Auteur/autrice : unitecommuniste

  • Cap catastrophe, l’éducation en solde et la liquidation du corps professoral.

    Cap catastrophe, l’éducation en solde et la liquidation du corps professoral.

    Cap catastrophe, l’éducation en solde et la liquidation du corps professoral.

    Partie 5

    La question de l’enseignement n’est pas négligée par les gouvernements successifs. Depuis le milieu des années 1990, le processus qui s’engage est celui d’une privatisation partielle ou déguisée et d’une autonomisation des établissement. Depuis plus de 15 ans, les lycées et les universités sont dans le collimateur de ceux et celles qui rêvent d’en faire des lieux de formation servant à produire une main-d’œuvre adaptée aux besoins tactiques du tissus économique local, tandis que des établissements d’élite se concentrent sur les questions d’ordre stratégique. Pour la grande bourgeoisie monopoliste, tout ceci est extrêmement bénéfique, la formation étant aux frais de l’Etat (donc du contribuable) ou de la poche même de ceux et celles qui veulent bénéficier de celles-ci, pour forger les outils que les grandes entreprises n’ont plus qu’à mettre à son service.

    De plus, l’éducation et ses lieux sont des marchés lucratifs. Externalisation des cantines, implantation de lieux marchands (photocopies, restauration, loisirs…) il existe un grands nombres de marchés captifs qui excitent les convoitises.

    Les stages eux-mêmes sont des affaires en or, de la main d’œuvre corvéable à merci. Par des réseaux clientélistes, certains grands consommateurs de stagiaires peuvent ainsi réduire leur masse salariale.

    La question de la « masses salariale » est d’ailleurs une question qui revient inlassablement. Mettre au pas le corps professoral, briser son statut -qui est par ailleurs un des moins favorable de l’ensemble des pays de l’OCDE- et faire en sorte que son recrutement soit assuré au niveau de l’établissement, voilà un objectif stratégique que souhaitent atteindre les rédacteurs et les rédactrices de ce pamphlet.

    Ce pamphlet, justement, s’intéresse dans deux propositions à la question de l’éducation, dans la proposition 8 au Secondaire, et dans la 9 au supérieur.

    Voilà comment cette question est introduite :

    « [l’enseignement] doit répondre à de nouveaux enjeux : donner aux enfants puis aux jeunes les connaissances et les compétences nécessaires pour trouver leur place dans la société et aborder sereinement le marché du travail, dans un monde connaissant de fortes mutations (révolution numérique, mondialisation de plus en plus complexe, évolution du cadre de vie, etc.). »

    Loin d’être un point de détail, la question des connaissances et des compétences, est en réalité centrale. Centrale, car elle fait l’impasse sur une dimension de qualification, dimension reconnue juridiquement et intégrée dans les conventions collectives, donnant droit à un statut, à un salaire…etc. Ce qui n’est ni le cas des compétences, ni des connaissances. D’entrée de jeu, les rédacteurs et des rédactrices montrent leurs cartes : inféoder le système éducatifs aux désirs du patronat. Rendons à César ce qui revient à César et reconnaissons que, en revanche, ceux qui ont créé ce plan d’attaque sont lucides sur un point crucial :

    « Face à ces enjeux, les constats sur les performances de notre système éducatif sont décevants : au sein de l’OCDE, la France est le pays où la situation sociale des parents détermine le plus les résultats scolaires de leurs enfants. »

    Soit. Mais quelle réponse ?

    Pas d’argent, déjà, puisque la ligne finale de la proposition 8 est « Cela ne passe pas par l’attribution de ressources supplémentaires – le Comité ayant d’ailleurs identifié 300 M€ d’économies dans ce domaine. » mais, au contraire, « restaurer la confiance des parents dans le système éducatif français et de répondre de manière plus adaptée aux besoins des territoires. »

    Mettons de côté le premier élément. Il est pourtant, en tant que tel, déjà gênant, car il ravale la communauté pédagogique au rang de prestataire de service devant combler les désirs et répondre aux inquiétudes des parents. D’autant que le déficit de confiance est le fruit pourri d’une campagne de dénigrement orchestrée de longue date par les gouvernements successifs, tandis que les réels problèmes proviennent de l’absence de moyens et de la situation catastrophique qui en découle.

    L’aspect central, dans cette phrase, ce sont les « besoins des territoires », or, qu’est ce que ce « besoin », si ce ne sont les désirs en termes de main d’œuvre du bassin d’emploi local ? En somme, il s’agit de poursuivre dans le fait de faire de l’école une division tactique du recrutement pour les patrons, et de l’inféoder aux besoins des exploiteurs. C’est d’ailleurs dans cette optique que se conçoit le nouveau bac et le plan éducatif « Bac – 3 ; Bac + 3 » qui vise, en somme, à aiguiller les élèves dès l’entrée au lycée sur des voies professionnelles sans passerelles internes et sans possibilité de réorientation.

    Pour combler le déficit des vocations dans l’enseignement secondaire, le rapport préconise de faire un certains nombres de démarches « revalorisant le métier d’enseignant pour lui rendre son attractivité, avec une nouvelle vision de la carrière et du rôle dans l’équipe pédagogique ». Derrière cette platitude avec laquelle il est impossible d’être en désaccord, quelles perspectives ?

    Premièrement, appliquer la RGPP [Révision Générale des Politiques Publiques] à l’enseignement. En gros, évaluer, créer des systèmes de notations, et individualiser les réponses en fonction de cela. Cela passe par le fait de concentrer les pouvoirs décisionnels entre les mains du ou de la chef d’établissement.

    « mettre en place l’évaluation des établissements pour les responsabiliser, valoriser leurs initiatives et engager l’ensemble de la « communauté éducative » – chefs d’établissement, équipes pédagogiques, personnels administratifs, collectivités territoriales, parents, élèves – dans une démarche d’amélioration. Les évaluations porteraient sur un ensemble large de critères : résultats des élèves, conditions d’étude, sécurité et bien-être des élèves et des personnels, implication et animation des équipes, conditions matérielles, etc. »

    Évaluer pour responsabiliser, mais autour de quels critères ? Dans les faits, cette « marge de manoeuvre » revient à libéraliser l’organisation de l’enseignement à l’échelle nationale. Non qu’il n’y ait pas de terribles inégalités entre les établissements à l’heure actuelle ! Entre, dans la région lyonnaise, un lycée à Décines et le lycée International, deux mondes existent, avec un océan entre les deux. Mais ce changement conduit à avaliser la fin de la prétendue « égalité républicaine ».

    « responsabiliser davantage les chefs d’établissement notamment en leur donnant plus de marges de manœuvre pour constituer leur équipe pédagogique et élargir les postes dits « à profil » »

    Les chefs d’établissement pourront assurer eux-mêmes les recrutements de leur propre équipe pédagogique. Cela libéralise le recrutement, et entraînera de manière mécanique une aggravation de la tendance au fait que les enseignants « d’élite » aillent vers les lycées «d’élite », creusant l’inégalité entre ces mondes séparés, lesquels se mueront en univers distincts et hermétiquement cloisonnés. Par ailleurs, l’échelon étatique est mis au rencard, pour être remplacé par une direction académique, amplifiant de facto, les écarts entre académies, du fait des inégalités territoriales et budgétaires.

    « faire de l’académie l’échelon de décision stratégique pour la mise en œuvre de la politique éducative. Par ailleurs, le périmètre des académies serait revu pour se rapprocher de la carte des services de l’Etat sur le format des nouvelles régions»

    Dans cette nouvelle organisation de l’éducation, des échelons inférieurs prennent une importance grandissante, notamment avec l’ambition de « renforcer le rôle de l’échelon départemental pour qu’il décline à son niveau les orientations régionales (stratégie d’animation pédagogique, accompagnement des établissements…) et mettre en place une gestion des carrières des enseignants ;

    développer une fonction ressources humaines, mise en œuvre jusqu’au niveau départemental, pour accompagner les personnels des établissements. Cela permettrait notamment d’accompagner les personnels avant que les difficultés ne surgissent mais également d’ouvrir les enseignants vers d’autres environnements professionnels, etc. ; »

    Dans cette nouvelle configuration, les projets sont développés au niveau du département, donc au niveau de la « réalité du tissu économique », tandis que les carrières des enseignants peuvent être évaluées à l’aune de leur capacité à développer l’intégration de l’établissement dans celui ci. L’ouverture des enseignants aux «autres environnements professionnels » ne peut être comprise que ou comme une volonté d’intégrer l’économie extérieure dans l’établissement ou comme une volonté d’intégrer les enseignants dans l’espace économique local, comme une forme de nouvelle perspective de carrière.

    Par ailleurs, les rédacteurs du pamphlet rétro-pédalent sur l’intégralité du projet mis en place par Sarkozy, celui de la masterisation des concours. En fait de Master 2 pour les recrutement, le projet semble être de revenir à la licence comme base.

    « Revoir la formation des enseignants afin qu’elle favorise l’exercice du métier mais aussi les mobilités professionnelles et la diversité des carrières :

    la formation initiale doit être revue selon plusieurs modalités : tout d’abord le moment du concours pourrait intervenir dès la fin du cycle de licence, afin de consacrer les deux années de master à une formation en alternance dans laquelle la pratique mais aussi la réflexion autour des pratiques pédagogiques occupent une place de choix »

    Cela pourrait être vu comme un succès, cependant l’énigme de la « formation en alternance » en lieu et place du stage pose des questions importantes. Surtout, cette proposition ne s’inscrit pas dans une logique de retour au système précédent, mais bien de bond en avant dans la liquidation du corps enseignant sous son statut actuel. Le fond de l’affaire concernant la situation des enseignant, le voici :

    « augmenter le temps d’enseignement des enseignants du secondaire actuels avec un recours à deux heures supplémentaires, ce qui conduira à améliorer leurs rémunérations, et créer pour cela un nouveau corps d’enseignants qui pourrait se substituer progressivement à celui de professeur certifié. Pour ce nouveau corps, que les enseignants pourraient rejoindre sur la base du volontariat, le temps d’enseignement serait supérieur à celui des professeurs certifiés mais la rémunération serait également supérieure. Par ailleurs, on pourrait leur proposer des dynamiques de carrière plus intéressantes. Ce corps serait soumis à des obligations supplémentaires (bivalence, annualisation d’une partie du temps d’enseignement, obligation de remplacement dans l’intérêt du service) qui offriraient plus de souplesse aux chefs d’établissement. »

    En somme, un corps spécial, qu’il est possible de rejoindre sur la base du volontariat, mais qui se substituerait à terme aux enseignants « classiques » naîtrait. Il est notable de voir que la notion de volontariat n’a pas ici son sens classique.

    Ce corps spécial serait donc constitué de tâcherons effectuant plus d’heures, devant enseigner plusieurs matières, aux heures modulables et servant d’ailleurs de variables d’ajustement aux chefs d’établissement. En somme il s’agit de l’institutionnalisation de la précarité dans l’enseignement.

    Dans les faits, ce qui se profile est un pouvoir du chef d’établissement -qui devient un dieu tout puissant- dans la gestion d’une masse salariale qui se composera de plus en plus de contractuels, et qui tarira progressivement les recrutements faits selon la modalité de la certification. Des recrutements qui pourront appâter le candidat ou la candidate en faisant miroiter des carrières florissantes et une échelle des salaires plus souples, mais qui œuvrent surtout à creuser le fossé immense qui existe déjà dans les établissement. Fossé, qui, par ailleurs, sera acté d’une manière fracassante avec l’arrivée du contrôle continu qui se substitue en partie aux épreuves du bac.

    Libéralisation et dérégulation des conditions d’examen entraînent fatalement une variation de la valeur des baccalauréats passés dans les lycées, ce qui, avec le scandaleux Parcoursup, pulvérise la valeur du baccalauréat et sclérose encore les inégalités sociales.

    Quant à l’espoir de voir des moyens nouveaux arriver, ils sont immédiatement liquidés par le fait que l’intégralité de ce projet est architecturé autour de l’idée d’économiser des sommes considérables. Une nouvelle fois, la bourgeoisie, elle, s’en moque. Ses enfants, même les plus médiocres, ont leurs écoles, leurs réseaux, leurs pistons, leurs moyens de se reproduire socialement.

  • Résolution sur la droitisation de la politique d’accueil des migrants au sein de l’UE – ICOR

    Résolution sur la droitisation de la politique d’accueil des migrants au sein de l’UE – ICOR

    Résolution sur la droitisation de la politique d’accueil des migrants au sein de l’UE

    – ICOR – 16 juillet 2018 –

    «  Pour une Europe de paix, de prospérité et de liberté ! » Avec de telles phrases mélodieuses, les dirigeants tentent de dissimuler la nature impérialiste de l’Union européenne. Aujourd’hui, la discussion sur l’UE est d’une importance mondiale. Car, compte tenu de la critique justifiée à l’égard du président américain Trump et de l’impérialisme US-américain en tant que fauteurs de guerre principaux et ennemies de tous les peuples, beaucoup de gens à travers le monde entier considèrent l’UE toujours encore comme « toutefois encore plus humaine » au lieu de voir qu’elle est aussi de par son essence impérialiste. Pour cette raison, diffuser la vérité sur l’UE est une tâche importante de l’ICOR à l’échelle mondiale. Depuis longtemps déjà, l’UE est responsable, au niveau politique et militaire, pour les flux de réfugiés de beaucoup de pays comme par exemple d’Afghanistan et de Syrie. La réalité est aujourd’hui : Plusieurs gouvernements d’États impérialistes de l’UE connaissent actuellement des crises politiques et gouvernementales aiguës, d’abord et surtout l’Allemagne, actuellement l’Angleterre, ainsi que l’Italie et l’Espagne. L’UE se trouve dans une crise profonde avec un développement vers la droite prononcé des gouvernements !

    Lors du sommet de Bruxelles des 27 et 28 juin, les États impérialistes de l’UE se sont mis d’accord sur un durcissement ultra-réactionnaire et raciste de la politique à l’égard des réfugiés, ce qui équivaut à une dissolution du droit d’asile. Même avant cela, la Méditerranée est devenue une fosse commune pour des milliers de réfugiés. Pendant leur réunion récente les chefs de gouvernement sont parvenus à un arrangement sur des camps d’internement fermés, de préférence en Afrique du Nord. À l’instigation de l’UE, de tels camps existent déjà en Libye, où la traite des êtres humains, les mauvais traitements et le viol sont à l’ordre du jour. Le corps de garde-frontières FRONTEX doit être porté à 10 000 hommes. L’armement militaire des gouvernements réactionnaires du Niger et du Tchad est censé intercepter les réfugiés bien au large de la côte méditerranéenne et beaucoup d’entre eux périssent dans le désert. Cette politique inhumaine s’accompagne d’une agitation raciste de partis fascisants, d’extrême droite contre les réfugiés. Ce faisant, ils détournent l’attention des responsables des flux de réfugiés : le système impérialiste mondial, les sociétés internationales qui pillent les matières premières et la main-d’œuvre de l’Afrique ou qui sont les principaux responsables du développement de la catastrophe environnementale mondiale.

    L’ICOR défend le droit de fuite. En même temps, l’ICOR s’engage pour que les masses dans leurs pays luttent pour se libérer du capitalisme. Dans cet esprit la construction d’un Centre médical à Kobanê/Rojava/Kurdistan du Nord, sur la base du Pacte de solidarité entre l’ICOR et les organes d’autogestion, a permis le retour de nombreux réfugiés.

    Mais en face de tout ce développement réactionnaire des gouvernements vers la droite, il y a également beaucoup de protestations, grèves, manifestations et du soutien pratique pour les réfugiés de la part des masses. En même temps, les travailleurs et les masses d’Europe et du monde entier luttent – comme En Hongrie, les gens luttent contre la victoire électorale manipulée d’Orban, en Allemagne contre l’introduction de lois fascisantes de police ou en Autriche et en France contre le démantèlement des droits sociaux et des droits des travailleurs ! En raison de leur perte de confiance, des grèves de travailleurs et des luttes de masse généralisées, les gouvernements européens traversent des crises politiques de plus en plus profondes.

    Le développement vers la droite est la réponse des gouvernements à l’intensification par bonds de la tendance du système impérialiste mondial à produire des crises et aux déplacements des rapports de force dans la compétition impérialiste mondiale. Ceux-ci conduisent à une augmentation généralisée de la préparation impérialiste d’une guerre. Cette politique s’accompagne d’une propagande chauvine, d’une fascisation des appareils d’État et d’un démantèlement massif des droits et libertés démocratiques bourgeois. Ce développement est le plus avancé avec l’établissement du fascisme en Turquie.

    Mais tout ce développement réactionnaire vers la droite des gouvernements est également contré par de nombreuses protestations, grèves, manifestations et aides pratiques aux réfugiés du côté des masses dans toute l’Europe sur la base d’une conscience internationaliste croissante.

    Les dirigeants le savent : Il devient dangereux pour eux quand la classe ouvrière et les autres masses populaires luttent sous la direction de révolutionnaires pour le renversement de l’impérialisme. Par conséquent, le fer de lance anticommuniste de leurs attaques est dirigé contre eux. La construction de partis révolutionnaires dans tous les pays et leur ralliement à l’ICOR est la conclusion la plus importante.

     

    Le moment est également venu de construire un large front uni antifasciste et anti-impérialiste dans tous les pays !

     

    Arrêtons le développement vers la droite de toujours plus de gouvernements !

    La rébellion contre l’UE impérialiste est justifiée !

    Renforçons la construction de partis révolutionnaires, renforçons l’ICOR !

     

    Signataires (en date du 25/07//20187. Liste actuelle des signataires sur le site Web www.icor.info):

    1. RCP Revolutionary Communist Party of Egypt (Partie communiste révolutionnaire d’Egypte)

    2. ORC Organisation Révolutionnaire du Congo, République démocratique du Congo

    3. UPC-Manidem Union des Populations du Cameroun – Manifeste National pour l’Instauration de la Démocratie, Cameroun

    4. MMLPL Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)

    5. CPSA (ML) Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes))

    6. PPDS Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie

    7. MLOA Marxist-Leninist Organization of Afghanistan (Organisation marxiste-léniniste d’Afghanistan)

    8. CPB Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)

    9. CPI (ML) Red Star Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)

    10. NCP (Mashal) Nepal Communist Party (Mashal) (Parti communiste du Népal (Mashal))

    11. NDMLP New-Democratic Marxist-Leninist Party (Parti marxiste-léniniste de démocratie nouvelle), Sri Lanka

    12. Krasnyj Klin Gruppa Kommunistov-Revoljucionerov „Krasnyj Klin“ (Groupe de révolutionnaires communistes « Krasnyj Klin » [coin rouge]), Bélarus

    13. PR-ByH Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie et Herzégovine), Bosnie et Herzégovine

    14. KSC-CSSP Komunisticka Strana Cheskoslovenska – Cheskoslovenska Strana Prace (Parti communiste de Tchécoslovaquie – Parti ouvrier tchécoslovaque), République tchèque

    15. MLPD Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)

    16. MIKSZ Magyar Ifjúság Közösségi Szervezete (Organisation de la Communauté de la Jeunesse Hongroise)

    17. KOL Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)

    18. RM Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas

    19. MLP Marksistsko-Leninskaja Platforma (Plate-forme marxiste-léniniste), Russie

    20. TIKB Türkiye İhtilalci Komünistler Birliği (Union de communistes révolutionnaires de Turquie)

    21. MLKP Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)

    22. KSRD Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine

    23. PR Partija Rada (Parti du travail), Yougoslavie (ex)

    24. PC (ML) Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine

    25. PC/ML Partido Comunista (Marxista-Leninista) de Panamá (Parti communiste (marxiste-léniniste) du Panama)

    26. PCP (independiente) Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))

    27. PPP Partido Proletario del Perú (Parti prolétarien du Pérou)

    28. MLGS Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)

    29. PCC-M Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)

    30. БКП Българска Комунистическа Партия (Bulgarische Kommunistische Partei)

  • Cap catastrophe 2022 : la santé – partie 3

    Cap catastrophe 2022 : la santé – partie 3

    Santé : la liquidation

    Partie 3

    « Transformer les services publics », voilà l’intitulé sous lequel s’ouvre la troisième partie du doucment. « Le Comité a souhaité concentrer sa réflexion sur un nombre limité de réformes : celles-ci répondent en effet à des attentes fortes des Français en termes d’amélioration du service public, et elles permettent de conjuguer amélioration du service rendu et réduction de la dépense publique. » Voila comment mêler démagogie et liquidation.

    Les premières mesures concernent la santé. Il est intéressant de voir, à la syntaxe hasardeuse de l’article, qu’un effort limité a été concédé pour camoufler la véritable teneur de celui-ci. L’article présente des problèmes réels : « Les symptômes de ces difficultés sont connus : délais d’attente, engorgement des urgences des hôpitaux à défaut de solutions de proximité en matière de soins primaires et d’urgence, renoncement aux soins, et épuisement des professionnels concernés. » Mais la question posée de manière insistante est celle du coût.

    Toutes les propositions sont axées autour de cette ligne rouge, celle de réduire les dépenses et de réduire les remboursements de soins par la Sécurité Sociale, anticipant sa liquidation. En prétendant assouplir et simplifier l’accès aux soins pour limiter le renoncement à ceux-ci, les rédacteurs et rédactrices de l’article le complexifient et le figent. Les parcours santé, ces étapes mises en œuvre pour cloisonner l’accès aux spécialistes sont davantage balisés, avec des sanctions prises au niveau des remboursements.

    « rembourser les soins fournis par les professionnels de santé exerçant en ville à la condition qu’ils se soient inscrits dans un système de coordination entre les acteurs. Dans le cas contraire, ces professionnels ne seraient pas « conventionnés » et leurs actes ne pourraient donc pas donner lieu à remboursement par la sécurité sociale »

    S’ajoute à cela une « américanisation » de la gestion financière : « mettre en place des modalités de facturation du patient à l’hôpital qui améliorent le recouvrement et simplifient la vie de l’usager (paiement à l’entrée, prise d’empreinte de carte bancaire, forfaitisation …) »

    Dans le même temps, la situation critique au sein des hôpitaux est contrée par une « souplesse » au niveau de la masse salariale :

    « rénover l’organisation interne, la gestion des ressources humaines, le management et le dialogue social dans les établissements publics de santé pour redonner aux managers les moyens de répondre au besoin d’adaptation constante du système de santé. »

    Ces dernières années, les fermetures de maternités jugées « non-rentables », d’hôpitaux de rééducation, d’antennes de proximités ont été pointées du doigt tant par les militants que par la société civile. Hypocritement, les élus locaux ont régulièrement accouru à la rescousse de l’hôpital local, bien qu’ils ou qu’elles soient de partis participant à leur liquidation. Cette crise, les rédacteurs la conjurent en promettant monts et merveilles :

    « mieux adapter l’offre de soins aux besoins locaux, notamment en améliorant la répartition de l’offre sur le territoire (cela passe par le renforcement des groupements hospitaliers de territoire, qui favorisent l’émergence de projets structurés par territoire) et en mettant en place une plateforme d’orientation, d’information et de coordination au service du patient ;

    développer la délégation de compétences aujourd’hui exercées par les médecins (par exemple les métiers d’infirmier en pratique avancée), en s’inspirant des exemples européens et internationaux réussis. Par exemple, certaines vaccinations ou le suivi de patients malades chroniques pourraient être assurés par des infirmiers »

    Ces deux aspects sont significatifs, le premier parce qu’il revient à jouer sur les « lignes intérieures » et à tenter de compenser le manque criant par une rationalisation supérieure et une ventilation plus performante. En somme, il revient à exploiter au maximum l’état de misère sans le résoudre.

    Le second est à l’envi, puisqu’il créé un échelon intermédiaire entre corps infirmier et médecins pour combler en partie la pénurie sans menacer le statu des médecins. Héritiers du fonctionnement en corporation -l’ordre des médecins est une survivance de Vichy- les médecins sont les grands défenseurs du numerus clausus, qui permet entretenir la rareté de leurs activités, leur garantissant ainsi des revenus considérables, au mépris des patients. Il s’agit d’ailleurs d’une corporation que la grande bourgeoisie soutient, malgré ses hypocrites vœux de libéralisme.

    Créer cette sous-catégorie permet ainsi de combler un vide sans s’aliéner le soutien d’une catégorie de population traditionnellement plus qu’à droite.

    Autre réponse, comme un tour de magie, est le recours au numérique. La télémédecine est présentée comme la nouvelle panacée, permettant une gestion d’un plus grand nombre de patients et de diminuer le nombre d’hospitalisations.

    « généraliser en priorité la télémédecine à tous les citoyens vivant dans une commune identifiée comme étant un désert médical, augmenter le recours à la télésurveillance à domicile pour un meilleur suivi des maladies chroniques, donner accès aux actes de télémédecine à toutes les professions médicales, diminuer le nombre d’hospitalisation en EHPAD »

    Plutôt que de relâcher le sacro-saint numerus clausus, mieux vaut acter que ruralité rime avec désert médical et liquider le contact humain pour le remplacer par des SMS. L’avenir paraît bien sombre pour les personnes âgées. Mais l’essentiel est résumé dans le petit paragraphe de conclusion.

    « Ces réformes permettront d’améliorer les conditions de travail des personnels grâce au désengorgement de l’hôpital et au rééquilibrage avec la médecine de ville et donc de répondre au maise (sic) actuel. Ces réformes devraient enfin permettre de rendre le système de santé plus efficient, en générerant plus de 5 Mds€ d’économies. »

    5 milliards d’euros d’économie, cela vaut bien quelques vieux et vieilles dans l’isolement. La grande bourgeoisie, dans les faits, s’en moque, elle a ses hôpitaux qui lui sont réservés, ses passe-droits, ses copinages… Elle n’est pas concernée.

    Le numérique sert également d’onguent miracle face à la perte d’autonomie des personnes vulnérables ou âgées. Mais en fait d’onguent, il s’agit, là encore, de rationaliser à outrance les soins et la gestion d’individus qui sont parfois dans l’isolement ou dans le dénuement et pour qui le contact avec le personnel soignant est un des rares contacts sociaux. Le maintient souhaité des personnes âgées ou vulnérables à domicile peut passer pour une initiative positive, mais, dans les faits, elle n’est qu’un paravent au fait de réduire les coûts.

    La proposition 7 « Simplifier la vie des personnes en situation de handicap et celle de leurs proches. » fait office de jonction entre deux angles d’attaques importants. La question du handicap scolaire est traitée sous l’angle du vœux pieux, de la volonté de « bien faire », de faciliter l’accès à des classes spécialisées et à une meilleure inclusion dans le système scolaire. Rien à redire. A l’exception du fait, fondamental, qui est que les moyens pour réaliser cela ne sont pas mis en œuvre, étant donné les sombres projets du gouvernement concernant l’éducation.

  • Aller chercher Macron ? Comment ?

    Aller chercher Macron ? Comment ?

    Aller chercher Macron ? Comment ?

    Les révélations faites autour de l’affaire Benalla ont plus d’un mérite. Elles ont ouvert une fenêtre plus que palpitante sur les contradictions du pouvoir en place, mais également sur les forces politiques qui officient en France, sur leurs conceptions et sur leurs limites ou leur opportunisme, en fonction des cas.

    Plus l’enquête avance, plus un système complet de clientélisme, de passes-droit, de relations troubles fait surface. Sans être inattendu, car le régime bourgeois provoque et cherche la corruption, la révélation de ce réseau est néanmoins passionnante. Alexandre Benalla est un véritable symbole de ce fonctionnement dans lesquels les règlements et les lois sont transgressés, où la police couvre les traces des méfaits commis, et où le mensonge est érigé en art.

    Lorsque les frasques sont sues, elles sont tues. Lorsque des sanctions sont prises, elles sont symboliques. En revanche, les avantages et tricheries internes sont encouragées et récompensent la férocité.

    Les auditions des différents acteurs de cette affaire, dont l’ex-PS Gérard Collomb, ont pu faire la lumière sur l’hypocrisie de la direction de l’État bourgeois, laquelle n’a aucun état d’âme à mentir sans vergogne pour se sortir de ce mauvais pas. Les responsables font bloc le temps que la tempête passe, sachant que les risques d’être mis en cause concrètement et exposés à de véritables condamnations sont quasiment nuls.

    Pour parachever cela, le président de la République, Emmanuel Macron, s’est même octroyé le fait de ses permettre une provocation, en s’exclamant « je suis le responsable, venez me chercher ! ». Tout en sachant pertinemment que son immunité le protège juridiquement.

    Une légitime colère s’est emparée de ceux et celles qui ont vu dans ces propos la marque du mépris le plus total de la part du chef de l’État. La très grande majorité de la population du pays ne peut qu’être choquée par cette attitude.

    Nombre d’organisations ont alors tenté de capitaliser sur cette colère pour faire leur beurre, et engranger un appui populaire. Les Républicains tout comme le Rassemblement National ont tenté de surfer sur ces questions pour jouer sur la corruption de l’exécutif et pour avancer leurs pions. A ce jeu là, les plus réactionnaires n’ont pas hésité à jouer sur l’origine du principal mis en cause pour déverser également leur haine raciste ou leurs thèses complotistes, faisant de Benalla un agent de la Franc-maçonnerie, un terroriste en puissance ou un agent d’Israël.

    A gauche, « Allons chercher Macron » a été érigé en cri de ralliement. Seulement, derrière le cri, la question de la transcription pratique s’est posée. Or celle-ci n’est pas si anodine, elle est même particulièrement importante. Elle est particulièrement importante car elle pose la question du rapport à l’Etat et au pouvoir.

    La FI comme le PCF ont joué la carte de la motion de censure, pour tenter de provoquer la chute du gouvernement. Le RN et les Républicains ont également opté pour cette voie. Pourtant elle est purement symbolique, car elle n’a absolument aucune chance d’aboutir. Ceux et celles qui la suivent ne peuvent l’ignorer. Elle est un moyen de faire un coup d’éclat pour se placer comme opposition principale, pour gagner un avantage moral -temporaire- et espérer capitaliser dessus pour les prochaines échéances électorale. Aller chercher Macron se limite, pour ceux-ci, dans toute leur variété, à une forme nouvelle de « votez pour nous ».

    Hors de l’assemblée, les organisations trotskistes ou réformistes radicales ont été, elles aussi, plus que gênées par cette situation. Habitués à se cantonner dans le registre de la défense économiste, cette situation où il fallait répondre politiquement les ont désarçonnés.

    Tout comme dans les slogans tels que « de l’argent, il y en a, dans les caisses du patronat » , « aux riches de payer la crise… » ect, se pose la question du « comment ? », « comment aller le chercher, comment leur faire payer ? » et où la réponse, en générale, est évasive. Dans les faits, il existe une pudeur invraisemblable à quitter le registre économiste et à poser la question en termes politiques, en termes de pouvoir.

    Le NPA, par exemple, se limite à présenter une crise politique comme une opportunité économiste, « Nul doute que cet affaiblissement peut devenir un point d’appui pour les nombreux combats à mener à la rentrée. Face aux violences du gouvernement, qu’elles soient sociales ou physiques, il est grand temps de désarmer Macron ! » L’ironie de la chose voulant que l’exigence du désarmement paraît difficile à mettre en œuvre dans un système où la bourgeoisie bénéficie d’une « toute-puissance favorisée et rendue possible par les institutions de la Ve République. » 

    Dans un autre article, sur le site « Révolution Permanente » l’auteur indique « Si l’affaire Benalla a montré toute la violence du régime présidentiel, il manque aujourd’hui une alternative à cette République des privilèges et des privilégiés, qui, en même temps de rogner sur les droits des travailleurs en leur demandant « l’exemplarité », ne respecte même pas les lois qu’elle feint de défendre. » Nous ne pouvons que être en accord avec cette déclaration. Mais cependant, l’alternative, qu’est-elle ? « Cette mobilisation extra-parlementaire, avec les méthodes qui sont les nôtres, la grève et les manifestations, est la seule à même de pouvoir remettre en question cette République de magouilles, de copinages et de vrais privilégiés. » La grève économique est, pour Révolution Permanente, la solution. Le même article regrette que la CGT et le mouvement ouvrier ne se soient pas plus impliqués, limitant le débat à des questions économiques et économistes.

    Invocation, encore, lorsque le même déclare « si les travailleurs s’invitaient dans les débats qui traversent le pays actuellement, pour apporter leurs propres solutions, cela pourrait être un coup important contre l’ensemble de la Cinquième République et ses institutions pourries, et changer enfin la donne, non pas pour remplacer la cinquième par une sixième République, où il y aurait toujours un gouvernement des patrons malgré les changements de façade qui pourraient être proposés, mais pour que cela soit véritablement les travailleurs et l’ensemble des opprimés qui prennent leurs affaires en main une bonne fois pour toutes. »

    Il suffirait donc que les travailleurs s’invite dans le débat pour que cela puisse changer. Il s’agit là d’une des faillites de la conception trotskiste, laquelle ne comprends finalement pas le sens de l’organisation politique et de la révolution. « Il s’agira par la suite de chercher à construire une véritable mobilisation d’ampleur qui soit en capacité d’exiger et imposer à ceux qui nous ont trop longtemps gouverné la fin d’un régime de privilèges et de privilégiés. » Le comment se pose encore comme question.

    Lutte Ouvrière, elle aussi reste dans une expectative d’un sursaut spontané du mouvement économique, qui, par l’œuvre du Saint Esprit, par une alchimie secrète, se muerait en mouvement révolutionnaire.

    Dans les faits, « aller chercher Macron » revient à affronter la bourgeoisie dans toute sa force, dans le but de la chasser du pouvoir. Or l’expérience et l’histoire démontrent que ce n’est qu’autour de l’organisation politique, autour d’un Parti révolutionnaire que la bourgeoisie peut être chassée du pouvoir. Certes ce parti n’existe pas encore, mais il n’existera jamais sans compréhension politique du rôle de l’Etat et de la nature du changement politique à faire. Il n’aura jamais une influence politique sur les masses populaires et plus particulièrement les ouvriers et les ouvrières si il n’ose pas franchir le Rubicon de la politique et affirmer que son rôle est d’apporter la négation du pouvoir de la bourgeoisie. 

    Certes, il existe un chemin immense à parcourir, mais ce chemin immense ne peut être arpenté par des voies contournant l’obstacle politique, et se limitant à des revendications économiques ou à des transfert de propriété juridiques (nationalisations) et qui, in fine, nient la question de la révolution, la question de la réaction de la bourgeoisie et celle du pouvoir populaire, sous la forme de la dictature du prolétariat, seule forme de pouvoir permettant de transformer la société et de repousser les assauts des réactionnaires et des restaurateurs. L’Unité Communiste de Lyon considère que les mouvements politiques révolutionnaires ont leur mot à dire et leur carte à jouer dans la situation politique actuelle. Le dégoût des institutions qui se renforce doit trouver son écho dans les mots d’ordres des communistes, lesquels ont la tâche de politiser les masses populaires, de politiser les luttes des exploités, de politiser la colère qui gronde. De politiser, d’organiser et d’agir contre l’Etat bourgeois, contre le pouvoir bourgeois, pour la révolution prolétarienne. Nous défendons l’extra-parlementarisme comme une étape, comme un moyen pour les masses de s’exprimer politiquement. Aussi imparfaite qu’étaient les expériences des indignés ou de nuit debout, elles ont joué un rôle d’étape dans le fait d’avoir une volonté de créer des instances de débat et de décision en dehors des cadres institutionnels. Elles ont été des expériences limitées dans le temps comme dans la profondeur, mais posaient des questions néanmoins plus profondes que les réformistes et les électoralistes. Elles posaient, en dernière instance, la question du pouvoir.

    Au lieu de désarmer Macron, les positions de la gauche réformiste et radicale-réformiste entraînent les masses populaires sur la voie de la conciliation de classe, en attendant que « les gens se réveillent » et contribuent à maintenir l’illusion qu’un simple ’20h sur TF1′ est suffisant pour transformer concrètement et complètement la société capitaliste et à instaurer le communisme. Aller chercher Macron, c’est se doter des moyens de chasser la classe qu’il incarne du pouvoir, mais aussi se poser la question de la nature du pouvoir qui doit émerger.

  • 22 offensives pour 2022 : Le cadre général. Partie 2

    22 offensives pour 2022 : Le cadre général. Partie 2

    22 offensives pour 2022 : Le cadre général.

    Partie 2

    Le cœur même de ces propositions est donc de faire des économies et de substituer le secteur privé au secteur public dans la plus grande majorité des cas de figures. Bien que défrayant quelque peu la chronique, l’affaire Benalla n’est pas, au stricto-sensu, une tentative de remplacement du public par le privé dans les forces de répression. Certaines pistes vont pourtant dans ce sens avec des opérateurs privés pour les radars de contrôle de vitesse sur les routes. Ce type de pistes ne semble donc pas totalement tabou.

    L’un des axes forts, mentionné d’entrée de jeu, est celui de la question de la prise de risque et de la « responsabilisation » budgétaire. La première proposition déclare ainsi vouloir mettre fin à un «  un pilotage budgétaire qui ne responsabilise pas les acteurs publics. » L’idée sous-jacent serait celle de pouvoir récompenser l’austérité d’un service par la possibilité de répercuter les gains sur l’année suivante. Cela pourrait passer pour une sympathique méthode permettant de faciliter le lancement de projet, mais dans les faits, ce qui transpire est le fait que les administrateurs les plus avares sont récompensés, poussant à l’être chaque fois d’avantage.

    Autre idée évoquée d’entrée de jeu, celle de « donner de la souplesse en matière de recrutement et de gestion des ressources humaines, en passant d’un pilotage des effectifs (plafond et schéma d’emploi) à un pilotage par la masse salariale ». Il s’agit là d’une transformation importante, puisqu’elle met fin de facto au statut de fonctionnaire pour les nouveaux recrutements. Elle introduit également une échelle des salaires calquée sur le privé « Cette évolution supposerait de ne plus recourir à des mesures générales de revalorisation ».En somme, les avancements sont faits au bon vouloir de l’administrateur ou de l’administratrice, sur des critères discrétionnaires.

    Pour accompagner cette transformation radicale du fonctionnement des administrations, plusieurs autres aspects sont proposés : « passer d’une logique de contrôles a priori à une logique de contrôles a posteriori recentrés et plus efficaces. » Changement allant de paire avec une « culture du risque » et de l’aventurisme -en particulier budgétaire. « sortir d’une culture de la norme encadrant toute décision, pour permettre aux agents de prendre des décisions adaptées au cas par cas. » En somme, passer d’une gestion passive à une initiative active. Mais vers quelles fins ?

    Le document cible cinq ministères particulièrement concernés par ces transformations : ministères économiques et financiers où « par exemple, le recouvrement de l’impôt et le contrôle, aujourd’hui exercés par la direction générale des finances publiques, le conseil aux entreprises exercé par la direction générale des entreprises, les statistiques ou les études économiques de l’Insee, les missions de la direction générale des douanes et des droits indirects » passeraient aux mains d’agences dont la nature ne peut être comprise que comme une intrusion du secteur privé.

    Ministère de la transition écologique et solidaire : « la régulation du trafic aérien, la mise en œuvre des mesures de contrôle et de répartition des produits et matières premières énergétiques ; la mise en œuvre de la politique d’aménagement sur le territoire…; »

    Ministère de l’enseignement supérieur : «  la stratégie nationale de recherche et la tutelle des organismes de recherche continueraient à être assurés par l’administration centrale alors que l’ensemble des autres missions seraient prises en charge par des agences ; » Dire que cela est vaste est un euphémisme.

    Culture : « refonte de l’organisation administrative des musées pour leur laisser davantage d’autonomie. Nous proposons de faciliter la gestion des établissements publics en leur confiant de nouvelles responsabilités (notamment en matière de gestion de leurs personnels), de donner de nouvelles perspectives aux musées nationaux constitués sous forme de service à compétence nationale (SCN), afin d’assurer leur autonomie et de centrer le rôle de l’administration centrale vers ses missions fondamentales de conception, de normalisation et de tutelle » En somme, il s’agit d’introduire des normes de rentabilité en catimini dans les musées.

    Sports : « dans le domaine des sports, nous proposons de créer une Agence nationale du sport, établissement public cogéré avec le mouvement sportif, en charge du sport de haut niveau et de la préparation sportive pour les grandes compétitions. (…) La création d’une telle agence pourra d’ailleurs conduire à s’interroger sur l’opportunité du maintien d’un ministère de plein exercice. »

    En somme : nombre d’administrations seront sabrées avec virulence, pour laisser intervenir de manière directe ou indirecte l’intérêt privé, la rentabilité, la privatisation. Mais ce n’est qu’un début !

    La seconde proposition concerne les statuts des fonctionnaires qui travaillent dans ces administrations, déjà effleuré dans la première partie.

    Mauvaise nouvelle pour celles et ceux qui envisageraient de devenir fonctionnaire et de bénéficier d’une garantie de l’emploi, cela n’est pas à l’ordre du jour. En revanche le recrutement de contractuel est une piste davantage usitée, d’année en année. Le rapport regrette ainsi que « la prépondérance du statut de la fonction publique pour les embauches, le recours au contrat ne pouvant s’entendre que dans des cas spécifiques. » Il opte donc pour la proposition suivante :

    « offrir davantage d’agilité et de souplesse aux employeurs publics et leur donner des marges de manœuvre accrues dans leur politique de recrutement :

    assouplir le statut pour offrir la possibilité d’évolutions différenciées, notamment des rémunérations, entre les trois fonctions publiques ;

    élargir le recours au contrat de droit privé comme voie « normale » d’accès à certaines fonctions du service public. (…) Tout d’abord, il n’y a pas de spécificité telle du secteur public qui nécessiterait de créer un autre type de contrat à côté du statut. Ensuite, le contrat de droit privé est plus protecteur pour les agents. Enfin, l’État, générateur de normes en matière de droit du travail, doit s’appliquer les mêmes règles qu’il entend définir pour les autres ;

    recourir aux « pré-recrutements » en élargissant le recours aux apprentis (…)

    mettre en place une gestion active de l’emploi en accompagnant à la reconversion professionnelle et en prévoyant le cas échéant des plans de départ volontaire, en cas de restructuration de service ; »

    Pour accentuer cette proposition, les rédacteurs et rédactrices proposent également des modalités de négociation qui ne peuvent qu’évoquer ce qui se fait désormais dans le privé :

    «  donner la possibilité au management de négocier des accords dérogatoires au cadre de la fonction publique, sur l’ensemble des points du statut (rémunération, temps de travail, mobilité …) et de mettre en place des accords sociaux locaux, y compris d’intéressement collectif.

    donner la possibilité au management de recruter, faire évoluer et promouvoir les talents sans autres contraintes préalables que celles de droit commun… »

    En somme, il s’agit de fonctionner comme dans le secteur privé. Et dans ce domaine, l’Etat et ses managers n’ont pas à rougir de la comparaison avec les Ressources Humaines des secteurs privés.

    Les propositions 3 & 4 semblent innocentes, se basant uniquement sur une plus grande intégration du numérique dans les services publics. Pourtant elles ne le sont pas. Dans l’esprit des concepteurs de ce document, le numérique est un prétexte pour rationaliser et concentrer l’activité, tout en réduisant, au final, le contacte entre le service public et son usager.

    « La révolution numérique constitue une rupture majeure pour la transformation de l’action publique car, en l’utilisant à son plein potentiel, on peut sortir de la contradiction apparente entre deux objectifs majeurs : un meilleur service public et une diminution des dépenses de fonctionnement. Le numérique nous permet de remplir conjointement ces deux objectifs et c’est ce qui change, aujourd’hui, par rapport aux exercices précédents de réforme de l’action publique. »

    Le numérique est un moyen d’automatiser le maximum de tâches auparavant l’apanage de fonctionnaires.

    Dans un monde socialiste, cela serait une bonne nouvelle, elle libérerait de tâches fastidieuses des individus qui pourraient se consacrer à des activités autrement plus épanouissantes. Mais dans le monde dans lequel nous sommes, cela ne reste qu’a augmenter la rentabilité, quitte à ce que les fonctions premières d’un service soient impactés. Le suivi post-opératoire par SMS, pour les hôpitaux, fait partie de ces mesures qui peuvent avoir un caractère criminel. La télémédecine et la télésurveillance ne sont que des pis allers. Et quand le système connaît une défaillance ou une spécificité imprévue, les dégâts peuvent être terrifiants.

    Pour économiser, les auteurs proposent également de « développer les lieux d’accueil uniques.

    Il s’agit de mettre en place un seul lieu pour tous les services publics offerts aussi bien par l’État, les collectivités territoriales et les opérateurs, afin que l’usager n’ait plus à se déplacer plusieurs fois. C’est la traduction physique du principe « Dites-le nous une fois » en quelque sorte. Il faut améliorer le maillage territorial actuel, sur le principe d’une grande modularité pour s’adapter aux spécificités des territoires. Le guichet de premier niveau doit pouvoir apporter une assistance pour l’ensemble des services publics. L’axe de développement pour ces structures mutualisées repose principalement sur l’enrichissement du niveau d’information et d’accompagnement des usagers. Cela passe par plusieurs leviers complémentaires : polyvalence des agents, mise en place de référents uniques, utilisation d’agents conversationnels (ou chatbot), y compris sous la forme de robots physiques, pour assurer une partie de l’accueil de premier niveau, sur des plages horaires plus étendues. »

    Remplacer les services par un guichet unique, avec des interlocuteurs robotisés. Cela n’oriente effectivement pas vers une idée d’améliorer les services, autrement que sur le plan comptable.

    Ce premier set de propositions confirme les objectifs de ce rapport : liquider une partie des administrations, remplacées par des agences. Introduction de normes basées sur la rentabilité et l’économie au delà du service rendu, mais également concentration des pouvoirs entre les mains de chefs et de cheffes qui ont la haute main sur les initiatives et sur la masse salariale.

    Le recours aux recrutements de contractuels s’érige également en norme, permettant une gestion différentes des agents, tant individuellement que collectivement. En somme, ce rapport est l’application de la Loi Travail au futur-ex-secteur public. Dans les secteurs qui ont déjà connu ce bouleversement, les résultants ont été désastreux tant au niveau de la qualité du travail que la qualité de vie au travail.

    Après ce cadre général, le rapport débouche sur un certain nombre de propositions concrètes, toutes plus glaçantes les unes que les autres.

  • 2022, Cap Catastrophe – Partie 1

    2022, Cap Catastrophe – Partie 1

    2022, Cap Catastrophe

    Partie 1

    Nous avons temporairement mis en poste notre travail sur le discours de Versailles de Macron pour pouvoir évoquer le plus rapidement possible cette question centrale, celle de Cap 2022. Nos publications reprendrons dès que cette analyse sera terminée. 

    Malgré leur prétention constante à se dire « émanation de la volonté du peuple », les gouvernements bourgeois jouent régulièrement la carte du secret sur leurs projets. Diplomatie secrètes, accords sous la manche, raison d’État…. mais également réformes.

    Le gouvernement actuel possède une véritable obsession du secret. Le contenu des réformes sur la fiscalité, sur les caisses de cotisation ou sur le code du travail ont été maintenu le plus longtemps possible dans le silence et le flou. Rien d’étonnant en cela, tant ces projets de lois étaient des frappes nucléaires contre les droits sociaux. Heureusement des individus courageux les ont fait fuiter.

    Dans le cas du projet Cap 2022, la fuite, organisée par un militant de Solidaire, a plongé le gouvernement dans l’ire la plus totale. Le fait que les journaux aient publié ce dossier important (152 pages) n’a rien fait pour calmer cette colère. Cette obsession de l’omerta et cette colère ne peuvent que susciter la curiosité et l’intérêt le plus vif de la part des organisations de défense des intérêts des masses.

    Que contient donc ce rapport explosif ?

    Cap 2022 est le fruit d’un long processus. Il est l’aboutissement d’une trajectoire prise depuis le milieu des années 90 par les gouvernements successifs. Tout comme la loi Travail était la bataille centrale du code du travail, tout comme la réforme de la fiscalité était l’offensive générale contre les protections sociales, Cap 2022 est la bataille d’anéantissement sur une certain nombre de secteurs, donc l’éducation.

    Rien de ce que contient ce rapport n’est neuf ou ne représente fondamentalement une rupture avec les lignes précédentes, y compris celles défendues par la prétendue « gauche » capitularde et traîtresse. Pour un grand nombre d’aspects, ce sont des projets qui étaient déjà dans les cartons, sous la même forme, il y a 15 ans, notamment celle de l’autonomie des lycées.

    Contrairement à ce que prétendent les défaitistes, le fait que ces projets n’aient pas été appliqués immédiatement est l’illustration de la capacité de résistance que procurent les mobilisations, les manifestations et les grèves. Contrairement à la rumeur, elles « servent ».

    Le ton du rapport est typique de celui des attaques perfides. Les rédacteurs prétendent se placer du côté des masses populaires, affirment que tout est fait pour améliorer le fonctionnement de la société, pour la rendre plus juste, plus proche des attentes de ceux qui souffrent de l’exploitation ou de l’exclusion sociale. Tout est donc ampoulé, édulcoré, présenté sous le jour le plus favorable. La bourgeoisie est très forte à ce jeu. Mais le maquillage de la réalité ne peut empêcher celle-ci de transparaître. En lisant entre les lignes, il est possible de comprendre quel projet scélérat se prépare, quelle conspiration contre les intérêts populaires se trame, contre les intérêts des prolétaires, des ouvriers et des ouvrières, des employés et employés, mais également de la jeunesse et des exclus sociaux.

    Dès l’introduction, les rédacteurs et les rédactrices jettent les masques. Ils et elles annoncent que « plutôt que de chercher l’exhaustivité, [Ils et elles ont] pris le parti d’identifier les principaux verrous qui freinent la transformation publique .» Louable intention, mais transformer vers quoi ? C’est là que le bât blesse.

    « Nous militons pour un modèle d’administration où les managers seront plus autonomes et plus libres de prendre des décisions, les agents véritablement forces de proposition, un service public qui utilisera pleinement toute l’opportunité que représente le numérique tout en restant proche des usagers, sur le terrain, à leur écoute. » En somme, il s’agit d’accroître les pouvoirs des chefaillons et des gardes-chiourmes pour rationaliser le service, pour accroître sa rentabilité. Le numérique n’est qu’un prétexte qui sert à supprimer des postes pour réduire la « masse salariale. » Plus loin, l’introduction insiste : « Un service public accessible et plus personnalisé. Par exemple, les Français veulent plus de dématérialisation des démarches administratives, notamment les plus jeunes. » Les « français » veulent quelque chose qui permet de réduire les postes ? Bonne nouvelle !

    « Nous encourageons un modèle dans lequel l’innovation, la prise de risque seront valorisés, encouragés, soutenus »

    Que signifie « prise de risque » dans le cadre des services publics ? Quel sens cela peut-il avoir ? Comment un service public peut-il « prendre des risques » ? Tenter de faire circuler plus de trains ? Cela ne peut être compris que comme un déclenchement d’initiatives visant à rationaliser à outrance, à pratiquer un stakhanovisme à l’envers, d’améliorer la productivité pour accroître la charge de travail sur un nombre de fonctionnaires ou d’agents toujours plus réduits.

    « Nous souhaitons redonner aux citoyens le pouvoir de connaître leurs services publics avec la transparence totale des résultats, le pouvoir de l’évaluer, le pouvoir de participer à sa conception et à sa production. Le secteur privé a également son rôle à jouer dans l’exécution du service public . »

    Le benchmarking, continuellement applaudi par les grands penseurs de la science politique tels que Rosanvallon, qui le voient comme un système favorisant la démocratie interne, fait son chemin. Mais une nouvelle fois, les critères ou l’interprétation des résultats laisse craindre le pire. L’idée, une nouvelle fois, est celle de favoriser l’intervention du privé, qui trouve sa motivation principale dans le fait de tirer des bénéfices de son activité, donc, qui, dans l’esprit des concepteurs -bien éloigné de la réalité- devrait proposer des coûts bas et des résultats saisissants du fait de la concurrence.

    Mais les lois de l’économie capitalistes ne vont pas dans ce sens. Dans les faits, chaque fois que des privatisations de ce type ont été opérées, elles ont débouché sur la création de marchés captifs, de marchés de monopoles. Autoroutes, rails, cantines scolaires, prisons… tout autant de cadeaux fait aux patrons et aux patronnes.

    « Nous appelons à clarifier et simplifier les systèmes devenus trop complexes. Nos systèmes de santé, de protection sociale, de recouvrement social et fiscal, notre accompagnement des personnes en situation de handicap, notre justice, ne répondent plus correctement aux besoins des Français. Ils sont difficiles à adapter au monde qui change ; aux attentes qui évoluent, et de moins en moins lisibles pour les usagers. Nous proposons de les faire évoluer en plaçant l’usager au centre en personnalisant le service et en l’adaptant à chacun. »

    Une nouvelle fois, la modernité est prise comme argument pour justifier le fait qu’il faille trancher dans le vif et simplifier des systèmes qui « ne marchent plus ». Ils ne marchent plus notamment du fait qu’ils aient été tranchés financièrement par le travail de sape orchestré par les divers gouvernements successifs. La gauche à par ailleurs fait office de pionnier dans le domaine, avec les lois sur le financement de la Sécurité Sociale.

    « De même, en raison de ce poids des dépenses publiques, nous n’aurions pas les marges de manœuvre nécessaires pour répondre à une nouvelle crise économique. Par ailleurs, ce niveau de dépenses, qui se traduit par des taux de prélèvements obligatoires élevés, pèse sur l’économie et la compétitivité de la France. »

    En somme, il nous est appris que si nous ne réduisons pas nos dépenses, nous ne pourrons pas renflouer les caisses des entreprises et les banques qui se sont effondrées du fait de leurs activités de spéculation. Nous devons donc, immédiatement, nous serrer la ceinture pour pourvoir nous assurer d’avoir la masse critique permettant de maintenir le taux de profit des actionnaires, des rentiers, des investisseurs, et éviter ainsi qu’une partie de la bourgeoisie soit mise en difficulté. La bourgeoisie, également, lorgne sur les marchés de l’assurance et de la santé depuis longtemps -et les médecines alternatives ou « douces » ne sont pas moins rapaces que les autres!- la suppression des cotisations sociales permet non seulement de réduire le salaire (de plus de 50 %!) mais également ouvre un nouveau marché colossal. Tout est bon, pour le bourgeois et la bourgeoise, dans la privatisation -sauf en temps de crise !

    L’introduction donne le ton. A sa suite, une première partie intitulée « Nos convictions prend le relais ».

    Cette partie est un monument dédiée à l’apologie de la libéralisation des services publics et à la liquidation des statuts de fonctionnaires. Elle est principalement remplie de creux et de vide, de tentatives plus ou moins pathétiques d’auto-justifier la politique menée, en allant jusqu’à prétendre qu’elle est réclamée par les agents eux-mêmes.

    « Une forme d’épuisement peut par ailleurs s’exprimer, allant parfois jusqu’à des situations de souffrance. Les agents publics sont en effet soumis à des injonctions parfois paradoxales et pâtissent de devoir eux-mêmes faire des choix sur la priorisation de leurs activités. » « C’est pourquoi ils perçoivent le besoin de changement et de transformation du service public. »

    Ergo, si vous souffrez au travail, c’est que vous êtes en faveur de la liquidation de votre service.

    Une transformation annoncée comme radicale est proposée : « Reconnaître que les usagers et les territoires ont des besoins différents, auxquels il faut répondre de manière différenciée, est ainsi un enjeu d’équité. Pour cela, il faut construire le service public autour de l’usager final et de ses besoins et non plus en fonction de la manière dont l’administration est organisée. »

    En somme, il s’agit, sous une prétention d’égaliser, d’entamer une rupture de la prétendue « Egalité Républicaine » et d’officialiser l’inégalité. L’intention d’un traitement basé sur l’équité plus que l’égalité formelle peut paraître louable à plus d’un titre, mais la manière dont elle est organisée laisse présager une campagne visant à niveler par le bas les services publics et à, in fine, accroître les inégalités entre les voies réservées à la bourgeoisie -en particulier au niveau de l’école- et celles destinées aux classes populaires.

    Par ailleurs, en fait d’un cadre strict permettant l’égalisation, c’est la loi du marché qui règne, loi du marché que l’État se borne à réguler d’une manière lâche et souple, pour ne pas nuire aux initiatives du secteur privé, désormais pleinement intégré comme partenaire.

    «  l’État devra renforcer son rôle de régulateur, qui sera d’autant plus important que conception et production du service public seront ouvertes. La puissance publique doit aussi veiller à ce que le cadre normatif existant ne bloque pas les initiatives. L’ouverture des données et la transparence que nous préconisons devraient ainsi permettre d’encourager la société à participer au service public. »

    Pour les agents, c’est l’épuisement accru, le diktat des managers, devenus des véritables maîtres à bord. Mais, heureusement, une parade est mise en œuvre par les créateurs de ce projet :

    « La confiance passe aussi par un contrat social renouvelé, qui prend en compte les enjeux de formation, de mobilité professionnelle, permettant de mieux accompagner les agents dans les changements et dans leur parcours. Bien sûr cette confiance doit s’accompagner d’une plus grande exigence d’évaluation qui doit porter sur les résultats. »

    Ce genre ce processus est responsable d’une dégradation terrible des conditions de travail dans les services publics et même dans les organes de répression de l’État bourgeois, où les taux de suicide se sont envolés. La pression, l’exigence du chiffre, les mutations-sanction, le pouvoir absolu de certains chefs ont causé des ravages. Ce système est en passe d’être étendu à l’ensemble de la fonction publique.

    Le projet Cap 2022 doit répondre aux objectifs suivants : liquider une partie du corps des fonctionnaires pour faire place à une souplesse dans la gestion de la masse salariale.

    Réaliser des économies en surchargeant le personnel restant, à l’image de ce qui s’est passé pour la Poste, pour France Télécom et pour la SNCF -où cela s’est traduit notamment par une hausse monstrueuse du taux de suicide, du fait de la pression des chefaillons, qui, en plus de leur inutilité, coûtent cher.

    Utiliser cette liquidation des services publics pour justifier la suppression d’une partie du salaire indirect au profit d’une élévation cosmétique du salaire direct -laquelle sera dévorée par l’inflation en un temps record.

    Ouvrir des marchés pour les capitalistes, marchés le plus souvent captifs permettant de réaliser des profits titanesque du fait de la situation de monopole induite.

    Deuxième partie : les 22 offensives pour 2022

  • Alexandre Benalla ou le safari du cassage de manifestants.

    Alexandre Benalla ou le safari du cassage de manifestants.

    Alexandre Benalla ou le safari du cassage de manifestants.

    L’Unité Communiste de Lyon dénonce l’attitude de l’Etat face aux méfaits de ses collaborateurs, agents provocateurs, agresseurs, nervis fascisants !

    Les époques changent, et avec elles les mœurs. Auparavant, comme avec Giscard d’Estaing, les collaborateurs du Président de la République partaient avec lui faire des safaris en Afrique. Aujourd’hui, ce genre d’activité est mal vue du public. Elle est désormais réservée à l’armée française, qui continue sa « mission civilisationnelle » par les crimes de guerre.

    Aujourd’hui, avec l’affaire Benalla, il est possible de savoir que l’activité favorite de certains collaborateurs de l’Élysée s’est redirigée vers celle de l’agression brutale et gratuite de manifestants. Benalla se passionne ainsi pour le fait de se déguiser en policier. Dans cet accoutrement, il s’est illustré, le premier mai, pour avoir roué de coups un manifestant, agressé une manifestante, pendant que son ami Vincent Crase faisait de même. Une vidéo publiée ce matin par le Huffington post  le montre en train de traîner sa victime, la jeune femme, à l’écart, pour l’agresser loin des regards. Enivré par l’impunité que lui confère l’uniforme, il s’est déchaîné pour satisfaire ses pulsions personnelles. Événement anecdotique ? Non.

    David Le Bars, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la Police Nationale, au micro de France Info, déclarait ainsi le juillet : « Alexandre Benalla est très connu dans le milieu policier », il est « régulièrement sur des dispositifs opérationnels, il pilote différentes choses, sans qu’on sache qui l’a mandaté pour ça. » En l’occurence, il a bénéficié d’une autorisation écrire du directeur de cabinet du chef de l’État, Patrick Strzoda.

    En somme, monsieur Benella, accompagné de son ami réserviste Vincent Crase, profite de sa position influente et de son autorité, conférée par sa proximité avec les cercles du pouvoir, pour se livrer à des agressions.

    Informés des faits, le ministère de l’intérieur -dirigé par l’hémiplégique ministre de l’intérieur Gérard Collomb, qui semble oublier tout ce qui se trouve à son extrême-droite- et le cabinet du chef d’État se retrouvent dans l’embarras. Plutôt que d’agir par les voies légales, la décision est prise d’étouffer l’affaire. 15 jours de mise à pied sans salaire, une tape sur les doigts, et les affaires reprennent leur court. Problème réglé dans l’entre-soi de la bourgeoisie au pouvoir et de ses larbins les plus zélés. Du moins le pensaient-ils.

    L’ennui, c’est que celles-ci ont été filmées et que le drôle a été reconnu par les journalistes de « Le Monde ». Dès lors, il n’est plus possible de taire l’affaire.

    Et c’est la pelote de laine : les révélations s’enchaînent. Les mémoires se rafraîchissent. Journalistes agressés, militants et militantes menacées… Alexandre Benalla semble avoir eu maille à partir avec plus d’un individu. Même Jean-Luc Mélenchon reconnaît en lui l’homme qui l’a évincé de la marche blanche en mémoire de Mireille Knoll, assassinée le 23 mars.

    Des informations se recoupent également. Dès le lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron, le site d’information Wikileaks publiait une série de documents concernant ne nombreux aspects de la campagne. Parmi ces révélations, le fait que des commandes de pistolets « gomme-cogne », de « flashballs » de matériel anti-émeute ait été fait par LREM. La commande, bloquée au dernier moment, était signée de la main de Vincent Crase, collaborateur et ami de Alexandre Benalla. Cependant, il est estimé que c’est ce dernier, fanatique des armes, qui aurait tenté, par ce biais, de constituer un noyau de milice en catimini. Une milice équipée d’armes « à létalité modérée », certes, terriblement révélatrice d’un désir de certains de ressusciter des espèces de « corps francs » ou de se voir petits « seigneurs de la guerre ».

    Il serait tentant de voir dans Alexandre Benalla un milicien d’extrême-droite, un de ces barbouzes revenu des charniers de la Françafrique. Mais pourtant, l’homme a fait ses armes auprès du Parti Socialiste, dans son service d’ordre. Entré à 19 ans dans les rangs de sa sécurité, il passait pour une personne sympathique. Discret et efficace, il gravit les échelons d’une manière foudroyante. A 21 ans, il intègre le Service de Protection des Hautes Personnalités de Arnaud Montebourg. Arrivé haut, il se montre abusif. « Chez Montebourg, il est devenu incontrôlable, il a abusé de sa position. Et je pense que c’est la même chose qui s’est passée là, il s’est senti poussé des ailes… »  affirme Christian Werner, ancien responsable du SO du PS. Pourtant, il n’y reste qu’une semaine, après avoir provoqué un accident de la route et avoir voulu s’enfuir.

    Durant cette traversée du désert, il travaille dans le privé avec plus ou moins de succès, et passe un M2 en droit. Il créé également, avec Vincent Crase, son compère, une fédération de la sécurité privée.

    Le 5 décembre 2016 il intègre l’équipe d’Emmanuel Macron, toujours avec M. Crase. Durant la campagne, il suit constamment le candidat, assure sa sécurité, et se permet quelques petits à côtés, comme l’exfiltration brutale d’un militant du PCF, ou des violences sur un journaliste, pourtant accrédité. Depuis l’arrivée au pouvoir du paillasson le plus servile de la haute bourgeoisie, il s’est hissé, lui aussi, à ses côtés, dans de hautes sphères, conservant son rôle de responsable à la sécurité du président, poste qu’il occupe toujours. Il était, par exemple, présent dans le bus des joueurs de football de l’équipe de France.

    Ce n’est que sous la pression du scandale que l’Elysée a entamé, en catastrophe, une procédure de licenciement. Aujourd’ hui, Alexandre Benalla a été placé en garde-à-vue pour les faits de « violences en réunion par personne chargée d’une mission de service public », « usurpation de fonctions », « usurpation de signes réservés à l’autorité publique » et « complicité de détournement d’images issues d’un système de vidéo-protection ». Ce matin, trois policiers, dont deux commissaires, ont été suspendus car ils « sont soupçonnés d’avoir extrait des images des caméras de vidéo surveillance du plan de protection de la Ville de Paris, qui montrent la scène de violence place de la Contrescarpe sous un autre angle » et d’avoir « copié puis transmis la vidéo » à Alexandre Benalla.

    L’Unité Communiste de Lyon considère que cette affaire est une fenêtre de premier ordre sur la manière dont le pouvoir de la haute bourgeoisie, appuyé sur des exécutants serviles et dévoués, fonctionne. Les responsables, à l’Elysée, ne pouvaient ignorer les frasques de leur lansquenet, de leur mercenaire. Mais ils ont préféré les taire. Macron, en déplacement à Périgueux, s’est retranché avec sa morgue constante et son arrogance, derrière le fait que la République serait « inaltérable », même devant les scandales. Le gouvernement est complice de ces actes de violence, et au premier chef, le Président de la République et le Ministre de l’Intérieur.

    La Police est complice par sa solidarité de fait avec l’agent provocateur et la brute qu’est Alexandre Benalla. Rien n’a été fait pour empêcher les actes de violence commis à l’encontre de manifestants. Rien n’a pu être fait par les manifestants eux-mêmes, trop conscients de l’impunité de la Police en France, conscient du fait que protéger contre la police -même en respect du droit bourgeois- revient à s’exposer immédiatement à la violence, à la garde-à-vue, aux sanctions pénales, et à payer de sa poche les policiers pour les « outrages » causés. De plus, les trois policiers ayant détournés les images vidéos sont trois exemples de porosité entre les institutions et les pouvoirs.

    Les Républicains, y compris les ultra-réactionnaires Wauquiez et Cioti, sont montés au créneau. La France Insoumise a déposé une motion de censure à l’encontre du gouvernement pour le sommer de s’expliquer.

    Pourtant, ce n’est pas tant le gouvernement que l’intégralité de la structure qui est pourrie jusqu’à l’os. Cette affaire n’est qu’un épiphénomène qui révèle un fond nettement plus abyssal. Il s’agit de l’inégalité de fait, devant la loi bourgeoise elle-même, de ceux qui habitent en France.

    L’Unité Communiste de Lyon réclame les sanctions les plus lourdes pour les auteurs et les complices de ces faits. A nos yeux, le ministre de l’intérieur doit démissionner. Mais nous ne saurions considérer que cela puisse suffire.

    Cela révèle, une nouvelle fois, que la bourgeoisie édicte des règles, des codes, des procédures, mais qu’elle n’entend les faire appliquer que pour les masses populaires, que pour maintenir avec rigueur et dureté la domination et l’exploitation. Elle édicte des règles qu’elle transgresse constamment, pour le profit, pour le pouvoir, pour le plaisir. Elle ne juge ses propres transgressions que dans ses instances propres, dans son entre-soi. Elle ne les condamne que lorsqu’elle y est contrainte et forcée par la tournure des événements.

    Ces délits, ces crimes, sont le propre du pouvoir de la bourgeoisie, de sa dictature. Débarrassons-nous en ! Chassons-les du pouvoir !

  • Que comprendre du discours d’Emmanuel Macron au Parlement ? Partie 2

    Que comprendre du discours d’Emmanuel Macron au Parlement ? Partie 2

    Que comprendre du discours d’Emmanuel Macron au Parlement ?

    Partie 2 – Guerre et paix

    La politique intérieure de Macron est d’ores et déjà une politique d’agression massive contre les droits sociaux, politique dans la droite ligne de ce qu’avait entamé le Parti Socialiste, dépassant les désirs les plus fous de la grande bourgeoisie.

    La politique intérieure de la France est dans la même veine. Elle sert, premièrement, d’alibi à une sécurité renforcée et à l’augmentation des prérogatives de la police et des services de renseignements. Macron conçoit le monde qui entoure la France comme un monde « dangereux », face auquel celle-ci doit se renforcer, se protéger, se barricader. Tout comme à l’époque de l’élection présidentielle, Macron joue sur un discours prétendument rassembleur, affirmant qu’il n’existe pas de contradiction entre la pratique de l’Islam et la République française.

    « [L]a République n’a aucune raison d’être en difficulté avec l’islam, pas davantage qu’avec aucune autre religion. La laïcité du reste commande qu’elle n’ait pas à en connaître et veut simplement que soit garantie à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire. »

    Cependant, quelques lignes plus loin, il ne cache pas son intention d’intervenir dans la manière dont les croyants pratiquent leur foi.

    « C’est pourquoi dès l’automne, nous clarifierons cette situation en donnant à l’islam un cadre et des règles garantissant qui s’exerceront partout de manière conforme aux lois de la République. (Souligné par les militants et militantes de LREM, NdR) »

    Il s’agit d’un retour sur le devant de la scène de l’idée promue par Nicolas Sarkzoy d’un contrôle au travers d’une institution ad hoc, dans le but de contrôler les imams. Ce gallicanisme adapté à l’Islam n’a eu comme conséquence que d’accroître le sentiment de défiance entre des croyants se sentant constamment soupçonnés et épiés face à l’État et aux institutions. Même du point de vue de l’État, cela fut un échec.

    Répondre à la « menace intérieure », dans un gouvernement dominé par des personnalités aussi réactionnaires et virulentes que Gérard Collomb, ne se fait pas dans la dentelle. Hypocrite, Emmanuel Macron évoque le lien entre pauvreté et violence :

    « De cet ordre républicain, la sécurité est le premier pilier, car l’insécurité frappe avant tout les plus modestes, les quartiers les plus populaires, les classes populaires et moyennes qui n’ont pas forcément choisi là où elles habitent et en subissent toutes les conséquences. La police de sécurité du quotidien reconstitue cette proximité de la population et de la police qui donne un visage à l’autorité et qui conjure le sentiment d’abandon ou d’oubli de populations livrées à des lois qui ne sont plus celles de la République. »

    Mais il s’empresse de déclarer que leur infortune est liée au fait que les sans-le-sou n’ont «  pas forcément choisi là où elles habitent et en subissent toutes les conséquences. » Intrigante dichotomie. Dans ces quelques mots, Macron montre comment fonctionne la propagande réactionnaire : elle sépare les bons miséreux, qui courbent l’échine, qui acceptent sans maugréer leur sort, et les mauvais, ceux qui se tournent vers l’illégalité. Mais dans les faits, il ne s’adresse qu’aux premiers, comme si les autres étaient des deus ex machina, sortis de nulle part, sans lien avec le fait que le capitalisme engendre la misère, et que la misère engendre la violence. L’insécurité est le fruit de l’exploitation.

    Macron prétend répondre à cela par le retour des services publics et de l’emploi. Difficile à croire. Difficile à croire que la concentration des pouvoirs -et de la fiscalité- dans les mains de l’Etat permettrait un retour du tissus associatif, anémié par l’absence de soutien et de subventions. Dans les faits, la réponse est la répression. Police. Sécurité. Armée.

    C’est également ce qui est le destin des mobilisations et des occupations. La nouvelle direction de l’Etat entend trancher avec « le laxisme » de l’équipe précédente.

    « Pendant ces derniers mois, nous avons aussi mis fin aux occupations illégales du domaine public auquel nous nous étions trop habitués depuis des années à Notre-Dame-des-Landes comme à Bure qui laissaient les habitants dans le désarroi. »

    Réponse, là aussi, faite sous la forme de la répression, de la violence, de la brutalité à outrance, dans laquelle les forces de l’ordre françaises sont en passe, elles aussi, de devenir des championnes. Le renseignement, déjà renforcé par les blanc-seings signés par les gouvernements précédents, est à nouveau un point important du discours de Versailles.

    « La sécurité recouvre également la lutte contre le terrorisme. Sur ce point, nous avons poursuivi les transformations indispensables, réarmé notre organisation à tous les niveaux en particulier grâce à la loi sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme qui a permis de sortir de l’état d’urgence et d’instituer dans notre droit les instruments indispensables pour lutter contre le terrorisme contemporain. »

    Nouvelles dispositions juridiques, possibilités de traitement préventif des menaces, transfert de compétences à l’administration à la place des juges… Les législateurs n’ont pas chômé pour permettre à la répression d’être la plus efficace possible. Ils ont d’ailleurs trouvé des alliés qui, au premier abord, pouvaient surprendre, tels que Force Ouvrière ou Lutte Ouvrière, mais qui, in fine, est une position logique, compte tenu de leur contenu idéologique.

    Intérieur et extérieur se rejoignent. Les questions relatives aux réfugiés, aux migrations, aux centres de rétention sont peu évoquées. Il faut dire qu’il s’agit d’un sujet qui divise, même chez les parlementaires de LREM, lesquels, sans expérience politique, réagissent parfois avec des sentiments humanitaires à la souffrance des réfugiés. D’une manière générale, quand ils sont évoqués, c’est pour justifier l’intervention impérialiste française en Afrique, pour justifier les bombes et les crimes.

    « Cette jeunesse, aujourd’hui, qui quitte l’Afrique pour prendre tous les risques et qui n’a pas droit dans une large majorité à l’asile, c’est la jeunesse du désespoir, c’est la jeunesse à qui on n’a plus donné de projet, qui vient du golfe de Guinée ou d’une bonne partie du Sahel. La France et, avec elle, l’Europe doivent rebâtir les termes d’un partenariat car cette Histoire contemporaine ne nous rappelle qu’une chose : nous ne sommes pas une île et nous avons destin lié. »

    Ces partenariats qui font consensus des humanitaires aux impérialistes ne sont qu’une seule et même chose: un pillage organisé des ressources de l’Afrique et son asservissement. Mais, intégrant cette question dans un cadre plus général, Emmanuel Macron en fait un tableau propre à frapper de terreur l’imagination.

    « Le terrorisme, le fracas du monde, l’immigration, nos échecs en matière d’intégration, les tensions de notre société depuis plusieurs décennies s’entrechoquent bien souvent dans la confusion et font germer une peur culturelle, civilisationnelle, le sentiment sourd que ce monde qui advient imposerait de renoncer à celui d’où nous venons avec ses fondamentaux et ses valeurs. »

    Le leitmotiv de Macron est donc celui de la peur. Quant aux « valeurs » de la France, elles sont un mystère récurent. Comme si cela n’avait pas un contenu de classe.

    « Nous vivons dans un pays qui ressent sourdement la peur d’un effacement culturel, d’un déclin lent de ses propres repères, des repères historiques qui ont forgé notre nation. » Avec une ligne pareille, il peut s’assurer la sympathie de celles et ceux qui croient en une menace sur la France, dominée, effacée, dont la culture et la langue est sur le point de dépérir… Et cela va de LFI et ses alliés -dont le PRCF- jusqu’aux plus réactionnaires des chauvins. Il est notable, d’ailleurs, que si « les riches » -jamais la bourgeoisie- existent dans les écrits de Jean-Luc Mélenchon, ils n’existent jamais dans les questions internationales, où seul règne l’interêt de la France et des « français », sous une forme a-classiste et a-sociale.

    Le discours de Versailles est un exemple même du discours chauvin. Sa rhétorique est celle de l’encerclement, du déclin de l’impérialisme français.

    « Ce projet ne peut se déployer que si nous en finissons avec ce renoncement où nous nous sommes enfermés depuis 40 ans qui voudrait que la France ne soit qu’une puissance moyenne. Cette idée nous a étouffés et meurtris, je crois moi que la France a les moyens de devenir de nouveau une puissance du XXIème siècle. » (Souligné par les militants de LREM)

    « Il nous faut la meilleure école, la meilleure université, la meilleure recherche.

    C’est pourquoi il nous faut la meilleure armée, les meilleurs systèmes de défense possibles. Dans un monde dangereux, la sécurité et les valeurs de civilisation doivent pouvoir se défendre lorsqu’elles sont menacées. »

    Menacées par qui ? Difficile à dire. Terrorisme, impérialisme russe… La guerre économique américaine est évoquée, mais elle n’est pas traitée concrètement. Cependant, Emmanuel Macron n’est pas avare en propositions pour changer la donne.

  • Que comprendre du discours d’Emmanuel Macron au Parlement ? Partie 1

    Que comprendre du discours d’Emmanuel Macron au Parlement ? Partie 1

    Que comprendre du discours d’Emmanuel Macron au Parlement ?

    Partie 1 : Concentration du pouvoir et des impôts.

    Emmanuel Macron s’est exprimé devant le Parlement, réuni à Versailles, le 9 juillet. Dans un décorum d’Ancien Régime, il a pris la parole et s’est adressé aux parlementaires dans un discours fleuve de 85 minutes. Le coût de l’événement, immense, a contribué à entretenir une crispation autour des dépenses de la présidence de la République, entre usage de jet pour 100 pauvres kilomètres, vaisselle hors de prix et piscine privée à Brégançon.

    Mais le fond de l’affaire est ailleurs. Il est dans le fond du discours plus que dans la forme qu’a pu prendre cet événement. Les prétentions d’humilités qu’a pu mettre en avant le Président de la République ne peuvent qu’être risibles dans le sanctuaire du pouvoir monarchique. Un semblant hypocrite d’autocritique a été tenté. Il ne concerne que quelques points particuliers. Nous ne voyons pas auprès de qui s’excuse le Président de la République, tant il a pu remplir avec un zèle dévoué les objectifs que lui ont assignés les grands et grandes bourgeois et bourgeoises. Cependant, de l’autre côté il annonce des résultats magnifiques, résultats qu’un an d’exercice du pouvoir de peuvent permettre de mesurer, même dans le cadre de la politique bourgeoise, en particulier concernant l’éducation. Cela mis de côté, le fond du discours est plus que glaçant.

    La conception du pouvoir chez Emmanuel Macron pourrait quasiment être caractérisée comme un orléanisme à la sauce macronnienne. Au travers de lui, la bourgeoisie exerce en commandite directe le pouvoir. Humble, mais pas tant que ça, puisque tout suinte l’arrogance d’un pouvoir qui avance, pour reprendre la formulation de Clausewitz « en vedette », il est sur la crête de la vague et doit poursuivre son avancée avant que le contrecoup de sa politique de kamikaze ne l’entrave ou ne le paralyse.

    Certaines caractéristiques de l’État vu par Macron peuvent évoquer un retour à une période gaullienne, avec une concentration des pouvoirs et une concentration des compétences entre les mains de l’État. Le projet de réforme constitutionnelle de LREM vise à cela. Il vise à réduire le nombre de parlementaires, donc de réduire la représentativité de ceux-ci -déjà plus que minable en régime bourgeois- il vise également à changer la fonction de Président et à pouvoir doter celle-ci d’un pouvoir plus étendu. Pour le moment, le Président, hormis ce discours, n’a pas la possibilité de s’exprimer devant les parlementaires ni de débattre avec eux. N’étant pas responsable devant le parlement, il ne peut participer à cet événement au nom de la séparation des pouvoirs. Avec la réforme constitutionnelle, il le pourra.

    Seul des naïfs invraisemblables tels que Jean-Luc Mélenchon peuvent y voir une avancée ou une démocratisation. Celui-ci s’est exprimé « Victoire ! Macron s’incline. La prochaine fois, il devra écouter et répondre. Victoirissime, » Nous ignorons où Monsieur Mélenchon voit une victoire dans le fait que les pouvoirs se concentrent davantage entre les mains du Président de la République. Même les élus de « Les Républicains » ont fait preuve d’une clairvoyance nettement plus importante, en qualifiant cette manœuvre de « fusion » entre le poste de président et de premier ministre, l’irresponsabilité en plus. Dictant l’ordre du jour des débats, il pourra donner le ton à sa majorité, ajouter un système de commande directe de l’exécutif sur le législatif. Mélenchon ne le voit pas, car il est aveuglé par cette idée de mano-à-mano entre lui-même et le président de la République, tout comme son obsession l’avait poussé à se présenter à Hénin-Beaumont pour faire face à Marine Le Pen. Pourtant, son virage à 180° cinq ans après semblait illustrer un certain renoncement à ce genre de pratiques, qui ne lui portèrent guère chance.

    La culture politique de Macron, comme mentionné plus haut, est celle d’un orléaniste. Elle est celle de la direction directe, absolutiste. Il ne voit dans le Parlement qu’un rempart inutile, un espace de tergiversation et de négociation sans raison, autre que pour respecter la tradition. Missile kamikaze de la bourgeoisie, il n’a que faire de ces négociations, de ces entraves. N’ayant, pour le moment, pas l’intention de réfléchir à l’avenir politique, elles lui sont pénibles, lui sont insupportables. Au mieux le Parlement doit être une chambre d’enregistrement qui doit répercuter servilement les désirs de la grande bourgeoisie.

    Le discours, en tant que tel, n’est pas si libéral. Il est pire. Il met fin au pseudo-tabou libéral de la non-intervention de l’Etat. Au contraire, il annonce que les contribuables -payant des impôts auxquels la bourgeoisie se soustrait d’ores et déjà- paieront pour aider les grands trusts et les grands monopoles à maintenir ou accroître leurs taux de profit. In fine, cette taxation pour aider la grande bourgeoisie est un prélèvement sur salaire. Les travailleurs et une part de la petite bourgeoisie devront davantage cotiser pour que les grands patrons et les grands bourgeois ne soient pas menacés par la crise. En clamant qu’avant de partager le gâteau, il faut un gâteau, Emmanuel Macron indique que les prochaines années se dérouleront sous le mot d’ordre du sacrifice pour que «un jour » l’économie soit en embellie et que le mensonger ruissellement reprenne. En attendant, il promet une résurrection économique sous l’égide d’un capitalisme « populaire ».

    « Si l’on veut partager le gâteau, la première condition est qu’il y ait un gâteau. Et ce sont les entreprises, rassemblant actionnaires, dirigeants et travailleurs, ce sont les producteurs qui font ce gâteau et personne d’autre. Il est mensonger de défendre les salariés si on ne défend pas les entreprises. »

    Derrière le slogan de capitalisme populaire se cache une nouvelle farce au goût amer. Il s’agit de faire participer les travailleurs et les travailleuses au capitalisme. Les faire participer en investissant dans leur propre machine à exploiter, dans l’espoir que cela leur donne la possibilité d’être des travailleurs-actionnaires. Dans les faits, il s’agit, là encore, d’une saisie directe sur le salaire des travailleurs, et d’un actionnariat plus que pervers. Cette duperie sous vernis autogestionnaire contribue à saper la situation des travailleurs et des travailleuses. D’une part car le taux de profit de l’entreprise aura une conséquence directe sur les rentrées d’argent des exploités, mais également car ils auront tout intérêt à le hausse au maximum, quitte à devoir sacrifier sur d’autres plans, au niveau des conditions de travail ou au niveau des licenciement. Ce genre de marché de dupe fait que cette parodie d’autogestion est un coup de poignard dans le dos des travailleurs. De plus, il offre au grands bourgeois des garanties de capitaux, tandis qu’ils peuvent commettre des délits d’initiés à la chaîne.

    La question de la fiscalité est évoquée de nouveau, mais pour servir d’artillerie lourde dans le but de pulvériser les droits sociaux. Auparavant, les caisses de cotisation sont le fait des travailleurs et des travailleuses (au sens large) eux et elles-mêmes. Ces cotisations permettent de doter la Sécurité Sociale ; l’assurance chômage et les retraites d’un budget de fonctionnement. Ce budget de fonctionnement est ce qui garantit des droits individuels à la santé, à la retraite, au chômage. A l’origine, l’Etat lui-même n’avait pas de droit de regard sur ces questions. Innaceptable pour la grande bourgeoisie ! Elle n’a eu de cesse de vouloir mettre tout cela sous la coupe de son Etat, pour le brimer, le réduire et le briser. Macron, désormais touche au but. Sa fiscalité rassemble sous la même ligne de compte l’ensemble de ces caisses séparées.

    « La solidarité nationale est de plus en plus financée par l’impôt, ce que vous avez voté en matière d’Assurance Chômage a ainsi supprimé toute cotisation salariale remplacée par la CSG mais il faut bien expliquer l’ensemble de cette réforme, ne pas voir que la CSG qui augmente d’un côté, en oubliant que ce sont toutes les cotisations sociales salariales qui ont baissé de l’autre. »

    CSG -dont on peut remercier Michel Rocard, membre du Parti Socialiste- qui, malgré ses apparences, est payée dans la sa très grande majorité par le prolétariat et une partie de la petite bourgeoisie. La grande bourgeoisie s’y soustrait, car les revenus du capital sont taxés d’une manière ridiculement faible (1,1%). Désormais, l’Etat possède la haute main pour ventiler les rentrées d’argent de l’impôt comme bon leur semble. Voilà l’annonce de Macron :

    « il n’y a plus un droit au chômage, au sens où l’entendait classiquement, il y a l’accès à un droit qu’offre la société mais sur lequel on ne s’est pas garanti à titre individuel, puisque tous les contribuables l’ont payé. »

    Il n’existe donc plus de droit au chômage fruit des cotisations individuelles. Il existe une aumône que l’Etat bourgeois pourra verser, selon ses modalités, sont son bon vouloir, aux pauvres, aux sans-le-sou, aux exclus et exclues qui, à ses yeux, le mériteraient. La contrepartie empoisonnée, la voici :

    « Cette réforme a permis d’améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs tout en préservant la compétitivité et en garantissant le maintien des droits mais ceci conduit aussi à transformer la philosophie même de notre solidarité nationale et en quelque sorte d’en retrouver le sel. »

    La grande bourgeoisie promet plus de salaire direct contre une réduction massive du salaire indirect. Ce qu’elle entend par pouvoir d’achat ne peut être compris autrement qu’en termes de bénéfices engrangées par les fabricants de biens de consommation. En fait de cadeau fait aux masses populaires, il s’agit de cadeaux faits aux grands trusts. De plus, la dévastation de la protection sociale obligera les masses populaires à se tourner vers les assurances, les fonds de pension, les mutuelles. Voilà l’objectif final de la bourgeoisie : mettre le main sur un marché qui lui échappait, sur une manière d’engranger des sommes faramineuses sur la santé et la maladie, sur la misère et la souffrance. D’autant que cette trésorerie lui offre aussi des moyens de réaliser des investissements profitables ailleurs. Rappelons-nous un instant du rôle de ces caisses dans la crise des subprimes. Certains et certaines ont tout perdu dans cette gigantesque arnaque. Voici le « sel » que Macron souhaite retrouver.

  • Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » partie finale.

    Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » partie finale.

    Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche »

    Partie finale.

    La démocratie bourgeoise est le fruit d’un compromis. Son but n’est autre que d’être une soupape de sécurité et de donner une légitimité aux politiques de la bourgeoisie. Certes, des victoires temporaires ont été arrachées par la mobilisation populaire, mais elles n’avaient qu’un caractère de concession. Dans les faits, l’État, la démocratie, les élections sont architecturées par la grande bourgeoisie et pour la grande bourgeoisie. Croire qu’il est possible de gagner face à un adversaire qui détient toutes les cartes du jeu, qui détient, en plus, les grands moyens de communication, est se nourrir d’illusions dangereuses.

    Au final, le réformisme est plus utopiste que le fait d’opter par la voie révolutionnaire. Cette dernière est un chemin semé d’embûches, de souffrances, de problèmes, mais elle a une chance de gagner et de déboucher sur une transformation de la société. L’autre est pavée de lumière, de postes, de sinécures, de salons et de réceptions. Mais elle est une impasse complète. Elle ne mène qu’a la faillite, au compromis, à la compromission, même indépendamment de la volonté de ceux et celles qui tiennent cette stratégie pour juste. Tout réformiste, à la base, n’est pas pétri de malhonnêteté, mais sa stratégie l’y entraîne.

    Les populistes eux, ont déjà franchi cette ligne. Tels les magiciens, ils ne croient pas à la magie. Il ne s’agit plus de faire triompher une hypothétique transformation pacifique de la société, de mobiliser dans cette voie, mais bien, uniquement, d’accéder aux plus hautes sphères du pouvoir, pour s’y épanouir et diriger au nom d’un hypothétique intérêt national, intérêt, en vérité, de la bourgeoisie. Désormais, la moindre possibilité de mobiliser, y compris les plus réactionnaires, y compris les plus fausses, sont autorisées tant que cela sert le but ultime des populistes : servir « mieux » la grande bourgeoisie.

    Le but des communistes n’est pas de mieux gérer la société, de mieux gérer le capitalisme, de lui poser des brides, de le moraliser, ou de défendre la « grandeur » de tel ou tel pays dans le monde -manière de dire « impérialisme » sans le dire. Il est de liquider le pouvoir bourgeois, de le supprimer, d’y mettre fin. Le but n’est pas, pour parvenir à cela, de ses lancer dans une course truquée et perdue d’avance, course où les concurrents sont prêts à toutes les bassesses pour grappiller quelques points -quitte à sacrifier toute cohérence. Il est de faire voler en éclat ce mensonge flagrant.

    Au populisme, les communistes opposent la ligne de masse. Au fait de flatter les instincts les plus bas, la spontanéité -parfois réactionnaire- ou de surimposer les propres désirs de leur organisation à ceux des masses. Mao définissait ainsi celle-ci : « Dans toute activité pratique de notre Parti, une direction juste doit se fonder sur le principe suivant: partir des masses pour retourner aux masses. Cela signifie qu’il faut recueillir les idées des masses (qui sont dispersées, non systématiques), les concentrer (en idées généralisées et systématisées, après étude), puis aller de nouveau dans les masses pour les diffuser et les expliquer, faire en sorte que les masses les assimilent, y adhèrent fermement et les traduisent en action, et vérifier dans l’action même des masses la justesse de ces idées.

    Puis, il faut encore une fois concentrer les idées des masses et leurs retransmettre pour qu’elles soient mises résolument en pratique. Et le même processus se poursuivra indéfiniment, ces idées devenant toujours plus justes, plus vivantes et plus riches. »

    A ce travail se double celui d’un tri, entre les idées fausses et les idées justes, un tri entre ce qui est progressiste, révolutionnaire, et ce qui est réactionnaire. Seulement la question de la méthode est essentielle. Bien souvent, il existe une tendance, alimentée par une perception post-moderniste des choses, à osciller entre deux positions fausses : d’une part un angélisme nourri de fantasmes sur les masses populaires, faisant la négation complète des travers qui peuvent exister en leur sein ainsi que de l’influence de l’idéologie bourgeoise ; de l’autre le fait de ne percevoir que cela et de rejeter les masses populaires sous prétexte qu’elles ne soient pas parfaites, qu’elles ne soient pas spontanément communistes.

    L’un comme l’autre ne mènent à rien. Pour revenir sur ce qu’écrivait Mao « Il faut critiquer les défauts du peuple, mais il faut le faire en partant véritablement de la position du peuple; notre critique doit être inspirée par le désir ardent de le défendre et de l’éduquer. Traiter ses camarades comme on traite l’ennemi, c’est adopter la position de ce dernier. »

    La tâche d’une organisation d’avant garde n’est pas de se mettre à la traîne des idées réactionnaires, ni d’imposer de manière autoritaire son point de vue -ayons en tête la formulation on-ne-peut-plus-ridicule de Léon Trotski « avant-garde de l’avant-garde ». Le mouvement révolutionnaire ne se nourrit pas de la surimposition d’idées, mais bien de partir du vécu des masses et des problèmes concrets et réels qu’elles rencontrent. Armé de la ligne de masse, il peut, sans devenir une secte coupée de la réalité, franchir le stade de l’horizon -jugé indépassable par les réformistes, les trotskistes et les révisionnistes- de la politisation et de la politique.

    La ligne de masse est la clé de voûte du fait de passer des revendications économistes à une compréhension politique de la situation. C’est également au travers de cette politisation que peuvent se résoudre les contradictions au sein des masses. La question de la xénophobie (beaucoup plus que celle du racisme, in fine), du sexisme, de l’homophobie… peuvent être abordées et expliquées sous cet angle là. Ces questions qui, souvent, sont laissées de côté sous prétexte qu’elles divisent les masses, peuvent, en réalité, rendre l’alliance entre exploités, exploitées, opprimés et opprimées, plus forte et plus sincère. Elle est également ce qui pose les bases de la démocratie populaire, une démocratie dont le but est de prendre en compte les aspirations et les désirs légitimes des masses, et de résoudre les contradictions, non-antagoniques, entre elles.

    Le Populisme, en tant que mouvement politique, est et demeure, par sa nature-même, un marchepied de certaines fractions de la bourgeoisie. Son vernis populaire est un dispositif tactique, et uniquement tactique. Il ne fait pas de doute que la mauvaise foi soit la norme, au regard du parcours de ceux et celles qui tiennent les rênes de ces organisations, lesquels ne peuvent décemment croire dans leurs propres élucubrations.

    La populisme s’étend en Europe et dans le monde, s’infiltrant dans les interstices laissées par le reflux des organisations populaires. Il s’étend sur un terrain rendu favorable par l’incapacité de la sociale-démocratie à faire quoique ce soit. Il est nourri par les tensions internationales et intranationales et il s’en nourrit lui-même. La tentation populiste peut prendre un grand nombre de formes, de couleurs, de contenus. Maquillé en ami du peuple, il en est l’ennemi insidieux. Le combattre en surface ne suffit pas, il faut en plus, en comprendre les ressorts pour les briser.

    Il n’existe pas de troisième voie, ni fasciste, ni populiste, entre socialisme et capitalisme. Chaque prétendue voie n’est qu’un chemin tortueux de plus, qui ramène la bourgeoisie au pouvoir, renforce son ordre et sa légitimité.

    La seule voie contre le capitalisme, l’exploitation, l’oppression, est celle vers le socialisme et, ultimement, vers le communisme.