Catégorie : Articles

  • 17 novembre : un bassin révélateur.

    17 novembre : un bassin révélateur.

    17 novembre : un bassin révélateur.

    Entre le miroir aux alouettes et la faillite d’une partie de la gauche.

    Depuis un mois environ, des appels à des blocages et à des manifestations se lancent un peu partout dans l’ensemble du territoire contrôlé par l’Etat français. Ces manifestations se sont dotés de symboles : le gilet haute-visibilité jaune.

    Cette colère s’est cristallisée contre la hausse des prix du carburant à la pompe, hausse liée à l’augmentation des taxes et du coût du pétrole. L’une des raisons principales est le rattrapage fiscal que connaît le diesel, sur lequel pourtant l’industrie automobile française avait largement misé durant des décennies.

    Ce mouvement s’est transformé en traînée de poudre par l’intermédiaire des réseaux sociaux et des pétitions. Difficile pourtant de savoir ce qui en sera concrètement le jour venu, tant ces événements prennent souvent l’apparence de feux de paille. Il est difficile de croire que cette mobilisation débouchera sur des résultats tangibles, car même si un mouvement d’ampleur avait lieu, il aurait de grande difficultés à s’inscrire dans la durée et à pouvoir créer un rapport de force sur le long terme. Au mieux, il sera un coup d’éclat, au pire, il sèmera une amertume et une désillusion accrue chez les participantes et les participants.

    Pour le moment, cependant, il fait parler. Face à cette flambée, un contre-feu s’est lancé, notamment à gauche et à l’extrême-gauche, pour dénigrer cette mobilisation, la jugeant peu importante en regard d’autres enjeux et récupérée politiquement par l’extrême-droite. Nous tenions à apporter notre pierre au débat.

    Oui, le 17 novembre est la cible de la récupération politique par l’extrême-droite. C’est une certitude. Mais non parce que la lutte contre la hausse du prix du carburant est fasciste ou poujadiste en soi, mais bien parce que les organisations progressistes et révolutionnaires qui la condamnent ont fait le choix d’abandonner ce terrain à l’extrême-droite, de lui offrir un boulevard, de lui donner un cadeau.

    Les fascistes sont des maîtres dans l’art d’utiliser les affaires de corruption, dans l’art d’utiliser les scandales, dans l’art d’utiliser tout ce qui frappe aux viscères les masses populaires. Ils sont des professionnels de l’excitation de la colère, de son détournement, du fait d’entraîner les masses dans des voies pires encore. Les fascistes sont prêts à instrumentaliser la grogne contre les taxes pour l’utiliser contre les migrants, d’utiliser la situation dans les EHPAD pour parler de délinquance, de maquiller les chiffres du passage à l’euro pour nourrir le chauvinisme et le nationalisme le plus putride.

    Alors que sur le terrain des questions sociales ils sont incapable de pouvoir s’exprimer et se positionner sans tomber dans le ridicule le plus achevé, ils manœuvrent habilement sur ces terrains, pour livrer les travailleurs pieds et poings liés à leur plus grand bourreau : la grande bourgeoisie monopoliste française, « bien de chez nous ».

    Une des choses que nous enseigne l’histoire du combat contre le fascisme et le nazisme, c’est bien qu’il faut faire extrêmement attention à ne pas laisser ce genre de boulevards ouverts.

    Dans les années 30, Dimitrov, dirigeant l’Internationale Communiste, revenait sur ces problèmes : Je me souviens, par exemple, d’une réunion de chômeurs tenue à Berlin avant l’arrivée de Hitler au pouvoir. C’était pendant le procès des fameux accapareurs et spéculateurs, les frères Sklarek, procès qui durait depuis plusieurs mois. L’orateur national-socialiste qui parla à cette réunion, utilisa ce procès pour ses buts démagogiques. Il cita les spéculations, les affaires de corruption et les autres crimes commis par les frères Sklarek ; il souligna que le procès intenté contre eux traînait depuis des mois ; il calcula combien de centaines de milliers de marks ce procès avait déjà coûté au peuple allemand et, aux vifs applaudissements des assistants, il déclara qu’il fallait, sans tarder, fusiller des bandits comme les Sklarek et verser au profit des chômeurs l’argent dépensé pour le procès.

    Un communiste se lève et demande la parole. Le président refuse d’abord ; mais, sous la pression des assistants qui voulaient entendre le communiste, celui-ci obtient enfin la parole. Lorsque le communiste monta à la tribune, tous les assistants dressèrent l’oreille dans l’attente de ce qu’il allait dire. Eh bien, que dit-il : « Camarades, déclare-t-il d’une voix ferme et puissante, l’assemblée plénière de l’Internationale communiste vient de terminer ses travaux. Elle a indiqué la voie du salut pour la classe ouvrière. La tâche essentielle qu’elle pose devant vous, c’est, camarades, la « conquête de la majorité de la classe ouvrière ». L’assemblée plénière a indiqué qu’il est nécessaire de « politiser » le mouvement des chômeurs. L’assemblée plénière vous invite à élever ce mouvement à un degré supérieur. » Et l’orateur continua à parler dans le même sens, convaincu apparemment qu’il « expliquait » les décisions authentiques de l’assemblée plénière. Un tel discours pouvait-il émouvoir les chômeurs ? Pouvaient-ils être satisfaits qu’on s’apprêtât d’abord à les politiser, puis à les révolutionnariser et ensuite à les mobiliser pour élever leur mouvement à un degré supérieur ?

    Assis dans un coin, j’observais avec amertume comment les chômeurs présents, qui avaient tant voulu entendre le communiste pour apprendre de lui ce qu’il leur fallait faire concrètement, se mettaient à bâiller et à manifester une déception bien claire. Et je ne fus pas du tout étonné qu’à la fin, le président retirât brutalement la parole à notre orateur sans aucune protestation dans les rangs de l’assemblée… »

    Or, nous agissons bien souvent de cette manière. Nous oublions bien souvent un principe édicté par Mao : « Le marxisme comporte de multiples principes, mais ils peuvent tous se ramener en dernière analyse à une seule phrase : on a raison de se révolter contre les réactionnaires. »

    Or, nos « gilets jaunes » ont-il raison d’être en colère ?

    Peut-on condamner la mobilisation contre la hausse des prix ? Dans sa forme, peut-être, elle est critiquable, elle est insuffisante, elle présente des failles. Bertolt Brecht est souvent cité pour avoir dit « si le peuple pense mal, changeons le peuple ». Certains s’en sont servi dans une dimension anticommuniste pour prétendre que Brecht appelait à manipuler l’esprit des masses pour les faire obéir. Or, il s’agit de l’inverse. Brecht voulait, par cette phrase, indiquer que les analyses politiques qui permettent de luter contre les idées fausses n’apparaissent pas spontanément. Elles ne peuvent être qu’apportées par un travail en amont. Lorsque Mao dit que les idées justes proviennent du peuple, il n’omet pas de mentionner que les communistes, pour appliquer une ligne de masse qui leur permettre d’aller vers la victoire, doivent combattre les idées fausses et réactionnaires, mais également reformuler les mots d’ordres spontanés pour les rendre politiques. Partir des masses pour revenir vers les masses.

    Certains en ont déduit un culte de la spontanéité qui les ont amenés à considérer avec angélisme que toute ce qui provenait des masses populaires était un pur cristal. Certains spontanéistes en sont allés jusqu’à voir dans les pogroms l’expression d’un sentiment d’injustice qu’il fallait soutenir, tout comme les lynchages.

    D’autres ont, à l’inverse, déjà renoncé. Les idées fausses au sein des masses, les imperfections, les failles, les faiblesses, leurs sont rédhibitoires. A leurs yeux, les travailleurs et travailleuses sont des moutons, sont abrutis, sont trop souillés pour être la force révolutionnaire.

    Dans un cas comme dans l’autre, les positions sont fausses. Par un étrange retournement de situation, ce sont souvent ceux-là et celle-là même qui clament au fait de ne pas hiérarchiser les luttes qui se sont empressés de catalogue la lutte contre la hausse du carburant comme indigne, comme inférieure aux autres.

    Une partie de la gauche petite-bourgeoise et intellectuelle s’est ainsi démasquée pour ce qu’elle est : donneuse de leçon, méprisante et singulièrement inadaptée à mener la lutte des classes.

    Comment reprocher à des individus qui ne sont pas communistes de ne pas agir en communistes ? De ne pas avoir une « correcte pensée politique » ? Au lieu de chercher à faire progresser politiquement les forces motrices de la société, ces organisations, ces individus se réfugient dans un idéalisme béat, dans un utopisme de bon aloi.

    Parmi les classe populaires, il existe des tares. Il existe des sexistes, des homophobes, des xénophobes, des individus aux tendances mafieuses, des individus aux désirs petits-bourgeois…Ils sont le reflet de la société et le reflet de l’idéologie dominante, bourgeoise, qui est le vecteur de ces conceptions réactionnaires. Ces idées réactionnaires traversent tout la société. Mais il existe trois voies : les nier, les juger indépassables ou les combattre et rallier sur la base des idées justes qui existent. Or cela ne peut arriver spontanément, sans un apport exogène, de l’extérieur.

    Qu’une partie plus ou moins grande de celles et ceux qui participent au mouvement des « gilets jaunes » soit capable de défiler avec Le Pen, avec Dupont Aignant, avec Wauquiez, comment en serait-il autrement ? Ils et elles ont le sentiment de trouver des oreilles compatissantes, des démagogues qui leur parlent, les écoutent les comprennent. Notamment parce qu’une grande partie du camp du peuple, ou du soi-disant camp du peuple, a renoncé à les regarder, à les entendre, à les écouter.

    Nous, nous ne ferons pas ce jeu du silence. Nous nous adressons aux « gilets jaunes » comme à l’ensemble de la société. Nous pensons que le fait de se mobiliser contre la vie chère, contre l’étranglement financier, contre la paupérisation sous toutes ses formes est justifié et nécessaire.

    Par contre, nous leur disons que les alliés d’aujourd’hui sont les bourreaux de demain. Où étaient ces messieurs Wauquiez, ces mesdames Le Pen quand leurs droits sociaux étaient bafoués ? Quand leurs salaires étaient baissés, quand leurs usines, leurs maternités fermaient ? Nulle part. Lorsque des organisations progressistes méprisent les travailleurs et les travailleuses, il s’agit d’une erreur terrible, certes, mais d’une erreur tout de même. Quant à ces organisations et leurs représentants, pour eux, c’est une stratégie.

    Ils ne lorgnent sur le pouvoir que pour appliquer la même politique, sinon une politique pire. Ils ne sont là que pour servir la bourgeoisie et se doter de places de fauteuils, de sinécures. Ils se disent « anti-système » mais sont les agents les plus fanatiques de la baisse du niveau de vie et de l’écrasement des travailleurs et des travailleuses, en particulier les plus pauvres et les plus précaires.

    Ce sont des agents de la division et de l’opportunisme.

    Lutter contre la TVA, cet impôt injuste et cynique, lutter contre la vie chère, lutter contre les manœuvres de l’Etat bourgeois pour faire endosser la plus grande partie des taxes par les masses populaires, cela leur a paru trop trivial, trop matérialiste au sens négatif du terme. En somme, trop sale. Il faudrait se cantonner aux luttes qui ennoblissent l’esprit, pures, éloignées, pour de grands principes, pour de belles phrases.

    Même si il est vrai que le carburant n’a pas tant augmenté que ça par rapport à l’inflation, il n’en demeure pas moins qu’il est un poste de dépense important pour les travailleurs et les travailleuses, d’autant plus que nombre des plus précaires sont relégués aux confins des villes ou des zones périurbaines par les coûts des loyers ou par le désir d’un cadre de vie moins affreux. A cela s’ajoute le fait que les transports en communs entre les banlieues et les zones industrielles sont du domaine du cauchemar et que, avec des moyens financiers limités, il n’est pas possible matériellement de se doter de la nouvelle hybride qui consomme peu, mais bien souvent il faut accepter de rouler avec des véhicules hors d’âge, polluants et puants. Pas par amour de la belle mécanique, mais par absence de choix.

    Rouler plus chèrement, d’autant, non pour le loisir, non pour le voyage, mais bien pour aller sur son lieu d’exploitation. Payer plus pour être exploité, tandis que la grande bourgeoisie échappe aux taxes, aux impôts. Ne s’agit-il pas là du suprême cynisme ?

    Alors, logiquement, le prix du carburant, auquel tout automobiliste est confronté, est un prix marquant, un prix symbolique plus que concret. L’évolution du cour du yaourt est plus difficile à suivre, est moins affichée sur d’immense panneaux. En France, la part du transport automobile dans le budget des ménages est l’une des plus élevées d’Europe avec 15% environ des dépenses.

    Nous regardons la hausse des taxes du carburant de la même manière que la volonté de mettre des péages urbains en ne voyant là qu’une manière inégalitaire de faire rentrer des deniers dans les caisses de l’Etat tout en peignant cela en vert. Il est fascinant de voir le nombre de groupes et d’individus qui, tout en traitant ceux qui se mobilisent de dupes, sont eux-mêmes dupés par ces taxes prétendument écologiques. Peut-être que ceux qui se vêtiront du gilet jaune iront ensuite participer aux promotions sur le Nutella, sans penser aux Orangs-outans. Pas par mépris pour leur existence, pas par haine cynique et veule, mais parce que, dans la situation sociale où sont certains et certaines, étranglés par un niveau de vie qui ne fait que baisser, une promotion sur un produit de consommation courante est toujours ça de pris. Et le fait que nous l’expliquions ne signifie pas que nous le considérions comme juste politiquement.

    Il est terrible de voir les méfaits qui sont causés, notamment par les extractions d’hydrocarbures, par les ravages des industries automobiles, par l’exploitation au sein de celle-ci. Il est bien sût terrifiant de voir les chiffres sur les disparitions des espèces animales. Mais ceux qui écrivent « va te faire foutre avec ton putain de 17 novembre » et qui se figurent que ceux qui sont exaspérés sont des promoteurs du tout voiture, de la pollution, se trompent. Bien sûr, nous sommes pour un respect de l’environnement, pour le développement de technologies réellement vertes – non ces faux semblants. Qui ne le serait-pas ? La bourgeoisie elle-même, même la plus rapace, ne se réjouit pas de la destruction de la planète et des conditions qui permettent à la vie d’exister sur elle.

    Mais la solution, la vraie, n’est pas une taxe marginale, n’est pas de faire payer le coût d’une prétendue transition écologique aux masses populaires. La solution n’est pas dans des mesures fiscales ou individuelles.

    La solution est politique : elle est dans le contrôle réel de la production par les masses populaires, par les travailleurs eux-mêmes. Ce qui fait que la bourgeoisie, que les capitalistes, que les investisseurs détruisent la planète, c’est une recherche effrénée du profit. Pas seulement du profit moyen, mais des plus hautes sources. Les capitalistes sont persuadés que s’ils n’exploitent pas ce gisement sous une réserve, leur taux de profit baissera et ils seront broyés par la concurrence. Et même si leur « conscience » parle, elle se dit surtout que « si ce n’est pas eux qui en profitent, s’en seront d’autres. » D’où cette spirale infernale, mortifère, dévastatrice.

    C’est cette spirale qu’il faut briser, et elle ne peut être brisée que par l’action révolutionnaire, pour chasser du pouvoir les agents de la bourgeoisie, pour détruire les outils de l’oppression, et l’exploitation. Par le fait de remettre entre les mains des travailleurs les moyens de contrôler réellement l’économie mondiale, mais également de conserver ce contrôle, face aux immanquables tentatives de restauration.

  • La guerre désirée – par les bourgeoisies.

    La guerre désirée – par les bourgeoisies.

    1914-1918 : le centenaire.

    Partie 2 : La guerre désirée – par les bourgeoisies.

    Chaque bourgeoisie s’est investie dans cette guerre atroce. L’historien Jacques R. Pauwels a ainsi travaillé sur la question des raisons des entrées en guerre des différents Etats. Dans 1914-1918 : la grande guerre des classes, il fait un retour sur la boucherie impérialiste.

    A l’exception de la Serbie, qui ne pouvait que rejeter l’ultimatum Austro-hongrois -conçu d’ailleurs pour être inacceptable, et hormis la République de Chine qui croyait naïvement pouvoir chasser certains occupants en entrant dans le conflit, tous les camps se valent. Chacun recherche l’affrontement, ou cherche à pousser l’autre à l’affrontement, pour des raisons on ne peut plus crapuleuses. Cela demande de revenir un brin en arrière, tant dans l’histoire de la diplomatie que dans l’histoire de l’économie.

    Car ce qui caractérise cette guerre, c’est sa veulerie et sa crapulerie.

    Durant le XIXe siècle, les jeux de la diplomatie européennes poussent à essayer de créer un équilibre entre les différentes puissances. Chaque nation garde en mémoire le souvenir de l’aventure napoléonienne et des ravages qu’elle a pu causer, et la ligne directrice de chaque empire, royaume ou république, est de tenter de limiter les risques d’apparition d’un hégémonie nouvelle. La Sainte-Alliance, fondée en 1815, avait pour but de veiller à cela, en faisant appel à des valeurs religieuses surannées, rassemblant la Prusse, l’Autriche et la Russie. Véritable chape de plomb contre le développement des aspirations à la liberté, elle a fait de la première partie du XIXe siècle un contre-coup de l’élan révolutionnaire de la fin du XVIIIe.

    Cette politique s’est peu à peu décantée, donnant naissance progressivement à des puissances globalement équilibrées, mais, de ce fait, intrigant constamment les unes contre les autres. Une Allemagne ciblant l’Autriche, mais se méfiant d’une alliance entre France et Russie, une Autriche tentant de maintenir un souffle de vie dans la Sainte-Alliance, tout en tenant de se liguer avec l’Allemagne pour éviter une descente vers l’Adriatique de la Russie. Un Empire Ottoman grignoté de toute part, mais trouvant dans des amitiés avec l’Allemagne la possibilité de se maintenir, une France essayant de se lier avec la Russie pour emprisonner les puissances centrales… Et une Angleterre soufflant le chaud et le froid, voulant à tout prix maintenir la division.

    Ce jeu d’équilibre aurait pu continuer éternellement si, parallèlement à cela, le capitalisme n’était pas rentré dans une nouvelle phase, celle de l’impérialisme.

    A la fin du XIXe siècle, un bouleversement s’est produit dans le fonctionnement du capitalisme. Les besoins de capitaux toujours plus grands des industries les ont poussées à se rapprocher et à fusionner avec les banques. Les capitaines d’industries se sont alors mués en investisseurs, toujours à l’affût des placements les plus juteux. Or, si le marché national pouvait être intéressant pour les produits de consommation, pour la vente de marchandise, des profits incommensurables se trouvaient par delà les mers et les océans. Pour les engranger, il faut des conquêtes. Pour réaliser ces conquêtes et les tenir, les bourgeoisies s’appuient -et s’appuient toujours- sur les Etats, sur les armées. Les pavillons nationaux sont avant tout les pavillons des cartels, des trusts, des monopoles industriels et bancaires.

    Alors que les conquêtes coloniales, commencées avec la conquête de l’Amérique, servaient à la base à découvrir et conquérir de nouveaux marchés, ainsi que, parfois, à résorber un « trop-plein » de population, elles se sont muées de plus en plus en terrain d’investissement, produisant des superprofits monstrueux. Les colonies et les dominions devenaient une obsession pour les bourgeois qui les tenaient, et ne pas en posséder revenait à courir le risque d’être écrasé.

    Pour les Etats lancés tard dans l’aventure, comme l’Allemagne, ce retard devenait menaçant. Pour l’Autriche Hongrie, enclavée, cela devenait, là aussi, une situation ingérable. Quant à l’empire Ottoman, les conquêtes occidentales se faisaient même sur son dos. En 1885, le partage du monde, signé à Berlin, laissait l’Italie, le Japon, l’Allemagne lésés. Lésés et furieux. D’autant que, à cette date, à l’exception de l’Abyssinie et de la Chine, le monde est partagé. Chaque mouvement se fait désormais en se heurtant à des possessions, des protectorats et des zones d’influences d’autres puissances.

    Logiquement, à la tête d’un immense empire colonial, la France aurait dû pulvériser sans la moindre difficulté l’Allemagne, dont les minuscules possessions ne sauraient être comparées à la magnificence de l’Empire français. Pourtant, elle s’est maintenue. Ce paradoxe illustre une des caractéristiques fondamentales de l’impérialisme : son caractère putréfié.

    En situation de monopole sur un pré carré, la bourgeoisie française ne s’est guère posée de problèmes. Les investissements ont pour but de rapporter le plus possible, ce qui implique, finalement, de ne placer que le minimum dans le développement technologique et industriel, le minimum dans la possibilité d’expansion du niveau de vie des masses populaires, et de faire montre en flèche les fortunes d’une poignée de parasites. La « tonte de coupons » est ce qui est le plus prisé en termes de rendement. Mais pendant ce temps, l’industrialisation, le développement de biens de consommation, piétinent. Les colonisés meurent sous les coups de l’administration coloniale, massacrés, surexploités… mais les populations de métropoles ne voient guère la couleur de ces richesses non plus. Quelques miettes, tout au plus. La France de cette époque est un pays miséreux et arriéré, hormis dans les citadelles de l’impérialisme.

    De son côté, la bourgeoisie Allemande avance à marche forcée pour compenser son retard. Pour contrer la France, elle mise tout sur l’industrialisation, sur l’artillerie lourde, sur les voies ferrées. Déjà en 1870, face à la Prusse, cette mobilité supérieure à fait ses preuves. Contre l’Angleterre, elle développe activement une marine de guerre ultra-moderne, équipée de machineries à mazout, alors que les dreadnoughts anglais dépendent du charbon -moins calorifère, plus pénible à transporter, demandant un équipage pléthorique. La weltpolitik du Kaiser permet de s’approvisionner auprès des puits de pétrole de l’empire Ottoman. L’Allemagne prépare une entrée fracassante sur la scène internationale. Elle peut même narguer à plusieurs reprises la France au Maroc, en déployant ses navires de guerre flambants neufs dans les eaux du protectorat. La bourgeoisie Allemande a repoussé dans le temps ses projets d’oisiveté et d’aisance pour se préparer à arracher sa place au soleil. Voilà ce qui explique que l’Allemagne puisse développer son industrie et mener un paternalisme social de front, tandis que la France agricole demeure dans un sous-développement industriel et social.

    Au fur et à mesure que le XIXe siècle cède sa place au XXe, les impérialismes se regardent avec une agressivité toujours plus grande. Chacun cherche à jouer ses cartes.

    Il n’existe, dans ce conflit, aucun Etat dont les bourgeoisies n’aient pas eu des motifs criminels. Il est impossible de dégager un « camp du bien » et un « camp du mal » qui puisse s’illustrer, l’un vis-à-vis de l’autre, par des qualités morales supérieures, par une volonté d’agir pour la liberté, pour la protection des peuples, pour mettre fin à l’escalade furieuse et criminelle orchestrée par les impérialistes et par les marchands de canons.

    Les Alliés ont déclaré qu’ils représentaient le camp du droit quand les puissances centrales étaient celui de la force. C’est une vérité incontestable. Les Alliés se sont appuyé sur des traités forgés lorsqu’ils étaient en position de suprématie. Leur droit était celui des puissances impérialistes anciennes, dominantes, mais en perte de vitesse, qui avaient étouffé sous les traités inégaux le développement des concurrents internationaux, dont l’Empire Allemand. La force était celle de ceux qui voulaient s’imposer, gagner leur « place au soleil », pour reprendre la formulation de Bismarck. Ce droit prenait les borugeoisies de ces pays à la gorge, leur mettait le revolver sur la tempe. Ou prendre une place plus importante, ou être broyées.

    Dire, comme l’a fait Mélenchon, qui, décidément, ne peut s’empêcher de s’exprimer à tort et à travers, que la guerre est la faute du Kaiser, revient à mentir. Tout a été fait pour que la guerre ait eu lieu. Seulement, les Alliés ont manœuvré pour bénéficier de l’avantage moral de jouer le rôle de défenseurs, non d’agresseurs. Mais chaque belligérant a présenté sa cause comme étant juste, seulement, l’histoire n’a retenu que le slogan du vainqueur.

    La France des Lumières, elle aussi, avait ses revendications. Blessée par la défaite de 1870, la bourgeoisie française n’avait pas toléré la perte de l’Alsace-Lorraine. Non que les Alsaciens, locuteurs de l’Allemand, ne lui manquent particulièrement, mais, en revanche, ses ressources en sous-sol et son patrimoine industriel, oui.

    Les gouvernements français successifs vont pousser par ailleurs cet esprit revanchard jusqu’à l’obsession. Ainsi, dans le manuel d’apprentissage de la lecture Le tour de la France par deux enfants, glorifiant la grandeur de la mère-patrie, les protagonistes sont des orphelins qui quittent l’Alsace. Le système scolaire français tire d’ailleurs ses racines de cette volonté de revanche : l’éducation Allemande, vue comme meilleure, est une des raisons qui poussent à la création de l’Education Nationale. Elle est vue comme particulièrement utilitariste : augmenter les compétences techniques de la Nation et l’unifier sous le patriotisme en prévision de la guerre. L’enseignement de l’Histoire est d’ailleurs fait uniquement sous cet angle là : instiller l’idée que la France est une grande nation, belle et humaniste, et que les Alsaciens croupissent dans l’obscurantisme en attendant la libération. Il s’agit également de l’argument qui sous-tend la colonisation. Il s’agit d’une mission civilisatrice au premier plan.

    L’aspect colonial joue de manière très importante dans la rivalité franco-allemande, mais également dans l’alignement diplomatique de l’Angleterre. Les Allemands sont devenus des rivaux. Bien que rivale de la bourgeoisie impérialiste française durant les conquêtes coloniales, bien qu’ayant mené un « grand jeu » contre l’expansion de celle de la Russie dans l’Asie Centrale, la bourgeoisie anglaise redoute le développement de l’Allemagne. Surtout, elle est particulièrement soucieuse de protéger la Belgique, qu’elle considère comme un dangereux balcon vers ses côtes. Pour s’assurer la division de l’Europe et sa sécurité, elle est prête à mobiliser ses troupes.

    La Russie tsariste veut sortir de son enclavement. Elle a chèrement payé sa vulnérabilité lors de la Guerre Russo-japonaise en 1904-1905, où ses navires de guerre, épuisés après 9 mois de mer du fait de la fermeture de Suez par les Anglais, ont été pulvérisés par les Japonais. Elle cherche à s’affranchir des Dardanelles, pour ne pas être coincée par l’Empire Ottoman. Elle s’appuie sur le panslavisme pour affirmer son rôle de grand-frère sur les autres peuples slaves et les unifier sous sa tutelle. L’empire, prison des peuples, est un Etat arriéré et putréfié, qui fonctionne à la mobilisation réactionnaire, autour de l’antisémitisme notamment. La révolution de 1905 a poussé le Tsar à lâcher du lest, mais, aux yeux des grands seigneurs, ce ne sont que des concessions temporaires, qui seront reprises par la suite.

    L’Autriche et l’Empire Ottoman, dans ce conflit, sont plus des proies qu’autre chose. Ces empires d’un style suranné tombent en déliquescence. Tout comme l’Empire Russe, ils se maintiennent par les coups de forces et la répression. Mais au sein d’eux bouillonne un tumulte d’agitation nationale. La Russie et l’Angleterre lorgnent sur les Balkans, cette dernière et la France louchent aussi avec envie sur le Levant et le Moyen-Orient, d’autant que cela permettrait de couper l’Allemagne de ses positions dans la région.

    Chacun court vers la guerre. Même ceux qui sont neutres savent que ce n’est que leur engagement qui leur permettra de siéger à la table des gagnants et te toucher leur pactole à la fin de la guerre. Des USA au Portugal, le monde retient son souffle en attendant de voir le conflit qui va se dérouler.

  • 1918-2018. Partie 1 – Pétain, Joffre, Macron, Mélenchon et les autres.

    1918-2018. Partie 1 – Pétain, Joffre, Macron, Mélenchon et les autres.

    1918-2018: Centenaire de la Grande Guerre impérialiste

    Partie 1 : Pétain, Joffre, Macron, Mélenchon et les autres.

    Un siècle nous sépare désormais de la Grande Guerre. Un siècle nous sépare du premier conflit mondial. Avec 9 720 4453 militaires tués ; 8 871 248 civils morts ; 21 228 813 blessés, une évidence s’impose : les morts sont les perdants de la guerre. Qui en sont les gagnants ?

    Cette guerre, en France, est omniprésente. Chaque ville, chaque village, possède son monument au mort, qui commémore le sacrifie ultime fait par tant de jeunes hommes. Qui oublie celui enduré par tant de colonisés. Un sacrifice pour rien.

    Omniprésente, aussi, dans les discours. Omniprésente et brûlante. En témoigne les scandaleuses interventions du Président de la République.

    Pétain, un « grand soldat », malgré « des choix funestes », a déclaré Emmanuel Macron, le 7 novembre 2017. « Je ne pardonne rien, mais je ne gomme rien de notre histoire ». Dans son hommage aux Invalides, le Président de la République a ainsi exprimé son point de vue sur l’Etat-major français durant la Première Guerre mondiale.

    Tollé immédiat et sain de la part d’une grande partie de la population. Tollé international, digne de celui qui accompagne les réhabilitation de Stepan Bandera en Ukraine ou des SS Lettons. Bien que tentant de faire passer tout cela pour un couac, les documents exfiltrés le démontrent : l’hommage était prévu.

    Dans la foulée, Jean-Luc Mélenchon s’est fendu d’un tweet indiquant son point de vue : Le Maréchal Joffre est le vainqueur militaire de la guerre de 14-18. Pétain est un traître et un antisémite. Ses crimes et sa trahison sont imprescriptibles. Macron, cette fois s’en est trop ! L’histoire de France n’est pas votre jouet.

    Nous n’allons pas revenir sur la confusion entre Foch et Joffre, qui illustre un niveau de connaissance historique relativement bas, donc non pas sur ce que Mélenchon a écrit -et qui a été confirmé par ses lieutenants- mais sur ce qu’il a voulu dire.

    Car ce débat est révélateur d’une certaine communauté de vue entre les deux personnalités politique, sur ce qu’est la Première Guerre mondiale. Ils se sont exprimés et la messe est dite.

    A nous de donner notre point de vue.

    Nous ne saurions partager le fond de ce qui a été exprimé plus haut. Et pour cause, indépendamment des débats sur Joffre, Pétain, Nivelle, Foch… Quant à savoir qui était le meilleur, nous considérons qu’il faut regarder le sens et le fond de cette guerre avant de s’exprimer. Certes, il est toujours possible de discuter des mérites militaires des uns et des autres, de louer le talent de certains généraux ou maréchaux, cela est vrai. Il y a certainement bien des leçons à apprendre. Mais l’important, l’aspect central réside ailleurs.

    Entre nos deux protagonistes, il y a un débat. Ce débat est possible car il se déroule dans la cadre d’une conception commune du sens de la Première Guerre mondiale. L’un et l’autre ne contestent pas sa légitimité. L’un et l’autre voient dans les ceux qui ont dirigé les opérations, des patriotes aux mérites variés, contestables, mais oeuvrant pour une cause juste, la défense de la mère patrie.

    En choisissant une historiographie nationaliste « patriote » nationaliste-chauvine, Emmanuel Macron se piège lui-même et s’oblige à rendre hommage au Maréchal Pétain. En ne remettant pas en cause les motivations invoquées par la France pour se lancer dans cette boucherie abominable, il est obligé de légitimer de fait la politique de l’Etat-major de l’Armée Française, de cette cohorte de réactionnaires aux gants blancs, qui envoyaient à la mort les masses populaires de la métropole et des colonies. Cela amène à Pétain. Pétain, dans l’historiographie du Roman National, est un « père la victoire » qui a redonné confiance aux soldats. Il est vu comme le vainqueur de Verdun, comme un militaire de génie. Le fait qu’il ait pu, par la suite, devenir le symbole de la collaboration active avec le nazisme apparaît comme deux choses complétement étrangères l’une à l’autre.

    Macron, vainement, essaie de détacher les Pétain l’un de l’autre, d’en faire deux personnes séparées et complètement détachées l’une de l’autre. La bourgeoisie fait tout le temps ce genre de pirouettes en l’air, pour essayer construire une histoire positive, une histoire qui puisse faire adhérer les masses populaires, une histoire tour-de-magie, civique, édifiante…et bourgeoise, voire pire !

    Cette histoire idéaliste, nationaliste, l’autorise à tout découper en tranches et d’isoler ce qui l’intéresse de ce qu’elle veut rejeter ou faire oublier. Le pseudo « historien » réactionnaire Lorànt Deutsch -par ailleurs porté aux nues par la mairie PS de Paris- présentait cela comme sa « liberté de science« . Le Dr. Rosenberg, idéologue du nazisme, disait la même chose sur la « liberté nationale-socialiste de la science« . Une liberté de tordre les faits, de les déformer, de les inventer. De relire tout avec une grille de lecture qui corresponde aux intérêts du temps présent. Nous ne pensons pas que Macron essaie de défendre le régime de Vichy, mais il est prisonnier du fait qu’il doit encencer les crimes de la France, et donc ses agents zélés qui les ont commis.

    Par contre, il a ouvert une boite de pandore dont a surgi Eric Zemmour et Robert Ménard, entre autres. Robert Ménard a intelligemment produit une phrase ambiguë, célébrant le soldat Pétain, mais fustigeant sa « sinistre fin de règne ». Fin de règne qui peut tout aussi bien signifier l’arrivée de Vichy tout comme la fuite vers Sigmaringen après la Libération. Chacun y lit ce qu’il veut y lire. Zemmour, invité sur BFM-TV, en profit pour vomir sa bile.  « Je ne fais pas grand crédit aux tribunaux de la Libération. C’est la justice des vainqueurs. » « Il y a dans la vie de Pétain des épisodes qui sont glorieux »… Il serait intéressant de connaître la gloire qu’il peut y avoir à sacrifier le sang des travailleurs pour la grandeur de l’impérialisme français. Pour finir, un argument massue adressé au Crif : «Vous êtes stalinien, vous effacez Trotsky ! », belle manœuvre, révélatrice.

    Existe-t-il donc une dualité autour de Pétain ? Existe-t-il un dédoublement du personnage ? Non. Nous pourrions même dire que nous avons une conception moniste du Pétain.

    Pour nous, qui avons une vision matérialiste historique et dialectique de l’histoire, le Pétain de Verdun et le Pétain de 1940 sont une seule et même personne : Une, réactionnaire de A à Z. Compétent, certes, mais un réactionnaire de premier ordre, jetant, pour les intérêts de la bourgeoisie de France, les travailleurs sous les balles. Toujours le même qui massacrait dans le Rif pour la grandeur de l’Empire colonial. Encore la même engeance, en 1940, échaudé par le Front Populaire et le Communisme, qui voit dans l’irruption de Hitler et dans l’occupation Allemande un moyen de poursuivre la même politique : écraser et saigner les prolétaires pour les intérêts des grands trusts.

    Une fois n’est pas coutume, nous nous appuyons sur un historien réactionnaire, Ernst Nolte, lequel considérait la période 1914-1945 comme une guerre continue de 31 ans. Pétain était un officier supérieur dans une guerre de trois décennies, qui ne peuvent être détachées les unes des autres. Il est le même homme, à toujours tenu la même ligne, à toujours été le même passéiste, agrarien, réactionnaire et pourrissant, comme l’impérialisme qu’il défendait.

    De ce point de vue-là, Mélenchon, qui plus est en se trompant de personnage, confondant Foch et Joffre, défend un autre cheval. Mais joue la même course : une course à la défense de la « nation », une course à la défense des « intérêts » de la France, de son impérialisme.

    Derrière le patriotisme cher à l’un ou l’autre se cache une adhésion au projet impérialiste expansionniste et agressif de la France de 1914. Et les Maréchaux de 1918 étaient des ennemis du peuple, étaient ses fossoyeurs.

    Cette manière de voir révèle fondamentalement les problèmes qu’ont les politiciens bourgeois à se positionner sur la Première Guerre mondiale. Or, pour la gauche, pour la sociale-démocratie, cette expérience de la guerre a été un véritable catalyseur. Cent ans après, elle reste une ligne de démarcation fondamentale entre le social-chauvisme et le réformisme d’un côté, et la ligne révolutionnaire et internationaliste de l’autre.

    Il est très facile pour quiconque, à part une poigne de nostalgiques de Vichy ou de trotskistes -pour des raisons opposées, de se positionner dans la Seconde Guerre mondiale. Il existe un camp du bien et un camp du mal. Où qu’on soit, le nazisme, le fascisme, le militarisme japonais représentent le « mal », tandis que la coalition alliée représente le « bien ». De ce point de vue là il y a un consensus sur les responsabilités de la guerre et sur les déclenchements : Invasion de la Pologne ; Invasion de l’URSS ; Attaque de Pearl Harbor.

    Mais la Première Guerre mondiale est plus problématique. Il existe deux manières de la comprendre. Soit elle est justifiée, soit elle ne l’est pas. Mais il n’y a pas d’entre deux. Soit elle est déclenchée par un tourbillon de faits, mais il existe un agresseur et un agressé, soit il s’agit d’une provocation orchestrée par les différents impérialismes pour le repartage du monde. Qu’ils le disent explicitement ou non, Macron et Mélenchon choisissent la première option, celle du soutien à la guerre, celle du fait de justifier la boucherie -quitte à mégoter sur des détails.

    Nous, nous choisissons la seconde. A nos yeux, la Première Guerre mondiale est une guerre injuste, arbitraire, dans laquelle les bourgeoisies impérialistes se sont lancées des montagnes de chair broyée au visage avant de déterminer qui posséderait quelle colonie. Un jeu mortel, sanglant. Un jeu auquel chaque Etat partie prenante a accepté de se livrer.

    Mais où il n’existe, nulle par, un camp du bien, un Etat moralement supérieur, plus civilisé, plus altruiste, plus doux, ayant volonté à construire un monde meilleur. Aucun impérialisme n’est au-dessus de l’autre, tous se valent dans leur caractère exploiteur, criminel, massacreur ou génocidaire.

    Le choix à faire durant la première guerre mondiale était celui que les Bolcheviks ont fait, isolés, quasiment seul. Le choix du défaitisme révolutionnaire. Le choix de construire l’Etat du prolétariat, non seulement pour mettre fin à la guerre, mais pour gagner la paix !

  • Le Brésil à la croisée des chemins – Partie finale.

    Le Brésil à la croisée des chemins – Partie finale.

    Le Brésil à la croisée des chemins – Partie finale.

    L’Internationale réactionnaire.

    Cafouillage ? Sur son compte tweeter, LREM fustigeait l’élection de Bolsonaro : « Le #Brésil a désormais à sa tête un président fièrement homophobe, climatosceptique, sexiste, raciste.

    Cette tragédie électorale nous oblige. (sic.) Nous n’avons pas le choix, nous ne devons pas échouer. Sinon nous voyons ce qui nous attend.

    Progressistes de tous pays, unissons-nous ! »

    Pendant ce temps, Emmanuel Macron félicitait Jair Bolsonaro pour son élection :

    Palais de l’Elysée le, lundi 29 octobre 2018

    Le Président de la République Emmanuel Macron félicite Jair BOLSONARO élu par le peuple brésilien à la présidence de la République fédérative du Brésil, dimanche 28 octobre.

    La France et le Brésil entretiennent un partenariat stratégique noué autour des valeurs communes de respect et de promotion des principes démocratiques. C’est dans le respect de ces valeurs que la France souhaite poursuivre sa coopération avec le Brésil, pour relever les grands défis contemporains de notre planète, aussi bien dans les domaines de la paix et de la sécurité internationales, que dans le cadre de la diplomatie environnementale et des engagements de l’Accord de Paris sur le climat.

    Amusant communiqué, lorsqu’on connaît les projets de Jair Bolsonaro pour l’Amazonie et pour les peuples qui y vivent, tout comme son annonce de se retirer du protocole de Paris.

    Certes, il n’est guère diplomatique de se placer en porte-à-faux d’un président nouvellement élu, surtout lorsqu’il s’agit de celui d’un partenaire commercial avec lequel la grande bourgeoisie française aimerait bien s’entendre. Mais cette contradiction en terme ne ton ne peut que prêter à sourire. Dans les faits, « 110 députés LREM » ont beau s’offusquer des méthodes de Jair Bolsonaro, cela n’empêchera pas le commerce et les affaires de tourner.

    D’autant qu’au niveau international, les félicitations ne se sont pas faites attendre. Celles des gouvernements réactionnaires fut la plus chaleureuse. Trump, Salvini, Orban ont applaudi des deux mains l’arrivée au pouvoir d’un régime-frère au Brésil. Pour ces apprenti-fascistes, cette élection sonne comme un coup d’arrêt de la vague sociale-démocrate qui s’était étendue sur le continent sud-Américain depuis la fin 90 / début 2000. Trump, en particulier, est ravi de pouvoir trouver un contrefort sud dans ses manœuvres pour encercler le Vénézuela, toujours géopolitiquement dissident.

    Vladimir Poutine, lui aussi, à fait part de ses félicitations à Jair Bolsonaro. Certainement y voit-il une occasion de se rapprocher du Brésil, membre des BRICS, ce groupe de nouvelles puissances impérialistes, concurentes de la primauté US.

    La Chine, quant à elle, voit d’un mauvais œil cette élection, notamment du fait du soutien du nouveau président Brésilien à Taïwan, que Pékin avait qualifié comme un « affront à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Chine ». Malgré son libéralisme outrancier, Bolsonaro s’était présenté comme hostile aux investissements chinois au Brésil, notamment contre l’achat d’actifs de la société Electrobras. Pour autant, les heurts entre Chine et USA profitent au Brésil, vers lequel la Chine reporte ses achats de soja.

    Un autre pays s’est réjoui de l’élection de ce candidat. Il s’agit de la puissance colonialiste israélienne, laquelle trouve en Bolsonaro un fervent défenseur de ses vues. Il a d’ores et déjà annoncé le transfert vers Jérusalem de l’ambassade brésilienne. Réactionnaire évangéliste, le nouveau chef d’Etat a toujours affirmé être en faveur des projets du gouvernement israélien.

    Au niveau des relations avec ses partenaires régionaux, c’est un virage à 180° qui s’opère. Le développement du Mercosur, les alliances sur le continent, tout ceci est désormais gelé pour le Brésil. La nouvelle ligne politique est celle de relations Nord / Sud. Ce nouveau jeu économique satisfait pleinement les investisseurs étrangers, mais met fin à une politique de développement en commun des différents Etats d’Amérique latine. De fait elle vulnérabilise les tentatives d’autonomisation de ces Etats par rapport à la domination économique de la part des impérialismes plus traditionnels, en particulier celui des USA.

    Le mandat de Bolsonaro promet d’être une période extrêmement dure pour les Brésiliens et -en particulier- les Brésiliennes. Il n’est pas possible, pour le moment, de connaître précisément les projets du nouveau chef du pays, mais il ne fait pas de doute qu’il ne compte pas se laisser entraver par le Sénat dans sa marche forcée vers la mise au pas du pays.

    A l’heure actuelle les universités sont assiégées et Bolsonaro incite les élèves à filmer les enseignants qui critiqueraient le régime. Cela préfigure d’autres actions contre le « marxisme ». Certains supposent qu’a l’occasion du prochain renouvellement du Sénat, un coup d’Etat puisse être fomenté pour dépouiller même le pays de son maquillage de démocratie et réinstituer un pouvoir militaire plein et entier.
    L’avenir est incertain.

    Nous ne pouvons cependant, pas douter un seul instant qu’un pouvoir de ce type, antipopulaire, raciste, réactionnaire, sexiste, puisse se maintenir éternellement. Les carcans des peuples finissent toujours par s’effriter et tomber en cendres. Bolsonaro ne peut stopper la lutte des classes. Bolsonaro ne peut renverser le cours de l’histoire.

    Cependant il peut essayer. Il peut essayer en brisant les favelas, en écrasant les autochtones, en muselant les femmes. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés sans rien faire.

    L’Unité Communiste de Lyon appelle à la solidarité internationale antifasciste avec le Brésil. Elle appelle à aider, à soutenir les initiatives de solidarité, à en impulser également. Face à la réaction internationale, où que nous soyons, nous formons chacun une part du front !

    Le Brésil, sa culture de résistance, sa culture de lutte, ses exemples de combativité ne seront pas balayés ! La sociale-démocratie et la réaction ont montré qu’elles n’étaient que des formes différentes du pouvoir de la bourgeoisie. Demain appartiendra aux travailleurs, aux travailleuses du Brésil, quelque soit leur couleur de peau, leur religion, leur sexe, leur genre. Demain sera à eux, demain sera à elles !

  • Référendum en Nouvelle-Calédonie. Entre victoire et défaite.

    Référendum en Nouvelle-Calédonie. Entre victoire et défaite.

    Référendum en Nouvelle-Calédonie.

    Le référendum en Nouvelle-Calédonie sur la question de l’indépendance s’est déroulé hier.

    Nous avions mentionné qu’il fallait prendre ce référendum pour ce qu’il était : un faux-espace de liberté et d’expression pour les populations de Kanaky, un faux semblant de démocratie. En cas de victoire, cela n’aurait signifié qu’une étape vers la libération, en cas de défaite, cela sera instrumentalisé par les impérialistes comme un contrat de domination en bonne et due forme.

    Pourtant, ces derniers n’ont pas triomphé. Au lieu d’un plébiscite de la domination, les votes ont illustré les immenses clivages qui peuvent exister au sein de l’île, montrant que les mondes des colonisés et des colonisateurs sont côte à côtes, mais ne se mélangent pas.

    Ni victoire… Ni défaite, contre plus fort que soi.

    Les indépendantistes, sous le leadership du FLNKS, n’ont pas gagné. Mais il n’est pas possible de parler de défaite non plus.

    Crédité d’une victoire écrasante, aux alentours de 70%, le « NON » a finalement triomphé par 56,4% des voix. Cette victoire d’une courte longueur est à souligner, dans une campagne où le gouvernement français, les impérialistes et leurs laquais -de droite comme de « gauche », ont pesé de tout leur poids dans la balance, pour maintenir « le caillou » dans les griffes du système colonial.

    Ceux et celles qui dominent l’administration et l’économie de l’île, les colons et leurs descendants, ont tout fait pour stopper le processus de décolonisation. Leur victoire est une victoire faible et fragile. Elle illustre le fait que l’acceptation de la présence française ne « va pas de soi », n’est pas « unanimement applaudie ». Le rejet grandit, malgré les pressions, malgré la présence policière, malgré les menaces.

    Dans un article du journal Le Monde, la docteure en sciences politiques Angélique Stastny écrivait : « La consultation référendaire entérine la minorisation politique du peuple kanak. Les critères pour pouvoir figurer sur la liste électorale spéciale pour la consultation (LESC) et pouvoir ainsi voter au référendum ont fait l’objet de longues discussions entre indépendantistes et loyalistes. La publication de la liste définitive et les analyses récentes montrent que, malgré les efforts du peuple kanak pour que le résultat de cette consultation reflète au mieux ses volontés, le droit à l’autodétermination prévu à l’article 3 de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (2007) n’est pas respecté. »

    Comme nous l’avions mentionné dans notre premier communiqué, les impérialistes ne se contentent pas de la pression politique, ils ont également entravé les possibilités d’expression des Kanaks en empêchant une partie importante d’entre deux d’exercer leur droit à l’expression politique. L’impérialisme ne prend pas de risque, pourtant sa légitimité n’est pas renforcée par cette épreuve de force. Face à ces manœuvres, il faut saluer le score relativement important du OUI.

    Malgré, aussi, le silence des organisations politiques progressistes de métropole.

    Le silence assourdissant de la métropole.

    Dans la métropole, la grande majorité des organisations politiques de gauche ou d’extrême-gauche avaient pris des positions timorées, ambigües, sur cette question. La France Insoumise et le Parti Communiste Français ont joué et jouent toujours la carte du centrisme, ne prenant pas de position, mettant de côté la question de l’impérialisme français.

    Lutte Ouvrière s’est montré franchement contre, tandis que le NPA pour, tout en ne prenant pas de position en tant que tel sur savoir s’il fallait boycotter le référendum ou non, chose que nous avons nous-même fait, en considérant que nous ne pouvions trancher le débat entre le FLNKS et l’USTKE.

    La mobilisation anti-impérialiste est restée faible, hormis auprès des régions elles-mêmes concernées par ces questions, telles que la Corse, le pays Basque, la Bretagne ou la Catalogne. Dans les citadelles de l’impérialisme français, les choses ont suivi leur cours. Nous mêmes avons à être capable d’autocritique par rapport à ce manque criant de soutien à nos camarades qui subissent de plein fouet la domination coloniale, impériale, de la France.

    En France, la présence importante de thèses sociales-chauvines et nationales-impérialistes explique cela. Certaines organisations capitulent idéologiquement vis-à-vis de ces questions, en refusant de les analyser autrement que sous un angle « humanitaire », voir de mettre sur le même plan indépendance et domination.

    Contre le social-chauvinisme, bâtissons le front anti-impérialiste !

    Rejeter l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie par peur qu’elle ne tombe « entre les mains d’un autre impérialisme » signifie, en clair, considérer que son propre impérialisme serait plus moral, plus propre, plus pur que celui des Américains, des Australiens ou autre. Ce qui est faux à plus d’un titre. Faux en termes moraux, même, mais faux en termes stratégiques. Notre propre impérialisme est le premier que nous avons à combattre et celui sur lequel nous avons la plus grande prise.

    Quand vient la question des surprofits tirés de l’exploitation coloniale, néocoloniale, impérialiste, là, aussi, les masques se fendent et tombent. Défendre la ZEE de la France au nom de l’intérêt de celle-ci, c’est défendre l’accaparement des ressources par la bourgeoisie monopoliste de France. Défendre le « rayonnement économique », c’est défendre les marchés captifs tenus d’une main d’acier par cette même bourgeoisie.

    Certains instillent l’idée sociale-impérialiste que la perte d’influence internationale et de contrôle entraînerait une baisse du niveau de vie des travailleurs et des travailleuses de la métropole, du fait de la diminution des rentes. Cette thèse voit uniquement les miettes que la bourgeoisie concède. Elle nie que ce qui fait baisser le niveau de vie des exploités et qui les paupérise, ce ne sont pas le tarissement des sources de surexploitation, mais bien l’accaparement rapace des ressources et des richesses par une clique de bandits impérialistes « bien de chez nous ».

    La ligne des communistes ne peut être autre chose que celle de soutien aux forces qui luttent pour leur libération nationale. Elle ne peut être que celle de la solidarité internationale et internationaliste, contre l’ensemble des impérialismes. Tant que cette ligne ne sera pas hégémonique suivie, il ne pourra exister de véritable front anti-impérialiste en France, ni de front anti-guerre conséquent et puissant. Or, à l’aube du centième anniversaire de 1918, nous en avons plus que besoin !

    Les accords de Nouméa prévoient d’autres échéances de consultation pour avaliser -ou non- la présence coloniale française. Ces dates joueront un rôle politique important, au même titre que le référendum qui vient de se terminer.

    Mais ce rôle politique n’est pas suffisant en soi pour permettre une victoire de l’indépendance pleine et entière pour la Nouvelle-Calédonie. Même en cas de victoire du « oui », les impérialistes et les chauvins ne renonceront pas à maintenir leurs griffes sur l’île, à exploiter son nickel, à s’agripper à sa ZEE.

    Le communiqué de PCF appelait, quelque soit l’issue, l’Etat français à s’engager en Nouvelle-Calédonie. C’est là une vision naïve du rôle de l’Etat que partagent les disciples de Karl Kautsky, lesquels ne comprennent pas le caractère de classe de celui-ci.

    Au contraire ! L’Etat français n’a pas de droit de regard sur la terre Kanak -et surtout pas en cas de victoire du oui, pas de droit d’intervention, pas de promontoire, par de balcon a avoir sur l’île. Il doit partir, tout comme ses relais, ses fonctionnaires, ses militaires.

    Les accompagnements de décolonisation ne sont que des manœuvres pour remplacer le direct rule par un indirect rule basé sur des laquais, des agents, des hommes de paille locaux.

    Nous, communistes, voulons l’indépendance pleine et entière pour ceux qui en formulent le désir. Nous ne voulons pas notre impérialisme pour quiconque, ni ici, ni ailleurs.

    Chaque territoire perdu est une bataille gagnée !

    La route de la victoire est longue, mais nous l’arpenterons jusqu’au bout !

  • Le Brésil à la croisée des chemins – Partie 3

    Le Brésil à la croisée des chemins – Partie 3

    Le Brésil à la croisée des chemins – Partie 3

    Le « moindre mal » consistait en adopter des parts du programme du PSL dont Bolsonaro était le candidat. Ainsi, entre les deux tours, le PT a intégré plusieurs éléments du programme du PSL, notamment en faisant des concessions énormes auprès de revendications portées par les religieux. En faisant cela, non seulement le PT n’a pas gagné de voix, mais il a contribué à accélérer sa décomposition. Coincé entre le marteau de la bourgeoisie et l’enclume de leur base sociale et de leur base d’appui, le PT se disloque.

    Cet exemple est terriblement illustratif de la faillite de l’intégralité des directions sociale-démocrates, et ce, dans toute l’histoire de la pensée réformiste.

    Le crétinisme parlementaire, les calculs politiciens, les prises de positions basées sur un « moyen-terme », sont, en dernière instance, des impasses. La sociale-démocratie ne considère sa victoire qu’au travers des urnes, qu’au travers de l’accès aux plus hautes fonctions d’un Etat intrinsèquement bourgeois, conçu, ouvragé, architecturé par la bourgeoisie pour réprimer les masses populaires. Et son accès ne se fait que par la victoire d’une « majorité » sur une « minorité » au sens le plus électoral du terme.

    Pour gagner cette « majorité », au lieu d’être sincère et honnête avec les masses, même si certaines vérités peuvent être déplaisantes ou glaciales, la sociale-démocratie cherche le consensus, le flou, les déclarations qui l’entretiennent, qui permettent à chacun d’y voir ce qu’ils veulent y voir. En clair, au lieu de chercher à se démarquer de la bourgeoisie, à soulever les masses contre elle, elle vise à les faire capituler.

    Elle recherche une victoire électorale « au centre », au lieu de rechercher une victoire politique « aux ailes », en attaquant frontalement la bourgeoisie, en dénonçant son discours, ses élections, son Etat.

    En France, durant la dernière élection, aucun candidat, même issu des organisations les plus « radicales » n’a fait cela. Tous ont respecté le fonctionnement des élections bourgeoises, sans jamais s’attaquer à elle et sans jamais chercher à faire avancer politiquement les exploités et les opprimés. Pire, les positions, même les plus « à gauche », étaient réactionnaires dans le sens où elles ralentissaient la prise de conscience politique, la ramenaient en arrière.

    Pour une grande partie des masses populaires, des exploités et des opprimés, il y a une conscience diffuse du fait que le capitalisme ne fonctionne pas, du fait que les directions successives des Etats bourgeoisie œuvrent toutes dans le sens d’une réduction des salaires, d’une baisse des niveaux de vie, d’une baisse -même- de l’espérance de vie. Il existe une conscience diffuse du fait que les élections sont des parodies de démocratie, qu’elles ne changent strictement rien sur le fond de l’affaire, car ils expérimentent dans leur chair, dans leur vie, les conséquences directes de la dictature de la bourgeoisie.

    Face à cela, les sociaux-démocrates, affichés ou non, n’offrent qu’un panel de discours allant du « nous ferons mieux (dans la cogestion avec la bourgeoisie) » à « le cadre électoral n’es pas parfait » pour les plus radicaux. Dans l’un comme dans l’autre, le 4ème mur de l’electio comoedia, de la comédie électorale, n’est pas brisé.

    Derrière cela, il existe l’idée, pourtant broyée par Lénine, que la question de la victoire sur la bourgeoisie n’est qu’une question de la victoire de la majorité contre la minorité. Il réside là le mythe que le fait d’accéder aux fonctions suprêmes de l’Etat bourgeois est la clé de la résolution de tous les problèmes -si tant est que ces politiciens professionnels croient un instant à leurs propres discours.

    Non seulement cette position est fausse, mais elle est dangereuse politiquement. Lénine, résumant la pensée de Karl Kautsky, écrivait cela : « Si l’on raisonne en libéral, on sera obligé de dire: la majorité décide, la minorité obéit. Les désobéissants sont punis. Voilà tout. Inutile de disserter sur le caractère de classe de l’État en général et sur la « démocratie pure » en particulier; cela n’a rien à voir là dedans puisque la majorité est la majorité, et la minorité la minorité. Une livre de chair est une livre de chair, un point c’est tout ! »1

    « Epris de démocratie « pure », dont il ne voit pas le caractère bourgeois, il soutient avec une « belle logique » que la majorité, du moment qu’elle est majorité, n’a pas besoin de « briser la résistance » de la minorité, de la « réprimer par la violence »; il lui suffit de réprimer les cas de violation de la démocratie. Épris de démocratie « pure », Kautsky, par mégarde, commet ici la petite erreur que commettent toujours les démocrates bourgeois, c’est à dire qu’il prend l’égalité de forme (de bout en régime bout mensongère et hypocrite en régime capitaliste) pour en l’égalité de fait ! Que cela ! »2

    Comme si les exploiteurs, qui possèdent les capitaux -culturels comme financiers- les habitudes de commandement, les relais politiques et médiatiques, les moyens de production et de répression, étaient les égaux des exploités.

    Nous l’avons mentionné dans plusieurs brochures précédentes traitant de la légalité bourgeoise tout comme de la dictature du prolétariat, la bourgeoisie ne fera pas de quartier si elle se sent menacée. Préventivement, elle sème les idées réactionnaires, la division au sein des masses, les troubles et le chaos dans les exploités pour les diviser et les écraser.

    Or, les sociaux-démocrates, que font-ils ? Comme ces idées sont hégémoniques -car l’idéologie bourgeoise est hégémonique elle aussi- comme elles sont les idées de la majorité, ils les adoptent. Ils les adoptent et les déploient largement pour tenter de concurrencer les réactionnaires sur leur propre terrain.

    Ainsi, ils avalisent les idées réactionnaires, les cajolent, soit-disant, encore, parce qu’ils écouteront les masses tout en faisant le « moindre mal ». Ils donnent raison aux fascistes et aux fascisants sur le fond, en adoptant leur programme, maquillé de social. Ainsi naissent les fractions sociales-fascistes, telles Aufstehen !, tels les discours de Kuzmanovic, tout comme avant il y eut les Mussolini, les DAP, les PPF…

    La seule utilité des élections, pour les organisations communistes, pour les progressistes sincères, est d’utiliser la parodie de démocratie pour la dénoncer, pour avancer la nécessité de l’organisation indépendante des masses populaires, des exploités, des opprimés, dans leurs outils du pouvoir : les soviets, les conseils, les assemblées populaires. D’appeler à s’organiser dans les rangs des organisations qui veulent avancer vers le changement réel : les organisations communistes.

    Ce sont les conclusions qui se tirent de l’expérience du mouvement ouvrier, du mouvement révolutionnaire, du mouvement communiste. Non par choix, non pas amour de l’aventure, mais par conscience du fait que la bourgeoisie, les bourgeoisies, confrontés aux mêmes difficultés économiques, sociales, ou politiques, opteront toutes par un schéma similaire : l’appel à la réaction, l’appel à l’écrasement des contestations populaire, la mobilisation réactionnaire des masses, l’appel à la liquidation du camp progressiste et révolutionnaire.

    Même si l’élection de Bolsonaro au Brésil a pu gêner aux entournures certains dirigeants bourgeois qui veulent maintenir une façade de progressisme, non seulement ces dirigeants collaboreront économiquement avec le fasciste Brésilien, mais ils le soutiendront politiquement. Tout « progressistes » que se disent les Trudeau -cette droite que la gauche aime bien- les Macron, aucun océan politique ne les séparent.

    1V. Lénine, Le renégat Kautsky et la Révolution Prolétarienne. (1918)

    2Idem

  • Le Brésil à la croisée des chemins – Partie 2

    Le Brésil à la croisée des chemins – Partie 2

    Partie 2

    Pourquoi Bolsonaro a t’il gagné ?

    Le point central demeure néanmoins la désespérance des masses populaires face à l’échec du réformisme, de la sociale-démocratie. La sociologie du vote sera mieux connue au fur et à mesure des travaux qui seront fait sur cette question, mais il est possible de tirer quelques traits généraux :

    Un clivage géographique important : le Nordeste, l’Etat le plus pauvre, a été le bastion du vote Haddad tandis que les régions les mieux intégrées dans l’économie internationale ou frontalières du nord et de l’ouest -soumises à une paranoïa de l’expansion du conflit venezuelien- ont voté majoritairement pour le parti de Bolsonaro.

    La composition ethnique du Nordeste, aussi, où les descendants d’esclaves sont les plus nombreux, joue un rôle dans le rejet de la rhétorique raciste du candidat fasciste.

    Sur « qui vote quoi », le résultat est clivé : Le Brazilian Institute of Public Opinion and Statistics (IBOPE) indiquait que le quart inférieur de la population, en termes de revenus, était le seul à avoir majoritairement voté pour Haddad (59/41) tandis que les plus aisés illustrent un écart écrasant (29/71).

    Au niveau des études, ceux et celles qui ont un niveau primaire sont, là encore, les seuls à être plus pour Haddad que pour Bolsonaro (54/46). L’abstention et le vote nul ne sont pas inclus dans le tableau, cependant, ce qui peut fausser les résultats.

    Ce n’est donc pas un total écrasement que connaît le PT, en termes de votes et de résultats. Mais la défaite n’est pas quantitative, elle est qualitative.

    Les masses populaires, qui représentent une écrasante majorité, se sont globalement détournées de ce parti et se sont laissées convaincre par la rhétorique fasciste.

    Deux raisons à cela :

    D’une part le discours individualiste et moraliste du candidat réactionnaire, qui a trouvé un écho chez les déçus du PT. Bien des prolétaires, même si le discours était calibré pour la petite bourgeoisie ou le lumpenprolétariat, ont bu les paroles et les promesses de prospérité économique, de réussite sociale, de possibilité de grimper l’échelle sociale. Parmi les témoignages recueillis chez ceux qui ont soutenu le fasciste, revient sans cesse cet espoir de « rêve américain » promis par l’élection de Bolsonaro.

    Reviennent aussi les questions liées à la probité des candidats. Bolsonaro s’est targué d’être le seul à ne pas avoir été éclaboussé par les scandales de corruption, au contraire des ex-présidents Lula et Roussef.

    L’autre aspect est du fait du bilan de la sociale-démocratie elle-même et du fait qu’elle soit une impasse stratégique. Rendons cependant à César ce que revient à César et accordons-le : le bilan en termes de lutte contre la pauvreté des mandats de Lula et de Rousseff sont positifs. Les différents programmes ont permis de sortir de la misère la plus noire une masse importante de population. Ils ont offert l’accès à la santé, à l’éducation, à une alimentation régulière à un grand nombre de personnes.

    Mais il s’agissait alors d’une période d’expansion économique importante, après le marasme de la fin des années 1990. La bourgeoisie était alors contrainte d’accepter ces concessions -vues comme temporaires- pour son propre salut. A parti de 2011, cependant, la situation s’était terriblement dégradée. La récession économique avait cruellement frappé le pays, avec un taux de chômage de près de 13%, soit plus de dix millions de chômeurs. La contraction de l’économie et l’incapacité de la sociale-démocratie à enrayer la crise ont joué en plein. La bourgeoisie est passée également d’une position où elle pouvait concéder des miettes à une où, se sentant menacée, elle s’est mise à se raidir, à se crisper, à riposter.

    Or, comment le PT a t’il réagit ? Par le « moindre mal » .

    Chaque fois que la sociale-démocratie a pu être confrontée à la réalité de l’exercice du pouvoir, elle a échoué et trahi ceux qu’elle prétendait défendre. L’histoire contemporaine l’illustre avec une acuité constante.

    Dans les œuvres choisies de Dimitrov, on retrouve ainsi ce paragraphe prophétique : Le principal obstacle dans la voie de la réalisation du front unique de lutte des ouvriers communistes et social-démocrates, a été et reste la politique de collaboration avec la bourgeoisie, suivie par les partis social-démocrates, qui actuellement ont amené et exposé le prolétariat international aux coups de l’ennemi de classe. Cette politique de collaboration avec la bourgeoisie, connue sous le nom de politique dite du « moindre mal », a, en fait, amené en Allemagne le triomphe de la réaction fasciste.

    Cette politique du « moindre mal », du fait de la sous-estimation des contradictions entre exploiteurs et exploités, est la signature de la sociale-démocratie. Elle est ce qui fait qu’elle échoue toujours à porter des coups. Au mieux les sociaux-démocrates se voient comme des « bouclier », qui essaient de trouver un terrain d’entente avec la bourgeoisie sur le dos des masses « pour leur bien ». Elle essaie sans cesse de marier l’inconciliable, les intérêts des exploiteurs et ceux des exploités, tout en conservant un « consensus démocratique ». Or, cela se traduit par la trahison pure et simple des interêts des masses populaires, par le fait de se plier, lentement mais sûrement, aux injonctions de la bourgeoisie, sous prétexte que si cela n’est pas fait, la situation « sera pire ».

    Déjà affaibli, le PT a été en face d’un choix stratégique.

    La sociale-démocratie du Venezuela, dès l’époque de Chavez, a tenté un jeu du grand écart : faire un bloc national contre les pressions des USA, et faire une espèce de « démocratie nouvelle » sans dictature du prolétariat. Cela a fonctionné un temps.

    Au fur et à mesure de l’avancée de la lutte des classes, la situation s’est compliquée. Voulant maintenir le bloc par une conciliation de classe, la sociale démocratie vénézuelienne s’est trouvée entre deux feux : d’une part celle d’une portion de la bourgeoisie qui s’appuie, de plus, sur des puissances étrangères, de l’autre celle des masses déçues. Il en ressort ce conflit constant, dans lequel la seule issue est celle d’un glissement vers la réaction.

    Dans le cas du Brésil, le PT ne pouvait jouer la carte du bloc. Sa bourgeoisie n’a d’autre vocation que celle de s’épanouir comme une bourgeoisie impérialiste. Cette voie nationale-populaire, une voie de compromis cependant, lui est fermée. Elle a agi alors par la trahison pure et simple des intérêts des masses, sous prétexte d’être « le bouclier ». La bourgeoisie exige, le PT est pris par l’obligation d’obéir, car, dans la concurrence internationale, dans la crise, il ne peut trahir son maître, qui est dos au mur.

    Cela mérite qu’on se penche un instant sur ce qu’écrivait Staline juste après la victoire du nazisme : Il ne faut pas la considérer seulement comme un signe de faiblesse de la classe ouvrière et comme le résultat des trahisons perpétrées contre elle par la social-démocratie qui a frayé la route au fascisme. Il faut la considérer aussi comme un signe de faiblesse de la bourgeoisie, comme un signe montrant que la bourgeoisie n’est plus en mesure d’exercer le pouvoir par les vieilles méthodes du parlementarisme et de la démocratie bourgeoise, ce qui l’oblige à recourir dans sa politique intérieure, aux méthodes terroristes de gouvernement; comme un signe attestant qu’elle n’a plus la force de trouver une issue à la situation actuelle sur la base d’une politique extérieure de paix, ce qui l’oblige à recourir à une politique de guerre.1

    La crise économique et la peur de la bourgeoisie d’une perte de contrôle ont donné naissance à la volonté de mettre en place ce personnage. La sociale-démocratie, qui était une interface intéressante un moment, n’a plus suffi. Alors la bourgeoisie et particulièrement la grande bourgeoisie l’ont abandonné et jeté dans la fosse aux lions.

    Il ne fait aucun doute que les grandes compagnies comme Pétrobras ont arrosé massivement l’intégralité des politiques du Brésil, à droite comme à gauche. C’est là une politique logique et cohérente pour que ce grand trust soit laissé en paix. D’une part, il s’agit d’un petit coût pour conserver d’immense bénéfices, de l’autre, cela permet de mouiller des responsables politiques dans des affaires louches, de leur accrocher des casseroles, et de leur faire payer l’addition quand bon leur semble.

    Il est probable que l’émergence des affaires de corruption concernant Lula et Rousseff étaient le signe annonciateur d’un changement de stratégie de la part de la grande bourgeoisie brésilienne, pour amorcer un durcissement de sa ligne et gouverner sans interface. Passer de la lutte des classes à la guerre terroriste contre les masses populaires.

    Et face à cela, la sociale-démocratie est restée paralysée.

    1J. Staline : « Deux Mondes », Rapport sur l’activité du Comité central présenté au XVIIe congrès du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S., les Questions du léninisme, t. II, p. 139, Editions sociales, Paris, 1947.

  • Le Brésil à la croisée des chemins. Partie 1

    Le Brésil à la croisée des chemins. Partie 1

    Le Brésil à la croisée des chemins.

    Partie 1

     

    Jair Bolsonaro a été élu. Le candidat d’extrême-droite, avec 56% des voix, accède aux fonctions suprêmes de la 9ème puissance mondiale et du 5ème Etat le plus peuplé du monde. Bolsonaro « Mito » -le Mythe- a désormais les coudées franches pour imposer son programme de terreur sur les masses populaires du Brésil.

    Cette élection était une formalité pour les fascistes. Le recours à la force avait été déjà envisagé -et annoncé publiquement- comme option en cas d’échec.

    Si, déjà en amont de l’élection, les partisans de Bolsonaro avaient commis des exactions, enivrés par l’hypothèse de la victoire, par les discours fiévreux et enflammés, dès l’annonce des résultats, une chape de plomb est tombée sur le Brésil.

    Les manifestations de colère et de dépit de la part des opposants au nouveau président ont été réprimés avec la plus grande virulence, tant par une police déchaînée que par des partisans du militaire, se muant en pogromistes de la pire espèce.

    Les seuls manifestants qui purent, au mépris de la loi, marcher dans les rues, furent les militaires eux-mêmes. A Niteroi, près de Rio, les militaires goguenards ont ainsi traversé la foule, juchés sur leurs camions, fusil d’assaut à la main.

    Aujourd’hui, les universités du Brésil sont sous tension. Leur nouveau ministre est un vieillard, militaire de carrière, ancien pilier de la dictature, à l’heure où ces lignes sont écrites, des professeurs sont interrogés par la police. Les favelas tremblent devant la certitude de voir des escadrons de la mort envahir les rues et semer les cadavres. Les femmes, les minorités sexuelles, les natifs, s’attendent à voir une pluie de lois réactionnaires et racistes tomber du ciel. Les progressistes, les révolutionnaires, les communistes se sont vus proposer un choix simple : la valise ou le cercueil. L’exil ou la tombe. Certains, certaines, qui, pourtant, sont en première ligne, ne se doutent de rien. Parmi la foule qui a applaudi l’élection se trouve une majorité de futures victimes.

    Le programme anti-populaire de Bolsonaro a pourtant séduit nombre de votants et de votantes. Logiquement, les milliardaires du football brésiliens, à qui il promet des taxes réduites, les marchés nationaux et internationaux, qui se ruent sur l’aubaine de pouvoir exploiter la main d’oeuvre du Brésil, dont le coût s’effondrera, et qui pourront faire la loi dans les entreprises.

    Et pour cause !

    Le plan économique de Bolsonaro repose sur trois piliers, qui ne sont jamais explicités dans le plan gouvernemental du candidat, mais indiquent la voie à suivre pour que « l’économie brésilienne soit gérée par le Brésil ».

    Les trois piliers sont la privatisation sans limites, la réduction des droits du travailleur (le portefeuille jaune), et l’indépendance de la Banque centrale du Brésil. Toutes ces politiques aggraveront la crise économique brésilienne, qui conduira au chaos dans les grandes villes et aura un impact négatif sur la vie des populations les plus vulnérables.

    En ce qui concerne les privatisations, elles reposent sur un néolibéralisme archaïque, il est envisagé de vendre toutes les participations de l’État brésilien dans des entreprises appartenant à l’État, notamment le système Eletrobras, Petrobras, etc. L’opinion qui prévaut est que la vente de participations dans des entreprises d’État suffira à atténuer considérablement le déficit budgétaire de l’État. Dans les faits, non seulement cette liquidation du patrimoine financier et des rentrées d’argents est une perte à moyen-terme, mais bien souvent, la gestion désastreuse qu’ont les capitalistes monopolistes de leurs entreprises oblige l’Etat à les porter à bout de bras.

    La liquidation est vendue comme une aubaine en termes de réductions de taxes et de transformation du salaire indirect en salaire direct, mais elle est -en vérité- une réduction salariale déguisée.

    En revanche, pour le capitalisme international cela est vu comme une occasion en or de conquérir de nouveaux marchés et de réaliser des investissements fructueux. Le Canada s’est ainsi réjouit de cette élection, tant elle ouvre des possibilités de développement dans le secteur des mines et du pétrole.

    Parmi les soutiens réactionnaires à Bolsonaro, nous retrouvons également les nostalgiques de la dictature militaire, les chauvins, les racistes, les « phobes » de tout poil et les misogynes…

    Mais d’autre part une grande partie des masses populaires s’est rallié à son panache. Il y a là matière à tirer des leçons importantes.

    Bolsorano, ou l’éternelle leçon d’histoire

    Chaque élection amenant un candidat ultra-réactionnaire au pouvoir entraîne systématiquement un torrent de réflexions oiseuses sur la « bêtise » des électeurs et des électrices. Avec condescendance, ceux qui ont glissé un bulletin fasciste dans l’urne sont vus comme des idiots, des imbéciles. Parfois ce sont des réflexions racistes qui sont ainsi avancées : Américains congénitalement dégénérés, Brésiliens incapables de comprendre la démocratie, Russes trop ignares ou manipulés….

    Chaque fois que nous nous sommes exprimés sur le sujet, nous avons essayé de tordre le coup à ces idées fausses et réactionnaires, elles aussi. Dans le cas du Brésil, il existe plusieurs facteurs qui expliquent cette trajectoire funeste.

    Bolsonaro n’est pas tombé du ciel. Ce n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel d’azur. Son élection est le fruit d’un processus de décantation étalé sur des années. Un processus qui se résume par la faillite de la sociale-démcoratie à faire face à la misère, à l’exploitation, à l’opression.

    D’autres paramètres existent : L’hystérie anticommuniste comme fond politique, hystérie nourrie par la quasi-intégralité des forces politiques, issue d’une longue tradition de lutte contre les révolutionnaires, laquelle a servi pour attaquer le PT. Dès 2016 et le coup d’Etat de Temer, un sourd Maccarthysme s’est installé, avec sa propagande, ses menaces, ses agressions.

    La situation au Venezuela a également été utilisée comme repoussoir et comme illustration de ce que le « communisme » pourrait donner. Nous reviendrons dessus pour que le tri soit fait entre le vrai et le faux.

    Les congrégations religieuses, notamment les évangélistes, très puissants, ont manoeuvré en faveur de Bolsonaro et de sa clique, dans le but d’obtenir des facilités fiscales, par conservatisme, par anticommunisme.

    Les milieux d’affaire ont offert une campagne dorée, étincellante, tandis que les réseaux sociaux, tout comme pour l’élection de Trump, ont été un point d’appui essentiel. En déversant des fakes news à tout va, en permettant de contacter chaque inscrit, ces biais ont été une arme redoutable.

    La mémoire de la dictature militaire de 1964-1985 est très faible chez les jeunes. L’historiographie dominante est, in fine, celle des militaires, qui parlent de « révolution démocratique » ou de « révolution rédemptrice » contre les maux que sont le communisme, l’athéisme, l’internationalisme. Cette « contre-révolution préventive » est murée dans le silence par la loi d’amnistie de 1979, laquelle a protégé une poignée d’opposants et l’intégralité des bourreaux.

    Tout comme le coup d’Etat de de Gaulle en 1958 pour la France, que celui de Krouchtchev en 1957, la dictature militaire a été effacée des mémoires populaires.

    Le point central demeure néanmoins la désespérance des masses populaires face à l’échec du réformisme, de la sociale-démocratie.

  • L’Afrique et l’écho de la révolution d’octobre – Shambuyi Kalala

    L’Afrique et l’écho de la révolution d’octobre – Shambuyi Kalala

    La Révolution d’Octobre fut l’un des plus grands événements de l’histoire de l’humanité. En cette année de célébration du centenaire de cet événement qui a marqué et déterminé la vie de millions de personnes, non seulement à l’intérieur des limites géographiques du Premier Etat Socialiste des ouvriers, mais aussi dans chaque coin de la planète où il a eu un impact pour des dizaines d’années, nous passons en revue, dans cet article, sa résonance en Afrique, et des enseignements nécessaires pour les perspectives.

    Au moment où a eu lieu la révolution d’octobre, l’Afrique, du moins ses élites, n’était pas en mesure d’en saisir la portée. Une situation qui peut se comprendre, du fait de sa position géographique éloignée de la Russie, et surtout que les peuples africains étaient enclin à digérer les traumatismes causés par la traite négrière et la colonisation. Aujourd’hui, à la célébration du centenaire de la Révolution d’Octobre, l’Afrique peut aussi participer à l’évaluation de ses impacts sur cette planète.

    C’est à partir des années cinquante, à la faveur de l’émergence du mouvement de libération, que le débat sur la révolution d’octobre commence à prendre corps en Afrique. Son aspect dominant était l’admiration de cet événement prémonitoire d’une fin définitive de l’esclavage. Ses effets étaient encore perceptibles dans la période de l’après 2e Guerre mondiale. Parmi les expressions les plus remarquables, on pouvait noter l’existence en soi du premier pays socialiste au monde; la rapidité de la reconstruction de l’Union soviétique, et ce malgré sa profonde destruction pendant la guerre et, la capacité d’ériger une défense dissuasive face aux vieilles puissances impérialistes, ainsi que de la sympathie et la solidarité aux luttes des peuples opprimés. De tout cela, la clé du succès était logée dans l’appropriation du marxisme par les révolutionnaires russes. Cet outil s’est avéré nécessaire pour comprendre le monde capitaliste et ses soubresauts.

    La doctrine marxiste est avant tout le fruit de l’analyse de la société capitaliste en Occident, les révolutionnaires russes l’ont adopté sans complexe. Dans cet exercice d’assimilation, ils ont fait un grand effort pour éviter d’appliquer indistinctement les conclusions générales marxistes sur tous les aspects de la lutte en Russie. Pour réussir la révolution en Russie, il fallait, indubitablement, avoir une analyse spécifique de chaque secteur de la vie de leur société. Les marxistes russes n’ont pas confondu l’admiration et le suivisme. Les batailles idéologiques de Lénine contre les opportunistes qui ont voulu utiliser ces analyses à la manière de copier-coller, en disent long. Lénine a défendu sans broncher, notamment, les thèses de la révolution en deux étapes, l’alliance entre la classe ouvrière et la paysannerie pauvre. Ces thèses n’avaient jamais été défendues auparavant par les marxistes en Occident.

    Quant aux révolutionnaires africains, ils ont semblé avoir de la peine pour aller au-delà de la simple admiration de la révolution d’octobre et ses effets. Ce qui aurait du être fait, pourtant, c’est d’étudier et d’analyser sans complexe, suivant les méthodes marxistes, cette expérience russe bourrée des enseignements sur la transformation de la société. Visiblement, les révolutionnaires africains ne sont pas allés à la rencontre du marxisme et des enseignements de la révolution d’octobre avec une grille de lecture fixée sur l’objectif de la révolution en Afrique et la transformation de leur société. Cette préoccupation renvoie à une tâche historique incontournable : sortir définitivement l’Afrique des griffes des puissances impérialistes et d’envisager la construction du socialisme. Tout en respectant le travail théorique, sur le développement du capitalisme en Occident, les révolutionnaires russes ne se sont pas sentis dédouanés de faire un travail sur le développement du capitalisme en Russie.

    Autant le travail théorique abattu autour de la révolution d’octobre est de la très haute qualité, jamais, alors, il ne peut être considéré comme suffisant pour la préparation de la révolution en Afrique. Le travail théorique est une nécessité absolue et une tâche pour saisir les spécificités liées à la situation singulière de l’Afrique. Lorsqu’on soutient que le marxisme est une science, cela sous-entend que c’est une science sociale. De ce fait, son applicabilité sur un terrain nouveau requiert sans doute un travail théorique supplémentaire, spécifique, en rapport avec la formation sociale étudiée.

    Le capitalisme est parachuté en Afrique par la voie essentiellement militaire. Il ne pouvait, dans ces conditions, produire une stratification sociale semblable aux autres régions du monde. L’économie exogène et excentrique de la plupart des pays africains n’a pas permis la maturation des classes qui sont le support du capitalisme comme en Occident, en l’occurrence la bourgeoisie et la classe ouvrière. Le centre du pouvoir d’Etat au niveau local est resté diffus. Cette situation est renforcée par une grande mobilité au sommet de la société : le passage très fréquent et, dans tous les sens, entre la bourgeoisie bureaucratique et la petite bourgeoisie. La colonisation et la néo-colonisation ont favorisé et consolidé la conception féodale du pouvoir d’Etat en Afrique. Là où ailleurs, on parle de groupe au pouvoir, en Afrique c’est un individu qui incarne à lui, tout seul, le pouvoir d’Etat. Ce qui arrange les puissances impérialistes qui ne souhaitent pas voir se développer les collectifs et les possibilités de contrôles démocratiques. Elles tiennent à garder l’initiative pour faire et défaire le pouvoir, au besoin remplacer à leur guise leurs agents au sommet de l’Etat.

    Cette pratique de mains basses sur les pouvoirs locaux leur permet de disposer encore pour longtemps les richesses des pays africains. Cela peut encore durer, voire des siècles, tant que la grande majorité des citoyens ne sont pas éduqués pour comprendre tous ces mécanismes de contrôle de pouvoirs locaux par les impérialismes. Dans le processus révolutionnaire, l’éducation des masses à travers un grand mouvement démocratique est un gage pour amorcer la transformation de la société. La révolution d’octobre a été précédée par deux révolutions démocratiques (1905 et mars 1917), ce qui a facilité de réunir les conditions subjectives pour la réalisation de la révolution socialiste.

    Le retour des marxistes africains aux fondamentaux des enseignements de la révolution d’octobre, est un préalable pour la réorientation de lutte de libération qui semble patauger dans des confusions idéologiques opportunistes. La parenthèse des idéaux de la révolution d’octobre en Russie, ne peut, en aucune façon, devenir un prétexte pour se priver de cet apport de l’humanité, en matière de libération nationale et sociale. Le degré de l’appropriation de la doctrine du marxisme par les révolutionnaires africains se mesurera à l’abondance de production des thèses nouvelles sur l’Afrique. Il existe encore trop des secteurs à approfondir, entre autres : sur le développement du capitalisme, sur la stratégie et tactique dans la préparation de révolution démocratique et de révolution socialiste.

    Que vivent les peuples africains libres, que vive le socialisme!

    Shambuyi Kalala

  • Soutenons la marche vers l’indépendance du peuple Kanak !

    Soutenons la marche vers l’indépendance du peuple Kanak !

    Soutenons la marche vers l’indépendance du peuple Kanak !

    Le 4 novembre 2018, la Nouvelle-Calédonie votera. Elle votera pour déterminer son avenir politique et institutionnel. La question qui lui est posée est la suivante : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » Occupée depuis 1853 par la France, « le caillou » est à la croisée de chemins.

    Cette date est importante en soi pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie et des Kanaks. Elle l’est aussi dans la mesure où elle ouvrirait, si le référendum fonctionne, un questionnement général sur la possession des « confettis d’empire » dont dispose la France, tout comme de la question des territoires contenus dans l’hexagone lui-même.

    Cette date importante, pourtant, est passée sous silence en métropole.

    Dans la très large majorité de la population métropolitaine, la possession de ce territoire, de cette colonie, va de soi. Elle est une évidence. Fort peu d’individus savent que la Nouvelle-Calédonie est considérée par l’ONU comme un territoire à décoloniser, tout comme la Polynésie française -dont le président, Oscar Temaru, vient de porter plainte pour crime contre l’humanité à l’encontre de la France, du fait des essais nucléaires dans le Pacifique. Ce genre de sujet est passé sous silence dans l’enseignement national, car il ne cadrerait pas avec la finalité civique de l’histoire et de la géographie : dire que la France est la patrie des droits de l’homme et que ses frontières et ses possessions sont légitimes.

    Pourtant le gouvernement s’active, et, sur place, les relais de l’impérialisme font massivement campagne pour le non. Leurs arguments jouent sur la peur. Peur de l’indépendance, projets irréalisables, risque de guerre civile, ou d’abandon… De plus, 22 000 kanaks ne sont pas inscrits sur les listes électorales. Les « loyalistes » mobilisent leurs troupes et incitent massivement à voter. Fonctionnaires issus de la métropoles, cadres d’entreprises se sont inscrits sur les urnes pour répondre à l’appel du gouvernement.

    En métropole, les organisations politiques ne se mouillent guère. Le sujet est épineux et implique de trancher certaines questions, dont celle de l’impérialisme français et du chauvinisme. Ainsi, le PC a pris formellement position sur le principe, mais sans plus en reparler depuis. La France Insoumise, par la voix de son tribun, s’est montrée ambigüe. Le 30 septembre, il déclarait « Indépendants ou Français, notre affection leur est acquise. » tout en ajoutant « si je faisais parler mon cœur, je dirais ‘restons ensemble’ ». Dommage que ce ne soit une affaire de cœur.

    Pour Lutte Ouvrière, le référendum n’a pas d’intérêt car il ne débouche pas directement sur le socialisme. « Même si l’indépendance était votée, les travailleurs ne seraient pas libérés de quoi que ce soit : certainement pas de l’exploitation, et même pas des discriminations en tant que Kanaks. », toujours le même rejet des étapes qui permet de rejeter l’ensemble.

    En revanche, en caractérisant le référendum comme insuffisant en soi, une partie des forces politiques de Nouvelle-Calédonie, notamment le Parti Travailliste, ont annoncé qu’ils boycotteraient le scrutin. Nous ne présumons pas de cette tactique, ne pouvant maîtriser toutes les cartes et nous ne nous érigeons pas en juge de cette tactique.

    En revanche, il nous appartient de soutenir la volonté d’indépendance sous les formes décidées par les organisations combatives locales, de soutenir le peuple de Kanaky, et de combattre les tentacules de l’impérialisme français, qui ne reculent devant rien pour conserver leur mainmise.

    La longue expérience des processus de décolonisation négociés montre que les impérialistes ne renoncent jamais à un bastion. Surtout quand ce bastion offre un promontoire sur le Pacfique (1,74 millions de km² de ZEE), surtout quand ce bastion est riche en nickel (20-30% des réserves mondiales). Une île qui représente 7,165 milliards d’euros de PIB (855,5 milliards de francs CFP, la monnaie coloniale), ne sera jamais abandonée sans bataille. Déjà, un important dispositif policier se dirige vers l’île, dans le but d’assurer le contrôle.

    Les impérialistes prophétisent sur ce que l’indépendance coûterait aux Kanaks -alors que les études faites par le FLNKS – Le Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste- démontrent l’inverse. Cette prophétie est surtout une menace à peine voilée. Il s’agit de ce que les impérialistes feront payer à l’île si jamais elle n’est plus française. Nul doute qu’il sera tenté de vampiriser toutes les richesses locales, d’abaisser le niveau de vie de la population, de susciter les troubles et les mécontentements pour briser l’Ile et imposer un gouvernement de serviteurs, de compradores.

    L’histoire démontre que les impérialistes agissent toujours ainsi. Leurs alliés de gauche les appuieront certainement, prétextant tout un fatras d’humanisme, de mièvrerie, qui masquent mal la puanteur des charniers qu’ils ont creusés. Dans le fond, ils ne réfléchissent qu’en termes de puissance pour la métropole, et l’intérêt supérieur de la nation est un autre mot pour parler de celui de la grande bourgeoisie.

    Il n’est pas possible non plus de cautionner le fait qu’une indépendance reviendrait à substituer à l’impérialisme français un autre impérialisme. Cela reviendrait à renoncer à lutter contre notre premier ennemi, notre premier bourreau. Et ce ne sont ni les USA, ni l’Allemagne, mais bien la grande bourgeoisie française. Notre impérialisme n’est ni plus ni moins aussi carnassier que les autres, il commet crimes sur crimes pour conserver ses positions.

    Nous pensons qu’il faut prendre le référendum pour ce qu’il est, une consultation dont les aboutissements ne sont pas garantis. En cas d’échec, cela ne doit pas signifier le fait qu’il faille acter le colonialisme comme inéluctable -acterait-on le capitalisme comme juste si un référendum le validait ?- mais qu’il reste des étapes à franchir. En cas de victoire, ce ne serait pas l’aboutissement du cheminement vers la liberté pour le peuple Kanak, mais le début de celui-ci.

    C’est là où la solidarité internationale devra jouer son rôle en plein, pour brider les tentatives de coup de force, pour nuire aux plans de l’impérialisme français, pour dénoncer le social-chauvinisme, non comme une déviation, mais bien comme un ennemi des travailleurs, tant de métropole que des colonies.

    Vive la lutte anti-coloniale !

    À bas l’impérialisme français !

    Solidarité anti-impérialiste entre les peuples !