Auteur/autrice : unitecommuniste

  • Wagenknecht / Kuzmanovic : la mutation réactionnaire.

    Wagenknecht / Kuzmanovic : la mutation réactionnaire.

    Wagenknecht / Kuzmanovic : la mutation réactionnaire.

    Assistons-nous à la mutation de la « gauche » ?

    Dans notre brochure intitulée Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » nous nous étions intéresses un moment à la question des flux migratoires et des politiques mises en place par rapport à eux. Surtout, nous évoquions les événements qui avaient eu cours lors du congrès de Die Linke.

    « Outre Rhin, justement, un exemple de fracture populiste se forme. Die Linke, qui est une clique fourre-tout, s’est montrée incapable de réaction vis-à-vis des dernières élections Allemandes. Surtout, elle est à la croisée des chemins. Son aile droite, dirigée par des ex-membre du SPD, semble vouloir scissionner sur la question de l’immigration. Oskar Lafontaine et Sarah Wagenknecht se sont ainsi illustrés par leur tentative de renverser la ligne favorable à l’acceuil des réfugiés au profit d’une ligne visant à copier les positions de l’extrême-droite. Leur idée est d’aller sur le terrain d’Alternativ für Deutschland, et se montrer plus inflexibles qu’eux -si c’est possible- sur la question de l’immigration, en reprenant des thématiques sur le coût de l’accueil et sur l’impact sur le niveau de vie des travailleurs Allemands. Mis en minorité lors du congrès, les deux brillants orateurs -reconnaissons-le- semblent vouloir opérer une scission pour créer leur propre organisation populiste. En ce faisant, ils légitiment les prises de position politiques de l’AfD et renforcent son influence.

    Voilà où mène le fait de caresser les idées réactionnaires dans le sens du poil et de ne jamais vouloir aller contre les idées influentes au sein des masses, même si celles-ci sont réactionnaires voir pogromistes. »

    Nous évoquions également le risque de contamination qui pouvait exister de la part de cette position vers l’équivalent français de Die Linke, la France Insoumise. Nous écrivions alors « nous ne sauterons pas à pied joints dans l’appellation « populiste » que certains accolent à Jean-Luc Mélenchon, mais il n’est pas possible de taire le fait que certains membres de son organisation ont un discours plus que marqué par cette tendance. L’exemple même étant le barbouze Djordje Kuzmanovic, dont les déclarations réactionnaires récurrentes illustrent bel et bien le fait que cette ligne existe au sein de la FI. »

    Depuis le temps s’est écoulé et ces faits malheureux se sont produits. Pour draguer un électorat nouveau, marqué par l’influence de l’extrême-droite, certains sont prêts à tout. Sarah Wagenknecht a lancé son mouvement Aufstehen ! (debout!). Malgré le fait qu’elle ait été attaquée par plusieurs médias et organisations politiques quant à ses positions sur l’immigration, elle se défend de toute conception réactionnaire. Elle clame donc qu’elle n’a fait que mettre fin à une hypocrisie quant aux migrants. Elle est rejointe et applaudie par le triste sire qu’est Djordje Kuzmanovic, lequel déclarait à l’Obs, le 8 septembre qu’il fallait s’aligner sur les positions défendues par Aufstehen ! en Allemagne, et que fermer les frontières serait un acte salutaire à la fois pour les travailleurs du pays comme pour les pays de départ.

    Le discours sonne, au premier abord, presque juste et convainquant. Presque. Il attaque le sous-développement causé par les inégalités économiques internationale comme première cause de départ, cible le fait qu’il faut s’attaquer aux causes plus qu’aux conséquences…etc. Pour un peu, le barbouze passerait pour anti-impérialiste en citant Sankara et pour un humaniste conséquent.

    Quelque chose cloche derrière cette rhétorique bien huilée, trop bien huilée même. Quelque chose de gênant, de dérangeant devant ce discours qui sonne trop juste pour être honnête. Quelque chose de nauséabond, quelque chose de putréfié. Ce quelque chose, c’est le temps. Le temps au sens de l’étape.

    La question de la temporalité ne doit pas être sous estimée. Les positions ne sont pas des absolus, mais bien toujours relative à un contexte précis, à un contexte socio-historique précis, à une situation donnée.

    Ce qui disent Wagenknecht et Kuzmanovic, en somme, c’est qu’il faut être contre l’accueil des migrants car la solution n’est pas là. Et c’est un fait, oui, elle n’est pas là. Ils disent donc : il faut que notre position change car nous sommes pour une solution différente. Mettons fin aux flots de réfugiés et de va-nu-pieds car nous développerons les pays en voie de développement et les émergents. Donc, puisque nous ferons cela, nous pouvons l’intégrer dans notre rhétorique, dans notre programme.

    Dans un futur idéal, hypothétique, fantasmé, peut-être que le « socialisme douanier », que le « nouveau paradigme » ce « protectionnisme solidaire » [« C’est pourquoi nous proposons un tout autre paradigme : le protectionnisme solidaire. » , si tant est que cela ait un sens autre que le slogan. ] pourrait peut-être s’incarner. Si l’impérialisme français était brisé, battu, écrasé, si il n’était pas la raison première de la misère dans les régions d’Afrique d’où partent les migrants, peut-être. Si ce n’était pas les impérialismes conjoints qui semaient la misère dans les zones de départ, peut-être, oui, verrait on ces fantasmes quitter le rayonnage des délires fiévreux pour arriver dans celui des possibles. LFI -ni aucune force réformiste- n’a pas les moyens de pouvoir moraliser les patrons, de pouvoir agir de manière concrète sur l’économie ou sur l’impérialisme. Dire, à l’extrême limite que « lorsque nous serons au pouvoir et que nous aurons fait tout cela, il sera temps de changer d’approche sur la question des migrations » serait une chose.

    Mais pour le moment, non. Pour le moment, nier l’état actuel des choses pour superposer une réalité imaginaire, cela revient à mentir ou pratiquer des tours de passe-passe devant les masses populaires.

    Et nous redoutons que le passe-passe ne soit particulièrement amer. Car il avalise le fait qu’il est légitime de rejeter de chez soi les les flux que nous causons nous même.

    La solution des flux forcés de personnes qui partent de l’enfer, de la misère, de la famine, de la geurre, c’est au préalable l’anéantissement des puissances qui en sont responsables, qui instillent la misère, la famine, la guerre. Ce préalable est incontournable.

    Ce n’est pas, comme le dit le barbouze Kuzmanovic, se méprendre sur l’esprit des Lumières. C’est un choix qui consiste à mettre au dessus de cette pseudo-transcendance nationale la solidarité internationale, de mettre au dessus le slogan oublié de « prolétaires de tous les pays, unissez-vous ». Dans les faits, Kuzmanovic, mis au pied du mur, assène : « On ne peut pas laisser mourir les gens en Méditerranée, mais si une personne n’est pas éligible au droit d’asile, il faut la renvoyer dans son pays. Et rapidement. »  Quelle différence entre cette position et celle de Macron ?

    Désormais, plus on creuse, plus la terre sent le cadavre enterré à la va-vite.

    « Sur la question migratoire, en particulier, la bonne conscience de gauche empêche de réfléchir concrètement à la façon de ralentir, voire d’assécher les flux migratoires, qui risquent de s’accentuer encore du fait des catastrophes climatiques. Plutôt que de répéter, naïvement, qu’il faut « accueillir tout le monde », il s’agit d’aller à l’encontre des politiques ultralibérales – ce que la social-démocratie a renoncé à faire. » Le faux nez tombe. Kuzmanovic, en bon adepte d’une capitalisme protectionniste, cible l’ultra-libéralisme, père de tous les maux. Or, si nous sommes conséquent, nous savons que n’est pas le libéralisme qu’il faut combattre, surtout pour lui substituer une tactique différente de la bourgeoisie, mais le capitalisme et l’impérialisme comme système d’exploitation qui écrase les peuples et les précipitent dans la misère. A l’époque du protectionnisme, les flux de migrants économiques étaient encore plus intenses qu’aujourd’hui. De plus, même d’un point de vue capitaliste, l’immigration n’est pas un frein au développement économique. La Suède, pays d’accueil important, à ainsi connu un rebond énorme dans sa croissance, passant d’une récession terrible en 2009-2010 (-5%!) à une croissance de l’ordre de 3,2% aujourd’hui. Les économistes imputent cela au fait que l’économie a été stimulée par les entrées de migrants et par leur besoins en terme de logement, de biens de consommation et de services. Mais Wagenknecht et notre triste sire ne voient dans les migrants que des bouches à nourrir, que des assistés ou des concurrents, et omettent d’écrire que ce qui bloque le développement économique, ce qui entrave les forces productive, c’est le parasitisme de la part de la bourgeoisie et l’accaparement des ressources et des richesses par cette classe.

    Par ailleurs, ce qu’oublie de mentionner l’apprenti-sorcier du fascisme qu’est Kuzmanovic, c’est la goutte d’eau que représente les migrations à l’heure actuelle. Les flux migratoires sont minuscules par rapport à ceux des années 10-30 ou 50. Surtout, même en supposant que ces flux aillent directement grossir les rangs des chômeurs, ils ne sont qu’une martingale par rapport à l’immense masse de chômeurs qui forment déjà cette armée de réserve. « C’est une analyse purement marxiste : le capital se constitue une armée de réserve. Lorsqu’il est possible de mal payer des travailleurs sans papiers, il y a une pression à la baisse sur les salaires. Cette analyse serait d’extrême droite ? Vous plaisantez. » 

    Il s’agit, par ailleurs, mot pour mot, la ligne défendue par le Bastion Social, lequel instrumentalise sans vergogne cette question. Pour Kuzmanovic, la solution est de rejeter les travailleurs entrés illégalement sur le territoire français, non les légaliser, les syndiquer, les organiser politiquement, qu’ils sortent de l’ombre et puissent combattre l’exploitation aux côtés de leurs camarades de nationalité française.

    Au final, ce qui ressort de ce positionnement, c’est que le Rubicon a été franchi pour ce qui est du positionnement dans l’échiquier politique pour cet individu, et, peut-être, pour son organisation tout entière si elle ne réagit pas.

    Il ne fait pas de doute que certains sont ravis de cette mutation, surtout à la droite de la droite, mais également au sein de LFI, ou la décomplexion pourra régner. Cependant, nous nous refusons à croire que cette position puisse être hégémonique sans discussion et devenir une thèse de LFI. Nous appelons les adhérents de ce mouvement à rejeter la ligne de Kuzmanovic, à obtenir son départ, ce qui sera un test pour la démocratie interne, par ailleurs, et à condamner tant la position de Wagenknecht que celle vers laquelle semble s’orienter un Mélenchon qui s’est déjà fendu de réflexions douteuses sur l’immigration. A moins qu’il ne les ait déjà oublié, au vu des pertes de mémoires subites dont il semble souffrir sous la pression…

    Défendons le droit d’asile ! Défendons l’accueil de ceux qui fuient les guerres dont tirent profit Total, Dassault, Thalès, Areva ! Défendons l’accès aux papiers pour tous ceux qui en sont privés ! Quelque soient les papiers, quelque soient les origines, nous ne formons qu’une seule ligne de front contre l’exploitation, contre l’oppression !

  • Cap catastrophe 2022 : Éviter les dépenses publiques inutiles.

    Cap catastrophe 2022 : Éviter les dépenses publiques inutiles.

    Cap catastrophe 2022 : Éviter les dépenses publiques inutiles.

    Partie 9

    La dernière partie du dossier enfonce le clou. Elle insiste sur ce qui est le fondement de ce document, c’est à dire le fait de réduire au minimum l’apanage de l’Etat, de réduire au minimum son activité, et de livrer de nouveaux marchés aux capitalistes sans cesse avides de profits. Le dossier va dans leur sens, en laissant libre court à la rapacité de la bourgeoisie et en ôtant les barrières et les brides qui pouvaient la contraindre.

    La suppression des doublons, proposition importante du document, est ainsi un blanc-seing donné aux entreprises pour transgresser les règles. « Pour les contrôles auxquels les entreprises sont soumises, il faut rationaliser et mieux coordonner en mutualisant davantage et allant vers un guichet unique pour certains types de contrôles. La cohérence des contrôles, leur priorisation, leur pertinence, leur sécurisation et leur acceptation par les usagers seraient à l’évidence mieux assurées si une seule structure était chargée de leur coordination ; »

    In fine, ce qui en ressort, c’est le fait que les contrôles seront plus lâches, moins resserrés, et rationalisés à outrance, ce qui signifie, en langage de la RGPP, que le service sera saturé et incapable de faire face aux problématiques réelles du terrain. Mieux encore, les génies à l’œuvre derrière ce pamphlet pensent trouver une solution miracle en délégant au privé le contrôle, notamment sanitaire, mais également en inventant l’auto-contrôle sanitaire. Sachant l’énergie que les capitalistes mettent à respecter les lois et les normes, il ne fait de doute que l’intégralité des problèmes seront réglés, d’un coup de baguette magique.

    « ► faire réaliser, au-delà de ce qui se pratique déjà, certains contrôles par des opérateurs privés. Aujourd’hui des organismes à vocation sanitaire (OVS) reçoivent délégation par le préfet pour procéder à l’exercice de contrôles pour le compte de l’État. On pourrait étendre les délégations à des opérateurs privés à d’autres contrôles, y compris dans le domaine de la concurrence et de la protection du consommateur et de la répression des fraudes. On pourrait également développer les démarches d’auto-contrôle par les structures faisant l’objet d’inspections, à partir de référentiels d’auto-diagnostic reconnus. »

    Dans les cartons, également, le projet de mettre fin à plusieurs aides de l’État, au prétexte qu’il faille « Mettre un terme à toutes les interventions publiques dont l’efficacité n’est pas démontrée » « La France dépense 2,2 points de plus que ses voisins en interventions sectorielles (aides à des entreprises ou des secteurs divers). Ces aides – directes ou sous forme de niches sociales et fiscales – peuvent avoir un effet positif sur l’économie, mais il faut s’en assurer, d’autant qu’elles peuvent atteindre des montants conséquents (une quarantaine de milliards d’euros environ). Or, elles ne font pas l’objet d’une évaluation systématique et perdurent sans que leur efficacité soit avérée. Elles sont par ailleurs peu lisibles pour les entreprises et fortement consommatrices de moyens humains (environ 15 000 ETP, dont près de 1 500 dans 110 agences). »

    Il est vrai que le caractère bureaucratique de certaines formes de gestion du capitalisme est lui même générateur d’un parasitisme. Mais derrière cette idée de rationalisation et de concentration, c’est surtout le moyen pour l’Etat d’avoir la haute main sur l’intégralité des dépenses qui est visé. Donc, de fait, d’accroître la capacité d’initiative de la part des servants zélés du capitalisme.

    Autre exemple, le soutien à la transition énergétique du fait de sa non-rentabilité et de l’inefficacité constatée des résultats des initiatives précédentes selon les critères de la RGPP serait liquidée. « Pour le soutien à la transition énergétique, le montant de l’ensemble des dépenses de la politique nationale de l’énergie, y compris les versements aux opérateurs, s’élève à 16,8 Md€. Le coût pour la collectivité est donc très significatif. Pourtant, les choix dans ce domaine sont malaisés parce qu’il n’est pas évident de déterminer quelle technologie soutenir. En effet, il n’y a pas de consensus sur le coût de revient futur de ces énergies. »

    Cette politique de gestion des questions énergétiques ne peut effectivement ne déboucher que sur des déconvenue étant donné la manière dont elle est menée. Dans des secteurs aussi lourds que les investissements dans les infrastructures de production d’énergie, la rentabilité n’est qu’une lointaine lumière. C’est d’ailleurs pour cela que la très grande majorité des frais de développement et de construction étaient assumés par les contribuables. C’est pour cela également que la bourgeoisie elle-même n’a pas tant bronché lorsque les nationalisations ont été mise en œuvre en 1944-1945 et après le choc pétrolier, car cela lui permettait de faire assumer le coût faramineux de ces évolutions par la plus grande partie de la population tandis qu’elle récupérerait les fruits de celui-ci quand le seuil de rentabilité serait atteint.

    Des phrases cryptiques qui pourraient laisser un brin d’espoir telles que celles qui suivent, ne sont, en réalité, que des proclamation de la fin de cette politique de transition vers les énergies renouvelables.

    « aider les collectivités territoriales à s’assurer que leurs projets de soutien aux énergies renouvelables sont techniquement réalistes et rentables. Cette rentabilité doit être évaluée d’un point de vue économique mais également social. »

    Aider les collectivités à s’assurer ne signifie pas les aider financièrement à soutenir des projets, mais bien les aider à diagnostiquer la rentabilité de ces projets. En somme, il s’agit de faire intervenir une inquisition comptable chargée de pourchasser la dépense.

    A cela s’ajoute d’autres projets tout aussi gênants pour la réductions des dégâts causés sur l’environnement notamment le fait de supprimer les incitations à la rénovation thermique.

    « supprimer le taux réduit de TVA sur les travaux de rénovation thermique et le faire passer au taux intermédiaire »…

    Nul doute que l’opportuniste François de Rugy se fera sans la moindre vergogne le réalisateur de ces réformes.

    D’une manière générale, cette fin de l’intervention dans certains secteurs signe la fin d’une certaine forme d’égalisation du développement des infrastructures. Comme mentionné plus haut, les projets du gouvernement actuel mènent à une reconcentration des moyens et à une métropolisation accrue. Une des infrastructure concernée par les réformes prévues est celle des aéroports locaux, qui, à l’heure actuelle, bénéficient d’une péréquation avec leurs homologues internationaux.

    « Dans le domaine du transport aérien, il existe un très grand nombre de petits aéroports qui ont besoin de subventions d’exploitation pour être pérennes économiquement. On peut s’interroger sur la nécessité de maintenir les niveaux actuels de soutien pour l’ensemble de ces petits aéroports. »

    « supprimer la péréquation de la taxe d’aéroports, sauf pour les aéroports dont la desserte est nécessaire à l’aménagement du territoire ; »

    Pour ces aéroports, cela signifie donc le fait d’être étranglés financièrement et de devoir, comme les universités au final, augmenter leurs frais internes pour rester à flot. Cela signifie de fait des réductions de personnels ou des fermetures.

    Pour les administrations, la chasse aux économies conduit les rédacteurs à sortir du chapeau une chimère constante : l’externalisation. « Mutualiser davantage l’achat public et développer les externalisations »

    « Les administrations doivent s’assurer qu’elles ne peuvent pas remplir leur mission à moindre coût, en mutualisant leurs achats, en externalisant une partie des leurs tâches, en achetant sur étagère, etc …

    Ce principe sera plus facile à appliquer dans un contexte où les managers auront plus d’autonomie et seront intéressés aux économies : en effet, si ceux-ci peuvent profiter des économies qu’ils génèrent, ils intégreront plus volontiers des démarches d’optimisation des coûts. »

    Nous ne savons pas si la phrase que nous soulignons signifie une récompense financière ou une récompense en terme de carrière, mais toujours est-il qu’elle mérite d’être pointée du doigt pour illustrer le rôle de garde-chiourme et de contremaître que ces managers vont être amenés à jouer, en plus d’être des parasites au sein des administrations.

    La croyance dans une prétendue vertu de la gestion privée, au nom du fait que la concurrence tirerait les prix vers le bas et la qualité vers le haut atteint ici le pinacle de l’absurde. Que cet argument soit utilisé dans des secteurs où il peut exister plusieurs offres, admettons. Et encore, car la tendance à la création d’ententes, de trusts, de cartels, de monopoles est inscrite dans les gènes du capitalisme.

    Mais lorsque cet argument est employé pour des questions telles que l’externalisation des cantines ou la privatisation des autoroutes, le ridicule saute aux yeux. Jamais deux sociétés autoroutières ne construirons côte-à-côte deux autoroutes. Jamais, dans un collège, il n’y aura de concurrence entre deux cafétérias. Les coûts en terme infrastructure sont hors de proportion avec les bénéfices escomptés par les investisseurs et les actionnaires. C’est d’ailleurs pour cela que ces derniers se font une joie immense de voir que ces frais sont endossés par les contribuables, tandis que l’exploitation leur a été concédée à vil prix.

    « dans le domaine du transport routier, en plus de la décentralisation prévue (voir proposition n° 18), mettre à l’étude le transfert dans les concessions autoroutières existantes d’un peu plus d’une quinzaine de tronçons, représentant environ 150 km, pour lesquels cela semble cohérent et qui ont été identifiés par le ministère en charge des transports Plus largement, on pourrait développer l’externalisation du réseau routier des collectivités et de l’État selon un découpage territorial pertinent (par axes ou par territoires), au-delà de ce qui est déjà pratiqué »

    Voici une exemple de ce type d’offrandes à la bourgeoisie. En fait de marchés concurrentiels, ce sont des marchés captifs qui sont offerts. Des marchés sur lesquels les immenses corporations que sont Bouygues ; Sodexo ; Vivendi… peuvent pratiquer les tarifs qui leur conviennent -les plus élevés possibles donc- pour s’assurer des marges colossales, tout en prenant en otage -la bourgeoisie ne se prive pas d’employer ce terme, pourquoi ne le ferions-nous pas?- les usagers.

    Ce qui devient amusant, c’est que ce système d’externalisation sera appliqué également aux armées.

    ► externaliser davantage la fonction d’habillement, de restauration et d’entretien courant de l’immobilier pour le ministère des Armées. L’habillement est déjà en partie externalisé. Il s’agirait donc d’étendre les marchés pour des économies d’échelle plus importantes. Pour l’alimentation et l’entretien du parc immobilier, ces prestations sont déjà réalisées dans le secteur privé pour d’autres entreprises ou ministères et l’externalisation permettrait d’offrir des coûts plus compétitifs ;

    « ► dans le domaine de la défense, rechercher systématiquement à satisfaire le besoin opérationnel en réalisant une acquisition « sur étagère » (déjà existante) plutôt que de lancer le développement d’une solution qui serait créée spécifiquement pour l’armée française et donc peut-être plus coûteuse ; »

    Cette phrase illustre incompréhension et la naïveté dont font preuve les rédacteurs du texte, lesquels ne sont, au final que des exécutants. Croire que l’immense complexe militaro-industriel saura se satisfaire de commandes aussi peu profitables revient à se bercer d’illusion. Si les industries comme Dassault ou comme Thalès insistent autant pour que la loi d’Augustine -la loi de l’inflation logarithmique des coûts militaires- se concrétise, c’est parce qu’ils en tirent d’immenses profits. Comme ces entreprises n’ont pas de concurrents, il leur est possible de pratiquer des tarifs hors du commun, faisant du matériel français un des plus onéreux au monde. 78 Millions d’€ l’unité pour un Rafale contre 15 pour un MiG-29 ou 60 pour un Su-35; 15,9 M€ pour un char Leclerc contre 6,1 pour un Abrams et 3 pour un T-90… Cela explique le fait que le matériel français ne se retrouve que dans des marchés protégés, cloisonnés, parfois même d’ailleurs de manière contradictoire avec l’efficacité militaire.

    Il s’agit d’une divertissante contradiction par ailleurs qui illustre celles que connaît la bourgeoisie, du fait de sa nature de classe et de sa courte vue. D’une part, il existe une volonté de réduire le format des armées et les coûts pour diminuer les impôts, de l’autre la volonté de vendre au prix le plus fort le matériel militaire. Cette conjonction commune fait que l’armée français est dans une situation fort déplaisante, avec une poignée de matériel de pointe, mais qui n’a qu’un format de « poing blindé » ou de corps expéditionnaire, incapable de pouvoir remplir les tâches de contrôle du territoire que lui impose l’impérialisme français, devant se baser sur des supplétifs locaux et low cost. Ironiquement, l’impérialisme lui même nourrit sa défaite par son caractère putréfié.

    Pour ce qui est de compenser les gouffres dans la trésorerie des administrations et des services publics, les auteurs ont eu un éclair de génie :

    « Faire payer directement l’usager de certains services publics »

    Application directe du libéralisme, cette conception qui veut que l’utilisateur soit le payeur fait son chemin. Ainsi, cela veut s’appliquer à la SNCF nouvellement privatisée.

    ► transports. Les déplacements des individus et des marchandises créent des coûts pour les pouvoirs publics : entretien des infrastructures de transport, investissement pour augmenter les capacités d’accueil (nouvelles rames de train, par exemple)… Ces déplacements engendrent également des coûts cachés notamment du fait de la pollution. Aujourd’hui, on dispose de plusieurs choix pour ses déplacements, qui peuvent limiter ces coûts cachés. Par exemple, on peut choisir le covoiturage plus aisément qu’auparavant. Il n’est donc pas anormal de demander à ceux qui ne font pas le choix de réduire les coûts qu’ils engendrent pour la société d’en prendre une plus grande partie à leur charge ; [C’est nous qui le soulignons]

    En somme, celui qui ne prend pas le train ne cotise pas au fonctionnement du chemin de fer. A l’utilisateur de payer plein tarif. Logique. Sauf que, ironie de la chose, les RFF (réseaux ferrés de France) restent entre les mains de l’Etat et donc sont financés par le contribuable. Or, les rails ne rapportent pas grand chose et coûtent cher. Le bénéfice se fait sur le matériel roulant, propriété privée. Donc, dans l’équation truquée, non seulement tout le monde paie de sa poche l’entretient des voies, mais l’utilisateur paie les bénéfices à l’exploitant.

    Quant à l’invocation du covoiturage, elle est savoureuse. Finalement, pour compenser la baisse de leur niveau de vie et la hausse des coûts, les utilisateurs se doivent de mettre en commun leur propriété privée. Cela ne peut que rappeler le Manifeste lorsque les auteurs s’expriment ainsi : « Vous êtes saisis d’horreur parce que nous voulons abolir la propriété privée. Mais, dans votre société, la propriété privée est abolie pour les neuf dixièmes de ses membres. C’est précisément parce qu’elle n’existe pas pour ces neuf dixièmes qu’elle existe pour vous. Vous nous reprochez donc de vouloir abolir une forme de propriété qui ne peut exister qu’à la condition que l’immense majorité soit frustrée de toute propriété. En un mot, vous nous accusez de vouloir abolir votre propriété à vous. En vérité, c’est bien ce que nous voulons. »

    A cela, les auteurs rajoutent une petite nouveauté sous couvert d’écologie :

    « favoriser la mise en œuvre d’un péage urbain dans les principales métropoles. Un tel péage, qui existe dans de nombreuses métropoles (Londres, Stockholm…) vise à limiter la congestion et la pollution dans les centres urbains et à inciter l’utilisation des transports en commun. Il rend visible le coût pour la société d’une utilisation de la voiture pour les déplacements en ville. Ce péage peut être modulé en fonction du niveau de pollution de la voiture (gratuité pour les véhicules électriques par exemple) »

    Sur le principe, l’idée peut paraître sympathique. Mais dans l’application, ce péage est un péage sur critères sociaux déguisés. Les voitures électriques demeurant l’apanage de certaines catégories sociales. A l’inverse les véhicules les plus polluants ne sont pas forcément les grosses cylindrées, mais bien souvent les vieux tacots. Certes la mesure rend visible le coût de la pollution, mais la sanction économique frappe particulièrement ceux et celles qui n’ont pas le choix, laissant les rues des grandes villes aux bourgeoisie qui paient l’obole.

    Ce qui ressort de cette dernière partie, avant d’aborder une conclusion, c’est le caractère particulièrement avare des mesures mises en place. Avare envers les usagers, envers les plus précaires, envers les plus pauvres, mais, en revanche, d’une générosité sans bornes envers les commanditaires de ces réformes : la grande bourgeoisie et particulièrement celle des métropoles. Cependant, on ne peut retirer le caractère fondamentalement irréaliste, même en régime bourgeois, de certaines propositions, qui lèsent les grands trusts du complexe militaro-industriel. Croire que les dépenses publiques vont se tarir, dans un secteurs aussi important pour ces grands bourgeois, c’est sombrer dans l’idéalisme le plus béat.

  • Le procès de Clément Méric s’ouvre.

    Le procès de Clément Méric s’ouvre.

    Le procès de Clément Méric s’ouvre.

    Clément Méric a été tué il y a 5 ans, le 5 juin 2013, à Paris.

    Tué par une clique de fascistes de Troisième Voie, l’organisation dirigée par Serge Ayoub.

    Aujourd’hui, le procès des meurtrier débute. Esteban Morillo et Samuel Dufour passent aujourd’hui devant la barre.

    Nous saluons les proches de Clément Méric, ses amis ses camarades et nous les assurons de notre solidarité la plus sincère. Nous actons les distinctions idéologiques entre nous, les désaccords sur nombre de sujets. Mais au dessus de tout réside le fait d’être du même côté de la barricade, du même côté de la lutte des classes. D’être dans le même camp et d’être solidaires contre l’agression toujours plus grande de la vermine fasciste. En revanche nous n’exprimons que du dédain pour ceux et celles qui, vautours à l’affût, se sont empressés de se saisir de ce meurtre comme d’une réclame pour leur mouvement.

    Ce meurtre, hélas, n’est pas un événement isolé. Il fait suite à un accroissement progressif de l’agressivité de l’extrême-droite. La crise lui donne des ailes, elle est enivrée d’un sentiment d’impunité et de l’impression d’être à la veille d’une nouvelle croisade. Elle a déjà tué Hervé Rybarczyk à Lille, elle a blessé gravement à Lyon, elle monte des commandos à Montpellier, infiltre la police partout… Elle agresse, torture, assassine dans le secret ceux et celles dont on entend pas la voix. Nous réclamons justice.

    Aujourd’hui, le procès des meurtriers de Clémente Méric s’ouvre.

    5 ans et trois mois pour en arriver là. Un long chemin arrive à son terme.

    Le temps dilue les peines pénales, mais accroît la colère et le sentiment d’injustice dans le traitement de ce meurtre. Le temps qui est passé a permis à Esteban Morillo de cacher ses tatouages fascistes, de se grimer en jeune homme bien sous tout rapport, de dire qu’il a « changé », qu’il n’est plus le même. Il n’y aura probablement pas de surprises dans ce procès, hélas. La défense fera de lui un portrait pleurnichant. Il reniera son fascisme devant les juges, tout en en étant toujours le serviteur. Et les juges condamneront-il cette pauvre hère, 5 ans après les faits ?

    La justice bourgeoise -au sens large- n’est pas neutre face aux affaires. Elle n’est pas un arbitre dans lequel il est possible d’espérer trouver le réconfort d’une réparation. Du fait de ses liens avec l’appareil d’état, du fait de ses liens avec l’ordre du jour politique, du fait de la classe sociale dont font partie ses membres, elle n’est pas cette instance pure et saine que les républicains présentent. Elle est une subdivision tactique de l’ordre bourgeois, chargée de transcrire l’ordre du jour du pouvoir. Ses procureurs, représentant le ministère de la justice, répercutent la ligne dans les tribunaux, ses enquêteurs précipitent ou font traîner sous la poussière les dossiers… Et dans ce cadre, l’expérience démontre sans peine que la manière dont sont traités les réactionnaires et celles dont sont traités les progressistes, celle dont sont traités les bourgeois et celle dont les sont traités les exploités et les opprimés forment deux poids et deux mesures.

    Les fascistes, les réactionnaires, les obscurantistes… tout ces gardiens d’un monde qui se meurt, celui du capitalisme et de l’impérialisme, ont les coudées franches pour obtenir ce qu’ils veulent. La dissolution prononcée après le meurtre de Clément Méric ne les a laissé que peu de temps knocked-out. Leurs activités ont repris, pour certains plus discrets, attendant leur heure, pour d’autres, avec pignon sur rue, profitant de l’espace laissé par les « traineurs de casseroles ». Mais toujours, toujours, avec plus d’emprise, plus d’aisance, plus d’appui…et plus d’influence sur l’ordre du jour des autres organisations politiques. Aujourd’hui, le centre de gravité sur bon nombre de questions se situent entre la droite et l’extrême-droite. En Allemagne, l’influence grandissante des fascistes de AfD est même parvenu à fracturer Die Linke en une branche progressiste et une anti-réfugiés et anti-migrants. Pourtant leur rhétorique se limite à un discours victimaire, même au sein d’une des plus grande puissance impérialiste.

    Après leur meurtre, les fascistes ont joué justement cette carte de la pleurnicherie. Ils ont hurlé au fait que Clément Méric soit étudiant de Science Po, fils d’enseignants d’université, tandis que leur compère Esteban Morillo était, immigré, ouvrier. Ils ont tenté d’utiliser cette différence sociale sans vergogne, croyant trouver une faille morale imparable.

    Mais, en fait de faille, leur logique fallacieuse n’a servi qu’a rendre hommage a Clément Méric. Car les deux, l’un pour le meilleur, l’autre pour le pire, sont des individus qui ont trahi leur classe sociale. L’un en se battant pour les progrès social, pour les intérêts des exploités, pour la défense des opprimés. L’autre en trahissant ces mêmes exploités, en les livrant pieds et poings liés à leur premier bourreau : la bourgeoisie française « bien de chez nous ». En fait de couronne d’épine, c’est une couronne de laurier qu’ils lui ont tressé.

    Nous ne l’oublions pas. Nous n’oublions pas le courage de Clément Méric, nous n’oublions pas le choix qu’il a fait de se battre pour le camp du peuple. Nous saluons sa mémoire aujourd’hui. Nous saluons ses proches, ses amis, ses camarades.

    Clément est toujours présent !

  • Communiqué de presse commun du Collectif pour la fermeture du Pavillon Noir et du Collectif Vigilance 69 contre l’extrême-droite.

    Communiqué de presse commun du Collectif pour la fermeture du Pavillon Noir et du Collectif Vigilance 69 contre l’extrême-droite.

    Procès de militants d’extrême-droite pour une agression à l’arme blanche.

    Alors que se tiendra du 4 au 14 septembre le procès des meurtriers de Clément Méric devant une cour d’Assises, le 5 septembre 2018 aura lieu au TGI de Lyon un nouveau procès impliquant des militants d’extrême-droite pour des faits d’agressions avec arme blanche. Les faits se sont déroulés le 14 février 2014 dans le 5ème arrondissement aux alentours de 20h. 5 jeunes se rendaient dans un bar dans le quartier Saint-Jean pour fêter l’anniversaire de l’un d’eux. Repérés par un groupe d’une dizaine de militants d’extrême-droite, ils ont été insultés puis agressés lors d’une 1ère charge.

    Sur la 2ème charge à proximité du tribunal des 25 colonnes, un des agresseurs a porté des coups de couteaux sur 2 des 5 jeunes. Les graves blessures (perforation du poumon pour l’un et coup reçu proche de la colonne vertébrale pour un 2ème) qui auraient pu entraîner de graves séquelles ou plus grave encore ne doivent pas être oubliées ou minorées : l’intention de blesser gravement ou de tuer était claire !

    4 ans après les faits, 5 des 6 agresseurs arrêtés (le dernier ayant déjà été jugé car mineur au moment des faits) passeront devant le juge le mercredi 5 septembre. Ces militants sont proches de groupuscules de l’extrême-droite locale bien connus (Génération Identitaire et GUD – Bastion Social) et, pour certains, habitués du stade et de sa frange hooligan raciste. L’auteur des coups de couteaux est notamment visible sur des photos et des vidéos identitaires lyonnaises récentes (salle de boxe nationaliste l’Agogé), preuve de son implication actuelle dans ce mouvement clairement raciste, homophobe, transphobe et sexiste.

    Cette attaque de 2014 s’inscrit dans une longue liste d’agressions imputables à des militants d’extrême-droite lyonnais ; dans une complaisance des pouvoirs publics qui laissent pignon sur rue à ces groupuscules.

    Pour que ce procès ne passe pas inaperçu, et pour que le lien entre l’agression et les groupuscules d’extrême-droite ne soit pas oublié ; nous appelons à venir soutenir les agressés durant le procès le mercredi 5 septembre à partir de 9h30 au TGI de Lyon à la 17ème chambre correctionnelle (67 rue servient dans le 3ème arrondissement).

    La solidarité est notre arme ! Ni oubli, ni pardon !

    Collectif pour la fermeture du Pavillon noir :

    Alternative Libertaire Lyon, CGT Educ’Action, CGT Jeunes 69, CGT Vinatier, Collectif Lesbien Lyonnais, Coordination des Groupes Anarchistes Lyon, CNT, France Insoumise, JC Lyon, Jeune Garde Lyon, Lesbian and Gay Pride Lyon, Méduses, Solidaires Etudiant-e-s, Sud Education, Unité Communiste de Lyon, Union Départementale CGT 69, Union Locale Solidaires 69, Unité2Classe,YDG…

    Collectif Vigilance 69 contre l’extrême-droite :
    Agir pour l’égalité, Attac, CSPG, COVRA, Ensemble !69, EELV, FSU, Génération.S, HES, LDH, Planning Familial 69, NPA, PCF, PG, Ras l’front, Réseau des MJC de Lyon, UNEF

  • Cap Catastrophe 2022 : Le droit, la loi, les impôts et la TVA.

    Cap Catastrophe 2022 : Le droit, la loi, les impôts et la TVA.

    Cap Catastrophe 2022 : Le droit, la loi, les impôts et la TVA.

    Partie 8

    Le droit et la loi.

    La justice est elle une affaire comptable ? C’est la conclusion qui semble émerger à la lecture de la proposition 13 du document. Les constats dressés sont les suivants :

    « La politique française de justice s’est traduite depuis quinze ans par une forte augmentation de ses crédits et de ses emplois : son budget est passé de 4,6 Md€ en 2002 à 8,7 Md€ en 2018. Pour autant, il persiste une forte impression d’inadéquation entre les moyens mobilisés et les attentes des usagers. Par rapport aux autres services publics, la justice enregistre en effet un net déficit d’opinion positive de la part de ses usagers. »

    Dans notre analyse, le premier aspect qui explique la désaffection de la part d’une large partie de la population envers la justice provient de son caractère de classe. Malgré les prétentions sur la séparation des pouvoirs, le fonctionnement de la justice ne peut être découplé de la nature de la société. Les individus ne sont pas égaux devant les juges de par leur classe sociale ou leur ethos. Mais ils ne le sont pas non plus du fait de l’organisation même de la justice, où le procureur est sous les ordres de l’État et est le relais de la volonté politique du gouvernement au pouvoir.

    Face à une justice où les non-lieux, les acquittements, les peines jamais appliquées sont légion pour les grands bourgeois, comment avoir confiance ? Ce n’est pas possible.

    Que préconise alors ce texte ? Le numérique est une nouvelle fois brandi comme solution à l’intégralité des problèmes du monde, remplaçant tout déplacement et tout accueil. Dans le même temps, pour accélérer les procédures, un certains nombre de changements sont mis en œuvre : les juges peuvent rejeter les demandes « manifestement irrecevables » et doivent se recentrer autour de leur « cœur de métier ». L’idée est d’externaliser plusieurs fonctions, lesquelles peuvent être remises entre les mains d’individus n’ayant pas le statu de magistrat. Ainsi, les juges des tutelles et juges des enfants peuvent voir leurs fonctions suppléées par des services administratifs.

    Autre aspect, le resserrement du délais d’appel pour les jugements civils et le caractère non-suspensif de l’appel. En somme, il s’agit de le rendre plus rare, plus difficile à saisir et, surtout, sans efficacité immédiate, donc décourageant pour les plaignants comme pour les accusés.

    En somme, il s’agit d’une proposition qui ne vise qu’a réduire les dépenses de la justice, mais nullement, autrement sous la forme d’un voile cosmétique, de résoudre fondamentalement des problèmes de fonctionnement, même dans le cadre du droit bourgeois.

    Suite logique d’un item sur la justice, suit un autre sur la question de l’exécution des peines. L’introduction de l’item revient sur la situation française, qui est celle d’une surpopulation carcérale immense. Les rapporteurs annoncent 119% de taux d’occupation, un chiffre contesté par l’Observatoire International des Prisons, lequel déclarait le 8 aout 2018 « Des records de densité de population sont battus, alors même que depuis vingt-cinq ans, 30 000 places de prison supplémentaires ont été construites. À ce jour, le taux moyen d’occupation des maisons d’arrêt, établissements dans lesquels sont hébergés 48 000 détenus, s’établit à 142 %. 53 établissements présentent même des situations extrêmes de sur-occupation, avec une densité supérieure à 150 %. Citons notamment les maisons d’arrêt de la Roche-sur-Yon, Baie-Mahault (en Guadeloupe), Évreux, Laval et Nîmes dont le taux d’occupation avoisine voire dépasse les 200 %. »

    Fait notable, le nombre de détenus augmente de manière constante, passant de 60 000 à 70 000 en à peine 10 ans (le chiffre total de personnes suivies par l’administration pénitentiaire est de 249 298 en 2016). 10 000 détenus sont en attente de jugement.

    Les solutions préconisées par le rapport pourraient-elles se diriger vers une possible meilleure réinsertion des détenus ? Non. Vers une compréhension des raisons socio-économiques qui expliquent la délinquance ? Encore moins. Elles ne se dirigent que vers une gestion purement comptable de la question des peines.

    L’argument principal qui revient sur la question de la substitution de la peine de prison par le bracelet électronique est celui du coût (10€ / jour contre 100 € pour la prison.) Aux yeux des rédacteurs et des rédactrices, l’essentiel de la question se trouve là : trouver une solution économique, au travers de la géolocalisation et du développement de l’ « arrêt domiciliaire ». Le but même est que celui-ci puisse devenir une peine autonome de la prison. Quand à l’exécution systématique des peines, cela, dans le climat social actuel – mais également politique – signifie une intensification plus que probable de la répression et de l’incarcération d’un nombre toujours plus grand de détenus. Or le capitalisme et la prison marchent particulièrement bien main dans la main. Malgré les discours constant sur la répression dans les États Socialistes, les laquais du capitalisme sont bien en peine d’expliquer les taux supérieurs de détenus présents dans le parangon de la liberté que sont les USA. Et pour cause, là prison est aussi un business, qui rapporte gros.

    Fusionner les impôts et les recouvrements.

    Pour mieux financer leurs projets, les rédacteurs se montrent d’une avidité sans nom et sans bornes. Plus nous grimpons dans la hiérarchie de la bourgeoisie, moins elle paie d’impôts. Les exonérations sont immenses. Ou elles sont négociées entre bons amis ou réalisées par les magiciens de l’optimisation fiscale, qui parviennent à défalquer des sommes vertigineuses les particuliers, tandis que les entreprises ont leur secrets.

    Comme les plus riches s’y soustraient, il est nécessaire que l’argent soit trouvé ailleurs. Ailleurs et autrement. Une des manières d’y parvenir est de mettre entre les mains de l’État tout ce qui lui échappait auparavant. Mais surtout, comme évoqué précédemment, l’idées est également de fusionner les lignes de comptes qui étaient auparavant séparées, ce qui permet désormais aux dirigeants de pouvoir ventiler comme bon leur semble les deniers récoltés par l’impôt, et donc d’assécher les aides sociales, tandis que d’autres secteurs peuvent être noyés sous les finances.

    Cette fusion est non seulement particulièrement vicieuse en ce qui concerne les particuliers, elle l’est également pour les communes. La suppression de la taxe d’habitation, haïe par la population, prive les communes et les collectivités locales de leur principale rentrée d’argent. Le remplacement par un fond géré et ventilé par l’Etat signifie la mise sous tutelle de celles-ci. Cela aura pour conséquences l’assèchement des communes menant des politiques contradictoires avec les lignes défendues au sein de l’Etat, mais également l’accroissement du phénomène de métropolisation. L’ex-maire de Lyon et actuel ministre de l’intérieur s’est ainsi fait remarquer pour ses manœuvres dans le but de siphonner le budget des métropoles de la région Rhône-Alpes-Auvergne dans le but d’alimenter Lyon et son réseau de clientèle.

    Dans le document suivant, l’idée retrouvée est donc une rationalisation avec comme fin des économies dans la gestion de la collecte d’impôt, mais également un pouvoir discrétionnaire de la part de l’Etat sur celui-ci.

    « L’objectif est de simplifier drastiquement le système de recouvrement, en réduisant le nombre de dispositifs et de structures qui en ont la charge. En vision cible, les acteurs économiques mettraient sur une plateforme les données économiques et sociales et ces données seraient utilisées pour le recouvrement par un système unique, fortement automatisé et orienté vers l’usager. Cela aurait pour effet de faire évoluer les missions de l’État vers le contrôle, le conseil et l’accompagnement. »

    Une grande partie de la population, y compris ceux qui bénéficient d’aides, détestent les impôts, présentés comme un « racket ». Plus les systèmes sont automatisés, plus la destination de l’impôt paraît abstraite, absurde, injuste. Cela permet de justifier toutes les politiques qui prétendent liquider ce fardeau, mais qui, in fine, ne servent qu’a alléger celui de la grande-bourgeoisie et à réduire les salaires indirects des prolétaires.

    Le sens de « simplifier le droit fiscal et social pour améliorer l’efficacité et la lisibilité de notre système de prélèvements obligatoires et renforcer notre attractivité. Cela implique de réduire les niches et de supprimer les petites taxes, complexes à collecter et au rendement faible » est celui-ci, celui de supprimer ces « petits tracas » qui concernent certains bourgeois, certaines bourgeoises, et qui leur coûte une partie de leurs profits. Le rêve ? Un impôt comme celui préconisé par Vauban, en plein ancien régime, qui serait unique et uniforme, sans tranches fiscales en fonction du revenu.

    « La mise en œuvre de ces réformes conduira à réduire le nombre de taxes, ce qui sera mesurable en observant le nombre supprimé chaque année. Une telle réforme devrait permettre d’améliorer de manière très significative l’efficience du recouvrement de l’impôt. Les travaux conduits par le Comité permettent d’estimer l’économie à 1 Md€ d’ici 2022. »

    Un milliard d’euros d’économie sur le fonctionnement des caisses de recouvrement, tout en réduisant la charge pesant sur la bourgeoisie. Que demander de mieux ?

    Faire la chasse aux à-côtés.

    Le rapport Cap 2022 émet une idée audacieuse : supprimer la monnaie matérielle. Prenant exemple sur certains Etats, notamment scandinaves, où les paiements dématérialisés représentent 90% des transactions, les rédacteurs du document s’interrogent sur la pertinence d’initier une suppression progressive de la monnaie physique.

    Pourquoi proposer cela ? Les raisons sont multiples. Officiellement, il s’agit de « faciliter la vie des français » ce qui, au vu des propositions précédentes, est d’un ridicule achevé. Il s’agit également de posséder un contrôle et une possibilité d’examen sur l’ensemble des transactions qui sont réalisées en France.

    « on estime aujourd’hui que la fraude à la TVA représente en France environ 10 Md€, une partie correspondant à des revenus non déclarés. De même, le travail non déclaré représente un manque à gagner important pour les administrations fiscales et sociales. En 2016, 555 M€ ont été redressés par les Unions de recouvrement des cotisations de sécurités sociale et d’allocations familiales (URSSAF). Enfin et plus généralement, la circulation d’espèces favorise par ailleurs le blanchiment d’argent. »

    « En supprimant progressivement la circulation d’espèces, on simplifiera les paiements, correspondant aux modes de vie déjà préconisés par les Français, tout en permettant une lutte plus efficace contre la fraude et le grand banditisme . »

    De fait, une part de vrai existe. L’Etat n’aime pas la fraude à la TVA, ni celle à l’URSSAF. La suppression d’une partie des moyens de blanchiment d’argent peut compliquer la tâche des activités illégales ou para-légales. Cependant, cela signifie également le fait de devoir déclarer chaque transaction qui pourrait être interprétée comme un revenu, y compris le bénéfice de la revente d’une lampe sur « Le Bon Coin ». Une manière de s’assurer que l’injuste impôt qu’est la TVA s’applique partout.

    Mais il s’agit surtout d’un magnifique cadeau aux banques, qui deviennent des intermédiaires incontournables et dans lesquels l’intégralité des dépôts sont stockés. Certes le temps du bas de laine et de l’argent caché sous le matelas est révolu, mais en théorie un compte bancaire n’est pas une obligation légale. Elle le deviendra de facto, y compris pour qu’un bambin puisse avoir de l’argent de poche. Heureusement, les rédacteurs ont l’intelligence de mentionner les publics les « plus fragiles .»

    « supprimer les espèces, les chèques et les timbres pour les paiements fiscaux et sociaux d’ici deux ans. Afin d’accompagner en particulier les publics les plus fragiles, des solutions intermédiaires pourraient être envisagées (par exemple utilisation d’une carte sans contact) ; »

    Une personne en surendettement ou en interdit bancaire signe-t-elle son arrêt de mort économique ? Difficile à dire. En revanche, un frémissement d’excitation se ressent quant à l’idée de pouvoir liquider un partie de l’administration tout comme de pouvoir intégrer la totalité des transferts d’argent dans le calcul du PIB, permettant de gonfler son calcul et, ainsi de permettre aux dirigeants politiques de se pavaner en prétendant avoir crée de la richesse, alors que celle-ci est restée strictement la même.

    « Le Comité est convaincu que cette réforme est source d’économies importantes mais n’a pas été en mesure de les chiffrer. Par ailleurs, elle devrait permettre de lutter contre la fraude fiscale et donc d’accroître la rentrée d’impôts. »

    Une nouvelle fois, le comité pour CAP 2022 met en avant un objectif primordiale : réduire les dépenses de l’Etat, y compris -voir surtout- dans le domaine social. Deuxième objectif : être le plus rapace possible quant au fait de taxer les populations les plus fragiles, tandis que la grande-bourgeoisie échappe, comme durant l’Ancien Régime, à l’impôt.

    Une dernière partie reste à aborder, celle de la cure d’amaigrissement préconisée dans l’administration, pour « réduire les dépenses inutiles .»

  • Appel à la solidarité pour Alassa Mfouapon

    Appel à la solidarité pour Alassa Mfouapon

    Appel–Ellwangen

    Après une expulsion brutale pour des raison politiques : Alassa Mfouapon doit être ramené immédiatement et recevoir l’asile politique en Allemagne !

    Alassa Mfouapon fut persécuté pour des raison religieuses au Cameroun, un pays ébranlé par la guerre civile, et prit la fuite avec sa femme et son enfant en 2014. En Libye, il fut séparé des deux et lui, il fut maltraité dans une des prisons mal famées libyennes. Après une tentative d’évasion ensemble avec d’autres, on l’arrête de nouveau, lui casse la jambe. Sa femme devient victime de violence sexiste, s’enfuit sur la Méditerranée. Leur enfant de deux ans se noie devant ses yeux. Depuis ce moment-là, elle est gravement malade et traumatisée. Alassa s’enfuit d’abord en Italie, vient en Allemagne en 2017, vit avec des centaines d’autres dans le bureau d’admission initiale du Land (BAI) à Ellwangen. Partout pendant sa fuite, en Libye, Italie ou Allemagne il devient tout de suite une personne de confiance, porte-parole, ami et organisateur parmi les réfugiés – leur « leader ».

    Le 30 avril 2018, la police veut expulser un camarade du Togo du BAI. Beaucoup se trouvent côte à côte avec lui de manière solidaire et non-violente et protestent. La police se retire alors et l’expulsion n’a d’abord pas lieu. Mais jusqu’à ce jour, cette solidarité élémentaire est diffamée comme un acte de violence dans tous les médias, prétendument « un espace de non-droit » y menacerait. Dans la nuit du 3 mai, une intervention martiale a lieu dans le BAI par des centaines de policiers, accompagnés de chiens – des portes sont défoncées, des réfugiés blessés et humiliés. Le réfugié du Togo est arrêté, puis expulsé. Est-ce que c’est cela qu’un ministre-président vert comprend par « imposer la loi et l’ordre » contre « des espaces de non-droit » ?

    Alassa Mfouapon s’y oppose en public avec beaucoup d’autres, on le cite dans les médias. Le 9 mai, il organise avec d’autres une conférence de presse et une manifestation et la déclare auprès des autorités : « Beaucoup parlent de nous, maintenant c’est nous qui parlons : Nous sommes des réfugiés, pas des criminels ! Stoppez les expulsions ! » Alassa se trouve au centre des reportages publics, devient le symbole de la protestation contre le racisme et les lois plus strictes sur l’asile, parle à l’occasion de manifestations et de congrès à l’échelle nationale. Ensuite la « facture » ! Le 20 juin, cyniquement lors de la journée mondiale des réfugiés des Nations Unies, très tôt le matin, Alassa est emmené du BAI en chaînes comme un grand criminel par des dispositifs massifs de policiers et expulsé sur le champ en Italie – une expulsion indigne d’un être humain et pour des raisons politiques ! Une autorisation de retour de la part du gouvernement italien – condition pour des expulsions selon Dublin III – n’existe pas. Selon la situation juridique actuelle, l’expulsion est alors inadmissible. Pour l’agence dpa, c’était une « expulsion tranquille ». Mais afin de le criminaliser, on lui reproche de la résistance. Un mensonge pur et simple ! Avec le Masterplan [plan directeur] du ministre de l’Intérieur, Seehofer, le gouvernement fédéral aggrave en même temps l’intervention de plus en plus brutale contre les demandeurs d’asile et les réfugiés. Le gouvernement de l’Italie glisse de jour en jour davantage vers la droite, renvoie des réfugiés sauvés de la Méditerranée, criminalise ceux qui sauvent les réfugiés de la noyade et devient le précurseur à l’échelle de l’UE, d’une législation fascisante à l’égard des réfugiés. Alassa – un pour tous ! Maintenant il a besoin de notre solidarité ! C’est un défi au public démocratique, aux ouvriers et ouvrières dans les usines et les syndicats !

     

    Avec ma signature, je soutiens cet appel avec les demandes et revendications suivantes comme l’un(e) des premiers/premières signataires : Ramener immédiatement Alassa Mfouapon en Allemagne !

     

    Asile pour des combattants comme lui – contre le racisme et pour la démocratie et la liberté ! Mettre un terme aux expulsions ! Les réfugiés ne sont pas des êtres humains de deuxième ou troisième classe !

    Non à la forteresse Europe ! Solidarité au lieu du plan directeur de Seehofer !

    Contact: A. Gruber, freundeskreis-alassa@gmx.de

  • Communiqué de Yeni Kadin sur le 700 ème rassemblement des « mères du samedi »

    Communiqué de Yeni Kadin sur le 700 ème rassemblement des « mères du samedi »

    Depuis 700 semaines les “mères du samedi” et nombre de personnes s’interrogent sur le sort de ceux qui ont disparu en en garde à vue.

    La politique de disparition en garde à vue, visant à créer une société réduite au silence en instillant la peur la plus féroce, a été largement pratiquée en tant que politique d’État par l’Etat Turc après le coup de la junte fasciste militaire du 12 Septembre 1980. Pendant de nombreuses années, des centaines de personnes ont disparu pendant ces gardes à vue.

    La lutte pour la justice et la vérité pour le peuple et l’organisation des “Mères du Samedi” entreront le 25 août 2018 dans leur 700e semaine de leur existence. La terreur d’État a condamné ces personnes à vivre dans les limbes, entre l’existence et la non-existence, la mort et la vie.

    Aujourd’hui c’est samedi … La lutte commence …


    Les proches des défunts, des disparus et les défenseurs des droits de l’homme qui les soutiennent exigent :

    • Que soit révélé le sort des personnes “disparues”, en garde à vue,
      • Que la justice mette fin à l’impunité, qu’elle fasse la lumière sur les crimes contre l’humanité et qu’elle condamne leurs auteurs! 
      • La fin de la politique de disparitions en garde à vue,
    • L’application du décret préparé par les Nations Unies. La Turquie doit mettre fin à son mépris prolongé et signer la Convention internationale des Nations Unies pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées ! 

    Le 27 mai 1995 ce mouvement a débuté devant le lycée de Galatasaray, ses participants ont commencé leur quête de justice par un sit-in silencieux. Cette place est toujours habitée par les ombres des morts comme par l’espoir de la survie. Elle est devenue le lieu de mémoire de la lutte et de la volonté de justice. Devant ce lycée, avec persévérance et conviction, chaque samedi depuis 28 ans, malgré la neige ; la pluie ; le froid ; la chaleur ; les cordons de police et leurs matraques ; malgré qu’ils soient traînés par les cheveux dans la boue ; détenus à plusieurs reprises ; les proches ne cèdent pas. Malgré leur âge, malgré le temps, toujours avec un oeillet dans la main et dans l’autre les photos des visages juvéniles des disparus. Ce 25 août, ils seront là pour la 700 ème fois.

    La lutte continue avec les enfants et les petits-enfants;

    La résistance courageuse de quatre générations commence à être connue du monde entier, malgré la pression des gouvernements successifs. Le temps écoulé fait comprendre que les disparus ne reviendront pas, mais les familles réclament leurs dépouilles mortelles, pour faire leur deuil, pour qu’ils aient une sépulture décente, pour qu’ils puissent se recueillir. “Si toutes les mères se réunissaient, aucune ne pleurerait et personne ne mourrait.” Berfo ana, Kiraz ana, Guzel ana et toutes les autres mères qui nous ont quitté resteront un symbole. Le drapeau de leur lutte continuera de flotter.

    cette résistance honorable a commencé à être en mesure d’annoncer au monde entier, toute la pression, en dépit de quatre générations en cours; Le temps écoulé fait comprendre que les morts ne reviendront pas mais les familles ont besoin des ossements de leurs proches pour en faire le deuil, et qu’un lieu personnel leur permette de se recueillir. « Si toutes les mères se réunissaient aucune mère ne pleurerait et personne ne mourrait » Berfo ana, Kiraz ana, Guzel ana, et toutes les autres mères, qui nous ont quittées restent un symbole et le drapeau de la lutte qu’elles portaient continuera de flotter.

    S’habituer à l’injustice est aussi affreux que de produire une injustice. Haussez la voix !

    Nous avons été assassiné parce que nous sommes des Kurdes, parfois des Alévis, parfois des Arméniens, parfois des Laz, parfois des Circassiens. Mais nous sommes massacrés et assassinés avant tout parce que nous refusons d’être des personnes soumises, obéissantes, silencieuses, parce que nous sommes des opposants. Nous ne devons pas oublier. S’habituer à l’injustice est aussi affreux que de produire une injustice. Aujourd’hui l’Etat fasciste turc ne connaît pas de limites dans la répression qu’il inflige à la population.  Les actions des “Mères du Samedi” sont un élément très important dans le rejet de ces politiques, lesquelles visent à imposer une société uniforme, obéissante et soumise.

    En tant que nouvelles femmes, nous continuerons à être leur voix en Europe durant la 700ème semaine de cette résistance honorable. Nous invitons tous ceux et celles qui vivent et luttent pour une vie digne et humaine, en particulier les femmes, à participer aux manifestations dans toutes  les régions d’Europe, le samedi 25 Août.

    La colère  des Mères noiera les tueurs!

  • « Que venez-vous faire, camarades ? »

    « Que venez-vous faire, camarades ? »

    « Que venez-vous faire Camarades
    Que venez-vous faire ici
    Ce fut à cinq heures dans Prague
    Que le mois d’août s’obscurcit 
    »

    Il y a 50 ans, l’armée soviétique intervenait dans Prague. Les chars marqués de l’étoile rouge défilaient dans la capitale devant un monde médusé. Certains, en cette date, veulent en faire une victoire de la révolution. Nous ne partageons pas ce point de vue. L’écrasement du printemps de Prague est, à nos yeux, à condamner sans réserve. Cependant cela signifie-t-il embrasser la prétendue thèse du socialisme à visage humain de Dubcek et en faire un héros ? Les choses ne sont pas si simple.

    Retour en arrière.

    A la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Tchécoslovaquie est libérée par l’Armée Rouge. Après avoir été coupée en deux par l’occupant, dont une partie directement administrée par les pires bourreaux du Reich, elle est réunifiée sous un gouvernement unique. Sa situation est unique à plus d’un titre en Europe Orientale.

    D’une part il s’agit d’un Etat qui, pour sa partie occidentale, est très industrialisé. En 1938, il s’agissait de la première économie d’Europe centrale et orientale. Les usines Skoda et la firme d’aviation Avia sont ainsi particulièrement réputées. Contrairement à d’autres Etats de la région, il existe une importante classe ouvrière, laquelle prend par à la résistance populaire contre l’envahisseur et accueille favorablement l’Armée Rouge.

    Après la guerre, un Front National se met en place, dans lequel le Parti Communiste Tchécoslovaque est présent. Il existe une pluralité politique, qui explique notamment que la Tchécoslovaquie, contrairement à l’URSS, soutienne Israël dans la première guerre israélo-arabe, forçant par ailleurs l’embargo.

    Les années d’après-guerre sont des années de lutte sociale d’importance, dans lesquels le PCT joue un rôle moteur et gagne en influence. En 1946, il fait 38% aux élections, et détient le poste de premier ministre, celui du ministère de l’intérieur et celui de la défense. L’annonce du plan Marshall cristallise les tensions, mais les Tchécoslovaques le vivent avant tout comme une provocation, étant donné qu’il vise notamment à restaurer le potentiel économique et militaire Allemand. L’annonce de l’Alliance Atlantique, en janvier 1948 provoque des remous, étant vue comme une absolution des crimes militaires de l’Allemagne Nazie. Une très grande partie de la classe ouvrière et même des éléments conservateurs applaudissent la position de l’URSS et des PC des différents Etats sur la question des prêts américains.

    La prévalence du Parti Communiste aiguise l’opposition. Celle-ci se met hors jeu par elle-même, menaçant de démissionner ou boycottant les réunions du Front National. Peu à peu, les partis conservateurs et agrariens s’isolent, de même que la droite du Parti-Social Démocrate. Leur tentative de déstabilisation par la désertion échoue cependant.

    Une tentative de coup orchestrée par les partisans de l’atlantisme est éventée, déclenchant une riposte par les milices ouvrières. Les conspirateurs sont arrêtés tandis que des mobilisations populaires portent aux nues le nouveau gouvernement social-démocrate – communiste, dirigée par Klement Gottwald.

    La République Populaire de Tchécoslovaquie est proclamée le 9 mai 1948.

    Au moment des troubles qui suivent la mort de Staline, Klement Gottwald décède dans des circonstances plus que suspectes, de même que d’autres personnalités défendant la ligne de Staline. Son remplaçant, Antonin Novotny suit pieusement les décisions soviétiques.

    En 1960, la République Populaire devient la République Socialiste.

    En 1966, à l’imitation de la réforme de 1964 en URSS, le PCT, dirigé par Antonin Novotny, proclame une réforme dans le fonctionnement économique et politique de la République Socialiste de Tchécoslovaquie. Derrière la prétention que le socialisme est achevé et que la lutte des classes a été menée à son terme, les dirigeants révisionnistes du PCUS initient, en réalité, le retour à un fonctionnement économique libéral, basé sur la concurrence, sur la rentabilité, sur le taux de profit et sur la loi du marché.

    Cette réforme joue un rôle particulièrement important dans le déclenchement du printemps de Prague, dans le sens où elle met fin à une politique de réduction des contradictions sociales et économiques au sein de la société, met fin au fonctionnement de l’économie planifiée. Elle introduit la notion de rentabilité et de responsabilité des directeurs d’entreprise. Quelque part, elle est une forme d’imitation du fonctionnement économique de la Yougoslavie titiste, avec son « autogestion » économique qui a signifié constamment baisse des salaires et concurrence entre usines.

    Cette réforme s’inscrit également dans une grogne générale provoquée par l’adoption, au cours de la 15 ème session du Conseil du COMECON -Le Conseil pour l’Assistance Mutuelle – des principes de base de la « division internationale socialiste du travail ». Cette division satellisait économiquement les démocraties populaires et les figeaient sur un secteur d’activité, au bénéfice de l’URSS, laquelle a été alors caractérisée par Enver Hoxha et Mao Zedong comme étant sociale-impérialiste.

    Ces deux éléments ont eu un impact important sur la population des démocraties populaires. Dans les faits, pour la première fois depuis la libération du pays par les troupes soviétiques, le niveau de vie diminue. Tout comme à Berlin en juin 1953, ce sont les baisses des salaires qui sont le fondement de la révolte.

    Novotny, élève modèle pour les révisionnistes de Moscou, est donc la cible de la vindicte populaire. Léonid Brejnev, intervenant directement dans les affaires intérieures de la Tchécoslovaquie, ordonna donc son remplacement par Alexander Dubcek. Celui-ci était le représentant d’une ligne encore davantage droitière au sein du PCT. Mais, pour l’application de sa ligne, présentée comme du « socialisme à visage humain » -soit le rétablissement d’un fonctionnement ouvertement capitaliste au sein de la Tchécoslovaquie- il se devait d’échapper à l’orbite moscovite. Tel était l’intérêt des classes privilégiées de son État.

    L’insoumission de Dubcek lui valu une inamicale pression de la part du grand-frère, notamment par le fait que les troupes soviétiques manœuvraient en Tchécoslovaquie depuis juin. Les négociations sur les transformations à l’œuvre ont cours en août. Le 3, les dirigeants de la RDA, de la Pologne, de l’URSS, de la Hongrie, de la Bulgarie et de la Tchécoslovaquie signent une déclaration commune qui autorise l’intervention armée de l’URSS si jamais un système bourgeois s’y établirait. A la suite de cette déclaration, l’URSS replie ses troupes hors des frontières du pays tout en les laissant à proximité.

    L’intervention en tant que tel est le fruit d’un cafouillage. Un coup de force fait par les membres pro-moscovites du Parti devait être opéré. Seulement, la manœuvre de l’appareil fit long feu. L’intervention militaire, sous prétexte d’un appel non signé à l’aide, commença dans la nuit du 20 août. Les forces engagées étaient immenses, supérieures à celles que l’Allemagne nazie avait lancées sur l’URSS en 1941. La résistance fut faible, mais entre 72 et 90 morts furent à déplorer.

    Les dirigeants tchécoslovaques furent, dans leur grande majorité, arrêtés et emmenés à Moscou. Des manifestations eurent lieu pendant une semaine à Prague, avant que les choses ne se tassent. Le protocole de Moscou, qui assujettissait la Tchécoslovaquie… Libérée, la clique de Dubcek signe un protocole de soumission à Moscou, entérinant le statut de colonie de son Etat.

    L’invasion de la Tchécoslovaquie fut un aveu à plusieurs degré. Un aveu sur la nature des relations entre l’URSS et ses Etats frères, traités en satellites. Elle était également un aveu de faillite sur le fonctionnement de la nouvelle voie économique choisie par la direction du PCUS depuis le XIXe congrès, actée par le XXème. Elle illustrait une aggravation de la lutte des classes au sein des démocraties populaires.

    L’intervention fut condamnée par la Chine, en conflit avec l’URSS depuis plusieurs années, mais également par l’Albanie, qui se retira du Pacte de Varsovie. Cette décision était particulièrement courageuse, étant donné la situation géographique de l’Albanie, a portée d’un coup de force de la part de Moscou.

    L’Albanie et la Chine ont porté par ailleurs un regard particulièrement lucide sur la nature de l’opération menée par Moscou en Tchécoslovaquie, analyse à laquelle nous souscrivons pleinement.

    Dans les faits, ce que révèle cette opération et la manière dont ont réagi les dirigeants de la Tchécoslovaquie est illustratif de l’évolution de la nature politique de l’Union Soviétique, mais également de tout le camp autour d’elle au cours de cette période.

    D’une part, l’URSS ne reproche pas l’évolution de la doctrine économique de la Tchécoslovaquie. Elle ne lui reproche même pas son évolution politique, y compris la réhabilitation de dirigeants condamnés au cours des procès de l’après-guerre. Les dirigeants bourgeois d’avant-guerre sont encensés, tandis que l’opprobre est jetée sur la direction de Gottwald, sur la « terreur stalinienne » et sur le « Komintern ». Même la politique de Novotny est critiquée par la droite, tandis que les noms des réactionnaires fleurissent de nouveau.

    La direction de Novotny a détaché les masses populaires de la volonté de construire le socialisme et a préparé les esprits au passage au libéralisme, tandis que les sentiments bourgeois et chauvins se développaient.

    Mais cela n’était toujours pas une contradiction antagonique avec Moscou. Ce qui a provoqué le casus belli était uniquement la volonté de ne plus se soumettre aux ordres de Moscou et à son injuste système de division internationale « socialiste » du travail. Ce qui a provoqué le casus belli n’est autre que le fait que la bourgeoisie tchécoslovaque veuille tenter l’aventure en solo, en position intermédiaire entre est et ouest, en électron libre restaurant un capitalisme national. En cela, ils se sont appuyé sur ceux et celles qui appelaient à une liberté métaphysique, mais qui avaient audience auprès des masses populaires, déçues de la politique de compradore de Novotny.

    Hoxha, peu avant la crise, écrivait : « La réaction tchécoslovaque, la bourgeoisie tchécoslovaque, partie intégrante de la réaction mondiale et de la bourgeoisie ultra-réactionnaire européenne et liée à elle par de multiples attaches, se rend parfaitement , compte de ce qu’est la dictature du prolétariat. Elle a lutté elle-même par les armes et en engageant des légions entières contre le pouvoir soviétique instauré par Lénine en Union soviétique. Maintenant, elle ne se borne pas à prôner cette lutte contre la dictature du prolétariat, elle la livre avec esprit de suite. Elle utilise comme toile de fond la fumée et la boue que les khrouchtchéviens ont jetées sur la dictature du prolétariat et son œuvre glorieuse en Union soviétique ; elle dépeint la juste et ferme lutte que le Parti bolchevik, Staline en tête, et le pouvoir soviétique ont menée d’une manière exemplaire contre les gardes blancs, les trotskistes, les déviationnistes traîtres au parti, au socialisme et au marxisme-léninisme, comme un épouvantail pour en éloigner les gens et prendre sa revanche »

    Pourtant ces contradictions n’étaient pas suffisamment aigües pour que Dubcek donne l’ordre de résister -alors qu’une partie des officiers subalternes étaient partisans de la résistance- ni distribuer d’armes aux masses populaires. In fine le conflit s’est réglé dans un entre-soi de révisionnistes, tandis que les seuls a verser leur sang étaient des membres des masses populaires. Enver Hoxha l’a démontré dans ses articles écrits à l’époque :

    « Lorsque les occupants révisionnistes soviétiques ont entrepris cette action, ils pensaient que la direction tchécoslovaque s’agenouillerait devant eux. Cette direction révisionniste a en fait capitulé, laissant ses frontières ouvertes et ne donnant pas l’ordre de les défendre, puis elle a capitulé une deuxième fois à Moscou et s’est mise au service des occupants. Les Soviétiques s’évertueront à trouver des hommes sûrs qui leur soient absolument soumis pour former pour le moins un gouvernement quisling relativement stable. »

    Chose que les soviétiques ont fait un an après, profitant de la leucémie contractée « à Moscou » par Dubcek.

    Mais dans l’intervalle, les soviétiques ont usé de la conviction par le blindé. Méthode que Khroutchev n’a pas hésité à utiliser, en 1957, contre le Comité Central du PCUS, pour arracher de force le pouvoir, avec l’aide de l’armée et de Joukov, et chasser Molotov, Kaganovitch, Malenkov, Chelipov et Boulganine. Revisitant la diplomatie de la canonnière, Khrouchtchev a jeté les bases de la diplomatie Brejnevienne avec ses pays frères. Encerclé, occupé, le pays doit signer un traité.

    « Ce «traité» est un exemple scandaleux du cynisme et de l’infamie des révisionnistes soviétiques, un nouveau témoignage de leur politique agressive et impérialiste. Dès le début, dès le premier article se découvre dans ce document l’essence même de la «diplomatie des chars», car il fait état de l’«accord» entre l’agresseur et sa victime, «accord» qui a été conclu une fois le fait accompli, c’est-à-dire après l’occupation militaire complète, sous la menace des canons et des blindés. »

    « Le diktat, préparé à Moscou et signé à Prague, loin d’apporter une solution à la crise qui tenaille la clique révisionniste soviétique et le front révisionniste en Tchécoslovaquie et ailleurs, ne fait qu’aggraver encore la situation politique, économique et sociale déjà assez difficile en Union soviétique et les rapports entre les divers pays et cliques révisionnistes. »

    Et de fait, après le printemps de Prague, l’URSS, encore auréolée de sa victoire contre le fascisme et de sa participation au camp de la résistance contre l’agression impérialiste au Vietnam, a senti son soutien populaire pâlir. Même dans son propre camp, les voix se sont élevées. La Roumanie a refusé de participer à l’opération. Le PCF et le PCI ont condamné l’occupation. En somme, des fissures se sont formées. Pendant un temps, le PCUS a été isolé.

    Le Pacte de Varsovie lui-même a été sous le feu des critiques. Hoxha écrivit : 

    « Les récents événements de Tchécoslovaquie confirment ce que nous avions depuis longtemps prévu, à savoir que le Pacte de Varsovie n’a plus le caractère qui a présidé à sa création. A l’exception de la Roumanie, tous les pays qui en sont membres et où sont au pouvoir les cliques révisionnistes, ont attaqué la Tchécoslovaquie lâchement et à la manière fasciste, ils ont utilisé ce pacte comme un moyen d’oppression et d’asservissement contre un pays qui en est signataire. »

    De fait, tout comme le mur de Berlin, l’intervention en Tchécoslovaquie a été comprise comme un aveu de faiblesse pas l’occident, qui n’a eu de cesse de l’exploiter en usant du prétexte de «défense des droits de l’homme ». Elle n’a pas raffermi la position de l’URSS, mais a illustré le fait que la ligne économique et politique choisie depuis le XX ème congrès du PCUS entraînait par elle même la déliquescence du camp socialiste.

    Aujourd’hui encore, les anticommunistes usent de cette arme contre le mouvement communiste. L’Humanité, sans vergogne, en parle ainsi en ces termes : « Un choc à la dimension de l’espoir qu’avait éveillé le printemps de Prague, ce nouveau cours emprunté depuis le début de l’année par le Parti communiste tchécoslovaque (PCT) pour insuffler la démocratie dans la vie politique et sociale, après des années d’arbitraire. Ce projet de « socialisme à visage humain », en rupture avec l’héritage stalinien, était largement soutenu par la population. Il ne modifiait pas la position stratégique du pays, qui demeurait membre du pacte de Varsovie, alliance militaire des États socialistes, et du Comecon, organe d’intégration économique de l’URSS et de ses alliés. » Sans la moindre vergogne pour l’histoire et pour la position des « staliniens » qui ont, dans leur intégralité, condamné l’opération, ces porte-plumes du capitalisme « à visage humain » tentent de tout mélanger en un brouet infâme pour tout condamner d’un bloc : La ligne révolutionnaire et la ligne révisionniste.

    50 ans après nous condamnons toujours cette intervention militaire orchestrée sous couvert de solidarité, mais conçue pour défendre l’impérialisme. Pour autant nous ne nous associons pas aux larmes de crocodiles des bourreaux d’ailleurs, qui pleurent hypocritement. Nous défendons l’héritage de la construction du socialisme, de la lutte contre le révisionnisme, nous défendons le fait que la dictature du prolétariat demeure, malgré les difficultés auxquelles elle s’est heurtée, la seule voie permettant de remettre réellement le pouvoir entre les mains des masses populaires.

  • Cap Catastrophe 2022 : Pôle Emploi et le logement.

    Cap Catastrophe 2022 : Pôle Emploi et le logement.

    Cap Catastrophe 2022 : Pôle Emploi et le logement.

    Partie 7

    Plusieurs propositions suivantes s’intéressent à des questions variées, comme celles des aides sociales et du logement. Elles s’axent toutes cependant autour du même tronc commun : celui de l’économie et de la rationalisation. On ne peut d’ailleurs comprendre le fait que cette partie soit aussi éclectique sans saisir que son but est de racler jusqu’à l’os les dépenses. Fluidifier le logement, c’est rogner les APL, résoudre le problème du chômage, c’est radier des postes à Pôle Emploi… en somme tout est fait pour réduire la sphère d’influence de l’Etat et augmenter celle du marché privé.

    Dans la première partie, les constants sur l’activité de Pole Emploi laissent sous-entendre un bilan quelque peu mitigé. Ainsi, la proposition commence par ce doux euphémisme :

    « Par ailleurs, le bilan de la création de Pôle Emploi est contrasté. » Or, Pôle Emploi est défini et conçu pour réaliser deux objectifs : le premier est de fluidifier autant que possible la relation entre le chômeur et les besoins immédiats des capitalistes en termes de main-d’œuvre. Le second est de faire en sorte que l’armée de réserve de la classe ouvrière soit la moins coûteuse possible, donc de radier avec célérité et efficacité.

    De ce point de vue là, le bilan qu’il est possible de tirer de l’activité de Pôle Emploi est nettement plus favorable : Cela marche. Pas encore assez cependant aux yeux de la grande bourgeoisie. Il faut donc accentuer ces traits :

    « Les pistes proposées répondent à deux objectifs majeurs : renforcer la responsabilisation des demandeurs dans la construction de leur projet d’évolution professionnelle et rendre Pôle emploi plus flexible, plus adaptable aux variations du chômage. »

    Que signifie responsabiliser dans ce cadre là ? Cela signifie tout simplement mettre le couteau sous la gorge du chômeur ou de la chômeuse, et lui intimer l’ordre d’accepter le moindre travail, y compris le plus éloigné de ses goût ou de ses qualifications. Cela revient également au fait d’individualiser les situation le plus possible, pour ne plus faire un droit du chômage, en suivant les propos de Macron lors de son discours de Versailles, mais bien clamer qu’ « il n’y a plus un droit au chômage, au sens où l’entendait classiquement, il y a l’accès à un droit qu’offre la société mais sur lequel on ne s’est pas garanti à titre individuel, puisque tous les contribuables l’ont payé. »

    Voila ce que signifie la responsabilisation.

    Pas seulement.

    Le chômage est-il un marché ? Oui, répondent en chœur les rapaces. Un marché colossal. La flexibilité exigée permet de proposer une série d’offres de formation, lesquelles peuvent rapporter gros. Voilà ce que préconise donc le rapport :

    « répondre à la demande d’autonomie des demandeurs d’emploi dans la construction de leurs projets d’évolution professionnelle. »

    Une nouvelle fois, la défaillance dont peut faire preuve Pôle Emploi est utilisée d’une manière opportuniste pour justifier l’immixtion du privé dans les affaires publiques. En l’occurrence cela permet de réaliser le vœux de certains capitalistes.

    « ouvrir largement le marché de l’accompagnement de la recherche d’emploi et du conseil en orientation professionnelle. Une régulation de ce secteur devrait toutefois être assuré par une autorité indépendante ou par le ministère du travail. »

    La solution pour régler le problème de l’encadrement défaillant est donc de liquider une partie de celui-ci et de le cantonner à un rôle de contrôle vague.

    Donc, les rapporteurs ont pour ambition de

    « concentrer les effectifs de Pôle Emploi sur les missions régaliennes (indemnisation et contrôle) et sur les missions d’accompagnement des demandeurs d’emplois les moins autonomes, pour lesquelles sa valeur ajoutée est la plus forte. »

    Par extension, cela signifie que la solution du chômage, selon les génies derrières ce texte, est de licencier et de précariser, y compris les personnes travaillant dans cette agence.

    « redimensionner Pôle Emploi afin que ses effectifs varient en fonction du cycle économique et encourager le développement d’un secteur associatif et privé. »

    Grossièrement, les individus travaillant à Pôle Emploi seront des habitués du passage d’un côté à l’autre du guichet en fonction de l’activité économique. Cependant, l’optimisme ne manque pas quant à l’avenir de la situation économique. Le rapport préconise donc de

    « limiter les recrutements en prévision de la baisse attendue du taux de chômage et renégocier la convention collective de Pôle Emploi, afin de recourir plus fortement à des contrats à durée déterminée (pour faire face à des surcroîts temporaires d’activité) »

    Une baisse perpétuellement annoncée, invoquée, mais qui ne s’est guère transcrite dans la réalité. Pire encore si celle-ci venait ) se produire dans le contexte actuel, elle ne pourrait être le produit que de deux facteurs principaux : Le premier serait celui d’une hausse considérable des radiations de chômeurs et de chômeuses, permettant de réduire artificiellement le nombre de chômeurs.

    La seconde possibilité n’est pas contradictoire avec la précédente. Elle se nourrit de l’impact de l’armada de lois que les gouvernements précédents ont pu mettre en place, tant sur la question de l’organisation du travail que du salaire. D’une part les l’ANI ; la Loi El-Khomri -que le PS prétend désormais combattre- et les « lois Macron » ou Penicaud … de l’autre les lois sur la fiscalité. Les premières liquident les conventions collectives et la protection accordée par les contrats, l’autre s’attaque au salaire indirect, en le réduisant.

    L’un comme l’autre prennent prétexte du fait de réduire le chômage et de faciliter l’emploi en laissant les coudées franches aux patrons et aux patronnes. De fait, l’expérience démontre que dans certains cas, cela marche, le chômage baisse. Mais à quel prix ? Cela revient à passer d’une société où le chômage est important mais où le taux de pauvreté est faible à une où l’inverse devient la norme. Moins de chômage, mais l’apparition d’une catégorie de « travailleurs pauvres » d’autant plus massive que la baisse des salaires entraîne une baisse de la consommation, laquelle, à son tour, pousse les patrons à baisser les salaires pour baisser les prix.

    Mais la bourgeoisie n’en a cure, elle est une adepte du fait de scier la branche sur laquelle elle est assise.

    « Ainsi, compte-tenu des hypothèses de baisse du taux de chômage, il paraît utile de pouvoir ajuster les moyens consacrés et ainsi de pouvoir dégager des économies à hauteur de 350 M€ d’économies. »

    La question de l’accès aux prestations sociales et aux aides est traitées dans la partie 12 -nous reviendrons sur la 11 par la suite. Elle est empreinte d’une naïveté quelque peu désarmante, tant elle paraît contradictoire avec les discours actuels sur « l’assistanat » et sur la « responsabilisation ». Elle regrette que 30% des ayant-droits ne fasse pas les démarches pour avoir accès à leur dû et, ainsi, se retrouvent dans une précarité terrible.

    « Grâce à ces réformes de simplification et d’amélioration de l’accompagnement, le taux de non recours aux droits devrait baisser et les bénéficiaires de minima sociaux devraient accéder plus rapidement à un emploi. En outre, ces réformes permettent d’envisager une couverture de 100 % des salariés sur la prévoyance invalidité et incapacité de longue durée. »

    Un tel « humanisme », ne saurait être innocent. De fait, le but de la manœuvre n’est pas tant d’élargir l’accès aux aides, pas tant de les accroître, mais bien de les placer sous l’autorité de l’État dans leur intégralité. La partie préconise donc de fusionner toutes les aides en une seule.

    « Les réformes proposées ouvrent également la voie à la mise en place d’une allocation sociale unique. »

    Chose, qui permettrait de laisser les mains libres aux dirigeants politiques pour moduler les lignes de budget alloués aux plus précaires, aux plus pauvres, et de les réduire d’autant. Tout comme la Sécurité Sociale, tout comme les allocations chômages, le contrôle de l’État bourgeois sur les lignes de compte est surtout un moyen de fermer le robinet à aides sociales et de réduire, en liquidant les cotisations, le salaire indirect.

    « Le renforcement de l’efficacité des dispositifs et en particulier dans leur volet accompagnement vers l’emploi doit permettre de générer des économies de plusieurs milliards d’euros dont une partie significative permettra de financer la mise en place de l’allocation sociale unique ainsi que l’augmentation du taux de recours des publics les plus en difficulté. »

    La question du logement, la proposition 11, apparaît comme un ironique et vain réquisitoire contre la spéculation immobilière. Seulement, les coupables ne sont pas les spéculateurs, ne sont pas les rentiers, ne sont pas les propriétaires fonciers. Non, les responsables ce sont les aides sociales !

    « Dans ces zones, les propriétaires fonciers ou immobiliers peuvent augmenter le prix de vente de leurs terrains car la demande est abondante et solvabilisée par l’aide publique. Ainsi, d’un côté, ils captent l’aide publique qui se transforme pour eux en rente et de l’autre, ils créent de l’inflation. L’empilement des dispositifs, qu’ils visent à soutenir l’offre ou la demande, vient alors alimenter la hausse des prix immobiliers et fonciers qu’ils sont censés compenser. »

    Dans une tentative quelque peu pitoyable pour réinventer le fonctionnement de l’économie capitaliste, les rédacteurs et les rédactrices pensent avoir trouvé la quadrature de cercle : les aides sociales créent une inflation des loyers. Il y a là une incompréhension des principes même basiques de l’économie capitaliste, dont la recherche du profit maximal. Effectivement les aides sociales permettent de hausser les loyers, mais leur baisse se traduit surtout par un coup porté aux ménages les plus modestes, à celles et ceux qui ont des difficultés à boucler leurs fins de mois. Surtout, la solution face à la spéculation ne peut être trouvée dans le cadre du capitalisme. Mais nous n’imaginons pas les concepteurs de ces mesures se diriger vers cette voie.

    Or, souvenons-nous de Macron demandant pathétiquement aux logeurs de baisser leur loyer pour répondre à la réduction des APL. Les résultats ont été nuls, car nous ne sommes plus au Moyen-Age, où les transactions sont censées être faites au « juste prix ». Il s’agit de tirer le maximum d’argent des locataires.

    Les propositions autour de sujets comme l’étalement urbain et de sa limitation ne peuvent être transcrite dans la réalité sans une politique publique et un contrôle des plans d’urbanisme. Or, ce sont justement ces aspects qui sont touchés par les propositions.

    « Par ailleurs, une autre problématique importante porte sur la qualité des logements : dans des collectivités petites ou moyennes, il existe un fort enjeu de réhabilitation des logements anciens afin de permettre aux ménages de réinvestir ces logements de centre urbain et de limiter l’étalement urbain. »

    Clamer ceci est au mieux un vœu pieux.

    Tandis que ceci est nettement plus clair sur les intentions profondes des concepteurs du projet :

    «  Les mesures que nous préconisons doivent d’une part faire diminuer le coût de la politique publique du logement (elles permettent d’améliorer la situation des finances publiques d’environ 3 Mds€, dont 1,4 Md€ d’économies) et, d’autre part, de la rendre plus efficace, par la réduction du délai d’obtention d’un logement social pour les ménages éligibles et par l’augmentation du nombre de permis de construire délivrés dans les zones tendues. »

    En somme, réduire les aides sociales, fluidifier, libéraliser le marché…et compter sur le métaphysique « ruissellement » comme solution à tous les problèmes sociaux. Sauf que, dans la pratique, le « ruissellement » s’est systématiquement mué en captation des richesses par la bourgeoisie et, particulièrement, la grande bourgeoisie.

  • Cap Catastrophe 2022 – Le Supérieur en berne. Partie 6

    Cap Catastrophe 2022 – Le Supérieur en berne. Partie 6

    Cap Catastrophe 2022 – Le Supérieur en berne.

    Partie 6

    L’an 2000 a vu apparaître un mini baby-boom. Malgré le fait que 18 ans se soient écoulés depuis celui-ci, les différents gouvernements ont toujours agi en prenant un air stupéfait face à l’arrivée de cette génération dans le système scolaire. Mais cet air stupéfait et cet argument de l’impréparation sert surtout à faire passer des réformes prévues, elles, de longue date.

    Petit retour en arrière : Jusqu’en 2009, l’accès à l’université est garanti par la loi, et chaque potentiel étudiant dispose d’une place dans n’importe quelle filière de son choix. L’incertitude dans le nombre d’inscrit fait que les universités doivent pouvoir faire face à tout afflux subit d’élèves, et donc disposer des moyens ad hoc pour les accueillir. Dans les faits, les conditions d’étude ne sont pas toujours d’une qualité incroyable, mais sur le principe, tout bachelier peut s’inscrire.

    A partir de 2009, Admission Post-Bac est mis en place, ce système permet d’aiguiller en amont les élèves vers des filières, permettant aux universités de se préparer à leur arrivée. Cela pourrait passer pour un raisonnement sain, mais, dans les faits, il sert surtout à réduire les dépenses, à limiter les moyens, et donc à fermer l’accès à certaines filières, devenant de facto sélectives. Comme, dans le même temps, la Loi sur la Responsabilité des Université se met en place. Celle-ci accroît l’indépendance de l’université par rapport à l’État et augmente de manière particulièrement importante les pouvoirs du Président d’Université. Celui-ci peut, et doit, intégrer des partenaires privés dans le financement de l’université pour faire face à l’hémorragie budgétaire. Or, l’entrée de partenaires privés dans le budget de l’université se traduit également par la présence de « personnalités extérieures » au sein de son conseil d’administration. D’autant que les capitalistes investissent dans le but d’obtenir des retours sur investissement. Ces retours sont sous la forme d’une modulation des maquettes des licences ou des master, dans le but que ceux-ci correspondent aux intérêts de l’investisseur. Dès lors, l’université module son offre en fonction des désirs de ses bienfaiteurs. Il n’est plus question d’offre générale ouverte à tous, mais de répondre à des commandes. Formellement, les places à l’université sont toujours garanties, mais plus dans la filière du choix de l’étudiant.

    A APB succède, cette année, Parcoursup. Parcoursup prolonge l’idée de APB jusqu’à son paroxysme. Dans Post-Bac, les candidats émettent des vœux hiérarchisés, dans le nouveau système, ils se mettent à disposition des recruteurs du privés. L’élève n’a même plus son mot à dire. Cette étape nouvelle de la sélection pour le supérieur a dépassé toutes les attentes de ses concepteurs, avec plus de 60 000 élèves surnuméraires par rapport aux désirs des recruteurs, donc jugés inutiles. 60 000 élèves qui, par ailleurs, sont issus d’origines géo-sociales bien précises, puisque les recruteurs peuvent intégrer des codes « maison » dans l’algorithme, refusant par exemple que les élèves de certains lycées jugés « peu sûrs » soient acceptés. Mais cela n’est qu’un début dans la privatisation rampante de l’éducation supérieure. Bien d’autres fronts existent.

    Dans le texte programmatique prévu par les liquidateurs, la marée humaine prévue est exploitée au maximum pour justifier une amplification du mouvement de transformation de l’E.S.

    « L’arrivée massive d’étudiants dès la rentrée 2018 constitue un risque important sur la qualité de leur accueil dans l’enseignement supérieur, d’autant plus que les moyens prévus paraissent très en deçà des besoins estimés. »

    Or, la voie la plus logique, celle d’augmenter la capacité d’accueil et de recruter le personnel permettant d’améliorer la déficiente pédagogie universitaire, est bloquée par la volonté de réduire au maximum les dépenses. Pourtant, les auteurs reconnaissent que les étudiants français sont moins onéreux que la moyenne de l’OCDE. La logique, donc, serait donc d’accroître les moyens accordés à ceux-ci pour faire face à leurs études. Mais les rédacteurs et rédactrices ne sont pas là pour résoudre les problèmes des étudiants et des étudiantes, mais pour rogner les budgets. Il est donc nécessaire d’optimiser le supérieur.

    « Elle [La dépense par étudiant et étudiante] pourrait être optimisée par une réduction de l’échec, liée à une meilleure orientation et par une modernisation des méthodes pédagogiques. »

    Optimiser est une obsession constante chez les grands bourgeois. Mais la signification de l’optimisation, dans leur esprit, est celle d’une intégration grandissante entre l’enseignement public et le marché de l’emploi, voir une inféodation intégrale du premier au second.

    Les étudiants et étudiantes doivent, pour être plus utiles, être ventilés géographiquement pour correspondre aux besoins des bassins d’emplois locaux.

    « élargir les possibilités de mobilité géographique des bacheliers lors de l’affectation des étudiants. Cela pourrait permettre une allocation plus pertinente des moyens. Les tensions ne sont pas homogènes sur l’ensemble du territoire et développer la mobilité pourrait donc être une voie pour mieux utiliser les places disponibles. Des études visant à mesurer le niveau d’incitation nécessaire ainsi que les freins à la mobilité devraient être engagées rapidement, notamment pour ce qui concerne la vie étudiante et les œuvres universitaires. »

    Quelque part, cela paraît bien innocent, si ce n’est l’impasse du rapport sur les questions sociales propres aux étudiants et étudiantes, notamment les bourses et le logement. Depuis le rapport Goulard, rédigé en 2007, il apparaît que la volonté générale est de faire appel davantage aux prêts bancaires et au parc immobilier privé en place et lieu des bourses sur critères sociaux et des résidences étudiantes. En revanche, la question centrale des frais d’inscription n’est pas oubliée :

    « lancer une réflexion sur les autres ressources propres susceptibles d’être utilisées, y compris les droits d’inscription à l’université »

    Le départ du domicile familial étant de plus en plus tardif et complexe et les moyens de pouvoir le réaliser étant de plus en plus ténus, il ne fait pas de doute que la réponse préconisée sera sous la forme de l’endettement étudiant, endettement qui, notamment aux USA, prend la forme d’une bombe à retardement.

    Cette mobilité imposée fait écho au projet de réorganiser géographiquement les universités. Là encore, une évolution s’est produite au cours du temps.

    Dans les années 1980, les lois sur la décentralisation impulsent la fondation d’universités de proximité, permettant un accès au supérieur sans avoir à aller vers les métropoles. Ce mouvement de « démocratisation » relative était certes limité, mais néanmoins positif.

    Avec l’arrivée de la RGPP, précédemment évoquée, le mouvement s’inverse. Il s’agit de reconcentrer les universités dans des pôles nommés PRES (Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur), fusionnant les universités, rationalisant leur activité, dans le but de réaliser des économies d’échelle et limiter les doublons (par exemple des filières de droit à Lyon II et Lyon III). Du fait du très fort corporatisme des enseignants du supérieur, l’affaire n’a pas particulièrement réussi, et, bien souvent, les fusions ont conduit au fait qu’une université phagocyte le budget de l’autre.

    Aujourd’hui, ce que préconise le rapport est un hybride entre les deux. Il s’agit de conserver des universités locales à « haute valeur ajoutée », tandis que les « grosses universités » prennent de plus en plus la forme d’un « lycée ++ », avec des enseignements généralistes notamment du fait de l’intégration dans le projet « Bac -3 ; Bac + 3 » permettant de créer un réservoir de main-d’œuvre. Les moyens et les « cerveaux » sont ainsi concentrés dans de petites unités, tandis que le niveau général des universités est nivelé par le bas du fait de la baisse des budgets.

    Car la recherche n’est pas épargnée par les plans des rédacteurs et des rédactrices. Il faut la motiver, la stimuler. Quoi de mieux pour cela que de la benchmarker ?

    « Enfin, le système actuel de subventions de la recherche et de l’enseignement supérieur n’est pas suffisamment incitatif. En effet, les subventions publiques constituent aujourd’hui trois quarts des ressources des universités et des organismes de recherche. Or, l’attribution de ces subventions n’est pas conditionnée à la performance, à l’atteinte d’objectifs ou de résultats. »

    Manque la question de la définition des critères, qui, du fait de la toute puissance du président d’université et de la majorité dont disposent les « personnalités extérieures » au Conseil d’Administration, ne manqueront pas d’être des critères correspondant aux intérêts des investisseurs.

    En somme, l’idée est d’avoir des sites d’excellence s’occupant de la recherche fondamentale, non directement rentable, donc portée par les finances publiques, tandis que les autres pôles s’occupent de recherche appliquée, selon les modalités définies par les représentants du patronat local. Cela se voit notamment dans les propositions de réforme de la gestion du budget, qui permet au CA de financer ce qui est rentable et de liquider les filières qui ne le sont pas.

    «  rendre l’organisation du ministère cohérente avec son rôle de pilote de la politique publique. Renforcer l’autonomie des établissements suppose que les ressources soient placées au sein des établissements et non dans les directions d’administration centrale. Le ministère devrait donc conserver uniquement des fonctions stratégiques et de pilotage de sites, et une expertise transversale sur la formation et la recherche, la mise en œuvre étant faite par des opérateurs »

    Par ailleurs, la gestion du personnel et des enseignants-chercheurs se libéralise.

    « assouplir la gestion des ressources humaines des chercheurs et des enseignants-chercheurs. Il est indispensable d’offrir une flexibilité accrue aux chercheurs et enseignants-chercheurs pour qu’ils puissent bénéficier de carrières dynamiques et envisager des mobilités y compris vers le secteur privé, en valorisant leur implication dans l’enseignement, dans la recherche, dans la diffusion des connaissances et la valorisation des recherches. Cet assouplissement serait aussi bienvenu pour permettre une gestion plus agile des établissements et des organismes de recherche qui pourraient ainsi gagner les marges de manœuvre nécessaires pour appliquer le projet qui convient à leur situation et à leur stratégie »

    Le « flexibilité accrue aux chercheurs et enseignants-chercheurs pour qu’ils puissent bénéficier de carrières dynamiques et envisager des mobilités y compris vers le secteur privé, en valorisant leur implication dans l’enseignement, dans la recherche, dans la diffusion des connaissances et la valorisation des recherches. » traduit parfaitement les rêves des rédacteurs et des rédactrices : une fusion entre le privé et l’enseignement supérieur, y compris dans une gestion souple de leur « masse salariale ».

    Un des paradoxes de cette partie est qu’il traduit pleinement la vision court-termiste de la bourgeoisie. La grande bourgeoisie a besoin d’une avance scientifique importante pour pouvoir maintenir son niveau ou l’accroître en face des bourgeoisies concurrentes. Mais dans le même temps, et particulièrement en France, sa volonté de maximiser son taux de profit se traduit par un rejet des dépenses et par une attitude de rentier. Or, cette situation ne favorise pas l’initiative et le développement technologique, mais, au contraire, le freine. Pris dans ce paradoxe, la grande-bourgeoisie ou se fait menacer, ou doit trouver des manières de faire assumer les coûts aux autres classes sociales en puisant dans leurs fonds propres : impôts (auquel elle échappe), endettement… In fine, la politique de raclage jusqu’à l’os et de rationalisation à outrance joue même contre la bourgeoisie. Mais pris dans le maelström de son autoconcurrence, elle s’enferre elle-même.