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  • Lyon : Anti-masques et antivaccins défilent.

    Lyon : Anti-masques et antivaccins défilent.

    Hier, près de 500 militants et militantes « anti-masque » et « antivaccins » se sont rassemblés place Lyautey, dans le très cossu sixième arrondissement de Lyon. A l’appel d’organisations telles que  «Pour les libertés » ; «Révolution des sourires » ; «Bon sens »…etc. Cette manifestation réclamait la fin de l’état d’urgence sanitaire, la suppression du port du masque et la fin de la campagne de vaccination.

    Dans les rangs des manifestants et manifestantes, nous avons pu retrouver un certain nombre de « stars ». L’humoriste Jean-Marie Bigard et le collectionneur Pierre-Jean Chalençon étaient de la partie. A cela s’adjoint Francis Lalanne, le chanteur ex-gilet jaune ou Frigide Barjot, l’égérie de la Manif pour Tous. Enfin, la généticienne très controversée Alexandra Henrion-Caude a également pris la parole pour réclamer l’arrêt des vaccinations.

    Nous comprenons bien sûr l’usure de plus d’un an de pandémie. Nous comprenons le fait que pour beaucoup, le poids des restrictions et des mesures de sécurité paraisse lourd. Il l’est d’autant plus que le gouvernement a opté pour une politique qui a fait peser la quasi-intégralité de celles-ci sur les loisirs et les services. Tout cela pour un résultat par ailleurs contestable : il y a eu largement plus de morts dans les 6 derniers mois que dans les 6 premiers.

    La méfiance envers les institutions et le gouvernement est tout aussi légitime : après tout, le gouvernement est l’instance qui sert les intérêts des classes dominantes et des exploiteurs. Il est son conseil d’administration, chargé d’assurer un contrat social qui soit à la fois tolérable pour les exploités et profitable pour les exploiteurs. Et il est légitime de se révolter contre cet ordre.

    La colère : une mauvaise conseillère.

    Cependant, la colère, le ressentiment, le dépit, la frustration, sont des énergies qui peuvent aussi se retrouver canalisées dans la mauvaise direction. Cette alliance sinistre présente à Lyon ce samedi, à défaut d’être étonnante, est révélatrice. Elle rassemble populisme apolitique et extrême-droite complotiste dans un même marécage. Elle ne défend pas un autre monde, une autre organisation sociale, elle ne défend pas les intérêts des exploités et des exploitées. Elle défend simplement la liberté d’exploiter, au prix de la santé.

    In fine, leurs revendications sont les mêmes que celles des ultra-libéraux : il faut accepter les morts, la maladie, la misère, tant que la liberté est protégée. Et cette liberté se résume ainsi : celle d’exploiter, d’être exploité, et de consommer.

    C’est une colère qui conforte les exploiteurs, qui les renforce, qui les réjouit même : imaginez ce monde où les choix politiques sont ainsi faits : maintenir l’exploitation actuelle ou choisir de l’accroître au nom de la Liberté. Cette grande tolérance pour ces conceptions politiques se voit aisément : En dépit des infractions constantes aux règles sanitaires, la police semblait bien plus préoccupée par la manifestation de solidarité à la Palestine que par ce cluster ambulant.

    Naufrage de l’anti-totalitarisme.

    Nous ne pouvons pas non plus nous empêcher de tancer un peu ceux qui, de notre côté de la barricade, se crispent autour d’une analyse similaire. Croire qu’il est intéressant pour les exploiteurs d’aller vers une hypothétique société totalitaire, invention datant de la Guerre Froide, est une erreur. Les interfaces démocratiques (vote, élections, libertés formelles) permettent une domination nettement plus souple, et moins coûteuse !, que la dictature terroriste et la surveillance constante. Elles sont des armes de crise. Tant que l’adhésion à la démocratie bourgeoise n’est pas menacée profondément, tant que l’État peut diriger la société, pourquoi se priver de ce moyen qui, finalement, fonctionne bien ?

    Aujourd’hui, nous observons un durcissement de l’appareil d’État, ainsi qu’un développement de plusieurs pratiques répressives importantes. Mais ces pratiques ne sont pas nouvelles : elles existaient sous la IIe, sous la IIIe et sous la IVe République aussi. Elles sont des armes de sécurité permettant d’écraser les menaces, mais sont-elles le prélude au fascisme ? En dehors du transfert d’une partie des pouvoirs répressifs à l’échelon administratif, ce qui est extrêmement inquiétant, la limite entre fascisme et démocratie est loin d’être franchie.

    A force de voir du fascisme et du totalitarisme partout, certains finissent par défendre des thèses invraisemblables, et à rejoindre des « défenseurs de la liberté » aussi glorieux de Barjot, Bigard ou Lalanne. Pourtant la réalité démontre bien que cette « dictature sanitaire » n’est pas tant appréciée que cela par la bourgeoisie : et pour cause, elle réclame à cor et à cri la réouverture la plus rapide des commerces, des bureaux, des lieux de loisirs. Nous nous demandons comment ceux qui crient à la conspiration totalitaire sont capable d’expliquer ce revirement.

    La réalité, est, que, une nouvelle fois, il faut que nous fassions aussi attention à quelle vision du monde nous avons. Savoir choisir entre deux visions :

    Celle d’Orwell, et son 1984, qui, par antitotalitarisme, avait fini par se faire auxiliaire de police du Royaume-Uni. Il avait préféré défendre la démocratie bourgeoise et lutter contre toute tentative révolutionnaire, persuadée que celle-ci étranglerait les libertés. Celle d’un monde aseptisé, censuré, sous la botte tyrannique de « Big Brother » et du silence. Celle du Léviathan de Hobbes.

    Ou celle d’Aldous Huxley, qui, dans Le meilleur des mondes, considérait que la société tyrannique était celle du plaisir, de la jouissance, de la consommation, de la liberté de façade, anesthésiante. Celle de la prison dorée, où nous vivons dans une bulle privilégiée. Une société dans laquelle la contestation politique est noyée dans le flux constant de données, d’informations non hiérarchisées, de bruit.

    Même si la réponse se trouve variable en fonction des contextes et des situations, nous pouvons dire que, dans l’absolu, Huxley avait raison. Et les anti-masques participent aussi à faire vivre cette illusion, en plus de perpétuer un danger médical infernal.

  • La chasse aux sorcières continue.

    La chasse aux sorcières continue.

    Dimanche 9 mai, treize policiers de la BAC, armés de fusils d’assaut ont encerclé et maîtrisé un homme sur le parvis de la Basilique d’Ainay à Lyon. La raison est au mieux pathétique, au pire réellement terrifiante. Dans tous les cas, elle reflète l’état de panique et la droitisation avancée tant de l’État que de la classe qu’il sert : la bourgeoisie.

    Un homme de 44 ans, habitué des promenades et des visites de lieux de cultes chrétiens pour méditer et prier, a eu, selon les paroissiens, « l’audace » d’être musulman, et de chanter en arabe les louanges de Dieu dans un lieu de culte. Il a prononcé le fameux « Allah Akbar » qui fait frémir les réactionnaires, pourtant une expression si anodine de foi pour les musulmans et les musulmanes.

    On en arrive à une situation éminemment Kafkaïenne, la haute bourgeoisie de la paroisse terrorisée par la présence de cet individu dans « leur » église, un encerclement de policiers armés et prêts à tirer, une arrestation médiatisée, et une condamnation mardi à deux mois d’emprisonnement pour « rébellion ». Répétons cela, en une poignée de jours, cet homme est passé d’un simple dimanche comme un autre à deux mois fermes à l’ombre, pour une simple prière dans un lieu de culte.

    Le comparution devant la cour a été aussi le théâtre de pathologisation de l’individu, on a cherché des éléments qui pouvaient expliquer rationnellement qu’un musulman « ose » venir dans une église à l’heure de la messe pour prier. On en oublierait presque que la Chrétienté et l’Islam partagent grandement la même source confessionnelle, le même dieu et les mêmes figures prophétiques. Penser qu’un homme visite des églises pour leur aspect calme et religieux est un bon moyen pour lui de méditer et exercer sa foi ne rentre pas dans une logique évidente quelconque.

    Cette histoire effarante, nous la devons au climat pogromiste dans lequel baigne la société française depuis des décennies. Elle est aussi une pierre de touche.

    D’une part, il est reproché aux musulmans et aux musulmanes de ne « pas s’intégrer » et de ne pas « faire d’efforts ». De l’autre, on les traite comme une diaspora menaçante, et on les marginalise constamment. Il y a là une prophétie auto-réalisatrice en germe.

    Mais la vérité, derrière les discours, est que les réactionnaires ont déjà tranché cette question. C’est ce qu’on retrouve derrière l’émergence de termes tels que « grand-remplacement », « français de papier » ou « islamo-gauchisme ». Tout en maquillant de pleurnicherie et de regrets leurs actes, toute une partie de l’échiquier politique a pris la décision de classer tous ces individus, pour des motivations foncièrement racistes, dans la catégorie des gens dont il faut se débarrasser. L’Islam est un prétexte, la réalité est celle d’une préparation mentale à l’épuration ethnique.

    Nous regardons avec inquiétude l’évolution politique et sociale de notre pays. Un pays qui, pourtant, est l’un des seuls qui ne définit pas la Nation comme une communauté ethnique. Nous savons que 2022 sera une date paroxysmique pour les discours réactionnaires. Nous l’avions dit, il y a 4 ans : « nous (au sens large) avons 5 ans pour être prêts à y faire face. » Nous voilà au seuil de l’échéance.

  • 200e anniversaire de la mort de Napoléon.

    200e anniversaire de la mort de Napoléon.


    Pourquoi, dès lors qu’il s’est paré d’un manteau monarchique, est-il si difficile de parler de Napoléon comme d’un dictateur ?
    Nous avons toujours du mal à regarder notre propre histoire en face, tandis que nous jugeons avec facilité, en bloc, celle des autres. Nous espérons toujours trouver une manière de nous défausser des torts commis et de correspondre à notre autoproclamée place de pays des droits de l’homme. Pourtant, prenons le temps de juger les choses de manière factuelle avant de parler du ressenti.

    La structure de l’Empire, pourtant, est exactement celle d’une dictature avec quelques menues formes démocratiques : deux assemblées, les « manchots » et les « aveugles » sont supposées faire les lois. Mais l’une les discute sans les voter, l’autre les vote sans les discuter. Mais la réalité du pouvoir est dans les mains de l’empereur. Il construit d’ailleurs une techno-structure : une administration centralisée, les préfets, dont on hérite aujourd’hui et qui poursuit la même mission.

    Ses réalisations, ces fameuses « masses de granit » chargées d’en terminer avec les révolutions, de figer le fonctionnement de l’État, sont souvent mises en avant comme des aspects positifs. Mais il faut les comprendre pour ce qu’elles sont : elles étaient des manières de mettre en ordre un pays qui sort de 10 ans de révolutions et de 100 ans de décomposition du féodalisme. Elles n’ont pas vocation à rendre service, mais bien à être fonctionnelles : c’est à dire à permettre aux projets impériaux, ainsi que de la classe des richissimes exploiteurs qui les soutiennent, d’être exaucés. Ils ne sont ni bons, ni mauvais, ils sont simplement des faits bruts.

    Ainsi, nous parvenons à mettre sur le même plan la structuration d’un État, réalisée d’une main de fer, avec les autres aspects de son règne.

    Le règne de Napoléon, c’est 6 millions de morts sur le continent Européen. Ce sont des territoires germaniques ravagés, c’est une Russie dévorée par la guerre. Son pouvoir est aussi celui du retour de l’esclavage par la guerre, et de l’assimilation forcée des juifs et des juives. C’est l’étranglement du droit des femmes, devenues mineures perpétuelles. C’est l’imposition d’un régime de terreur dans des territoires occupés. C’est la dictature ouverte et terroriste au profit des couches les plus embourgeoisées de la population. Celles qui bénéficient de la guerre tandis qu’un million et demi de français meurent « pour la gloire ».

    Cette grandeur de la France à cette époque est mise en avant par les admirateurs de Bonaparte. Mais qu’est ce que la grandeur lorsqu’elle profite à une poignée de richissime exploiteurs ? Ces immenses cartes montrant l’étendue de l’Empire fascinent, certes. La fierté nationale en sort ragaillardie. Mais, là aussi, cette grandeur, ce lustre, est réservé à une élite : ceux qui s’enrichissent. Pour le reste, en dehors du sentiment, il n’y a guerre de retombées.

    La Grandeur de notre peuple, nous la préférons dans ses réalisations positives, dans ses luttes, dans sa solidarité, dans sa capacité à avancer vers un monde meilleur, plus juste. Que les frontières de la France s’arrêtent au Rhin où à la Volga ne nous importe que peu. Ce sont déjà nos frères et nos sœurs de classe qui vivent de l’autre côté.

    Et l’homme, parlons-en. Ou plutôt laissons parler Henri Guillemin à son sujet.


    Il initie aussi un cycle de rancœurs, notamment entre Prusse et France, dont l’aboutissement, cent ans après, dans la boue de Verdun, n’est qu’un exemple.

    Napoléon a été un catalyseur de l’histoire. Il a contribué, par l’onde de choc traumatique qu’il a laissé, à redessiner l’Europe et ses destinées. Sur les talons de la Grande Armée en déroute sont nés les prémices Nations modernes de l’Europe. Faut-il lui rendre hommage pour cela ? Il est douteux que, Napoléon ou non, elles ne soient apparues et n’aient affirmé leurs existences. Fallait-il arroser d’autant de sang les sols pour cette récolte ?

    Napoléon, sans le comparer pour autant à d’autres régimes, illustre une chose : il illustre le fait que les grandes bourgeoisies, pour asseoir leur domination sur les autres, sont prêtes à toutes les guerres et tous les crimes. D’autres successeurs suivront le même projet : celui d’unir l’Europe par la guerre et le sang, sous l’ordre d’une capitale. Qu’importe que celle-ci fût Berlin ou Paris.

  • Le putsch en charentaises et les communistes.

    Le putsch en charentaises et les communistes.

    Une vingtaine de généraux ont lancé un appel au putsch. Publié dans le journal ultra-réactionnaire Valeurs Actuelles, cet appel ne tombe pas du ciel. Nous pensons qu’il mérite d’être évoqué, mais aussi les réponses à celui-ci, qui sont parfois tout aussi catastrophiques. Après réflexion, nous avons jugé qu’il était important pour nous de parler aussi de ces contre-appels, dont certains ont pu trouver mystérieusement grâce aux yeux de certaines organisations communistes, en l’occurrence le PRCF. Nous ne pouvons laisser ce genre de publications passer !

    Le choix de la date n’est pas anodin. Il fait référence à deux événements : d’une part le coup d’État des généraux à Alger, le 21 avril 1961 et l’accession pour la première fois du FN au second tour, le 21 avril 2002.

    Le contenu du texte passe par tous les lieux communs de l’anxiété réactionnaire : Islam, banlieues, capitalisme apatride, immigration… En fond, un appel à « retrouver l’honneur de la France ». A se demander où vont-ils le cherchent ? Dans les charniers de Sétif, dans les boues de Diên Biên Phu, ou dans les bordels de Bamako ? Mais nous digressons. Toujours est-il que la situation des hôpitaux, la situation sociale, le chômage, les luttes économiques et politiques sont au second plan : la préoccupation première est l’idée que la France est une pauvre hère dominée.

    Leur plan : exterminer. “Aussi, ceux qui dirigent notre pays doivent impérativement trouver le courage nécessaire à l’éradication de ces dangers. Pour cela, il suffit souvent d’appliquer sans faiblesse des lois qui existent déjà. N’oubliez pas que, comme nous, une grande majorité de nos concitoyens est excédée par vos louvoiements et vos silences coupables.” Au moins, ils ont un mérite : ils reconnaissent que nos lois sont déjà en mesure d’imposer une dictature complète. Après tout, la Ve République est née d’un coup de force.

    En soi, il s’inscrit dans la droite ligne d’une série d’appels insurrectionnels, lancés par des apprentis-putchistes. D’ailleurs, ceux-ci sont souvent des individus n’exerçant pas de rôle au sein de l’armée. BFM-TV note ainsi que « 30 généraux étaient dénombrés et 2500 militaires étaient au total recensés ce mardi à 17 heures. À ce stade, aucun militaire en activité n’aurait été recensé, selon le ministère des Armées. » Ce sont pour la plupart des généraux « en charentaises » pour reprendre les termes du même ministère. En soi, l’appel n’a rien d’exceptionnel ni de menaçant.

    Ce qui l’est plus est, d’une part, l’absence totale de réaction de la part du gouvernement. Le gouvernement, qui, pourtant, est toujours prompt à voir du séparatisme dès qu’une réunion non-mixte apparaît, ne semble pas avoir voulu réagir à la provocation. Cette inaction, qui confine presque à la bienveillance vis-à-vis de l’extrême-droite, a dû cesser. Mais les raisons sont cyniques : lorsque la gauche (incarnée en l’occurrence par Jean-Luc Mélenchon) a dénoncé le texte et fustigé l’absence de réponse ; puis lorsque Marine Le Pen et une partie des cliques fascistes ont apporté leur soutien au texte.

    C’est d’ailleurs le deuxième aspect inquiétant : l’approbation par une partie de l’échiquier politique. Marine le Pen, Philippe de Villiers, Eric Zemmour et d’autres ont souscrit à cet appel. Ce dernier a d’ailleurs déclaré au micro d’un Figaro plus que conciliant : «La tribune des généraux n’est pas un appel au putsch mais à la sécurité ». Cet appel révèle la précarité de la situation politique en France, et aussi l’ascendant terrible qui a été pris par les réactionnaires dans la confrontation sociale.

    « Le recensement est en cours et les sanctions tomberont » nous indique la ministre des armées. Nous l’espérons ! Nous sommes bien placés pour savoir que le corps des officiers de l’armée peut être parfois un nid de vipères réactionnaires.

    Les réponses sont-elles meilleures ?

    Pourquoi le PRCF republie l’extrême-droite ?

    Au sein de l’armée, des réactions ont eu lieu. Un contre-appel a été ainsi rédigé par une poignée d’autres généraux. Nous le mentionnons car il a été

    publié sur le site du PRCF1. Nous sommes obligés de le dire :

    Mais à quoi pensiez-vous camarades, en publiant ce texte ?

    Il mérite un instant qu’on se penche dessus, car, parfois, en fait d’un texte meilleur, nous dégringolons toujours plus profond dans l’abominable.

    Nous espérons sincèrement, avec une sincérité naïve et désarmante, que ceux qui l’ont republié ne l’ont pas lu. Car, même s’il est moins extrémiste que l’autre (il ne parle pas d’éradication, au moins !), il n’en est pas moins invraisemblablement réactionnaire, conspirationniste, antisémite…

    Antisémitisme, racisme, conspirationnisme :

    « C’est dans cette approche que réside notre désaccord car si nous partageons la définition de ces dangers ils nous apparaissent comme les simples symptômes d’un mal plus profond à la racine duquel il convient de s’attaquer si l’on veut que la France survive. »

    « Alors qu’il s’agisse d’immigration, de délitement de la nation et de la multiplication des zones de non-droit, de violence et de montée de la haine entre communautés, la classe politique aux manettes ne fait que suivre la feuille de route qui lui est dictée devant aboutir à la destruction de la nation très ancienne que nous sommes, obstacle symbolique au mondialisme montant qu’il convient de faire disparaître. »

    « Dans sa grande majorité la classe politique de notre pays servie par un système parlementaire plus que séculaire a été depuis des décennies dévoyée par la haute finance qui détient les cordons de la bourse et la maîtrise des grands médias et qui décide donc de qui sera ou non élu, servie en cela par toutes sortes de relais que sont parmi d’autres Bilderberg, Davos, le CRIF et les fratries. »

    « c’est tout simplement le libéralisme effréné qui est inscrit dans le marbre des traités dits européens se traduisant par la désindustrialisation du pays tout autant que par l’abaissement de notre langue, l’emploi du globish par les médias, la publicité envahissante … »

    « c’est enfin la mise en résidence surveillée de 66 millions de Français avec port obligatoire de la muselière. »

    Le fait que le PRCF se contente d’écrire : «Voici la réaction d’un certain nombre d’officiers républicains et patriotes à l’appel de 1000 militaires qu’a soutenu Mme Le Pen et qui défraie la chronique depuis quelques jours.

    Bien entendu, ces officiers de haut grade ne s’expriment pas comme le feraient les communistes internationalistes que nous sommes mais ils ont le double mérite :

    a) de distinguer entre les symptômes et les causes profondes du malaise français,

    b) d’appeler à une rupture de la France avec la domination du capital financier, avec la “construction” européenne qui détruit notre pays, avec la politique linguistique du “tout-anglais” et avec l’OTAN, qui nous asservit à l’impérialisme atlantique.» ne peut que nous laisser pantois et pantoises !

    Pour considérer cet appel comme « plus positif » que celui des putschistes, il faut un esprit démesurément large. Antisémite, conspirationniste, fasciste… L’appel n’a décidément pas grand-chose pour lui.

    Que faites vous donc, camarades ?

    Nous nous adressons donc à nos camarades du PRCF, qu’ils prennent acte de ce contenu répugnant. Qu’ils prennent acte de ces propos dangereux ! Nous espérons qu’ils comprendront que nous ne pouvons les cautionner. Ce n’est pas la première fois que nous trouvons qu’ils approchent dangereusement de personnages douteux, comme leur sympathie pour Kuzmanovic, ex-lieutenant de Mélenchon passé avec armes et bagages du côté du philosophe réactionnaire Onfray.

    Nous n’aimons pas polémiquer pour polémiquer, mais à un moment, nous pensons que, lorsqu’on approche à ce point de la limite avec un « coté obscur » que nous ne pouvons pas rester sans rien faire : arrêtons de dire et de faire n’importe quoi !

    Oui, la violence est partout. La société capitaliste est brutale. Mais les gens que vous appelez des militaires patriotes sont des partisans de l’expédition punitive, de l’écrasement de ceux et de celles qui souffrent, de la déportation des migrants, appelée pudiquement « remigration ». Ce sont des individus qui représentent une forme un peu plus policée du fascisme, comme Georg Strasser pouvait passer pour plus « à gauche » que Hitler !

    Est-ce avec ce type de personnes que vous envisagez votre « Frexit Franchement Progressiste » ?

    La France d’aujourd’hui n’est pas celle de 1944-1947. Elle n’est ni envahie, ni dominée, ni menacée de l’être. Au contraire ! C’est une puissance impérialiste qui étend ses tentacules sur toute une partie du Continent Africain. Elle en choisit les dirigeants, la valeur de la monnaie, la forme des institutions, elle en exploite les sols et les peuples. Elle étend par la violence, par le crime, par l’oppression un ordre obscurantiste. Aujourd’hui, se fantasmer dans la peau d’un Thorez, se croire dans une espèce de Vichy constant, vouloir s’allier à tout « patriote », c’est se tromper lourdement. Cela pouvait avoir un sens à une époque où les USA et l’Angleterre avaient leurs armées sur notre sol, et encore !

    Oui, dans le cadre étroit – mais nullement monolithique – de l’Union Européenne, l’Allemagne apparaît comme plus puissante. Mais limiter son regard à cet espace n’a aucun sens. La sphère d’influence Allemande est principalement centrée sur l’Europe, notamment vers l’ex-mitteleuropa, vers l’Espagne et vers la Turquie. Mais la France possède elle aussi une primauté : Pologne, Roumanie…Et son complexe bancaire, en réalité, est bien plus puissant que l’Allemagne : la BNP Paribas écrase la DeutschBank, a telle point qu’elle a tenté de la racheter. Chose bloquée par le Parlement Allemand

    Les fantasmes sur la disparition programmée des nations sont uniquement des actes de foi. Ils ont indémontrables car ils reposent sur une confusion entre les discours et les réalités. Oui, dans l’Europe, il existe des partisans d’une Union Européenne formée d’Eurorégions, et permettant ainsi de réaliser une Europe unifiée. Mais le fait qu’il y ait des partisans ne signifie pas que ce soit réel, ni applicable. Dans les faits l’Europe fédérale est un échec intégral.

    Lénine avait déjà prévu cette impossibilité dans « Du mot d’ordre des Etats-Unis d’Europe » :

    les capitalistes peuvent nouer des alliances dans le but de contrer d’autres impérialistes, mais les cliques de capitalistes nationaux ne fusionnent pas. Derrière les fusions-acquisitions de petits secteurs, il existe une réalité que la bourgeoisie ne connaît que trop bien : Qui dévore qui ?

    De plus, quel est l’intérêt ? Au profit de qui ? De la bourgeoisie Allemande ou d’un « capitalisme apatride » fictionnel ? Même en 1940, alors que le patronat acceptait l’occupation Allemande, il avait gardé entre ses mains l’essentiel : les colonies. Et Vichy les a défendues contre l’ennemi d’alors : les Alliés. Drôle de conspiration que de croire que Thalès, Orena, Dassault, vont se vendre ! D’ailleurs il n’existe aucune vraie « multinationale » apatride. EADS, par exemple, est un consortium : une alliance d’entreprises nationalement teintés qui se partagent les marchés au rapport de force. Avec des fois des conflits importants !

    De plus, le capitalisme a tout intérêt à mettre en place des systèmes juridiques différents, avec des lois et des règles différentes. C’est tout l’intérêt du néocolonialisme par rapport au colonialisme traditionnel. Les États ne sont pas les amis des peuples, ce sont surtout des prisons dessinées sur-mesure.

    Les traités européens ne sont pas contraignants au stricto-sensu. Là aussi, il faut cesser les fantasmes.

    Premièrement : dans sa structure, l’UE ressemble plus à une confédération qu’à une fédération. D’ailleurs, on impute une grande partie des problèmes à l’UE. Abusivement. Par exemple dans l’article 345 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, il est précisé que l’UE est neutre dans le choix des formes sociales des entreprises pour le marché intérieur. En somme, c’est un choix politique intérieur qui détermine la politique de privatisation pas « l’Europe ».

    Deuxièmement : le rapport de force dicte le partage. La France et l’Allemagne sont les deux pôles dominants. Alliés et concurrents en même temps. Ils dictent aux autres leurs normes de production, leurs structures économiques, leurs réformes budgétaires. Mais elles-mêmes, si elles s’appliquent les directives européennes, ce n’est pas par contrainte : c’est parce qu’elles les éditent. L’UE n’est pas une alliance impérialiste, mais bien une alliance d’impérialismes. Les bouts de papiers et les chiffons ne contraignent pas les bourgeoisies puissantes.

    Nous pensons que ces exemples montrent quelque chose de terrible : c’est l’hégémonie de conceptions réactionnaires et conspiratrices qui rendent illisibles la lutte des classes et la lutte internationaliste.

    Nous n’avons pas peur de parler de la Nation. Nous ne sommes pas des nihilistes nationaux. Mais quand nous parlons de la Nation, il ne faut pas non plus raconter n’importe quoi. La Nation-Populaire et la Nation-Etatique sont deux choses différentes. Nous, nous croyons en cet esprit populaire, cet esprit de lutte, d’émulation, de libération, de construction commune. La Nation possède un sens de classe : elle est le peuple travailleur (et privé d’emploi) dans son ensemble. La Nation-Etatique étant cette fiction d’unité crée par la bourgeoisie autour de ses intérêts et autour de la « place de la France dans le monde ». Cette alliance réactionnaire, nous voulons la briser.

    Vous les appelez « patriotes », mais ils n’en sont pas ! Si on aime sincèrement son peuple, si on veut servir le peuple, on ne répand pas des mensonges qui le détournent de ses vrais ennemis. On ne s’échine pas à le servir pieds et poings liés à ses bourreaux. Nous, nous aimons notre peuple, ses luttes, ses victoires, sa créativité, sa diversité. Et cet amour du peuple nous pousse à refuser les dérivatifs, les mensonges, les diversions. L’ennemi est chez nous. Il est de chez nous. Il est notre bourgeoisie avant tout !

    L’alliance réactionnaire, nous la briserons !

    Mais pas en publiant des tribunes de fascistes en charentaises qui répondent à d’autres fascistes en charentaises. Pas en considérant que les problèmes de la société française, violence, précarité, manque de services publics, sont liés à une quelconque conspiration d’un capitalisme apatride. Pas en piochant dans un inconscient antisémite, anti-allemand. On se croirait revenu a une période pré-Dreyfus ! Nous y répondrons en désignant les véritables ennemis du peuple : Les milliardaires, les millionnaires, les capitalistes de France, l’impérialisme et sa machine de guerre.

    Macron est l’ami de la bourgeoisie Française, non son ennemi.

    L’UE, alliance réactionnaire concoctée dans le but de résister aux autres impérialismes, s’effondrera en même temps que le capitalisme en France. Faire l’inverse, croire que c’est la sortie de l’UE qui prépare le terrain à une révolution, c’est croire que l’impérialisme français se dépouillera de lui-même de son marché, de son terrain d’action. Unir les « forces patriotiques » d’un pays impérialiste, c’est choisir de servir les portions les plus réactionnaires de celui-ci !

    À partir du moment ou on considère que l’impérialisme français existe, sa faiblesse est une bonne nouvelle, non une mauvaise !

    Dans la situation actuelle, catastrophique, les exploités et exploitées ont besoin des communistes. Ceux qui souffrent sous le joug infâme du capitalisme ou de l’impérialisme ont besoin d’une analyse de la situation, de perspective, d’organisation. Il est important de partir, oui, de leurs attentes, de leurs inquiétudes, de leurs espoirs.

    Mais là, est-ce là le rôle des communistes ? D’avaliser, parmi elles, les angoisses xénophobes, les attentes fascisantes, les espoirs pogromistes ? Il aurait été plus utile de tenir une vraie position communiste, il aurait été plus utile de dire des mots venant de soi, que de reprendre les mots de l’ennemi. Ou peut être de ne rien dire !

    Qu’importe que l’impérialisme français soit « déclinant », c’est au contraire une chose positive !

    Qu’importe qu’il chancelle sous les coups des autres, ce n’est pas notre affaire, c’est notre ennemi.

    Méfions-nous de l’intoxication réactionnaire !

    Nos publications sur la question :

    https://unitecommuniste.com/analyses/lhistoire-statufiee/
    https://unitecommuniste.com/france/le-mouvement-des-gilets-jaunes-les-desirs-de-lextreme-droite/
    https://unitecommuniste.com/analyses/la-bataille-de-lhistoire/
    https://unitecommuniste.com/france/le-service-national-universel/
    https://unitecommuniste.com/france/wagenknecht-kuzmanovic-la-mutation-reactionnaire/
    https://unitecommuniste.com/analyses/la-republique-fracturee/
    https://unitecommuniste.com/lyon/andrea-kotarac-comme-un-coup-de-tonnerre-dans-un-ciel-dete/
    https://unitecommuniste.com/analyses/3402/

    1Le PRCF ou Pôle de Reconstruction du Communisme en France est une organisation politique se revendiquant du Marxisme-Léninisme. Elle possède le journal Intervention Communiste et est proche des éditions Delga. Nous reconnaissons sans peine que cette maison d’édition joue un rôle extrêmement positif dans la redécouverte d’études sur l’URSS et l’expérience socialiste, et qu’elle contribue à des débats importants. Nous en parlons dans cet article : https://unitecommuniste.com/analyses/3402/

  • Loi « Sécurité globale » : la France comme Etat policier

    Loi « Sécurité globale » : la France comme Etat policier

    Dans une assemblée aux 3/4 déserte, la « Loi Sécurité Globale » vient d’être votée. Elle est une nouvelle étape dans le durcissement de la répression policière. Avant toute chose, nous tenons à manifester notre soutien aux victimes de violences policières, et à tout-e-s celles et ceux qui sont en combat contre l’institution de la justice.

    Nous pensons que pour aborder cette loi, il faut la recontextualiser :

    Il est parfois difficile d’avoir du recul sur la nature du système dans lequel nous vivons. La démocratie française est présentée, notamment au travers de l’enseignement scolaire, comme le modèle de la démocratie et de la liberté. Pourtant, elle possède des dispositifs de répression sociale redoutables. La police, en tant qu’outil du maintien de l’ordre, est construite, à l’instar de l’Etat, comme un moyen permettant d’assurer la domination d’une classe (celle des exploiteurs) sur les autres (principalement les exploité-e-s, mais aussi des classes intermédiaire qui vivotent plus ou moins bien.). Il existe des policiers et des policières idéalistes, épris de justice. Mais ils passent à la moulinette d’un système qui sélectionne les plus brutaux et les plus agressifs pour les envoyer au contact, au maintien de l’ordre. Soit les autres s’orientent vers d’autres fonctions (police criminelle par exemple), soient ils se retrouvent broyés par la machinerie, démissionnant ou se réduisant à l’autodestruction.

    Mais la répression a aussi une histoire.

    Petit retour en arrière :

    En 1800, Napoléon, pas encore empereur (mais déjà dictateur) créé les préfectures de police . Les fonctionnaires nommés – échappant donc au contrôle démocratique direct – ont pour vocation de contrôler la population, à la fois par les statistiques et la surveillances, mais aussi par la mise en place des politiques de répressions physiques pour lutter contre les troubles révolutionnaires.

    Pendant la révolution de 1848, le métier de  » garde mobile » est fondé. Ces gardes remplacent désormais les milices bourgeoises, jugées trop conciliantes envers les révolté-e-s. Le travers de ces forces de combat : elles sont basées sur des volontaires locaux, et on leur demande de surveiller voir punir leurs voisin-e-s. Il faut donc les remplacer par d’autres, isolées du peuple, dressées en caserne, sélectionnées pour leur agressivité, et lâchées sur les plus pauvres pour les mater.

    En 1941, sous le régime de Vichy, la France met en place un système de police centralisé : la Police Nationale. Cette centralisation de la Police sous autorité administrative est rare. Dans la plupart des pays, la gestion de la répression se détermine au niveau municipal.

    En 1944, le gouvernement français créé les CRS(Compagnies Républicaines de Sécurité). Ces unités permettent de ne pas dépendre de l’armée ou de la police, supposément noyautés par le PCF pendant la guerre puis l’épuration. En effet, le corps des inspecteurs, grandement renouvelé, comprend un nombre important d’encartés PCF. Les services de renseignement de l’armée sont presque entièrement entre les mains des communistes. Ce corps nouveau, employant d’ailleurs d’anciens collaborateurs nazi(d’où le slogan CRS = SS), et construit pour briser les grèves de l’après guerre.

    En 1958, l’échec de la IVe République pendant la Guerre d’Algérie, pourtant peu avare de violence, provoque une crise :le coup organisé par les généraux français à Alger oblige à repenser la structure de l’Etat. La réponse à cette crise arrive avec le retour du général de Gaulle. En France, cet événement est salué comme une transformation positive des institutions étant donné le caractère chaotique de la IVe République. Aujourd’hui, il est toujours présenté comme tel. Partout ailleurs dans le monde, l’acte est compris comme un coup d’Etat.

    De Gaulle dote la Ve République de moyens de contrôle extrêmement puissants et verticaux. Ces moyens militaristes constituent le système dans lequel nous sommes encore actuellement, une machine de guerre étatique : elle tient plus du Second Empire que de la IIIe République.

    Il nous faut aussi préciser quelque chose d’essentiel : l’expérience des guerres coloniales (Indochine tout d’abord, mais aussi Madagascar, puis l’Algérie) n’est pas perdue. Elle constitue un héritage toujours vivace dans le traitement du maintien de l’ordre. Cet héritage colonial n’est pas que technique. Il est aussi culturel. Les traditions se perpétuent, et la détestation des ex-colonisé-e-s en fait partie.

    Entre 1958 et aujourd’hui, plusieurs nouveaux systèmes ont été intégrés pour parfaire l’appareil répressif. Mais tant que l’économie va bon train, durant les 30 glorieuses, il n’était pas forcément nécessaire d’opérer des bouleversements importants au sein du système de police. Après les chocs pétroliers de 1973 et de 1979, l’arrivée de puissants ministres de l’intérieur, comme Charles Pasqua, permet d’augmenter encore la puissance de l’appareil policier. Pasqua, d’ailleurs annonce qu’il couvrira les bavures policières, lorsqu’ils montent à l’assaut des manifestants et des manifestantes. En 1986, le meurtre de Malik Oussekine l’oblige cependant à rétro-pédaler. Régulièrement les ministres de l’intérieur, tel Nicolas Sarkozy, lorsqu’il était ministre de l’intérieur, couvrent de cadeaux et de tendresse la police. Ils savent quel rôle elle joue pour la stabilité du système.

    Il faut noter que l’Etat est extrêmement talentueux pour pouvoir employer des « avancées » contre sa population. Deux exemples extrêmement parlants : le fichage ADN et le LBD (Lanceur de Balle de Défense). Le premier est initialement prévu pour ficher les délinquants et criminels sexuels. Il doit permettre d’identifier les auteurs de ces actes pour permettre de lutter contre toute récidive. Entamé en 1998 il est étendu progressivement à la quasi totalité des délits, et elles sont rarement rabotées. En 2015, 3 006 991 personnes sont répertoriées. 450 000 ont eu une condamnation. Il y a donc 2 550 000 illégitimes au regard même de la loi.

    Le LBD, quant à lui, a été vendu comme une arme non létale. Il devait donc logiquement permettre le limiter le nombre de morts ou de blessés graves. En réalité, il a surtout servi à combler le vide entre la matraque et la grenade, générant une transformation tactique spectaculaire. Alors que l’arme de l’intervention policière était le choc, au bouclier ou à la matraque, elle devient le feu : les tirs serrés des LBD allongent la portée des CRS, de la BAC ou d’autres forces spéciales. En fait de létalité atténuée, la violence est décuplée : les blessures graves sont légion. On en recense 2000 rien que pendant 1 an de manifestation Gilets Jaunes.

    Mais les tragédies aussi permettent aux plus réactionnaires d’avancer leurs pions.

    Manuel Valls, après les attentats de 2015, propose une véritable rupture : une partie des fonctions répressives sont déléguées à l’administration. Le préfet peut désormais se substituer au juge pour réaliser certaines actions de restriction des libertés publiques. Il peut prononcer des interdictions de séjour, des interdictions de paraître, des interdictions de manifester. Dans certains cas, il peut notamment prononcer des interpellations préventives, basées sur le délit d’intention. C’est une porte ouverte à un durcissement légal extraordinaire.

    Notre Etat : une machine de guerre.

    On le comprend : notre régime est finalement un système qui possède une interface démocratique, mais qui est également constitué d’une technostructure permettant très rapidement de passer de la démocratie libérale à la dictature et de répondre aux menaces intérieures.

    La loi sécurité globale s’inscrit dans cette continuité. Elle dote la police d’une puissance toujours plus importante, d’une capacité d’action toujours plus grande, que ce soit en termes de matériel (LBD, drones…) ou de violence. Et elle restreint encore progressivement le champ des libertés publiques et politiques.

    Les polices municipales vont pouvoir être dotées de prérogatives plus grandes. Il s’agissait notamment d’une demande de la part des mairies d’extrême-droite, comme celle de Béziers, qui peuvent ainsi professionnaliser leurs milices personnelles (composées de citoyens lambda), souvent recrutées sur des critères de proximité politique, les entraîner et les équiper. Doter les polices de plus de pouvoir accroît la judiciarisation des rapports entre administrés et police locale : la police municipale pourra mettre des amendes à tour de bras, et y compris assurer certaines fonctions relevant de la police judiciaire. Ils reflètent une stratégie de montée en violence dans les rapports sociaux.

    Les images sont au centre de ce projet : l’article 22 indique notamment que les préfets pourront déployer des drones de surveillance de manière préventive, « dans des lieux exposés à des risques d’agression, de vol, de trafic de stupéfiants, autour de zones frontalières, pour lutter contre leur franchissement irrégulier  » mais aussi lors d’opérations de maintien de l’ordre, [ou] dans le cadre de poursuites pénales sur décision du procureur ou du juge d’instruction. » Il en est de même pour l’utilisation de la vidéo surveillance par caméra « classiques », dont les images pourront être plus aisément réquisitionnées.

    Ce champ très large signifie donc que l’ensemble des activités sociales et militantes pourront être davantage mises sous surveillance, voir servir à la constitution de dossier dans le cadre d’une procédure future.

    En revanche, la loi est toujours floue quant à la question de filmer la police. Si le droit est maintenu, il se double de questionnements. En effet, lutter contre la « guerre des images » est, selon le co-rapporteur « notre première préoccupation ». Il faut qu’elles ne servent pas à un usage « malveillant ». Or, informer sur les instruments de répression de l’Etat, est-ce malveillant ? Aux juges d’en décider…Et leur réponse peut bien s’avérer un couperet acéré.

    Une des nouveauté de cette loi est que les policiers et les gendarmes en civil pourront aussi porter leur arme de service au sein d’établissements recevant du public. Cette mesure ne peut qu’alimenter une certaine anxiété, notamment du fait d’avoir des personnes armées sans identification. Mais aussi du fait du comportement même des porteurs et des porteuses de ces armes, qui est parfois loin des canons du code de déontologie.

    D’autres mesures plus anecdotiques existent aussi : notamment les suppressions des réductions de peine pour les détenu-e-s condamn-é-e-s pour des violences contre les forces de l’ordre, mais aussi pour les violences contre les surveillants de prison.

    On le devine aisément, ces mesures correspondent à deux buts : premièrement poursuivre le durcissement de la politique de répression, durcissement qui épouse étroitement la santé économique du régime. Les attaques sur le niveau de vie et sur les droits économiques entraînent des troubles politiques.

    Deuxièmement, elles ont un caractère clientéliste : elles sont le reflet des désirs de la police. Plus de liberté d’action, plus d’impunité, plus de moyens… Elles sont les réponses zélées de la part de la bourgeoisie à ses gardes.

    Il y a lieu de s’inquiéter de ces lois. Elles contribuent à précipiter l’effritement des libertés politiques et démocratiques. Elles montrent que le système se prépare à une épreuve de force. Il serre les rangs, notamment car il ne séduit plus et ne propose plus d’espoir.

    Et nous, que faisons-nous pour y répondre ?

    Nous sommes chaque fois davantage mis au pied du mur. Nous le savons, au moins confusément. Militer, lutter en 2021 ne ressemble pas -et ce, pandémie ou non !- à la manière dont il était possible de militer et de lutter 10 ans, 20 ans auparavant. La trajectoire que nous suivons nous amène vers une issue terrible.

    La trahison de la gauche réformiste, sous le prétexte du « moindre mal », a laissé progressivement la situation se dégrader, et a laissé passer des mesures de plus en plus réactionnaires. Composant entre les intérêts de la bourgeoisie et celle des exploité-e-s, elle a en réalité servi les premier et desservi les suivants. Au moins la droite avait la politesse de nous informer de son programme avant de l’appliquer.

    Le pouvoir politique réel, n’est pas dans l’urne, mais il est dans le contrôle concret des institutions. Et ce contrôle échappe justement au vote ou autres délibérations citoyennes. Le cœur du capitalisme français, et ses ramifications internationales, est trop important pour qu’on laisse le peuple dire son mot.

    Les issues politiques ne sont pas légion. Mais elles existent.

    Nous payons une lourde addition, notamment celle de notre faiblesse.

    La place de la France comme pays dominant au niveau mondial permet d’avoir un espace démocratique. Mais il se réduit progressivement. Nous devons en prendre conscience et agir en conséquence. Le sectarisme, l’ignorance mutuelle, les jeux de boutiquiers et de boutiquières, doivent être des pratiques du passé. Nous ne pouvons plus nous les permettre lorsque les enjeux sont si grands.

    Nous pensons que les événements politiques publics seront aussi des baromètres des capacités des organisations politique à faire front commun, que ce soit dans l’antifascisme, la lutte politique, l’anti-impérialisme et la lutte sociale. Nous pouvons en faire des victoires, des points d’appuis pour reconstituer un camp du peuple, dans un esprit unitaire et de synthèse.

    Ou nous pouvons continuer comme avant, nous nier, nous ignorer, et perdre. Cette responsabilité est la notre.

    Plus que jamais, nous pensons que la solidarité intra-militante est nécessaire. Nous ne pouvons plus nous ignorer ou nous regarder en chiens de faïence, sous prétexte de désaccords théoriques ou pratiques. Nous avons la responsabilité de lutter ensemble contre la police. Il est plus qu’essentiel de concentrer nos force sur la défense de notre camp ; cela peut passer par la connaissances de ses droits, afin de prévenir/se défendre en ligne comme sur le terrain. Nous soutenons et encourageons les collectifs de défense judiciaire, comme @relax69, @défensecollective,@observatoiredesviolencespolicières….. Et nous redoublons notre soutien aux victimes de crimes policiers: ni oubli, ni pardon. Nous vous invitons à considérer votre propre sécurité. Des conseils comme ceux-ci peuvent être salutaires.

  • Confinement et libertés : l’impossible équation ? 2/2

    Confinement et libertés : l’impossible équation ? 2/2

    La liberté insipide du capitalisme.

    Ces derniers temps, un grand nombre de « fêtes sauvages » ont fleuri un peu partout. Carnaval de Marseille, fête des quais de Lyon, fête du bois de la Cambre en Belgique… D’autres, plus discrètes, réunissent des individus de la haute société. Ces transgressions ne sont pas défendables en soi, cependant, en particulier en Belgique, elles ne justifient pas les mesures de violence de la part de la police, qui s’en donne à cœur joie.

    Parfois, d’ailleurs, ces fêtes ont été surinterprétés politiquement : soit par l’extrême-droite, comme par Florent Philippot, qui trouve là une occasion d’exister politiquement, en opposition à la « dictature sanitaire ». Mais aussi par une certaine partie de l’extrême-gauche, qui voit dans ces fêtes le pinacle de l’action politique consciente, rejoignant en cela une posture liberale-individualiste. Nos loisirs de pays riches sont d’ailleurs les enfants de l’exploitation coloniale et néocoloniale. Clamer une liberté individualiste d’en « jouir sans entrave » revient aussi à dénier le droit de se soustraire à cette surexploitation criminelle. Elle est aussi une négation du consentement à ces avidités individuelles. Imposer son « droit à la fête », c’est aussi dénier celui des autres, notamment celui des personnes les plus vulnérables, qui essaient d’échapper à la pandémie. S’il existe l’attitude individuelle, qui est une chose que nous pouvons comprendre – sans défendre – le choix de défendre politiquement comme quelque chose d’intrinsèquement positif nous laisse pantois.

    Politiquement, nous-mêmes pensons que les discours démagogiques autour des fêtes sont le reflet d’une attitude opportuniste. Si elles ne sont pas défendables, elles méritent néanmoins d’être expliquées et comprises pour ce qu’elles sont : une expression d’une usure morale importante.

    Nous pouvons soit voir tout cela comme une simple opposition individu/société, ou regarder plus loin. Pourquoi ces petites libertés, ces petits conforts, cristallisent les colères ? Il existe des raisons à cela. L’une d’entre elle est que les libertés des classes populaires, les libertés de la plus grande masse de la population, sont finalement assez ténues.

    Parce qu’on nous prive de pratiquement tout. Ces fêtes, ces enivrements, rentrent dans ce qu’on nomme « la reconstitution des forces productives ». Elles permettent à celles et ceux qui sont exploités de « recharger leurs batteries » et de retourner être exploités ailleurs. Or, inconsciemment, nous sentons que cet espace ne suffit pas.

    Le capitalisme nous a été vendu, notamment au moment de la guerre froide, comme le monde de la liberté. Il s’agissait d’un marché de dupe. En fait de liberté, le capitalisme nous a offert simplement une prison dont nous sommes les propres gardiens. Pire, il nous a fait intégrer que ses barreaux étaient ses horizons absolus, indépassables.

    Nous sommes donc, dans l’ensemble, privés, et surtout privées de libertés. De tout ce qui nous permettrait de réellement nous épanouir, de ces véritables espaces de liberté que seuls les plus riches, les nantis, les oisifs peuvent se permettre. Parce qu’on nous laisse comme liberté ces minuscules marges, ces minuscules moments, cette possession d’objets d’apparat, de bien de consommation, qui, parfois même finissent par nous posséder et nous définir autant que nous les possédons. Ces loisirs et ces possessions sont devenus des marqueurs de la réussite. Leur possession et leur pratique sont devenus les marqueurs du statut social, de la place dans la hiérarchie d’une société injuste et inégale.

    Nous avons été éduqués (et d’ailleurs surtout les hommes) en nous expliquant que c’est tout ce que nous pouvions espérer de mieux : agrandir nos espace de liberté en prenant sur ceux des autres, en amenuisant les leurs. Acheter, posséder, faire des corps des biens de consommation ou des terrains de chasse.

    La culture du viol, par exemple, est précisément un mélange empoisonné entre ce fétichisme de la possession et le patriarcat. Cette pratique réduit des humains, des humaines, au rang de produit de consommation. Les femmes et leurs corps (mais cela peut, aujourd’hui, s’étendre aussi aux couples LGBTI+, même si c’est d’une manière encore marginale) font partie des critères de la réussite sociale : qui en « aura » le plus, qui en « consommera » le plus, quitte à transgresser le consentement, quitte à tout mettre en œuvre pour parvenir à ses fins. Finalement, où est la liberté quand partout règne l’injonction ?

    Même pour la bourgeoisie les choses ne sont pas si simple. Classe en guerre contre elle-même, en concurrence constante avec les membres de sa caste, sa liberté est celle d’une noblesse de cour. Si les moyens sont plus grands, si elle peut matériellement se permettre plus de chose, elle-même est prisonnière d’un maelstrom qu’elle ne contrôle pas, et qui peut l’engloutir sans prévenir. Elle impose ses normes de consommation et de succès minable, tout en prétendant -quitte à se mentir elle même- qu’il s’agit là de la plus pure liberté.

    Nous vivons dans liberté au rabais, aliénante, une liberté-prison. Tandis que d’autres, qui ne vivent que de notre travail, peuvent se permettre de faire tout ce dont nous avons rêvé, et que nous n’entrapercevons qu’a peine. La suppression d’une partie de nos loisirs met en exergue toute leur valeur. Mais elle met aussi en exergue toute leur vide. Cette pandémie remet en perspective nos vies. Elle nous oblige à les repenser. A repenser la qualité de nos loisirs, la qualité de nos relations, de nos rapports inter-individuels. Et tout comme cette pandémie ne peut être vaincue que dans l’effort collectif, dans la solidarité, dans le respect mutuel, dans le fait de remiser une part de notre individualité, l’amélioration de nos vies en dépend aussi.

    Nous analysons la liberté comme « ce qui reste lorsque le nécessaire est réalisé ». Or, dans la course sans fin au profit, il ne peut y avoir de liberté pleine et entière, mais uniquement des simulacres. Notre liberté, celle que nous défendons, est une liberté sans les entraves économiques, sans le poids de la peur, sans le besoin de possession. Une liberté de découverte, une liberté d’échange, une liberté de construction commune.

    Nous méritons mieux que ce qu’on nous offre. Nous méritons une vie riche, épanouissante, libérée de l’entrave constante de l’économie, de l’argent, de la misère, du chômage.

    A ceux qui ont peur pour leur emploi, qui ont peur pour leurs enfants, pour leurs parents, pour leurs frères et leurs sœurs : il existe des issues. A ceux qui sont démoralisés, qui perdent espoir en l’avenir : il existe des solutions ! Et ces solutions ne sont pas « en nous », pas dans l’acceptation d’une société criminelle, dans un nirvana intérieur : elles sont dans l’effort commun, collectif, conscient : vers un but !

    Cette crise nous est imposée. Nous ne l’avons pas choisie. Nous la subissons. Mais nous pouvons décider de son issue. Soit être privés de liberté davantage, travailler plus pour nos exploiteurs, soit faire naître un monde nouveau !

    Nous méritons mieux que ça. Nous valons mieux que ça.

    Une autre société, un autre monde, une autre manière d’être est possible. Dans la culture, dans les interactions sociales, dans la découverte du monde, des autres, de l’humanité, de la nature. Nous pensons que la société actuelle, inégalitaire, nous tire en arrière. Elle nous entraîne à notre perte sur le long terme. La nature, les ressources naturelles, les hommes, les femmes, sont sacrifiés sur l’autel du profit.

    Parler d’avenir, parler d’un monde meilleur, est devenu presque indécent. L’idée d’imaginer un futur qui ne soit pas une catastrophe est presque gênant, tant nous intégrons que l’avenir est sombre.

    Et pourtant, pourtant, un autre monde est possible. Un monde dans lequel la pauvreté est éradiquée. Un monde dans lequel on ne meurt plus d’un rhume, ou d’une maladie de la pauvreté. Un monde dans lequel il est possible d’avoir une science qui serve le peuple. Un monde dans lequel les milliards et les milliards qui servent à accumuler des arsenaux immenses puissent être utiles. Un monde dans lequel les travaux aliénants, pénibles ou inutiles sont automatisés et où nous pouvons travailler toutes et tous, moins, mieux, pour une vraie part des richesses qui sont produites.

    L’humanité possède un génie créateur immense, illimité. Elle est capable de résoudre chaque problème qu’elle rencontre, elle est capable de sortir de son berceau, et aller vers l’immensité de l’univers. Combien de talents, combien d’imaginaires, combien de génie sont entravés, croulant sous le poids de la contrainte de l’argent ?

    Il est certain que l’avenir que nous offre le capitalisme est mortifère. Le progrès se tasse. L’avenir est obscurci. Nous allons progressivement vers une réduction des salaires, une réduction de l’espérance de vie, une réduction de la biodiversité. Un jour nous n’aurons plus la possibilité même d’accumuler la force de quitter une planète que nous aurons condamnée.

    Nous pouvons éviter cela.

    La colère ne doit pas nous faire oublier que le virus est un ennemi mortel.

    Cette situation est inédite, car pour une des rares fois, nous ne nous retrouvons pas dans une posture diamétralement opposée au gouvernement. Lui aussi, comme les capitalistes et les exploiteurs, n’a pas intérêt à la pandémie. Ils veulent l’exploitation la plus pacifique et la plus optimale des travailleurs et des travailleuses.

    Critiquer l’action gouvernementale est une chose légitime et nécessaire. Mais la diaboliser pour le simple plaisir de se maintenir dans l’opposition frontale est, là encore, une manière conspirationniste d’analyser les choses. Or, nous n’avons pas besoin de grossir le trait : la vérité est révolutionnaire.

    Notre responsabilité collective est de lutter contre la pandémie. De protéger les plus fragiles et les plus vulnérables d’entre nous. De faire preuve de solidarité, de patience, de résolution. Briser le confinement, refuser le masque, refuser le vaccin, revient à tuer par entretenir un cycle sans fin de souffrances. Tout abandonner dans le nihilisme cynique revient aussi à poursuivre ce même cycle infernal.

    Mais notre autre responsabilité collective est de ne pas se laisser museler. Et de ne pas se contenter d’un retour en arrière, une fois l’épidémie terrassée. Elle est de poursuivre cette solidarité, cet esprit d’unité populaire, cet résolution dans le fait de vouloir se soustraire à la misère. Mais aussi dans le fait de gagner de nouveaux droits, de nouvelles libertés, de nouvelles possibilités d’émancipation.

    Nous aspirons toutes et tous à une vie riche, épanouissante. Nous aspirons tous à la réalisation de nos désirs individuels – dans la mesure où ils ne nuisent pas. Mais cette émancipation individuelle, ce bonheur individuel, réel, concret, absolu, ne peut être atteint que par l’émancipation collective.

    Même les milliardaires, même les ultra-riches, sont enfermés dans la médiocrité de leurs existences. Non seulement ils freinent le bonheur collectif, mais il en sont eux même victimes par rebond. L’appauvrissement général dont ils sont responsable ne les épargne pas.

    Nous avons besoin de faire face coup pour coup aux attaques sur nos droits, et d’en arracher d’autres

    A nous d’éviter ça. Organisons-nous, coordinations, échangerons. Dessinons le monde de demain, et réalisons-le ! Réalisons-le avec la force infinie de ceux et de celles qui produisent tout, contre ceux qui nous privent de tout !

  • Confinement et libertés : l’impossible équation ? 1/2

    Confinement et libertés : l’impossible équation ? 1/2

    Cette tribune nous paraît essentielle. D’une part pour parler du confinement (encore ! ) mais également pour traiter certaines questions qui sont importantes et vitales. Notamment celle du ras-le-bol face à la politique de lutte contre le COVID et les mesures imbéciles du gouvernement. Nous voulions aussi répondre au développement d’un discours que nous appellerions « conspirationniste de gauche ». Un discours qui, en vendant une vision de la politique gouvernementale comme un combat contre « la vie sociale », finit par rejoindre des positions ultra-libérales et individualistes.

    50 000 contaminations journalières. Une situation dans laquelle chaque heure est comptée. Et, à nouveau, dans un cérémonial monarchique, nous avons du attendre que Macron nous accorde sa parole, qu’il nous donne ses directives.

    Elles sont simples : extension des mesures prises dans les départements les plus touchées à la France. Recours obligatoire au travail distanciel. Fermeture des écoles pour trois semaines, et quatre pour les collèges et lycées.

    Ce confinement à tout d’un confinement excepté un aspect : une efficacité certaine. Le dernier en date n’était pas parvenu à faire baisser les contaminations en dessous de 5000 cas par jours, ce qui était le seuil obligatoire pour permettre une réouverture. Ayant renoncé à suivre sa stratégie, au demeurant fort mauvaise, il s’est empêtré dans une série d’actions décousues, illisibles, usant tout. Les corps, les esprits, la patience… érodant même son efficacité.

    Aujourd’hui, le gouvernement n’a fait aucune mea culpa sur ses actions. La Cinquième République, avec ses princes-présidents puissants, est prisonnière de sa forme de pouvoir. Pour être réélu, le gouvernement doit être populaire. Pour être populaire, il lui faut appliquer une grande mesure de démagogie – ou du moins maquiller ses actions avec celle-ci. Pour conserver son poste, ses fauteuils, ses salons et ses sinécures, les membres de l’exécutif doivent faire de la demi-mesure, du moindre-mal, et ménager tout le monde, donc personne.

    Pour ne pas faire face à la réalité, il l’a niée. Négation de la saturation – combattue à coup de mesures choc, de phrases, mais pas de moyens. Négation des contaminations – surtout scolaires. Négation de l’épuisement. Rejet de l’opinion des « 66 millions de procureurs » qui critiquent son action.

    Il les a tout simplement intégrées dans une narration culpabilisante, rejetant la faute sur la population, incapable d’appliquer la discipline de fer qu’il « conseillait ». Les mensonges, l’imbécilité, le mépris créent une crise de confiance. Le sentiment général est que la lutte contre la pandémie est arrivée à un point où le gouvernement abandonne la partie, se limitant à des prises de décision minimes, acceptant la montée en pression constante. Le vaccin, l’arme ultime, tarde. La vaccination traîne. Les chiffres sont impressionnants, mais sont encore bien trop faible, comparé à une Angleterre où ils arrivent aux alentours des 52 %.

    Le pseudo-confinement arrive.

    A nouveau, les libertés sont restreintes. Les activités sont réduites. Ces mesures étaient attendues avec fatalisme, angoisse, colère parfois. Mais aussi avec l’espoir que, cette fois, la mortalité s’abaisse, que les contaminations diminuent… Car, dans la situation actuelle, les hauts taux de contaminations créent une forte entropie : les virus se multiplient et le risque de voir de nouvelles mutations s’accroît. Surtout, le risque d’en voir une échapper à la vaccination n’est pas si faible.

    Il est normal d’être exaspéré par la manière dont la pandémie est gérée. Par ces cafouillages constants, par ce sentiment d’avoir un gouvernement en-dessous de tout, qui multiplie les mesures brimantes, vexantes…et inefficaces. Un gouvernement qui, d’un côté infantilise sa population, mais qui, de l’autre, lui reproche de ne pas être suffisamment mature pour comprendre les enjeux.

    Comment ne pas l’être non plus lorsqu’on songe au scandale des passe-droits, de ces restaurant clandestins réservés à des hauts gradés de la police, à des hauts fonctionnaires. Quand le gouvernement organiser des petites sauteries entre amis, tandis que nos proches nous manquent. Que dans d’autres pays, comme en Espagne, les membres du gouvernement ont tenté de passer avant les autres pour avoir accès à la vaccination, n’hésitant pas à faire usage de tout leur poids pour y parvenir. Que lorsque les membres du gouvernement, comme Roselyne Bachelot, sont hospitalisés, les soins qui leurs sont accordés ne sont pas les mêmes qu’au commun des mortels.

    Mais aussi, que certains en tirent des profits honteux !

    Les milliardaires profitent de cette crise : elle accélère la concentration du capital, elle provoque la mort de milliers de petit commerces. Ces milliardaires n’ont pas déclenché cette pandémie, mais ils savent en tirer un profit immense. Cette richesse, ils ne la créent pas. Ils la vampirisent. Elle est prise ailleurs : chez nous, dans nos poches, de notre sueur, de notre travail.

    Les politiciens aussi en profitent : leurs projets politiques réactionnaires gagnent du terrain. Toute une cohorte de personnages répugnants essaient de tabler sur la stupéfaction de la pandémie, sur l’isolement, sur les peurs. Nos libertés sont sans cesse entravées au nom de la lutte contre des ennemis invisibles, fantasmés, ou montés en exergue. Lorsque la crise économique guette, l’étau politique se serre.

    Les conspirationnistes font leur beurre sur les angoisses : L’angoisse est un marché comme un autre. L’homéopathie l’a très bien compris, proposant des placebos hors de prix, mais remboursés par l’argent public. Il en est de même pour les conspirationnistes. N’est-il-pas ironique de voir que les producteurs de Hold Up, qui expliquent que la pandémie est une arnaque, vendent des masques protecteurs en merchandising ? Les sectes proposent un produit: une explication magique de tous les problèmes du monde au travers de la conspiration. Elle donne l’impression à ceux qui adhèrent à ces explications de partager un secret d’initié, d’être de ceux qui « sachent ». Elle est aussi rassurante : l’Humanité n’est pas malmenée par les forces de la nature, elle n’est pas ballottée par quelque chose qui la dépasse : elle est simplement au prise avec elle-même. Qu’importe si la confiance dans la science, dans le réel, est sapée : le but est tout, la démarche n’est rien.

    A ce titre, il existe aussi un réel « conspirationnisme de gauche » qui s’ingénie à vouloir voir dans les mesures gouvernementales l’expression d’un plan de longue date, d’un plan « orwellien » de lutte contre les libertés et en particulier contre la liberté d’expression. Soit par cynisme (pour rendre les publications plus porteuses), soit par naïveté sincère, ils ont répandu une série de messages faux alimentant des raisonnements paranoïdes. Le gouvernement redoute, au contraire, que le durcissement des relations entre les individus n’amène à des révoltes. La démocratie n’est pas tant une concession arrachée qu’un moyen commode de maintenir une société docile, en lui proposant des échappatoires « démocratiques », truqués, trompeurs, mais efficaces. Peut-être ceux qui professent ces théories devraient relire La société du spectacle – qui pourtant est supposé être un de leurs livres de chevet – et laisser 1984 aux fantasmes totalitaires.

    Le confinement de trop ?

    Si le fait que la vie sociale soit impactée est un effet pervers, mais pas le but des manœuvres gouvernementales, son effet est néanmoins réel et concret. Il amène aussi à une réflexion importante sur la notion de liberté et sur le sens profond de celle-ci.

    Pour certains, pour certaines, ce confinement-ter est le confinement de trop. Nous ne pouvons que les comprendre. L’enfermement, la privation de loisirs, de divertissements, de rapports humains, puisse peser. Le grand enfermement pèse sur le système nerveux de tout un chacun. La solitude pousse certains ou certaines au désespoir. D’autres subissent la promiscuité, l’absence d’espace, la pression, la violence. Ce sont des chose qu’il est impossible de nier, et qui nous pèsent à toutes et tous.

    Cette période nous fait ressentir le manque de tant de choses simples. Parler, se voir, sentir le contact des personnes qu’on aime. Ne pas avoir peur de contaminer, de mettre en danger ceux qui nous sont chers. Penser à autre chose qu’aux quatre murs qui nous enserrent. Être dehors. Voyager. Découvrir de nouvelles choses, ne nouveaux sons, de nouvelles saveurs. En somme, cette période nous ramène au fait qu’on ne peut vivre et s’épanouir par notre seul travail et par nos seuls relations de travail.

    Le confinement nous fait aussi ressentir toute la vacuité, la futilité, l’inutilité d’une quantité incroyables d’actes du quotidien. Les temps de transport à rallonge pour un travail qui pourrait être dématérialisé, les réunions sans fin… Mais à l’inverse, le caractère essentiel, irremplaçable, du travail manuel. En réduisant notre marge de liberté, le gouvernement à fait surgir des montagnes englouties par l’océan de la futilité : celles de ce qui essentiel à notre société et à nous vies.

    Mais le combat contre la pandémie ne peut pas être laissé « à d’autres », chacun y joue son rôle. A l’image de la conduite en état d’ivresse, les choix que nous faisons, les actes que nous réalisons, ont un impact sur nous même, en premier lieu, mais également sur les autres. Et ces autres n’ont parfois rien demandé.

    Certains, certaines, ont du mal à accepter ces concessions, cette discipline nouvelle, ces contraintes. Elles sont déjà tellement nombreuses.

    Ce monde est construit sur la contrainte. Une partie d’entre elle fait partie de ce contrat social qui nous permet de vivre en société, mais une grande partie des autres est injuste : contrainte de la pauvreté, du travail faiblement rémunéré, absurde, insatisfaisant…

    Parfois, une nouvelle privation d’un petit espace de liberté peut paraître insupportable. L’esprit humain n’est pas une machine arithmétique, les contraintes ne s’additionnent pas. L’esprit humain est plus algébrique, car elles se multiplient, s’accumulent, et poussent à bout les individus.

    C’est ce que beaucoup ont ressenti au moment de l’abaissement de la limitation de vitesse, avec l’apparition de radars plus nombreux, l’interdiction de fumer dans les lieux publics…et aujourd’hui avec le port du masque, les entraves physiques, la fermeture de l’horizon géographique. Nos libertés, aussi petites soient elles, paraissent diminuer progressivement. Et même quand les raisons invoquées sont légitimes, telles que la lutte contre la pandémie, elles n’empêchent pas le ressentiment, le dépit, l’exacerbation des tensions.

    Mais que valent-elles sous le capitalisme ? (la suite dimanche)

  • Confinement 3.

    Confinement 3.

    Le confinement numéro 3 est déclaré.

    Comme de nombreuses trilogies, le premier opus est original, le deuxième terni, le troisième carrément minable. C’est aussi le cas de ce confinement-ter.

    Un confinement informe.

    Nous sommes en désaccord lorsque la page anarchiste-autonome Nantes Révoltée indique que le gouvernement fait la guerre à la vie sociale. C’est une demi-vérité. En réalité, le gouvernement propose un savant calcul : entre acceptabilité des mesures, espoir démagogique d’être réélu, maintien de l’économie et des profits, et, enfin, lutte contre l’épidémie. La vie sociale n’est pas jugé comme une ennemie, mais uniquement comme une variable secondaire.

    Le problème de ce calcul est que son résultat est un moyen-terme, une demi-mesure. Les résultats sont là : l’épidémie frappe plus fort encore que pendant la 2e vague.

    « il est possible de sortir de chez soi pour se promener, s’aérer ou faire du sport, en journée, sans aucune limitation de durée mais avec une attestation et à la condition de rester dans un rayon limité à 10 kilomètres autour de chez soi » : En somme, les principales causes de contamination (transport en commun, école, travail) ne sont pas directement impactés. Quant à ceux et celles qui ont, jusque là, fait fi de ce confinement et de cette distanciation, il est illusoire de croire que cette injonction suffira à les faire changer d’avis.

    La tactique de Castex et de Macron se limite donc, à nouveau, à demander d’appliquer les mesures de distanciation (avec, à la clé, des campagnes de communication ridicules), et de demander, si possible, du télétravail. En somme, il se défausse.

    C’est un démenti terrible qui frappe à la fois le gouvernement ceux qui prônaient le « vivre et laisser mourir ». Les libéraux et les négationnistes de la pandémie sont au pied du mur. Vivre avec le virus s’est retourné contre eux. Le virus mute, se modifie, contamine, recontamine. Pendant ce temps, les urgences se remplissent, les opérations sont déprogrammées… et ceux qui ont été contaminés font face à des séquelles handicapantes et parfois graves.

    La pandémie dure. Pourtant, nous pensons qu’il est encore possible d’accepter un confinement strict. En dépit des difficultés, en dépit de l’épuisement… Nous pensons qu’il est possible de faire cet effort ultime, pour que les urgences désemplissent, pour que le taux de positivité diminue, pour que les clusters s’éteignent.

    Nous pouvons accepter cette épreuve.

    Nous pensons que nous pouvons accepter encore une épreuve supplémentaire. Trouver en nous la capacité de faire face à ces défis. Bien que nous puissions comprendre aisément que pour certains et pour certaines ce soit une épreuve d’une difficulté immense. Il est vrai que trop, c’est trop !

    Ainsi, nous ne pouvons pas ne pas condamner le carnaval de Marseille, où 6 500 personnes se sont rassemblées sans masques et sans distanciation. Nous comprenons le besoin individuel de divertissement, de socialisation, mais le problème est ailleurs, car nos actes individuels ont des répercutions collectives. De même que l’alcool au volant ne menace pas que la vie de celui qui s’en rend coupable, mais peut impacter celle des autres, le non-respect des gestes barrières est une entrave à la guérison de toutes et tous.

    Cette épreuve concerne l’ensemble des aspects de nos vies, elle pose la question de la définition même de la liberté. Nous, nous l’interprétons comme la fille de la nécessité. Elle est l’espace qui nous appartient quand le nécessaire est réalisé. Au travers du Carnaval de Marseille, nous pensons que c’est le conflit entre la conception libérale et individuelle de la liberté et la conception collective de celle-ci qui s’affronte.

    Ce type d’acte fait reculer la lutte contre la pandémie. Elle rend hélas le besoin d’un confinement strict encore plus patent. Mais il faut qu’il débouche sur quelque chose. Sur une solution, sur une issue, sur la possibilité de pouvoir à nouveau se projeter vers un avenir, vers une sortie, vers la fin de cette pandémie.

    Vaccins ou jeux de puissants ?

    Nous avons besoin de la vaccination générale. Les efforts louables de privilégier les personnes vulnérables peuvent réduire le nombre de morts, mais ils n’impactent pas la dynamique. Tant que les personnes clés, les plus contaminantes, ne sont pas vaccinées, l’épidémie pourra se poursuivre.

    Le gouvernement a reconnu que la campagne de vaccination avait démarré « trop tard » et « pas assez fort ». C’est un euphémisme ! D’ailleurs, les manœuvres pour donner l’impression que les choses avancent (vaccination par les pharmaciens, vaccinations par les vétérinaires ou par les dentistes…) camouflent mal le problème majeur : il n’y a pas de doses.

    Mais nous ne pouvons pas, pour autant, accepter que les autres pays, que les continents moins riches – et plus vulnérables – soient privés de vaccin. Nous en avons assez de ces petits jeux, de ces manigances qui visent à refuser certains vaccins sur la base de leur origine. Le clivage géopolitique qui conduit à dénigrer les vaccins chinois ou russe est inacceptable.

    Macron a parié, et il a perdu. Nous en payons le prix.

    Depuis l’échec du confinement-bis, le moral des habitants et habitantes du pays est bas. Les perspectives économiques et sociales sont mauvaises. La morosité est constante. En dépit du fait qu’il mette l’économie en avant, beaucoup de petits commerces périclitent. Et ça n’est qu’un début. Lorsque « l’économie de guerre » macronienne s’arrêtera, une crise nouvelle commencera. Finalement, hormis une petite poignée de capitalistes monopolistes, qui se sont repus tant de la fin de la concurrence que de l’argent public, tout le monde est perdant.

    Pourtant Macron refuse de faire un mea culpa. Boris Johnson et Angela Merkel se sont livrés à cet exercice : reconnaître ses torts, accepter d’avoir failli. Macron et son gouvernement, comme à leur habitude, s’y refusent. Il y a là une illustration d’une des faiblesses de la démocratie à la française.

    Merkel, par exemple, est une dirigeante nommée par le Bundestag, elle n’est pas une monarque républicaine. Macron, qui est président d’une démocratie présidentielle, autoritaire, née d’un coup d’État, est intouchable. Infatuée de son orgueil, il se permet d’être méprisant.

    Le gouvernement cumule décidément. Entre la négation des violences policières, la négation des contaminations en milieu scolaire, les mensonges… et l’attitude individuellement stupide de personnes comme Roselyne Bachelot, qui fait fi de la distanciation sociale et des gestes barrières. Au moins, elle a possiblement contaminé Michel Sardou.

    Nous avons pu voir, au cours de cette pandémie, toute l’incompétence de politicards sans vergogne. Nous avons vu la vulnérabilité de notre système hospitalier.

    Nous avons vu le mensonge constant, omniprésent.

    Nous avons vu les limites du libéralisme, son hypocrisie.

    Nous méritons mieux que ça. Nous méritons mieux que cet avenir de médiocrité, de misère, de crise économique.

    Mais nous pensons que cet avenir ne dépend que de nous, que de notre capacité à pouvoir œuvrer ensemble à contrer les assauts gouvernementaux, à conjurer la crise et la misère, à riposter coups pour coups.

    Luttons ensemble, contre la pandémie. Soyons distanciés physiquement mais unifiés socialement : un bloc populaire, pour mettre un terme à la misère !

  • Un an de confinement (Partie 2) : les origines

    Un an de confinement (Partie 2) : les origines

    Retour sur les origines.

    Petite parenthèse ironique. Sur Netflix, la série En Bref présentait en septembre 2019 un documentaire intitulé La pandémie qui vient. Durant cet épisode, il était expliqué que nous courrions un risque immense de voir un jour arriver une pandémie. Le modèle-type était décrit : probablement une zoonose, c’est-à-dire un virus mutant transmis de l’animal à l’homme ; probablement dans une région dans laquelle on trouve des marchés « humides », c’est-à-dire où la viande est vendue sur pied et tuée à la demande ; probablement dans une région comme la Chine, où le SRAS était apparu de cette manière.

    Elle indiquait également que les canaux de la mondialisation pourraient transmettre ces virus avec une célérité ahurissante, et rapidement atteindre le monde entier. Mais elle indiquait aussi, tristement, que les gouvernements traînent des pieds à mettre en place des systèmes préventifs et des stocks stratégiques en case de pandémie : cela est coûteux, et face à une menace incertaine, aléatoire, il est toujours facile de remettre à demain les mesures à prendre. A la suite du déclenchement de la pandémie, l’équipe a produit une nouvelle version, détaillant aussi la course au vaccin. Elle mérite d’être vue.

    Il faut dire qu’ils ont vu juste. A moins d’une surprise colossale – ce dont rêvent les conspirationnistes – il est pratiquement certain que la pandémie est surtout terriblement banale. Un pathogène qui se transmet d’un animal réservoir à l’homme, et qui se répand par la suite. La peste, la syphilis, le VIH, la grippe porcine, aviaire, espagnole, le SRAS, le MERS… sont toutes des maladies qui ont suivi ce tracé là.

    Dans le cas de la grippe espagnole, il est même possible de remonter jusqu’aux origines : le Kansas. Pendant la Première Guerre mondiale, un fermier porteur de la grippe humaine et un poulet porteur de la grippe aviaire sont dans le même espace : une grande basse-cour. Ils ne peuvent se contaminer mutuellement. En revanche, ils peuvent contaminer un porc. Dans les cellules de celui-ci, les deux virus transmettent leur ARN, ce qui leur permet de faire de celles-ci des usines à copie. Sauf que les deux le font en même temps, fusionnant leurs ARN pour en créer un nouveau. C’est quelque chose qui n’est pas exceptionnel. En revanche, dans la grande majorité des cas, les virus mutants sont moins efficaces, bancals, stériles. Dans quelques cas, cela créé une nouvelle souche. Dans le cas du Kansas, cette souche va se répandre comme une traînée de poudre, profitant de l’envoi d’un corps expéditionnaire américain en Europe. Il en résulte plusieurs millions de morts.

    Dans celui du VIH, c’est le déboisement de la forêt congolaise, la consommation de « viande de brousse » et le contact avec des espèces tropicales qui ont provoqué la rupture des barrières entre espèces. L’épidémie est restée discrète jusqu’aux années 1970, date à laquelle le développement de la mondialisation et du transport mondial lui a permis de s’implanter aux USA.

    Le virus qui provoque la Covid suit très certainement ce même schéma, très bien anticipé par En Bref. Il est tristement banal, et tristement classique. Mais il bénéficie lui aussi de l’incroyable accélérateur du transport mondial, de la densité de population, de la mauvaise application de mesures prophylactiques (lavage des mains, masques en cas de maladie…).

    Comme dans toute période d’angoisse, la politique s’en mêle également, et avec elle un lot de fantasmes.

    Un virus « chinois »?

    Il est clair que la Chine n’a pas fait preuve d’une grande volonté de transparence quant à cette pandémie. Elle a agi avec la prudence d’une puissance montante, laquelle tient à cacher secrète toutes ses faiblesses, pour qu’elles ne soient pas exploitées par ses potentiels – ou réels – adversaires. Ce silence a joué un rôle dans le fait que la pandémie ait plus se disséminer davantage, mais il ne s’agit pas d’un acte volontaire. Il est indéniable qu’elle a mis en œuvre tous les moyens possibles pour juguler celle-ci. L’impressionnant confinement de la ville de Wuhan a été parfois utilisé en exemple d’un totalitarisme chinois.

    Cependant, les accusations qui ont eu pour but de démontrer le fait qu’il s’agisse d’une expérimentation ou d’un produit préparé n’ont été étayée que par des preuves douteuses, fictives, ou mal interprétées. Elles sont allées de la simple confusion avec les autres types de coronavirus jusqu’à des inventions pures et simple. Surtout, elles ont procédé d’une manière non scientifique : soit par la pétition de principe soit par l’inversion de la causalité. Lorsque nous détaillerons les logiques conspirationnistes, nous aurons l’occasion de détailler cela plus précisément, mais dans l’intervalle, nous pensons qu’il est important d’expliciter ces deux principes.

    Dans la pétition de principe, les « chercheurs de vérité » ont procédé ainsi : ils sont partis du principe qu’il y avait une influence humaine et une action humaine à l’origine de cette pandémie, et sont donc partis à la recherche de signes, plus que de preuves. Or, dans une ville de la taille de Wuhan et dans un pays continent comme la Chine, il est aisé d’en trouver.

    Wuhan, avec ses 11 081 000 habitants et habitantes en 2018, n’est pas une bourgade. De la taille de Paris et de sa banlieue, la ville est une vraie métropole. Elle possède donc des installations universitaires et de recherche qui sont à la hauteur de sa taille. Parmi celles-ci, il existe effectivement un laboratoire P4, dédié aux maladies infectieuses. Mais il existe 1 356 laboratoires d’études sur les virus dans le monde. Si deux sont classés P4 en Chine, ce n’est pas du fait de la dangerosité des coronavirus, mais plus d’autres maladies nettement plus fatales. Pour le moment, il n’existe aucune preuve qu’il s’agisse d’un virus échappé d’un laboratoire, et encore moins d’un virus construit par l’homme.

    Il est vrai qu’il existe des expérimentations pour créer des virus chimères. Il n’est pas exclu non plus qu’il existe des armes virales ou bactériologiques. Cependant les probabilités sont minces. Dans un cas comme dans l’autre, nous ne pouvons que constater certaines choses. Pour un virus supposé bricolé, il possède un comportement qui est tout à fait banal. Rien ne le rend exceptionnel. Ni dans ses mutations, ni dans ses effets – encore qu’ils ne soient pas complètement élucidés.

    Pour un virus militaire, en particulier si celui-ci devrait servir à réduire la population terrestre, c’est un bien piètre outil. Il est incontrôlable – ce qui est le travers de toute armes biologique – et il n’est guère létal. D’une manière générale, c’est là un travers des armes biologiques : elles ne sont pas discriminantes.

    Un virus américain ?

    L’autre branche de la tenaille conspirationniste s’est nourrie d’un « à qui profite le crime ». Or, là encore, il s’agit d’une faille de raisonnement. Il inverse les principes de causalité, et il fait de la capacité de résilience, d’adaptation, une preuve d’intention. En soi, dans la plupart des situations, bonne ou mauvaise, des opportunités nouvelles ou des possibilités d’adaptation existent. Certains, certaines, sont plus efficace que d’autres à savoir saisir la balle au bond, et à utiliser des situations à leur avantage. Ainsi, la pandémie à fait naître, par exemple, des perspectives pour l’Asie, qui s’est libérée rapidement des entraves liées au Covid. Les milliardaires en ont tracé d’autres, en dépit de la récession, pour s’emparer de parts de marché détenues par leurs concurrents et par la petite bourgeoisie… Pourtant ils n’ont pas intérêt en soi à provoquer cette crise : elle aurait été un double saut périlleux dans le vide.

    Tirer profit, cela ne signifie pas être à l’origine de cette pandémie.

    Ainsi, tandis que beaucoup accusaient la Chine, d’autres ont accusé les USA, l’Europe, ou, même les Juifs. En partant d’un affrontement – réel – entre capitalistes, ils ont limité leur champ d’investigation aux relations géopolitiques ou à une grille de lecture purement militaire, oubliant ainsi totalement deux acteurs : la Nature et le hasard.

    Arguments sans preuve, se répondant sur la base de supposition biaisées, nourries de preuves bancales… Les théories du « grand reset », de l’arme de guerre ou d’autres buts de ce type paraissent bien naïves. Sans preuves tangibles d’un caractère exceptionnel

    En revanche, leurs effets ont été très concrets. Dans ceux qui « profitent du crime » il existe une cohorte de racistes et de xénophobes qui s’en sont servis pour alimenter la haine. Le racisme anti-asiatique connaît depuis, surtout aux USA, des sommets. Ainsi, il y a quelques jours, une tuerie à Atlanta a visé plusieurs salons de massage asiatiques, causant 11 morts. Le mobile raciste semble être au centre de cet acte.

    La peur panique et les mensonges ont aussi un autre effet : cela pousse les personnes vulnérables à s’isoler ou à se recroqueviller sur des communautés sectaires qui s’unissent autour des mêmes croyances. Une explication des événements, donc rassurante. L’hostilité provoquée envers les mesures gouvernementales, prophylactiques ou de soin (masques, vaccins, confinements…) représente un aspect criminel de ces pratiques.

    Nous pensons que nous pouvons qualifier ce virus de tristement banal et de tristement prévisible. Il a été le révélateur des faiblesses des uns et des autres, en en particulier a provoqué un coup dur au prestige du système de santé occidental.

  • Un an de confinement (Partie 1) : le bilan

    Un an de confinement (Partie 1) : le bilan

    Un an après le début du confinement, nous voulons tirer un petit bilan de cette période.

    Au moment où nous écrivons ces lignes, l’incertitude demeure. Rien ne permet de savoir de quel côté la balance épidémiologique peut pencher. Les choix opérés par le gouvernement français depuis septembre ont été marqués par l’atermoiement, le moyen-terme, l’indécision. Si il n’existe pas – pour le moment – d’explosion nouvelle, de troisième vague ravageuse, nous restons sur le fil du rasoir.

    La politique gouvernementale a été marquée par une série de tergiversation, d’hésitations, de compromis. Tandis que, durant 2020, le Comité Scientifique a été l’acteur principal, son rôle s’est éteint progressivement, pour être escamoté au profit du gouvernement. Il y a de quoi s’interroger.

    Ce comité a été fortement critiqué pour des motifs tout à fait recevables. Il avait été composé par une cooptation gouvernementale, il n’avait pas de comptes à rendre à l’Assemblée…En somme il concrétisait parfaitement la vision gaullienne de la transformation de l’État : une techno-structure régnante, capable, au nom d’une hypothétique objectivité scientifique, de décider à la place des interfaces démocratiques.

    En dépit de cela, ce comité a été réduit progressivement au silence. Pourquoi ? Tout simplement car les décisions gouvernementales commençaient à s’en écarter, pour en diverger ensuite fortement. Le gouvernement, en effet, à choisi le hasard face à la fermeté, renonçant à des confinement, pour s’orienter vers une gestion plus souple de la crise.

    Ainsi, à l’origine, les contaminations devaient passer en dessous des 5 000 par jour pour que le confinement soit levé. Cependant, il l’a été, en dépit d’un maintien aux alentours des 20 000. Le fait qu’il n’y ait pas eu d’explosion immédiate a été célébré comme une « victoire de Macron sur les sachant » par ses thuriféraires. Elle a révélé que Macron n’est pas seulement une personne qui célèbre occasionnellement Pétain, il en a aussi adopté la marotte de 1917. Tandis que Pétain voulait « attendre les Américains et les chars », Macron lui propose de gérer l’épidémie en attendant les effets de la vaccination. Pour le moment, le pari tient… en apparence.

    Cependant, cette victoire est incertaine, coûteuse, précaire.

    La pensée qui sous-tend le raisonnement de Macron est simpliste et mathématique. « Les contaminations sont stables, dont l’épidémie est gérée. » Le gouvernement oublie en cela plusieurs paramètres essentiels.

    Le temps de latence : entre la contamination et les symptômes, puis entre les symptômes et le test, plusieurs jours se passent. Entre le test et le résultat, un délai supplémentaire s’adjoint. Entre les remontées des tests et leur publication, un autre s’adjoint encore. Il en est de même quant au temps qui s’écoule du déclenchement de la maladie à l’hospitalisation. En réalité, le gouvernement conduit une politique avec des informations déjà périmées.

    La dynamique interne : les chiffres n’ont pas de sens s’il n’est pas pris en compte une dynamique interne. Une contamination n’a pas le même sens en fonction de son lieu et de son cadre. Le remplacement des virus type 1 par de nouveau type peut laisser penser une chose : les contaminations peuvent très vite passer d’une suite arithmétique (1 contamination + 1 contamination…) à une suite logarithmique (1 personne contamine 2 personnes qui en contaminent 4…) en fonction de la contagiosité du variant. Cette absence de prise en compte des bonds qualitatifs (même si la qualité, en l’occurrence, est plutôt désagréable!) montre l’impact d’une pensée bureaucratique et comptable.

    C’est là un problème de fond. Mais à celui-ci s’ajoute un problème de forme.

    Car cette politique pose trois problèmes :

    Premièrement :

    Les hôpitaux fonctionnent en flux-tendu. Cela les oblige à ralentir l’attribution de moyens financiers et humains à d’autres services. Les soins non-Covid sont moins suivis, notamment pour les maladies chroniques ou les cancers. De fait, comme les personnes accèdent à des soins plus tardifs, elles arrivent dans un état plus grave. Cela se ressentira, lorsque les statistiques pourront être complétées, par une surmortalité non-Covid, mais liée à la pandémie.

    Le personnel hospitalier est soumis à une surcharge de travail immense depuis plus d’un an. Il est passé d’un climat de sprint à un marathon, et ce ne sont pas les applaudissements éphémères qui vont lui permettre de récupérer. Cette surcharge de travail se traduira également dans un taux de démissions, de contaminations, de burn-out, mais aussi d’épuisement et d’erreurs médicales sans cesse croissant.

    La marge de manœuvre des hôpitaux est extrêmement faible. C’est-à-dire qu’un nouveau pic contaminatoire peut provoquer dans un délai extrêmement bref une saturation complète des services. Cette saturation mettra à nouveau le personnel hospitalier dans l’obligation de faire des choix.

    Deuxièmement :

    En maintenant un haut niveau de circulation du virus, le gouvernement prend un risque extrêmement élevé : celui de voir des variants nouveaux prendre le pas sur le virus classique, ce qui est d’ores et déjà le cas pour le virus anglais. Surtout, il prend le risque inconsidéré de créer de nouveaux types de variants. Cette politique peut mettre en péril l’intégralité du programme de vaccination.

    Le profil des malades a évolué depuis le début de la pandémie. Les personnes âgées sont moins nombreuses, tandis que les contaminations chez les jeunes sont plus importantes. Or, si la mortalité est plus faible chez les plus jeunes, ce n’est pas le cas des séquelles. Des études ont démontré que les séquelles neurologiques (souvent consécutives aux pertes d’odorat) sont plus importantes chez les jeunes qui chez les personnes âgées (chez qui la forme la plus aiguë est pulmonaire.).

    De plus, il reste l’énigme du Covid-long, qui peut frapper toute personne, quelque soit son état de santé ou son âge. Plus le virus circule, plus il existera de personnes confrontées à ces dangers.

    Troisièmement :

    Cette pandémie n’est pas « gratuite », ni moralement, ni financièrement. La politique du moindre mal et du métro-boulot-dodo permet de sauver l’essentiel : le taux de profit des plus grands capitalistes. Ils ne sont donc pas en danger – sauf quand, par vanité, ils s’écrasent en hélicoptère. L’essentiel est sauf. Dans l’ensemble, le grand capital profite de la crise, car il est plus solide, plus résistant, et qu’il sait également capter les deniers publics. Son avenir est par ailleurs radieux : il pourra profiter des crises pour racheter à bas prix les concurrents à l’article de la mort.

    Mais pour les entreprises plus vulnérables, PME, TPE, artisanat, ou pour les travailleurs et les travailleuses plus précaires, une épée de Damoclès est suspendue au-dessus de leur tête. L’endettement, le surendettement, les carnets de commande vide, les magasins fermés…1 Cette situation critique – dont les conséquences les plus profondes se manifesteront à la fin des aides d’État – créé une situation d’instabilité économique, et, par voie de conséquence, politique. Pour le gouvernement, ce n’est pas un but, mais bien une conséquence perverse d’une politique lâche. En maintenant le pays à moitié fermé, il rend impossible les conditions de sa réouverture. En dernière instance, les petits capitalistes et les plus précaires ont largement perdu plus dans cette période que au cours d’un confinement strict.

    Le coup moral devient de plus en plus lourd. Le confinement de mars, bien qu’ayant aussi sa part de dureté, était sidérant. Il s’agissait de quelque chose d’inconnu depuis la grippe espagnole. Il s’agissait d’une de ses situations d’urgence absolue, d’exception, qui tend à faire oublier le reste. Cependant, tout comme pour l’hôpital, lorsque le sprint devient une course de fond, un marathon, les choses changent. La stupéfaction, l’impression de tournis des événements a laissé la place à la laideur d’un quotidien bien commun, mais dont les divertissements ont été retirés. Aujourd’hui, le sentiment général est celui d’avoir été volé d’une année de nos vies. Si nous faisons la part des choses sur cette question-là2, nous ne pouvons nier que le prix à payer devient exorbitant.

    L’enfermement, les couvres-feu, la mise entre parenthèse de la vie sociale et affective se paie. Violences conjugales accentuées, agressivité, nervosité, dépression, désespoir… La jeunesse étudiante, notamment, enfermée dans ses 9m², à un âge dans lequel la vie sociale est primordiale, a payé un lourd tribut. Les femmes, comme nous l’avons mentionné dans notre communiqué du 8 mars, ont été en première ligne sur tous les fronts, et ont subis un harcèlement accru avec la levée du confinement.

    Ces trois raisons font que la politique du gouvernement est non seulement singulièrement contre-productive, mais même dangereuse. Elle est aussi le fruit de l’intervention du calendrier électoral. En cette période, il faut mieux des moyens termes qui déçoivent un peu tout le monde, qu’un choc qui en aliène certains. Quelques dizaines de milliers de morts valent bien cela.

    Nul doute que, à l’heure actuelle, le gouvernement prépare une réélection. Après avoir été le missile à tête chercheuse de la bourgeoisie la plus rapace, Macron et ses sbires ont pris goût à leurs fonctions. Il faut reconnaître, en toute objectivité, qu’ils possèdent un boulevard devant eux.

    Une conjonction favorable des astres leur assure une chance de gagner en 2022. La configuration est, il faut l’admettre, rêvée. La gauche institutionnelle ne s’est absolument pas montrée capable de pouvoir intervenir dans le débat politique. Elle s’est contentée de jouer les observatrices, tout en ayant perdu (mais c’est valable pour l’extrême-gauche aussi) une partie de son contact avec la population, notamment dans le cadre des luttes sociales.

    Le centre de gravité du débat est fermement arrimé entre droite et extrême-droite. Les lignes éditoriales des journaux, les débats télévisés, les débats politiques… sont intégralement noyés par une déferlante ultra-réactionnaire. La pandémie a accentué les peurs ancestrales. Peur des sorcières-féministes, peur des ennemis intérieurs, des espions, des saboteurs islamo-gauchistes, peur de l’extérieur, de la concurrence internationale, des conflits extérieurs.

    Tandis que la situation économique se dégrade, la situation politique plonge également. Des termes, qui n’avaient plus droit de cité depuis l’écrasement du Reich, sont de nouveau au centre du débat. Et l’extrême-gauche, le camp du peuple, n’est pas suffisamment forte pour imposer son ordre du jour.

    Avons-nous tiré les conclusions de cette période ? Sommes-nous prêts et prêtes à affronter un avenir complexe, inquiétant, anxiogène ? C’est une question ouverte. Cette brochure a vocation à apporter sa contribution à ce débat.

    1Nous sommes obligés de noter un fait : les charlatans de l’homéopathie ont pleuré sur l’absence de grippe, du fait du port du masque, ce qui a réduit leur recettes. Leur appellation : « marché du rhume et de la grippe » montre bien leur vraie nature. S’il existe une branche de l’industrie pharmaceutique à liquider en priorité, c’est bien celle-ci et celle des remèdes new-âge.

    2Notamment dans la conclusion de cette série d’articles.