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  • Climat et « collapsologie », l’impasse d’une pseudoscience

    Climat et « collapsologie », l’impasse d’une pseudoscience

    Le rapport du GIEC tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur la situation climatique et sur les dangers actuels. Nous avons communiqué à plusieurs reprises sur cette question, et nous ne souhaitons pas commenter ce rapport plus longtemps.

    Cependant, nous constatons deux choses : premièrement que les États, en tant qu’agents des intérêts coalisés de bourgeoisies, sont dans l’incapacité totale de pouvoir faire face à ces questions. Ainsi, les scénarios les plus sombres semblent les plus réalistes.

    Ce qui amène à la seconde chose : quelle réponse ? Nous défendons une conception qui est celle de l’écologie totale. (cf. article + podcast). Nous considérons qu’il s’agit de la position la plus adaptée et la plus juste. D’autres existent cependant.

    Ainsi, il existe une réponse nihiliste, basée sur l’idée d’un effondrement inéluctable de la société : la collapsologie.

    La collapsologie, cette pseudoscience de l’effondrement, table sur un cataclysme mondial, brutal, qui ramènerait l’humanité au stade de petites collectivités autonomes les unes des autres. Non seulement c’est improbable, mais est-ce souhaitable ?

    C’est improbable parce que les sociétés sont résilientes : elles sont capables de surmonter les obstacles, les épreuves, de s’y adapter, d’y réagir. Elles sont mobiles, malléables. Pendant la Guerre Civile Russe, par exemple, la presque totalité de la classe ouvrière et des fonctions industrielles a été absorbée par le conflit. Les ouvriers sont retournés vers les campagnes ou étaient mobilisés dans l’armée. La société a perdu en complexité et s’est recentrée sur des fonctions vivrières jusqu’à la fin de cette guerre. Ensuite, elle s’est progressivement re-complexifiée, respécialisée durant la NEP et durant le Grand Tournant de la collectivisation et de la planification. Cela n’a pas été une tâche aisée, mais cela illustre bien la capacité de reconstruction des sociétés, et même de transformation.

    Quand la crise écologique s’approfondira, il est sûr que des situations dramatiques auront lieu. Il est possible qu’elles aient des impacts brutaux sur l’ensemble du monde. Mais il est douteux d’imaginer l’ensemble des structures sociales se fragmenter. La désertification, la surchauffe, les crises toucheront d’abord les régions les plus pauvres ou celles qui possèdent le moins de moyen d’y faire face. Avant qu’elles ne menacent les cœurs battants des impérialismes, il existe bien des fosses communes à creuser.

    La croyance selon laquelle le monde est une mécanique fragile qui peut s’enrayer d’un seul coup a été infirmée par la capacité de réaction à la crise du COVID, dans laquelle, finalement, le rattrapage économique semble très rapide.

    Les capitalistes, les exploiteurs, trouveront d’autres manières d’investir, dans d’autres domaines. Même si la possibilité de dystopie existe, elle ne sera sûrement pas un retour à la nature. Elle se traduira par une baisse spectaculaire de niveau de vie pour certains, donc par une baisse toute aussi spectaculaire des droits politiques. Mais même l’épuisement des minerais précieux, s’il nous condamne à une impasse technologique, ne condamne pas le capitalisme.

    Serait ce positif ?

    Le retour à de petites communautés ayant peu d’échanges les unes avec les autres pose une série de problèmes importants. Elles entraînent forcément la disparition d’un grand nombre de fonctions complexes.

    Prenons la santé :

    Pour faire une IRM, par exemple, il faut non seulement des compétences techniques poussées, qui ne peuvent émerger que dans une spécialisation à outrance des ingénieurs chargés de la concevoir, des opérateurs et opératrices chargés de les utiliser et des médecins chargés d’inclure cet élément dans un protocole de soins. Cela demande donc une société complexe, capable de dégager des surplus alimentaires suffisants pour pouvoir permettre à des personnes de ne pas consacrer leur vie à des activités vivrières. Cela demande des échanges à longue distance pour rassembler les matières premières, les raffiner, les transformer en produits semi-finis et les assembler.

    C’est donc un modèle qui n’est pas compatible avec les petites communautés agricoles autonomes, lesquelles ne peuvent produire de surplus suffisant, faute de mécanisation, ni même ne peuvent se spécialiser dans un domaine ou un autre.

    Cela n’empêche d’ailleurs pas ces communautés, dans lesquelles règne des échanges marchands et une division en classe, de construite aussi les bases d’une renaissance du capitalisme.

    Cette petite production marchande n’abolit ni l’exploitation ni l’oppression. Soit elle végète dans une situation perpétuellement primitive, uniquement peuplée de paysans, mais sans production manufacturière, sans outils, sans artisans, sans médecins, sans spécialisation aucune, ou alors elle doit aller vers la complexification, donc se stratifier en société de classe. En société dans laquelle les rapports marchands existent, dans lesquels la possession de la terre existe, donc dans laquelle l’enrichissement aussi existe.

    Elle produit invariablement les mêmes effets : ceux d’une tendance à l’accumulation du capital, donc à la renaissance progressive des bases d’une société capitaliste. Elle amènerait donc, en ayant simplement « perdu 2000 ans » a revenir aux mêmes principes, aux mêmes maux qu’aujourd’hui.

    A l’inverse, le développement actuel, la socialisation du travail – le fait que les individus travaillent ensemble dans un découpage des tâches – créé la base du dépassement du capitalisme et du passage à un système dans lequel les moyens de production ne sont plus accaparés par une poignée, mais sont la propriété du peuple tout entier.

    C’est donc un choix de société : celui de revenir vers un passé mythifié, fantasmé, mais dans lequel il faut s’attendre à voir renaître des sociétés féodales, esclavagistes ou précapitalistes. Un passé dans lequel l’espérance de vie sera divisée par deux. Ou alors aller vers l’avenir.

    Nous sommes devant l’obstacle. Soit il faut le sauter, soit il faut renoncer. Arriver à un stade supérieur au capitalisme, à l’impérialisme, est pour nous la seule voie possible.

    La concentration, la captation des richesses, entre les mains avides de rapaces entrave le développement et l’avancée de l’humanité dans son ensemble. Les milliardaires se sont mis en tête de se lancer dans le tourisme spatial alors que des millions meurent encore de faim. C’est d’un goût douteux, mais c’est aussi une illustration de leur propre impuissance : la richesse de ces personnages, utilisée à des fins individuelles, leur permet de faire un saut de puce dans le grand vide. C’est bien faible comparé à ce que ces richesses pourraient produire comme avancées, employées avec intelligence.

    Eux-mêmes, d’ailleurs, sont limités par leur propre action délétère. Ils font des incursions dans des domaines qui leur plaisent ou dans lesquels ils veulent investir, mais ils entravent la marche générale de l’humanité : c’est-à-dire la capacité qu’a l’humanité d’avancer toute entière sur le chemin du progrès. En empêchant cela, ils s’empêchent aussi eux même d’en profiter. Ils mourront peut-être, ainsi, d’une maladie dont le traitement n’a pas été développé, car les budgets sont vampirisés par l’armée – pour défendre l’impérialisme contre des concurrents ou des gens qui veulent s’en libérer – ou par des soucis de rentabilité. Car l’humanité n’est pas qu’une abstraction, ça n’est pas qu’un concept : c’est aussi une réalité. Plus nous nous libérons de l’esclavage économique, plus nous pouvons nous consacrer à d’autres choses, plus utiles, plus profitables pour l’ensemble d’entre nous. C’est une nouvelle fois la liberté de tous qui est le marquer de la possibilité de liberté pour chacun et chacune.

    Faire des moyens de produire les richesses une propriété du peuple tout entier, ça n’est pas que faire un acte de justice sociale. C’est aussi ouvrir la voie à une nouvelle forme d’économie, qui soit, de fait une négation de l’économie actuelle. Une nouvelle économie qui, au lieu d’être une économie politique, devient une abolition de la politique : elle devient une gestion démocratique, collective, raisonnée des richesses planétaires, naturelles, culturelles et sociales. Elle devient non seulement une gestion des ressources naturelles renouvelables, mais surtout une préparation d’une étape nouvelle, inéluctable pour la survie de l’humanité : la capacité de quitter le berceau dont elle est issue et de trouver son destin dans l’univers entier.

    Notre ère est celle du choix. Soit l’humanité franchit le stade du capitalisme, de l’accaparation parasitaire, de la prédation, soit elle se condamne elle-même à vivre l’enfer.

    Les partisans de la collapsologie, les survivalistes, vivent dans l’attente d’un « Grand crépuscule ». Non seulement ils n’essaient pas d’agir dessus pour le stopper, mais ils l’espèrent, ils l’attendent de leurs vœux. Il y sont idéologiquement préparés, souvent avec des thèses ultra-réactionnaires à l’appui. Ce n’est pas une coïncidence si ces mouvements sont souvent peuplés de néo-nazis. Le Blut und Boden, le sang et la terre était une de leurs marottes. Ils rêvent d’une lutte à mort pour la survie, en pensant être ceux qui la gagneront.

    Mais pour reprendre un savoureux tweet par Turing Police traduit par nos soins : « Vous devez accepter le fait qu’en réalité, dans un monde post-apocalyptique, il y a 99 % de chances que vous mouriez de diarrhée après avoir bu de la mauvaise eau et que vous n’aurez jamais la chance de porter une armure de football et de fabriquer une machette avec du ruban adhésif et une lame de tondeuse à gazon ou autre. »

    Avancer sur ce chemin, c’est avancer sur celui de l’organisation, de la mobilisation, de la politisation. Avancer sur ce chemin, c’est passer de l’action individuelle, respectable, utile mais limitée, à l’action collective, politique, de masse. De passer à l’action sur la consommation à celle sur la production. À passer du vote pour des gestionnaires du capitalisme à la volonté d’exercer soi-même le pouvoir. Passer de luttes locales, nationales, à la dimension internationale de celle-ci : car il s’agit d’un unique système planétaire dont le bouleversement ne respecte pas les frontières.

  • Le pass-sanitaire adopté : quelles mesures ?

    Le pass-sanitaire adopté : quelles mesures ?

    Le 5 aout 2021, le Conseil Constitutionnel, saisi en urgence par le gouvernement et trois groupes parlementaires, a rendu son avis sur la loi dite du « pass sanitaire ». Plusieurs mesures ont été entérinées et d’autres ont fait l’objet d’une censure.

    Ce qui est adopté :

    Ainsi, la vaccination obligatoire des soignants et des soignantes a été entérinée au nom de « l’objectif de valeur constitutionnelle de protection de la santé ». Elle prendra effet le 15 septembre. Elle s’étend aussi aux pompiers, aux personnels des EHPAD, à certains militaires et aux bénévoles auprès des personnes âgées. Passé cette date, ceux et celles qui refusent la vaccination seront interdits d’exercer.

    L’accès à l’hôpital et aux maisons de retraites pour des « visiteurs ou les patients non urgents » sera également soumise au pass. La définition de l’urgence est laissée à « l’appréciation des soignants ».

    Le pass s’appliquera dans les cafés et restaurants, y compris en terrasse. Selon le conseil constitutionnel, la consommation dans les restaurants et les bars n’étant pas vitale, elle est considérée comme une « conciliation équilibrée ».

    Dans certains centres commerciaux et grands magasins, le pass pourra être exigé selon les circonstances. La loi indique qu’elle doit garantir « l’accès des personnes aux biens et services de première nécessité ainsi qu’aux moyens de transport accessibles dans l’enceinte de ces magasins et centres ». La nature des circonstances est laissée à l’appréciation des autorités préfectorales.

    Ce qui est rejeté :

    L’isolement obligatoire de 10 jours pour les malades a été rejeté. Il est considéré comme n’étant ni « nécessaire, adapté et proportionné » aux risques. Le C.C. a également déclaré que son caractère systématique était une privation de liberté, « sans décision individuelle fondée sur une appréciation de l’autorité administrative ou judiciaire ».

    Le C.C. a également censuré les dispositions prévoyant qu’un CDD ou qu’un contrat d’intérim puissent être rompu avant son échéance normale par l’employeur. En revanche, il a validé la mise à pied sans solde pour les CDI. France TV Info déclare que : « Un salarié sans justificatif sera suspendu, sans salaire. Si la situation perdure plus de trois jours, la personne sera convoquée pour un entretien afin d’examiner « les moyens de régulariser sa situation, notamment les possibilités d’affectation » sur un poste non soumis à l’obligation du pass. »

    Quant au C.C., il indique : « En prévoyant que le défaut de présentation d’un ‘pass sanitaire’ constitue une cause de rupture anticipée des seuls contrats à durée déterminée ou de mission, le législateur a institué une différence de traitement entre les salariés selon la nature de leurs contrats de travail qui est sans lien avec l’objectif poursuivi. »

    L’utilisation d’un pass sanitaire frauduleux sera puni d’une amende de 135€ et ne sera pas considéré comme un délit.

    Cette loi s’applique dans les dispositions actuelle jusqu’au 15 novembre, et non jusqu’au 31 décembre, comme prévu initialement.

    Autre nouveauté : les plus de 16 ans n’auront plus besoin d’autorisation parentale pour ce faire vacciné, tandis que seul l’opinion d’un parent sera nécessaire pour un mineur de moins de 16 ans.

    Une brève analyse :

    A la lecture des dispositions finales de cette loi, il est possible d’établir plusieurs choses. La première est que le caractère « totalitaire » de cette loi n’apparaît pas particulièrement. En revanche, elle impose une série de contraintes et de menaces de sanction envers les soignants et soignantes, mais aussi envers les salariés en général. Elle est une forme d’obligation vaccinale qui ne dit pas son nom -une vraie serait juridiquement très compliqué à mettre en œuvre. Dans un sens elle ne se démarque pas des autres obligations vaccinales :

    Il ne faut pas oublier que « Un salarié refusant de manière injustifiée une vaccination obligatoire peut se voir licencier par l’employeur », expliquait également en 2016 un rapport de l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité), sur la vaccination au travail. « Celui-ci est en effet tenu à une obligation de sécurité de résultat envers ses salariés et doit, à ce titre, mettre en œuvre les mesures appropriées pour les protéger au travail ». Il n’y a donc pas une grande nouveauté dans le domaine, si ce n’est que le mode de sanction précède l’obligation.

    Un très grand nombre de mesures sont à combattre dans cette loi. Le renforcement du pouvoir du patronat sur les travailleurs et les travailleuses, ainsi que la possibilité de s’immiscer dans la santé de ceux-ci ou de celles-ci est inquiétant au possible. Il ouvre une brèche très dérangeante idéologiquement sur le contrôle de la qualité du matériel humain, pour s’exprimer dans le langage du patronat. Cette brèche peut devenir très inquiétante, en particulier pour les femmes, dont le corps est constamment scruté, que se soit pour sa fertilité, ses menstruations, ou d’autres aspects.

    Il introduit également des boucles de raisonnement déroutantes. Finalement, le pass acte aussi que, pour la très large majorité de la population, la vaccination reste formellement un choix. Mais cette liberté se traduit par un corollaire, qui est la liberté de priver d’accès à certains services. Ces « libertés », au demeurant assez limitées dans leur action, s’annulent donc mutuellement. Mais elles révèlent un problème de fond : c’est le fait que la campagne vaccinale ne parvient pas à séduire, mais que le gouvernement lui-même ne parvient pas à la mener à bien, quand bien même tout le monde voudrait se faire vacciner.

    La situation déroutante de la vaccination en France.

    Il ne faut pas oublier que le déploiement de la vaccination a été selon une géométrie bien inégale. Elle a été le reflet des clivages sociaux-économiques et culturels.

    Ainsi, lorsqu’on croise les milieux sociaux et le taux de vaccination, on obtient une courbe très régulière. Elle montre que les plus riches sont les plus vaccinés, tandis que les plus pauvres le sont le moins. Il existe un large panel d’explications à ce fait, mais le moindre accès aux informations, la moindre disponibilité jouent un rôle central. Il ne faut pas oublier qui est essentiel. Cette situation, d’ailleurs, entraîne une autre conséquence : les personnes les plus en contact, le plus longtemps, ont été les moins vaccinées. D’où une surmortalité populaire écrasante, notamment dans le 93.

    Deuxième facteur, c’est l’inégalité centres-périphéries. Les régions les mieux desservies, celles autour des citadelles de l’impérialisme français, avec Paris et Lyon en tête, ont été parmi les mieux couvertes, à l’exception du 93, à nouveau. Plus on s’éloigne de Paris, plus le taux diminue, en particulier dans les régions de langue d’Oc. Quant on arrive aux régions ultra-marines, c’est une couverture minuscule, minable, qui explique le très haut taux de contamination actuel.

    Cette inégalité vaccinale illustre terriblement celles qui existent en France. Le pass sanitaire, par son caractère de sanction, ne contribue pas à les résorber mais bien à les rendre davantage punitives. Pour autant, il ne faut pas non plus le surestimer.

    La stratégie gouvernementale est à deux niveaux : elle vise des objectifs tactiques (liquider l’épidémie, maintenir une stabilité sociale et politique…etc.) et des objectifs stratégiques. Ces objectifs stratégiques sont simples : liquider les restes du compromis de 1945 (le programme du CNR), accroître et amplifier les profits des marchés.

    Dans chacune de ses actions, le gouvernement essaie d’avancer sur les deux. Le pass sanitaire est donc une occasion d’employer la lutte pandémique pour avancer sur le second tableau. Mais chaque événement est une opportunité de le faire. Il n’existe pas un caractère exceptionnel à cette loi qui la place dans une catégorie différente d’autres.

    Cependant, en tant que conflit à l’intersection des libertés publiques, de l’obligation vaccinale et du droit du travail, elle pose des questions nouvelles. Une, surtout, est la présence de l’extrême-droite dans cette manifestation, tandis qu’il est difficile aux forces extra-parlementaires de gauche de proposer une démarcation claire.

    C’est là aussi où se retrouvent les grandes difficultés de l’intervention de celles-ci et de la possibilité de marginaliser l’extrême-droite.

    Le parallèle trompeur avec les Gilets Jaunes :

    L’argument d’une identité entre ces deux mouvements est parfois mis en avant. Il mérite un court examen. La colère des GJ était en premier lieu une colère contre la vie chère, qui, faut de réponse de la part de l’État, s’est muée en colère politique contre le régime. Il y avait une demande de démocratisation de celui-ci, voir d’un nouveau type de régime politique.

    Aujourd’hui, les revendications portent principalement sur l’abandon du pass sanitaire, et cette revendication éclipse toujours davantage la grande bataille sociale autour des réformes du chômage, de l’assurance maladie, des retraites et du statut des fonctionnaires. L’horizon de cette lutte, en revanche, est nébuleux.

    Une victoire contre le pass signifierait pour l’État une remise en cause de sa stratégie d’élimination de la pandémie. Elle est critiquable dans sa forme, c’est une vérité, mais elle correspond néanmoins à une réponse. La fin du pass sanitaire créerait donc un vide stratégique, et demanderait une réponse. Elle reste extrêmement floue. Derrière le pass, il reste l’impératif global de la vaccination et du maintien des mesures de précaution.

    Chez l’extrême-droite, la stratégie est inexistante. Les gens comme Florian Philippot sont dans la droite ligne de Bolsonaro et de Trump. Le vivre et laisser mourir est leur dogme. Cette approche ultra-libérale est celle qui, dans le fond, est hégémonique à l’heure actuelle. Le très libéral journal « le Figaro » a été l’hôte d’une tribune rédigée par un groupe de juristes opposés à la vaccination massive au nom de la liberté individuelle, érigée en terre sacrée, horizon indépassable de notre époque.

    Elle est celle dont peinent à se détacher un grand nombre d’organisation militantes.

    Dans la gauche du mouvement, un grand nombre d’organisation se sont exprimées sur la question. Mais les réponses sont souvent un peu creuses. Ainsi, la politique de santé est conditionnée à toute une série de préalables irréalistes dans la configuration actuelle. Levée des brevets, sortie de l’UE et nationalisation des secteurs industriels…etc. Autant dire que cette non réponse n’est pas acceptable. La hausse des places en hôpital et des plans de financement sont aussi des filets de survie, non des sorties de crise.

    Pourtant cette pandémie nous tue, physiquement, moralement, mais aussi en tant que forces politiques capable de répondre aux attaques et aux défis de l’avenir. On ne peut se satisfaire d’un agnostique « Pour une vaccination libre et éclairée », qui met sur le même plan l’hostilité à la vaccination et le besoin de celle-ci.

    La réalité étant que, sous les injonctions morales à être une « gauche gentille, démocratique et tolérante », une partie de son héritage s’est volatilisé. Celui de ses luttes, de ses combats, de sa capacité à voir, au-delà des sacrifices et des souffrances actuelles, quels étaient les jalons de l’histoire. Dans la lutte contre cette pandémie, nous nous rattachons à l’impératif catégorique de Kant : « Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu puisses vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle. » Cet impératif catégorique est celui de la vie en société, celui du contrat social entre les individus, celui de l’abandon d’une partie de sa liberté au nom de la nécessité.

    La « liberté » de ne prendre aucun risque n’est pas acceptable comme solution contre la mort qui rôde. Ce contrat social est perçu, et c’est là aussi l’aboutissement d’un combat idéologique mené par les libéraux comme François Furet, qui ont assimilé Rousseau au totalitarisme, comme une dictature. Et, sous la pression beaucoup ont peur de parler d’autre chose que d’individu et de liberté.

    C’est là une croisée des chemins : Celle de la liberté et de la nécessité. La question n’est pas « vacciné ou non ». Elle est « comment lutter, comment gagner ». Les aspirations profondes du mouvement de colère, plus d’égalité, plus de respect, une garantie de l’accès à des loisirs et des lieux, ne peuvent être réalisées que dans la destruction de régime dictatorial, préalable à des changements. Mais cette liberté passe par le chemin de la nécessité. Et cette nécessité passe par détruire ce qui nous détruit : cette pandémie.

    L’année qui s’ouvre est sous le signe de la lutte et du conflit aigu. Mais pour que tout ne soit pas résumé à un « votez pour nous », il faut qu’une force « en dehors du parlement » existe. Sans passer par cet impératif catégorique, nous serons battus, et nous le paierons bien plus cher que des effets éventuels d’un vaccin.

    Vaccinons nous pour lutter.

    Aidons les autres à se vacciner.

    Protégeons nous et protégeons ceux de notre classe.

    Triomphons de la pandémie puis du capitalisme !

    Sources :

    https://reporterre.net/Les-inegalites-sociales-plomblent-la-vaccination-anti-Covid

    https://professionnels.vaccination-info-service.fr/Aspects-juridiques/Infractions-et-sanctions/Non-respect-des-obligations-vaccinales

    https://reporterre.net/Les-inegalites-sociales-plomblent-la-vaccination-anti-Covid

    https://theconversation.com/covid-19-les-classes-populaires-paient-elles-le-plus-lourd-tribut-au-coronavirus-en-france-138190

  • Le danger vaccinal ?

    Le danger vaccinal ?

    Nous avons écrit ce court article pour aborder la question de la dangerosité des vaccins. A l’origine il s’agit simplement d’un commentaire en réponse, mais, par un phénomène bien connu d’inflation, il est devenu un article en soi.

    Le Pass sanitaire en question.

    Nous ne voulons pas particulièrement axer ce travail sur cette question, au demeurant subsidiaire. Le Pass sanitaire est une autre question, importante, qui soulève un grand nombre de problèmes. En effet, dans un esprit du « en même temps » très macronien, le gouvernement est capable à la fois de mettre en place un système de lutte contre la pandémie, mais également d’avancer sur d’autres tableaux. Et dans ce tableau, le fichage des clients -qui est ce qui a été mis principalement en avant dans les manifestations – est secondaire par rapport aux problèmes des employés et employées.

    Le fait que ce Pass permette un contrôle des employeurs sur les employés, renforce les pouvoirs de police, et permet de venir fouiner dans les dossiers médicaux est effectivement inquiétant. La police et le Parlement ne s’y sont d’ailleurs pas trompés : leurs corporations puissantes sont parvenues à obtenir qu’il ne s’applique pas à eux.

    Là où nous sommes en désaccord avec certains groupes d’extrême-gauche, c’est sur les objectif du gouvernement. Mais il s’agit là aussi d’une différence de conception de la nature de l’État. Ainsi, le groupe Nantes Révoltée qualifie l’attitude du gouvernement ainsi : « Le gouvernement prétend lutter contre l’épidémie, mais il met en place les mesures qui l’arrangent politiquement, sans considérer leur efficacité réelle. Que la population crève importe peu au pouvoir, l’important c’est qu’elle crève en silence, sans déranger. L’accent est ainsi mis sur la communication, sur des effets d’annonce permanents, ritualisés, quitte à raconter n’importe quoi. »1

    Nous ne sommes pas en accord avec cette vision. Nous l’avons établie à plusieurs reprises : le gouvernement recherche une exploitation optimale de la population en vu d’accroître le taux de profit de ses commanditaires, les grands exploiteurs. L’équation se pose ainsi : Maintien et accroissement du taux de profit X lutte contre la pandémie X acceptabilité sociale X démagogie permettant de pouvoir espérer être réélu. Cette équation extrêmement complexe est résolue par un moyen terme inefficace. D’autres régimes, tout aussi exploiteurs, l’ont résolu différemment : Taïwan ou la Corée du Sud par le choc brutal. Les pertes humaines accroissent l’entropie, le chaos, et sont donc néfastes à cette mission.

    En réalité, Nantes Révoltée partage une vision qui nie la séparation entre l’existence d’une interface démocratique (les institutions) chargée de fluidifier les rapports entre gouvernants, gouvernés et gouvernées, et le fascisme comme dictature ouvertement terroriste doublée d’un projet social-impérialiste. C’est pour cela que l’article cité se conclut ainsi : « Macron bénéficie de nouvelles technologies de contrôle et de communication qui en font une dystopie totalitaire, un mix entre Thatcher et Dark Vador. » Nous pensons que s’il existe un durcissement indéniable, il correspond encore principalement à celui d’un retour au capitalisme sauvage à la suite d’un court XXe siècle dans lequel des compromis ont été arrachés. Crier au totalitarisme à chaque instant ne fait que rendre brouillon la frontière entre démocratie bourgeoise et fascisme. S’il ne s’agit pas d’un passage au conspirationnisme, il s’agit d’un emprunt à un inconscient qui, lui, l’est : le fait de croire que le système qui convient le mieux au capitalisme est la dictature totale, alors que la démocratie est plus souple, plus efficace, plus rationnelle que la dictature féroce. Elle est une arme de crise, une option, une trajectoire tendancielle, mais pas une norme.

    L’impératif du Pass, pour le gouvernement, est avant tout un aveu de son incapacité à développer un mouvement de vaccination et sa perte de crédibilité. Il est plus une illustration de sa faiblesse que de sa force réelle. Surtout, il montre sa faillite en tant que soft power et sa dépendance face à la répression.

    Le Pass est il le paravent de l’antivax ?

    Ce sont là des raisons qui justifient la méfiance et la colère. Cependant, nous avons noté la porosité importante (et terrible) entre cette question de Pass sanitaire et la question de la vaccination obligatoire. Systématiquement, lorsque nous avons parlé du Pass, on nous a parlé de la dangerosité des vaccins. Lorsque nous avons parlé de l’innocuité des vaccins, on nous a brandi comme argument les problèmes du Pass. C’est le cas notamment du commentaire auquel cette publication répondait. Finalement, il est possible de se rendre compte qu’une confusion délétère s’installe, mais qu’aussi, il existe finalement un rejet, motivé par des questions individuelles, de la vaccination.

    D’ailleurs, dans les manifestations, on retrouve cette confusion. Une confusion qui, certes, est aussi amplifiée volontairement par le gouvernement, dans le but de décrédibiliser ceux et celles qui manifestent pour la défense des droits sociaux. Cette confusion s’est exprimée par les slogans, par les pancartes, par les affichages. Elle est nourrie par l’extrême-droite, laquelle y trouve un terrain pour accentuer la peur dans la société, et donc accentuer aussi son rôle de sauveteuse. Mais au-delà de cela, elle pose aussi la question de l’incompréhension de la nécessité du maintien de gestes barrières (masques, distance…etc). C’est quelque chose qui rend d’ailleurs ces manifestations inaccessibles à celles et ceux qui veulent respecter ces distances et ces mesures d’autoprotection.

    Les vaccins sont-ils dangereux ?

    Le conflit entre effets secondaires du vaccin et risques liés à la maladie est illustratif d’un biais cognitif. Nous avons beaucoup parlé, dans les années 1990, d’effets secondaires de vaccins. Certains se souviennent ainsi du cas de la vaccination contre l’Hépatite, mais aussi contre la Rubéole. Il s’agissait alors d’une inquiétude concernant deux facteurs : la hausse des dépistages d’autisme et de sclérose en plaques (SEP). Il s’agit d’un cas d’école. Le lien vaccin-autisme, affirmé en 1998, est le résultat d’une étude truquée menée avec des intérêts bassement cyniques.2 De plus la France ne reconnaît juridiquement l’autisme que depuis 19963. Son dépistage est donc concomitant.

    Le cas de la SEP est similaire. Les dépistages datent de la même période4. Le lien a été depuis largement démenti. Mais la marque infamante est restée, portée par les cercles conspirationnistes.

    De même, nous n’aimons pas les probabilités, surtout quand nous n’avons pas de prise dessus. Il est psychologiquement nettement plus acceptable de courir 4 ou 5 fois plus de risques en conduisant une voiture manuelle et en étant le propre responsable de ses erreur qu’en étant dans un véhicule plus sûr, mais programmé. Le sentiment d’être pris au piège et d’être livré au fatum joue un rôle immence.C’est quelque chose de normal. Il en est de même pour les vaccins. Beaucoup préfèrent « faire attention » et courir des risques immenses, plutôt que de faire le choix de s’injecter quelque chose sur lequel ils n’auront plus prise après.

    D’ailleurs, il faut noter qu’un autre biais rentre en ligne de compte : celui de la difficulté à juger des probabilités. La sur-médiatisation des cas dramatiques, des risques, des anecdotes amplifie l’impression du phénomène. Mais c’est une situation valable pour tout. Depuis les chances de gagner au loto jusqu’au pourcentage d’immigrés en France. Notre cerveau est mauvais pour estimer finement les proportions. Le plus souvent, il va faire apparaître une estimation surévaluée, se résumant caricaturalement à « soit je perds, soit je gagne, donc c’est 50/50. »5

    C’est là où la rationalité doit permettre de dépasser l’instinct, et combattre ces biais cognitifs.

    Pour répondre rapidement6:

    Contrairement à une idée reçue, les effets des vaccins sont bien connus, y compris pour les nouveaux modèles. D’ailleurs, jamais dans l’histoire un vaccin n’a été autant testé avec des protocoles de suivi aussi stricts. Le suivi des personnes-test a été régulier et particulièrement scrupuleux. Ainsi :

    • Le vaccin Comirnaty de Pfizer a été validé par l’European Medecine Agency après un essai de phase 3 mené sur 44 000 personnes.
    • Le vaccin Spikevax de Moderna a été testé sur 30 000 personnes avant d’être validé par l’EMA.
    • Le vaccin d’AstraZeneca a été testé dans 4 essais cliniques menés au Royaume-Uni, Brésil et en Afrique du Sud sur 24 000 personnes avant d’être autorisé en Europe par l’EMA.
    • Le vaccin à dose unique de Johnson&Johnson a été testé via un essai clinique de 44 000 personnes aux Etats-Unis, Afrique du Sud et en Amérique latine avant que l’EMA.)

    Les vaccins utilisant des technologies classiques ont bénéficié d’une accélération de leur mise en service, mais reposent sur des technologies éprouvées. D’ailleurs, même le décrié AstraZeneca présente des statistiques impressionnantes : 5.691.000 de doses injectées pour 18.723 cas d’effets indésirables. On a pu identifier avec certitude ainsi 318 thromboses. C’est un taux de 0.00636 %.

    Pour le moment, dans le cas de Comirnaty et Spikevax, ils sont 145 cas de myocardite et 138 cas de péricardite sur 177 millions de doses injectées7. C’est une probabilité de 2 sur un million. A titre de comparaison, le Pérou à connu 5 837 morts par millions et la France 1 704.8

    Pour les vaccins de nouvelle génération, les premières expérimentations de sur l’utilisation de l’ARN messager datent des années 1990. C’est un développement de plus de 30 ans, normal pour une technologie de ce type. Il s’agit de plus de vaccins sans adjuvants. Pour le moment, les principaux problèmes qui y sont liés sont la non-absorption par les cellules des brins d’ARN, donc plus un échec qu’un effet.9

    Pour les vaccins à ARN, l’action du brin d’ARN messager disparaît rapidement. Il ne pénètre pas dans le noyau des cellules et est rapidement éliminé par celles-ci. Ils forment d’ailleurs une véritable victoire scientifique qui ouvre la voie à la vaccination sur d’autres maladies et problèmes de santé auparavant insolubles. Cela prouve que quand on donne de l’argent à la recherche, elle donne des résultats fulgurants.

    Quand on parle d’effets de long terme, il ne s’agit pas d’effets dans 20 ans. Mais bien d’effets apparus quelque mois après l’injection, au moment où la réponse immunitaire est à son sommet. Les effets systémiques (en gros, AVC, vertiges…etc.) décroissent mécaniquement avec le temps. Le danger maximal est dans les premières heures qui suivent l’injection. Quant aux produits joints, notamment les adjuvants, le corps les élimine très bien. Inutile de faire un régime détox, les reins s’en chargent.

    Les bénéfices sont donc évidents. Et les informations trompeuses sur les décès des personnes vaccinées jouent là aussi sur le biais d’échantillonnage. En moyenne, la population vaccinée est plus âgée que la population générale. Elle reste donc plus fragile et plus vulnérable.10

    Les conspirationnistes se prennent d’ailleurs les pieds dans leur tapis de mensonges. Ils affirmaient que les vaccins n’étaient pas intéressants comparé à des médicaments à prendre toute la vie. Aujourd’hui qu’un vaccin est disponible, ils sont obligé de changer de posture et de lui trouver des défauts. La réalité étant que la conjuration de Big Pharma fonctionne assez mal : les laboratoires sont dans des concurrences terribles avec des injonctions de résultats. En effet, leurs actionnaires se moquent éperdument que leurs investissements servent à faire des iPhones, des armes ou des vaccins, ce qui compte et le taux de profit. Or, une entente complète sur les prix et sur les production signifierait non plus un taux de profit maximal, mais uniquement un taux moyen, médiocre, insipide. Paradoxalement, la rapacité du capitalisme joue également dans son développement technologique. Il s’agit donc de cartels en guerre les uns contre les autres, au point que certains essaient de salir les productions des autres.11

    En revanche, de l’autre côté, on connaît assez bien les effets secondaires de la maladie.

    Certains (insuffisances rénales, problèmes grave de santé) sont d’ailleurs liés aux traitements même de la maladie. Le miraculeux remède du Dr. Raoult cause donc des décès supplémentaires. Le Remdesivir est aussi notoirement connu pour sa toxicité rénale. Être intubé reste un traumatisme.

    Nous n’allons ici pas nous intéresser à la mortalité proprement dite de la maladie, mais bien à ses effets secondaires. On l’oublie assez régulièrement, mais entre guérir et mourir, il existe un large panel de situations désagréables. Il faut dire que la maladie est particulièrement virulente et attaque l’intégralité du corps, système nerveux compris. Le Covid long en fait partie, mais il n’est absolument pas la seule issue.

    En dehors des effets proprement dits lors de la phase aiguë de la maladie, on note que 20% des hospitalisés et hospitalisées ont développé des problèmes pulmonaires et cardiovasculaires. Les formes graves subissent dans 50% des cas des thromboses veineuses profondes qui peuvent exposer à des embolies pulmonaires, avec des séquelles consécutives. 20% des patients placés en réanimation développent des insuffisances rénales, notamment liées au Remdesivir.12

    69% des patients en soins intensifs ont développé des séquelles neurologiques, dont 21% des troubles graves. Nous citons « 43 patients hospitalisés pour une infection à CoVid-19 confirmée ou suspectée. Parmi eux, 10 cas de dysfonctionnement cérébral temporaire, 12 cas d’inflammation cérébrale, 8 AVC et 8 cas de lésions nerveuses ont notamment été observés. »13

    55% des intubés développent un trouble psychiatrique, dont 28% de Troubles de Stress Post-Traumatique ou PTSD.

    Mais on pourrait ce dire « ce sont les vieux et les fragiles ». Or, si les personnes âgées développent plus souvent les formes pulmonaires graves (du fait de leur respiration plus profonde aussi), les formes neurologiques sont celles qui touchent le plus les jeunes. D’où la perte de l’odorat, qui est la marque d’une infection des tissus nerveux. Nul ne sait quelles sont les fameuses conséquences à long terme (on évoque une épidémie d’Alzheimer ou d’une maladie nouvelle lui ressemblant)14.

    Ainsi, une étude massive (230 000 patients) a montré que un patient sur trois a développé un trouble après l’infection. A nouveau, nous citons à nouveau : « Pour près de 13% des patients concernés, c’était leur tout premier diagnostic. L’anxiété (17%) et les troubles de l’humeur (14%) étaient les troubles psychiatriques les plus fréquemment observés. En ce qui concerne les atteintes neurologiques, 0,6% des patients ont souffert d’hémorragies cérébrales, 2,1% d’AVC, 0,11% de syndrome parkinsonien et 0,7% de démence. Ces risques étaient plus importants chez les personnes ayant développé une forme grave du Covid-19, mais pas limités à cette population, tiennent à préciser les auteurs de l’étude.« 15

    En Inde, des problèmes d’une nouvelle nature sont apparus. L’une des formes est celle d’une maladie de champignons noirs, elle inquiète terriblement les soignants et les soignantes de ces pays.16

    Ces mutilés de la maladie, comment retrouvent ils une vie normale. Mal : « 40% des patients expliquent ne pas avoir pu retourner au travail à cause de leur condition physique. Les 26% qui ont pu reprendre leur activité professionnelle affirment devoir travailler moins longtemps ou avoir une charge de travail réduite. Et près de la moitié des interviewés expriment leur détresse psychologique, qui pousse une minorité d’entre eux seulement à consulter un.e professionnel.le de la santé mentale. »17

    Voilà pour les effets certains, avérés, de la maladie. Elle n’est ni une grippette, ni une maladie comme les autres. Elle est une saleté infernale qu’il faut éradiquer. Aujourd’hui, soit nous faisons le choix de vivre avec le virus, soit nous lui livrons une guerre sans merci, comme avec la Variole.

    Il est d’ailleurs essentiel de garder à l’esprit que l’accaparement des ressources par la maladie détourne l’ONU de ses campagnes de vaccination normales. Ce sont autant de maladies anciennes et toutes aussi redoutables qui sont en germes. 18

    Se vacciner, c’est un engagement envers ses proches, envers sa santé, mais aussi un pas dans une lutte mondiale. Il ne s’agit pas de dire « pensez aux petits africains qui n’ont pas la chance d’avoir des vaccins », caricaturalement. Mais il s’agit de ne pas oublier que les pays riches, avec leur mobilité internationale, sont des vecteurs mondiaux de maladies.

    Chaque personne non-vaccinée peut être l’incubateur du nouveau variant.

    Gardons à l’esprit : d’un côté 300 cas pour 177 millions de doses. De l’autre des pourcentages à deux chiffres.

    L’impératif de lutter :

    Nous sommes dans une période noire. Nous devons en sortir, et pour le faire, il faut le préalable de la vaccination massive. Sans celle-ci, le gouvernement pourra nous retirer dès qu’il le veut nos libertés, au nom de l’urgence sanitaire.

    18 000 nouveaux cas hier, c’est 18 000 personnes qui ne peuvent être dans la rue pour contrer les attaques antisociales de Macron et de sa clique. C’est en mettant en avant cette nécessité, celle de l’effort commun et de la solidarité que nous nous démarquerons des réactionnaires. C’est aussi comme cela que nous avancerons sur le chemin de l’émulation collective.

    Respectons les gestes barrières, vaccinons nous, luttons et gagnons !

    1https://www.facebook.com/Nantes.Revoltee/posts/4183810701655071

    2https://www.lefigaro.fr/sciences/2011/01/07/01008-20110107ARTFIG00634-un-vaccin-a-seme-la-panique-a-cause-de-donnees-falsifiees.php

    3Loi n° 96-1076 du 11 décembre 1996

    4Bronner, G. (2017). La démocratie des crédules.

    5Bronner, G. (2012) Perceptions du risque et précautionnisme https://www.cairn.info/revue-de-metaphysique-et-de-morale-2012-4-page-531.htm

    6Un camarade a souligné que ce rapidement était un vil mensonge. C’est vrai.

    7https://www.ema.europa.eu/en/news/comirnaty-spikevax-possible-link-very-rare-cases-myocarditis-pericarditis?fbclid=IwAR0-i_BPlqcYADL3LOBzXwx4cV6e8xWFB4eo7hzM1LfWrmKjvnB5HkhPHyE

    8https://www.worldometers.info/coronavirus/?fbclid=IwAR0ijTc2VxHdH9bbQKBEjgJxZh8xSpob_XMrg-unJk8CbF4FhHDzdZTxm9M

    9https://presse.inserm.fr/les-vaccins-a-arnm-susceptibles-de-modifier-notre-genome-vraiment/41781/?fbclid=IwAR0rts4OkgPHBLGsMRnCdsm0nHuq2GvcN9FYz4g4e-KR4s4c7DiZKJWzjtM

    10https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/vaccin-anti-covid-plus-personnes-vaccinees-non-vaccinees-meurent-covid-19-angleterre-92558/

    11Des influenceurs français confient avoir été approchés pour dénigrer le vaccin Pfizer https://www.france24.com/fr/france/20210525-des-influenceurs-fran%C3%A7ais-confient-avoir-%C3%A9t%C3%A9-approch%C3%A9s-pour-d%C3%A9nigrer-le-vaccin-pfizer

    12https://francais.medscape.com/voirarticle/3605884?nlid=135171_2401&src=WNL_mdplsnews_200422_MSCPEDIT_FR&uac=323954MR&faf=1&fbclid=IwAR0kNCAN0VMkgW0CaOEnAK0JaAgt5H40gAr3iTQdVqPSZIqg_mgD2XNIaK4

    13https://www.doctissimo.fr/sante/news/Le-coronavirus-semble-aussi-affecter-le-cerveau?fbclid=IwAR1ywwXir5wvJYPr3euWuAX-hkWSoiPfI9_8NUpW9_3_1UHkUdKfFDxZAsU

    14https://www.nature.com/articles/s41586-021-03710-0

    15https://www.thelancet.com/journals/lanpsy/article/PIIS2215-0366(20)30462-4/fulltext?fbclid=IwAR3Lfzhss_htqXq3j_10i_8sJwkeAYjv9I-Ar9iHDa1xUqT5o3eLronXCWM

    16https://www.rtl.fr/actu/international/coronavirus-en-inde-qu-est-ce-que-le-champignon-noir-qui-touche-les-anciens-malades-7900029881?fbclid=IwAR0CMDa_xEqppTmaCAnT5DfNMOunPkvyAeDcL4Zin0F4d8WWJ41AKswbQcQ

    17https://www.acpjournals.org/doi/10.7326/M20-5661

    18https://news.un.org/fr/story/2021/07/1100162

  • Pass Sanitaire, la défaite ?

    Pass Sanitaire, la défaite ?

    Nous avons hésité avant de rédiger ce document. Ce n’est pas la première fois que nous voulons prendre du recul avant de nous exprimer sur un sujet, en particulier lorsque celui-ci critique les prises de position d’organisations pour lesquelles nous pouvons avoir de l’estime. Cependant, nous pensons que s’il est important de saluer et de souligner le travail réalisé par les autres organisations qui participent à la nébuleuse de la gauche parlementaire, nous devons également critiques les positions fausses.

    Car le militantisme politique ne peut pas se nourrir uniquement de déclarations creuses et de silences gênés devant les sujets difficiles. Militer, c’est prendre aussi des décisions qui ont des conséquences pratiques, ces décisions impliquent des choix, mais aussi le fait de procéder à des affirmations : nous ne nous battons pas qu’autour d’antis, nous avons un projet, celui d’une société nouvelle. Il ne nous suffit pas de nous adosser au mur des postures de principes, nous devons aussi penser, en dépit de la faiblesse de notre mouvement, en tant que forces capable de proposer.

    Alors que la France repasse au dessus des 10 000 cas / jours, des manifestations anti-pass vaccinal se multiplient. Elles prennent une place centrale dans l’actualité. Pendant ce temps, les questions sociales sont remisées, réduites, oubliées. L’extrême-droite s’est ruée sur l’occasion, tandis qu’une partie de l’extrême-gauche tergiverse, ou minimise pudiquement cette bien étrange communauté de point de vues.

    Cela n’enlève rien au fait de regretter que le pass sanitaire, ce pis aller, soit la solution choisie par le gouvernement. Il s’agit d’une manière autoritaire de régler une question qui aurait pu être résolue autrement. Elle montre le désaveu général de la population envers ces méthodes de commandement qui sont antidémocratiques et méprisantes. Il existe aussi un certain nombre d’angles morts, notamment pour les femmes enceintes ou ayant projet de l’être, pour lequel les études font défaut.

    Car, bien sûr, nous pouvons et devons comprendre le ras-le-bol d’une population à qui le gouvernement à menti sans cesse. Une population qui a le sentiment d’être infantilisée et d’avoir à subir un contrôle social permanent. C’est quelque chose qui est un sentiment logique, une expression quasiment normale. Mais il existe alors deux voies possibles :
    • Celle de prendre appui sur ce sentiment sain, et celui de lui donner une issue positive. A savoir que si on veut déterminer quelles seront les libertés collectives en commun, il faut se doter du pouvoir politique. Celle aussi d’être capable d’interfacer les désirs : nous voulons être libres, oui, mais pour l’être nous devons passer par la fin de cette pandémie, voir même des campagnes d’éradication de ces maladies.
    • Celle de renforcer démagogiquement les positions réactionnaires et individualistes qui existent au sein des masses populaires. Les adouber, les légitimer dans leur forme plus que dans leur fond, et vouloir renforcer les tendances à l’atomisation des masses.

    Dans ce dilemme, ce qui revient est souvent la comparaison avec un précédent, celui des Gilets Jaunes.

    La comparaison avec les Gilets Jaunes est souvent amenée pour justifier ce que Nantes Révoltée nomme le caractère « protéiforme » du mouvement. En somme, le fait que l’extrême-droite soit présente dans les manifestations. Et qu’elle en prenne d’ailleurs la tête, comme à Paris. Nous pensons qu’il y a là une erreur manifeste d’analyse.

    Le mouvement des Gilets Jaunes, en dépit de ses revendications parfois décousues, était avant tout une colère contre la spoliation, le poids écrasant des impôts pour les classes populaires (dont le plus injuste, la TVA), contre la vie chère. Il s’est mué progressivement, au travers du constat de l’impasse démocratique-parlementaire, en une lutte pour un changement de régime. Cette lutte politique d’importance était fondamentalement progressiste car elle posait la question, même sous des termes qui étaient parfois maladroits, du contrôle populaire sur l’État.

    Dans le cas de ce mouvement, l’alibi de la lutte contre la casse des droits sociaux ne peut occulter une réalité : c’est la question du pass vaccinal et de l’obligation d’être vacciné qui est le point de ralliement central des colères.

    La réalité est que ce mouvement porte en lui un seul message de fond : la primauté d’une vision étroitement individualiste de la liberté, érigée en horizon indépassable et en projet de société. Une conception dans laquelle la responsabilité collective, l’effort commun, la prise en compte de la nécessité, est niée, remisée au placard.

    Le Grand Renoncement à changer le monde.

    Elle s’inscrit dans un Grand Renoncement. Renoncement à un projet d’une société nouvelle, et à la conscience des étapes qui permettent d’en tracer la route. Renoncement à un projet qui transcende l’individu, qui en fait un des « maillons de la chaîne de l’histoire ». Renoncement au fait que des efforts collectifs, des contraintes, des risques puissent être consentis pour avancer. Dans l’état actuel des choses, ce mouvement met en avant un souhait : celui de vivre de la manière la plus libre dans un monde dévoré par les flammes.

    Mais le fait que ce soit un mouvement de masse réactionnaire n’implique pas que sa nature puisse évoluer vers autre chose. Cela dépend de notre action politique et de notre capacité à pouvoir poser politiquement les questions, notamment en termes de démocratie populaire, mais aussi en termes de responsabilité dans la construction d’un monde commun.

    Il faut aussi le dire, les intérêts du gouvernement et ceux des masses populaires peuvent parfois coïncider. Cette coïncidence des intérêts ne signifie pas la communauté de buts. Ils sont diamétralement opposés. En l’occurrence, les exploiteurs veulent pouvoir remettre en marche l’économie le plus rapidement possible. Nous, nous voulons sortir de cette période de cauchemar et reprendre nos luttes… Pour cela, il faut tordre le cou à la pandémie.

    Or, cette difficulté de faire émerger une position dans laquelle on peut concevoir que le gouvernement ne soit pas un « mal absolu » mais un « mal relatif » oblige à sortir de la posture de principe et à réfléchir autrement.

    L’extrême-droite en position de force.

    Ces mouvements ont des conséquences. D’une part en termes de radicalisation d’une partie de la population fermement opposée à la vaccination et à toute contrainte, de l’autre en termes de passage à l’action de certains.

    Dans le Doubs, ainsi, une coupure de courant ciblée a frappé un centre de vaccination. Dans le Vercors, une croix gammée a été taguée sur un autre. A Urrugne, c’est même un incendie qui en a touché encore un autre. Trois centres ont été fermés dans le Béarn. A Toulouse, des tentatives de corruption ont été repérées dans le but d’obtenir un certificat de vaccination sans injection.

    Les comparaisons douteuses ont d’ailleurs fleuri. Comparaison avec l’avortement, sous l’argument du « mon corps, mon choix ». Comparaison avec l’apartheid ou avec la Shoah… Non seulement elles sont fausses, mais elles souillent ces questions avec des arguments libéraux et individualistes.

    Nous le rappelons, la vaccination est un acte solidaire et collectif, non une décision uniquement individuelle et qui n’engage que la personne qui fait ce choix. Si nous devons choisir une métaphore routière, elle ne serait pas le fait de porter sa ceinture ou non (après tout, qui n’a pas entendu l’argument que la ceinture pouvait aussi tuer?). Elle est plus celle de choisir de boire au volant et à faire courir le risque de percuter quelqu’un.

    Quant à l’Apartheid et à la Shoah, il s’agissait individus qui n’avaient strictement aucun choix et aucune prise sur leur destin. Ils ont été placés dans une situation qui les ont conduits à la misère, l’exclusion ou la mort dès leur naissance. Personne n’est en passe d’être fusillé ou gazé pour son refus de la vaccination. Tout au plus, la personne qui assume cette posture sera donc cloisonnée à des lieux et des activités individuelles. C’est là aussi la récompense de l’individualisme.

    La réalité étant, une nouvelle fois, et il faut le marteler, qu’il ne s’agit pas uniquement d’un choix individuel. Le port du masque, le respect des gestes barrières, la vaccination… ont des conséquences qui dépassent largement celles de l’individu. Car il ne s’agit pas juste de ne « pas tomber malade », mais il s’agit aussi de contribuer à deux choses :
    • Limiter au maximum les chaînes de transmission et éviter que celles-ci se perpétuent indéfiniment.
    • Éviter au maximum les réplications du virus, ce qui pourrait permettre l’apparition de nouveaux variants plus agressifs, capables de s’affranchir des anticorps, naturels ou apparus par la vaccination.

    Car si les effets à long terme des vaccins sont extrêmement hypothétiques, ceux de la maladie commencent à être découverts : troubles neurologiques, problèmes psychologiques, Covid long… De plus, un nouveau confinement serait une catastrophe morale.
    C’est un choix qui n’engage pas que soi même, son cercle, ou même son pays, mais bien l’humanité entière. La participation à la transmission du virus et à la création de nouveaux variants ne se répercute pas que sur nos pays développés, bénéficiant de soins d’une qualité respectable, et surtout d’une sécurité sociale (gagnée, chèrement, par un effort collectif et sacrificiel). Elle se déverse sur l’ensemble de la planète. Aujourd’hui, la Tunisie est en pénurie d’oxygène médical, par exemple. C’est une illustration de la porosité des responsabilités.

    Mais si les conséquences sur la santé sont si importantes aux yeux de tant de monde, il nous faut poser la question dans des termes plus larges, notamment la dévastation de notre environnement et le besoin d’une écologie totale !

    Être vacciné pour pouvoir lutter.

    Nous faisons face à des offensives sans précédent de la part du gouvernement et du patronat. Tant que la crise sanitaire n’est pas conjurée, non seulement nous ne pouvons pas lutter collectivement dans des conditions idéales, mais le gouvernement peut révoquer nos droits. Il peut décréter tant qu’il veut les mesures qu’il veut. Non seulement cela impacte les manifestations, mais cela impacte surtout le travail d’organisation et de structuration des mouvements et des luttes. La dépendance technologique aux outils informatiques pour pallier au manque de rencontre physique augmente la vulnérabilité. Nous pouvons être isolés, surveillés, tandis que les tensions montent entre les individus.

    Lutter contre la pandémie, se faire vacciner, encourager et défendre la vaccination est à la fois un combat idéologique contre les conspirationnistes et les partisans de l’atomisation des individus (ce qui facilite leur radicalisation réactionnaire). Elle est aussi une responsabilité collective pour la défense de nos droits économiques et politiques, en particulier dans cette année d’élection. Lutter pour cette vaccination, c’est également remettre au centre l’action et la responsabilité collective.

    Nous pensons que nous devons défendre la vaccination massive et son importance primordiale pour sortir du chaos.
    Nous devons donner une issue de lutte à la défiance envers le gouvernement : sachons identifier les étapes pour sortir de cette crise et organiser une riposte.
    Défendons l’action collective, la solidarité et l’entraide concrète ! La vaccination, pour ensuite battre les patrons !

  • Cuba en crise

    Cuba en crise

    Depuis le 11 juillet a lieu un mouvement de manifestations à Cuba. La crise sanitaire, les pénuries en matière de denrées de première nécessité et de médicaments, ainsi que les fréquentes coupures de courant, ont généré chez les cubains une grogne qui s’est exprimées dans la rue.

    Aux manifestants qui dénoncent le parti communiste cubain comme responsable de cette situation, se sont opposés des contre-manifestants, défilant sous les drapeaux de Cuba, et à cris de « je suis Fidel ». Ces dernier dénoncent une entreprise de subversion menée par une « mafia cubano-américaine ». Washington, fidèle à sa tradition d’ingérence, a mis en garde le gouvernement de Miguel Diaz-Canel, contre toute violence à l’encontre des manifestants anti-communiste.

    La construction du socialisme à Cuba est, depuis la révolution, une épreuve de force, et cette question fait encore débat parmi les communistes.
    De part sa structure économique, nous ne pensons pas que Cuba soit socialiste, ni qu’elle soit en voie de le devenir. Ce petit pays ne possède malheureusement pas la masse critique permettant une parfaite maîtrise de son système de production, de A à Z. Néanmoins, le combat du PCC, celui qu’il a réussi à mener, avec tout son cortège d’épreuves, c’est d’avoir constitué un modèle autonome, cherchant sans cesse à s’affranchir de la tutelle américaine.

    Dans cette situation, nous considérons qu’il faille faire preuve de pragmatisme dans nos analyses, et de sagesse dans nos conclusions.

    Dès lors, Cuba doit être considérée, avant tout, de nos point de vue d’européens de l’ouest, pour ce qu’elle est ; une citadelle assiégée par l’impérialisme US depuis les années 1960.

    Depuis les années 1960, l’île vie au rythme des embargos américains, pour une seule et unique raison, Fidel Castro a eu l’arrogance de vouloir offrir à son peuple une voie de développement indépendante du bon vouloir des États-Unis, qui ont toujours considéré l’Amérique latine, et les Caraïbes, comme leur pré carré.

    Tenant au début une ligne plutôt réformiste, Castro et ses camarades ont réalisé que, pour permettre aux cubains de jouir des fruits de leur terre, dont 75% étaient détenues par des compagnies états-uniennes, que pour permettre le développement d’une industrie tournée vers les besoins du peuple, et non vers le profit d’une puissance étrangère, que pour lancer les différents chantiers permettant le développement harmonieux de l’île, il fallait bouter les capitaliste en dehors, il fallait passer par un rapport de force, d’où l’évolution de la ligne des révolutionnaire. Dès lors, le front dirigé par le mouvement du 26 juillet a mué vers la construction du parti communiste cubain.

    Assumer haut et fort la nature socialiste de la révolution cubaine était cependant un grand risque à prendre, étant donné la proximité des États-Unis. Dans l’urgence de la situation, Castro s’est tourné vers le premier allié qui s’est présenté, Moscou.

    Malgré cette situation périlleuse, la politique du PCC a permis à Cuba de se développer tout en assurant à chaque citoyen les moyens d’une vie digne, par sa politique de logement, d’emploi, d’éducation, et surtout, de santé.

    Le régime médical cubain est universel, solidaire, et performant, au point que même certains citoyens américains ont pu faire la traversée vers l’île afin d’accéder aux soins que le système d’assurances privées de leur pays leur interdisait.

    Depuis le début de la pandémie de Covid-19, Cuba a développé deux vaccins de manière autonome, et, fidèle à sa tradition, a envoyer des médecins jusque dans d’autres pays pour prêter mains fortes à leurs collègues d’Italie, d’Andorre, et de Martinique, là où l’État français était incapable de gérer la crise.

    Cuba est à ce jour le seul exemple de pays exportateur de médecins, là où les grands champions de la liberté individuelle n’ont su exporter que des capitaux, et bien souvent, des bombes.

    Malgré ces réussites, tout n’a pas toujours été merveilleux. Tout en composant avec le danger d’agression impérialiste, Castro n’aurait pu prédire que son alliance avec Khrouchtchev le mènerait à intégrer l’île dans le système de division internationale socialiste du travail, qui a intégré Cuba dans la sphère du social-impérialisme soviétique d’après 1956.

    La chute de l’URSS a dès lors laissé la Havane livrée à elle même, sans aucun allié, sans personne pour racheter à bon prix le sucre dont la production était sa spécialité, avec une économie qui peinait à se diversifier. Plus d’URSS, mais l’embargo américain, lui, est toujours là. Et ce sont les même qui, avec un cynisme nauséabond, étouffe cette île inoffensive tout en dénonçant les pénuries qu’elle subit.

    Ce sont ces pénuries qui ont fait récemment exploser la colère des cubains. Cette colère est compréhensible, surtout dans le contexte de pandémie que nous traversons. Néanmoins, qui est le plus responsable ? Le PCC qui depuis 70 ans cherche, parfois de manière très débattable, à maintenir l’île éloignée de la rapacité de Washington ? Ou Washington elle même, qui en maintenant l’embargo, empêche Cuba de se développer autrement qu’au ralenti aujourd’hui ?

    Nous entendons la colère, elle pointe du doigt de réelles défaillances, des promesses non tenues, « on a toujours raison de se révolter » tel que le disait le président Mao. Néanmoins, quelles solutions sont envisagées ? Quand la bourgeoisie parle de liberté, elle parle avant tout de la liberté économique, de la libre circulation des capitaux, et de leur libre domination. Cuba, pour retrouver grâce aux yeux du monde, devrait accepter de s’inclure dans un système de domination global ?

    En tant que communistes, notre devoir immédiat est de témoigner notre solidarité à ce peuple qui, depuis 70 ans, vie sous pression des impérialistes. Nous dénonçons TOUTES les formes d’ingérence, les destin de Cuba est entre les mains des cubains.

    Nous émettons également de vives critiques à l’égard des positions qui ont pu s’exprimer, jusque dans la gauche se voulant révolutionnaire en France, attaquant la « dictature » cubaine. Dans le contexte actuel de menace impérialiste, il s’agit d’une grave erreur, c’est hurler avec les loups ; c’est également la conclusion d’une vision libérale, et petite bourgeoise, de la politique, niant la nature de classe de tout régime, et une vision « jusqu’au boutiste » qui passe à la trappe la solidarité internationaliste contre l’impérialisme.

    Il y a 30 ans de cela, les mêmes qui appellent aujourd’hui de leurs vœux l’effondrement du castrisme, étaient ceux qui sabraient le champagne à la chute de l’URSS, en y voyant l’avènement de la « vraie révolution ». C’est probablement le contre-coup de leur déception qui les a poussé à s’intégrer dans les partis de la gauche bourgeoise, tel que le PS ; nous comprenons cette démarche de reconstruction personnelle.

    Camarades, ne vous trompez pas d’ennemi ! Certes, le système cubain est perfectible ; oui, il faut plus de démocratie au sein du peuple ; mais l’effondrement signifiera le retour de Cuba à ce qu’elle était, le bordel des États-Unis ; les accomplissements, et l’autonomie chèrement payés, ne doivent pas être balayés d’un revers de mains. Surtout dans le contexte actuel de fortes contradictions inter-impérialistes.

    Avec la crise actuelle, sanitaire certes, mais aussi économique, nous pouvons craindre que le capital financier international n’entre dans une phase plus agressive. Il n’est pas un jour sans que tel, ou tel média ne se fende d’un article sur l’émergence du dragon chinois, sur les tensions entre la Russie et l’occident. D’ici 2023, l’armée française lancera un vaste exercice mobilisant 10 000 soldats. Dans cette atmosphère, nous devons identifier nos alliés, et nos ennemis. Nos ennemis, c’est la bourgeoisie impérialiste et ses laquais ; nos alliés, ce sont les millions de prolétaires, des villes et des campagnes, qui subissent l’exploitation à travers le monde, ce sont les peuples dominés par l’impérialisme et le néo-colonialisme.

    Tous ensemble, unis dans un front anti-impérialiste, nous devons faire bloc !

  • Macron a parlé

    Macron a parlé

    Le 12 juillet, Emmanuel Macron, dans ce rituel habituel, s’est adressés à ses administrés. Ses annonces sont en deux volets. Une partie sur la question de la crise sanitaire, une autre sur la question de l’offensive contre les droits sociaux. Il s’agissait de déclarations attendues et prévisibles. Mais ce qui est tragique, c’est le renversement total, aux yeux d’une partie conséquente de l’opinion publique de l’importance de l’une par rapport à l’autre.

    La première nous paraît la plus importante. Elle est le dévoilement du plan d’assaut contre les droits sociaux. Nous savons désormais que la pause dans les réformes, très relative, est terminée. Macron prévient : le monde de demain ressemblera donc à celui d’avant hier. A celui d’avant le programme du CNR et les conquêtes sociales. Le temps avant les élections présidentielles est compté, et il entend bien en tirer profit pour mener, tambour battant, une série de réformes scélérates. Nous voilà prévenus : il nous faudra rassembler les forces syndicales, politiques, sociales qui ont subit un an et demi de knock out technique, et prendre le chemin des luttes.

    Nous savons que celles-ci s’empêtrent souvent dans les calendriers électoraux : certes les organisations politiques présidentiables battront le pavé, mais avec un seul mot d’ordre. « Votez, et nous ferons le reste ». Or nous savons que ces promesses creuses n’engagent à rien, mais, aussi, sont souvent irréalisables. L’État n’est pas l’arbitre neutre de la lutte entre les intérêts dans la société : il est surtout une interface qui permet à la bourgeoisie de rendre la dictature des siens acceptable, en permettant certains aménagements, certaines concessions. Mais sans jamais renoncer à l’essentiel : ses intérêts priment.

    La réforme du chômage sera donc appliquée. Le RSA baissera. Les retraites sont en ligne de mire. Et pourtant, ce qui ressort dans les discours, c’est la lutte contre la pandémie. Alors que les premiers points concernent l’avenir et l’assombrissent terriblement, les yeux sont rivés sur la lutte sanitaire. Le reste est oubliée.

    Mais, même la mise sur un pied d’égalité de la lutte sanitaire est déjà une forme de défaite intellectuelle et militante. Le fait que certains groupes choisissent de qualifier les mesures prises par l’État de dictature sanitaire, de totalitarisme, montre le divorce complet entre ces groupes et la réalité concrète, matérielle, de ce que signifie cette épidémie.

    Nous ne considérons pas que la politique menée par l’État pour lutter contre la pandémie soit idéale ou parfaite. Nous l’avons largement critiquée à plusieurs reprises, en particulier pour sa stratégie du moindre mal. Celle-ci, pour des motivations économiques mais aussi démagogiques, a été coûteuse sur tous les plans. Tant sur le plan humain, moral, qu’économique. Si aujourd’hui, la situation paraît sous contrôle, plusieurs indicateurs laissent penser qu’elle peut repartir rapidement, notamment sous la pression d’un nouveau variant. Pendant ce temps, la campagne vaccinale s’est montrée poussive. Nous interprétons le discours de Macron, par rapport à ce point là, comme étant une manière de taper du poing sur la table, tout en offrant aussi des issues : il s’agit de passer d’une vaccination encouragement (à voyager, à sortir…) à une vaccination sanction basée sur des menaces et des restrictions spécifiquement appliquées à celles et ceux qui ne se vaccinent pas. C’est une politique qui se durcit. La question de cette vaccination obligatoire pour certaines professions (santé, pompiers…etc.) ainsi que le développement du pass vaccinal ou d’application de suivi ont causé une levée de boucliers.

    C’est une expression multiforme qu’il convient d’analyser rapidement : Elle est d’une part un sentiment populaire de méfiance et de rejet de tout ce qui est proposé par le gouvernement, traduisant une absence de confiance dans celui-ci, mais également plus profondément, dans l’ensemble de la société telle qu’elle est à l’heure actuelle. Et c’est là quelque chose de dramatique quant il est question de sujets tels que la science ou la santé publique.

    Mais cette expression est aussi celle d’un discours politique. D’une part l’extrême-droite tente d’employer ces peurs et ces angoisses pour alimenter sa propre rhétorique conspirationniste. De l’autre, il existe aussi ce conspirationnisme d’extrême-gauche, qui voit dans cette manière de gérer la pandémie l’expression de tendances totalitaires.

    Nous n’avons pas besoin de parler des fascistes et de l’extrême-droite, leurs intentions sont claires. Mais nous voulons parler à nos amis qui se trompent dans leur manière d’analyser les choses. Il est vrai que le gouvernement (ou plutôt les gouvernements successifs) ne rechignent pas quant il s’agit d’étendre le contrôle social et de détruire les droits économiques et politiques (ce qui est, nous le maintenons, l’aspect central du discours de Macron). En revanche, cette hostilité à l’ensemble des mesures contraignantes et de lutte contre la pandémie pose question : comment l’auraient-ils abordée ?

    Nous ne voulons pas nous poser les questions uniquement en étant dans une posture d’outsiders. Cette attitude qui consiste à se placer d’une manière diamétralement opposé à l’ensemble des discours de l’Etat, confortable, est aisée. Mais elle n’est pas sans travers : en supposant un plan préétabli, cohérent, dans l’ensemble des prises de décision politiques, en considérant l’État comme un diable cynique et mû par la méchanceté, ces discours piochent aussi dans un inconscient conspirationniste. Il est d’ailleurs hilarant de voir que cette hypothèse totalitaire se heurte à des écueils insurmontables. Par exemple, ceux et celles qui disaient que le gouvernement était en guerre contre la vie sociale, qu’il préparait 1984, comment expliquent-ils ce relâchement brutal dans le confinement ? Ils ne l’expliquent pas. Ils ont simplement cessé de le dire, et passés à autre chose, à d’autres hypothèses totalitaires.

    Dans chacune de nos prises de position, nous nous posons la question de « qu’aurions nous fait ». Et il est clair que si nous étions au pouvoir, dans cette situation de pandémie, nous aurions du, nous aussi, prendre des mesures extrêmement contraignantes pour tordre le coup à cette maladie. Nous aurions du, nous aussi, faire la promotion ou imposer la vaccination. Nous arions du, nous aussi, empêcher les rassemblement festifs et sanctionner les organisateurs et les organisatrices (pas avec les mêmes modes opératoires, certes). Pas par attrait pour l’autoritarisme, non, mais bien parce que nous plaçons la nécessité comme préalable à la liberté. Et parce qu’une épidémie, et a fortiori une pandémie, n’est pas un choix individuel. C’est une responsabilité collective qui transcende notre individualité. Elle n’est pas comme marcher sur le bord d’une falaise par grand vent, où seule la sécurité de l’individu qui le fait est en jeu, elle est comme rouler ivre-mort dans une rue. Cette mise en avant des intérêts étroitement individuels et personnels, finalement pas si éloignée des ultra-libéraux à la Bolsonaro et à la Trump, montre une faillite dans l’analyse de la société et dans la compréhension du rôle de militant et de militante.

    Cela ne signifie pas tout accepter, bien au contraire ! Mais cela signifie savoir reconnaître ce qui est nécessaire et vital et ce qui est à surveiller ou à combattre. En l’occurrence il nous faut lutter contre la pandémie de manière efficace. Nous ne marcherons pas avec les anti-masques, les anti-vaccins, ou ceux et celles qui n’agissent que pour leurs petits plaisirs, leurs petites jouissances de privilégiés individualistes. Nous ne nourrirons pas la machine à produire du conspirationnisme, qui non seulement nous éloigne de nos objectifs émancipateurs, mais qui menace aussi à tout moment de nous engloutir.

    En revanche, nous considérons qu’il est vital, de rester vigilants.
    Nous devons nous préparer à des temps difficiles, pris dans la tourmente d’une campagne électorale menée autour de thématiques réactionnaires et quasiment fascisantes. Nous devons nous préparer aux offensives sociales, sociétales, et politiques. Sans tordre le cou à cette pandémie, nous ne pourrons ni répondre, ni remporter de victoire.

    Pour se retrouver dans la rue, lutter, avancer, gagner, il faut être en bonne santé !

  • Emmanuel Macron souhaite encore frapper les retraites.

    Emmanuel Macron souhaite encore frapper les retraites.

    Serait-ce la réforme de la onzième heure ? Depuis plusieurs semaines, la rumeur enfle. Macron semble vouloir à nouveau s’attaquer à la question des retraites pour poursuivre sont œuvre de discussion. Alors qu’une 4e vague se profile, mais que rien n’est prêt, alors que la campagne vaccinale peine à convaincre, le président-candidat veut ouvrir un nouveau front. Il semble qu’il s’adressera aux français et aux françaises lundi pour parler de cela.

    A ce stade, les choses restent floues. Mais nous en saurons plus très bientôt.

    Ce qui est significatif c’est le changement brutal d’orientation opéré par ceux qui déterminent la politique d’Emmanuel Macron. Il y a un peu plus d’un an, au moment des premiers confinements, les grands capitalistes, si prompt à défendre un libéralisme outrancier, se sont réfugiés, en pleurs, dans les jupes de l’État. L’État, en créant de la dette, à permis à un grand nombre de salariés de pouvoir conserver un revenu. Mais une autre mesure « sociale » a été aussi mise en œuvre : la protection des bénéfices des grands cartels de l’économie. Le grand patronat a été dorloté par cette « économie de pandémie ». Il en profite aussi par l’effondrement de plusieurs de ses concurrents.

    Le coût de ces mesures est difficilement estimable. Mais cela n’intéresse pas tant que ça les exploiteurs, car celles-ci ne lui ont rien coûté. Le chômage partiel, par exemple, n’a pas été payé avec les profits des grandes firmes, mais bien en créant une dette qu’il « faut » aujourd’hui rembourser. Et les capitalistes n’entendent pas rogner sur leurs profits. En revanche, après avoir vampirisé les ressources publiques, ils se font de nouveau les porte-paroles de l’austérité et du darwinisme social.

    Le patronat et l’État imposent l’idée qu’il faut « relancer le pays ».

    La campagne présidentielle commence à se dessiner. Sa physionomie est celle de la droite, voire de l’extrême-droite. Au delà des axes concernant l’Islam, la sécurité, l’immigration, l’autre pan de ces élections sera celui de cette « relance ». Derrière cette idée de relance, imposée comme étant vitale, se trouve l’idée de hausser, une nouvelle fois, la rentabilité des entreprises française. Elle est hypocrite. Pour le patron du MEDEF : « Je suis assez optimiste, je ne pense pas qu’on aura une augmentation massive du chômage, je ne crois pas à une vague de plans sociaux et de faillites », d’autres études indiquent qu’il ne faudra que trois ans pour que la France retrouve son PIB d’avant le COVID. Et encore, une partie de ce rattrapage économie est entravée par des phénomènes externes : à savoir la concurrence toujours plus forte entre Chine et Occident, mais aussi les malheurs d’autres États qui subissent de plein fouet la pandémie.

    Comment payer la « relance ».

    En réalité, cette relance n’est finalement qu’une seule chose : c’est la poursuite d’une offensive débridée contre les droits sociaux, les droits des travailleurs et des travailleuses. C’est par là que cette relance est envisagée. Par une pression accrue sur les salaires, en particulier en continuant à détruire l’assurance maladie, le chômage et les retraites. Ainsi, dans la réforme des retraites qui se prépare, la première étape serait un passage à 65 ans de l’âge de départ à la retraite, et la seconde le passage à la redoutable retraite à points. Cet ensemble de réformes, prévus pour la période du quinquennat de Macron, vont probablement s’étaler plus que prévu.

    Pour le moment, le calendrier est inconnu et le gouvernement hésite.

    En effet, la situation pandémique a ralenti le travail de sape des droits sociaux. Macron a du tergiverser et reculer sur certains points. Aujourd’hui, le gouvernement se prépare à choisir. Il doit à la fois donner des gages aux grands capitalistes sur le fait qu’il sera leur héraut et l’exécuteur de leurs désirs, tout en restant consensuel et en évitant de déclencher la colère sociale. De ce point de vue, il règne une certaine division sur la méthode à suivre. Certains comme Ferrand étant contre une charge sabre au clair. D’autres se montrant plus empressés à servir leurs maîtres. Il n’est pas impossible qu’il fasse d’ailleurs le choix du référendum. Cela pourrait être une chose positive, permettant de sanctionner la question par le rejet populaire.

    Mais les gouvernements sont passés maîtres dans le fait de tourner les questions des référendums à leur avantage. Le « en-même temps » macronien, et sa capacité à s’appuyer sur les ambiguïtés, peuvent transformer une apparente victoire en défaite totale. Un vote autour d’une « politique de redressement du pays », par exemple, pourrait très bien donner à LREM l’appui qui lui manque pour anéantir les droits sociaux.

    Peut être attendra t’il sinon son prochain quinquennat, s’il a lieu, pour terminer son œuvre. Cap 2022 a pris du retard, mais reste la boussole qui guide l’activité du gouvernement et sa stratégie.

    Préparer la lutte.

    Le risque de la période qui s’ouvre est celui de l’anesthésie par les élections présidentielles. Le « ne luttez pas, votez » sera certainement le credo d’un grand nombre d’organisations, y compris de gauche. Nous pensons l’exact opposé. Qu’importe ces élections, ce qui compte est la lutte. Nous savons que l’État ne peut être, dans sa forme d’État bourgeois, conquis. Il peut en revanche être contraint par la pression sociale, l’organisation, la lutte extra-parlementaire. Nous pensons que dans la période qui s’ouvre, un front uni doit naître autour de cette idée : rejeter l’espace étriqué formé par la politique bourgeoise et faire naître une légitimité dans la revendication d’un régime nouveau.

    Alors que les exploiteurs veulent nous faire travailler plus, dans des conditions toujours plus difficiles et toujours plus longtemps, un autre destin est possible. Un travail partagé, réparti, dont les bénéfices ne servent pas à engraisser des parasites exploiteurs, mais servent à l’ensemble de la communauté. Un travail qui se focalise sur ce qui est nécessaire : assurer l’accès aux biens matériels et culturel dans les possibilités définies par la protection de l’environnement. Un travail qui répond aux besoins, aux lieux de chercher à en créer artificiellement pour maintenir un cycle infernal. Dans ce cadre, le machinisme, l’automatisation, ne devient plus un facteur de chômage et d’aliénation toujours croissante, mais bien un facteur de libération.

    Luttons pour donner naissance à ce monde.

  • Pour une écologie totale.

    Pour une écologie totale.

    49,5 C° au Canada. Une température invivable, qui cause plusieurs centaines de mort par jours. A Vancouver ou a Portland, villes plutôt tempérées, le mercure est monté à 20 C° de plus que les normales saisonnières. Les routes se fissurent, le ballast des voies de chemin de fer fond, les peintures cloquent et les gens souffrent. Des centres de rafraîchissement s’ouvrent dans le pays, pour tenter de compenser cette situation.

    49,5, un record de température absolu, au dessus même du record détenu dans une ville d’Amérique du Nord, à Las Vegas, dans le désert du Nevada. Des chiffres terrifiants, mais un record qui ne durera pas.

    Si le réchauffement climatique n’a pas causé directement ce blocage atmosphérique, il amplifie démesurément les phénomènes climatiques extrêmes. Il est ainsi responsable de l’appel d’air polaire qui a touché le Texas au printemps, mais également des tornades en Europe. L’entropie, la tendance au chaos, se développe.

    Dans un précédent article, nous évoquions ce climat mauvais, tant physique que politique. Mais une réalité saute aux yeux.

    Une nouvelle ère s’ouvre : celle des changements climatiques majeurs.

    Pendant longtemps, l’écologie a été traité publiquement comme une lubie. Elle était vue uniquement sous un angle de protection patrimoniale de la nature, avec la mise en avant d’espèces animales symbole, comme le Panda, le Tigre de Sibérie ou le Rhinocéros blanc. La VIe extinction de masse est une réalité, mais nous avons même dépassé cette étape. La question se pose désormais sur la possibilité pour l’humanité elle même de se maintenir. Avec la publication du nouveau rapport du GIEC, nous savons que les réductions jugées nécessaires et vitales n’ont pas été atteintes. Nous faisons face aux conséquences de nos inconséquences.

    Aujourd’hui, faire face au dégâts du passé et du présent est une question d’avenir. Une question centrale, cruciale. A l’ordre du jour, c’est la lutte pour protéger les moyens de vivre et même de survivre. Parler d’écologie, aujourd’hui, c’est parler de la lutte pour la survie de l’humanité. Car la planète, les écosystèmes, la nature, survivra. Nous, en tant que civilisation, en tant qu’espèce, non.

    Il faut le dire, nous sommes la première génération à nous poser la question de notre survie en tant qu’espèce. Par le passé, la peur des maladies et des famines étaient des peurs qui concernaient un village, un pays, un continent. La peur du feu nucléaire, pendant la Guerre Froide, était la peur d’un holocauste déclenché par la folie militaire. Mais aujourd’hui, c’est l’activité « normale » de notre société qui creuse notre tombeau.

    La lutte pour l’écologie devient une lutte à mort, avec d’immenses obstacles.

    Pourquoi parler d’écologie totale ? Car, trop souvent, les courants écologistes se limite à effleurer le problème. Ils le limitent à l’initiative individuelle et au volontarisme. Cette action, positive, irremplaçable elle aussi, n’en est pas moins entravée et limitée.

    Elle s’intéresse à la consommation et aux modes de vies. Donc à des aspects du problème qui, si nous étions réellement libres de nos choix, pourraient suffire. Mais notre mode de vie est il libre ? Non. Il est étroitement dicté par un système économique coercitif, écrasant, qui nous impose des choix.

    Dans la course au profit maximal, dans la course à l’argent, au capital, à la concurrence, ceux et celles qui possèdent les moyens de production ont un pouvoir immense. Tandis que eux se goinfrent de profits (et d’ailleurs les 1 % les plus riches émettent 66 fois plus de CO2 que les 10 % les plus pauvres) ils imposent des salaires de misère à de très larges pans de la société, voire du monde. Pour ceux-ci, l’écologie se traduit soit par des sacrifices, soit par une simple impossibilité de faire autrement. Voitures polluantes, aliments transformés et hyper-caloriques…En somme, il faut tenir jusqu’au lendemain, même si celui-ci est toujours plus exposé à des conditions dramatiques.

    Les pays du Nord ont d’ailleurs beau jeu de critiquer la Chine ou l’Inde pour leurs choix énergétiques : ces pays produisent pour eux, sous leurs ordres et leurs commandes. Ils produisent pour leurs marchés. C’est la pollution des riches qui se transfère là encore vers les plus pauvres.

    Les exploiteurs n’exploitent pas que les hommes, les femmes, les enfants. Ils exploitent, surexploitent, la nature. Leur attitude de prédation vis-à-vis des ressources naturelles est simple : soit ils l’exploitent, soit, s’ils ne l’exploitent pas, ils courent le risque de voir d’autres le faire. Prisonnière de ce « dilemme du prisonnier » constant, la bourgeoisie, en guerre contre elle-même, ravage tout. Ils ont sûrement conscience des dégâts qui sont causés, mais ils se défaussent de leurs responsabilités, et le poids de cette guerre entre cliques est tel qu’elle les contraint à ravager toujours plus.

    Et lorsque des lois sont prises, soit ils s’arrangent pour qu’elles soient payées par les autres, par les plus pauvres, qui doivent encore ronger sur leurs petits revenus, soit ils les transgressent allégrement.

    Quant aux miracles de la géo-ingénierie et des ruptures technologiques, comme la voiture électrique, c’est le serpent qui se mord la queue : il faut des terres rares, des matériaux précieux, polluants à extraire. Cela entraînera aussi un nouveau partage par la force du monde. Notre électricité vient de notre domination des mines du Niger. Nos matériaux précieux sont responsables de la guerre du Congo. Pour le Coltran, on estime que 607 000 personnes ont perdu la vie. La réalité est qu’il n’existe aucune quadrature de cercle, aucun miracle possible sous le capitalisme.

    D’ailleurs le capitalisme et ses relais politiques sont fondamentalement hostiles à l’écologie réelle. C’est un argument qui revient sans cesse : des discours qui fustigent déjà la moindre piste cyclable, l’abandon d’un aéroport, les changements d’énergie. Cette écologie serait contraignante, punitive. Les partis les plus démagogiques, les plus répugnants, tels les Patriotes de Florian Philippot, qui essaie d’exister en faisant campagne contre les mesures de santé publique, se revendiquent de l’anti-écologie.

    Pour eux, l’écologie est même, c’est la le terme qui revient toujours davantage, totalitaire. C’est également le fond de la pensée des franges les plus réactionnaires du grand patronat. A leurs yeux elle est totalitaire car, pour la première fois de leur existence, ils sont contraints. Eux qui échappent à la loi, à la justice, dont les dynasties ont traversés les guerres sans perdre plus que quelques plumes, ils rejettent l’idée qu’on puisse brider leur style de vie, leur goût du luxe, et, surtout, leurs profits.

    Le fil du rasoir.

    Ont-ils vraiment tort ? Toute solution écologique ne peut être que intégrale et totale, c’est à dire concerner l’ensemble de la société et s’appliquer à toutes et tous, sans passe droits. Les fascistes de l’Action Française ont employé ce mot dans leur propagande. Derrière, c’est le néant. Pour eux, cette intégralité consiste en un repli localiste, en des solutions de petite échelle, passéistes, minables. L’Église catholique, par la voix pontificale, en a donné une définition plus juste. Celle d’une solution universelle qui englobe l’humanité. Mais notre vision à nous est différente encore. Elle est universelle, elle aussi, mais surtout elle est populaire et démocratique. Enfin, elle doit tracer la voie vers un avenir pour l’humanité qui ne soit pas juste une contemplation, mais bien quelque chose de supérieur.

    La clé du contrôle n’est pas la consommation mais la production. Et ce contrôle passe par un contrôle politique absolu, réalisé par les pans les plus larges de la société, et particulièrement, centralement par ceux et celles qui n’ont rien à gagner à l’exploitation des autres : les exploités. d’avoir notre vie entre les mains de personnes qui nous mettent constamment en danger par leurs frénésie de profit.

    Cette souveraineté populaire absolue, qui est au centre de l’œuvre de Rousseau, est la seule voie pour permettre de diriger réellement l’économie. Et même de l’abolir ! Nous ne pouvons accepter

    Pour Marx, le communisme n’est pas une nouvelle économie, c’est, au contraire, la fin de l’économie. A l’exploitation forcenée des ressources naturelles et des hommes doit répondre un nouveau mode d’organisation. A cela, Marx substitue un système de gestion des richesses, lesquelles sont produites de manière planifiée en tenant compte à la fois des besoins matériels et culturels de la population, mais également de la capacité de régénération de la Terre et de son écosystème. Au lieu d’une exploitation maximale, c’est une harmonie qui est mise en place entre l’Homme en tant qu’espèce et la nature. C’est l’intégration de l’humanité dans un espace que la dépasse, et vers lequel elle a une responsabilité : la biosphère. L’ensemble des écosystèmes, la sphère de la vie.

    Nous pouvons non seulement stopper la machine infernale, mais nous pouvons aussi dessiner un avenir positif.

    Il est devenu presque grotesque de parler d’avenir. Pourtant, nous pouvons en présenter un qui ne soit pas une dystopie fasciste ou une catastrophe. Nous pouvons être porteur de cet avenir.

    Cela ne signifie pas moins de richesses matérielles ou culturelles pour la très large majorité de la population mondiale, et même des pays riches. Cela signifie mieux : des objets durables, des produits sains, une culture qui ne repose plus que sur des injonctions à la possession.

    Une reconfiguration des réseaux de transport, des manières de produire et des manières de vivre. Retrouver une vraie liberté, celle ne plus être soumis à des injonctions à posséder des choses qui nous possèdent.

    Le capitalisme a fait de la possession d’objets d’apparat un marqueur social de la réussite. Or, ce sont de bien piètres palliatifs à la vraie richesse et le véritable épanouissement : celui de l’interaction sociale, de l’interaction avec la nature, de la Culture avec une majuscule, de possessions utilitaires qui échappent aux obsolescences programmées. La possibilité d’investir largement dans la recherche, de libérer les cerveaux, d’avancer ensemble, vers l’avenir. Un avenir qui se dessine aussi par la possibilité de quitter notre berceau terrestre.

    En somme une vraie liberté : celle de la fin de cette angoisse de l’anéantissement par notre rapacité.

    Une longue route nous attends. Mais nous devons l’arpenter. Nous devons être organisés, soudés, prêts à faire face à ces défis d’avenir. Ceux et celles qui veulent faire ce chemin avec nous peuvent venir travailler avec nous et nous rejoindre ! Ensemble, élaborons un programme d’avenir ! Nous avons besoin d’une écologie totale, mise en œuvre par une souveraineté populaire absolue.

  • Blanquer veut encore modifier les modalités du Bac.

    Blanquer veut encore modifier les modalités du Bac.

    Depuis 3 ans, les cafouillages et les oppositions (grève des corrections, pandémie, pandémie-bis), n’ont pas découragé le ministère. Au contraire, il veut accentuer encore la transformation du Bac à l’ancienne en Nouveau Bac.

    Qu’est-ce que le « nouveau bac » ?

    L’ancien était déjà inégalitaire, car sanctionnant dans un cadre inégalitaire, une culture bourgeoise et petite bourgeoise. Cependant, le nouveau, malgré un maquillage démagogique, ne règle rien. Il accroît ces problèmes.

    Il est constitué d’un mix entre contrôle continu et épreuve terminale, ainsi que d’une épreuve mal définie, le Grand Oral. Une épreuve qui incarne d’ailleurs parfaitement les fantasmes très IIIe République de Blanquer. Une vision d’ailleurs paradoxale. Elle met en avant le visage austère et sévère de l’instituteur, du Hussard Noir, tout en sapant objectivement toute autorité à ceux-ci et celles-ci, les réduisant au rang de prestataire de service.

    Le contrôle continu vient remplacer l’épreuve finale d’une manière toujours plus importante. Les épreuves communes (E3C) sont d’ailleurs en voie d’être supprimées. C’est une étape de plus vers un bac uniquement au contrôle continu, uniquement symbolique.

    Est-ce bien ou non ?

    Si, à l’échelle individuelle, le contrôle continu peut séduire (après tout, n’est il pas plus représentatif des élèves ?), il pose une série de problèmes profonds.

    Des conséquences funestes.

    1) Les notes sont toujours relatives à l’appréciation du professeur ou de la professeure. Un contrôle continu efficace demanderait une harmonisation des pratiques et des évaluations, et donc une entrave à la liberté pédagogique. Ce bac est un asséchement. Le lycée se transforme en gare de triage pour le supérieur. L’épée de Damoclès de Parcoursup est au-dessus de toutes les têtes : son fonctionnement inégalitaire devient un couperet tranchant.

    2) Le cours n’est plus un lieu d’expérimentation : c’est un lieu de notation. Si le bachotage est négatif, le fait de supprimer le lieu d’apprentissage qu’est le cours est tout aussi problématique, voire pire. Il fait reposer un poids énorme sur les épaules des élèves. Aujourd’hui, les évaluations sur table sont juridiquement des examens. La triche peut être sanctionnée par des interdictions de concours.

    3) Du fait de cette pression liées aux notes, les enseignants et enseignantes sont soumis à une pression réciproque. Cela accroît leur rôle de prestataire de service, subissant les assauts des parents d’élèves et de la direction de l’établissement. Plusieurs cas ont été recensés de modifications unilatérales des notes ou des appréciations par les directions, pour répondre aux désirs des parents. C’est quelque chose qui augmente aussi les risques de corruption ou de menaces.

    4) Le contrôle continu donne aussi au Bac une valeur de baccalauréat d’établissement. C’est déjà en partie vraie actuellement, mais cela s’accroît davantage. Un 15/20 de lycée de centre-ville et un 15/20 de lycée de banlieue n’ont pas la même valeur pour les recruteurs du supérieur. Cela pour le grand bonheur des agences de notation et d’évaluation. Ce sont des conceptions qui sortent tout droit du cerveau des « grands penseurs » du libéralisme tels que Rosanvallon1, lesquels considèrent que les agences sont l’avenir.

    5) Le fait que les bacs n’aient plus une valeur référence accordée par le caractère national de l’épreuve les rends donc aussi juridiquement plus précaires. Or, la valeur du diplôme joue un rôle dans la création de normes de travail. Si les bacs et les diplômes du supérieur sont des diplômes d’établissement, ils mettent en péril leur reconnaissance dans les conventions collectives, voire l’existence de celles-ci. Cette offensive sur le monde du travail est passée complètement inaperçue alors qu’elle est centrale. La génération des « bacs maudits » sera non seulement sous-payée par rapport à sa qualification, mais entraînera mécaniquement une mise en concurrence intergénérationnelle tout comme un nivellement par le bas des salaires.

    6) La gestion par établissement du bac rentre aussi dans un processus d’autonomisation progressive des établissements scolaires. Les bacs à options créent une cacophonie au niveau de la gestion des personnels enseignants dans les établissements. Ils produisent progressivement une décantation dans les choix des options, avec plusieurs effets :

    • Des rationalisations dans les établissements, avec la disparition de certaines matières.
    • Des « Yalta de l’enseignement » avec la création de lycées Littéraires, de Lycées Scientifiques… qui se partageront les élèves.
    • Une gestion par établissement des recrutements, avec la multiplication des postes à profil, accentuant le recours aux contractuels et la défonctionnarisation de la profession.
    • Cette privatisation en catimini des établissements scolaires les met aussi en concurrence. Les lycées les plus prestigieux pourront débaucher les personnels les plus qualifier, tandis que les plus difficiles seront encore désavantagés2.

    Ces projets ne sont pas accidentels. Ils sont issus d’une longue réflexion. Blanquer reprend les grandes lignes du projet d’autonomie des lycées lancé par Fillon il y a 15 ans. Ce projet avait avorté face à l’opposition particulièrement forte du corps enseignant et des élèves. Cependant, le rapport en force, en 2005, était nettement plus favorable, et, à force de matraquage médiatique, les autonomisations entrent dans les mœurs. Mais ce n’est pas pour autant une fatalité !

    Défendre un Bac plus juste est une lutte complexe. Nous ne sommes pas des conservateurs qui nous arc-boutons en fantasmant sur l’ancien mode d’évaluation. Nous pensons que l’avenir n’est pas le passé, mais quelque chose de différent, de supérieur.

    Nous luttons pour une éducation gratuite, critique, laïque et populaire. Une partie ce cette transformation peut être réalisée par les luttes sous le système capitaliste : une éducation dotée largement en moyens, permettant de réduire les inégalités sociales et offrant la possibilité aux élèves d’avoir un épanouissement intellectuel en culturel en plus d’une formation professionnelle. Le fait aussi de ne plus être une succursale des entreprises : ce sont à elles de payer pour former leurs employés, et non à l’éducation de devenir des fournisseurs en main d’œuvre à usage unique. Cette partie demande un investissement dans les luttes et les syndicats combatifs. Les luttes lycéennes et étudiantes, écrasées par les forces de l’ordre, sapées par les fermetures administratives, doivent fleurir à nouveau !

    La seconde, celle qui permettra réellement de faire de l’école un lieu d’émancipation, un lieu de formation continue et d’épanouissement réel, demande un bouleversement complet de la société. Il demande de revoir en détail le lien entre éducation et travail, et de considérer que celle-ci n’est pas juste une étape, mais est bien quelque chose qui se réalise tout au long de la vie. Nous sommes pour une école ouverte sur la société, qui donne à chacun la possibilité de reprendre des études, une formation, de retrouver un cadre éducatif pour découvrir de nouvelles choses, de nouvelles thématiques, et de trouver ses passions et ses talents.

    Pour que cette vision ne reste pas utopique : s’engager est une nécessité, lutter est une obligation !

    1Un des grands gourous de Science Po.

    2Il ne faut pas nier que c’est déjà le cas. Les études démontrent que les lycées les plus riches ont les enseignants les mieux payés (du fait de l’ancienneté, mais aussi du cumul des fonctions).

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    https://unitecommuniste.com/france/stoppons-parcoursup-le-nouveau-bac-la-selection/
  • Mauvais climat.

    Mauvais climat.

    Le temps est franchement mauvais en France et ailleurs. Ces nuages noirs sont à la fois physiques et métaphoriques.

    A Lyon, nous avons pu voir que les phénomènes extrêmes sont de plus en plus fréquents. Torrents de pluie, inondation et orage de grêle ont frappé la région. A Annonay, en Ardèche, une tornade a pu être observée en train de se former. Heureusement sans conséquence. Mais d’autres n’ont pas eu cette chance.

    En revanche, en République Tchèque, c’est même une tornade qui s’est formée, ravageant le village de Hrusky, causant 3 morts et 60 blessés. Des vents de 322 km/h ont été relevés. Le maire du village a ainsi déclaré : « C’est l’enfer sur terre ». D’autres phénomènes du même genre ont frappé le reste de l’Europe centrale. L’Europe découvre un climat de mousson inconnu habituellement.

    Beaucoup plus au sud, le glacier Thwaites suscite une inquiétude importante. Il est le rempart qui protège toute une partie de l’Antarctique du dégel. Ce monstre se détache progressivement sous l’influence de courants chauds, lesquels sapent les attaches qui le relient au fond marin. A lui seul, il pourrait représenter une hausse de 65cm du niveau des océans. Ces éléments épars sont l’expression d’un phénomène d’ampleur dont on ne peut ignorer l’existence. Le réchauffement climatique n’est plus une abstraction, il est une réalité visible, qui s’accélère.

    Le GIEC (Groupe Indépendant d’Étude sur le Climat) vient d’ailleurs de rendre un rapport à l’ONU. Ce rapport est terrifiant puisqu’il laisse entendre que les possibilités de survie de l’humanité sont en train d’être atteintes. Le rapport est laconique : « La vie sur Terre peut se remettre d’un changement climatique majeur en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes. L’humanité ne le peut pas. » Tous les compartiments de la vie sont atteints. Accès à l’eau douce, accès à l’alimentation, protection contre les chaleurs…Mais aussi pauvreté, faim, maladies… Le rapport se conclut ainsi : « Nous avons besoin d’une transformation radicale des processus et des comportements à tous les niveaux: individus, communautés, entreprises, institutions et gouvernement.« 

    Nous sommes donc, en plus de la pandémie toujours active, toujours capable de rebondir, face à des enjeux immenses, écrasants. Des enjeux qui sont centraux par rapport à notre avenir. Mais des enjeux qui, à l’heure actuelle, peine à trouver leur place. Il suffit pour cela de regarder la vie politique française, elle aussi saturée de nuages noirs.

    Entre deux tours.

    Quelles élections passionnent moins que les régionales ? Peut-être les européennes, et encore. Avec une abstention entre 65 et 85 %, beaucoup ont boudé l’offre politique faite pour le renouvellement des régions. Il faut dire qu’elles ont été peu médiatisées, que les enjeux sont méconnus, mais également que l’offre politique est massivement rejetée par les électeurs et électrices.

    Mais, cela n’empêche pas celles-ci d’avoir une certaine importance : elles les régions possèdent certaines prérogatives politiques et économiques locales. Elles sont aussi un moyen pour les partis d’engranger de l’argent et de posséder des voix en plus pour les sénatoriales. Pour nous, qui sommes dans une posture extra-parlementaire, elles sont une chambre d’écho des stratégies des organisations parlementaristes.

    Or, aujourd’hui, qu’observons nous ? Nous pouvons voir que l’implantation de l’extrême-droite reste relativement fragile, faute de relais locaux. Ce n’est pas négatif. En revanche, nous voyons aussi un climat politique particulièrement violent. Dans certains cas, on entend même des discours qu’on aurait cru remisés depuis la fin de la Guerre Froide. Ainsi, en Île de France, où la coalition PS-EELV-LFI pourrait l’emporter, bon nombre de personnalités sont montés au créneau. Des anciens PS, comme Manuel Valls ou Jean-Paul Huchon ont appelé à voter pour la candidate LR Valérie Pécresse pour empêcher la victoire de «gens irresponsables, irréfléchis et beaucoup trop idéologues». Pour l’ancien ministre de l’intérieur, revenu de l’extérieur, s’allier à Jean-Luc Mélenchon, lui-même ex-PS, est une « faute morale ».

    Pour Valls, cette liste est toxique car elle condense «les ambiguïtés, les compromissions de membres des listes de La France insoumise en Ile-de-France avec l’islamisme, par rapport à la lutte contre l’antisémitisme, au soutien aux policiers, sur la laïcité». Nous en sommes presque revenus à 1972 et la menace du totalitarisme lorsque Mitterrand était candidat de la gauche parlementaire coalisée. En revanche, Jean Sol, candidat de LR aux élections départementales, est prêt à travailler avec le RN. Cela ne choque plus. De toute manière, il devient difficile de discerner, dans l’application des politiques, la séparation entre droite classique et extrême.

    Cette médiocrité des discours, ces invectives paranoïdes, contribuent a alimenter un climat d’ensauvagement. Nous employons ce terme à dessein. Il fait partie désormais du vocabulaire d’un ministre de l’Intérieur sans vergogne. Dans sa bouche, il sert à montrer que la société est devenue plus violente, et qu’il faut la gérer par des expéditions punitives. A ses yeux, le RN est devenu mou, et il se fait fort de le remplacer. Et cela même si c’est le sentiment, et bien le sentiment, d’insécurité qui a augmenté, et non les violences.

    Nous, nous l’employons dans un autre sens, dans celui qu’employait Aimé Césaire.

    « Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral […] il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et « interrogés », de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. »

    Cet ensauvagement n’est pas celui de « classes dangereuses » qui se démènent et qui s’émeutent. Il est celui d’élites intellectuelles, de penseurs, de philosophes, de politiciens, chez qui l’idée d’une gestion militaire des choses fait son chemin. Il est dans l’acceptation d’une gestion par l’expédition punitive, par la police à la coloniale.

    Brutalité et violence.

    Faire la liste de toutes les violences d’État serait terriblement fastidieux. Nous ne prendrons que deux exemples : la rave de Redon et l’agression raciste de Dole.

    Concernant la première, nous ne partageons pas particulièrement les conceptions sur la « libération par la fête ». Nous comprenons le désir de liberté après cette période de confinement, mais nous ne pensons pas que ce mode opératoire permette d’en gagner de nouvelles. Et surtout de transformer la société, car certains organisateurs se comportent parfois avec des attitudes de boutiquiers. Mais la question n’est pas là.

    L’intervention des forces de l’ordre a été particulièrement brutale. Elle a dépassé largement le cadre permis par la loi. Au delà de ça, les gendarmes se sont livrés à des actions extra-légales, notamment la destruction, sous les yeux des caméras, du matériel de son. C’est une pratique illégale dont le but n’est pas d’assurer le maintien de l’ordre, mais bien de détruire, de manière très clausewitzienne, les capacités matérielles à morales de l’adversaire. Il en est de même dans certaines pratiques répressives, nous pensons aux antifascistes Lyonnais il y a quelques années, qui ont vu leur matériel militant et leurs bibliothèques détruites. Il s’agit là d’une méthode qui possède des caractéristiques terroristes.

    Dans le cas de l’agression raciste de Dole, nous avons une dimension supplémentaire qui est franchie. C’est la justice elle-même qui a mis en accusation un homme d’origine nord-Africaine sur lequel un individu a foncé en voiture, dans le but manifeste de le tuer. Il est désormais inculpé de dégradation volontaire sur la voiture de son agresseur. Décidément, un sale temps règne.

    Dans une dimension plus internationale, ces tensions et ces brutalités se retrouvent largement. Nous avons pu ainsi voir la marine russe tirer des coups de semonce sur des navires anglais au large de la Crimée. De même, l’armée française modifie progressivement sa doctrine pour intégrer à nouveau des opérations symétriques. Cela va de paire avec une militarisation de la société, dans laquelle le SNU (Service National Universel) joue un rôle central : il permet une reprise en douceur de la notion de conscription, tout en ayant une apparence civile.

    De bien piètres réponses.

    Quand nous voyons la hauteur des enjeux sociaux, écologiques, politiques, géopolitiques et la médiocrité des réponses fournies, une seule question vient à l’esprit : pourquoi ?

    Le capitalisme, l’impérialisme, la division de la société en classes et en intérêts contradictoires explique cela. Les capitalistes ne souhaitent pas la fin du monde, non. Mais ils sont incapable de sortir d’un dilemme terrible : le premier qui respectera les règles du jeu écologique et rationnel perdra une partie de sa rentabilité et sera dévoré par ceux qui n’ont pas fait ces choix. Même s’ils trouvent un terrain d’entente pour réaliser quelques menues avancées, la tentation de la tricherie, la tentation de la transgression sera écrasante. Respecter l’environnement et les êtres humains est une véritable suicide économique.

    La réponse ne peut venir que de quelque chose, d’une force politique, qui non seulement dépasse ces contradictions, mais est capable de se montrer l’émanation politique des intérêts profonds de la société dans son ensemble. Et ces intérêts sont simples : il s’agit d’avoir un avenir, premièrement. D’assurer la survie de l’humanité et de son environnement. D’assurer une vie saine, décente, à l’ensemble de ses membres. De permettre leur épanouissement individuel et collectif. D’assurer la possibilité enfin d’une amélioration continue des loisirs, de la culture, de la santé.

    Toute tentative de résoudre cela se heurte à des réticences, des oppositions, des égoïsmes. L’idée même d’une réponse qui implique l’intégralité de la population est taxée de totalitaire. Pourtant, face à des enjeux aussi immenses, aussi importants, aussi vitaux, il n’est pas possible de laisser le pouvoir être au main d’une poignée. Il mérite d’être remis entre les mains non seulement du plus grand nombre, mais surtout de ceux et de celles qui n’ont rien à gagner à l’exploitation, mais tout à son abolition : ceux et celles qui produisent les richesses, dont le labeur nourrir l’ensemble de la société. Une démocratie populaire, avec une souveraineté populaire absolue.

    C’est à cela que nous voulons travailler. C’est avec ces responsabilités en tête que nous avançons.

    C’est uniquement ainsi que ces lourds nuages noirs seront dispersés, et qu’un avenir rayonnant pourra apparaître.