Auteur/autrice : unitecommuniste

  • L’horreur de la guerre.

    L’horreur de la guerre.

    1918-2018

    Partie 4 – L’horreur de la guerre.

    La mobilisation des Gilets Jaunes ayant monopolisé les attentions et les énergies, cette série d’articles sur le centenaire de la Première Guerre mondiale a donc pris un retard conséquent. 

    La Première Guerre mondiale est un massacre. Sans rentrer dans les détails des opérations et des différentes batailles, il est néanmoins important de comprendre les raisons qui ont mené à ce que au moins 18,6 millions de morts aient été causées.

    Depuis le milieu du XIXe siècle, l’industrie s’est développée et la technologie militaire a procédé à des bonds de géants. Songeons qu’entre le char de Pharaon et le carrosse de Napoléon, 4000 ans s’écoulent. Entre la Guerre de Sécession et la bombe atomique, moins d’un siècle.

    La guerre devient industrielle. La médiocre artillerie de la Grande Armée fait place à des canons semi-automatiques. Les cuirassés de plusieurs dizaines de milliers de tonnes écument les mers, chassés par les sous-marins. Les armes à feu, qui tiraient un coup à la minute, sont désormais des armes automatiques capables de tirer sans discontinuer jusqu’à l’épuisement des munitions. Les massacres de soldats, paradoxalement, sont le produit d’une amélioration des conditions sanitaires. Les soldats meurent moins de maladie, moins de faim, qui étaient les deux principales causes de mortalité dans les guerres de l’ère moderne. Si le fusil tire désormais plus vite, plus loin, le soldat est toujours au début de la guère, désespérément nu face à l’artillerie, face aux mitrailleuses, face aux gaz. Les antibiotiques n’existent pas et une blessure infectée se mue rapidement en gangrène.

    Surtout, la défense est terriblement plus forte que l’attaque. Hormis quelques semaines d’assaut en 1914 et en 1918, les fronts sont stationnaires. Le feu refoule toute tentative de percée. Lorsque celles-ci réussissent, les forces combattantes n’ont pas la mobilité pour les exploiter. Alors, les opérations se limitent à des tirs d’aritllerie intense suivis de très coûteuses charges pour gagner quelques mètres. Cela se retrouve sur tous les fronts, y compris les plus exotiques, comme en Afrique. Les troupes coloniales sont par ailleurs grandement mises à profit pour servir de chair à canon. S’il existe une controverse quand au fait de savoir si les « tirailleurs sénégalais » ont été sacrifiés pour économiser la chair « blanche », les conditions des troupes coloniales à l’arrière sont sous le signe de la ségrégation. Même en mer, l’affrontement tourne à la guerre de positions : la Royal Navy bloque la flotte de haute mer Allemande dans ses ports. Seuls les sous-marins, arme révolutionnaire, peuvent se soustraire au blocus et imposer un contre-blocus pour affamer l’Angleterre, dépendante de ses colonies.

    Contrairement à une idée longtemps présentée dans les manuels d’Histoire, lorsque la guerre est déclarée, elle ne suscite que peu d’enthousiasme. Une grande partie de la population des différents bélligérents la regardent avec gravité. La fleur au fusil, censée illustrer le patriotisme, est une fiction. Cependant, la croyance générale est que la guerre sera courte, y compris au sein de l’état-major, qui ne dispose que de très peu de réserves en termes d’obus. Cette croyance va voler rapidement en éclat.

    Une grande partie de l’état-major français, tout comme en 1939-1940, à fait ses armes dans les colonies. Ce sont des soudards plus habitués à châtier les populations rétives ou à réprimer les contestations qu’à faire face à une armée moderne et habilement commandée. Joffre, le poulain de Mélenchon, est ainsi un ancien du Tonkin, du Soudan et de Madagascar. Nivelle, lui, a fait ses armes en Indochine, contre les Boxers en Chine, puis en Algérie. Ils sont des partisans de la charge à la baïonnette au canon, sans la moindre once d’estime pour le sang et la vie humaine.

    Jean de Pierrefeu, dans Plutarque a menti ; Joffre et Compagnie, écrit en 1923, expliquait :

    « La France avant 1914 possédait un Etat-Major digne d’être appelé bergsonien, dont la doctrine acceptait le discrédit de l’intelligence et favorisait le culte de l’intuition. Constatation stupéfiante, incroyable, dont au premier abord on reste suffoqué, mais qui apparaît après examen comme l’expression de la pure vérité! Et cet État-major poussait la conviction aux dernières limites ; il laissait loin derrière Bergson lui-même qui n’aurait jamais osé accorder à l’intuition le pouvoir merveilleux de préparer la revanche de 1870, sans au moins convier l’intelligence à collaborer à cette tâche difficile. L’auriez-vous cru, notre Joffre, physiquement si bien assis sur ses bases, si complètement rattaché par sa santé, son bon appétit, au monde des solides que le bergsonien fait profession de dédaigner, se ralliait à cette conception de somnambule et de médium. Il adhérait à une doctrine qui, comptant sur les impondérables autant que sur les régiments, cherchait à faire jaillir la victoire de l’inconscient des batailles en utilisant l’élan vital des troupes qu’entraîne l’instinct profond du succès. La table de L’État-major où fut rédigé le plan XVII était, si j’ose dire, une table tournante. Ne croyez pas que j’exagère le moins du monde : nul n’ignore, à l’heure actuelle, que la doctrine de guerre de L’État-major en août 1914 était celle de l’offensive à outrance. »

    Les deux successeurs à la tête de L’État-major, Pétain puis Foch, eux, ont eu un parcours tout autre. Leur carrière s’est bâtie autour de l’étude de la défaite française face à la Prusse. Fondamentalement, leur comprehénsion de la situation militaire et opérationnelle a été nettement plus importante. Pétain comprenait la supériorité du feu sur le choc, donc de l’artillerie sur la charge offensive. Il en a tenu compte en stoppant les offensives à tout prix, et s’est fait bâtir une légende. Foch, officier de cavalerie, avait compris la question de la rupture de front et de l’exploitation de celui-ci. C’est ce qui lui permit notamment d’inclure les chars dans son dispositif opérationnel, et d’obtenir la percée tant recherchée.

    Que ces qualités relatives n’induisent pas en erreur, ces militaires réfléchissent en termes de victoire et de défaites pour l’impérialisme français, non en termes d’humanisme ou de grandeur d’âme. Aucun n’a eu la moindre pitié pour ceux qui refusaient de se laisser tuer.

    Une grande partie des hauts-dirigeants militaires souffre de ces mêmes infirmités en termes de conceptions de l’art militaire. Le summum est atteint avec les généraux de l’armée tsariste, qui n’hésitent pas à se couper l’herbe sous le pied pour recueillir les lauriers de la gloire. A Tannenberg en août 914, Rennenkampf, général Russe, refuse ainsi de venir en aide à son homologue Samsonov, encerclé, par haine et par rivalité. Ce dernier se suicide, tandis que Rennenkampf, persuadé d’atteindre Königsberg, ne fait que courir tout droit dans un piège. Les Russes perdent 78 000 hommes, 93 000 capturés, contre 5 000 tués et 7 000 blessés chez les Allemands.

    Ces derniers, eux-mêmes, sont pris par le piège de leur propre efficacité. En rupture complète avec la politique de Bismarck, qui visait avant toute chose à éviter une guerre sur deux fronts, ils tentent une audacieuse manœuvre. L’idée maître de Moltke « le jeune » est de procéder en deux temps. Frapper la France et la Belgique, les écraser en un temps record, puis faire face à la Russie, plus longue à mobiliser.

    En infériorité numérique, l’Allemagne manœuvre sur ses lignes intérieures, grâce à son excellent réseau de chemin de fer. Le plan Schlieffen doit permettre une victoire rapide, en ne laissant qu’un rideau de protection contre l’Empire Russe. L’offensive est stoppée in extremis sur la Marne. La Russie peut mobiliser malgré la piètre qualité de son commandement. Le coup de poker a échoué.

    Stratégiquement, les empires centraux sont sur la défensive. Mais comme la défense est nettement avantagée face à l’attaque dans cette guerre, les fronts restent stables. Il n’est pas possible de réunir de forces suffisantes pour obtenir une percée et une exploitation. Il est impossible de déborder à l’ouest et il est impossible d’exploiter les percées à l’est ou dans les colonies. Le front s’enlise.

    Dans la plupart des guerres précédentes, les situations de blocages étaient celles où la négociation et la diplomatie devaient agir. Elles étaient les moments où des accords devaient être trouvés pour permettre le règlement de la guerre. Pas dans celle-ci.

    Plus les difficultés de la guerre s’amoncellent, plus les moyens qui sont mis en œuvre pour les dépasser deviennent immenses. Au lieu d’une régulation par la diplomatie, la tendance à la guerre totale, découverte par Clausewitz, prend le pas. Les sociétés se militarisent, la population dans son ensemble est mobilisée, l’industrie se reconfigure…et les États s’endettent auprès des marchands de canons.

    Dans sa Théorie de la Grande Guerre, traduite en 1886 en français, Clausewitz s’exprime ainsi : « A la guerre les efforts insuffisants ne conduisent pas seulement à des résultats négatifs mais bien aussi à des dommages positifs, les adversaires sont portés à se surpasser l’un l’autre, ce qui les pourrait mener à la limite extrême des efforts si les exigences de la politique ne faisaient ici contre-poids et ne les contraignaient à restreindre la dépense de leurs moyens à ce qui est précisément nécessaire à l’obtention du but cherché. » Il s’agit justement d’une limite qui n’a pas été prise en compte. La guerre est menée pour obtenir des concessions limitées -à la base. Des territoires, des colonies, mais pas l’extermination d’une force par l’autre. Cette « guerre d’ajustement » devient une guerre totale.

    Or, plus les moyens mis en œuvre deviennent important, plus les gouvernements et les Etats-majors en veulent « pour leur argent. » Dans un sens, la guerre passe d’une « politique par d’autres moyens », à l’aspect principal des opérations. Céder devant l’ennemi revient à s’exposer au fait de tout perdre.

    Cette mobilisation transforme les sociétés.

    Les hommes valides ont été mobilisés pour le front. La plupart sont paysans et représentent une main d’œuvre non négligeable, notamment à l’époque des moissons. Comme la guerre est prévue comme courte, cela ne devait pas poser de problèmes particuliers. Mais elle s’éternise. Cet allongement du conflit n’était pas prévu par les militaires et par les gouvernements. Elle se traduit d’un côté par une pénurie de munitions si grave qu’elle provoque la chute du gouvernement libéral de Herbert Henry Asquith en Angleterre. De l’autre, elle se traduit par une reconfiguration de la société. Elle est mise sur le pied de guerre, changeant les rapports économiques et sociaux. La bourgeoisie s’impose elle-même une contribution à la guerre, en rupture avec sa politique fiscale d’avant-guerre, qui, pour la France, consistait à rejeter toute idée d’impôt proportionnel à la richesse. Cet impôt temporaire finira pas rester à demeure…jusqu’à sa remise en cause progressive, à l’heure actuelle.

    Comme la guerre dévore les hommes et ne relâche que des cercueils et des infirmes, ils doivent être remplacés. Les femmes et les coloniaux comblent les vides. Pour les premières, le fait d’assumer les tâches productives donne du poids aux revendications d’accès à l’égalité politique. Pour les seconds, la découverte de la vulnérabilité de la métropole, l’expérience de la guerre, laisse des marques indélébiles.

    La guerre impose aux sociétés dans leur ensemble une épreuve immense. Elle met sous pression l’intégralité des rapports sociaux. Cette épreuve révèle les antagonismes immenses qui les traversent. Certaines s’adaptent, tiennent. D’autres s’effondrent irrémédiablement.

  • Il y a 100 ans – la révolution de Novembre

    Il y a 100 ans – la révolution de Novembre

    L’Unité Communiste de Lyon sera présente à la manifestation des 3 L et au meeting du MLPD-ICOR à Berlin, le week-end du 12-13 janvier. Elle appelle tout ceux qui s’y trouvent à rejoindre les activités organisées durant ce week-end et à défiler conjointement dans le cortège international organisé par l’ICOR. En janvier 2019, les révolutionnaires en Allemagne et au niveau international commémorent le centenaire de la révolution de Novembre en Allemagne, abattue par la contre-révolution. En janvier 1919, Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg ont été assassinés. Tous les ans, le deuxième dimanche de janvier, la « Manifestation des LLL », pour Lénine, Liebknecht et Luxembourg affirme que le combat pour le socialisme continue.

    Nous publions ci-dessous un article à ce sujet du Rote Fahne (Drapeau Rouge), magazine du Parti Marxiste-Léniniste d’Allemagne (MLPD), no. 22/ 2018.

    Il y a 100 ans – la révolution de Novembre

    Depuis 50 ans – la construction du Parti par le MLPD

    1918: Il y a un siècle, en Allemagne, la révolution de novembre a mis fin au régime impérial et à la première guerre mondiale.

    A l’époque, l’Allemagne était traversée par un souffle révolutionnaire. Aujourd’hui bien sûr, on ne peut pas encore parler de situation révolutionnaire. Néanmoins, un changement d’état d’esprit progressiste se développe au sein des masses. C’est le moment idéal pour réfléchir, en s’inspirant de la révolution de novembre, à une révolution, une véritable transformation de la société. Radicalement à gauche, révolutionnaire, pour vrai socialisme, c’est ce que défend le MLPD qui se targue avec fierté d’avoir en 50 ans construit un parti de type nouveau.

    En 1914, l’Allemagne alors néo-impérialiste a déclenché la première Guerre Mondiale. C’était le résultat de la lutte entre impérialistes pour un nouveau partage du monde. Au début de la guerre, le nationalisme allemand a su éveiller jusqu’au sein des masses populaires une vraie ferveur belliqueuse. Mais quatre années de vies humaines perdues, une famine à grande échelle et la misère ont fait perdre aux masses leurs illusions et brisé la volonté de tenir propagée par la conduite psychologique de la guerre.

    Une situation révolutionnaire

    Les situations révolutionnaires ne peuvent pas être provoquées ou créées arbitrairement. Certes les révolutionnaires auraient bien renversé le Kaiser dès l’éclatement de la guerre. Mais une révolution a besoin de facteurs objectifs et subjectifs pour parvenir à maturation: cela implique une situation dans laquelle les dominants ne peuvent plus régner comme avant. C’est pourquoi les profondes crises économiques et politiques agitant l’impérialisme sont de la plus haute importance.

    Malgré l’armistice conclu avec la Russie –qui venait de vivre sa révolution d’Octobre – l’impérialisme allemand tanguait en 1918 vers sa défaite militaire. Les gens étaient totalement épuisés et réclamaient la paix. Depuis le début de la guerre, 800 000 femmes et enfants étaient morts de faim et de dénuement. Les masses populaires ne pouvaient et ne voulaient plus être dirigées comme avant. En janvier/février, 500 000 travailleurs participèrent à une grève générale politique. La ligue révolutionnaire Spartacus joua un grand rôle. Menée par les deux grands révolutionnaires allemands Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg, cette grève exprimait une critique de la politique social-chauvine du SPD jadis révolutionnaire.

    La pensée révolutionnaire doit s’emparer des masses! Une révolution n’est pas une action anarchiste unique, ni un putsch, mais un soulèvement des masses. La révolution se fait d’abord dans la tête. Cela montre l’importance considérable de la lutte pour guider l’opinion publique au sein des masses. Elle précède chaque combat majeur et les marxistes-léninistes doivent la gagner grâce à un travail patient et par petites touches.

    Appels ou révolution?

    En août 1918, 250 000 soldats se rendirent à l’ennemi. L’ambiance changea totalement en octobre 1918 quand, dans la perspective de la défaite militaire, d’arrogants officiers issus de l’aristocratie voulurent inciter des dizaines de marins à participer à des batailles navales perdues d’avance. La direction politique et militaire du Reich allemand ne contrôlait plus la situation dans le pays.

    Début novembre, les marins de Kiel refusèrent massivement de partir. Beaucoup parmi eux étaient d’anciens travailleurs de l’industrie. Ils avaient mis en place des connexions et structures illégales et pactisèrent avec les travailleurs à Kiel. Le dimanche 3 novembre, ils organisèrent ensemble une manifestation géante à travers la ville. Quand des fidèles de l’empereur attaquèrent la manifestation, l’avalanche révolutionnaire se mit en branle. L’intervention de l’appareil répressif de l’Etat contre les masses populaires qui protestent constitue souvent un tournant dans l’évolution politique. En Allemagne, l’avalanche engloutit l’empire allemand, créa le droit de vote pour les femmes, instaura la mise en place de comités d’entreprises et bien d’autres droits démocratiques d’association et de coalition. Des conseils d’ouvriers et de soldats virent le jour.

    Si la guerre prit fin, ce n’est pas grâce à la perspicacité ou le retour à la raison des dirigeants, ni en raison des appels de personnes souffrant à cause de la guerre, mais grâce à la révolution. La révolution de Novembre peut s’enorgueillir de tels résultats. Mais les travailleurs révolutionnaires voulaient plus, à savoir une république populaire de « soviets » sur le modèle de la Russie socialiste. Le 9 novembre, Karl Liebknecht proclama la république socialiste. Presqu’au même moment, Philipp Schneidemann proclama la république bourgeoise. Le SPD fit tout son possible pour empêcher une révolution socialiste.

    Le rôle joué par la direction du SPD

    Jusqu’à aujourd’hui encore, le SPD revendique à tort les conquêtes de la révolution de Novembre. En réalité, il fut son ennemi le plus acharné comme le révèle Scheidemann en 1922 : « La social-démocratie n’a jamais mené une propagande antimonarchiste, une activité positive pro républicaine… Affirmer que la social-démocratie a voulu ou préparé la révolution de novembre est un mensonge de nos adversaires aussi ridicule qu’insensé ».1

    Mais quand la révolution devint inéluctable, les dirigeants sociaux-démocrates comme Scheidemann, Friedrich Ebert, Gustav Noske ou Conrad Haußmann multiplièrent avec fébrilité les initiatives pour se mettre à la tête. Une course entre forces révolutionnaires et opportunistes commença.

    Mais une révolution ne suit pas un long chemin tranquille avec une convergence soudaine de tous les courants au sein du mouvement des travailleurs – bien au contraire. Entre orientation révolutionnaire et orientation réformiste, la lutte se propage et se durcit. Et elle doit être menée jusqu’au bout avec toute la rigueur nécessaire aussi au sein du mouvement ouvrier.

    Cet affrontement ne cessa de s’intensifier. Le 16 décembre 1918, le Congrès national des comités d’ouvriers et de soldats se réunit pour la première fois. Karl Liebknecht réclama la chute du gouvernement, l’armement du prolétariat révolutionnaire, le désarmement de la contre-révolution. Néanmoins, à l’encontre du slogan «  Tout le pouvoir aux conseils », le congrès appela à l’élection de l’assemblée nationale bourgeoise.

    Après que l’armée ait tiré dès le 6 décembre sur des travailleurs révolutionnaires, ces derniers se battirent héroïquement. Entre le 6 et le 15 janvier 1919, des combats de rue firent rage dans Berlin, des rédactions de journaux furent occupées. Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg, les leaders de la révolution, furent assassinés le 15 janvier par des corps francs réactionnaires, en même temps que des milliers de travailleurs/euses révolutionnaires. La déclaration de Gustav Noske, qui, en sa qualité de ministre responsable du SPD donna l’ordre de commettre ce massacre réactionnaire, est passée à l’éternité : « Il faut que quelqu’un fasse le chien sanguinaire ». Il est révélateur que Heiko Maas (SPD), le ministre des affaires étrangères, se réjouisse aujourd’hui encore qu’il y ait à Berlin des rues qui portent le nom « d’hommes politiques comme Ebert ». Or c’est ce dernier qui donna l’ordre d’écraser le soulèvement des spartakistes.

    Il faut des partis révolutionnaires forts

    Le principal problème rencontré par la révolution de Novembre fut l’absence d’un parti révolutionnaire capable de diriger les masses populaires vers un objectif clair. En Russie, les révolutionnaires regroupés autour de Lénine s’étaient séparés dès 1903 des opportunistes. Depuis, ils avaient bâti leur propre parti, celui des Bolcheviks, et par un travail soutenu d’information, dénoncé inlassablement le rôle nuisible de l’opportunisme dans le mouvement ouvrier. Dans le cadre de la révolution d’Octobre, le premier Etat socialiste fut créé sous la direction des Bolcheviks.

    En Allemagne, les révolutionnaires sont restés bien trop longtemps dans le SPD qui n’a cessé de s’embourgeoiser. En lieu et place d’un parti révolutionnaire, ils se sont regroupés d’une manière désordonnée au sein du groupe Spartakiste. Certes, ce dernier a joué un rôle important dans la préparation et la conduite de la révolution, mais il manquait de puissance et d’expérience. Le Parti communiste vit le jour en pleine révolution, fin décembre 1918.

    L’indécis USPD (parti socialiste démocratique indépendant) se plaçait entre le parti communiste révolutionnaire et la social démocratie opportuniste et social-chauvine. De nombreux camarades révolutionnaires en faisaient partie. Mais l’USPD était hésitante et tiède dans ses engagements. „Au sein du courant révolutionnaire de la social-démocratie, les tendances conciliantes ont renforcé l’opportunisme et l’ont aidé à remporter la victoire » conclut Willi Dickhut, précurseur et co-fondateur du MLPD pour orienter la résistance illégale contre le fascisme hitlérien. 2

    Ce qui apparaît aujourd’hui comme une simple divergence d’opinion tactique peut, en des temps particulièrement troubles, devenir une question de vie ou de mort. Ce fut le cas en janvier 1919.

    En plus de nombreux acquis très concrets, la révolution de novembre conserve une grande valeur pour les luttes de libération. La conséquence la plus importante et la plus ineffaçable : la création d’un parti marxiste-léniniste et son évolution en un parti des masses, puis d’un parti de masse, revêt une signification existentielle pour l’aboutissement ou l’échec de la révolution prolétarienne.

    Même si aujourd’hui la situation n’est pas révolutionnaire, le système impérialiste mondial est néanmoins en proie à des crises chroniques en aggravation accélérées. Face à la crise mondiale des réfugiés, une transition accélérée vers une catastrophe écologique mondiale, une guerre commerciale en pleine expansion, une crise de l’Union Européenne, à l’arrivée de signes annonciateurs d’une nouvelle crise économique et financière mondiale, et une tendance générale des impérialistes à préparer la guerre, on constate un changement d’état d’esprit progressiste à l’échelle de la planète. Les masses ne veulent pas périr à cause de la barbarie impérialiste. En Allemagne, le système politique traverse une crise de confiance d’une gravité exceptionnelle envers les partis bourgeois, les institutions et le parlementarisme bourgeois. Les manifestations de masse contre l’évolution droitière du gouvernement prennent de l’ampleur, notamment après les grandes grèves syndicales du début de l’année 2018.

    L’effervescence révolutionnaire viendra. Pourra-t-elle conduire à la libération de la société ? La réussite dépendra avant tout de notre préparation aujourd’hui .

    Contrairement à 1918, la classe ouvrière dispose aujourd’hui en Allemagne d’un parti révolutionnaire : le MLPD ! Sa création devint nécessaire après que le KPD (Kommunistische Partei Deutschlands), auparavant révolutionnaire, à partir du XXème congrès du PC soviétique ait succombé à la dégénération révisionniste. Le MLPD a défendu les conquêtes révolutionnaires et s’inscrit dans l’ancien mouvement communiste. Néanmoins, il a tiré dès le départ des conclusions créatives des forces et des faiblesses de celui-ci et des conditions changées de la lutte des classes.

    Il s’emploie avec patience et obstination à ce que les expériences en matière de lutte de la classe ouvrière et des travailleurs s’interpénètrent avec la théorie révolutionnaire. Il mène des combats non pas pour des réformes éphémères mais en tant qu’école de la lutte des classes. Cette action commence par les questions concernant les entreprises et les nombreux compromis pourris acceptés par les dirigeants syndicaux de droite. De nos jours, l’opportunisme penche à nouveau fermement en faveur du social chauvinisme, et également pour une trêve avec ses propres monopoles, son propre impérialisme. Ce genre de trêve, nous savons comment il peut finir, les 17 millions de morts de la première guerre mondiale peuvent en témoigner.

    Au cours des 50 années de son édification depuis 1968, le MLPD a développé de nombreuses caractéristiques originales pour un parti marxiste-léniniste d’un type nouveau, comme par exemple son caractère prolétarien, ses fondements théoriques solides, son autofinancement, son système de travail minutieux, une relation des plus étroites entre direction et base, un programme très élaboré et le centralisme démocratique en guise de principe d’organisation. Pour éviter les erreurs, il s’appuie sur un système d’autocontrôle. A l’aide de la critique de principe et de l’autocritique envers les masses et au sein du parti, le MLPD poursuit son développement fécond. Il apprend à mieux exercer le rôle de leader qu’il doit assumer dans la lutte pour l’instauration du socialisme et son développement ultérieur.

    Consultations, échanges et interaction des révolutionnaires – entre la Russie, l’Allemagne et les autres pays – n’ont été possibles au début du dernier siècle que par courrier. Il n’existait pas encore d’organisation internationale comme l’Internationale Communiste qui fut créée quelques années plus tard. C’est une question dont s’occupe le MLPD avec obstination. Il a initié avec d’autres la mise en place de la Coordination Internationale des Partis et Organisations Révolutionnaires (ICOR) en 2010. Aucune révolution ne doit être écrasée de nos jours dans l’isolement. C’est ce qui figure sur les drapeaux des désormais 51 organisations membres de l’ICOR. Cette organisation révolutionnaire mondiale est désormais représentée et active sur quatre continents.

    Pas de Partis ?

    Mais la classe dirigeante a elle aussi tiré des leçons de la révolution de novembre. De nos jours, elle s’efforce chaque fois que c’est possible d’atténuer les contradictions de classe. En amont d’évolutions potentiellement révolutionnaires, elle envoie des fonctionnaires appartenant soi-disant à des partis parlementaires de gauche progressistes et à des ONGs dans les mouvements sociaux, manifestations de protestation ou luttes des travailleurs. Leur mission est de faire perdre le cap ou de diviser le cas échéant. Ce n’est pas par hasard si leurs prétentions destructrices s’exercent contre les partis. Leurs partis bourgeois sont de plus en plus discrédités aux yeux des masses. C’est pourquoi leur haine s’exprime à l’encontre du MLPD. En effet, en l’absence de partis révolutionnaire, il ne peut pas y avoir de luttes réussies pour changer la société, et encore moins de renversement fondamental des rapports (révolution). Le parti de la classe des travailleurs est incontournable pour s’organiser et en raison de son expérience en matière de luttes sociales et de changement collectif dans le mode de pensée. Tous ceux qui aspirent à une alternative sociale ont intérêt à le renforcer.

    Note de base 1 : citation du livre de Willi Dickhut: Prolétarischer Widerstand gegen Faschismus und Krieg, page 641

    Note de base 2 : ibid, p. 669

    L’opportunisme dans le mouvement des travailleurs : courant bourgeois qui ne voit pas les caractéristiques basiques du développement du capitalisme et sacrifie les intérêts de classe du prolétariat pour des intérêts immédiats, qui refuse aux masses la capacité à se libérer par leurs propres moyens et rejette la révolution et se prononce en faveur de la coopération avec la bourgeoisie.

    Révisionnisme : courant idéologique bourgeois au sein du mouvement ouvrier qui se revendique en paroles du marxisme-léninisme ou du marxisme, mais qui en dénature la doctrine de base. Au lieu de prôner la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière pour le socialisme et la dictature du prolétariat, les révisionnistes militent en faveur de la voie pacifique « vers le socialisme ».

  • Vœux de l’Unité Communiste de Lyon

    Vœux de l’Unité Communiste de Lyon

    Vœux de l’Unité Communiste de Lyon

    L’Unité Communiste de Lyon adresse des vœux de combativité à l’ensemble de la classe ouvrière et des masses populaires de France. Elle salue ses camarades qui luttent contre l’impérialisme français et mondial. Elle salue les communistes de France et du monde entier.

    Nos vœux pour la nouvelle année sont simples : ils sont de travailler avec ardeur, avec application, à construire les outils de la victoire contre nos bourreaux, les exploiteurs, les oppresseurs, la grande bourgeoisie monopoliste, son État, ses forces de répression.

    Ils sont simples dans leur formulation, mais sont exigeants dans leur concrétisation. Pourtant, des pas sont faits jours après jours, mois après mois, années après années pour parvenir à ce que renaisse un mouvement de contestation de l’ordre bourgeois, un mouvement qui remette en cause un ordre injuste.

    L’année écoulée a été une année qui a permis des bonds de géant. La politique d’offensive à tout prix, menée par le gouvernement Macron & Philippe a lancé dans la bataille des couches entières de la population de notre pays. Elle a confronté à sa police, qui insulte, blesse, mutile, tue. Elle a confronté toute une génération, toute la jeunesse, à la transcription dans la pratique de ses prétendus fondement de loi, de démocratie, d’égalité. Sa justice s’est démasquée. Elle a montré son visage de classe, tendre avec les Sarkozy, les Benalla, mais impitoyable face à tous ceux et celles qui s’en prennent à l’ordre établi.

    Au cours de cette année, la rapacité de la bourgeoisie à fait plus fort que toutes les mobilisations précédentes : elle a jeté dans la rue des centaines de milliers de personnes qui ne l’avaient jamais arpentée pour lutter. Et elle a fait en sorte qu’elles n’oublient jamais la manière dont elles ont été traitées.

    Peut-être l’année 2019 et le printemps seront-ils celui des luttes ou celui du reflux et de la démoralisation ? Nous ne sommes pas des prophètes et nous ne pouvons prétendre être capable de discerner les futures évolutions de la mobilisation de masse dans le marc de café.

    En revanche, nous devons jouer notre rôle, parmi tous les militants sincères, parmi les communistes présents dans notre État, parmi les opprimés et les exploités. Nous ne pouvons prétendre, à nous seuls, être un barrage contre les reflux, contre les démoralisations, contre les épuisements. Mais nous pouvons transformer ceux-ci en des renforts pour les organisations de combat de la classe ouvrière et des classes populaires. Car il est sûr que les attaques ne vont pas cesser, qu’elles vont s’accroître. La misère et les tensions internationales également.

    Nous pouvons et devons apporter un bond qualitatif dans les luttes et dans la politisation de celles-ci, pour que la colère se mue en résolution, pour que la rage contre l’exploitation et contre l’oppression se mue en volonté politique de battre la bourgeoisie, le patronat, les banquiers, les rentiers. Que cela se mue également en désir conscient de vouloir construire un nouveau modèle de société. Le rejet du fascisme et de la droitisation de la société, le rejet de la politique de guerre internationale, le rejet des aventures militaires qui sèment la mort et jettent sur les routes de l’exode des millions de personnes.

    Cette année passée, un bon nombre d’opportunistes se sont prétendus amis du peuple, amis des travailleurs, amis des exploités. Mais il ne fait aucun doute que les masques vont tomber de nouveau, face à l’échéance des élections européennes. Les électoralistes vont vouloir drainer la légitime colère vers une issue sous la forme d’un bulletin de vote inutile. C’est uniquement ainsi qu’ils conçoivent les luttes sociales, comme des marchepieds pour devenir les exécutants serviles de la bourgeoisie à la place des autres.

    Notre programme de 2019 n’est pas de mener les masses vers les abattoirs électoraux, vers les pièges, les traquenards. Il est au contraire de faire éclater la vérité, de faire voler en éclat les illusions sur la nature de classe de l’État et du pouvoir de la bourgeoisie.

    Notre programme est celui d’un travail acharné, sans relâche, pour construire les outils de la victoire. Pour avancer, localement, nationalement, internationalement, vers plus d’unité, plus de coopération, plus de coordination, et, au bout d’un processus de travail commun, dans la confiance et la sincérité, que se fondent en un seul moule les communistes, pour que naissent ou se renforcent les partis révolutionnaires.

    Il est celui d’un soutien et d’un renfort aux luttes qui naissent partout dans notre pays, mais également dans le monde entier, contre les mêmes maux, contre les mêmes ennemis, contre le capitalisme, l’impérialisme, la réaction et le fascisme.

    Il n’existe pas de remède miracle, qui tombera du ciel. Ce remède ne peut-être développé et administré que par la participation du plus large nombre possible de ceux et celles qui courbent l’échine sous le poids des chaînes, sous les entraves, sous les humiliations et les oppressions.

    Nous disons à ceux et celles qui sont toujours dans la nuit delà pauvreté et de l’oppression la plus sombre « La misère n’est pas une fatalité, l’oppression non plus. Le golem qui vous écrase n’est pas invincible. Ensemble, nous pouvons le briser. Quelques soient nos origines, nos couleurs de peau, nos religions, notre sexe, notre genre, nos goûts, nous faisons face à un même ennemi. Ensemble, nous sommes un seul front, une seule ligne, un seul rang contre un même ennemi. »

    Nous saluons ceux et celles qui jettent ces chaînes à terre, qui les rejettent, qui veulent s’en débarrasser. Nous leur disons « vous n’êtes pas seuls, vous n’êtes pas que des individus face à un pouvoir autoritaire, ensemble, organisés, nous serons une déferlantes qui balaiera les exploiteurs, rejoignez-nous ! »

    Nous saluons ceux et celles qui sont organisés, dans les syndicats combatifs, dans les organisations antifascistes, dans les associations d’entraide. Ceux et celles qui œuvrent dans tous les compartiments de la lutte, parfois visible, parfois invisible.

    Nous saluons ceux et celles avec qui nous travaillons. Mais nous saluons aussi ceux et celles avec qui nous n’avons pas encore de rapport de travail, ceux et celles à qui nous tendons la main, pour que finisse l’isolement et l’éparpillement des forces.

    Nous saluons également ceux et celles qui ne portent pas le même drapeau que nous, mais avec qui nous continuons ensemble un camp du peuple, un camp de la défense populaire, qui doit être uni, soudé et solidaire, pour ne pas être fracturé et détruit dans le détail.

    Les spectres de la guerre, de la famine, du fascisme, de l’obscurité ne sont dévorants que parce que ceux qui en tiennent la laisse sont faibles, sont réduits à les agiter pour se maintenir. 2018 a été une année de résistance. Il ne tient qu’à nous de faire de 2019 une année d’offensive !

  • Solidarité Internationale pour Sean Carlin, militant communiste Irlandais condamné à 3 ans de prison le 14 décembre par la justice Britannique.

    Solidarité Internationale pour Sean Carlin, militant communiste Irlandais condamné à 3 ans de prison le 14 décembre par la justice Britannique.

    Le 14 décembre dernier, la justice Britannique à tranché sur le sort d’un camarade d’Irlande, porter un drapeau qui commémore la lutte de libération nationale Irlandaise vaut trois ans de prison, dont une année ferme.

    Sean Carlin, militant du Parti Républicain Socialiste d’Irlande (IRSP), un parti Marxiste-Léniniste influencé par les révolutionnaires Irlandais comme James Connolly, a été arrêté par une escouade suréquipée de policiers Britanniques à Belfast le 2 novembre. Via les lois anti-terroristes britanniques, assez proches de la méthodologie et des objectifs de notre état d’urgence français, le fait que Carlin ait porté un drapeau qui rend hommage aux combattants Belfastois de l’INLA (Irish National Liberation Army), au cours d’une manifestation de commémoration au soulèvement de Pâques de 1916, le fait très automatiquement membre d’une organisation considérée comme terroriste. Il est actuellement emprisonné pour trois ans dont une année ferme et écroué.

    Cette folie judiciaire de l’état bourgeois Britannique s’explique par l’histoire et par ses objectifs répressifs actuels. L’IRSP a eu une activité importante pendant la période des Troubles (1968-1998), notamment via sa branche paramilitaire INLA (Irish National Liberation Army), comme étant une des principales forces républicaines face aux milices fascistes Loyalistes et face aux gouvernements bourgeois d’Irlande du nord et des pro-traité de la république. Si les luttes intestines entre les différentes branches paramilitaires républicaines étaient extrêmement courantes, allant jusqu’au meurtre du co-fondateur de l’IRSP/INLA Seamus Costello par un membre de l’OIRA en 1977, l’organisation exprimait une ligne politique importante, la nécessité de combattre autant dans le front de classe que dans le front de la libération nationale. Position nécessaire face aux deux autres organisations majeures, l’éphémère OIRA (Official IRA), désarmée en 1972, qui se concentrait sur le front de classe en ayant une courte vue sur la question nationale, et la très puissante PIRA (Provisional IRA) qui se concentrait sur la question de la libération nationale avec une relative lecture de classe de la situation Irlandaise. Ces trois organisations paramilitaires sont aujourd’hui dissoutes, certaines ont rendues les armes pour se refondre dans des organisations politiques parlementaristes comme le PIRA ou l’OIRA  (l’un dissous par le Sinn Fein en 2005, l’autre abandonnant les armes en 1972 pour une action uniquement parlementariste et révisionniste dans le Workers Party of Ireland), d’autres factions du PIRA se sont dispersées dans de nombreux groupes ultra-clandestins encore actifs aujourd’hui. L’IRSP reste un parti populaire aux fondations révolutionnaires, contre l’impérialisme et contre la bourgeoisie nationale. Le réformisme parlementaire n’est pas une voie acceptable pour la libération de la classe ouvrière d’Irlande. L’IRSP se positionne pour un état révolutionnaire prolétarien, qui chasse l’envahisseur Britannique par la force et unifie les classes ouvrières du nord et du sud.

    L’IRSP se pose par son caractère révolutionnaire comme une cible politique pour les états bourgeois de l’île, en tant qu’épine politique dans le fonctionnement de son hégémonie, tout les coups sont permis. Sean Carlin, tout comme de nombreux républicains Irlandais emprisonnés depuis des dizaines d’années, est un prisonnier politique, écrasé par le rouleau compresseur judiciaire qui use de lois extensibles pour réprimer toute forme de menace. L’état Britannique est effrayée par un drapeau, il veut effacer à la fois tout forme de combat, mais aussi la mémoire de ce combat et de ceux qui sont morts pour la révolution prolétarienne. Mais historiquement, quand la couronne Britannique ne s’occupait pas elle même de massacres comme lors du tragiquement célèbre Bloody Sunday de 1972, elle ne s’est jamais dérangée pour offrir du matériel militaire et des bombes aux chiens de garde fascistes de la couronne, qui agressent et tuent des civils Catholiques dans les rues de Belfast et de Derry, encore très actifs aujourd’hui. En plus de l’incarcération du camarade Carlin, l’IRSP a été victime de nombreux raids policiers dans différents locaux et cible d’accusations par les médias impérialistes d’être une organisation criminelle.

    Sean Carlin avait notamment exprimé dans une rencontre en Bretagne la solidarité des camarades Irlandais pour Georges Ibrahim Abdallah, plus ancien prisonnier politique d’Europe encore incarcéré en France, il est tragique de le voir souffrir en fin d’année 2018 d’un traitement similaire.

    L’Unité Communiste de Lyon exprime sa solidarité indéfectible au camarade Sean Carlin et à l’IRSP, ainsi qu’à tout les prisonniers politiques emprisonnés pour leur combat contre la bête fasciste et la machine impérialiste.

     

    Tiocfaidh ár lá !
    Vive la libération nationale des peuples opprimés, vive le prolétariat international et vive le communisme !

     

    Unité Communiste de Lyon, membre en France de l’ICOR (Coordination Internationales des Partis et Organisations Revolutionnaires)

     


     

    On December the 14th of 2018, the British judicial system has decided the demise of an Irish comrade, carrying a flag that commemorates the Irish struggle for national liberation is punishable by three years of prison.

    Sean Carlin, an activist for the Irish Republican Socialist Party (IRSP), a Marxist Leninist party mainly influenced by historical Irish revolutionaries like James Connolly, has been arrested by a heavily armed police squad in Belfast on November 2nd. Because of British anti terrorist laws, methodologically and strategically similar to the state of emergency that has been applied in France, the fact that comrade Carlin has been carrying a flag that pays tribute to Belfast freedom fighters of the INLA (Irish National Liberation Army), during a demonstration commemorating the Easter Rise of 1916, automatically makes him a member of a so-called terrorist organisation. He is currently imprisonned for three years with two years of probation.

     This judicial insanity enacted by the British bourgeois state is reminescent of the historical Irish struggle and the state’s current repressive goals. The IRSP has had an important activity during the Troubles (1968-1998), notably through its paramilitary organisation INLA, as one of the most efficient republican force against the fascist loyalist militias and the bourgeois states of Ulster and the pro-treaty Republic. If the internal conflicts between the republican paramilitary organisations have been frequent, culminating in the murder of founding member of IRSP/INLA Seamus Costello by a member of the OIRA, the IRSP have pointed out a major development in the political line of the Irish revolutionary war, the synthesis of the class struggle in Ireland and the question of national liberation. It was a necessary step while other major organisations like the ephemerous OIRA (Official IRA) deemed to concentrate on the question of class struggle while having a short view of the national question, while the more influential PIRA (Provisional IRA) was highly implicated in the national liberation movement while having a very relative class analysis of the Irish struggle. All of those paramilitary organisations have been disarmed ever since, some have been integrated into the parliementary political front with a reformist agenda (the PIRA being disbanded by the Sinn Fein in 2005 and the OIRA abandoning the revolutionary process in 1972 for parliementary revisionist action throught the Workers Party of Ireland), other members of PIRA have been completely dispersed in many small highly clandestine groups, the IRSP is still maintaining their revolutionary core, against imperialists and the national bourgeoisie. Reformism and parliamentary politics is not an acceptable path for the liberation of the Irish working class. The IRSP is fighting for a revolutionary proletarian state, chasing out the British invader by force and unifying all workers of Ireland, north and south.

    With this revolutionary character, the IRSP is a splinter in the hegemony of the imperial machinery and is automatically a target for the two bourgeois states of Ireland, all shots are allowed. Sean Carlin, with many other republican socialists, is a political prisoner, crushed by a judicial bulldozer that applies extensible laws to repress any form of threat to its hegemony. The British state is horrified by a simple flag, not only they repress any form of struggle, they want to erase the memory of those who have fallen to pursue this struggle. But historically, when the British state didn’t commit mass murder themselves like on the infamous Bloody Sunday, they never hesitated to give military equipments and bombs to protestant fascist militias loyal to the crown, fascist groups that are still to this day assaulting and murdering Catholic civillians in the streets from Belfast to Derry. In addition to the brutal incarceration of Comrade Carlin, the police have been harassing the IRSP for the past years on multiple occasions, and the imperialist media were akin to accuse the party of criminal activities.

    During a visit in Brittany a while ago, Carlin expressed the solidarity of Irish comrades to Georges Ibrahim Abdallah, the oldest political prisoner of europe, still incarcerated in France to this day, it is a tragedy to see Sean Carlin suffering a similar demise on the latter days of 2018.

    We, as the Unité Communiste de Lyon (Communist Unity of Lyon) express our indefectible solidarity to Comrade Sean Carlin and to the IRSP, alongside all political prisoners arrested for their struggle against the fascist beast and the Imperial forces of the world.

     

    Tiocfaidh ár lá !
    Long live the liberation of the oppressed nations, long live the workers of the world, and long live Communism!

     

    Unité Communiste de Lyon, member in France of ICOR (Internation Coordination of Revolutionary Parties and Organisations)

  • Déclaration du MLKP sur la situation en Syrie / Rojava

    Déclaration du MLKP sur la situation en Syrie / Rojava

    Les présents communiqués ont été rédigés en amont de la décision américaine de retrait de la Syrie. Nous regardons le départ des américains, de notre côté, comme un événement qui présente des aspects positifs et négatifs. Certes, le repli des troupes US signifie une défaite dans la capacité d’intervention directe des USA dans les conflits mondiaux. Dans ce sens il est révélateur d’un affaiblissement de leur étau, mais l’espace et le terrain concédé n’est pas forcément entre les mains des progressistes et des révolutionnaires. 

    Dans les faits, nous ne croyons pas à un départ abrupt et non-négocié de la part des USA. Nous pensons que des accords ont été trouvés pour permettre aux Turcs de faire le « sale boulot » sans salir encore davantage la réputation de l’US Army et des troupes spéciales. Il est probable qu’un consensus ait également été trouvé avec la Russie pour permettre un règlement de la question syrienne, sur le dos des peuples qui la constituent. En somme, le repli US est comme la disparition d’un grand caïd de la pègre, stimulant les appétits de ceux et celles qui voudraient prendre sa place. 

    Dans une situation plus que complexe, les forces combattantes des FDS et leurs alliés ont fait le choix tactique de trouver un modus vivendi auprès du régime d’Assad. Cette annonce a été applaudie avec un lâche soulagement par ceux qui soutenaient sans le dire ce régime tout en faisant mine de soutenir les FDS. Nous regardons ce choix comme rationnel en regard de la situation, mais nous ne doutons pas du fait que Assad et ses alliés ne voient dans les Kurdes et dans les FDS que des marchepieds pour leurs ambitions propres. D’une manière générale, la seule alliance stratégique, durable, sincère, ne peut être que avec le mouvement révolutionnaire international et la solidarité désintéressée organisée par celui-ci. 

    Nous voyons notre engagement dans l’ICOR comme la manière la plus efficace de faire vivre concrètement cette solidarité. 

    Nous invitons tout ceux et celles qui veulent la faire vivre également à rejoindre les amis de l’ICOR et les organisations de l’ICOR en France.

    A bas l’impérialisme, vive la Révolution !

    Nous avons appris que les impérialistes américains ont mis une prime sur la tête de nos camarades Cemil Bayık, Murat Karayılan et Duran Kalkan, les trois dirigeants du KCK et du PKK. Apparemment, les impérialistes déclarent qu’ils récompenseront le déshonneur et la décadence avec des millions de dollars. Disons le clairement : Tous les dollars des banques américaines ne valent pas un révolutionnaire. Aucune personne d’honneur ne daignerait être l’instrument de ce sale tour.

    L’argent est le leur, mais les montagnes sont à nous !

    Cette décision de l’impérialisme américain est un pas contre-révolutionnaire visant la liquidation, une tactique de guerre sale qui porte différents messages pour l’Etat turc, ses collaborateurs dans la région et le mouvement de libération kurde. Cependant, face à nos peuples, elle est nulle et non avenue.

    L’autodétermination est le droit le plus fondamental de notre nation kurde. Et lutter contre les obstacles qui se dressent devant ce droit est aussi un droit et un devoir moral. Le PKK est un parti politique qui lutte pour les droits et libertés démocratiques, il tire sa légitimité de nos peuples, de sa lutte pour cette juste cause. Et ses cadres dirigeants sont tous des figures révolutionnaires respectueuses.

    Les listes colorées du fascisme turc, la « générosité » des impérialistes américains ou en général, les décisions  » recherchées  » des Etats exploiteurs contre les partis et personnalités révolutionnaires, patriotiques, communistes, n’ont aucune légitimité à quelque condition et motif que ce soit. Tout cela n’est rien d’autre que la politique qu’ils appellent de leurs vœux pour la continuité de leurs ordres d’exploitation.

    Le PKK et ses cadres dirigeants sont les créateurs d’une histoire qui a défié les grandes puissances ; une histoire qui a épuisé au moins 6 présidents américains, enterré des dizaines de présidents d’Etat fascistes et capitalistes. Par conséquent, nous ne doutons pas que leurs montagnes et leurs camarades auront une vie assez longue pour jeter l’insolent Trump et ses collaborateurs dans la poubelle de l’histoire. Il n’y a pas de mort pour ceux qui luttent pour la révolution !

    Les impérialistes sont les ennemis de la révolution !

    Les Etats-Unis veulent utiliser ou modifier les équilibres existants au Moyen-Orient pour leurs propres intérêts. Les responsables de millions de morts dans de nombreux endroits du monde, au Vietnam, en Amérique latine et, enfin, en Irak, imposent maintenant leurs propres normes de brutalité. Ceux qui ont commis toutes sortes de massacres et d’attaques ne peuvent pas juger l’avant-garde des peuples avec leurs identités et leurs mains sanglantes.

    En voulant appliquer la même conspiration impérialiste contre les cadres dirigeants du PKK et du KCK, ce qu’ils ont déjà fait contre le dirigeant du peuple kurde Abdullah Öcalan, les Etats-Unis tentent de restreindre le mouvement kurde et de créer une perturbation dans leurs rangs, mais en même temps, ils donnent un message ouvert à leur Etat bourgeois turc collaborateur dans le dossier du PKK.

    L’objectif des impérialistes américains est clair, inutile d’en dire plus. En ce sens, la position de nos peuples doit également être claire. Du peuple kurde, patriote, jusqu’à tous les peuples de Turquie, les individus, les organisations, les associations qui réclament la liberté, la justice et la paix doivent élever la voix contre cette décision des impérialistes ainsi que les attaques de l’armée bourgeoise turque qu’ils soutiennent, et dire « stop » à cette sale guerre.

    Jusqu’à présent, ceux qui font de la montagne leur foyer et de la révolution leur chemin, n’ont jamais cherché à obtenir le consentement ou l’approbation de personne tout en contestant l’ordre de la cruauté. En tant qu’avant-garde d’une lutte qui tire son pouvoir du peuple et des opprimés, ils n’entreront dans aucune liste de terreur. Leur place est dans le cœur des peuples, leur pouvoir est dans le soutien de million d’hommes et de femmes. Aucune loi ni aucun État n’a réussi à empêcher cette volonté et il n’y a aucun pouvoir de l’empêcher par la suite.

    En tant que MLKP, nous protestons contre cette décision impérialiste contre nos camarades de lutte, les cadres dirigeants du KCK, du PKK et du HPG, et nous appelons nos peuples à élever la voix partout et à sortir dans la rue.

    L’appel du mois Novembre

    Le mois passe, et nous pensons à nouveau à nos immortels. Nos pensées vont à ceux et celles qui sont tombés en martyrs dans la lutte pour la liberté ; renforçons notre existence révolutionnaire sous leur lumière !

    Au nom du camarade Erdal Balcı, premier martyr du MLKP, assassiné par l’Etat fasciste turc le 4 novembre 1994, notre parti a déclaré le mois de novembre « le mois des martyrs », afin de commémorer de manière active et organisée les martyrs de la révolution. En effet, cette attitude était avant tout une question de responsabilité envers les martyrs de notre parti. Mais en même temps, en termes de relation véritable et révolutionnaire avec les martyrs de la révolution, c’est le reflet de la manière inclusive et unificatrice qui forme nos pas révolutionnaires depuis la fondation de notre parti comme une valeur essentielle à garder en vie. C’est pourquoi nous embrassons et acceptons comme martyrs tous ceux et celles qui ont participé à la lutte pour la liberté, la démocratie et le socialisme. En ce sens, chaque année, en novembre, avec ceux qui ont donné leur vie pour la lutte révolutionnaire dans les rangs de notre parti, nous nous souvenons de tous les martyrs de la révolution, visitons leurs tombes, sommes avec leurs familles, organisons des commémorations avec divers événements afin de diffuser et maintenir leurs rêves vivants.

    Ce sont eux qui se sont rebellés contre le déshonneur, l’égoïsme et l’injustice de la propriété privée qui divisent le monde en classes…. Ceux qui ont lutté jusqu’à la mort contre l’inégalité des races, des langues et des sexes ; contre l’ordre qui fait souffrir les ouvriers et les ouvrières dans les griffes de la faim, de la pauvreté, du chômage ; qui détruit l’environnement en transformant la science et la technologie en arme contre la nature et l’humanité…. Ils ne se méfiaient pas des valeurs pour lesquelles ils sont venus au premier plan ; ils ne regrettaient rien. Leurs âges, les années qu’ils ont passées dans la lutte révolutionnaire, leurs expériences, leurs capacités, les responsabilités qu’ils ont assumées sont sans égales. Cependant, ils sont devenus égaux en étant la volonté d’avant-garde, dans un esprit de sacrifice et d’immortalité. En effet, tous allaient au devant de la mort, pourtant ils étaient tous pleins d’énergie vitale. Ils avaient des désirs, des rêves et de l’amour qui étaient étroitement liés à la lutte d’émancipation de la classe ouvrière et des opprimés. Malgré cela, ils ne se sont pas placés dans une vie sûre, loin de la mort. Poursuivant leurs justes rêves dans des conditions et à des époques différentes, ils ont choisi de se promener au bord de différentes falaises. Et ils reproduisent leur bonheur dans ces choix….

    Oui, la lutte pour la liberté et le socialisme exige des prix élevés. Parce que les ennemis des peuples ne renoncent pas et ne renonceront jamais à se mobiliser pour toutes sortes d’oppression, de cruauté, de meurtre et de massacre au nom de leur pouvoir. De plus, afin de préserver ne serait-ce qu’une forme spécifique de leur souveraineté, ils s’en prennent à la torture, à la prison et aux pièges de la mort contre les révolutionnaires. Ceux qui décident de marcher sur ce chemin rocailleux, sur lequel ils se dotent des valeurs et de la culture de la lutte révolutionnaire, sont nécessairement les bienvenus pour en payer le prix. Parce qu’un chemin libre de sacrifices, de paiement des prix contre les pièges et les embuscades, arrive finalement à abandonner la ligne que l’ennemi trace. Au lieu de rester une simple opposition, la révolution se situe au-delà de cette ligne, là où les martyrs de la révolution le soulignent.

    En effet, le prix n’est pas payé seulement en étant gardé en prison ou en tombant en martyr. Dans le cadre de la lutte révolutionnaire, nous payons tous des prix différents à des degrés divers. Il s’agit ici de savoir si nous restons en arrière ou si nous sautons en avant après avoir fait face aux prix ; si nous allons être vaincus jusqu’aux limites tracées ou si nous allons les dépasser pour gagner l’avenir.

    En ce sens, en plus de préserver leur honorable mémoire, novembre est en fait l’appel lancé à tous les partis révolutionnaires et à leurs cadres pour qu’ils s’interrogent sur la pratique de ceux qui sont tombés pour un monde égal et libre. C’est l’occasion d’intérioriser les valeurs qu’ils ont laissées derrière eux, un tremplin pour nous permettre d’élargir notre horizon révolutionnaire.

    Avec cette conscience, nous, en tant que MLKP, réaffirmons une fois de plus notre respect et notre loyauté envers la mémoire de nos camarades, qui sont tombés martyrs dans les rangs de notre parti et d’autres partis révolutionnaires antifascistes au nom de la liberté, de la justice, de la fraternité entre les peuples, de la libération de la femme et du socialisme.

  • Le mouvement des Gilets Jaunes : Construire les outils de la victoire – Partie 6

    Le mouvement des Gilets Jaunes : Construire les outils de la victoire – Partie 6

    Construire les outils de la victoire.

    Partie 6

    Il faut être réaliste. A moins qu’il se produise un phénomène inattendu et imprévisible, le mouvement des Gilets Jaunes conduira immanquablement à un reflux, tôt ou tard. En tant que tel, il ne peut déboucher sur une révolution prolétarienne, sans que des préalables soient franchis en amont.

    L’usure, la fatigue, la répression de l’Etat bourgeois auront raison de la mobilisation. La bourgeoisie est gênée par ce mouvement, elle a été un peu écornée en surface. Mais elle n’a pas été menacée dans les fondements de son pouvoir, dans les racines de son ordre. Les affrontements ont pu déborder tactiquement les forces de l’ordre, la police, mais n’ont pas été une menace d’ordre stratégique, laquelle ne peut émerger que si elle a volonté à substituer un nouveau pouvoir à l’ancien dans les zones où les affrontements ont mis en péril la possibilité pour ce dernier de fonctionner correctement.

    Les assemblées qui émergent aujourd’hui posent les embryons de l’amorce de ces questions. Elles sont une première phase d’un questionnement qui présente une étape supérieure. Ces réunions de coordination et d’élaboration d’un calendrier posent la question du pouvoir au sens premier du terme, c’est-à-dire, au stricto sensu, le fait de « pouvoir ». Pouvoir prendre des décisions et pouvoir les faire appliquer. Mais cela ne suffit pas et demande, de plus, une certaine conception stratégique et une certaine conception organisationnelle. Or, cela fait partie de la tâche des organisations politiques communistes de les porter. Sans organisation communiste, pas de mouvement communiste.

    Le reflux se manifestera tôt ou tard. Nous devons l’anticiper pour que tout ne soit pas perdu. La mobilisation a jeté dans la rue toute une population qui n’avait jamais été mobilisée auparavant, qui n’avait pas été engagée, pas militante, peu idéologisée. Elle forme une expérience commune à un grand nombre d’individus tandis que toute une partie de la jeunesse, en particulier lycéenne, sera irrémédiablement marquée par les images terribles de la répression.

    Cela laissera forcément des traces, des séquelles, des souvenirs. Mais cela ne veut pas dire mécaniquement qu’une nouvelle génération d’engagés et d’engagées militants et militantes est née et qu’elle perdurera. Le fait de ne pas parvenir à une victoire stratégique, le fait de porter peut-être un soutien à des candidats aux élections qui trahiront leurs engagements, tout ceci peut, en dernière instance, renforcer le sentiment d’impuissance et la désespérance que la combativité. Plus qu’un statu quo ante bellum, l’expérience vécue peut être un frein à un nouvel engagement.

    Il n’est pas possible de contrer le reflux des mouvements de masse. Même en URSS ou en Chine, les mobilisations de masses, malgré la puissance des partis communistes, avaient leurs flux et leurs reflux. Mais il est possible de ressortir renforcé et en position de force par rapport à avant le mouvement.

    Cela ne peut être fait que par le fait d’organiser ceux et celles qui se sont mobilisés, dans nos organisations politiques ou dans les organisations de masse. Nous le savons mais nos ennemis le savent également.

    Les fascistes tout comme les électoralistes tentent une guerre de mouvement pour savoir qui ressortira gagnant politiquement de cette épreuve de force. Chacun avance ses positions. Nous devons avancer les nôtres également, sans toutefois nous livrer aux opérations cyniques des uns et des autres. Il faut mener une politique qui permette aux masses de pouvoir participer au processus de création du Parti Communiste révolutionnaire, que cette question ne soit pas l’apanage unique de militants dans un entre-soi.

    Nous devons le faire en faisant la démonstration de la nécessité de l’organisation politique comme outil de la victoire. Car, contrairement aux organisations fascistes qui existent pour servir la bourgeoisie, contrairement aux organisations électoralistes qui sont simplement des perspectives de carrière, nos organisations sont génétiquement différentes. Ou du moins doivent l’être.

    Pourquoi avons-nous besoin d’une organisation ?

    Avant tout pour gagner définitivement contre la bourgeoisie et son ordre d’exploitation.

    C’est pour cela que nous avons besoin de nous organiser. C’est pour cela que nous avons besoin d’une forme d’organisation qui puisse permettre de remporter cette victoire, c’est pour cela, encore, que nous avons besoin d’une politique d’unification qui permette de forger cet outil. Nous faisons le choix de fonctionner au centralisme démocratique, même si cela demande une rigueur à accroître, non pas parce qu’il s’agit d’un fétichisme malsain autour de l’ordre, mais parce que nous avons le devoir d’être efficace dans nos prises de décision et dans leur application par la suite.

    Replacer cela à sa juste place répond à un certain nombre de questions fondamentales sur les formes que doivent prendre notre organisation et sur le programme de développement que nous devons suivre pour parvenir à remplir nos objectifs.

    Pour revenir à ce que nous mentionnions plus en amont de cette brochure, il existe une ligne de démarcation entre notre conception et celle qui est défendue par d’autres courants idéologiques s’apparentant au communisme. Parce que nous n’attendons pas « le Grand Soir », parce que nous ne vivons pas dans l’espoir que la révolution n’« arrive » mais que nous voulons la mener, nous avons des exigences. Notre faiblesse, notre statut de groupe ne nous suffit pas. Nous ne saurions nous en contenter. Il nous est insupportable. Contrairement au « Collectif Athéné Nyctalope », contrairement à « A gauche » ou à un grand nombre d’autres organisations politiques, même d’importance nationale, nous ne pouvons rester ainsi.

    La bourgeoisie est organisée et structurée dans le but de pouvoir assurer sa domination sur les exploités et les exploitées. Si nous voulons non seulement nous soustraire à cela, y mettre fin, mais également empêcher que d’autres systèmes de domination ne soient mis en place, il nous est essentiel de pouvoir être à la hauteur de la tâche.

    Or pour se hisser à cette hauteur, les mouvements seuls, les comités, les collectifs, ne suffisent pas. Si Lénine a défini le Parti de type nouveau, ce n’est pas par fétichisme de l’autorité, mais bel et bien car il répond aux nécessités du combat révolutionnaire. Sa structure, sa discipline est faite pour remplir ces tâches, non pour faire plaisir et pour créer des espaces de contre-culture.

    Tout ramène, en bout de piste, à la question du Parti Communiste révolutionnaire. Nous avons besoin d’un parti pour être plus efficaces. Nous ne sommes pas les seuls à penser cela, heureusement. Mais nous ne sommes pas forcément en accord sur la définition des termes du sujet tout comme sur le diagnostic à poser. La question du PCF rejoint celle-là. Cela ne signifie pas qu’il faille considérer que tout ce qu’il contient est fait de poison. Certains, notamment les « opposants de gauche » au sein du PCF, s’adressent à nous pour que nous renforcions leur lutte interne. Si nous regardons une grande partie d’entre eux comme des militants sincères, nous ne pouvons être d’accord avec eux et elles, pour au minimum deux raisons fondamentales.

    La première est que cela ne marche pas. Depuis des décennies, ces oppositionnels n’ont pas gagné de terrain. Et pour cause le PCF est une structure qui a rompu avec le centralisme démocratique, avec le débat idéologique. Chaque congrès apporte son lot de réflexions amères sur le fonctionnement antidémocratique de l’organisation ex-communiste, mais sans que les décisions qui s’imposent ne soient appliqués.

    Ce qui amène directement à la seconde. Ceux et celles qui pensent cela sont satellisé autour du PCF, même s’ils ou elles n’en font pas partie. Ces militants et militantes sont en orbite autour d’une organisation anémique, sans parvenir à obtenir une « vitesse de libération » suffisante pour envisager autre chose.

    L’argument principal est celui de la masse de militants et de militantes qui restent au PCF, ainsi que de la structure. C’est là une faute idéologique. La masse de militants reste au PCF parce que les militants et militantes les plus avancées ne s’en détachent pas non plus pour proposer quelque chose qui puisse leur permettre de le quitter. De l’autre, la structure n’est pas primordiale. Elle est une déclinaison de la stratégie, elle est l’outil de celle-ci. Récupérer une structure de parti réformiste en croyant que cela en fera un parti révolutionnaire, cela revient à se tromper lourdement sur les raisons qui poussent à s’organiser.

    A un certain nombre de reprises dans l’histoire récente, des militants et des militantes ont proclamé la fondation du Parti révolutionnaire. Certains l’ont décrété, d’autres ont agi, en interne, comme si c’était le cas. Nous pensons qu’ils et qu’elles se trompent en faisant cela. Nous pensons que cette proclamation est prématurée. Il reste des étapes à franchir.

    Nous pensons que ce qui détermine un Parti est différent de ce qui détermine une organisation politique. Dans un texte de septembre 2018, inédit jusqu’à présent, nous nous exprimions ainsi :

    Comprendre la question du Parti demande tout d’abord de la replacer dans un certain cadre et de ne pas la traiter comme un fétiche. Le Parti n’est pas une fin en soi, il est un moyen. Il est le moyen par lequel les masses s’organisent, sont dirigés par leurs éléments les plus avancés, et peuvent faire la révolution puis procéder à la construction du socialisme dans sa phase inférieure puis supérieure. Le Parti est donc un moyen, un moyen essentiel, mais construit autour d’un certain pragmatisme. Son but est de fonctionner convenablement. Avoir stratégiquement raison ne suffit pas. Il faut également être capable d’être tactiquement dans le vrai, mais même de l’être aussi d’un point de vue de l’opératique, c’est-à-dire agir d’une manière qui permet de triompher des obstacles. Il est vrai que, idéalement, l’opératique, la tactique, devraient être étroitement subordonnés à la stratégie, mais dans les faits, dans la construction du parti, cela exige parfois d’accepter de temporiser sur sa volonté de démonstration et sur sa volonté de polémique pour pouvoir, d’une manière large, construire l’espace qui permettra après de traiter ces questions d’une manière réelle, influente, efficace et, surtout, décisive.

    Qu’est ce qui détermine le Parti par rapport à l’organisation ?

    Ce n’est pas forcément une barrière si aisée à définir. Il est possible de faire une analogie avec la vie. Qu’est ce qui détermine ce qui est vivant de ce qui ne l’est pas ? Deux aspects.

    Un métabolisme et un matériel génétique. Le matériel génétique est la théorie, l’idéologie. Le métabolisme est la possibilité d’avoir une action positive, affirmative, vis-à-vis de l’environnement, d’avoir un ordre du jour qui ait un impact, qui puisse être autre chose que simplement répondre à la bourgeoisie, mais bien pouvoir avoir un propre programme.

    Avoir un métabolisme sans théorie revient à faire régner l’opportunisme, mais disposer d’un matériel théorique sans métabolisme et se contenter de cela, c’est rester au stade viral de la vie, une vie parasitaire. C’est dépendre de la bourgeoisie ou d’autres organisations pour exister et cela revient également au fait de n’avoir qu’une action incantatoire dans la lutte des classes.

    Or, un parti pour exister, doit disposer des ramifications, de liens avec les masses, mais également de la possibilité d’agir de manière opérationnelle et indépendante de la bourgeoisie, de disposer de ses forces propres, de disposer de ses moyens propres, et d’avoir la capacité de pour mettre en œuvre un certain nombre de dispositifs. Un Parti se définit donc par son contenu idéologique, mais également par les dispositifs opérationnels qu’il peut mettre en place. »

    Ce qui nous ramène à ceux et celles qui ont proclamé la fin du processus de construction, la fin du travail de rassemblement et d’unification. Nous avons du respect pour leur travail, mais cela ne nous empêche pas de penser qu’il est prématuré. Nos expériences personnelles, bien avant la fondation de l’UCL, nous ont amené à rencontrer un grand nombre de cas de figure de ce type, dans lesquels, finalement, il est possible de retrouver un certain nombre de constantes.

    « Au sein de ces organisations qui fonctionnement comme des partis en miniature avec leurs bureaux, leurs secrétariats, la théorie et l’idéologie sont proclamées comme étant des vérités. C’est la foi qui règne, car elles n’ont pas la masse critique pour faire le travail de démonstration scientifique. L’adhésion est sur la base d’un corpus de textes et d’auteurs et de vérités indémontrables scientifiquement parlant. Leur relation aux masses n’est que par l’incantation.

    La compréhension de l’étape du parti est, au mieux, comptable, mais n’est pas le fruit d’un bond qualitatif. On ne saurait améliorer ce qui est parfait. Le bureau de ces organisations se vit en permanence comme étant dans un état de siège idéologique, comme voyant toute autre ligne comme une déviation révisionniste incorrigible.

    La progression dans la maîtrise idéologique, dans ces organisations, se fait selon la recette de la scolastique. Militants et militants acquièrent et répètent à l’infini les préceptes érigés par leur direction comme une vérité absolue et immuable. Cette connaissance universitaire ravale, de plus, le marxisme au rang de fétiche et non de guide pour l’action.

    Trois conséquences directes : d’une part, les autres organisations sont ignorées ou considérées comme hérétiques. L’unification ne peut se faire, de fait, car la foi parfaite ne peut trouver de terrain d’entente, ne peut évoluer, ne peut être débattue. Le un se divise en deux est ainsi employé comme excuse pour rejeter toute évolution de manière préemptive.

    Deuxième conséquence, elles ne peuvent organiser la classe ouvrière, du fait d’une exigence de connaissance universitaire de la théorie. Exigeant la perfection, elles se retranchent derrière sas après sas pour filtrer les entrées.

    La troisième conséquence est que les mots d’ordres ne correspondent par à la réalité sociale, à la situation politique ou au niveau de conscience des masses. Ces organisations s’adressent à la petite bourgeoisie radicale, mais ne peuvent parler aux prolétaires »

    Nous ne pensons pas que le processus soit terminé, nous pensons que ces organisations se trompent dans la « recette » du Parti, tout comme dans le fait de savoir ce qui sera le centre de celui-ci.

    Nous ne croyons pas que nous soyons le centre de gravité. Nous ne pensons par que c’est par accrétion autour de nous, par absorption-intégration, que nous grandirons. Nous pensons que c’est au contraire par le fait que cela ne peut se faire qu’autour d’une fusion qui liquidera les anciens cadres organisationnels pour en créer de nouveaux, communs et uniques.

    Notre participation récente à l’ICOR, tout comme le travail que nous faisons au niveau national découle de ces constats. Nous ne connaissons pas toutes les organisations participant à cette coordination internationale. Nous n’avons pas tout lu ni statué sur l’intégralité des prises de position qu’elles ont pu avoir au présent comme par le passé.

    Nous pouvons certainement trouver des désaccords à formuler. Cela ne représente aucune difficulté. Nous sommes certains que si nous voulons trouver des alibis au fait de rester en dehors de cette coordination, nous pourrions sans peine en trouver. Nous pourrions rester, ainsi, à couver notre vérité pure et parfaite sans jamais la confronter à d’autres, sans jamais tenter de la prouver, de la démontrer et de la défendre. Nous pourrions être satisfaits de notre grandeur et regarder avec condescendance toutes les forces politiques qui nous entourent, nationalement et internationalement.

    Ou nous pouvons partir du principe que nous ne faisons pas de procès d’intention aux organisations membres de cette coordination. Nous pouvons partir du principe de cesser cette politique de défiance et de méfiance et partir du principe que nous nous adressons avant tout à des camarades communistes qui cherchent à travailler à la même chose que nous. Nous pouvons partir du principe que les critiques que nous pouvons formuler ne sont pas là pour justifier un isolement et un désengagement, mais qu’elles sont des pierres à apporter à l’expérience commune d’organisations politiques qui cherchent à bâtir une unité internationale. Nous pouvons partir du principe que nous serons écrasés par un moule normatif ou que nous participons ensemble à construire un outil qui peut nous permettre de remporter des victoires et de disposer d’un espace de recherche et de débat prolétarien permettant d’affûter notre idéologie et ses applications concrètes.

    « Paradoxalement, la grande connaissance de l’histoire des partis communistes leur fait perdre de vue la véritable manière dont ils ont fonctionné. De cette histoire, on ne retient que les scissions, que les conflits internes, que les purges, mais pas les principes de fonctionnement du Parti. Surtout le fait que l’adhésion idéologique n’était pas la base, mais bien l’adhésion politique. Il existe, par ailleurs, une tendance à pratiquer un raisonnement téléologique chez les militants et militantes. Il s’agit de ce que nous avons analysé de notre propre pratique et de nos erreurs. Cette tendance pousse à surestimer constamment les difficultés et à fonctionner sur le mode de l’imputation et du procès d’intention.

    A nos yeux, la ligne la plus importante est celle qui constitue la dictature du prolétariat. Pourquoi ? Car elle contient en germe toutes les autres questions. La forme de l’organisation, pour l’instaurer, sa discipline, pour réussir, mais également la forme souhaitée du pouvoir une fois la victoire obtenue. Les adhérents, pour être admissibles, n’ont pas besoin même de formuler ce concept selon l’expression consacrée, mais simplement d’en comprendre les tenants et les aboutissants, pour ne pas rester sur un rejet sémantique.

    Exposer cette problématique n’est pas suffisant en soi, car cette tendance est omniprésente. Nous l’avons vécu dans les processus d’unification, qui ont tous été voués à l’échec. Il faut prendre des risques, oser avancer, oser s’unifier. Quitte à perdre ce que nous avons construit, car, sans cela, cette construction est vaine et sans objet.

    D’un point de vue pratique nous défendons le fait de proposer une rencontre de l’ensemble des organisations qui se revendiquent de la dictature du prolétariat pour qu’existe une reconnaissance mutuelle des organisations les unes vers les autres. D’autre part nous souhaitons développer des cadres de débat pour permettre d’avoir un travail de discussion politique qui soit transorganisationel. »

    Notre organisation proposera bientôt ces cadres. Elle proposera largement aux communistes de s’y associer dans le but d’avancer en commun dans la construction d’une organisation qui permette de répondre aux besoins de la classe ouvrière, des exploités, des opprimés.

    Nous savons que ce genre de processus est effrayant pour ceux qui s’arc boutent sur leur minuscule royaume. La peur d’être inaudible, la peur d’être entraîné dans quelque chose de médiocre. Peut-être notre « immense sagesse » ne sera t-elle pas reconnue au premier jour, peut-être nous faudra t-il faire la preuve de celle-ci. Devons-nous le redouter ? Tant que le cadre de débat reste ouvert et qu’il permet que les positions évoluent, s’affinent, se décantent, non. Peut-être découvrirons-nous que nous avons tort. Dans tout les cas, soit nos forces et nos organisations doivent être risquées dans un processus qui permette d’avancer idéologiquement et organisationnellement, soit elles n’ont strictement aucun intérêt. Autant les démanteler et renoncer. Nous ne finirions que comme ces « navigateurs en solitaire du léninisme », inorganisables, ingérables, inutiles à toute lutte et toute cause.

    En dernière instance, mieux vaut être dans un parti qui puisse courir le risque d’être, à un moment, tactiquement dans le faux que de rester seuls à végéter, contemplatif de la lutte des classes qui se déroule sans nous. Si nous ne franchissons pas ce pas, nous continuerons d’être des spectateurs. Même si nous échouons, nous en apprendrons plus pour mieux avancer que si nous ne faisons rien.

    Les Gilets Jaunes nous donnent une leçon de vie et une leçon de politique. Leur mouvement est une démonstration salutaire qui nous renvoie à nos manques. D’une part, vers les travers du milieu militant : le fait qu’il ait capitulé pour rester un entre-soi, le sectarisme et le mépris de classe…

    D’autre part vers les schémas préconçus et préétablis d’organisations routinières, incapables de saisir la réalité de la lutte des classes actuelle. Vers les croyances en un incontournable cursus honorum de la lutte, au travers des syndicats, des organisations politiques, des collectifs et des partis. Pourtant, c’est le réformisme, le clientélisme, la perte de combativité tactique et stratégique qui explique ce débordement.

    En dernière instance, cette mobilisation nous ramène à notre propre incapacité à avancer de manière sérieuse, rigoureuse, déterminée, vers le fait de construire l’outil l’arme du combat, l’outil de la révolution, le Parti Communiste Révolutionnaire.

    L’image que reflète le miroir de la lutte des Gilets Jaunes n’est pas particulièrement agréable à regarder. Mais il n’est d’aucune utilité de s’en prendre au reflet ou à le croire déformant. Il n’y en a qu’à grandir pour se hisser à la hauteur de la tâche qui nous incombe.

  • Le mouvement des Gilets Jaunes : S’adresser à toutes et tous – Partie 5

    Le mouvement des Gilets Jaunes : S’adresser à toutes et tous – Partie 5

    S’adresser à toutes et tous.

    Partie 5

    Nous devons nous adresser à toutes et tous.

    Nous savons que beaucoup d’individus sont hostiles au communisme. C’est un fait logique. L’anticommunisme institutionnel nourrit les esprits de tout un bric-à-brac de thèses fausses, d’inventions, de récits horrifiants sur le communisme. Cela contribue à créer des associations dans l’esprit d’une large partie des masses.

    Nous devons lutter contre ces mensonges, lutter contre les thèses fausses, lutter contre le révisionnisme, et lutter contre des idéologies anti-communistes « de gauche », promues par la bourgeoisie comme des versions « acceptables » du léninisme.

    Nous devons le faire sur le fond. Nous ne devons jamais y renoncer.

    Mais nous ne pouvons pas faire de cette explication de fond un préalable à tout ralliement. Nous ne devons pas attendre d’un mouvement de masse qu’il marche parfaitement dans le sentier tracé par la synthèse de l’expérience du mouvement communiste. Reprocher aux gilets jaunes de ne pas porter des revendications communistes est un reproche stupide. Sans communistes, pas de mouvement communiste.

    Nous devons mener un travail de diffusion de nos idées, de nos conceptions, de notre science marxiste-léniniste. Mais nous devons fonder la base de notre ralliement sur notre ligne et nos mots d’ordre. Nous fondons le ralliement que nous opérons en premier lieu sur une base politique et non idéologique.

    Il ne faut pas cacher notre engagement, il ne faut pas cacher notre drapeau. Il ne faut pas couper dans le jeu d’une certaine défiance envers l’organisation. Il nous faut l’expliquer.

    Ce qui peut transformer une absence en un succès, c’est la capacité à pouvoir définir une ligne politique et des mots d’ordres qui sont adaptés. Or, des mots d’ordres intemporels, valable en tout temps et tout moments ne sont pas des bons mots d’ordres. Ce sont des maximes, des incantations, des fétiches. Aujourd’hui, le mot d’ordre de grève générale est un mot d’ordre faux. Il est lancé en l’air alors que les syndicats ne sont pas dans la lutte, alors que les directions ont freiné des quatre fers, alors -surtout- que ce mot d’ordre reste politiquement en deçà de ce qui émerge aujourd’hui dans le mouvement des Gilets Jaunes. Notamment, comme mentionné dans la partie précédente, autour de la question du RIC.

    Nous considérons que le mot d’ordre qui s’applique immédiatement et qui correspond à la phase actuelle du mouvement des Gilets Jaunes est celui de « créer des assemblées » et celui de « poser la question du régime ». Peut-être, après les fêtes de fin d’année, ce mot d’ordre ne sera plus à l’ordre du jour si le mouvement s’effondre, et reflue. Alors nous devrons élaborer un autre mot d’ordre, qui serait probablement « organisons-nous pour contrer le reflux ». Cette question du reflux est abordée plus en détail à la fin de cette brochure.

    Nous faisons le choix de nous adresser à tout le monde. A toutes les catégories sociales qui composent la société, y compris à celles qui nous sont hostiles. Nous nous inspirons en cela de la politique menée par le Parti Communiste dans les années 30.

    L’extrême-droite tente d’instiller son poison dans les esprits en se nourrissant de peurs réelles, du vécu de la population. La peur de la violence, la peur de l’insécurité, la peur du déclassement social. Cet effroi est réel car il correspond à des menaces réelles sur l’existence des individus. La colère, le rejet des institutions, du « système », est réel dans la population. Il fait partie d’un sentiment diffus d’avoir en face de soi un Etat monstrueux, omnipotent, sur lequel il n’existe aucune prise.

    Tout comme l’isolement des pèlerins dans l’hiver a mené aux procès de sorcellerie de Salem, les fascistes utilisent un argument de l’encerclement, de l’isolement. La propagande fasciste ne parle qu’à l’individu, qu’à l’atome, qu’à l’isolé, passif, devant son écran, en lui fournissant un sens à ce qu’il vit, à sa révolte. Un sens nourri par toutes les conceptions réactionnaires qui flottent dans la société.

    Nous nous adressons à toutes et tous en tant que membre d’une classe. En tant que composants et composantes d’une société. Et nos réponses visent à expliquer que la réaction n’a pour objectif qu’une permutation des valets des maîtres, des oppresseurs, des exploiteurs et exploiteuses. La solution n’est pas dans l’affermissement du pouvoir bourgeois, dans le renforcement de son ordre, mais au contraire, dans sa disparition.

    Bien sûr, nous nous adressons -bien que, en deux ans d’existence, notre expérience reste lacunaire- en priorité, dans nos tracts, dans nos discours, aux ouvriers et aux ouvriers agricoles, ainsi qu’a la jeunesse, particulièrement populaire. Ce n’est pas suffisant encore et il nous reste un travail immense à accomplir.

    Mais nous devons parler à tous.

    Thorez, en 1936, écrivait ceci dans son discours de la « main tendue ».

    « Nous avons œuvré à l’unité entre les travailleurs des villes et des champs, entre les travailleurs manuels et intellectuels. Nous sommes heureux d’avoir propagé l’idée du Front populaire du travail de la liberté et de la paix, et de collaborer loyalement à une action commune avec les radicaux, les républicains et les démocrates. Nous avons travaillé à l’union de la jeunesse de France.

    Et maintenant, nous travaillons à l’union de la nation française contre les 200 familles et leurs mercenaires. Nous travaillons à la véritable réconciliation du peuple de France.

    Nous te tendons la main, catholique, ouvrier, employé, artisan, paysan, nous qui sommes des laïques, parce que tu es notre frère et que tu es comme nous, accablé par les mêmes soucis.

    Nous te tendons la main, volontaire national, ancien combattant devenu Croix-de-Feu, parce que tu es un fils de notre peuple que tu souffres comme nous du désordre et de la corruption, parce que tu veux comme nous éviter que le pays ne glisse à la ruine et à la catastrophe.

    Nous sommes le grand Parti communiste, aux militants dévoués et pauvres, dont les noms n’ont jamais été mêlés à aucun scandale et que la corruption ne peut atteindre.

    Nous sommes les partisans du plus pur et du plus noble idéal que puissent se proposer les hommes. »

    Même si le PC puis le PCF ont commis un grand nombre d’erreurs de droite par la suite, jusqu’à franchir la ligne rouge qui sépare le révolutionnaire du réformiste, nous ne pouvons que considérer ce discours comme juste.

    Nous considérons que notre organisation ne doit pas être qu’une organisation de communistes parlant aux communistes, prêchant les convaincus. Elle doit travailler à être une organisation dont la ligne soit un point de référence pour les communistes et pour la très large masse de sans-partis.

    La présence de fractions de la petite-bourgeoisie au sein du mouvement des Gilets Jaunes ainsi, pose des questions. Cela a été utilisé à plusieurs reprises comme alibi pour justifier une non-participation. Dans l’esprit de ceux et ce celles qui ont employé cette justification, le mouvement devait être 100% prolétarien ou ne pas être.

    Autant dire que ceux et celles qui s’accrochent à cette thèse ne sont pas près de participer à quoique ce soit. Or, la petite bourgeoisie, bien que ne formant pas le nœud focal, est-elle à rallier ou est-elle à combattre ? Doit-on la laisser se jeter dans les mains de la réaction ?

    Lorsque la propagande bourgeoise met en avant les souffrances d’une partie de la petite-bourgeoisie, elle se base, elle aussi sur des faits et sur une certaine réalité. Oui, il existe une réalité des souffrances de la petite bourgeoisie, qu’elle soit intellectuelle, qu’elle soit commerçante ou industrielle par ailleurs.

    Les difficultés des enseignants et enseignantes sont bien connues, tout comme celles, en général, d’une petite bourgeoisie employée par l’Etat. Mais celle que peuvent connaître d’autres secteurs de cette couche sociale petite-bourgeoise le sont moins.

    Les horaires infernaux, les difficultés financières, l’étranglement par les dettes concourent à mettre la petite bourgeoisie en difficulté. La rhétorique avancée par les bourgeois est celle de dire que cela provient du coût du travail trop élevé, qu’il faut baisser les salaires.

    Dans cette ère de concentration massive du capital et des richesses en un très faible nombre de mains, la petite bourgeoisie elle-même est prise dans un étau. Et pour cause ! Le petit commerce, le petit patronat, le petit artisanat ne peut s’implanter que dans des espaces qui ne dégagent pas un taux de profit suffisant pour intéresser les grands capitalistes. Cette petite-bourgeoisie croit sincèrement être indépendante et libre, alors qu’elle n’est qu’en sursis constant. Si leur segment de marché devient invivable, dès la moindre crise, ses membres se retrouvent prisonniers des dettes envers les banques.

    Et si le segment de marché sur lequel elle travaille devient, au contraire, florissant, si les taux de profits décollent, des rapaces autrement plus grands et plus puissants s’empresseront de le prendre, notamment par la guerre commerciale.

    Elle se tourne alors vers la variable sur laquelle elle peut agir : le capital variable. Muriel Pénicaud, ministre du travail, s’était exprimée sur le sujet en indiquant que le SMIC et les charges sociales étaient trop élevé pour permettre aux petits patrons et aux petites patronnes d’embaucher. Si la mobilisation réactionnaire autour de cette question triomphe, elle ne réglera rien pour la petite bourgeoisie, au contraire.

    Elle favorisera encore davantage les taux de profit des plus grands capitalistes et leur permettra de rendre intéressants à leurs yeux des segments de marché détenus par la petite bourgeoisie.

    Les fascistes et une certaine partie de la gauche réformiste sont porteurs d’une thèse réactionnaire et rétrograde. Dans leurs explications, ce serait une déviation du capitalisme, désormais financier et non plus industriel. Pour les uns comme pour les autres, il faudrait « contrôler » le capitalisme, le « moraliser ». Les uns et les autres veulent bien concéder l’existence d’une oligarchie, supposée néfaste, mais sans jamais poser la question de classe.

    Chez les fascistes, cela passe par l’organisation dans des corporations, qui doivent subordonner les intérêts des capitalistes à un hypothétique et hypocrite « intérêt suprême de la nation ». Ils s’appuient en cela sur les « bons capitalistes », les « bons patrons », le patriotisme économique.

    Chez les réformistes, cela passerait par le fait de faire passer des lois et des règlements stricts que les capitalistes seraient enclins à suivre sans mot dire.

    Dans un cas comme dans l’autre, cela revient à bien mal connaître la nature du capitalisme. De comprendre sa génétique interne. De comprendre le fait que les capitalistes tendent vers la recherche de profits toujours plus grands, toujours plus importants. Croire que les profits de l’industrie puissent suffir aux capitalistes, alors que leur tendent les bras ceux de -encore plus énormes- de la spéculation, revient à ne pas comprendre le fonctionnement basique de l’économie capitaliste.

    Croire que la bourgeoisie ne cherchera pas à imposer son ordre -par tous les moyens- et à s’affranchir à tout prix des règlements et des entraves, revient à agir en naïf et à ne pas retenir les leçons de l’histoire. C’est croire que la bourgeoisie accepte de se laisser dicter sa loi, alors qu’elle ne reconnaît que celle du profit. C’est croire qu’elle renoncera à ses prétentions sur le marché international, à la possibilité de se goinfrer démesurément des richesses du monde. Qui plus est, et c’est intolérable à ses yeux, cela reviendrait à laisser la place aux autres bourgeoisies.

    Mais la bourgeoisie n’a d’autre choix : grandir ou être constamment sous la menace d’être broyée. Décapiter une « oligarchie », si tant est que cela soit possible sans révolution socialiste, cela ne signifierait qu’ouvrir la possibilité pour d’autres d’occuper la place au soleil.

    La petite bourgeoisie est entre le marteau et l’enclume. Et si elle veut ne plus être constamment menacée par la pauvreté, par les dettes, par le déclassement, son intérêt objectif est celui de la victoire du camp du peuple. Même si elle n’en a pas conscience,il s’agit là d’un fait. Elle ne forme pas un contingent fiable, par sa nature de classe, vacillante, mais il est très important de la neutraliser. 

    Lénine écrivait : « Supprimer les classes, ce n’est pas seulement chasser les grands propriétaires fonciers et les capitalistes, – ce qui nous a été relativement facile, – c’est aussi supprimer les petits producteurs de marchandises ; or, ceux-ci on ne peut pas les chasser, on ne peut pas les écraser, il faut faire bon ménage avec eux. »

    Nous ne sommes pas encore dans une situation de construction du socialisme, où les résidus de la petite bourgeoisie, menacés dans leurs intérêts de classe, se dresse contre la transformation de la société. A l’heure actuelle, elle aussi subit des formes d’exploitation et s’exploite également elle-même.

    Notre conception n’est pas de brider la roue de l’histoire, ni de la faire tourner à l’envers. Ce n’est pas de revenir à la petite production, qui créé d’ailleurs les bases du capitalisme, mais au contraire de nous tourner vers le socialisme, qui implique la socialisation de la production mais également de la propriété réelle de ceux-ci. De dépasser le capitalisme en faisant mieux, en produisant mieux, en répondant mieux aux besoins des masses, non se réfugiant dans une petite production, inefficace et génératrice de gaspillage.

    Une grande partie du prolétariat est nourri à l’idée qu’il pourra également, un jour, devenir petit bourgeois. C’est une des victoires de l’idéologie bourgeoise. Nous devons être capables de répondre à cela.

    Nous devons être capables d’expliquer pourquoi les inquiétudes, les angoisses, les peurs qui touchent autant les prolétaires que la petite bourgeoisie trouvent leur résolution dans la victoire du socialisme. Nous devons être capables de répondre aux accusations des idéologues anti-communistes quant à notre programme, que ce soit au niveau de l’organisation économique de la société, de la politique fiscale, de la politique intérieure, de la démocratie ou de l’accès aux biens de consommation.

    Nous devons même être capable de nous adresser à nos ennemis, aux forces de répression, appuyer les sentiments qui peuvent exister chez eux de doute ou d’abattement. Non pas pour, comme certains syndicats, organiser leurs luttes pour plus de moyens de réprimer, comme l’a fait FO-Police. Notre objectif n’est pas de flatter le corporatisme des forces de répression, mais bien pour pousser ceux qui mettent en doute le bien fondé de leurs ordres à prendre leurs dispositions et à refuser de les mettre en action, d’entraver et de dénoncer leur application, mais également de quitter leurs fonctions.

    C’est un tâche complexe, d’autant plus dans un Etat impérialiste, qui tire des subsides immenses de l’assujettissement de colonies et de néo-colonies, mais qu’il nous faut être capable de faire.

    Nous ne pensons pas que nous puissions le faire seuls, que notre organisation ne suffit pas. Nous pensons qu’il nous faut travailler à un meilleur outil.

  • Le mouvement des Gilets Jaunes : Nos tâches en tant que communistes – Partie 4

    Le mouvement des Gilets Jaunes : Nos tâches en tant que communistes – Partie 4

    Nos tâches en tant que communiste.

    Partie 4

    Politiser la lutte.

    « Les masses sont les véritables héros, alors que nous sommes souvent d’une naïveté ridicule. Faute de comprendre cela, il nous sera impossible d’acquérir les connaissances même les plus élémentaires. » La lutte menée par les Gilets Jaunes confirme ce que pouvait, alors, écrire Mao. La lutte sociale d’ampleur, menée sans relâche, a été un choc pour une grande bourgeoisie habituée à pouvoir imposer ses décisions et ne tenant plus compte des luttes. Cette lame de fond a balayé la poussière qui s’était déposée sur un milieu militant engoncé dans des habitudes et des schémas préétablis.

    Dans de nombreux pays, cette mobilisation est scrutée par les organisations politiques progressistes et révolutionnaires. Elle est imitée par les masses en colère. Elle est contagieuse partout où la crise économique mondiale a semé ses ravages.

    « Les masses sont les véritables héros », mais nous avons un rôle à jouer. Contrairement à ce que nous avons pu lire, la spontanéité existe. Le spontanéisme aussi de facto. Mais cela ne suffit pas. Les organisations politiques communistes -à défaut de Parti- ont des tâches à accomplir.Même seules, les masses populaires en mouvement sont capable de grandes choses. Elles sont capables de mettre en échec les exploiteurs, de lutter contre eux, de définir un cap. Mais tout n’est pas possible.

    La confrontation avec l’exploitation, avec la bourgeoisie, avec la répression et avec le mépris social forgent les consciences. Ces conflits les aiguisent. Ces vexations, ce rejet de la misère pousse à chercher des issues et à vouloir arpenter les voies qui permettent de les emprunter.

    Seulement, la bourgeoisie au pouvoir n’est pas dupe et les entrave, sème la confusion, le chaos, la dispersion, la haine -par le truchement de l’extrême-droite- au sein des masses en lutte. Les tâches des Partis Révolutionnaires sont d’apporter la ligne politique qui permet de triompher de ces obstacles, de les balayer et de permettre au mouvement de lutte de progresser et d’avancer toujours en direction de la victoire.

    De même la direction émergent spontanément du mouvement, ses têtes visibles, sont bien souvent des éléments petits-bourgeois, radicaux, certes, mais présentant les travers typiques de la petite bourgeoisie. Voilà ce qu’en disait Lénine :

    « Ils entourent de tous côtés le prolétariat d’une ambiance petite-bourgeoise, ils l’en pénètrent, ils l’en corrompent, ils suscitent constamment au sein du prolétariat des récidives de défauts propres à la petite bourgeoisie : manque de caractère, dispersion, individualisme, passage de l’enthousiasme à l’abattement. »

    Lénine, pour apporter une réponse à ce problème, pose la question de l’organisation politique et de son rôle primordial pour mener les luttes jusqu’au bout tout comme pour la transformation de la société.

    « Pour y résister, pour permettre au prolétariat d’exercer comme il se doit, avec succès et victorieusement, son rôle d’organisateur (qui est son rôle principal), le parti politique du prolétariat doit faire régner dans son sein une centralisation et une discipline rigoureuse. »

    Nous n’en sommes pas là, ces tâches ne sont pas réalisables à l’heure actuelle par nos forces seules. Mais nous devons tendre vers elles, avancer dans la possibilité de rallier, dans le flux et surtout dans le reflux, les forces qui constitueront l’ossature et la musculature d’un futur parti révolutionnaire.

    À l’heure actuelle le mouvement communiste en France n’est pas parvenu à s’imposer où que ce soit dans le mouvement comme une force dirigeante. Il n’est pas parvenu à apparaître comme une composante importante du mouvement des Gilets Jaunes, comme une force capable d’impulser une ligne et une direction. Il existe un grand nombre de raisons à cela telle que la dispersion des forces, la faiblesse générale du mouvement… Mais il n’est pas possible de se retrancher derrière ces faits en les déclarant insurmontables. Surtout, leur nature « technique » ne peut pas camoufler leurs racines, qui elles sont politiques.

    Il existe une grande confusion dans les conceptions stratégiques défendues par les organisations communistes. Certaines -comme mentionné dans les premières parties de la brochure- tendent à penser même que les exploités ne les « méritent pas ». Que le peuple n’est pas digne de leur science et de leur savoir parfait. Nous ne pouvons pas nous placer à l’extérieur de celui-ci, prendre une attitude en surplomb, nous contentant de critiques et de conseils lancés au loin. « Il faut » que les masses les rejoignent, « il faut » qu’elles changent et qu’elles « grandissent ».

    Le désarroi idéologique est tel que fondamentalement ils et elles ont oublié à quoi servent les organisations politiques, les syndicats, les partis. A leurs yeux, l’appareil est tout, le mouvement de masse n’est rien. Leurs organisations ont « besoin » des masses uniquement dans le sens où elles sont une greffe artificielle qui désespère de prendre.

    Nous pensons quant à nous que notre organisation existe pour une seule et bonne raisons : Servir le peuple. Elle n’a pas « besoin » des masses. Elle répond à leurs besoins, à leur exigence de liberté contre l’oppression et contre l’exploitation. C’est sa raison d’être. C’est la raison d’être du Parti que nous voulons construire.

    Le constat d’insuffisance, à l’heure actuelle, est pour nous, comme pour tous les communistes sincères, insupportable. Seules des sectes n’ayant d’autres désirs que de rester des sectes peuvent se contenter de cela. C’est pour cela que la question du Parti est primordiale à nos yeux.

    C’est également pour cela que nous enjoignons ceux et celles qui ne veulent pas attendre que la révolution arrive, mais qui veulent en être les artisans à collaborer avec nous en France, dans ses colonies et néo-colonies comme à l’international. Il s’agit du sens principal de l’alliance révolutionnaire que nous serons amenés à proposer conjointement avec nos camarades de l’UPML.

    Dans l’intervalle, l’action que nous avons menée et que nous menons dans la lutte a été sur plusieurs plans.

    L’Unité Communiste de Lyon considère qu’une des clés de la possibilité d’avoir un rôle effectif est dans le fait de créer les instances de débat et de prises de décision démocratiques. À Lyon, l’Unité a travaillé à l’impulsion d’assemblées populaires. Ces espaces ont permis de rompre en partie la fragmentation du mouvement des Gilets Jaunes, localement, mais également d’abattre des cloisons vis-à-vis des autres luttes.Ceux et celles qui luttent dans les lycées, dans les universités ou dans les usines ont pu prendre la parole. Ces paroles communes ont permis d’initier un creuset dans lequel peut se fondre les luttes.

    Pour nous, ces instances sont autant des lieux qui peuvent permettre à la lutte de se doter d’une direction démocratiquement déterminée, mandatée et contrôlée, mais également nouer des ponts, des passerelles, des coordinations entre les assemblées des différents lieux.

    Certains et certaines ont redouté le fait que les discours et les prises de parole soient empreints d’idées réactionnaires, conspirationnistes, fascistes. Il s’agit d’une question que tout militant et toute militante communiste peut se poser. Mais dans les faits, les militants et militantes fascistes ne sont pas venus. Qu’auraient-ils eut à dire ? Rien qui ne puisse être battu. Quant aux idées et conceptions fausse, il y en a eu. Mais nous ne devons pas les redouter. Nous devons au contraire les écouter, comprendre d’où elles proviennent et y répondre. Mais nous de devons jamais redouter la parole des masses.

    Certains la redoutent tant qu’ils imposent un contrôle bureaucratique des assemblées et des mouvements, refusant toute présence d’autres forces politiques, refusant même que la parole des participants s’écarte un tant soi peu de la ligne définie par leur organisation. En avançant ainsi, ils n’ont suscité que la frustration, la colère et le rejet.

    D’autres se sont cachés. Ils se sont mués en sous-marins opportunistes, essayant de prendre des positions clé pour imposer par la suite leur propre ordre du jour, niant les propres règles démocratiques proposées par les assemblées.

    Nous mêmes, militants et militantes de l’Unité Communiste de Lyon, nous avons pris la parole. Car dans ces instances du débat démocratique se trouve un lieu central pour exposer notre ligne, exposer nos conceptions. S’appuyer sur ce que peuvent exprimer ceux et celles qui prennent la parole et apporter une synthèse politique.

    Nous considérons que nous devons appliquer une ligne de masse. Mao la définit ainsi :

    « Dans toute activité pratique de notre Parti, une direction juste doit se fonder sur le principe suivant : partir des masses pour retourner aux masses.

    Cela signifie qu’il faut recueillir les idées des masses (qui sont dispersées, non systématiques), les concentrer (en idées généralisées et systématisées, après étude), puis aller de nouveau dans les masses pour les diffuser et les expliquer, faire en sorte que les masses les assimilent, y adhèrent fermement et les traduisent en action, et vérifier dans l’action même des masses la justesse de ces idées.

    Puis, il faut encore une fois concentrer les idées des masses et leur retransmettre pour qu’elles soient mises résolument en pratique. Et le même processus se poursuivra indéfiniment, ces idées devenant toujours plus justes, plus vivantes et plus riches. »

    Cela nous démarque du suivisme, qui consiste à accepter en bloc toutes les conceptions au sein des masses, y compris les plus réactionnaires, et à renoncer à toute impulsion de direction. Nous ne nous cachons pas, ni ne cachons nos opinions.

    Cela nous démarque aussi de la conception autoritariste portée par certains, qui ont, par exemple, ouvert sans retenue le feu sur le RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne) pour le démolir. Mao écrivait à ce sujet :

    « Dans tout travail, l’autoritarisme est une erreur, car il dépasse le niveau de conscience des masses et viole le principe de libre adhésion ; c’est une manifestation de ce mal qu’on appelle précipitation.

    Nos camarades ne doivent pas croire que tout ce qu’ils comprennent, les larges masses le comprennent également. Seule une enquête effectuée parmi les masses permet de s’assurer si elles ont compris telle ou telle idée, si elles sont prêtes à passer à l’action. »

    L’exemple du RIC est typique. Le RIC quelque chose que nous, communistes, comprenons comme réformiste et insuffisant. Nous voyons toutes les entraves et les impasses que contient cette solution fausse. Pour beaucoup d’entre nous, il faut donc la dénoncer et la combattre. C’est stratégiquement vrai. Mais il ne suffit pas d’avoir stratégiquement raison pour gagner. Il faut avoir raison dans la tactique et raison dans l’opérationnel.

    Nous, au sens du mouvement communiste présent en France, raisonnons trop souvent téléologiquement. Nous voyons immédiatement l’aboutissement final auquel mène telle ou telle position. La moindre faille nous paraît dès lors intolérable et insupportable. Nous ne pouvons-nous empêcher de vouloir la colmater.

    Or parfois, cette bonne volonté devient contre-productive. Dans nombre de publications, nous avons vu une levée de bouclier se faire contre le RIC. Mais peu ont compris le sens éminemment positif qu’a cette revendication dans l’esprit des masses. De ce qu’il représente pour elles et non de son sens objectif. Clausewitz, dans sa grande sagesse, avait coutume d’écrire que le subjectif est parfois plus objectif que l’objectif, dans le sens où il intègre des paramètres qui ne sont pas quantifiables, tels que les facteurs moraux.

    Dans un sens, dans la situation actuelle, nous nous retrouvons face à cela. Le RIC en lui-même est une impasse, mais il soulève une question sous-jacente fondamentale. Ce n’est pas encore la question du pouvoir, mais déjà celle du régime politique dans lequel nous sommes : celui d’une fausse démocratie, réelle dictature des marchés et de la haute bourgeoisie.

    Le fait que la question du RIC devienne chaque fois davantage plus hégémonique illustre une nature bien trop mal comprise du mouvement des Gilets Jaunes : sa nature politique, nettement plus radicale et subversive que celle de la très grande majorité des mouvements de ces dernières décennies. Et pour cause, les grandes luttes sont restées sur le terrain de l’économisme, des revendications salariales, des revendications au sein des entreprises ou de l’Etat en tant qu’employeur. D’ailleurs plusieurs communiqués d’organisations politiques ont appelé -en somme- à les maintenir dans ces cadres. Les seules issues politiques proposées au cours de ces mouvements restaient implicitement dans les cadres bien établis de la démocratie représentative et bourgeoise.

    Nous considérons que, en tant que communistes, en tant que militants politiques, notre tâche est d’impulser le fait que cette lutte se politise. Non en défendant platement le RIC en tant que tel, mais en prenant appui sur le caractère juste de ce qu’il représente aux yeux des masses populaire, aux yeux des exploités, comme contestation de la légitimité du régime et, plus en amont, du pouvoir.

  • 17 décembre : Première assemblée populaire à Lyon

    17 décembre : Première assemblée populaire à Lyon

    Le 17 décembre 2018 s’est tenue, à Lyon, dans la bourse du travail, la première Assemblée Populaire des Gilets Jaunes. Elle a réuni plus de 350 personnes, d’horizons, de milieux et d’opinions variées, incarnant les facette multiples des luttes actuelles.

    Salariés et salariées, fonctionnaires, chômeurs et chômeuses, étudiants et étudiantes, lycéens et lycéennes, retraités et retraitées, se sont assis sur les mêmes rangées de bancs, ont partagé le même micro, se sont adressés les uns et les unes aux autres. Des militants et militantes politiques, syndicaux, tout comme des individus qui vivaient leur première assemblée ont partagé cet espace démocratique. Ensemble. Abattant des cloisons entre secteurs, entre combats. Ni les nationalités ni les origines n’ont été un rempart. Seul a compté l’engagement dans la lutte contre une situation qui apparaît toujours plus insupportable.

    Pendant plusieurs heures, les récits et les analyses, les bilans et les perspectives se sont succédé. Les colères et le désappointement de ceux et celles qui ont pris la parole tracent un tableau de la France populaire. Elle est misérable. Elle est étranglée par la cherté de la vie, par les taxes, par les salaires bas, par les pensions et les retraites insuffisantes.

    Mais ceux et celles qui étaient là avaient fait le choix de dire non à la résignation. De dire que cela suffit.

    Les actions décentralisées, spontanées, des Gilets Jaunes ont été une étape. Celle-ci décante peu à peu. Dans de nombreuses villes, de nombreux lieux, des assemblées similaires se tiennent ou sont amenées à se tenir. Elles forment une nouvelle étape, celle de l’unification, mais aussi, peut-être, celle de la jonction entre les assemblées. C’est ce vers quoi l’Unité Communiste de Lyon appelle à tendre.

    Malgré les promesses d’essoufflement, malgré les appels liquidateurs lancés par des ténors politiques ou par des laquais du gouvernement, la lutte tient bon. Elle s’étend. Elle s’étend à d’autres secteurs, elle s’étend à d’autres pays. Le monde la regarde. Les exploités du monde entier l’applaudissent. Rien qu’en Europe, 13 partis et organisations révolutionnaires, membres de l’ICOR, la saluent et appelle à l’intensifier.

    La lutte se transforme. Les revendications du mouvement également. Elles changent de nature. Elles passent de revendications économiques, sur les salaires, sur les impôts, sur le coût de la vie, à des revendications de plus en plus politiques. Il s’agit là d’une conséquence logique face à l’attitude du gouvernement, qui s’est démasqué sous son vrai jour : la dictature directe, sans filtre, des exploiteurs. Le mépris, les provocations, la répression, la propagande anti-mobilisation l’ont illustré. Le sentiment général est n’est désormais plus seulement que le gouvernement se refuse à écouter, mais bien qu’il dirige consciemment une politique contre les masses populaires.

    Il en ressort que le Référendum d’Initiative Citoyenne/Populaire est de plus en plus avancé comme une issue. L’Unité Communiste de Lyon considère que cette proposition se heurterait à toutes les impasses et les chausse-trappes que sont capable de mettre en place la bourgeoisie et ceux qui la servent. Mais cette revendication possède un mérite, celui de poser la question de la nature du régime dans lequel nous vivons : celui de la dictature de la bourgeoisie. Demander cela revient à reconnaître que la démocratie représentative a échoué dans sa mission. Que cette prétendue démocratie, que les lois de la République, sont à géométrie variable en fonction des classes sociales.

    « l’État opprime et la loi triche » chante l’Internationale.

    Nous sommes pour une démocratie différente. Non pas seulement directe, mais populaire. Populaire car elle ne peut qu’émaner des masses populaires, de ceux et celles qui produisent, mais qui sont exploités, de ceux et celles qu’on écrase, qu’on opprime. Une démocratie qui doit arracher les armes et le pouvoir du camp des bourreaux et les remettre entre celles du camp du peuple. Une démocratie dans laquelle la dictature du profit sera exclue. Qui pourra jeter les bases et construire un monde de justice, d’équité, dans le respect de l’Homme et de la nature.

    Nous pensons qu’il existe de nombreux arpents à franchir avant que puisse naître les moyens qui permettront la réalisation de cette démocratie. Cependant, il ne fait aucun doute que ce qui se déroule, les rencontres, les assemblées populaires, les coordinations, la décantation de la lutte… tout cet ensemble contribue à écrire une nouvelle page dans l’histoire des luttes populaires en France. Elle met en mouvement des milliers d’hommes et de femmes qui n’oublieront jamais ce que les exploiteurs et les exploiteuses ont commis comme crimes. Qui ne les pardonneront jamais, et qui ne courberont plus l’échine sous le poids des chaînes !

    Avançons vers un approfondissement du mouvement ! Unissons-nous ! Ne lâchons rien !

  • L’UPML et l’UCL rejoignent l’ICOR.

    L’UPML et l’UCL rejoignent l’ICOR.

    L’UPML et l’UCL rejoignent l’ICOR.

    Depuis le 9 décembre 2018, l’Unité Communiste de Lyon et l’Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste sont donc officiellement passées du stade de « Amis de l’ICOR » à celui de membre de l’ICOR à part entière.

    Nos deux organisations forment les 23ème et 24ème organisations membre de la section Europe de l’ICOR. Nous sommes également les premières organisations françaises à faire le choix de rejoindre la coordination internationale, dans le but de travailler conjointement à une meilleure interaction entre nos forces.

    A nos yeux, le franchissement de cette étape est crucial. Il vise à rompre un isolement des organisations communistes de France vis-à-vis des autres organisations politiques communistes présentes en Europe et dans le monde.

    Nous pensons que la solidarité entre nos organisations, l’assistance commune, le soutien commun -politique comme organisationnel- est un appui pour se renforcer les uns les autres, mais également se renforcer tous ensemble.

    Nous pensons également qu’il s’agit d’un lieu de débat et d’échange qui permet d’affiner nos analyses respectives, de mieux comprendre la situation économique, politique et géopolitique. L’ICOR est un creuset qui fond les expériences des différentes organisations afin de pouvoir avancer vers la conception d’une ligne plus juste et plus efficace.

    Nous considérons également que la coopération internationale est un vaccin nécessaire pour lutter contre les déviations bien trop fréquentes du mouvement communiste -notamment en France- le sectarisme, le chauvinisme, le social-impérialisme.

    Nous comptons impulser prochainement la création d’un Comité ICOR-France. Ce comité aura pour fonction de synchroniser les actions de nos organisations respectives, de relayer les mots d’ordres de la coordination, mais également de pouvoir travailler avec les Amis de l’ICOR. Nous appelons à les communistes et leurs organisations à coopérer avec ce comité, dans le but de pouvoir travailler conjointement. Nous appelons en particulier les organisations qui luttent pour l’indépendance, dans les colonies et néo-colonies de l’impérialisme français à travailler avec nous.

    L’ICOR est peu connu en France, et nombre d’organisations et d’individus se questionnent à son sujet. Nous les invitons à prendre contact avec nous. Nous les invitions à travailler avec nous. L’ICOR est un outil qui prend la forme des mains qui le manient. Travaillons ensemble à le forger pour qu’il soit celui de la révolution internationale !

    Le 13 janvier, nous défilerons ensemble, dans les rues de Berlin, pour commémorer le 100 ème anniversaire de la révolution allemande, écrasée par les Corps Francs, aux ordres du SPD Social-Démocrate. Nous participerons à la manifestation pour Liebeknecht, Luxembourg et Lénine.

    Nous marcherons d’un même pas, sous un même drapeau, celui de l’ICOR !

    Rejoignez l’ICOR et les Amis de l’ICOR.

    Renforcez l’unité internationale des organisations communistes !

    Vive l’internationalisme prolétarien , vive le communisme !

    Renforcez l’ICOR!