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  • La solidarité avec le Rojava : une illustration de la faiblesse du mouvement communiste en France.

    La solidarité avec le Rojava : une illustration de la faiblesse du mouvement communiste en France.

    L’invasion du Rojava par la Turquie est une dure piqûre de rappel. Elle a ramené à la surface un très grand nombre de débats sur la question des fronts, des étapes, des alliances. Elle a ramené aussi à la surface la question des interventions militaires, de la confiance qui peut être accordée à des forces que l’Armée Syrienne, comme l’OTAN, comme l’Iran… Ces débats sont importants à plusieurs titres. Ils sont également une fenêtre sur ce que pensent, en profondeur, certaines forces politiques ou certains individus.

    Mais, surtout, cette invasion nous ramène devant quelque chose de terrible, d’oppressant, d’étouffant : l’impuissance et la fragmentation du mouvement révolutionnaire, anti-impérialiste, internationalistes dans l’État français comme en Occident en général.

    Nous voulons écrire ce communiqué, car nous pensons que nous devons cette honnêteté. Nous devons aussi en tirer les conclusions qui s’imposent sur l’attitude des organisations révolutionnaires, mais aussi sur la lutte anti-impérialiste.

    Dans l’ensemble, en Occident, il existe une vision fantasmée, romancée de la guerre. Pourtant ceux et celles qui ont eu ne serait-ce que des proches, des amis, dans des zones de combats, peuvent avoir une idée de ce que cela signifie déjà. Nous avons des camarades qui ont eu leur famille ciblée par les bombardements de l’OTAN, par le passé. Cela leur a fait largement passer le goût de prendre cela à la légère.

    Nous trouvons qu’elle nous ramène surtout à notre propre incapacité à pouvoir influer sur le cours des événements dans l’état actuel des choses.Nous n’arrivons pas à nous satisfaire de visuels victorieux, en décalage avec nos moyens. Nous n’arrivons pas à nous satisfaire d’appels grandiloquents, tandis que la réalité des forces révolutionnaires, ici, en France impérialiste, est si faible. Ces communiqués sont, le plus souvent, des versions séculières, laïques, des toughts and prayers anglophones. Ils sont parfois aussi des leçons professorales infligées aux combattants et combattantes du Rojava par des experts de la révolution en chambre.

    Ceux qui prennent la situation avec arrogance, en donneurs de leçons, devraient probablement prendre un temps pour réfléchir à qui il s’adresse. Dans le fond, une grande partie des prises de position est faite pour montrer ses positions à l’étroit milieu militant français, à essayer de convaincre que son groupe, son organisation, est le distillat le plus pur, le plus cristallin, de la théorie.

    En toute sincérité, la course à la pureté idéologique, lancée par certains, nous met mal à l’aise. Elle nous évoque ce qu’écrivait La Bruyère : « Corneille peint les hommes tels qu’ils devraient être. Racine les peint tels qu’ils sont. » Bien souvent, cette pureté idéologique s’accompagne de conseils, de recommandations, de revendications. Elles sont aussi justes qu’inapplicables et naïves.

    Cela ramène à une terrible réalité : il ne suffit pas d’avoir raison stratégiquement pour gagner. Il faut aussi avoir raison tactiquement et dans l’opératique. Les choix auxquels sont confrontés les FDS, les habitants du Rojava, ne sont pas des choix faits derrière un écran d’ordinateur, dans un pays impérialiste. Ils sont des choix faits sous les bombardements, sous les attaques d’appareils de combats, avec les cellules dormantes de Daesh qui tire dans le dos des combattants et des combattantes.

    Il est certain que les forces qui constituent la coalition défendant le Rojava vont être mises en face de choix cruciaux. Des compromis, des alliances qui iraient « contre les principes ».

    Lénine s’était très largement étendu sur cette question dans la maladie infantile du communisme :

    « Imaginez-vous que votre automobile soit arrêtée par des bandits armés. Vous leur donnez votre argent, votre passeport, votre revolver, votre auto. Vous vous débarrassez ainsi de l’agréable voisinage des bandits. C’est là un compromis, à n’en pas douter. « Do ut des » (je te « donne » mon argent, mes armes, mon auto, « pour que tu me donnes » la possibilité de me retirer sain et sauf). Mais on trouverait difficilement un homme, à moins qu’il n’ait perdu la raison, pour déclarer pareil compromis « inadmissible en principe », ou pour dénoncer celui qui l’a conclu comme complice des bandits (encore que les bandits, une fois maîtres de l’auto, aient pu s’en servir, ainsi que des armes, pour de nouveaux brigandages). Notre compromis avec les bandits de l’impérialisme allemand a été analogue à celui-là. […]

    Il y a compromis et compromis. Il faut savoir analyser la situation et les conditions concrètes de chaque compromis ou de chaque variété de compromis. Il faut apprendre à distinguer entre l’homme qui a donné aux bandits de l’argent et des armes pour diminuer le mal causé par ces bandits et faciliter leur capture et leur exécution, et l’homme qui donne aux bandits de l’argent et des armes afin de participer au partage de leur butin. En politique, la chose est loin d’être toujours aussi facile que dans mon exemple d’une simplicité enfantine. Mais celui qui s’aviserait d’imaginer pour les ouvriers une recette offrant d’avance des solutions toutes prêtes pour toutes les circonstances de la vie, ou qui assurerait que dans la politique du prolétariat révolutionnaire il ne se rencontrera jamais de difficultés ni de situations embrouillées, celui-là ne serait qu’un charlatan.
    Pour ne laisser place à aucun malentendu, j’essaierai d’esquisser, ne fût-ce que très brièvement, quelques principes fondamentaux pouvant servir à l’analyse des exemples concrets de compromis. 
    »

    Il n’existe, dans l’intégralité de l’histoire du mouvement communiste, du mouvement révolutionnaire, des mouvements de libération nationaux, de schéma pur. Chaque fois, des discussions, des compromis ont dû être faits. Quelquefois, ils étaient des compromis aisément explicables, comme les fronts-unis antijaponais en Chine, quelquefois ils ont semé le trouble, le doute, comme le traité de non-agression entre l’Allemagne et l’URSS, comme le traité de Brest-Litovsk, comme les accords entre Ho Chi Minh et Leclerc.

    Certes, toutes les forces politiques qui sont présentes au Rojava ne sont pas du même acabit que le PCC et le Parti Bolchevique. Mais il y en a. Et il est fondamental d’avoir confiance en elle, comme il est fondamental d’avoir confiance dans les masses populaires, largement oubliées au profit d’une vision surplombante de la situation. Ce sont la jonction entre ces forces politiques et ces masses populaire qui ont permis de triompher des obstacles immenses de la lutte.

    Il existe bien des zigzags sur le chemin qui les mène à la victoire, alors qu’il n’existe pas de mouvement international fort, pas d’État socialiste, pas de camp sur lesquels ils puissent s’appuyer. Nous devrions, alors, leur dénier le droit, la possibilité de faire ces compromis, ces erreurs, au nom de la grande & glorieuse lutte révolutionnaire mondiale, dans laquelle nous, occidentaux, sommes un grain de sable ? Il faudrait alors que les FDS, le Rojava, soient anéantis en détail, dans une magnifique bataille des Thermopyles, contre l’hydre fasciste ?

    Nous préférons prendre le risque de les soutenir et de les laisser maîtres de leurs choix, quitte à nous tromper, que rester à distance, critiquer à grand coup de gestes autoritaires, et ne servir à rien. Nous préférons être taxés de tous les noms, mais considérer que si les compromis faits par les forces qui combattent au Rojava permettent de reprendre la lutte dans des conditions moins désastreuses, qu’elles n’impliquent pas de capitulation en rase campagne ou l’anéantissement des forces vives qui permettront que demain soit victorieux.

    Certaines organisations ont pris le parti d’appeler à demi-mots, ou parfois même clairement, à l’intervention militaire de la France, des USA, de l’occident en général, dans ce conflit. Dans un sens nous les comprenons. Elles aussi sont pleinement conscientes qu’elles n’ont aucun impact concret, en tant qu’elles-mêmes, sur ce conflit. D’ailleurs, bien souvent, elles n’en ont pas plus sur les prises de décision de l’impérialisme français.

    Confusément, elles sentent qu’il s’agit de la seule manière de peser sur le conflit, quitte à brader toute crédibilité auprès des masses populaires, quitte à se tromper sur le fond, à monter leur confiance naïve, révélatrice, envers un « bon fond », « humaniste » de l’impérialisme français, pétri de l’héritage des Lumières. Ils contribuent, par leur action, à nourrir des illusions réactionnaires, terribles, sur notre propre impérialisme. Ces illusions sont aussi le reflet d’une existence passée à soutenir l’occident « démocratique » contre le « totalitarisme soviétique ».

    À l’opposé, certains et certaines ont poussé un lâche soupir de soulagement. Soutenant, sans le dire, le régime de Bachar Al-Assad, cette nouvelle situation leur permet de ramener leur héros dans le « bon camp », de pouvoir à nouveau le défendre en plein jour, fiers, forts de la caution qui leur est donné par la possibilité d’une alliance avec les FDS. Ivres de leur joie, ils se démasquent pour ce qu’ils ont toujours été : des admirateurs de ce régime, hypocrites dans leur soutien aux FDS et au Rojava.

    Le fait que ce compromis soit possible à un moment ne le rend pas plus positif « dans l’absolu ». Un compromis n’est pas une victoire, il est un moyen terme entre « l’idéal » et la « réalité ». Cela ramène d’ailleurs à une autre partie du texte de Lénine :

    «Mais lorsque les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires de Russie, les partisans de Scheidemann (et dans une large mesure les kautskistes) en Allemagne, Otto Bauer et Friedrich Adler (sans parler même de MM. Renner et Cie) en Autriche, les Renaudel, Longuet et Cie en France, les fabiens, les « indépendants » et les « travaillistes » (« labouristes ») en Angleterre, ont conclu en 1914-1918 et en 1918-1920, contre le prolétariat révolutionnaire de leurs pays respectifs, des compromis avec les bandits de leur propre bourgeoisie et, parfois, de la bourgeoisie « alliée », tous ces messieurs se comportaient en complices du banditisme. »

    Telle est la nature du « compromis » que ces groupes ou individus souhaitent. Dans les faits, même à leur corps défendant, ils accompagnent les projets de l’impérialisme. Heureusement, dans le fond, ils n’ont pas plus de prise sur les décisions des organisations et des masses populaires présentes au Rojava.

    Nous n’appellerons pas à une intervention occidentale. L’OTAN n’a d’ailleurs que faire de notre avis. Si intervention il y a, nous prendrons position par rapport à celle-ci.

    « La conclusion est claire : rejeter les compromis « en principe », nier la légitimité des compromis en général, quels qu’ils soient, c’est un enfantillage qu’il est même difficile de prendre au sérieux. L’homme politique désireux d’être utile au prolétariat révolutionnaire, doit savoir discerner les cas concrets où les compromis sont inadmissibles, où ils expriment l’opportunisme et la trahison, et diriger contre ces compromis concrets tout le tranchant de sa critique, les dénoncer implacablement, leur déclarer une guerre irréconciliable, sans permettre aux vieux routiers du socialisme « d’affaires », ni aux jésuites parlementaires de se dérober, d’échapper par des dissertations sur les « compromis en général », à la responsabilité qui leur incombe. C’est bien ainsi que messieurs les « chefs » anglais des trade-unions, ou bien de la société fabienne et du Parti travailliste « indépendant », se dérobent à la responsabilité qui pèse sur eux pour la trahison qu’ils ont commise, pour avoir perpétré un compromis tel qu’il équivaut en fait à de l’opportunisme, à une défection et à une trahison de la pire espèce. »

    Nous avons choisi ce qui nous permettait la voie la plus juste, en fonction de nos forces, de la réalité de la possibilité d’action de notre groupe. Nous avons choisi l’engagement au sein de l’ICOR et la campagne de solidarité pour le bataillon international du Rojava. Nous avons reçu des critiques par rapport à ces choix. Nous les écoutons. Nous les écoutons, nous les prenons en considération. Nous ne sommes pas sourds aux insuffisances qu’il est possible d’avoir sur la pratique, au fait qu’il y ait des imperfections dans l’activité de tel ou tel groupe. Nous les prenons en considération, donc, mais nous jugeons néanmoins que ces deux engagements sont non seulement justifiés, mais qu’ils sont également fondamentaux pour créer les outils et les forces qui nous manquent, tant ici qu’à l’échelle mondiale.

    Nous ne pouvons nous contenter de rester derrière nos écrans, faire des communiqués de solidarité creux. Nous ne sommes pas des supporters de foot qui devons choisir ‘la bonne équipe à soutenir’, nous voulons jouer un rôle. Nous voulons et nous devons faire plus.

    Nous sommes, en réalité, horrifiés par notre propre impuissance, surtout lorsque, parmi nos camarades de l’ICOR, nous côtoyons les victimes de notre propre impérialisme. Ce rappel impérieux, constant, nous oblige à faire des choix.

    Elle est une humiliation quotidienne, qu’aucun artifice ne peut camoufler. Il nous faut donc trouver les moyens de la régler.

    Nous ne pouvons tolérer notre faiblesse, c’est pour cela que nous consacrons nos forces à l’unité des communistes et à la création d’un Parti Communiste révolutionnaire. Nous ne pouvons ne contenter de notre existence de groupe. C’est pour cela que nous nous sommes investis, avec nos camarades de l’UPML, dans le lancement d’une Alliance des Révolutionnaires, dans le but de proposer aux organisations communistes présentes en France et dans les régions directement dominées par celle-ci de cesser de s’ignorer. En dépit des discours d’unité parfois affichées par les organisations communistes, nous n’avons eu que très peu de réponses. C’est pour cela que nous nous investissons aussi dans la création d’un Comité ICOR-France, qui puisse rassembler tous ceux et celles que le combat internationaliste intéresse, ou ceux et celles qui sont membres des organisations de l’ICOR à l’étranger, mais qui sont présents, ou réfugiés, en France.

    Dans le cas du Rojava, notre choix de la solidarité concrète passe par trois choses :

    • Nous appelons à soutenir financièrement et politiquement les campagnes de soutien au bataillon international du Rojava : http://shengal.xyz
    • Nous appelons également à soutenir les campagnes de l’ICOR à destination du Rojava : https://www.icor.info/2018-3/appel-a-dons-pour-le-centre-medical-a-kobane
    • Nous appelons à participer aux luttes, aux manifestations, aux opérations de boycott qui sont faites envers les intérêts de la Turquie en occident. Même si ces campagnes, même si cette aide est limitée, elle est concrète. Elle est un début

    Nous saluons l’intégralité des forces qui participent et soutiennent des initiatives de cet ordre.

    Mais nous pouvons, et nous devons faire plus. Par l’unification de nos forces, par la travail commun, construit, organisé, que ce soit celui des communistes comme celui des anti-impérialistes. Il s’agit d’une partie importante, fondamentale, de notre devoir de militants et de militantes.

    Nous devons mettre fin à l’impuissance constante des organisations communistes, tant dans la lutte des classes, ici, que dans les questions internationales. Alors, seulement alors, les positions émises pourront avoir un réel impact, changer réellement les choses pour ceux et celles qui sont avec les armes à la main, directement en face des pires abominations du monde contemporain : l’impérialisme et le fascisme.

  • La bourgeoisie, l’écologie et l’Islam

    La bourgeoisie, l’écologie et l’Islam

    Comment la bourgeoisie instrumentalise les questions politiques.

    Nous sommes à la mi-mandat de LREM et de Macron. La pression progressive des échéances électorales commence à se faire sentir. Les municipales sont au printemps 2020, c’est-à-dire demain électoralement parlant.

    Macron et sa clique ont été employés par la grande bourgeoisie comme un missile à usage unique. Son travail est de liquider la totalité des conquêtes sociales, arrachées par la lutte et par le rapport de force. Seulement, deux facteurs entrent en ligne de compte.

    LREM a bouleversé les rapports de forces traditionnels, entre LR et PS. L’approche de la fin du mandat signifie donc une élection d’une très grande importance dans une configuration impossible à prévoir.

    De même, la clique de Macron a pris goût aux mandats, à la sinécure payée par l’État, aux bureaux et aux fauteuils confortables. D’ailleurs ce confort ne s’accompagne pas d’une contrepartie particulièrement exigeante. Rarement un gouvernement à autant mis en avant l’incompétence et la médiocrité, en même temps que le mépris le plus affiché. Pour ces deux raisons, LREM essaie de s’adapter et de survivre aux prochaines échéances. Comment inscrire dans la durée une organisation conçue pour un one shot ?

    Également, sur quel cheval va miser la bourgeoisie aux élections prochaines, si jamais son poulain est grillé aux yeux des masses ?

    Deux possibilités : Une branche de gauche et une branche de droite.

    La possibilité « de gauche » est de renaître en vampirisant les luttes écologistes et en les mariant avec l’écologie libérale.

    L’écologie libérale est un créneau particulièrement intéressant pour la bourgeoisie. Bien que se basant sur une lutte juste, sur des aspirations sincères, elle permet d’obtenir exactement la même chose, dans un sens, que de crier au loup sur l’Islam et l’immigration : obtenir des voix d’individus effrayés. Et, sur la base de cet effroi, de pouvoir maintenir et légitimer l’exploitation.

    Il faut faire des concessions, il faut accepter des contraintes supplémentaires, politiques, économiques, sociales, pour servir une cause transcendantale. Cette cause peut être la race, la nation, la liberté bourgeoise, ou la planète. Mais dans les faits, il s’agit simplement d’accepter la soumission aux intérêts de la bourgeoisie.

    L’ouverture du marché de l’électricité aux énergies vertes, par exemple, a été rendue possible par une hausse de 25 % du prix de l’électricité. L’aspect premier n’est pas écologiste, mais bien de pouvoir libéraliser et privatiser une partie de la production de celle-ci. De même quel sens cela a-t-il de manger des kiwis bio s’ils sont produits en Nouvelle-Zélande et arrivent sur-emballés ? De payer une taxe écologique sur les produits achetés, ce qui fait assumer directement de coût des déchets pas les consommateurs, alors que ce sont les grands capitalistes qui imposent ce que nous consommons ?

    La bourgeoisie est passée maître dans l’art de surfer sur les revendications populaires pour en faire des produits marketing. Elle s’empare donc du désir de manger mieux, d’avoir une atmosphère plus saine, de protéger la planète.. elle s’en sert comme argument de vente hypocrite, prétendant que ses produits sont éthiques et équitables, alors qu’en réalité ils aggravent les choses.

    Elle est également capable de pouvoir retourner contre les masses leurs propres revendication. Cela s’est vu par exemple dans « Le Grand débat », où Macron a tenté d’utiliser le désir démocratique des masses pour faire adouber ses propres projets. Dans le cas de l’écologie, cela permet d’extorquer plus d’argent, de faire monter les prix, de faire accepter des sacrifices aux masses, alors que les plus grands pollueurs sont les bourgeois.

    Par ailleurs, les fascistes se sont immiscés dans de débat. En revanche, ils ont tordu le bâton dans l’autre sens. Ils font leur beurre sur l’hypocrite injonction écologiste libérale. Mais ils le font en niant le problème, en mentant sur la réalité de la catastrophe qui vient, en déclarant que la question du climat est une manœuvre d’une sordide conspiration. Ils ont fait de Greta Thunberg une cible, en s’attaquant à elle sur par l’ad hominem, en se moquant de son physique, de son mental…etc. En somme, par pur opportunisme, ils se sont placés à l’autre bout de l’échiquier politique, en espérant tabler sur le ras-de-bol d’une partie des masses populaires face à l’hypocrisie officielle. Cependant, cela les maintient dans un rôle d’outsiders, allant à contre-courant, préservant ainsi un électorat, mais étant incapable de devenir une force hégémonique.

    La bourgeoisie peut donc compter sur cette possibilité. LREM peut très bien absorber une partie des revendications du mouvement écologiste, en insistant sur le fait qu’elle met en place une transition d’importance.

    Europe Écologie Les Verts pourrait, également, servir de nouveau porte drapeau à la bourgeoisie. Le mouvement a déjà partagé le pouvoir avec le Parti Socialiste. Il est composé d’un grand nombre d’opportunisme, dont l’exemple type est Jean-Vincent Placé. Cette expérience du pouvoir lui a permis de montrer qu’il n’avait aucune vergogne à appliquer un programme antisocial, réactionnaire, ou de justifier les interventions impérialistes, au nom de l’humanitaire. Pour la bourgeoisie, cela serait une sortie « par le haut » de la crise de régime qui vient.

    Seconde possibilité : la sortie par la droite.

    Cela fait maintenant plusieurs années que les questions relatives aux migrants et les questions relatives à l’Islam occupent le devant de la scène. Après la crise de 2008, elles ont pris une propension invraisemblable, aidée par le Débat sur l’Identité Nationale, initié en 2009 par le transfuge du PS Eric Besson.

    Aujourd’hui, cette question a contaminé l’intégralité des organisations politiques, avec des réactions variées. Quelles que soient les opinions sur ce sujet, chaque groupe politique est forcément polarisé par cette question. Elle a mené à des tensions internes importantes dans certains mouvements, allant jusqu’à une scission dans le cas de LFI. Plusieurs acteurs, sans la moindre vergogne, s’emparent de cette question comme un fonds de commerce, dans l’espoir de pouvoir gagner des voix sur la thématique.

    Il s’agit d’un calcul cynique qui ne tient absolument pas compte des réalités sociales, du vécu des individus, qui amalgame allégrement les Français et françaises issues d’une immigration d’il y a 50 ans et les migrants et migrantes. Qui amalgame dans un seul creuset la question de l’Islam et du terrorisme.

    Dernièrement, la campagne islamophobe s’est encore accrue. La convention de la droite, animée par Marion Maréchal Le Pen, réunissant le gratin de l’immonde, a ainsi donné naissance à des discours plus virulents les uns que les autres. Eric Zemmour, ainsi, est allé jusqu’à dire que nous vivons une campagne d’extermination de l’homme blanc hétérosexuel. En dépit d’un certain tollé autour de ces discours, bien peu l’ont réellement condamné sur le fond. Il faut dire qu’il trouve des relais puissants, y compris dans les déclarations de la présidence de la République. Macron a ainsi évoqué « l’hydre islamiste » et la nécessité de le combattre.

    La situation est suffisamment en plein dérapage pour que des phénomènes invraisemblables se produisent. Jean-Michel Apathie a ainsi été traité de collabo par Zineb El-Rhazoui. Il demandait que Eric Zemmour soit, comme Dieudonné pour son antisémitisme, censuré, puisque condamné pour incitation à la haine raciale. À ce genre de propos se rajoutent une campagne savamment orchestrée sur les réseaux sociaux, faisant feu de tout bois : rumeurs sur des réseaux « pédo-satanistes » ; légendes sur les incendies industriels ; mensonges sur des conspirations islamistes ; inversion des rapports de pouvoir entre les États impérialistes et les pétromonarchies…

    La division des masses populaires et la fragmentation par la peur est une méthode classique des réactionnaires et des bourgeois pour parvenir à leur fin. Qu’importent, finalement, les explications sur la radicalisation de nombreux individus. Manuel Valls, en 2015, déclarait que « expliquer, c’est justifier », refusant qu’on puisse chercher à comprendre pourquoi des individus sans histoire se tournent vers le terrorisme. Il s’agit d’employer les événements dramatiques à des fins électoralistes.

    La terreur et « l’alliance sacrée » contre le terrorisme permet de tout justifier, y compris des hausses du coût des assurances. Elle est moins avantageuse qu’une unité contre un adversaire abstrait, mais elle est tout à fait envisageable comme solution pour conjurer provisoirement la crise de régime. Il n’est absolument pas impossible que les partis sociaux-démocraties ou libéraux puissent intégrer, pour essayer de devenir les poulains de la bourgeoisie, des pans entiers du programme ultra-réactionnaire.

    Sauf que les voix, le plus souvent, se portent sur l’original plus que la copie. Les campagnes réactionnaires, même reprises par des sociaux-démocrates, nourrissent, en dernière instance les réactionnaires d’origine. Le PS, LR, LREM, en alimentant la paranoïa, ne font qu’adouber les discours fascistes.

    Il existe une écologie prolétarienne. Une écologie révolutionnaire. Celle-ci ne se contente pas de parler de normes de pollution (qui ne sont pas respectées), de simples logos, de discours creux. Elle pose la question d’une manière on-ne-peut-plus pragmatique : Puisque la source du mal n’est pas dans la consommation, mais dans la production, puisque cette production n’est pas compatible avec la survie de la planète, nous devons la contrôler.

    On ne vote pas sur les moyens de production. On ne vote pas sur l’extraction de l’uranium, sur le pétrole, sur les ressources stratégiques de l’État et des capitalistes monopolistiques. Il s’agit de sujets trop importants pour qu’il puisse être même envisagé de le discuter dans les chambres d’enregistrement que sont les Parlements. C’est cela que nous devons cibler : le contrôle populaire, un « absolutisme populaire » pour reprendre l’expression de Marc Ferro. Cela ne veut pas dire que les initiatives individuelles, le 0 déchet, l’écologie locale soit à dénigrer, comme certains le font. Non, ils sont des portes d’entrées vers une compréhension plus grande et plus profonde de la question écologiste. Nous les saluons.

    Nous n’avons pas d’opinion sur Extinction Rébellion, nous attendons de voir. Nous pensons cependant que ce mouvement contribue à poser publiquement la question de l’écologie. Mais la transformation de cette énergie en mouvement révolutionnaire ne dépend pas d’elle-même, elle ne dépend que des communistes.

    La seule et unique voie qui permet également de lutter contre le terrorisme et contre l’influence obscurantiste demande aussi des transformations. Dans les pays dominés, c’est l’occupation militaire et l’exploitation impérialiste qui forment la base du terrorisme. C’est également la guerre qui pousse à la fuite, au fait de rechercher l’asile dans des endroits plus sûrs, où pour sortir d’une misère sans fond. Nous sommes pour la liberté de circulation, de visite, d’installation. Cependant, cette « liberté » n’en est pas une pour ceux et celles qui fuient leur pays. Elle est une condition de survie. La plupart quittent leur terroir, leurs familles la mort dans l’âme.

    C’est l’exclusion sociale et la misère qui pousse aussi ceux qui désespèrent à se tourner vers des idéologies ou des courants religieux réactionnaires. Nous pensons que c’est la lutte contre l’exploitation, la fragmentation de la société, l’orientation vers une issue révolutionnaire positive, qui permet de saper les bases de recrutement de réseaux réactionnaires. Ce ne sont pas les interdictions, les brimades, les vexations ou les lois qui peuvent avoir une incidence.

    Les contradictions sur la question des croyances est une contradiction au sein du peuple. Elle se résout par le débat. Il ne nous importe pas que les individus croient en Dieu, n’importe lequel. Cela n’est pas la question. Ce qui est déterminant est la question des pratiques sous-jacentes. Nous pensons qu’il faut lutter sans la moindre relâche contre la stigmatisation et l’instrumentalisation raciste. Qu’il faut soutenir les tendances de gauche, progressistes, partout où elles se trouvent. Et l’expérience a démontré qu’elles existaient largement.

    Ne nous laissons pas abuser. Combattons contre l’instrumentalisation de l’écologie, luttons contre les discours réactionnaires et racistes, maquillés en « lutte contre l’obscurantisme ». Surtout, construisons l’unité qui permet d’avancer et de remporter les victoires : l’unité des communistes, des révolutionnaires !

  • 70e anniversaire de la proclamation de la République Populaire de Chine.

    70e anniversaire de la proclamation de la République Populaire de Chine.

    L’anniversaire du 70e anniversaire de la proclamation de la République Populaire de Chine est une date importante.

    Cet anniversaire possède un sens double. D’une part il est à célébrer, car il marquait une victoire révolutionnaire. Il est l’incarnation d’une victoire contre l’impérialisme, contre la réaction, pour la construction d’une société meilleure.

    De l’autre, il est également l’aboutissement d’un cheminement à étudier, celui de 22 ans de guerre civile chinoise, mais également le point de départ de la construction d’un nouveau monde, durant près de 30 ans. Cette lutte pour le pouvoir populaire, tout comme ce que ce pouvoir populaire a fait, forment une somme immense d’expérience, qui doit nous servir pour les combats de demain. Nous ne devons pas les oublier.

    Aujourd’hui, honorons les héros de la lutte révolutionnaire !

    La lutte pour la révolution en Chine a été une lutte sur de nombreux fronts. Contre les colonisateurs tout d’abord, qui s’étaient découpés l’Empire du Milieu en parts, se réservant des zones d’influence à coups de canonnières. Ces colonisateurs, s’ils n’avaient pas formellement pris possession du pays, détenaient la réalité du pouvoir, appuyés sur des seigneurs de la guerre à leur service. Ils réduisaient à l’état d’esclaves les masses populaires chinoises.

    Depuis la première République de Chine, proclamée en 1911 par le Dr. Sun Yat Sen, et la République Populaire de Chine, 38 ans de combats constants. Combats contre les impérialistes et leurs laquais seigneurs de la guerre, pour libérer la Chine. Combats contre la droite du Kuomintang, qui voulait faire de la Chine une dictature militaire et écraser la juste lutte populaire. Combats pour construire le Parti Communiste, seul à même de pouvoir réaliser les mots d’ordre de Sun : Les « Trois Principes du Peuple » : Démocratie, Socialisme et Nationalisme anti-impérialiste.

    Enfin, a partir de 1927, la longue guerre civile. Une guerre civile qui a transformé chacun des camps. Les Kuomins, de nationalistes anti-impérialistes, sont devenus les agents de facto des Japonais, puis des impérialistes américains, préférant lutter contre le PCC que de défendre les idéaux du Dr. Sun. Chang Kaï Check, le dictateur du Komintang, a ainsi donné la Mandchourie aux agresseurs japonais, en 1931.

    Cette guerre civile a transformé aussi le PCC. L’anabase de la Longue Marche, cette traversée de la Chine, en a changé l’encadrement. Les dirigeants d’avant, formés par le Komintern, sincères dans leur engagement, mais incapables de percevoir la réalité de la Chine, sont progressivement écartés. Dans les grottes de loess de Yennan, le PCC est devenu le parti de la victoire. Il s’est lié aux masses, principalement paysannes dans la région. La direction du PCC, dans laquelle Mao est devenu le personnage central, a partagé la vie des masses populaires, leur misère, mais également leurs aspirations à une vie meilleure. Cette liaison avec les masses, cette relation fusionnelle, la ligne de masse, est devenu le ferment de la victoire. La naît la conception de la Guerre Populaire Prolongée.

    Durant la longue guerre anti-japonaise, de 1937 à 1945, pendant laquelle entre 20 et 60 millions de Chinois perdent la vie le Kuomintang se montre incapable de défendre le pays. Il se marginalise, se coupe des masses populaires, devient intégralement dépendant des USA et des occidentaux. De plus, il ne respecte pas la trêve avec le PCC.

    À l’inverse, celui-ci perfectionne la guérilla, en liaison avec les masses, comme « un poisson dans l’eau ». Lorsque l’armée Showa évacue progressivement, le PCC est désormais en position de force. Lorsque la guerre civile reprend, dès 1946, la situation n’est plus celle d’avant-guerre. Les kuomins sont chassés, refoulés, et doivent évacuer à Formose, où ils bâtissent un régime de terreur.

    Le premier octobre 1949, Mao Zedong, a Beijing, proclame la République Populaire de Chine. Cette accession au pouvoir est faite à l’inverse du système bolchevique. En URSS, la proclamation du pouvoir est le préalable à sa conquête effective, par la Guerre civile. En Chine, c’est le contrôle territorial et l’administration du territoire qui est le préalable à la proclamation de la RPC.

    Elle est un choc pour le monde entier. Le pays le plus peuplé du monde est passé du côté de la révolution prolétarienne. Près de la moitié de la population mondiale est désormais sous le drapeau rouge. La réaction du monde « libre » sera d’ailleurs féroce : tenter à tout prix de contenir l’expansion du communisme, en instaurant un réseau de dictatures d’extrême-droite : Taïwan, Thaïlande, Vietnam-Sud, Corée du Sud… Ce cordon sanitaire justifie tout, y compris les massacres, comme en Indonésie, ou les guerres les plus brutales, comme celle de Corée.

    La construction du socialisme en Chine bénéficie de l’apport de l’URSS, qui, malgré ses plaies béantes, tente de faire son possible pour aider au décollage économique de son pays-frère. De même, contrairement à l’URSS, le PCC était déjà une organisation avec une solide expérience en termes d’administration des régions libérées. En dépit du caractère particulièrement primitif des forces productives, il paraît possible de passer rapidement à une économie planifiée et d’industrialiser le pays. La vie des masses change rapidement. Les femmes, horriblement opprimées, connaissent l’égalité. La situation de servage de facto des paysans est abolie. L’éducation entre dans les campagnes, avec les soins et la culture.

    Les biens de consommation étaient rares dans la Chine féodale. Ils se répandent progressivement, bien que l’abondance ne soit pas encore là. La Chine connaît la dernière famine de son histoire. Surtout, le paysan et la paysanne chinoise avant n’avaient pas d’espoir de connaître une vie meilleure. Ils peuvent désormais faire des études, quitter la campagne, espérer une vie meilleure, voir un autre destin. Des ouvriers et ouvrières, des paysans et des paysannes deviennent des élus, des cadres dirigeants.

    Seulement, tout ne fonctionne pas toujours comme prévu. Une conjonction de phénomènes négatifs impacte très fortement cette tentative de faire un « Grand bond en avant ». Sécheresse, rupture avec l’URSS, départ des ingénieurs soviétiques, surestimation des possibilités. En somme, l’effort demandé est simplement trop important et la base industrielle prévue n’est pas obtenue. Mais elle existe. Dans le même temps, les cent fleurs sont lancés, en 1957, pour permettre qu’une émulation socialiste, critique, puisse s’épanouir. De nombreux réactionnaires, théocrates, féodaux, tentent d’en profiter pour lancer attaque sur attaques contre le gouvernement socialiste. Ils sont réprimés, notamment, car le contexte de la période est particulièrement difficile.

    Durant cette période, en effet, un schisme se produit entre URSS et RPC. Souvent, il est mentionné que Staline et Mao ne s’entendaient pas. Cela n’est pas vrai. Les informations qu’avaient Staline sur la révolution chinoise provenaient d’agents et d’intermédiaires du PCC en poste à Moscou. Or, il s’agissait précisément de militants et de cadres que la direction du PCC jugeait trop peu fiables pour les maintenir sur le terrain. Ce biais a joué dans la perception de Staline de la Révolution. Il a reconnu d’ailleurs publiquement son erreur.

    La véritable raison de la discorde n’est pas dans la question du leadership entre URSS et Chine, mais elle est dans la déstalinisation. Le PCC était d’accord pour critiquer Staline, en 1956. Mais la manière dont cette critique a été faite, mettant tout le monde devant le fait accompli, et le fond de l’affaire, changer la ligne politique du PCUS, ont poussé à la rupture. Khrouchtchev, derrière la déstalinisation, préparait la satellisation de l’Europe de l’Est, l’intégration dans une hypocrite division internationale socialiste du travail. Surtout, il capitulait devant l’occident sur l’idée d’une révolution, jugeant que l’heure était venue pour un monde coupé en sphère d’influences.

    Le Parti du Travail d’Albanie et le PCC ont fait front contre le révisionnisme khrouchtchevien. Quand il est apparu que Moscou ne changerait pas de ligne, la rupture fut consommée. Deux camps socialistes, l’un révolutionnaire, l’autre révisionniste, sont apparus. Ceux qui rejetaient la capitulation, voulaient soutenir les mouvements révolutionnaires et libérer les pays dominés ont été chassés des Partis Communistes révisionnistes. Ils ont monté leurs propres organisations. Par moquerie, ils ont été appelés maoïstes. Le nom est resté.

    Les rapports avec l’URSS prennent une tournure parfois conflictuelle. Elle soutient l’Inde contre la Chine dans le conflit du début des années 1960, tout comme elle multiplie les accidents de frontière au nord. Cette tension continuelle pousse la Chine à, finalement, prendre une position équidistante internationalement, et à la juger sur le même plan que les USA.

    En Chine même, l’échec du Grand Bond en Avant fragilise la position de Mao dans le PCC. Une nouvelle équipe dirigeante, animée par Liu Shaoqi et Deng Xiaoping dirigent la Chine dans une espèce de NEP-bis. La bride est laissée aux cadres locaux du PCC, qui se comportent parfois en potentats locaux, se fondent des petits royaumes. La planification elle-même est en péril, tandis que les écarts sociaux se creusent. Une crise se profile.

    Celle-ci arrive à maturité en 1966. Un immense mouvement de masse, la Révolution Culturelle, créé une révolution dans la révolution. Partis des centres urbains, les Gardes Rouges, ouvriers, ouvrières, étudiants et étudiantes, s’en prennent aux cadres corrompus, aux révisionnistes, aux seigneurs locaux. Elle bouleverse l’ordre établi, cible le confucianisme, réactionnaire. Au mot d’ordre de « feu sur le commandement général », les Gardes Rouges soumettent à la critique et à l’autocritique tous les dirigeants. Liu Shaoqi est fusillé, Deng est envoyé en prison. Mao Zedong, Zhou Enlai, redeviennent les points focaux du régime. La réorganisation du Parti fait que l’Armée Populaire de Libération joue un rôle structurant. Seulement sa direction elle-même est tiraillée par la lutte des classes : Lin Piao est un relais des Soviétiques dans le pays, il représente une menace bonapartiste. Il s’enfuit vers l’URSS et est abattu en vol.

    La révolution culturelle connaît des soubresauts, mais finit par se calmer quelques années après. La Chine est cependant désorganisée et doit se reconstruire. La production a chuté du fait des troubles.

    L’influence de la Révolution Culturelle est immense et international. Elle marque les étudiants et les étudiantes de mai 1968 en France, tout bourgeois qu’ils pouvaient être. Elle marque le mouvement des droits civiques aux USA. Surtout la Chine est un symbole des pays dominés. Elle est le fer de lance de la libération des peuples colonisés. Elle attire. Intellectuels progressistes, militants et militantes révolutionnaires, travailleurs et travailleuses en lutte voient en elle un nouveau phare, surtout avec le pâlissement de l’URSS.

    La période est paradoxale, la Chine cherche à s’ouvrir et à quitter le cordon sanitaire qui a été dressé autour d’elle. Du fait de l’attitude de l’URSS, elle accepte les offres d’ouverture des USA, menant à la rencontre Mao-Nixon, grand choc international. Elle parvient cependant à rentrer à l’ONU et a prendre la place de Taïwan.

    En termes de politique intérieure, l’équipe dirigeante est vieillissante. Les nouveaux cadres sont souvent compétents, mais idéologiquement peu sûrs. La porte du révisionnisme est restée ouverte. Finalement, ceux qui ont gagné en influence ne sont pas les plus fervents militants, mais ceux qui ont été le plus capable de passer pour cela. Elle ne comprend pas le besoin de rigueur politique, d’une économie parfaitement maîtrisée, de la lutte idéologique.

    Le décès de Mao et de Zhou Enlaï, en 1976, cause une vacance de la direction. Celle-ci est occupée par des conciliateurs, des modérés, qui non seulement libèrent les inculpés de la Révolution Culturelle, mais leur ouvre la voie vers le pouvoir.

    Très rapidement, dès 1977, Deng Xiaoping revient sur le devant de la scène. Il met en place, sous le nom de « modernisation » une politique capitaliste. Surtout, il va semer une confusion terrible avec la « théorie des trois mondes ». Mao avait déjà employé cette formule, avec un contenu autre. Chez Deng, celle-ci justifie tout : alliances avec l’Afrique du Sud de l’Apartheid, travail avec la RFA…Etc. Tout ce qui peut affaiblir les « superpuissances » est jugé comme positif. Elle va contribuer à désorganiser le mouvement maoïste, qui ne voit pas forcément le changement d’équipe comme un point de non-retour. Certains, comme Hoxha, vont analyser cela téléologiquement. Seul allié de la Chine, il considère que si elle n’est pas parvenue au socialisme, c’est que sa direction a fait intégralement fausse route. Il la rejette en bloc, déniant toute qualité à Mao.

    Après Deng, la Chine se dirige irrémédiablement vers une économie de marché, une intégration dans les échanges inégaux de la mondialisation. S’il est indéniable qu’elle a développé économiquement le pays, il n’en demeure pas moins que la RPC n’est plus une puissance socialiste, mais qu’elle est capitaliste et impérialiste.

    En dépit des efforts faits par le PCC pour ne pas connaître le même sort que le PCUS, le révisionnisme a triomphé. Le PCC n’a pourtant pas lésiné sur les moyens pour essayer de contourner les difficultés. Maintien d’une démocratie interne vivante au sein du Parti, où les luttes de ligne étaient faites de manière ouverte, autour d’une culture de débat. Appel constant aux masses pour juger de la qualité de l’action du Parti et de ses membres. Le PCC mettait également au premier plan, au-dessus de l’importance du Parti même, la question de la lutte idéologique, primant sur la discipline du Parti. C’est là un des fondements de la Révolution Culturelle.

    Nous avons beaucoup à retenir de cet anniversaire.

    L’héritage de cette révolution est toujours vivant. Il doit le rester à plus d’un titre.

    D’une part comme la mémoire d’évènements, de succès, de réalisations faites par les masses populaires, sous la direction d’un Parti Communiste qui mérite ce qualificatif. La bourgeoisie essaie de nous enlever cette mémoire en la salissant, en répandant des calomnies sur son compte, en mentant à son sujet. Lorsque cette histoire ne présente plus d’intérêt, elle la fait oublier. Sur plus d’un thème, sur plus qu’une période, il existe un vide de connaissances, de savoir. Elle a été effacée. Nous avons un travail à réaliser pour lui redonner vie.

    Mais l’histoire ne suffit pas. Elle n’est qu’une chose morte si elle n’est pas reliée à la politique et à la lutte actuelle.

    Dans cet héritage, nous retrouvons des questions fondamentales, tant philosophique, sur la compréhension de la dialectique, du « un se divise en deux », que des aspects politiques ou pratiques. La stratégie de la Guerre Populaire Prolongée est ainsi un des apports, tranchant avec les théories insurrectionnelles. Elle pose la question de l’accession révolutionnaire au pouvoir comme le fruit d’un processus, non d’une seule épreuve de force. De même, la démocratie nouvelle est un élément fondamental pour l’alliance entre les classes populaires.

    Dans la pratique, l’enquête, la lutte de ligne, la ligne de masse, le débat franc et ouvert sont des principes qui préexistaient auparavant dans les écrits d’autres, mais que Mao et le PCC avaient systématisés.

    Dans le monde entier, toutes les organisations qui combattent pied à pied l’impérialisme et le capitalisme sont inspirées par l’exemple chinois. Ceux qui ont rejeté cet héritage ont généralement rejeté, en même temps, l’idée de la lutte révolutionnaire et du combat contre les forces capitalistes et impérialistes. Le drapeau rouge de la révolution, dans les pays dominés et exploités, s’est nourri de cette expérience.

    Dans les pays impérialistes même, cette influence se fait sentir, même si parfois, elle a servi à esquiver la question incontournable de Staline et de l’URSS. Aux USA comme en Allemagne, des organisations se sont montées, construites, et se sont démarquées du révisionnisme sous l’emblème du Marxisme-Léninisme-Maoïsme. En France l’omniprésence du PCF et l’échec du mouvement maoïste des années 1970-1980 ont limité sa diffusion. Mais celle-ci existe néanmoins. Nous même ne pouvons renier notre inspiration et notre intégration dans l’héritage de la Révolution chinoise.

    Pourquoi ne sommes-nous pas une organisation maoïste ?

    A lire sur notre site.

    L’UCL est une organisation qui a été fondée par des militants maoïstes. Dans un sens elle est une organisation maoïste, dans un autre sens elle ne l’est pas.

    Elle l’est dans son intégration du bilan de l’expérience du combat révolutionnaire en Chine. Elle l’est dans le sens où elle intègre la lutte de ligne au sein de l’organisation, la lutte de masse, la nécessité du combat révolutionnaire et d’une stratégie révolutionnaire.

    Elle l’est dans sa politique non sectaire d’unité, dans sa volonté de travailler conjointement, entre communistes, mais aussi auprès des masses populaires, dans les organisations de masse, dans les émanations de la résistance ouvrière. Elle est ce qui explique notamment notre investissement dans les Assemblées Générales de Gilets Jaunes, à Lyon.

    Elle ne l’est pas dans le sens où notre organisation n’a pas vocation à réunir uniquement et exclusivement sur la base du maoïsme, ni de faire l’unité sur cette base unique et étriquée. À nos yeux, le maoïsme est une forme particulièrement poussée de la compréhension du léninisme, du communisme, du matérialisme-dialectique. Le placer en préalable nécessaire pour adhérer à une organisation n’a pas de sens. Le but d’une organisation communiste, a fortiori d’un parti, est de permettre d’organiser l’avant-garde de la classe ouvrière et du prolétariat. Pour nous, l’adhésion a un parti politique est sur une base politique, celle de l’accord avec le programme, même minimal. Nous pensons que toute personne qui se revendique du communisme, qui veut travailler à construire un parti révolutionnaire, qui veut construire le socialisme et la démocratie populaire a sa place dans nos rangs. Le respect des principes de fonctionnement démocratique, la volonté de pratiquer le débat prolétarien, d’avancer idéologiquement et politiquement est la base. De plus, nous, jeunes militants, n’avons pas la prétention de dire que nous maîtrisons complètement ce qu’est le maoïsme, du moins suffisamment pour arbitrer qui, objectivement, l’est, et qui ne l’est pas. Nous pensons, de plus, qu’il ne suffit de clamer être maoïste pour l’être.

    En dernière instance, c’est la pratique qui fait le maoïsme, pas l’identité.

    Nous avons une confiance inébranlable dans le fait que les apports de la révolution chinoise sont positifs. Nous n’avons pas à redouter d’en faire la démonstration et de convaincre que le bilan de cette révolution peut servir d’exemple.

    Nous pensons que l’enseignement de la Chine démontre que les masses peuvent être organisées largement, participer au Parti Communiste et aux tâches les plus poussées de la révolution. Ce n’est pas le verrouillage qui garantit la « pureté idéologique » de l’organisation, mais la lutte de ligne interne. Or, ce n’est pas l’adhésion au concept de la lutte de ligne ou au concept de la ligne de masse qui fait le maoïste, mais sa pratique concrète, au sein des luttes. Le rejet du sectarisme, la capacité à comprendre le point de vue des masses populaires, des travailleurs et des travailleuses, à rallier les plus avancés, à isoler et faire isoler les positions les plus retardées.

    Pour le moment, personne n’a pu trouver de recette miracle contre la déviation opportuniste et le révisionnisme. Ni Hoxha, dont le régime ne survit pas à sa mort, ni Mao Zedong, ni aucune organisation qui s’en inspire. Il ne peut y avoir que des pistes de réflexion, des conseils, des pratiques qui ont permis de lutter contre celui-ci. Mais ni les organisations puristes et concentriques, ni les organisations souples et ouvertes n’ont réussi à trouver une solution miracle. Elle n’existe pas, surtout, elle n’est pas dans les verrous bureaucratiques.

    Nous pensons que seule la liaison constante, humble, avec les masses, peut permettre de lutter contre ces tendances à la présomption, à l’aventurisme ou, au contraire, au libéralisme.

    Nous pensons que si Mao ou n’importe quel autre grand dirigeant communiste était en vie actuellement, il jugerait avec sévérité le travail réalisé en France. Il nous conseillerait certainement de jeter le folklore par-dessus bord et de travailler vers les masses, de nous mettre à leur école, au lieu de superposer des conceptions mal maîtrisées, coupées de la réalité de la lutte des classes.

    Nous pensons qu’il faut nous rappeler que ce sont les masses populaires, les ouvriers et ouvrières, les prolétaires qui font la révolution en pratique, qui effectuent la transformation des rapports de production et des rapports sociaux. L’organisation est là pour servir le peuple, non fétichiser des grands dogmes. Les masses sont les véritables héros, écrivait Mao.

    Les masses sont les véritables héros, alors que nous-mêmes, nous sommes souvent d’une naïveté ridicule. Faute de comprendre cela, il nous sera impossible d acquérir les connaissances même les plus élémentaires. «Préface et postface aux Enquêtes à la campagne» (Mars et avril 1941)

    C’est pour cela que nous invitons largement à travailler ensemble, conjointement, à l’élaboration du futur parti communiste révolutionnaire, synthèse des expériences du mouvement ouvrier, synthèse des expériences du mouvement révolutionnaire international. Nous voulons qu’il soit le creuset dans lequel le meilleur de ces expériences pourra servir à forger l’outil de la victoire.

  • Décès de Jacques Chirac. Quel sens à sa vie et aux hommages ?

    Décès de Jacques Chirac. Quel sens à sa vie et aux hommages ?

    Il y a-t-il un sens a écrire quelque chose sur le décès de Jacques Chirac ?

    S’il existe des problèmes autrement urgentissimes, il paraît néanmoins convenable de faire un bref point sur l’ancien Président de la Ve République. En dépit de la réputation qui est fait aux communistes, nous ne nous réjouissons jamais de la mort de qui que ce soit. Notre programme n’est pas basé là-dessus. Chirac ne fait pas exception à cela. Il était un ennemi politique, il était un oppresseur impérialiste et capitaliste, mais il n’en reste pas moins qu’il n’y a pas lieu de bondir de joie.

    En revanche, il existe une certaine image de sympathie, de nostalgie, qui entoure Jacques Chirac. Nous ne nous associons pas à la perpétuation de cette image. Elle n’a pas de sens pour nous.

    Chirac est devenu une icône. Il n’en méritait pas tant. Pourtant, nous ne pouvons occulter le fait qu’une partie de la nostalgie chiraquienne se base sur une certaine réalité. Dans les esprits, Chirac incarne certes un gouvernement corrompu, mais une certaine nonchalance. Les temps paraissaient moins durs, l’avenir moins sombre. La vie paraissait meilleure.

    Elle l’était, mais pas grâce à lui. La crise est passée par là.

    En effet, avant la crise de 2008, la vie, pour une grande partie des classes populaires françaises, était plus aisée. Cela ne veut pas dire que la bourgeoisie n’était pas agressive, loin de là, mais, cependant, il est impossible de nier que ses offensives suivaient une autre logique : accroître le taux de profit. En somme, se gaver plus.

    Aujourd’hui, la crise économique aiguillonne les bourgeoisies. Non seulement elles veulent augmenter leur taux de profit, protéger leurs marchés, mais elles le doivent ! Il en va, à leurs yeux, de leur survie en tant que couche la plus dominante de la classe la plus dominante. C’est cela, et uniquement cela, qui donne aux années Chirac ce sentiment sympathique. Sarkozy n’a pas bénéficié du même climat. Il marquait également une rupture générationnelle, mais aussi dans le style de travail et dans la relation aux masses. De ce point de vue là, Chirac, avec la bonhommie, s’opposait aux agités Sarkozyste et à l’insignifiance des personnages du PS.

    Hormis cette parenthèse mythologique, le bilan de Chirac, quel est il ?

    Entre ses rôles de Premier ministre, de maire de Paris et de Président, il laisse derrière lui un lourd passif.

    Des actes réalisés au nom de l’État français, comme le massacre de la grotte d’Ouvéa, la répression des banlieues en 2005, la reprise des essais nucléaires…. Des réformes, comme les premières attaques contre les retraites, la tentative de mettre en place le CPE et le CNE (contrats première embauche et contrat nouvelle embauche, travail dépassé par les lois Macron et El-Khormi), la mise en place de l’autonomie des universités… Mais aussi la loi Devaquet, retirée après le tabassage à mort de Malik Oussekine par la police.

    Mais également des affaires crapuleuses, qui ont émaillé toute la carrière du Corrézien. Angolagate et barbouzeries (avec Pasqua comme avec Mitterrand), frais de bouche hallucinants, emplois fictifs… la liste est sans fin.

    Nous n’oublions pas également qu’il a aussi joué sur le terrain des réactionnaires, avec le ‘bruit et l’odeur’, tout comme avec une misogynie qui ne l’a jamais quitté.

    Existe-il quelque chose à mettre au crédit du mandat de Chirac ?

    Oui.

    Une seule. La reconnaissance de la responsabilité de l’État français dans la collaboration et dans la rafle du Vélodrome d’Hiver. Elle marque une rupture par rapport à l’amnésie hypocrite des prédécesseurs.

    En revanche, l’hostilité à la guerre en Irak ne peut pas être mise sur le même plan. Elle est souvent mise en exergue par toute une frange chauvine, qui voyait dans cela une dernière manifestation de gaullisme, de résistance aux faucons de Bush. En réalité, la raison fondamentale de la non-intervention française résidait ailleurs : Pour mémoire, en 2003, voilà ce qu’écrivait le journal Le Monde :

    Les entreprises françaises sont d’autant plus agacées par le probable hold-up américain qu’elles cultivent depuis des années des relations privilégiées avec l’Irak. En 1996, dès la mise en place du programme «pétrole contre nourriture», le Medef avait expédié sur place une délégation de chefs d’entreprise, virée devenue annuelle. L’organisation patronale organisait avec l’entreprise BOI la présence des firmes hexagonales à la Foire annuelle de Bagdad, où le stand français occupait encore en 2001 la première place. Résultat ? Depuis 1996, la France était devenue le premier pays fournisseur de l’Irak, avec près de 15 % des importations, dont la moitié en biens d’équipements. »

    Premier partenaire commercial de l’Irak, la France s’est mise en colère uniquement car ce marché allait devenir un monopole américain. Ce conflit, en réalité, s’inscrit dans une série de conflits entre les deux impérialismes. Il s’est exprimé tant dans l’Angolagate que dans le génocide du Rwanda, ou les deux puissances soutenaient chacune leurs pions.

    Loin d’être une défense du droit international, le veto était avant tout une manœuvre de l’impérialisme français. Pas de quoi se pâmer.

    Quel sens pour les hommages ?

    Nous avons écrit, en introduction, que Chirac était un ennemi. Le sens de ce terme est important. Parmi ceux et celles qui ont encensé l’existence de Jacques Chirac, il est possible de trouver un certain nombre de personnes qui n’étaient pas de son bord. Le PCF, par Ian Brossat ou par Fabien Roussel, LFI, par Jean-Luc Mélenchon…

    Les uns et les autres l’ont salué, en dépit de leurs désaccords, mais soulignant son « amour de la France », « Il etait un homme du peuple, celui aussi qui a refusé la guerre en Irak en 2003. »… En sommes, ils agissaient avec un certain fair-play envers un adversaire tombé. Adversaire, certes, mais néanmoins respectable, et, souvent, respecté.

    C’est sur ce point que nous voulons venir. Il ne s’agit pas de stigmatiser ceux qui ont écrit cela. Charge à chacun de défendre ces tweets. Mais il s’agit de souligner un fait important : l’effet du parlementarisme bourgeois.

    Pourquoi Chirac est, à nos yeux, un ennemi, pourquoi est-il, à leurs yeux, un adversaire ?

    Fondamentalement, le parlementarisme et le réformisme se basent sur le postulat qu’il est possible de triompher légalement, par les voies prévues à cet effet, des adversaires politiques. Qu’il n’existe pas d’ennemi irréductible, à partir du moment où l’adversaire acceptait les règles définies par la République. Chirac n’était donc pas un bourreau au service des grands cartels industriels et de la bourgeoisie monopolistique, mais il était le représentant d’un parti, qu’il fallait battre aux élections. Egalement, le postulat mentionne le fait que, selon le principe de départ, l’adversaire déposera les armes et saluera la victoire de l’opposition si celle-ci triomphe. Les vainqueurs et les vaincus s’embrassent, se saluent, et charge à l’autre de faire mieux la fois d’après.

    Sauf que l’Histoire et l’expérience de la démocratie bourgeoise tend à prouver l’inverse. Lorsque, hypothétiquement, une force anti-capitaliste (même modérée !) s’approche du pouvoir ou se met en position de réaliser son programme, elle rencontre une résistance opiniâtre et acharnée de la part de la classe sociale opposée. Nous avons vu, régulièrement, la bourgeoisie ne pas hésiter à transgresser les règles (qui sont d’ailleurs les siennes!) pour réprimer.

    Deuxième aspect fondamental, un aspect de classe. Jacques Chirac et Fabien Roussel, quels que soient leurs chemins personnels, appartiennent à la même corporation : celle des élus, des agents de l’appareil de l’État. Ils partagent les même conditions de vie, les même indemnités, et dans le fond, ont tout intérêt, à titre personnel, à ce que les choses se maintiennent en l’État. Il n’existait pas de réel antagonisme social entre les deux. Ils n’étaient pas les membres de deux classes ennemies, qui devaient se détruit, mais simplement deux bourgeois bien payés, achetés par la bourgeoisie pour ne pas trop chambouler les choses, hormis quand elles vont dans son sens.

    Cette tendance corruptrice, ces balles sucrées de la bourgeoisie, sont fondamentalement celles qui ont tué le PCF. Elles tuent tout autant les révolutions que organisations révolutionnaires et leurs militants. Même les réformistes sincères sont poussés par tous les moyens possibles à transgresser les règles. Cela finit par devenir un moyen de pression, une méthode aussi vieille que la démocratie elle-même.

    Pour en finir, il n’y a pas à diaboliser ou à encenser Chirac. Il a fait le travail pour lequel il avait été fondamentalement mandaté : gérer au mieux les intérêts des cartels bourgeois. Moins irritant, plus nonchalant que les autres, n’y change fondamentalement pas grand-chose. Il n’en était pas moins un ennemi de classe et un fer de lance des exploiteurs et des exploiteuses.

    Qu’il repose en paix, et que le système qu’il a si bien servi le rejoigne rapidement.

  • Répondre à l’anticommunisme.

    Répondre à l’anticommunisme.

    Nous avons communiqué précédemment sur la Résolution prise par le Parlement Européen, sur l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe. Nous avons exprimé notre indignation quant à au fond du propos évoqué. Nous le rappelons : les arguments employés visent à faire fondre dans un même creuset, nommé « totalitarisme », la forme du pouvoir soviétique en URSS et celle de l’Allemagne nazie. Or ces arguments sont au mieux du domaine de l’amalgame sans vergogne, au pire historiquement mensongers. Ils montrent la subordination de l’Histoire aux intérêts politiques et géopolitiques de la période.

    https://unitecommuniste.com/communiques/resolution-anticommuniste-une-reponse-rapide/

    Nous répondons point par point, car nous ne pouvons accepter que ces mensonges soient constamment répétés. Nous répondons longuement et précisément aux questions relatives au pacte germano-soviétique dans cette brochure, tout comme nous entamons un travail long d’explication de la répression en URSS. Notre démarche n’est pas de dire que tout est faux dans ce dont ont accuse l’Union soviétique et son gouvernement.

    Seulement, ces accusations demandent des réponses. Nous essayons de les fournir. Il existe des failles dans le comportement de l’URSS, des actes critiquables, peut-être condamnables, mais ils ont chaque fois été la conséquence d’un contexte. Si, ultimement, l’Union soviétique n’est pas parvenue à réussir la difficile tâche de construire une société communiste, ce n’est pas faute d’avoir essayé de le faire. Ce n’est pas faute d’y avoir mis l’énergie et la volonté. Elle était une expérience pionnière, un univers inconnu. Elle n’était pas le paradis socialiste, et plus personne ne le prétend.

    En revanche, nous n’avons pas à accepter la construction de mythes mensongers, qui essaient de faire de l’Union soviétique ce qu’elle n’était pas : un enfer contrôlé par des fous furieux. En particulier, l’amalgame communisme-nazisme est d’autant plus répugnant que l’URSS a été, en termes de victimes, le pays qui a subit l’occupation la plus violente et barbare, tuant 27 millions de citoyens soviétiques. Ces victimes sont portées au crédit de Staline, alors qu’elles sont tombées pour qui le IIIe Reich s’effondre.

    Dans l’article 2, la résolution condamne le fait que « deux régimes totalitaires ayant tous deux l’objectif de conquérir le monde se partageaient l’Europe en deux sphères d’influence » ont signé un pacte. L’Allemagne a proposé à l’URSS de se partager le monde, en effet. Mais l’Union soviétique a refusé de participer à cette opération ignoble. En revanche, ce que la résolution ne dit pas, c’est que les entretiens secrets entre Lord Halifax et Ribbentropp, eux, visaient effectivement à un partage entre impérialisme anglais et impérialisme allemand. L’idée d’une lune de miel germano-soviétique est revenue régulièrement dans une littérature d’extrême-droite, qui visait à réhabiliter en catimini le nazisme. L’idée de dire que, finalement, l’Allemagne nazie a mené une guerre préventive contre l’URSS pour se protéger et protéger l’Europe un refrain seriné depuis la fin de la guerre par les néo-nazis. Or, il n’a jamais été trouvé la moindre trace d’un plan d’agression planifié par l’URSS contre le reste du monde.

    Il existe une raison fondamentale à cela : il n’existe pas. Lors des rencontres entre Molotov et le gouvernement nazi, en 1940, Hitler proposa que l’URSS participe à la conquête du monde. Cela n’a pas été fait. L’URSS a changé ses frontières, dans des guerres qui, du point de vue du droit, étaient contestables, mais du point de vue de la réalité militaire, étaient nécessaires.

    La réalité des débats était que l’Union soviétique s’était enquise de la présence de troupes Allemandes à proximité de ses frontières, en Finlande, en Hongrie…etc. Ce point, et uniquement ce point a occupé les conversations.

    L’URSS a commercé avec l’Allemagne ?

    Si l’UE est si prompte à voir dans l’URSS un partenaire des nazis, elle omet complètement que certains de ses membres, donc la Suède, ont commercé pendant l’ensemble de la guerre avec les nazis. La Suisse a bâti une fortune sur le fait de servir de banque. Les USA, en dépit de l’ordre shoot first ! de Roosevelt, ont continué de commercer avec l’Allemagne. Henri Ford ou Charles Lindbergh ont d’ailleurs été des grands promoteurs du nazisme aux USA. Pourquoi ces commerçants de la mort ne sont-ils pas cités ? Pourquoi les fortunes construites sur la collaboration ou sur le nazisme ne sont-elles pas saisies ? La réponse est simple : on ne touche par la propriété privée, même bâtie sur le sang. En fin 1939, l’Angleterre estimait que les exportations annuelles allemandes s’élevaient encore à 44 M£ vers l’Amérique du Sud, à 19 M£ vers l’Extrême-Orient, et à 15 M£ vers les États-Unis. Ces exportations ne se sont arrêtées que par le blocus, entraînant la colère des USA.

    Le Portugal, l’Espagne et la Turquie ont commercé pendant toute la durée de la guerre avec l’Allemagne nazie et avec ses alliés, sans jamais s’attirer le moindre reproche. Pour contourner les problèmes légaux, des entreprises, telles que la Coca Cola company, ont créé des produits ad hoc. Le Fanta est ainsi le Coca des pays de l’axe.

    L’Allemagne n’avait, de toute manière, pas l’intention de respecter son accord. L’un des rares enregistrements de Hitler hors de ses discours est une rencontre avec le Maréchal Mannerheim, dirigeant la Finlande. Hitler parlait de vouloir, dès la fin des opérations à l’ouest, attaquer l’Union soviétique. S’il avait pu faire la paix avec l’Angleterre, il aurait rué immédiatement ses panzern vers les steppes.

    Quant à parler de « partage du monde », le ridicule est atteint. La résolution ment par omission en oubliant de mentionner qui s’était arrogé le droit de disposer du monde, dans les partages entre empires coloniaux, en zones d’influences, en État sous tutelle. De la conférence de Berlin en 1885 en passant par Fachoda puis par le traité de Sèvres ou de Versailles, nombre de réunions et décidé de qui mettrait en esclavage quel peuple.

    L’article 5 mentionne les crimes et actes d’agression commis par les régimes communistes totalitaires considérant les opérations militaires dans les États Baltes, en Pologne, en Bessarabie comme des crimes contre la paix. Or, les options soviétiques étaient restreintes. Il aurait fallu, selon les occidentaux, qu’elle attende d’être envahies, ensevelie sous les bombes, d’avoir ses peuples transformés en « chevaux chantants » pour avoir le droit de se défendre ?

    L’Union soviétique a effectivement violé plusieurs traités internationaux pour assurer sa défense. Elle était seule face à la plus grande menace que le monde ait connu. L’occupation allemande, si terrible en France, n’était rien comparé à celle qu’a pu connaître l’URSS. Les Soviétiques le savaient et ont agi en conséquence. La France, si respectueuse des traités internationaux quand il s’agit des autres, ne s’est jamais retenue d’envahir, d’annexer, de bombarder d’autres pays pour le profit de sa bourgeoisie. Elle viendrait alors donner des leçons ?

    Le point K indique, entre autres : « en août 2019, les autorités russes ont rejeté toute responsabilité dans ce pacte et ses conséquences et promeuvent désormais une théorie selon laquelle la Pologne, les États baltes et l’Europe de l’Ouest sont en réalité les véritables instigateurs de la Seconde Guerre mondiale ».

    Nous le disons haut et fort : L’occident a joué, par anticommunisme et par jeu géopolitique, aux apprentis sorciers. Les politiques des différents acteurs, y compris polonais, ont mené au fait de nourrir les possibilités d’agression de la part de l’Allemagne nazie. L’Angleterre, en particulier, a vu dans le réarmement allemand la possibilité de faire un équilibre des puissances entre France, Allemagne et URSS. Les démocraties libérales ont tout fait pour entraîner l’Union soviétique dans une guerre contre l’Allemagne, sacrifiant sur l’autel de la lutte anticommuniste la Tchécoslovaquie et la Pologne. Lorsque celle-ci s’est fait envahir, les démocraties occidentales n’ont pas levé le petit doigt pour l’aider. La France n’est vraiment entrée dans la guerre contre l’Allemagne que lorsque celle-ci l’a envahie, le 10 mai 1940, et encore. Elle a capitulé avec empressement, dès que la garantie que les Allemands ne toucheraient pas aux colonies et à la flotte de guerre était acquise.

    Même en Pologne, la collaboration, en particulier à l’extermination des Juifs, a existé. Elle est un tabou dans ce pays. L’an dernier, la gouvernement Polonais a dû reculer sur une loi mémorielle, laquelle indiquait que pourrait être condamné toute personne que ferait « l’attribution à la nation ou à l’Etat polonais, en dépit des faits, de crimes contre l’humanité. »

    Nous n’allons pas attribuer à la Pologne le fait qu’elle aurait déclenché la Seconde Guerre mondiale. Mais son jeu diplomatique a été celui d’une puissance réactionnaire, antisoviétique, et opportuniste. Elle ne s’est pas émue du dépeçage de la Tchécoslovaquie, elle en a même tiré sa part. Elle avait des prétentions sur certaines portions de l’Union soviétique, notamment en Ukraine. Son gouvernement, loin d’être un modèle de démocratie, a également coopéré et signé avec Hitler un pacte dont les protocoles secrets ne sont pas connus.

    Le peuple polonais a souffert de la guerre comme peu d’autres. Mais sa sécurité a principalement été sacrifiée par son gouvernement, avec l’appui des franco-britanniques. Ils l’avaient probablement passée d’ores et déjà en pertes et profits pour obtenir ce qu’ils désiraient : une guerre d’anéantissement entre URSS et Allemagne.

    Car ce que les rédacteurs essaient de faire oublier, c’est que l’URSS n’était pas une île au milieu d’un océan de calme. Les pays qui, aujourd’hui, s’associent pour pleurnicher sur les droits de l’Homme n’ont pas été des spectateurs passifs de l’expérience socialiste. Au contraire, ces États ont œuvré de toutes les forces pour tenter d’asphyxier la jeune Union soviétique, économiquement comme diplomatiquement, mais également de causer chez elle des troubles, de susciter des problèmes, d’assassiner et de saboter. Leurs embargos ou leurs tentatives d’extorquer des profits immenses à l’URSS ont contribué à rendre la vie plus difficile à des millions de citoyens de ces Républiques.

    Les États « démocratiques » ont également essayé de lancer des agents à la gorge de l’URSS, la Pologne en 1927, le Japon en 1939, l’Allemagne en 1941. À l’inverse, toute idée de paix durable, basées sur la solidarité internationale et sur le soutien collectif contre les États agresseurs, a été sabotée au profit d’alliances caduques, inégales. Ce sont elles qui ont coûté à l’Éthiopie, à l’Albanie, à l’Autriche, à la Tchécoslovaquie et à la Pologne leur indépendance.

    Même après la Seconde Guerre mondiale, l’organisation Gehlen, clique d’anciens nazis, créateurs du BND (service secret Ouest-Allemand), ont continué, avec la bénédiction des autorités d’occupation. Ils ont fourni du matériel aux assassins bandéristes en Ukraine ou à leurs laquais dans les pays Baltes.

    3. « rappelle que les régimes communistes et nazi sont responsables de massacres, de génocide, de déportations, de pertes en vies humaines et de privations de liberté d’une ampleur sans précédent dans l’histoire de l’humanité. » Cet article instaure un divorce avec les faits historiques. Elle nie intégralement l’existence du système colonial-impérialiste. Elle est une négation de ces crimes, tout comme de ceux commis par le Japon Showa en Chine et en Corée. Ces crimes sont sans conteste du même rang que ceux de l’Allemagne nazie dans l’ampleur et dans le caractère intentionnel.

    Pourquoi ces crimes ne sont nullement évoqués ? Aux yeux des rédacteurs, d’une part, ils ne concernent que la sous-humanité coloniale. De l’autre, ils posent problème, car ils mettent en accusation les « démocraties libérales » et dévoilent un problème majeur : le fait qu’il n’existe pas de séparation nette entre le fascisme et le capitalisme. Dans les colonies, l’agresseur impérialiste a sciemment liquidé les intelligentsias, a installé des polices politiques, un système organisé d’exclusion sur des critères raciaux, un travail forcé jusqu’à la mort…

    Le système soviétique, quel que soit le regard qu’on puisse porter sur la direction de Staline, n’a jamais planifié la mort de millions de personne. Les famines n’ont jamais été l’apanage de l’Ukraine et n’ont pas été un système punitif planifié. Aucun chercheur digne de ce nom ne peut parler de génocide pour caractériser cette crise des semences et de l’alimentation. L’URSS n’avait pas de possibilités matérielles de la conjurer. À l’inverse, les famines actuelles sont le fait de la rapacité du système impérialiste mondial et sont considérées comme acceptables dans la course au profit.

    De même, l’ampleur de la répression stalinienne, à son paroxysme, n’a jamais atteint les dizaines de millions de morts qu’on lui attribue. Les années les plus terribles sont celles qui précédent immédiatement la guerre, où 2 000 000 de personnes sont condamnées à mort ou décèdent dans le système carcéral soviétique. Ces victimes (700 000) sont d’ailleurs répartis en deux vagues : la première est celle des ex-koulaks et ex-classes possédantes, dont la répression a été gonflée par les responsables locaux du parti, la seconde est formée par ces mêmes responsables locaux, lorsque leurs malversations ont été repérées.

    Ni les relégations, ni les camps de travail, même les plus durs, n’ont jamais connu le taux de mortalité des camps nazis, ni même des bagnes français. Dans l’ensemble, 96 % des condamnés ont quitté les camps vivants et ont repris leur vie. La caricature des 20 ans de Goulag ne concernait qu’entre 0,1 % et 1 % des peines.

    L’ouverture des archives soviétiques à d’ailleurs fait s’étrangler de rage les menteurs professionnels de l’anticommunisme : ils ont dû revoir dix fois, vingt fois à la baisse leurs « estimations ».

    L’article 4 indique que l’UE « témoigne son profond respect à chacune des victimes de ces régimes totalitaires. » 80 % des victimes directes du nazisme étaient des citoyens soviétiques, qu’ils furent Juifs ou non. En fait de respect, les rédacteurs crachent aux visages de ceux qui ont vu les hordes nazies ravager leur pays, le mettre en esclavage, en massacrer la population. Elle en fait des victimes du stalinisme, tombés dans une guerre qui n’était pas voulue.

    De même, les mentions de l’occupation soviétique de l’après-guerre sont d’une hypocrisie totale. La direction soviétique, et Staline au premier chef, étaient d’avis de quitter le plus rapidement possible les pays de l’Est ou dans les zones d’occupation définies internationalement. En Corée, le départ des troupes soviétiques de tutelle s’est fait dans les délais prévus, contrairement aux USA, toujours présents.

    Finalement, ce sont les violations des accords internationaux qui ont entraîné le maintient des troupes soviétiques en Europe de l’est dans la période stalinienne. Les changements économiques apparus sous Khrouchtchev ont mis en place leur exploitation et leur intégration inégale dans un ensemble économique. Mais tous les témoins de la période indiquent que la direction soviétique était quelque peu désemparée par ces pays. Après la saignée de la guerre, elle avait un besoin vital d’y avoir des gouvernements amis, mais jamais l’intégration dans l’URSS n’a même été évoquée, à l’exception de la Tchécoslovaquie, où il y eut une révolution, et de l’Allemagne, sous l’impulsion du Nationalkomitee Freies Deutschland, pour éviter le démembrement.

    Il est hilarant de voir que le point E mentionne ceci : E.  considérant que si les crimes du régime nazi ont été jugés et punis lors du procès de Nuremberg, il reste urgent de sensibiliser l’opinion publique, de dresser un bilan moral de cette période et de mener des enquêtes judiciaires sur les crimes du stalinisme et d’autres dictatures;

    Après la chute de l’Union soviétique révisionniste et des démocraties populaires, il y a eu la tentative de faire ces procès. Ils ont tous échoué sans exception. Le procès de Heinrich Honnecker comme celui de Jaruzelski ont été des catastrophes pour l’image des accusateurs. Notamment car ouvrir cette boîte de Pandore expose à ce que les crimes commis dans le même intervalle par les accusateurs soient pointés du doigt. De plus, si ces régimes ont eu leurs immenses défauts, que nous soulignons régulièrement, ceux qui les ont remplacés ont presqu’unanimement perdus les élections en peu de temps, remettant les mêmes équipes au pouvoir.

    Tout aussi hilarant : 18.  constate que le maintien, dans les espaces publics (parcs, places, rues, etc.) de certains États membres, de monuments et de mémoriaux glorifiant les régimes totalitaires ouvre la voie à la dénaturation des faits historiques relatifs aux conséquences de la Seconde Guerre mondiale ainsi qu’à la propagation d’un système politique totalitaire;

    Les rues ukrainiennes sont souvent avec leurs places Bandera, du nom de ce nazi notoire, laquais des Allemands. Cela n’a pas tant ému. Mais en revanche, nous nous demandons comment il sera possible de retirer tous les noms liés au stalinisme des rues et des places. Faudra t-il alors retirer les plaques d’individus tels que les résistants communistes ? De scientifiques qui ont partagé les idéaux de l’URSS ? De militants et militantes des droits civiques ? Alors nous voir aussi les noms de Enrico Fermi, Robert Oppenheimer, mis à l’index ? Après tout, ils ont travaillé avec les agents du NKVD en pleine connaissance de cause, fournissant presque en temps réel les avancées sur la bombe atomique à l’Union soviétique. Alors nous voir Picasso retiré des musées, ou encore Frida Khalo ?

    Certainement non. Le mensonge sur les opinions des artistes et des scientifiques est constant. Ils seront dépeints comme manipulés, ignorants. Nous pensons que c’est l’inverse, mais qu’au contraire ils avaient pleinement conscience de ce qu’ils soutenaient. Ils et elles comprenaient parfaitement le fait que la lutte pour le socialisme était un combat, et que l’illusion du confort métropolitain et colonial était bâtit sur les superprofits et le sang.

    Derrière cette résolution se trouve deux objectifs : l’un est celui de poursuivre une criminalisation du communiste et de l’expérience des États socialistes au cours du XXe siècle. Elle est menée par l’amalgame, les arrangements avec l’histoire, le mensonge par omission et la falsification.

    Le second aspect est celui de se servir de cette attaque dans un cadre géopolitique, de rivalité avec la Russie. Elle demande aux Russes de condamner leur propre passé, au nom de droits de l’homme qui n’ont jamais été la priorité des Occidentaux. Elle exige d’eux, eux qui ont connu réellement le socialisme, de condamner celui-ci et de le couvrir d’immondices. Il y a là une part d’anti-soviétisme, mais aussi l’idée de stigmatiser les Russes comme un peuple foncièrement anti-démocratique.

    Elle ne le fait pas pour le Japon.

    Elle ne le fait pas pour la Turquie.

    Elle ne le fait pas pour la France, complice de nombreux crimes passés et présents.

    Parce que ce sont des partenaires commerciaux, des alliés, qu’il faut les ménager. Parce que les vies n’ont pas toutes la même valeur à leurs yeux. Stéphane Courtois disait qu’un enfant Ukrainien mort de famine vaut un enfant Juif à Auschwitz. Nous lui laissons ce raccourci qui ne l’honore pas. Mais il semble que la mort de près de 50 millions d’Asiatiques par les armées Showa soit du domaine de la pure et simple statistique.

    Le passé de l’expérience communiste est un passé complexe, avec des failles, des défauts, des erreurs. Nous les acceptons comme faisant partie de notre histoire et nous travaillons à y remédier.

    Cette déclaration ne cherche absolument pas à réaliser cela. Elle ne vise qu’à condamner le communisme en l’assimilant au nazisme. En faisant cela la bourgeoisie « démocratique » essaie de se dédouaner elle-même de ses crimes et de sa similitude avec le fascisme. Elle cherche à souiller la vie et le combat de révolutionnaires et de ceux et celles qui ont travaillé à construire le socialisme.

    S’en prendre au communisme signifie tenter de boucher la seule issue pour l’avenir.

    « 17.  se dit préoccupé par le fait que des symboles de régimes totalitaires continuent à être utilisés dans les espaces publics et à des fins commerciales, tout en rappelant qu’un certain nombre de pays européens ont interdit l’utilisation de symboles nazis et communistes;« 

    Interdisez-nous. Bannissez nos drapeaux, nos chants, nos symboles. Souillez notre histoire autant qu’il vous plaira. Nous n’en avons cure. Notre force ne réside pas dans des fétiches. Elle est dans la lutte des classes.

    Et vous ne pouvez pas bannir la lutte des classes. Elle existe d’une manière indépendante de notre volonté comme de la vôtre. Tant que l’exploitation existera, les militants et militantes communistes, sous un nom ou un autre, existeront et se battront toujours.

    Votre monde s’effondre, mesdames et messieurs les bourgeois. Vous l’épuisez, le surexploitez. Vous dressez chaque jour plus les masses populaires contre vous. Vous serez toujours davantage seuls dans vos citadelles d’exploiteurs.

    Nous serons chaque fois plus nombreux, nous bannir n’y changera rien.

    Aujourd’hui, partout dans le monde, les forces combatives se réunissent. Elles se rassemblent. Elles s’organisent dans les bases de nouvelles internationales. Vous avez raison de nous cibler, car nous sommes l’avenir.

  • Résolution anticommuniste : une première réponse.

    Résolution anticommuniste : une première réponse.

    Nous avons décidé de répondre rapidement à la provocation qu’est la résolution sur l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe. Nous répondrons d’une manière plus argumentée dans les prochaines jours. Nous appelons toutes les organisations et les groupes communistes, de même que ceux qui défendent, par honnêteté intellectuelle, la vérité historique, a condamner cette résolution. Nous ne pouvons qu’en dénoncer le contenu, tant elle sert de fer de lance à une offensive idéologique réactionnaire.

    Nous avons décidé de prendre la parole en tant que communistes et non en tant que membres de l’UCL, car nous pensons que, au delà des chapelles et des conceptions différentes, cette attaque nous vise tous, même ceux qui ne reconnaissent par l’URSS comme quelque chose de défendable.

    Nous, communistes, condamnons l’adoption de la Résolution du Parlement européen du 19 septembre 2019. Cette résolution nommée hypocritement sur l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe prétend rendre hommage aux « victimes des régimes totalitaires » mais est, en réalité, une insulte tant à leur mémoire qu’au mouvement révolutionnaire international et à l’histoire des expériences socialistes.

    Cette résolution se base sur l’amalgame immonde entre les régimes socialistes et le nazisme. Cette conception historique, qui unifie les deux systèmes sous l’appellation « totalitaire » est un non sens historique. Elle est une invention sous la plume des politologues américains, C.-J. Friedrich et Z. Brzezinski, visant à justifier une campagne de calomnie contre le communisme durant la Guerre froide.

    Cet amalgame a été repris par ceux qui voulaient réhabiliter le nazisme en catimini, tel Ernst Nolte en Allemagne, allant jusqu’à dire que les crimes nazis étaient une réponse justifiée à la menace du communisme en Europe.

    En France, ces serviteurs les plus zélés ont été François Furet, Alain Besançon et Stéphane Courtois. Une clique de renégats du communisme, qui ont travaillé à développer le mythe des 100 000 000 de morts, quitte à truquer, escamoter, mentir pour obtenir ce chiffre qui les faisaient fantasmer. Ils sont allés jusqu’à faire dire aux archives ce qu’elles ne disent pas, pour trouver les preuves d’une prétendue conspiration et d’une volonté génocidaire.

    Nous dénonçons aussi les mensonges sur le rôle de l’Union soviétique dans la Seconde Guerre mondiale, qui escamote le rôle de premier plan de l’occident dans le réarmement allemand tout comme dans l’accès des nazis au pouvoir. Nous dénonçons l’invention d’une alliance qui n’a jamais existé, tout comme d’un plan d’asservissement du monde par l’Union des Républiques Soviétiques Socialistes.

    Nous dénonçons le fait que cet amalgame est construit d’une part pour barrer la route du socialisme aux masses populaires en lutte. Qu’elle vise à stériliser, en noyant dans les immondices, la seule voie qui permet de sortir de la crise économique, écologique, et du crime constant qu’est l’exploitation capitaliste.

    De l’autre cet amalgame est construit pour cibler l’adversaire géopolitique russe et traîner dans la boue l’histoire de ce peuple tout comme de tous les peuples qui ont constitué l’URSS. Il n’évoque jamais les crimes coloniaux ou ceux du régime militariste japonais, pas plus que les dictatures organisées et soutenues par les « démocraties ».

    Les donneurs de leçon européens peuvent se permettre de le faire vers la Russie, mais ils ne le feront jamais envers leur propre histoire, ni si cela risque de léser le puissant partenaire économique et géopolitique qu’est le Japon. Le Sankō Sakusen, cette politique exterminatrice, est tue. Chalmers Johnson, historien américain, estime que l’ensemble des crimes de guerre du Japon Shōwa se montent pourtant à plus de 50 millions de morts.

    Les centaines de millions de morts, sur lesquels les grands cartels des démocraties ont bâtis leur fortune, sont laissés dans le silence. Si la résolution demande de débaptiser les rues des agents de l’URSS, elle veut bien accepter que les bourreaux des colonies puissent encore s’afficher.

    Les « démocraties libérales » ont fait, au cours de leur histoire, un usage constant de la violence dès que les masses populaires, en particulier dans les colonies, remettaient en cause l’ordre bourgeois et l’exploitation. Elles pavoisent en donneuses de leçon, en gardiennes des droits de l’Homme, alors qu’elles ont élevé au rang d’art leurs violations des traités internationaux, de la souveraineté des nations et des droits élémentaires. La France et l’Angleterre sont bien mal placées pour oser s’exprimer ainsi.

    Nous considérons que les exigences irréalistes d’une interdiction des organisations et des symboles communistes est une attaque terroriste que reflète la faiblesse du système politique européen. Elles révèlent que les bourgeoisies redoutent que renaissent les Partis Communistes révolutionnaires, et qu’elles n’ont pas d’autre choix que de censurer l’expression des organisations qui travaillent à leur reconstruction.

    Nous considérons ridicules et sans fondement les démonstrations pseudo-historiques faites au sein de cette résolution. Elles illustrent parfaitement à qui nous avons, nous communistes, à faire : des menteurs, des lâches et des hypocrites.

  • Macron et l’immigration : une diversion.

    Macron et l’immigration : une diversion.

    Emmanuel Macron, dans son discours de mi-mandat, s’est exprimé sur un certain nombre de sujets. Il a désigné ses cibles. Le champ de bataille de l’automne sera donc la question des retraites, qui sont en passe d’être remplacées par un système extrêmement désavantageux. Cette offensive grand style illustre la précipitation avec laquelle les donneurs d’ordre de Macron veulent frapper. Plus d’une année de luttes constantes n’ont pas permis d’infléchir sa politique, nul doute qu’il ira jusqu’au bout là aussi.

    Si les Gilets Jaunes comme les mobilisations syndicales n’ont pas fait ployer le gouvernement, en revanche, elles ont désolidarisé la plus grande partie de la population de celui-ci, ainsi que des gardiens de l’ordre bourgeois.

    Macron a joué une partie de son mandat sur un discours d’une prétendue unité nationale, rassembleuses, pour se mettre en opposition avec le FN/RN, mais également car cela correspond à ses vues quasi-royalistes.

    Cependant, ce dont il a besoin à l’heure actuelle, c’est de diviser les exploités, de tenter de vampiriser une partie de l’électorat d’extrême-droite, à la fois pour neutraliser les oppositions, mais également pour tenter de ne pas tout perdre aux élections municipales. Il s’agit donc de la raison principale, fondamentale, du fait que l’immigration tombe du ciel, soudainement.

    Macron a donc indiqué qu’il fallait « préparer notre pays aux défis contemporains qui font peur ». Dans ces défis se trouve celui de l’immigration et des réfugiés. Il a fustigé « l’humanisme » qui se mue en « laxisme » et a montré les muscles contre l’arrivée de réfugiés. Plusieurs annonces ont été faites pour indiquer que la France allait réduire ses aides et ses dispositifs d’accueils, qui, de plus « coûtent trop cher ». Ainsi il a été évoqué l’idée de réduire l’AME (Aide Médicale d’Etat)

    L’idée de supprimer ou de restreindre l’AME pour « rendre la France moins attractive » est un de ces non-sens terribles dont les démagogues sont coutumiers. Des individus qui seraient motivés à risquer leurs vies pour un accès aux soins sont rarement des personnes uniquement en quête de confort. De plus, l’AME n’est pas qu’un service rendu à des immigrés rapaces et avides, mais elle est également une mesure de sécurité pour l’ensemble de la population. L’accès aux soins pour tous, sans la moindre distinction revient moins cher, in fine, que le risque de voir des épidémies se développer chez des populations fragiles et, de plus, difficile à suivre. En dernière instance, l’argument est douteux.

    Les 17 000 morts enregistrées en Méditerranée entre 2014 et 2018 ne sont pas liées à un simple désir de soins médicaux abordables. Ces départs sont le fait de conséquences plus profondes.

    Des lois aux conséquences racistes.

    Nous ne pensons pas que Macron soit raciste. Cependant, il réfléchit en tacticien, et se dit qu’il s’agit d’un créneau comme un autre, sur lequel, à peu de frais, il pourrait gagner du terrain. Par ailleurs, plusieurs cas d’interventions particulièrement défavorables aux migrants et migrantes ne sont, pourtant, pas prises par des personnalités d’extrême-droite. Le cas de la présidence de Lyon 2 est emblématique. L’université est cataloguée « de gauche », tout comme sa présidente Nathalie Dompnier. Elle a pourtant fait usage de la répression et livré à la police les migrants et les migrantes qui espéraient, avec l’aide du milieu militant lyonnais, y trouver refuge.

    Les lois qui sont éditées contre les migrants et les migrantes tout comme l’activité de certains et certaines qui aggravent leur situation ne sont pas sui generi des lois racistes. Ce n’est pas une conspiration néo-nazie secrète qui opère pour imposer un Apartheid racial. En revanche, de facto, elle a des conséquences raciste du fait de la provenance des flux migratoires qui sont dans le collimateur de ces lois.

    De même elles sont construites aussi pour satisfaire un électoral imprégné par les idées réactionnaires et racistes. De ce point de vue là, LREM ou LR n’ont d’ailleurs pas le monopole de la crasse veulerie. Le PS, lorgnant sur le pouvoir, a surfé dessus. Certaines fractions de LFI, notamment celles qui ont été éjectées, telle Kuzmanovic, ou qui ont trahi, tel Kotarac, ne l’ont pas fait que idéologiquement : il s’agissait avant tout d’une tactique électoraliste d’apprenti-sorcier fasciste. En Allemagne, Aufstehen ! a, aussi, tenté cette démarche. Or, elle ne marche pas. Elle adoube simplement le discours raciste.

    Ceux qui appliquent ces lois se retranchent aussi, et c’est le cas de la direction de Lyon 2, derrière l’idée du moindre mal, typique des sociaux-démocrates. Ils se voient comme des boucliers, devant faire des concessions, accepter certaines contraintes pour sauvegarder l’essentiel. Le cas de la présidence de Lyon 2 est emblématique : ce sont, pour la plupart, des personnes sincèrementde gauche, progressistes, mais qui doivent, par leur fonction, appliquer la politique du gouvernement. En dernière instance, c’est le réformisme et la congestion qui est disqualifiée dans l’ensemble. Elle ne peut mener, indépendamment de la bonne foi des individus qui la pratiquent, qu’a la défaite.

    Macron a déclaré : « la gauche a abandonné le sujet pendant des années »« Les bourgeois n’ont pas de problèmes avec [l’immigration] : ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec. » La méthode n’a rien de neuf. Elle consiste à séparer et fragmenter les classes populaires. Les « bourgeois », vus comme des intellectuels pétris d’idéalisme et de bons sentiments (un comble!) sont disqualifiés pour donner leur avis sur la question. Derrière ce terme de bourgeois, en réalité, il s’agit de tous ceux et celles qui pourraient avoir un accès aux médias et aux moyens de publications et qui pourraient contester le positionnement du gouvernement.

    Il ne faut donc que s’intéresser à ceux qui « subissent l’immigration » parce qu’ils « la croisent ». Surtout, il ne faut s’intéresser qu’à ceux qui ne peuvent donner leur avis, ou dont on sélectionnera soigneusement les propos pour qu’ils confirment que le gouvernement va dans le bon sens.

    Dans la réalité, non seulement les classes populaires sont un creuset d’intégration nettement plus performant que la culture normative des élites, mais l’antagonisme n’est pas constatable. Dans les faits, dans la réalité concrète, au sein des usines les distinctions entre origines s’effacent dans le labeur commun. L’intégration dans la classe ouvrière ou dans le prolétariat de France fait que cette séparation est abstraite : écrire « Les classes populaires vivent avec. » revient à oublier qu’une partie des classes populaires de France est constituée par ces migrants et ces réfugiés, à partir du moment où l’État a cessé de s’acharner contre eux et elles. Le vote RN ou réactionnaire confirme d’ailleurs ceci : ce n’est pas dans les régions où les migrants et les migrantes sont les plus nombreux que celui-ci est le plus fort, mais dans les régions où l’économie est déjà en berne, non du fait de la présence de migrants et de migrantes, mais des choix d’investissement capitalistes.

    Pas de concurrence entre travailleurs de France ou d’ailleurs.

    Or, les migrants et les prolétaires ne sont pas en concurrence, contrairement à ce que clament les fascistes. Dans 95 % des cas, ces personnes étaient déjà incluses dans la sphère économique de France avant d’arriver sur le territoire métropolitain. Il s’agit plus de déplacement de main d’œuvre entre les diverses régions que de réelle arrivée nettes. Et, si des personnes en situation irrégulière sont employés avec des salaires de misère par des embaucheurs français, – publics ou privés ! – c’est, d’une part par la rapacité et la cupidité des employeurs et employeuses, de l’autre par la situation de clandestinité qui leur est imposée.

    Ces irrégularités seraient d’autant plus aisées à résoudre avec la régularisation massive des arrivants, plutôt que leur traque sans pitié, mais également par la mise en place d’un plus grand nombre d’inspecteurs et d’inspectrices du travail. En poussant le trait plus loin et en se faisant les avocats des patrons et des patronnes, il est par ailleurs faux de croire que l’arrivée de réfugiés impacte négativement l’économie. Elle génère de la croissance supplémentaire, comme le cas de la Suède l’a démontré. Les arguments économiques sont nuls et non avenus, et ne font que démasquer leurs auteurs pour ce qu’ils sont : des menteurs et des menteuses. L’immigration est un argument démagogique, rien de plus.

    Du reste les mécaniques de l’immigration sont connues. Mais elles ne sont pas crapuleuses et veules, elles ne sont pas non plus le fruit d’un désir d’invasion, comme le prétendent certains agitateurs d’extrême-droite. Elles ne sont pas non plus liées au « sous-développement » comme le clament les humanitaires.

    Charles Bettelheim avait raison de récuser de terme de « sous-développement » des pays de départ. Ils ne sont pas « moins développés » que les pays « avancés », ils sont exploités. Ce n’est pas qu’ils n’ont pas acquis les caractéristiques de développement des pays « avancés », c’est uniquement qu’ils sont utilisés sans vergogne dans la division internationale du travail, comme un réservoir de main d’œuvre et de matière première. Ils ne pourront donc jamais acquérir les caractéristiques du « développement » sans se libérer du joug de leurs exploiteurs. Ces pays ne sont donc pas « moins avancés » mais sont maintenu dans une situation de misère et de surexploitation, notamment par la France, dans le but de pouvoir extorquer des superprofits. Ce maintien économique dans la misère se double de son pendant politique : maintenir la corruption, la soumission et l’écrasement des masses populaires (et de la bourgeoisie nationale) de ces pays. C’est là que se trouvent les raisons fondamentales de la migration, du départ, souvent déchirant et toujours dangereux. Les guerres et les catastrophes sont une conséquence de cet état d’assujettissement.

    Dans le fond, les fascistes voudraient conserver l’un, l’exploitation, l’asservissement des peuples, mais « simplement » en faire des prisons à ciel ouvert, ou des charniers maritimes. Ils sont contents des superprofits qui permettent à la grande bourgeoisie de France impérialiste de se gaver. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils sont régulièrement employés comme barbouzes pour ses basses œuvres, ou qu’ils négocient les contrats avec Daesh : ils incarnent le courant impérialiste le plus dénué de scrupule.

    Leur argument, finalement, est que l’apport extorqué par la violence et la brutalité, est ce qui permet de pouvoir faire de notre pays un pays riche. L’argument est donc de considérer que ces richesses profitent à l’ensemble de la Nation et qu’elle permet à celle-ci de s’assurer sa place au soleil. Cela n’est pas leur apanage exclusif. Dans le fond, les sociaux-chauvins pensent la même chose. Telle Sparte « égalitaire » régnant sur ses esclaves, ils peuvent aller jusqu’a penser, au fond d’eux, que l’impérialisme est nécessaire au fait de pouvoir conserver et faire grandir des droits sociaux. Quelque part, tout au fond, ils songent à un front uni entre l’impérialisme et le prolétariat français pour maintenir les superprofits. C’est là la base de l’aristocratie ouvrière, corrompue par l’impérialisme.

    Mais la réalité est toute autre. L’impérialisme et le système d’exploitation néo-colonial, loin d’enrichir, même en métropole, au contraire appauvrit tout le monde, à l’exception d’une poignée de parasites.

    Les superprofits sont captés par cette couche de la grande bourgeoisie monopoliste et ne bénéficient principalement qu’à eux. Il en résulte une économie de rente, qui ne contribue pas à développer ni les pays dominés, ni même la métropole. Les rendements ne seraient pas aussi bons pour les investisseurs ! Certes, une pluie de petite miettes retombent, celles sur lesquelles comptent les fascistes et les chauvins. Mais ces petites miettes sont minuscules, misérables en regard de l’océan qui est vampirisé par ce système économique parasitaire. Cela se voit dans le décalage du niveau de vie entre la bourgeoisie et le prolétariat métropolitain. Entre les super-exploiteurs, les exploités, et les super-exploités en colonie.

    En réalité, la chute de l’impérialisme français et du système capitaliste français n’appauvrirait pas, à terme, le prolétariat de France. Au contraire, elle lèverait les entraves sur le développement d’une économie qui rejette le parasitisme et qui est mise au service de la grande bourgeoisie monopoliste. Dans les régions néocoloniales, les effets, là aussi, seraient fantastiques.

    Les nouvelles relations qui pourraient naître entre une France socialiste (ou quelle que soit la forme que cette structure prendrait) et ses anciennes régions dominées, basées sur le principe de l’échange réciproque et équitable, permettrait tant le développement réel de l’un que de l’autre, pour le bénéfice réciproque.

    Non seulement il n’existe pas de contradiction antagonique entre les intérêts des migrants, des migrantes, et du prolétariat de France, mais il existe une communauté d’intérêts : lutter contre le premier bourreau des uns et des autres, la grande bourgeoisie monopoliste de France. Ce combat ne peut être mené que si les uns et les autres partagent les mêmes organisations de lutte, syndicales, politiques, mais également un programme politique commun. C’est une des tâches que l’ICOR s’est fixé et permet de résoudre : permettre le travail conjoint, dans un cadre unique, tant du prolétariat des pays impérialistes que celui des pays dominés par l’impérialisme. C’est là une tâche immense, mais incontournable, pour permettre de lutter contre le chauvinisme, mais également de développer une stratégie commune contre un ennemi commun.

  • 100 millions sinon rien, partie 8

    100 millions sinon rien, partie 8

    Les questions des années 20 et le jeu d’équilibriste de l’URSS

    Comment créer l’URSS ? La question était d’une complexité et d’une profondeur jamais sondée. Personne n’avait jamais entrepris un chantier aussi imposant dans toute l’Histoire. Et ce chantier était fait avec des outils singulièrement inadaptés.


    • Un
      territoire morcelé en entités quasiment autonomes et sans autorité
      centrale.

    • Une
      économie complètement désorganisée par la guerre et par le
      communisme de guerre.

    • Une
      maîtrise de la technique particulièrement limitée du fait du
      départ d’une partie importante des élites intellectuelles et en
      ingénierie.

    • Une
      absence totale de fonds et de devises étrangères, ainsi qu’une
      fermeture des marchés internationaux.

    • Un
      appareil d’État issu du tsarisme et un appareil politique qui
      peine à prendre la mesure de son rôle.

    Cet ensemble de facteurs pousse le Parti Bolchevique a faire une « pause » déjà évoquée, mais également à tenter de trouver des solutions sur le long terme à ces problèmes. Ainsi, la forme d’organisation après la révolution (le débat entre fédération et confédération) est tranché, avec parfois des affrontements violents, notamment dans le cas de la RSS de Géorgie. Dans ce cas précis, les Mencheviks fomentent un conflit séparatiste et sont balayés, notamment par Staline et Ordjonikidzé. La même question se pose avec les paysans de Tambov, qui s’émeutent, ne voulant pas contribuer aux impôts et à l’alimentation des villes. Ce type de situation conflictuelle n’est pas unique, malheureusement, mais illustre la très grande difficulté à maintenir l’alliance entre la paysannerie et les ouvriers.

    La réorganisation de l’économie est faite, là aussi, sur un mode particulièrement doux, au grand dam de Léon Trotski, qui fustige dans plusieurs articles la « mollesse » du pouvoir, notamment sur la question des syndicats. Comme mentionné plus haut, cette position conciliante attire l’attention, notamment des Smenovekhovtsy.

    Oustrialov était un ancien membre du parti K.D. avec d’autres ex-membres du gouvernement tsariste, il plaidait pour que ses partisans entrent massivement au Parti bolchevique. Sa pensée, résumée dans des textes nommés Smiena Viekh, changement de cours, considérait que la NEP sonnaît l’heure du retour au capitalisme, jugé inévitable. Il déclarait « Les bolchéviks… aboutiront à l’État bourgeois ordinaire, et nous devons les soutenir. » (Cité par Lénine au XIe congrès, 1922). Ce type de manœuvre était logique, cohérente, et courante de la part de nombreux agents de la bourgeoisie, ou d’anciens haut-placés privés d’emploi. Ils se sont donc dirigés vers le Parti, se maquillant en communistes, pour permettre de développer une ligne restauratrice, un style de travail bureaucratique, une culture bourgeoise. Derrière l’apparence de la paix, avec la fin de la Guerre Civile, avec la fin des interventions, se trame en réalité une guerre nettement plus sourde et implacable, car elle se passe au cœur même du Parti communiste. La lutte contre ces tendances a été extraordinairement compliquée, dans le sens où les outils de contrôles (l’Inspection ouvrière et paysanne) étaient primitifs, tandis que les modes d’élections, basés sur la nomination, favorisaient la constitution de chefferies intouchables, hermétiques, autonomes du Parti et de ces décisions. Ces processus difficilement contrôlables ont prospéré sur la NEP, mais même lors du passage au Grand Tournant, lors de la « Révolution Stalinienne », où le contrôle sur la distribution leur permettait, au travers du blat (les réseaux d’influence, de débrouille, d’entraide), de s’assurer une prépondérance dans les rapports d’autorités locaux.

    Or cette question était fondamentale dans la transformation du PC(b) de parti révolutionnaire en parti de gouvernement. Au fur et à mesure des années, le PC s’est transformé, tant dans ses origines ethniques que dans sa composition sociale et culturelle. Les membres d’origine les plus influents étaient rarement des prolétaires, plus souvent des membres de l’intelligentsia et, assez régulièrement, non-russes. Dans la direction du Parti, ainsi, seuls Chliapnikov (charpentier), Kalinine (paysan pauvre) et Staline (cordonnier) sont réellement issus du prolétariat. Ce groupe est progressivement remplacé par d’autres, issus des milieux populaires (mais pas uniquement), et beaucoup plus russifiés qu’avant.

    D’une part, le parti se prolétarise et se russifie dans ses organes dirigeants, de l’autre, dans ses organes subalternes, il rallie une partie de la vieille administration, des officiers et de l’intelligentsia non-militante. Ce ne sont pas des individus qui ont pris parti pour la Révolution, mais qui « font avec ». Cette contradiction entre un parti qui, à la fois, dans ses branches actives, est toujours plus militant et mobilisé, mais dans ses rapports avec l’État est de plus en plus ‘normalisé’ est un des grands problèmes des années 1920.

    Il est analysé comme cela par l’ensemble de la direction bolchevique, mais avec un dosage différent dans le traitement du problème. Trotski considère que le parti est perdu, puisque de toute manière la tâche à laquelle il doit faire face est au-dessus de ses forces et de celles de l’URSS. Boukharine, à l’inverse, tend davantage à le sous-estimer. Finalement, la question de la bureaucratisation est traitée par à-coups.

    Le marché et la corruption.

    Le problème du marché s’est réglé assez simplement, comme dans la citation attribuée à Lénine : « Les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons. » En dépit de l’anticommuniste fanatique des capitalistes, notamment anglais, l’appât du gain, l’idée de pouvoir investir dans les immenses possibilités soviétiques, ont motivé à commercer avec l’URSS. Même l’Italie fasciste a ainsi fait des démarchages et des offres, dans la construction navale, pour permettre à l’URSS de se doter d’une flotte moderne.

    Mais pour pouvoir payer, autrement qu’en nature (en céréales notamment), la question des devises se posait. Le rouble n’était pas une monnaie qui s’échangeait en un tour de main. Il fallait donc acquérir des Livres Sterling et des Dollars pour permettre de commercer. Où en trouver ?

    L’Empire russe possédait une des plus grandes réserve d’or du monde. Plus d’un milliard sept cent millions de roubles d’or. Lors de la révolution, la noblesse, tout comme la grande bourgeoisie, a tenté de sauver une partie de son or. Dans l’ensemble, les bolcheviques parviennent à conserver sous leur contrôle 1,1, voire 1,2 milliard de Roubles. Cette somme est cependant très rapidement dilapidée par les diverses dépenses. Notamment, il faut payer l’Allemagne, à la suite du traité de Brest-Litovsk, tout comme il faut acheter la paix des États qui naissent sur les frontières. En 1923, ainsi, il ne reste que 100 millions de Roubles d’or. La jeune URSS, pour préparer l’étape suivante, doit acheter son industrie industrialisante. De plus, elle subventionne allègrement le Komintern et les réseaux d’espionnage.

    Les fortunes sont confisquées, les Tsars thésaurisaient leurs richesses, immenses, sous la forme d’objet en or, d’art, de vaisselle, de pierres précieuses. Ces denrées étaient désormais la propriété de l’État naissant. Elles avaient été protégées scrupuleusement durant la révolution, condamnant même les pillards à la peine de mort (cf. John Reed). Seulement, l’or, les pierres, les œufs de Fabergé, ou les autres objets de ce type ne permettaient pas de payer d’acheter directement les machines-outils, les fonderies et l’ensemble de ce qui va constituer la base industrielle de l’Union soviétique. L’arrêt du financement de certaines activités liées au Komintern est la conséquence directe de ceci. Le sentiment général est que ces transferts de fonds sont inefficaces et impactent lourdement le budget de l’État soviétique. Le risque, en perdant des quantités immenses de devises et d’or, est d’être dans une fuite en avant éperdue, qui mène à la ruine de l’Union soviétique. Les franges les plus « internationalistes » du Parti, celles qui ne croient pas non plus à la possibilité de construire le socialisme dans un seul pays, dénoncent ce revirement. Il est un choix stratégique crucial.

    Si, à l’époque, le débat était parfaitement légitime, avec le recul, il est extrêmement douteux de croire que quelques millions de roubles supplémentaires auraient fait la différence. Cela n’aurait certainement pas sauvé la Hongrie de Bela Kun de l’écrasement, ni la République des Soviets de Bavière ou les Spartakistes. En revanche, l’hémorragie en termes de fonds aurait probablement eu un impact sur les capacités de développement de l’Union soviétique.

    Les exportations de matière première permettent de pouvoir reconstituer les stocks, mais cela lie l’Union soviétique au monde capitaliste, et la soumet aux caprices de ceux-ci. L’effet conjugué de la crise des ciseaux et de la crise de 1929 met l’URSS dans l’embarras vis-à-vis de la question du commerce extérieur. Une ressource est ainsi vendue pour faire rentrer des devises étranères : la collection du musée de l’Hermitage.

    Plusieurs commissions de vente ont été montées, pour aller écouler ces objets d’art contre des devises étrangères. Traversant la frontière avec les États baltes, des trains entiers alimentaient la plus grande foire d’objets précieux au monde. Des transactions réalisées en liquide, plus des envois d’argent en espèce auprès des sections du Komintern, il n’est nul besoin d’être devin pour comprendre ce qui pouvait se tramer : le développement d’un immense réseau de corruption.

    L’affaire Isidore Goukovski illustre cela parfaitement, et ce dès 1921. Goukovski, ex-menchévik, était devenu commissaire du peuple aux finances après la révolution. Il succéda brièvement à Menjinski, en mars 1918, avant d’être remplacé par Krestinski en août. Après ce poste éphémère, Goukovski a été employé comme représentant commercial soviétique en Estonie, et, à ce titre, chargé de la vente des biens du Tsar auprès d’acheteurs étrangers.

    La frontière est alors particulièrement surveillée, en particulier la contrebande. Mais le train officiel de Goukovski, lui, passe sans encombre. Selon les différents rapports qui sont parvenus jusqu’à nos jours, il semble que Goukovski faisait tout simplement passer la contrebande par ses wagons et qu’il en tirait une coquette commission. Traqué par la Tchéka, il meurt en 1921 d’un pneumonie subite. Les mêmes documents illustrent comment une partie des membres du Komintern soutirent à la Russie révolutionnaire une partie de ses fonds, pour des activités sans rapport avec la révolution prolétarienne mondiale.

    L’une des activités de la Tchéka et d’une partie du Politburo était donc de surveiller ce commerce particulièrement corrupteur, de rechercher et d’arrêter ceux qui s’y livrent. Dès le début des années 1920, les risques de corruption sont identifiés et sont combattus pied-à-pied. Une alliance « incorruptible » se forme d’ailleurs sur cette question, autour des membres les plus durs du Politburo. Staline et Djerzinsky vont former un tandem de choc dans cette lutte constante. Au pied du mur, une nouvelle fois, la future équipe de Staline décide de ralentir voire de stopper la sortie de l’or soviétique, en particulier par le Komintern.

    Ainsi, malgré les commissions d’achat qui doivent trouver de quoi alimenter le futur plan quinquennal, les réserves d’or du pays, remontées à 247 millions, passent à nouveau à 131 millions. Le développement économique soviétique coûte une fortune.

    Les spets, ces spécialistes étrangers, sont particulièrement gourmands et difficile à satisfaire. Leurs salaires sont mirobolants. Ils les arrondissent d’ailleurs par leurs activités d’espionnage, voire de sabotage au profit des services secrets de leurs pays d’origine (il s’agit notamment de l’enjeu du procès Métro-Vickers en 1933). Dans le même ordre d’idée, les commissions d’achat à l’étranger, dans lesquels les éléments droitiers sont particulièrement sur-représentés. La direction du commerce extérieur est d’ailleurs entre les mains d’un des grands pontes du courant de droite : Alexei Rykov. Ils sont favorables à l’ouverture au commerce international et nettement plus cosmopolites que l’équipe stalinienne. Les échanges sont l’occasion d’un certain nombre de malversations, soit pour des motifs crapuleux, soit pour des motifs politiques. Les commissions et la surfacturation permettent de pouvoir dégager les fond qui alimentent parfois les cercles de conspirateurs anti-soviétiques. Des témoignages, notamment de la part d’ingénieurs étrangers scrupuleux, notamment John Littlepage, permettent de faire état des pratiques parfois catastrophiques au sein des usines soviétiques, illustrant une forme de résistance aux projets gouvernementaux.

    Ces questions ont pris une dimension quasiment ingérable après la guerre. La politique de rapatriement d’une partie importante du potentiel industriel Allemand a souvent été utilisée par les officiers supérieurs d’une manière très personnelle. Les membres influents de l’armée, comme Joukov, se sont allégrement servis en objet d’art pour leur profit personnel.

    La raison des purges.

    Le parti bolchevique luttait essentiellement contre trois problèmes internes.


    1. Les
      adhérents « fantômes » qui avaient leur carte du Parti
      mais ne participaient à aucune de ses activités et ne respectaient
      pas les statuts de celui.
    2. Les
      responsables qui faisaient du blat,
      qui entretenaient des réseaux quasiment féodaux et qui se
      taillaient leurs petits royaumes personnels. Cette catégorie
      non seulement était déjà parasitaire à l’époque de la NEP,
      mais s’est renforcée du fait des monopoles des réseaux de
      distribution entre les mains de l’État dans les années 1930.

    3. La
      corruption et les détournements de fonds par les commissions qui
      œuvraient à l’étranger ou en rapport avec l’étranger.

    L’issue pour les premiers cas et une partie des seconds était par la purge. Celle-ci se traduisait par la perte de la carte du Parti et par, le plus souvent, la perte de l’emploi. Dans les autres cas, les poursuites judiciaires étaient faites, en particulier pour les cas graves. À cette période, par ailleurs la Tchéka possède une très grande liberté d’action et de condamnation des cas rencontrés. Elle peut, elle-même, prononcer les sentences et en assurer l’exécution. Cette très grande liberté d’actions s’accompagnait par un contrôle très strict. Les directeurs, Djerzinski puis Menjinski s’étaient montrés particulièrement vigilants quant à l’activité de leurs sections.

    La collectivisation avait montré un grand nombre de problèmes. Les échelons inférieurs du Parti n’ont pas brillé dans leur application des directives lors du Grand Tournant. La mise en place de la collectivisation forcée, en 1929-1930, révélait le manque de contrôle du centre sur ses ramifications locales. D’une part, l’application avait été faite mécaniquement, sans que les réunions prévues pour expliquer et convaincre les paysans aient été faites. De l’autre côté, le mouvement de masse en faveur de la collectivisation, notamment des paysans pauvres, avait dépassé la capacité de canalisation des fonctionnaires du Parti. Il en est ressorti que l’opération, qui visait à convaincre, s’est mue en contrainte. Staline y mit bon ordre avec son article intitulé Le vertige du succès. En mars 1930, sa publication dans la Pravda a rappelé le fait que la collectivisation ne devait pas être contrainte.

    Ceux qui avaient failli, au cours de cette lutte des classes intense, ont été sanctionnés. C’est là le fondement de la purge de 1930, qu’une certaine historiographie rattache artificiellement aux procès et à la « grande terreur ». Celle-ci est effectivement une grande révision des listings du Parti Communiste d’Union Soviétique ainsi qu’un durcissement des conditions d’adhésion. Alors que, dans le cadre de la NEP, les rangs s’étaient ouverts assez largement, avec des campagnes de recrutement, à partir du début des années 1930, le ton change. Les NEPmen et les smenovekhovtsy sont la cible de fond des campagnes de ce type. Ceux qui s’opposent à la ligne du Parti sur la question de la collectivisation ou du passage à une économie planifiée sont écartés. Le Parti se tend dans un effort d’ampleur : régler la question de la transformation complète de l’économie.

  • La contre-offensive fasciste vers les Gilets Jaunes.

    La contre-offensive fasciste vers les Gilets Jaunes.

    La contre-offensive fasciste vers les Gilets Jaunes.

    L’extrême-droite est toujours dans l’embarras quand il s’agit des mouvements sociaux. Elle n’est pas à l’aise dans ce type de cadre, qui ne correspond pas à ses méthodes de communication habituelles.

    L’an dernier, l’extrême droite a tenté de s’infiltrer dans le mouvement des Gilets Jaunes et d’en prendre la direction. Ses slogans et ses banderoles ont été omniprésentes au début de la mobilisation, notamment du fait du retard au démarrage de la plupart des groupes de gauche (à l’exception peut-être de LFI). Cependant, dès le départ, l’extrême-droite s’est montré en décalage par rapport aux positionnements spontanés du mouvement social. Ainsi, s’ils ont bien voulu évoquer la question des taxes, en bons libéraux qu’ils sont fondamentalement, ils n’ont pas voulu creuser la question de l’exploitation. Lorsque des questions ont commencé à émerger sur le capitalisme, ils ont freiné des quatre fers et ont tenté de réorienter le mouvement. Ainsi, ils ont eu leurs lubies, sur le « pacte de Marrakech », supposé ouvrir les vannes d’une immigration totale, sur l’UE et le Frexit, sur les élites mondialisées… etc.

    Sur Lyon, ils ont provoqué des incidents qui les ont peu à peu marginalisés, tandis qu’ils ont toujours redouté de prendre publiquement la parole lors des Assemblées Générales. Peut à peu, ils ont disparu, et ce pour un grand nombre de raisons.

    La confrontation entre les Gilets Jaunes et la Police. Les mouvements d’extrême-droite sont bien implantés dans les forces de l’ordre, en particulier dans les branches les plus agressives de celles-ci, qui s’occupent principalement du maintien de l’ordre (BAC, CRS…). S’en prendre directement à la Police est une activité qui n’est pas dans leurs habitudes, et qui, de plus, les met en porte-à-faux avec leur base sociale. Idéologiquement, même, ces fanatiques de l’Ordre sont gênés par le caractère tumultueux propre aux mouvements sociaux explosifs.

    Mettant en avant un hypothétique intérêt national transcendantal, qui, en dernière instance, est constitué par la soumission la plus crasse à la bourgeoisie la plus chauvine, ils ne peuvent réellement se couper de leurs maîtres. Historiquement l’extrême-droite s’est toujours trouvée prise au piège. Soutenir les grèves, cela revient à se fracasser contre le veto de leurs financeurs. Pour détourner les exploités et les exploitées de la lutte contre leurs bourreaux, il leur faut donc inventer un ennemi. Impérialisme étranger, mondialisme, diktat de l’UE… qui seraient autant de carcans qui empêchent le « bon patronat français patriote » de réaliser sa mission sociale et d’apporter la richesse et la prospérité.

    L’ennui avec les accusations mensongères, c’est qu’elles ne tiennent qu’un temps. L’exemple typique étant sur le fait d’accuser les migrants et migrantes ainsi que les Français et Françaises issues de l’émigration. La dynamique propre aux mouvements sociaux populaires, qui brassent des individus partageant les mêmes intérêts de classe, sans distinction d’origine ou de religion, a été un autre écueil.

    La rhétorique fasciste ou d’extrême-droite s’adresse à l’individu atomisé, isolé, derrière son écran d’ordinateur ou de téléphone. Elle joue sur la fragmentation des classes sociales en fonction de critères définis arbitrairement selon le goût du jour. Face à la réalité de la mobilisation, elle a pu faire illusion encore un temps. Cependant, avec l’impulsion des Assemblées Générales, avec la fréquentation mutuelle sur les ronds-points, avec la lutte commune contre la répression, les barrières artificielles ont sauté. Même des individus possédant une sympathie pour l’extrême-droite ont travaillé conjointement avec des forces et des groupes sociaux qu’ils conspuaient. Cela a illustré la faiblesse criante de l’embrigadement fasciste.

    Pour allumer un contre-feu, des réactionnaires d’un autre type, avec Finkielkraut en tête, ont peint les Gilets Jaunes en fascistes. Ils ont tenté de semer la fragmentation en jouant sur le sentiment antifasciste sincère, tout en jetant les plus vulnérables dans les bras des racistes. Cette manœuvre n’a pas fonctionné comme prévu.

    Voir article en dessous :

    https://unitecommuniste.com/france/halte-a-linstrumentalisation-de-la-lutte-contre-lantisemitisme/

    Le courant progressiste et révolutionnaire a marqué des victoires l’année passée. Des victoires sur la question de la nature de l’État, comme moyen répressif contre la lutte des classes, du gouvernement comme conseil d’administration des couches dominantes de la bourgeoisie, de la prétendue démocratie comme expression de la dictature du patronat. Ces victoires sont essentielles, fondamentales !

    Mais il serait une erreur terrible de considérer qu’elles sont gravées dans le marbre et qu’elles forment des bastions. Elles sont des avancées, mais des avancées au milieu d’un océan. Elles ne deviennent des victoires que si elles contribuent à renforcer les organisations politiques, syndicales, ou même sous d’autres formes.

    Le gouvernement, la bourgeoisie et ses auxiliaires, dont les fascistes, se sont empressés de lancer une contre-offensive idéologique. Cette contre-offensive prend plusieurs formes, mais essaie de s’emparer de l’énergie colossale libérée par le mouvement social pour le retourner contre ses intérêts. Soit en le tournant dans des voies stériles, telle qu’une lutte donquichotesque contre un prétendu mondialisme menaçant, soit en le tournant dans des attitudes pogromiste, comme tente de le faire Damien Lefèvre, alias Damien Rieu.

    D. Rieu, en allusion à l’écrivain fasciste Drieu la Rochelle, et ses sbires essaient ainsi de détourner un mouvement qui cible le capitalisme pour en faire un mouvement anti-migration, sans jamais poser la question de la raison du départ des migrants. Et pour cause, les fascistes soutiennent l’impérialisme français, dont ils ont toujours été les laquais serviles. Ils l’ont démontré, d’ailleurs, en négociant pour le groupe Lafarge, des contrats avec l’État islamique. Ils le montrent également en acceptant l’argent des cartels, tel le site F.Desouche, par ailleurs enregistré en Inde. Enfin ils l’ont aussi démontré en vendant des armes aux terroristes qui ont attaqué le journal Charlie Hebdo, vente réalisée, d’ailleurs, par un indicateur de police.

    Aujourd’hui, alors que le mouvement est dans une phase de reconstruction et de réorganisation, pourquoi les fascistes sont à l’offensive :

    La majorité des Assemblées Générales ont décru fortement. En leur sein, cependant, les positions fascistes ont été constamment et systématiquement balayées. L’autre grand pan qui demeure est la constitution de groupes d’échange sur Facebook. Or, ces groupes sont le cheval de Troie des conceptions fascistes. L’extrême-droite possède indéniablement une bien meilleure utilisation d’Internet que l’extrême-gauche. Elle possède un avantage immense sur celle-ci : elle ne fonctionne pas par l’explication scientifique et par la démonstration, mais par l’instillation. Les fascistes n’ont jamais rechigné à mentir (Hitler faisait d’ailleurs la promotion du mensonge en politique dans Mein Kampf), à inventer des rumeurs, à répandre des Fake news… Ils n’ont pas besoin même de désigner une cible précise ou d’expliquer un mécanisme économique, il suffit d’un « on sait très bien ce que ça veut dire », ou d’un « tu sais très bien de qui je veux parler ». Ils utilisent d’ailleurs des procédés associatifs, permettant de relier deux événements séparés (L’écologie masquant l’offensive migratoire, un scandale masquant la signature d’un « pacte »…).

    Battus sur le terrain et dans la réalité concrète, les fascistes font donc leur rentrée par la diffusion massive, constante, de nouvelles plus ou moins réelles, de faits plus ou moins vraisemblables. Ils accompagnent cela d’un travail immense d’utilisation des faux-comptes, des prêtes-noms, permettant de créer des biais de confirmation et de donner du poids aux stupidités proférées. Ils surfent donc sur la vague d’un mouvement dans lequel ils ont agi en parasites, profitant de la recherche de réponses — que la gauche institutionnelle ne peut donner, et de l’atomisation des mobilisés et mobilisées. Or, les fascistes et leur propagande constante marque des points, intoxique et impacte durablement les esprits, car allant dans le sens de la plus faible résistance : celui de l’amalgame et de l’instillation.

    Il est de notre devoir de prendre gare à ce risque : celui d’un retournement de situation complet, fruit de notre faiblesse (en tant que courant comme en tant qu’organisations). Rien ne prémunit contre le fait que les fascistes puissent parvenir, eux, à se renforcer.

    Certes des mouvements sociaux vont naître, à l’automne, en réponse aux offensives débridées sur les retraites. Mais ces mouvements reprennent des bases traditionnelles (syndicats, organisations politiques…) qui sont des formules dans lesquelles ceux et celles qui se sont engagées dans les Gilets Jaunes ne se retrouvaient pas avant. Rien ne permet d’indiquer qu’ils s’y retrouveront désormais. Les hésitations de la CGT n’ont pas permis aux forces syndicales d’apparaître comme un point de repère dans la lutte de l’an passé. Malgré l’exceptionnelle volonté d’une grande partie de la base syndicale, les syndicats ne sont pas sortis grandis de l’épreuve, voir peut-être l’inverse. Il en est par ailleurs de même pour les organisations politiques.

    C’est là où la vigilance s’impose. Mobilisés et mobilisées sont ciblés par la propagande réactionnaire. Savoir qui l’emportera — et la forme de ce que signifie l’emporter — est une énigme. Pour la première fois, en dépit de leur échec, les fascistes ont pu intervenir dans un mouvement de masse. Faut-il s’habituer à les voir opérer ainsi ? Dans le cas d’un renouveau du mouvement des Gilets Jaunes, ou d’une nouvelle édition, il est tout à fait envisageable qu’ils puissent reprendre une offensive sur le terrain et adapter leur attitude. Nous ignorons à quelle conclusion ils sont parvenus, mais il est certain qu’ils en ont tiré. Reste à déterminer lesquelles.

    Pour le moment, nous incitons à répondre le plus possible aux manœuvres des fascistes au travers des réseaux sociaux, à dénoncer leur attitude, à rappeler leur véritable nature. Il est important que cette question ne soit pas sous-estimée. L’année 2019-2020 sera une année d’offensive. Se battre avec d’un côté l’appareil d’État, sa propagande et sa force immense et de l’autre le coup de poignard des fascistes est un risque trop important pour être négligé.

  • Crise écologique : solution politique.

    Crise écologique : solution politique.

    L’été 2019 a été un été de tous les records et de tous les dangers.

    Un record de 46.0 °C enregistré en France le 28 juin 2019 ; un mois de juillet 2019 considéré comme le mois le plus chaud jamais enregistré dans le monde ; des températures mortelles en Inde ou en Iran… A cela s’ajoute des records de formation d’algues vertes en Bretagne, de consommation d’énergie (59 715 mégawatts  le 24 juillet à 12h45 pour la France)…

    Records de fonte de la calotte polaire et des inlandsis, notamment en Alaska et au Groenland.

    Surtout, ce sont les invraisemblables incendies qui ont ravagé les grandes forêts, que celles-ci soient en Sibérie, en Afrique subsaharienne ou l’Amazonie.

    La situation empire. Aujourd’hui, plus personne ne peut porter un regard serein vers demain sans que ne se posent des questions brûlantes. L’enjeu écologique, les luttes sociales, les tensions géopolitiques forment une épée de Damoclès sur l’ensemble des espoirs d’avenir. La situation se dégrade avec une rapidité telle qu’elle en est parfaitement discernable en quelques étés.

    Il n’est plus possible de nier la réalité concrète et manifeste de cette question, qui n’impacte pas uniquement le confort de vie, mais commence à menacer la possibilité de celle-ci. Les origines en sont multiples, mais leur racine est commune : le système de production et de consommation. Celui-ci ruine progressivement les ressources naturelles, que ce soit dans l’exploitation minière ou de la biomasse. L’impact est flagrant. « Les humains représentent 60 millions de tonnes de carbone, le bétail pèse 100 millions de tonnes, les mammifères sauvages 7 millions de tonnes, les poissons 700 millions de tonnes, les oiseaux sauvages 2 millions de tonnes. » (Olivier Monod, 2018)

    98 % des mammifères sont soit des humaines soit des animaux d’élevage. Cette inconcevable déséquilibre produit logiquement un effet sur la capacité qu’a la Terre à se régénérer.

    Nous ne sommes pas égaux face à la pollution et à la destruction de l’environnement. Entre pays dominés et dominants, les flux de matière premières et de déchets décrivent l’inégalité des échanges. Les suds sont étouffés sous les déchets, se noient dans la pollution. De plus les infrastructures de ces pays ne sont pas capables de supporter les transformations liées au réchauffement climatique. La ville de Jakarta, en Indonésie, s’enfonce inexorablement dans la mer. Les institutions et les quartiers riches déménagent, tandis que les pauvres restent sur place.

    Dans les pays développés, malgré une certaine amélioration par rapport à l’époque du Grand Smog de Londres, qui a tué 12 000 personnes en 1952, les problèmes restent. Si les activités les plus polluantes ont été transférées ailleurs, il n’en demeure pas moins que l’exposition aux substances nocives n’en est pas moins le reflet des inégalités sociales. Les agriculteurs sont exposés aux pesticides, qui contiennent notamment des produits tératogènes (attaquant le patrimoine génétique), tandis que les quartiers populaires sont le plus souvent à l’est des villes, dans le flux d’air pollué. Ce n’est pas un hasard si les quartiers riches sont à l’ouest de Paris ou de Lyon.

    Pour beaucoup, enrayer cette spirale infernale passe par une modification des habitudes, des pratiques de consommation. C’est quelque chose de respectable. Nous regardons l’ensemble des initiatives personnelles qui peuvent être faites comme étant positives. Il est aisé de balayer d’un revers de la main le fait de limiter sa consommation de viande, de vouloir tendre vers le zéro déchet, de vouloir faire des économies d’énergies…Nous pensons qu’il faut, au contraire, encourager cet effort personnel, le rendre collectif. Il est positif à une petite échelle et il contribue à une prise de conscience.

    Mais la sphère individuelle est la face émergée d’un iceberg. La plus grande part de la pollution et de dévastation de l’environnement est issue du secteur de la production et du transport, secteur sur lequel les citoyens et citoyennes, même des États les plus démocratiques du monde, n’ont pas leur mot à dire. Même les élus, les députés, les sénateurs et sénatrices ne sont pas consultés sur les décisions les plus stratégiques de l’économie. Elles sont trop importantes pour être posées sous la forme de question. Elles rejoignent l’existence d’une sphère qui est celle du capitalisme monopolistique d’État. Elle est l’État profond, là où il n’existe pas de vote, pas d’élection. Les invasions du Niger, de la Côte d’Ivoire, du Tchad ne sont pas des sujets qui sont soumis aux votes de députés. Elles sont trop importantes, trop stratégiques pour être discutées, même devant des laquais et des exécutants serviles des désirs des impérialistes. Les contrats des grandes entreprises de l’armement ou de l’industrie sont directement des affaires d’État.

    C’est ce que certains appellent l’intérêt de la France dans le monde, intérêt qui fait consensus au sein de l’ensemble des partis qui prétendent au pouvoir sous un régime capitaliste. Dans le fond, nous n’avons pas notre voix au chapitre pour exiger que les marchandises soient produites différemment. Nous n’avons pas de droit de regard sur l’eau que nous buvons, sur l’air que nous respirons, sur les produits néfastes que nous ingurgitons. Ils représentent des marchés trop précieux pour être discutés.

    Sans remise en cause du capitalisme, il n’est tout simplement pas possible d’obtenir une transformation radicale du mode de production et de consommation. Les capitalistes ne sont pas pour autant subjectivement des assoiffés de destruction. Cependant, ils voient bien que s’ils réduisent leur rentabilité pour quelque raison que ce soit, s’ils renoncent à ravager une forêt, s’ils perdent un marché, ils seront dépassés par d’autres et broyés. Car tel est le jeu du capitalisme et de la concurrence entre monopoles. Il faut donc brûler les forêts, éventrer les sols et assécher les marais, car « si ce n’est pas moi, ce sera mon voisin qui en profitera » et « après moi le déluge ».

    Cette spirale infernale rend objectivement les capitalistes rapaces, assassins et écocides.

    Les seules fois où des normes sont évoquées, elles ne le sont que dans la mesure où elles permettent à ces monopoles de conserver leurs marges et leurs marchés, voir de les agrandir en mettant à l’amende les entreprises ou les cartels les plus faibles. C’est le sens des normes européennes. Elles sont le produit des rapports de forces entre les cartels. D’ailleurs, elles ne s’appliquent qu’aux plus faibles, les entreprises françaises de l’agro-alimentaire rejetant celles sur les pesticides par exemple.

    Nous ne pouvons décemment pas faire confiance dans les dirigeants et dirigeantes pour régler cette question. Lorsqu’ils parlent d’écologie, comme l’a fait Macron, avec des trémolos dans la voix, c’est uniquement si cela leur sert de point d’appui pour avancer leur propre agenda. Ainsi, Macron s’en est pris à Bolsonaro uniquement dans un but de se faire valoir lui-même et de se démarquer du fasciste. Les attaques rendaient impossible pour le Brésil de pouvoir accepter l’aide extérieure sans être humilié d’une manière très colonialiste. Aide extérieure d’autant plus minable qu’elle se résumait à un pourboire. 20 millions de $, quand le musée des Confluences à Lyon, par exemple, en a coûté 380 000 000. Cette aumône ridicule illustre le mépris envers l’Amazonie et la biosphère de la part des grands dirigeants de ce monde.

    Conscients que la question est un enjeu important pour les élections, chaque camp se prépare à sortir son arsenal de mesurette, pour promettre un avenir plus vert, plus doux, plus écologiste. Ainsi, Édouard Philippe fait sa rentée à Roubaix sur le terme du zéro déchet. Mais cela reste de l’esbroufe, tout comme la montée de EELV, qui se couchera devant les libéraux dès le moment venu.

    Dans tous les cas, l’écologie bourgeoise et réactionnaire ne propose que deux voies :

    Celle d’un libéralisme vert, d’un greenwashing de l’économie capitaliste, dans le seul et uniquement but de lui donner un souffle nouveau et d’exploiter des ressources différentes. Au mieux, elle est un label publicitaire, au pire, elle est même une écologie impérialiste, déclenchant des guerres pour les terres rares, pour l’or bleu, pour les ressources.

    Celle d’une écologie fasciste, basée sur l’exigence de sacrifices pour les masses, sur le maintien de la misère et de l’arriération pour des régions entières du monde, pour les prolétaires et les sous-prolétaires, tandis que les bourgeois et les bourgeoises peuvent continuer à rouler dans l’opulence et la richesse.

    Nous avons besoin d’une écologie révolutionnaire.

    Les rapports établis par les scientifiques sont formels quant à la menace sur notre environnement, voire sur les possibilités pour l’espèce humaine d’habiter encore dans certaines des parties les plus chaudes de la planète. Les scientifiques sont unanimes, même s’ils ne le prononcent pas sous ces termes-là : L’économie de marché n’est pas compatible avec la survie de l’espèce humaine.

    Nous sommes confrontés à une situation dans laquelle, à terme, la dégradation de l’environnement conduit à la catastrophe. La démocratie, en régime capitaliste, ne permet que de moduler le temps qui nous sépare de cette situation, mais ne permet absolument pas de pouvoir éviter celle-ci. Quant aux dégâts sur les biotopes, ils sont d’ores et déjà, pour certains, irréversibles.

    Nous sommes au pied du mur. Si nous voulons même survivre en tant qu’espèce, nous devons prendre les choses en main en tant que classe sociale ! Face à la puissance des intérêts des grands monopoles capitalistes, nous avons besoin de nos propres institutions, populaires et démocratiques. La rentabilité est le critère premier, suprême, de la production. Celui-ci doit devenir le fait de fournir une réponse aux besoins matériels et culturels de l’Humanité, dans le respect des capacités de production et de régénération de la Terre. Pour réaliser cela, nous avons besoin du pouvoir. Nous avons besoin d’être organisés largement, politiquement.

    Seul le contrôle réel du pouvoir, par les masses populaires, contre l’ordre de la bourgeoisie et des exploiteurs peut permettre d’atteindre l’objectif de mettre en place une économie planifiée. Une économie qui élimine le concept de concurrence et de rentabilité.

    Une économie basée sur la réponse aux besoins.

    Une économie qui prend en compte des cycles naturels de la Terre.

    Une économie démocratique.

    Les régimes socialistes n’ont pas toujours su poser avec discernement la question de l’écologie, prisonniers qu’ils étaient entre des clés de compréhension primitives des écosystèmes et d’un impératif de tenir le rythme imposé par les agresseurs capitalistes.

    Cela n’enlève en rien le fait qu’ils ont été les premiers à poser la question de la biosphère et d’un développement harmonieux de l’économie par rapport à la nature. Celle-ci n’était plus considérée comme une marchandise, mais comme une source de richesses, dont la vie était la plus précieuse.

    En dépit des failles qu’on put connaître ces régimes pionniers ils forment la « voie étroite vers la survie ». Une véritable économie de guerre contre l’écocide et la dévastation de l’environnement.

    Soyons unitaires sur cette question en dépit de nos divergences :

    Il existe une quantité de questions sur la production industrielle, alimentaire, sur les perspectives pour l’ensemble de l’espèce humaine et de la planète. Les perceptions diffèrent en fonction des individus, des groupes politiques et sociaux, des idéologies. Nous ne pensons pas que notre organisation doit, de manière autoritaire, imposer un point de vue sur cette question, qui relève de la démocratie populaire.

    Ces questions sont importantes et ont droit de cité. Mais leur résolution, dans le cadre d’un débat démocratique, ne peut avoir lieu qu’uniquement dans le cadre de la démocratie populaire. Elle doit être construite.

    A l’heure actuelle, il n’existe pas de grand Parti révolutionnaire pouvant fédérer les forces qui veulent combattre le capitalisme et mobiliser les masses populaires. Ce Parti doit naître. Nous travaillons à cela, avec d’autres forces, ici comme à l’international.

    Cette lutte, vitale, est essentielle pour que l’Humanité ne soit pas balayée d’un revers de la main par l’histoire, qu’elle ne rentre pas dans la longue liste des espèces qu’elle a fait – de sa propre action – disparaître.

    Unifions nos forces, battons les exploiteurs, construisons la seule société écologiste : la société communiste.