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  • Le fasciste Jair Bolsonaro est en tête au Brésil.

    Le fasciste Jair Bolsonaro est en tête au Brésil.

    Le fasciste Jair Bolsonaro est en tête au Brésil.

    Hier, les urnes brésiliennes ont parlé. Elles ont parlé d’une voix terrible. Le candidat d’extrême-droite Jair Bolsonaro a été porté en tête, avec 46% des voix, passant très près d’une victoire dès le premier tour. Arrivé second, le candidat du PT n’a reçu que 28,37% des voix, restant loin derrière. 147 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes, dans un pays où le fait de ne pas voter est passible d’une amende. Pourtant, la participation a été relativement faible, avec 79,7% des électeurs.

    Malgré cette victoire, cela n’a pas empêché le candidat des forces de la réaction de crier au scandale et à la fraude, tant il pensait être élu dès le premier tour de l’élection. Avant même d’être intronisé, il créé déjà la tension politique qui pourrait lui permettre un coup d’état constitutionnel.

    « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » faisait dire Corneille au Cid. Bolsonaro illustre cette citation. L’ancien militaire nostalgique de la dictature est ainsi pressenti pour être le grand gagnant de cette élection, portant à son bout le processus de droitisation ouvert avec la destitution de Dilma Roussef.

    Derrière lui, les marchés se sont unifiés, le portent aux nues. France Inter, dans son édition du 3 octobre 2018, publiait : « Au cours du mois écoulé, l’Ibovespa [Le CAC40 Brésilien] a grimpé de 13% ! Et hier en une journée, il a pris près de 4%. A l’instant même encore : + 3%. La séance boursière est encore en cours là-bas.

    La monnaie brésilienne, le real, remonte face au dollar.

    Et les actions de plusieurs grandes entreprises sont aussi en forte hausse : plus 8% pour la compagnie pétrolière Petrobras, plus 11% pour la compagnie d’électricité Electrobras, plus 7% pour les grandes banques, etc.

    Vous avez compris : les marchés financiers brésiliens sont optimistes, la presse de Sao Paulo dit même qu’ils sont euphoriques.(…)

    c’est très simple : ils ont choisi leur camp. Ils espèrent la victoire de l’extrême droite. »

    Pourquoi cet amour de la part de la haute bourgeoisie brésilienne pour le militaire et son vice-président général ? Car il en est le héraut en armure étincelante, car il en incarne sa dictature en commandite directe, sans filtre et sans fard. Les milliardaires et certaines richissimes célébrités -notamment du football- se sont empressées de l’adouber.

    D’une part, il s’agit d’un candidat opposé aux libertés politiques et publiques, qui veut restaurer un ordre strict et dur sur le Brésil. A ses yeux, le développement économique -de la haute bourgeoisie, bien évidemment- est tout, tandis que les droits politiques et sociaux ne sont rien. Les marchés financiers ont ainsi trouvé en lui celui qui privatisera tout le secteur d’Etat et lâchera le plus largement possible la bride aux banques. Questionné sur les problématiques économiques, il a rétorqué aux journalistes que lui-même n’y entendait rien et qu’il accorderait toute latéralité sur cette question à Paulo Guesde. Paul Guesde, quant à lui, est un des ténors de la frange la plus libérale de l’échiquier politique brésilien. A plusieurs reprise, il a annoncé qu’il privatiserait l’intégralité des secteurs d’Etat.

    Il s’agit d’un réactionnaire des plus virulents, articulant son discours autour de la lutte contre l’avortement (voir article ici), de la mysoginie la plus crasse ;« certaines femmes ne méritent pas qu’on les viole » (à propos de Maria do Rosàrio, considérant qu’elle était trop laide pour être violée), de l’homophobie « les homosexuels sont le produit des drogues », raciste… Il a toutes les caractéristiques requise pour être l’équivalent de Trump -les contre-pouvoirs en moins- ou de Duterte aux Philippines.

    Le puissant appareil médiatique de la bourgeoisie a axé tout ses efforts sur le fait de détacher les masses populaires de la gauche, en tablant massivement sur la déception par rapport aux affaires de corruption. Dégoûtées, elles voient dans la grenouille de bénitier qu’est Jair Bolsonaro un inflexible soldat de la probité. D’autant que les souvenirs de la dictature sont fragiles dans la jeunesse.

    Jair Bolsnaro et les fractions de la bourgeoisie qu’il représente ont habilement manœuvré auprès des masses populaires. La crise économique et la crise politique du Brésil ont laissé les masses populaires déçues par la direction sociale-démocrate du PT. En surfant sur cette déception, la grande bourgeoisie côtière a joué la carte de la rhétorique populiste, des discours simplistes et réactionnaires, cajolant toutes les idées fausses au sein du peuple brésilien. Plus la situation s’est aggravée pour les masses, après le coup d’Etat de Temer, plus le discours fasciste de Bolsonaro a sonné juste aux oreilles de la population. De plus, l’acharnement judiciaire contre le PT et contre Lula, actuellement en prison, a servi de marchepied pour s’attaquer à l’intégralité des progressistes, érigés en épouvantails à l’étoile rouge.

    Une fois au pouvoir, les masses populaires du Brésil, petite bourgeoisie y compris, doivent s’attendre à une chute vertigineuse de leur niveau de vie, du fait de la captation massive de la richesse produite qui sera permise par les législations favorisant les grands propriétaires terriens, mais également les grands capitalistes.

    Cette terrible chute de niveau de vie entraînera fatalement une colère populaire, que le futur régime à promis d’écraser dans le sang, tout en instillant un climat de division au sein des masses, en autorisant, de fait, les exploités à s’entre-tuer. Son élection n’augure que des heures sombres pour les brésiliens et -surtout- les brésiliennes. Bolsonaro veut entamer une chasse aux « communistes » (en fait, tous les progressistes), réinstaurer la terrer de la dictature, y compris par la torture. Les droits des femmes, des homosexuels, des minorités sont en ligne de mire.

    D’une manière générale, la future victoire de Bolsonaro s’inscrit dans le cadre de la contre-offensive réactionnaire en Amérique Latine. L’échec des partis réformistes au pouvoir, empêtrés dans les demi-mesures face à une bourgeoisie colérique et revancharde, est malheureux, mais patent. Il illustre l’impossibilité de la transformation sociale par les urnes et par un gouvernement conciliant avec la bourgeoisie. Certains on reproché à Chavez et Maduro, par exemple, leur dureté, alors que leur situation politique était empreinte de faiblesse. La bourgeoisie ne rend jamais les armes, elle peut attendre, transiger -comme elle l’a fait en France en 1945- mais elle reprendra toujours, tant qu’elle existera, l’offensive.

    L’Unité Communiste de Lyon assure de sa solidarité les masses populaires du Brésil et les organisations révolutionnaires de ce pays. La victoire probable de Jair Bolsonaro est un coup brutal porté contre l’intérêt populaire, mais il n’est jamais, dans la grande histoire de la lutte des classes, qu’un coup temporaire. La bourgeoisie s’accroche tant qu’elle peut, mais elle ne peut renverser la roue de l’histoire. Les réactionnaires vont et viennent, mais l’esprit de combat, l’esprit de lutte, est indestructible !

  • Sur la situation en Ukraine : la position du KSRD – ICOR

    Sur la situation en Ukraine : la position du KSRD – ICOR

    La position sur la situation en Ukraine du KSRD [Conseil de Coordination du Mouvement de la Classe Ouvrière en Ukraine]

    Nous relayons ce positionnement de nos camarades membres de l’ICOR en Ukraine non comme une position de l’UCL, mais bien comme un texte d’information pour apporter autre chose comme point de vue que celui qui filtre au travers des agences pro-occidentales ou des relais de Moscou. Nous pensons que les marxistes-léninistes d’Ukraine sont plus que légitimes pour apporter leur pierre à la réflexion des communistes en France, d’autant que leurs positions sont partagées par la Plate-Forme Marxiste-Léniniste de Russie.

    La situation en Ukraine

    L’évolution de la situation en Ukraine depuis 2014 suscite de nombreux débats. À cet égard, nous nous devions d’apporter une clarification fondamentale sur la base d’une analyse de classe.

    Le régime politique qui a existé en 2010-2013 et qui a été dirigé par l’ancien président Viktor Ianoukovitch a été caractérisé par l’autoritarisme et par une forte concentration du pouvoir dans les mains d’un groupe politique représentant la plus grande société financière et industrielle nationale appelée SCM [System Capital Management, qui est un holding intégralement détenu par un homme d’affaire nommé Rinat Akhmetov]. En fait, le régime a fait de l’Ukraine sa propriété privée. Des militants prolétaires progressistes, des journalistes, disparaissaient et mouraient d’année en année. La classe ouvrière vivait dans un climat de peur.

    L’idée de l’accord d’association avec l’UE est née dans les profondeurs du régime en 2011. Il visait principalement les profits des entreprises de SCM, de ses alliés et de sa superstructure politique. Au cours de la période 2011-2013, Kiev a mené des négociations intensives avec l’UE, plaidant publiquement en faveur du renforcement de l’indépendance vis-à-vis de la Russie et de ses intérêts. Toutefois, à partir de 2013, l’accaparement et la corruption à tous les niveaux ont conduit à des déséquilibres importants dans l’économie, que le régime de Ianoukovitch a essayé de compenser par l’augmentation de la dette extérieure. Mais le FMI et d’autres institutions du capital mondialisé ont proposé des fonds en échange de la soumission complète des intérêts du pays. La bourgeoisie nationale représentée par le SCM et ses alliés ne s’est pas montrée intéressée et a lancé des appels d’offres à l’Occident, essayant d’obtenir les conditions de négociation les plus favorables.

    Entre-temps, la situation économique s’est détériorée et, avant la signature de l’accord d’association avec le Kremlin de l’UE, Kiev s’est vu proposer une alternative : quitter l’association et se rapprocher de la Fédération de Russie, avec un prêt à faible taux d’intérêt de 15 milliards de dollars. La clique Ianoukovitch a accepté, en dépit de la massive et agressive propagande pendant 3 ans sur l’ »intégration européenne ». Malgré toutes les exhortations personnelles des dirigeants européens (dont la chancelière allemande Angela Merkel), l’accord n’a pas été signé.

    Ce renversement de tendance a été un facteur important dans l’évolution de la situation. Une partie politiquement active de la société, percevait comme positive le contenue de la propagande pro-européenne et ne pouvait accepter le refus du  » vecteur européen  » par l’élite au pouvoir. A Kiev et dans d’autres grandes villes, les  » euromaidans « , des réunions de masse et des manifestations de soutien au  » vecteur  » sont apparues et ont commencé à se développer. Ces mobilisations ont été immédiatement soutenues par les pays occidentaux sur les plans organisationnels, financiers et politiques. Ces mobilisations ont été dirigées par les forces de droite et bourgeoises  » oppositionnelles « , spéculant habilement sur la perturbation de la classe ouvrière par la politique et des crimes du clan Yanoukovitch.

    Le régime a rapidement pris des mesures fermes contre ces protestations, et, en un mois, il a perdu tout contrôle sur la situation. La manipulation habile des  » dirigeants maidanais « , associée à l’athmosphère de protestation, réelle, des masses, ont conduit à l’élargissement des protestations jusqu’au renversement du régime. Ces événements présentaient, dans leur essence, certaines caractéristiques de la révolution démocratique nationale contre la domination oligarchique des acolytes du SCM. Mais il était tout à fait prévisible et attendu que la droite et les dirigeants populistes s’emparent immédiatement du pouvoir, dans le pays désormais entre leurs mains. En 3 mois, les élections présidentielles extraordinaires ont été remportées par Petro Porochenko, l’un des plus grands  » oligarques  » nationaux, qui, quelques années auparavant seulement, ne dédaignait pas d’être ministre dans le gouvernement Ianoukovitch. Cette fois, Porochenko s’est présenté comme un combattant contre l’ancien régime, pour l’ »avenir européen du pays ».

    La Russie, vaincue localement dans la lutte pour l’Ukraine, a immédiatement réagi en fomentant une rébellion armée dans la région autonome de Crimée, soutenue par les troupes régulières russes. Il en a résulté une occupation militaire et l’annexion de facto de la Crimée a entraîné une forte détérioration des conditions de vie de sa population. De plus, en mars-avril 2014, avec l’aide de combattants pré-entraînés et d’une propagande mensongère, Moscou a pris l’initiative de se saisir des institutions publiques dans les principales villes des régions de Donetsk et de Lugansk. Ces zones ont été choisies uniquement su fait que l’l’influence administrative du régime évincé y était la plus forte, presque totale. Pour cette raison, les forces armées locales n’ont pas résisté à ceux qui se sont emparés des institutions de l’Etat.

    Dans ce contexte, les nouvelles autorités de Kiev ont décidé de lancer une  » opération antiterroriste « , l’ATO, dans le Donbass contre les rebelles pro-russes. L’ATO a rapidement rencontré une résistance organisée, bénéficiant d’un approvisionnement particulièrement important de la part de la Russie. En août 2014, l’armée régulière russe est arrivée au Donbass, principalement avec des groupes tactiques de petites dimensions, de l’ordre du bataillon. À l’automne 2014, la ligne de front s’est stabilisée. Les deux parties constituent des forces militaires structurées, les rebelles pro-russes reçoivent tout type de soutien de la Russie, et les armées locales sont commandées par des officiers de l’armée russe.

    Ainsi, nos travailleurs sont devenus victimes de la lutte entre les différents centres d’influence impérialistes. D’une part, les travailleurs de la majeure partie du pays sont exposés à la propagande officielle, détournant leur attention des problèmes sociaux urgents vers des idées nationalistes qui sont étrangères aux intérêts de classe réels de ces travailleurs. En conséquence, les sentiments de droite dans la société se sont accrus, ce qui a renforcé les forces de droite telles que le « secteur droit » [Pravyï sektor], la « liberté » [Vseukrainske ob’iednannia « Svoboda »] et autres. La  » décommunisation  » a été lancée, les symboles communistes ont été interdits. En plus des véritables escouades de volontaires, un certain nombre de  » bataillons  » oligarchiques ont été créés, financés par une grande capitale et agissant dans son intérêt, y compris les conflits commerciaux. Dans le pays, il y a des conseillers militaires de l’Occident et de ses alliés (USA, Canada, UE, Israël et autres).

    Une partie de ce processus a déclenché une recrudescence patriotique sincère parmi les masses, dirigée contre l’agression sanglante de Poutine et les régimes fantoche du Donbass. Cette augmentation s’exprime, entre autres, dans le mouvement des volontaires qui assistent les forces ukrainiennes sur la ligne de front. En outre, la guérilla populaire contre les juntes locales pro-Kremlin s’intensifie dans la partie occupée du Donbass. Malheureusement, la plupart des patriotes sincères ne voient pas l’autre côté de la question, à savoir l’impérialisme occidental et le régime de Kiev, dont la rhétorique patriotique et même anti-impérialiste est liée à ses intérêts politiques et commerciaux.

    A son tour, la classe ouvrière du Donbass et de la Crimée est soumise à la propagande impérialiste féroce du Kremlin, qui tente de créer l’illusion de l’ »autodétermination des peuples » et de la « lutte anti-fasciste ». En fait, les forces pro-moscovites utilisent des méthodes pro-fascistes qui sont typiques des dictatures militaires réactionnaires du monde entier. Les soldats de l’armée régulière de Poutine et des groupes armés locaux pro-russes apportent la mort et la destruction à notre pays et à ses travailleurs. La partie de l’Ukraine occupée par ces troupes s’est transformée en une zone d’anarchie et de peur, où règnent les bandits armés, ayant souvent un passé criminel. Les travailleurs font des grèves et protestent, mais ces actions sont durement réprimées par les juntes locales, qui licencient des centaines de manifestants. En fermant les yeux sur tout cela, la majorité des  » forces de gauche  » révisionnistes, telles que le PCU révisionniste, ainsi que des groupes volontaires et/ou trotskistes, soutiennent directement ou indirectement les actions de Moscou, y compris l’agression militaire réfléchie suivie d’une vaste campagne internationale de promotion.

    Nous, marxistes-léninistes ukrainiens, sommes fermement opposés à toute forme d’agression impérialiste dans notre pays. Nous appelons nos camarades de tous les pays à abandonner l’idée que certains impérialistes peuvent être meilleurs que d’autres. L’impérialisme, le capitalisme se traduisent toujours par la guerre et par la violence. Les aspirations des travailleurs ukrainiens ne sont pas de suivre la propagande bourgeoise, mais de lutter pour les droits réels, pour des salaires décents et une protection sociale adéquate, pour des niveaux de vie plus élevés. Et, bien sûr, ils ont le droit de vivre sans guerre, sans le rugissement des obus sous les paroles mensongères du Kremlin ou de la bourgeoisie occidentale.


    A bas les envahisseurs impérialistes !


    Vive la révolution socialiste !


    Travailleurs de tous les pays, unissez-vous !


    Le Conseil du KSRD

    Ukraine

  • Une nouvelle année de lutte dans les universités !

    Une nouvelle année de lutte dans les universités !

    Une nouvelle année de lutte !

    L’an passé a été sous le signe de la lutte contre les réformes du secondaires et du supérieur.

    La machine infernale Parcoursup, loin de connaître des ratés, a fonctionné au delà des rêves de ses créateurs ! Elle a fourni un contingent d’élèves à recruter pour les écoles et les université. Le reste, l’immense reste, n’a pas été jugé nécessaire. Il est donc rejeté.

    La nouvelle organisation du bac est un coup mortel donné aux lycées et à la valeur des diplômes qu’ils délivrent.

    Dans les universités, la fin des compensations annuelles, la mise en place de modalités d’examen, la réduction des effectifs placent les étudiants et les étudiantes, principalement les plus vulnérables et les plus précaires, dans des situations intenables.

    La privatisation progressive de l’université en menace son fondement même, tandis que les investisseurs privés vont pouvoir régner en maîtres, au travers de présidents d’universités dotés des pleins pouvoirs.

    D’où viennent les privatisations ?

    Les accords de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) demandent aux signataires d’ouvrir à la concurrence le marché de l’éducation. Cette ouverture intéresse beaucoup d’investisseurs de d’entreprises, qui sont intéressés par plusieurs choses :

    Mettre sous tutelle la recherche -TOTAL ou Areva finançant ainsi la recherche sur leur nouveaux moyens de détection des gisements, mais également les études sur l’impact écologique de celles-ci, par exemple.

    Faire des étudiants une main d’oeuvre correspondant à leurs besoins en terme de recrutement, qui, de plus, paie elle-même sa formation. Les investisseurs ne sont pas stupides, ils réfléchissent en termes de retours sur investissements. Une filière non rentable est liquidée

    Mais ce n’est pas tout !

    Les annonces du Cap 2022 vont aggraver encore les choses.

    Les lycées et les universités seront en autonomie budgétaire, avec comme objectif le maximum d’économies. Les proviseurs et présidents d’universités seront même récompensés s’ils sont avares. De la copie d’examen au voyage scolaire, tout sera rationalisé à outrance.

    Les frais d’inscriptions sont laissé au choix de la président. Aujourd’hui, 90€ en moyenne est payé comme « contribution à la vie étudiante », demain ce chiffre pourra être multiplié par dix, par cent. Bienvenue dans l’université à 9000€ l’année.

    Les services de la vie étudiante et lycéenne seront externalisés : cela signifie poliment « privatisés ». Ce sont des marchés captifs, dans lesquels Sodexo ou Elior se tailleront des monopoles. Serrez-vous la ceinture !

    Les bourses du CROUS, déjà faibles, doivent être remplacées par des prêts bancaires. Cela créé du PIB et permet aux généreux prêteurs de s’assurer des rentes sur le dos des étudiants et étudiantes. La fac à l’américaine arrive, avec une entrée dans la vie active à -100 000 €.

    Le Benchmarking des universités : tout comme les hôpitaux, les universités seront notés. Des agences de notation évalueront la valeur de leurs services. Une licence, un master n’aura juridiquement plus la même valeur selon les universités.

    Le danger est général:

    Les diplômes décernés par ces futures université seront des diplômes qui ne seront plus qualifiants mais basés sur des compétences. Cela signifie qu’ils ne donneront pas le droit à un statut garanti par la loi ou par les conventions collectives. Un étudiant sortant de Master 2 demain pourra être embauché avec le salaire d’un personnel non-qualifié. Non seulement cela tire les salaires vers le bas pour cette future génération, mais également pour ceux qui sont sortis avant, mis en concurrence avec une main d’oeuvre servile -la loi Travail le permet. Il s’agit d’une attaque voilée contre les salaires qui frappera tout le monde sans exception.

    Se battre !

    Seule la lutte paie ! : les réformes d’aujourd’hui ne sont pas nouvelles. Elles sont dans les cartons depuis plusieurs dizaines d’années (2005 pour l’autonomie des lycées par exemple). Si elles n’ont pas été appliquées plus tôt, c’est uniquement grâce à la mobilisation, la lutte, les grèves des enseignants et enseignantes, des personnels et des étudiants et étudiantes ! Aujourd’hui, le gouvernement kamikaze de Macron veut attaquer de nouveau. Il faut se défendre !

    Partout en France, des assemblées générales on lieu. Elles rassemblent de plus en plus d’étudiants, d’étudiantes, mais aussi de membres de la communauté pédagogique et de membres du personnel. Ces assemblées générales sont le ferment de la lutte !

    Les enseignants du secondaire, que cela soit le général et le professionnel, se mobilisent pour défendre l’avenir des lycéens et des lycéennes, qui sont en première ligne dans ces réformes.

    Que faire ?

    L’Unité Communiste de Lyon appelle les étudiants et les étudiantes à rejoindre et soutenir les syndicats de lutte présents dans l’université. Non seulement ils luttent contre les réformes qui menacent vos droits, mais ils ne se limitent pas à des actions d’éclat. Leur travail tout au long de l’année est essentiel pour aider à recenser les problèmes, à les régler et à faire respecter les droits.

    Les Assemblées Générales sont des instances d’informations, de mobilisation, mais surtout sont des instances démocratiques de la lutte. Elles les lieux de débat tant sur le contenu des réformes que les lieux de décision de la forme et des modalités de la lutte. L’Unité Communiste de Lyon appelle à rejoindre celles organisées par les syndicats de lutte.

    Ici, à Lyon, la lutte doit prendre corps !

    L’université ou le lycée d’hier ne sont pas parfaits. Ces établissements sont des machines qui reproduisent les inégalités sociales. Etudiant ou étudiante salariée, issus de milieux populaires, en difficulté… Les chances sont loin d’être les même pour tous ! Mais il ne faut pas céder d’un pied, car chaque réforme aggrave cette situation.

    L’Unité Communiste de Lyon considère que la lutte syndicale est nécessaire et vitale en tant que lutte défensive. Mais elle considère aussi que seul l’organisation politique peut permettre de porter le combat plus loin.

    Seul l’organisation politique peut forger l’outil nécessaire, un outil révolutionnaire, pour mettre fin de manière plein et entière à l’inégalité dans l’éducation comme dans toute la société. Que seul cette lutte révolutionnaire peut mettre fin à une société basée, sur l’exploitation capitaliste, l’aliénation du travail, sur l’oppression.

    Pour une éducation Gratuite, Critique et Populaire !

  • La fin du numerus clausus ?

    La fin du numerus clausus ?

    Le gouvernement aurait-il perdu tout sens de classe ?

    Dans leur croisade pour libéraliser les différents secteurs, Emmanuel Macron et Édouard Philippe viennent à s’en prendre au numerus clausus qui cadenasse les facultés de médecine depuis des années.

    Macron, le 18 septembre, a ainsi déclaré : « On veut sortir de la situation actuelle » où des jeunes « passent de « lycéen brillant » à « étudiant brillant ayant échoué au concours ». Nous sommes en droit de penser que la barrière arbitraire sauterait donc.

    Dans un sens, on ne pourrait que s’en réjouir.

    Nous l’écrivions dans notre brochure 2022, Cap Catastrophe :

    Héritiers du fonctionnement en corporation -l’ordre des médecins est une survivance de Vichy- les médecins sont les grands défenseurs du numerus clausus, qui permet entretenir la rareté de leurs activités, leur garantissant ainsi des revenus considérables, au mépris des patients. Il s’agit d’ailleurs d’une corporation que la grande bourgeoisie soutient, malgré ses hypocrites vœux de libéralisme.

    Une libéralisation permettrait à plus de jeunes de devenir médecins, spécialistes, donc de populariser la fonction, et, mécaniquement, de faire baisser les prix, en particulière les honteux dépassement d’honoraires, enveloppes glissées sous la table, coupes-files payants pour ne pas être laissé sur une liste d’attente qui paraît infinie.

    Cela serait l’attitude d’un gouvernement authentiquement libéral, celui d’un gouvernement marqué par une idéologie de la concurrence, qui laisserait libre court à la loi du marché.

    Seulement, c’est une erreur de croire cela. C’est une erreur de croire que le gouvernement est idéologiquement libéral, que, par doctrine, il s’attaque aux résidus de corporations. Libéralisme et protectionnisme, n’en déplaise aux naïfs qui les croient séparés, ne sont pas des stratégies pour les gouvernements au service de la bourgeoisie, mais bien des tactiques. Parfois, la grande-bourgeoisie s’appuie sur l’un, parfois sur l’autre en fonction des nécessités du temps.

    Ce qui caractérise la nature du gouvernement, c’est sa nature de classe, c’est le fait qu’il est au service d’une classe sociale. Son rôle est de correspondre aux désirs de celle-ci. Certes il existe des fractions en concurrence les unes envers les autres, mais dans l’ensemble, aucune n’a d’intérêt dans le fait de liquider cette corporation, de l’amenuiser, de la briser.

    Les annonces de façade laissent penser pourtant que c’est bien ce qui se produit, mais les détails trahissent le tableau.

    Dans l’abominable Cap 2022, plusieurs éléments font référence aux projets concernant les médecins.

    « développer la délégation de compétences aujourd’hui exercées par les médecins (par exemple les métiers d’infirmier en pratique avancée), en s’inspirant des exemples européens et internationaux réussis. Par exemple, certaines vaccinations ou le suivi de patients malades chroniques pourraient être assurés par des infirmiers. »

    Chose confirmé par la phrase énigmatique de Macron, prononcée le 18 septembre : « Nous allons créer des assistants médicaux. Ces personnels de santé accompagneront et déchargeront les médecins d’actes médicaux simples. Les premiers arriveront dès 2019 dans les quartiers prioritaires. »

    « ces professionnels qui aideront nos médecins dans les prochaines années… 15 à 20% de temps médical pourrait être gagné. 4000 assistants médicaux pourraient être financés dans un premier temps mais ce chiffre pourrait s’accroître si le besoin est là… »

    Certains, narquois, se sont exclamés que Macron inventait les infirmiers, mais non. Il s’agit là d’une création d’un corps intermédiaire, qui sera certainement constitué des nombreux candidats et candidates à la faculté de médecine, ceux dont il est dit qu’ils ne doivent pas s’enfermer dans un seul métier. La sélection se fera sous une autre forme.

    Ce corps intermédiaire serait un prestataire de service qui s’intercalerait entre les infirmiers et infirmières et les médecins, permettant a ces derniers de continuer de bénéficier d’un train de vie appréciable, tandis que les premiers et premières seraient davantage prolétarisés.

    La grande majorité des organisation d’infirmiers et d’infirmières ont dénoncé cette annonce en trompe l’œil, laquelle fait mine de répondre aux besoins de la santé, mais, en vérité, contribue à aggraver la situation.

    D’une manière générale, la stratégie gouvernementale visant a assécher les finances de ce secteur et à y faire entrer de plain-pied la question de la rentabilité, il ne saurait y avoir de solution à l’horizon.

    Nous ne serions pas hostiles, fondamentalement, à la suppression du numerus clausus si celle-ci n’était pas un miroir aux alouettes. L’existence de ce système illustre parfaitement le caractère pourrissant du capitalisme, qui brise et brime les aspirations populaires à l’entraide, au fait de vouloir se soutenir, au fait de vouloir pratiquer la médecine non par crapulerie, mais bien par un profond désir de solidarité. Ironiquement, Cuba est nettement plus libérale que la France en terme de médecine, ce qui fait qu’elle possède le record de médecins par habitants, cela révèle bien qu’un frein artificiel est mis en place. Nous voyons bien là que même sans l’appât du gain, les salles de classes sont remplies.

    Nous sommes favorables à une médecine accessible à tous, à toutes, avec comme stimulant premier dans la recherche l’émulation socialiste. Au lieu de cela, les projets gouvernementaux, les projets de la bourgeoisie tirent en arrière le niveau de vie et l’état de santé.

    5 milliards d’économie sont ciblés par Cap 2022. Comment vont-elles se traduire ? Combien de morts ? Combien de mal-soignés ? Combien de suicides au travail ?

    Les attaques de Cap 2022 sont là, combattons-les !

  • Cap catastrophe 2022 : Amère conclusion.

    Cap catastrophe 2022 : Amère conclusion.

    Cap catastrophe 2022 : Amère conclusion.

    Partie 10

    Les auteurs eux-mêmes ne laissent pas grande place au mystère et à l’interprétation. Leur conclusion résume parfaitement les ambitions stratégiques de cette volée de réformes. Une nouvelle fois, ce qui revient est le fait qu’il faut responsabiliser les administrations dans leur rationalisation et dans la réduction de leurs prérogatives. Qu’il faut introduire la rentabilité comme un objectif premier et laisser les mains libres aux « managers » pour effectuer cette mission de liquidation.

    Il apparaît comme primordial le fait de compter justement sur l’avidité de ces personnages, en termes de primes et de récompenses, pour qu’ils exercent une pression maximale sur les fonctionnaires, mais également pour qu’ils entreprennent également des licenciement et des suppressions de postes.

    Sachant la pression qui va s’exercer sur ces employés auxquels ont met un revolver sur la tempe, les mauvais génies derrière ce texte ont inventé un terme fascinant : « donner du sens ».

    « Donner du sens : Faire connaître largement aux usagers, aux agents publics et à tous les acteurs concernés le sens et les objectifs de la transformation engagée ; »

    Donner du sens signifie diriger par la peur. Responsabiliser signifie menacer, accompagner signifie contraindre. Voilà le sens de cette Lingua Quintae Reipublicae pour reprendre l’expression d’Eric Hazan.

    Que ce soient l’éducation, la santé, le droit, la justice, les prisons, les administrations, les armées, le chômage… l’ensemble des secteurs est concerné par cette politique de grande envergure. Bien des gouvernements se sont essayés à cette transformation radicale du fonctionnement de l’Etat et de ses prérogatives. Beaucoup, qui fantasment sur l’Etat-Marché de Philip Bobbit, ont vulu le faire et n’y sont pas parvenus.

    Lancer cette offensive était contradictoire avec le fonctionnement habituel de la démocratie bourgeoise sous la Vème République. Le gouvernement qui aurait fait cette transformation aurait perdu les élections au profit de son opposition. Or, les vieux briscards et les vieux carriéristes ne veulent guère se mouiller.

    Le gouvernement LREM, quant à lui, est différent dans sa nature. Il est un missile balistique, un kamikaze à usage unique. Il ne fait pas de doute qu’il s’est aliéné une très large partie de la population. Mais il remplit sa mission, commanditée directement par la haute bourgeoisie, il la remplit avec un style typiquement royaliste dans le mode de fonctionnement, mettant fin aux débats parlementaires, supprimant le rôle de certaines institutions. Ce gouvernement est le premier qui peut assumer le fait de faire cette « thérapie de choc ». Nul doute qu’il essaiera.

    Nous devons nous préparer à cette lutte qui sera essentielle. Nous devons nous y préparer et comprendre qu’elle sera une lutte où la victoire est incertaine face à l’unité de volonté de la haute-bourgeoisie.

    Les luttes qui se déroulent et qui se dérouleront ces prochaines années sont d’une nature différente à celles qui ont pu avoir lieu avant la crise de 2008. Elles montrent aujourd’hui les limites de l’économisme au sens de limitation des revendication au questions du droit du travail, du salaire… etc. Elles montrent les limites des organisations syndicales, lesquelles font leur travail, mais se sont épuisés face à plus fort qu’elles, face à des gens qui sont prêts à tenir le bras de fer jusqu’au bout, puisque leur pertes financières sont virtuelles. Elles montrent l’inanité du mot d’ordre de grève générale économique, pour ces mêmes raisons. La bourgeoisie est prête à relever le gant du défi.

    Elles montrent les limites de la démocraties bourgeoise, de la sociale-démocratie qui collabore sans cesse avec la bourgeoisie, qui cherche des moyen-termes là où il n’y a que l’antagonisme.

    La lutte qui se prépare, tout comme la situation politique générale montre la nécessité d’une organisation politique de combat, d’une organisation communiste. Elle montre également la nécessité d’un front politique contre l’offensive de la bourgeoisie. D’un front politique qui puisse mener une lutte extra-parlementaire, dans tous les secteurs, dans tous les compartiments de la société. Qui pose la question de la dictature de la bourgeoisie, qui pose la question de la démocratie populaire et qui la revendique comme étant légitime.

    Informons-nous, formons-nous, organisons-nous et battons-nous !

  • Wagenknecht / Kuzmanovic : la mutation réactionnaire.

    Wagenknecht / Kuzmanovic : la mutation réactionnaire.

    Wagenknecht / Kuzmanovic : la mutation réactionnaire.

    Assistons-nous à la mutation de la « gauche » ?

    Dans notre brochure intitulée Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » nous nous étions intéresses un moment à la question des flux migratoires et des politiques mises en place par rapport à eux. Surtout, nous évoquions les événements qui avaient eu cours lors du congrès de Die Linke.

    « Outre Rhin, justement, un exemple de fracture populiste se forme. Die Linke, qui est une clique fourre-tout, s’est montrée incapable de réaction vis-à-vis des dernières élections Allemandes. Surtout, elle est à la croisée des chemins. Son aile droite, dirigée par des ex-membre du SPD, semble vouloir scissionner sur la question de l’immigration. Oskar Lafontaine et Sarah Wagenknecht se sont ainsi illustrés par leur tentative de renverser la ligne favorable à l’acceuil des réfugiés au profit d’une ligne visant à copier les positions de l’extrême-droite. Leur idée est d’aller sur le terrain d’Alternativ für Deutschland, et se montrer plus inflexibles qu’eux -si c’est possible- sur la question de l’immigration, en reprenant des thématiques sur le coût de l’accueil et sur l’impact sur le niveau de vie des travailleurs Allemands. Mis en minorité lors du congrès, les deux brillants orateurs -reconnaissons-le- semblent vouloir opérer une scission pour créer leur propre organisation populiste. En ce faisant, ils légitiment les prises de position politiques de l’AfD et renforcent son influence.

    Voilà où mène le fait de caresser les idées réactionnaires dans le sens du poil et de ne jamais vouloir aller contre les idées influentes au sein des masses, même si celles-ci sont réactionnaires voir pogromistes. »

    Nous évoquions également le risque de contamination qui pouvait exister de la part de cette position vers l’équivalent français de Die Linke, la France Insoumise. Nous écrivions alors « nous ne sauterons pas à pied joints dans l’appellation « populiste » que certains accolent à Jean-Luc Mélenchon, mais il n’est pas possible de taire le fait que certains membres de son organisation ont un discours plus que marqué par cette tendance. L’exemple même étant le barbouze Djordje Kuzmanovic, dont les déclarations réactionnaires récurrentes illustrent bel et bien le fait que cette ligne existe au sein de la FI. »

    Depuis le temps s’est écoulé et ces faits malheureux se sont produits. Pour draguer un électorat nouveau, marqué par l’influence de l’extrême-droite, certains sont prêts à tout. Sarah Wagenknecht a lancé son mouvement Aufstehen ! (debout!). Malgré le fait qu’elle ait été attaquée par plusieurs médias et organisations politiques quant à ses positions sur l’immigration, elle se défend de toute conception réactionnaire. Elle clame donc qu’elle n’a fait que mettre fin à une hypocrisie quant aux migrants. Elle est rejointe et applaudie par le triste sire qu’est Djordje Kuzmanovic, lequel déclarait à l’Obs, le 8 septembre qu’il fallait s’aligner sur les positions défendues par Aufstehen ! en Allemagne, et que fermer les frontières serait un acte salutaire à la fois pour les travailleurs du pays comme pour les pays de départ.

    Le discours sonne, au premier abord, presque juste et convainquant. Presque. Il attaque le sous-développement causé par les inégalités économiques internationale comme première cause de départ, cible le fait qu’il faut s’attaquer aux causes plus qu’aux conséquences…etc. Pour un peu, le barbouze passerait pour anti-impérialiste en citant Sankara et pour un humaniste conséquent.

    Quelque chose cloche derrière cette rhétorique bien huilée, trop bien huilée même. Quelque chose de gênant, de dérangeant devant ce discours qui sonne trop juste pour être honnête. Quelque chose de nauséabond, quelque chose de putréfié. Ce quelque chose, c’est le temps. Le temps au sens de l’étape.

    La question de la temporalité ne doit pas être sous estimée. Les positions ne sont pas des absolus, mais bien toujours relative à un contexte précis, à un contexte socio-historique précis, à une situation donnée.

    Ce qui disent Wagenknecht et Kuzmanovic, en somme, c’est qu’il faut être contre l’accueil des migrants car la solution n’est pas là. Et c’est un fait, oui, elle n’est pas là. Ils disent donc : il faut que notre position change car nous sommes pour une solution différente. Mettons fin aux flots de réfugiés et de va-nu-pieds car nous développerons les pays en voie de développement et les émergents. Donc, puisque nous ferons cela, nous pouvons l’intégrer dans notre rhétorique, dans notre programme.

    Dans un futur idéal, hypothétique, fantasmé, peut-être que le « socialisme douanier », que le « nouveau paradigme » ce « protectionnisme solidaire » [« C’est pourquoi nous proposons un tout autre paradigme : le protectionnisme solidaire. » , si tant est que cela ait un sens autre que le slogan. ] pourrait peut-être s’incarner. Si l’impérialisme français était brisé, battu, écrasé, si il n’était pas la raison première de la misère dans les régions d’Afrique d’où partent les migrants, peut-être. Si ce n’était pas les impérialismes conjoints qui semaient la misère dans les zones de départ, peut-être, oui, verrait on ces fantasmes quitter le rayonnage des délires fiévreux pour arriver dans celui des possibles. LFI -ni aucune force réformiste- n’a pas les moyens de pouvoir moraliser les patrons, de pouvoir agir de manière concrète sur l’économie ou sur l’impérialisme. Dire, à l’extrême limite que « lorsque nous serons au pouvoir et que nous aurons fait tout cela, il sera temps de changer d’approche sur la question des migrations » serait une chose.

    Mais pour le moment, non. Pour le moment, nier l’état actuel des choses pour superposer une réalité imaginaire, cela revient à mentir ou pratiquer des tours de passe-passe devant les masses populaires.

    Et nous redoutons que le passe-passe ne soit particulièrement amer. Car il avalise le fait qu’il est légitime de rejeter de chez soi les les flux que nous causons nous même.

    La solution des flux forcés de personnes qui partent de l’enfer, de la misère, de la famine, de la geurre, c’est au préalable l’anéantissement des puissances qui en sont responsables, qui instillent la misère, la famine, la guerre. Ce préalable est incontournable.

    Ce n’est pas, comme le dit le barbouze Kuzmanovic, se méprendre sur l’esprit des Lumières. C’est un choix qui consiste à mettre au dessus de cette pseudo-transcendance nationale la solidarité internationale, de mettre au dessus le slogan oublié de « prolétaires de tous les pays, unissez-vous ». Dans les faits, Kuzmanovic, mis au pied du mur, assène : « On ne peut pas laisser mourir les gens en Méditerranée, mais si une personne n’est pas éligible au droit d’asile, il faut la renvoyer dans son pays. Et rapidement. »  Quelle différence entre cette position et celle de Macron ?

    Désormais, plus on creuse, plus la terre sent le cadavre enterré à la va-vite.

    « Sur la question migratoire, en particulier, la bonne conscience de gauche empêche de réfléchir concrètement à la façon de ralentir, voire d’assécher les flux migratoires, qui risquent de s’accentuer encore du fait des catastrophes climatiques. Plutôt que de répéter, naïvement, qu’il faut « accueillir tout le monde », il s’agit d’aller à l’encontre des politiques ultralibérales – ce que la social-démocratie a renoncé à faire. » Le faux nez tombe. Kuzmanovic, en bon adepte d’une capitalisme protectionniste, cible l’ultra-libéralisme, père de tous les maux. Or, si nous sommes conséquent, nous savons que n’est pas le libéralisme qu’il faut combattre, surtout pour lui substituer une tactique différente de la bourgeoisie, mais le capitalisme et l’impérialisme comme système d’exploitation qui écrase les peuples et les précipitent dans la misère. A l’époque du protectionnisme, les flux de migrants économiques étaient encore plus intenses qu’aujourd’hui. De plus, même d’un point de vue capitaliste, l’immigration n’est pas un frein au développement économique. La Suède, pays d’accueil important, à ainsi connu un rebond énorme dans sa croissance, passant d’une récession terrible en 2009-2010 (-5%!) à une croissance de l’ordre de 3,2% aujourd’hui. Les économistes imputent cela au fait que l’économie a été stimulée par les entrées de migrants et par leur besoins en terme de logement, de biens de consommation et de services. Mais Wagenknecht et notre triste sire ne voient dans les migrants que des bouches à nourrir, que des assistés ou des concurrents, et omettent d’écrire que ce qui bloque le développement économique, ce qui entrave les forces productive, c’est le parasitisme de la part de la bourgeoisie et l’accaparement des ressources et des richesses par cette classe.

    Par ailleurs, ce qu’oublie de mentionner l’apprenti-sorcier du fascisme qu’est Kuzmanovic, c’est la goutte d’eau que représente les migrations à l’heure actuelle. Les flux migratoires sont minuscules par rapport à ceux des années 10-30 ou 50. Surtout, même en supposant que ces flux aillent directement grossir les rangs des chômeurs, ils ne sont qu’une martingale par rapport à l’immense masse de chômeurs qui forment déjà cette armée de réserve. « C’est une analyse purement marxiste : le capital se constitue une armée de réserve. Lorsqu’il est possible de mal payer des travailleurs sans papiers, il y a une pression à la baisse sur les salaires. Cette analyse serait d’extrême droite ? Vous plaisantez. » 

    Il s’agit, par ailleurs, mot pour mot, la ligne défendue par le Bastion Social, lequel instrumentalise sans vergogne cette question. Pour Kuzmanovic, la solution est de rejeter les travailleurs entrés illégalement sur le territoire français, non les légaliser, les syndiquer, les organiser politiquement, qu’ils sortent de l’ombre et puissent combattre l’exploitation aux côtés de leurs camarades de nationalité française.

    Au final, ce qui ressort de ce positionnement, c’est que le Rubicon a été franchi pour ce qui est du positionnement dans l’échiquier politique pour cet individu, et, peut-être, pour son organisation tout entière si elle ne réagit pas.

    Il ne fait pas de doute que certains sont ravis de cette mutation, surtout à la droite de la droite, mais également au sein de LFI, ou la décomplexion pourra régner. Cependant, nous nous refusons à croire que cette position puisse être hégémonique sans discussion et devenir une thèse de LFI. Nous appelons les adhérents de ce mouvement à rejeter la ligne de Kuzmanovic, à obtenir son départ, ce qui sera un test pour la démocratie interne, par ailleurs, et à condamner tant la position de Wagenknecht que celle vers laquelle semble s’orienter un Mélenchon qui s’est déjà fendu de réflexions douteuses sur l’immigration. A moins qu’il ne les ait déjà oublié, au vu des pertes de mémoires subites dont il semble souffrir sous la pression…

    Défendons le droit d’asile ! Défendons l’accueil de ceux qui fuient les guerres dont tirent profit Total, Dassault, Thalès, Areva ! Défendons l’accès aux papiers pour tous ceux qui en sont privés ! Quelque soient les papiers, quelque soient les origines, nous ne formons qu’une seule ligne de front contre l’exploitation, contre l’oppression !

  • Cap catastrophe 2022 : Éviter les dépenses publiques inutiles.

    Cap catastrophe 2022 : Éviter les dépenses publiques inutiles.

    Cap catastrophe 2022 : Éviter les dépenses publiques inutiles.

    Partie 9

    La dernière partie du dossier enfonce le clou. Elle insiste sur ce qui est le fondement de ce document, c’est à dire le fait de réduire au minimum l’apanage de l’Etat, de réduire au minimum son activité, et de livrer de nouveaux marchés aux capitalistes sans cesse avides de profits. Le dossier va dans leur sens, en laissant libre court à la rapacité de la bourgeoisie et en ôtant les barrières et les brides qui pouvaient la contraindre.

    La suppression des doublons, proposition importante du document, est ainsi un blanc-seing donné aux entreprises pour transgresser les règles. « Pour les contrôles auxquels les entreprises sont soumises, il faut rationaliser et mieux coordonner en mutualisant davantage et allant vers un guichet unique pour certains types de contrôles. La cohérence des contrôles, leur priorisation, leur pertinence, leur sécurisation et leur acceptation par les usagers seraient à l’évidence mieux assurées si une seule structure était chargée de leur coordination ; »

    In fine, ce qui en ressort, c’est le fait que les contrôles seront plus lâches, moins resserrés, et rationalisés à outrance, ce qui signifie, en langage de la RGPP, que le service sera saturé et incapable de faire face aux problématiques réelles du terrain. Mieux encore, les génies à l’œuvre derrière ce pamphlet pensent trouver une solution miracle en délégant au privé le contrôle, notamment sanitaire, mais également en inventant l’auto-contrôle sanitaire. Sachant l’énergie que les capitalistes mettent à respecter les lois et les normes, il ne fait de doute que l’intégralité des problèmes seront réglés, d’un coup de baguette magique.

    « ► faire réaliser, au-delà de ce qui se pratique déjà, certains contrôles par des opérateurs privés. Aujourd’hui des organismes à vocation sanitaire (OVS) reçoivent délégation par le préfet pour procéder à l’exercice de contrôles pour le compte de l’État. On pourrait étendre les délégations à des opérateurs privés à d’autres contrôles, y compris dans le domaine de la concurrence et de la protection du consommateur et de la répression des fraudes. On pourrait également développer les démarches d’auto-contrôle par les structures faisant l’objet d’inspections, à partir de référentiels d’auto-diagnostic reconnus. »

    Dans les cartons, également, le projet de mettre fin à plusieurs aides de l’État, au prétexte qu’il faille « Mettre un terme à toutes les interventions publiques dont l’efficacité n’est pas démontrée » « La France dépense 2,2 points de plus que ses voisins en interventions sectorielles (aides à des entreprises ou des secteurs divers). Ces aides – directes ou sous forme de niches sociales et fiscales – peuvent avoir un effet positif sur l’économie, mais il faut s’en assurer, d’autant qu’elles peuvent atteindre des montants conséquents (une quarantaine de milliards d’euros environ). Or, elles ne font pas l’objet d’une évaluation systématique et perdurent sans que leur efficacité soit avérée. Elles sont par ailleurs peu lisibles pour les entreprises et fortement consommatrices de moyens humains (environ 15 000 ETP, dont près de 1 500 dans 110 agences). »

    Il est vrai que le caractère bureaucratique de certaines formes de gestion du capitalisme est lui même générateur d’un parasitisme. Mais derrière cette idée de rationalisation et de concentration, c’est surtout le moyen pour l’Etat d’avoir la haute main sur l’intégralité des dépenses qui est visé. Donc, de fait, d’accroître la capacité d’initiative de la part des servants zélés du capitalisme.

    Autre exemple, le soutien à la transition énergétique du fait de sa non-rentabilité et de l’inefficacité constatée des résultats des initiatives précédentes selon les critères de la RGPP serait liquidée. « Pour le soutien à la transition énergétique, le montant de l’ensemble des dépenses de la politique nationale de l’énergie, y compris les versements aux opérateurs, s’élève à 16,8 Md€. Le coût pour la collectivité est donc très significatif. Pourtant, les choix dans ce domaine sont malaisés parce qu’il n’est pas évident de déterminer quelle technologie soutenir. En effet, il n’y a pas de consensus sur le coût de revient futur de ces énergies. »

    Cette politique de gestion des questions énergétiques ne peut effectivement ne déboucher que sur des déconvenue étant donné la manière dont elle est menée. Dans des secteurs aussi lourds que les investissements dans les infrastructures de production d’énergie, la rentabilité n’est qu’une lointaine lumière. C’est d’ailleurs pour cela que la très grande majorité des frais de développement et de construction étaient assumés par les contribuables. C’est pour cela également que la bourgeoisie elle-même n’a pas tant bronché lorsque les nationalisations ont été mise en œuvre en 1944-1945 et après le choc pétrolier, car cela lui permettait de faire assumer le coût faramineux de ces évolutions par la plus grande partie de la population tandis qu’elle récupérerait les fruits de celui-ci quand le seuil de rentabilité serait atteint.

    Des phrases cryptiques qui pourraient laisser un brin d’espoir telles que celles qui suivent, ne sont, en réalité, que des proclamation de la fin de cette politique de transition vers les énergies renouvelables.

    « aider les collectivités territoriales à s’assurer que leurs projets de soutien aux énergies renouvelables sont techniquement réalistes et rentables. Cette rentabilité doit être évaluée d’un point de vue économique mais également social. »

    Aider les collectivités à s’assurer ne signifie pas les aider financièrement à soutenir des projets, mais bien les aider à diagnostiquer la rentabilité de ces projets. En somme, il s’agit de faire intervenir une inquisition comptable chargée de pourchasser la dépense.

    A cela s’ajoute d’autres projets tout aussi gênants pour la réductions des dégâts causés sur l’environnement notamment le fait de supprimer les incitations à la rénovation thermique.

    « supprimer le taux réduit de TVA sur les travaux de rénovation thermique et le faire passer au taux intermédiaire »…

    Nul doute que l’opportuniste François de Rugy se fera sans la moindre vergogne le réalisateur de ces réformes.

    D’une manière générale, cette fin de l’intervention dans certains secteurs signe la fin d’une certaine forme d’égalisation du développement des infrastructures. Comme mentionné plus haut, les projets du gouvernement actuel mènent à une reconcentration des moyens et à une métropolisation accrue. Une des infrastructure concernée par les réformes prévues est celle des aéroports locaux, qui, à l’heure actuelle, bénéficient d’une péréquation avec leurs homologues internationaux.

    « Dans le domaine du transport aérien, il existe un très grand nombre de petits aéroports qui ont besoin de subventions d’exploitation pour être pérennes économiquement. On peut s’interroger sur la nécessité de maintenir les niveaux actuels de soutien pour l’ensemble de ces petits aéroports. »

    « supprimer la péréquation de la taxe d’aéroports, sauf pour les aéroports dont la desserte est nécessaire à l’aménagement du territoire ; »

    Pour ces aéroports, cela signifie donc le fait d’être étranglés financièrement et de devoir, comme les universités au final, augmenter leurs frais internes pour rester à flot. Cela signifie de fait des réductions de personnels ou des fermetures.

    Pour les administrations, la chasse aux économies conduit les rédacteurs à sortir du chapeau une chimère constante : l’externalisation. « Mutualiser davantage l’achat public et développer les externalisations »

    « Les administrations doivent s’assurer qu’elles ne peuvent pas remplir leur mission à moindre coût, en mutualisant leurs achats, en externalisant une partie des leurs tâches, en achetant sur étagère, etc …

    Ce principe sera plus facile à appliquer dans un contexte où les managers auront plus d’autonomie et seront intéressés aux économies : en effet, si ceux-ci peuvent profiter des économies qu’ils génèrent, ils intégreront plus volontiers des démarches d’optimisation des coûts. »

    Nous ne savons pas si la phrase que nous soulignons signifie une récompense financière ou une récompense en terme de carrière, mais toujours est-il qu’elle mérite d’être pointée du doigt pour illustrer le rôle de garde-chiourme et de contremaître que ces managers vont être amenés à jouer, en plus d’être des parasites au sein des administrations.

    La croyance dans une prétendue vertu de la gestion privée, au nom du fait que la concurrence tirerait les prix vers le bas et la qualité vers le haut atteint ici le pinacle de l’absurde. Que cet argument soit utilisé dans des secteurs où il peut exister plusieurs offres, admettons. Et encore, car la tendance à la création d’ententes, de trusts, de cartels, de monopoles est inscrite dans les gènes du capitalisme.

    Mais lorsque cet argument est employé pour des questions telles que l’externalisation des cantines ou la privatisation des autoroutes, le ridicule saute aux yeux. Jamais deux sociétés autoroutières ne construirons côte-à-côte deux autoroutes. Jamais, dans un collège, il n’y aura de concurrence entre deux cafétérias. Les coûts en terme infrastructure sont hors de proportion avec les bénéfices escomptés par les investisseurs et les actionnaires. C’est d’ailleurs pour cela que ces derniers se font une joie immense de voir que ces frais sont endossés par les contribuables, tandis que l’exploitation leur a été concédée à vil prix.

    « dans le domaine du transport routier, en plus de la décentralisation prévue (voir proposition n° 18), mettre à l’étude le transfert dans les concessions autoroutières existantes d’un peu plus d’une quinzaine de tronçons, représentant environ 150 km, pour lesquels cela semble cohérent et qui ont été identifiés par le ministère en charge des transports Plus largement, on pourrait développer l’externalisation du réseau routier des collectivités et de l’État selon un découpage territorial pertinent (par axes ou par territoires), au-delà de ce qui est déjà pratiqué »

    Voici une exemple de ce type d’offrandes à la bourgeoisie. En fait de marchés concurrentiels, ce sont des marchés captifs qui sont offerts. Des marchés sur lesquels les immenses corporations que sont Bouygues ; Sodexo ; Vivendi… peuvent pratiquer les tarifs qui leur conviennent -les plus élevés possibles donc- pour s’assurer des marges colossales, tout en prenant en otage -la bourgeoisie ne se prive pas d’employer ce terme, pourquoi ne le ferions-nous pas?- les usagers.

    Ce qui devient amusant, c’est que ce système d’externalisation sera appliqué également aux armées.

    ► externaliser davantage la fonction d’habillement, de restauration et d’entretien courant de l’immobilier pour le ministère des Armées. L’habillement est déjà en partie externalisé. Il s’agirait donc d’étendre les marchés pour des économies d’échelle plus importantes. Pour l’alimentation et l’entretien du parc immobilier, ces prestations sont déjà réalisées dans le secteur privé pour d’autres entreprises ou ministères et l’externalisation permettrait d’offrir des coûts plus compétitifs ;

    « ► dans le domaine de la défense, rechercher systématiquement à satisfaire le besoin opérationnel en réalisant une acquisition « sur étagère » (déjà existante) plutôt que de lancer le développement d’une solution qui serait créée spécifiquement pour l’armée française et donc peut-être plus coûteuse ; »

    Cette phrase illustre incompréhension et la naïveté dont font preuve les rédacteurs du texte, lesquels ne sont, au final que des exécutants. Croire que l’immense complexe militaro-industriel saura se satisfaire de commandes aussi peu profitables revient à se bercer d’illusion. Si les industries comme Dassault ou comme Thalès insistent autant pour que la loi d’Augustine -la loi de l’inflation logarithmique des coûts militaires- se concrétise, c’est parce qu’ils en tirent d’immenses profits. Comme ces entreprises n’ont pas de concurrents, il leur est possible de pratiquer des tarifs hors du commun, faisant du matériel français un des plus onéreux au monde. 78 Millions d’€ l’unité pour un Rafale contre 15 pour un MiG-29 ou 60 pour un Su-35; 15,9 M€ pour un char Leclerc contre 6,1 pour un Abrams et 3 pour un T-90… Cela explique le fait que le matériel français ne se retrouve que dans des marchés protégés, cloisonnés, parfois même d’ailleurs de manière contradictoire avec l’efficacité militaire.

    Il s’agit d’une divertissante contradiction par ailleurs qui illustre celles que connaît la bourgeoisie, du fait de sa nature de classe et de sa courte vue. D’une part, il existe une volonté de réduire le format des armées et les coûts pour diminuer les impôts, de l’autre la volonté de vendre au prix le plus fort le matériel militaire. Cette conjonction commune fait que l’armée français est dans une situation fort déplaisante, avec une poignée de matériel de pointe, mais qui n’a qu’un format de « poing blindé » ou de corps expéditionnaire, incapable de pouvoir remplir les tâches de contrôle du territoire que lui impose l’impérialisme français, devant se baser sur des supplétifs locaux et low cost. Ironiquement, l’impérialisme lui même nourrit sa défaite par son caractère putréfié.

    Pour ce qui est de compenser les gouffres dans la trésorerie des administrations et des services publics, les auteurs ont eu un éclair de génie :

    « Faire payer directement l’usager de certains services publics »

    Application directe du libéralisme, cette conception qui veut que l’utilisateur soit le payeur fait son chemin. Ainsi, cela veut s’appliquer à la SNCF nouvellement privatisée.

    ► transports. Les déplacements des individus et des marchandises créent des coûts pour les pouvoirs publics : entretien des infrastructures de transport, investissement pour augmenter les capacités d’accueil (nouvelles rames de train, par exemple)… Ces déplacements engendrent également des coûts cachés notamment du fait de la pollution. Aujourd’hui, on dispose de plusieurs choix pour ses déplacements, qui peuvent limiter ces coûts cachés. Par exemple, on peut choisir le covoiturage plus aisément qu’auparavant. Il n’est donc pas anormal de demander à ceux qui ne font pas le choix de réduire les coûts qu’ils engendrent pour la société d’en prendre une plus grande partie à leur charge ; [C’est nous qui le soulignons]

    En somme, celui qui ne prend pas le train ne cotise pas au fonctionnement du chemin de fer. A l’utilisateur de payer plein tarif. Logique. Sauf que, ironie de la chose, les RFF (réseaux ferrés de France) restent entre les mains de l’Etat et donc sont financés par le contribuable. Or, les rails ne rapportent pas grand chose et coûtent cher. Le bénéfice se fait sur le matériel roulant, propriété privée. Donc, dans l’équation truquée, non seulement tout le monde paie de sa poche l’entretient des voies, mais l’utilisateur paie les bénéfices à l’exploitant.

    Quant à l’invocation du covoiturage, elle est savoureuse. Finalement, pour compenser la baisse de leur niveau de vie et la hausse des coûts, les utilisateurs se doivent de mettre en commun leur propriété privée. Cela ne peut que rappeler le Manifeste lorsque les auteurs s’expriment ainsi : « Vous êtes saisis d’horreur parce que nous voulons abolir la propriété privée. Mais, dans votre société, la propriété privée est abolie pour les neuf dixièmes de ses membres. C’est précisément parce qu’elle n’existe pas pour ces neuf dixièmes qu’elle existe pour vous. Vous nous reprochez donc de vouloir abolir une forme de propriété qui ne peut exister qu’à la condition que l’immense majorité soit frustrée de toute propriété. En un mot, vous nous accusez de vouloir abolir votre propriété à vous. En vérité, c’est bien ce que nous voulons. »

    A cela, les auteurs rajoutent une petite nouveauté sous couvert d’écologie :

    « favoriser la mise en œuvre d’un péage urbain dans les principales métropoles. Un tel péage, qui existe dans de nombreuses métropoles (Londres, Stockholm…) vise à limiter la congestion et la pollution dans les centres urbains et à inciter l’utilisation des transports en commun. Il rend visible le coût pour la société d’une utilisation de la voiture pour les déplacements en ville. Ce péage peut être modulé en fonction du niveau de pollution de la voiture (gratuité pour les véhicules électriques par exemple) »

    Sur le principe, l’idée peut paraître sympathique. Mais dans l’application, ce péage est un péage sur critères sociaux déguisés. Les voitures électriques demeurant l’apanage de certaines catégories sociales. A l’inverse les véhicules les plus polluants ne sont pas forcément les grosses cylindrées, mais bien souvent les vieux tacots. Certes la mesure rend visible le coût de la pollution, mais la sanction économique frappe particulièrement ceux et celles qui n’ont pas le choix, laissant les rues des grandes villes aux bourgeoisie qui paient l’obole.

    Ce qui ressort de cette dernière partie, avant d’aborder une conclusion, c’est le caractère particulièrement avare des mesures mises en place. Avare envers les usagers, envers les plus précaires, envers les plus pauvres, mais, en revanche, d’une générosité sans bornes envers les commanditaires de ces réformes : la grande bourgeoisie et particulièrement celle des métropoles. Cependant, on ne peut retirer le caractère fondamentalement irréaliste, même en régime bourgeois, de certaines propositions, qui lèsent les grands trusts du complexe militaro-industriel. Croire que les dépenses publiques vont se tarir, dans un secteurs aussi important pour ces grands bourgeois, c’est sombrer dans l’idéalisme le plus béat.

  • Cap Catastrophe 2022 : Le droit, la loi, les impôts et la TVA.

    Cap Catastrophe 2022 : Le droit, la loi, les impôts et la TVA.

    Cap Catastrophe 2022 : Le droit, la loi, les impôts et la TVA.

    Partie 8

    Le droit et la loi.

    La justice est elle une affaire comptable ? C’est la conclusion qui semble émerger à la lecture de la proposition 13 du document. Les constats dressés sont les suivants :

    « La politique française de justice s’est traduite depuis quinze ans par une forte augmentation de ses crédits et de ses emplois : son budget est passé de 4,6 Md€ en 2002 à 8,7 Md€ en 2018. Pour autant, il persiste une forte impression d’inadéquation entre les moyens mobilisés et les attentes des usagers. Par rapport aux autres services publics, la justice enregistre en effet un net déficit d’opinion positive de la part de ses usagers. »

    Dans notre analyse, le premier aspect qui explique la désaffection de la part d’une large partie de la population envers la justice provient de son caractère de classe. Malgré les prétentions sur la séparation des pouvoirs, le fonctionnement de la justice ne peut être découplé de la nature de la société. Les individus ne sont pas égaux devant les juges de par leur classe sociale ou leur ethos. Mais ils ne le sont pas non plus du fait de l’organisation même de la justice, où le procureur est sous les ordres de l’État et est le relais de la volonté politique du gouvernement au pouvoir.

    Face à une justice où les non-lieux, les acquittements, les peines jamais appliquées sont légion pour les grands bourgeois, comment avoir confiance ? Ce n’est pas possible.

    Que préconise alors ce texte ? Le numérique est une nouvelle fois brandi comme solution à l’intégralité des problèmes du monde, remplaçant tout déplacement et tout accueil. Dans le même temps, pour accélérer les procédures, un certains nombre de changements sont mis en œuvre : les juges peuvent rejeter les demandes « manifestement irrecevables » et doivent se recentrer autour de leur « cœur de métier ». L’idée est d’externaliser plusieurs fonctions, lesquelles peuvent être remises entre les mains d’individus n’ayant pas le statu de magistrat. Ainsi, les juges des tutelles et juges des enfants peuvent voir leurs fonctions suppléées par des services administratifs.

    Autre aspect, le resserrement du délais d’appel pour les jugements civils et le caractère non-suspensif de l’appel. En somme, il s’agit de le rendre plus rare, plus difficile à saisir et, surtout, sans efficacité immédiate, donc décourageant pour les plaignants comme pour les accusés.

    En somme, il s’agit d’une proposition qui ne vise qu’a réduire les dépenses de la justice, mais nullement, autrement sous la forme d’un voile cosmétique, de résoudre fondamentalement des problèmes de fonctionnement, même dans le cadre du droit bourgeois.

    Suite logique d’un item sur la justice, suit un autre sur la question de l’exécution des peines. L’introduction de l’item revient sur la situation française, qui est celle d’une surpopulation carcérale immense. Les rapporteurs annoncent 119% de taux d’occupation, un chiffre contesté par l’Observatoire International des Prisons, lequel déclarait le 8 aout 2018 « Des records de densité de population sont battus, alors même que depuis vingt-cinq ans, 30 000 places de prison supplémentaires ont été construites. À ce jour, le taux moyen d’occupation des maisons d’arrêt, établissements dans lesquels sont hébergés 48 000 détenus, s’établit à 142 %. 53 établissements présentent même des situations extrêmes de sur-occupation, avec une densité supérieure à 150 %. Citons notamment les maisons d’arrêt de la Roche-sur-Yon, Baie-Mahault (en Guadeloupe), Évreux, Laval et Nîmes dont le taux d’occupation avoisine voire dépasse les 200 %. »

    Fait notable, le nombre de détenus augmente de manière constante, passant de 60 000 à 70 000 en à peine 10 ans (le chiffre total de personnes suivies par l’administration pénitentiaire est de 249 298 en 2016). 10 000 détenus sont en attente de jugement.

    Les solutions préconisées par le rapport pourraient-elles se diriger vers une possible meilleure réinsertion des détenus ? Non. Vers une compréhension des raisons socio-économiques qui expliquent la délinquance ? Encore moins. Elles ne se dirigent que vers une gestion purement comptable de la question des peines.

    L’argument principal qui revient sur la question de la substitution de la peine de prison par le bracelet électronique est celui du coût (10€ / jour contre 100 € pour la prison.) Aux yeux des rédacteurs et des rédactrices, l’essentiel de la question se trouve là : trouver une solution économique, au travers de la géolocalisation et du développement de l’ « arrêt domiciliaire ». Le but même est que celui-ci puisse devenir une peine autonome de la prison. Quand à l’exécution systématique des peines, cela, dans le climat social actuel – mais également politique – signifie une intensification plus que probable de la répression et de l’incarcération d’un nombre toujours plus grand de détenus. Or le capitalisme et la prison marchent particulièrement bien main dans la main. Malgré les discours constant sur la répression dans les États Socialistes, les laquais du capitalisme sont bien en peine d’expliquer les taux supérieurs de détenus présents dans le parangon de la liberté que sont les USA. Et pour cause, là prison est aussi un business, qui rapporte gros.

    Fusionner les impôts et les recouvrements.

    Pour mieux financer leurs projets, les rédacteurs se montrent d’une avidité sans nom et sans bornes. Plus nous grimpons dans la hiérarchie de la bourgeoisie, moins elle paie d’impôts. Les exonérations sont immenses. Ou elles sont négociées entre bons amis ou réalisées par les magiciens de l’optimisation fiscale, qui parviennent à défalquer des sommes vertigineuses les particuliers, tandis que les entreprises ont leur secrets.

    Comme les plus riches s’y soustraient, il est nécessaire que l’argent soit trouvé ailleurs. Ailleurs et autrement. Une des manières d’y parvenir est de mettre entre les mains de l’État tout ce qui lui échappait auparavant. Mais surtout, comme évoqué précédemment, l’idées est également de fusionner les lignes de comptes qui étaient auparavant séparées, ce qui permet désormais aux dirigeants de pouvoir ventiler comme bon leur semble les deniers récoltés par l’impôt, et donc d’assécher les aides sociales, tandis que d’autres secteurs peuvent être noyés sous les finances.

    Cette fusion est non seulement particulièrement vicieuse en ce qui concerne les particuliers, elle l’est également pour les communes. La suppression de la taxe d’habitation, haïe par la population, prive les communes et les collectivités locales de leur principale rentrée d’argent. Le remplacement par un fond géré et ventilé par l’Etat signifie la mise sous tutelle de celles-ci. Cela aura pour conséquences l’assèchement des communes menant des politiques contradictoires avec les lignes défendues au sein de l’Etat, mais également l’accroissement du phénomène de métropolisation. L’ex-maire de Lyon et actuel ministre de l’intérieur s’est ainsi fait remarquer pour ses manœuvres dans le but de siphonner le budget des métropoles de la région Rhône-Alpes-Auvergne dans le but d’alimenter Lyon et son réseau de clientèle.

    Dans le document suivant, l’idée retrouvée est donc une rationalisation avec comme fin des économies dans la gestion de la collecte d’impôt, mais également un pouvoir discrétionnaire de la part de l’Etat sur celui-ci.

    « L’objectif est de simplifier drastiquement le système de recouvrement, en réduisant le nombre de dispositifs et de structures qui en ont la charge. En vision cible, les acteurs économiques mettraient sur une plateforme les données économiques et sociales et ces données seraient utilisées pour le recouvrement par un système unique, fortement automatisé et orienté vers l’usager. Cela aurait pour effet de faire évoluer les missions de l’État vers le contrôle, le conseil et l’accompagnement. »

    Une grande partie de la population, y compris ceux qui bénéficient d’aides, détestent les impôts, présentés comme un « racket ». Plus les systèmes sont automatisés, plus la destination de l’impôt paraît abstraite, absurde, injuste. Cela permet de justifier toutes les politiques qui prétendent liquider ce fardeau, mais qui, in fine, ne servent qu’a alléger celui de la grande-bourgeoisie et à réduire les salaires indirects des prolétaires.

    Le sens de « simplifier le droit fiscal et social pour améliorer l’efficacité et la lisibilité de notre système de prélèvements obligatoires et renforcer notre attractivité. Cela implique de réduire les niches et de supprimer les petites taxes, complexes à collecter et au rendement faible » est celui-ci, celui de supprimer ces « petits tracas » qui concernent certains bourgeois, certaines bourgeoises, et qui leur coûte une partie de leurs profits. Le rêve ? Un impôt comme celui préconisé par Vauban, en plein ancien régime, qui serait unique et uniforme, sans tranches fiscales en fonction du revenu.

    « La mise en œuvre de ces réformes conduira à réduire le nombre de taxes, ce qui sera mesurable en observant le nombre supprimé chaque année. Une telle réforme devrait permettre d’améliorer de manière très significative l’efficience du recouvrement de l’impôt. Les travaux conduits par le Comité permettent d’estimer l’économie à 1 Md€ d’ici 2022. »

    Un milliard d’euros d’économie sur le fonctionnement des caisses de recouvrement, tout en réduisant la charge pesant sur la bourgeoisie. Que demander de mieux ?

    Faire la chasse aux à-côtés.

    Le rapport Cap 2022 émet une idée audacieuse : supprimer la monnaie matérielle. Prenant exemple sur certains Etats, notamment scandinaves, où les paiements dématérialisés représentent 90% des transactions, les rédacteurs du document s’interrogent sur la pertinence d’initier une suppression progressive de la monnaie physique.

    Pourquoi proposer cela ? Les raisons sont multiples. Officiellement, il s’agit de « faciliter la vie des français » ce qui, au vu des propositions précédentes, est d’un ridicule achevé. Il s’agit également de posséder un contrôle et une possibilité d’examen sur l’ensemble des transactions qui sont réalisées en France.

    « on estime aujourd’hui que la fraude à la TVA représente en France environ 10 Md€, une partie correspondant à des revenus non déclarés. De même, le travail non déclaré représente un manque à gagner important pour les administrations fiscales et sociales. En 2016, 555 M€ ont été redressés par les Unions de recouvrement des cotisations de sécurités sociale et d’allocations familiales (URSSAF). Enfin et plus généralement, la circulation d’espèces favorise par ailleurs le blanchiment d’argent. »

    « En supprimant progressivement la circulation d’espèces, on simplifiera les paiements, correspondant aux modes de vie déjà préconisés par les Français, tout en permettant une lutte plus efficace contre la fraude et le grand banditisme . »

    De fait, une part de vrai existe. L’Etat n’aime pas la fraude à la TVA, ni celle à l’URSSAF. La suppression d’une partie des moyens de blanchiment d’argent peut compliquer la tâche des activités illégales ou para-légales. Cependant, cela signifie également le fait de devoir déclarer chaque transaction qui pourrait être interprétée comme un revenu, y compris le bénéfice de la revente d’une lampe sur « Le Bon Coin ». Une manière de s’assurer que l’injuste impôt qu’est la TVA s’applique partout.

    Mais il s’agit surtout d’un magnifique cadeau aux banques, qui deviennent des intermédiaires incontournables et dans lesquels l’intégralité des dépôts sont stockés. Certes le temps du bas de laine et de l’argent caché sous le matelas est révolu, mais en théorie un compte bancaire n’est pas une obligation légale. Elle le deviendra de facto, y compris pour qu’un bambin puisse avoir de l’argent de poche. Heureusement, les rédacteurs ont l’intelligence de mentionner les publics les « plus fragiles .»

    « supprimer les espèces, les chèques et les timbres pour les paiements fiscaux et sociaux d’ici deux ans. Afin d’accompagner en particulier les publics les plus fragiles, des solutions intermédiaires pourraient être envisagées (par exemple utilisation d’une carte sans contact) ; »

    Une personne en surendettement ou en interdit bancaire signe-t-elle son arrêt de mort économique ? Difficile à dire. En revanche, un frémissement d’excitation se ressent quant à l’idée de pouvoir liquider un partie de l’administration tout comme de pouvoir intégrer la totalité des transferts d’argent dans le calcul du PIB, permettant de gonfler son calcul et, ainsi de permettre aux dirigeants politiques de se pavaner en prétendant avoir crée de la richesse, alors que celle-ci est restée strictement la même.

    « Le Comité est convaincu que cette réforme est source d’économies importantes mais n’a pas été en mesure de les chiffrer. Par ailleurs, elle devrait permettre de lutter contre la fraude fiscale et donc d’accroître la rentrée d’impôts. »

    Une nouvelle fois, le comité pour CAP 2022 met en avant un objectif primordiale : réduire les dépenses de l’Etat, y compris -voir surtout- dans le domaine social. Deuxième objectif : être le plus rapace possible quant au fait de taxer les populations les plus fragiles, tandis que la grande-bourgeoisie échappe, comme durant l’Ancien Régime, à l’impôt.

    Une dernière partie reste à aborder, celle de la cure d’amaigrissement préconisée dans l’administration, pour « réduire les dépenses inutiles .»

  • « Que venez-vous faire, camarades ? »

    « Que venez-vous faire, camarades ? »

    « Que venez-vous faire Camarades
    Que venez-vous faire ici
    Ce fut à cinq heures dans Prague
    Que le mois d’août s’obscurcit 
    »

    Il y a 50 ans, l’armée soviétique intervenait dans Prague. Les chars marqués de l’étoile rouge défilaient dans la capitale devant un monde médusé. Certains, en cette date, veulent en faire une victoire de la révolution. Nous ne partageons pas ce point de vue. L’écrasement du printemps de Prague est, à nos yeux, à condamner sans réserve. Cependant cela signifie-t-il embrasser la prétendue thèse du socialisme à visage humain de Dubcek et en faire un héros ? Les choses ne sont pas si simple.

    Retour en arrière.

    A la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Tchécoslovaquie est libérée par l’Armée Rouge. Après avoir été coupée en deux par l’occupant, dont une partie directement administrée par les pires bourreaux du Reich, elle est réunifiée sous un gouvernement unique. Sa situation est unique à plus d’un titre en Europe Orientale.

    D’une part il s’agit d’un Etat qui, pour sa partie occidentale, est très industrialisé. En 1938, il s’agissait de la première économie d’Europe centrale et orientale. Les usines Skoda et la firme d’aviation Avia sont ainsi particulièrement réputées. Contrairement à d’autres Etats de la région, il existe une importante classe ouvrière, laquelle prend par à la résistance populaire contre l’envahisseur et accueille favorablement l’Armée Rouge.

    Après la guerre, un Front National se met en place, dans lequel le Parti Communiste Tchécoslovaque est présent. Il existe une pluralité politique, qui explique notamment que la Tchécoslovaquie, contrairement à l’URSS, soutienne Israël dans la première guerre israélo-arabe, forçant par ailleurs l’embargo.

    Les années d’après-guerre sont des années de lutte sociale d’importance, dans lesquels le PCT joue un rôle moteur et gagne en influence. En 1946, il fait 38% aux élections, et détient le poste de premier ministre, celui du ministère de l’intérieur et celui de la défense. L’annonce du plan Marshall cristallise les tensions, mais les Tchécoslovaques le vivent avant tout comme une provocation, étant donné qu’il vise notamment à restaurer le potentiel économique et militaire Allemand. L’annonce de l’Alliance Atlantique, en janvier 1948 provoque des remous, étant vue comme une absolution des crimes militaires de l’Allemagne Nazie. Une très grande partie de la classe ouvrière et même des éléments conservateurs applaudissent la position de l’URSS et des PC des différents Etats sur la question des prêts américains.

    La prévalence du Parti Communiste aiguise l’opposition. Celle-ci se met hors jeu par elle-même, menaçant de démissionner ou boycottant les réunions du Front National. Peu à peu, les partis conservateurs et agrariens s’isolent, de même que la droite du Parti-Social Démocrate. Leur tentative de déstabilisation par la désertion échoue cependant.

    Une tentative de coup orchestrée par les partisans de l’atlantisme est éventée, déclenchant une riposte par les milices ouvrières. Les conspirateurs sont arrêtés tandis que des mobilisations populaires portent aux nues le nouveau gouvernement social-démocrate – communiste, dirigée par Klement Gottwald.

    La République Populaire de Tchécoslovaquie est proclamée le 9 mai 1948.

    Au moment des troubles qui suivent la mort de Staline, Klement Gottwald décède dans des circonstances plus que suspectes, de même que d’autres personnalités défendant la ligne de Staline. Son remplaçant, Antonin Novotny suit pieusement les décisions soviétiques.

    En 1960, la République Populaire devient la République Socialiste.

    En 1966, à l’imitation de la réforme de 1964 en URSS, le PCT, dirigé par Antonin Novotny, proclame une réforme dans le fonctionnement économique et politique de la République Socialiste de Tchécoslovaquie. Derrière la prétention que le socialisme est achevé et que la lutte des classes a été menée à son terme, les dirigeants révisionnistes du PCUS initient, en réalité, le retour à un fonctionnement économique libéral, basé sur la concurrence, sur la rentabilité, sur le taux de profit et sur la loi du marché.

    Cette réforme joue un rôle particulièrement important dans le déclenchement du printemps de Prague, dans le sens où elle met fin à une politique de réduction des contradictions sociales et économiques au sein de la société, met fin au fonctionnement de l’économie planifiée. Elle introduit la notion de rentabilité et de responsabilité des directeurs d’entreprise. Quelque part, elle est une forme d’imitation du fonctionnement économique de la Yougoslavie titiste, avec son « autogestion » économique qui a signifié constamment baisse des salaires et concurrence entre usines.

    Cette réforme s’inscrit également dans une grogne générale provoquée par l’adoption, au cours de la 15 ème session du Conseil du COMECON -Le Conseil pour l’Assistance Mutuelle – des principes de base de la « division internationale socialiste du travail ». Cette division satellisait économiquement les démocraties populaires et les figeaient sur un secteur d’activité, au bénéfice de l’URSS, laquelle a été alors caractérisée par Enver Hoxha et Mao Zedong comme étant sociale-impérialiste.

    Ces deux éléments ont eu un impact important sur la population des démocraties populaires. Dans les faits, pour la première fois depuis la libération du pays par les troupes soviétiques, le niveau de vie diminue. Tout comme à Berlin en juin 1953, ce sont les baisses des salaires qui sont le fondement de la révolte.

    Novotny, élève modèle pour les révisionnistes de Moscou, est donc la cible de la vindicte populaire. Léonid Brejnev, intervenant directement dans les affaires intérieures de la Tchécoslovaquie, ordonna donc son remplacement par Alexander Dubcek. Celui-ci était le représentant d’une ligne encore davantage droitière au sein du PCT. Mais, pour l’application de sa ligne, présentée comme du « socialisme à visage humain » -soit le rétablissement d’un fonctionnement ouvertement capitaliste au sein de la Tchécoslovaquie- il se devait d’échapper à l’orbite moscovite. Tel était l’intérêt des classes privilégiées de son État.

    L’insoumission de Dubcek lui valu une inamicale pression de la part du grand-frère, notamment par le fait que les troupes soviétiques manœuvraient en Tchécoslovaquie depuis juin. Les négociations sur les transformations à l’œuvre ont cours en août. Le 3, les dirigeants de la RDA, de la Pologne, de l’URSS, de la Hongrie, de la Bulgarie et de la Tchécoslovaquie signent une déclaration commune qui autorise l’intervention armée de l’URSS si jamais un système bourgeois s’y établirait. A la suite de cette déclaration, l’URSS replie ses troupes hors des frontières du pays tout en les laissant à proximité.

    L’intervention en tant que tel est le fruit d’un cafouillage. Un coup de force fait par les membres pro-moscovites du Parti devait être opéré. Seulement, la manœuvre de l’appareil fit long feu. L’intervention militaire, sous prétexte d’un appel non signé à l’aide, commença dans la nuit du 20 août. Les forces engagées étaient immenses, supérieures à celles que l’Allemagne nazie avait lancées sur l’URSS en 1941. La résistance fut faible, mais entre 72 et 90 morts furent à déplorer.

    Les dirigeants tchécoslovaques furent, dans leur grande majorité, arrêtés et emmenés à Moscou. Des manifestations eurent lieu pendant une semaine à Prague, avant que les choses ne se tassent. Le protocole de Moscou, qui assujettissait la Tchécoslovaquie… Libérée, la clique de Dubcek signe un protocole de soumission à Moscou, entérinant le statut de colonie de son Etat.

    L’invasion de la Tchécoslovaquie fut un aveu à plusieurs degré. Un aveu sur la nature des relations entre l’URSS et ses Etats frères, traités en satellites. Elle était également un aveu de faillite sur le fonctionnement de la nouvelle voie économique choisie par la direction du PCUS depuis le XIXe congrès, actée par le XXème. Elle illustrait une aggravation de la lutte des classes au sein des démocraties populaires.

    L’intervention fut condamnée par la Chine, en conflit avec l’URSS depuis plusieurs années, mais également par l’Albanie, qui se retira du Pacte de Varsovie. Cette décision était particulièrement courageuse, étant donné la situation géographique de l’Albanie, a portée d’un coup de force de la part de Moscou.

    L’Albanie et la Chine ont porté par ailleurs un regard particulièrement lucide sur la nature de l’opération menée par Moscou en Tchécoslovaquie, analyse à laquelle nous souscrivons pleinement.

    Dans les faits, ce que révèle cette opération et la manière dont ont réagi les dirigeants de la Tchécoslovaquie est illustratif de l’évolution de la nature politique de l’Union Soviétique, mais également de tout le camp autour d’elle au cours de cette période.

    D’une part, l’URSS ne reproche pas l’évolution de la doctrine économique de la Tchécoslovaquie. Elle ne lui reproche même pas son évolution politique, y compris la réhabilitation de dirigeants condamnés au cours des procès de l’après-guerre. Les dirigeants bourgeois d’avant-guerre sont encensés, tandis que l’opprobre est jetée sur la direction de Gottwald, sur la « terreur stalinienne » et sur le « Komintern ». Même la politique de Novotny est critiquée par la droite, tandis que les noms des réactionnaires fleurissent de nouveau.

    La direction de Novotny a détaché les masses populaires de la volonté de construire le socialisme et a préparé les esprits au passage au libéralisme, tandis que les sentiments bourgeois et chauvins se développaient.

    Mais cela n’était toujours pas une contradiction antagonique avec Moscou. Ce qui a provoqué le casus belli était uniquement la volonté de ne plus se soumettre aux ordres de Moscou et à son injuste système de division internationale « socialiste » du travail. Ce qui a provoqué le casus belli n’est autre que le fait que la bourgeoisie tchécoslovaque veuille tenter l’aventure en solo, en position intermédiaire entre est et ouest, en électron libre restaurant un capitalisme national. En cela, ils se sont appuyé sur ceux et celles qui appelaient à une liberté métaphysique, mais qui avaient audience auprès des masses populaires, déçues de la politique de compradore de Novotny.

    Hoxha, peu avant la crise, écrivait : « La réaction tchécoslovaque, la bourgeoisie tchécoslovaque, partie intégrante de la réaction mondiale et de la bourgeoisie ultra-réactionnaire européenne et liée à elle par de multiples attaches, se rend parfaitement , compte de ce qu’est la dictature du prolétariat. Elle a lutté elle-même par les armes et en engageant des légions entières contre le pouvoir soviétique instauré par Lénine en Union soviétique. Maintenant, elle ne se borne pas à prôner cette lutte contre la dictature du prolétariat, elle la livre avec esprit de suite. Elle utilise comme toile de fond la fumée et la boue que les khrouchtchéviens ont jetées sur la dictature du prolétariat et son œuvre glorieuse en Union soviétique ; elle dépeint la juste et ferme lutte que le Parti bolchevik, Staline en tête, et le pouvoir soviétique ont menée d’une manière exemplaire contre les gardes blancs, les trotskistes, les déviationnistes traîtres au parti, au socialisme et au marxisme-léninisme, comme un épouvantail pour en éloigner les gens et prendre sa revanche »

    Pourtant ces contradictions n’étaient pas suffisamment aigües pour que Dubcek donne l’ordre de résister -alors qu’une partie des officiers subalternes étaient partisans de la résistance- ni distribuer d’armes aux masses populaires. In fine le conflit s’est réglé dans un entre-soi de révisionnistes, tandis que les seuls a verser leur sang étaient des membres des masses populaires. Enver Hoxha l’a démontré dans ses articles écrits à l’époque :

    « Lorsque les occupants révisionnistes soviétiques ont entrepris cette action, ils pensaient que la direction tchécoslovaque s’agenouillerait devant eux. Cette direction révisionniste a en fait capitulé, laissant ses frontières ouvertes et ne donnant pas l’ordre de les défendre, puis elle a capitulé une deuxième fois à Moscou et s’est mise au service des occupants. Les Soviétiques s’évertueront à trouver des hommes sûrs qui leur soient absolument soumis pour former pour le moins un gouvernement quisling relativement stable. »

    Chose que les soviétiques ont fait un an après, profitant de la leucémie contractée « à Moscou » par Dubcek.

    Mais dans l’intervalle, les soviétiques ont usé de la conviction par le blindé. Méthode que Khroutchev n’a pas hésité à utiliser, en 1957, contre le Comité Central du PCUS, pour arracher de force le pouvoir, avec l’aide de l’armée et de Joukov, et chasser Molotov, Kaganovitch, Malenkov, Chelipov et Boulganine. Revisitant la diplomatie de la canonnière, Khrouchtchev a jeté les bases de la diplomatie Brejnevienne avec ses pays frères. Encerclé, occupé, le pays doit signer un traité.

    « Ce «traité» est un exemple scandaleux du cynisme et de l’infamie des révisionnistes soviétiques, un nouveau témoignage de leur politique agressive et impérialiste. Dès le début, dès le premier article se découvre dans ce document l’essence même de la «diplomatie des chars», car il fait état de l’«accord» entre l’agresseur et sa victime, «accord» qui a été conclu une fois le fait accompli, c’est-à-dire après l’occupation militaire complète, sous la menace des canons et des blindés. »

    « Le diktat, préparé à Moscou et signé à Prague, loin d’apporter une solution à la crise qui tenaille la clique révisionniste soviétique et le front révisionniste en Tchécoslovaquie et ailleurs, ne fait qu’aggraver encore la situation politique, économique et sociale déjà assez difficile en Union soviétique et les rapports entre les divers pays et cliques révisionnistes. »

    Et de fait, après le printemps de Prague, l’URSS, encore auréolée de sa victoire contre le fascisme et de sa participation au camp de la résistance contre l’agression impérialiste au Vietnam, a senti son soutien populaire pâlir. Même dans son propre camp, les voix se sont élevées. La Roumanie a refusé de participer à l’opération. Le PCF et le PCI ont condamné l’occupation. En somme, des fissures se sont formées. Pendant un temps, le PCUS a été isolé.

    Le Pacte de Varsovie lui-même a été sous le feu des critiques. Hoxha écrivit : 

    « Les récents événements de Tchécoslovaquie confirment ce que nous avions depuis longtemps prévu, à savoir que le Pacte de Varsovie n’a plus le caractère qui a présidé à sa création. A l’exception de la Roumanie, tous les pays qui en sont membres et où sont au pouvoir les cliques révisionnistes, ont attaqué la Tchécoslovaquie lâchement et à la manière fasciste, ils ont utilisé ce pacte comme un moyen d’oppression et d’asservissement contre un pays qui en est signataire. »

    De fait, tout comme le mur de Berlin, l’intervention en Tchécoslovaquie a été comprise comme un aveu de faiblesse pas l’occident, qui n’a eu de cesse de l’exploiter en usant du prétexte de «défense des droits de l’homme ». Elle n’a pas raffermi la position de l’URSS, mais a illustré le fait que la ligne économique et politique choisie depuis le XX ème congrès du PCUS entraînait par elle même la déliquescence du camp socialiste.

    Aujourd’hui encore, les anticommunistes usent de cette arme contre le mouvement communiste. L’Humanité, sans vergogne, en parle ainsi en ces termes : « Un choc à la dimension de l’espoir qu’avait éveillé le printemps de Prague, ce nouveau cours emprunté depuis le début de l’année par le Parti communiste tchécoslovaque (PCT) pour insuffler la démocratie dans la vie politique et sociale, après des années d’arbitraire. Ce projet de « socialisme à visage humain », en rupture avec l’héritage stalinien, était largement soutenu par la population. Il ne modifiait pas la position stratégique du pays, qui demeurait membre du pacte de Varsovie, alliance militaire des États socialistes, et du Comecon, organe d’intégration économique de l’URSS et de ses alliés. » Sans la moindre vergogne pour l’histoire et pour la position des « staliniens » qui ont, dans leur intégralité, condamné l’opération, ces porte-plumes du capitalisme « à visage humain » tentent de tout mélanger en un brouet infâme pour tout condamner d’un bloc : La ligne révolutionnaire et la ligne révisionniste.

    50 ans après nous condamnons toujours cette intervention militaire orchestrée sous couvert de solidarité, mais conçue pour défendre l’impérialisme. Pour autant nous ne nous associons pas aux larmes de crocodiles des bourreaux d’ailleurs, qui pleurent hypocritement. Nous défendons l’héritage de la construction du socialisme, de la lutte contre le révisionnisme, nous défendons le fait que la dictature du prolétariat demeure, malgré les difficultés auxquelles elle s’est heurtée, la seule voie permettant de remettre réellement le pouvoir entre les mains des masses populaires.

  • Cap Catastrophe 2022 : Pôle Emploi et le logement.

    Cap Catastrophe 2022 : Pôle Emploi et le logement.

    Cap Catastrophe 2022 : Pôle Emploi et le logement.

    Partie 7

    Plusieurs propositions suivantes s’intéressent à des questions variées, comme celles des aides sociales et du logement. Elles s’axent toutes cependant autour du même tronc commun : celui de l’économie et de la rationalisation. On ne peut d’ailleurs comprendre le fait que cette partie soit aussi éclectique sans saisir que son but est de racler jusqu’à l’os les dépenses. Fluidifier le logement, c’est rogner les APL, résoudre le problème du chômage, c’est radier des postes à Pôle Emploi… en somme tout est fait pour réduire la sphère d’influence de l’Etat et augmenter celle du marché privé.

    Dans la première partie, les constants sur l’activité de Pole Emploi laissent sous-entendre un bilan quelque peu mitigé. Ainsi, la proposition commence par ce doux euphémisme :

    « Par ailleurs, le bilan de la création de Pôle Emploi est contrasté. » Or, Pôle Emploi est défini et conçu pour réaliser deux objectifs : le premier est de fluidifier autant que possible la relation entre le chômeur et les besoins immédiats des capitalistes en termes de main-d’œuvre. Le second est de faire en sorte que l’armée de réserve de la classe ouvrière soit la moins coûteuse possible, donc de radier avec célérité et efficacité.

    De ce point de vue là, le bilan qu’il est possible de tirer de l’activité de Pôle Emploi est nettement plus favorable : Cela marche. Pas encore assez cependant aux yeux de la grande bourgeoisie. Il faut donc accentuer ces traits :

    « Les pistes proposées répondent à deux objectifs majeurs : renforcer la responsabilisation des demandeurs dans la construction de leur projet d’évolution professionnelle et rendre Pôle emploi plus flexible, plus adaptable aux variations du chômage. »

    Que signifie responsabiliser dans ce cadre là ? Cela signifie tout simplement mettre le couteau sous la gorge du chômeur ou de la chômeuse, et lui intimer l’ordre d’accepter le moindre travail, y compris le plus éloigné de ses goût ou de ses qualifications. Cela revient également au fait d’individualiser les situation le plus possible, pour ne plus faire un droit du chômage, en suivant les propos de Macron lors de son discours de Versailles, mais bien clamer qu’ « il n’y a plus un droit au chômage, au sens où l’entendait classiquement, il y a l’accès à un droit qu’offre la société mais sur lequel on ne s’est pas garanti à titre individuel, puisque tous les contribuables l’ont payé. »

    Voila ce que signifie la responsabilisation.

    Pas seulement.

    Le chômage est-il un marché ? Oui, répondent en chœur les rapaces. Un marché colossal. La flexibilité exigée permet de proposer une série d’offres de formation, lesquelles peuvent rapporter gros. Voilà ce que préconise donc le rapport :

    « répondre à la demande d’autonomie des demandeurs d’emploi dans la construction de leurs projets d’évolution professionnelle. »

    Une nouvelle fois, la défaillance dont peut faire preuve Pôle Emploi est utilisée d’une manière opportuniste pour justifier l’immixtion du privé dans les affaires publiques. En l’occurrence cela permet de réaliser le vœux de certains capitalistes.

    « ouvrir largement le marché de l’accompagnement de la recherche d’emploi et du conseil en orientation professionnelle. Une régulation de ce secteur devrait toutefois être assuré par une autorité indépendante ou par le ministère du travail. »

    La solution pour régler le problème de l’encadrement défaillant est donc de liquider une partie de celui-ci et de le cantonner à un rôle de contrôle vague.

    Donc, les rapporteurs ont pour ambition de

    « concentrer les effectifs de Pôle Emploi sur les missions régaliennes (indemnisation et contrôle) et sur les missions d’accompagnement des demandeurs d’emplois les moins autonomes, pour lesquelles sa valeur ajoutée est la plus forte. »

    Par extension, cela signifie que la solution du chômage, selon les génies derrières ce texte, est de licencier et de précariser, y compris les personnes travaillant dans cette agence.

    « redimensionner Pôle Emploi afin que ses effectifs varient en fonction du cycle économique et encourager le développement d’un secteur associatif et privé. »

    Grossièrement, les individus travaillant à Pôle Emploi seront des habitués du passage d’un côté à l’autre du guichet en fonction de l’activité économique. Cependant, l’optimisme ne manque pas quant à l’avenir de la situation économique. Le rapport préconise donc de

    « limiter les recrutements en prévision de la baisse attendue du taux de chômage et renégocier la convention collective de Pôle Emploi, afin de recourir plus fortement à des contrats à durée déterminée (pour faire face à des surcroîts temporaires d’activité) »

    Une baisse perpétuellement annoncée, invoquée, mais qui ne s’est guère transcrite dans la réalité. Pire encore si celle-ci venait ) se produire dans le contexte actuel, elle ne pourrait être le produit que de deux facteurs principaux : Le premier serait celui d’une hausse considérable des radiations de chômeurs et de chômeuses, permettant de réduire artificiellement le nombre de chômeurs.

    La seconde possibilité n’est pas contradictoire avec la précédente. Elle se nourrit de l’impact de l’armada de lois que les gouvernements précédents ont pu mettre en place, tant sur la question de l’organisation du travail que du salaire. D’une part les l’ANI ; la Loi El-Khomri -que le PS prétend désormais combattre- et les « lois Macron » ou Penicaud … de l’autre les lois sur la fiscalité. Les premières liquident les conventions collectives et la protection accordée par les contrats, l’autre s’attaque au salaire indirect, en le réduisant.

    L’un comme l’autre prennent prétexte du fait de réduire le chômage et de faciliter l’emploi en laissant les coudées franches aux patrons et aux patronnes. De fait, l’expérience démontre que dans certains cas, cela marche, le chômage baisse. Mais à quel prix ? Cela revient à passer d’une société où le chômage est important mais où le taux de pauvreté est faible à une où l’inverse devient la norme. Moins de chômage, mais l’apparition d’une catégorie de « travailleurs pauvres » d’autant plus massive que la baisse des salaires entraîne une baisse de la consommation, laquelle, à son tour, pousse les patrons à baisser les salaires pour baisser les prix.

    Mais la bourgeoisie n’en a cure, elle est une adepte du fait de scier la branche sur laquelle elle est assise.

    « Ainsi, compte-tenu des hypothèses de baisse du taux de chômage, il paraît utile de pouvoir ajuster les moyens consacrés et ainsi de pouvoir dégager des économies à hauteur de 350 M€ d’économies. »

    La question de l’accès aux prestations sociales et aux aides est traitées dans la partie 12 -nous reviendrons sur la 11 par la suite. Elle est empreinte d’une naïveté quelque peu désarmante, tant elle paraît contradictoire avec les discours actuels sur « l’assistanat » et sur la « responsabilisation ». Elle regrette que 30% des ayant-droits ne fasse pas les démarches pour avoir accès à leur dû et, ainsi, se retrouvent dans une précarité terrible.

    « Grâce à ces réformes de simplification et d’amélioration de l’accompagnement, le taux de non recours aux droits devrait baisser et les bénéficiaires de minima sociaux devraient accéder plus rapidement à un emploi. En outre, ces réformes permettent d’envisager une couverture de 100 % des salariés sur la prévoyance invalidité et incapacité de longue durée. »

    Un tel « humanisme », ne saurait être innocent. De fait, le but de la manœuvre n’est pas tant d’élargir l’accès aux aides, pas tant de les accroître, mais bien de les placer sous l’autorité de l’État dans leur intégralité. La partie préconise donc de fusionner toutes les aides en une seule.

    « Les réformes proposées ouvrent également la voie à la mise en place d’une allocation sociale unique. »

    Chose, qui permettrait de laisser les mains libres aux dirigeants politiques pour moduler les lignes de budget alloués aux plus précaires, aux plus pauvres, et de les réduire d’autant. Tout comme la Sécurité Sociale, tout comme les allocations chômages, le contrôle de l’État bourgeois sur les lignes de compte est surtout un moyen de fermer le robinet à aides sociales et de réduire, en liquidant les cotisations, le salaire indirect.

    « Le renforcement de l’efficacité des dispositifs et en particulier dans leur volet accompagnement vers l’emploi doit permettre de générer des économies de plusieurs milliards d’euros dont une partie significative permettra de financer la mise en place de l’allocation sociale unique ainsi que l’augmentation du taux de recours des publics les plus en difficulté. »

    La question du logement, la proposition 11, apparaît comme un ironique et vain réquisitoire contre la spéculation immobilière. Seulement, les coupables ne sont pas les spéculateurs, ne sont pas les rentiers, ne sont pas les propriétaires fonciers. Non, les responsables ce sont les aides sociales !

    « Dans ces zones, les propriétaires fonciers ou immobiliers peuvent augmenter le prix de vente de leurs terrains car la demande est abondante et solvabilisée par l’aide publique. Ainsi, d’un côté, ils captent l’aide publique qui se transforme pour eux en rente et de l’autre, ils créent de l’inflation. L’empilement des dispositifs, qu’ils visent à soutenir l’offre ou la demande, vient alors alimenter la hausse des prix immobiliers et fonciers qu’ils sont censés compenser. »

    Dans une tentative quelque peu pitoyable pour réinventer le fonctionnement de l’économie capitaliste, les rédacteurs et les rédactrices pensent avoir trouvé la quadrature de cercle : les aides sociales créent une inflation des loyers. Il y a là une incompréhension des principes même basiques de l’économie capitaliste, dont la recherche du profit maximal. Effectivement les aides sociales permettent de hausser les loyers, mais leur baisse se traduit surtout par un coup porté aux ménages les plus modestes, à celles et ceux qui ont des difficultés à boucler leurs fins de mois. Surtout, la solution face à la spéculation ne peut être trouvée dans le cadre du capitalisme. Mais nous n’imaginons pas les concepteurs de ces mesures se diriger vers cette voie.

    Or, souvenons-nous de Macron demandant pathétiquement aux logeurs de baisser leur loyer pour répondre à la réduction des APL. Les résultats ont été nuls, car nous ne sommes plus au Moyen-Age, où les transactions sont censées être faites au « juste prix ». Il s’agit de tirer le maximum d’argent des locataires.

    Les propositions autour de sujets comme l’étalement urbain et de sa limitation ne peuvent être transcrite dans la réalité sans une politique publique et un contrôle des plans d’urbanisme. Or, ce sont justement ces aspects qui sont touchés par les propositions.

    « Par ailleurs, une autre problématique importante porte sur la qualité des logements : dans des collectivités petites ou moyennes, il existe un fort enjeu de réhabilitation des logements anciens afin de permettre aux ménages de réinvestir ces logements de centre urbain et de limiter l’étalement urbain. »

    Clamer ceci est au mieux un vœu pieux.

    Tandis que ceci est nettement plus clair sur les intentions profondes des concepteurs du projet :

    «  Les mesures que nous préconisons doivent d’une part faire diminuer le coût de la politique publique du logement (elles permettent d’améliorer la situation des finances publiques d’environ 3 Mds€, dont 1,4 Md€ d’économies) et, d’autre part, de la rendre plus efficace, par la réduction du délai d’obtention d’un logement social pour les ménages éligibles et par l’augmentation du nombre de permis de construire délivrés dans les zones tendues. »

    En somme, réduire les aides sociales, fluidifier, libéraliser le marché…et compter sur le métaphysique « ruissellement » comme solution à tous les problèmes sociaux. Sauf que, dans la pratique, le « ruissellement » s’est systématiquement mué en captation des richesses par la bourgeoisie et, particulièrement, la grande bourgeoisie.