Catégorie : Articles

  • Discours de Macron : Métro-Boulot-Hosto.

    Discours de Macron : Métro-Boulot-Hosto.

    Macron s’est à nouveau solennellement exprimé devant la population. Un cérémonial au protocole digne d’une République au style décidément très monarchique. Cette intervention était extrêmement attendue. Elle doit désormais indiquer quelle est la nouvelle stratégie du gouvernement dans un affrontement avec la pandémie. Après plusieurs mois d’échec, un sursaut était attendu anxieusement.

    Nous ne pouvons pas considérer que celle-ci réponde à nos attentes, ni à celles de la lutte contre la pandémie. Le confinement a été annoncé. Nous nous attendions à son annonce, mais pas à ses modalités.

    Malgré les contraintes qu’il impose, nous pouvons l’accepter.

    Nous ne sommes pas des individus qui se rebellent pour se rebeller. Nous avons la prétention de nous considérer comme des militants et des militantes sérieux et sérieuses. Il ne s’agit pas de persiflages, de grogneries. Nous avons le sens du devoir. Nous savons prendre en considération la gravité de la situation, et accepter des sacrifices.

    Dans la situation actuelle, nous jugeons acceptable de devoir renoncer à une vie « normale ». A ses agréments, à ses loisirs, à certaines de ces joies. Nous l’acceptons car nous plaçons toujours au premier plan l’intérêt populaire. En font partie la santé en général et le travail de ceux et de celles qui la protègent.

    Dans le silence assourdissant, celui du vide, de la disparition des applaudissements de 20h, nous les saluons toutes et tous.

    Pour eux et elles, pour les plus précaires, pour les plus vulnérables, nous acceptons cette part infime de sacrifice. Nous acceptons un confinement, en dépit du fait que celui-ci ne soit pas sans séquelles psychologiques.

    Seulement, nous n’acceptons pas d’être pris pour des idiots.

    Quelle auto-critique ?

    Une des constances est l’absence d’auto-critique de la part du gouvernement. Il aurait fait tout ce qui fallait. Notre pays posséderait le meilleur système de santé au monde, et la deuxième vague aurait parfaitement été anticipée. Pourtant les faits ont l’air de démontrer le contraire. Le Canard Enchaîné a ainsi démontré à plusieurs reprises l’incurie du gouvernement, les conflits d’autorité, le fonctionnement en grandes baronnies qui se tirent dans les pattes. Les hôpitaux ont ainsi reçu des milliers de test antigéniques destinés aux aéroports, mais simplement parce qu’il n’existait pas d’autorité compétente pour les commander. Une nouvelle fois, nous le mentionnons : la France est très mal classée dans sa gestion de l’épidémie (54e) par le Deep Knowledge Group.

    Les moyens termes, les demi-mesures, le « moindre mal » au profit de la sacro-sainte économie (celle de la grande bourgeoisie en tout premier lieu) nous ont mené face à cette situation impossible. La communication contradictoire, défaillante, l’absence de mesures éducatives font que 65 % des français et françaises portent des masques, souvent mal.1

    L’Economie-Reine.

    Bien qu’ayant pudiquement placé la défense de l’économie au dernier point, elle est le fil conducteur du discours. « Il faut protéger à tout prix les rentes de la grande bourgeoisie. Pour la petite, l’argent public fera l’affaire un temps. Et si elle meurt, ce n’est que du darwinisme ! » Voilà en somme la réalité.

    Ce confinement consiste finalement à racler l’existence jusqu’à l’os. Le métro-boulot-hosto devient désormais le mantra du gouvernement. Qu’importe si le cercle affinitaire ne correspond qu’à 6,4 % des clusters (cf. graphique).

    La stratégie du gouvernement consiste toujours à rogner autour du noyau dur des contaminations, sans jamais s’y attaquer. Il est hautement improbable que cela parvienne à faire passer les contaminations de 50 000 à 5 000 par jour.

    Education-contamination

    Dans l’éducation, croire que, dans un délais de quelques jours, il est possible de faire surgir un protocole miraculeux, un protocole capable de stopper les contaminations en milieu scolaire, c’est prendre le personnel éducatif pour des imbéciles. C’est également admettre à demi-mot que le premier s’est traduit par un échec total. Dans les faits les lieux d’éducation restent un des foyer de contamination premier. Que les enfants et les jeunes aient peu de formes graves, c’est un fait incontestable. Cependant, ils se contaminent. Ils contaminent les autres. Ce contournement du confinement le rend, de fait, inefficace.

    Fait illustratif : Tandis que l’émoi, légitime, autour du meurtre de Samuel Paty monopolisait les esprits, les masques fournis par l’Éducation Nationale ont été retirés du service. Ils sont soupçonnés d’être enduits d’un biocide toxique. L’Education Nationale a donc demandé aux enseignants de se débrouiller pour se protéger en attendant. Elle demeure un des seuls secteurs qui ne fournissent pas ses employés en protection. Le petit avantage d’être en cheville avec l’État : le droit du travail y est élastique.

    L’arrêt de la vie à sa dimension productrice signifie cependant que les transports en commun seront toujours aussi chargés, voire possiblement plus. Tandis que les loisirs d’après-travail rendaient les déplacements plus diffus. La compression des horaires signifie donc des départs groupés. Donc des transports saturés aux heures de pointe. Donc des contaminations, qui, elle, sont extrêmement difficile à retracer.

    En somme, une demi-mesure, qui se paie de la santé financière d’une partie de la population, et de la santé morale d’un grand ensemble, le tout pour des résultats dont on peut douter.

    Au pied du mur.

    Comme dit en amont, nous ne sommes pas des rebelles vains. Nous nous battons pour des causes que nous jugeons justes. L’accès à l’éducation en fait partie.

    Nous considérons effectivement qu’il est important son accès soit garanti au plus large nombre. Il est important que les élèves puissent aussi être intégré dans une communauté sociale qui les prémunissent contre l’isolement. Celui-ci, en plus de ses conséquences psychologiques, est terrain de recrutement des réactionnaires les plus virulents. Mais cela demandait des moyens, des fonds, des structures, qui ont été refusées alors que la deuxième vague s’annonçait. Nous ne pouvons pardonner les termes de Macron : « C’est le genre de créations d’emplois qui vont aggraver le déficit et qui ne servent pas à redresser le pays ». Conspués avant-hier. Encensés hier. Conspués à nouveau, la dure vie d’une catégorie sociale qui sert d’amortisseur.

    Pour que les écoles restent ouverte durant la pandémie, cela demanderait des moyens supplémentaires conséquents. L’emploi d’une cohorte de personnels, d’enseignants, d’aides, mais également de matériels permettant de pouvoir assurer le suivi à distance pour les malades et les plus vulnérables. Il en est de même pour le supérieur, dans lequel l’indigence est encore plus criante, et où le recours à distanciel est devenu la norme.

    Mais il faut pourtant maintenir tout cela ouvert, pour que la sainte ligne du CAC40 ne soit pas irritée. Sans école, pas de parents au travail, donc une grogne es vrais maîtres du pouvoir. En fait de « responsabilité personnelle », Macron fait appel au système D.

    Et cet argent existe ! Même dans une perspective qui n’implique pas de révolution !

    Exigeons que les grands capitalistes paient.

    Pendant la Première Guerre mondiale, tandis que les travailleurs étaient mués en chair à canon, il a été obligé d’arracher de la bourgeoisie une maigre compensation : un impôt sur le revenu progressif. Il était temporaire, et n’a été maintenu que parce que le butin de l’écrasement de l’Allemagne s’est avéré fort décevant. Mais la bourgeoisie n’a jamais désarmé et elle a tenté encore et toujours de l’anéantir. Il faudrait que les pauvres paient seuls l’entretien de leur propre outil d’oppression : l’État.

    Aujourd’hui les grands capitalistes se sont renforcés dans la pandémie. Ils lorgnent sur les commerces en faillite, sur les bars fermés, ils y voient une manne immense. Une occasion d’installer leurs franchises, leurs monopoles. De concentrer toujours plus de capital entre leur main, mouvement inéluctable du capitalisme. Nous réclamons que ce soient eux, ces parasites, ces héritiers fortunés, ces nantis, qui soient mis à contribution. Leurs fortunes sont faites de l’accaparement indu des richesses. Qu’ils les rendent !

    Ce n’est ni la révolution, ni une grande étape dans la lutte.

    C’est une première justice pour ceux et celles qui voient leurs niveaux de vies s’effondrer.

    Le gouvernement devra assumer sa responsabilité. Il devra assumer de jouer avec la vie des individus, de jouer avec le feu.

    Nous n’hésiterions pas un instant, si nous en avions les moyens, pour nous saisir de l’ensemble des moyens de production, pour nous saisir de ces richesses, et pour en assurer la redistribution et la remise en service. Mais une remise en service dans le but de satisfaire les besoins de l’humanité, non d’une clique de bandits.

    Nous appelons l’ensemble des organisations et individus qui partagent ce constat et ce souhait et se mettre en rapport avec nous. Face aux défis de la période, le camp du peuple doit répondre !

    1https://covid19.healthdata.org/france?view=mask-use&tab=trend

  • Samuel Paty.

    Samuel Paty.

    A la suite de cet attentat particulièrement brutal, nous avons voulu nous accorder un délais de réflexion avant de nous exprimer. L’emportement et la précipitation entraînent (comme on l’a vu avec Mélenchon) des propos inconsidérés, lesquels peuvent s’avérer contre productifs.

    Nous exprimons nos condoléances envers les proches, les amis, la famille et les collègues de Samuel Paty. Cela nous semble être le point fondamental préalable à tout propos.

    Nous condamnons cet acte terroriste sans réserve. Nous le condamnons pour son caractère horrible et sa brutalité. Décapiter de sang-froid un individu, un inconnu, après l’avoir traqué, est un acte propre à frapper d’effroi, un cauchemar éveillé.

    Nous le condamnons également pour les conséquences qu’il aura à plus ou moins court terme. Il est un acte intégralement négatif, dont les répercussions frapperont tant les musulmans – que le terroriste prétendait défendre –, les mouvements démocratiques et sociaux, que les enseignants eux-mêmes.

    Suite à cet assassinat, de nombreux rassemblements ont été appelés. Parfois le fruit de syndicats enseignants, mais également parfois spontanés. La réaction de rejet populaire, général et massif du terrorisme est à saluer. Elle est importante dans le processus de guérison et de résilience. En dépit de la situation sanitaire qui se dégrade de jours en jours, cette mobilisation a été large et très suivie. Il est notable qu’il n’y ait pas eu d’incidents au cours de ceux-ci, aucun acte de haine à l’encontre des musulmans ou des musulmanes venus aussi témoigner de leur horreur.

    Si la mobilisation a été importante et positive, elle a également attiré une cohorte d’opportunistes et d’agents de la haine et de la division. Dans ces grands rassemblements, la question se pose : quelle classe, quel courant politique, aura l’hégémonie ?

    Car, si ici les voix étaient celles de l’apaisement et de l’union, ailleurs, sur les plateaux télévisés, celles de la division et de la haine ont dominés. Des individus, des courants politiques, qui auparavant vouaient seulement du mépris aux enseignants et aux enseignantes, se sont emparés de Samuel Paty. Ils en ont fait leur étendard. Nous pouvons affirmer sans trop prendre de risques que ce professeur incarnait, socialement et idéologiquement, l’inverse total des Morano, des Zemmour et des Valls.

    L’occasion est trop belle : Les réactionnaires sont prêts à assassiner une seconde fois Samuel Paty pour nourrir leurs projets politiques racistes.

    « Expliquer, c’est justifier ». (Valls)

    Nous ne voulons pas minimiser l’existence d’un risque terroriste. Nous ne faisons pas d’angélisme. La société capitaliste, en particulier en période de crise, est violente, cruelle, impitoyable. Elle fragmente les individus, les jetant dans la misère, dans le désespoir et la violence.

    Manuel Valls avait dit, en 2015, que « expliquer c’est justifier ». C’est superficiellement vrai. Essayer de comprendre la trajectoire de radicalisation d’un individu fait qu’on ne peut plus le rejeter dans la catégorie des « monstres » et des anomalies. Le terroriste, le radicalisé, l’assassin, le criminel ne nous apparaît plus comme un « autre », mais comme un reflet de nous même.

    Manuel Valls pense, comme d’autre, qu’il n’y a pas besoin de comprendre pour lutter contre. Mais c’est aussi parce que M. Valls ne se donne pas d’autres objectifs que de gérer le risque terroriste (et de l’utiliser comme argument pour justifier son existence politique). Nous, en revanche, nous voulons y mettre un terme de manière définitive et radical.

    D’autres prétendent le faire. Mais en réalité, ils placent implicitement une élimination physique de certaines catégories de la population comme condition nécessaires à leurs projets. Nous non. Nous pensons qu’il faut connaître les racines profondes de ce mal, de ce ressentiment, de cette colère qui finit par exploser, engloutissant des innocents. Au « Expliquer, c’est justifier », nous répondons « expliquer, c’est comprendre, comprendre c’est pouvoir agir. »

    L’agresseur ayant été abattu par la police, il n’y aura pas de procès qui puisse permettre de comprendre plus en détail, d’analyser, d’étudier, le cheminement d’un jeune tchétchène de 18 ans vers un acte aussi brutal. Nous ne pensons pas, comme Mélenchon l’avait mentionné, que cela soit lié à son ethnie comme nous ne pensons pas non plus que cela soit profondément lié à l’Islam, contrairement à ce que l’on veut faire croire.

    L’islamophobie nourrit l’islamisme le plus réactionnaire.

    Si l’islamisme, contrairement aux fantasmes de la part d’une grande partie du monde politique, est lié à l’extrême-droite, il possède une différence importante dans leur point de départ. Les chemins qui amènent des Anders Brievik ou des Brendon Tarrant à commettre des tueries sont ceux de dominants qui sont terrifiés de perdre leur position dans la société. Ils estiment que leur mode de vie, que leur civilisation, que leur ethnie est encerclée, menacée d’extinction. Chez les musulmans, c’est l’idée d’un combat pour la survie d’une minorité, pour se défendre contre l’anéantissement. Si l’un part d’ « en haut » et l’autre d’ « en bas », les deux se rejoignent, et se répondent.

    Si on se pose la question du « qui de la poule ou de l’œuf », la réponse est relativement aisée : les fascistes, les suprémacistes, les xénophobes possèdent une mainmise sur l’appareil d’État, sur les institutions, sur les forces de répression et sur la justice. Ils « jouent à domicile » et possèdent un avantage écrasant par leur classe sociale.

    Avant, ils parlaient de race, aujourd’hui, ils ont appris à contourner le racisme en parlant de religion. Mais le fond reste le même. Ils considèrent qu’une partie de la population de France est inassimilable, incompatible, et donc à liquider.

    Ces institutions paraissent hostiles ou indifférentes. Personne n’est venu représenter le gouvernement devant les mosquées brûlées de Lyon, tandis que Darmanin s’est déplacé pour une Église à Rillieux-la-Pape. Quand un acte anti-musulman ou raciste est mené, il faut discuter sans fin pour en comprendre les tenants et les aboutissants par une longue enquête. Cela convainc les musulmans (mais aussi d’une manière générale les minorités présentes en France) qu’ils sont des individus de seconde zone, auxquels ont peut s’en prendre impunément, qu’on peut tuer au détour d’une ruelle, lors d’un contrôle qui « tourne mal ».

    Dans le même temps, les prédicateurs islamistes tiennent exactement le même discours. Ils considèrent que ces politiques montrent que l’occident les rejette, qu’ils sont incompatibles avec ses « valeurs », et qu’il faut soit arracher par la force des zones « libérées », soit partir.

    La prophétie auto-réalisatrice se crée.

    L’école.

    De gauchistes fainéants, gavés de vacances, les enseignants sont subitement devenus des remparts contre l’islamisme. Le 27 août, Emmanuel Macron refusait l’embauche de nouveaux professeurs, déclarant que « C’est le genre de créations d’emplois qui vont aggraver le déficit et qui ne servent pas à redresser le pays ».

    Le ministre de l’Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, s’est ainsi adressé aux enseignants en des termes inhabituels. Après avoir nié tout malaise dans les lycées, nié toute contamination COVID19, conspué les « enseignants décrocheurs », il s’est montré en façade bienveillant et conciliant.

    S’ouvre d’ailleurs aujourd’hui, 22 octobre, un expéditif Grenelle de l’Éducation, qui doit permettre de réaliser une rentrée ad hoc le 2 novembre. Encore un bel effet d’annonce. Peut-être se traduira-t-il par quelques effets cosmétiques, qui servent à convaincre que le gouvernement fait quelque chose. Mais que va il en sortir d’utile ? Blanquer a été nommé pour aligner progressivement l’Éducation Nationale sur le modèle managérial de l’entreprise privé. Il a contribué à transformer les enseignants et enseignantes en prestataires de service qui doivent être rentabilisé.

    Le ministre promet un « recadrage pédagogique » à la rentrée. Nul ne sait ce que cela signifie pour le moment, mais il est certain que cela ne répondra en rien au problème de fond : le fait que l’école cristallise les tensions présentes dans la société. Elle est le reflet de la confrontation entre les classes – bien que la bourgeoisie ait ses propres lieux ailleurs –, de la confrontation entre les groupes sociaux, de l’affrontement aussi entre l’État et la population. De ce point de vue là, nulle mesure ne peut changer cela.

    La situation de l’école est paradoxale. Elle est supposée former des citoyens français, acquis aux valeurs de la République et à un certain mythe consacrant la France comme la championne des droits de l’homme. La rencontre avec la réalité brise ce discours. Expliquer que la police protège à des enfants qui ont été témoins de violences policières ; que la justice est équitable face aux affaires Sarkozy, Balkany… ; que la France est la patrie des droits de l’Homme alors qu’elle entretient des relations néo-coloniales avec de nombreux pays… La confrontation entre l’imaginaire et le concret ne peut que déboucher sur une fragmentation de la confiance entre les élèves et l’institution.

    D’autant que les arguments sont hypocrites. La liberté de pensée et d’expression est constamment entravée par l’Etat. Sacralité du président de la République, omerta sur les crimes policiers et sur les génocides commis par la France. En revanche, la liberté des propagandistes racistes, elle, est garantie.

    De même, la lutte contre la radicalisation, construite uniquement comme une charge contre les musulmans (en interprétée par ceux-ci comme tel !) est, dès le départ, incapable de pouvoir remplir son but. Elle ne laisse pas d’espace d’élaboration commune, de construction d’un vécu commun, elle ne permet pas l’apparition d’un sentiment d’appartenance à une même communauté. En ne comprenant pas les contacts qu’il y a entre l’extérieur et l’intérieur des établissements, en oubliant que des Zemmour et des Morano existent, l’Éducation Nationale ne peut pas permettre de créer cette espace commun d’échange pour résoudre réellement les problèmes. La critique et la discussion deviennent alors des vexations et des stigmatisations dans l’esprit de ceux qui les subissent.

    Le pire est que la colère contre l’État, contre les inégalités, contre les institutions, se reportent justement sur ces enseignants, seuls, isolés. Lâchés par une administration qui ne veut pas reconnaître de problèmes, par un ministre qui pense que tout est affaire de rentabilisation. C’est ce qui rend ce crime encore plus terrible, c’est qu’il est un coup porté contre quelqu’un qui, à la mesure de ses moyens, essayait d’enrayer la marche vers la brutalisation de la société.

    Demain.

    Ce meurtre est arrivé comme un déclencheur dans un pays où le climat est à la crise et à la violence. La pandémie n’a pas été gérée convenablement. La crise économique menace. Aujourd’hui est plus incertain qu’hier, demain est une énigme. Dans ce contexte, dans cette tension, il est extrêmement aisé de jouer la carte de la provocation. Il faut regarder avec lucidité la situation. Nous devons nous interroger sur l’état de la société française. Une société dans laquelle la tension est telle, la pression est tellement intense, que des caricatures puissent pousser au crime.

    Les musulmans et les musulmanes n’ont pas plus, ni moins, de sens de l’humour que les autres. Ils n’ont pas plus, ni moins, de tolérance quant à leur religion. Toutes les religions, tous les groupes sociaux, ne sont cependant pas égaux en France. Après avoir été l’ennemi racial, ils sont devenus les inassimilables. Ils sont passés de gens qui ne « veulent pas s’intégrer » à des individus qui sont incompatibles avec la société.

    Les discours se sont lâchés. Il n’existe plus de frein. Un consensus se fait à la droite du PS : celui que les peines de prison, l’État de droit, la bienveillance, sont d’un autre temps. Le temps de la détention de sûreté, le temps de la répression préventive est venue. Elle est déjà initiée par Darmanin, ayant arrêté des individus « sans rapport à l’affaire », mais « pour faire passer le message ». Derrière les discours qui indiquent que la « peur doit changer de camp », il y a une question : n’est-ce pas celle-ci qui pousse à la violence ? La peur qu’ont déjà certains musulmans, certaines musulmanes, pour leur vie, qui les jettent dans les bras des ultras de la réaction ?

    La campagne raciste et islamophobe produit des fruits vénéneux de part et d’autres comme nous l’avons systématiquement dénoncé. Elle nourrit les aspirations à la haine, à la destruction, à l’anéantissement physique de population et d’individus.

    Elle a réduit à néant l’espace de dialogue, de débat, d’échange entre les différentes communautés qui existent en France. Elle crée les conditions d’une montée aux extrêmes des tensions, à un point tel que celle-ci ne trouvent plus d’autres issues que la violence.

    Plus la tension monte dans la société, plus son entropie, sa tendance au chaos, se développe. Elle en devient intenable. La racine de ces crimes ne pourra être extirpée par la force brute, la criminalisation, les vexations et la haine.

    Se prépare la double offensive. L’union sacrée contre l’islamo-gauchisme, éternelle renaissance du judéo-bolchevisme est une union sacrée mêlant racisme et mise au pas des exploités. L’accusation, portée contre LFI, l’UNEF, Solidaires…etc a pour but de ressusciter de vieux fantasmes. Celui de l’ennemi intérieur, irréductible, inassimilable. Celui qui fragmente la belle harmonie de la société capitaliste, venant semer le désordre entre le patron et son employé, la femme et le mari, rompant la belle alliance nationale, construite pour porter au plus haut les couleurs de la France et l’intérêt de sa bourgeoisie.

    Au vu de la crise qui se profile, cela ne mange pas de pain que de frapper préventivement syndicats, partis politiques de gauche, organisations progressistes. Ce balayage préventif, pré-électoral, assure les coudées franches aux réactionnaires. Car le monde de demain, celui d’après la pandémie, celui d’après les élections, risque de ressembler au monde d’hier. Ou d’avant-hier. Un monde de défiance, de tensions, de brutalité et de menaces internationales. Un monde dans lequel la bourgeoisie renoncera à cette interface qu’elle nomme démocratie. Un monde dans lequel elle prendra les commandes directement, brusquement, pour assurer sa propre survie.

    Nous.

    Notre position est la suivante. Nous sommes hostiles aux réactionnaires quel qu’ils soient.

    Nous regardons les fascistes et les islamistes comme la même manifestation d’une idéologie anti-populaire, anti-révolutionnaire. Mais l’un est celui des dominants qui refusent de perdre leur place.

    L’autre est celui des opprimés, du ressentiment détourné de ses bourreaux vers une lutte fratricide et sororicide.

    Nous rejetons l’un comme l’autre. Nous rejetons ces réponses identitaires à des problèmes concrets.

    Nous considérons que le ferment de la misère, celle dont se nourrissent les fascistes de tous types, est l’exploitation capitaliste. Son abolition ne résoudra pas tout d’elle même, mais elle créera le cadre qui permettra de mettre fin aux expressions réactionnaires. Lorsque Marx parle de « l’opium du peuple », il n’en parlait pas comme d’une drogue dangereuse, mais comme d’un baume protecteur, qui permet d’oublier la souffrance de la misère, la souffrance concrète de la lutte des classes. Ce n’est pas en attaquant un « mauvais » remède qu’on supprime la maladie.

    Le fait que certains ou certaines soient croyante, dans un dieu ou un autre, ne nous importe peu. Ce n’est pas la foi qui compte, mais les actes et les pratiques sociales. Ce sont elles, lorsqu’elles sont réactionnaires, qu’il faut combattre. Cela demande aussi de savoir ce qui est du ressort du débat, de l’éducation, et ce qui est du ressort de la répression. Si nous étions au pouvoir, nous n’aurions aucune hésitation à frapper les agents de la haine et de la division. Mais nous ne sommes pas là.

    Aujourd’hui, le camp du peuple, au sens populaire du terme, est faible, éparpillé. Il fait face à un raz de marée réactionnaire, prêt à déferler, à diviser, à créer des diversions et à accroitre les conflits au lieu de les résoudre.

    Nous, membres de l’Unité Communiste, appelons toutes les forces politiques qui partagent le même projet que nous à se connaître, se reconnaître, travailler ensemble. Le temps joue contre nous. Les choix que nous faisons aujourd’hui seront les victoires, ou les défaites de demain.

    Nous appelons, lorsque cela est possible, à participer aux actions de défense des droits démocratiques et politiques. Nous appelons également à dénoncer toute tentative de l’extrême-droite d’avancer ses pions, y compris sous un maquillage « de gauche », ou « républicain ».

    Nous rappelons notre attachement au respect des victimes. Elles ne sont pas nous, nous ne sommes pas elles. Nous ne voulons pas prétendre parler en leur nom, à moins que nous puissions estimer partager la même parole. Nous n’avons que répugnance pour ceux qui s’en emparent, les assassinent à nouveau, et en font des marionnettes de leurs projets.

    Soyons soudés et avançons ensemble. Pour unifier les exploités et exploitées. Pour frapper nos bourreaux.

    En dessous : notre déclaration au lendemain de l’attentat.

    À la suite de l’assassinat particulièrement atroce qui a frappé Samuel Paty, nous voulons formuler la déclaration suivante. Celle-ci sera enrichie progressivement au fur et à mesure de l’avancée de l’enquête de du déchiffrement du processus qui a conduit à ce meurtre. Nous tenons à rester prudent et prudentes dans notre analyse.

    Nous exprimons notre solidarité et nos condoléances envers sa famille et ses proches, ses amis et ses collègues. Cela nous apparaît comme étant primordial avant toute autre considération. De même nous considérons que ce crime est à condamner sans réserve.

    Nous le considérons, en revanche, comme terriblement révélateur du climat actuel. Comme illustrant une montée en tension extrêmement importante, nourrie par une cohorte de pompiers-pyromanes.

    Imaginer qu’on puisse mourir pour avoir projeté des caricatures, en particulier dans un lieu qui est supposé être celui du débat, de l’échange, de la discussion, est quelque chose qui paraît invraisemblable. Et pourtant cela a eu lieu.

    Un jeune homme de 18 ans, qui n’était nullement connu pour un quelconque fanatisme religieux, a jugé qu’un professeur d’histoire-géographie méritait la mort pour cela.

    C’est dire quel est l’état de la société française, quel est son degré de fragmentation, à quel point elle est proche d’un point de rupture.

    Cette rupture, cette tension, est due à un contexte anxiogène, à des absences de perspectives sociales, politiques, à la misère et à la précarité. Cela en forme le socle. Nombre d’individus se sentent menacés, dans leurs conditions d’existence, dans leur mode de vie, voir dans leur sécurité physique elle-même.

    Dans ce climat de peur, des agents de la discordes, de la haine, déversent leur venin. Ils se sont emparés de la liberté d’expression, valeur fondamentale, et s’en servent comme d’un maillet pour écraser leurs cibles.

    Polémistes racistes et prédicateurs haineux se tendent la main pour que ce conflit éclose.

    Cette tension s’accumule et finit par provoquer ces actes barbares. C’est la même main qui guidait le couteau de l’assassin, comme celle qui guidait les balles de Anders Brievik, ou d’autres assassins.

    Nous voulons que cette haine s’éteigne. Nous savons que nous avons bien plus en commun, notre souffrance, nos peurs, nos espoirs, que ce qui nous sépare. Nous savons que la très grande majorité des gens recherchent la même chose.

    Nous pensons que la climat actuel, les ambitions politiques, et l’angoisse privent l’école d’une de ses fonctions. Celle de créer le cadre apaisé, calme, d’un débat, d’une discussion, d’un lieu qui permette à la jeunesse d’exprimer ses sentiments…Et ses ressentiments. Et de créer les bases qui permettront à la nation, au sens populaire du terme, au sens de la communauté vivante qui constitue le peuple, d’élaborer en commun une société nouvelle. Une société dans laquelle il n’existera nulle exclusion, nulle haine, nulle discrimination.

    Nous sommes persuadés que c’est également le projet que défendait Samuel Paty. Qu’il s’agissait d’un projet émancipateur, unificateur.

    Hélas, que pèse la volonté d’un homme, d’une femme, face à la machine à broyer des déterminismes sociaux, face à la puissante machine de guerre politique qui cherche à contrer ses efforts. Face à un ministère qui a ôté tous les moyens et l’indépendance de l’école, tout en se réclamant son « ami », pour en faire un fer de lance de la reproduction des inégalités.

    Bien peu.

    Et tant que cela ne changera pas, il existera des actes de violence aveugle, de haine, qui frappent non pas les bourreaux, mais ceux qui essaient d’aider, ceux qui essaient de faire apprendre, de faire connaître, mais qu’on sacrifie dans la tourmente d’une société qui s’effondre.

  • Couvre feu.

    Couvre feu.

    Emmanuel Macron a annoncé, hier, la mise en place d’un couvre feu dans les villes classées comme étant en situation d’alerte maximale. Cette décision était attendue et était déjà connue des services de presse en amont de l’intervention. 19 millions de citoyens et de citoyennes sont ainsi concernés par cette mesure. Elle interdit les déplacements entre 21h et 6h du matin.

    https://www.leparisien.fr/resizer/PDfggmEIqMLoQ8fjEWCzqCJejBA=/1278x1280/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/leparisien/BRA2HO2LHRXUT2ETW5XXMA73LA.jpg

    L’intervention de Macron s’est déroulée dans un exercice de style très régalien. Cette obsession du formel, de la mise en scène, est – en soi – déjà critiquable. Dans une situation d’urgence, attendre que le président-roi s’exprime était-il utile ?

    Le point central de l’intervention a été donc la décision de mettre en œuvre un couvre-feu. La sémantique militaire à permis encore aux journalistes encenser un Macron, chef de guerre, faisant face avec calme et sérieux à la pandémie. Mais qu’en est-il en réalité ?

    Le choix du couvre-feu est un pis-aller. Il est une demi-mesure, qui ne vise qu’a faire tenir l’économie le temps que les choses se passent, en espérant que le taux de perte humaine reste tolérable.

    Un choix difficile… pour ne pas se mettre à dos les capitalistes.

    Pourtant, il ne faut pas croire que le fait de mettre en danger les bars, les discothèques, les restaurants soit pris de gaieté de cœur. Il en est de même pour la vente d’alcool ou d’autres restrictions qui rapportent aux caisses de l’État et contribuent à générer de précieux revenus. C’est donc un choix cornélien qui est opéré. Il découle d’un calcul simple :

    Comment parvenir à ralentir la progression du virus sans toucher aux sacro-saints revenus des grands capitalistes. Si Macron peut se permettre d’avoir les restaurateurs à dos, voire une partie de la petite bourgeoisie commerçante, il est obligé, c’est son rôle, de satisfaire ses maîtres.

    Les mesures d’aides accordées à ces entreprises représentent un coût. Mais ce coût est toujours plus faible que celui de financer l’hôpital au niveau de ses besoins, de désengorger les transports en commun, de permettre aux lieux d’enseignement ne ne pas être des cluster bombs.

    Pour les soignants, rien de nouveau.

    Au titre des soignants et soignantes, Libération indiquait ce matin : « De fait, le manque de soignants n’est pas près de se résorber. Un document présenté fin septembre à la commission médicale d’établissement de l’AP-HP, que Libération s’est procuré, le confirme. Malgré le recrutement cet été de 1 371 infirmières tout juste sorties d’école, le niveau de l’emploi infirmier n’atteint même pas celui de septembre 2019. Sur les 950 postes ouverts et budgétés, 450 sont toujours officiellement vacants, faute de candidats. La pénurie touche particulièrement les infirmières de bloc opératoires, premières à être sollicitées en cas de crise sanitaire : sur 480 postes ouverts, 50 n’ont pas trouvé preneurs… » La crise sanitaire masque la crise hospitalière.

    Il est donc rationnel, du point de vue du gouvernement, du point de vue des capitalistes, de réduire la vie sociale à un métro-boulot-dodo. Qu’importe si la société, qu’importe si les individus, en souffrent. Si cela satisfait la grande bourgeoisie, tout va bien. Les autres oublieront. Même l’action en justice, intentée par l’association Victimes COVID, risque d’être un pétard mouillé. Les perquisitions qui viennent d’avoir lieu, auprès des membres et ex-membres du gouvernement, pourra t-elle aboutir ? Cela est douteux.

    Une déstabilisation annoncée.

    En revanche les effets économiques et sur la structure sociale échappent aux désirs de l’État. Une petite bourgeoisie en péril, vacillante, est une menace pour la stabilité du régime. Elle pourrait conduire à une crise profonde de régime, d’ici le temps des élections. Historiquement, ces catégories sociales, mettent en avant l’individualisme, le sens des affaires, la peur de solutions collectives. Elles pourraient très bien propulser au pouvoir une extrême-droite qui n’avancerait plus masquée, et qui aurait les coudées franches pour imposer son programme : liquider définitivement les droits sociaux et mettre au pas le pays.

    Lorsque la situation économique se dégrade, que les droits économiques sont attaqués, les droits politiques suivent. Le choix d’axer les élections sur l’islamophobie, la xénophobie, le racisme n’est pas un hasard. Il se double aussi d’une campagne cynique contre les mesures sanitaires, les députés PS & LR ayant, par exemple, fait voter le Sénat sur une réouverture des restaurants, des bars, des discothèques. Si la mesure fera certainement long feu, face à l’oukase présidentielle, elle n’en est pas moins significative : pour exister électoralement, certaines organisations sont prêtes à toutes les compromissions.

    Pour les plus précaires : circulez, rien à voir !

    Si la bourgeoisie bénéficie de la générosité de l’État, la question des minimas sociaux a été soulevée. Elle a, quant à elle, entraîné une réponse directe du président. Celui-ci a considéré que revaloriser les indemnités chômages, revaloriser le RSA, n’encouragerait pas à « retrouver du travail ». En bon banquier, Emmanuel Macron ne prête qu’aux riches.

    Cette conception, qui considère le fait d’être privé d’emploi comme une illustration de la fainéantise, de l’assistanat, est profondément ancrée dans l’esprit des réactionnaires. Pourtant elle est démentie par les études sérieuses sur le sujet. Une hausse des minimas sociaux, vue comme de l’argent lancé par les fenêtres, serait pourtant à la base d’une relance typiquement keynésienne de l’économie. Donner l’argent aux riches, c’est le voir capté, tomber dans des trappes à liquidités, et finalement ne jamais ‘ruisseler’.

    L’occident en difficulté.

    Sans faire de la psychologie sociale de comptoir, d’une manière générale, les pays d’Europe et les USA échouent à enrayer la pandémie pour un certain nombre de raisons. L’une d’entre elle étant les conséquences de la constante, l’omniprésente, campagne de dénigrement contre tout effort collectif, contre tout esprit unitaire dans la population. Toute idée d’effort commun contraignant et impératif (comme dans des sujets aussi vitaux que l’écologie, l’égalité des droits entre hommes et femmes…) est taxé de totalitaire et constamment dénigré par les propagandistes du libéralisme.

    Le capitalisme est pétri d’incohérences et de contradictions. Il porte comme valeur suprême la liberté individuelle, l’égoïsme. Dans le même temps, il n’offre que l’aliénation du travail, l’angoisse de la précarité, qu’il maquille derrière un illusoire confort matériel.

    Les aspirations à la liberté, à l’indépendance individuelle, qui ne sont pas réalisées en dépit des promesses, se reportent alors contre des frustrations du quotidien. En temps de crise, elles se font sentir de plus en plus fortement. Le contrôle étatique sur les rares moment de libertés, de sociabilité choisie, ne peut que rencontrer une résistance, ne peut que générer frustration et colère.

    Détruire ce qui nous détruit.

    Nous pensons, quant à nous, que la liberté est avant tout la conscience de la nécessité. La liberté est donc l’ensemble de ce qui reste une fois que le nécessaire est réalisé. Or, la première nécessité est de juguler cette crise pandémique, dans le sens où elle ne concerne pas que des individus, que leur propre vulnérabilité, mais bien l’ensemble de la société, laquelle doit prendre en compte les plus fragiles, les plus vulnérables, mais aussi les plus précaires. Se protéger, c’est protéger les autres. Protéger les autres, c’est également, à terme, se protéger soi-même.

    La deuxième nécessité est de détruire ce qui nous détruit. Cette crise n’a pas été une perte pour tout le monde. Les capitalistes les plus féroces se sont enrichis dans des proportions incroyables. Ils se sont gavés de bénéfices. Les faillites en série qui s’annoncent leur permettront de concentrer toujours plus de capitaux entre leurs mains.

    Ce sont eux qui portent une part immense dans la situation actuelle. Leur refus de mettre en œuvre les mesures adéquates. Leur tergiversations pour ne pas nuire à leurs profits. Leur absence totale de solidarité dans le financement des services publics, leur recherche constante, prédatrice, du profit… Et leur dispersion, internationalement, criminelle aussi, des efforts de recherche médicale.

    La liberté, réelle, ne pourra émerger que lorsque ces nécessités auront été remplies. Que lorsque l’économie, la recherche, la santé,… en somme la création de richesses, la possibilité de pouvoir vivre sainement et de profiter de la vie, seront entre les mains de ceux qui la créent, qui en donnent les moyens. Et non plus entre les mains de ceux qui la parasitent.

    Cette pandémie est un prélude à une crise plus grande, plus profonde. Nous appelons à nous à la vigilance, à l’organisation, à la structuration de ceux et celles qui veulent lutter pour un pouvoir populaire, démocratique, libéré de la domination des exploiteurs.

  • Référendum en Kanaky : interview de Näpô mîî Kanaky Komunist

    Référendum en Kanaky : interview de Näpô mîî Kanaky Komunist

    A la suite du référendum qui a eu lieu le 4 octobre, nous avons interviewé Näpô Mîî Kanaky Komunist pour lui demander son point de vue sur celui-ci.

    Nous reproduisons ici l’interview :

    Pouvez-vous commenter les résultats du 2e référendum sur l’indépendance de Kanaky ?

    D’abord constatons les faits. Le NON à l’indépendance a, comme en 2018, obtenu la majorité. En 2018, la droite coloniale était persuadée qu’elle allait pulvériser le mouvement indépendantiste. Le résultat a été une douche froide pour elle qui pensait « purger l’indépendance » à tout jamais. En effet, alors que les sondages donnaient le NON à l’indépendance victorieux dans une fourchette de 70 à 80%, le OUI avait rassemblé 43,4% . Une victoire au goût amer pour la droite coloniale.

    Le deuxième référendum a eu lieu le 4 octobre dernier. Toute la droite coloniale, des Républicains calédoniens jusqu’au Rassemblement National a formé une Sainte Alliance, Les Loyalistes, pour conjurer le spectre de l’indépendance. Une seule formation anti-indépendantiste, Calédonie Ensemble, a refusé de se joindre à cette coalition. Le résultat a été marqué par une progression spectaculaire du OUI à l’indépendance de 3,4 points en deux ans seulement, établissant le rapport de forces électoral suivant : de 47% pour les indépendantistes et 53% pour les anti-indépendantistes. Dans la soirée alors que les résultats partiels tombaient, des cortèges de voitures défilaient dans les rues arborant notre drapeau dans un concert de klaxons. Certes nous n’avons pas gagné mais la dynamique et l’enthousiasme sont clairement de notre côté. Nous sommes confiants. A ce rythme de progression, la victoire est possible en 2022, date du troisième et dernier référendum prévu par l’accord de Nouméa. L’indépendance de Kanaky Nouvelle-Calédonie est désormais à notre portée.

    Comment expliquez-vous cette progression  du mouvement indépendantiste?

    Il y a plusieurs facteurs.

    D’abord, les résultats de 2018 avaient consolidé notre assise populaire et crédibilisé notre projet d’indépendance. Ceux qui, dans notre camp, en l’occurrence le Parti Travailliste, avaient prôné une « non participation massive » au référendum de 2018, ont été sanctionné par des échecs cuisants aux élections provinciales et municipales qui ont suivi. Cette fois-ci, cette formation politique a décidé d’appeler à voter OUI.

    Dans les îles Loyauté et dans les quartiers pauvres de Nouméa nous avions une réserve de voix beaucoup plus importante que la droite coloniale.

    Enfin les nouveaux électeurs, les jeunes, ont très majoritairement soutenu l’indépendance.

    Peut-on parler d ‘un vote identitaire ?

    Il va de soi que le peuple kanak, peuple colonisé a dans son écrasante majorité voté OUI. A l’inverse les citoyens d’origine européenne concentrés essentiellement ans le Sud, notamment à Nouméa, ont majoritairement voté NON.

    Une lecture purement géographique laisserait penser qu’il s’agit d’un vote ethnique. C’est ce que certains politologue ou politiciens de droite voudraient graver et figer dans le marbre car s’il en était ainsi, il y aurait effectivement peu de chance que le rapport de force évolue d’un référendum à l’autre. Ce qui consacrerait éternellement la domination de la France. Et pourtant c’est bien à une évolution que l’on a assisté d’un scrutin à l’autre. Preuve que le rapport de force n’est pas figé et que la répartition ethnique des votes ne l’est pas davantage.

    La question qui se pose est la suivante : qui tirent bénéfice du régime coloniale ? La grande bourgeoisie compradore de Nouméa, liée à l’import/export. Ils ne sont qu’une poignée mais détiennent tous les leviers économique, politique et le seul quotidien local mange dans leur main. L’immense majorité de la population ne tirent aucun avantage de ce système. Elle en est plutôt victime : vie chère, loyers inabordables, discrimination au logement pour les Kanak et les Wallisiens-Futuniens. Même l’industrie locale souffre de la concurrence du secteur de l’import. Si on analyse les choses en terme de classe -et pas en terme « ethnique »- on mesure clairement qu’une bonne partie de la population peut trouver objectivement intérêt à rejoindre le projet politique et les mesures sociales proposées par le FLNKS.

    Quelles sont les forces susceptible d’épouser la cause l’indépendance ?

    L’analyse concrète de la situation concrète de notre pays montre les possibilités de gagner à nous des pans entiers de la population qui, traditionnellement, n’étaient pas acquise à nos idées. Pour nombre de français, ce qui se passe ici, est une bagarre entre méchants Caldoches et gentils Kanak. C’est une vision qui ne correspond pas à la réalité ni à la complexité du rapports entre les classes dans notre pays. La ligne de démarcation n’est pas là. Elle est entre d ‘une part, le colonialisme français et ses suppôts locaux et d’autre part le peuple colonisé et toutes celles et ceux qui sont victime du système colonial. Notre combat n’est pas contre les « Blancs », il est contre un système.

    Des Caldoches, de plus en plus de nombreux, rejoignent la cause de l’indépendance ? Pourquoi, parce que pour certains, ils sont descendant de bagnards, de ceux que la France a relégué au bout du monde en ouvrant ce qu’elle appelait avec mépris « le robinet d’eau sale ». La plupart de ces descendants de condamnés n’est jamais allé en France. Kanaky Nouvelle-Calédonie est leur seule patrie. Ils n’ont pas d’ailleurs. Il en va de même des descendants de Javanais ou de Vietnamiens venus travailler sur mine dès la fin du XIXe siècle avec des contrats de quasi-esclavage. A titre d’exemple, la première vice-présidente de la province Nord indépendantiste, est une Caldoche, descendante de bagnard et le troisième vice-président est un descendant de Javanais. Les lignes ont bougé depuis les années 80.

    La communauté wallisienne et futunienne très importante en Kanaky Nouvelle-Calédonie, traditionnellement anti-indépendantiste, est en train de s’émanciper de « l’instrumentalisation » par la droite coloniale. Les élections provinciales de 2019 ont été marquées par l’émergence d’une formation issue de cette communauté, l’Eveil Océanien, qui fort de ses trois élus au Congrès a permis l’élection d’un président indépendantiste à la tête de l’institution, Rock Wamytan de l’Union Calédonienne (UC). Les relations entre l’Eveil Océanien, partisan d’une troisième voie, et la droite coloniale se sont fortement dégradées au point que leur leader envisage la possibilité de renverser le gouvernement et de confier les manettes du pays aux indépendantistes.

    Une analyse des classes et des rapports qu’elles entretiennent entre elles permet d’identifier que le patronat calédonien n’est pas un bloc monolithique. Il est fortement fracturé entre les partisans de l’économie de comptoir et de l’industrie locale. Les premiers sont favorables à l’exportation de nos ressources minérales et à l’importation massive de fournitures et de biens de consommation. Les seconds ont besoin de mesures protectionnistes pour faire face aux marchandises importés. Leurs intérêts sont diamétralement opposés. Ainsi on a assisté dernièrement à la prise du pouvoir de la Fédération des Industrie de Nouvelle-Calédonie dans le MEDF local dont le nouveau président est un Kanak, frère de l’ancien président indépendantiste de la province des îles Loyauté. Evidemment, la frange progressiste de l’industrie locale n’est pas pour autant gagnée à l’idée d’indépendance mais elle ne manifeste pas une terreur sans nom devant cette perspective.

    Vous voyez, il y a des raisons objective d’espérer la victoire lors de la prochaine consultation sur l’indépendance. Il n’appartient qu’à nous de développer une ligne politique qui rassemble le plus largement possible plutôt que de proposer une vision ethnique étroite qui -le peuple kanak étant minoritaire dans son propre pays- conduirait immanquablement à la division et à la défaite.

    On entend les principaux responsables indépendantistes dire que l’indépendance est inéluctable, en quoi l’est-elle ?

    Effectivement, nos responsables invoquent souvent le « sens de l’histoire » pour affirmer l’inéluctabilité de l’indépendance. Evidemment, il ne s’agit pas d’une sorte de prédestination mythique où il serait écrit quelque part que l’indépendance serait inévitable.

    Encore une fois, c’est à partir de « l’analyse concrète de la situation concrète » pour reprendre la formule Lénine que l’on peut concevoir l’inéluctabilité de l’indépendance.

    Je vais vous donner trois exemples.

    Politiquement, l’Accord de Nouméa signé entre le RPCR, le FLNKS et l’État en mai 1998 a prévu un, puis deux et enfin un troisième référendum portant sur l’indépendance. Cette insistance a un sens. En effet, l’Accord stipule que « tant que les consultations n’auront pas abouti à la nouvelle organisation politique proposée » « l’organisation politique mise en place par l’accord de 1998 restera en vigueur, à son dernier stade d’évolution, sans possibilité de retour en arrière, cette « irréversibilité » étant constitutionnellement garantie. » Cette organisation politique proposée, c’est l’indépendance. Il n’y a donc pas d’autre issue que l’indépendance.

    Juridiquement, l’Accord de Nouméa a introduit dans le titre 13 de la Constitution française une « hérésie » constitutionnelle : l’existence d’une citoyenneté calédonienne. Or la France ne connaît qu’une citoyenneté, la citoyenneté française. La reconnaissance d’une citoyenneté calédonienne est un dispositif défini comme transitoire. Il ne peut pas durer indéfiniment. Si le OUI à l’indépendance l’emporte, le problème se résout de lui-même : la citoyenneté calédonienne se transforme en nationalité. Et le système constitutionnel français retombe sur ses pattes : il ne restera plus qu’une citoyenneté française. En revanche si le NON l’emporte, il y a un problème sans solution car la Constitution française ne peut tolérer plus longtemps une autre citoyenneté que la citoyenneté française ! Or selon l’accord de Nouméa, cette citoyenneté calédonienne est irréversible. On le voit, le NON conduirait clairement à une impasse.

    Economiquement, l’économie de comptoir coloniale se fonde sur l’exportation de notre minerai de nickel au quart de sa valeur transformée vers les marchés internationaux notamment la Chine et sur l’importation de produits et de biens transformés venus d’Europe, d’Australie et de Chine. Cette économie de comptoir entrave le développement des forces productives notamment de l’industrie locale. Avec l’aide du personnel politique de droite qui tient les rênes du gouvernement, des facilités sont consenties aux exportateurs et les mesures de protections de marché demandées ou obtenues par les producteurs locaux sont détricotées, plaçant la production locale dans une situation désavantageuse par rapport aux importateurs qui eux ont été libérés de taxes à l’import. Ce frein au développement ne peut être levé que par l’indépendance qui favorisera le tissu économique local et en finira avec les privilèges de la grande bourgeoisie du négoce colonial.

    Paul Néaoutyine, figure emblématique du PALIKA (Parti de Libération Kanak) déclarait dans le monde : « on ne peut pas empêcher la poussé de l’enfant qui veut naître ». Cette formule résume assez bien la poussée de l’indépendance dans le pays et son inéluctabilité.

    Mais il va de soi que rien n’est mécanique. Si tout pousse dans le sens de l’indépendance, il n’en reste pas moins que ce sont les hommes qui font l’histoire. Et c’est de l’action consciente du peuple kanak et des autres citoyens indépendantistes que dépend l’avènement de la libération nationale.

    Näpô mîî Kanaky Komunist (traduction: Pays Rouge, Kanaky Communiste)

  • Ne laissons pas l’islamophobie devenir de centre des futures élections.

    Ne laissons pas l’islamophobie devenir de centre des futures élections.

    Ne laissons pas l’islamophobie devenir de centre des futures élections.

    Nous considérons que la campagne islamophobe orchestrée par le gouvernement est un jeu cynique, hypocrite et dangereux.

    Les discours racistes sont omniprésents. Le délinquant raciste Zemmour est devenu un faiseur de politiques, tandis que les médias d’extrême-droite, comme C News, sur Radio, mais aussi Marianne, le Point, le Figaro, ou d’autres encore, vomissent leur haine. Ces bandits amalgament consciemment la pratique religieuse, l’immigration, la délinquance, les trafics, pour construire un ennemi.

    Ils sont aidés dans ce sens par des « idiots utiles », qui, sincèrement hostiles au caractère réactionnaire des religions, sincèrement mus par un désir progressiste, ne se rendent pas compte qu’ils hurlent avec la meute.

    La police débarque dans une mosquée du 11ème à Paris et terrorise les  enfants et fidèles - Cinquième Colonne

    Aujourd’hui, pas un jour de passe dans un scandale islamophobe. Descentes de police, vexations, intimidations, actes de violences. Ces politiques font naître un ressentiment, un sentiment d’exclusion, d’encerclement, qui forme le terreau des prêches des radicaux.

    Centre de la bataille, la loi sur les séparatismes cristallise l’attention. Elle a été, sur le fond, saluée par le RN. Celui-ci a d’ailleurs été l’invité du ministère de l’Interieur. Il a été consulté sur son opinion quant à la loi. En fait de barrage, Macron ouvre les portes du pouvoir aux fascistes.

    Le gouvernement français apparaît clivé entre une branche ouvertement favorable à une campagne débridée, autour de Darmanin. Celui-ci a accusé LFI d’être un agent de cet « islamo-gauchisme » explosif. De l’autre côté, les libéraux, y compris Macron, semblent essayer de rétropédaler, passant de séparatisme à séparatismes puis à une classique loi sur la laïcité.

    En dépit d’une apparence d’équité dans le traitement des religions, l’hypocrisie ne tarde pas à poindre. Si le gouvernement avait la moindre once de sincérité dans sa lutte pour une laïcité étendue, il ciblerait l’anomalie du concordat de 1801, toujours utilisé en Alsace-Moselle1. Là, aucune laïcité n’existe (voire infographie).

    Le régime concordataire

    Ce système parallèle n’a jamais été évoqué dans aucun discours quel qu’il soit. Pourtant, il impacte toujours fortement le fonctionnement de cette partie de la France.

    L’islamo-gauchisme, cette résurrection du judéo-bolchévisme, est un axe de bataille central. Il permet d’amalgamer dans une masse informe les luttes sociales, les luttes politiques et démocratiques, la défense du droit des minorités et le terrorisme. Il construit un ennemi intérieur, irréductible, incompatible, et donc à éliminer.

    Il existe un grand nombre d’enjeux qui sont urgents, vitaux. La crise sanitaire n’a pas été conjurée. La crise économique plonge une partie de la population dans la précarité, l’angoisse, la misère. Elle a permis aux grands bourgeois, aux grands capitalistes, d’éliminer des concurrents. Les milliardaires s’enrichissent plus que jamais. La démocratie française, démocratie autoritaire, s’étiole davantage.

    Les partis politiques de la démocratie bourgeoise sont incapable de pouvoir répondre à ces problèmes sans se heurter aux intérêts des plus grands des exploiteurs. Ce n’est pas leur rôle ni leur désir. Il est uniquement de servir au mieux leurs maîtres.

    S’axer sur une campagne raciste, xénophobe, islamophobe, est donc une mesure dérivative. Elle occupe de l’espace, elle occupe du temps, elle détourne des questions les plus brûlants, les plus centrales de l’actualité. Elle instrumentalise les peurs, les colères, les haines, et en font des poignards, avec lesquels les exploités et exploitées s’égorgent mutuellement.

    Ces jeux électoraux, des dérivatifs, ne sont pas sans conséquences. Les architectes de ces discussions sont bien souvent des calculateurs, qui ne réfléchissent qu’en termes de résultats électoraux et d’effets de communication. Ces commerciaux de la haine se moquent bien des effets dévastateurs de leurs discours.

    Ils nourrissent des idéologues qui, eux, bénéficient grandement de cette mobilisation réactionnaire. Et qui, eux, ont l’intention d’aller jusqu’au bout de leur logique. En espérant capter les voix qui vont à ces promoteurs de l’épuration ethnique, les démagogues ne font que légitimer leur discours et leur donner plus de poids.

    Nous sommes en faveur de la laïcité. Nous sommes résolument hostiles, non aux religions en tant que telles, mais en leurs expressions réactionnaires. Or, la lutte contre ces aspects réactionnaires ne peut être faite par la chape de plomb de la répression étatique. Elle ne peut être faite que par un espace de dialogue, plaçant au centre de celui-ci ceux et celles qui pratiquent ces religions. Or, nous ne pouvons que constater que les musulmans et les musulmanes sont les grands absents et absentes des plateaux. Les seuls qui sont invités sont illuminés choisis expressément pour attiser la colère et la haine.

    Nous rappellons que le véritable séparatisme est dans l’attitude des exploiteurs. Ils imposent une loi, un ordre, qui les arrangent. Dans le même temps, ils se privent de respecter leurs propres lois, volant, mentant, trichant dès qu’ils le peuvent.

    L’unité populaire n’est pas un mot qui doit rester creux. La lutte contre les réactionnaires non plus. Nous avons un besoin impérieux, dans le climat actuel, de mettre en commun nos forces, de travailler le plus étroitement possible. De faire bloc, de tenir, car la campagne électorale ne fait que commencer, et que les discours iront croissant jusqu’à son aboutissement.

    1: « Concrètement, la loi de séparation de 1905 n’est pas appliquée en Alsace-Moselle et les quatre cultes catholique, luthérien, réformé et juif y bénéficient d’un statut officiel. Prêtres et laïcs en mission, pasteurs et rabbins y sont rémunérés par l’État. Les évêques de Strasbourg et Metz sont nommés par le chef de l’État. De fait, l’Élysée suit désormais le souhait du Saint-Siège. Le président de l’Église protestante de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine (EPCAAL), dont le nom est proposé par un vote du consistoire supérieur de cette Église, est lui aussi nommé par l’État. Les membres laïcs élus des consistoires israélites des trois départements doivent avoir l’agrément du Premier ministre. » (Source Wikipédia)

  • « Loi séparatisme » ou racisme rampant ?

    « Loi séparatisme » ou racisme rampant ?

    En prenant appui sur des violences urbaines, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a développé une loi, dénommée « Loi contre le Séparatisme ». Une loi extrêmement inquiétante.

    À l’origine, le projet de loi se dénommait « loi contre le communautarisme ». Elle est née des suites des affrontements qui ont eu lieu à Dijon, en juin 2020. À ce propos, Gérald Darmanin avait déclaré : «  Je pense qu’il y a des faits importants qui démontrent que nous sommes dans un moment de confrontation entre communautés extrêmement violent. » tout en précisant, par la suite : «  La France est un pays où aucune religion n’est supérieure à une autre. La première des choses que l’on peut faire, c’est d’éviter la guerre civile. Et la pire de toutes : celle née des religions  ». Une entrée en matière étrange, étant donnée que les affrontements entre un groupe Tchétchène et des jeunes dealers de Dijon n’avait, a priori, aucune motivation confessionnelle.

    Partant de ce point de départ, la loi contre le communautarisme a donc muté. Elle est devenue contre le séparatisme, puis contre les séparatismes au pluriel. Cette modification révèle d’ailleurs une lutte de ligne intense au sein du gouvernement.

    Macron est marqué par un héritage royaliste. Il a une vision de la société réactionnaire, mais inclusive. Chacun possède sa place dans une société organique, organisée autour des intérêts de la bourgeoisie. D’autres, comme Darmanin, sont des réactionnaires de bas étage, qui voient dans le racisme une occasion, une aubaine à saisir. Après tout, nous avons eu un aperçu de sa vision du consentement.

    Cette loi a pour vocation de s’attaquer aux groupes « hostiles à la République« . Elle rentre en action lorsque « quand, au nom d’une religion, de telle ou telle influence extérieure, on dit ‘je ne respecte plus les lois de la République‘ ». Elle exige également un « contrat d’engagement avec les associations : dès lors qu’une association ne respecte pas les valeurs de la République on arrête de lui donner de l’argent public« . Si l’Islam est directement ciblé, les associations catholiques anti-IVG, responsables d’entraves constantes à l’accès à ce droit, seront-elles concernées. Non. Ce n’est pas le but. Cette loi n’a d’autre objectif que de s’en prendre à l’Islam, ou, à la limite aux organisations de gauche. Elle est aussi une dangereuse diversion.

    Diversion.

    Nous sommes en pleine pandémie. Nous sommes à l’orée d’une crise économique d’ampleur. La situation est grave économiquement et politiquement. Cependant le gouvernement n’arrête pas pour autant ses projets, comme la privatisation des routes nationales, appliquant scrupuleusement le programme dessiné dans Cap-2022. Il faut lui reconnaître le mérite de la constance.

    Tandis que ces questions d’actualité sont brûlantes, la focalisation sur la question de l’Islam, au travers de provocations, comme les tweets de Weintraub, les vexations, comme le départ de députés du fait de la présence d’une femme voilée, et les faux-débats occupent le devant de la scène. La rentrée est une catastrophe, des enfants dorment dans les rues, mais seule l’Islam semble être prioritaire.

    Il faut dire que la campagne électorale débute doucement. Elle est dans une configuration très particulière. La droite et l’extrême-droite sont perdues, dépassées par le programme économique de Macron, et peinent à justifier leur existence. Il lui faut donc une thématique où elle peut aller plus loin que les autres. L’islam et l’insécurité sont des sujets particulièrement bankables. Il suffit de les agiter pour attirer l’attention, et donc les voix.

    Racisme ?

    On peut argumenter que la loi en tant que telle n’est pas raciste. Elle ne concerne qu’une opinion, une croyance, une pratique de la religion. A un moment, nous reprenons, nous aussi, à notre compte, certains des éléments de langage des réactionnaires : « appeler un chat un chat », « arrêter d’être naïfs ». Derrière l’Islam, il y a autre chose, il y a quelque chose qui est au-delà du débat inter-religionnel, au-delà de la question du voile, quelque chose qui touche la nature même des individus qui sont ciblés.

    Est-ce que ce séparatisme possède une base de vérité ? Oui, en quelque sorte. Mais principalement sous la forme d’une prophétie auto-réalisatrice. Ce « séparatisme » est avant tout celui de la France, qui semble vouloir rejeter, exclure, une partie de sa propre population, de sa propre nation, au sens populaire du terme.

    Le racisme systémique, la conjonction de l’exclusion sociale et de celui-ci, finit par donner des fruits vénéneux. Pour beaucoup de jeunes issus et issues de l’immigration, il existe un sentiment d’être rejeté, exclu, relégué à un rang subalterne dans la société. Avec la destruction du tissu social, avec la hausse de la précarité, avec la réduction des financements aux travailleurs sociaux et aux associations, il est logique que de nouvelles formes d’attachement, de solidarité, se créent. Dans certains cas, elles prennent la forme de relations économiques informelles ou mafieuses, dans d’autres, sous la forme d’une identité et d’un attachement à des conceptions religieuses.

    Or, la réponse, si on peut en parler ainsi, ne s’attache pas à résoudre ce problème matériel. Elle s’attache à exercer une pression sur certaines de ces expressions, en employant la répression, et, finalement, en alimentant les causes profondes. Exclure, brimer, stigmatiser ne fait que poursuivre une montée en tension et faciliter le travail des agents recruteurs réactionnaires.

    Prétexte ou idée profonde ?

    Dans leur majorité, les individus qui mènent campagne contre les musulmans et les musulmanes, en les stigmatisant sans cesse, en les harcelant, en multipliant les provocations et les actes vexatoires n’en ont strictement rien à faire des aspects réactionnaires de cette religion. C’est un prétexte. Nous le redisons à nouveau, en réalité les fascistes ou les ultras de la réaction sont en accord total sur le fond idéologique le l’islam des Frères Musulmans. Que ce soit l’organisation de la société, les droits sociaux ou la place des femmes, tout n’est qu’harmonie entre eux.

    Mais l’unique chose qui les froissent, qui leur posent problème, c’est la question sociale et la question raciale. Quand on prend le temps de lire les discours réactionnaires, on ne peut que constater la facilité incroyable avec laquelle la question de l’Islam dévie progressivement sur la question des « racailles » puis de l’immigration. C’est-à-dire, dans un premier temps la répression des classes sociales jugées dangereuses. Dans un deuxième temps, une volonté de modifier sensiblement la composition ethnique de la nation française.

    Ces trois composantes Islam – Délinquance – Immigration sont intimement entremêlés dans les discours. Mais il faut identifier alors deux tendances principales : ceux qui n’y croient pas mais qui l’emploient, et ceux qui y croient dur comme fer. Dans les faits, dans les promoteurs de cette loi, il existe un grand nombre d’individus qui considèrent cela comme une option comme une autre pour gagner des voix et gagner en influence. Ce sont des gens sans la moindre vergogne.

    Ces individus ne sont probablement pas racistes, ne détestent personne, ils ont choisi cet angle d’attaque, comme un slogan, une réclame, en se disant que cela ferait leurs affaires. Une mentalité d’école de commerce en somme. Cependant, ils ne se rendent absolument pas compte de ce que cette surenchère génère comme climat catastrophique, et au moulin de qui ils apportent une précieuse eau.

    Un climat pogromiste se répand.

    Tandis que certains jouent à un jeu dangereux, d’autres fourbissent leurs armes. Plusieurs tentatives d’attentats anti-musulmans ont été déjouées par le passé. Des groupes de policiers racistes se sont organisés… Surtout, des tribuns avancent leurs slogans. Il ne s’agit plus seulement de se débarrasser de la pratique de l’Islam, jugée incompatible avec la République, il s’agit de déclarer une incompatibilité civilisationnelle, quand ce n’est pas un grand remplacement. Or, l’un ou l’autre implique, de fait une volonté d’exclure, de chasser, des individus qui sont présents en France, qui sont juridiquement français et françaises, et qui font de facto, partie de la nation au sens populaire du terme. Bien que ce ne soit pas explicitement mentionné, les méthodes ne laissent que peu de doute : ce sont des exclusions ou des déportations. En adjoignant à cela un climat de guerre civile, une volonté de créer un sentiment d’encerclement, d’assiégés, on glisse lentement mais sûrement vers une pente qui amène à l’épuration ethnique. C’est à ce climat que des publicitaires de la politique contribuent.

    Le vrai séparatisme est ailleurs.

    Si nous parlons de séparatisme, nous devons bel et bien être capable de définir ce terme : il s’agit, selon Wikipédia : « Le mot séparatisme désigne, de façon générale, la volonté d’un groupe d’individus unis par un certain caractère et en une zone géographique, de se détacher politiquement d’une collectivité à laquelle ils appartiennent. »

    Si on doit désigner une communauté homogène qui fait preuve de séparatisme, c’est celle des exploiteurs. Les capitalistes non seulement impose un ordre, une loi, par le truchement de leur État. Mais ils s’affranchissent de respecter celle-ci, et la transgressent constamment. La bourgeoisie essaie systématiquement de gruger, de tromper, de voler. En ne respectant pas le code du travail, en ne respectant pas le paiement des impôts, en conquérant des sinécures politiques qui lui permettent de tricher… Elle s’affranchit de la légalité lorsqu’elle entrave ses objectifs, sans la moindre vergogne.

    La question de l’adhésion aux prêches de recruteurs réactionnaires est nourrie par la précarité, la pauvreté, l’absence de perspectives, les vexations constantes. Seule la liquidation de ces maux peut permettre de mettre fin à l’influence des prêcheurs de haine. C’est uniquement la création d’un espace d’élaboration commun, qui permette de définir de sens de la nation au sens populaire du terme, qui peut souder les exploités et exploitées ensemble, lutter contre les influences réactionnaires, et forger une véritable unité populaire.

    Nous nous opposons à cette loi car elle est une pierre de plus dans la construction d’un édifice de haine. Car elle est un jeu dangereux, qui peut se payer en fleuves de sang. Car elle ouvre également une boîte de pandore, dans laquelle se trouve possiblement une censure des organisations politiques défendant une autre république, une autre démocratie que celle de la bourgeoisie. Nous dénonçons cette montée des enchères en termes de surveillance et de répression, cette montée de provocations.

    Ne nous pouvons pas rester les bras croisés en attendant une prochaine guerre des races. Nous devons dénoncer le jeu politicien, mettre au premier plan la lutte contre l’exploitation, contre la misère, contre la guerre. Faisons front commun !

  • « 11 septembre » – une provocation raciste !

    « 11 septembre » – une provocation raciste !

    Judith Waintraub, journaliste du Figaro, déjà condamnée auparavant pour des propos diffamatoires, s’est permise une nouvelle sortie le 11 septembre. Elle a ainsi retweeté un extrait d’une émission sur la cuisine étudiante, dont la principale intervenante était voilée. Son commentaire était laconique : « 11 septembre ».

    Immédiatement, le tweet a été liké par un grand nombre de personnalités de la sphère réactionnaire, dont la toujours incisive Nadine Morano. Il a été partagé, commenté, publié et republié. Valeurs Actuelle a qualifié son tweet de « commentaire sur le voile », ce qui est un mensonge éhonté, typique d’une certaine presse. D’autres ont soigneusement évité de qualifier ce tweet pour ce qu’il est réellement, se contentant de la considérer comme étant « polémique » ou « controversé ». En revanche, seul quelques médias ont considéré qu’il était une provocation raciste et dangereuse.

    Fort logiquement, une réaction de colère, avec des propos menaçant, est née en retour. Certains propos ont été du domaine de la menace de mort. Ils ont été largement mis en avant, entraînant deux effets : une solidarité avec Judith Weintraub de la part de la très grande majorité des politiques et des personnalités, et, de l’autre, le fait que le fond de l’affaire a été ainsi complètement noyé.

    Des individus se sont montrés nuancés dans leur soutien contre les menaces de mort, comme Pierre Askolovitch ou Nadia Hai. La principale intéressée les a rejetés et a qualifié ainsi la ministre du logement de « pathétique ». D’un autre côté, les fanatiques se sont réveillés, refusant absolument toute discussion sur le tweet d’origine. On y retrouve des habitués : Manuel Valls, Zineb El-Rhazaoui, Nadine Morano…à nouveau.

    Des apprentis gestapistes, à l’affût d’un scoop, ont scruté le profil de la jeune femme voilée, et y ont trouvé… des commentaires sur le racisme qu’elle pouvait subir. Il n’a pas fallu plus pour la qualifier d’islamiste radicale conspirant contre la France.

    Nous dénonçons ce climat extrêmement dangereux dans lequel nous entrons chaque jour un peu plus. Un climat qui permet à une provocatrice d’extrême-droite de lancer ce type de propos, attisant un climat de pogrom, tout en récoltant le soutien majoritaire.

    Derrière l’idée d’essentialisation, du fait que le voile, la croyance religieuse, conduise inéluctablement au terrorisme, il y a une pente dangereuse. Une pente qui amène d’un rapport méprisant, condescendant, vers les musulmans et les musulmanes de France, à une tentation éliminatoire. D’autant que, et c’est ce qui ne transparaît que trop bien dans l’amalgame : insécurité – immigration – islam – grand remplacement, ce n’est pas l’Islam et sa pratique qui est finalement la cible centrale.

    L’un dans l’autre, les fascistes n’ont pas grand-chose à reprocher aux plus réactionnaires des croyants : leur programme social et économique est le même ! Ce sont en revanche bel et bien la couleur de peau, l’origine ethnique, qui sont ciblés. Ce n’est donc pas tant une assimilation, une intégration, qui est le bout du bout de la politique défendue par les réactionnaires, mais bien la disparition.

    Considérer, car c’est ce qui constitue la conséquence des discours sur l’incompatibilité civilisationnelle entre les musulmans et la France, que ces personnes n’ont, par essence, pas de place ici, revient à poser la question de la déportation. Considérer que, par essence, ces personnes présentent une menace, c’est prendre un sentier dont on ne connaît que trop bien les conséquences funestes.

    Nous portons un regard sur la question de la religion et de ses aspects réactionnaires. Nous soutenons ceux et celles qui luttent contre ceux-ci. Mais nous considérons que notre rôle est de permettre à ces personnes de triompher, non de faire tomber une chape de plomb discriminante, stigmatisante, qui, au contraire, renforce les plus réactionnaires.

    Nous ne nous sentons nullement tenu, par une injonction quelconque, de condamner les réactions de colère face à ce tweet. Nous nous contenterons de prévenir que celui-ci est une provocation, qu’il avait vocation à provoquer cette réaction et à exploiter politiquement la colère contre Mme Weintraub. Il s’inscrit dans une stratégie de montée en tension, savamment orchestrée. Nous appelons à la dénoncer pour ce qu’elle est : une provocatrice de bas étage, minable, et rêvant d’une guerre raciale.

    Nous considérons en revanche que ceux et celles qui, en tout premier lieu, ont parlé de leur soutien à cette « journaliste », ont commis une erreur politique. La condamnation du tweet aurait dû être leur priorité absolue. Nous le condamnons sans la moindre réserve.

    Nous appelons toutes les personnes qui, comme nous, partagent ce constat que le climat devient de plus en plus dangereux et explosif, à coopérer. Nous les appelons à s’organiser et à faire face : politiquement, organisationnellement, à cette menace dangereuse, à ce poison fasciste.

    Ne laissons aucune place aux provocateurs fascistes !

    Ne cédons ni à la division, ni à la provocation.

  • Les complications du procès Charlie Hebdo

    Les complications du procès Charlie Hebdo

    Le procès Charlie Hebdo débute. Il a pour vocation de juger les personnes liées à l’attentat commis le 7 janvier 2015, qui avait causé la mort de 12 personnes et blessé 11. Si les principaux acteurs de l’opération sont morts à la suite de l’assaut de Dammartin-en-Goële deux jours plus tard, d’autres passent devant les magistrats. Des individus accusés d’avoir aidé à préparer l’attentat, de l’avoir financé, de s’être associé aux terroristes. Certains sont absents physiquement, telle la compagne de Coulibaly, probablement en Syrie, mais aussi le fasciste Claude Hermant, fournisseur d’arme de l’opération…et indicateur de police. Les pistolets Tokarev des terroristes provenant de son réseau. Jugé pour trafic d’arme en Belgique, il a écopé d’une peine de 8 ans de prison ferme en dépit de sa défense, basée sur le fait qu’il assurait un « travail d’infiltration ».

    Ce procès, cinq ans après les faits, rappelle que, quoiqu’on puisse penser de Charlie Hebdo, de ses dessinateurs ou des terroristes, il existe un avant et un après. L’année 2015 a, par la suite, été marquée à nouveau par des attaques, celles-ci culminant avec l’attaque contre le Bataclan, le 13 novembre.

    L’ère de l’esprit Charlie devait marquer une étape nouvelle, une communauté soudée, une union nationale pour les droits de l’homme, pour la liberté d’expression, pour le droit au blasphème… Esprit Charlie ou non, cette période a été surtout celle d’un accroissement des mesures répressives, notamment l’intégration de l’État d’urgence dans la Constitution, mais également par le développement d’une campagne islamophobe et raciste, se nourrissant de la peur panique des individus. Cette campagne n’a pas cessé depuis.

    Nous n’avons pas communiqué à cette époque, pour cause, nous n’existions pas. Mais, individuellement, nous avions posé des analyses sur ce que cela signifiait. Or, nous en sommes parvenus à la conclusion que :

    1) Nous condamnions cet attentat. 2) nous ne partagions pas l’analyse de Charlie Hebdo et que nous considérions qu’ils avaient commis des fautes politiques. 3) que nous considérions que les hommages étaient hypocrites. 4) que nous n’avions aucune raison d’accepter l’injonction morale d’être « Charlie ».

    Nous condamnons sans réserve cet attentat.

    Les individus qui ont commis cet attentat étaient des fanatiques réactionnaires, associés à l’hydre fasciste Daesh. Contrairement à Al-Qaïda, qui opéraient dans une idée de chasser la présence étrangère au Moyen-Orient, Daesh a mené activement une campagne pour favoriser les interventions militaires, pour que l’occident envoie un maximum de troupe, dans le but de les pousser à l’affrontement. Pour nourrir ses bataillons, Daesh a également sciemment fait en sorte que la situation devienne toujours plus complexe pour les musulmans en occident, dans le but de les attirer dans ses filets. Objectivement, ils étaient les alliés des fascistes ici, poursuivant les mêmes objectifs. Les fascistes essaient de rendre la vie impossible aux musulmans, en les déclarant incompatibles avec la « civilisation européenne », favorisant le séparatisme. Daesh a repris ces arguments en disant « regardez, vous n’avez pas de place dans ces pays, rejoignez-nous. » L’un et l’autre on nourrit une prophétie autoréalisatrice. Par ailleurs, nous ne manquerons pas de signaler à nouveau que le programme de Daesh et celui de l’extrême-droite est littéralement le même sur le fond.

    De leur côté, les instances musulmanes en France ont considéré que Charlie Hebdo les avait attaqué par la plume, et qu’il faudrait répondre par la plume. Elles ont essayé de calmer le plus rapidement possible le jeu. Seulement, pour répondre par la plume, faut-il qu’elle soit accessible et que son message soit audible. Les musulmans et musulmanes de France, le plus souvent, sont traités comme un sujet d’actualité. Mais ont-il l’occasion de s’exprimer ? Rarement. Le plus souvent on s’exprime à leur place ou contre eux. Il en résulte un ressentiment, une frustration, une colère larvée qui s’est exprimée contre les symboles les plus visibles de ce climat, dont Charlie Hebdo. Dans un monde parfait, idéal, un tel ressentiment n’aurait pas de raison d’être. Mais nous ne sommes ni dans un monde parfait ou égalitaire. Pour beaucoup, les caricatures de Charlie Hebdo se sont adjointes à une longue pluie de vexations, de moqueries, d’injures. Pourtant, nous récusons le fait que la direction de Charlie Hebdo ait agit par malice ou par islamophobie consciente.

    Crier avec les loups ?

    La physionomie politique de l’équipe de Charlie Hebdo soulève des questions importantes. Dans les faits, ses publications possédaient, dans le contexte de leur publication, un caractère islamophobe, raciste, et contribuant à une campagne établissant un climat pogromiste anti-arabe en France. Mais contribuer ne veut pas dire en être à l’initiative, ni en être pleinement conscient.

    Nous ne pouvons pas penser qu’elle soit consciemment islamophobe. Certes, il y avait dans leur équipe des éléments qui, comme Zineb El Rhazaoui, des fanatiques islamophobes, allant jusqu’à s’acoquiner avec les pires fascistes et à réclamer que la police tire à « balles réelles » sur les délinquants. Mais, dans l’ensemble, les membres de cette équipe rédactionnelle étaient des individus d’un autre temps, d’une autre époque, qui ne comprenaient pas les enjeux actuels et le fait qu’ils contribuaient à attiser un climat de haine. Une génération issue de l’esprit libertaire, antiautoritaire et antitotalitaire, marquée par le gauchisme mal décanté, et qui réclamait un droit de se moquer de tout, tout le temps. Ce positionnement « de principe », ne prenait pas en compte un autre facteur : la réalité du vécu de ceux et celles qui étaient la cible des quolibets et des moqueries.

    Quelque part, on y retrouve un peu un schéma similaire au racisme anti-blanc. Personne n’aime être traité de « sale noir, blanc, arabe… ». Mais si ces injures sont détestables, leurs conséquences ne sont pas les mêmes et le vécu n’est pas le même. Être traité de sale blanc est désagréable, mais cela n’a pas d’incidence sur l’emploi, le logement, la carrière professionnelle, les rapports avec la police… Il en est de même pour les publics ciblés par Charlie Hebdo. Se moquer de la religion catholique, qui, malgré tout, est toujours puissante, hégémonique, ne lui est qu’un coup d’épingle. En revanche, contribuer à une campagne raciste de grande ampleur n’a pas le même impact.1

    Republier les caricatures de Mahomet, issue de journaux d’extrême-droite, dans le but de défendre la liberté d’expression, admettons. Mais dans quelle mesure les musulmans l’entravent-ils ? En quoi la publication dans un journal français de celles-ci fournissait-elle une aide à la lutte démocratique dans les pays qui subissent réellement une chape de plomb religieuse ? Finalement, sous prétexte d’égalité de traitement, c’est un piédestal qui a été donné aux racistes et aux fascistes.

    Cependant, nous ne pensons pas que les membres tués de la rédaction, que les survivants seraient particulièrement heureux de voir comment se passe la campagne de solidarité avec leur journal. Le fait de savoir que Nadine Morano, qu’Eric Zemmour, que Marine Le Pen soient « Charlie » ne devrait guère leur correspondre. Après avoir été tués par les terroristes, ils sont assassinés à nouveau. Assassinés par rapport aux valeurs qu’ils estimaient – malgré leurs erreurs – défendre. De journal irrévérencieux, libertaire, anticlérical, ils sont maintenant devenus un fer supplémentaire aux lances des réactionnaires les plus vicieux, les plus putrides et les plus agressifs.

    Ces réactionnaires, non seulement se sont emparés des corps des victimes, mais ils en ont fait des promontoires pour clamer leur haine et leur détestation raciste. Ils ont réussi le tour de force de poser une injonction morale : celle d’être Charlie. Durant l’année 2015, mais également par la suite, être Charlie est devenu une condition sine qua non. Oser porter une voix dissidente était devenue une trahison. Il a été imposé aux élèves des lycées et collèges de l’être, avec une remontée d’information sur ceux et celles qui ne l’étaient pas. On l’a exigé de chaque composante politique. C’est devenu, nous pesons nos mots, un de ces moments totalitaires dont Hannah Arendt faisait l’analyse dans ses écrits. Mais à la limite, pourquoi pas ? Seulement cette injonction était hypocrite.

    L’injonction morale : le piège.

    Il existe une injonction morale à être Charlie. Cette injonction morale est dirigée vers une partie de la gauche. L’extrême-droite n’a eu aucun problème à se dire « Charlie », à l’exception de celle qui tente de draguer l’Islam politique. Cela n’avait aucun coût pour elle et cela lui permettait d’encaisser des bénéfices maximum.

    La bourgeoisie possède une morale bien à elle. Hypocrite, que ce soit consciemment ou non. Elle impose des lois qui lui sont favorables, mais triche constamment avec les règles qu’elle a elle même fixées. Elle ment, invente des faits, réécrit l’histoire pour qu’elle légitime son ordre, s’approprie les efforts des autres et les victoires sociales comme étant des cadeaux qu’elle a accordé. Sa presse transmet ses valeurs, son idéologie, son analyse des choses. Tout en clamant que chacun peut s’exprimer, elle ne crée absolument pas les conditions permettant que cela soit réalisable. Elle gave d’argent public ses sbires, sa presse, sa propagande.

    Elle a son État, sa police, sa justice, son armée, ses services secrets et spéciaux. Elle n’hésite pas à museler, menacer, assassiner lorsque le besoin s’en fait cruellement sentir. Quant à elle, la loi ne s’applique qu’avec des précautions immenses, que lorsque ce sont des bourgeois et des bourgeoises et leurs clans eux même qui ont été lésés. Ses enfants ont des réseaux d’éducation qui leur sont propres, avec des chemins détournés, qui permettent même aux plus inutiles d’entre eux de faire carrière.

    A l’inverse, elle exige de ses adversaires qu’ils renoncent à tout. Qu’ils doivent se conformer à une éthique, à une morale, à des formes démocratiques, respectueuses des droits, à tout un fatras de choses qui ne servent qu’à rendre impossible tout changement. Même lorsqu’il s’agissait de choses aussi minimes que de gagner des élections pour porter un programme réformiste (ou écologiste libéral aujourd’hui), le joker du totalitarisme a été immédiatement brandi.

    Et cela fonctionne très bien. La rhétorique de la gauche devant défendre à tout prix la liberté d’expression, les droits de l’homme, devant renoncer à faire usage de la violence, est porteuse et influence énormément la manière dont les organisations fonctionnent. Elles renoncent ainsi à porter un projet de transformation radicale de la société et de se doter des moyens organisationnels et techniques de le réaliser. Il en résulte une mentalité servile, défaitiste.

    Dans l’affaire Charlie et dans l’injonction à avoir l’esprit Charlie, les réactionnaires poursuivent cette politique. Ils poussent, au nom de grands principes intangibles, à ce que les progressistes fassent front commun avec leurs bourreaux, avec les patrons, les fascistes, les réactionnaires.

    Critiquer, oui. Mais progresser surtout !

    Oui, il faut critiquer les travers réactionnaires de chaque religion, mais pas dans un rapport abstrait à cela, dans un rapport concret. C’est-à-dire que, jusqu’à preuve du contraire, l’obstacle à la réalisation du programme communiste – lequel intègre la liquidation des pratiques réactionnaires, n’est pas incarné par ceux et celles qui pratiquent l’islam. Ceux qui représentent l’obstacle à l’évolution de la société, c’est la bourgeoisie de France – la France étant un pays impérialisme, non une colonie. C’est par l’accès aux leviers du pouvoir et par l’implantation dans les masses qu’il est possible de pouvoir, par la suite, combattre les expressions réactionnaires des religions.

    La caricature est utile pour faire avancer les consciences. Elle possède la même valeur que tout discours politique ou toute propagande. Elle peut porter un message progressiste, utile, ou un message réactionnaire. Dans le cas de Charlie Hebdo, une analyse basique de document, du niveau de celui appris au collège, nous renseigne rapidement. Les caricatures de Mahomet ou représentant des africaines violées par Boko Haram sont des caricatures à destination d’un lectorat majoritairement peu concerné par ces problématiques-là Elles ne sont ni destinée aux africaines, ni aux musulmans. Quant à leur message, lequel est il ? Fait-il avancer la conscience de personnes influencées par les idées réactionnaires ? Non. Il vise à faire ricaner sur leur sort, à se moquer. Il s’agit d’un message politique blessant, sans plus, qui vient s’ajouter à la longue litanie de vexations, de brimades, dirigées contre des minorités ethniques, religieuses, culturelles.

    Qu’attendre du procès ?

    Le procès des auteurs de l’attentat, dans le climat actuel, risque d’être transformé en procès des musulmans et des musulmanes de France. Et, ce, contre l’opinion même des victimes, devenues les jouets d’une machinerie de propagande inarrêtable. Renouveler l’injonction morale, qui soudait police et population, qui anesthésiait les voix dissidentes, est complexe. Pourtant, le gouvernement, la bourgeoisie, les réactionnaires, non seulement tablent dessus, mais en ont besoin pour affronter la tempête sociale et épidémiologique qui s’annonce.

    Les esprits progromistes s’échauffent toujours plus. La division de ceux et celles qui subissent l’exploitation est un enjeu, chaque année, plus grand. Plus grand pour les réactionnaires, pour éviter une colère d’ampleur. Plus grand pour nous, les révolutionnaires, pour créer l’unité populaire qui nous manque, et qui nous permettra de mettre fin à l’exploitation, à la misère, mais également à la présence des idées réactionnaires dans la société. Nous observons attentivement le développement de ce procès et ses retombées, mais l’omniprésence réactionnaire nous sidère. Et pour cause. Ce procès risque d’être, en fin de compte, la troisième mort des victimes et une victoire sur tous les tableaux pour leurs bourreaux.

    1On peut arguer que nous confondons ici Islam et origine ethnique. A un moment, il faut être sérieux et arrêter de se voiler la face (sans jeu de mot). La campagne islamophobe est une campagne raciste déguisée en débat sur la religion.

  • Ensauvagement ?

    Ensauvagement ?

    Depuis l’été, le terme d’ensauvagement est revenu sans cesse sur le devant de la scène politique. Le Ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, l’a ainsi employé à plusieurs reprises pour qualifier une certaine « banalisation de la violence ».

    Popularisé par le livre de Laurent Obertone, La France Orange mécanique, ce terme s’est progressivement intégré dans la rhétorique de l’extrême-droite. Il s’est, depuis, étendu à une sphère politique toujours plus importante, contaminant la droite radicale, puis la droite traditionnelle, trouvant même des points d’appui dans une certaine gauche ambiguë. Paradoxalement, il n’est pas né à l’extrême-droite. Ainsi, pour nous, le terme d’ensauvagement ne peut que renvoyer au discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire :

    Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral […], au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. (Extrait du Discours sur le colonialisme, Césaire, 1955).

    Mais dans l’esprit, et dans la bouche de ceux qui l’emploient, ce n’est pas ce processus de violence par lequel l’impérialisme et le colonialisme décivilisent les individus. C’est au contraire un implicite colonial et raciste, qui renvoie à une imagerie de hordes ravageant tout sur leur passage, de khanats de bandits. Cette rhétorique, qui oppose civilisation – et quelle civilisation des individus à la haute moralité, tel que Darmanin incarnent ! – et barbarie sert la soupe à la réaction la plus virulente. Cette croisade pour la civilisation, reprise par les ténors de la droite – qui essaient ainsi de justifier leur existence, mais qui influence aussi la « gauche », est inquiétante.

    Une société plus violente ?

    La société est-elle plus violente qu’avant ? Pas forcément. Les méthodes de calcul, qui oscillent au gré des objectifs politiques, tendent à montrer que si le sentiment d’insécurité augmente, les actes de délinquance, surtout violente, ne vont pas forcément croissant.1 En revanche, il est clair que la situation économique se dégradant depuis 2008, avec une accélération terrible depuis début 2020, joue sur l’état moral et la disposition à la colère. La violence économique, l’exclusion sociale, l’absence de perspectives jouent fortement sur les dispositions à l’émeute.

    En revanche, il y a un impératif, pour les organisations politiques réactionnaires ou réformistes, d’employer cette thématique d’actualité. Elle est un axe de bataille qui n’a pas besoin de résultats visibles, de réussites…elle est mobilisatrice, fédératrice, et se nourrit d’émotion et de chiffres creux.

    L’omniprésence de la violence passe également par les réseaux sociaux, qui sont tout autant de caisses de résonance. Ces réseaux font que certains actes qui ne trouvaient place que dans les journaux locaux, peuvent désormais prendre une immense ampleur. De plus, l’instantanéité du web fait que la distance temporelle est abolie. Nous pouvons avoir le sentiment que tout arrive en même temps de partout. Cette abolition du temps et de l’espace est, là encore, instrumentalisée à des fins politiques par les réactionnaires. Lorsque cela ne suffit pas, il est possible également d’abolir les faits, comme l’affaire Augustin, pour inventer un crime, ou de monter en épingle le tournage d’un clip de rap avec des armes factices, en le faisant passer pour réel.

    La délinquance : une manière de parler d’autre chose.

    « Le laxisme de la gauche. » cette ritournelle à nourri les campagnes de la droite et de l’extrême-droite depuis des années. L’exigence de la fermeté implacable, la rigueur sévère. Valérie Pécresse appelle ainsi à la tolérance zéro : « Une justice efficace, c’est une justice qui n’a pas la main qui tremble. C’est une justice qui sait sanctionner, rapidement et efficacement, là où ça emmerde vraiment les voyous. » Dommage que cela ne semble pas s’appliquer aux Fillon, aux Sarkozy et aux Balkany.

    La question de la délinquance est donc pratique. Mais là où l’ensauvagement apporte une dimension supplémentaire, supérieure, c’est dans la liaison systématique qui peut être faite entre celle-ci, l’immigration, l’islam, et, derrière cela, la race. Il en est de même pour racaille (bien que des combinaisons soient possible, telle que racaille colorée ou racaille immigrée.) ou pour barbare, qui sont des termes qui ne sont utilisés que et uniquement dans certaines circonstances. Elles visent en effet un public qui doit être perçu comme étant différent de la population française. Darmanin, prenant des airs surpris, s’est défendu d’amalgamer ces questions. La réputation du personnage, cynique et retors, nous fait douter quelque peu.

    Or, si les discours anti-migrants ont le vent en poupe, ceux qui parlent d’une incompatibilité civilisationnelle prennent de plus en plus d’espace et d’importance. Ils contribuent à créer des catégories nouvelles, comme ces Français de papiers dont parlait déjà Nadine Morano. En établissant des stratifications entre des « vrais français » et de « faux français », elle contribue à donner l’impression d’un ennemi intérieur. Or, si l’ennemi est désormais « français » mais incompatible civilisationnellement, il faut néanmoins l’extirper. Et là, Nadine Morano ne pipe mot, mais il est clair que son esprit dérive vers des solutions particulièrement brutales et définitives, pour ne pas employer d’autres termes.

    A lire sur la question :

    https://unitecommuniste.com/france/francaise-de-papier-decrypter-nadine-morano/

    Mais que les fascistes et ceux qui sont sous leur influence soient dans cette logique, pourquoi pas. Le problème est quand, chez les progressistes et les révolutionnaires, le traitement des questions relatives à la délinquance, aux violences, aux incivilités, qui sont de vraies questions, trouve ses réponses dans de bien répugnantes places.

    Il faut être sincère. Dans une partie de la gauche révolutionnaire, il existe un certain angélisme quant à la délinquance. Cet angélisme se nourrit aussi de fantasmes d’exotisme, lesquels, eux aussi, plongent dans un inconscient raciste et essentialiste.

    Et être capable de voir, d’une part, les choses telles qu’elles sont réellement. C’est-à-dire être capable de discerner, dans les classes populaires, qu’une partie d’entre elle peut effectivement se livrer à des activités mafieuses, à des comportements prédateurs, à la délinquance.

    Mais une fois décrite cette réalité, faut-il encore en comprendre la raison, et comprendre ce qu’il faut en faire. Car il ne s’agit pas, comme l’écrivait Marx, de décrire, mais de transformer.

    Nous avons parlé, lors des événements de Dijon, du « comprendre ». De pourquoi ces caporégimes féodaux se forment dans les zones misérables. De ce que représente dans le fond, ces groupes et de pourquoi nous considérons que la lutte qui est menée contre eux est hypocrite et inefficace.

    A lire sur la question :

    https://unitecommuniste.com/communiques/dijon-resister-a-linjonction-de-condamner/

    Quant au comment, le PCF s’est exprimé en disant, « Trafic d’armes, trafic de drogues, trafic de personnes, reprenons le pouvoir dans toutes les rues de la République. » Cette phrase a été commentée largement. Elle est un bassin révélateur de premier ordre pour constater l’abandon de toute volonté de transformation de la société par ce Parti. Beaucoup l’ont reprise à leur compte, notamment ceux que nous nommerons par commodité les « communistes conservateurs ». Ceux-ci, derrière l’argument du réalisme, laissent, décomplexés, libre cours à leurs penchants réactionnaires. Tentés par une le fait de chasser sur les terres de l’extrême-droite, comme Kuzamnovic avant eux, ils pensent la drainer vers la gauche. En réalité, ils avalisent ses positions, les popularisent, les renforcent.

    A lire sur la question :

    https://unitecommuniste.com/france/wagenknecht-kuzmanovic-la-mutation-reactionnaire/
    https://unitecommuniste.com/lyon/andrea-kotarac-comme-un-coup-de-tonnerre-dans-un-ciel-dete/

    Et le fait de croire que l’envoie de la police, de l’armée, d’escadrons de la mort pourrait permettre de restaurer « le pouvoir dans toutes les rues de la République » est au mieux idéaliste, au pire franchement réactionnaire.

    Notamment car, tels des hydres, ces formes d’économies se reconstituent spontanément, car elles sont la seule – ou en tout cas la meilleure – perspective économique pour toute une partie de la population, notamment les plus jeunes.

    Ensuite car, historiquement, la police, dont le travail est principalement de garantir l’ordre visible, à généralement négocié et trouvé des moyens termes avec les gangs les plus puissants. La Bac de Marseille Nord, le « super-flic » Michel Neyret à Lyon, ont tous été mouillé dans cette affaire gagnant-gagnant : un gang dominant assure la paix et le commerce, la mairie est heureuse et la police arrondit ses fins de mois. Les déchaînements de violence, à Marseille, ont été à la suite de la purge dans la police, qui a décapité le gang dominant.

    Car il faut savoir de quoi parlons-nous ? De la petite délinquance de survie, des petits boutiquiers mafieux, qui font leur business parce qu’il est leur perspective économique principale ? Ou de la grande délinquance, des véritables réseaux puissants et internationaux, lequel n’est pas coupé de l’économie formelle, mais, au contraire, en est une excroissance. Il n’existe pas de véritable séparation entre cette économie informelle et l’économie de surface. Les gangs les plus influents possèdent également des actifs légaux, et sont des notables importants. Ils ont un poids politique dans les élections, surtout locale (pensons à Serge Dassault, par exemple, qui distribuait des billets pour acheter les votes), ou jouent parfois aussi des rôles d’ampleur dans la politique et la géopolitique. La french connexion, ainsi, finançait la lutte anticommuniste autour de Gaston Deferre. Le gang des Lyonnais, quant à lui, finançait les réseaux gaullistes. Quant aux trafiquants d’êtres humains, l’affaire Epstein montre que les consommateurs finaux ne sont pas toujours dans de sombres quartiers mal famés.

    La violence et la délinquance sont intrinsèquement liées à l’exploitation et au parasitisme capitaliste.

    La bourgeoisie est la première à se livrer au banditisme détourné. Elle vole la plus-value des travailleurs, vol légal, institutionnalisé, encadré. Elle les vole une deuxième fois, par les impôts (que nous séparons bien sûr des cotisations sociales, bien que les deux soient devenus la même chose), lesquels servent à payer leurs geôliers, leurs bourreaux, mais également à fournir certains bourgeois en argent public. Elle les vole enfin une troisième fois en trichant systématiquement avec la loi. Tant que cela n’est pas liquidé, il existera des bandits. Le dénuement, l’absence de perspective, mais aussi l’envie de richesse, l’envie de trouver une place dans une société qui rejette, qui ostracise, explique l’attrait pour l’argent facile.

    Tant que la bourgeoisie et ses valeurs seront hégémoniques, il existera également des « barbares ». Barbares car ils prennent modèle sur les maîtres de l’économie, lesquels sont l’incarnation même du cynisme le plus éhonté. Ce terme barbare soulève d’ailleurs une question autrement plus fascinante que toutes les autres : celle de savoir qui est le barbare de qui. Revenons à Césaire et à son texte. Ce que Aimé Césaire analyse, c’est bien la manière dont l’occident à importé une barbarie d’un genre nouveau, scientifique, rationnel, économiquement viable. L’occident a montré, depuis le milieu du XIXe siècle, qu’il était tout à fait possible d’agir en barbare, tout en se peignant en civilisateur. En se proclamant référence universelle de la morale et de l’éthique, il s’est accordé le droit de juger des actions des autres.

    La France en est un bon exemple. Elle arrive à reprocher à Poutine de tenter d’occire un opposant, alors qu’elle se réserve le droit d’arbitrer, par les bombes s’il le faut, les élections en Afrique. Elle enseigne à ses élèves qu’elle est le pays des droits de l’homme et la démocratie la plus parfaite, tandis que ses dirigeants sont à genoux devant le capital et que sa république est considérée comme née d’un coup d’État militaire dans les historiographies étrangères.

    Elle est capable d’être à la fois le centre intellectuel (avec de grandes guillemets sur ce que ce terme signifie) de l’antitotalitarisme et de l’anticommunisme, tout en ayant encore des camps de concentration et des colonies.

    Pour les petits bourgeois, ces contradictions passent. Elles ne sont pas expérimentées dans la chair. Elles restent une abstraction. Mais quand la réalité des violences policières, du racisme, de l’exclusion sociale est un vécu quotidien, comment ne pas songer devenir barbare ?

    Un vrai parti révolutionnaire doit être capable de mener la lutte dans les quartiers. Pas contre celles et ceux qui y habitent, qui pour la plupart ne rêvent que d’un avenir meilleur, mais bien pour les mobiliser, les unir, les souder contre leur bourreau, contre leur exploiteur. Oui, les mafias jouent un rôle réactionnaire, mais elles ne se maintiennent que parce que l’espoir a été assassiné, et que personne n’a été capable d’en insuffler un nouveau. Croire que les quartiers ouvriers de Moscou, de Gori, de Shanghai étaient différents, que les problématiques étaient différentes à l’époque révolutionnaire, c’est acter le fait de renoncer à transformer la société. C’est se contenter de gérer la violence, par l’étau policier, et non de la détruire en sapant ses fondations sociales. C’est cette unité populaire qui anéantira les mafias et les trafics, non les razzias policières.

    1A voir dessus : https://www.youtube.com/watch?v=bMZ4YVrIY_s

  • L’agression d’Augustin : une baudruche qui se dégonfle ?

    L’agression d’Augustin : une baudruche qui se dégonfle ?

    Nous avons hésité a employer certaines images, notamment celles de Augustin. Cependant, son omniprésence sur les réseaux sociaux fait qu’il n’y aurait eu aucun sens à ne pas les réutiliser. Nous avons par contre choisi n’anonymiser les tweets.


    Augustin, 17 ans, aurait été passé à tabac par un groupe de « racailles », alors qu’il venait en aide à des jeunes femmes harcelées.
    Les réactions, extrêmement rapides, unanimes, de la part de la droite réactionnaire et de l’extrême-droite étaient trop vives pour être honnêtes. Il était possible d’y déceler la marque de fabrique d’un coup de communication.

    Les propos tenus par le frère de la victime, propos flirtant avec le racisme, ont commencé à susciter les soupçons. Après une rapide enquête, il a pu être avéré que Augustin était un militant identitaire, membre d’une organisation connue pour son racisme, sa violence…et sa misogynie.

    La version des jeunes femmes vient apporter une dissonance.

    Passée l’émotion et le coup de communication, les versions changent, au fur et à mesure où d’autres acteurs, surtout d’autres actrices, apportent leur version. L’hypothèse, alors largement diffusée, d’un tabassage en règle semble s’effriter, au profit d’une brève altercation. Pour l’exploiter politiquement, les militants qui tirent les ficelles ont donc sciemment gonflé les faits. Le lynchage à 5 s’effondre, devenant une bagarre, puis un seul coup porté, avant que soient séparés les protagonistes.

    Nous ne cautionnons pas le harcèlement de rue, ni le fait d’être « lourd » pour reprendre les termes des jeunes femmes. Il ne s’agit pas d’inverser non plus les choses. En revanche, le fait que ce soit un militant d’extrême-droite qui se soit « interposé » ne peut que laisser planer un doute sur la forme de cette interposition, dont nous ne voulons faire le procès in abstenso. Nous considérons que l’enquête doit permettre de comprendre les formes qu’ont prise cette courte altercation. En revanche, le ses sbires se sont empressés de faire taire toute voix dissonante. Ils ont menacé de mort, par les réseaux sociaux, les jeunes femmes qui apportaient leur version. Les fascistes ont donc menacé les mêmes personnes qu’Augustin aurait défendu. La boucle se boucle d’elle-même.

    Augustin faisant le salut aux trois doigts, ersatz de salut nazi.



    De plus, c’est l’usage de cet épiphénomène qui est dangereux. Cette affaire a drainé dans son sillage une série de déchets, et leur a laissé un promontoire pour s’exprimer. Nous pensons ainsi à celles et ceux qui se sont empressés d’associer la violence à l’origine « civilisationnelle » – ce piètre camouflage de la race – des protagonistes.

    Finalement, les fascistes se font eux-mêmes les bourreaux.

    Un non-événement, une illustration des violences au sein de la société.

    Ce non-événement vient alimenter la machine à discours réactionnaires, tandis que, pendant ce temps, les violences des fascistes restent tapies dans l’ombre.

    Il existe, il faut le souligner, une violence inhérentes aux classes populaires. Il existe d’ailleurs, chez elles, des penchants réactionnaires, sexistes, homophobes…etc. C’est un fait avéré, et valable de tout temps, que ce soit à l’époque des « apaches de la zone » ou aujourd’hui. Si aujourd’hui ce sont les fils et les filles de l’immigration qui sont ciblées, c’est car les exclusions sociales et le racisme s’entremêlent intimement.

    Cette violence est critiquable et doit être critiquée. Elle se combat par les luttes sociales, par les luttes politiques et idéologiques, et par l’unité populaire.

    Seulement, les individus qui ont pris position avec empressement – y compris de gauche – eux, considèrent que cette violence et ces travers réactionnaires doivent être écrasés dans un poing d’acier. Qu’il faut saigner les quartier populaires pour qu’ils se tiennent tranquille, oubliant que c’est la misère, l’absence de perspectives sociales et politiques, qui entraîne le pullulement de l’économie informelle et de la violence.

    Ce poing d’acier ne fait que faire taire la violence, il ne fait que la masquer. Il ne la règle pas. Nous ne faisons pas confiance aux fascistes, aux réactionnaires – maquillés en communistes ou non – pour la régler. Nous ne pouvons faire confiance qu’aux classes populaires, qu’aux exploités eux mêmes et elles mêmes pour se libérer de la domination, pour souder les rangs, et pour mettre à bas le régime qui reproduit la misère et qui reproduit la violence.

    En dernière instance, que retenir de cette affaire ?

    Les fascistes ont le mensonge et la manipulation dans le sang, et ils ont réussit à faire d’un non-événement une affaire. Le temps que celle-ci dégonfle, ils auront monté en exergue un nouveau sujet, quitte, une fois de plus, à tordre la réalité pour qu’elle corresponde à leur grille de lecture.

    Ceux qui ont embêté, et non pas agressé, les jeunes femmes ne sont pas des anges. Mais la réalité n’est pas faite d’anges et de démons. La situation mérite d’être traitée pour ce qu’elle est : une illustration des violences qui peuvent exister dans la société. Ce qu’elle n’est pas, en revanche, c’est une illustration de son caractère génétique ou civilisationnel. Les fascisent savent montrer qu’ils violent, agressent et tuent.

    Cette affaire n’est pas sans évoquer celle de Fiorina Lignier, victime d’un tir de police…et néo-nazie.

    Il existe un climat extrêmement propice à ce que ces affaires occupent le devant de la scène. Il est animé par les mêmes qui incendient des mosquées ou poignardent des mineurs dans les rues de Lyon. Face à leur omniprésence, nous devons faire bloc et pulvériser un à un leurs mensonges.