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  • Accord nucléaire sur l’Iran : l’embargo imposé et la guerre qui couve.

    Accord nucléaire sur l’Iran : l’embargo imposé et la guerre qui couve.

    Accord nucléaire sur l’Iran : l’embargo imposé et la guerre qui couve.

                Les USA ont annoncé le 8 mai leur intention de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien, mis en place par le président Obama en 2015. Cet « épouvantable accord », ce « pire accord jamais signé » est désormais caduc, comme Donald Trump l’avait évoqué lors de sa campagne. L’argument avancé est celui d’une violation des principes de celui-ci par l’Iran. Or, rien ne démontre, à l’heure actuelle, que ces violations puissent avoir la moindre base de réalité.

                En échange de la levée d’une partie des sanctions internationales qui étaient en place contre le régime réactionnaire de Téhéran, celui-ci s’engageait à limiter son programme nucléaire, à faciliter les inspections et les contrôles et à modifier une partie de ses infrastructures pour qu’elles ne puissent servir à produire de l’équipement nucléaire militaire. Dans les faits, les inspections et les accords n’empêchent nullement la mise en place d’un programme militaire, mais l’accord compte sur le fait que la bourgeoisie iranienne à nettement plus intérêt à pouvoir commercer internationalement que de rester brimée par les sanctions et les embargos.

                Cela a permis au pétrole iranien d’inonder les marchés et à l’Iran de pouvoir récupérer 150 milliards d’avoirs qui étaient gelés par les sanctions. Pour la bourgeoisie iranienne et pour son développement économique, l’accord fait figure de succès important.

                L’ennui est que la situation géopolitique ne se nourrit pas que de paix. Plusieurs acteurs voient d’un œil particulièrement maussade l’idée d’une ouverture de l’Iran. Les USA voient dans cet Etat, tout comme dans l’Afghanistan, des zones qui doivent servir à maintenir la Russie loin des mers libres et des mers chaudes. Or, le rapprochement important entre Russie et Iran est une chose détestable aux yeux des stratèges US. Maintenir l’Iran sous embargo, sous fermeture, c’est s’assurer une sécurité sur la zone de front sud.

                L’Arabie Saoudite est une rivale de l’Iran. Tant du fait de la question du pétrole et de son exportation que d’une rivalité religieuse entre l’une -sunnite- et l’autre -chiite. L’Arabie Saoudite se méfie de la puissance croissante de cet Etat, en particulier d’un point de vue militaire. En 2010, Wikileaks révélait ainsi que l’Arabie Saoudite enjoignait les USA à frapper l’Iran, en demandant que ceux-ci « coup[ent] la tête du serpent

                La Turquie et l’Iran ont fait preuve d’une rivalité forte sur la question du régime Syrien. La Turquie essayant de s’accaparer le Kurdistan ainsi que plusieurs portions de la « Syrie utile » tandis que l’Iran joue le rôle de soutien au régime de Bachar Al-Assad, par ailleurs chiite, tout comme les Iraniens. Alors que la Turquie arme et soutien l’ASL, l’Iran fait de même pour le régime.  L’une et l’autre sont des puissances régionales et devenir, qui veulent s’affirmer sur le Moyen-Orient.

                Israël, sur le dossier Iranien, fait front avec l’Arabie Saoudite et la Turquie. Le soutien de l’Iran à la résistance du Hezbollah, au Liban tout comme la rivalité géopolitique d’une manière générale a poussé Israël à combattre en faisant feu de tout bois contre l’Iran. A l’époque du mandat d’Obama, l’Etat hébreux devait même être tempéré par son allié américain, du fait de sa lourde tendance à vouloir porter la guerre. L’accord sur le nucléaire Iranien fut vécu par beaucoup de soutiens à Israël comme une trahison et un reniement, entraînant un refroidissement brutal des relations israélo-américaines.

                Dès l’annonce du retrait de l’accord, Israël à procédé à des frappes, le 11 mai, sur des cibles iraniennes en Syrie. Ces frappes avaient pour justification officielle le fait que l’Iran voudrait utiliser le plateau du Golan, espace stratégique éminent, comme tête de pont contre l’Etat hébreux. Ces arguments illustrent au mieux la paranoïa, au pire le cynisme d’Israël. Israël qui, lors du 70ème anniversaire de la Nabka [la catastrophe] a tué plus d’une cinquantaine de Palestiniens et blessé plus de 2000. La tension est plus que palpable dans la région, et menace de dégénérer en une guerre ouverte, laquelle ne peut que se surinfecter par les interventions étrangères, tant la région est importante géopolitiquement et géo-économiquement.

                Paris, Berlin et Londres ont dénoncé ce retrait et cette tendance à la guerre, bien qu’eux-même la portent en agissant dans le conflit Syrien et Lybien. Non pas par grandeur d’âme, bien sûr, mais parce que l’Iran pourrait devenir un partenaire commercial important et lucratif pour les puissances impérialistes. Or, qu’est ce qui empêche simplement d’ignorer la décision américaine de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien ? Une chose simple, mais méconnue : l’extra-territorialité du droit américain.

                En 1977, le Foreign Corrupt Practice Act est mis en place. En 1998, cette loi visant à lutter -officiellement- contre la corruption s’étend aux entreprises étrangères. Cette loi se double de lois criminalisant le commerce avec les Etats sous embargo -en l’occurrence Iran, Cuba, Libye, Soudan…), puis, après 2001, de lois antiterroristes accroissant l’autorité des agences de renseignement américaines.

                En 2010, la loi Dodd-Franck permet à la Securities and Exchange Commission de réprimer toute infraction à la législation US, même si les acteurs sont tous étrangers. La même année, le FOreign Account Tax Complicance Act donne la possibilité au Fisc US d’agir de manière extra-territoriale.

                En 2016, enfin le Justice Against Sponsors of Terrorism Act permet aux citoyens US de porter plainte contre les Etats dont sont issus les individus ayant commis des attentats.

                Cet ensemble d’éléments fait que tout ce qui peut relier les USA à un acte qui leur déplaît est passible de poursuites judiciaires. Comme le cite Le Monde Diplomatique « Il suffit, écrit Me Paul-Albert Iweins, bâtonnier et ancien président du Conseil national des barreaux, qu’une opération contestée ait été libellée en dollars ou qu’un échange de courriels ait transité par un serveur américain pour que la juridiction américaine se reconnaisse compétente. » (Jean-Michel Quatrepoint, janvier 2017)

    En somme, dès qu’une entreprise à un orteil en territoire américain, dès qu’elle utilise une monnaie américaine, dès qu’elle est en lien plus ou moins direct avec des intérêts US, elle est soumise, de facto comme de jure au droit américain. Or, dans les faits, le dollar est la monnaie d’échange la plus utilisée et chaque grande entreprise est liée par des accords sous une forme ou une autre, avec des intérêts US. Donc il n’est pas possible de rester à l’écart des décisions intérieures des USA.

                En somme, si, pour le cas de Cuba, de l’Irak avant 2003 ou de l’Iran, une entreprise d’un Etat X veut braver l’embargo, elle subira forcément des rétorsions de la part du département de la Justice Américaine. A titre d’exemple, voici les sanctions prises contre quelques entreprises entre 2008 et 2017 (source : http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-info/i4082.asp)

                Ces sanctions découragent les Etats de mener des politiques contraires aux USA. Ce système de sanction, de plus, lance des amendes qui envoient des sommes colossales dans les caisses de l’Etat. Elles se dédoublent d’un système de corruption généralisé, car les intermédiaires et les sources sont rémunérées. Une ONG dénonçant une entreprise touche une part de l’amende. De plus, les peines sont également relatives à l’intérêt que porte aux entreprises l’Etat américain et ses entreprises. Déjà cité plus haut, l’article du Monde Diplomatique précise : « Dans une affaire de corruption en Indonésie, Alstom était associé à un groupe japonais, Marubeni. Celui-ci a composé dès 2012 avec le DOJ et n’a été condamné qu’à 88 millions de dollars d’amende. La facture pour Alstom, négociée en 2014, sera neuf fois plus élevée. Marubeni n’intéressait pas les poids lourds américains du secteur, alors qu’Alstom était déjà une cible pour General Electric. »

                Le doit américain, basé sur la common law, laisse, de plus, la possibilité d’interprétation et de jurisprudence la plus large. Comme l’Etat US n’est pas neutre dans l’affaire, c’est une machine infernale qui se met en branle.

    L’impérialisme américain montre, dans cette affaire, ses muscles. Il rappelle sa puissance à la face du monde et impose encore des volontés géopolitiques – pour le moment. Cette manœuvre n’est pas tant une démonstration de force qu’un aveu de la nécessité pour les USA, de durcir le ton. L’attitude de la Chine, dernièrement, en remettant en place des barrières douanières sur les produits US, illustre une certaine guerre économique larvée. L’impérialisme US jette un pavé dans la mare avec l’affaire iranienne, en coupant l’herbe sous le pied de la Russie et même de l’Europe, mais également en fragilisant encore la situation au Moyen-Orient.

    Cependant, nous nous méfions de ceux et celles qui font feu de tous bois contre lui, quitte à ignorer les autres. Quitte, surtout, à passer sous silence l’impérialisme français, qui, lui aussi, mène une politique criminelle, rapace et belliqueuse. Nous n’oublions pas que cibler notre propre impérialisme est une priorité, car il est à la fois notre premier bourreau, mais également il est celui sur lequel nous pouvons avoir une influence, pour soutenir ceux qu’il opprime. Nous ne tombons pas dans le piège de certaines organisations sociales-chauvines.

    Lénine définissait ainsi cette tendance : Le social chauvinisme, c’est la “ défense de la patrie ” dans la guerre actuelle. De cette position découlent, par voie de conséquence, la renonciation à la lutte de classe pendant la guerre, le vote des crédits militaires, etc. Les social-chauvins pratiquent en fait une politique anti prolétarienne, bourgeoise, car ils préconisent en réalité, non pas la “ défense de la patrie ” au sens de la lutte contre l’oppression étrangère, mais le “ droit ” de telles ou telles “ grandes ” puissances à piller les colonies et à opprimer d’autres peuples. Les social-chauvins reprennent à leur compte la mystification du peuple par la bourgeoisie, selon laquelle la guerre serait menée pour la défense de la liberté et de l’existence des nations, et se rangent ainsi aux côtés de la bourgeoisie contre le prolétariat. Sont des social-chauvins aussi bien ceux qui justifient et exaltent les gouvernements et la bourgeoisie d’un des groupes des puissances belligérantes que ceux qui, à l’instar de Kautsky, reconnaissent aux socialistes de toutes les puissances belligérantes un droit identique à la “ défense de la patrie ”. (Les principes du socialisme et la guerre de 1914-1915 , 1915)

    Luttons contre les provocations militaires et la course à la guerre. Luttons contre l’impérialisme américain et ses alliés. Luttons contre l’aventurisme militaire de notre propre impérialisme ! Soyons solidaires contre le spectre de la guerre !

     

  • La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945 – Partie 3

    La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945 – Partie 3

    Le 1945 des colonisés.

                De l’autre côté de la mer Méditerranée, la fin de la guerre est célébrée. Les contingents « indigènes » ont fait leur part du feu et rentrent dans leurs foyers. Des manifestations spontanées ont lieu, avec la bénédiction des autorités. Les nationalistes Algériens profitent de celles-ci pour rappeler leur existence, rappeler leurs revendications, pointer du doigt la contradiction entre fêter la mort de la bête immonde et maintenir un régime colonial basé sur la surexploitation, la privation de droits et le travail forcé.

                L’apparition du drapeau national algérien met le feu aux poudres. La police et les colons ouvrent le feu sur les manifestants à Sétif. Bouzid Sâal, un jeune scout, est tué par la police à Sétif. A Guelma, la scène est similaire, et un jeune manifestant meurt des suites de ses blessures, tandis que le quartier colonial se couvre de mitrailleuses. Des suspects sont interpellés et torturés. A Kherrata, un massacre est organisé en tout discrétion par les français, lesquelles, reprenant les mêmes méthodes que les Einsatzgruppen à Baby Yar, abattent et précipitent dans les ravins plusieurs centaines de suspects.

    Des émeutes éclatent alors en riposte. Des combats sporadiques ont lieu, ainsi que des vengeances, parfois aveugles, de rage, puis l’armée intervient brutalement. Si des morts ont été commises des deux côtés, leur disproportion illustrent la manière dont « l’ordre » a été rétabli.

    102 européens ont été tués, plus par rage, par vengeance, que dans une opération calculée de représailles. Le 11 mai 1945, le général de Gaulle ordonne à l’armée d’assurer « le maintien de l’ordre », en confiant au général Duval la conduite des opérations. Ces opérations sont des massacres et des exécutions sauvages, aveugles et terroristes. La France commet de nouveaux Oradour-sur-Glane. Pendant dix jours, le four crématoire de Lavie a tourné, sa flamme claire tranchant dans la nuit. Lorsque le 22 mai, la répression s’arrête officiellement. 900 morts le jour même, sous les balles de la police. Entre 20 000 et 45 000 sous le prétexte de liquider « …des éléments troubles, d’inspiration hitlérienne, [qui] se sont livrés à Sétif à une agression armée contre la population qui fêtait la capitulation de l’Allemagne nazie. La police, aidée de l’armée, maintient l’ordre et les autorités prennent toutes décisions utiles pour assurer la sécurité et réprimer les tentatives de désordre. »

     

    La France saute à pied joint dans la reprise de son Empire.

     

    A l’autre bout de la Terre, un scénario similaire se déroule. Si l’histoire de l’Algérie est relativement connue, la situation de l’Indochine mérite qu’on s’y attarde. La « perle de l’Empire », l’Indochine, sa colonie la plus rentable, avec ses minerais, son hévéa, ses bois précieux, était, durant la guerre, dans une situation étrange. A la suite de la défaite française de 1940, le Japon lorgne avidement sur cette position stratégique de premier ordre. D’une part car le Japon a besoin de ces produits, de l’autre car cela permettrait de couper une des voies de ravitaillement de la Chine.

    Le Japon fait donc pression, de manière forte, sur le gouverneur de l’Indochine, l’amiral Decoux. Dès juillet 1940, la primauté Japonaise est reconnue. Mais la situation ne convint pas aux forces japonaises, lesquelles menacent d’envahir purement et simplement l’Indochine. Entre le 22 et le 26 septembre 1940, après quelques combats sporadiques, les japonais prennent le contrôle de l’Indochine, tout en laissant l’administration de Vichy fonctionner et gérer la société. Cet événement, en soi, pourrait rester une anecdote. Mais cette opération a poussé les USA a geler l’approvisionnement en pétrole du Japon, et donc, l’a amené à se résoudre à la guerre.

    Il s’en suit une période paradoxale de collaboration franco-japonaise. La France n’est pas traitée en ennemi, mais pas totalement en allié. Le 10 janvier 1941, la Thaïlande, un des rares alliés du Japon, attaque le Laos et le Cambodge, voulant, par cette opération, étendre son territoire. Quelques jours après, la marine de guerre française réplique, coulant une grande partie de la flotte Thaïlandaise. Cependant le Japon arbitre en faveur des Thaïlandais, humiliant les français.

    A cette époque, la résistance anti japonaise est le fait, principalement, des groupes communistes, ancêtres du Vietminh. Les français, eux, restent dans leur grande majorité dans une logique attentiste, à part quelques déserteurs, dont l’un finit par combattre chez les soviétiques, dans le régiment Normandie-Niemen. L’OSS et les services secrets soutiennent les combattants vietnamiens, leur fournissant par ailleurs des canons sans recul et des lance-roquettes, qui jouèrent, en 1954, un rôle de premier plan dans l’écrasement des forces françaises à Dien Ben Phu

    En 1945, les Japonais sont en déroute. Étant donné l’effondrement du régime de Vichy et le ralliement progressif des cadres coloniaux à De Gaulle, ils n’ont plus confiance dans ces derniers. Pour tenter de sauvegarder leur situation, les forces du Mikado renversent la vapeur : ils opèrent un coup de force contre l’administration française. Coup de force qui se traduit, entre le 9 mars et le 15 mai 1945, par une série d’opérations militaires qui mettent les français en déroute. 4 500 morts et 37 000 prisonniers sont faits, contre un millier de tués chez les japonais.

    Si les forces françaises sont battues à plate couture, le Vietminh, lui, mène une guérilla d’ampleur, alimentée par le fait que les japonais ont vidé le pays de son riz et ont affamé la population. Après l’annonce des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, le 13 août, Ho Chi Minh lance une insurrection généralisée. Cette insurrection a pour but d’assurer le contrôle du territoire par des forces patriotiques avant que les dispositions prises à Postdam ne soient rendues effectives. Celle-ci prévoient l’occupation du nord par les troupes de Chang Kai-Check (Jiǎng Jièshí dans la nouvelle nomenclature), et le sud par les forces britanniques venues de Birmanie. C’est la révolution d’août, révolution étranglée par l’irruption des troupes étrangères.

    A la suite de la capitulation japonaise, la situation est extrêmement confuse. L’empereur Bảo Đại accepte d’abdiquer et de former un gouvernement d’unité nationale avec les communistes. Le Vietminh contrôle une partie de l’administration mais ne parvient pas à exercer la réalité du pouvoir. L’armée chinoise pille allègrement le nord du pays, et Chang semble vouloir mener une politique d’annexion. Au sud, les britanniques utilisent une partie des soldats japonais « oubliés » pour le maintien de l’ordre, tandis que certains de ces derniers rejoignent les troupes vietnamiennes. Les français, quant à eux, sont interdits d’entrer au nord par la Chine nationaliste, qui veut prendre la place du colonisateur, et au sud par les anglais qui contrôlent l’armée. Ce n’est qu’en octobre que Leclerc arrive à Saïgon.

    Le 2 septembre 1945, dans une atmosphère tendue, Ho Chi Minh proclame l’indépendance du Vietnam. Celle-ci ne peut cependant être réalisée que par le départ des français et des troupes d’occupation. La France, par ailleurs, négocie laborieusement pour que la Chine se replie, en échange d’un renoncement à toute prétention française sur celle-ci. Le général Leclerc, qui remonte de Saïgon, opte pour une ligne de conduite modérée, de négociation, avec les forces patriotiques.

    « J’ai recommandé au gouvernement la reconnaissance de l’État du Viêt Nam, il n’y avait pas d’autre solution. Il ne pouvait être question de reconquérir le Nord par les armes, nous n’en avions pas, et nous n’en aurions jamais les moyens. Rappelez-vous le Sud. Ici l’insuccès est certain… Il faut garder le Viêt Nam dans l’Union française, voilà le but, même s’il faut parler d’indépendance. A Fontainebleau doit être trouvée une solution garantissant à la France au moins le maintien de ses intérêts économiques et culturels… étant entendu que Hô Chi Minh persistera à vouloir se débarrasser de nous… Pour cela, tendez la corde, tirez dessus… mais surtout qu’elle ne casse jamais !… Il nous faut la paix ! »

    Le remplacement des chinois pas les français n’est pas entravé par les troupes d’Ho Chi Minh. Hanoï, la capitale du nord, est occupée sans un coup de fusil. Le PCI cherche alors une solution de compromis. Mais, dans le camp des français, l’idée d’accepter de perdre cette partie de l’empire apparaît envisageable. Contre le diagnostic de Leclerc, la France se prépare à la guerre. Elle ne se sent plus si faible, se sent appuyée par le revirement géopolitique US, qui élabore progressivement sa doctrine du containement, et qui s’intéresse de plus en plus au maintien des bastions coloniaux comme bastions anticommunistes.

    L’anticommunisme et le colonialisme se mêlent et débouchent sur une conclusion partagée par la quasi-intégralité des partis politiques de la métropole, à l’exception du PCF : il ne faut pas céder. Le 23 novembre 1946, l’armée française choisit donc la voie de la guerre, en bombardant, par artillerie, le port de Haiphong, ouvrant ainsi le premier acte d’une guerre qui ne s’est terminée qu’en 1975. La France choisit, pour conserver son empire, le napalm, les massacres et la torture, plutôt que la paix.

                Si ces opérations militaires sont connues et enseignées dans les programmes scolaires, d’autres, encore, sont tuts et passées sous silence, tâchant de sang, encore un peu plus, le drapeau tricolore.

     

  • La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945 – Partie 2

    La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945 – Partie 2

    Une après guerre conflictuelle.

            Le nazisme s’est construit, comme pensée politique, autour d’une vision apocalyptique du monde. Les nationaux-socialistes concevaient leur lutte comme un combat sans merci pour la « survie de la race » et pour la « pureté du sang ». Leur imaginaire se mariait parfaitement avec une idée de légion des damnés, de Ragnarök ou de crépuscule des Dieux.

         La défaite a certainement causé un terrible choc, pourtant, à des Allemands endoctrinés à croire dans les promesses du Führer ou dans leur prétendue supériorité naturelle sur les autres races. Cependant, les 1 200 000 SS, les millions de membre du NSDAP, n’ont pas tous été passé par les armes ou jugés, loin de là. Leur acceptation de la victoire alliée et soviétique paraît invraisemblable. Il parait fou que les Werwölf, ces unités de sabotage, n’aient pas opéré sur les arrières des troupes alliées, qu’il n’y ait pas eu d’assassinats, d’attentats, de combats, dans les années qui suivirent la défaite. Pourtant, l’historiographie bourgeoise le clame. Le nazisme est présenté comme un cauchemar éveillé, donc les Allemands et Allemandes se réveillent dès le 9 mai 1945.

    Le passage du nazisme à la future République Démocratique Allemande ne s’est pas fait sans heurts. La dénazification fut poussée le plus possible, chose permise par l’existence de cadres formés en exil en URSS, prêts à assumer la réalité du pouvoir et de la direction de l’Etat. La Nationale Volksarmee est gérée par des anciens du comité Freies Deutschland, le comité des officiers anti-nazis, tandis que les membres survivants du KPD et du SPD forment le SED, parti central de la vie politique. Le discours vers les Allemands et Allemandes de l’est a été celui d’une réconciliation. En somme, les autorités d’occupation ont déclaré aux Allemands qu’ils avaient été trompés par le nazisme, que celui-ci avait commi des horreurs, mais que désormais ils étaient, en quelque sorte, absous de leurs fautes, pour participer à la construction du socialisme.

    Ce discours explique paradoxalement la montée de l’extrémisme de droite, aujourd’hui, dans les Landern de l’ex-RDA. N’ayant pas été confrontés à un devoir de mémoire, se sentant déliés de toute responsabilité dans le génocide et dans la guerre, les jeunes générations voient moins l’adhésion au néo-nazisme comme un tabou que leurs homologues de l’ouest.

                A l’ouest, la dénazification se produit faiblement. La question de la future Guerre Froide balaie toutes les appréhensions. Progressivement l’OSS, Office of Strategic Services, l’ancêtre de la CIA, recrute tout ceux qui peuvent lui fournir des informations. Au début, celles-ci concernent le fait de retrouver certains dignitaires nazis, certains membres haut placés de l’appareil d’Etat. Par la suite, la question de la présence des réseaux communistes se fait plus pressante, et les profils recherchés changent.

               Spécialistes de l’URSS, spécialistes de la lutte contre les partisans, enquêteurs… l’Ouest veut faire barrage aux communistes en racolant toutes les vermines génocidaires disponibles. C’est à cette époque que Klaus Barbie devient agent américain, travaillant sans relâche à constituer des réseaux d’officiers fiables -terme qui, en 1945, ne peut que glacer le sang.

               Reinhard Gehlen, officier de renseignement Allemand, spécialisé sur l’URSS, est en charge d’une mission importante : constituer les services de renseignement de la future RFA. Gehlen est un officier atypique. A sa décharge, il fut proche des officiers anti-nazis, notamment de Henning von Tresckow, un des chefs de la conspiration du 20 juillet 1944. Dans les faits, cela n’enlève rien à son nationalisme forcené et son anticommunisme viscéral. Ce n’est pas non plus un démocrate ou un libéral.

               Il est intéressant de noter qu’il fut un proche de Franz Halder. Halder avait été le chef d’Etat-major adjoint de la Heer, l’armée de terre entre 1938 et 1942, avant d’être éjecté de ce poste par Hitler. Après la guerre, Halder a travaillé pour le compte du service d’Histoire de l’Armée Américaine. Avec d’autres généraux « propres », il met au point une historiographie, qui, pour une fois, est celle des vaincus. Elle met en avant l’idée d’une Wehrmacht « propre », découplée de la SS et des crimes de guerres. Cela permet, dans les études historiques, de renvoyer dos à dos la RKKA et l’Armée Allemande et d’ouvrir une brèche permettant de mettre sur le même plan l’URSS et l’Allemagne Nazie, tout en célébrant des « héros » militaires, tels Stauffenberg. La thèse de la gémellité des totalitarismes, longtemps combattue par les historiens un tant soit peu sérieux est une thèse désormais enseignée dans le système scolaire français. Fin de parenthèse.

               En Allemagne, dès 1947, Gehlen joue la carte de l’alarmisme le plus total, en prétendant que l’URSS -sur laquelle il est la source principale de renseignement- prépare une guerre éclair. Il parvient ainsi à obtenir plus de 200 millions de dollars de subvention par l’OSS et la CIA. Cet argent, Gehlen va l’utiliser pour aider les nazis ukrainiens, fournissant des armes et des équipements à ces derniers.

               Là réside un fait tout bonnement hallucinant. La très large majorité du public ignore donc que la guerre s’est poursuivie jusqu’en 1956 dans certaines régions d’Europe orientale. Les Banderistes, ces ultra-nationalistes ukrainiens, ont continué ainsi le combat, avec l’appui de l’organisation Gehlen, puis du BND. Des agents étaient infiltrés pour commettre des assassinats, des sabotages, pour semer le chaos et organiser des groupes terroristes. Ce n’est que par un travail d’infiltration opéré par le KBG que ces réseaux clandestins ont pu être décapités et que le fasciste Stepan Bandera pu être liquidé, en 1959.

               Dans d’autres Etats, notamment dans les Démocraties Populaires, les groupes d’extrême-droite issu de la période fascistes ont opéré de la même manière. Profitant du moment de flottement lié à la déstalinisation, ces réseaux ont tenté de frapper en Hongrie, en 1956, entraînant l’intervention de l’Armée Soviétique. Les courageux et héroïques insurgés de Budapest étaient, pour une grande partie des cadres, des individus qui avaient marché au pas de l’oie quelques années plus tôt, et qui n’avaient jamais renié cet engagement.

               Fondamentalement, les enjeux de l’après-guerre sont tels que les Etats capitalistes, qui perdent pied un peu partout dans le monde, ont fait feu de tout bois. Nombre d’agents formés par les nazis, ou de nazis eux-mêmes, ont ainsi servi d’experts pour aider à la formation de services secrets terrifiants, pour faire passer des armes, pour entrainer des groupes paramilitaires ou terroristes.  Dans l’esprit des ex-SS, il s’agit de la poursuite de leur lutte première : lutter contre le bolchevisme. Malgré la mort du Führer, il n’existe fondamentalement, dans leur esprit, pas de rupture entre leur travail pendant la guerre et celui mené après. Les réseaux stay-behind de la CIA représentaient la poursuite du werwolf. Ce n’est nullement un hasard si des criminels notoires ne sont jugés qu’après le plus dur de la Guerre Froide passé. Ils sont désormais inutiles, bons à jeter.

               Dans une lettre écrite à son ami, le pilote nazi Hans-Ulrich Rudel, Klaus Barbie décrivit le drapeau à croix gammée flottant, à la suite du coup d’Etat de Banzer, en Bolivie. Pour lui, cela formait l’accomplissement de sa carrière. Il écrivit également qu’ils vieillissent, certes, mais qu’ils avaient chacun semé une petite graine qui donnera des fruits. Fruits criminels, fruits empoisonnés. Fruits qu’ont servi, dès la fin de la guerre, les puissance coloniales à ceux et celles qui voulaient se soustraire à leur ordre injuste.

  • La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945. Partie 1

    La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945. Partie 1

    La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945.

    Partie 1

    Le 8 mai 1945 est à la fois une date splendide et une date trompeuse. Le jour de commémoration, en occident, de la victoire des forces coalisées contre celles de l’Axe en Europe est paradoxal.

    La victoire contre le nazisme est une victoire qu’il convient de célébrer. Elle est importante et ne doit pas tomber dans l’oubli. Le nazisme a massacré, massacré une quantité invraisemblable d’êtres humains.

    Massacré sous des prétextes racistes, sous des prétextes antisémites et sous des prétextes anticommunistes. 26.9 millions de citoyens et de citoyennes soviétiques ; 5.8 millions de polonais et de polonaises ; 1 million de Yougoslaves ; 5 950 400 Juifs et Juives.

    Tous assassinés dans un crime froid et innommable, fait au nom de la pureté de la race et de la croisade antibolchevique. Croisade à laquelle les collaborateurs de l’Europe entière ont participé, à laquelle les Etats croupions ont prêté main forte. Et, rappelons-le, tous n’étaient pas des membres de l’extrême-droite. La guerre d’anéantissement à entraîné dans son sillage des tenants de la gauche. Renégats de la SFIO ; renégats antisoviétiques.

    Se souvenir de Baby Yar, de Lidice, de Sobibor ou de Oradour est une chose importante. Importante car l’ogre génocidaire renaît sans cesse, dès que les tensions sociales, dès que les tensions inter-impérialistes se durcissent. Il est important de sans cesse se souvenir que certains, que certaines, parmi les plus vils et les plus avides des exploiteurs et des oppresseurs, sont toujours prêt à faire sortir de l’ombre des escadrons de la mort, dans le but de conserver ou d’accroître leur pouvoir -et leurs profits.

    Mais se souvenir, aussi, de Stalingrad, des Glières, des marais du Pripet, tout comme des cieux de l’Allemagne et des plages de Normandie, s’est se rappeler qu’il n’est pas si aisé d’enfermer les masses, de les écraser. Se rappeler de la résistance au sein même du camp de Buchenwald, c’est se souvenir du fait que, même dans l’abîme, les hommes -et les femmes- épris et éprises de liberté et de justice, ne se laissent pas passer sans mot dire dans le broyeur à os fasciste.

    Voilà pourquoi nous célébrons cette date comme un événement nécessaire.

    Mais cela doit-il occulter son caractère fondamentalement paradoxal ?

    Les Bastions de l’anticommunisme réinstallés.

    Paradoxal dans le sens où, avant même que les braises du fascisme soient consumées, des projets fébriles se sont mis en branle pour préparer les guerres suivantes.

    Les gouvernements occidentaux, qui, avant-guerre, avaient regardé d’un bon œil la montée de l’extrême-droite en Europe, n’avaient pas oublié le problème posé par l’existence de l’Etat prolétarien, par l’Etat soviétique.

    Ce qui différencie Neuville Chamberlain -grand « apaiseur » des années 30, admirateur secret des fascistes et des nazis- et Churchill -présenté comme son contraire- n’est pas une muraille de Chine. La seule différence est que Churchill était moins aveuglé par son anticommunisme et était plus à même de comprendre que la bête féroce, la bête hitlérienne, pourrait bien se retourner contre ceux qui l’avaient auparavant nourrie, pensant l’amadouer. Churchill, partisan de la méfiance, était prêt à faire bloc y compris avec sa bête noire de toujours pour protéger les intérêts de la couronne britannique et de sa bourgeoisie.

    Cependant, il n’a eu de cesse, causant par ailleurs une immense irritation chez ses alliés US, de pousser à ce que les opérations militaires visant à l’ouverture d’un second front aient lieu le plus possible là où les intérêts anglais résidaient : dans les Balkans. Le haut-commandement anglais, en effet, n’avait rien de plus empressé en tête, une fois que le sort des armes paraissait acquis, que de court-circuiter la progression de l’Armée Rouge, que de lui couper l’herbe sous le pied, que de tenter de réinstaller des gouvernements réactionnaires.

    Il fit deux tentatives. L’une fit long feu, en Pologne, où les anglais envoyèrent des agents au service du gouvernement nobiliaire et réactionnaire, dans le but d’occuper le pouvoir avant l’arrivée de la RKKA. Les caciques de l’anticommunisme en ont fait un prétendu exemple de la perfidie de l’Armée Rouge et de son haut commandement, en prétendant que l’URSS avait laissé l’insurrection de Varsovie, entre août et octobre 1944, se faire balayer.

    Il ne fait pas de doute que les soviétiques ne portaient pas dans leur cœur les agents de Bor. Cependant, ces derniers pensaient l’armée Allemande en déroute, et avaient sous-estimé les capacités de celle-ci à écraser les oppositions. L’Armée Rouge elle-même paya, devant Varsovie, un prix terriblement fort, à la suite de l’effort qui lui fut demandé pour aider le débarquement en Normandie. Faire un nouvel et colossal effort, avec des lignes de communication distendues, sans supériorité aérienne, pour soutenir des agents anticommunistes, voilà qui était trop demandé.

    La seconde, elle, fonctionna. Elle eut lieu en Grèce. Cet État était une obsession pour l’Angleterre et pour son gouvernement. Elle essaya, chaque fois que des débats avaient lieu sur la stratégie à suivre dans les campagnes alliées, d’imposer les Balkans comme théâtre d’opération. La logique sous-jacente était celle de pouvoir contrôler l’accès aux détroits, d’empêcher les futures Républiques Populaires d’avoir accès à l’Adriatique et l’Egée. Elle débarqua donc le 14 octobre 1944, entrant dans un pays quasiment vidé de ses occupants, trop pressés d’échapper à la tenaille formée par l’Armée Rouge et les partisans Albanais et Yougoslaves.

    Pour faire cela, il lui fallait remettre en place un gouvernement réactionnaire, à l’image de celui de Metaxas, avant-guerre, qu’on ne peut qualifier autrement que de fascisant. Seulement la résistance était majoritairement communiste, et l’ELAS était la force hégémonique. Seule, sans appui US, l’Angleterre débarqua donc en Grèce pour y ramener le roi Georges II. Chemin faisant, les soldats britanniques entreprirent méthodiquement d’écraser, en pleine guerre, les forces communistes.

    Déjà, la Guerre Froide se préparait, déjà certains esprits bellicistes entreprenaient des démarches pour qu’elle s’inscrive dans la continuité de la Seconde Guerre mondiale.

     

    -La Suite : Reinhard Gehlen, Klaus Barbie et Stepan Bandera contre l’URSS.

  • La répression frappe le jour des travailleurs et travailleuses.

    La répression frappe le jour des travailleurs et travailleuses.

    Solidarité avec les inculpés et inculpées du mouvement social !

    Ce premier mai fut sous le signe de la répression la plus sévère. plus de 200 interpelés à Paris. Plus d’une centaine de plus dans le reste de la France. La bourgeoisie a montré les dents et a frappé fort. L’Unité Communiste de Lyon affirme sa solidarité avec l’ensemble des inculpés du mouvement social, avec l’ensemble de celles et ceux qui subissent les foudres de la police, de la justice, dont la nature de classe est indéniable.

    L’Unité Communiste de Lyon soutiendra les événements visant à défendre les inculpés et inculpées, à leur fournir solidarité et soutien financier. Nous formons tous et toutes une même ligne de front, une même ligne de combat contre l’ordre bourgeois, contre la dictature de classe.

    D’autres font raisonner un sont de cloche tout à fait différent, et que nous, communistes, trouvons répugnant.

    Nous ne sommes pas pro-« black blocs ». Nous considérons que ce mode de fonctionnement correspond à une stratégie et des tactiques que nous ne partageons pas. Les menus dégâts sur des vitrines, sur des banques, sur quelques policiers ne sont pas les prémices de la révolution. La « propagande par le fait », chère à Bakounine, n’a jamais débouché sur les succès promis, n’a jamais formé « l’étincelle qui met le feu à la plaine. »

    Dans certains cas, des membres d’organisations -bien que ce mot soit récusé par leurs membres- ont agit de manière opportuniste, traitant les cortèges de manifestant comme des boucliers humains. Il s’agit là de pratiques qui sont incorrectes et qui dénotent une conception individualiste et romantique de la lutte politique.

    Ce n’était pas le cas à Paris. Ce n’était pas le cas à Lyon. Les actions se sont faites dans leurs cortèges, au sein desquels ils et elles se sont organisées. Leurs actions ont été faites sous leurs modalités. Ils et elles en ont assumé la responsabilité et en paient le prix fort.

    Alors, allons nous crier avec les loups ? Allons nous crier que ce sont des fascistes, comme l’a fait Mélenchon ? Allons nous condamner avec fermeté, comme le fait le PCF ? Allons nous, comme certains révisionnistes, dire qu’il faut un « Guépéou » anti-black blocs ? Allons nous pleurnicher pour quelques vitrines cassées et réclamer une fermeté sans précédent de la part de la Justice ?

    Alors nous faire bloc avec Le Pen et Wauquiez, dans leur exigence de sanctions ?

    Non. Nous sommes solidaires des interpellés et des interpellées.

    Il est possible d’être en désaccord avec les pratiques des Black Blocs. Il est tout à fait possible de considérer que leur tactique est inadaptée. Il est tout à fait tolérable et acceptable de publiquement le faire. Nous venons d’en apporter la preuve.

    Mais on ne poignarde pas -et c’est là une habitude des réformistes et des perfides cliques à double visage- ses camarades dans le dos, surtout quand ils et elles subissent la répression. Faire cela est une trahison. Celles et ceux qui l’ont fait ont révélé leur vrai visage, celui de réformistes complets, celui d’agent de la dictature de la bourgeoisie.

    Ils et elles demandent des enquêtes, demandent à comprendre comment la bourgeoisie, comment l’Etat a pu laisser passer cela, comment n’a t’il pas prévenu la présence de ces grossiers personnages vêtus de noir ! Ce que cela veut dire, in fine, c’est « comment se fait-il que la police ne les aient pas interpellés, interdits de manifester, assignés à domicile, retenus en détention de sécurité. » Voilà ce que signifient ces discours. Ces discours sont des appels du pied à la réaction.

    L’Etat n’est pas une institution neutre. L’Etat n’est pas un arbitre juste. L’Etat est un Etat de classe. Il est un Etat conçu, organisé, structuré, pour servir les ordres et les désirs de la bourgeoisie. C’est pour cela que la « révolution citoyenne par les urnes -dans les respect des institutions », promue par Mélenchon, est une farce. C’est pour cela que les nationalisations -démocratiques ou non- ne sont pas des ersatz de révolution. C’est pour cela que sans pouvoir prolétarien, sans Etat prolétarien, aucune victoire stratégique n’est possible.

    Les arguments des « anti » sont plus ridicules les uns que les autres.

    L’image médiatique ? Ont-ils, ont-elles, oublié à qui appartiennent les médias ? Qui détermine les lignes éditoriales ? Qui conçoit l’ordre du jour des rédactions ? La bourgeoisie. Elle fait tout pour trainer dans la boue les grévistes, celles et ceux qui luttent.

    Il n’y aurait pas eu d’affrontements, cela aurait été les allergies, le muguet, ou n’importe quel fait divers. Les revendications des manifestants et manifestantes auraient été, quelque soit la situation, passées à la trappe. Suivre cette logique revient à dire qu’il ne faut pas faire grève pour ne pas nuire aux usagers, qu’il ne faut pas manifester, car on ne retiendra que les embouteillages, qu’il faut ne faire que des pétitions polies et -surtout- voter.

    La peur de la violence ? Les cortèges de tête ont résolu le problème d’une manière plutôt élégante, en créant un espace dans lequel ceux et celles qui acceptent tacitement le risque d’un tir de lacrymogène peuvent se retrouver. De plus cette peur de la violence est hypocrite. La violence institutionnelle contre les masses est sans commune mesure avec une vitrine brisée. Une vie brisée, sans assurance derrière, jetant dans la misère les individus, voilà la violence véritable.

    Ceux et celles qui subissent de plein fouet l’oppression et l’exploitation savent reconnaître cette violence et cette colère. N’oublions pas que le luddisme, le fait de détruire les machines-outils lors des grèves, tout comme les émeutes, font partie de l’histoire ouvrière. Non, cette peur de la violence camoufle surtout une peur petite-bourgeoise d’effrayer les homologues de classe.

    « La violence est partout, vous nous l’avez appris

    patrons qui exploitez, et flics qui matraquez

    mais à votre oppression, nous crions « résistance »

    vous expulsez Kader, Mohammed se dresse.

    Car on expulse pas, la révolte du peuple…. » chantait Dominique Grange dans Les nouveaux partisans. Cela est toujours valable. Seulement les réformistes et les opportunistes veulent se prétendre la seule et unique porte de sortie. Tout doit passer par eux et par le vote. Ils se déclarent l’alpha et l’oméga de la politique et de la démocratie.

    L’argument de la répression est le plus ironique de tous. Ironique car, en prétendant protéger les manifestants de la répression, les tenants des ces tribunes appellent, en réalité, à réprimer certaines portions des manifestants. Ce serpent qui se mord la queue est d’autant plus vicieux que les lois répressives, même appliquées à des cas anecdotiques, tendent à le systématiser par la suite. Fichage ADN réservé aux délinquants sexuels puis adapté à tous et toutes ; contrôle des téléphones portables, écoutes illégales… etc. La bourgeoisie est une opportuniste : chaque loi peut lui fournir un angle d’attaque pour frapper. Tout est utilisable, du moindre fait divers à l’attentat le plus abominable.

    Oui, il est vrai que ces violences servent de point d’appui pour faire passer des lois scélérates. Mais sont-ce les anarchistes ou les autonomes qu’il faut condamner, ou bien une bourgeoisie vicieuse et agressive ?

    Gérard Collomb, grand artisan de la répression, s’est fendu d’un tweet fustigeant les violences inqualifiables. Nous allons les qualifier : elles sont faibles.

    Elles sont faibles en regard de celle qu’exerce, chaque jour, la bourgeoisie française. En France, où elle jette dans la misère, dans la rue, les masses populaires. Où elle condamne à un sombre avenir les travailleurs et travailleuses de l’hexagone. Mais également dans ses colonies et néo-colonies, où elle surexploite, vole, spolie des nations entières. Où son armée occupe les territoires, commettant exactions et crimes, tout en empêchant l’émergence de tout pouvoir indépendant. Dans le monde entier, le pays des droits de l’homme marchande des armes, signe des contrats avec des fascistes obscurantistes, noue des traités avec les fanatiques de Daesh.

    Et les larmes coulent pour des vitrines, montées en épingle, pour justifier tout et n’importe quoi. Simplement car, aux yeux de certains, de certaines, les manifestations sont là pour se pavaner, pour investir, et récolter les dividendes sous forme de vote.

    Nous, communistes, ne croyons pas dans les méthodes des blacks blocs, mais nous ne laisserons pas les loups de la bourgeoisie et du réformisme hurler à plus de brutalité policière, plus de violence, à un renforcement de la machine d’oppression étatique.

    Solidarité avec les inculpés et les inculpées ! Soutenons les initiatives de solidarité.

  • Manifeste de Philippe Val contre l’antisémitisme moderne :  Une instrumentalisation.

    Manifeste de Philippe Val contre l’antisémitisme moderne :  Une instrumentalisation.

    Manifeste de Philippe Val contre l’antisémitisme moderne :

    Une instrumentalisation.

                    Dimanche 22 avril, 300 personnalités, et non des moindres, ont signé, dans les colonnes du journal Le Parisien, une tribune. Celle-ci s’insurge contre le « nouvel antisémitisme » en France.

                    Il serait possible de se réjouir, de voir derrière cela une ferme intention de lutter contre le développement fulgurant d’une extrême-droite radicale, raciste et antisémite. De voir une condamnation de l’existence des Bastions Sociaux, de se dresser contre les opérations menées par les Jeunesses Identitaires.

                    En somme, de voir un texte important fustiger l’attitude de Gérard Collomb, qui considère que condamner le fascisme est une « gesticulation. »

                    Mais nous sommes dans la France en 2018. Et les signataires de cette pétition lui donnent d’ores et déjà un contenu politique dont on ne peut qu’être méfiant.

                    Manuel Valls ; Bernard Cazeneuve ; Laurent Wauquiez ; Nicolas Sarkozy ; Alain Finkielkraut sont de la partie. Voilà qui annonce la couleur. En fait de texte progressiste, en fait de texte dénonçant le racisme, il s’agit d’une instrumentalisation pure et simple de la question de l’antisémitisme. Elle est de plus, orchestrée par Philippe Val, ancien directeur de Charlie Hebdo, notoirement connu pour son soutien la politique d’Israël tout comme pour ses tendances à l’islamophobie quelque peu débordantes.

                    Les pétitionnaires dénoncent rien moins qu’une « épuration ethnique » et exigent le fait que  « que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémitisme catholique aboli par (le concile) Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime ».

                    Oui, l’antisémitisme existe, c’est un fait. Oui, il est présent dans les masses populaires, une forme latente, dans certains milieux anticapitalistes, sous l’équation juif = bourgeois. Oui, il est sain et il est légitime de le combattre. Il existe également du fait de l’instrumentalisation  par des réactionnaires de la question de l’existence d’Israël et de la politique de cet Etat. « au vieil antisémitisme de l’extrême droite s’ajoute l’antisémitisme d’une partie de la gauche radicale qui a trouvé dans l’antisionisme l’alibi pour transformer les bourreaux des juifs en victimes de la société » dit le texte. Une manière de faire exactement ce même tour de passe-passe, et de faire de l’antisionisme un antisémitisme pour le combattre.

                    Mais cette réaction, cet antisémitisme, qui le combat ? Ce ne sont nullement les signataires de cette pétition. Eux ont comme ambition de créer un faux débat, un faux choix. Etre contre eux, selon eux, c’est cautionner et soutenir l’antisémitisme. Un désaccord avec eux serait un geste de sympathie en direction d’une nébuleuse terroriste islamiste. Cela revient à prendre en otage le débat, à prendre en otage la lucidité politique. Il s’agit d’une méthode terroriste au sens premier du terme.

                    Qui lutte contre l’antisémitisme ? Ce sont les communistes et les progressistes. Ce sont eux qui, par l’éducation, par l’explication, font prendre conscience que ce qui forme le grand fossé dans la société n’est pas la question religieuse. Ce ne sont ni les différences de nation, de religion, de genre qui le sont, mais les différences de classe qui priment. Ce sont elles qui répartissent la population en deux camps antagoniques : les masse populaires contre la bourgeoisie. Les prolétaires contre ceux qui les exploitent.

                    Cette tribune est le fruit d’une coalition de réactionnaires qui, à aucun moment, ne cherchent à lutter contre l’antisémitisme. Elle n’est que de l’huile versée sur les flammes déjà rugissantes du racisme et de l’islamophobie qui en est le paravent. Elle sert de catalyseur à toute une mentalité pogromiste présente dans unes partie des masses de France. Les réactionnaires et les fascistes veulent attiser cette xénophobie, cette tendance au conflit, veulent l’instrumentaliser et s’en servir comme appui pour écraser les masses populaires dans leur ensemble.

                    Eux sont du côté de ceux qui, en secret, se réjouissent de l’antisémitisme. Ils sont ceux et celles qui, cyniquement, instillent les luttes entre les ethnies, entre les genres, entre les nations pour le compte de leurs intérêts.

                    Oui, les religions portent un poids réactionnaire. Elles défendent des modes d’organisation de la société basées sur des conceptions rétrogrades, patriarcales, obscurantistes. Il est légitime de combattre les aspects réactionnaires des pratiques. Mais combattre ces aspects ne signifie pas réclamer un recours au couperet du législateur, autrement que par une non-ingérence des affaires religieuses dans les affaires publiques. Kalinine, brillant éducateur, président de l’URSS de 1924 à 1947, résumait ainsi sa politique : « Chez nous, personne n’est persécuté pour sa religion. Nous la voyons comme une erreur idéologique comme les autres, et nous la traitons par l’éducation. »

                    Les signataires de cette tribune ne veulent pas appuyer les éléments progressistes parmi les membres de la communauté des fidèles. Ce n’est pas leur but. Leur but est de frapper fort, violemment, contre les musulmans. Leur but est de déclencher un Pearl Harbor religieux, en s’attaquant au symbole le plus sacré des religions monothéistes, leur livre, le Coran. Exiger la réécriture ou la condamnation de certains passages, cela revient à frapper au cœur ceux et celles qui croient. Cela revient à exiger un acte d’auto-humiliation pour des communautés déjà frappées par la stigmatisation quotidienne. D’autant que les individus pris dans l’abominable spirale de la radicalisation religieuse n’ont jamais été des lecteurs avides du Coran ou des textes religieux. Car, miroir des fascistes, les obscurantistes mentent et déforment sans vergogne les faits pour qu’ils collent à leur désirs et leurs projets.

                    Non, tout ce qui les intéresse, c’est de se positionner dans la course à la réaction la plus virulente. Une compétition dans laquelle Les Républicains et le Front National rivalisent pour tenter d’appuyer les thèses les plus putrides, les plus réactionnaires, les plus fascisantes. Ils rivalisent pour nourrir les masses de messages incitant à la haine raciale. Ils rivalisent pour semer la discorde et le chaos parmi des masses populaires qui ont le plus grand besoin d’union et d’unité.

                    La bourgeoisie sent que les masses se raidissent, même privées d’un parti politique révolutionnaire. Elles se raidissent contre les menaces, contre les assauts, contre les liquidations de leurs droits. Elles se raidissent, se durcissent, radicalisent leur pensée. Semer la discorde, semer les germes de la guerre, voilà une méthode qui permet de les fragmenter.

                    Rejetons l’agitation et la propagande des provocateurs réactionnaires ! Opposons la solidarité de classe à l’agression raciste camouflée. Ne laissons pas la bourgeoisie diviser ceux qu’elle exploite, ceux qu’elle opprime. Ne laissons pas les fascistes imposer leur chape de plomb sur la société et sur le monde ! Défendons les droits démocratiques des minorités religieuses.

                    Défendons la solidarité populaire ! Dénonçons le racisme  !

  • Osons poser la question de la politique dans la grève !

    Osons poser la question de la politique dans la grève !

    Oser poser la question de la politique dans la grève.

                    L’offensive du patronat bat son plein. La bourgeoisie monopoliste, profitant du champ libre, frappe de toutes ses forces de larges parties de la population, des pans entiers de la société. Santé, chômage, retraites, éducation, SCNF, code du travail… En quelques mois, les exploiteurs et les exploiteuses tentent de reprendre l’équivalent de dizaines d’années de luttes.

                    Pourtant, les masses ne se laissent pas faire. Les syndicats -bien que la CFDT, dont le sens proverbial de la trahison s’illustre de nouveau- appellent à résister, à combattre. Les grèves sont suivies, les manifestations sont denses, les facultés sont bloquées.

                    Cependant, pour le moment, les liens entre les mobilisations demeurent ténus. Les luttes sont parallèles, se regardent mutuellement, se soutiennent mutuellement, mais demeurent des luttes. Elles comptent sur leurs forces séparées, sur leurs capacités de résistance, sur leurs capacités à durer dans le temps. Elles sont des fronts. Souvent, hélas, ces fronts sont battus les uns après les autres, dans le détail. Ils tombent les uns après les autres.

                    L’idée de répondre à ce problème de division ne date absolument pas d’hier. Elle est une thématique récurrente, constante, au travers des forces qui luttent. Il faut dire qu’elle est logique et répond à un besoin reconnu par tous. C’est de ce constat que sort l’idée de convergence des luttes, notamment popularisée par l’organisation trotskiste N.P.A. et par les interventions de son leader, Olivier Besancenot.

    Qu’est ce que la convergence des luttes ?

                    L’idée de la convergence des luttes est définie par Wikipédia de la manière suivante : La convergence des luttes est une démarche syndicale en usage dans le syndicalisme de lutte, mais aussi parfois dans le monde associatif militant, qui tend à faire converger dans un mouvement social commun des luttes différentes mais proches.

                    La convergence des luttes est donc une manière de tenter de faire marcher ensemble différent secteurs, de les coordonner, de les synchroniser. C’est une étape importante dans le fait de constituer un front unique contre la politique gouvernementale, mais il s’agit fondamentalement d’une étape insuffisante.

                    Nous défendons l’idée qu’un comité national de grève puisse émerger et représenter une instance de débat et de coordination des différents secteurs en lutte, que cela permette de concrétiser cette jonction. Mais, surtout, nous défendons le fait qu’il ne suffit pas d’adjoindre les revendications les unes aux autres, comme dans un empilement accidentel. Une unification des luttes, ce n’est pas une addition, c’est une synthèse.

                    La lutte heurte un plafond de verre. Celui du traitement économiste et sectoriel de questions qui dépassent ce cadre. Restant dans l’idée de revendications -légitimes au demeurant- concernant les conditions de travail, celles-ci forment une riposte au coup-par-coup, une contre-offensive limitée.

                    Les syndicats ont leurs limites. Ils sont des outils de défense des droits des travailleurs, et dans ce rôle, sont irremplaçables. Mais la question qui se pose, à l’heure actuelle, n’est plus celle de l’adjonction de revendications nouvelles, mais bien celle de leur synthèse.

                     leur synthèse est politique, elle ne peut être que politique.

                    C’est  là la tâche des communistes, d’apporter cette synthèse politique, laquelle est le fruit d’un travail demandant une réflexion théorique et idéologique préalable.

                     Les réformistes le font d’une manière mensongère, en orientant les voix des ouvriers vers leurs organisations, en surfant sur la colère des masses pour gagner en postes et en sièges.

                    Quant aux trotskistes, un simple coup d’œil sur leur programme politique permet de déterminer la fausseté de leur pratique. Ces programmes « politiques » sont des programmes de syndicats : hausse des salaires, baisse du temps de travail… Au lieu de faire progresser la conscience politique des masses, ces organisations la maintienne en arrière, la rabaisse au niveau le plus platement économiste de la lutte.

                    Dans la bouche des syndicats, parler de hausses de salaires, de réduction de temps de travail, de nationalisations, tout cela est logique et cohérent. Dans celles des organisations politiques, elles sont des reculs et des diversions.

                    Les organisations politiques posent la question en termes politiques, ou se muent en échecs. Lénine écrivait que « hors du pouvoir, tout est illusion. » Or, c’est bel et bien le rôle des organisations politiques d’expliquer, de défendre, l’idée que seule la question du pouvoir est à même de résoudre les problèmes de la société. De défendre que le front uni, le front unique des travailleurs, ne peut que se créer derrière une conception politique -même minimale- commune.

                    La bourgeoisie n’a qu’a attendre. Elle est patiente. Elle peut tenir le choc des grèves et des mouvements, comme l’a fait Thatcher. Tant que le mode opératoire et les mots d’ordre demeurent économistes, rien de mal ne peut se passer. Le pire scénario serait d’avoir une opposition politique sociale-démocrate. Elle serait un marchepied, un paillasson, tout comme l’ont été Mitterrand et Hollande.

                    Une grève générale pourrait faire reculer certaines attaques. Mais l’unité de volonté de la bourgeoisie semble être de fer. La bourgeoisie veut remporter cette bataille centrale, celle du contrat de travail, celle de pouvoir faire travailler les exploités avec un revolver sur la tempe. Même la plus grande des grèves générales demeure défensive. L’offensive est politique. L’offensive se fait derrière l’idée que c’est la conquête des outils du pouvoir qui permet la victoire.

                    C’est pour cela que la bourgeoisie exècre la politisation des luttes. Elle exècre le fait que les masses puissent mettre en doute la légitimité de son pouvoir et de son ordre. La politisation de la lutte et le renforcement des organisations politiques révolutionnaires, des organisations de masse, des fronts, l’avancée de la conscience politique sont tout autant de menaces pour elle.

                    C’est pour cette raison, justement, que les questions politiques doivent être développées.

                    Le mouvement du 5 mai, maladroitement, derrière une ambition opportuniste et électoraliste, pose néanmoins la question de la politique. La France Insoumise, en effet, veut sortir de la lutte économiste, mais bel et bien pour fédérer celles et ceux qui sont en colère dans les rangs de leur organisation, pour que ceux-ci et celles-ci votent Mélenchon et l’acclament comme le tribun de la plèbe qu’il rêve d’être.

                    La question politique est pourtant légitime, tout comme l’est la question du pouvoir. Le gouvernement est un gouvernement au service de la bourgeoisie. L’Etat est l’instrument de cette même bourgeoisie. l’Assemblée Nationale est une chambre d’enregistrement des désirs de cette classe sociale. Les élections n’existent que pour la légitimer.

                    La question politique se pose donc, sous une forme qui est hors des cadres établis, qui est hors des salons, des institutions. Elle est dans le fait de réclamer, pour les masses, une légitimité. Une légitimité politique, basée non pas sur la démocratie bourgeoise, sur les élections organisées par celle-ci, mais sur la démocratie populaire, sur les assemblées de lutte, sur les assemblées générales organisées par les masses populaires. Elle est le fait de réclamer, comme le disait Mao, une fraction du pouvoir réel.

                    L’Unité Communiste de Lyon défend depuis fin 2016 la notion d’opposition extra-parlementaire. Une opposition hors des lieux et des cadres de la bourgeoisie. Une opposition dont le but n’est pas de concurrencer sur son propre terrain les organisations de cette classe, mais bel et bien de se réclamer comme un noyau légitime.

                    Car, la vérité, la voilà : les masses populaires produisent l’intégralité des richesses de la Terre. Les travailleurs, les travailleuses, sont celles et ceux qui sont les forces créatrices du monde. La bourgeoisie les en spolie et les spolie également du pouvoir. Or, ceux et celles qui produisent doivent être ceux et celles qui dirigent !

                    Cette question est cruciale, au final, car elle est ce qui sépare deux conceptions de la lutte. Une vue comme restreinte au cadre bourgeois et parlementaire, comme une prière adressée au gouvernement, aux députés, pour qu’ils et qu’elles abandonnent leurs attaques. L’autre vu comme le fait que la légitimité du pouvoir bourgeois est remise en question, et que l’édification d’un pouvoir populaire est le point central des luttes.

                    Même si une défaite apparaît, elle ne sera pas une réelle défaite si les organisations révolutionnaires ressortent grandies, renforcées, légitimées par leur action dans les luttes. Si le drapeau rouge de la révolution est plus présent, plus fort, si les idées révolutionnaires font leur chemin, alors c’est la bourgeoisie qui aura subit une défaite stratégique.

                    Politisons les luttes ! Dénonçons le pouvoir de la bourgeoisie ! Défendons l’opposition extra-parlementaire !

  • Les funestes projets répressifs de la bourgeoisie

    Les funestes projets répressifs de la bourgeoisie

    Les funestes projets répressifs de la bourgeoisie

    Aujourd’hui, au Parlement Européen, l’eurodéputé écologiste Belge, Philippe Lamberts, s’est adressé au Président de la République Française, Emmanuel Macron. Le contenu illustre la perception que peut avoir l’étranger de la politique intérieure de notre Etat.

    L’Education Nationale, les médias bourgeois -et même parfois certains égarés, les politiciens et politiciennes bourgeoises nourrissent l’illusion d’une  « France mère des droits de l’Homme », d’une civilisation pétrie par l’humanisme et les Lumières, d’une grandeur et d’une mission civilisatrice. Celle-ci ne sert qu’a maintenir la paix sociale par l’idée que « les choses sont pires ailleurs », tout comme à justifier les charniers de la colonisation.

    Mais, pour les observateurs qui bénéficient de recul sur cette situation, pour ceux qui peuvent bénéficier d’une certaine objectivité, le tableau est autre. Le discours de l’eurodéputé Belge l’illustre. A ses yeux, Emmanuel Macron et son gouvernement sont l’antithèse de la devise de la République qu’ils représentent .

    Sur la Liberté, le député est revenu sur les pratiques policières, sur la garde à vue systématique des opposants, sur les interdictions de manifester, les assignations à domicile, sur les perquisitions et la surveillance constante de la société et de ses éléments revendicatifs.  Revenant sur les grenadages massifs de Notre-Dame-des-Landes, Philippe Lamberts a déclaré que les forces de l’ordre « écrasent dans la violence les projets de celles et ceux qui inventent depuis des années une autre manière de vivre ».

    Sur l’Egalité, le programme politique et social du président est passé en revue. Se vantant « premier de cordée », Emmanuel Macron reçoit la réplique suivante : « Dans nos sociétés, cette corde n’existe plus: les riches s’enrichissent, les classes moyennes stagnent et se précarisent tandis que les plus fragiles sont abandonnés à leur sort. » Il s’agit pourtant d’un euphémisme bien doux. Les ventes d’armes aux dictatures qui s’en servent pour écraser leurs masses populaires ou pour faire la guerre au voisin n’ont pas été épargnées.

    Sur la Fraternité, les propos du « philosophe Macron » sont revenus sur le devant de la scène : « Vous croisez des gens qui réussissent et d’autres qui ne sont rien. » Illustrant bien là de darwinisme social poussé à l’extrême du président. De même, le projet de loi Collomb avec « ses procédures expéditives, ses recours non suspensifs et ses détentions administratives » tout comme la Police qui lacère les tentes de ceux qui fuient la misère et la guerre.

    Macron a répondu. Il a répondu sur la forme, sur son orgueil blessé, sur l’aspect discourtois de l’attaque. Mais non sur le fond. Qu’aurait-il eu à dire ?

    Car la vérité, la voici. La bourgeoisie et le gouvernement à ses ordres préparent une vaste offensive de répression.

    Sur le terrain, les forces de l’ordre frappent fort. Les mobilisations universitaires et Notre-Dame-des-Landes sont noyées sous les gaz lacrymogènes, chaque fois plus forts, chaque fois plus toxiques. Les coups de matraques pleuvent, tandis que le recours aux grenades de désencerclement, celles qui ont tué Rémi Fraisse, devient banal.

    Les préfectures font pression pour que les présidents d’université autorisent les expulsions violentes par la Police -avec arrestations à la clé- tandis que les fermetures administratives sabotent la mobilisation étudiante. Ainsi, à Lyon II, la présidente de l’université, Nathalie Dompnier, réputée progressiste, a courbé l’échine sous les demandes de la préfecture, et a fait sonner la charge contre les étudiants et étudiantes qui occupaient le campus.

    Lorsque cela ne suffit pas, les fascistes sont envoyé pour faire le sale travail, en toute impunité. L’Etat encourage la formation de milices anti-grévistes, tandis que les médias tenus par la bourgeoisie hurlent à la prise d’otage.

    Ce qui était possible et relativement anodin, en termes d’actions et de mobilisation, il y a dix ans à peine, devient un danger considérable qui peut mener à la prison ferme.

    Mais le législateur réactionnaire veut plus. Veut aller plus loin. Les servants se pressent autour de la bourgeoisie, chacun rivalisant d’inventivité pour mettre à genou le droit des travailleurs et des travailleuses.

    Le 11 avril 2018, une coalition de députés Les Républicains ont ainsi fait une proposition de loi, la proposition n°871, visant à encadrer le droit de grève.  14 députés et députées ont ainsi élaboré un texte qui illustre avec une clarté d’eau de roche la perception qu’a la bourgeoisie du droit de grève.

    Dès l’exposé des motifs, les auteurs tirent à boulets rouges : Le Préambule de la Constitution de 1946 prévoit que le « droit de grève s’exerce dans le cadre des lois qui le réglementent ». Malgré cette invitation du constituant, le législateur n’a encore pas véritablement tracé les limites de l’exercice du droit de grève en France.

    Très concrètement, la France est le pays où le recours à la grève est le plus pratiqué. Pour exemple, entre 2005 et 2014, la France a perdu entre 6 et 8 fois plus de journées de travail que le Royaume-Uni ou l’Allemagne ! Pour la seule année 2016, la France a connu 801 grèves, dont 691 grèves locales et 113 grèves générales interprofessionnelles. [Nous ne pouvons que nous en féliciter, même si cette information est particulièrement contestable.]

    Les solutions aux conflits sociaux varient selon les systèmes juridiques. Dans les pays scandinaves et anglo-saxons, il existe des méthodes très élaborées permettant de mettre fin à la grève à travers le dialogue. En Norvège, une entité spécifique appelée « Commission technique des rémunérations » (TBU) présente les estimations de compétitivité permettant des négociations salariales. L’exercice du droit de grève est également encadré en Allemagne où le déclenchement de la grève suppose une phase préalable de négociation entre les partenaires sociaux et implique que 75 % des salariés adhérents à un syndicat aient voté favorablement. [C’est nous qui le soulignions]

    Le droit de grève, comme tout droit, est susceptible d’abus. Cela peut notamment être le cas face à des grèves à objectif purement politique et des grèves portant une atteinte excessive à la continuité du service public. [Idem] Aujourd’hui, en France, les sanctions de l’abus du droit de grève sont réglementées par des règles jurisprudentielles, qui au-delà d’être laissées à l’appréciation du juge, sont souvent morcelées et incohérentes. Cela pose un véritable problème d’intelligibilité du droit. (…)

    Il ressort de cette entrée en matière deux aspects principaux qui caractérisent parfaitement le projet des réactionnaires : S’attaquer aux « grèves politiques » en premier aspect. En second aspect, instaurer un système de démagogie et d’individualisation du rapport à la lutte sociale, en soumettant chaque décision de lutte à un référendum.

    Une grève politique qu’est ce que c’est ?

    Le Comité européen des droits sociaux (CEDS) du Conseil de l’Europe a autorisé les gouvernements des États membres à prohiber les grèves « purement politiques » dans le respect de l’article 6§4 de la Charte sociale européenne (Conclusions I, 1969, Observation interprétative relative à l’article 6§4, p. 39). Selon le CEDS « une grève peut être organisée uniquement pour résoudre un différend collectif du travail ». L’article 6§4 de la Charte sociale européenne ne reconnaît pas le droit de mener des grèves portant sur des matières relevant de la politique gouvernementale.

    Dans l’histoire moderne, les premières grandes limitations des grèves politiques en Europe sont intervenues au Royaume-Uni, sous l’impulsion du Premier ministre Margaret Thatcher, en 1982, pour éviter que les dirigeants syndicaux deviennent les arbitres de l’économie britannique. En Allemagne, toute « grève politique » contre les lois discutées au Parlement ou projetées par le gouvernement est illégale et peut être sanctionnée par une mesure de licenciement. Mais, cette prohibition existe aujourd’hui dans la plupart des pays européens…

    Cela signifie en somme qu’une grève politique est une grève qui s’attaque au travail du législateur, aux projets de lois -comme celui-ci. En somme, il indique que le travail de la chambre des députés, que le travail du gouvernement, est intouchable. Qu’il est oint de la légitimité des urnes.

    Il pourrait y avoir une certaine logique, dans un monde merveilleux, à partir de ce principe là. Si le gouvernement et l’Assemblée étaient réellement ceux des masses populaires, si les mandats politiques étaient définis, en place et lieu de blancs-seings et de chèques en blancs laissés aux agents de la bourgeoisie, il serait possible d’y voir une cohérence.

    Mais l’Assemblée Nationale, tout comme l’ensemble des institutions de l’Etat bourgeois, sont les arènes de la lutte contre les intérêts des masses, contre les droits et les gains sociaux des travailleurs et des travailleuses. Les programmes et les mandats ne sont que de la poudre aux yeux des votants et des votantes, que des jeux de lumière et des trompes-l’œil. Le mandat et le programme est celui de la bourgeoisie. Point final. Le reste est dans la nuance.

    Ecraser et interdire les grèves politiques, cela revient à briser tout droit de regard de la part des travailleurs et des travailleuses sur la manière dont ils et elles sont exploitées. Cela revient à limiter la lutte contre des aspects d’application de lois décidées en amont. Pour le reste ? Il faut voter dans une démocratie étriquée et étranglée par les règles définies par la bourgeoisie. Cela revient à limiter la grève à une opération tactique, à une critique des conditions de travail, mais de priver les syndicats d’une dimension d’outil stratégique, d’outil de combat contre un projet de société et contre une offensive généralisée des capitalistes.

    Voilà comment ces apprentis-fascistes veulent définir le droit de grève :

    Art. L. 2511-1. – L’exercice du droit de grève ne peut porter que sur les conditions de travail définies dans les protocoles d’accord, conventions d’entreprise ou de branche.

    Toute participation à une grève politique est constitutive d’une faute lourde justifiant le licenciement.

    Une loi, la Loi Travail, par exemple, serait une grève politique. Elle serait donc, pour l’ensemble des individus qui ont participé à la lutte, un motif de licenciement. Voilà la démocratie à laquelle nous voue le patronat. Mais cette démocratie, justement, est à double tranchant.

    Voter à bulletin secret avec les patrons ?

    Le second aspect est tout aussi pervers et vicieux : il s’agit de jouer sur la démocratie, ou plutôt le démocratisme, pour saboter les grèves. l’exemple des 75% de votants dans un syndicat -En Allemagne- pour décider de la grève est en contradiction même avec la conception de la lutte syndicale, qui vise à protéger les syndiqués en tant qu’individus, pour éviter qu’ils ou elles ne subissent les foudres vengeresses des patrons ou des patronnes. En pratiquant ce type de fonctionnement, les individus peuvent être pressurés et pousser à refuser la grève.

    Le démocratisme est une facette intéressante des régimes bourgeois. D’un côté on demande aux individus de se prononcer, mais on insiste sur un point : « Pour être légale, la grève doit être votée par un scrutin organisé à bulletin secret et sous réserve que 50 % au moins des salariés de l’entreprise s’y déclarent favorables. »  (Art.2) Et « Pour être légale, la grève doit être votée par un scrutin organisé à bulletin secret et sous réserve que 50 % au moins du personnel, mentionné à l’article L. 2512-1, s’y déclarent favorables. », pourquoi avons-nous souligné le caractère secret du vote ? Car nous sommes de véritables démocrates, et que tout vote est l’engagement d’une responsabilité qui transcende, qui dépasse celle de l’individu pris isolément. Celui qui, par peur, par frayeur, vote contre la grève dans la solitude de l’isoloir, se déresponsabilise des conséquences funestes de son acte. Le vote public, le fait d’assumer publiquement une position dans l’Assemblée Générale, est un acte de démocratie dans son essence la plus pure, la plus politique au sens strict du terme. Il est amusant de voir que les salariés de l’entreprise signifie qu’un P.D.G., un contremaître, un laquais de l’exploiteur, peut voter. C’est une rupture complète avec le fonctionnement normal d’une lutte, il s’agit d’une aberration complète.

    Ce projet de loi est une attaque complète envers le droit de grève, sous des prétextes de modernisation. Il s’agit, in fine, d’étrangler les luttes, d’étrangler les luttant et les luttantes, de fragmenter en rapports individuels les rapports collectifs de combat.

    Cette loi peut-elle passer ? L’avenir le dira. Mais dans l’état actuel des choses, la bourgeoisie à plus d’un tour dans son sac à répression. Dernier cas en date, une Question Prioritaire de Constitutionalité a été posée au Conseil Constitutionnel. Désormais, il est interdit de refuser de donner la « convention secrète de déchiffrement d’un moyen de cryptologie », comprenez, en langage courant, le code PIN de votre téléphone portable. En 2016, dans la plus grande discrétion, l’article 434-15-2 du code pénal est mis en place. Il punît désormais  « de trois ans d’emprisonnement et de 270.000 € d’amende » le fait de refuser de transmettre les codes des outils numériques, dans la mesure où ils sont « susceptible d’avoir été utilisé pour préparer, faciliter ou commettre un crime ou un délit. » Or, cette disposition était perçue comme contradictoire avec le droit de garder le silence ou le refus de s’auto-incriminer.

    Depuis le 30 mars, le Conseil Constitutionnel a statué sur la question. L’article 434-15-2 du code pénal entre en application. La police n’a plus besoin de forcer les serrures électroniques et les logiciels de cryptage, l’accusé est désormais sommé de fournir les clés pour le déverrouiller. En Russie, le gouvernement a réclamé à la société qui détient l’application de messagerie Telegram les clés permettant de déchiffrer les messages. Là aussi, la vie privée est au cœur des enjeux.

    Les « libertés » permises par le capitalisme dans ses moments d’embellie, ou arrachées dans la lutte et la douleur, ne sont que des illusions. Ces libertés ne sont pas des montagnes immenses, des rocs, elles sont des enjeux.

    Le capitalisme, la bourgeoisie, sentant l’aiguillon de la crise économique, resserrent leur étau. La répression se fait plus féroce, car elle est le miroir de la situation sociale. Plus la misère est forte, plus la colère est forte. Plus la colère est forte, plus la répression est puissante. Puissante, car la bourgeoisie ne partage pas, ni le pouvoir, ni les richesse.

    Face à la répression, face aux tentatives de division, face aux tentatives d’écrasement, nous ne devons former qu’une seule ligne, qu’un seul front. Chaque coin enfoncé dans nos flancs, chaque attaque réussie par la bourgeoisie est un coup porté à l’ensemble et l’intégralité du mouvement populaire, du mouvement ouvrier, du mouvement révolutionnaire.

    Halte à la répression !

  • Tensions syriennes

    Tensions syriennes

    Tensions syriennes

                  USA, Angleterre, France d’un côté, Russie de l’autre, se font face. Chacun se menace de missiles, chacun se jauge, chacun se scrute. Dernièrement, le ton s’est haussé entre les différentes puissances militaires. Les USA et la coalition occidentale ont, en effet, annoncé leur intention de procéder à une action militaire dans le but de riposter à une attaque chimique présumée de la part du gouvernement Syrien contre les opposants au régime. L’intervention directe prendra probablement la forme de tirs massifs de missiles de croisières « beaux, nouveaux et intelligents » -dixit Trump.

                    La Russie, de son côté, a annoncé son intention de stopper ces missiles à l’aide de ses nouveaux systèmes d’armes, les S-400, déployés autour de ses bases. Pour les uns comme pour les autres, les muscles se gonflent. Pour les uns comme pour les autres, la guerre de Syrie est l’occasion de pratiquer un test grandeur nature des systèmes militaires de pointe, tant pour séduire une clientèle que pour marquer de stupeur les forces adverses. L’addition est payée, au final, en sang syrien.

                    La Syrie est, pour le grand malheur des peuples qui l’habitent, un enjeu géopolitique sans cesse plus important pour les puissances impérialistes. Point d’achoppement, point de fixation, point de confrontation, la Syrie est un espace courtisé, et cette cour ne se fait pas que dans la douceur et la tendresse.

                    D’un côté par la Russie, qui cherche à s’affranchir du barrage formé par le détroit du Bosphore, sous contrôle Turc, pays membre de l’OTAN. Celle-ci s’élance vers les mers chaudes, vers les mers libres, vers l’accès à l’océan mondial.

                    De l’autre, une coalition tactique des Etats occidentaux, qui voient, chacun, dans la montée en puissance de la Russie une menace. Une nouvelle fois, un cercle d’acier est bâti autour de celle-ci, dans le but de la contenir, de l’étouffer, de l’étrangler. C’est dans la mise en place de cet étau que se trouve la raison fondamentale du soutien de la part de l’occident aux rebelles, y compris fascistes.

                    Disons le clairement, le plan de déstabilisation du régime en place, son remplacement par une clique au service des intérêts de l’occident -ou au moins anti-russe- a échoué complètement. Il a fait long feu. Cette permutation qui devait s’opérer, surfant sur les mobilisations de 2011, s’est muée en une impitoyable guerre civile.

                    Cette guerre civile a connu différentes phases, différents retournements d’alliances. D’affrontement binaire entre pro et anti Bachar Al-Assad, elle est devenue un billard à quatre bande, avec l’entrée fracassante de l’Etat Islamique d’un côté, de l’autre, l’irruption des Forces Démocratiques Syriennes. Les puissances régionales, Iran, Israël, Arabie Saoudite, Turquie, ont chacune joué leurs cartes, dans l’espoir de pouvoir sortir renforcé de l’affrontement, dans l’espoir de gains, territoriaux, politiques, ou dans l’espoir d’affaiblir les concurrents et les adversaires. La Turquie en a d’ailleurs profité pour porter sa guerre génocidaire hors de ses frontières, et pourchasser les combattants et combattantes de la Liberté au Rojava.

                    Cette guerre touche à sa fin. Les forces soutenues par l’occident et l’Etat Islamique sont en lambeaux. La Turquie et la Russie ont trouvé un modus vivendi sur le dos des révolutionnaires Kurdes. Mais l’enjeu est bien trop important pour être réglé si simplement. L’occident ne veut pas perdre les têtes de pont payées si chèrement. Alors l’escalade reprend, avec l’idée, cette fois, d’une intervention directe de la part des forces militaires occidentales en Syrie. Un acte qui entrainerait inévitablement une escalade militaire accrue, laquelle pourrait potentiellement dégénérer.

                    La coalition occidentale semble vouloir prendre cette voie. Une voie qui serait pavée de sang. Elle est applaudie par certains « démocrates » qui sont en réalité des bellicistes maquillés. De l’autre côté, certains, certaines, fantasment. Fantasment sur la figure de Poutine, fantasment sur l’entrée en lice d’une prétendue « flotte chinoise », rêvassent sur une guerre de l’Eurasie contre l’occident. Nourries à coup de publications de Russia Today ou de Sputnik, ces rêveries n’en sont pas moins des tromperies.

                    Tromperies sur la nature politique de la Chine et de la Russie actuelle, tromperie envers les engagements et les discours sur le rôle de la Russie dans la guerre en Syrie et dans le conflit entre les Kurdes d’Afrîne et la Turquie.

                    Nous ne voulons pas de guerre, nous exécrons la guerre impérialiste, cette guerre de rapine, cette guerre pour l’or, cette guerre qui est payée du sang des masses populaires. Cette guerre est une lutte entre alliances impérialistes pour un nouveau partage du monde. Elle est une guerre de bourgeois contre d’autres bourgeois, tandis que les massent paient le prix fort. Dans ce conflit, la force porteuse d’escalade et d’aggravation est l’occident, non la Russie, en effet, mais nous ne nous cachons pas derrière cela pour soutenir en sous-main la présence militaire de la Russie et le régime Syrien.

                    A nos yeux, la seule solution viable, qu’il est possible de soutenir positivement, est celle du projet des Forces Démocratiques Syriennes : Une Syrie démocratique, dans laquelle le droit et les aspirations des peuples comme des masses populaires qui les constituent sont respectés.

  • Quelle légalité en régime bourgeois ? Partie finale

    Quelle légalité en régime bourgeois ? Partie finale

    Leur légalité et la notre.

                    La bourgeoisie joue une jeu hypocrite. Elle se targue de présenter un modèle neutre, équitable, juste et démocratique. Elle se targue de mettre en avant des valeurs universelles, de traiter d’une manière égale en poids chaque individu. « Les faits sont têtus » écrivait Lénine. Et les faits illustrent chaque jour l’étendue de ce mensonge. La société capitaliste est une implacable machinerie à inégalité et à discrimination. Non seulement elle les reproduit, dans l’école « républicaine », mais elle les accentue. Elle creuse le fossé immense entre le prolétariat et la bourgeoisie, elle le rend insondable. La captation sans cesse croissante des richesse, la spoliation toujours plus forte, tout ceci contribue à concrétiser la tendance à la paupérisation, non seulement relative, mais également absolue. La bourgeoisie est toujours plus riche, tandis que le prolétariat est s’appauvri, en particulier dans les pays dominés par l’impérialisme.

                    La bourgeoisie dit que le jeu fonctionne ainsi, que les courageux et les courageuses, les entreprenants et entreprenantes, sont récompensés. Elle clame que chacun reçoit son dû, que les dés ne sont pas pipés. Elle clame également que le prolétariat, si il parvient à gagner les élections, pourra faire le monde comme il le souhaite. En somme, elle se prétend fair play. Pourtant rien n’est plus faux.

                    La bourgeoisie n’est pas stupide. Elle a conçu l’Etat bourgeois comme un outil au service de sa domination, au service de son ordre, au service de ses intérêts de classe. La loi est avec elle, la force est avec elle. Elle en détient le monopole, tout en prétendant que ce n’est pas le cas. Dans les faits, croire naïvement que la bourgeoisie peut se laisser retirer ses privilèges sans se lancer dans la guerre est une illusion terrible. La bourgeoisie se moque de la présomption d’innocence. Elle se moque de la rétroactivité des lois. Elle se moque des vices de procédure et des nullités. Elle applique intégralement l’adage du si vis pacem, para bellum pour défendre ses intérêts supérieurs de classe. L’Histoire illustre que le sang coule quand les masses se révoltent. Ceux et celles qui pensent que cet Etat se conquiert de l’intérieur, par la réforme, sont condamnés à échouer ou a trahir.

    Lénine écrivait : « Nous » disons donc à la bourgeoisie: Vous, exploiteurs et hypocrites, vous parlez de démocratie alors qu’à chaque pas vous dressez des milliers d’obstacles pour empêcher les classes opprimées de participer à la vie politique. Nous vous prenons au mot, et afin de préparer les masses à la révolution, pour vous renverser, vous autres exploiteurs, nous demandons, dans l’intérêt de ces masses, que votre démocratie bourgeoise soit élargie.

    Et si vous, exploiteurs, tentez de résister à notre révolution prolétarienne, nous vous réprimerons impitoyablement, nous vous enlèverons vos droits politiques; bien plus nous vous refuserons le pain, car dans notre république prolétarienne, les exploiteurs n’auront pas de droits, ils seront privés d’eau et de feu, car nous sommes des socialistes pour de bon. »

                    Nous ne sommes pas des hypocrites. Nous actons le fait que la lutte des classes est le moteur de l’histoire. Les institutions ne sont pas neutres, les lois, les systèmes de pouvoir non plus. Nous actons que l’Etat a un contenu de classe. Nous actons également que la bourgeoisie se rebellera, frappera, tuera. Notre légalité n’est pas une neutralité fausse, mais une légalité de lutte des classes aigüe. La légalité de la dictature du prolétariat est une légalité complexe. Elle n’est pas celle d’une forteresse coupée du monde, fonctionnant en autarcie complète, hors de tout danger, comme le présentent les « historiens » du Livre Noir. Elle est une légalité qui doit être adaptée à la situation de lutte des classes forte et accrue au sein de l’Etat prolétarien, mais également en situation de guerre avec l’impérialisme mondial et avec les bourgeoisies dans leur ensemble.

                    Les rapports ont parfois été pacifiques, parfois brutaux entre les Etats prolétariens et leurs bourgeoisies. Mais à chaque pas que franchit la construction et l’affirmation du socialisme, les différentes fractions de la bourgeoisie ont senti progressivement le sol se dérober sous leurs pieds. Leur rôle social, lié à leur maîtrise de certaines fonctions, de certaines expertises, de certains savoirs, s’est peu à peu effrité, avec l’élévation générale du degré de formation des masses. Contrairement à ce que pensaient une grande partie des marxistes, cela n’a pas contribué à assagir ces cliques, mais à les jeter, au contraire, dans la lutte à corps perdu.

                    L’histoire bourgeoise, là encore, triche. Elle représente les opposants au pouvoir socialiste comme des démocrates défendant les droits de l’Homme, comme de sympathiques individus ayant foi dans une voie meilleure, plus juste, plus humaine. Chez l’intégralité des forces anticommunistes, de « gauche », comme de droite, il réside un consensus sur cette question. Surfant sur la sympathie spontanée qu’il est possible d’avoir pour les opprimés, la bourgeoisie a réussi à faire passer des fascistes, des théocrates, des bourgeois pour des victimes innocentes. Il n’est pas rare de trouver des ouvrages d’extrême-droite sur l’URSS ou la Chine dans les librairies libertaires. Pourtant, c’est mal comprendre les buts que se fixaient ces opposants -restauration du tsarisme, du capitalisme, instauration du fascisme…- et les moyens qu’ils et qu’elles mettaient en œuvre :  assassinats et terrorisme.

                    Lorsque plusieurs personnages centraux de l’URSS étaient assassinés, empoisonnés, avaient des accidents étranges, quand des mines de charbon explosent ou que des barrages menacent de s’effondrer, quand les opposants font front avec les Japonais pour ravager la Chine, le temps n’est plus à la discussion.

                    Les Etats socialistes ont eu à faire face à cette véritable guerre secrète menée par la bourgeoisie et ses alliés et tout était à découvrir. Les partis communistes et les masses ont expérimenté différentes manières de faire, d’avancer pour résoudre ces conflits, pour mettre fin aux tentatives de restauration faites par les vieilles classes possédantes, tout comme en avançant pour saper les bases matérielles de l’apparition de nouvelles classes bourgeoises. Les « historiens » présentent cela comme une société en guerre ouverte et constante.

                    La vérité est que la bourgeoisie profite de chaque interstice pour pouvoir avancer ses pions et briser les tentatives du prolétariat pour se libérer de l’exploitation. Chaque relâchement, chaque ralentissement de la lutte a des conséquences terribles. Lorsque, en URSS, à l’approche de la guerre, le Parti Communiste a voulu tempérer la lutte des classes aigüe pour faire bloc contre la menaces fasciste, la bourgeoisie, les droitiers, les défaitistes, les liquidateurs ont saisi l’opportunité pour frapper. Djerzinski (1917-1926) et Menjinski (1926-1934) avaient, en tant que dirigeants de la sûreté, agi avec discernement et efficacité, leurs successeurs, choisis parmi les modérés, se sont avérés des dangers complets : Iadoga (1934-1936) et Iéjov (1936-1938) . Cette modération fut justement leur faiblesse la plus grande. Elle les a rendu vulnérables à deux maux terribles : la compromission et le traitement bureaucratique des questions. Les deux se sont rendus coupables de collusion avec certaines franges de la bourgeoisie, tandis que le dernier appliqua mécaniquement une répression imbécile, avec une politique de quotas. Ils le payèrent de leur vie l’un et l’autre.

                    A la suite de cette période, il y eu une oscillation dans l’autre sens, rendue nécessaire par l’intenable situation dans laquelle l’URSS s’était retrouvée, du fait des activités de ces agents doubles. Elle vit l’arrivée de Béria (1938-1953), lequel était un individu d’une fiabilité douteuse, mais étant l’opposé complet des précédents. Issu d’un milieu d’une pauvreté affreuse, aventurier détestant la bureaucratie -au début- il a été le fer de lance, avec Vychinski, d’une réponse radicale aux menaces intérieures. La militarisation progressive du NKVD, le commissariat du peuple aux affaires de l’intérieur, notamment avec la création du SMERSH sous la férule de Abakoumov, illustra une nouvelle dérive, laquelle joua un rôle dans l’arrivée au pouvoir de la droite du PC(b)US en 1956, devenant même un outil de répression contre les Léninistes.

                    Ayant observé cette situation, les proches de Mao ont essayé une voie autre, jouant principalement sur la mobilisation des masses contre les dérives et contre les abus qui pouvaient avoir lieu, se fiant à elles pour déceler et détruire les menaces intérieures. Cette voie a culminé avec la Grande Révolution Culturelle, laquelle devait balayer la poussière de l’ancien monde. Ce mouvement de masse représentait une autre expérimentation, avec des caractéristiques de démocratie jamais vues avant dans le traitement des questions politiques, avec une prise directe des masses populaires sur la question du pouvoir et de la direction politique. Seulement, cette expérimentation n’était pas parfaite non plus, et des faiblesses sont apparues : augmentation du pouvoir de l’armée, déstructuration du Parti Communiste Chinois, épuisement de l’énergie populaire sur le long terme… Si les jugements populaires et les Dazibaos ont été des avancées incontournable dans la démocratie au sein des masses, ils n’étaient pas parfaits non plus.

            Pourtant. Pourtant l’intégralité des systèmes socialistes ont misé sur le fait de réhabiliter, de réintégrer celles et ceux qui avaient pris le chemin de la lutte contre le socialisme. Hormis dans les moments de crise, où la justice d’exception s’est appliquée, le choix fut celui de laisser une possibilité de s’amender et de progresser, y compris aux vielles classes possédantes. Les régimes socialistes ne sont pas le régime nazi, où la seule porte de sortie est la mort. Nombre d’individus ayant commis des fautes ont purgé une peine, ont travaillé puis ont été libérés et ont réintégré la société. Le but de la répression est invariablement resté leur neutralisation, tandis que le but du système carcéral est resté invariablement la réhabilitation par un travail en commun, utile et productif. Mais pour la bourgeoisie, le fait de travailler de ses mains, d’être au service du peuple, de passer 6 mois dans une commune populaire, rien n’est plus insupportable.

                    Il n’existe pas de solution idéale. Nombre de courants politiques buttent sur cette question, préférant ne rien dire, ne rien faire, plutôt que de prendre le risque de faire quelque chose qui ne soit pas la perfection incarnée. Ils rejettent intégralement les expériences socialistes sur la base  de questions de principe, sans comprendre à quoi ils et elles seront confrontés lorsque la révolution sera autre chose qu’une idée.

                    Nous ne sommes pas aveuglés par les mensonges de la bourgeoisie. Sa démocratie est une démocratie confinée, qui maquille misérablement une dictature de classe, injuste, impitoyable, sanguinaire. Deux mondes se côtoient, l’un celui des exploiteurs, l’autre celui des exploités. Il n’existe nul consensus possible de l’un vers l’autre, nulle loi commune. Il n’existe que la lutte.

                    Gagner cette lutte passe par le fait d’acter que des justices d’exception, des justices de guerre sont inévitable. Mais que cette étape, ce chemin difficile, est la voie unique vers l’abolition des inégalités de classe, vers la réalisation d’une société dont la guerre aura été extirpée. Une société juste. Une société communiste.