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  • La contribution des femmes à la défense de la Commune de Paris (18 mars 1871-28 mai 1871)

    La contribution des femmes à la défense de la Commune de Paris (18 mars 1871-28 mai 1871)

    Nous reproduisons cet article, rédigé conjointement par des membres de l’UC et de l’UPML. Nous pensons que, 150 ans après la Commune de Paris, il est plus qu’essentiel de souligner le rôle des femmes. Un rôle dans les luttes passées, certes, mais également dans les luttes à venir !

    Avant-Propos

    L’évènement de la Commune de Paris ne semble être ignoré de personne. Elle est la manifestation et la preuve concrète que le peuple peut prendre le pouvoir en organisant la société par et pour lui-même. Elle s’inscrit dans une série d’évènements révolutionnaires qui ont marqué la France tout au long du « grand XIXe siècle » : 1789, 1830, 1848… Cependant, elle apporte une dimension nouvelle : ce n’est pas avant tout contre un tyran que se déchaînent les masses, mais bien pour leur propre émancipation et leur propre liberté, sortir de l’oppression, forger son destin.
    Lors de ces précédentes insurrections, les femmes ont pris part à la lutte de manière considérable pour obtenir leur émancipation, mais n’ont rien obtenu. Lors de la Commune de Paris, elles n’ont pas envie que cela se reproduise.
    Dans cet article, nous allons évoquer un pan essentiel de l’histoire de la Commune qui a été occultée par les grands personnages masculins, dans une société éminemment marquée par l’androcentrisme.
    L’androcentrisme désigne un mode de pensée façonné pour et par les hommes. La construction des savoirs scientifiques en est imprégnée, ainsi que la manière dont on raconte l’Histoire. En effet, les philosophes de l’Antiquité tels que Aristote ont mis du cœur à l’ouvrage en justifiant l’infériorité des femmes à travers leur sois-distante « froideur » contrairement aux hommes qui seraient chauds : « Dans l’espère humaine l’homme est plus parfait que la femme. La cause de cette supériorité est la surabondance du chaud »1.
    Afin de contrecarrer cette dynamique, cet article a pour objectif de mettre en lumière la multiplicité des rôles des femmes sous la Commune de Paris.

    L’Union Des Femmes

    Désireuses de s’organiser pour la défense de la Commune, Elisabeth Dmitrieff iet Nathalie Le Melii fondèrent en collaboration avec d’autres femmes, l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessé.e.s.
    Le 11 avril, Nathalie Le Mel et Elisabeth Dmitrieff lancent un premier appel aux citoyennes de Paris, en accordant une place centrale à l’émancipation de la classe ouvrière comme peuvent en témoigner les citations suivantes :

    « Nos ennemis, ce sont les privilégiés de l’ordre social actuel, tous ceux qui toujours ont vécu de nos sueurs, qui toujours se sont engraissés de notre misère (…) Nous voulons le travail, mais pour en garder le produit…Plus d’exploiteurs, plus de maîtres ! »2

    Suite à cet appel, L’union Des Femmes s’adresse à la commission exécutive de la commune afin de porter fièrement, haut et fort ses principales revendications que sont l’égalité des sexes et l’abolition de l’antagonisme entre exploiteurs et exploité.e.s :

    « Que la Commune, représentante du grand principe proclamant l’anéantissement de tout privilège, de toute inégalité, – par là même est engagée, à tenir compte des justes réclamations de la population entière, sans distinction de sexe, – distinction créée et maintenue par le besoin de l’antagonisme sur lequel reposent les privilèges des classes gouvernementales. Que le triomphe de la lutte actuelle ayant pour but la suppression des abus, et dans un avenir prochain la rénovation sociale toute entière assurant le règne du travail et de la justice, – a, par conséquent, le même intérêt pour les citoyennes que pour les citoyens… »3

    Dans chaque arrondissement de Paris, L’Union des Femmes est composée d’un comité de 11 membres. Ces comités avaient pour tâche de recenser les citoyennes qui souhaitaient consacrer leur cause à la défense de la Commune de Paris : soit en tant qu’ambulancières, cantinières, vivandièresiii soit aux barricades ou encore pour des convocations à des réunions. Le comité central est chargé de la direction générale, et tous les membres de l’Union des femmes avaient le devoir de respecter l’autorité morale du comité central, et d’obéir aux instructions et aux ordres du comité auxquels les membres appartenaient.
    Le but de l’organisation Union des femmes est d’augmenter la participation des femmes à la défense de la Commune. Pour ce faire, les femmes de l’organisation ont mis en place un moyen de répandre leurs revendications révolutionnaires à travers les clubs et les comités qui prennent souvent place dans des églises.

    Les Clubs et les comités : Moyens de propagation des idées révolutionnaires

    Le club de la délivrance est présidé par Lodoïska Caweska (ancienne rédactrice du journal Citoyennes) et eut à plusieurs reprises comme oratrice Nathalie Le Mel. Lors des réunions de ce club qui avaient lieu dans une Eglise, précisément à la Trinité, plusieurs sujets étaient abordés par les oratrices : notamment sur les rapports entre la religion et l’émancipation des travailleuses devant un auditoire de 600 femmes (le nom de l’oratrice du discours ci-dessous est malheureusement méconnu) :

    « Voilà le jour de la revendication et de la justice qui arrive à grands pas. Les ateliers dans lesquels on nous entasse vous appartiendront ; les outils qu’on met entre vos mains seront à vous ; le gain qui résulte de vos efforts, sera partagé entre vous. Prolétaires, vous allez renaître. Femmes frêles, vous vous nourrirez, vous vous vêtirez…Mais pour en arriver là, citoyennes, il faut de votre part une rupture soudaine et absolue avec les folles superstitions qu’on a prêchées dans le local où j’ai l’honneur de vous parler en ce moment. ». 4

    Le club des libres penseurs effectuait ses réunions depuis le 6 mai 1871 dans l’Eglise de Saint- Germain-L’auxerrois. Ce club est particulièrement intéressant car c’est dans celui-ci que 100 femmes et 400 hommes ont voté la proposition de la citoyenne Rondier pour l’affranchissement complet des femmes. Ce vote permet de montrer que les ouvriers soutenaient massivement les femmes dans leur désir d’émancipation.
    Le Comité des Femmes de la rue d’Arras qui existe indépendamment de l’organisation Union Des Femmes, a fondé des comités de quartier pour rendre possible la mise en place d’ateliers de travail. Ces ateliers de travails avaient pour principal objectif de « préparer l’organisation du travail des femmes par elles-mêmes ».5 Le Comité Des Femmes s’est également occupé de la propagande révolutionnaire en recueillant près de 300 inscriptions pour la légion des femmes qui souhaitait porter des armes, afin de défendre au même titre que les hommes la Commune de Paris.

    Journalisme

    Lors de la Commune de Paris, la journaliste André Léoiv a écrit dans différents journaux ; notamment dans La CommuneLe Rappel et La Sociale. Elle a eu un rôle actif dans la Commune puisque dans ses articles, elle a soutenu la nécessité d’armer les femmes au service de la défense de la Commune :

    « Paris est loin d’avoir trop de combattants, le concours des femmes devient nécessaire. A elles de donner le signal d’un de ces élans sublimes (…) On les sait anxieuses, enthousiastes, ardentes (…) à se donner tout entières (les femmes du peuple surtout) à la grandecausede Paris.Qu’elles entrent donc d’action dans la lutte autant qu’elles y sont de cœur (….) Louise Michel, Madame de Rochebrune, bien d’autres, ont déjà donné l’exemple »6.

    La journaliste a également élaboré des propositions afin de soutenir la cause des femmes combattantes en demandant au général Cluseret d’installer les trois registres suivants : Action armée, Postes de secours aux blessés, fourneaux ambulants. Cela aura permet aux femmes de s’inscrire massivement dans chacun de ces registres.

    Éducation

    Les femmes ont joué un rôle majeur dans l’éducation. Dès le début de la Commune, ce sont les institutrices, qui, au sein de la société Education Nouvelle ont rendu possible l’application des principes de l’éducation laïque, obligatoire et gratuite pour les deux sexes. Désireuses d’émanciper les femmes au sein de l’éducation, la contribution de plusieurs femmes avec Louise Michel ont réalisé une pétition pour obtenir des écoles professionnelles et des orphelinats laïques.
    Il est important de prendre en considération le travail fourni par Madame Tinayre, ancienne institutrice qui, sous le gouvernement de Bordeaux était chargée de réorganiser les écoles de filles à Paris, n’a cessé de poursuivre cette tâche sous la Commune de Paris.
    La contribution de l’écrivaine Paule Minkv a été celle de créer une école de jeunes filles dans la chapelle du catéchisme de Saint-Pierre de Montmartre. La nef de cette église a été transformée le 19 avril en un atelier destiné à la fonction d’habillements militaires. Dans cet atelier une cinquantaine de femmes ont travaillé jusqu’au début du mois de mai. L’Eglise fut ensuite réquisitionnée pour la tenue de réunions.

    Les combattantes

    Lors de la semaine sanglante, les femmes, armées, se sont massivement mobilisées pour la défense de la Commune de Paris. Elles ont notamment défendu les barricades jusqu’à leur dernier souffle. Les noms des femmes qui ont fait preuve de bravoure, et de solidarité sur le champ de bataille sont en grande majorité inconnus, en raison de l’inanité des archives sur le sujet. Cependant, il existe quelques noms, et parce-que les femmes doivent cesser d’être essentialisées, il est nécessaire de les identifier :
    Joséphine Dulembert (ancienne rédactrice du Moniteur des Citoyennes).
    Brossert (cantinière au 84è me bataillon) avec Lodoïska Caweska ont contribué à l’organisation de la défense de la gare de Montparnasse.
    Un groupement d’environ 120 femmes a construit et défendu les barricades de la place Blanche.
    Une cinquantaine de femmes sous la coordination de Nathalie Le Mel ont construit une barricade place Pigalle et ont contribué à sa défense.
    Andrée Léo a défendu les barricades situées aux Batignolles.
    Elisa Rétiffe (cantinière au 135ème bataillon) était aux barricades de la rue Bellechasse.

    Conclusion

    Loin du rôle misérabiliste attribué aux femmes, l’expérience de la Commune de Paris a démontré que la lutte des classes est une des conditions à l’émancipation des femmes. Cette émancipation a été l’usufruit des femmes majoritairement issus de la classe ouvrière, qui en défendant leur émancipation, se sont vouées corps et âme, à la défense de la Commune, à travers différents rôles qui touche la société, massivement, et activement. C’est là l’intérêt de l’unité entre le mouvement ouvrier et le mouvement des femmes. Il faut souligner leurs exploits à la contribution de cette grande cause qu’est le communisme, une cause qui entend à rétablir la justice.

    POUR UNE HISTOIRE DES FEMMES.
    POUR LA LIBERTÉ DES FEMMES DANS UNE SOCIÉTÉ SANS EXPLOITATION ET OPPRESSION DE TOUTE SORTE.

    1 Source : https://www.arkhe-éditions.com/magazine/femme-homme-science-du-sexe-faible/ 

    2 Source :https://www.persee.fr/doc/r1848_0765-0191_1950_num_42_185_1467

    3 Source : https://www.persee.fr/doc/r1848_0765-0191_1950_num_42_185_1467

    4 Source :https://www.persee.fr/doc/r1848_0765-0191_1950_num_42_185_1467

    5 Source : https://www.persee.fr/doc/r1848_0765-0191_1950_num_42_185_1467 

    6 Source : https://www.persee.fr/doc/r1848_0765-0191_1950_num_42_185_1467

    i Elisabeth Dmitrieff est née en Russie en 1850. Partageant les opinions de Marx pendant l’Internationale, elle fut sa correspondante sur les évènements de la Commune de Paris.

    ii Nathalie Le Mel est née à Brest en 1826.Militante de l’Internationale, elle est l’une des créatrices du Syndicat des relieurs et relieuses de Paris, et géra la coopérative La Marmite.

    iii Les vivandières étaient les femmes qui suivait les troupes pour vendre aux soldats des vivres, des boissons.( Définition Le Robert)

    ivAndré Léo est née à Lusignan en 1824. Romancière et Journaliste, elle publie en 1869 «La femmes et les Mœurs – Monarchie ou liberté » ouvrage dans lequel elle riposte contre l’ordre patriarchal revendiqué par Proudhon.

    v Paule Mink est d’origine polonaise, elle est née en 1839 à Clermont-Ferrand. Républicaine,elle a écrit un pamphlet qui s’intitule «les Mouches et l’Araignée» à l’encontre de Napoléon III.

  • Construire la solidarité populaire avant que la crise ne frappe !

    Construire la solidarité populaire avant que la crise ne frappe !

    Avec l’organisation de lutte Drapeau Rouge, nous avons initié des tables de solidarité depuis plusieurs semaines. Ces tables ont vocation à permettre de distribuer des produits de première nécessité, mais également à en collecter auprès de ceux et celles qui peuvent en donner. Au travers de ces tables, nous essayons de développer une politique de solidarité. Elles ont été accueillies chaleureusement par les habitants et habitants du quartier. Cela nous a également donné la possibilité d’échanger avec les habitants et les habitantes du quartier de Vaise, dans l’agglomération lyonnaise.

    Nous avons également commencé à réaliser des distributions auprès des étudiantes et des étudiants, qui, bien souvent, sont en face de problèmes considérables pour boucler leurs fins de mois.

    Nous ne sommes pas les seuls à faire ce travail, et nous n’avons de prétention à quoique ce soit. Nous saluons d’ailleurs l’intégralité des initiatives de solidarité populaire qui ont été lancées1. Leur travail est exemplaire. Nous voulons apporter nous aussi notre contribution, jouer notre rôle, couvrir une plus grande surface de terrain. Nous voulons, en somme, que le slogan « servir le peuple » se concrétise.

    Nous appelons d’ailleurs à multiplier ces actions et à les renforcer. Nous espérons qu’il sera possible de les centraliser davantage, d’éviter les doublons, de ne pas laisser de déserts, et de travailler en bonne entente.

    Car, hélas, le climat social et politique ne va pas en s’arrangeant. De sombres nuages s’accumulent à l’horizon.

    Nous sommes dans l’œil du cyclone.

    Depuis des décennies une profonde crise économique couve. L’économie peine depuis longtemps déjà. La crise du Covid amplifie simplement le phénomène.

    Nous n’en voyons que les prémices.

    Pour le moment, le gouvernement maintient un grand nombre d’entreprises sous perfusion. Les aides « Covid » maintiennent un semblant de niveau de vie. Si certaines entreprises se gavent de cet argent public, se gavent de dette, elles permettent aussi de faire échapper bon nombre à la misère. Mais elles ne les endureront pas éternellement. Le gouvernement réfléchit à l’après-pandémie. L’arrêt des aides signifiera probablement une contraction de l’économie et la fermeture d’un nombre encore plus grands d’entreprises vulnérables. Ce darwinisme économique profitera aux plus forts, aux plus puissants, et contribuera encore davantage à polariser la société et à concentrer le capital.

    Contrairement à une idée reçue, la dette n’est absolument pas un problème. Il n’y a ni urgence à l’annuler, ni à la rembourser. Les taux d’emprunts sont extrêmement bas, négatifs parfois, ce qui fait que certains paient pour prêter aux États. Mais ce poids est dangereux lorsqu’il est utilisé politiquement pour justifier une politique de liquidation des droits sociaux. Au nom du fétiche de « l’économie saine », une offensive nouvelle se prépare vers les droits sociaux. Alors qu’ils sont précisément ce qui – y compris dans une perspective non révolutionnaire — est ce qui peut permettre de surmonter la crise. La sécurité sociale, les aides pour les chômeurs et les retraites sont les enfants de la misère de 1945-1947. Ils sont précisément ceux qui ont permis l’expansion économique des années suivantes.

    Mais les capitalistes, les banquiers, les rentiers et les parasites ne pensent pas ainsi : ils sont des ravageurs, qui ne voient pas d’autre chose que la rentabilité à court terme, que l’accroissement de leurs rentes, de leurs bénéfices. Leurs actions ne sont d’aucune stratégie : après eux, le déluge ! Pour échapper à la misère, à la précarité, nous ne pourrons compter que sur nous même. La seule véritable solution est une économie dirigée vers la satisfaction des besoins culturels et matériels de l’humanité. C’est là, uniquement là, qui réside une économie saine, sans dettes et sans crises.

    Tant que l’économie sera axée sur la recherche du profit maximal, sur l’exploitation sans vergogne, il y aura des crises constantes.

    Notre solidarité contre leur charité.

    Paniers repas, bons d’achats, réductions… les opérations commerciales menées par les grandes surfaces ont été nombreuses. Quelles que soient leurs formes, elles partagent un trait commun : elles sont un bon investissement plus qu’un sacrifice. Premièrement, les opérations commerciales sont un bon moyen de fidéliser la clientèle et de réaliser une campagne de communication positive qui améliore l’image de la marque.

    Deuxièmement, il s’agit parfois d’une affaire bien rentable. Au moment où Notre-Dame était ravagée par les flammes, nous écrivions :

    « Un don est défiscalisé à 60 %. Les entreprises paient un impôt, donc, mais vers le secteur de leur choix. Et elles ne le paient qu’a 40 %, le reste étant, donc, à la charge des contribuables. Cela fait donc que ces derniers paient pour les choix d’image de l’entreprise, à hauteur de 60 %. Ainsi, en 2016, 369 millions d’euros ont été réellement versés par les entreprises, tandis que l’État a dû abonder de 990 millions d’euros. (selon les rapports de la Cour des comptes.) LVMH fait figure de grand pionnier, pompant à elle seule 61 600 000 € en 2018, loin devant les 8 suivantes, qui ne représentent que, cumulée, 21 000 000 €. Une manière de faire un bel effet levier sur les ambitions du peloton de tête des fortunes.

    Troisième aspect, le gonflement des dons en nature et le mécénat « de compétences ». Pour le premier, il s’agit de faire des dons qui sont défiscalisés, mais en ne prenant régulièrement pas comme base le prix de revient du produit donné, mais son prix de vente final, accompagné de la marge du distributeur. De plus, lorsque Auchan, Carrefour, Casino donnent des produits alimentaires, il arrive régulièrement que ceux-ci soient inexploitables (trop proches de la fin de la Date Limite d’Utilisation), et donc auraient été perdus. Il s’agit donc d’une manière de valoriser les pertes et de faire des dons qui peuvent même rapporter.

    Le mécénat de compétence, quant à lui, consiste à fournir de la main d’œuvre pour des travaux. Une manière d’ajuster l’activité de l’entreprise. En temps normal, la prestation est facturée uniquement du coût du salaire, mais des entreprises en profitent pour saler l’addition, sachant qu’elle est couverte par l’État. De plus, les « Établissements Administratifs Publics » peuvent offrir des prestations en nature à titre de dédommagement. Une nouvelle manière de rentrer dans les frais de l’entreprise. »2

    En dernière instance, les capitalistes ne parlent pas la langue de la solidarité. Aux mieux, ils prodiguent la charité philanthropique, celle qui soulage la peine temporairement, sans jamais s’attaquer au fond du problème.

    Il en est de même chez ceux et celles qui, au nom d’une « solidarité » hypocrite, sont là pour avancer des positions réactionnaires et antipopulaire. Les obscurantistes voient dans la misère un terrain de recrutement et de diffusion de leurs idées. D’autres, comme Bastion Social, y voient une occasion de diffuser la haine raciale et de fragmenter les exploités et exploitées. En dernière instance, la misère est un terrain comme un autre pour eux. Leur but est de l’utiliser, non d’y mettre un terme.

    Une voie différente.

    Notre solidarité est différente dans son fondement. Nous voulons mettre fin à ce cycle infernal de souffrances, d’exploitation, de misère. Nous ne nous réjouissons d’aucun malheur. De celui de l’ouvrier qui sait son poste condamnée, de l’artiste qui peine à se nourrir, de l’étudiant isolé dans son 9 m². Nous ne nous réjouissons pas plus de celui de la petite bourgeoisie commerçante, endettée, étrillée par les loyers, les traites, les impôts. Leur intérêt objectif est de mettre fin à la dictature de l’exploitation, à la dictature du capital, à la concentration toujours croissante des richesses dans des mains toujours moins nombreuses.

    Nous savons que tout ne se réglera pas par quelques tables et un peu d’entraide. Le problème est plus profond. Le problème est structurel. Il concerne l’ensemble de structure économique, le capitalisme comme mode économique dominant. Cette société d’inégalité se maintient par la force et par la propagande. Par une force sans cesse plus omniprésente, brutal. Par une propagande qui fait croire à l’égalité des chances, à la méritocratie, au « que le meilleur gagne », alors que les dés sont truqués.

    Pour nous, l’économie, la production de richesses culturelle et matérielles doit servir les intérêts de la population, doit permettre à l’humanité de poursuivre sa route, sans ravager la planète. Mais nous ne pouvons faire confiance qu’à nous même, qu’à un contrôle absolu sur l’économie, pour y parvenir. Nous avons besoin d’une nouvelle démocratie, d’un nouveau système.

    Nous pouvons faire mieux !

    Nous avons un monde à gagner. Un nouveau monde à construire. Face aux défis de la crise climatique, des menaces de guerres, de la misère et de l’obscurantisme, il n’existe pas une infinité de solutions. Soit rester prisonniers, écrasés par l’étau de l’exploitation, intoxiqués par les mensonges racistes, enfermés par une société pourrissante, soit perdre nos chaînes et faire front. Ensemble, solidaires, unitaires, nous pouvons être le changement révolutionnaire !

    1. Nous pourrions cependant ajouter un bémol à cela : l’organisation néo-fasciste Bastion Social prétend à une « solidarité populaire ». Dans les faits, elle se limite à des actions d’instrumentalisation de la misère sur des critères raciaux/ethniques. De fait, ces actions sont plus du domaine du prosélytisme et de la charité hypocrite que de la réelle solidarité populaire. A notre sens, celle-ci doit se doubler d’une volonté d’unifier les classes populaires dans le but de changer également le fond de notre société.
    2. Notre-Dame de Paris, une charité bien ordonnée

  • 100 ans du PC (1920-2020) – 3/3

    100 ans du PC (1920-2020) – 3/3

    Aujourd’hui

    Aujourd’hui, il peine à pouvoir se dégager de cette situation. L’opposition interne existe, mais elle se heurte à un problème fondamental : la structure en tant que telle est devenue un frein à la rénovation du PCF. Un cercle vicieux s’est installé : quand le PCF perds, les « politiques » ont une plus grande voix au chapitre, ce qui fait que le PCF prend de meilleures positions, ce qui renforce l’emprise des élus, ce qui place en minorité l’opposition politique, ce qui réduit les scores… et le cycle recommence sans cesse, alors que la machine s’affaiblit graduellement. La véritable solution serait une déchirante remise en question de rapport du PCF à ses bastions, à ses élus, à ce qui en fait un Parti établi et intégré. Un parti dans lequel les conceptions comme l’eurocommunisme on fait leur nid.

    En somme, il lui faudrait traverser un terrible désert pour renaître à nouveau, plus grand et plus fort. Mais cette Anabase1 est difficile à avaler pour tout militant ou toute militante. Elle reviendrait à jouer la carte liquidatrice… une carte bien amère.

    Qu’en conclure ?

    Pour formuler une analyse rapide de la trajectoire du PCF celle-ci est un drame en trois actes, à l’image des tragédies grecques. Après l’acte de la construction, des expérimentations politiques, des tentatives de s’imposer comme une force politique, est venu l’acte de la guerre. Bref, brutal, mais marquant. Couvrant le PC des lauriers de la gloire. Mais il s’ensuit un troisième acte, celui de l’intégration dans la démocratie bourgeoise, du remplacement de la figure du militant par celle de l’élu, de l’institutionnalisation du Parti. Un parti qui, dès lors, n’as plus eu de cesse que de s’étioler, de se faner.

    Nous avions écrit, dans notre ouvrage En finir avec le mythe du PCF2 que ce qui fait la force du PC, aujourd’hui encore, c’est son passé, plus, bien plus, que son avenir. Mais ce passé, ces ors, à qui appartiennent-ils réellement ? Sont-ils un crédit mort, lié organiquement à un Parti qui ne les fait plus vivre ? Sont-ils au contraire un héritage vivant, réel, que chaque militant et militante, chaque groupe, chaque organisation qui se revendique de la révolution prolétarienne mondiale, peut revendiquer comme sien?

    Nous affirmons que, sans en revendiquer nullement l’exclusivité, nous portons une partie de cet héritage. La mosaïque de groupes communistes qui existent aujourd’hui sont tous, même à leur corps défendant, des héritiers d’une histoire, d’une expérience.

    Aujourd’hui, que faire ?

    Nous sommes toutes et tous les orphelins du PCF.

    Nous pensons que la question de l’organisation politique, du Parti, est une question vitale, centrale, que chaque communiste doit avoir à l’esprit.

    Le PCF est de plus en plus concurrencé, notamment par des mouvements plus libres de leurs actes, tels que LFI. Il peine aujourd’hui a se démarquer et à justifier son existence, en dépit des qualités individuelles de ses membres. Dans le paysage politique français, il est transparent, translucide, et ne parvient pas à se trouver une place. Il y a d’une part une certaine forme de censure par omission, les médias ne l’invitant pas, mais il y a également une incapacité à pouvoir générer un engouement. Replié sur lui

    La lutte de ligne que le PCF a connu se retrouve aussi, à l’échelle microscopique, dans l’hostilité entre les sectes qui prétendent chacune avoir découvert la vérité ultime, et qui considèrent toute déviation vis-à-vis de celle-ci comme une hérésie qu’il faut éliminer par tous les moyens. Qui refusent d’acter l’existence d’autres organisations politiques proches, en faisant des non-êtres, des non-organisation, des non-acteurs de la construction du parti.

    Ce sectarisme féodal, ces seigneuries, occupent le même rôle que les bureaucraties stériles : elles forment des fiefs qu’il faut défendre, même au prix de l’objectif final. Chacun, conscient des efforts immenses consentis pour se recréer un corpus théorique, idéologique, une physionomie politique, ne veut les diluer, les perdre, dans un rapprochement, une fusion.

    Lénine avait fait sienne l’adage de Napoléon « on s’engage…et on voit ». Cette volonté d’être en avant, de chercher l’opportunité tactique, de prendre des risques, de prendre des initiatives. Lénine l’a employé avec maestria dans la conduite de la politique d’unité. Les fragments de parti qui existent sont tout autant des forces que des faiblesses. Elles sont des forces dans le sens où elles ont donné une approche originale, novatrice, dépoussiérée de nombreuses questions. Hostiles les unes aux autres, elles entretiennent donc une émulation involontaire, dans laquelle chacun doit rivaliser avec les autres pour proposer un contenu d’une meilleure qualité que celui des autres. Pour avoir une meilleure communication, pour être plus inventif ou attractif.

    Mais les réponses complètes, finales, aux questions qui se posent (la synthèse de l’expérience du mouvement ouvrier, la synthèse de l’expérience révolutionnaire, une compréhension profonde de la théorie) ne peuvent être réalisées dans le féodalisme sectaire. La route vers le Parti, la route vers la fin de notre situation d’orphelins, ne peut être défrichée qu’au travers d’un bond qualitatif. Et ce bond qualitatif demande une accumulation quantitative.

    Savoir regarder dans le temps long.

    Une erreur terrible serait de prendre l’histoire du triptyque SFIC – PC – PCF comme quelque chose d’isolé, de solitaire. De croire que le PCF s’est auto-suscité, s’est auto-invoqué, et qu’il n’est pas né d’un long processus d’agrégation, de décantation, de fusions et de clivages.

    Comprenons-nous : dans la France actuelle, il existe une kyrielle d’organisations communistes se revendiquant, sous des approches diverses et parfois contradictoires, de cet immense héritage communiste. Mais beaucoup – et c’est un travers bien naturel – se figurent qu’elle pourront, dans un développement graduel, dans une accumulation uniquement quantitative, prendre la place, occuper la fonction, qu’un PC a pu occuper pendant de longues décennies.

    C’est oublier que les racines du PCF étaient présentes longtemps avant que les premiers fruits ne puissent être cueillis. Il a fallu, au cours de l’ensemble du XIXe siècle, opérer un long, un très long processus d’agrégation des différents groupes, des différentes sectes, des mini-partis. Ces agrégations n’ont pas été opérées de gaîté de cœur, et ont donné lieu à des conflits de fiefs, de chefferies, de clans. Il a fallu un cadre immense, celui de la première puis de la deuxième internationale, pour permettre de pouvoir créer un espace général de décantation idéologique, un espace d’unification, qui puisse permettre que le débat prolétarien, que le débat idéologique réel, dépasse le simple cadre de l’invective, du défi, parfois de l’insulte. C’est aussi l’autorité de la IIIe internationale, autorité conférée par la réussite de la révolution Russe, qui placé les chefferies devant des choix : s’unifier et avancer, ou être des renégats.

    Nous ne faisons pas exception à ces critiques, nous mêmes, sommes – bien involontairement ! traversés par ces tendances, par cette terrible pesanteur. Nous essayons de trouver des moyens de compenser, d’élargir notre horizon : travail unitaire, processus de construction commune avec l’UPML, intégration dans l’ICOR… Aucun de ces moyens n’est en soit suiffant. Mais ils contribuent à maintenir un memento mori3 dans notre organisation : nous n’oublions pas qu’elle est destinée à disparaître au profit de quelque chose de plus grand, de plus efficace, de plus approchant de notre but. Nous ne sommes pas le Parti, nous ne sommes pas l’embryon du Parti, nous sommes à-peine, des cellules-souche, travaillant à devenir quelque chose de nouveau.

    Ce sont des moyens de prendre conscience du fait que nous ne sommes pas une île, mais bien que nous nous incluons dans un processus qui nous dépasse, dont les objectifs sont plus importants que l’existence de nos sectes respectives.

    Apprendre du PCF, c’est savoir regarder la réalité en face. Savoir regarder les succès, les défaillances, les échecs. C’est aussi savoir conserver ce qu’il y a de juste, en tirer l’essentiel, pour en faire la synthèse la plus actuelle. Ce n’est pas importer la ligne de 1947 en 2021, en voyant la France brisée, menacée de domination. C’est comprendre le monde actuel avec l’expérience d’hier.

    Le PCF a eu son histoire, il a été ce qu’il a été, ni plus ni moins. Mais ce que sera son héritage ne dépend que de nous !

    Bibliographie indicative :

    Christofferson, M. S., & Olivera, P. (2014). Les intellectuels contre la gauche : L’idéologie antitotalitaire en France, (1968 – 1981) (2. éd. revue et augm). Agone.

    Cœuré, S. (1999). La grande lueur à l’Est : Les Français et l’Union soviétique, 1917-1939. Seuil.

    Furet, F. (1995). Le passé d’une illusion : Essai sur l’idée communiste au XXe siècle. France loisirs [u.a.].

    Hobsbawm, E. J. (2003). L’âge des extrêmes : Le court vingtième siècle : 1914-1991. Ed. Complexe.

    Hourmant, F. (2015). 2. La dénonciation de L’Archipel du Goulag. In Le désenchantement des clercs : Figures de l’intellectuel dans l’après-Mai 68 (p. 57‑91). Presses universitaires de Rennes. http://books.openedition.org/pur/24615

    Lacroix-Riz, A. (2012). L’histoire contemporaine toujours sous influence. Le Temps des cerises : Éditions Delga.

    Marcuse, H. (1971). Le Marxisme soviétique. Gallimard.

    Pinto, D. (1985). De l’antiaméricanisme à l’américanophilie. Commentaire, N°18, 874‑879.

    Traverso, E. (2012). L’ histoire comme champ de bataille : Interpréter les violences du XXe siècle. Ed. La Découverte.

    PCC (1963) D’où proviennent les divergences ? ­Réponse à Maurice Thorez et d’autres camarades (1963) | lesmaterialistes.com. (s. d.).

    1 Wikipédia définit l’Anabase ainsi : « Le terme « anabase » désigne une longue expédition militaire en référence à l’Anabasede Xénophon, employé dans le sens « ascension dans le haut pays » ou « expédition de la mer vers l’intérieur montagneux d’un pays ». Nous l’employons ici comme une « traversée du désert », à l’exemple de la Longue Marche en Chine, laquelle à transformé la nature du PCC, en faisant le Parti qui a conduit à la victoire.

    2Écrit en 2016, nous n’en disposons plus que d’exemplaires numérisés. Il sera réédité après correction de certaines erreurs factuelles sur l’histoire du PCF.

    3Souviens toi que tu dois mourir.

  • 100 ans du PC (1920-2020) – 2/3

    100 ans du PC (1920-2020) – 2/3

    En guerre.

    Le pacte germano-soviétique fait partie de ces événements surprenants de l’histoire diplomatique. Son principal effet a été de fournir un prétexte pour la IIIe République : elle a interdit le PCF et initié l’arrestation de ses cadres. Elle ouvre des camps pour interner tous les indésirables : Juifs Allemands, Républicains Espagnols – surtout les Basques – et communistes. Les Allemands n’auront qu’à se servir.

    Pendant la guerre le PCF s’est retrouvé dans une situation complexe. Il est toujours dans un KO technique consécutif à son interdiction sous la IIIe République, et le choc de l’invasion Allemande l’a tout autant frappé que les autres. De plus il n’a pas été particulièrement poussé à l’action par Moscou et l’Internationale. L’URSS ne voulait pas donner de prétexte à une intervention militaire Allemande (cela ne l’a pas empêchée.) Quant à l’IC, elle analyse encore le conflit comme un conflit inter-impérialiste dans lequel la défaite de son propre impérialisme est prioritaire.

    Cela ne signifie pas que les militants et militantes de cette organisation n’aient pas agi. Certains ont eu, aux yeux de l’histoire, raison en rejoignant la mobilisation militaire. D’autres organisent immédiatement la Résistance. Avant l’entrée en guerre de l’URSS, les communistes ont déjà payé le prix du sang. Un prix que beaucoup essaient de faire oublier, au profit de rumeurs sur sa collaboration.

    Durant la Résistance – tout comme dans les camps – le PC gagne en influence. Il parvient même a noyauter les renseignements militaires et l’armée. A tel point que, au moment de la Libération, le gouvernement va devoir créer de nouveaux outils de répression : les CRS. Le PCF parvient aussi à nouer une alliance aussi logique qu’improbable : avec les gaullistes. Les deux sont d’accord sur des points essentiels : il faut liquider le régime de Vichy et éviter que la France ne soit phagocytée par les Alliés. Dans les faits, il est difficile de savoir si cette menace était réelle. Les USA ont eu tendance à se retirer d’Europe après 1945, et le système colonial est resté dans l’ensemble intact.

    Toujours est il qu’au moment de la fin de la guerre, le PC est à son Zénith. Mais il amorce aussi son déclin.

    Du Zénith à la pente déclinante.

    Le déclin du PCF a été progressif et marqué par de nombreux jalons. Disparition de la notion de dictature du prolétariat en 1976, apparition du discours Marchais sur l’immigration, abandon du marxisme léninisme en 1979, du centralisme démocratique en 1994, puis finalement du socialisme en 1996.

    Les mots ne forment pas l’intégralité du contenu. Mais ils y contribuent. Que les termes changent, pourquoi pas, après tout. Nous-même préférons l’emploi du terme Démocratie Populaire à celui de Dictature du Prolétariat. Pourtant, l’un comme l’autre recouvrent, dans la définition programmatique que nous lui avons attribué, une réalité globalement similaire.1 De même, la présence de « Marxiste-Léniniste » ou de « Maoïsme » ne présume pas d’un contenu du même acabit, et, bien souvent, il se limite à une adhésion de surface, mais non à une mise en pratique des principes mêmes.

    Cependant, au-delà de la sémantique, ces changements ont été révélateurs d’une mutation progressive du PCF, avec un changement tout aussi progressif de son contenu de classe, de son contenu idéologique, puis de sa forme organisationnelle.

    Après 1945, le PCF a renoncé à tenter un coup de force, alors qu’il était aux portes du pouvoir. Il est possible de débattre quant à savoir si un triomphe aurait été possible, si les conditions étaient réunies, ou si, au contraire, cela n’aurait formé qu’un bain de sang supplémentaire, à l’exemple des situations Grecques ou Indonésiennes. Il ne faut pas, bien sûr, oublier que la répression durant la IVe République a été extrêmement féroce, et que le duo PCF-CGT était l’ennemi à abattre, par tous les moyens. La répression brutale, la création d’organisations hostiles avec le financement de la CIA, mais même le financement de mafias ont été des moyens employés.

    Il ne s’agit pas de présumer du résultat, mais de constater les effets : toujours est il que le PCF a choisi un compromis, compromis qui s’est traduit par de grandes victoires sociales, mais par une impasse stratégique. La fenêtre de tir est passée, et elle ne s’est guère renouvelée depuis. S’est elle même renouvelée depuis ?

    La conversion des intellectuels à la droite.

    Pour être juste, il nous faut aussi souligner que le PCF s’est battu face à une immense lame de fond anticommuniste. La déstalinisation a nuit à son prestige, c’est un fait. Elle a fait perdre un grand nombre de militants et de militantes de qualité, à l’exemple de Aimé Césaire. Mais ni les « révélations » de Khrouchtchev, ni la publication de « l’Archipel du Goulag » ne sont les raisons fondamentales du passage des élites du philo-soviétisme à l’anticommunisme.

    Contre le PCF, une véritable union sacrée s’est fondée, unissant très largement de la gauche (avec certaines fractions de l’extrême-gauche) à l’extrême-droite. Cette union sacrée s’est trouvé un projet : soutenir tout ce qui pouvait nuire au PC. Devant le simple programme commun de 1972, une levée de bouclier se fait : on crie à la menace totalitaire. Non seulement le PC commet une erreur stratégique, en nourrissant la « deuxième gauche », réformiste, libérale, sociale-traître, mais il est au cœur des attaques du front uni anticommuniste. Progressivement, Paris passe du centre de la contestation intellectuelle, de la radicalité, au centre de la réaction. Les nouveaux philosophes, souvent des renégats comme Bernard Henry Lévy ou André Glucksmann ; les historiens réactionnaires comme François Furet, vont monopoliser le devant la scène et faire de la France, encore aujourd’hui, un des bastions de l’anticommunisme. Ce n’est pas un hasard si le Livre Noir provient de notre pays.

    Dans le même temps, le PC, massif, imposant, puissant, est néanmoins dans une situation complexe. Il est le Parti Communiste d’un pays impérialisme en pleine expansion économique, deux raisons qui facilitent le glissement de sa politique et de son électorat vers la droite.

    Les trente glorieuses et la politique de coexistence pacifique n’ont pas encouragé le PC sur la voie de la radicalité. La crise générale et constante du capitalisme ne s’est pas réalisée selon les termes prévus. Au contraire, dans l’après-guerre, le capitalisme et l’impérialisme se développent – même en dépit des indépendances !

    L’obligation du compromis, par peur que le prolétariat ne se tourne vers l’URSS et la Révolution, créé une situation paradoxale. Au niveau international, ces compromis se traduisent par un blocage qui mérite d’être souligné. L’existence de l’URSS oblige la bourgeoisie à renoncer à une partie de ses rentes pour s’assurer la neutralité d’une partie de la population, voire l’adhésion. L’existence de l’URSS – même révisionniste – permet donc une hausse du niveau de vie. Mais cette hausse du niveau de vie anesthésie elle-même la population, ce qui entrave les volontés révolutionnaires. Finalement, comme le note Herbert Marcuse, l’existence de l’URSS rend impossible le succès de l’URSS.

    Pour une partie du prolétariat métropolitain, les possibilités d’accroissement du niveau de vie ont eu tendance à rendre moins désirable un changement révolutionnaire, jugé risqué. La composition sociale de la France change aussi : une partie des secteurs primaires et secondaires sont transférés dans d’autres régions de la sphère économique française : les néo-colonies. Il en résulte le développement d’une classe moyenne, constituée d’une aristocratie ouvrière et d’une petite bourgeoisie commerçante ou intellectuelle.

    Le développement du crédit bancaire, de l’endettement, ainsi que la croyance dans l’ascenseur social, on là aussi joué en défaveur des éléments les plus à gauche du PCF. La thèse d’une transition douce prend une ampleur toujours plus grande, tandis que tombent dans l’oubli les « tendances à la paupérisation relative et absolue »2, tendances que nous observons pleinement ici.

    Durant la guerre d’Algérie, si ses militants et ses militantes ont été exemplaires, le PC lui-même n’a pas brillé particulièrement. D’une part du fait d’un certain social-chauvinisme, avec la croyance que « l’indépendance algérienne ferait le jeu de l’impérialisme US »3, et une tendance à analyser la France comme étant un Etat dominé, et non une puissance impérialiste. De plus, la politique de coexistence pacifique de N. Khoruchtchev, se résume en réalité à une politique de sphères d’influences bien délimitées. En déclarant que la Guerre d’Algérie risque de déboucher sur une guerre mondiale, et qu’il faut donc l’entraver, le PCF fait un choix funeste.

    Il reste aussi hermétique aux évolutions des mœurs et de la société. Les transformations des mentalités, notamment à la suite de mai 1968, sont accueillantes avec méfiance et avec réticence. De ces transformations, certains ne retiennent que les excès et les abus, et non pas l’essentiel. En les considérant comme des dégénérescences liées à un capitalisme pourrissant, une partie des membres du PC s’isolent de la jeunesse.4

    Perdant le caractère révolutionnaire, le PCF est devenu un lieu d’une contre-culture qui s’est étiolée progressivement. Une contre-culture ouvrière-ouvrièriste qui se marie mal avec les transferts important de prolétariat. Le fait de s’orienter vers un contenu de plus de plus économiste entraîne aussi des prises de position qui prennent un sens réactionnaire : défendre le « produire français », lutter contre l’immigration… alors que celle-ci ne correspond, in fine, qu’à des mouvements internes au sein d’un espace économique unifié : la sphère économique française.

    En dernière instance, le PCF, lui aussi, s’est intégré progressivement dans la société capitaliste. Sa composition sociale a changé. La place de l’aristocratie ouvrière dans les recrutements est devenue croissante. Il en suit, presque mécaniquement, une droitisation.

    La participation au jeu démocratique de la bourgeoisie passe de tactique à stratégique. Il faut défendre et accroître les bastions rouges. Ce glissement inféode le PCF à ses élus et aux possession territoriales qui permettent de faire vivre le Parti. Outil, le Parti devient une fin en soi. Pour le faire vivre, il faut des moyens financiers, pour les obtenir, il faut donc des élus, pour avoir des élus, il faut une politique électoraliste. La suppression du centralisme démocratique est d’ailleurs défendue ainsi : la fidélité de l’élu communiste va à ses électeurs et aux engagements pris, plus qu’à la ligne du parti.

    Ce renversement des rapports d’autorité incarne un facteur primordial dans le déclin du PCF. Avec la Chute de l’URSS, il perd même un point d’appui : un modèle de succès. Cette défaite en fait désormais un croupion du PS, voué à jouer les seconds rôles, puis les figurants.

    1Nous détaillons cela davantage dans les sections de notre site internet consacrées à cette question.

    2Une tendance au fait que les pauvres soient à la fois de plus en plus pauvres, tant par rapport aux bourgeois (écart de richesse), mais aussi dans l’absolu (fins de mois difficiles, endettement, chômage, travail partiel…).

    3Ce qui est, en soi, un argument constant des révisionnistes.

    4https://unitecommuniste.com/france/mai-1968-est-il-responsable-de-matzneff/ Nous détaillons sur cette question ici.

  • 100 ans du PC (1920-2020) – 1/3

    100 ans du PC (1920-2020) – 1/3

    Note : Historiquement, le PCF était SFIC entre 1920-1921, PC-SFIC entre 1921-1943, puis PCF à partir de 1943. Dans cet article, nous employons, par commodité, l’appellation PC & PCF pour l’ensemble de la vie du Parti Communiste.

    Le PCF a joué un rôle essentiel dans la vie politique française et dans la vie ouvrière dans son ensemble. Si aujourd’hui, il n’apparaît plus que comme une organisation secondaire, comme un vestige du passé, son histoire mérite d’être connue, étudiée, comprise, partagée. Au seuil de son centenaire, si le vénérable parti ne nous livre pas une organisation de combat, il nous livre cependant un autre trésor : celui d’une mine d’expérience. Quoiqu’on puisse penser du PCF, il nous faut regarder celle-ci, la comprendre, en tirer les éléments positifs. Nous lui sommes toutes et tous redevables, d’une manière ou d’une autre.

    Dans l’actualité la plus récente, plusieurs élus du PCF ont été pointés du doigt pour des agressions sexuelles. Nous exprimons notre solidarité envers les victimes de celles-ci, et nous honorons la mémoire de Guillaume T., qui a révélé l’affaire dont il avait lui-même été victime. Nous mentionnons ceci, car pour un certain nombre de militants, ces affaires, tout comme celles qui ont concerné le MJCF en 2019, sont révélatrices d’une dégénérescence irrémédiable du PCF. Si elles sont effectivement illustratives de problèmes profonds et graves, elles ne sont nullement l’apanage du PC, ni d’ailleurs des « partis bourgeois ». On ne peut rejeter au loin l’histoire du PC, en particulier son déclin et l’ignorer. Il ne faut pas non plus ignorer la part d’ombre qui existe dans nos rangs. La croyance en l’invulnérabilité face à la déviation et face au crime est un danger grave, et qui nous guette tous. Comme l’écrivait Mao : là où le balais ne passe pas, la poussière s’accumule.

    La naissance :

    Il n’est pas possible de parler du PCF sans le replacer dans une histoire plus large : celle des luttes sociales en France, et plus particulièrement de la naissance des luttes ouvrières. Les PC sont les héritiers d’une tradition de lutte, la décantation d’une expérience. Ils ne sont pas des coups de génie, mais sont la résultante d’un processus long et complexe.

    Tout comme le Parti Bolchevique découle de l’expérience des décembristes et des narodnistes, le PC français est l’héritier d’une histoire qui entremêle jacobinisme, conjuration des égaux, révolutions, commune de Paris, conflits entre socialisme utopique et socialisme scientifique.

    Cette « histoire profonde » du PC mérite, pour des raisons que nous évoquons à la fin de l’article, toute notre attention. Elle est le procès de création de cette organisation, le processus dans lequel elle est devenu un Parti.

    Il faut reconnaître que la construction du PC est d’autant plus complexe que la France ne s’est pas illustrée, à l’époque, par ses penseurs marxistes. Elle a été le berceau des révolutions du XIXe siècle, mais peine à s’extraire du romantisme révolutionnaire et d’une vision idéaliste de la philosophie politique. Jusque dans les années 1870, les sciences sociales souffrent d’un retard terrible comparativement au voisin d’outre-Rhin. Malgré le fait que la Commune a posé les jalons d’une nouvelle ère révolutionnaire, ses retombées théoriques profitent ailleurs. D’ailleurs, dans l’ensemble de son histoire, peu de théoriciens français sortent du lot. Il est possible cependant de retenir Georges Politzer, Charles Bettelheim ou l’économiste franco-égyptien Samir Amin.

    Lors de la grande épreuve de la Première Guerre mondiale, la très grande majorité des organisations françaises et des militants de la SFIO soutiennent la boucherie. Peu sont présents dans la conférence de Zimmerwald, en 1915, qui réunit les pacifistes. La décantation se produit donc après. Alors que c’est le choix de soutenir ou de s’opposer à la guerre qui clive dans un grand nombre de pays, en France, c’est le traumatisme de la boucherie de Verdun.

    La naissance de la SFIC est inséparable de l’histoire de la Révolution Russe. Elle polarise le congrès de Tours, en 1920. Au travers des fameux 21 points de l’intégration dans le Komintern, c’est, en dernière instance, la question du soutien à la construction du socialisme en URSS qui est posée. Certains fondateurs du PC, comme Boris Souvarine, sont ainsi des relais des conflits idéologiques internes à l’URSS. Cette lutte reflète les clivages entre les praktiki1 de la Révolution et les intellectuels idéalistes. Leur opposition à la « bolchevisation » du Parti reflète souvent leur hostilité face à la direction que prend l’URSS.

    La SFIC s’intègre dans un programme de révolution mondiale et d’entraide entre révolutionnaires du monde entier. Contrairement à une idée reçue, elle n’est pas totalement équivalente aux intérêts de l’URSS. Il faut d’ailleurs souligner que, dans ses membres fondateurs, nous retrouvons des personnalités de premier plan, tel Ho Chi Minh. Pourtant la question coloniale demeure complexe.

    Le PCF, comme la très large majorité des partis communistes de l’époque, est une organisation qui possède un caractère exceptionnel. C’est un parti politique, mais un parti double : il possède des structures légales, visant à l’intégration dans le jeu politique et dans les élections, tout en disposant d’un appareil militaro-politique clandestin, dans le but de prendre le pouvoir par la révolution. L’existence de ces deux têtes ne va pas sans conflits. Elle entraîne aussi une méfiance constante de la part des partis politiques « traditionnels » (au sens de respectant le jeu démocratique).

    Il existe un très large consensus de la très grande majorité des partis politiques pour condamner l’Union Soviétique (les radicaux, en France, faisant figure d’exception notable, avec une soviétophilie importante). Les organisations communistes sont traitées alors comme des pestiférées, y compris par la sociale démocratie. La dégradation de la diplomatie et des relations entre partis entraînent des choix de ligne variables, entre le classe contre classe et le front uni.

    Le « classe contre classe »

    Le PCF a suivi avec rigueur la politique de l’Internationale Communiste, en appliquant, en 1928, la ligne du « classe contre classe ». La ligne du « classe contre classe » part d’un constat simple : l’anticommunisme des autres organisations politiques est trop fort pour justifier la moindre politique de conciliation. Les sociaux-démocrates, les relais des oppositionnels, notamment les trotskistes ou les anarchistes, sont considérés comme étant des traîtres à la cause. Ils sont jugés avec plus de sévérité que les autres : en effet, ils contestent par leur simple existence le monopole du PC a incarner la révolution ouvrière.

    Durant cette période, le PC, apparaît renfermé, sectaire. Il perd une partie de son auditoire, même s’il parvient à constituer des bastions ouvriers et se doter de relais solides. Cette « bolchevisation » du PC est toujours un grand débat : politique gauchiste ou ligne juste ? Toujours est-il que, Le PCF possède alors un soft-power immense. Il attire largement. Les ouvriers, les ouvrières, la paysannerie, mais aussi l’intelligentsia se tournent vers lui. Des noms illustres s’affichent aux côté des petites gens. L’URSS, elle aussi, attire, fascine, intrigue. A partir des années 1930 cependant, le PC se transforme. La montée du fascisme le rend plus prudent, plus méfiant. Le durcissement de la situation en URSS l’atteint également. Il décante aussi progressivement.

    L’exclusion de personnages comme Jacques Doriot n’est pas, comme on a pu l’entendre, une conséquence du « stalinisme » du PCF. Doriot, qui a fini SS, incarnait les divergences internes au PCF. Efficace, travailleur, il n’en était pas moins un apôtre d’un renoncement à la révolution prolétarienne. Sa vision du changement de société passait par l’alliance avec les réformistes la collaboration de classe. Doriot ne préfigurait pas le Front Populaire antifasciste. Il préfigurait plus le social-chauvinisme, le renoncement, l’opportunisme. Il n’a pas eu « raison trop tôt ». La ligne radicale « classe contre classe » signifiait aussi, pour lui, la perte possible de son fief de Saint-Denis.

    La menace fasciste.

    La menace fasciste, incarnée par le 6 février 1934, pousse à ce que les partis anti-fascistes fassent front commun. Le front uni antifasciste donne des résultats contradictoires : en Espagne, sa victoire entraîne un coup d’État militaire, qui se mue en guerre civile impitoyable. En France, la victoire électorale permet des avancées sociales immenses. C’est bien grâce au PCF et à la CGT que les congés payés, que la baisse du temps de travail, que l’amélioration des conditions de travail ont été une réalité. Mais la victoire tactique ne s’est pas muée en victoire stratégique.

    Là aussi, la bourgeoisie s’est radicalisée. Elle a tourné les yeux, pleine d’envie, vers un modèle politique qui lui permettrait de régler son compte aux empêcheurs d’exploiter en rond. Outre Rhin, le nazisme offre ainsi un modèle : la bourgeoisie préfère largement « Hitler que le Front populaire ». Elle est exaucée. Il est notable que, dans la défaite « totale » de 1940, elle parvient à sauver deux choses : l’Empire et la flotte pour le protéger. L’essentiel est sauf, l’Allemagne peut bien « régénérer la métropole », tant qu’elle ne touche pas -et elle n’y toucha point ! – aux immenses richesses coloniales.

    Il est difficile de savoir s’il y a eu réellement un « choix de la défaite » ou si le retard technologique et l’incompétence militaire ont eu raison de la France. Il n’est pas exclu que le patronat en réaction aux nationalisations -en particulier du complexe militaro-industriel, ait opéré un véritable sabotage. Il est possible qu’il espère une « régénération » de la France dans la défaite, comme lors de la restauration, un siècle plus tôt. Toujours est il, que, lorsque la guerre est là, la France n’est pas prête.

    1Les « praticiens », ce terme est parfois employé pour parler des parties les plus pragmatiques du PC(b)US, notamment lafuture kommanda autour de Staline. Ce sont ces militants, souvent peu optimistes sur les perspectives révolutionnaires en Europe, qui vont l’emporter sur les branches plus promptes à prendre des risques. Avant d’en faire une opposition plate et insipides entre « démocrates » et « bureaucrates », il faut prendre en considération les projets politiques divergents : Dans « Le cours nouveau » Trotski annonce son hostilité face à la mutation du PC(b) révolutionnaire en parti devant « gérer » un pays, mais il prône aussi une politique de pression brutale – y compris par des expédition punitives – sur la paysannerie et sur les ouvriers en misant tout sur l’étranger. La majorité du PC(b) considère que le risque de tout perdre est trop important, et qu’il faut miser sur la construction du socialisme en URSS. Pour l’anecdote, le centre Boris Souvarine est aujourd’hui un des instituts les plus ouvertement anticommunistes.

  • Islamo-gauchisme & universités.

    Islamo-gauchisme & universités.

    L’Unité Communiste dénonce la campagne orchestrée par le gouvernement à l’encontre des universités.

    Depuis plusieurs mois, le gouvernement cible l’université et la communauté universitaire. Plusieurs ministres, comme Frédéric Vidal ou Jean-Michel Blanquer, ont déclaré que celle-ci représentait un vivier pour « l’islamo-gauchisme », et qu’il fallait enquêter en son sein.

    Le 14 février, sur la chaîne de propagande ultra-réactionnaire Cnews, Frédéric Vidal et Jean-Pierre Elkabbach ont échangé sur leur vision de l’université.

    « Ce que l’on observe dans les universités, c’est qu’il y a de gens qui peuvent utiliser leurs titres […] pour porter des idées radicales ou pour porter des idées militantes de l’islamo-gauchisme, vraiment. » Ces idées, les voilà : ce sont celles d’« indigénistes qui disent la race, le genre, la classe sociale ». Quel outrage.

    Cette fusion est résumée ainsi : «Il y a une sorte d’alliance entre Mao Tsé-Toung si je puis dire et l’ayatollah Khomeini, euh… » (J.-P. Elkabbach).1

    Cette vigilance est d’ailleurs largement appuyée par le Figaro, qui titrait « Comment l’islamo-gauchisme gangrène l’université », et par un ministre de l’intérieur plus à droite que le RN. Il en résulte que le gouvernement souhaite pouvoir contrôler les sujets de recherche et d’étude, donc l’attribution des finances sur des critères politiques. Il désire également mettre fin à la « franchise universitaire ». Celle-ci, datant de la bulle papale de 1231 (!) considérait que l’université devait être indépendante du pouvoir temporel, et donc hors du contrôle étatique et policier.

    La menace est elle si grande ? Il semble surtout que la réalité soit plus complexe.

    Le CNRS a très justement rappelé que le concept de l’islamo-gauchisme est un concept bancal. Il tient de la construction artificielle, du fantasme, et n’a pas de rapport avec la réalité scientifique et objective. Sans définition claire et précise, il décrit à la fois tout et à la fois rien. Il tient donc plus du slogan publicitaire que d’autre chose. Cependant, il démontre une certaine vision du monde.

    Dans l’esprit de ces héritiers de McCarthy, l’organisateur de la traque des communistes aux USA, l’université est un ennemi. En étudiant la société actuelle et en analysant les rapports sociaux, politiques, économiques et culturels en son sein, elle remet en cause -même sans que cela d’ailleurs directement son objectif- l’ordre établi.

    L’université fragilise la magnifique société d’harmonie vue par les exploiteurs les plus réactionnaires.

    Leur vision d’une société harmonieuse est une société qui fonctionne sans entraves. Une société organique dans laquelle les travailleurs et travailleuses font ce qu’on leur demande de faire. Une société dans laquelle les femmes peuvent revendiquer quelques droits, mais ne doivent pas bouleverser le « bon vieux patriarcat », dans lesquelles des valeurs traditionnelles doivent rester le référentiel de base : ordre, autorité, famille, patrie…et travail.

    Le fait de mettre en exergue le patriarcat, l’exploitation, le colonialisme et le néo-colonialisme, en sapant l’harmonie de la société, menacent l’ordre établi. Et, selon les réactionnaires, ces interstices permettent aux musulmans les plus radicaux (ceux-là même auxquels les français vendent des armes, soit dit en passant…) de pouvoir avancer leurs pions.

    De plus, ils anticipent largement les mouvement sociaux à venir.

    Nous l’avions mentionné par le passé, nous sommes dans l’œil du cyclone. La situation économique se dégrade progressivement. Macron, et ses prédécesseurs, en broyant les droits sociaux et en réduisant les salaires, fragilisent la société et en particulier les plus précaires. La pandémie, en se surajoutant à cela, accentue encore ce phénomène de paupérisation toujours plus fort.

    Demain, des luttes explosives auront lieu. Pour le pouvoir, ces luttes doivent être contrebattues par tous les moyens. Par la loi sur la sécurité globale, d’une part, mais aussi en luttant contre les idéologies révolutionnaires : en brisant les manières d’analyser la société et de trouver des moyens d’organiser les colères.

    Le gouvernement n’hésite pas non plus à les détourner, en relançant la vieille machine à haine : l’islamophobie est le racisme d’hier, maquillé, repeint, légalisé. Ses ténors sont adoubés et ont pignon sur rue. Ils vomissent leur haine en toute impunité. Ils sont le pansement de fortune d’une société en échec.

    Dans ce continuum entre les différentes lois – lois économiques et lois politiques – la lutte contre le « séparatisme » sert uniquement de prétexte. Le vrai séparatisme est celui des riches, des exploiteurs, au dessus des lois, fraudeurs, menteurs, assassins. Celui qui est ciblé par la loi éponyme est uniquement celui de miséreux cherchant des issues à leurs souffrances. Il est le reflet de la faillite du système.

    Le bout de la piste.

    Aujourd’hui, des lois comme la loi séparatismes peuvent passer avec un assentiment général. Le fond de l’affaire n’est même plus contesté, alors qu’il est éminemment contestable. Plus de la moitié des élus PCF se sont, par exemple, abstenus sur le vote de la loi séparatisme2. Dans leurs interviews, ils ont reconnu une certaine réalité à ce qui est ciblé par celle-ci. Ils se sont montrés incapables de comprendre le continuum entre ces différentes loi et le sens politique profond de celles-ci.

    Il n’est pas possible de ne pas reconnaître que les réactionnaires gagnent du terrain. «Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres» écrivait Gramsci. L’impérialisme et le capitalisme apparaissent épuisés, incapable de répondre aux besoins de la société. En s’insérant dans ses fêlures, des fanatiques de l’ordre ancien tentent de renverser la roue de l’histoire : ramener vers un passé d’ordre absolu.

    Cependant, croire que les réactionnaires hégémoniques vont combattre les réactionnaires concurrents est, au mieux de la naïveté. Croire que la dissolution de Génération Identitaire, réalisé par un des leurs, est un signe d’antifascisme, est là aussi naïf.

    La réalité est que le gouvernement accepte et soutien les réactionnaires, mais préfère les siens, son sérail, sa clique, à des agents incontrôlables. Ces monstres fanatiques ne menacent pas l’ordre des choses, mais ils sont gênants.

    Notre réponse.

    Nous n’avons, contrairement à cette propagande stupide, aucune sympathie ni affinité pour les réactionnaires religieux. Mais nous savons qu’ils ne sont qu’un épiphénomène, et qu’on ne lutte pas contre eux à coup de lois ineptes.

    Nous n’avons rien contre les croyants et les croyantes. Mais nous voulons proposer des perspectives d’unité populaire qui impliquent de lutter contre les aspects réactionnaires de la pratique religieuse. Cette lutte ne passe pas par des caricatures pipi-caca, mais par un travail de terrain, de solidarité, de développement des intérêts communs.

    Notre lutte contre le séparatisme, c’est la solidarité, l’unité, la lutte commune, la réunion des intérêts des exploités et des exploitées, des opprimés et des opprimées. C’est au travers de celle-ci que les réactionnaires seront battus et que l’égalité et la liberté gagneront.

    Le savoir scientifique, universitaire, n’est pas un ennemi dans cette lutte, mais bien un allié précieux : décrire la réalité, c’est la comprendre, la comprendre c’est pouvoir agir dessus. Et c’est pouvoir la transformer pour qu’elle devienne une autre réalité : celle d’une société sans classes ni État !

    1Toute personne connaissant l’histoire de la Ve République sait qu’il y a une savoureuse ironie dans cette phrase. Quant on songe que le premier Etat occidental à avoir reconnu la République Populaire de Chine est la France de de Gaulle, et quand on songe au fait que l’Ayatollah Khomeini était protégé en France avant 1979.

    2Et non des moindres, Fabien Roussel et Marie-Georges Buffet, par exemple. Manuéla Kéclard-Mondésir a même voté pour.

  • A fronts renversés.

    A fronts renversés.

    Avant-hier, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, et la présidente du Rassemblement National, Marine Le Pen, ont débattu. Un débat entre droite et extrême-droite en somme. Sauf que les distinctions entre les deux paraissent de plus en plus floues, de plus en plus indiscernables.

    Il paraît loin, le débat de 2017, classique, simple, entre droite libérale et droite fasciste. Le débat Darmanin – Le Pen préfigure une nouvelle phase politique pour la France.

    C’est une bataille à front renversés.

    La droite élargie contre la boutique.

    Deux trajectoires divergentes se rencontrent.

    D’une part un RN qui, finalement, peine pour trouver la stratégie gagnante. La boutique familiale, qui s’est nourrie de son rôle d’outsider, d’opposition grognante, ne parvient toujours pas à passer pour un parti d’État, capable de gouverner. Il atteint le sommet de sa formule et ne progresse plus que marginalement. Pour gagner encore quelques voix, il se dédiabolise à tout va, tout en espérant ne pas perdre son identité, pour ne pas se couper de sa base historique : les déçus, les déclassés, les perdus, les isolés… ceux qui peuvent être happés par son discours qui monte les uns contre les autres.

    A l’inverse, Darmanin incarne le rêve secret d’une partie de la droite : celui de la droite élargie, d’un nouveau Parti de l’Ordre, hégémonique du centre à l’extrême-droite, massif, immense…et sans vergogne. A l’image de celui qui l’a présenté dans ce débat.

    Cette droite, Darmanin en est le parfait avatar. A t’il la moindre idée personnelle ? La moindre conviction ? Difficile à dire. Le député Charles De Courson l’avait décrit ainsi : « c’est un opportuniste, au sens étymologique du terme. Il s’adapte aux circonstances, sans grande convictions ». Plus explicite, Christiane Taubira l’avait frappé de sa verve proverbiale : “Lorsqu’une personne est à ce point pauvre, indigente moralement, politiquement, culturellement, lorsqu’une personne est à ce point indifférente aux dégâts considérables qu’il peut produire par ses paroles qui sont des insultes, qui sont surtout des déchets même de la pensée humaine, je n’en attends rien”.

    Dans son rapport avec les autres, en particulier avec les femmes, il a tout du prédateur opportuniste. Il flaire la faiblesse, il sait l’exploiter sans la moindre once de vergogne, tout en en tirant, on ose le supposer, une fierté dominatrice.

    Dans le débat, il ne s’est pas gêné pour aller plus loin, pour être plus agressif, plus brutal dans ses propos que le RN. Le visage de Marine Le Pen, au cours de ce débat, dit tout : elle est ébahie de voir un adversaire « centriste » plus agressif et plus brutal qu’elle. Au lieu de parler du salafisme, au lieu de parler du fondamentalisme, de la radicalisation, Darmanin cible directement l’Islam, les musulmans, les musulmanes. Comparativement, Le Pen est passée pour une démocrate bon teint.

    Il n’en pense probablement pas grand-chose. Mais il sait flairer l’occasion. Il sait que ses arguments, sans cesse martelés depuis plus de vingt ans, trouvent un auditoire. Il ouvre même grand les vannes de la haine : lui, ministre de l’intérieur d’un gouvernement centriste, il avalise la haine la plus crasse, l’intolérance. Il la légitime. Il pousse tous les autres à se polariser autour d’elle.

    Et tous ceux, toutes celles, qui seront entraînés dans son sillage seront éclaboussés, pataugeront dans la même boue infâme. Telle Marie-Georges Buffet, du PCF, qui se retrouve a poser des amendements pour que les résultats d’une enquête sur les «dispenses de piscine de complaisance »… pour demander à ce que les résultats soient publics.

    La triste présidentielle :

    L’avenir se décide bientôt. Que nous le voulions ou non, la présidentielle qui se prépare sera cruciale. Son centre de gravité se dessine aujourd’hui : il sera la question musulmane. Et, autour de celle-ci, s’adjoint son compagnon d’infortune, qui lui est artificiellement amalgamé : le débat sur la sécurité.

    En dernière instance, nous pourrions même écrire que c’est l’islamo-gauchisme qui est le cœur de la prochaine présidentielle. L’islam comme paravent, mais, dans le fond, l’étranglement des classes dangereuses, l’écrasement de ceux qui veulent un avenir meilleur. Plus la crise économique s’approfondit, plus la crise politique couve.

    Finalement, le « barrage » contre le RN est devenu une synthèse. Le fait que le programme économique, politique, social de l’extrême-droite soit déjà au pouvoir montre une chose : ce qui est déterminant, ce sont les intérêts des exploiteurs. Ils donnent le ton, dictent leur loi. Le durcissement de la politique est simplement une manière de le faire accepter à une population qui n’en peut plus, qui n’en veut plus.

    Même la gauche réformiste, inoffensive, est absente. Elle ne parvient pas à imposer sa présence sur les plateaux de télévision et dans les médias. Et quand elle parvient à le faire, elle est quasiment inaudible. Elle ne parvient pas à marquer de points notables.

    Le spectre du communisme.

    Dans ce débat, au lieu d’être le spectre, l’esprit frappeur, mentionné par Marx, le communisme est un bien fade fantôme. La situation actuelle est pourtant prévisible. Dès avant 2017, nous déclarions que la victoire au centre obligerait à un affrontement brutal lors des prochaines élections. Aujourd’hui, nous voilà dans l’antichambre de la catastrophe. Le quatre années qui viennent de s’écouler ont permis un relatif développement des organisations communistes. Mais l’étape supérieure, celle qui permet un vrai bond qualitatif, qui réunisse les forces qui veulent se battre, n’a pas été franchie.

    L’année qui s’écoule doit être sous le signe du travail commun, de l’unité, de la volonté d’unification. Nous en faisons notre Delenda Carthago1, notre mantra, notre obsession. Nous sommes en face de nos responsabilités, en tant que communistes, en tant qu’antifascistes, en tant que militantes et militants. Nous ne pouvons nous en défausser sur d’autres. Notre faiblesse est de notre faute, intégralement.

    Ne laissons pas notre pays devenir une terre fasciste, que ce soit sous la férule d’un RN ou d’un candidat d’une coalition répugnante. A nous de faire porter le débat ailleurs. A nous de sortir de jeux truqués, qui ne visent qu’à choisir qui sera l’administrateur de la dictature des exploiteurs.

    Nous avons la possibilité de réclamer la notre fraction du pouvoir réel. Nous l’avons vu dans les AG de Gilets Jaunes. Ces embryons de démocratie populaire existent. A eux de devenir le véritable pouvoir ! A eux d’être l’opposition extra-parlementaire !

    1Delenda Carthago est une locution latine traditionnellement attribuée à Caton l’Ancien, mort en 149 av. J.-C., qui signifie « Il faut détruire Carthage ! ». Selon la tradition, Caton l’Ancien prononçait cette formule à chaque fois qu’il commençait ou terminait un discours devant le Sénat romain, quel qu’en fût le sujet. (Source, Wikipédia)

  • La Capitole envahi !

    La Capitole envahi !

    Ce mercredi 6 janvier, vers 20h30 de Paris, des partisans et partisanes de Trump ont pris d’assaut le Capitole. Tandis que se déroulait la certification de la victoire du Démocrate Joe Biden à l’élection présidentielle, ces manifestantes et manifestants, à l’appel du président défait, ont tenté un coup de force.

    Trump refuse obstinément la défaite. Après avoir jeté de l’huile sur le feu pendant des mois, il a exhorté ses troupes à passer à l’action. Une cohorte étonnante de personnages hauts et couleur, rassemblant les factions les plus diverses de l’extrême-droite américaine, a déferlé sur le Capitole, parvenant à l’intérieur de celui-ci, obligeant le Sénat US a évacuer les lieux. Parmi les costumes bigarrés, certains messages angoissants : Camp Auschwitz, symboles suprémacistes…

    La situation, inattendue, surprenante, marque un début d’année 2021 aussi percutant que les menaces de guerre de 2020. Une nouvelle fois, les USA sont dans la tourmente. L’interrègne Trump-Biden promet d’être coloré.

    Deux Amériques.

    Joe Biden a, bien évidement condamné ces violences et appelé au respect de la démocratie. Il est difficile de ne pas sourire lorsqu’on songe au nombre de coups d’État orchestrés par son camp politique. Les démocrates, dans leur ensemble, se sont mobilisés pour réclamer le respect de la décision des urnes.

    Quant au camp Trump, il apparaît divisé. Mike Pence et Mike Pompeo ont ainsi condamné l’opération. Les Républicains semblent vouloir limiter la casse, sachant que la défaite de leur ex-leader apparaît désormais consommée. Même Trump a dû appeler au calme ses supporters les plus féroces. Certains des plus zélés personnages ont d’ailleurs tenté d’inverser les faits. Il faut dire que les risques légaux sont importants, et le risque de poursuites judiciaires également.

    Un bâtiment n’est pas le pouvoir !

    Réussie ou non, la prise du Capitole aurait elle pu signifier un bouleversement politique aux USA ? Aurait-elle pu être une « révolution » ? Cela demeure douteux. Tant par la nature des manifestants et manifestantes, réclamant simplement une variante différente d’exploitation capitaliste (et pas forcément la plus avantageuse pour eux!). Mais cela l’est aussi du fait de la nature même de leur entreprise.

    Le fétichisme des lieux de pouvoir ne doit pas faire oublier que le fonctionnement de l’État est plus lié à la fidélité des fonctionnaires et des rouages administratif qu’à la machine politique. C’est une expérience que chaque révolutionnaire à du faire. Marx et Lénine insistaient fortement, à raison, sur le fait qu’il fallait briser le vieil appareil d’État pour en faire émerger un nouveau, populaire.

    Quatre morts ont été causées par les services de sécurité du Capitole. Dans l’absolu, c’est peu, surtout lorsqu’on compare la réaction des autorités US face aux mobilisations de #BLM ou face aux luttes sociales. C’est à cette faiblesse qu’on reconnaît l’absence de contradiction réelle entre fascistes et démocrates. L’extrême droite, ne bouleversant rien, n’est qu’une variante de la démocratie bourgeoise. Trump lui même s’est vanté d’être ‘law and order’ la Loi et l’Ordre. Il n’est ni la transformation, ni la révolution, mais bien la conservation.

    Nous avons vu des réactions de soutien à Trump, vu comme un outsider, un anti-establishment, un croisé contre le Nouvel Ordre Mondial. C’est là faire bien peu de cas du fait qu’il soit un milliardaire parfaitement intégré dans le jeu économique de l’impérialisme. Cela nous oblige à répéter aussi quelque chose de très important : si la bourgeoisie et les exploiteurs sont capable de se serrer les coudes pour saigner ceux qui les menacent, ils ont aussi leurs divisions et leurs contradictions. La vie politique des démocraties libérales est d’ailleurs, en grande majorité, la vie politique des grandes factions de la bourgeoisie.

    L’extrême-droite et le pouvoir : je t’aime, moi non plus.

    Si une partie de l’extrême-droite, dont l’extrême-droite française, s’est gargarisée de cette opération, d’autres ont voulu, au contraire, la minimiser.

    Pour tordre la réalité, Matt Gaetz a ainsi déclaré que ces faits de violence étaient du ressort…d’antifascistes infiltrés. Ces fake news, reprises par les fascistes européens, ne peuvent que déclencher une certaine hilarité. L’incapacité de l’extrême-droite à s’assumer en révèle l’impuissance. Elle demeure, dans l’état actuel des choses, un lobby qui influence la politique des libéraux, un croupion du régime de dictature capitaliste, tout juste bonne à attendre que ses maîtres exploiteurs lui concèdent le pouvoir.

    Nous n’avons pas spécialement l’intention d’apporter un « soutien » au gouvernement de l’impérialisme américain. D’autres l’ont fait. Ce n’est pas notre rôle, et cela n’a aucun sens. Nous constatons simplement que le nouveau gouvernement US va devoir composer avec une puissante mobilisation réactionnaire. Nous constatons également la fragilité des États-Unis. La superpuissance apparaît bien fatiguée, entre Covid, tensions raciales, tensions sociales et concurrences géopolitiques.

    Cela signifie donc des opportunités pour certains d’échapper à son emprise. Pour d’autres de s’affirmer. Cela renforce l’entropie internationale et la tendance au chaos. Les réactionnaires jouent leur partition. Jouerons-nous la nôtre ?

  • Une nouvelle étape dans la répression.

    Une nouvelle étape dans la répression.

    A Lyon, le 5 décembre, plus de 10 000 personnes ont défilé contre la loi sécurité et contre les violences policières.

    Le projet de la loi sécurité continue son cheminement vers sa mise en place. Le contenu de cette loi se précise. Elle offre l’impunité la plus totale à la Police.

    La loi sécurité a pour vocation de protéger extensivement les policiers dans leur fonction.

    Elle s’inscrit dans une série de lois visant à faciliter l’action policière, tant d’un point de vue pratique que d’un point de vue moral. En accordant un soutien politique fort à la police, en la privant de toute responsabilité judiciaire, en la protégeant également de l’opprobre populaire, transmise par les images, le gouvernement se dirige vers une gestion terroriste des conflits sociaux.

    Ces lois ne peuvent que faciliter le recours à la violence brute comme mode de traitement des menaces sociales et politiques. Elles facilitent également le développement d’un phénomène, pudiquement nommé « bavures », ou parfois « violences policières ».

    Ce terme mérite en soi une critique. La police est violent dans sa fonction – c’est son rôle. Mais cette violence est exercée dans un cadre légal (critiquable, certes, mais normé). A cette violence « normale » s’adjoint donc des sur-violences, hors code déontologique, hors cadre normé, allant au-delà de la loi. Ces exactions sont tellement couvertes qu’elles ont pris la forme de normes sociales : tutoiement, menaces, injures, provocations, coups, exécutions extra-judiciaires. Dans le fond, la loi sur la sécurité avalise le fait qu’elles seront cachées, camouflées, tues. En faisant cela, il les encourage encore davantage.

    Les images de celles-ci sont un problème. Après de nombreuses – et honteuses – dénégations, la direction de l’État a été obligée d’en reconnaître la matérialité. Le cas du tabassage de Michel Zeclerc ou le harcèlement du journaliste Rémy Busine les y ont obligé. Sans pour autant que l’institution soit mise en cause. Il reste d’ailleurs à voir quelles suites seront données à ces affaires, qui, le plus souvent, ne se traduisent que par des tapes sur les doigts.

    Cette reconnaissance, partielle, incomplète, est néanmoins importante pour les victimes. Elle contribue aussi à isoler la voix des ultras du soutien aux forces de l’ordre.

    Cependant, il persiste à y voir des faits individuels, anecdotiques, alors que la réalité est tout autre.

    Une nouvelle fois, il nous paraît important, fondamental, de préciser les choses suivantes. Nous ne pensons pas que, individuellement, les policiers soient tous et toutes des êtres mi-humains mi-machines, foncièrement mesquins et racistes. Non. Nous pensons qu’il s’agit d’un corps de métier comme un autre dans sa composition – mais pas dans ses fonctions ! – et qu’il contient une palette importante de parcours, d’aspirations, de rêves, et de cynisme.

    Ainsi, il existe de bons policiers comme des mauvais. L’administration le reconnaît aussi, disant en somme que « la police n’est pas plus raciste que le reste de la population ». Ce qui est probablement vrai. Mais à cela doit s’adjoindre impérativement un autre constat.

    En tant que groupe chargé de faire appliquer la loi – quelque soit d’ailleurs l’opinion qu’on puisse avoir de celle-ci – assermenté, possédant une partie de ce monopole de la violence légale, les conséquence de ce « pas plus raciste » ne sont pas les mêmes que dans la vie « civile ». Elles peuvent aller jusqu’à l’assassinat.

    L’Institution pratique également une féroce sélection, dans laquelle les profils les plus brutaux, les moins diplomates, les plus avides d’action vont vers les zones jugées les plus « sensibles ». Ce qui fait que « le bon policier » est précisément celui dont le profil ne correspondra pas aux zones où il serait, en se plaçant du point de vue de l’État bourgeois, le plus logique d’être placé.

    Enfin, la fonction de l’institution elle-même. Elle est construite et architecturée dans le but du maintien de l’ordre – donc du maintien de la société en l’état et de son système d’exploitation. Les « bons individus », ceux qui respectent le code de déontologie, ceux qui vont suivre la procédure, être diplomates, etc. vont donc appliquer une répression « dans la norme ». De plus, la police joue un rôle politique éminent, et ses résultats sont au cœur d’une politique de surenchère répressive.

    D’autant que l’outil ne vise pas à expurger le crime de la société. Cela serait chose impossible. Celui-ci naît de la misère et de l’absence de perspectives légales. La fonction de la police, le plus souvent, est donc de trouver un modus vivendi, un moyen-terme, avec les groupes criminels les plus puissants. C’est ce qui s’est vu notamment dans la bac de Marseille-Nord, mais également avec le « super-flic » Neyret à Lyon.

    Dans ce cadre, les policiers idéalistes, mû par une sincère envie de faire le bien, sont noyés dans un océan qui encourage les plus brutaux, les plus virulents, les adeptes de la politique du chiffre. Dans cette situation, soit ils sont contraints de mener une lutte donquichotesque contre les institutions et finissent cassés, soit ils se conforment au modèle, soit ils démissionnent, soit ils se suicident.

    Nous considérons que cette loi indique une étape nouvelle dans la répression.

    Jusqu’à présent, les attaques contre les droits étaient principalement des attaques de nature économique. Elles s’en prenaient aux conquêtes sociales dans leur ensemble : Services publics, retraites, chômage, assurance maladie… Fermant ainsi un arc narratif ouvert en 1945. Ces attaques ont accru la précarité d’une part toujours plus grande de la population.

    Cette instabilité de la société s’est traduite par des mouvements sociaux forts, davantage mû par le désespoir, donc tendanciellement plus dangereux et, par voie de conséquence, plus réprimés. Elle se traduit également par un sentiment de violence et de frustration interne aux exploités eux-mêmes : résurgence d’une xénophobie virulente, du racisme, de l’intolérance…

    Pour faire face à cette intensification de la menace, les institutions ont imaginé de brillants stratagèmes. Et c’est là une déplaisante nouveauté : les lois sont de plus en plus politiques, et les attaques se concentrent chaque fois davantage sur les droits démocratiques.

    La force du système réside aussi dans une capacité à détourner une mesure utile et à en faire un moyen d’attaque supplémentaire. Ainsi, le fichage ADN des délinquants et criminels sexuels s’est étendu désormais à l’essentiel des délits. Les mesures visant à lutter contre le terrorisme permettent d’écraser préventivement les mobilisations sociales…etc.

    Ainsi, les discours et les lois concernant les musulmans et les musulmanes de France, en plus d’être fondamentalement de nature discriminantes et xénophobes, sont également un coup de semonce contre les luttes sociales. Dans islamo-gauchisme, il y a effectivement « islamo », ce qui a été identifié clairement par la plupart des acteurs de l’antiracisme et de l’antifascisme. Mais il y a également le vocable « gauchiste », qui, lui est porteur de sens. L’ennemi est aussi un courant idéologique : celui de la gauche révolutionnaire, amalgamée sous ce vocable. Ce dualité, en revanche, est restée aux oubliettes.

    Ainsi, les raids contre les mosquées sont également le prélude aux raids contre les locaux militants. Cette dimension ne peut pas et ne doit pas être ignorée.

    Le système policier et répressif est l’enfant chéri du régime : son impunité et sa brutalité sont connues. Mais elles ne se limitent pas à son action, en interne également la police montre un visage inquiétant. Les témoignages montrent une ambiance apocalyptique, un sadisme de caserne, une omniprésence et une hégémonie de l’extrême-droite.

    La Loi sur la Sécurité : une opportunité que saisit le gouvernement.

    Le gouvernement peut se permettre de mener ces attaques car il bénéficie d’un boulevard. Au fur et à mesure des campagnes de dénigrement, de propagande, il est parvenu à semer la défiance entre la très grande majorité de la population et les organisations militantes dans leur ensemble. Mais cette défiance a entraîné également un déficit de confiance dans les masses et dans leur capacité à lutter et à arracher des victoires. Cela s’est vu dans le KO technique des organisations au début du mouvement des Gilets Jaunes. Alimentant une spirale descendante de la défaite, cet affaiblissement laisse les coudées franches aux liquidateurs des droits sociaux. De plus, la politique du gouvernement Macron a montré l’unité de volonté dont les exploiteurs font preuve. Face aux grèves, face aux émeutes, ils ont attendu que les volontés s’émoussent et que la fatigue annihile les luttes. Cela a contribué à faire la démonstration de la faiblesse terrible, étouffante, des organisations de lutte.

    Derrière ces éléments importants, il réside un état de fait : la difficulté pour un grand nombre d’acteurs de la lutte, des luttes, de quitter un présentisme ankylosant. Né de la fin de la Guerre Froide, ce présentisme fait que nombre d’entre-nous ont des difficultés immenses à sortir du paradigme de la « fin de l’histoire ». Une tendance important existe au fait de penser que le temps des troubles s’écrit au passé, et que demain est un autre aujourd’hui, lui-même un autre hier. Pourtant le monde change. La vie change. Les spectres des conflits apparaissent à nouveau. Le « vieux monstre concentrationnaire » dépeint par Alain Resnais dans Nuit et Brouillard ne nous a pas quitté.

    Nous avons besoin d’un véritable front de lutte.

    Les manifestations, en dépit du confinement, se sont multipliées, elles ont été nombreuses et suivies. Elles ont montré le rejet massif de cette loi par une grande partie de la population ! Nous appelons à ce qu’elles s’intensifient et se multiplient – dans le respect des normes sanitaires !

    Nous appelons, dans les luttes qui se déroulent, à coopérer le plus largement possible entre forces progressistes et révolutionnaire pour faire face aux attaques. Nous appelons au travail commun le plus large possible entre les forces qui s’opposent à cette loi et à ce projet de société. Nous affirmons que la mentalité de « temps de paix » doit s’effacer au profit de la prise de conscience de l’urgence vitale pour les droits démocratiques et économiques.

    Nous devons prendre en considération que lutter demain ne sera pas dans les mêmes conditions qu’hier. Nous avons besoin non seulement de nous protéger pour pouvoir continuer à agir, mais également pour construire un projet de société différent.

    Ne nous laissons pas écraser par la répression !

  • Hold Up – Et si la vérité n’était pas là où on le croit ?

    Hold Up – Et si la vérité n’était pas là où on le croit ?

    La sortie du film Hold-Up est une événement important des dernières semaines, tandis que la pandémie recule – en France – avec une lenteur affreuse.

    Il a suscité des réactions très diverses et très variées. La passion des uns, et le rejet des autres. Il filme controversé aussi, du fait des personnes qui y interviennent et de l’argumentaire déployé. Un film intrigant enfin, par son succès – lié en partie au fait qu’il soit perçu comme censuré.

    Il ne s’agit pas de faire du debuking dessus ou d’essayer d’asséner des jugements. Il existe une réflexion à avoir sur qui intervient dedans, sur leur parcours, sur leur physionomie politique. D’autres l’ont fait et l’ont très bien fait. Mais ça n’est pas ce que nous voulons aborder. Nous savons, par expérience, que les coups de boutoir exercés contre les pensées, les adhésions, les croyances, ne font que rarement changer d’idée. Au contraire, ils ont tendance à susciter l’effet inverse. Nous voulons porter le débat ailleurs, au-delà de cela, et le porter sur une question fondamentale : qu’est ce que ce film révèle ? Pourquoi ce succès ?

    Au delà de ça, il y a une vérité qui est, nos yeux, centrale.

    L’illustre historien Fernand Braudel écrivait que l’histoire est fille de son temps. Elle est le reflet de son époque, de sa période, de sa culture et de ses angoisses. Il en est de même pour ce film. Quelque soit ce qui est mentionné dans ce film, cela ne tombe pas du ciel. Cela révèle la teneur de notre époque. Il est le fils d’un temps des troubles. Un temps que nous avions pu croire définitivement passé, mais qui revient à nouveau nous hanter.

    Ce film est un bac révélateur.

    Il révélateur d’une rupture de confiance entre la population et ses dirigeants. Il révèle l’absence de confiance dans les politiciens, dans les organisations politiques, dans le gouvernement, dans la justice, dans la recherche scientifique. Il est le miroir d’une succession constante de scandales qui ont irrémédiablement souillé ces institutions ou ces fonctions. Scandale Stavinsky, faux-électeurs, financements libyens… scandale du médiator, affaire du rainbow warrior… scandale de l’amiante, scandale des masques… violences policières, violences économiques… Sans compter l’impunité totale des responsables.

    Il est légitime de contester le discours des institutions. Il est légitime de vouloir aussi contester la réécriture constante de l’histoire. Il est tout aussi légitime d’être en colère devant la négation mensongère des faits les plus flagrants, ou encore devant l’absence totale de d’autocritique des dirigeants qui ont commis des erreurs pitoyables.

    Et oui, il faut le mentionner, les mensonges, les conjurations, les complots existent. Historiquement, il y en a eu. Mais ils ont impliqué un nombre restreint de personnes, et leur impact dans l’histoire reste anecdotique. Les forces sociales écrivent l’histoire, non les phénomènes périphériques.

    Expliquer tout en expliquant rien.

    Derrière le moindre événement, il est possible de trouver un sens caché. Notre cerveau nous y pousse. C’est un mécanisme de défense ancestral, qui privilégie la survie à tout prix sur la confiance. Mais, en expliquant tout par ce prisme, on finit par ne rien expliquer.

    S’il n’y a pas de confinement, c’est pour protéger les intérêts économiques, s’il y en a, c’est pour bâillonner la population.

    S’il n’y a pas de masque c’est de l’incompétence, s’il y en a c’est pour étrangler les gens.

    S’il n’y a pas de traitement, c’est pour laisser mourir les gens, quand il y en a c’est pour les empoisonner. Si le traitement est déployé en premier lieu en Afrique, c’est pour stériliser la population, si c’est en Europe, c’est pour la laisser mourir. Si les riches l’ont en premier c’est pour laisser crever les pauvres, si c’est l’inverse c’est pour les empoissonner… S’il est cher, c’est pour faire du profit, s’il ne l’est pas, c’est pour que tout le monde soit contaminé…

    En fin de compte, tout est possible. Tout est permis. Et l’esprit humain parvient à s’accommoder parfaitement de ces sauts de sens. Le seul point de repère est l’opposition intégrale aux autorités.

    Cela amène d’ailleurs des situations cocasses. Des communistes, comme nous, nous ont attaqué pour notre acceptation du confinement. Ils en arrivent à vouloir, au nom de la liberté et de la lutte, à défendre les mêmes positions que les ultras-libéraux : le vivre et laisser mourir. Heureusement, ils n’ont aucun impact sur les événements et demeurent des particules subatomiques.

    Mais revenons sur cette opposition :

    Le gouvernement sert les intérêts des capitalistes. C’est un fait. On ne peut pas avoir confiance en lui. Mais alors en qui ?

    En des boutiquiers qui nous vendent des remèdes miracles, des onguents, des pierres, des plantes en disant que c’est sain et naturel ? En des médecins hallucinés qui ont été souvent déchus de leur titres ? En des politiciens véreux, qui ont flairé le bon filon ? En des militaires, qui souhaitent imposer leur ordre ?

    Et que faire ? Rester à dénoncer derrière les réseaux sociaux, tout en continuant sa petite vie ? Dénoncer ou énoncer un modèle de société différent ? Meilleur.

    Voter ?

    Certains pensent qu’il faut voter. Mais qui ? Voter Dupont-Aignan ? Le président d’un parti frère de celui de Erdogan ? D’un parti frère de celui du PiS en Pologne ?

    Voter pour la dynastie Le Pen, dont les élus sont parmi les plus condamnés pour corruption, pour abus d’argent public ?

    Demander aux militaire de nous sauver ? Comme si les aristocrates à la De Villiers étaient le remèdes à la démocratie, sachant que les maux de la Ve République sont bel et bien ceux d’un coup d’État militaire.

    Voter, voter quoi ? PS pour être trahi à nouveau ?

    Et dans quel ordre, quelle société ?

    Soyons cohérents. Notre Etat n’est pas démocratique. Nous le savons. Historiquement il est conçu, organisé, architecturé pour être celui de nos exploiteurs, pas le nôtre. Nous ne votons pas sur ces enjeux les plus stratégiques : les opérations militaires à l’extérieur, les ventes d’armes, la diplomatie. Le système néo-colonial, ce véritable État profond, est au-delà de la démocratie. Trop précieux, trop important. Même l’occupation Allemande n’a pas osé y toucher. C’était la condition de la reddition de l’armée.

    Cet État, confondu avec les grands cartels économiques, est au dessus des lois. Il est La Loi suprême : celle de l’intérêt de la France dans le monde. Un intérêt glaçant de domination. Quelque soit les votes, toucher à ce saint des saints, c’est se placer soi même le revolver sur la tempe.

    Mais alors, que faire ? Qui croire ?

    Qui est un vrai allié ou une vrai alliée ?

    En qui avoir confiance ? Regardez autour de vous. Regardez qui trime comme vous. Qui est exploité ou exploitée comme vous. Qui partage votre fardeau, vos salaires, vos aigreurs contre des managers, des petits chefs, des patrons, des créanciers… Ce sont eux et elles, dans la diversité de leurs noms, de leurs origines, de leurs croyances, de leurs genres ou de leurs goûts. Qu’importe qu’ils se nomment Aïcha, Jean-Luc, Sophie, Liu, Klaus, ou Rachel. Si comme vous ils souffrent, c’est qu’ils sont vos amis, vos frères et vos sœurs de souffrance. Et vos frères et vos sœurs de rêve aussi, qui partagent l’envie de justice, l’envie de liberté, l’envie d’équité et d’honneur. L’envie de pouvoir vivre dignement de son travail, et que celui-ci soit utile.

    Avec eux, avec elles, vous pouvez avancer. Défendre vos droits économiques, vos salaires, vos conditions de travail, vos conditions de vie. C’est une étape ! Mais vers quoi ?

    Il faut acter une chose : aucune garantie n’existe. Aucun pouvoir n’est parfait. Aucun gouvernement n’est immunisé contre la trahison. Seule la mobilisation vigilante de ceux et de celles qui n’ont à perdre que leurs chaînes peut empêcher que le cycle infernal ne recommence. Certains voudraient voir l’armée, un roi, une dictature. Mais de qui sur qui ? C’est vrai que la démocratie est en panne, qu’elle est truquée, corrompue, pourrie jusqu’à l’os. Mais remettre les mêmes vampires, les mêmes détritus, sous une forme nouvelle – voire pire ! – au pouvoir ne changera rien ! Au contraire. Ceux qui n’apportent rien à la société, qui s’en repaissent, qui la vident de toute substance, ceux là n’ont pas droit de cité.

    La démocratie des uns n’est pas celle des autres !

    Nous, nous sommes pour une démocratie populaire. Une démocratie du peuple au sens de ce qui le compose réellement : ses forces vives, qui créent la richesse de la société, qui apportent ce que nous avons tous de précieux : la nourriture, les marchandises, les soins, l’éducation, la culture… Une démocratie qui soit faite par le peuple, pour organiser et diriger l’économie afin qu’elles réponde aux besoins et aux aspirations de ce peuple, en excluant les ennemis du peuple.

    Pour faire cela, il ne suffit pas de dénoncer – encore faut-il le faire sur une base juste ! – mais aussi d’énoncer : énoncer un projet de société, un projet de vie, un projet de futur. C’est ce à quoi nous voulons, nous, travailler. Unir les forces vives de notre société, les organiser, les structurer, leur permettre de pouvoir franchir chaque obstacle. Passer d’une populace, en colère, déçue, dépitée, usée par les mensonges, à un Peuple organisé, soudé dans sa diversité, capable de montre à l’assaut de ciel, et de faire naître l’utopie. Une utopie de justice, une utopie d’équilibre et d’harmonie avec la nature, une utopie d’honneur, de fierté de participer à la grande aventure de l’humanité.