrée dans un piège sans fin. Dans les rangs de celle-ci se retrouvent autant des personnes avec lesquelles nous sommes dans un relatif accord idéologique -considérant comme déterminant le XXème congrès du PCUS dans l’effondrement du camp socialiste. D’autres, en revanche, s’approchent plutôt d’une ligne  typiquement campiste ou révisionniste. Ils sont dans la négation de la restauration capitaliste qui suit la déstalinisation, dans une adhésion intégrale à la ligne brejnevienne, et ne comprennent les facteurs intérieurs qui expliquent l’échec de l’URSS.

    Avec les uns comme les autres, il nous paraît important de mener le débat, de poser scientifiquement les questions idéologiques, pour qu’elles soient tranchées et pour que chacun, chacune, avance.

    Mais quel que soit leur position idéologique, celle-ci est enchaînée par la maîtrise de l’appareil dont dispose la direction du PCF. Lors du dernier congrès, que nous avons abondamment commenté dans notre ouvrage, l’opposition s’est ainsi plainte que la direction avait avancé la date de dépôt des textes, dans le but de brusquer leur rédaction et de rendre impossible une discussion autour de leur contenu.

    A la fête de l’Humanité de 2016, le stand des oppositionnels de Saint-Quentin est ainsi attaqué par une escouade de gros-bras de la sécurité, de peur que les militants et militantes ne gênent une discussion prévue le lendemain. L’affaire bénéficie d’un écho remarquablement faible, de la part de victimes souffrant d’un syndrome de Stockholm, mais préférant demander, par voie de plainte, l’arbitrage de la justice bourgeoise. Hallucinant.

    Le prochain congrès se déroule d’ores et déjà sous les mêmes auspices, avec une volonté de ne pas avoir de débat idéologique au sein du PCF, uniquement une adhésion à des formules déjà déterminées, basées sur le réformisme le plus plat et le plus servile.

    Aujourd’hui, c’est une autre torpille que lance le PCF contre tout débat idéologique en son sein. Celle-ci est pourtant sous une forme, à priori, relativement innocente. Il s’agit d’un simple questionnaire adressé à 500 000 personnes.

    Pourtant, ce questionnaire porte en lui des germes ravageurs.

    Nous, qui nous retrouvons notamment dans l’héritage issu de l’expérience chinoise, n’avons pas de problème avec les enquêtes. Elles sont même nécessaires et incontournables pour comprendre la réalité sociale. Sans enquête, il ne peut y avoir qu’une compréhension livresque, morte, fétichisée de la réalité sociale, des aspirations des masses, de leur état d’esprit. Lorsque Mao explique la nécessité de l’enquête, celle-ci se fait dans le but de comprendre toute la dialectique interne de la société qu’il étudie.

    Le fait de mener l’enquête fait partie du travail militant, est un aspect essentiel, car il permet de se saisir des aspirations légitimes des masses, de les analyser, de les reformuler, d’en systématiser les aspects justes et de combattre les aspects erronés. Le tout permettant, non comme une chose séparée, mais bien dans le cadre de l’activité politique, de disposer de mots d’ordres justes et correspondants à l’état d’esprit des masses, mais également de permettre une progression politique de celles-ci.

    Dans le cas du présent questionnaire, la démarche n’est pas la même.

    « Vous voulez être entendus

    Comme nous, vous en avez assez de voir la parole populaire méprisée, ignorée, trahie.

    Le Parti communiste lance une grande consultation citoyenne dans le pays pour débloquer la situation. Pour avoir un grand débat public, faire émerger les exigences populaires, ouvrir des solutions face à la crise. Un grand débat pour donner votre avis sur la France, l’Europe, le monde.

    Nous avons tous un bout de la solution

    Vos exigences, exprimées et rassemblées doivent former un mandat populaire à rendre incontournable. Donc, à vous d’écrire la politique, à vous la parole !

    Prenez la parole !

    Le questionnaire, proposé 500 000 personnes dans le pays est un point de départ. Vos réponses seront synthétisées au niveau national et rendues publiques. »

    Si l’idée peut apparaître louable, elle est, pourtant, fondamentalement dangereuse.

    D’une part car la forme même du questionnaire rend toute analyse faussée. Elle n’apprend rien sur les désirs des masses. Que signifie le fait de cocher telle ou telle case ? La bourgeoisie et le prolétariat n’aspirent-ils pas à la prospérité et à la sécurité, ainsi qu’a la possibilité d’avoir moins de travail et plus de loisir ? Pourtant, derrière ces questions, le contenu de classe imprime une réalité différente.

    Quels sont les contenus des items suivants ?

    « Renforcer et transformer l’Education Nationale pour faire réussir tous les jeunes ? », qui peut se dire contre ? Mais cependant, cela signifie t-il une éducation privatisée, à l’exemple des friskols, ou une éducation de masse, ouverte à tous, laïque, critique et populaire ?

    « Je veux un meilleur salaire ? », « je veux des meilleurs conditions de travail », « je veux un emploi stable », « je veux un meilleur vivre-ensemble »… chacune de ces propositions peuvent être lues d’un point de vu bourgeois, libéral, droitier, ou peuvent être lues d’un point de vue populaire. Encore qu’il aurait pu être de bon ton, pour au moins sauvegarder les apparences, de parler de l’abolition du salariat.

    Chacun aspire le meilleur pour soi et ses proches, seulement cette aspiration se réalise, pour la bourgeoisie par l’écrasement, l’asservissement, l’aliénation des masses. Pour le prolétariat, cela passe, au contraire, par la lutte révolutionnaire et l’anéantissement de la bourgeoisie et de son ordre.

    Pourquoi ne pas demander, tant qu’a tomber dans la platitude, si la lutte contre la mort paraît une bonne ou une mauvaise chose ?

    Ce questionnaire ne cherche pas à stimuler la combativité des masses, ni à connaître les aspirations de celles-ci, il ne cherche qu’a superposer des conceptions déjà hégémoniques au sein du PCF sur les conceptions de celles-ci.

    Vox populi, vox Dei ? L’argument du désir des masses, du désir d’une population vidée de son contenu de classe, est un argument creux, démagogue. En faisant cela, le PCF se met à la remorque de conceptions qui peuvent être réactionnaires, sous prétexte qu’elles puissent être hégémoniques. Le rôle d’un Parti est de  stimuler, de diriger la lutte, de la faire progresser politiquement, non de devenir un porte-parole neutre de la population -comme si cela avait un sens- y compris des thèses fausses et erronées.

    Si 95% des sondés disent que le communisme est mauvais, le Parti Communiste – si tant est que ce terme ait encore un sens pour lui – doit-il se mettre à le clamer ? Ou, au contraire, devrait-il lutter contre ces idées fausses, en faisant, au sein des masses, d’une part la démonstration de la supériorité du système socialiste sur le capitalisme, et le fait, en pratique, que l’idéologie marxiste-léniniste est celle qui permet la libération des masses ? C’est ce que ferait un parti communiste. Un Parti Communiste est capable de déterminer la part juste des idées des masses, et les aspects faux. Il soutient les unes et lutte contre les autres.

    Admettons que le communisme soit majoritairement rejeté par le prolétariat. Les militants communistes peuvent, pour autant, s’appuyer sur la minorité la plus avancée, la moins touchée par les verbiages anticommunistes. Mais les militants et militantes doivent aussi, en s’appuyant sur le vécu des masses, sur leurs conditions de vie, sur l’exploitation et la domination qu’elles subissent, démontrer que la lutte contre la bourgeoisie et pour la révolution est la seule voie qui apporte une résolution. Même si cela demande de lutter, parfois de manière aigue, contre des conceptions fausses. Au faux vox populi, nous préférons le vox proletari.

    Un parti opportuniste, amorphe, démagogique comme le PCF, lui, ne cherche qu’a canaliser vers la réforme la colère des masse, où de s’appuyer sur elle pour avancer sont propre programme. Programme qui correspond aux intérêts de la classe qu’il sert réellement : la petite-bourgeoise et l’aristocratie ouvrière corrompue par l’impérialisme.

    Le « mandat populaire » est vide de contenu de classe.

    Comment serait-il crédible que ce questionnaire puisse être démocratique et valable ? Quel contrôle peut être effectué sur l’utilisation du contenu ? En supposant que les 500 000 personnes qui rempliraient ce questionnaires seraient, pour un part, constitués de mauvais esprits qui tenteraient d’envoyer le PCF dans une voie plus ridicule encore que celle qu’il prend actuellement, que ferait la direction des résultats ? Les adouberait-elle, ou les enterrerait-elles ?

    La citation attribuée à Staline -une parmi tant, non-sourcée- indique qu’il aurait déclaré, avec justesse, que l’important n’est pas tant le vote que celui qui le compte.

    Combien d’organisation, de mouvements, font le coup de la plate-forme internet pour permettre l’expression publique et populaire, prétendument, mais pour ensuite n’en tenir aucunement compte ? N’est-ce pas déjà le cas de la France Insoumise, voir même celui de La République En Marche, une façade de démocratie, mais un contrôle interne opaque et obscur.

    Le nouveau paradigme du mouvement, prenant le pas sur les partis, le permet pleinement. Un mouvement, pour reprendre la citation de Mélenchon n’est  «ni vertical, ni horizontal, il est gazeux, c’est-à-dire que les points se connectent de façon transversale: on peut avoir un bout de sommet, un bout de base, un bout de base qui devient un sommet…». Un parti, en revanche, fonctionne autour de statuts, de règles, de congrès, de conférences, d’assemblées générales, d’instances démocratiques et décisionnelles. Ces mêmes instances, déjà torpillées par le PCF, sont maintenant en passe d’être liquidées complètement.

    In fine ce questionnaire se prétend « exploratoire », mais il est manipulatoire. Il sert a faire adouber un programme déjà dessiné sur le fond, au sein du PCF. Ce programme électoral -à défaut de programme politique réel- tente d’utiliser la vox populi, la voix populaire, pour justifier un programme intégralement réformiste.

    A défaut de choix, ce questionnaire sert à préparer le terrain à un programme social démocrate de bas étage, dans le seul but de court-circuiter les adhérents qui s’accrochent à une idée révolutionnaire. Le prochain congrès du PCF sera dominé par cette voix du peuple que prétend incarner ce questionnaire. Il est déjà le texte de congrès. Il incarne déjà la ligne opportuniste, apolitique, économiste qui sera mise en oeuvre.

    Car là réside le drame. Combien de militants et de militantes sincères s’accrochent pour garder une « vieille maison » auquel ils et elles ont vouées -nous utilisons désormais l’accord de proximité- leurs vies ? Suffisamment pour que cela soit triste. Nous les comprenons, nous comprenons qu’ils et elles puissent vouloir renflouer le Titanic, puissent vouloir sauver ce qui fut, à une autre époque, le poing d’acier du prolétariat en lutte.

    Le PCF est irrécupérable. Sa structure n’est pas celle qui convient à un parti de type léniniste. Il n’est plus qu’un outil rouillé de conquête ou -plutôt- de conservation de quelques mairies, de quelques bastions. Il n’est pas un outil qui correspond à la tâche révolutionnaire, il n’est pas un parti révolutionnaire.

    Nous ne voulons pas, pour autant, construire nous-mêmes un mur de Berlin entre les militants et militantes PCF sincères et nous. Celles et ceux qui partagent le même fond idéologique sont dans la même bataille, livrent le même combat. Nous pensons qu’ils et elles ont tort sur cette question cruciale, et nous regrettons qu’ils soient les otages d’une direction, de cliques, qui se servent d’eux, les essorent, les mettent à leur service comme recruteurs « de gauche », pour maintenir en vie un zombie.

    Aujourd’hui, symbole de la déliquescence de ce zombie, Pierre Laurent compte supprimer la référence au communisme. Même au seuil de la mort, ce recul demeure grave. Même si le PCF ne l’a guère portée dignement, la destruction de cette référence idéologique demeure dans la droite ligne d’une tentative d’éliminer le communisme de la scène publique, de l’exterminer.

    A celles et ceux qui souhaitent répondre au questionnaire, nous ne pouvons que les inciter à le subvertir au maximum et à diffuser cette subversion. Celle-ci ne peut, à nos yeux, que passer par la mise sur la table, de la manière la plus massive et la plus large, d’un élément central, essentiel, incontournable de la définition politique du communisme : la dictature du prolétariat.

    Quelque soient les symboles, les noms, les termes employés dans les textes de congrès, ils n’ont pas de sens si ils ne forment pas le socle, la base, autour de laquelle tout s’agrège -cadres, structure, organisation, principes de direction.

    Nous ne pouvons qu’appeler les militants et militantes du PCF à acter que leur parti ne correspond plus à cela. Nous ne pouvons que les appeler à en faire le deuil et à avancer. Avancer vers la construction de l’outil qui manque aux masses, à l’heure actuelle : un parti léniniste, un parti pour battre la bourgeoisie, un parti pour construire le socialisme, capable de diriger l’action des masses vers la victoire.