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  • Interview avec la présidente du MLPD, Gabi Fechtner, 11 octobre 2019

    Interview avec la présidente du MLPD, Gabi Fechtner, 11 octobre 2019

    La rédaction de Rote Fahne s’est entretenue avec la présidente du Parti marxiste-léniniste d’Allemagne (MLPD), Gabi Fechtner, sur les développements actuels dans la situation de départ, la lutte des classes et sur la manière dont le MLPD lutte pour son rôle sociétal à l’échelle de l’ensemble de la société en ces temps mouvementés.

    Pourquoi entendons-nous parler soudainement des activités du MLPD dans les médias bourgeois presque chaque semaine ?

    Il s’agit en fait d’une nouveauté fondée sur des facteurs objectifs et subjectifs. Objectivement, la tendance à produire des crises du système impérialiste mondial s’intensifie sur tous les fronts. La crise de confiance dans la politique bourgeoise s’approfondit. Le MLPD est perçu comme un acteur à prendre au sérieux, voire formateur, dans un nombre croissant de foyers par ses amis et ses ennemis. Cela se produit au milieu d’une forte polarisation sociale. Dans le revirement progressiste de l’état d’esprit, une tendance anticapitaliste se développe dans la classe ouvrière et les larges masses. C’est aussi le résultat de décennies de travail systématique du MLPD, un travail qui encourage la prise de conscience, et auquel les forces dominantes font face par une offensive de l’anticommunisme moderne, de répression étatique et de revalorisation des forces fascisantes ou bien des fascistes. Ce développement a mené à une culminationi dans le développement de l’importance du MLPD à l’échelle de l’ensemble de la société. Les points focaux y sont le mouvement Fridays For Future (FFF), la lutte des mineurs contre la politique de la terre brûlée du groupe minier RAG, l’initiative pour une digne commémoration de Thälmann dans la lutte contre l’anticommunisme moderne, la politique prolétarienne à l’égard des réfugiés, la lutte antifasciste, par exemple contre le fasciste Björn Höcke (AfDii) ou contre le NPDiii, le rôle formateur dans la campagne internationale « Ne touchez pas au Rojava! » – ou notre offensive tactique pour les élections en Thuringe. Dans la polarisation sociale le MLPD est le pôle clair, aujourd’hui indubitablement révolutionnaire, combatif de classe et écologique de façon cohérente.

    La transition accélérée vers la catastrophe environnementale planétaire, vers une nouvelle crise économique mondiale, diverses crises structurelles, la crise de l’idéologie bourgeoise, la crise de l’ordre bourgeois de la famille, le développement vers la droite du gouvernement et des partis bourgeois et la crise de confiance dans la politique bourgeoise : Pour de plus en plus de personnes, tout cela met à l’ordre du jour la question d’une alternative sociale. Le comportement de soutien de l’État du Linkspartei [Parti de gauche], ses années d’ignorance de la question environnementale et son faible niveau d’ancrage dans le mouvement ouvrier font place sur le côté gauche pour une politique révolutionnaire. Bien sûr, les médias bourgeois ne manquent pas de s’en apercevoir non plus. Le MLPD a fait ses devoirs dans cette situation. Avec son système Revolutionärer Weg [Voie révolutionnaire] il a, depuis 50 ans, des réponses théoriques profondes et convaincantes, et cela du point de vue du marxisme-léninisme et sur toute la gamme des questions sociales. Avec la force de persuasion et l’authenticité propre à lui, il conquiert aussi de mieux en mieux un nouveau rôle sociétal à l’échelle de l’ensemble de la société dans la pratique – contre toute répression anticommuniste de l’État. L’influence sociale accrue se manifeste par divers facteurs : Rien qu’au cours des trois derniers mois, la couverture médiatique du MLPD a atteint environ cinq millions de lecteurs.iv

    Le nombre de visites sur Rote Fahne News (rf-news.de) a augmenté en permanence de 25 pour cent par mois depuis 2018. Par rapport à la même période en 2010, il a triplé. Le site web de l’organe Revolutionärer Weg (www.revolutionaererweg.de) a également augmenté de manière significative son nombre de visites. Au troisième trimestre 2019, nous avons vendu presque trois fois plus de livres de la série Revolutionärer Weg que le nombre « habituel » dans un trimestre moyen sans nouvelles publications de cette série. Depuis le Xe Congrès du Parti, nous avons gagné après tout 17 pour cent de nouveaux membres et établi un certain nombre de nouvelles unités de base en construction et de nouvelles cellules. Culmination, cela signifie bataille décisive : Le MLPD parvient-il à obtenir un rôle sociétal à l’échelle de l’ensemble de la société contre l’incitation à la haine et la répression anticommunistes accrues ? Cela équivaudrait à briser durablement l’isolement relatif dans lequel les classes dominantes nous ont plongés ces dernières décennies en nous passant sous silence systématiquement.

    Quel signal le 20 septembre 2019, la journée mondiale de grève et de lutte contre la catastrophe écologique imminente, envoie-t-elle pour le développement du revirement progressiste de l’état d’esprit parmi les masses ?

    Ce développement marque un nouveau point culminant dans le revirement progressiste de l’état d’esprit. Rien qu’en Allemagne, 1,4 million de personnes sont descendues dans la rue le 20 septembre. Avec un total de 3,91 millions de participants aux luttes ouvrières et populaires en 2019 à ce jour, le revirement progressiste de l’état d’esprit comprend déjà plus de personnes que pendant les années entières de 2017, 2018 ou 2004, l’année du mouvement de la manifestation du lundi et des grèves à l’échelle des groupes, avec un total de 3,8 millions de participants. Le nombre de participants n’est pas loin de sa valeur maximale à long terme de 2015, soit 4,3 millions, lorsque le revirement de l’état d’esprit s’est manifesté. Il est frappant de constater que, surtout dans le mouvement écologiste, la critique du capitalisme ne cesse de se faire jour et que les principaux responsables, les monopoles internationaux, sont de plus en plus pris pour cible. Donc, l’éveil de la conscience environnementale sur un large front progresse vers une conscience environnementale en développement.

    Avec le mouvement Fridays for Future, la jeunesse est devenue l’avant-garde pratique dans le revirement progressiste de l’état d’esprit. Ce mouvement n’a pas pu être apaisé et détourné de ses critiques, même pas par des décisions gouvernementales prises à la hâte. Bien au contraire ! Le MLPD est de plus en plus reconnu comme un représentant de la protection cohérente et radicale de l’environnement et de la lutte changeant la société contre l’économie de profit. Nous avons introduit dans le débat le fait que la destruction de l’environnement est maintenant inhérente au système capitaliste et qu’il doit s’agir de l’unité de la solution de la question environnementale et de la question sociale. Cela a fait son entrée dans le mouvement écologiste. Le 20 septembre, nous étions déjà confrontés à une lutte sociocritique. Tout cela a des effets positifs sur le développement de la conscience des masses dans leur ensemble. Le 20 septembre, le MLPD, avec son association de jeunes Rebell et d’autres alliés de l’Alliance internationaliste, a participé activement à au moins 100 actions et les a en partie marquées de son empreinte. Nous avons organisé des blocs attrayants, combatifs, colorés et culturellement riches avec des microphones ouverts, fait du travail de sensibilisation sur nos positions sur le plan de la politique environnementale. Nous avons eu des milliers de conversations, gagné des centaines de nouveaux contacts et de gens intéressés ainsi que des acheteurs pour le livre « Alerte à la catastrophe ! Que faire contre la destruction délibérée de l’unité de l’homme et de la nature ? » de la série Revolutionärer Weg. Nos cellules d’entreprise ont activement mobilisé – souvent étant les seuls à ce faire – de nombreuses délégations de travailleurs des grandes entreprises industrielles. Cela donne un nouvel élan à l’unité du mouvement ouvrier et environnemental et à la lutte pour un droit de grève intégral, universel et légal.

    Cependant, la classe ouvrière dans son ensemble ne se trouve pas encore à la tête des protestations environnementales. Dans les manifestations FFF ainsi que dans les syndicats une véritable lutte d’orientation fait rage sur ces questions. Le syndicat Verdiv, mais aussi IG Metallvi et d’autres – en réaction à l’éveil massif de la conscience environnementale – s’occupent de plus en plus de la question environnementale. Cependant, le fait que divers cadres syndicaux, tels que le président d’IGBCEvii Michael Vassiliadis, s’abaissent à des attaques contre les manifestations environnementales, est une politique ouverte de prestation de services pour l’industrie. D’autant plus importantes sont les actions autonomes et combatives des personnels, encore peu nombreuses mais croissantes comme celles des mineurs, des travailleurs de Siemens à Berlin ou des personnels plus petits des équipementiers automobiles. Le mouvement FFF n’est bien sûr pas homogène, et en son sein une lutte développée a lieu entre la pensée prolétarienne et la pensée petite-bourgeoise. Nous devons investir encore plus dans le travail d’encouragement de la prise de conscience ! Ce n’est qu’ainsi que se renforcera la tendance anticapitaliste avec une franchise croissante pour la perspective socialiste dans le mouvement spontané et donc encore instable.

    S’agit-il d’un phénomène exceptionnel en Allemagne ‒ ou comment évalues-tu la tendance internationale ?

    Le caractère international des manifestations du20 au 27 septembre a été remarquable – avec 6 383 actions dans 170 pays et au moins sept millions de personnes ayant participé à ces protestationsL’organisation mondiale révolutionnaire ICORviii l’a influencé en orientant sur un front de résistance international pour sauver l’environnement de l’économie de profit. Sur le plan international aussi, la polarisation sociale ainsi que le revirement progressiste de l’état d’esprit continuent à se développer. Dans différentes régions des luttes de masse ont éclaté, allant jusqu’à des soulèvements insurrectionnels.

    349 combats et grèves rien qu’en juillet 2019 dans l’Iran néo-impérialiste, où la lutte pour le travail, la paix et le pain a de plus en plus lieu sous la direction de la classe ouvrière. Un soulèvement explosif en Irak, avec la jeunesse comme avant-garde pratique. D’autres luttes de masse importantes au Soudan, en Égypte, en Algérie – et tous les vendredis des manifestations de masse à Gaza contre la politique impérialiste d’Israël. Au Pérou, il y a eu une grève nationale des mineurs influencée par la Conférence internationale des mineurs, réalisant l’unité des revendications économiques pour une convention collective générale et des questions écologiques.

    Dans cette situation, l’engagement internationaliste ciblé du MLPD et de l’ICOR contribue de manière significative aux progrès importants de la coopération et coordination transnationales. Les pourparlers entre l’ICOR et l’ILPSix sur la construction d’un front uni anti-impérialiste mondial sont très avancés. Les 28 et 29 septembre, la quatrième Conférence de l’ICOR du Moyen-Orient a eu lieu ‒ pour la première fois dans la région elle-même. Des organisations de l’ICOR, ainsi que des forces pertinentes de la région, telles que les Kurdes et les Palestiniens, ont discuté de manière aussi controversée que solidaire. Il s’agissait de l’évaluation de la situation explosive, mais aussi des conclusions pour une future coopération plus étroite au Proche et au Moyen-Orient. De grands progrès existent également dans la préparation de la 2e Conférence internationale des travailleurs de l’automobile en février 2020 en Afrique du Sud, à laquelle des délégations de travailleurs de divers pays se préparent déjà.

    Est-ce que cela s’accorde : parler de tels succès alors que, en même temps, il y a les attaques les plus violentes contre le MLPD ?

    Les plus grands succès sont conquis de haute lutte contre les plus grandes hostilités. Et dans le sens inverse : Les hostilités sont précisément dues à nos succès réels et potentiels. Le 20 septembre s’est avéré être une défaite totale pour le gouvernement Merkel/Scholz et les partis bourgeois. Ceux-ci, ‒ aussi les Verts, avaient tenté dès le début de conduire le mouvement FFF au moulin de leur politique, et de l’aligner sur l’Accord de Paris sur le climat, totalement non contraignant et insuffisant. Les représentants des partis bourgeois se cachent derrière leurs fonctions d’ONG – afin de se mettre ainsi à la tête du mouvement. Les ONGx bourgeoises ont « généreusement » financé le matériel central pour le 20 septembre, qui était bien sûr aussi contrôlé par elles en termes de contenu.

    Cette « promotion » du mouvement FFF doit empêcher la conscience environnementale de se développer à un niveau plus élevé faisant partie de la lutte des classes et de la préparation de la révolution internationale. Mais ce plan n’aurait pu fonctionner que si le MLPD avait été éliminé du mouvement.

    À cette fin, le courant liquidateurxi à l’échelle de l’ensemble de la société, qui fait rage depuis environ un an et demi, a de nouveau été mobilisé à l’échelle nationale. Il s’agit ici d’un nouveau genre de courant liquidateur pas au sein du parti, comme nous l’avons surmonté dans l’histoire de notre parti. Il est dirigé contre l’unité croissante du parti marxiste-léniniste et des masses, des divers mouvements de masse et des auto-organisations des masses. Dans la plupart des localités, exactement les mêmes slogans hypocrites ont été présentés simultanément :« pas de partis, pas de drapeaux ». En fait, c’est clairement dirigé en particulier contre le MLPD. En raison de leur présence quotidienne dans les médias, le SPDxii, les Verts ou le Linkspartei n’ont pas besoin d’apparaître avec leurs drapeaux et bannières. De même à l’unisson, la critique du capitalisme et une perspective visant à transformer la société ont été déclarées « indésirables » par ces forces et des tentatives ont été faites pour exclure le MLPD et l’association de jeunes Rebell des groupes « Orga »xiii. Ces attaques allaient de l’interdiction illégale de drapeaux de parti et de la diffamation jusqu’aux tentatives de provoquer une ambiance de pogrom anticommuniste. Enfin, aussi à la violence physique et à la coopération directe avec l’appareil d’État. Dans ce contexte, il est révélateur que ces types, qui se présentent sous le couvert de la défense de la démocratie bourgeoise, attaquent avec véhémence les droits et libertés démocratiques bourgeois – entre autres – du MLPD. L’inexpérience politique des militants de FFF, pour la plupart très jeunes, est carrément abusée pour ces activités minables. Les principaux partisans de ce sale travail pour les dominants étaient des ONG pseudo non-affiliées à des partis et qui soutiennent l’État ; ces ONG s’appuyaient entre autres sur les « Antideutsche » [anti-Allemands] ou des groupes de casseurs anarchistes dans des villes telles que Bochum, Dortmund, Rostock ou Erfurt. Ceux-ci collaboraient alors souvent directement avec la police – de manière tout à fait « anti » allemande et anarchiste. Contre nous. La plupart de ces personnes n’avaient jamais été vues auparavant lors d’une manifestation environnementale.

    Tout cela a échoué lamentablement le 20 septembre. Nous avons insisté ‒ dans l’intérêt de l’ensemble du mouvement – sur nos droits et libertés démocratiques. Nous avons mis l’action dictatoriale des équipes autoproclamées « Orga » en tort ; nous avons dévoilé l’objectif politique du courant liquidateur à grande échelle, attaqué les scissionnistes, et nous avons dénoncé et dénonçons nominativement les responsables. Dans la lutte contre cette orientation destructrice, nous avons perfectionné notre culture de manifestation et de discussion attrayante et nos arguments convaincants, avec une grande résonance. Nous ne laisserons aucune de ces attaques sans réponse.

    N’est-il pas curieux que le MLPD, qui veut surmonter cette société de manière révolutionnaire, insiste sur la Loi fondamentale bourgeoise ou la loi sur les rassemblements ?

    Au contraire, ce n’est que cohérent ! Déjà l’ancien président du KPD Max Reimann, membre du Conseil parlementaire lors de l’adoption de la Loi fondamentale [Constitution] en 1949, a bien exprimé la position des communistes. Après avoir déclaré que le KPD n’était pas d’accord avec la Loi fondamentale parce qu’elle signifiait la division de l’Allemagne et perpétuait la propriété privée capitaliste, il a expliqué : « Les législateurs vont violer leur propre Loi fondamentale dans le cadre de leurs politiques antipopulaires. Nous, communistes, défendrons les peu de droits démocratiques consacrés par la Loi fondamentale contre les auteurs de la Loi fondamentale ».xiv. C’est comme ça que nous le faisons aussi aujourd’hui.

    Le droit fondamental à la liberté d’expression, la liberté de réunion et le droit d’association avec des droits spéciaux pour les partis politiques sur une base antifasciste ont été obtenus de haute lutte par le mouvement ouvrier depuis plus de 100 ans et ancrés dans la Loi fondamentale comme une leçon du fascisme hitlérien. C’est inacceptable ce que différents liquidateurs s’arrogent : Le droit d’avoir le « monopole » des mouvements sociaux tels que les FFF et de prendre des décisions dans certains groupes préparatoires arbitrairement mis ensemble, le plus souvent minces, mais recrutés de manière ciblée par eux et qui sont au-dessus des droits fondamentaux. Des Verts ou d’autres fonctionnaires bourgeois qui se présentent comme « Parents for Future » crient que « les jeunes ne veulent tout simplement pas du MLPD ». En même temps, ces mêmes jeunes dans leur grande masse sont extrêmement ouverts et intéressés par les positions du MLPD, et aussi à s’organiser dans Rebell. Ce n’est pas sans raison que 80 000 tracts du MLPD intitulés « Montrer le drapeau de la résistance active » ont trouvé des preneurs intéressés en une seule journée. Ces gens mènent la sainte croisade contre le prétendu « stalinisme », alors que leur mentalité elle-même est despotique et répressive.

    Si on pousse ce raisonnement jusqu’au bout, ce comportement conduit à ce qu’une majorité ultraréactionnaire a défini comme une « résolution du Parlement européen » le 19 septembre 2019 : Cette résolution fait référence à l’interdiction des symboles et organisations communistes dans divers pays d’Europe orientale, met le fascisme et le « stalinisme » sur le même pied en distordant l’histoire et demande des mesures radicales correspondantes – contre les communistes !

    Quiconque agit aujourd’hui contre la liberté d’expression des marxistes-léninistes, contre le droit d’association et contre les drapeaux du MLPD n’a pas de place dans un mouvement progressiste. Notre grand succès, en revanche, n’a été possible que parce que nous avons agi de manière offensive au lieu de agir. Parce que nous ne nous sommes pas lâchement esquivés et que nous n’avons pas enroulé piteusement nos drapeaux comme l’ont fait divers opportunistes. C’est ce que l’ensemble du parti a mis en œuvre de façon excellente le 20 septembre – et c’est une ligne directrice pour que le MLPD continue à assumer son rôle sociétal dans l’ensemble de la société !

    Le 20 septembre, le soi-disant paquet climat du gouvernement fédéral a également été adopté. Il ne semble pas susciter beaucoup d’enthousiasme parmi la population ?

    C’est encore très poli de l’exprimer ainsi. Même parmi de larges cercles des chercheurs bourgeois en environnement on parle de fiasco, d’échec, de catastrophe. Tout ce soi-disant paquet climat est une provocation face aux mouvements ouvrier, de la jeunesse et écologique et des larges masses. La justification de la chancelière Merkel selon laquelle la politique est ce qui est « faisable », montre clairement le caractère de classe du prétendu pragmatisme sans idéologie. En clair, il s’agit seulement de savoir ce qui est « faisable » pour un gouvernement qui se considère comme un fournisseur de services aux monopoles internationaux : et ce n’est en aucun cas la protection de l’environnement au détriment de leurs profits ! L’industrie capitaliste sera même soulagée par le nouveau paquet gouvernemental. Par exemple, en réduisant le prélèvement EEGxv et en accordant d’importantes subventions aux constructeurs automobiles et à Bahn AG. Le revers de la médaille est la répercussion complète des fardeaux de la crise environnementale sur le dos des larges masses. Seule une petite fraction des 54 milliards d’euros prévus revient aux masses, par le biais de l’augmentation de l’indemnité de déplacement à partir de 21 kilomètres ou de la réduction de la TVA sur les voyages en train. Les masses doivent ainsi mises en colère contre de nouvelles mesures de protection de l’environnement. La taxe sur le CO2 les saigne à blanc, en même temps les capitalistes peuvent tout transférer sur les prix aux consommateurs. Grâce à ces mesures, du même coup pas un seul gramme de CO2 n’est éjecté en moins. Du point de vue de la politique environnementale, l’approche « faisable » de Merkel consiste à poursuivre délibérément la voie vers la catastrophe environnementale mondiale – et de plus en responsabiliser les masses. Même pour les Verts, qui ont le plus bénéficié du mouvement environnemental jusqu’à présent, être vert s’arrête toujours là où la logique du profit des entreprises serait affectée. Dans le même temps, nous avons vécu une aggravation dramatique de la crise environnementale mondiale ces derniers mois. Fin septembre, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a averti que le réchauffement de l’air et de l’eau se produisait beaucoup plus vite que prévu. Des interactions désastreuses des différentes caractéristiques principales de la transition vers la catastrophe environnementale mondiale se développent. Elles menacent de dépasser des « points de basculement » irréversibles. C’est clairement le moment d’une alerte à la catastrophe ! Les mesures aussi doivent y correspondre. Et que fait le gouvernement ? Il affaiblit même davantage son propre paquet climat absolument insuffisant. Dans cette lutte, les cellules d’environnement du MLPD doivent prendre les devants. Leur tâche est de déployer la lutte pour le nécessaire programme d’urgence actuel – en tant qu’école de lutte pour une société socialiste, avec le paradigme de l’unité de l’homme et de la nature. Il serait opportuniste de laisser les luttes écologiques concrètes au mouvement écologiste petit-bourgeois et de fomenter ainsi l’illusion que le capitalisme peut être façonné écologiquement. Le renforcement des cellules d’environnement est une condition préalable essentielle au développement de la conscience écologique – dans la perspective d’un caractère du mouvement environnemental qui vise à transformer la société.

    Malgré tout assentiment, il y avait aussi certaines voix qui soulevaient la question si le MLPD doit nécessairement se présenter avec ses drapeaux et ses symboles ?

    Cette bataille est un processus d’apprentissage nécessaire. Nous savons par tous les développements historiques qu’avant et dans les sauts qualitatifs vers des changements sociaux majeurs, des culminations doivent être menées à terme et des courants liquidateurs se produisent. La justesse, voire la nécessité de ce débat, s’applique même si ce n’est pas tout le monde qui le comprend déjà directement ou le soutient – et qu’une partie peut être découragée, intimidée, influencée par l’anticommunisme moderne ou même incitée. Tout comme il n’y a pas de socialisme sans révolution contre le capitalisme, il n’y a pas non plus de conscience socialiste sans batailles idéologiques préalables contre l’anticommunisme moderne. Rappelons-nous comment, dans les années 1980 et 1990, le MLPD a été insulté, agressé, chassé des manifestations, et comme des tables de livres ont été détruites par les partisans du DKPxvi alors encore fort. La raison en était la critique fondamentale de la restauration du capitalisme en Union soviétique, du révisionnisme en RFA ou en Chine par le MLPD et son organisation précurseur. C’était encore une opinion minoritaire à l’époque. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que cette critique était aussi indispensable qu’elle était prévoyante pour donner un nouvel essor à la lutte pour le socialisme. Si nous menons ce combat correctement aujourd’hui, les jeunes sortiront de ce conflit aguerris et plus conscients. L’hésitation dans l’action contre les forces liquidatrices ne fait que leur donner une marge de manœuvre et a toujours quelque chose à voir avec le fait de considérer les liquidateurs comme « partie du mouvement », ce qu’ils ne sont pas !

    Il faut examiner de plus près les forces qui sont à l’origine de cette division et leur contexte idéologique. Le Congrès d’été des FFF à Dortmund en juillet était organisé par Campact. Un certain Christoph Bautz est directeur général de Campact depuis sa fondation en 2004, après avoir été le fondateur d’Attac Allemagne. Il a été formé pour ces tâches dans le cadre de son travail pour la plateforme Internet américaine « MoveOn.org ». Celle-ci est financée entre autres avec 1,46 million de dollars par le magnat de la finance George Soros. Soros était un élève du « philosophe » Karl Popper avec sa philosophie du nouveau positivisme. Il prétendait que le capitalisme était une « société ouverte » qu’il fallait « protéger » de manière conséquente de ses « ennemis », et par là il comprend avant tout les communistes. Cette société est donc « ouverte » à tout ce qui est capitaliste – mais « fermée » à la critique du capitalisme. Personne ne peut me dire que ce concept correspond à ce que les masses de jeunes veulent et dont elles ont besoin aujourd’hui. C’est pourquoi il est important que l’on dévoile aussi le contenu idéologique qui veut mettre les jeunes au pas ici. La Fondation Heinrich Böll de l’Alliance 90 / Les Verts organise – de manière tout à fait désintéressée, bien sûr – des cours de formation sur des « formes de protestations de la société civile » pour les militants des FFF, qui, en partie, sont soutenus directement par le Centre national pour l’éducation politiquexvii. Les ONG, qui soutiennent l’État, étaient déjà dans le passé des instruments du système du mode de pensée petite bourgeoise, à savoir du système de démoralisation, désorganisation et désorientation utilisé par les forces dirigeantes. Aujourd’hui, elles se transforment de plus en plus en instruments pour l’oppression ouverte des révolutionnaires et des marxistes-léninistes.

    Le dernier cri de l’anticommunisme moderne est l’accusation absurde que nous serions des « antisémites ». Depuis des décennies, nous combattons toutes les formes du racisme, y compris, bien sûr, l’antisémitisme. Personne n’a jamais été en mesure de nous prouver quoi que ce soit d’antisémite – parce que nous ne le sommes pas. Il s’agit tout simplement d’une campagne anticommuniste de fausses informations qui mise sur l’ignorance des gens. Souvent notre soutien de la campagne de solidarité palestinienne BDSxviii doit servir à ce propos. Cette campagne vise, par exemple, les groupes internationaux qui font des affaires impérialistes dans les territoires palestiniens occupés par Israël. Par exemple, contre le groupe français AXA qui détient des participations dans cinq banques qui investissent dans les colonies illégalesxix. De plus, AXA investit dans la plus grande société d’armement israélienne (Elbit), dont les drones équipent à leur tour la mission Frontex en Méditerranée. Quiconque diffame et s’oppose à une telle campagne peut expliquer pourquoi il veut protéger de tels crimes impérialistes.

    Ce mouvement a aussi peu à voir avec l’antisémitisme que les protestations progressistes contre le président fasciste turc Erdoğan avec l’islamophobie.

    Comprendre tout cela aidera en fin de compte les masses à mieux comprendre la nature réactionnaire de l’anticommunisme moderne. Tout le monde doit en être conscient : Quiconque propagera et tentera d’imposer de façon agressive l’anticommunisme moderne dans les mouvements sociaux renforcera objectivement aussi des forces telles que l’AfD et leur anticommunisme ouvertement agressif. Car avec des témoins principaux soi-disant « de gauche », on rend l’anticommunisme et l’agressivité à l’égard du MLPD socialement acceptables et on les pousse à l’extrême avec l’anticommunisme ouvertement agressif et les méthodes répressives fascisantes ou même fascistes de l’AfD ou du NPD contre le MLPD. Tout cela exige de nous et de toute personne à l’esprit démocratique que nous soutenions l’offensive contre les courants liquidateurs et la continuions, que nous les combattions dans tous les mouvements sociaux et les syndicats, que nous discréditions publiquement leurs représentants dirigeants et ceux des services secrets qui tirent les ficelles en coulisse.

    D’où vient la nervosité des dirigeants ? En ce qui concerne le développement économique, le côté bourgeois affiche actuellement beaucoup de visages inquiets. Qu’est-ce qu’il se passe ?

    Nous sommes arrivés à la conclusion qu’une nouvelle crise économique mondiale a déjà commencé. Ceci a commencé dès le second semestre 2018, période au cours de laquelle la stagnation fluctuante qui a duré jusqu’alors a dépassé son zénith. Dans cette évolution, la production industrielle et les investissements avaient augmenté et diminué dans des proportions moyennes. Aujourd’hui, un changement qualitatif s’est produit : la production industrielle a considérablement diminué depuis lors dans certains centres impérialistes, tandis que les taux de croissance ont considérablement baissé dans d’autres. La tendance est clairement négative depuis plusieurs mois. Le Fonds monétaire international (FMI) a également tiré la sonnette d’alarme sur ce qu’il appelle un « ralentissement synchrone » dans 90 % des paysxx. Depuis novembre 2018, la production industrielle de la zone euro et de l’UE a connu un déclin absolu. Au second semestre 2018, les premiers pays nouvellement impérialistes comme l’Argentine, le Brésil et la Turquie étaient déjà tombés dans une crise économique ouverte. En juin 2019, la production industrielle dans les pays de l’OCDExxi a baissé de 0,5 pour cent par rapport à l’année précédente. Dans l’UE, la baisse de la production industrielle au deuxième trimestre de 2019 a été de 0,5 % par rapport au même trimestre de l’année précédente. Le déclin de la production industrielle au Japon dure depuis juin 2018. L’industrie automobile mondiale se trouve dans un tourbillon de crise. En juin, l’Institut CAR de l’Université de Duisburg-Essen prévoyait un recul de plus de quatre millions de véhicules vendus dans le monde, passant de 83,7 à 79,5 millions pour l’année 2019, et en mai 2019, les ventes en Chine, le plus important marché de vente, ont diminué de 16,4 % en glissement annuel pour la onzième fois de suite.

    Fait remarquable, l’Allemagne, fleuron de l’économie de l’UE à ce jour, a été particulièrement touchée par la crise. Depuis août 2018, la production industrielle en Allemagne est en baisse en termes absolus par rapport à l’année précédente. Le taux d’utilisation de la capacité est passé de 87,8 pour cent en juillet 2018 à 83,9 pour cent en juillet 2019 et les exportations ont également diminué de façon significative au cours des différents mois. Les commandes industrielles sont en forte baisse. En août 2019 de 6,7 pour cent en glissement annuel. La baisse des commandes dans le secteur de la construction mécanique est particulièrement dramatique : en août 2019, les commandes aux entreprises allemandes ont chuté de 17 pour cent par rapport à l’année précédente.

    Aux Etats-Unis, les taux de croissance de la production industrielle sont en baisse et, en août 2019, ils n’ont augmenté que de 0,4 % par rapport à la même période de l’année précédente, alors qu’en 2018, ils avaient augmenté d’environ 4 % en glissement annuel dans tous les trimestres. En Chine, le produit intérieur brut (PIB) au deuxième trimestre de 2019 n’a augmenté que de 6,2 % par rapport à la même période de l’année précédente, et l’économie chinoise est si faible qu’elle ne l’a pas été depuis 1992xxii.

    Les taux de croissance du produit intérieur brut diminuent à l’échelle internationale depuis le deuxième trimestre de 2018 et dans l’UE depuis le quatrième trimestre de 2017, mais la vision unilatérale du produit intérieur brut fausse l’évolution économique réelle. Parmi les « services » inclus dans le PIB figurent les parts de la production industrielle, mais aussi de nombreux domaines qui ont peu à voir avec la production de biens matériels. Depuis quelque temps déjà, selon les accords internationaux, les dépenses d’armement, le blanchiment d’argent, la contrebande de cigarettes et la prostitution, la spéculation exubérante, les drogues et le versement de pensions importantes sont également considérés comme une nouvelle valeur sociale. Cela met en lumière la décadence du système impérialiste mondial.

    Le déclencheur immédiat de la crise économique mondiale a été la guerre commerciale émanant des États-Unis. Au cours des six derniers mois, un plus grand nombre de biens et services ont été assujettis à des tarifs douaniers que jamais auparavant. La valeur des biens concernés est estimée à 421 milliards d’euros. Cela a de graves effets négatifs sur le commerce mondial dans son ensemble. Il a diminué de 2,8 % au premier semestre 2019 par rapport au premier semestre 2018. Cela a un impact particulier sur le talon d’Achille des pays dont l’économie dépend fortement des exportations, comme l’Allemagne.

    Le contexte général de la nouvelle crise économique mondiale s’explique par l’intensification de la suraccumulation chronique du capital et par les effets cumulatifs sans précédent de trois crises structurelles différentes qui s’interpénètrent : Depuis le début des années 1990, une crise structurelle internationale basée sur la nouvelle organisation du mode de production capitaliste international a pris effet. À cela s’ajoute la crise structurelle provoquée par la conversion de l’industrie automobile à l’électromobilité et la crise structurelle basée sur la digitalisation complète de l’intégralité du processus de production. Elle a un impact universel sur la production, le commerce, la communication et la société dans son ensemble. En 2018, les profits des supermonopoles internationaux se sont élevés à 2,2 billions de dollars US, soit 262 % de plus qu’en 2008. Ce fait leur a permis, après la crise économique et financière mondiale de 2008-2014, d’augmenter considérablement leurs profits maximaux au détriment des autres monopoles, de la bourgeoisie non monopoliste, de la société dans son ensemble et par l’exploitation de l’homme et de la nature. Mais ces bénéfices explosants ne pouvaient être investis pour générer un profit maximal que dans une mesure de plus en plus faible, compte tenu du resserrement relatif des marchés. Le capital spéculatif s’est alors massivement accru. En juin 2019, la capitalisation boursière, c’est-à-dire la valeur boursière des sociétés cotées en bourse dans le monde, était de 83,3 billions de dollars US. En comparaison, ce chiffre était de 60,7 billions en octobre 2007, la valeur la plus élevée au moment du déclenchement de la crise financière. Les journaux économiques mettent déjà en garde contre une « bulle immobilière ou boursière ».

    Mais cette fois-ci le ralentissement en crise est moins abrupt que la dernière fois en 2008 – n’est-ce pas ?

    Jusqu’à présent, la gestion de crise coordonnée au niveau international fait en sorte, effectivement, que l’irruption de crise est moins abrupte qu’à la dernière crise de surproduction. Cependant, la production industrielle en Allemagne est retombée au niveau de l’année 2016. La chute abrupte à l’échelle mondiale avait été provoquée surtout par l’éclatement de la crise financière mondiale et son déclencheur, l’effondrement de Lehman Brothers. Cette crise financière a touché en un rien de temps le cœur du secteur bancaire capitaliste et coupé brusquement les flux financiers mondiaux en 2008. Cela déclencha un fléchissement extrême, simultané sur le plan mondial et profond de la production industrielle. Avec la politique de l’argent bon marché, l’acquisition d’obligations d’État et d’obligations de sociétés par les banques centrales, des mesures de soutien globales monopolistes d’État en faveur des grandes banques, de nouvelles règles pour la réglementation bancaire et des sommes inouïes d’argent pour stabiliser les banques, les dirigeants ont évité jusqu’à présent une telle évolution abrupte. À cette fin, la gestion de crise coordonnée au niveau international, qui avait été mise en œuvre pour la première fois en 2008, a été poursuivie avec des modifications diverses. Mais même ceci n’a pas engendré de relance véritable. La « relance autoporteuse » tant invoquée par la chancelière Merkel s’est avérée, comme nous l’avions prédit, être une chimère du vœu pieu de l’économie politique bourgeoise. La domination impérialiste mondiale est suspendue au goutte-à-goutte de cette gestion de crise internationale, qui est un jeu dangereux avec le feu. La Banque centrale européenne (BCE) à elle seule a acquis 2,65 billions d’euros en dettes sur emprunts obligataires depuis 2015. Si l’on y ajoute à peu près ces 2,65 billions d’euros de dettes transférés par la BCE à ses bilans, aux dettes officielles d’État de la zone euroxxiii, la dette publique réelle de la zone euro s’élève à 12,51 billions d’euros. Cependant, à un moment donné, la limite relative de l’endettement publique deviendra une limite absolue : Cela entraînera des répercussions brusques : d’une l’inflation galopante à des crises d’État, comme celles que nous avons vues en Grèce ou en Argentine en 2010. De plus, l’endettement des sociétés s’est accru de façon spectaculaire. Le FMI craint que si la crise se poursuit, des prêts aux entreprises d’une valeur de 19 billions de dollars seront menacés, et il estime le risque plus grand qu’au début de la dernière crise économique et financière mondiale. La gestion de crise a de moins en moins de vis d’ajustement qui peuvent être tournées davantage en raison de l’endettement publique gonflé et des taux d’intérêt bas ou négatifs pratiquement ininterrompus. En général, elle est minée de plus en plus par l’intensification de la concurrence inter-impérialiste. Pour des raisons économiques et politiques, une nouvelle édition de la gestion de crise coordonnée au niveau international selon le modèle d’alors n’est guère envisageable aujourd’hui.

    Selon le gouvernement, ils ont la situation sous contrôle ‒ et la classe ouvrière et les larges masses n’ont rien à craindre ?

    C’est bien sûr de la pure propagande utilitaire ! Il est prévisible que les monopoles dirigeants et le gouvernement passeront de la politique de la gestion de crise, qui tente d’équilibrer et qui dure depuis des années à une répercussion des fardeaux de la crise sur les masses de plus en plus directe, ouverte et généralisée. Un nombre croissant d’entreprises industrielles, mais aussi des banques, annoncent la suppression d’emplois et menacent ouvertement de licenciements pour motif économique. Ceux-ci ont déjà été réalisés chez la RAGxxiv. À cette violation de tabou suivront d’autres. Le nombre d’ouvriers en chômage technique augmente sensiblement, des dizaines de milliers d’ouvriers intérimaires ont déjà été « radiés ». Cela accentuera les contradictions de classe, en particulier dans les grandes entreprises industrielles. Il y a déjà des actions combatives importantes contre de tels licenciements de masse, planifiés ou déjà réalisés, comme chez Ford au Brésil, en Inde et en Grande Bretagne, chez Général Motors aux États-Unis, au Canada et en Corée ainsi que chez Hyundai en Algérie. Au Brésil, en Corée et en République tchèque, les travailleurs de l’automobile sont à la tête des luttes de masse contre le gouvernement. Après les élections au Landtag en Thuringe, nous donnerons une priorité au renforcement de nos forces auprès et dans les grandes entreprises et les syndicats.

    Nous vivrons aussi de nouvelles attaques contre les acquis sociaux des masses. L’association fédérale de l’industrie allemande, la BDI, réclame déjà un nouveau programme de crise d’un montant de 400 milliards d’euros, qui est censé d’être extorqué de la société entière. Cela touchera aussi les familles et les femmes en particulier, qui doivent « absorber » ces fardeaux de la crise dans les familles individuelles en tant que plus petites unités économiques. Cela sera sans doute aussi un sujet lors du Conseil politique des femmes du 1er au 3 novembre à Erfurt. C’est le congrès auto-organisé le plus important du mouvement combatif des femmes en Allemagne.

    Selon la logique perverse des forces dominantes, cette situation actuelle ne laisse pas non plus de marge de manœuvre pour prendre des mesures sérieuses contre la crise environnementale mondiale. Dans ce contexte, celle-ci deviendra encore plus aiguë. Les crises politiques latentes auront tendance à s’exacerber et à éclater ouvertement plus souvent et plus profondément. La lutte concurrentielle internationale s’intensifiera et sapera encore davantage le fonctionnement des formes internationales d’organisation du capital financier international dominant sans partage. La préparation générale à la guerre sera encore renforcée et pourra également se transformer en menace de guerre imminente. Nous le voyons actuellement déjà avec l’attaque du régime turc fasciste Erdoğan contre le Rojava, ce qui est contraire au droit international. Toutes les contradictions sociales seront poussées à l’extrême. Pour le moment cela ne se fait généralement pas encore de façon incontrôlée et abrupte. En Allemagne, cela va même de pair avec quelques petites concessions partielles aux masses. Nous savons aussi que la chancelière Angela Merkel est passée maître dans l’art de rassurer les masses avec de petites concessions, surtout dans les situations de crise. Mais la tendance générale du système impérialiste mondial à produire des crises continuera de s’intensifier et prendra inévitablement un caractère ouvert à un moment donné. Elle va de plus en plus entrer en opposition à la préparation matérielle en progression des États socialistes unis du monde. Cela aussi met les masses de plus en plus en contradiction au capitalisme. Elles voient toujours plus clairement ce qui serait réellement possible ‒ et dans quelle mesure le capitalisme empêche que toute la société, l’homme et la nature, bénéficient du progrès scientifique et technique.

    La polarisation sociétale continuera à s’intensifier : entre le développement vers la droite du gouvernement et des partis bourgeois d’une part et le revirement de l’état d’esprit progressif au sein des masses d’autre part. Il est remarquable que, entre-temps, ce développement vers la droite a subi aussi certaines défaites au niveau international. Par exemple, la chute du ministre de l’Intérieur italien ultraréactionnaire Salvini ou du gouvernement autrichien Kurz/Strache, les problèmes considérables du président américain Trump, du président turc Erdoğan et du Premier ministre britannique Johnson. Les contradictions augmentent également dans le camp des dirigeants mêmes. Après tout, la conversation téléphonique de Trump avec le président ukrainien Selenskyj a été révélée par un agent de la CIA. Il s’y agit apparemment aussi d’un différend sur l’orientation des tactiques au sein des dirigeants. Les parties du capital financier international qui ont besoin d’un bon fonctionnement du commerce mondial ne sont plus aussi facilement prêtes à accepter les mesures protectionnistes d’un Donald Trump.

    En temps de crise économique, l’expérience montre que la recherche d’une issue individuelle ou aussi le souci de son propre emploi accroissent spontanément. Dans cette situation en particulier, les forces ultraréactionnaires et fascisantes ou même ouvertement fascistes font tout ce qui est en leur pouvoir pour détruire par leur démagogie la conscience de classe prolétarienne, la conscience environnementale ou aussi la conscience internationaliste. L’intensification de la concurrence inter-impérialiste alimentera aussi le social-chauvinisme des dirigeants. Bref, en tant que marxistes-léninistes, nous sommes appelés à examiner, qualifier et mener à bien, de façon très précise et différenciée, cette lutte déployée pour le mode de pensée. Il s’agit de développer systématiquement, avec beaucoup de profondeur, notre stratégie et tactique dans la lutte de classe et notre stratégie et tactique dans la lutte pour le mode de pensée des masses.

    Qu’est-ce qui pousse le Verfassungsschutzxxv à « réévaluer » le MLPD ?

    Depuis longtemps, les dirigeants ont mis en marche leurs services secrets pour mettre les gens en garde contre la « dissolution des frontières de l’extrémisme (présumé) »xxvi au sein de la société. Aujourd’hui, ils y voient la plus grande menace pour le système capitaliste. Dans leur jargon, rien d’autre n’y est exprimé que le fait que les marxistes-léninistes acquièrent une l’influence de masse. Après une conférence des ministres de l’intérieur en juin 2019, le Service de renseignement intérieur a littéralement « réévalué » le MLPD dans son rapport annuel. Ils augmentent le nombre de nos membres de près de 60 pour cent, passant de 1 800 à 2 800. Ils sont particulièrement préoccupés par notre clarté idéologico-politique. Ainsi, le rapport du Service de renseignement intérieur met en garde contre le futur « potentiel » de nos « analyses exhaustives », avec lesquelles nous pourrions « inspirer idéologiquement » d’autres forces « comme incendiaires intellectuels »xxvii Depuis mai 2018, nous observons qu’un changement de tactique concret contre le MLPD a été initié, qui prend forme de plus en plus. La Cour d’appel d’Iéna a décidé qu’il ne devait pas y avoir d’enquête pénale en raison de la plainte déposée par Stefan Engel contre le ministre fédéral de l’Intérieur Horst Seehofer, contre l’ancien président du Service de renseignement intérieur Hans-Georg Maaßen et contre le policier Dirk Löther, responsable opérationnel des attaques contre le Festival de musique rebelle et contre le MLPD à la Pentecôte de l’année dernière. Il est scandaleux que l’appareil d’État puisse simplement déclarer un révolutionnaire comme Stefan Engel, qui a été président du MLPD pendant 37 ans et qui est aujourd’hui directeur de la rédaction de notre organe théorique Revolutionärer Weg, comme étant un « perturbateur présumé » – et leur action arbitraire et illégale reste impunie. Pour Stefan Engel, d’autre part, toutes les possibilités légales d’autodéfense devraient être supprimées. Dans d’autres procès et interdictions, il est frappant également que Stefan Engel est particulièrement la cible d’attaques par l’État et les services secrets. Ainsi, d’après l’interprétation de la Cour, lui il nedevrait explicitement pas parler au site commémoratif à Buchenwald, parce qu’il voudrait y faire des références à l’actualité. Ce n’est qu’après de fortes contestations et une véritable vague de protestations que la commémoration du 75e anniversaire de l’assassinat de Ernst Thälmann, organisée par le MLPD, a pu être réalisée. Elle a d’abord été interdite par une justification ouvertement anticommuniste. Cette argumentation ouvertement anticommuniste, qui jusqu’à présent avait souvent été dissimulée derrière des subterfuges formelles, nous permet à notre tour de la traiter ouvertement et en masse, ce que nous avons bien fait.

    De plus, il y a de plus en plus des menaces de mort fascistes ou même d’attaques contre les principaux représentants du MLPD, en particulier Monika Gärtner-Engel. Mais il y avait aussi une menace de mort contre Stefan Engel, Lisa Gärtner et moi-même, qui menaçait de nous « exterminer complètement » et de « détruire » l’idéologie « bolchevique ». C’est là que les activités des différents acteurs se rejoignent dans le but commun de repousser le MLPD dans l’isolement, de le combattre, de l’intimider et finalement de le liquider. Cependant, jusqu’à présent toutes ces mesures ont eu l’effet inverse. En Allemagne, les dirigeants continuent de s’appuyer principalement sur leur système du mode de pensée petit-bourgeois comme méthode principale de gouverner – avec son noyau central d’anticommunisme moderne. Ils sont bien sûr conscients que cette méthode est toujours leur bastion le plus fort. Cependant, cette méthode fonctionne de moins en moins et les gens viennent à bout de mieux en mieux de l’anticommunisme moderne.

    Le MLPD, n’en fait-il pas trop pour l’instant – en concentrant maintenant, en plus de tout cela, les forces sur la Thuringe ?

    Pas du tout, ça tombe bien de poursuivre cette discussion lors des élections du Land de Thuringe ‒ en tant que point de mire des événements politiques, que tout le monde considère une fois de plus comme une « élection test ». Dès le début, nous avons conçu cette campagne électorale pour l’ensemble du parti comme une école de la construction systématique du parti. Cela s’étend maintenant à une école de la lutte pour le rôle sociétal général du MLPD dans la lutte contre les répressions anticommunistes. Cette campagne électorale du Land se déroule sous le signe d’une polarisation sociétale virulente. Ici, la crise de confiance dans toute la politique bourgeoise est particulièrement prononcée. Les monopoles insistent pour que l’Est reste une zone de bas salaires permanente. Les propositions visant à développer même des zones économiques spéciales ‒ avec une privation de droits particulière, une sortie des conventions collectives, moins de droits sociaux et d’exigences environnementales ‒ sont de plus en plus nombreuses. La semaine dernière, les monopoles ont fait éclater de façon provocante les négociations collectives autour des 35 heures par semaine avec compensation de salaire intégrale. Le MLPD est le seul parti qui défend constamment l’unité ouvrière à l’Est et à l’Ouest, ce qui représente beaucoup d’atouts pour nous. Dans le même temps, 18 partis sont en lice et il y a encore beaucoup de confusion parmi les masses sur ce qui est de gauche, de droite, sur ce qui est « social » et ce qui est de la démagogie bourgeoise ou fascisante. La Liste Internationaliste / MLPD apporte sa compétence concentrée, ses nouveaux politiciens, femmes et hommes. Le MLPD profite de la campagne électorale pour lancer une offensive en faveur du véritable socialisme et contre l’anticommunisme moderne.

    Benjamin Immanuel-Hoff, chef de la Chancellerie d’État du Premier ministre Bodo Ramelow du Linkspartei [Parti de gauche] et l’un des instigateurs de l’interdiction des activités commémoratives à Buchenwald, s’est récemment plaint dans le journal de la grande bourgeoisie, FAZ, du manque d’appréciation de la part des dirigeants pour le travail du Linkspartei. La contribution importante du Linkspartei était que « les Allemands de l’Est ont été intégrés dans la société parce que … la ‘Gauche’ d’aujourd’hui se considère comme un parti socialiste au sein de cette société »xxviii. Cette arrivée dans le capitalisme a joué un rôle décisif dans la crise croissante du Linkspartei.

    D’ailleurs, l’AfD ne veut en aucun cas non plus surmonter le système capitaliste. En Thuringe, elle se présente avec le fasciste Björn Höcke en tant que premier candidat ‒ comme bastion de l’anticommunisme. Le porte-parole fédéral de l’AfD, Alexander Gauland, a déclaré en août dans FAZ qu’il était bien sûr strictement opposé à toute « révolution », même si son parti la revendiquait sur des affiches. Lui et son AfD seraient « tout à fait bourgeois ». Ici ‒ dans l’espoir d’une plus grande reconnaissance bourgeoise ‒ il a exceptionnellement dit la vérité. L’AfD ne veut que canaliser la protestation dans une voie raciste, nationaliste et ultraréactionnaire.

    La lutte antifasciste et le travail d’implantation antifasciste sont un axe important de la campagne électorale en Thuringe. Radicalement de gauche, révolutionnaire et pour le véritable socialisme – telles sont les caractéristiques uniques et distinctives du MLPD dans ces élections.

    Cela doit encore être clarifié et souligné davantage dans la lutte contre la démagogie sociale-fascisante et sociale-fasciste perfide de Höcke et Co, mais aussi du NPD. L’autoportrait du AfD en tant que « parti de protestation » montre certainement son effet sur une partie des masses à faible conscience de classe. Nous devons démasquer entièrement le fait que c’est un parti des monopoles et des grands propriétaires fonciers qui fait ici son méfait démagogique. Même si ces démagogues se produisent particulièrement bruyants : C’est une erreur de jugement qu’ils domineraient l’ambiance générale. La majorité des gens sont antifascistes, mais ils doivent aussi encore obtenir de meilleurs arguments de notre part, tout comme les gens qui sont influencés par l’AfD. La lutte massive pour le mode de pensée, pour éplucher cette démagogie avec des arguments tout à fait convaincants, est actuellement la tâche principalepour étouffer le mal dans l’œuf !

    Bien sûr, beaucoup de gens voteront à nouveau tactiquement. Pour empêcher l’AfD ou la CDU ou pour faire une crasse à ceux qui dirigent. Nous critiquons cela avec camaraderie : il faut élire par conviction et faire ce qu’il faut au lieu d’accepter le rôle de jouet dans le marchandage bourgeois des partis. Dans tous les cas, nous lutterons pour chaque vote ‒ et ferons des progrès durables dans la construction du parti. Avant de commencer ce travail, nous n’étions représentés de façon organisée en Thuringe qu’à trois localités. Maintenant, il y en a déjà 16. Au total, nous menons déjà des activités de campagne électorale à plus de 30 villes. Dans les dernières semaines de la campagne électorale, la lutte pour chaque voix doit devenir encore plus centrale.

    Dans cette évolution, reste-t-il vraiment du temps pour le travail théorique ?

    Il y a une interpénétration très étroite des travaux pratiques et théoriques où les nouveaux phénomènes et les changements essentiels sont qualifiés. Sous la direction de Stefan Engel, la rédaction de Revolutionärer Weg travaille intensément sur le volume 36 de cette série : « La crise de l’idéologie bourgeoise ». En effet, pour nous, le travail théorique n’est jamais un débat entre universitaires, mais se réfère aux questions qu’il faut résoudre au sein du parti et parmi les masses. Nous devons travailler encore mieux et plus intensément avec l’organe Revolutionärer Weg dans le travail d’implantation qui encourage la prise de conscience. Stefan Engel en a parlé en détail dans une interview avec Rote Fahne no 15/2019. En ce moment, nous devons surtout faire peser l’arme de la polémique scientifique et prolétarienne. Les autres partis font entendre soit des apaisements pour brouiller les contradictions de classe, soit de la démagogie ignoble, soit des pleurnicheries générales sur la situation mondiale (qu’ils ont eux-mêmes provoquée). Notre signe distinctif est de parler ouvertement à tout moment, d’appeler un chat un chat, de polariser, de donner des réponses profondes, univoques et positives aux questions de l’époque, qui partent toujours de la position prolétarienne. La polémique est indispensable justement dans cette situation compliquée et déroutante pour beaucoup de gens : pour voir clair, diffuser la clarté, s’orienter, donner une orientation et aborder la lutte avec perspective, confiance en soi et assurance. C’est particulièrement vrai chez les jeunes, où les idées marxistes-léninistes sont encore le moins ancrées, mais où le potentiel est le plus grand. Le débat idéologique les aidera à ne pas devenir si facilement le jouet de l’évolution spontané, mais d’évoluer en jeunes révolutionnaires qui pensent et agissent de manière autonome.

    La crise générale du système impérialiste est aussi une crise profonde de l’idéologie bourgeoise, avec toutes ses variantes comme le pragmatisme, le positivisme, le scepticisme ou le négativisme. Avec Voie révolutionnaire 36, nous organiserons une offensive idéologique parmi les masses afin de disséquer tous azimuts l’anticommunisme moderne, mais aussi de type ouvertement agressif. Cela signifie aussi consolider la maîtrise de l’idéologie prolétarienne et développer cette dernière de manière créative. En fait partie de dénoncer la prétendue « liberté de toute idéologie » du capitalisme monopoliste d’État comme mensonge vital. Cette prétendue absence d’idéologie est une nouvelle arme pour défendre l’idéologie bourgeoise toutes griffes dehors. Leur « liberté » se termine toujours exactement quand l’idéologie prolétarienne, le marxisme-léninisme, devient dangereuse pour eux.

    Cette phase peut certes prendre plusieurs années avant que nous ayons conquis un rôle dans toute la société. Il s’agit d’un processus important d’auto-changement dans notre campagne de critique et d’autocritique, pour lequel le MLPD se bat actuellement avec beaucoup de bravoure. Ainsi, nous pouvons nous attendre à des temps riches en événements !

    Merci beaucoup pour cette interview !

    i

    Culmination = aggravation, point culminant : apogée d’un processus, d’un développement, où il y a une décision

    ii AfD = Alternative für Deutschland [Alternative pour l’Allemagne]

    iii NPD = Nationaldemokratische Partei Deutschlands [Parti national-démocrate d‘Allemagne]

    iv Ceci ne s’applique qu’à la circulation des journaux imprimés contenant des articles. En ligne, il n’y a pas de données.

    v Verdi = Vereinte Dienstleistungsgewerkschaft [syndicat uni des services]

    vi IG Metall = Industriegewerkschaft Metall [syndicat industriel métallurgique]

    vii IGBCE = Industriegewerkschaft Bergbau, Chemie, Energie [Syndicat industriel des mines, de la chimie et de l’énergie]

    viii ICOR = Coordination international de partis et organisations révolutionnaires

    ix ILPS = Ligue internationale de lutte pour la libération

    x ONG = Organisation non gouvernementale

    xi Activité scissionniste et destructrice dans le mouvement ouvrier (mots étrangers et définitions pour la série Revolutionärer Weg 1-28, édition étendue).

    xii SPD = Parti social-démocrate d’Allemagne

    xiii « Orga » = Équipes organisatrices de FFF qui cependant, dans la plupart des localités, ne sont ni élues ni officiellement légitimées

    xiv Neues Deutschland du 13.9.1951

    xv Loi EEG = Loi sur les énergies renouvelables

    xvi DKP = Deutsche Kommunistische Partei [Parti communiste allemand]

    xvii Site web de la Fondation Heinrich Böll

    xviii BDS = Boycott, désinvestissement et sanctions

    xix Dans des résolutions de l’ONU, ces colonies ont déjà été désignées comme illégales.

    xx FAZ du 9.10.2019

    xxi OCDE = Organisation de coopération et de développement économiques

    xxii Zeit.de, 15.7.2019

    xxiii Fin 2018 dans un total de 9,86 billions d’euros

    xxiv RAG = Ruhrkohle-AG, producteur de charbon et négociant allemand

    xxv Verfassungsschutz = Office fédéral pour la protection de la Constitution [Service de renseignement intérieur]

    xxvi FAZ du 26.8.2019

    xxvii Rapport du Verfassungsschutz au niveau national 2018, p. 135

    xxviii FAZ du 17.9.2019

  • 75e anniversaire de la libération des camps.

    75e anniversaire de la libération des camps.

    Il y a 75 ans, les troupes soviétiques pénétraient en Allemagne. Elles découvraient l’univers exterminatoire nazi. Si le système concentrationnaire était connu depuis sa création en 1933, celui-ci était placé sous le sceau du secret. Seuls ses bourreaux et quelques survivants, échappés ou libérés, avaient pu en parler. Ils n’avaient pas été crus. Ceux qui partaient dans les convois partaient vers le néant, vers la nuit et le brouillard.

    Près de 4 millions de personnes ont pris ce chemin. A cela s’ajoute ceux et celles tuées par les balles, par la faim, par la maladie, par la guerre elle-même. Une poignée, un nombre minuscule en sont revenues. Nos pensées vont vers ces victimes, vers leurs proches, leurs descendants et leurs descendantes. Pour que leur voix soit entendue, pour qu’elle soit écoutée, il a fallu des années de lutte.

    Révélé à la face du monde, le crime nazi est, 75 ans après, un marqueur de l’horreur absolue. Les survivants et survivantes ont dépeint un univers invraisemblable. Un univers de règles absurdes, infâmes, où les châtiments, l’arbitraire et la mort sont omniprésents. Une société parallèle, dans laquelle toutes les normes et les convenances qui caractérisent la civilisation sont abolies. Un monde mu par un objectif : rentabiliser et industrialiser la mort des êtres humains.

    Les nazis ont accordé une priorité immense à ce projet. Cette priorité était si grande qu’elle justifiait la priorité des convois vers les camps d’extermination. En 1944/1945 alors que le réseau ferré était disloqué, que le combustible était rationné et que les locomotives étaient attaquées sans répit par l’aviation, les convois roulaient toujours.

    Les nazis ont nourri une vision millénariste1 et eschatologique2 de leur rôle. Un rôle d’élimination de toute ce qui pourrait « corrompre » leur race. Les études sur la mentalité des élites nazies3 montrent que ces derniers s’étaient nourries d’un sentiment d’encerclement, de menace, de conspiration. Leur réponse a été le génocide.

    À ce projet se sont rajoutés des intérêts très matériels, qui sont ceux qui ont permis l’arrivée au pouvoir de cette clique de bandits. La lutte contre le communisme, condensé dans la nébuleuse du judéo-bolchevisme. L’expansionnisme de l’impérialisme allemand. La volonté de devenir la puissance dominante du continent Européen, puis du monde. Ce qui a fourni la base matérielle à la machine génocidaire nazie, c’est le grand capital.

    Au nom de la lutte contre le judéo-bolchevisme, en prétendant agir pour la survie de la race, le grand capital allemand et le gouvernement nazi ont conjointement organisé, froidement une élimination systématique de tout ce qui pouvait s’opposer à son ordre. En instrumentalisant les angoisses de la société allemande, les dirigeants nazis et la grande bourgeoisie allemande ont préparé le plus grand conflit de l’histoire de l’humanité.

    Les nazis n’ont pas inventé la déshumanisation des cibles et des victimes. L’impérialisme et le colonialisme l’avaient fait avant eux. Le colonialisme a justifié racialement, derrière l’argument de la civilisation ou de la supériorité génétique, la domination la plus brutale. Le nazisme est à la croisée des chemins, entre l’extermination des populations en Afrique, entre l’extermination mi-raciale, mi-politique des Arméniens, entre l’application stricte du colonialisme en Europe de l’Est.

    Cette filiation entre le nazisme et l’impérialisme avait déjà été dénoncée par Aimé Césaire :

    « Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral.

    […]

    c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce nazisme-là, on l’a cultivé, on en est responsable.

    […]

    Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique »4

    Les SS se sont construits des fortunes personnelles sur le détournement des richesses, sur les vols, les extorsions et les spoliations. Mais ils n’ont pas été seuls. Les propriétés foncières et immobilières des Juifs ont été un enjeu de spéculation et d’enrichissement dans tous les pays occupés -France comprise !5

    Dans chaque pays, les nazis ont pu trouver des relais pour faciliter leur travail d’extermination. L’État français, dès avant la guerre, avant la mort de la IIIe République, avait ouvert des camps de concentration pour y interner les Juifs allemands, les communistes et les combattants républicains. Sous le régime de Vichy, les autorités ont non seulement offert leur aide, mais ont même dépassé les attentes des nazis. Des fortunes se sont bâties sur ces crimes, comme celle de L’Oréal, comme celle de Coco Chanel, comme celle de Louis Renault.

    Aujourd’hui, certains pays tentent de taire la réalité de cette collaboration. Les antisémites polonais, en dépit du statut de victime de ce pays, n’ont pas hésité à contribuer à l’anéantissement des juifs. La Pologne a ainsi tenté d’interdire l’évocation de cette collaboration.6

    Après la guerre, à l’Ouest, les fonctionnaires nazis sont restés en place, ont continué leur travail, se protégeant mutuellement. Après une rapide épuration, il faut attendre le milieu des années 1960 pour que des procès aient lieu. D’autres nazis sans emplois ont trouvé leur place dans les services secrets, à la CIA ou dans l’organisation Gehlen. Ils étaient trop précieux, leur savoir faire trop important, pour ne pas l’utiliser contre l’Union soviétique. Dans bien des cas, les bourreaux n’ont été jugés que lorsqu’ils n’avaient plus d’utilité aux yeux de leurs nouveaux employeurs. De même, la condamnation de la collaboration étatique n’est arrivée qu’a un moment, 50 ans après, où elle ne risquait guère plus d’incriminer quelque fonctionnaire zélé.

    Des individus sans scrupule ont essayé d’instrumentaliser l’existence du système concentrationnaire nazi. Les crypto-nazis comme Ernst Nolte, historien Allemand, en ont fait une réponse à la violence bolchevique. Ils ont justifié l’existence du nazisme comme le moyen de défense de la civilisation contre l’hydre communiste. Le but ultime étant à la fois de salir le mouvement révolutionnaire, mais également de réhabiliter le national-socialisme.

    Quoiqu’on puisse penser du système répressif soviétique, celui-ci n’a jamais eu comme ambition d’exterminer des parties de la population. Ceux qui ont essayé d’inventer une similarité dans les moyens et dans les buts, entre les nazis et les communistes, se sont heurté au prisme de la réalité. Le système carcéral soviétique était le reflet de la lutte aiguë entre les classes sociales et de l’extraordinaire difficulté de la construction du socialisme. Surtout, même dans les moments de répression les plus violents, dont l’ampleur échappait à leurs initiateurs premiers7, le but n’a jamais été d’exterminer les individus, et ceux-ci n’étaient pas ciblés d’office en raison de leur naissance.8 Dékoulakisation ou grandes purges ont ciblé des individus en rapport à leur positionnement social ou idéologique, pas pour leur race ou leur religion.

    Aujourd’hui, alors que seuls des fanatiques anticommunistes la défendent, l’assimilation entre le nazisme et le communisme est toujours influente dans la société. Elle sert souvent, par effet d’amalgame, à salir la lutte politique contre la bourgeoisie. Amalgamer l’histoire soviétique, avec ses travers et ses défaillances, et la Shoah, constitue l’un des plus épouvantables tours de passe-passe de la bourgeoisie.

    Nous ne pouvons accepter que les génocides soient utilisés sans vergogne. Il est inacceptable que le souvenir du génocide Juif soit un argument pour rendre imperméable à la critique la politique d’Israël. Nous n’acceptons pas non plus ceux qui font la démarche inverse, et qui utilisent l’impérialisme et le colonialisme israélien comme une justification du génocide. Les deux sont répugnants.

    D’autres, au contraire, veulent effacer le souvenir de ces crimes pour mieux les réaliser à nouveau. Les négationnistes et les révisionnistes ont encore pignon sur rue, à l’heure actuelle.

    Aujourd’hui, certains rêvent toujours de faire revivre cet univers d’extermination. Aujourd’hui, des équations toute aussi inquiétantes émergent. Le paradigme de l’islamo-gauchisme prend la place du judéo-bolchevisme, occupe la même fonction. Les nuages noirs du conspirationnisme, de l’escalade militaire, de la caporalisation de la société, s’amoncellent à nouveau. Il n’existe aucune garantie qu’un nouvel orage ne se déchaîne pas.

    Commémorer, ce n’est uniquement que regarder vers le passé. C’est également prendre conscience que les conditions qui ont permis à la conférence de Wannsee d’avoir lieu sont toujours réunies. Comme le disait Alain Resnais dans nuit et brouillard :

    «  Il y a nous, qui regardons sincèrement ces ruines comme si le vieux monstre concentrationnaire était mort sous les décombres, qui feignons de reprendre espoir devant cette image qui s’éloigne, comme si on guérissait de la peste concentrationnaire, nous qui feignons de croire que tout cela est d’un seul temps et d’un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous, et qui n’entendons pas qu’on crie sans fin. »

    1Le millénarisme, ou chiliasme, est une doctrine religieuse qui soutient l’idée d’un règne terrestre du Messie, après que celui-ci aura chassé l’Antéchrist et préalablement au Jugement dernier.

    2L’eschatologie est le discours sur la fin du monde ou la fin des temps. Il relève de la théologie et de la philosophie en lien avec les derniers temps, les derniers événements de l’histoire du monde ou l’ultime destinée du genre humain, couramment appelée la « fin du monde ».

    3Ingrao, C. (2011). Croire et détruire : Les intellectuels dans la machine de guerre SS. Pluriel.

    4Aimé Césaire : “Discours sur le colonialisme” (1950)

    5http://www.memorialdelashoah.org/evenements-expositions/expositions/archives-des-expositions/la-spoliation-des-juifs.html

    6https://www.franceculture.fr/emissions/le-tour-du-monde-des-idees/loccupation-de-la-pologne-par-les-nazis-face-brillante-face-sombre

    7Getty, J. A. (1994). Origins of the great purges : The Soviet Communist Party reconsidered, 1933 – 1938 (Reprinted). Cambridge Univ. Press.

    8https://www.persee.fr/doc/slave_0080-2557_1993_num_65_4_6134

  • Hommage à Lénine.

    Hommage à Lénine.

    Le 21 janvier 1924, Lénine mourrait des suites d’une hémorragie cérébrale.

    96 ans après sa mort, son nom est toujours synonyme de combat révolutionnaire. Son nom est toujours synonyme de victoire.

    Comment pourrait-il en être autrement, tant son rôle a été important dans l’histoire du mouvement communiste, tant il a pu l’être aussi dans l’histoire de la révolution russe. Aucun autre bolchevique n’aura pesé tant de poids dans les décisions du Parti, dans les décisions de la révolution.

    Lénine a enrichi le marxisme de ses apports. Ses travaux ont permis d’intégrer le développement d’une nouvelle ère, celle de l’impérialisme, dans l’analyse économique marxiste. Ils ont permis aussi que décante définitivement la séparation entre le marxisme révisé, réformiste, chauvin, et le marxisme révolutionnaire, bolchevique.

    Lénine a consolidé le marxisme, et en a défendu les aspects les plus importants. La question de l’internationalisme, dans l’anti-impérialisme, mais aussi la question de l’État et de la dictature du prolétariat.

    Son rôle, aux côtés d’autres acteurs, dans le développement d’un nouveau type de parti, d’un parti révolutionnaire, est encore, aujourd’hui, une source d’enrichissement. Lire Lénine est d’une importance considérable. Comprendre le lent travail d’agrégation des forces, le lent travail de coordination, de décantation, permet de voir l’immensité des tâches que nous avons devant nous.

    Lénine s’est montré à plusieurs reprises d’une dureté de fer dans son rôle de dirigeant du Parti. Et pour cause, au-dessus de tous les principes, il a toujours placé l’impératif d’efficacité, la nécessité de la prise de décision. Le Parti étant là nous pour être un fétiche, une contre-culture ou une contre-société, mais comme un moyen pour emporter la décision. Ce que Lénine avait mieux compris que quiconque à sa période, était la primauté de l’efficacité. Il ne suffisait pas d’avoir raison sur le fond, théoriquement et idéologiquement, il fallait encore avoir raison sur la forme et sur l’opératique.

    En bon lecteur de Clausewitz, Lénine a contribué donc à organiser le Parti sur un modèle militaire : capable de débattre, de discuter, d’avoir des échanges théorique très poussés, comprenant d’ailleurs un panel de positions important, mais capable d’agir d’un seul bloc. Là résidait l’essence du centralisme démocratique : dans le fait d’être capable de répondre aux exigences de la lutte réelle.

    Paradoxalement, Lénine n’a pas toujours été le meilleur élève de ce principe. Au nom du principe premier d’efficacité, il n’hésitait pas à entrer en conflit très violent avec le Politburo, notamment sur la question du déclenchement de l’insurrection ou de la paix de Brest-Litovsk. Quitte, pour cela, à mettre sa démission dans la balance. De ce point de vue-là, Lénine a toujours agi comme un élève de Clausewitz, considérant qu’il fallait saisir les opportunités, même si cela demandait de naviguer à vue.

    Même Staline, dont ont surestime constamment le rôle individuel, n’a eu une telle autorité sur l’appareil du Parti.1

    Dans le fond, lorsque l’on sort du récit romancé de la construction de l’URSS, ce qui saute aux yeux est l’absence de plan préétabli. Les bolcheviques, notamment grâce à une direction efficace, sont parvenus à l’emporter bien au de leurs espoirs. Mais la victoire posait de nouvelles problématiques, dont la construction du socialisme.

    Les bolcheviques avaient gagné, mais la révolution mondiale s’était enrayée. Ils étaient seuls. Sans miracle. La révolution allemande avait fait long feu. La Hongrie était écrasée dans le sang. Le prolétariat occidental pansait les plaies de la guerre. Celui d’Orient était encore dans la nuit du colonialisme.

    Il leur fallait donc « faire avec » ou abandonner. Lénine, encore, avait été capable d’une clairvoyance impressionante. Maintenir et renforcer l’alliance entre la paysannerie et le prolétariat. Faire une paix, un compromis, dur, aigre, mais nécessaire pour que demain soit une victoire. Dans la lutte contre les défaitistes, contre ceux qui ne voyaient comme issue que l’échec ou la fuite éperdue en avant, Lénine s’est montré d’une fermeté implacable.

    Transformer un parti conçu pour la lutte clandestine en parti capable de diriger un pays a été un tour de force immense. Développer un pays arriéré, ravagé, épuisé, était une tâche incroyable. Pourtant, Lénine, systématiquement, en cherchant les points de passage, en essayant de dessiner les étapes, est parvenu à faire passer le petit espace tenu par les rouges à une Union soviétique que nul ne pouvait plus impunément menacer. Les travailleurs et les travailleuses ont été, pour la première fois, maîtres chez eux.

    Au moment de son décès, affaibli par la tentative d’assassinat faite par Fanny Kaplan, l’existence de l’Union soviétique est devenue un fait établi. Bien que encore jeune et fragile, l’URSS va de l’avant. Le monde capitaliste sait qu’il ne peut compter sur son effondrement. Il ne lésina pas sur les moyens de le faire, cependant.

    En 2017, pour lui rendre hommage, nous ajoutions ceci :

    « La mise en œuvre des plans quinquennaux, de l’étatisation de l’industrie, mais aussi de la collectivisation des terres ont permis d’éradiquer la pauvreté, la misère noire, endémique à la Russie Tsariste. Une économie planifiée, faisant la chasse au gaspillage, imperméable aux crises, a été mise en œuvre, faisant franchir les étapes du développement économique en étant chaussé de bottes de sept lieues. Cela, sans renoncer à la lutte des classes, qui chaque fois s’est faite plus aigüe plus profonde, rejetant, dans les oubliettes de l’histoire, les classes sociales parasitaires. Le bilan de Lénine lui confère une aura d’invincibilité.Pourtant, chez Lénine et ses continuateurs, des y eut des manques, des failles, des erreurs. Tout était expérimental, tout était à découvrir. Ces failles, les chercheurs du marxisme tentent de les trouver pour les élucider et les corriger, pour renforcer l’idéologie léniniste. Si nous reconnaissons des erreurs, nous les formulons ouvertement, car la critique doit être constructive. Mais d’autres l’ont fait et le font en sous main, non pour améliorer le léninisme, mais pour en saper les bases.»

    Nous maintenons ce bilan. L’histoire de l’Union soviétique ne s’est pas écrite comme un scénario de film. Elle a été une aventure immense, dans laquelle, contrairement aux idées reçues, les masses populaires ont joué un rôle de premier plan. L’œuvre de Lénine, prolongée par ceux qui lui succédèrent, a été un travail long, difficile, inédit et expérimental.

    Indépendamment des avis et des opinions sur les individus qui ont fait l’histoire de l’Union soviétique, ce bilan doit être scientifiquement fait pour être utile. L’histoire romancée, si belle soit-elle, n’est que propagande. Ce dont ont besoin les masses populaires, aujourd’hui, ce n’est pas de récits, mais d’un outil pour combattre. L’expérience socialiste, l’expérience de Lénine, doivent servir à construire ces outils.

    Si Lénine était là, aujourd’hui, il est certain qu’il se montrerait très critique envers l’état du mouvement communiste français. Il ne ferait certainement pas de louanges. Nul doute qu’il nous rappellerait, sans le moindre ménagement, à nos tâches : construire le Parti qui manque au prolétariat, en mettant en avant les principes qu’il a toujours défendus : réussir à forme un noyau dur, un centre de gravité, pour que puisse naître cette organisation vitale.

    Rendons hommage à Lénine en travaillant à unifier les forces combatives.

    Rendons-lui hommage en travaillant à réunir les communistes sous une même bannière.

    Avançons vers la lutte victorieuse !

    1« Il faut rappeler, tout d’abord, que les positions de Lénine et de Staline concernant les problèmes de lutte idéologique au sein du parti étaient très différentes. En règle générale, Lénine a toujours placé cette lutte au premier plan. Il n’a jamais hésité à aller « contre le courant », si bien qu’il a été mis plus d’une fois en minorité au sein du Comité central, y compris sur des questions essentielles […] Staline a conçu son rôle dirigeant autrement : sur les problèmes essentiels, a cherché avant tout […] à exprimer les tendances profondes du parti, dont il était ainsi le porte-parole. À cet égard, les attaques polémiques contre Staline – qui est supposé, par sa « personnalité », avoir imposé au parti des conceptions qui lui auraient été étrangères – sont dénuées de fondement. » (Bettelheim, La lutte des classes en URSS , Tome I, 1974, p. 36)

  • Mai 1968 est il responsable de Matzneff ?

    Mai 1968 est il responsable de Matzneff ?

    [Attention : cet article traite d’agressions sexuelles et de viols.]

    Prêtres pédophiles, affaire Polanski, affaire Allen, affaire Matzneff, affaire Epstein … l’actualité judiciaire a amené sur le devant de la scène la question des agressions sexuelles, et particulièrement, de celles sur des mineurs et des mineures.

    Régulièrement, ce qui est revenu dans la dénonciation de plusieurs pédophiles, c’est une condamnation de la permissivité de mai 1968, de la libération sexuelle. Elle a parfois d’ailleurs servi de porte d’entrée à des attaques contre les communautés LGBTI, par une insidieuse assimilation entre homosexualité et pédophilie.

    L’argument, derrière cela, est de dire que mai 1968, en portant un coup aux valeurs traditionnelles, notamment à l’autorité familiale, est responsable d’une dérive morale, d’une absence de barrières, et de l’émergence d’une cohorte d’abominations.

    En réalité, le discours de Matzneff est aux antipodes de celui de mai 1968. Dans sa fameuse interview auprès de Bernard Pivot, il expliquait que passé 20 ans, 25 ans, les femmes devenaient folles, hystériques. A contrario, la fillette «très, très jeune est plutôt plus gentille» [Apostrophe, 1990] que celle qui grandit. Il ne s’intéressait donc qu’à ces « gentilles » et « innocentes » fillettes, ou à de jeunes garçonnets tout aussi « gentils ». Cette séparation entre l’âge adulte et l’enfance est révélatrice.

    M. Matzneff n’aime ni les hommes, ni les femmes, dans le fond il n’aime pas non plus les enfants, ou du moins il ne les aime pas comme des individus. Il aime les proies. Cette « folie », cette « hystérie », que fustige l’auteur jadis encensé, c’est la capacité à comprendre ce qui se passe, à y consentir ou non. En fait de gentillesse, Matzneff ne recherche que de la soumission.

    Nous sommes donc loin de mai 1968. Le discours pédophile de Matzneff est celui d’une extrême-droite ultra conservatrice, qui rejette justement mai 1968, qui rejette le féminisme, qui rejette aussi l’évolution des rapports entre parents et enfants. Matzneff, d’ailleurs, avait des amitiés bien éloignées des milieux gauchistes.

    Invité régulier de Radio Courtoisie, la radio de l’innénarable De Lesquen, ami de Jean-François Colosimo, de Roland Jaccard , fondateur du réactionnaire causeur, d’Alain de Benoist, fondateur de la « Nouvelle Droite », ses publications sont aussi à l’avenant.

    Il écrit dans Le Point, le Figaro, le Monde, la Revue des Deux Mondes, Nation Française, le Choc du Mois… Le chasseur d’enfant est aussi un aristocrate méprisant, glacial, et soutenu par ses pairs.

    Dominique Fernandez, de l’Académie Française, dans une tribune dans le journal le Monde, écrivait : Le ministre de l’inculture a été un des premiers à jeter l’anathème et à préconiser des mesures vexatoires [le ministre de la culture, Franck Riester, s’est dit favorable à l’arrêt de l’allocation publique annuelle versée à Gabriel Matzneff par le Centre national du livre]. Se prend-il pour le procureur impérial Ernest Pinard, qui dénonçait Flaubert et Baudelaire [tous deux poursuivis pour les propos jugés licencieux dans Madame Bovary et Les Fleurs du mal] ? Sommes-nous revenus au temps de Napoléon III ? Avons-nous besoin, pour défendre nos intérêts, d’un ministre des bonnes mœurs ? Tout homme de culture digne de ce nom se doit désormais de récuser un tel représentant.[Le Monde, 13 janvier 2020]

    Or, les écrits de Matzneff ne sont pas « licencieux », ils sont des confessions de crimes. À tel point que le parquet a ouvert une enquête à la suite de la publication du livre-témoignage de Vanessa Springora, le consentement. Cependant, le soutien – ou le refus de condamnation – est illustratif de la mentalité des élites intellectuelles françaises : une mentalité de copinage, d’auto-protection, arc-boutée sur des privilèges dignes de l’Ancien régime. Quant à séparer l’homme de l’artiste, admettons. Polanski fait de bons films, il est possible de le reconnaître. Mais faire l’apologie de l’homme, avec les crimes qu’il porte, ce n’est justement pas séparer les deux. Dans le cas de Matzneff, c’est le crime qui forme la base de l’œuvre. Saluerait-on ainsi les mémoires d’un Ted Bundy ? Aux yeux de la loi, la chose serait pourtant équivalente, un crime étant égal à un crime.

    Pour revenir sur mai 1968, à titre de comparaison, le discours de Cohn-Bendit par rapport à cette question, que nous ne défendons pas non plus, est illustratif. Il montre quelle peuvent en être les conséquences parfois néfastes : « Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : “Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi vous m’avez choisi, moi, et pas les autres gosses ?” Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même. » [Le Grand Bazar, 1975] Dans ce cadre-là, ce que dit Cohn-Bendit est plus proche d’une réaction à l’attitude d’un enfant qu’une démarche prédatrice initiée pour assouvir des désirs sexuels. A l’époque, les travaux des chercheurs et des chercheuses sur la question de la sexualité des enfants étaient balbutiants, et même si cette permissivité nous paraît indéfendable, elle était courante dans les milieux alternatifs. Défendue par l’argument de l’abolition de toute norme et de toute autorité, a causé parfois des ravages. Elle a pu, aussi, – et peut encore – être utilisée comme un moyen de pression pour extorquer des rapports sexuels dans le milieu militant. Sans être similaire avec la vision de Matzneff, elle n’en est pas moins condamnable et à condamner.

    Les pédophiles et les pédérastes n’ont pas attendu mai 1968 pour exister. Les agressions sexuelles sur des enfants ont toujours eu cours, avec les mêmes caractéristiques que les viols en général : principalement dans le milieu familial ou proche, voir dans la sphère de socialisation directe : l’instituteur ou le curé. Ce n’est que depuis un temps relativement restreint que les victimes sortent plus facilement du silence, et que la réprobation devient générale dans la société. Il aura fallu les affaires Dutroux, Emile Louis, mais aussi les procès de prêtres pédophiles. Le père Preynat, abbé de Sainte-Foy-lès-Lyon, passant aujourd’hui en procès pour plusieurs centaines d’actes d’agression, est loin des hippies gauchistes. Celui qui reconnaît que « Oui, cela arrivait presque tous les week-ends… Parfois avec un, parfois avec deux. » [Ouest France, 14 janvier 2020] pendant plus de 20 ans n’est probablement une « victime de mai 1968 ».

    Alors où trancher ?

    Nous considérons que ce qui est déterminant est le cumul de deux aspects : la question du désir et du consentement. Ces deux aspects ont leurs conséquences : on ne peut réellement consentir sans comprendre, ni sous la contrainte – explicite ou implicite – d’une autorité. Un consentement arraché, extorqué, n’a pas de valeur. C’est cela qui forme la limite entre ce qui est acceptable ou ce qui ne l’est pas.

    Nous pensons qu’il faut défendre la liberté sexuelle, la possibilité pour les goûts et les aspirations diverses de s’exprimer. Mais toute expression ne peut se faire que dans un cadre protecteur. Défendre Matzneff, c’est, in fine, s’attaquer au fait que ces limites doivent exister. Non par fantasme autoritaire, mais parce que, pour reprendre Lénine « la liberté, c’est la conscience de la nécessité ». Or, alors qu’une véritable lame de fond balaie la question des violences contre les femmes et des agressions sexuelles, défendre Matzneff comme les autres violeurs, revient à créer des bastions réactionnaires et à contribuer à maintenir le fait qu’il puisse exister des prétextes qui justifient l’agression ou le viol. À l’inverse, défendons les aspects positifs, libérateurs de mai 1968, tout en sachant à critiquer les aspects néfastes !

  • Cortège de tête et autonomie prolétarienne.

    Cortège de tête et autonomie prolétarienne.

    Nous sommes très attachés à l’autonomie prolétarienne. C’est-à-dire l’autonomie vis-à-vis de la bourgeoisie, de ses institutions, de ses relais politiques. Cette autonomie est souvent traduite en « compter sur ses propres forces », ne pas dépendre du bon vouloir des autorités et de leurs décisions pour l’activité et l’expression politique.

    La dépendance organisationnelle, politique, mais aussi technique ou financière est un une chaîne qui, fort souvent, contraint un grand nombre d’organisations à des concessions ou à des compromis. Tendanciellement, elles assujettissent les organisations et leurs membres, et brisent la possibilité de développer un ordre du jour indépendant. La bourgeoisie le sait, et elle achète régulièrement ses opposants. Une subvention contre une concession, un poste contre un silence, un local contre un vote… Ces « balles sucrées » sont des balles réelles. Elles tuent les organisations, car « on ne mord pas la main qui nous nourrit. »

    Cette autonomie prolétarienne n’empêche pas le travail unitaire, y compris sur des questions démocratiques, avec des organisations bourgeoises. Mais il consiste à ne jamais leur laisser la direction politique des fronts et à toujours chercher à faire triompher les lignes les plus révolutionnaires et les plus conformes aux intérêts objectifs du prolétariat, tout en tenant compte de leur état d’esprit subjectif.

    Le mouvement anarchiste autonome à repris certains éléments justes de ces conceptions. Il a repris également des éléments issus du maoïsme, telle que les zones libérées ou des tactiques de la guérilla. Mais il a fait d’éléments tactiques des fétiches stratégiques. Les zones libérées, temporaires, bases d’appui, ont été transformées en ZAD, possessions stratégiques, tandis que la tactique de la guérilla est devenu le moyen d’action principal. Le postulat de départ étant que toute manifestation, sous les bonnes conditions, peut devenir une insurrection révolutionnaire. Ce lyssenkoïsme manifestant se base sur des conceptions fausses. Quand bien même la police serait bousculée, chassée, cela n’en serait pas pour autant la révolution. Elle demande d’autres préalables qu’une simple victoire tactique. La possibilité notamment de pouvoir démolir exercer la réalité du pouvoir. Nous pensons que c’est pour réussir à réaliser ces tâches que nous avons besoin d’une organisation, qui est le Parti Communiste Révolutionnaire. Organisation dont la construction est notre préoccupation principale.

    Ces groupes cristallisent parfois des critiques acerbes. Une partie se justifie, mais certaines méritent d’être écartées. Il existe, pour une part de ceux qui pratiquent l’action dite autonome, une tendance à agir de manière parasitaire par rapport aux mouvements. Cela passe par le faire de transgresser de manière constante et consciente le consentement des manifestants et des manifestantes, en les considérant uniquement comme des protections, ou comme de la chair à canon. Cette pratique est justifiée par des procédés rhétoriques plus ou moins nauséabonds, avec un mépris plus ou moins constant pour les espaces de prise de décision démocratiques. Cette tendance existe, c’est un fait avéré, mais reste extrêmement minoritaire. De plus, la création du « cortège de tête » en a neutralisé les aspects les plus néfastes, en structurant les manifestations en fonction du degré d’acceptation de la violence de la part de ses participants et participantes.

    Le cortège de tête a été une nouveauté apparue à partir de 2016. Alors que, par le passé, les affrontements étaient en queue de cortège, ils se sont déplacés en avant de celui-ci. Alors qu’ils étaient l’apanage de petits groupes, opérant le plus souvent en marge, ces cortèges sont devenu des points de ralliement. En stratifiant les cortèges en fonction de l’acceptation de la violence, ils permettent, in fine, que chacun trouve son compte. Ceux qui sont dedans acceptent tacitement de participer de manière active ou passive aux affrontements avec la police. Il n’est pas possible de faire semblant d’ignorer ce fait.

    La mise en place des cortèges de tête s’est régulièrement heurtée au problème, qui peut paraître secondaire, mais qui est en réalité hautement symbolique, de « qui est devant ». Par le passé, c’était traditionnellement les cadres dirigeants des organisations qui tenaient la banderole de tête. Ces organisations représentaient les lignes les plus droitières, l’aristocratie ouvrière et la bureaucratie syndicale ou politique. Cela se ressentait particulièrement à Paris, où se trouve concentré une grande partie des cadres supérieurs. La permutation, parfois conflictuelle, a renouvelé l’aspect des manifestations.

    Les médias font les choux gras sur la violence des manifestations. Mais, s’ils ne vomissaient pas leur haine sur celle-ci, ils les ignoreraient et ne parleraient que de ceux qui « sont pris en otage », par les grèves. Dans un cas comme dans l’autre, leur but est de saper le mouvement social.

    Les dégradations découragent les gens de venir en manifestation. Cet argument est partiellement vrai. Mais le plus souvent, ce qui décourage n’est pas le fait d’avoir quelques vitrines cassées. C’est la forme que prend la répression policière, arbitraire, aléatoire et brutale. Ce qui effraie, c’est principalement le risque policier. Risque de prendre une grenade de désencerclement dans le visage, un tir dans l’œil, de perdre une main, ou d’être interpellé sans raison, sachant que les preuves se trouvent a posteriori. Dans le pire des cas, le duo outrage / rébellion suffit. En dernière instance, c’est le mode de réponse par l’État, spécifiquement choisi pour effrayer, qui est en cause.

    L’apparition et la massification de ces cortèges n’est pas uniquement du fait du mouvement autonome ou de franges minoritaires. Elle est révélatrice tant d’une radicalisation diffuse dans l’ensemble de la société que du fait que les cadres habituels ne paraissent plus adapté. Le cortège classique, la manifestation traditionnelle, sont vécus comme des confrontations trop timorées avec l’autorité et avec les exploiteurs.

    Non pas que les syndicats ou les organisations de masse de la classe ouvrière et des travailleurs et travailleuses soient inadaptées en tant que tels. Leur travail est irremplaçable. Cependant, il existe des limites à celui-ci. Dans le fond, il existe un sentiment général qui se traduit par le fait qu’il n’y a pas de prise et de droit de regard sur les négociations entre les « partenaires sociaux », que celles-ci se font sans que la base des syndicats, mais plus largement que les travailleurs et travailleuses dans leur ensemble ne sont pas consultés.

    De plus, les syndicats ont une estimation du gain qu’ils peuvent obtenir dans la négociation et de ce qui n’est pas possible d’obtenir. Ne rien obtenir est vu comme une défaite intolérable, mais l’obtention de demi-mesures n’est pas plus perçu comme une victoire. Cela entretient un mauvais esprit et un taux de syndicalisation bas, qui pèse à son tour dans les capacités à négocier, entraînant une spirale descendante.

    Le fait est que les syndicats ont aussi atteint certaines limites. Outils tactiques, ils ne peuvent obtenir que des victoires tactiques. Celle-ci se limite le plus souvent à une politique du moindre mal, du « toujours ça de gagné », qui finit par rogner lentement mais sûrement les droits sociaux. Ils ne sont pas conçus pour obtenir la « rupture de front » qui permet d’arracher de nouvelle victoire ou de remettre en cause le système politique en tant que tel. Cela est du ressort des organisations politiques et plus précisément des partis. Or, ceux qui existent ne le font pas, ceux qui pourraient le faire n’existent pas.

    C’est aussi ce vide stratégique qui créé l’apparition de solutions de moyen-terme comme le « cortège de tête. »

    Aux yeux des masses, il existe un certain consensus autour du fait que la grève et que la manifestation n’est pas écoutée par ceux qui possèdent le pouvoir politique et qu’il s’agit d’un outil dont la portée est trop limitée. Comme l’outil manque, ce sont d’autres formes d’expression qui prennent le relais, comme le fait de rechercher la destruction de symboles du capitalisme, ou d’affronter les forces de l’ordre. Cette forme de radicalité reste superficielle, dans le sens où elle ne vise pas le renversement du pouvoir et sa prise. Mais elle est néanmoins un début.

    Ce consensus est largement partagé, il a fait souche. Des militantes et militants CGT tout comme les Gilets Jaunes l’ont fait leur.

    Dans le fond, nous ne voyons pas tellement de contradiction entre les différentes manières de concevoir les manifestations, dans la mesure où leur existence et leur action d’entrave pas celle des autres. De ce point de vue là, cela demande des moyens des discussions et de coordination. Cette coordination doit faire fi d’un problème récurent, c’est le rapport, pour le coup, assez viriliste à la violence et à l’affrontement. C’est-à-dire que certains (surtout certains, bien plus que certaines), ont tendance, parce qu’ayant peur de participer aux affrontements (ce qui peut se comprendre parfaitement) à condamner celles-ci et à condamner le cortège de tête, car il les renvoie à leur propre peur. Cela peut se mêler à un double discours, en façade appelant sans cesse à l’émeute, et, dans la pratique, étant terrifiés. Nous ne pensons pas que cela doive être reçu comme argument pour condamner l’ensemble. Nous devons dépasser cela et nos querelles d’égo. Nous jouons tous un rôle dans la lutte sociale, et chacun de nous, dans une certaine mesure, est une pièce dans le puzzle de la lutte des classes.

    Nous ne pensons pas que le fait de casser une vitrine de banque ne soit une perte pour elle, ni réellement un électrochoc pour les consciences de ceux et celles qui observent la scène. Nous pensons que cette energie peut trouver d’autres débouchés. En revanche, nous nous refusons à hurler avec la meute pour exiger la condamnation de l’acte ou de ses auteurs.

    Nous-mêmes ne condamnons pas les « violences » et les « dégradations ». Cela nous paraît très secondaire. Nous n’appelons pas à en commettre, mais nous considérons comme injustifiable de nous faire des auxiliaires de police. Nous rappelons que la violence première est le fait de l’exploiteur, et que celui-ci définit également le degré de violence des mouvements sociaux.

    Dans ces affrontements, la police s’est démasquée, tout comme l’État en général. Celui-ci, par le fait d’avoir mis en place une politique forcenée de répression, mais également en niant totalement contre toutes les évidences l’existence des violences policières, a montré sa nature réelle. De ce point de vue là, la violence des manifestations a contribué à faire accoucher les consciences et à briser le consensus réformiste.

    Cette remise en cause de la légitimité des institutions et du régime, notamment dans le mouvement des Gilets Jaunes, débouche sur la réalisation d’une certaine forme d’opposition extra-parlementaire. Dans celle-ci, le mouvement autonome a également joué un rôle, avec des hauts et des bas, parfois positif marqué par l’esprit d’action et de décision, parfois moins, marqué par une impatience et un sectarisme gauchiste.

    Mais, dans l’ensemble, si nous devons tirer un bilan contrasté, nous ne pouvons que constater que, à choisir entre les positions réformistes, politiciennes, et les positions gauchistes et aventuristes, nous nous méfions bien davantage des premières. L’une est celle d’ennemis qui peuvent être parfois des partenaires, l’autre est celle d’amis qui commettent des erreurs. Si, tactiquement, il est arrivé que les choses se passent très mal, cela ne contredit pas cette position.

    Quoi qu’il en soit, même dans l’erreur, nous mettons en avant le fait que la solidarité est fondamentale, y compris vis-à-vis de camarades avec lesquels les relations peuvent être tendues. L’existence d’un réseau de solidarité, de protection, autour des uns (et unes) et des autres est un élément fondamental pour permettre de ne pas être balayés.

    Nous pensons, quant à nous, que les différents modes d’expression se confortent les uns les autres. Qu’ils ont tout intérêt à se fondre et à se coordonner. Nous pensons, en outre, que la question de la forme des manifestations est étroitement liée au contexte. Parfois, une manifestation agitée peut être contre-productif, parfois cela peut être extrêmement utile.

    Nous pensons, en outre, que la radicalité est avant tout sur le fond de l’affaire : c’est-à-dire sur la capacité à trouver les moyens de rallier, de rassembler, d’organiser, dans le but de pouvoir faire tomber le pouvoir répressif de la bourgeoisie et de pouvoir construire celui du prolétariat.

    Nous pensons que c’est le renforcement de l’influence des idées communistes-révolutionnaires dans la société, dans le prolétariat, mais également auprès de la petite bourgeoisie radicale, qui permet de trouver une manière de résoudre positivement, dans une esprit de synthèse, la contradiction entre le « cortège » et le « cortège de tête ».

    Étant donné la situation sociale et politique, cette question prend une importance vitale. Vitale aussi, celle de la création d’une alliance des révolutionnaires, permettant la coordination, le renforcement mutuel, et la défense mutuelle. Nous continuons à placer très en avant cette question, et nous pensons que tout communiste ou tout révolutionnaire conséquent se doit d’en faire de même.

  • Attaque fasciste à Lyon : le néant en action.

    Attaque fasciste à Lyon : le néant en action.

    Dans la nuit du 19 au 20 décembre 2019, un groupe de fascistes ont attaqué un bar des pentes de Croix-Rousse. Casqués et armés, ils s’en sont pris à la façade, aux clients et clientes, pour ensuite, une fois leur raid accompli, s’enfuir. Le bar, la Pinte Douce, donnant sur la place Colbert, a été saccagé.

    Ce raid n’est pas un acte isolé, mais s’inscrit dans une stratégie d’attaques menées par les fascistes dans le quartier. Ces attaques ont pour but d’instiller un climat de peur sur la colline qui était, auparavant, vu comme un sanctuaire. Par le passé, plusieurs attaques ont eu lieu, avec des configurations différentes. La Plume Noire, local de la CNT à Lyon, mais aussi le local du PCF du 4e arrondissement de Lyon. Le plus souvent, cependant, ces opérations coup de poing avaient lieu tard dans la soirée, lorsque les fascistes, éméchés et cocaïnés, cherchaient quelques traînards ou quelques traînardes à agresser. Les pages de gloire de ces apprentis croisés s’écrivent ces soirs-là.

    Dans leur communiqué, publié sur Ouest-Casual, les fascistes s’exclament : « Encore une fois, la jeunesse lyonnaise prouve que l’antifascisme n’est qu’un ramassis de mouilles, à peine bon à impressionner l’étudiante en socio pendant leur manif ou à parader en pleine nuit tel des blattes. Jamais rien de concert (sic.) dans la rue. »

    Il est amusant de voir que, alors que la très large majorité des actions et des événements politiques de la part des progressistes et des révolutionnaires sont publics, ouverts à toutes et tous, et annoncés librement, les fascistes n’agissent qu’en catimini. Leurs diffusions de tract sont des exploits, et lorsqu’ils écrivent que Croix-Rousse est « ce quartier bourgeois où l’extrême-gauche a ses habitudes. », ils avouent quelque chose. Eux-mêmes se permettent de se balader dans le 5e ou à Croix-Rousse justement parce que ce sont ces « quartiers bourgeois ». Les quartiers populaires, où nous pouvons aller sans problème, sont pour eux des terres inconnues.

    Ces attaques, d’ailleurs, échouent à atteindre cependant leur objectif. Certes, profitant de l’attitude conciliante de la mairie, de la police ou de la justice, il leur est possible de mener leurs actions, mais ils ne sont nulle part en mesure de s’imposer comme des forces hégémoniques. Dans le 5e comme ailleurs, ils sont vus comme des agresseurs ou comme une force occupante. Nulle part la population ne se rallie à eux. Ils sont des corps étrangers dans une ville qui les rejette.

    L’attaque organisé par les fascistes à Croix-Rousse est révélatrice du vide complet et de l’inutilité de ses auteurs. Tandis que tout le monde lutte et se bat contre la destruction de l’environnement, contre la casse des droits sociaux, contre les politiques réactionnaires, une poignée de « croisés » trouve sa lutte ici.

    Désespérés d’exister autrement que pour attirer l’attention, leur pinacle de l’efficacité est résumée là : casser des vitrines de bars.

    Lors des dernières dégradations commises contre le local du PCF, les auteurs ont été appréhendés. Devant les juges, ces fils de bonne famille ont tombé le masque du soldat de la légion de damnés. Ils ont revêtu alors celui de la pleurnicherie, demandant la clémence du tribunal, priant pour qu’une condamnation d’entâche pas leur avenir.

    Dans le même ordre d’idée, les courageux guerriers qui, un soir de la Saint-Valentin de 2014, ont poignardé plusieurs jeunes dans les rues de Saint-Jean, n’ont eu de cesse de se balancer les uns des autres. Courageux dans l’écrasement, larmoyant devant la justice. Il serait tout aussi aisé de parler de Fiorina Lignier éborgnée par un tir de flash-ball, qui, auparavant, priait devant des croix-gammée et qui n’assume pas aujourd’hui son nazisme en public.

    Ou un « Damien Rieux », « prolétaire » de la banque, qui s’en prend à ceux qui fuient la guerre depuis un hélicoptère loué à grands frais. Un Alain Bonnet de Soral, nobliaud protégé par le parquet de Paris, n’est qu’un mercanti, un boutiquier, un petit commerçant.

    Ces portraits, pour reprendre la formule d’Eugen Kogon, rescapé de Buchenwald, « se ressemblent comme un fruit pourri en ressemble à un autre ». Bourgeois ou nobliauds, petits seigneurs, petits princes, vomissant leur xénophobie et leur racisme.

    Leur origine de classe les trahit bien souvent et trahit leur rapport à la politique marquée par le manque de sincérité. Tout comme les anciens du GUD ou d’Occident, ils ont une jeunesse de pseudo-rebellion, avant de trouver leur place dans la bonne bourgeoisie ou dans les organisations « modérées » comme LR. De ce point de vue là, nous retrouvons également des éléments de ce type dans la frange la plus radicale du gauchisme. Un Cohn-Bendit n’est que la version « de gauche » d’un Devedjan ou d’un Longuet.

    Quant à leurs actions en tant que groupe, elles révèlent leur vraie nature de classe.

    A Strasbourg, l’Action Française est venue débloquer les lycées et attaquer les blocages. Dans le mouvement des Gilets Jaunes, les fascistes ont systématiquement entravé et saboté toutes les tentatives d’organisation autonome de ceux qui luttaient. Ils ont continuellement œuvré pour détourner la colère populaire dans des impasses : contre le « pacte de Marrakech », mentant pour en aggraver le contenu. L’UPR ou d’autres organisations réactionnaires ont nié la responsabilité du capitalisme et de la bourgeoisie de France pour ne pointer qu’une hypothétique responsabilité de l’Union Européenne.

    Au Mans, un groupe équipé avec “des casques, des masques, des gants coqués, des matraques télescopiques et des foulards royalistes” s’en est pris à tous les bars gay-friendly du centre ville. Revendiquée par leur page Ouest-Casual, cette page de gloire montre les priorités de leur mouvement : s’en prendre aux minorités, qu’elles soient culturelles, sexuelles ou ethniques. Les questions sociales ne les intéresse pas. Et pour cause, ils sont socialement du côté de la bourgeoisie. L’élue LREM Agnès Cerighelli, qui partage le même fond que ces gens, ou le RN Messiha l’illustrent pleinement quant à leur position vis-à-vis de la grève. Devant le refus de la part des syndicats et des mobilisé·e·s de céder aux injonctions hypocrites sur Noël, ces sinistres agents de la calomnie proposent une explication complètement aberrante. Leur explication de la lutte sociale, d’une lutte menée pour défendre pied-à-pied les droits sociaux, frise la conspiration : Ce serait l’islamisation de la CGT qui, du coup, ourdirait un complot pour saboter le Noël des Français.

    Aujourd’hui, le Rassemblement National a montré qu’il n’était pas capable de prendre position d’une manière simple. Quand la question lui est posée directement sur savoir si l’organisation soutient la grève, les seules réponses furent des bafouillements honteux. Coincé entre la base anti-communiste, anti-sociale du RN et la volonté de se placer comme le « premier parti ouvrier », celui-ci fait dans la demi-mesure. Ce moyen terme les a toujours suivis, comme vis-à-vis de la question du SMIC ou par rapport aux violences policières. Ce moyen terme bloque d’ailleurs la possibilité d’évolution du RN et les condamne a n’être qu’une organisation de boutiquier, de parasites, dominés par une dynastie qui vit de rentes et de la traite des vaches à lait que sont les adhérents et adhérentes.

    Anecdotique, mais significatif, l’attitude ambivalente de la part des fascistes avec leurs homologues islamistes de Daesh. Idéologiquement, ils sont les deux faces d’une seule et même pièce. Ce n’est pas un hasard si ce sont des fascistes comme Hermant qui vendirent des armes aux terroristes de Charlie Hebdo, tout comme qui ont négocié pour le compte de Lafarge avec Daesh. Entre obscurantistes et réactionnaires, il est possible de s’entendre sans problème.

    Dans le fond, derrière les étiquettes différentes et variées, on retrouve un même contenu. En dépit de leurs prétentions d’être du côté du peuple, ils agissent toujours, systématiquement, contre ses intérêts. En instillant la défiance entre les origines, entre les croyances, entre les syndiqués et non-syndiqués.

    Les fascistes n’ont aucune place dans les luttes. Ce n’est pas qu’une déclaration de principe, c’est un fait. Ce ne sont que des agents de la division, des alliés objectifs de Macron. Leur discours patriotique, nationaliste, sonne creux.

    En fait de patriotisme, de nationalisme, ce sont des traîtres dont la seule et unique visée est de livrer pied et point liés les travailleurs et les travailleuses à leurs premiers bourreaux : la grande bourgeoisie française, les Dassaut, les Arnault, les Pinault. En réalité, ces groupes jouent un double jeu. Ils rêvent d’un peuple enrégimenté. D’un peuple asservi, dévoué, fanatique dans la défense d’un hypocrite intérêt national, qui n’est en réalité que l’intérêt des mêmes parasites sociaux.

    Nous exprimons notre solidarité envers tous ceux et toutes celles qui ont subit la violence fasciste. Nous exprimons à nouveau notre solidarité envers ceux qui ont pu subir la violence des fascistes, organisés ou non.

    Nous pensons que les conceptions différentes de l’antifascisme qui peuvent exister, dans le monde, en France comme à Lyon, ne sont pas antagoniques, mais sont complémentaires. Nous appelons à l’unité la plus large, sur la base d’une autonomie de classe, sur la question de l’antifascisme. Nous n’acceptons pas que ceux et celles qui ont joué sur leur terrain confisquent l’expression de l’antifascisme populaire.

    Ensemble, unissons nos forces et ripostons aux fascistes sur tous les plans. Intellectuel comme organisationnel. Chassons-les de nos luttes, chassons-les de nos quartiers, chassons-les de nos vies !

  • Le 5 décembre. Et Après ?

    Le 5 décembre. Et Après ?

    La grève du 5 décembre était attendue largement. Elle est une mobilisation qui a été extrêmement suivie. Plus d’un million de personnes ont défilé en France, dont plus de 35 000 à Lyon, ville qui, pourtant, mobilise généralement peu. Nous espérons désormais qu’elle pourra déboucher sur une lutte de plus longue durée. Les premiers échos à ce sujet laissent supposer que cette possibilité existe et qu’elle est en train d’être sérieusement étudiée par les assemblées diverses et par l’intersyndicale.

    A Lyon, nous avons défilé aux côtés des Jeunes Révolutionnaires et d’Eco Défense ainsi que de Youth for climate. Nous considérons que cette politique d’unité est importante au niveau local, dans la mesure ou nous souhaitons voir émerger une coordination et une concertation entre les organisations combatives, progressistes, révolutionnaires et communistes. Nous y avons diffusé notamment le tract rédigé en commun avec notre organisation sœur UPML.

    Cette manifestation révèle un grand esprit combatif. Esprit qui ne s’est pas épuisé après un an de Gilets Jaunes, au contraire ! Cette journée d’action ne peut être vue que comme un premier succès.

    Une grande partie de ceux qui se sont mobilisés attendent de voir comment le gouvernement réagira à la journée d’aujourd’hui. Pour le moment, les déclarations laissent entendre qu’il n’a pas l’intention de dévier dans son œuvre de destruction des conquêtes sociales. Le texte, qui sera présenté en milieu de semaine prochaine, ne sera probablement pas modifié, ou uniquement en suivant des lignes de fracture clivantes, dans le but de fragmenter le mouvement de lutte. Cette manœuvre, qui avait déjà permis a la CFDT de se placer en ennemie de la lutte, a, pour l’instant, échoué. La base de la CFDT a plutôt eu tendance à désavouer la direction.

    En revanche, il est il est important, de ce point de vue là, de regarder avec objectivité le rapport de force, tant syndical que politique. Quelles sont les chances de succès de ce mouvement ?

    Si cette réforme existe, c’est que la bourgeoisie compte en tirer profit.

    En dépit de l’image de clique d’eborgneur, d’arracheurs de main et de corrompus qu’il peut donner au premier abord, le gouvernement n’agit pas, dans ce dossier, par sadisme. Il agit parce que son action correspond à des intérêts savamment calculés : ceux de la grande bourgeoisie. Comme c’est principalement elle qui détermine les enjeux du combat à venir (enjeux offensifs, entendons-nous!), c’est également elle qui sonne les offensives ou les replis.

    Sur le dossier des retraites, il n’est absolument pas garanti que le gouvernement puisse « lâcher » quoique ce soit, ni même renoncer à sa réforme et à ses autres projets. Car derrière la réforme des retraites, il existe un immense butin : celui des retraites complémentaires, des fonds de pension. Un point d’indice trop faible, c’est l’assurance de la misère pour les uns, et l’assurance d’achats de produits financiers censés la compenser pour les autres. Tuer les retraites, c’est de l’argent.

    En réduisant la part du salaire indirect, c’est également, pour la bourgeoisie, faire en sorte de s’assurer que la consommation augmente. L’hérésie du système par cotisation est qu’il n’est pas injecté directement dans le marché. Plus de salaire direct, c’est la possibilité d’augmenter la masse monétaire en circulation, les prix, la croissance, le PIB…

    C’est également un des buts de la Cotisation Sociale Généralisée. En taxant les comptes en banque, il incite à ne pas épargner, mais à dépenser ou à investir (pour ceux qui en ont les moyens), encore du PIB en plus.

    Ces objectifs sont importants, et forment la quasi-assurance d’une manne financière énorme. Elle est à portée de main, elle ne demande qu’à être saisie. Face à cela, quelques jours de pertes financières, dans un blocage de l’économie, peuvent-ils peser suffisamment ?

    Si le gouvernement était dans une logique de réélection et du fait de conserver une base de sympathie, il pourrait chercher un moyen terme. Mais il est le missile à tête chercheuse de la bourgeoisie, servant une fois, cherchant à causer le maximum de dégâts. La retraite et l’avenir de ses agents est assuré dans tous les cas. Cela pose la question de la cohérence du camp des « marcheurs », appuyés par la droite LR.

    Dans l’optique d’une grève générale qui s’inscrirait dans la durée, il est quasiment sûr que la bourgeoisie, dans l’état actuel des choses, avec ses réserves, sa capacité à se reconstruire, à tenir, à briser et réprimer, serait en mesure de remporter la victoire. Si cette grève risquait de voir son rapport de force international se modifier, à cause d’un affaiblissement, elle serait, peut-être, en revanche, obligée de concéder. Mais dans un cadre de lutte interne au pays, la situation est difficile.

    Cela signifie t-il que les manifestations et les grèves sont inutiles ? Non, bien au contraire. Mais cela signifie en revanche qu’elles ne sont pas le bout de tout. Pourtant cette manifestation est extrêmement positive. Déjà, si elle permet un tant soit peu de sortir de la spirale infernale dans laquelle nous sommes rentrés depuis des décennies. Une spirale ou les organisations combatives, faibles, ne peuvent réussir à mobiliser largement. Elles font alors des journées d’action sans lendemain, propres à désespérer. Cette désespérance accroît le manque de confiance dans ces organisations, notamment syndicales. Elles en ressortent donc plus faibles, moins capable de mobiliser, donc accentuant encore le sentiment d’impuissance. Dans le bilan critique du travail des syndicats, cette équation ne peut être ignorée.

    Elle contribue à accentuer la domination d’une aile droitière sur une grande partie d’entre eux, ainsi que des tendances à un fonctionnement routinier et bureaucratique. Mais elles les rendent également plus vulnérables aux pressions de la part de l’appareil d’État ou de la part de la bourgeoisie. Pressions plus ou moins inamicales par ailleurs.

    Les syndicats eux-mêmes, font un travail irremplaçable. Nous appelons à les soutenir, à se syndiquer, à contribuer à travailler à renforcer ces outils.

    S’il existe de critiques à faire à l’activité de ces organisations, ces critiques ne doivent pas se réduire à des déclarations destructrices, de provocation ou de défiance. Ces critiques sont des critiques, avant tout, de camarades à camarades.

    Or, des organisations ou groupes – formels ou non – qui rejettent les syndicats ou qui en font une critique destructrice existent. Mais en dépit de leur arrogance, elles n’ont pas, trouvé un moyen pour remplacer ce travail par quelque chose de supérieur. En dépit de leur vanité quant à l’activité et au bilan des syndicats, ces groupes en sont toujours tributaires, vivant en parasite du travail de fond des autres. Leur pratique de l’activisme confond bien souvent la radicalité de la forme et la radicalité du fond.

    Nous ne pensons pas que la réponse réelle à la situation, comme le pensent certains groupes gauchistes, par le fait que les manifestations se heurtent à la police. Bien souvent, derrière cela se niche une réalité qui ne les honore pas toujours, à savoir un fond réformiste. Si le rejet atavique de la violence est souvent le corollaire du réformisme, sa fétichisation ne remplace pas la réflexion sur la question du pouvoir et l’organisation des masses populaires.

    Cependant, dans les affrontements avec les forces de l’ordre, souvent provoquées, nous condamnons la violence de l’État et de la bourgeoisie. Nous ne cédons pas aux injonctions à condamner la violence issue des masses, ainsi que les « dégradations ». Nous ne mettrons jamais les deux sur le même plan, et nos critiques, aussi acerbes puissent-elles être, sont avant tout des critiques de camarades à camarades.

    Nous pensons que la réponse, la porte de sortie est politique. Elle existera si la quantité se transforme en qualité, politiquement parlant.

    Toute victoire est temporaire. Nous l’avons bien compris par rapport aux conquêtes sociales. Mais, par corollaire, toute défaite dans la lutte des classes est également temporaire. Gagner sur le dossier des retraites, c’est gagner du temps. Perdre sur le dossier des retraites, c’est perdre de l’espace pour vivre. Mais défaite ou victoire son le flux et le reflux des vagues. Ce qui reste c’est notre capacité à nous organiser, à progresser politiquement, à rendre les coups, et, surtout, à mettre en place les outils de la victoire.

    Construire l’unité pour construire la victoire.

    En réalité, la véritable victoire est un passage de l’action revendicative économiste à l’action politique. L’élévation du niveau de conscience politique général, de la fin des illusions sur le parlementarisme, et son corollaire, l’organisation.

    Dans la lutte économiste, syndicale, il est peut-être possible de gagner du temps. De réussir à repousser l’application de cette réforme. Nous l’espérons, et c’est avec cet espoir que nous nous lançons dans la bataille. Mais la victoire, la vraie, la stratégique, est ailleurs.

    Une vraie victoire de cette épreuve de force serait, en dépit de tout, que le camp du peuple ressorte renforcé. Un camp du peuple, qui réunisse les organisations, les groupes, les associations, les nébuleuses combatives. Un camp qui a montré qu’il pouvait exister dans les Assemblées Populaires et dans les Assemblées des Assemblées. Un camp dont la construction doit être au centre de nos préoccupations, dans l’état actuel des choses. Mais le mouvement spontané ne peut suffire, il a besoin de plus.

    Nous travaillons à cela. Nous ne sommes pas seuls à le faire. Mais nous sommes peu, faibles, dispersés. Et nous n’arrivons pas nous même à nous mettre en ordre de bataille pour que la lutte progresse sur le fond.

    Le mouvement ouvrier en France, tout comme le mouvement de revendication populaires et de lutte sociale, manque cruellement d’outils stratégiques, politiques, pour gagner en force. Le mouvement communiste français, dans toutes ses variantes, est toujours aussi faible et dispersé. En dépit de succès locaux, le chauvinisme d’organisation, la défiance, est plus la règle que la volonté de collaborer. Dans notre expérience des tentatives de travail unitaire, nous avons pu constater que le sectarisme est une vertu savamment couvée.

    Plus le temps passe, plus la situation se dégrade, plus nous regardons avec effroi ce sectarisme-parasitisme, qui pousse à créer systématique des initiatives séparées, d’ignorer les existences des uns et des autres, de chercher à se couper l’herbe sous le pied. Ces travers, nous les avons également, et nous désirons les combattre chez nous aussi, dans nos pratiques et dans nos rapports de travail. À nos yeux, le travail unitaire et le développement d’une politique d’unité ne peut être un slogan publicitaire. Il doit être une réalité.

    Pourquoi ? Parce que l’importance de la lutte que nous menons transcende les conflits absurdes entre sectes recroquevillées sur une vérité autoproclamée. Son importance la dépasse. Importance par rapport à la lutte, ici, en France. Importance par rapport à la lutte dans les pays et territoires sous la domination de notre impérialisme. Importance dans la solidarité internationale et dans les liens que nous devons nouer avec nos camarades d’ailleurs.

    Nous, et nos camarades UPML avec nous, maintenons la nécessité impérieuse d’une rencontre générale entre tous ceux qui partagent cet objectif. Quels que soient leurs noms, leurs titres et leurs chapelles, nous considérons que, à ce stade de la lutte sociale, maintenir l’ignorance les uns des autres est un acte grave, qui contribue à entraver le développement des outils de la victoire des exploités et des exploitées contre leurs exploiteurs et leurs exploiteuses.

    Nous ne pensons pas que ce soit en ignorant l’existence des autres organisations, que ce soit des organisations idéologiquement proches ou plus éloignées, que nous grandirons. Au contraire, chacun de nous participe à reconstruire et à donner vie au mouvement communiste. Reste à franchir l’étape de lui donner corps, ce dont nous avons un besoin impérieux.

    Les suites du mouvement se discutent à l’heure actuelle. Quelles qu’elles soient, nous devons jouer tous et toutes notre rôle !

    Nous avons besoin de mettre en cause la dictature de la bourgeoisie.

    Nous avons besoin de faire vivre l’opposition extra-parlementaire des Assemblées Générales, embryon de démocratie populaire.

    Nous avons besoin de nous réunir, militants et militantes politiques révolutionnaires et communistes.

    Nous avons besoin de construire un Parti révolutionnaire !

  • Deux camps ?

    Deux camps ?

    M. Lallement, Préfet de police de Paris, nous a offert un savoureux échange avec un gilet jaune au lendemain de l’anniversaire du mouvement. Un échange savoureux et révélateur, tant de l’attitude de la bourgeoisie à l’égard des masses que de celle des politiciens.

    Didier Lallement s’est forgé une réputation de « fou furieux » de la répression en Gironde. Il est une personne redoutée de ses pairs comme de ses subordonnés. La Police elle-même a exprimé à plusieurs reprises des craintes quant à sa nomination tant ses pratiques répressives la mettait sous tension. C’est ce personnage, issu des franges chevenementistes du PS, qui est aujourd’hui aux commandes de la répression parisienne. La gauche sociale-démocrate a fourni Valls et Castaner, pourquoi pas non plus un des préfets les plus agressifs de ce début de siècle ?

    Lors de l’anniversaire des Gilets jaunes, le Préfet a manœuvré pour que la répression puisse être employée à son paroxysme. En autorisant d’abord le rassemblement des Gilets Jaunes, puis en déclarant unilatéralement son interdiction et sa qualification – administrativement décidée – en attroupement violent. Cette requalification lui permettait de lâcher la bride à ses troupes. Cette requalification ne pouvait être portée à la connaissance de qui que ce soit.

    Le site vu du droit, rédigé par l’ancien avocat proche du PCF Régis de Castelnau, a fourni une explication sur les aspects légaux des opérations menées par la police à ce moment-là. Or, le mode opératoire était conçu précisément pour que les choses débordent. Le rédacteur du site note que M. Lallement s’est rendu coupable de plusieurs délits.

    « La mise en danger délibérée de la vie d’autrui (article 223-1 du Code pénal) » ; « Complicité de dégradations volontaires de biens publics (articles 322-1 du Code pénal) » ; « Violences volontaires par autorités publiques (articles 222-9 à 222-13 du Code pénal) » ; « Atteinte à la liberté par séquestration arbitraire effectuée par autorité publique (article 432-4 du Code pénal) »…

    L’auteur ajoute également une nuance plus exotique :


    « Délit de concussion (article 432-10 du Code pénal) » enfin, une petite gâterie pour compléter le palmarès. Que dit le texte : « Le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, de recevoir, exiger ou ordonner de percevoir à titre de droits ou contributions, impôts ou taxes publics, une somme qu’elle sait ne pas être due, ou excéder ce qui est dû, est puni de cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 500 000 €, dont le montant peut être porté au double du produit tiré de l’infraction. »
    Résumons : la manifestation était autorisée et les gens qui s’y sont rendus et se sont installés sur la place d’Italie le savaient. La décision d’annulation brutale ne pouvait dans ces circonstances être connue ou prévue des participants. À aucun moment les gens verbalisés dans le périmètre et autour de la place d’Italie ne peuvent avoir su qu’ils participaient à une manifestation interdite. Condition indispensable pour qu’ils aient commis l’infraction. Mais il y a plus, on ne sait rien des formes prises pour cette interdiction ce qui est encore plus grave car pèse ainsi sur elle la suspicion d’un « acte inexistant » privant de base légale tous les procès-verbaux. Didier Lallement devait le savoir parfaitement, mais tout à sa frénésie de répression et son zèle pour plaire au parti de l’ordre, il a probablement passé outre. Et fait percevoir des sommes qu’il savait ne pas être dues. C’est ça la concussion.

    Le lendemain, donc, notre homme s’est pavané en grand uniforme. Interpellé par une dame Gilet Jaune, apprenant sa participation au mouvement, il lui a rétorqué : « Nous ne sommes pas dans le même camp. » puis que « [s]on oncle est tombé à Monte Cassino ». Prenant prétexte du fait que le monument dédié au Maréchal Juin ait été endommagé. Le Préfet s’est permis une divagation sur la présence de son oncle durant cette bataille, où le corps combattant français était dirigé par le Maréchal.

    L’argument est quelque peu douteux, entre le sophisme d’autorité et le reducto ad hitlerum implicite. On voit que le jeune socialisme, parti en 1984 soutenir les sandinistes du Nicaragua, a pris un chemin d’une nature bien différente.

    Pour l’anecdote, cette stèle n’a, en réalité, par véritablement de raison d’être. Alphonse Juin ayant été déchu de son titre de Maréchal par de Gaulle, lors de son éviction du Conseil supérieur de la Défense nationale. Mais il s’agit d’un détail. L’essentiel est dans cette affaire de camp.

    La phrase a déclenché un tollé général. Tollé qui s’est répercuté à l’assemblée nationale. Le député LFI Ugo Bernalicis a ainsi déclaré : « C’est donc à dessein que vous l’avez nommé car il y a une adéquation entre votre doctrine de maintien de l’ordre et la réputation de ce préfet, entre ‘l’éborgneur’ et le fou furieux”, indiquant que “Lallement (avait) quitté le camp de la République” et demandant à ce qu’il soit ”(démis) de ses fonctions ». Édouard Philippe a qualifié cette accusation d’antidémocratique, bottant en touche sur le fond de l’affaire. Nous en déduisons donc que, dans la démocratie idéale vantée par le Premier ministre, l’impunité complète est une norme.

    Mais en réalité, pouvons-nous blâmer le préfet ? Après tout, il ne fait qu’énoncer une vérité manifeste. Il existe deux camps opposés en France. Un camp qui incarne les intérêts des diverses fractions de la bourgeoisie, avec des approches plus ou moins libérales ou protectionnistes. Ce camp soutien unanimement l’impérialisme français, derrière des motifs plus ou moins naïfs, allant de l’humanitaire jusqu’à la place de la France dans le monde. Un camp qui exploite les travailleurs et les travailleuses tout comme la nature. Un camp qui se prétend démocratique, mais qui, en réalité, est prêt à aller jusqu’à la plus grande brutalité pour protéger ses intérêts.

    En face de lui se trouve le camp de ceux qui produisent tout, mais n’ont rien. De ceux et de celles sur qui on marche, qu’on éborgne, qu’on grenade.

    Dans l’affaire, c’est le député LFI qui se trompe, en dépit de sa bonne volonté manifeste. Le camp de la République est précisément celui que sert le Préfet. Avec dévotion et efficacité. Ce camp est celui de la République bourgeoise, de ses institutions et de son État.

    C’est un fait incontestable, au vu de la lutte continuelle menée depuis plus d’un an par les Gilets Jaunes et par les autres secteurs en lutte. La manière dont le régime a répondu par le silence, l’intimidation puis la répression l’illustre dans toute sa splendeur.

    Si, dans les esprits, cela est acté, il faut désormais que cela se traduise dans la pratique. Il faut en tirer jusqu’au bout les conclusions politiques qui s’imposent. La bourgeoisie, l’autre camp, nous propose un jeu électoral pipé comme unique porte de sortie. Soit celle-ci est une nouvelle fois prise, soit une autre est trouvée.

    Nous avons éprouvé les limites du parlementarisme. Les limites des députés, qui préfèrent s’augmenter que s’intéresser au sort des masses. En fait de jeu démocratique, la bourgeoisie possède les pleins pouvoirs. Elle légifère pour son compte, fait exécuter ses lois et les fait appliquer par sa justice, sa police, son armée. Et lorsque celles-ci ne suffisent pas, lorsqu’elles sont trop étroites pour satisfaire sa rapacité, ou, au contraire, trop laxiste pour écraser les exploités, elle triche. Elle les outrepasse. En déclarant ces propos, M. Lallement a t-il eu l’exemplarité qu’on exige des fonctionnaires ? La neutralité ? Le devoir de réserve ? Non et il n’encourt aucune sanction, car, politiquement parlant, il est à sa place.

    Ce n’est pas une dérive du pouvoir, ça en est l’expression.

    Construisons alors le nôtre.

    Un pouvoir basé sur une opposition extra-parlementaire unique. Un front unique de lutte, dont le centre de gravité ne sera pas les salons bourgeois de Paris, mais les Assemblées Populaires, qui sont les lieux d’unification, de synthèse des luttes. En dernière instance, lors du prochain rendez-vous, le 5 décembre, qu’importe le nombre de personnes dans la rue. Ce qui importe ce sont les suites.

    Pour que ces suites soient à la hauteur des enjeux, elles doivent être populaires et démocratiques, massives et reliées les unes aux autres. Pour construire le camp opposé à celui du Préfet de Paris : construisons la démocratie populaire !

  • 100 millions sinon rien – partie 9.  Le Grand Tournant

    100 millions sinon rien – partie 9. Le Grand Tournant

    La planification et le grand tournant, lancés en 1928 et 1929, n’ont pas d’équivalent dans l’histoire en termes de transformation profonde de l’économie et de la vie sociale. Cette étape dans la construction du socialisme a été critiquée avec véhémence par plusieurs commentateurs et par les oppositions. Boukharine la voyait comme prématurée, voir non nécessaire, ne comprenant pas les processus de concentration de la propriété foncière et de la terre entre les mains des Koulaks ; Trotski la voyait comme quelque chose d’impossible, d’irréalisable. Il aurait fallu se contenter d’un impôt spécial, mais ne pas toucher à la propriété de la terre. Ces critiques sont légitimes quand elles touchent à la forme, bien que les Soviétiques ont fait ce qu’ils pouvaient. Sur le fond de l’affaire, il n’existait pas d’autre possibilité de pouvoir transformer radicalement le fonctionnement de la production soviétique.

    Pour pouvoir passer d’une économie nationalisée (partiellement) à une économie socialiste, il fallait réussir un véritable tour de force. Il fallait être capable de recenser les ressources, le potentiel industriel, le potentiel humain. Mais réussir également à accorder les décisions économiques centralisées, qui relèvent de la planification et les décisions économiques courantes, lesquelles, elles, relèvent de la gestion économique courante.

    Or la planification est beaucoup plus profonde que la question de la simple gestion. Beaucoup voyaient dans le socialisme une simple économie « autogérée » ou nationalisée. Il ne s’agit pas que de produire sous le patronage de l’État, mais bien de transformer complètement les rapports de production au sein de la société, et de mettre fin aux échanges marchands de manière progressive.

    Or, passer d’un système où, même limitée, la sphère du marché existe, les rapports marchands forment la base principale des rapports économiques entre les individus, à un système planifié n’est pas une mince affaire. Même aujourd’hui, y compris dans un État possédant une base industrielle solide, même en incluant l’expérience soviétique, il serait particulièrement difficile de parvenir à réaliser sans à coups cette opération. Elle était d’ailleurs préparée de longue date. Le Gosplan, l’organisme qui était chargé de la mise en place de la planification, avait travaillé dès le début de l’URSS, dans le but de pouvoir identifier les ressources, faire l’inventaire des entreprises et des industries, tout comme des perspectives de développement économique. La tâche était immense.

    La planification était vue, dans le Parti, comme allant de soi. La collectivisation, quant à elle, faisait débat. Pourtant, comment faire pour, d’une part, parvenir à financer la construction d’une industrie, de l’autre parvenir à ne pas être sous la dépendance du bon vouloir de la paysannerie, et en particulier de la paysannerie riche ?

    Boukharine préconisait de simples impôts. Trotski, moins fixé sur cette question, avait oscillé entre cette position (au moment de l’opposition unifiée) et des expéditions punitives assorties de réquisitions. Ni l’une ni l’autre n’étaient viable. L’une parce qu’elle laissait libre cours au marché libre des denrées alimentaires, l’autre parce qu’elle rompait l’alliance entre ouvriers et paysans et exposait l’URSS à une guerre civile.

    La collectivisation suivait un but rationnel. Il fallait regrouper les propriétés paysannes entre elles, permettre ainsi la rationalisation de l’utilisation des machines. L’État achetait à un prix fixé les denrées produites par les exploitations collectives et les vendait dans les villes. Le profit généré servait à financer l’industrialisation. En échange, l’État produisait des SMT (Station de Machines de Travail) qui étaient alloués aux Kolkhozes. Le gain de productivité ainsi réalisé permettait d’augmenter la production progressivement et de créer un cercle vertueux. Il n’avait pas été tranché de manière précise la question du marché paysan et de la possibilité pour les agriculteurs de travailler une terre privée.

    La collectivisation s’est imposée comme la seule et unique possibilité. Mais comment la réaliser ? Ce n’était pas non plus une évidence. L’idée généralement admise était qu’il fallait convaincre les paysans des bienfaits de la collectivisation. Mais cette entreprise n’allait pas de soi. Elle a eu un coût terrible, regrettable, mais difficile à éviter.

    En 1929, au moment où elle est mise en œuvre, cette politique arrive à un moment où l’URSS se heurte à un mur invisible. D’une part le contexte international est davantage tendu que jamais. Déjà en 1927, il y eu une rupture des relations diplomatiques entre la Pologne et l’URSS. Une guerre semblait imminente, avec, derrière, l’intervention anglaise comme un risque réel. De plus, la paysannerie riche, en position de force, dicte sa loi. La récolte catastrophique de 1928 indique un changement d’attitude chez elle, laissant supposer qu’un conflit de classe est imminent.

    En décembre de la même année, la direction soviétique décide alors de lancer l’opération. Elle s’accompagne, contrairement aux récits maintes fois élaborés de toute pièce, d’un véritable mouvement de masse. Et pour cause, l’encadrement communiste est particulièrement faible dans les campagnes. Ce bouleversement est parfois nommé « révolution culturelle stalinienne » tant il est profond. Il forme un effet boule de neige qui entraîne les campagnes, et les enflamme parfois.

    Tandis que la récolte de 1928 avait entamé grandement les réserves de l’URSS, le temps des troubles de 1929-1930 accentue le problème. La situation ressemble, par certains aspects, à celle de la période du communisme de guerre. L’URSS doit faire un choix.

    • Contrairement à la grossière caricature qui est faite, y compris dans La ferme des animaux de G. Orwell, elle réduit considérablement ses exportations. Ce choix est connu depuis peu, au travers des travaux de S. Wheatcroft et de M. Tauger. Il a placé l’URSS dans une situation difficile vis-à-vis de ses créanciers, d’autant qu’elle doit même importer. Le problème s’est partiellement résolu en liquidant la collection d’œuvre d’art de l’Hermitage, permettant de trouver des devises.
    • Si l’Union soviétique lâche complètement la bride à la campagne, et laisse faire la politique de sabotage de la part des franges anticommunistes de la paysannerie, elle expose les villes à la famine.
    • Si elle mène une politique de réquisition, elle s’aliène une partie importante de la campagne, comme à l’époque du communisme de guerre.

    Sommée de choisir, le gouvernement soviétique a dû revenir aux réquisitions, face auxquelles une partie de la paysannerie a réagi en accentuant le sabotage et en refusant d’effectuer les livraisons. Les régions agricoles majeures ont été logiquement les plus touchées, à commencer par l’Ukraine. Il n’en fallait pas moins pour que se déchaînent les passions sur un hypothétique génocide prémédité.

    Dans l’esprit des fossoyeurs de l’URSS

    Dans l’acceptation généralement admise en occident, la collectivisation et la planification étaient uniquement conçus pour briser la paysannerie et imposer « le totalitarisme », détruire la société traditionnelle paysanne, voire massacrer pour « imposer le pouvoir ». Un pouvoir fétichisé, le plus souvent sans contenu de classe, ni ambition politique claire. Au mieux, l’opération sert à « transformer l’URSS en grande puissance », au pire… on en arrive à l’Holodomor.

    Une certaine littérature, animée par l’extrême-droite, mais reprise, comme très souvent, par l’extrême-gauche anti-totalitaire, a travaillé avec ardeur pour faire de la collectivisation un génocide. L’Holodomor serait une punition collective infligée par le gouvernement soviétique à un peuple ukrainien rétif, qu’il faudrait discipliner. Le gouvernement ukrainien de la Révolution orange, inspiré par ces thèses, en a fait usage, quitte à tordre la réalité historique :

    « Ainsi en va-t-il de l’Holodomor en Ukraine : les famines de 1931-1933 ; littéralement Holodomor signifie « laisser mourir de faim ». Le Parlement ukrainien a voté en 2006 une loi qui reconnaissait l’Holodomor comme un génocide envers le peuple ukrainien et qui en condamnait la négation publique. Elle suscita immédiatement des controverses, avec pour enjeu le passé communiste et les objectifs de Staline. S’agissait-il, comme l’a affirmé le président Iouchtchenko, « d’anéantir la mémoire nationale », en sapant les fondements de « la spiritualité ukrainienne (la famille, la foi en Dieu, l’amour de la terre ») ? Finalement, la pénalisation de la négation ne fut pas retenue, non plus que le caractère spécifique du crime contre le peuple ukrainien. » (Hartog, 2013)

    L’impossibilité de caractériser juridiquement le crime contre la « spiritualité ukrainienne », mais également la levée de bouclier par les associations de victimes de la Shoah, heurtés par les tentatives de réhabilitation sous-jacentes de criminels nazis, ont mis fin à la tentative. En dépit de cette absence de fondement juridique, elle est constamment diffusée, notamment par le biais de l’Éducation Nationale. Elle est une héritière directe de l’influence toujours vive de la « querelle des historiens », mais aussi de la Guerre froide.

    Ce qui ressort des travaux des chercheurs, c’est que le phénomène de famine n’a pas été localisé exclusivement à l’Ukraine, illustrant une politique spécifique de la part de la direction soviétique, mais qu’il a été un phénomène diffus. Diffus dans le temps, car débutant avec la récolte de 1928 et se terminant aux alentours de 1932-1933, mais également diffus géographiquement, car concernant une grande zone géographique, allant de l’Ukraine au Kazakhstan.

    Le caractère exceptionnel de cette famine est également le fait d’un tour de passe-passe. Cette opération vise à comparer des situations incomparables dans le monde. En effet, les détracteurs de l’Union soviétique comparent implicitement ou explicitement l’URSS à des États occidentaux, montrant la famine comme un signe d’arriération moyenâgeux, évoquant dans les esprits l’image de la Grande peste ou de l’Ancien régime. Deux choses séparent fondamentalement pourtant ces pays de l’URSS :

    • L’accès au marché international des semences et des denrées agricoles avec une souplesse au niveau du crédit. Le plus généralement, l’Union soviétique est traitée comme un partenaire commercial qui doit payer immédiatement, ce qui demande des devises étrangères, des fonds de roulements…etc. Cela rigidifie grandement la possibilité de nouer des relations commerciales.
    • Le caractère impérialiste des autres pays. Ce point n’est pas à négliger. L’abondance de produits de consommation agricole dans les pays « développés » (en réalités dominants) n’est pas un tour de magie productiviste. C’est avant tout la possibilité de compter sur la surexploitation et les superprofits réalisés ailleurs. Parfois, les pays impérialistes ont tout simplement fait payer leurs colonies à leur place. La France, entre 1940 et 1948, a ainis imposé un régime de « ravitaillement » au protectorat du Maroc, obligeant celui-ci à livrer des denrées alimentaires. 200 000 sont morts de faim. La famine du Bengale, en 1943, qui a fait entre 2 et 4 millions de morts, a été provoquée par les choix économiques du gouvernement britannique. La seule réponse de Churchill a la situation fut de dire  « Alors pourquoi Gandhi n’est-il pas encore mort ? ». Les famines actuelles sont également le fruit de cette surexploitation avide et criminelle.

    Mais qu’en est-il réellement ?

    Nul ne conteste que la mortalité est montée en flèche durant la période. En revanche la paternité de cette hausse de mortalité, les raisons politiques ou techniques de son apparition, sont toujours débattues. Souvent, en revanche, l’attribution des causes est liée à une pétition de principe qui impute au gouvernement soviétique, voir à la personne même de Staline, l’alpha et l’oméga de l’intégralité des événements qui ont eu cours durant la période. Ces capacités surhumaines attribuées au gouvernement soviétique sont flatteuses, mais ne reflètent pas une réalité nettement moins avantageuse. Dès 1958, avec Smolensk under soviet rule, écrit par Merle Fainsod, démonstration est faite que, à cette période le gouvernement soviétique et le Parti communiste contrôlent assez peu la population. Les travaux ultérieurs sur les archives soviétiques, avec un corpus plus large, n’ont fait que confirmer cela. Parler d’un totalitarisme tentaculaire, bureaucratique et maître du territoire est un contre-sens historique. Cela a, bien sûr, été tenté par des politologues comme Brzezinski, dans l’unique but de s’attaquer au bilan de l’Union soviétique.

    L’échec de cette opération n’en a pas moins empêché la diffusion, notamment par le biais des manuels scolaires. Cette historiographie, qui fait de la collectivisation « un massacre de Koulaks » est avant tout une condamnation du socialisme. Elle ne se base sur aucune réalité.

    En dépit de l’imagerie habituelle, très rapidement, la direction soviétique prend conscience du fait que les choses ne se passent pas « comme prévu ». En mars 1930, Staline publie dans la Pravda un article appelé « les vertiges du succès » Il marque un coup d’arrêt à la collectivisation forcée, laquelle dure en tout est pour tout 3 mois. La collectivisation sera donc faite par le fait de convaincre la paysannerie, tandis que des lopins individuels sont conservés comme moyen terme.

    Finalement, le succès est progressif, mais réel. La paysannerie est majoritairement dans les kolkhozes. Mais l’opération s’est mal passée. Aux yeux de la direction, cela révèle la faiblesse de leur encadrement et la qualité assez basse des cadres communistes de rayon. Certains agissent en seigneurs féodaux, d’autres s’enivrent avec les Koulaks qu’ils sont censés liquider en tant que classe. Certains dirigeants de soviet locaux sont également des contre-révolutionnaires, propriétaires fonciers, parfois même copinant avec les bandits de grand chemin, qui existent toujours à cette période.

    Le Parti, qui s’est largement prolétarisé dans les années 1920, est devenu une organisation immense, avec plusieurs millions de membres 1 600 000 en 1930, 3 500 000 en 1933. Or, le niveau politique est souvent très bas, tandis que le fonctionnement, toujours inspiré par la clandestinité, renforce l’existence d’un blat quasiment omniprésent. Dans la période de tension des années 1929-1933, les purges visent surtout l’expression politique contre la collectivisation. Elles touchent 250 000 personnes, mais ne sont ni des déportations, ni des exécutions. En revanche, une vérification de fond en comble de l’appareil du Parti n’est pas possible dans la situation. Celle-ci à donc lieu à l’issue de l’épreuve de force, en 1933, à une vaste révision des cadres. Il s’agit d’une des premières grandes purges.

    Une lecture policière de l’histoire en a fait le premier acte d’une série visant à assurer une domination totale à Joseph Staline sur l’appareil d’État. Or cette reconstruction a posteriori des événements se marie mal avec les autres éléments dont il est possible de disposer, à commencer par une réintégration de certains opposants, à l’image de Préobrajenski.

    À l’issue de cette période, la politique soviétique entre dans une phase de calme relatif et de relâchement. Ces années, de 1930 à 1934 sont cependant une période de transformations importantes de la société soviétique, en particulier de son mode de vie.

  • Les racines de la crise du système éducatif.

    Les racines de la crise du système éducatif.

    Contribution d’un camarade de l’UPML

    Le 21 septembre dernier, Christine Renon, collègue directrice d’école de Pantin, a mis fin à ses jours sur son lieu de travail. Elle avait pris soin d’adresser un long courrier à ses collègues afin d’expliquer son geste désespéré.

    Par ce courrier, largement diffusé pendant plusieurs jours, elle souhaitait dénoncer les dérives de l’institution. Le constat qu’elle porte est sans appel et reflète parfaitement le sentiment de très nombreux-ses collègues : un métier et des missions largement vidés de leur sens, une accumulation excessive de tâches, des attentes/exigences administratives et hiérarchiques qui nient l’humain et le lien social… La longueur de la liste des reproches suffit à comprendre ce qui l’a amenée à cette décision sans retour.

    Maltraitance des enfants et des personnels

    A l’Éducation Nationale comme ailleurs sévit un management du travail qui cherche en permanence à astreindre l’activité humaine à des pressions de rentabilité, à des obsessions de normalisation et tout cela dans l’ignorance de la réalité quotidienne de souffrance et d’incompréhension que ces impératifs produisent. Christine Renon exprimait dans sa lettre la perte de sens d’un métier où l’administration prône la bienveillance à l’égard des élèves, tout en créant des conditions de maltraitance des enfants et des personnels. Christine Renon expose des situations de travail partagées où chacun est amené à se reconnaître. Pour preuve, le mouvement de grève du jeudi 3 octobre a compté plus de 200 écoles fermées en Seine-Saint-Denis et des milliers d’enseignants grévistes dans le premier et le second degré à travers la France !

    L’école n’est pas un îlot isolé, elle reflète la société, les courants qui la traversent. Si elle a permis à de plus larges couches de jeunes d’acquérir une certaine culture, et par là même une certaine ouverture sur le monde, elle reste un moyen pour la bourgeoisie de contrôler, ou du moins de tenter de contrôler les esprits, et d’assurer la pérennité du cadre bourgeois, a fortiori dans sa phase de mutation néo-libérale.

    L’école des « valeurs de la République » …

    L’école publique a certes quelque peu changé depuis les années 1880 et Jules Ferry, qui voulait transformer chaque écolier en patriote, en futur soldat prêt à mourir pour la France. Mais, sur le fond, l’idéologie qu’elle diffuse reste la même. Les ministres de l’Éducation successifs, de droite comme de gauche, ne cessent de le répéter : l’école doit apprendre le respect des « valeurs de la république ». Il faut entendre par là celles que la bourgeoisie veut inculquer aux jeunes.

    La nécessité de donner un minimum d’instruction aux enfants des classes populaires ne s’imposa à la bourgeoisie française qu’à la fin du 19e siècle. Elle avait de plus en plus besoin de trouver sur le marché du travail une main-d’œuvre ayant un minimum d’instruction, c’est-à-dire sachant lire, écrire et compter. Dans le contexte politique de l’époque, les bourgeois républicains ne tenaient pas à ce que cette instruction populaire soit dominée par le clergé. L’État devait donc se charger de développer l’éducation des enfants des classes populaires indépendamment de l’Église, en finançant la construction d’écoles dans chaque commune et en les remettant dans les mains d’instituteurs rémunérés par lui, d’instituteurs qui seraient les « hussards » de la république.

    … et du colonialisme-impérialiste français

    L’œuvre de Ferry ne peut décemment pas être dissociée de la politique de la bourgeoisie républicaine au pouvoir en France à partir de 1879. J. Ferry en fut un des principaux idéologues et promoteurs. Au-delà du mythe du vertueux républicain, c’est la nature de classe de sa politique qui doit être étudiée. Le rôle de mobilisation idéologique assigné à l’école prend tout son sens si on le relie à la politique extérieure portée par Jules Ferry et les Républicains modérés. Continuant l’action des régimes précédents, qui ont conquis et colonisé l’Algérie et le Sénégal, ils donnent une nouvelle impulsion à l’impérialisme français.

    Il s’agit pour eux de se tailler en Afrique et en Asie des zones économiques exclusives, où les industriels nationaux pourraient écouler leurs produits, mettre au travail une main-d’œuvre bon marché ou s’approvisionner en matières premières. Par la conquête militaire, les gouvernements offrent ainsi aux bourgeoisies nationales des marchés réservés, qui leur permettraient de conforter leurs taux de profit. L’école développe les attitudes, les valeurs et le savoir confortant la colonisation.

    Et aujourd’hui où en sommes nous ?

    Le processus à l’œuvre au sein de l’Éducation épouse les contours de la mutation du Capital opérée depuis des décennies. Même si chaque pays garde apparemment la maîtrise de sa propre organisation scolaire, une politique mondiale s’élabore dans les commissions et réunions de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), dans les rapports de la Commission Européenne et de la Banque mondiale. L’école se voit de plus en plus privée de toute autonomie vis-à-vis de la production et de sa logique. Les enseignants sont assimilés à des techniciens de la pédagogie ou à des cadres. L’école tend ainsi à se privatiser, non pas nécessairement sur les plans juridique et financier – du moins pas encore – mais par sa transformation interne en un marché où la concurrence entre individus et établissements devient la règle.

    Au service de la guerre économique internationale

    Les connaissances, compétences et capacités individuelles constitue une matière première exploitable source de compétitivité dans la guerre économique généralisée. Pour l’OCDE, La Banque mondiale et la Commission européenne, c’est là la seule véritable justification de l’investissement éducatif. Cette subordination de l’enseignement aux impératifs économiques s’étend à l’ensemble des cursus. Pour la Commission européenne, les « compétences personnelles liées à l’esprit d’entreprise devraient être enseignées dès le plus jeune âge » (dans L’Esprit d’entreprise en Europe, Bruxelles, janvier 2003). Pour l’OCDE, l’une des conditions de la compétitivité et de l’emploi est la « souplesse du marché », ce qui suppose une transformation des mentalités à laquelle devrait contribuer l’école. Quoi de mieux alors que de définir l’école elle-même comme une entreprise, chargée de la production de compétences ou de formation de capital humain ?

    C’est dans cet esprit que s’inscrit la récente loi Blanquer. C’est ce qui se tapit derrière l’obligation de scolarité dès l’âge de 3 ans. C’est ce qui s’inscrit derrière chaque article et préconisation : les méthodes de l’entreprise, sa culture managériale, son langage, ses pratiques. Il s’agirait maintenant de s’organiser pour contrer ces attaques virulentes. Refusons cette soumission de l’école aux exigences du patronat. L’heure de la riposte a sonné ! En s’inscrivant dans la contestation générale et grandissante de la société capitaliste.

    Kroupskaïa (commissaire à l’éducation après la révolution d’Octobre 17 en URSS), disait dans «Instruction Publique et démocratie, » en 1915 : « L’objectif de cette école nouvelle doit être d’assurer le plein épanouissement d’individus ayant une vision globale des choses, comprenant clairement la nature et la société qui les entourent, aptes, aussi bien en pratique qu’en théorie, à exercer toute forme de travail tant physique qu’intellectuel et capables de se forger une vie en société sensée, riche de contenu, pleine de joie et de beauté ».

    Un camarade de l’UPML