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  • Combien de confinements ?

    Combien de confinements ?

    Après bientôt une quarantaine de jours de confinement, la question qui est légitimement dans tous les esprits est : comment en sortir ? Or, la réponse n’est absolument pas évidente.

    Ces dernières semaine, la mortalité a été extrêmement fortes. Plus de 21 000 morts, principalement des personnes âgées. Mais le bilan est loin d’être encore réellement réalisé. Il a déjà été annoncé que la mortalité anormale avait largement dépassé celle de la canicule de 2003 tout comme celle de la plupart des épidémies de grippe saisonnières. Et l’épidémie n’est pas encore terminée. Nous adressons nos condoléances les plus sincères à toutes celles et ceux qui ont perdu un être cher. Nos pensées vont vers eux et elles.

    Malgré ces terribles deuils, il est important de reconnaître que le confinement a permis un aplanissement de la courbe des infections. En dépit de toutes les inégalités, en dépit des violences policières innombrables et cruelles, en dépit des violences conjugales et familiales, le confinement à contribué à éviter une destruction complète du tissus hospitalier.

    Mais quelque part, il est aussi victime de son succès. Avec un taux d’infection de 5,7 % (estimé) de la population, le confinement a fonctionné. Mais il laisse aussi un sentiment amer et inquiétant : celui d’une pandémie qui est loin d’être terminée. Il n’est pas non plus rassurant de penser qu’il y a eu une saturation des services de santé avec un taux d’infection qui est demeuré, malgré tout, très bas.

    Cela signifie qu’il reste donc, au minimum, un potentiel de 94,3 % de la population qui court le risque d’être touchée, en partant du principe d’une immunité acquise à 100 %. Principe qui d’ailleurs n’est pas encore avéré et qui est, en dernière instance un problème insurmontable.

    La question qui se pose est de savoir quels sont les projets du gouvernement, projets qui ont tendance à avoir l’air pris au jour le jour, avec des ordres, des contre-ordres, des revirements brutaux…Une partie de ce qui suit est donc du domaine de la spéculation. Spéculation cependant alimentée par des principes de rationalité qui sous-tendent tout raisonnement.

    En somme, nous pouvons penser que les objectifs du gouvernement sont les suivant :

    • Tenter de juguler au plus vite et avec le moins de casse possible la crise pandémique. En réalité il n’y a pas d’intérêt au fait de causer des morts.
    • Tenter de limiter la pression au maximum sur le cœur de l’économie à la fois pour éviter de nuire aux intérêts de la grande bourgeoisie, mais également pour tenter de limiter le délitement du tissus économique du pays.
    • Tenter de ménager une certaine stabilité politique dans le pays pour éviter une crise politique majeure.
    • Ne pas se laisser enterrer par les États qui peuvent se permettre une politique de remise en route beaucoup plus rapide et brutale.

    Mais ces objectifs sont extraordinairement difficiles à atteindre sans que cela ne dépasse les limites de l’acceptable pour la population, déjà largement échaudée par l’incompétence du gouvernement et par les tensions sociales préexistantes. Il existe des points de ruptures qui sont déjà dépassés, notamment dans les quartiers populaires, dans lesquels 40 jours d’isolement n’ont absolument rien de romantique ou de reposant, bien au contraire. Plus les discriminations sociales étaient fortes avant le confinement, plus elles ont eu tendance à s’accentuer, avec d’ailleurs le rôle de catalyseur, voire de détonateur, de la police.

    L’idée d’une reprise progressive le 11 mai, puis d’un retour en classe le 18 mai, est probablement une remise en route temporaire. Il serait tout à fait envisageable et rationnel pour le gouvernement, et conforme aux intérêts de la bourgeoisie, que de tenter au maximum de faire coïncider une nouvelle étape pandémique avec la prise des congés payées.

    • D’une part cela éliminerait le besoin d’une législation spéciale sur la réduction de celles-ci, ce qui serait mal perçu et pourrait accentuer encore davantage les tensions.
    • De l’autre, le secteur du travail saisonnier (hors agriculture) risque, quelque soient les scénarios, de demeurer fermé.

    Nous nous dirigeons donc vers une possible série de confinements, suivis de sas de décompression, pendant lesquels la maladie se répand à nouveau, puis avec de nouveaux confinements. Ces espaces permettraient des contaminations « contrôlées » et adaptées à la dimension du système hospitalier.

    Mais, d’une part cette solution va se heurter au poids de plus en plus grand de l’endettement et de la concurrence internationale toujours plus aiguë. La baisse de la consommation intoxique aussi l’espoir d’une reprise rapide de l’économie. Et ceux et celles qui, sous la sidération, ont accepté des mesures d’autorité, les accepteront-ils à nouveau, la deuxième ou la troisième fois ? La lassitude pourrait très bien faire triompher des lignes hostiles au confinement, lignes soutenues par les franges des exploiteurs les plus radicales et les plus déterminées à sacrifier des vies humaines.

    Pour relancer l’économie et éponger rapidement la dette, il n’est d’ailleurs pas exclu que soit mis en marche la menace de taxer l’épargne. Cette taxe, non seulement frapperait les plus petits épargnants, mais pousserait à sortir l’argent des comptes pour le dépenser. Cette mesure est extrêmement inéquitable, puisqu’elle ne touche pas aux investissements, aux placements, à l’immobilier, ce qui représente le patrimoine des plus aisés.

    Pour faire accepter cette stratégie, maintenir le pays sous contrôle, pressurer le plus vulnérables, gérer le chaos de la perte de plusieurs millions d’emploi, des mesures politiques seront certainement mises en œuvre. Il n’est pas dit que la notion de liberté démocratique ne change pas de sens rapidement, sur l’autel de la gestion de crise.

    Quelque choix les stratégies employées par le gouvernement, il n’en reste pas moins que la réponse reste la même : préparer les luttes à venir, quelques soient leurs formes. Mais surtout, préparer également une réponse politique à la hauteur des enjeux de la période. Une réponse politique qui ose poser la question de la nature du régime, de la nature du pouvoir et de quels intérêts sert l’État.

    Cette crise, la crise économique et la crise écologique doivent mettre à l’ordre du jour l’idée d’un pouvoir populaire, seul à même de mettre fin à la dictature des rendements financiers, à la dictature de l’argent.

    Cette pandémie, est, en réalité, non pas un événement isolé, mais bien un symptôme de la déstabilisation des écosystèmes. Il est vital que cette déstabilisation s’arrête.

    La philanthropie, la charité, ne seront pas les réponses efficaces à ces maux. La seule réponse est par une gestion démocratique et populaire de l’ensemble des moyens de production des richesses et par l’exercice du pouvoir politique par celles et ceux qui les produise.

    Elle passe aussi par le fait de chasser du pouvoir les pantins des exploiteurs. Cela demande donc d’être organisés et organisées.

    Nous sommes dans le purgatoire du confinement. Ce temps peut, et doit, être mis à profit pour avancer sur cela, pour se préparer à affronter la sortie.

    Confinement I, confinement II, ou pas, organisons-nous pour ne plus revivre cela !

  • Sur la situation à Gaza, par des sympathisants du FPLP

    Sur la situation à Gaza, par des sympathisants du FPLP

    La bande de Gaza souffre du siège imposé depuis 2006, qui s’est intensifié après la division politique palestinienne en 2007. Par conséquent, nous avons deux gouvernements : un en Cisjordanie et l’autre dans la bande de Gaza supervisé par le Hamas, où M. Ismail Haniyeh a continué à gouverner la bande de Gaza en tant que Premier ministre pendant plusieurs années, et depuis 2017, un comité administratif a été formé appelé le Comité gouvernemental, qui supervise à ce jour les institutions gouvernementales et les ministères dans la bande de Gaza.

    En lien avec cette réalité, les conditions de vie, sociales, économiques et sanitaires des citoyens de la bande de Gaza – dont la population dépasse les 2 millions de citoyens – continuent de se dégrader, et cette situation peut être résumée comme suit :

    1. Une augmentation des taux de pauvreté et de chômage qui a atteint 53 % et dépassé 70 % chez les jeunes.
    2. Une crise complexe représentée par des coupures de courant pendant plus de 12 heures / jour, et parfois plus de 16 heures / jour.
    3. De sévères restrictions à la circulation des personnes, en particulier des patients, par les deux principaux points d’entrée : le point de passage de Rafah du côté égyptien et le point de contrôle d’Erez (Beit Hanoun) des territoires occupés.
    4. De sévères restrictions à la circulation des biens, y compris des équipements médicaux (car il est strictement interdit d’envoyer des équipements médicaux de la bande de Gaza à l’étranger pour maintenance, ce qui a provoqué la perturbation d’une grande partie des équipements médicaux du gouvernement, des ONG et des institutions privées).
    5. Des restrictions strictes sur les exportations, notamment agricoles, de la bande de Gaza vers l’étranger et sur les importations de produits de base.
    6. De fortes restrictions sur la réception de fonds et les transferts bancaires à destination et en provenance de la bande de Gaza.
    7. Un grand nombre d’employés du secteur public dans la bande de Gaza ont été orientés vers la retraite anticipée.
    8. Adopter la politique de déduction des salaires des employés du secteur public.
    9. Le secteur privé a été affecté négativement et ses activités ont été limitées aux seuls domaines de base et vitaux.
    10. Une pression psychologique et sociale accrue et sa réflexion sur les indicateurs élevés de violence et de crimes sociaux.
    11. La faiblesse des infrastructures et le retard dans les travaux de reconstruction des maisons et des installations qui ont résulté de la fréquente agression israélienne sur la bande de Gaza. 12- L’incapacité des institutions gouvernementales et des ONG à fournir tous les services nécessaires aux citoyens, principalement les services de santé dont ont besoin les groupes marginalisés et les plus touchés (les blessures causées par les agressions israéliennes ou par la Grande Marche du Retour).
    12. La pénurie aiguë de médicaments, de consommables, de fournitures médicales et d’équipements médicaux nécessaires à la poursuite du travail du secteur de la santé, où le déficit en médicaments a atteint 46%, alors que le pourcentage du déficit en médicaments jetables a dépassé 28%.

    Le secteur de la santé :

    Le secteur de la santé dans la bande de Gaza se compose de trois éléments de base : (I) le secteur gouvernemental de la santé qui est la plus grande composante du secteur de la santé et qui fournit des services dans le domaine des soins de santé primaires, secondaires et tertiaires, (II) le programme de santé de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) qui fournit ses services principalement dans le domaine des soins de santé primaires, (III) le secteur non gouvernemental et privé qui fournit de multiples services dans le domaine des soins de santé primaires, secondaires et tertiaires.

    Le secteur de la santé dans la bande de Gaza souffre de crises successives dues au blocus imposé à la bande de Gaza il y a 14 ans, en plus des résultats catastrophiques créés par les fréquentes attaques et agressions en (2008 – 2012-2014), qui ont conduit le secteur de la santé et toutes ses composantes à un état de faiblesse dans la fourniture des services de santé en raison du manque de ressources matérielles et humaines qui a conduit à une longue liste d’attente pour les patients à subir des opérations chirurgicales dans les hôpitaux du ministère de la santé.

    Le nombre d’hôpitaux dans la bande de Gaza est de 32, dont 13 hôpitaux gouvernementaux, 17 hôpitaux d’ONG et 2 hôpitaux militaires, et la capacité en lits est de 2943 lits, dont 2240 pour le ministère de la santé, 527 pour le secteur des ONG et 177 pour le secteur militaire.

    Le nombre de centres de soins de santé primaires 158 centres, dont 51 centres pour le secteur gouvernemental, 22 centres pour l’UNRWA et 95 centres pour le secteur des ONG. Le nombre de lits d’unités de soins intensifs (USI) dans les hôpitaux de la bande de Gaza est de 110 lits.

    Union des comités de travail de la santé :

    L’Union of Health Work Committees (UHWC) est une organisation de base, communautaire, non gouvernementale palestinienne, à but non lucratif et la plus grande et la plus active organisation de santé dans la bande de Gaza. Elle a été créée en 1985 sous la licence n° 2042. L’UHWC fournit des soins de santé holistiques à la population de la bande de Gaza, en se concentrant sur le secteur marginalisé le plus vulnérable de la société palestinienne. UHWC s’engage à élever le niveau et la qualité des services de soins de santé au sein de la communauté, en s’efforçant de garantir que tous les individus et les familles ont un accès égal à des soins de santé de qualité. L’UHWC cherche à améliorer le bien-être physique, psychologique et social global de tous les Palestiniens, quel que soit leur statut racial, politique, social ou religieux, grâce à ses installations spécialisées, ainsi qu’à des services et activités de proximité avec une approche communautaire.

    L’UHWC adopte le slogan « Le service de santé est un droit pour quiconque en a besoin » et les installations de l’UHWC sont réparties dans les 5 gouvernorats de la bande de Gaza, où l’UHWC dispose de 6 centres de soins de santé primaires, 7 centres communautaires, en plus de l’hôpital Al Awda. Les services de l’UHWC touchent plus de 500 000 citoyens par an, soit plus d’un quart de la population de la bande de Gaza. En raison de l’intensité du siège, en particulier ces deux dernières années, l’UHWC est confronté à des défis difficiles en raison de l’augmentation des besoins en services de santé, en particulier par les groupes les plus touchés, car les conditions économiques et de vie ont augmenté le secteur de la vulnérabilité et de la pauvreté.

    À la lumière de la propagation de la pandémie de Corona, le secteur de la santé a concentré la plupart de ses services et de sa main-d’œuvre sur les services de quarantaine et les centres domestiques. Le ministère de la santé a mis fin aux interventions chirurgicales électives et aux consultations externes dans les hôpitaux, et l’Office de secours et de travaux des réfugiés palestiniens (UNRWA) a restreint et réduit les services de soins de santé primaires aux citoyens, ce qui a obligé l’UNRWA à adopter une stratégie basée sur la poursuite de la fourniture de services de santé et l’élargissement des domaines de travail. Cette stratégie a fait peser des charges supplémentaires sur l’Union des comités de travail de la santé en tant qu’engagement éthique, national et professionnel, à la lumière de son slogan stratégique « Les services de santé sont un droit pour quiconque en a besoin ».

    Jusqu’à présent, le CTSU est toujours en mesure de continuer à fournir des services grâce aux alliances et aux partenariats que le CTSU a accumulés grâce à son processus de travail et à son expérience pendant plus de 35 ans.

    En raison de la pandémie de Corona, le CSMEU travaille dans plusieurs directions :

    1. Fournir des mesures de sécurité au personnel du CSMEU afin qu’il puisse continuer à fournir des services de santé et à répondre aux nouveaux besoins.
    2. Mettre en place des mesures de sûreté et de sécurité pour les patients et les bénéficiaires afin de limiter la propagation et la transmission de l’infection de l’environnement extérieur aux établissements de santé du CSUR et vice versa.
    3. Mobiliser des ressources pour répondre aux besoins des patients en médicaments et en fournitures médicales pour les tests de laboratoire, les radiographies et les diagnostics médicaux, car le nombre de bénéficiaires devrait passer de 1 750 à 2 500 par jour dans les installations du CSMEU.
    4. Mise en place d’un plan d’urgence pour continuer à fournir des services à la lumière de la transition vers la phase de diffusion du virus de la corona dans la bande de Gaza pour une période de six mois, à partir du 1/4/2020 jusqu’au 10/31/2020.
    5. Renforcer les capacités du CSSAU à répondre aux besoins de santé dans le domaine des soins de santé primaires, secondaires et tertiaires pour les groupes marginalisés qui ont augmenté en raison de la perte de dizaines de milliers de leurs possibilités d’emploi suite aux mesures prises par le gouvernement pour faire face à la menace de propagation de la pandémie de Corona (fermeture des cafés, des cafétérias, des marchés populaires et perte des travailleurs de ces lieux à leurs possibilités d’emploi).
    6. La réponse du CSMEU aux besoins des patients en matière de santé à la lumière de l’accent mis par le ministère de la santé sur les services d’urgence et les efforts pour faire face à la propagation de la pandémie de Corona.
    7. Réponse de l’UHWC à certains services spécialisés, dont Fournir des ventilateurs et des lits d’USI pour augmenter le nombre de lits de soins intensifs dans les hôpitaux de la bande de Gaza de 48 à 60 lits, en particulier à la lumière des craintes de propagation de la pandémie de Corona.
    8. Utiliser les techniques des médias sociaux pour sensibiliser la société et la rendre plus sensible.
  • Le COVID-19 est il une « maladie communiste » ?

    Le COVID-19 est il une « maladie communiste » ?

    While the pandemic’s final human toll is still unknown, those who have perished from the outbreak must be included in the global count of 100 million deaths at the hands of Communism,

    « Alors que le bilan humain final de la pandémie est encore inconnu, ceux qui ont péri de l’épidémie doivent être inclus dans le compte mondial des 100 millions de morts des mains du communisme, »

    La Victims Of Communism Memorial Foundation, fondation américaine conçue pour commémorer les victimes du communisme, a déclaré aujourd’hui un fait important et significatif. Elle intégrera désormais les morts et mortes du coronavirus dans sa comptabilité des « crimes communistes ».

    Cette déclaration peut surprendre. La fondation le justifie en considérant que la Chine et son gouvernement ont menti sur l’ampleur de la maladie et qu’ils ont sciemment mis le monde en danger. Aux yeux de ses rédacteurs, cela en fait donc un crime par essence lié au communisme.

    Pour l’Unité Communiste de Lyon, cette déclaration, qui ressemble à une farce de premier avril, est illustrative d’une certaine conception des choses.


    • La fondation est une officine qui répercute les positionnements
      d’une partie de la bourgeoisie US, de la frange la plus
      réactionnaire. Elle instrumentalise des souffrances réelles pour
      appuyer des projets politiques impérialistes. L’un d’entre eux
      est la guerre économique entre USA et Chine, qui date d’avant le
      COVID-19.


    • En fait respect des « victimes du communisme », il
      s’agit d’une instrumentalisation de tragédies dans un but
      cynique. Cette fondation produit d’ailleurs régulièrement des
      communiqués qui appuient les revendications de réactionnaires
      fascistes. Cela va des nostalgiques ukrainiens de Stepan Bandera ou
      des soutiens à la SS lettone. Ils sont également des promoteurs de
      la thèse d’une intentionnalité dans les famines soviétiques,
      reprenant l’idée d’un « génocide de classe » ou de
      l’holodomor. Ces
      thèses sont pourtant tombées en désuétude à l’ouverture des
      archives.


    • Elle s’inscrit dans une stratégie d’attaque, laquelle sous
      tendait la résolution européenne prise durant l’été 20191.
      Cette résolution avait pour but de provoquer la Russie de Poutine,
      Russie anticommuniste au demeurant, en l’obligeant à avaliser une
      vision du passé qui la mettait sur le même plan que le IIIe Reich.
      Il est d’ailleurs possible de retrouver nos analyses sur cette
      question, tant de manière synthétique2
      que de manière beaucoup plus détaillée.3

    Il est possible d’avoir un regard critique sur l’histoire des États socialistes. Elle n’a pas été une histoire faite de calme et de repos. Elle a été un combat. Nous ne nions pas que ce combat, cette lutte, a parfois causé des dommages terribles, a parfois fait périr des innocents et des innocentes, a parfois été tâché de sang. Mais la construction mentale qui vise à considérer que ceux-ci étaient l’objectif premier, le but de ces États et de leurs directions, est une construction bancale, basée sur du vent.

    Nous avons toujours cherché à comprendre et à expliquer les périodes les plus difficiles. Expliquer n’étant pas justifier, nous considérons qu’il faut reconnaître des erreurs profondes et dramatiques. Nous nous désolons qu’elles aient pu causer des victimes. Nous comprenons que cela puisse susciter des réactions de rejet.

    Comprendre et expliquer ne sont, en revanche, absolument pas ce qui est recherché par la Victims Of Communism Memorial Foundation. Elle se moque des morts, elle se moque des raisons, elle se moque des causes. Ce qui l’intéresse est d’instrumentaliser les douleurs, de se repaître des morts, de s’en servir comme marchepied pour ses propres objectifs. Des objectifs cyniques.

    Il s’agit d’une méthode classique d’amalgame, il s’agit de confondre les responsabilités et d’en faire un bloc.

    Nous n’analysons pas la Chine comme un État socialiste ou comme promouvant le communisme. S’il existe des aspects socialistes dans l’économie chinoise, ces derniers ne sont pas prédominants. Surtout, le socialisme ne peut être pensé que comme une transition vers un but : le communisme. Surtout il ne saurait être pensé en dehors de la question de savoir quelle classe est au pouvoir.

    En Chine, dire que le prolétariat exerce le pouvoir est une vision fausse.

    Depuis que Xi Jinping exerce le pouvoir, par ailleurs, l’évolution penche d’avantage vers la droite que vers la gauche. Avant, lors de la direction de Hu Jintao, beaucoup plus social-démocrate, il existait encore un espace pour la nouvelle gauche4, pour qu’elle s’exprime. Il recherchait d’ailleurs plutôt le compromis dans les conflits sociaux. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

    Enfin, que dire de la stratégie internationale de la Chine et du fait qu’elle exporte des capitaux partout et consent des prêts usuraires à ses alliés avant de mettre la main sur des secteurs clé de leur économie ?

    Mais faisons nous l’avocat du diable.

    Considérons la Chine comme menteuse et défaillante dans sa gestion de la crise. C’est possible que le bilan humain soit beaucoup plus lourd que celui qui est annoncé. C’est également le soupçon qui pèse sur la plupart des États.

    Cependant :


    • Les voies par lesquelles l’épidémie s’est répandue sont les
      voies de la mondialisation, non une opération téléguidée par
      Beijing. Ces mêmes voies de la mondialisation sont précisément
      celles qui sont unanimement saluées par les libéraux.

    • Les États qui sont les plus touchés aujourd’hui sont parmi les
      États les plus puissants de la planète. Ils ont traité cette
      épidémie chinoise avec morgue et mépris, la considérant comme
      une maladie du tiers-monde et ont pris des mesures tardives –
      particulièrement les USA, pour limiter celle-ci.

    • Du point de vue de tous ceux et de toutes celles qui sont rentrés
      d’Asie, l’attitude générale des États d’occident a été un
      choc : absence de mesures prophylactiques, absence de
      prévention…

    • Même des super-capitalistes comme Bill Gates travaillaient
      d’arrache-pied à avertir du risque de pandémie mondiale. Elle
      était prévisible. Rien n’a été fait.

    • La mortalité liée à la saturation des hôpitaux et à
      l’épuisement du personnel hospitalier est de la responsabilité
      des États seuls. Contrairement aux « rumeurs » il
      n’existe aucune agence supranationale qui dictait ses ordres à la
      France ou aux USA, il s’agissait d’un choix délibéré. Ni l’UE
      (qui, dans sa Constitution,
      est neutre sur la propriété des moyens de production, voir
      son article 3455)
      ni les accords de l’OMC (que la France transgresse allègrement
      sur d’autres points) n’obligeaient
      à ces privatisations. Il s’agissait d’un choix politique dont
      les partis au pouvoir sont intégralement responsables. Et
      le PS, EELV, LR ont tous suivi cette ligne.


    • Le
      fait que les USA soient désormais les premiers en termes de morts
      est révélateur. Révélateur de la faillite complète de leur
      système de santé et de leurs droits sociaux. De plus,
      économiquement, leur situation se rapproche de la catastrophe. Et
      la transcription politique de cette crise se fera très certainement
      par un durcissement brutal de l’attitude des gouvernements de ces
      mêmes pays. Comme illustration de la supériorité du capitalisme,
      il est difficile de faire moins convainquant.

    • Il est possible de blâmer la Chine
      pour certains aspects, mais elle a globalement joué le jeu en
      avertissant rapidement et en faisant d’ailleurs démonstration de
      sa force dans la construction d’hôpitaux de campagne en un temps
      record. L’accusation selon laquelle la Chine noyauterait l’OMS
      est une accusation dont la véracité n’est pas démontrée.

    Ce type d’amalgame fait par la Fondation rejoint d’ailleurs ceux qui sont faits sur l’histoire du communisme et de ses 100 000 000 de morts. Ils imputent l’intégrale responsabilité de tout ce qui peut arriver de néfaste dans le monde à l’existence de forces antagonistes.

    Ainsi, par le passé, ce type de tour de forces à pu être observé à plusieurs reprises.


    • Pour l’historien fascisant Ernst
      Nolte, les crimes nazis
      étaient la réponse aux crimes communistes, et donc la Shoah était,
      en tout premier lieu, causée par le communisme. Si
      Nolte se servait de cela pour réhabiliter en catimini le fascisme,
      d’autres, comme François Furet, se sont contentés d’une simple
      équivalence.

    • Pour des gens comme Stéphane
      Courtois, directeur du Livre
      Noir du Communisme
      et
      « historien » de référence de la bourgeoisie, il y a
      une obsession. Obsession
      de trouver les 100 millions de morts, quitte à tout mélanger.
      Ainsi, il n’hésite pas à
      intégrer les 27 millions de
      morts de l’invasion de l’URSS par l’Allemagne nazie. Les
      civils assassinés, les juifs tués
      sont donc des « morts du communisme ». Par ailleurs,
      Courtois intègre aussi dans les morts les « âmes perdues »,
      c’est à dire le déficit de natalité. C’est
      un crachat sur ces morts tragiques, engloutis par l’impérialisme.

    • Pour un grand nombre d’acteurs politiques, les crimes coloniaux
      sont justifiés par le fait de protéger le monde d’une infection
      communiste. Cela justifiait tant les exactions commises par les
      anglais en Grèce et en Malaisie, les assassinats en Allemagne, la
      mise en œuvre de dictatures en Amérique du Sud, les crimes
      français en Algérie, Afrique, Indochine… Cela justifie aussi les
      régimes d’apartheid et de ségrégation. Les morts de ces crimes
      sont également imputés au communisme par certains extrémistes.

    Ce communiqué s’inscrit dans une campagne de fond contre le communisme et contre les forces progressistes et révolutionnaires. Il s’inscrit également dans une géopolitique cynique et méprisante. Dans un sens, il est un prélude à une politique générale de la part des États d’occident pour la période de l’après : une volonté de détourner les masses populaires du renversement du capitalisme, en criminalisant sa seule alternative réellement viable. Une volonté également de mobiliser les esprits en vue du monde géopolitique de demain : un monde fragmenté en groupes ennemis.

    Le ridicule de la démarche, cependant, tend à nuire à la cause anticommuniste. En amalgamant tout et n’importe quoi, ces fanatiques montrent que leur capacité à analyser les choses se réduit à des tours de passe-passe. Leur rhétorique leur permet de gagner du temps, uniquement du temps. Car la crise sanitaire ne fait pas ralentir la roue de l’histoire, au contraire. Elle accélère la décomposition des impérialismes les plus vulnérables.

    Nous avons défendu et nous défendons toujours la plus grande transparence, le rejet de l’amalgame, la volonté de poser un constat scientifique sur notre histoire.6La reductio ad absurbum qu’ils font eux-mêmes de leur propre vision du monde montre que ce n’est pas le cas de nos adversaires. Cependant, il nous faut reconnaître que l’ONG Mémorial et toute la gangrène qu’elle représente, a, pour un temps, gagné la bataille idéologique.

    L’opinion majoritaire ou médiane, en effet, a assimilé, en France et dans nombre de pays du moins, la criminalisation du communisme, qui avait elle-même pour motif de conjurer l’idée même de révolution et de servir le « There is no alternative » du capitalisme.

    Il n’y a malheureusement rien d’étonnant à ce que l’idéologie de la classe dominante, la bourgeoisie, soit elle-même l’idéologie dominante dans la société, du moins tant que la domination bourgeoise tient bon. Marx en son temps avait bien analysé ce fait.

    Cependant, la criminalisation du communisme a laissé, chez beaucoup de gens, un goût amer. L’idée même de progrès, l’idée que l’humanité puisse tendre vers un mieux, est remise en cause. Le pessimisme est à son comble, et celui-ci a d’ailleurs trouvé son paroxysme dans la popularité de la « collapsologie », si à la mode, dite théorie de l’effondrement. L’être humain n’a plus de perspective.

    Le philosophe Jean-Paul Sartre, compagnon de route des communistes, sans l’être lui-même, avait pressenti cela. Il avait dit que sans le communisme, l’humanité ne serait guère différente des termites, c’est à dire sans conscience de soi, sans perspective collective, sans horizon autre que la survie au jour le jour.

    Comme pour y faire écho, le philosophe allemand Ernst Bloch avait dit que le pire régime socialiste vaudrait toujours mieux que le meilleur régime capitaliste, car il maintient le « principe d’espérance ».

    Aujourd’hui, le coronavirus est en train de mettre à l’épreuve toutes les sociétés du monde capitaliste, d’en révéler au grand jour les faiblesses. Le fait que, n’ayant rien compris à ce qui arrive, l’ONG Mémorial puisse ainsi se couvrir de ridicule en ressortant de vieilles rengaines moisies et totalement décalées par rapport aux attentes de la société est hautement révélateur.

    On ne fait pas l’économie de l’histoire. Dans la théorie de Marx, il existe aussi une forme « d’inconscient marxiste » (qui d’ailleurs n’est pas forcément contradictoire avec l’inconscient freudien). Selon leur position dans la société de classe et la fonction qu’ils occupent, les individus peuvent, sans en avoir conscience, réaliser des tendances qui sont l’expression des lois de l’histoire, et de la lutte des classes. Autrement dit, avec ou sans une conscience claire, le communisme reste d’actualité, peut-être plus que jamais.

    Il se trouve en réalité qu’à travers différents mouvements de fond dans la société, qu’il s’agisse de la contestation des « 1% » et des plans d’austérité, des mouvements écologiques grandissants, de la montée en puissance de la contestation du patriarcat, de la revendication d’une démocratie directe et de bien d’autres façons, un nombre croissant de personnes, tout en se refusant à endosser le communisme, tendent, chacun à leur manière, à un projet de société qui se rapproche, dans le fond, des fondamentaux du programme communiste.

    Les militants et les militantes formés aux fondamentaux du marxisme continuent d’avoir un rôle à jouer, une responsabilité. En être à la hauteur n’est pas chose aisée, vu l’immensité de la tâche. La situation continuera probablement de prendre des tours inattendus. A nous de penser stratégiquement, de nous donner de l’ambition, de faire vivre ce que nous avons appris avec esprit d’initiative, souplesse et créativité face à cette multitude de situations, et de penser en acteurs (et non en spectateurs) de l’histoire qui s’écrit.

    Nous dénonçons ces fanatiques anticommunistes de l’ONG pour ce qu’ils sont : des ennemis de la libération des peuples, des ennemis de la libération des classes. Nous rejetons leurs analyses injurieuses, insultantes. Si les impérialistes, les réactionnaires, les fascistes, veulent faire le bilan du coronavirus, des maladies, des guerres, des famines, nous les aiderons volontiers à ne pas en oublier un seul. Car leurs responsabilités sont écrasantes dans cette crise. Et leur appétit de sacrifice aussi.

    1https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2019-0021_FR.html

    2https://unitecommuniste.com/international/repondre-a-lanticommunisme/ et https://unitecommuniste.com/communiques/resolution-anticommuniste-une-reponse-rapide/

    3https://unitecommuniste.com/histoire/23-aout-1939-la-decision-terrible-1-3/

    4Par nouvelle gauche nous entendons ce qui est parfois nommé en Chine « néo-maoïsme ». Il s’agit d’un mouvement qui se nourrit de l’héritage de la révolution culturelle. Il est présent dans les luttes sociales, les grèves ouvrières, les mouvements paysans, regroupe aussi des intellectuels et différents groupes militants pour beaucoup clandestins, et défend le retour de la Chine sur la voie d’un socialisme authentique. Ce mouvement est la principale force de contestation en Chine, de très loin. Ses militants sont victimes d’une répression bien plus forte que celle qui touche les prétendus « militants des droits de l’homme » sponsorisés par l’occident que nous voyons dans les médias occidentaux. Nous avons d’ailleurs relayé certaines de leurs luttes: https://unitecommuniste.com/lutte/solidarite-avec-les-travailleurs-de-lusine-jiashi-shenzen/

    5« Les traités ne préjugent en rien le régime de la propriété dans les États membres. »

    6https://unitecommuniste.com/non-classe/la-bataille-pour-lhistoire/ mais aussi https://unitecommuniste.com/histoire/100-millions-sinon-rien-premiere-partie/ toujours en cours de rédaction.

  • Depuis les antipodes : Deux articles du CPA/ML

    Depuis les antipodes : Deux articles du CPA/ML

    Les préparatifs d’urgence ne doivent pas être l’otage de mesures d’austérité ou du non-respect des avertissements

    CPA/ML, Parti communiste d’Australie (marxiste-léniniste)
    Nick G. le 1er avril 2020

    En Australie, le gouvernement fédéral et les gouvernements des États n’ont pas réussi à se préparer adéquatement aux énormes feux de brousse de 2019-20 ou à la pandémie actuelle de Covid-19.

    Dans les deux cas, les avertissements ont été nombreux, allant des médias populaires aux articles universitaires et scientifiques évalués par des pairs.

    Le gouvernement fédéral a créé une Réserve médicale nationale (NMS) il y a environ 15 ans. Elle est « destinée à être utilisée dans le cadre de la réponse nationale à une urgence de santé publique qui pourrait résulter de causes naturelles ou d’activités terroristes. Les articles sont stockés pour augmenter le niveau d’autosuffisance de l’Australie en période de forte demande mondiale et nationale et de pressions sur la prestation de services ».

    Les entrepôts sont situés à divers endroits du pays, mais leur emplacement est un secret d’État « pour des raisons de sécurité nationale ».

    Il y a peu de transparence au sujet des NEM. Il y est fait référence dans les rapports de l’auditeur général, mais les NEM eux-mêmes ne semblent pas devoir faire rapport au Parlement. Nous savons qu’en 2014, un financement a été accordé pour « améliorer la rentabilité des dispositifs nationaux de stockage », y compris « l’externalisation de la gestion quotidienne du stock ».

    Comment les principes de « rentabilité » et de gestion externalisée ont-ils positionné les NEM par rapport à la pandémie actuelle ?

    Pénurie de fournitures médicales

    Le 29 janvier, l’ABC a rapporté qu’ »environ 100 millions de dollars de fournitures médicales – dont 20 millions de masques, d’antibiotiques, de vaccins et d’équipements tels que des désinfectants de base pour les mains – sont posés sur d’énormes palettes enveloppées de plastique, prêtes à être déployées ».

    Sur la base de ces chiffres, le ministre de la santé Greg Hunt a affirmé que l’Australie était « bien approvisionnée » et que la priorité était de « protéger les cliniciens de première ligne ». Cependant, le même rapport cite le professeur de biosécurité mondiale de l’UNSW, Raina MacIntyre, qui a déclaré que l’Australie « verra un impact » dans la fourniture de certains équipements médicaux et de médicaments.

    « Nous avons des économies à flux tendus où nous n’avons pas d’énormes stocks qui nous permettront de tenir pendant des mois et des mois », a-t-elle déclaré.

    Le personnel médical doit réutiliser les masques

    Hunt avait tort et MacIntyre avait raison. Le jour même où Hunt a pris la parole, le président du Collège royal australien des médecins généralistes, Harry Nespolon, a déclaré que les médecins généralistes avaient besoin de toute urgence de plus d’équipements de protection – notamment de lunettes et de combinaisons de protection.

    C’est également le même jour que le président de l’AMA WA, le Dr Andrew Miller, a critiqué le gouvernement de l’AMA pour ne pas avoir fourni aux médecins généralistes de l’AMA des équipements de protection individuelle (EPI). Il n’y avait pas de sentiment d’urgence, mais plutôt une approche « business as usual » de la part des médecins en chef.

    Un porte-parole du ministère australien de la santé a refusé de dire combien de masques chirurgicaux se trouvaient dans le stock du gouvernement, mais a concédé qu’aucun n’était fabriqué en Australie.

    Le porte-parole a admis qu’aucun EPI n’était fabriqué localement. Tous les fournisseurs dépendent de fabricants étrangers.

    Le 16 mars, les hôpitaux du Queensland manquaient cruellement d’équipements de protection individuelle, et les médecins et les infirmières ont été priés de réutiliser certains équipements pour protéger les stocks en diminution. A la fin du mois, les médecins de Nouvelle-Galles du Sud qui traitaient des cas suspects de coronavirus affirmaient également qu’on leur avait dit de réutiliser les masques faciaux. Dans le même temps, afin de préserver les réserves de l’État en équipements de protection individuelle, y compris les masques chirurgicaux, le seul traitement chirurgical qui peut désormais être effectué en Australie-Méridionale est la chirurgie d’urgence et les procédures nécessaires pour prévenir la perte de la vie, la perte d’un membre ou une invalidité permanente.

    Le gouvernement voit soudain la nécessité d’une fabrication locale

    Parce que les NEM ne peuvent pas répondre à la demande d’EPI et parce que la demande mondiale signifie que les fabricants étrangers (la « chaîne d’approvisionnement mondiale ») s’avèrent peu fiables, les mêmes partis libéraux et travaillistes qui ont présidé à la destruction néo-libérale de l’industrie manufacturière australienne ont maintenant dû lancer des appels d’urgence pour que ce qui reste de notre secteur manufacturier soit « outillé » et commence à produire des masques faciaux, des ventilateurs et des blouses chirurgicales.

    Dans son désespoir de combler le manque de masques, le gouvernement fédéral a affecté des soldats australiens pour aider à augmenter la production à Med-Con près de Shepparton dont les installations pourraient être utilisées pour les masques. Med-Con a révélé qu’il avait été chargé de fabriquer 30 millions de masques d’ici novembre.

    Fin mars, une société d’Australie du Sud, le groupe Detmold, s’était réorganisée pour la fabrication de masques, et a été engagée pour produire 145 millions de masques, dont 100 millions pour le stock médical national et 45 millions pour l’Australie du Sud.

    Le gouvernement arrête l’exportation de fournitures médicales

    Le 1er avril, le gouvernement a interdit l’exportation de fournitures médicales d’urgence depuis l’Australie. Cette décision fait suite à des informations antérieures faisant état de quantités énormes de masques chirurgicaux et d’autres EPI achetés localement par des entreprises chinoises et envoyés à Wuhan.

    Si l’Australie a une capacité excédentaire d’équipements médicaux, elle a le devoir internationaliste de mettre cet excédent à disposition, que ce soit à Wuhan, à New York ou en Nouvelle-Guinée. Il est clair que nous n’avions pas de capacité excédentaire en prévision d’une épidémie de coronavirus début février, lorsque le promoteur immobilier privé chinois Risland a envoyé 90 tonnes de matériel médical à Wuhan. Fin février, le géant chinois de l’immobilier mondial, le Groenland, a envoyé 82 tonnes supplémentaires. Ces deux opérations ont eu lieu avant la publication, le 18 mars, du plan d’intervention d’urgence du gouvernement fédéral pour le Covid-19. Cependant, l’Australie du Groenland est partiellement détenue par le gouvernement chinois et aurait eu besoin de l’autorisation du trésorier Frydenberg pour exporter les fournitures.

    Mais où Risland et le Groenland ont-ils obtenu ces fournitures ? Ils n’auraient pas pu acheter des masques, des gants et des robes en ces quantités à la pharmacie du coin. Les fournitures ont-elles été mises à disposition par la gestion externalisée des NEM ? C’est une question à laquelle il faut répondre.

    A tous les niveaux, le gouvernement australien contrôlé par l’impérialisme a échoué à l’épreuve de la réponse à la pandémie, tout comme il a échoué à l’épreuve de la réponse à la crise des feux de brousse.

    Les hôpitaux et l’ensemble des services de santé, y compris les pathologistes et les travailleurs paramédicaux, ont été privatisés ou se sont vus imposer des mesures d’austérité. Les médecins et les infirmières sont peu nombreux et travaillent dans des conditions terribles. Des écoles maternelles aux maisons de retraite, en passant par toutes les tranches d’âge, les gens sont insécurisés et anxieux.

    Ce n’est tout simplement pas suffisant.

    In the short-term we need a completely revamped approach to preparedness for pandemics, floods, bushfires and other consequences of global warming.
    Il devrait y avoir une seule installation de stockage d’urgence nationale (NESt), entièrement détenue et exploitée par le gouvernement et publiquement responsable par le biais d’un rapport annuel au parlement ; ses directeurs devraient répondre aux questions des commissions du parlement. Il devrait non seulement disposer de fournitures médicales d’urgence aux niveaux requis pour une pandémie, mais aussi de produits chimiques ignifuges contre les feux de brousse, d’EPI pour la lutte contre les incendies, de bouteilles d’oxygène, de pompes à eau et d’autres éléments nécessaires pour faire face à des catastrophes climatiques naturelles d’une gravité sans précédent.

    À court ou moyen terme, nous devons accepter l’inévitabilité d’un retour des épidémies et des pandémies. Le 21e siècle s’est ouvert avec l’épidémie de SRAS, la pandémie de grippe porcine de 2009, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (SRM) de 2012 et maintenant le Covid-19. Nous devons nous attendre à des épidémies, de temps en temps, d’autres virus zoonotiques (virus provenant d’animaux). Le réchauffement de la planète entraînera une augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes, des incendies et des inondations.

    À plus long terme, nous devons évidemment abandonner le système social qui néglige le peuple et permet à une poignée de s’enrichir grâce à la force de travail et à l’intelligence de la grande majorité.

    Ces vautours qui s’assoient sur le dos du peuple, qui préconisent d’imposer des mesures d’austérité encore plus importantes au peuple, sont les mêmes qui deviennent soudainement « socialistes » alors qu’ils doivent être sauvés par les deniers publics parce qu’ils sont « trop grands » ou « trop importants » pour échouer.

    Eh bien, s’il est normal qu’ils soient « socialistes » en pleine crise, passons au socialisme et évitons les crises.

    Reprenons la direction de notre économie et relançons l’industrie manufacturière australienne.

    Nous renouvelons notre demande : Luttez pour l’indépendance et le socialisme anti-impérialistes !

    Un spectre de rébellion hante la réponse du capital au COVID-19

    CPA/ML (Parti communiste d’Australie (marxiste-léniniste)), John G., 23 mars 2020

    La crise financière mondiale de 2008 a eu d’énormes répercussions économiques et idéologiques, en particulier à l’étranger.

    Les licenciements massifs, les saisies de logements, les expulsions, les sans-abri, l’appauvrissement, la faim et les soupes populaires, ainsi que l’effondrement de communautés entières ont conduit à des actions politiques de masse dans les mouvements Occupy (2011), Printemps arabe (2009) et Indignados espagnols (2011) au cours des années suivantes. Ces mouvements ont donné lieu à des actions de masse et à une organisation concertées et persistantes, à des gouvernements renversés dans le tiers monde et à des réflexions à différents niveaux de gouvernement en Amérique du Nord et en Europe.

    Le Green New Deal et divers mouvements de masse et formations parlementaires en Europe en gardent un écho.

    La colère de masse, l’action et l’organisation que la crise financière mondiale a générées doivent être examinées en détail au milieu de la crise actuelle. Elle donne un aperçu des besoins des populations et de la manière dont elles ont agi à l’époque. Les réponses capitalistes doivent également être examinées. Une grande partie de ce qui est fait par les gouvernements capitalistes reflète maintenant leurs conclusions de cette période.

    Les leçons de la crise financière mondiale

    Il est à noter que l’Australie a eu beaucoup moins d’impact de cette crise. Cela se reflète dans la pensée et l’organisation des classes ouvrières et des autres classes opprimées. Cela se reflète également dans la pensée et l’action du gouvernement capitaliste ici.

    Le capital a tiré les leçons de l’expérience acquise à l’étranger. Les mesures visant à interdire les saisies et les expulsions, les subventions salariales et le soutien financier aux petites entreprises sont toutes assez nouvelles par rapport aux réponses apportées à la crise financière mondiale. En 2008-2009, le gouvernement a versé des indemnités et a entrepris plusieurs programmes, des constructions scolaires, de l’isolation, etc., apportant un soutien aux secteurs des petites entreprises et stimulant l’emploi, ainsi que des garanties aux banques et au secteur financier.

    Le capital répond au spectre qui hante son échec face au virus. Il investit pour éviter une rébellion de masse.

    Le capital a un point aveugle par rapport à la main-d’œuvre. Il construit le pont de la subsistance des entreprises et des subventions aux petites entreprises. Ses mesures de soutien à la main-d’œuvre sont liées au rôle de la main-d’œuvre dans le maintien des entreprises. Leur « pont vers la reprise » est placé sur les épaules de la main-d’œuvre.

    Un pont vers la reprise économique construit sur le dos des travailleurs

    Le gouvernement, faisant écho au capital, voit la classe ouvrière comme un simple complément du capital, un apport économique à protéger pour en faire un esclave à l’avenir. C’est un point de différence essentiel avec les gens, pour qui les affaires sont un complément à la vie. Le capital avant les gens. Cela se reflète dans la référence répétée du Premier ministre à la mise en œuvre des conseils des experts de la santé, alignés sur les besoins pour soutenir l’économie.

    Les dirigeants du parti travailliste s’inquiètent du soutien des travailleurs aux côtés du conseil d’entreprise, mais gardent la perspective que le pont vers la reprise soit construit sur le dos des travailleurs.

    L’État-providence est institué pour soutenir les entreprises. Le néolibéralisme est sous perfusion.

    Cela s’applique en partie au débat sur les fermetures d’écoles. Sacrifiez certains pour raccourcir la période de crise, plutôt que de soutenir tous autant que possible pour minimiser les décès et veiller sur la population. Le pont est en partie construit sur le risque sanitaire pour les enseignants, le personnel scolaire, les élèves et leurs familles.

    Le capitalisme, avant l’homme, est au cœur de l’action.

    Cela les hante alors qu’ils sont confrontés non seulement à une crise de santé mais aussi à une crise de confiance dans le capitalisme, le spectre de la rébellion.

  • 1400 morts en France, 2000 aux USA…Que faire ?

    1400 morts en France, 2000 aux USA…Que faire ?

    1400 morts hier en France.

    Près de 2000 morts aux USA.

    Ce sont des chiffres qui paraissent abstraits. Pour la France ils représentent un doublement de la mortalité journalière (600 000 morts par an, soit 1 600 par jour). Ce sont des chiffres qui correspondent à des temps de guerre, et qui sont encore incomplets.

    Derrière ces chiffres se cache une réalité et des responsabilités. Les responsabilités de l’intégralité des gouvernements de droite et de gauche depuis la fin du XXe siècle, qui ont tous cherché à liquider l’hôpital et la recherche scientifique.


    • C’est la responsabilité de Michel Rocard (PS), qui, dans les
      années 1990, commence à mettre en place la CSG pour financer la
      Sécurité Sociale. On commence à l’affamer et la finançant de
      manière fixe et plus selon ses besoins.

    • Les cadeaux fiscaux de Lionel Jospin (PS aussi), pour faire avaler
      les 35h, qui créent un manque à gagner supplémentaire. Dans le
      même temps, un deuxième aspect, qui rejoint l’attaque contre le
      financement de la Sécurité Sociale, concerne les excédents
      budgétaires. Les années où la Sécurité Sociale dispose de plus
      que ses besoins, ceux-ci sont exonérés — auprès du patron. Des
      micro-accords dérogatoires permettent d’étendre cela auprès
      d’autres entreprises. Au final, cela signifie qu’une partie du
      salaire brut n’est pas versée au salarié, mais rentre dans la
      poche du patron.


    • La mise en place de la RGPP, Révision Générale des Politiques
      Publiques, par Sarkozy, en 2008, qui autonomise les services publics
      et leur donne la responsabilité de trouver des financement et
      d’être retable, mais même profitable. Elle est ce qui créé
      hémorragie la plus grande dans les hôpitaux en termes de place.
      Dans les universités, elle s’est traduite par la LRU (Loi sur la
      Responsabilité des Universités) qui a liquidé toutes les
      recherches qui ne débouchaient pas sur une valeur sonnante et
      trébuchante.


    • Les politiques de la coalition EELV-PS-PRG entre 2012 et 2017, puis
      le règne de LREM, qui tous ont continué la même politique de
      sacrifice sur l’autel des intérêts financiers.

    LR, PS, EELV, PRG font mine d’être offusqués de ces morts. Ce sont pourtant des responsables indirects de ceux-ci. Toute personne qui suit le PS et ses déclaration n’a jamais vu la moindre once d’autocritique de la part de cette organisation pour le quinquennat de Hollande et pour ses méfaits passés. Tous ceux et celles qui suivent les fanfarons et les fanfaronnes de LR les voient s’exempter de la moindre responsabilité. Pourtant, les responsables sont connus et connues.

    Le RN, incapable d’assumer son programme, se prétend désormais grand défenseur du service public, en espérant gagner des voix. Leur existence se fait coup de déclarations agressives demandant toujours plus de répression, plus de brutalité, plus d’ordre. Les ultras de la réaction soufflent sur les braises des tensions sociales tout en se présentant comme des sauveurs. En réalité ils auraient exécuté le même programme que les autres, répression fasciste en supplément.

    A cela s’adjoint l’attitude des EHPAD, qui sont souvent des machines à amasser un fric considérable, tout en étant des mouroirs hors de prix. Ce sont dans ces lieux fermé, remplis de personnes vulnérables, que les pertes humaines les plus grandes ont lieu.

    Derrière cela il y a l’incurie, l’incompétence, l’aveuglement dans la croyance à l’invulnérabilité des pays occidentaux, à croire que les pandémies sont d’autres temps et d’autres lieux. Cela, malgré la terrible leçon d’humilité que nous recevons, se voit aussi dans les déclarations abjectes sur les « pokémons » ou sur l’expérimentation de vaccins en Afrique. D’autres, comme Trump, en profitent pour menacer de guerre, pour avancer leurs pions. Orban le fascisme, l’armée, au Brésil, un retour à la dictature…

    Le plus triste, ce sont ceux et celles qui se retrouvent intoxiqués par les agents les plus sournois du libéralisme. Toute critique du gouvernement n’est pas une main tendue, ni un espoir. Parmi ceux et celles qui critiquent le confinement, il y a ceux, il y a celles, qui en réalité préfèrent sauver l’économie et sacrifier ceux qui doivent être sacrifiés. Quand ils demandent, « la liberté, des masques et de la chloroquine », c’est pour reprendre au plus vite le chemin du travail, c’est pour « vivre et laisser mourir. » Bien des personnes qui passent pour des héros de la médecine sont en réalité de ceux qui veulent donner un os à ronger, donner un peu d’homéopathie, et remettre la France, vaille que vaille, au travail.

    Déjà, le confinement montre les écarts de classe. Les travailleuses et les travailleurs les plus essentiels ne sont pas les actionnaires, les bourgeois et les bourgeoises, ce sont ceux et celles qui produisent les richesses, toutes les richesses issues de la société. Eux, elles, sont aussi en première ligne, comme les soignantes et les soignants, sacrifiés pour que la machine à exploiter tourne au mieux possible. De plus on ne vit pas confiné en cité comme en banlieue pavillonnaire.

    Cette promiscuité aggrave les violences conjugales et familiales, sans parler des viols. Quant à la division genrée du travail, elle se voit dans les longues files d’attentes pour les produits alimentaires, parfois presque exclusivement féminines.

    Il faut, dans ce cadre, voir la mortalité aux USA non comme un particularisme, mais bien comme la résultante de l’aboutissement du processus de liquidation des droits sociaux. Elle est la trajectoire obligée de tous les pays défaillant, au système de santé hors de prix et sans protection sociale. A cela se surajoute le caractère profondément inégalitaire et la division raciale de la société. Les afro-américains et les afro-américaines représentent le plus grand contingent de morts. Nul doute que les alt-right doivent jubiler.

    On voit bien quelle est la réalité de l’Union Européenne. Cette machine vue comme « monolithique, asservissant les peuples et détruisant les nations souveraines » s’est révelée pour ce qu’elle est réellement : un château de carte. Une alliance fragile, bâclée, dans laquelle les pôles dominants (France et Allemagne, principalement) mènent des politiques contradictoires. Contradictoires car conformes à leurs intérêts spécifiques et exclusifs. Si l’UE était l’incarnation d’un ordre autoritaire, cet ordre serait bien minable.

    Aujourd’hui est chaotique.

    Et il faut penser à après.

    Le confinement dure en France depuis plus de trois semaine. Il est, depuis quelque jour, une expérience à laquelle est confrontée la plus grande majorité de l’humanité. Nul ne sait encore comment est-ce que le confinement finira, ni dans combien de temps. Il ne semble pas que l’État, le gouvernement, sache vraiment comment s’y prendre.

    Mais il est clair que, lorsque ce déconfinement aura lieu, il nous jettera dans un monde différent de celui d’avant. Différent d’hier, mais paradoxalement très proche d’avant-avant-hier.

    La bourgeoisie va vouloir nous faire payer. D’une part parce que les richesses sont le produit du travail de ces travailleurs et de ces travailleuses essentiels (ainsi que de la nature), et absolument pas le fruit du travail de la bourgeoisie. C’est donc fatalement ici qu’elles seront puisées.

    De l’autre, car la bourgeoisie ne le peut pas, du fait de sa situation de classe en concurrence contre elle-même. Le moindre affaiblissement, dans les rendements, dans la richesse, dans la capacité d’investir ou d’agir, peut se répercuter sur sa place dans la société.

    Elle ne le veut pas non plus, dans le sens où elle est également très attachée à son train et son confort de vie, et où la possibilité de pouvoir faire endosser le poids des dettes à d’autres qu’elle.

    Elle explore des voies pour pouvoir parvenir à cela. Soit dans la réduction drastique des salaires et des conditions de travail, soit en faisant main basse sur les économies des petits épargnants et des petites épargnantes. Ainsi, la nouvelle législation peut permettre de porter la durée maximale du travail hebdomadaire à 60h, limiter le repos à 9h entre les prises de service, travailler 7j/7. Bien évidemment cette législation est « temporaire ». Mais ce temporaire signifie ce qu’il signifie. Ou plutôt il laisse un vide.

    Deuxième voie, la saisie de l’épargne. Elle a été employée par exemple à Chypre. Elle est vendue comme un système égalitaire, c’est à dire que « les plus riches paient le plus ». Mais en réalité, c’est une arnaque des plus répugnantes. Pourquoi ? Parce que, comme pour la TVA ou comme pour la CSG, ce n’est pas linéaire ! L’épargne est en réalité quelque chose qui est majoritairement une solution pour les classes sociales les plus modestes. Lorsque le niveau de vie évolue, le plus souvent l’argent se dirige vers de l’immobilier, puis, encore plus haut, dans l’investissement. Une saisis de 10 % des comptes d’épargne serait très largement majoritairement payée par les plus modeste.

    Aucune autre option n’est non plus particulièrement réjouissante. La possibilité d’une hyperinflation et d’une dévaluation de la monnaie frapperait, là aussi, les ménages modestes et les petits épargnants et épargnantes.

    Dans chacun de ces scénario, l’issue est une situation durable de précarisation et de vulnérabilité. De plus il faut les faire accepter à la population, ou, à défaut, contraindre à ce que cette acceptation soit faite. Cela signifie ce que cela signifie: un régime plus dur, plus répressif, essayant de jouer sur une mobilisation réactionnaire.

    Cette mobilisation dans un sens réactionnaire n’est pas un fantasme nouveau. Depuis maintenant de nombreuses années, un certain nombre d’animateurs et d’animatrices des mouvement de droite et d’extrême-droite rêvent de pouvoir constituer cette réanimation du Parti de l’Ordre, cette droite élargie. C’est la position des individus charnière : Zemmour, Morano, Maréchal… qui essaient de pouvoir constituer ce pôle.

    Ce pôle, en s’appuyant sur des conceptions et des idées réactionnaires, sur le complotisme, la xénophobie… avec le soutien et la bénédiction de la bourgeoisie, peut prendre une place centrale dans la vie politique. Ou du moins il ressemble assez à la formule ad hoc pour la période.

    Il est sûr et certain qu’il y aura des mobilisations, des luttes et des combats importants à mener. Des combats pour les droits économiques, mais aussi des combats pour les droits politiques. Ils risquent de se dérouler dans un contexte particulièrement difficile. Les définitions de la légalité telles que nous les connaissons actuellement, tout comme la définition de la liberté, ne seront peut-être plus valables dans un temps relativement restreint. Or, par voie de conséquence, ce qui est valable pour la situation économique, le droit du travail, le niveau de vie, se répercute également vis à vis de la vie politique. Une dégradation économique entraînant fatalement des troubles, la vis se serrera également politiquement parlant.

    Il faut donc se préparer à cela.

    Il n’est plus possible de fonctionner comme nous avons fonctionné avant. Il n’est plus possible de se contenter de ce que nous pouvions faire en temps « normal ». Il faut trouver les moyens de faire plus, d’être plus, de mieux coopérer et de mieux travailler.

    Un grand nombre d’organisations et de groupes ont opté pour la solidarité de terrain et l’entraide. C’est un premier jalon important, vital, pour pouvoir résister. Ce sont des initiatives qui méritent d’être soutenues, qui méritent d’être amplifiées, qui méritent d’être élargies autant que possible. Il est plus que louable de vouloir essayer de limiter la casse et de poser également les bases d’une solidarité populaire.

    Nous avons besoin de décanter idéologiquement et politiquement, pour comprendre les enjeux actuels et comment s’y conformer, car nous ne pouvons plier la réalité à notre volonté. A cela, il faut également serrer les rangs et se renforcer. Dans un sens, cette expérience sera un test important pour toutes les organisations et pour tous les groupes qui existent. Elle illustrera comment le bagage théorique et idéologique de celles-ci va se transcrire, comment elles vont devoir s’adapter à une situation nouvelle, dans un contexte mouvant, compliqué et plus risqué que jamais.

    Nous ne sortirons de cette situation, vainqueur, que si nous sommes soudés, unis, unitaires. Que si nous plaçons au plus haut degré de l’importance la lutte populaire, contre les exploiteurs, contre les oppresseurs, contre l’impérialisme et contre le fascisme. Que si nous arrivons à faire l’unité grâce, et non pas malgré, à la lutte contre le sexisme, le racisme, les *phobies en tout genre.

    Internationalement, à l’échelle du continent, de l’État, de la région, de la ville, nous ne tiendrons que si nous avons des front unis, simples, accessibles, compréhensibles, sans sectarisme. Il nous faut trouver les moyens de nous défendre, mais aussi les moyens de gagner.

  • La bataille de l’histoire. IX et fin.

    La bataille de l’histoire. IX et fin.

    Nous nous battons pour des intérêts supérieurs.

    Un des passages les plus importants du manifeste est celui-ci :

    « Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers.

    Ils n’ont point d’intérêts qui les séparent de l’ensemble du prolétariat.

    Ils n’établissent pas de principes particuliers sur lesquels ils voudraient modeler le mouvement ouvrier.

    Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat.

    2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité.

    Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l’avantage d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien. »

    Cela doit former un guide constant pour les objectifs premiers d’une organisation politique communiste. Nous faisons régulièrement face à des conflits entre sectes, parfois pour un terrain, parfois pour un individu, parfois pour le prestige. Or, l’expérience démontre que les guerres de repartage entre organisations militantes sont des jeux à sommes négatives. Elles contribuent à épuiser, à dégoûter et à faire fuir les militants et les militantes. Nous avons donc intérêt à rallier par une politique unitaire et une politique de paix. Les organisations mènent parfois des campagnes liquidatrices pour agrandir leurs forces, mais, chemin faisant, elles sèment des dégâts terribles. Dans un conflit liquidateur mené entre deux forces, caricaturalement, sur 10 personnes, 4 abandonnent. Nous même avons pu voir les pertes que le scissionnisme cause.

    Certains vont même jusqu’à pratiquer le « lessivage », en détruisant absolument tout sur leur passage dans le but d’arracher un ou deux membres supplémentaires. Nous devons faire autrement, mais, surtout, mieux. Nous Devons être unitaires et considérer les choses sous l’angle du front unique, au sein duquel il est possible de rassembler les forces unitaires et loyales tandis que seront progressivement isolés – de leur propre fait, par leur propre action – les opportunistes, les profiteurs, les sectaires. Nous devons collaborer avec toutes les forces qui possèdent une stratégie qui ne soit pas contradictoire et antagonique avec la nôtre à moyen – long terme. Cela implique d’ailleurs des organisations qui ne sont pas communistes et qui ne sont pas objectivement anticommunistes1 Nous considérons qu’il faut non seulement être à l’initiative constante des politiques de rassemblement et d’unité, mais également faire en sorte que celles-ci se caractérisent par leur politique de la porte ouverte en n’excluant aucune force sur les a priori, dans la mesure où elles respectent des principes élémentaires de coopération. Les liens de travail ont tous pour objectif d’accroître l’influence de ceux qui luttent contre la bourgeoisie, d’accroître son unité dans l’action et d’augmenter son efficacité. Cela permettra l’approfondissement idéologique et la progression pratique.

    En tant que groupe qui se targue d’être l’organisation qui porte l’idéologie révolutionnaire, il nous revient de faire la démonstration de notre logique.

    Réussir à appliquer une politique qui soit profondément marxiste, ce n’est pas dans le clivage à qui mieux mieux, mais au contraire, dans nos prises de position publiques, représenter l’expression des tendances profondes des masses populaires dans ce qu’elles ont de combatif et de progressiste. C’est ce qui permet à une organisation de devenir un centre de gravité.

    Notre politique n’est pas de prendre parti, de mener un projet « féodal » ou de nous immiscer dans les conflits internes de forces extérieures. Notre politique s’intéresse à ce qui se passe, mais pour défendre une ligne qui doit permettre que les contradictions secondaires soient traitées de manière convenables.

    Il existe trois type de compréhension principaux de l’environnement par les organisations. Ce classement insiste sur ce qui est l’aspect principal de la compréhension de la part de ces organisations. Parfois, de manière secondaire, d’autres formes peuvent émerger un temps, puis disparaître.


    • Un type tribal/clanique,
      comme pour un
      certain nombre de groupes antifascistes,
      qui considère les liens organisationnels comme des liens
      affinitaires et de loyauté. Elle est en deçà
      de la compréhension
      politique des choses. En dernière instance, elle tend à être
      viscérale, marquée par les sautes d’humeur de sa direction, tout
      aussi clanique. Elle tend aussi a être contaminatoire, en refusant
      de travailler avec les partenaires des partenaires de leurs
      adversaires. Stratégiquement, ce mode d’organisation finit par
      s’étioler par l’isolement ou par s’effondrer sous le poids de son
      succès, étant donné qu’il n’est pas capable de pouvoir grandir
      sans mettre en péril le centre de
      la famille ou du clan.


    • Un type parasitaire-sectaire,
      qui nous retrouvons in
      fine
      chez
      un
      très grand nombre d’organisations politiques se revendiquant du
      communisme.
      Ces organisations et leur vision se caractérisent par leur tendance
      à considérer qu’ils sont le centre unique, qu’ils sont seuls
      détenteurs de la vérité pure, et donc non-améliorable. Ils
      voient dans toute apparition d’une organisation un concurrent
      qu’il faut étrangler, jamais un partenaire avec lequel il faut
      travailler. Ces organisations se greffent sur les forces qui
      existent, non dans le but de les développer, mais dans le but de
      vampiriser jusqu’à l’épuisement celles-ci. Le
      travail commun est fondamentalement rendu impossible par leur
      stratégie :
      leur renforcement peut
      être réalisé par la liquidation de tout ce qui n’est
      pas eux.
      Par
      ailleurs, leurs perspectives de victoires sont infimes. Elles ne
      peuvent pas recruter parmi les classes populaires ou parmi les
      prolétaires, car leurs discours
      sont calibrés pour une petite bourgeoisie radicale dont ils sont
      par ailleurs issus en grande majorité. Ils condamnent leurs
      adhérents à être des stagiaires à vie ou à être modelés comme
      des clones des positions de la direction, répétant un bréviaire
      de mauvaise qualité. Leur victoire, leur renforcement, précipite
      paradoxalement leur perte, car elle augmente l’entropie au sein de
      leur organisation, les forçant donc à épurer pour rester
      monolithiques.

    • Nous
      pensons que le but d’une organisation politique doit être de
      rayonner et de s’intéresser à tout. Chaque lutte, quelle qu’elle
      soit, ne peut être découpée de la lutte des classes. Elle a sa
      place dans l’ordre du jour de l’organisation. Nous considérons
      qu’il faut mener une politique qui vise à rassembler et unifier
      les luttes, non sur la base d’une juxtaposition des mots d’ordres
      ou des revendications, mais bien sur celle d’une synthèse.
      L’attitude de groupes comme ARM Combat sur la question des
      féminicides montre leur conception erronée : la lutte contre
      le sexisme ou contre le racisme ne divise pas les exploités et les
      exploitées. Elle est au contraire la base qui permet une alliance
      sincère.

    • À
      ce titre, nous sommes voués à mener une politique d’ensemble
      vis-à-vis de la lutte des classes,
      des mouvements, mais aussi des organisations politiques,
      communistes ou non communistes. Leur
      situation, leurs débats, leurs faiblesses ou leurs forces influent
      sur la lutte générale. C’est parce que nous avons conscience que
      notre objectif premier est la victoire générale du prolétariat
      contre les exploiteurs que nous menons une politique de paix et de
      coopération. C’est
      cette capacité d’influence et d’hégémonie au sens gramscien
      du terme qui permet d’avancer vers le parti et vers la victoire.

    Pour le moment, l’esprit de cercle est auto-entretenu par des polémiques traitées par-dessus la jambe, et qui n’ont pas de réel impact dans la vie des masses populaires. Elles sont assénées sur la base d’un travail scientifique d’une qualité parfois douteuse, lancées comme des pavés dans la mare, avec l’exigence que tout s’arrête pour y répondre. Régulièrement nous avons été invectivés par des navigateurs en solitaire du léninisme, exigeant que nous tranchions avant toutes choses, et toutes affaires cessantes, telle ou telle question précise. Au lieu d’avoir un travail d’élaboration, de décantation, de conception commune, positive, il s’agissait de torpilles lancées, non pas contre le travail et l’activité de terrain de notre organisation, mais uniquement sur des points ultra-précis et ultra-spécifiques de notre corpus historique.

    Nous pouvons, oui, prendre le temps d’y répondre. Nous le ferons plus tard. Mais ce n’est pas notre priorité. Notre priorité est dans notre travail militant et dans l’élaboration d’un projet à long terme. Et l’aboutissement de ce projet ne demande pas la résolution de ce type de questions en amont. Nous dirions même que la résolution de cette question ne peut se faire que si nous avons la masse critique pour y répondre d’une manière claire, scientifique, définitive.

    Nous pensons que donc, pour avancer vers le Parti, il nous faut être capable d’avoir une base d’unité large, souple, positive, avec une confiance dans la bonne volonté de chacun et de chacune de s’investir d’un point de vue pratique et théorique. Mais pour cela, il faut partir également, non pas de notre perception de notre histoire et de notre politique, mais bien de la leur.

    Avant le Parti, il existe des étapes. Mais ces étapes ne peuvent être surmontées que par une compréhension de notre situation actuelle, que par une politique juste et uniquement en ayant en tête l’efficacité comme maître mot. Les lignes de démarcations, sans lesquelles aucune unité n’est possible, doivent prendre en compte à la fois la situation actuelle et les questions les plus brûlantes de notre actualité, mais également le fait qu’il faut laisser un espace pour que ces questions puissent être tranchées scientifiquement et autrement que par la présomption.

    Surtout, soit l’adhésion s’adresse à des docteurs ès marxisme, léninisme ou maoïsme, soit elle a vocation à organiser les exploités et les exploitées. Nous ne pensons pas nous même être forcément autre chose que des étudiants et des étudiantes de l’expérience révolutionnaire et de l’expérience de la lutte. Ce que nous en avons compris, en revanche, c’est que ce qui est déterminant n’est pas l’auto définition idéologique, mais la transcription de l’idéologie dans une politique. Les noms à rallonge servent de démarcation dans le microcosme militant. Mais aux yeux des masses populaires, c’est le contenu politique qui prime. C’est d’ailleurs sur cette base que le recrutement se fait, non sur l’adhésion ou l’opposition aux théories de Préobrazenski, de Lyssenko ou de Liu Shaoqi.

    C’est l’importance du programme, non pas en tant que programme électoral, mais en tant que programme de développement et de bases minimales, simples, de l’organisation. Nous sommes pour une démocratie populaire, une démocratie sur une base de classe, une démocratie dont la bourgeoisie est exclue. Ce programme minimal pose la question de sa réalisation, et toutes les questions sous-jacentes : dictature du prolétariat, collectivisation, planification économique et planification écologique, lutte contre les contradictions de développement et entre travail manuel et intellectuel, lutte contre les discriminations et les inégalités, internationalisme prolétarien… Or, l’expérience de la lutte des Gilets Jaunes nous a montré que la question de la démocratie populaire et de son opposition à la dictature du patronat étaient des questions politiques fondamentales, mais directement accessibles. Il en était de même pour « le pain, la terre, la paix » des bolcheviques.

    Nous ne sommes pas seuls à penser ainsi.

    Nous ne sommes pas les seuls à vouloir nous unifier et à vouloir construire le Parti. Nous ne sommes pas non plus les seuls à penser qu’il existe des éléments de réponse dans la résurrection de notre histoire et dans son analyse. Il faut rendre à César ce qui revient à César. Nous ne pouvons pas oublier, par exemple, le travail réalisé par V.G. et Communisme-Bolchevisme (aujourd’hui marxisme.fr) . Ce travail était, pour beaucoup, une première approche. Les Éditions Prolétariennes ont contribué à faire vivre des documents irremplaçables, tout comme la Bibliothèque Marxiste. Feu le PCMLM (PCF-MLM ; à Gauche…) a compilé patiemment, une quantité astronomique de documents introuvables ailleurs. Malgré les débats extrêmement brusques entre nos organisations, nous ne pouvons le nier. Les éditions Delga, elles aussi, ont réalisé un travail important et incontournable. Le fait que nous ne soyons pas d’accord avec le PRCF ne doit pas nous empêcher de le dire.

    Chacune de ces initiatives a des limites, avec des choix parfois contestables, notamment la mise à l’index de certains auteurs. Mais – indépendamment de la volonté et de la ligne de leurs auteurs – toutes contribuent à faire renaître la possibilité de développer une analyse historique fine et efficace. Et plus celle-ci sera maîtrisée, plus elle sera intégrée profondément, plus elle permettra, à terme, de faire naître une nouvelle génération de cadres communistes. Elle permettra aussi de rompre avec les dogmes et les mythes, dans le but de construire une histoire solide.

    L’histoire totalitaire, l’histoire hagiographique, téléologique, holistique est une histoire empoisonnée. Protège comme une carapace, comme un blindage. Épais, dur, supposément impénétrable. Mais derrière, les chairs sont molles et flasques. Elles ne supportent pas les coups et ne savent y résister. Nous ne devons pas avoir peur de ces coups. Ils nous endurcissent et nous rendent plus aptes à dépasser les erreurs et les insuffisances. Apporter une histoire réelle, une histoire vivante, une histoire sociale des expériences révolutionnaires et socialistes est vital. Il est la condition à une renaissance d’un véritable courant communiste révolutionnaire, combatif et capable d’être en liaison avec les masses. Il est la possibilité de pouvoir vaincre les maux qui nous contaminent. Le folklorisme n’est un fin placage, qui camoufle le néant. Le dogmatisme est une coulée de fonte : dur et cassant. Inflexible et indéformable, il vole cependant en éclat sous les coups. La compréhension approfondie, quant à elle, est pareille à l’acier : elle est souple mais résistante. Elle s’adapte aux environnements et aux contraintes, tout en restant résiliant. C’est ce que nous devons atteindre. C’est dans un mouvement dialectique : unification et approfondissement, et liaison avec la pratique que nous pouvons avancer.

    La bataille pour l’histoire est un de ces fronts. Elle aussi ne peut être remportée sans un travail commun, dans le but d’élaborer une histoire commune, une histoire des communistes. Nous appelons à le concrétiser, entre autres initiatives, en rassemblant les volontés les plus sincères. Nous pensons qu’il s’agit d’un des moyens d’avancer, ensemble, vers notre rassemblement, vers notre unification, notre renforcement et, ultimement, notre victoire.

    1Même si certaines peuvent l’être subjectivement.

  • La bataille de l’histoire. VIII

    La bataille de l’histoire. VIII

    Comprendre l’histoire pour construire le Parti.

    Une des choses qui démarque le courant que nous incarnons, c’est-à-dire la « tradition » léniniste, des anarchistes et des trotskistes, est que nous ne concevons pas la révolution comme un phénomène extérieur, indépendant de notre volonté. Nous considérons qu’elle arrive grâce au fait que la théorie révolutionnaire rencontre le mouvement spontané. Et que de cette rencontre naissent des forces organisées, lesquelles permettent aux masses d’accomplir la révolution. En somme, nous n’attendons pas, toute notre existence, que la révolution arrive, nous considérons qu’il faut créer les moyens pour qu’elle ait lieu.

    D’où le besoin d’une organisation efficace, disciplinée, structurée, qui puisse réaliser cette tâche. Dans la conception léniniste du Parti, Lénine s’est étroitement inspiré du modèle militaire d’organisation. Ses conceptions sont fortement imprégnées par sa lecture assidue de Clausewitz. C’est d’ailleurs ce primat de l’efficacité qui a toujours marqué l’activité de Lénine et ses luttes idéologiques. Cette approche a façonné la manière dont il en concevait le fonctionnement, la structure, mais aussi le contenu politique. Nous pensons qu’il faut le prendre par ce biais-là en tout premier lieu, en utilisation la théorie matérialiste-dialectique pour comprendre quelles doivent en être les formes actuelles. C’est-à-dire reconstruire en partant du commencement, non espérer faire surgir, subitement, sur la base de nos maigres forces, le Parti du prolétariat.

    En France, aujourd’hui, le mouvement communiste est d’une faiblesse désolante. Soit il est incarné par le PCF et, dans son sillage, par un nombre d’organisations satellites révisionnistes, soit il est fait de particules. Ces particules n’ont pas une influence sur les événements politiques, alors qu’elles sont pourtant capables de pouvoir les analyser correctement. Elles peuvent avoir une certaine présence locale, mais elles restent faibles. Les tentatives d’unité existent. Nous en avons produit certaines. Elles restent le plus souvent sans réponse. Pourtant, les organisations, par principe, affichent toutes cette volonté. Reste à savoir ce que ces organisations entendent derrière ce mot d’ordre.

    En tout état de cause, aucune organisation, à moins d’être d’un orgueil sans nom, ne peut prétendre concentrer cette masse critique suffisante pour être le Parti. Certains disent qu’ils sont un parti. C’est quelque chose qui nous paraît un tant soit peu prématuré. Mais cela pose la question de quel regard posent-ils sur les autres, qui de fait, ne sont pas le Parti. Concurrence ? Hostilité ?

    Il nous paraît même complexe d’analyser qu’est ce qui pourra être le centre de gravité autour duquel se construira ce Parti. Cependant, tendanciellement, les organisations agissent comme des micro-partis, parfois à leur corps défendant. Ce n’est en soi pas dramatique, mais idéologiquement, là où le problème est plus profond, c’est sur le fait d’en avoir conscience ou non. Une organisation qui n’en a pas confiance ne pourra que aller vers le dogmatisme, dans le sens où la progression de ses membres ne se fera pas vers une qualité meilleure dans la compréhension du marxisme, mais uniquement dans une progression vers les positions de son centre et vers l’imitation imbécile de celui-ci. À l’inverse, une organisation qui en a conscience, sans sombrer dans l’agnosticisme plat, aura la possibilité de voir émerger de véritables cadres autonomes, compétente, et surtout, capable d’entretenir un débat interne, processus essentiel dans la progression théorique, idéologique…et organisationnelle comme pratique. Les lignes de démarcation jugées infranchissables, les conflits individuels (justifiés ou non !), entravent objectivement ce travail. Le travail des uns et des autres est systématiquement écarté, n’est jamais reconnu.

    Cette faiblesse est liée à la conjonction de deux poids terribles. D’une part l’absence de décantation et de synthèse de l’expérience passée. Celle-ci demande un travail monstrueux. La seule organisation qui aurait potentiellement pu le réaliser est le PCF. Or, celui-ci a simplement jeté par-dessus bord l’ensemble de l’expérience. Les autres organisations, soit celles nées après son virage révisionniste, soit celles qui sont apparues récemment, n’ont pas pu matériellement le faire, ne serait-ce que du fait de cette absence de masse critique précitée. Chaque organisation détient une petite part d’expertise, une petite pièce d’un grand puzzle. Mais elles ne sont pas assemblées.

    Le deuxième aspect est un problème de méthode, qui place la question de l’unité des communistes et de l’adhésion aux organisations sur des bases inadaptées. Comme mentionné plus haut, la plupart des organisations se sont créés autour de petits noyaux, lesquels ont tenté de répondre, avec bonne volonté, aux questions qui se posaient. Mises au pied du mur, elles ont tenté de tout reconstruire. Elles l’ont fait en prenant appui sur ce qu’elles connaissaient, sur ce qui leur paraissait le bon monde d’emploi. Mais, en avançant de manière autonome, elles ont avancé de manière sectaire les unes par rapport aux autres.

    Plusieurs raisons entravent le regroupement des organisations communistes.

    Le primat du Parti est juste. Mais érigé en principe unilatéral, en fétiche, il devient un frein au développement des organisations, il peut devenir même une barrière infranchissable. Bien souvent ce qui est mis en avant dans le refus de travailler ensemble, ce sont les différences idéologiques. Or, celles-ci sont à la fois primordiales tout en jouant à la fois un rôle d’arrière-plan ou de prétexte. Ce paradoxe apparent s’explique :

    L’idéologie détermine la forme des organisations. Elle détermine comment nous pensons l’articulation de nos différentes activités. Donc, de ce point de vue là, elle est au dessus des questions d’organisation. Mais les arguments « idéologiques » qui justifient le rejet du travail commun sont pas ceux qui sont déterminants dans la conception de l’organisation ou du parti. Ce sont des éléments subalternes, secondaires, mais qui sont érigés en barrières infranchissables.

    L’idéologie : du primat au prétexte.

    L’importance de l’idéologie est reconnue par la plupart des acteurs de la scène politique communiste. Mais pas ce que cela signifie de manière concrète. Très souvent, les exigences sont invraisemblablement élevées. Il faudrait avoir statué sur tout avant de pouvoir travailler en commun, parvenir à un alignement parfait avant de pouvoir aller plus loin. Souvent, cela est dû au fait que nous prenons à rebours la manière dont les partis se sont construit, en considérant qu’il faut les prendre à leur stade les plus achevés.

    Or, la reconstruction a posteriori a impacté le fonctionnement interne des organisations politique, mais également leurs perspectives. Consciemment ou non, la très large majorité des petits groupes existant à l’heure actuelle en France est marquée par une image déformée. Image déformée qui créé des objectifs, eux aussi, distordus. Dans l’ensemble, ce qui est recherché, à l’issue d’un processus plus ou moins long, c’est la naissance d’une organisation qui a tranché tous les débats, qui peut prendre position sur tout, qui fonctionne comme un Parti abouti et expérimenté – ou plutôt comme l’idéal-type de celui-ci. Cette construction mentale est logique : nous retenons de grandes étapes. Schisme avec les anarchistes, séparations avec les sociaux-chauvins et les réformistes, lutte entre les mencheviks et bolcheviks, lutte contre l’opposition de gauche, puis contre celle de droite, puis encore contre l’opposition unifiée, révolutionnarisation culturelle, révolution culturelle…

    Cette mise en avant des ruptures fait oublier les unités. Dans les rapports des courants les uns envers les autres, ou des groupes les uns envers les autres, l’attitude est rarement celle de « unité-critique-unité », mais plus « critique-unité-critique ». Pourtant. Au moment de la Révolution de 1917, les tendances qui ont constitué l’opposition ouvrière, l’opposition de gauche ou de droite, ont tergiversé parfois, mais ont fonctionné d’une manière suffisante pour que la Révolution puisse avoir lieu.

    De plus, le Parti s’est également appuyé sur des éléments non-bolcheviques présents dans les soviets, mais qui votaient comme les bolcheviques sur les décisions essentielles, parce que influencés par la justesse des conceptions léninistes. Elles ont même parfois dépassé les positions bolcheviques, comme sur l’interdiction des journaux bourgeois et des partis non-bolcheviques.

    Au pouvoir, lorsqu’on se penche en détail sur l’histoire du PC(b)US, celui-ci n’est parvenu à fonctionner de la manière idéalisée qu’après la déstalinisation. À cette date, il n’a plus rien d’une organisation révolutionnaire, ayant pour ambition de transformer l’URSS en société communiste. Devenu un outil de gestion de l’Union soviétique, non plus un outil de combat au service de la classe ouvrière et de la paysannerie, il s’est mué en parfait levier d’adhérents bureaucratisés. Un objet mort. À l’inverse, la vie politique du Parti Communiste Bolchevique était chaotique. Elle était une lutte constante, un équilibre précaire entre activistes et cadres, entre lutte-antibureaucratique et tâches à accomplir. Les différentes purges ont montré davantage cette vie tumultueuse qu’un rapport unilatéral. Les premières ayant été du haut vers le bas, (chitska de 1933), mais les suivantes ayant été davantage du bas vers le haut (proverka de 1934, puis la « révolte » du rayon de Belyi par exemple1…). De plus des conceptions contradictoires existaient et ont existé dans le parti, jusqu’au moment où leur expression s’est manifesté de manière antagonique. Cela fait relativiser au niveau des bases dont nous avons besoin pour construire un rapprochement et une unité.

    Quelque part, il n’est pas possible de surestimer les exigences et le caractère monolithique attendu pour une fusion, car les moyens de pouvoir atteindre réellement ces exigences ne peuvent naître qu’au bout de la concentration d’une masse critique suffisante.

    Dans un texte de présentation datant de septembre 2018, nous définissions les choses ainsi :

    « Comprendre la question du Parti demande tout d’abord de la replacer dans un certain cadre. Le Parti n’est pas une fin en soi, il est un moyen. Il est le moyen par lequel les masses s’organisent, sont dirigés par leurs éléments les plus avancés, et peuvent faire la révolution puis procéder à la construction du socialisme. Le Parti est donc un moyen essentiel, mais construit autour d’un certain pragmatisme. Son but est de fonctionner convenablement. Avoir stratégiquement raison ne suffit pas. Il faut également être capable d’être tactiquement dans le vrai, mais même de l’être aussi d’un point de vue de l’opératique, pour d’une manière qui permet de triompher des obstacles. Il est vrai qu’idéalement, l’opératique, la tactique, devraient être subordonnés à la stratégie, mais dans les faits, dans la construction du parti, cela exige parfois de temporiser sur sa volonté de démonstration et sur sa volonté de polémique pour pouvoir, d’une manière large, construire l’espace qui permettra après de traiter ces questions d’une manière réelle, influente, efficace et, surtout, décisive.

    Ce qui sépare le Parti de l’organisation c’est un stade qualitatif supérieur. Il est possible de faire une analogie avec la vie. On peut définir le vivant – à part le stade viral – comme un métabolisme et un matériel génétique. Le matériel génétique est la théorie, l’idéologie. Le métabolisme est la possibilité d’avoir une action affirmative au sens clausewitzien du terme, vis-à-vis de l’environnement, d’avoir un ordre du jour qui ait un impact, qui puisse être autre chose que simplement répondre à la bourgeoisie. Le métabolisme seul est le règne de l’opportunisme. Le matériel génétique seul est celui de l’incantation. C’est rester au stade viral de la vie, se contenter de lancer des mots d’ordre sans réalité vers les masses.

    […] Trois conséquences directes : d’une part, les autres organisations sont ignorées ou considérées comme hérétiques. L’unification ne peut se faire, de fait, car la foi parfaite ne peut trouver de terrain d’entente, ne peut évoluer, ne peut être débattue. Le un se divise en deux est ainsi employé comme excuse pour rejeter toute évolution de manière téléologique : « comme il y aura une rupture à un moment ou un autre, autant la faire maintenant ! ».

    Deuxième conséquence, elles ne peuvent organiser la classe ouvrière, du fait d’une exigence de connaissance universitaire de la théorie. Exigeant la perfection, elles se retranchent derrière sas après sas pour filtrer les entrées. Ces organisations s’adressent à la petite bourgeoisie radicale et étudiante, mais non aux prolétaires.

    La troisième conséquence est que les mots d’ordres ne correspondent pas à la réalité sociale, à la situation politique ou au niveau de conscience des masses. Elles se contentent de voir le rôle du Parti comme celui de lancer en l’air des slogans. »

    Derrière ces exigences, derrière le fait de botter en touche sur le travail commun, y compris avec des individus et des groupes proches, il existe une raison : la primauté de l’appareil sur l’unification.

    La fusion des appareils : le goulot d’étranglement devant lequel beaucoup renoncent.

    Construites comme des mini-partis, les organisations possèdent donc un appareil centralisé, avec une certaine culture interne, spécifique. Elle estime qu’elle a réalisé un travail particulier, qu’elle a mis en place des choses positives, et que le fait que ce travail puisse être remisé et que son mode de fonctionnement puisse changer cause un réel trauma interne.

    Or, l’idée d’une fusion entre organisations n’échappe pas aux lois de la dialectique. L’unité, plus souvent, se traduit pas un « un se divise en deux » plus que comme une synthèse. C’est-à-dire que, au sein du groupe qui est fondé, un appareil prendra le pas sur l’autre. Sa culture deviendra hégémonique. L’autre sera donc écrasé et ses partisans irréductibles condamnés à l’exclusion.

    Comme, de facto, c’est l’organisation la plus homogène, la plus disciplinée qui l’emporte mécaniquement, celle qui joue le plus carte sur tables et qui respecte le plus la règle du jeu est mécaniquement en désavantage. Il en résulte alors une tendance au manque que confiance, à la défiance, qui fait que l’unité échoue régulièrement. In fine, lorsque l’unité est évoquée, elle correspond en réalité à l’intégration, au phagocytage d’une organisation par une autre.

    Cette réalité n’est d’ailleurs pas exclusive au milieu militant, elle concerne aussi la bourgeoisie. C’est pour cela que les impérialismes, même en difficulté, ne fusionnent pas. Parce que, en dernière analyse, cela signifie qu’un dévore l’autre. Nous avons construit l’UCL avec une structure légère et évolutive dans le but de l’intégrer dans quelque chose de plus grand. Mais cela ne signifie ni unité sans principe, ni le fait que nous ne soyons pas, nous même, vulnérable à ces tendances. Il s’agit donc d’une lutte idéologique qui se mène chaque instant. Nous pensons essentiel d’avoir constamment ce memento mori2 en tête.

    L’image de la famille peut paraître étonnante dans ce cadre-là. Pourtant elle revient inlassablement dans les travaux sur le fonctionnement du Parti Communiste d’Union Soviétique. Localement il se créé des familles, des groupes d’affidés, avec leurs règles, leur culture, leurs fonctionnements…et d’ailleurs parfois leurs sales histoires. Ces familles n’ont qu’une hantise, que d’autres viennent voir ce qui se passe en leur sein. Ces appareils, avec leurs petits chefs, qui possèdent leur petite renommée, leur petit empire, les empêche de s’inclure dans quelque chose de plus grand, qui les noieraient. Les cas les plus graves se replient sur un rôle de navigateur solitaire, sur un blog, sur une expression personnelle et uniquement personnelle, mais sur une incapacité à réaliser le moindre travail d’organisation. Noyés dans leur subjectivisme érigé en vérité absolue, ils ne servent qu’à parasiter le développement de quelque chose qui les dépasse.

    Comme chacun se perçoit comme le centre, comme chacun est son propre référentiel galiléen, rien n’avance. De plus, la peur précitée de la contamination idéologique et de la perte de contrôle rend toute avancée extrêmement dure à réaliser, tant est puissant l’esprit de secte.

    Parfois, nous pensons qu’il faut accepter que nos positions soient remisées temporairement, que nos magnifiques envolées lyriques servent de fonds documentaire. Nous pensons que dans une certaine mesure, mieux vaut avoir tort avec le Parti qu’avoir raison stratégiquement en nous privant des moyens tactiques d’agir. Cela, uniquement dans la mesure où il est possible d’aller à contre courant et de défendre nos positions par la démonstration et par le débat franc et ouvert.

    Avancer : une responsabilité.

    On ne peut se satisfaire de la situation actuelle. Si, dans la très large majorité des cas, les animateurs et animatrice des mouvements communistes sont issus de la petite bourgeoisie radicale, et donc ne joue pas leur vie, ce n’est pas le cas de tout le monde. L’inclusion dans un travail internationaliste nous à mis une gifle en plein visage : comment répondre à l’appel pressant des organisations qui défendent les intérêts du prolétariat des colonies et semi-colonies dominées par la France ? Que pouvons-nous leur donner comme excuse ?

    En réalité, ce n’est pas avec de la candeur et de la tendresse que ce sont figées les formes des organisations politiques de combat, c’est sous la pression des événements et sous la pression d’autres forces politiques. La constitution de la SFIC puis du PC s’est faite par une pression intense exercée par le Komintern. Ce qui en est né est un outil imparfait, fruit de l’urgence. C’est le caractère impératif, obligatoire, de répondre à l’appel pressant de ceux qui luttaient qui l’a emporté sur l’esprit de secte et de groupe.

    L’histoire de la création des partis est donc une histoire brusquée, dans laquelle il a fallu combattre chaque chapelle, chaque secte, mais également imposer la nécessité primordiale d’accumuler les forces pour construire le Parti. Un Parti ne se proclame pas, tout comme l’abolition des classes sociales se proclame. Le Parti existe quand la très grande multitude de tâches qu’il a à réaliser sont réalisées ou réalisables.

    Nous devons être ambitieux stratégiquement et humbles tactiquement. Nous devons être différents de ce qui nous entoure.

    1En 1937, dans le district rural de Belyi, les plus hauts dirigeant locaux, dont le plus élevé en rang était Kovalev, ont été démis de leurs fonctions à la suite d’une mobilisation importante. Par effet de domino, cette chute a entraîné la chute de potentats locaux.

    2 Souviens toi que tu vas mourir.

  • La bataille de l’histoire. VII

    La bataille de l’histoire. VII

    Utiliser l’expérience précédente pour mieux fonctionner.

    Au-delà de l’importance de faire le bilan, il s’agit de l’utiliser à bon escient. L’histoire de la construction de l’Union soviétique et des États socialistes, de l’ensemble des expériences révolutionnaires, y compris avortées, échouées, incomplètes, ne sert à rien si elle n’est pas utilisée pour l’avenir. Elle doit permettre de trouver des clés pour notre situation actuelle.

    Elle doit nourrir notre réflexion sur comment gagner face à la bourgeoisie et comment parvenir à pouvoir construire une société socialiste puis communiste. La compréhension profonde du marxisme et de l’histoire des expériences socialistes, au lieu d’en crisper la défense, permet au contraire de la renforcer et de l’assouplir en même temps. Elle réalise le principe fondamental que toute organisation politique révolutionnaire doit avoir : une tactique souple et une stratégie rigide. Or, pour que l’une puisse être rigide et l’autre souple, cela demande à la fois de lutter contre l’empirisme (qui fait naviguer à vue), le libéralisme (qui déstructure l’organisation) et contre le dogmatisme (qui superpose des concepts abstraits à des situations concrètes) et le monolithisme (qui fige l’organisation et les principes d’adhésion).

    • L’empirisme est un problème de méconnaissance et d’incapacité de pouvoir relier les situations concrètes à des principes généraux, de déterminer les contradictions principales, secondaires. Cet empirisme nie le plan de travail, et fait que chaque acte de l’organisation est un acte isolé, sans liens les uns avec les autres.
    • Le libéralisme est un autre problème, il est notamment lié à la discipline interne. Il ramène à l’importance de l’unité de l’organisation : elle existe pour fonctionner et pour être efficace, avant d’être un lieu de débat et un club de discussion. La permissivité rend impossible de fait de se fixer des objectifs et de les atteindre.
    • Le dogmatisme va de pair avec le monolithisme. Ce dernier peut être désirable, il est parfois mis en avant par des organisations communistes. Pourtant, il est substantiellement mortifère. Il se heurte à deux aspects : la pluralité de points de vue dans l’organisation et la pluralité de situations que les organisations politiques ont à affronter.

    Les contradictions du capitalisme et les inégalités de développement existent même dans un État impérialiste comme la France. Pour lutter contre le capitalisme, il existe une grande stratégie unique, qui est celle qui correspond à la situation globale de notre État et de notre système économique1. Cependant, compte tenu des situations spécifiques et des réalités locales, il existe des stratégies de détail à avoir, ainsi que des tactiques à appliquer. De fait, ces réalités différentes font que le monolithisme n’est pas une réponse appropriée. Les organisations ne peuvent agir comme des blocs. Elles doivent assurer aux sections ou aux cellules une possibilité de faire face au mieux possible. Cela est valable pour les réalités locales, mais également pour les réalités sociales : la question de la jeunesse, des femmes, des minorités de genre ou sexuelles, de la confrontation au racisme…

    Intégrer que l’organisation n’est pas un bloc, laisser la possibilité du débat et de la discussion de fond, c’est ce qui permet également de passer d’une « compréhension crispée » à une « maîtrise détendue ». Cette « maîtrise détendue » est essentielle : elle permet d’analyser le travail des périphéries, et permet de déterminer ce qui peut être une menace réelle pour la santé de l’organisation, mais aussi de laisser la possibilité et la liberté d’action aux camarades. Réagir comme si chaque question était une question vitale, comme si chaque prise de position mettait en péril l’organisation entière, nuit à l’émergence et à la progression de cadres nouveaux. À nouveau, leur maîtrise progressive se fait pas en imitant les positions du centre, non en avançant objectivement.

    Cette imitation, dans les organisations monolithiques, s’est vue par le passé. Les hommes de cour, comme Nikita Khrouchtchev, par exemple, ont pu très longtemps cacher leurs conceptions profondes, se contentant d’opiner face à la direction. Ces adhésions de façade sont un premier problème.

    Le second est que, sans cette capacité à comprendre ce qui est primordial et ce qui est secondaire, comment déterminer qui peut être recruté ? Comment, également, parler aux masses ? Comment ne pas maintenir tout nouvel adhérent ou adhérente dans un purgatoire mi-extérieur, mi-intérieur, en attendant que celui-ci imite parfaitement les positions du centre ? Nous ne prétendons pas avoir de réponse parfaite, mais elle n’est certainement pas dans une adhésion idéologique, qui prend un temps conséquent, mais bien dans une adhésion politique, qui se base sur le programme.

    Le troisième aspect est celui du contrôle, qui peut devenir un élément asphyxiant, par peur de la déviation. Il n’est pas à négliger.

    Dans nos expériences militantes, nous avons côtoyé ou connu des organisations qui ont pratiqué ce mode d’organisation et de contrôle2. Nous ne remettons pas en cause la bonne volonté de leurs membres. Mais ce contrôle négatif, par la brimade, par l’interdiction, par la mise à l’index de certains auteurs ou de certains sujets, a plus contribué à entraver le développement des organisations qu’a le construire. Nous pensons qu’il est important de se référer aux propos de Mao « que cent fleurs éclosent, que cent écoles rivalisent ».

    La peur de la déviation idéologique est une peur sincère, mais elle ne peut pas être combattue par la censure ou par la répression. Elle se combat mais uniquement par la conviction et par la démonstration scientifique. Encore faut-il avoir la possibilité de l’élaborer.

    La légitimité d’une direction politique et organisationnelle se fait autant sur la production d’une ligne optimale que sur la capacité à pouvoir discerner les tendances profondes et les volontés profondes de l’organisation. Elle se doit d’y répondre en permettant d’intégrer dans un ordre du jour ad hoc les volontés combatives ou créatives de ses militants et militantes. C’est cette capacité de rationalisation qui permet de pouvoir canaliser utilement et positivement l’énergie interne aux organisations. Dans un certain nombre d’organisations, il existe une méfiance face à la contradiction ou fac à l’initiative. Certes le spontanéisme, ce culte de la spontanéité des masses et la négation du travail de fond, est néfaste. Mais la spontanéité, le fait de « flairer l’occasion », de saisir la balle au bond, est un point d’appui immense. Certes, le plan de travail et les objectifs sont à respecter, mais la capacité à faire plus, à pouvoir prendre des initiatives est essentielle.

    Au final, le contrôle paranoïaque finit par étioler tout esprit d’initiative, au nom du sacro-saint plan de travail et de la sacro-sainte ligne. Or, la question de la lutte idéologique au sein du Parti politique est essentielle. Bettelheim en fait une description comme une différence fondamentale entre Lénine et Staline :

    « Ici surgit un des aspects de ce qu’on a pu appeler « la question de Staline ».

    Pour évoquer cette question […] il faut rappeler, tout d’abord, que les positions de Lénine et de Staline concernant les problèmes de lutte idéologique au sein du parti étaient très différentes. En règle générale, Lénine a toujours placé cette lutte au premier plan. Il n’a jamais hésité à aller « contre le courant », si bien qu’il a été mis plus d’une fois en minorité au sein du Comité central, y compris sur des questions essentielles […] Staline a conçu son rôle dirigeant autrement : sur les problèmes essentiels, a cherché avant tout […] à exprimer les tendances profondes du parti, dont il était ainsi le porte-parole. À cet égard, les attaques polémiques contre Staline -qui est supposé, par sa « personnalité », avoir imposé au parti des conceptions qui lui auraient été étrangères- sont dénuées de fondement.3 »4

    « Même lorsque Staline, à certains moments, passe outre aux craintes ou aux réserves du Comité central et du Bureau politique, il ne va pas « contre le courant » au sens propre du terme5 il ne fait que tirer les conséquences ultimes des conceptions dominantes dans les couches dirigeantes du parti. C’est cette volonté d’aller jusqu’au bout qui place apparemment Staline « au-dessus » du parti et qui fait apparaître comme « siennes » des conceptions qui, à quelques rares cas près 2, ne lui sont pas particulières, mais qui revêtent, par le soutien qu’il leur apporte, une autorité exceptionnelle; tel a été précisément le cas de l’interprétation des lois de la lutte de classes dans la société socialiste.

    Le fait est que cette « interprétation » a dominé les conceptions idéologiques et politiques des sections européennes de la IIIe Internationale et qu’elle a ainsi contribué à masquer l’existence des classes et de la lutte de classes en Union soviétique, incitant, pour cette raison même, à rechercher « ailleurs »que dans les contradictions de classes les raisons des graves difficultés que connaissait l’Union soviétique. »6 

    Cette possibilité de porter la lutte idéologique est un facteur essentiel dans la santé de l’organisation. Bettelheim explique avec brio ce fait : la forme que peuvent prendre les débats et la vie interne des organisations politiques est étroitement corrélée au contexte dans lequel évolue cette organisation. Adopter, à l’heure actuelle, dans la forme actuelle des organisations politiques, une ligne digne de la période la plus tendue de la lutte politique, est contre-productif. Au lieu de donner plus d’efficacité dans le développement d’une ligne adaptée, au lieu de vacciner les organisations politiques contre les déviations bourgeoises, elle les vulnérabilise. Plus généralement, c’est également la confiance dans le jugement des sections locales qui est en jeu. Une confiance qui leur permet de les laisser adapter l’ordre du jour ou la géométrie du travail et des alliances en fonction de la situation concrète. Cette confiance ne peut naître et se développer qu’en évitant un contrôle dogmatique et unilatéral, quand bien même celui-ci serait justifié par le centralisme démocratique. Une nouvelle fois, le long processus de mise en place du centralisme démocratique mérite d’être disséqué. Il a été mis en place au Xe congrès du Parti Bolchevique (1921), non pas par obsession, mais, une nouvelle fois sur la question du primat de l’efficacité.

    C. Bettelheim note :

    « La tradition du bolchevisme est une tradition de lutte idéologique et politique. En 1903, année où le bolchevisme affirme son existence politique propre, et un an après la publication de Que faire?, Lénine souligne qu’il est indispensable que « les colonnes de l’organe du parti soient largement ouvertes aux échanges d’opinions » et qu’il faut que le parti ait à sa disposition tout, absolument tout le maté-riel requis pour se former un jugement indépendant; il condamne ceux qui ont une attitude exagérément rigoureuse et compassée à l’égard de « l’individualisme anarchique », car il juge préférable pour la vie du parti que l’on tolère « un certain écart des règles strictes du centralisme et de l’absolue soumission à la discipline7». En 1904, Lénine souligne à nouveau que de larges échanges de vues et même des batailles de tendances sont essentielles à la vie du parti8. L’existence de divergences à l’intérieur du parti est en effet inéluctable : elle est un effet de la lutte de classes, car le parti n’est pas un « îlot socialiste isolé ». Il est inévitable que des membres du parti tombent à certains moments sous l’influence de l’idéologie bourgeoise, c’est par la discussion au sein du parti que l’on peut lutter afin d’empêcher que des représentants idéologiques de la bourgeoisie prennent la tête du mouvement prolétarien, mais, pour cela, il faut rester sur le terrain de l’analyse marxiste et ne pas transiger sur les principes. Bien entendu, une fois les décisions prises, celles-ci s’imposent à tous car le parti n’est pas un club de discussion mais un organe de lutte : comme tel, il doit être discipliné et obéir à ses instances dirigeantes. La ligne ainsi tracée par Lénine en matière de lutte idéologique est considérée par le parti dans son ensemble comme nécessaire au fonctionnement du centralisme démocratique et au respect de la discipline dans l’application des décisions prises. Cette ligne prévaut non seulement jusqu’en 1917, mais aussi dans les premières années qui suivent la Révolution d’Octobre. Les discussions au sein du pari même alors un tour exceptionnellement vif, reflétant l’ampleur de la lutte de classes qui se déroule dans le pays.

    Les affrontements qui ont lieu à la veille même d’Octobre et en 1917-1918 s’expriment dans un certain nombre de textes dont l’analyse permet de faire apparaître les principales conceptions qui existent alors dans le parti et de saisir l’essentiel de leur contenu de classe. »9

    La conception qui subordonne l’activité de l’organisation et son efficacité au respect apolitique et bureaucratique du centralisme démocratique, non seulement le vide de son sens, mais se condamne à s’étioler à plus ou moins long terme. Elle se condamne aussi aux scissions et aux purges arbitraires, cassant sa vitalité. L’imitation d’une situation spécifique (la Guerre civile) et son application dans un cadre démocratique bourgeois est une mauvaise compréhension, de plus, de l’interaction entre travail visible, ouvert, et le travail souterrain. Comprendre profondément le marxisme, c’est le relier à sa vertu première : il n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action. C’est ce que Lénine avait compris, liant étroitement le marxisme à la conception du conflit telle que décrite par Clausewitz dans De la guerre. C’est également ce que Staline souligne dans la partie finale des principes du léninisme, en le nommant le « style pratique américain ».

    « Au révolutionnarisme creux, Lénine opposait généralement les tâches ordinaires, quotidiennes, soulignant par là que la fantaisie révolutionnaire est contraire à l’esprit et à la lettre du léninisme. […] L’esprit pratique américain est au contraire un antidote contre la fantaisie « révolutionnaire. » C’est la force tenace pour qui l’impossible n’existe pas, qui surmonte patiemment tous les obstacles et mène à bout toute tâche commencée, même infime. Mais ce praticisme dégénère presque fatalement en affairisme vulgaire s’il ne s’allie à l’élan révolutionnaire. »10.

    La confrontation avec l’expérience est un marqueur déterminant dans la santé des cadres et des organisations. Une nouvelle fois l’histoire nous donne des leçons : Kautsky était-il un traître dès le départ ? Probablement non. Il s’agissait de quelqu’un ayant une très grande connaissance du marxisme, mais ayant, face à la pression de la part de la bourgeoisie, cédé. Il a rabattu son drapeau, s’est converti au réformisme et au social-chauvinisme, comme bien d’autres, sous la contrainte. Cela amène à un point essentiel : la dialectique. Nous changeons constamment, nous adaptant (plus ou moins bien) aux contraintes extérieures. Or, dans la situation actuelle, même ceux et celles qui maîtrisent parfaitement les classiques, l’histoire, ou tout autre chose peuvent céder. Par ailleurs, tendanciellement, ceux et celles qui sont les plus formées souffrent d’une tendance à suranticiper les risques de répression ou de menace. Il s’agit d’un principe, lui aussi clausewitzien, qui veut que plus les grades sont élevés, plus les responsabilités s’élèvent également, et donc plus l’indécision est forte. Il s’applique à nous aussi, tout comme il s’est retrouvé dans les hésitations du Parti Bolchevique devant le fait de déclencher l’insurrection d’Octobre.

    Lorsque les choses s’aggraveront, et elles s’aggraveront !, les plus grands intellectuels de nos organisations seront peut-être les premiers à céder. D’autant qu’une très grande majorité des encadrants sont issus de la petite-bourgeoisie et ont autre chose à perdre « que leurs chaînes ». Ils possèdent,in fine, les traits de leur classe : enthousiasme et abattement.Quelle que soit l’épuration préalable, dans les rangs des organisations existantes – y compris ici, y compris la personne qui rédige ces lignes – se trouve peut-être le futur Judas : le Plekhanov, le Guesde, le Trotski, le Boukharine, le Deng Xiaoping de demain. C’est là où la liaison avec les masses et l’émergence de cadres prolétariens joue un rôle. C’est là, ou, également, la transmission des connaissances joue un rôle, dans le renouvellement progressif des équipes de direction. De même, l’élaboration commune des positions politiques et le travail idéologique commun permet de pouvoir contrebalancer ce risque.

    Mais la trahison n’ôte pas aux travaux précédents leurs qualités. Lire Plekhanov, Martov, ou d’autres est toujours utile. Il ne faut pas préempter le fait que, selon l’adage, « on est trahi que par les siens ». Renversé, cet adage signifie bien qu’ils ont été « des nôtres » à une époque. À l’inverse, des individus ayant pu avoir des positions erronées, comme les passions éphémères de Che Guevara pour les organisations ultra-nationalistes d’Amérique du Sud n’empêchent pas le fait de progresser et de se rectifier. De même, une nouvelle fois, le fait de Hoxha se soit retourné contre l’héritage de Mao ne signifie pas qu’il n’ait pas eu raison sur le COMECON, ou sur le Printemps de Prague, qu’il a condamné avec justesse11. En revanche comprendre cela demande de sortir d’une histoire hagiographique qui nie les accidents de parcours et refuse de prendre en compte la maturation des idées.

    Par ailleurs, la remise en contexte des positionnements joue un rôle primordial dans la mise en œuvre d’une ligne juste. L’approche mécaniste des principes, l’imitation morte et atemporelle n’est pas si rare que cela. Il en ressort une approche campiste, qui, surestimant les continuités, voit dans la Russie poutinienne une héritière de l’Union soviétique, ou dans les apparences de la Chine de Xi Jinping, la continuité de Mao. Par habitude, voire par atavisme, ils accordent leur soutien à tout ce qui remet en cause l’impérialisme « occidental », sans fait de distingo entre celui de la France, de l’Allemagne ou des USA.

    Le plus souvent,cette théorie des trois mondes surestime également la puissance US, et, soit nie l’impérialisme de la France, soit ne le voit que comme un croupion de celui de l’Allemagne ou des USA. Partant ce constat de domination, ils développent une théorie de « front patriotique », théorie qui considère que l’étape actuelle de la lutte serait la préparation d’une révolution démocratique et patriotique. Ce qui revient inlassablement est le précédent un programme du CNR, le coupant de son contexte.

    Ce programme, positif à l’époque, était, premièrement, le fruit d’un contexte exceptionnel : un compromis entre une bourgeoisie affaiblie par l’occupation et la guerre avec un Parti Communiste puissant et armé. Le tout s’est noué dans un État aux abois. Rien de tout cela aujourd’hui, où l’impérialisme français, bien que déclinant, n’est pas en péril.

    De plus, ce programme était ce qu’il était : un compromis. Un compromis dans lequel le PCF a choisi entre la négociation et la guerre, tout en arrachant des avancées. La bourgeoisie évitait le danger de guerre civile, danger immédiat, et misait sur le fait de pouvoir récupérer ces concessions plus tard. C’est d’ailleurs ce qu’elle fait actuellement, et ce que nous payons chèrement. Défendre un CNR, à l’heure actuelle, c’est défendre une solution « économique », une réforme, mais ne jamais poser la question politique, la question du pouvoir. Or, quand on songe au mouvement des Gilets Jaunes, on se rend compte à quel point le fond de la revendication du RIC (la démocratisation de l’appareil d’État)12 est même plus révolutionnaire que les revendications platement économistes de la large majorité des organisations communistes qui n’ont pas réellement rompu avec le PCF.

    Quant à l’aspect « patriotique », souvent ceux qui l’appuient se basent sur des extraits comme celui-ci :

    « Au lieu de dénoncer comme honteuse, comme une trahison de la défense de l’honneur et de l’indépendance de la patrie, la conduite des autres partis, socialistes inclus, le Parti Communiste français a réduit la question à un problème de violation des pratiques démocratiques, qui s’exprimait par un empiétement sur les droits du parti le plus nombreux au Parlement français, alors que la violation de la tradition parlementaire était, dans ce cas, simplement le prétexte et non la cause. Cet étouffement des raisons réelles pour lesquelles les communistes ont été exclus du Gouvernement constitue sans aucun doute une erreur sérieuse de la part de la direction du Parti Communiste français, et soit était dû à une mauvaise compréhension de la situation, et il est difficile de supposer que ça ait été le cas, soit les communistes français se sont laissés intimider par des arguments sur les intérêts « nationaux » de la France.

    Apparemment, les communistes craignaient qu’ils puissent être accusés de constituer un obstacle à l’octroi par l’Amérique d’un crédit à la France, et ainsi, de soi-disant nuire aux intérêts de leur pays. De cette manière, les communistes ont cédé à un chantage qui leur reprochait de ne pas être suffisamment patriotique alors que la seule force patriotique en France aurait été le Parti Communiste, s’il avait démasqué la signification réelle du crédit américain, qui avait été conditionné à une modification de la composition du Gouvernement par l’exclusion des communistes, ce qui, partant, affaiblissait la souveraineté même de la France.

    À cette occasion, le Parti Communiste français a cédé à la pression de la réaction, même s’il savait que cette pression était dictée par des forces impérialistes hostiles au peuple français. Les communistes français auraient dû se présenter fièrement devant le peuple, dévoilant le rôle de l’impérialisme américain qui avait ordonné à la France d’expulser les communistes du Gouvernement national et expliquer au peuple qu’il ne s’agissait pas simplement d’une autre « crise gouvernementale », pas d’une simple violation des traditions parlementaires (bien que cela soit aussi significatif en tant que caractéristique de la crise de la démocratie bourgeoise), mais d’un cas d’ingérence étrangère dans les affaires françaises, une abrogation de l’indépendance politique de la France, une vente de la souveraineté de la nation par les socialistes français. »13

    Cet extrait, qui jette l’opprobre sur l’attitude du PCF, est parfois utilisé de manière atemporelle par d’autres, notamment pour justifier l’attitude « patriotique » à avoir. Mais, en prenant cet extrait sans le contextualiser, ils en reproduisent les aboutissants : accompagner et défendre l’impérialisme français, sous prétexte d’intérêt national. Cette thématique, sur la confusion entre ce qui est national-populaire (l’intérêt du prolétariat du pays), et national-étatique (la place de la « France » dans le monde) est un sujet que tout communiste doit creuser, à la fois pour lutter contre le nihilisme national (les antideutsch, par exemple) et contre le chauvinisme.14

    Au delà des questions internes, il se pose des questions externes, celles de la pauvreté des rapports entre organisations communistes : celles de la construction du Parti.

    1Par système économique, il faut entendre non seulement l’économie « de » France, mais également ses ramifications dans le système colonial et néo-colonial. Cet espace doit être considéré comme poreux. Ce constat nous pousse notamment à nous inscrire dans le travail international de l’ICOR, et plus spécifiquement dans le fait de construire une task force spécifique à l’impérialisme français.

    2Nous renvoyons à ce communiqué de l’Organisation Communiste Futur Rouge sur sa fondation, qui résume globalement le problème : http://futur-rouge.overblog.com/communique-suite-a-notre-depart-du-rocml

    3[Bettelheim exagère un peu, mais cela reflète le manque de sources à l’époque. Les travaux plus récents montrent que sur certaines questions, comme la réforme démocratique de 1936-1937, Staline s’est non seulement opposé à une partie du Politburo et du CC, mais s’est appuyé directement sur les masses pour appuyer ce processus. Il en a résulté notamment les immenses embrasements de la iejovchina.

    4Bettelheim, C. (1974). Les luttes de classes en URSS. 1 : Première période, 1917 – 1923. Maspero [u.a.]. p. 36

    5« Aller contre le courant », c’est, pour un militant d’un parti révolutionnaire, quelles que soient ses responsabilités, s’efforcer — lorsqu’il est en minorité — de persuader de la justesse de son point de vue ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. Par contre, faire « passer dans la pratique » ses propres conceptions en modifiant les rapports de forces à l’intérieur du parti par des compromis qui obscurcissent les différences de points de vue ou en utilisant l’autorité dont on dispose pour faire pression sur certains, modifier la composition des instances dirigeantes, etc., ce n’est pas réellement aller contre le courant mais mener un combat au niveau de l’organisation pour imposer son opinion (qui peut d’ailleurs être juste). (Bettelheim, C. (1974). Les luttes de classes en URSS. 1 : Première période, 1917 – 1923. Maspero [u.a.]. p. 24)

    6Bettelheim, C. (1974). Les luttes de classes en URSS. 1 : Première période, 1917 – 1923. Maspero [u.a.]. p. 24

    7Lénine, O.C., tome 7, p. 115.

    8Cf. par exemple la brochure de Lénine, Un pas en avant, deux pas en arrière, O.C., tome 7, p. 212 s.

    9Bettelheim, C. (1974). Les luttes de classes en URSS. 1 : Première période, 1917 – 1923. Maspero [u.a.]. p. 330-331

    10 J. Staline, Les principes du léninisme. 1924

    11https://unitecommuniste.com/histoire/que-venez-vous-faire-camarades/

    12https://unitecommuniste.com/wp-content/uploads/2019/01/Brochure_GJ.pdf

    13Andreï Jdanov, Rapport sur la situation internationale, 1947.

    14https://unitecommuniste.com/france/le-mouvement-des-gilets-jaunes-les-desirs-de-lextreme-droite/

  • ORBAN VEUT PRENDRE LES PLEINS POUVOIRS EN HONGRIE

    ORBAN VEUT PRENDRE LES PLEINS POUVOIRS EN HONGRIE

    Petit événement dont personne ne parle, ou si peu. Mais quelque chose de grave, auquel il serait temps de prêter attention. Cela se passe en Europe, ça nous interroge donc sur ce qu’il se passe ici, et cela illustre le fait que même le virus passé, il n’y aura sans doute jamais de retour « à la normale » (c’est à dire au statu quo ante, auquel par définition on ne revient jamais) :

    La Hongrie

    La situation là-bas est si grave, que même en ces temps où l’anormalité devient la norme, franchement, je ne comprends pas que les choses soient si peu remarquées.

    Viktor Orban, premier ministre d’extrême droite, est en train de profiter du virus pour prendre les pleins pouvoirs, lui permettant de légiférer par décrets, en passant outre le parlement. Prolongation illimitée.

    D’après ce que je comprends, la loi est une extension d’une loi déjà proposée et qui a échoué à obtenir le soutien de l’opposition. Cette fois-ci elle se fait sans le soutien de l’opposition, mais uniquement de la majorité d’extrême droite :

    • elle est associée à l’état d’urgence sanitaire.
    • elle ne supprime pas formellement le contrôle du parlement sur le premier ministre. Cependant, ce contrôle parlementaire risque d’être complètement théorique. Par ailleurs Orban n’a pas grand chose à craindre d’un parlement qui lui est globalement acquis, et qui semble décidé à se dessaisir de son propre pouvoir.

    Cependant :

    • elle permet au premier ministre de légiférer dans tous les domaines uniquement par décrets.
    • elle n’est pas limitée dans le temps, mais illimitée.
    • et elle contient même une clause qui permet à Orban d’AJOURNER le calendrier électoral s’il le désire

    Autrement dit, la Hongrie, en plus d’un gouvernement d’extrême droite, est au bord de basculer complètement dans le fascisme.

    Pour l’instant le président du Parlement Européen (qui n’a d’ailleurs pas réellement de pouvoir) a émis une vague protestation. Le silence médiatique à ce sujet est lui-même éloquent sur l’absence de réaction des classes dirigeantes en France, par exemple, aux évolutions hongroises.

    La grande question est : qu’Orban ait pu jusqu’ici aller assez loin avec le soutien de l’Union Européenne (malgré des protestations de pure forme) auparavant, c’était assez visible.
    Mais pourquoi et comment peut-il aller loin A CE POINT en pensant que les pays de l’UE vont le laisser franchir cette limite ?

    Il semble convaincu que ça va passer.

    Et surtout, il est frappant de constater qu’il fait cela alors qu’il n’en a pas fondamentalement besoin. Sa position au pouvoir était bien assurée. Pourquoi alors ne pas maintenir quelques apparences démocratiques ?
    Est-ce qu’il pense que la crise économique et politique qui va suivre le confinement va être si grave que l’UE va s’effondrer?


    Auquel cas, le fait de détenir les pleins pouvoirs lui permettra de traverser la tempête et de faire ce qu’il veut sans avoir à prendre le risque de fâcher les pays européens.

    Il sait que les pays européens n’ont rien contre le fascisme.
    Imaginez : le parti de Viktor Orban siège au parlement européen dans le même groupe parlementaire que la CDU allemande, du LR français ou de la Forza Italia italienne. Ils siègent ensemble. Orban a donc bien profité des avantages que lui procurait l’Union Européenne.
    D’autres gouvernements d’extrême droite sévissent également dans des pays comme la Pologne, les Pays Baltes, la Croatie, sans que cela ne semble poser le moindre problème aux instances européennes.

    Simplement les gouvernants européens ne veulent pas qu’une politique de type fasciste se remarque trop. Or, ce qui se passe en Hongrie est bien trop gros pour être digéré aussi facilement. Même le tyran Erdogan, en Turquie, n’a pas les pleins pouvoirs, et maintient, pour la forme, quelques apparences démocratiques.

    Mais maintenant, Orban est en train de dire, non, c’est fini. Moi je vais faire mon truc chez moi, maintenant.
    Il demande des pouvoirs lui permettant carrément d’ajourner le calendrier électoral, ce qui n’a clairement aucun rapport avec le coronavirus.

    Cette crise va durablement changer les choses, créer les conditions d’une crise existentielle majeure et prolongée du capitalisme mondial. Les peuples européens vont peut-être se réveiller et retrouver la raison, mais les gouvernements eux, ont perdu la maîtrise de la situation. Cette histoire de Hongrie en est la preuve.
    Orban est finalement en train de dire : ok, j’ai bien profité d’être sous la couverture respectable de l’UE pour avancer mes pions dans le pays. Maintenant c’est fini, je suis maître chez moi, et je fais ce que je veux.
    L’hypothèse qui me semble la plus vraisemblable pour expliquer ce revirement est que Viktor Orban estime que l’UE ne sera plus opérationnelle à court moyen terme et ne lui est donc plus d’aucune utilité. Un effondrement du château de cartes européen, donc.

    En catimini, sans que personne ne le remarque, la poussée, visible dans les dix dernières années, de l’extrême droite sur le continent est en train de se transformer en renaissance du fascisme proprement dit. Car une politique d’extrême droite n’est pas encore entièrement suffisante pour former un véritable régime fasciste, conçu comme « dictature terroriste ouverte de la fraction la plus réactionnaire, la plus chauvine et la plus impérialiste du capital financier ». Par exemple, il a fallu 4 ans à Mussolini, après la « marche sur Rome » pour faire adopter les « lois fascistissimes » qui lui ont permis de réaliser pleinement son projet politique. Maintenant, alors que le monde capitaliste est en plein bond dans l’inconnu, le monstre est en train de réapparaître pour de bon sous son vrai visage.

    Vous aussi vous vous demandez comment une chose pareille est devenue possible dans un pays comme la Hongrie ?

    La Hongrie est un pays qui a une histoire très riche. Cette histoire est à la fois révolutionnaire et contre-révolutionnaire, avec, malheureusement, une longue histoire avec le fascisme.

    Du côté de son histoire révolutionnaire, on pourra évoquer notamment le soulèvement national et progressiste de 1848 contre la tyrannie de l’Empire Autrichien (soulèvement mis en musique par Franz Liszt dans ses magnifiques Préludes), dont les suites ont poussé la dynastie des Habsbourg, après 15 ans de lutte acharnée, à mettre en oeuvre une véritable démocratisation de leur Empire, donnant accès à des libertés nationales et démocratiques importantes à l’ensemble des nationalités, et dans lequel les hongrois ont bénéficié d’un statut tout à fait avantageux.
    En 1918-19, après les épreuves de la Première Guerre Mondiale, et l’effondrement de l’Empire Austro-hongrois, la classe ouvrière prend le pouvoir à Budapest, mettant en œuvre sur le modèle de la Révolution d’Octobre en Russie, une expérience de révolution radicale. Celle-ci a tenu pendant un an et demi sous les assauts de tous les impérialistes (notamment franco-britanniques) coalisés aux forces réactionnaires des pays voisins, avant d’être écrasée. On retiendra parmi les dirigeants de ce mouvement révolutionnaire, tous issus du quartier juif de Budapest, l’aventurier opportuniste Bela Kun, dont les erreurs ont coûté cher à la révolution, mais aussi des dirigeants comme Matyas Rakosi et Ernö Gerö, qui se sont avérés plus solides, et enfin le grand intellectuel marxiste George Lukàcs.

    En 1920, cette expérience révolutionnaire tout à fait exceptionnelle (et qui n’alla pas sans de nombreux excès et erreurs de toutes sortes), fut matée dans un bain de sang. Les troupes roumaines étant entrées dans Budapest installèrent au pouvoir un régime militaire dirigé par Miklos Horthy, appuyé par la hiérarchie de l’Eglise et les milieux nationalistes, non sans avoir entre temps fait s’abattre une terreur blanche implacable et particulièrement antisémite. Horthy resta au pouvoir jusqu’en 1945. Ayant lui-même opté pour une forme locale de fascisme, il fut tout naturellement inscrit dans l’alliance des fascistes européens autour de l’Allemagne nazie.
    Après avoir opté pendant quelques temps pour l’apaisement envers les juifs hongrois, il décida, à la fin de la guerre (et alors que celle-ci était pratiquement perdue) de déporter d’un seul coup la totalité des juifs de Hongrie. 440 000 furent déportés en 3 semaines, parmi lesquels beaucoup moururent.

    Ces événements constituent le terreau sur lequel Viktor Orban prospère aujourd’hui.

    Après la libération du pays par l’armée rouge, la génération révolutionnaire de 1919 revint sur le devant de la scène. Pour recoller les morceaux, des élections furent organisées et un gouvernement antifasciste à forte participation communiste accéda au pouvoir. Devant l’émergence, au niveau international, de la Guerre Froide, et, en Hongrie, les tentatives de déstabilisation et de sabotage des forces réactionnaires, la Hongrie tenta d’évoluer vers le socialisme, avec, toujours présents, Matyas Rakosi, Ernö Gerö, et, dans le domaine intellectuel, George Lukàcs. Mais cela n’était pas si simple. L’implantation du parti communiste était plus faible que dans d’autres pays, la résistance des petits capitalistes agricoles, de l’Eglise, et des couches favorisées constituaient des obstacles majeurs, et enfin la direction révolutionnaire eut elle-même de nombreux excès.

    Les choses changèrent à partir de 1955-1956, lorsqu’un changement de ligne au sein du PC soviétique (et par voie de suite, du mouvement communiste international), favorisa l’éviction de Matyas Rakosi, Ernö Gerö et d’autres anciens de 1919 au sein du PC hongrois, au profit de dirigeants plus modérés, et, au fond, assez sociaux-démocrates. Constatant qu’un certain ras-le-bol existait dans la population, sans doute à juste titre, à la suite des erreurs commises dans la phase précédente de la révolution, ces derniers, prenant modèle sur des changements opérés au même moment en Pologne, tentèrent de mettre en place un régime fondé sur une sorte de compromis bancal avec l’Eglise et les forces réactionnaires. Or, ce fut l’explosion, le retour du refoulé. Malgré quelques mesures « de gauche » prises par le gouvernement, comme la mise en place d’une « autogestion » plus illusoire que réelle, a population qui se mobilisait ne fut pas encadrée par des forces révolutionnaires ou même progressistes, mais par des anciens fascistes, des nostalgiques du fascisme. Les idées fascistes et antisémites recommençaient à s’exprimer ouvertement dans le pays. Les communistes et leurs alliés étaient attaqués, souvent tués, et des affrontements armés commençaient ici et là. La direction du PC hongrois de l’époque, complètement dépassée, cherchait la conciliation : des anciens dignitaires du régime de Horthy opéraient leur retour en politique et furent nommés à des postes importants. Le gouvernement hongrois, ainsi que les nouvelles forces politiques nées dans le mouvement de 56 devinrent une véritable blanchisserie à anciens fascistes.

    Après avoir initialement décidé de laisser les évolutions politiques se faire d’elles-mêmes en Hongrie et en Pologne, le mouvement communiste international, de façon assez unanime (son aile révolutionnaire aussi bien que les dirigeants social-démocratisés), changèrent de position. Un distinction fut faite entre la Pologne et la Hongrie, car, la Pologne, n’ayant pas la même histoire que la Hongrie (la première fut envahie et occupée par des conditions terribles par Hitler, tandis que la seconde fut l’alliée des nazis jusqu’à la fin de la guerre), ne représentait pas à ce moment là de menace fasciste. Il fut donc décidé entre les principaux dirigeants du mouvement communiste que l’Armée rouge devait intervenir en Hongrie (mais pas en Pologne), pour soutenir les forces révolutionnaires encore actives dans le pays (essentiellement autour de différents dirigeants du PC hongrois et d’anciens membres de la police secrète ayant formé et encadré des milices ouvrières et paysannes pour résister aux attaques violentes menées par les fascistes).

    Le soulèvement contre-révolutionnaire hongrois de 1956 fut donc, comme on le sait, écrasé par l’armée rouge, à l’appui de ce qu’il restait de forces révolutionnaires en Hongrie. Mais le souffle, l’élan révolutionnaire étaient morts, brisés, dans ces événements tragiques. On arriva effectivement à une sorte de compromis bancal, social-démocrate, sous la férule du dirigeant Janos Kàdàr, qui resta au pouvoir pendant des décennies. Prêtres, anciens fascistes et petits entrepreneurs ne furent plus inquiétés. Les anciens de 1919 restés en poste (comme Ferenc Münnich) furent évincés définitivement, et, pour ne pas déplaire aux fascistes hongrois, formellement interdits mais toujours présents, il fut pris soin de mettre les juifs hongrois à l’écart de tout poste à responsabilités.
    Cependant, cette politique de compromis avait très certainement ses avantages. Les communistes n’étaient pas si impopulaires et les choses poursuivirent leur cours normal jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989. La « révolution de velours » dont on nous vante les mérites n’eut en fait rien d’une révolution. Le pouvoir ne changea pas de mains. Les dirigeants embourgeoisés de la Hongrie transformèrent le PC en parti social-démocrate, tournèrent sans heurts le dos à Moscou pour se tourner vers l’Europe occidentale. Preuve de la relative popularité de l’appareil dirigeant, ils furent facilement réélus après que des « élections libres » sur le modèle occidental furent organisées, et conservèrent le pouvoir pendant 20 ans.

    Un partout, balle au centre, donc, d’une certaine façon. Ces dirigeants ex-« communistes », embourgeoisés et social-démocratisés, représentaient donc une certaine continuité avec l’histoire révolutionnaire de la Hongrie, un compromis avec les secteurs les plus à droite de la société, et, dans le même temps, la perspective d’une adhésion à l’Union Européenne faisait miroiter à la population la perspective (on peut dire aujourd’hui, le mirage) d’accéder à la prospérité sur le modèle des pays occidentaux. L’adhésion de la Hongrie à l’UE fut officielle le 1er mai 2004. Et la déception fut grande. Le niveau de vie ne s’est pas amélioré en Hongrie, et les sociaux-démocrates locaux apparurent comme de vulgaires exécutants corrompus des maîtres de l’UE, situés à Bruxelles, Paris, Berlin, etc.

    C’est ainsi que l’histoire sembla se répéter. 50 ans après, le contentieux surgi du soulèvement de 1956 était en fait encore là : si beaucoup considéraient ce soulèvement comme contre-révolutionnaire, d’autres en faisaient une mythologie nationaliste et glorifiaient ce soulèvement.
    Alors qu’au élections d’avril 2006, la social démocratie conservait la majorité relative (à environ 43%) talonnée par la droite extrême de Viktor Orban (42%), la situation changea du tout au tout en septembre octobre de la même année.

    Le point culminant de ce changement eu lieu, précisément, à l’occasion du cinquantenaire de 1956. La commémoration officielle était réduite au strict minimum (malgré la présence de 56 délégations étrangères venues, avec leurs bons sentiments anticommunistes, complètement déconnectées de la réalité, assister à un « Déclaration de Liberté, 1956 »), bien évidemment, les sociaux-démocrates restant sur la ligne de compromis entre différentes lectures de l’histoire, laissant à chacun le soin de se faire son propre avis. Mais, en ce mois d’octobre 2006, la commémoration s’organisa dans la rue. Tous ceux qui y participaient n’étaient pas des fascistes : beaucoup considéraient simplement que l’intervention de l’armée rouge avait été une mauvaise chose. Mais les fascistes, après avoir connu une forte poussée électorale, y étaient la force la plus présente, la mieux organisée. Des mouvements ouvertement néonazis menaient la danse, tels Jobbik (Alliance des Jeunes de Droite) ou MHM (Mouvement pour Notre Patrie), puis, à partir de 2006 la Garde Hongroise, autant de mouvements encore plus à droite que Viktor Orban lui-même, mais qui constituent pour lui un point d’appui idéologique solide. La commémoration de 56 devint finalement une répétition de 56 lui-même. Le gouvernement social-démocrate envoya la police. Cela ne fit que galvaniser et radicaliser le mouvement de droite. Devant les délégations étrangères présentes, le premier ministre social-démocrate déclara : « En 1956, la rue était plus démocratique que le Parlement. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. »

    En réalité, la mort politique du gouvernement social-démocrate était dores et déjà devenue inévitable dès le mois de septembre de la même année (2006), lorsque la population avait découvert que celui-ci avait été élu en dissimulant à la population un plan d’austérité dicté par les capitalistes de l’UE… La commémoration de 56 ne fit que servir de catalyseur au mécontentement, qui a profité finalement à l’extrême droite. Perdant tout soutien aussi bien sur sa droite que sur sa gauche, la social-démocratie vivota jusqu’en 2009 avant de s’éclipser. Le champ était libre pour Viktor Orban et ses partisans.

    On peut dores et déjà en tirer la leçon suivante, hélas récurrente dans les pays d’Europe orientale : ce n’est pas le « communisme » qui a tué la gauche dans ce type de pays. Les gens y ont de nombreuses fois revoté sans problème pour des « ex-communistes ». Ce qui a tué la gauche, c’est la social-démocratisation de ces « ex-communistes », leur impuissance à proposer autre chose que de rentrer dans le rang du capitalisme international, et, finalement, la déception provoquée par ces derniers. C’est un élément fondamental pour comprendre pourquoi l’extrême droite prospère aussi facilement dans l’ensemble de ces pays.

    Il était important de revenir sur tout ceci, car l’histoire constitue un substrat, un ferment puissant pour l’établissement de ce pouvoir d’extrême droite. Il se nourrit de cette histoire. Il est significatif par exemple que le fait de qualifier 1956 de « soulèvement contre-révolutionnaire » position qui fut longtemps assez courante, surtout chez les plus anciens, est aujourd’hui puni de sanctions pénales dans ce pays sous la botte de Viktor Orban.

    La boucle est maintenant bouclée : jamais la Hongrie n’a été aussi proche de sombrer dans un régime fasciste en bonne et due forme depuis le soulèvement contre-révolutionnaire de 1956.
    Il y a 64 ans, l’armée rouge envoyait les chars soviétiques, et aujourd’hui, le parlement européen va se contenter d’écrire un vague texte pour dire « gnagnagna, la dictature en Hongrie, ce n’est pas gentil » et ne rien faire. On attend toujours les chars de l’Union Européenne.

    En cette période où un virus est en train de mettre à l’épreuve toutes les sociétés et tous les systèmes, qu’elle sert de révélateur, et que ce qui était sous-jacent jusqu’ici apparaît maintenant au grand jour, souvenons-nous, l’histoire est faite de tumultes, et l’histoire, ce n’est pas le passé, nous la vivons encore aujourd’hui. Par conséquent, il faut être prêt à tout. Dans le même temps, en temps de bouleversement, le champ des possibles à tendance à s’ouvrir : le pire comme le meilleur, est possible. Cela dépend de chacun de nous.

  • La bataille de l’histoire. VI

    La bataille de l’histoire. VI

    Dépasser le folklorisme et le dogmatisme, aller de l’avant.

    Nous cherchons tous des voies pour nous améliorer dans notre compréhension du marxisme. Cette formation est essentielle pour construire l’ossature du Parti de demain. La formation est non seulement essentielle, mais vitale. Il s’agit d’un travail long et continu, ardu, d’autant qu’il existe des ruptures dans la transmission du savoir et de l’expérience. Depuis le début des années 2000, surtout depuis la crise de 2008 et les politiques d’austérité, en France, il existe une indéniable progression des idées révolutionnaires.

    Le durcissement de la situation économique s’est traduit par une hausse des tensions sociales, internes et externes aux États. Cela se traduit également, mécaniquement, par une pression davantage importante sur les droits politiques. La violence d’État et la violence sociale ont franchi plusieurs paliers. Le fait que la dictature de la bourgeoisie se soit démasquée rend les idées révolutionnaires nettement plus compréhensibles aux yeux des masses populaires et de la petite bourgeoisie radicalisée. En dépit de l’intense propagande anticommuniste, qui s’accentue de jours en jours – mise en avant du Goulag, négation des avancées sociales, focalisation sur des phénomènes comme le traité de non-agression germano-soviétique – les communistes n’ont jamais eu autant pignon sur rue.

    Les positions politiques, le discours, l’acceptation de la violence, ne sont plus les mêmes qu’avant la crise. Aujourd’hui, les organisations se revendiquant du léninisme ou du maoïsme ne choquent plus tant qu’il y a 15 ans. Elles se sont répandues, se sont banalisées dans la société. Dans le cadre du travail militant et de la coopération entre organisations, les cordons sanitaires se délitent. Ceux-ci, dressés par les trotskistes, les anarchistes ou les réformistes (parfois tous ensemble et parfois même à l’appel des fascistes1), que certains et certaines ont pu connaître, s’effritent ou paraissent désormais complètement invraisemblables.2 De ce point de vue là, il s’agit d’une incontestable victoire.

    Cependant, la véritable victoire n’est pas tant de parvenir à exister parmi les autres courants, mais bien de réaliser la tâche particulière du nôtre : rassembler, mobiliser, former, et construire les outils de la victoire. Or, cela ne peut-être fait sans liens avec les masses, mais également sans la construction d’un noyau dur, capable de pouvoir former l’ossature (idéologique et organisationnelle) d’un futur Parti. Former et se former prend un temps et une énergie conséquente. Cela demande un travail collectif comme un travail personnel. Ce dernier est d’ailleurs irremplaçable. Sans formation solide, l’émergence d’une génération de cadres ne peut être pleinement réalisée.

    Il existe une pression intense, celle d’avoir un point de vue sur tout, sur l’ensemble des questions historiques, politiques, idéologiques, sociales… Face aux lacunes, des phénomènes compensatoires sont mis en œuvre. Ceux-ci se traduisent de diverses manières : par le folklorisme, le sectarisme, la présomption, ou par la compromission, le centrisme, parfois en zigzagant de l’un à l’autre. Nul n’étant parfait, nous sommes toutes et tous, à divers degrés, concernés par ces travers et par ces maux. Cela n’a pas pour vocation de jeter l’opprobre sur ceux et celles qui peuvent commettre ces erreurs. Elles sont éminemment compréhensibles et pardonnables. Mais elles demandent d’être reconnues pour être combattues, notamment par le travail de critique / autocritique. Elles doivent être prises en considération et faire l’œuvre d’une vigilance constante.

    Lorsqu’elles ne sont pas combattues, ces déviations peuvent prendre une tournure extrêmement néfaste. La première étant le folklorisme. Or, rien n’est plus rebutant que le fait de voir des individus se « déguiser en communistes ». Rien n’éloigne plus les masses populaires que le fait de voir des individus qui se griment en ouvriers, se griment en gardes rouges, se griment en tchékistes. Le folklore peut être amusant, dans un certain cadre, il peut servir de caricature ou de satire. Mais pris au premier degré, comme le principal moyen de relation avec les masses, il ne peut déboucher que sur quelque chose de stérile ou qui contribue à accroître la césure entre les militants et militantes, souvent issus de la petite bourgeoisie radicale, et ceux et celles qu’ils prétendent organiser. Ce n’est pas un problème nouveau.

    Dans l’expérience soviétique, un point qui ressort constamment est la distinction entre le « bas peuple » et ceux qui « parlent bolchevique ». S. Fitzpatrick, dans Le stalinisme au quotidien, A. Sumpf, dans De Lénine à Gagarine, ou encore J. Arch Getty dans the road to terrorsoulignent tous cette constante. TsiK ; Orgburo ; Politburo ;Narkom à l’époque, mais aujourd’hui AG ; congrès ; CR ; CF ;agitprop ; révisio ; confusionniste…etc les acronymes, les mots-valise, le jargon technique ne manque pas. A cela s’ajoutent des références historiques, des auteurs, des acteurs, qu’il faut connaître – parfois sans comprendre – pour « en être ». Chaque courant et chaque subdivision possède sa langue, son vocabulaire. A cela s’ajoute d’autres marqueurs qui consacrent un entre-soi militant : tenues, tatouages, tabous ou sujets à connaître par cœur. Si un langage technique ou précis permet de pouvoir décrire une réalité de manière complexe, détaillée, clinique, bien souvent, il distancie le monde militant du reste de l’univers. Cette séparation est caractérisée parfois ouvertement entre « militants » et « civils » ou « normies ».

    Or, cet entre-soi, aussi confortable soit-il, n’est pas juste. Il est le plus souvent un aquarium d’eau croupie. Permettre de l’assainir, de le briser, ne peut se faire qu’en parlant la langue des masses populaires, non en tentant vainement d’impressionner avec un langage complexe, cryptique, tout juste bon à éloigner le profane. C’est dans ce cadre que la maîtrise de la mémétique, l’étude des références culturelles communes, trouve sa place. Cette science, dont les bases ont été posées par Richard Dawkins en 19763, est celle qui permet de comprendre la transmission du patrimoine culturel.

    Cela ne date pas d’hier : une des raisons de la victoire de la ligne stalinienne sur les autres réside là : une simplicité dans l’explication, un rapport pragmatique aux questions pratiques, le fait de parler une langue compris par le prolétariat et les éléments prolétariens du parti. Le mépris de classe de Trotski, par exemple, a repoussé plus d’un militant ou d’une militante. Pour être compris, il faut donc parler la langue de son interlocuteur pour transmettre ce que nous voulons transmettre. Et pour le transmettre simplement, il faut le comprendre.

    Les racines sont là : le folklorisme est bien souvent le dogmatisme des ignorants et des ignorantes. Mais le dogmatisme lui-même est une politisation imbécile. Il ne s’agit pas d’injurier ceux qui en sont victimes, mais bien de le reprendre sous sa forme première : de Imbecillus, sans appui. Sans béquille. Il s’agit d’une compréhension plate, morte, des choses. Le dogmatisme étant basé sur l’imitation atemporelle, il est par voie de conséquence stérile. Si les dogmatiques possèdent une connaissance livresque, elle est celle de moines copistes, sans la moindre relation avec la base même du marxisme, véritable science de la transformation et de la révolution. Reconnaissons à certains d’avoir sauvé, par ce travail, un corpus irremplaçable. Mais cela n’empêche pas qu’ils soient, le plus souvent, des éléments qui retardent l’émergence du Parti. Cette approche ossifiée des questions théoriques, idéologiques, et donc, organisationnelles, maintient les organisations politiques à un stade embryonnaire.

    En premier lieu, il faut comprendre que cette tendance est générale. Elle ne peut être autrement dans l’état de faiblesse des organisations communistes en France – et plus largement en occident. Aujourd’hui, aucune ne peut prétendre – et certainement pas l’UCL ! – posséder un regard qui embrasse l’intégralité des questions, qui répond à tous les problèmes et qui possède les clés du succès.

    Nous, comme bien d’autres, nous sommes construites autour d’un petit noyau. Sur la base de ce petit noyau, nous avons aggloméré des informations et des connaissances nouvelles. En fin de compte, nous avons obtenu ce qui nous paraît une certaine vérité. Une certaine analyse de la situation, une certaine approche théorique, idéologique, programmatique…qui fait consensus dans notre organisation. Cela ne signifie d’ailleurs pas un alignement total des uns sur les autres. Cette vérité permet un fonctionnement pratique de notre organisation, mais elle ne peut pas suffire pour faire face aux immenses tâches que nous nous fixons.

    Il existe en cela deux questions sous-jacentes, qui ne peuvent d’ailleurs pas être artificiellement séparées les unes des autres. Ce sont celles du fonctionnement interne et de la politique externe. Les deux sont des questions idéologiques extrêmement importantes, et dans lesquelles la confrontation avec l’expérience passée est salutaire.

    1En 2009-2010, les fascistes lyonnais avaient dénoncé la présence de militants et militantes ML/MLM dans les collectifs de vigilance. Certains militants ou certaines militantes anarchistes avaient alors embrayé le pas en réclamant, par voie de presse, l’exclusion de ces militants et militantes. Si l’affaire à fait long feu, elle est néanmoins illustrative d’une situation récurrente. Le MLPD a dénoncé des procédés similaires visant à l’exclure des mobilisations collectives contre la destruction de la forêt rhénane.

    2https://rebellyon.info/Le-retour-des-leninistes-une

    3Le Gène égoïste