Auteur/autrice : unitecommuniste

  • Éléments d’un bilan  – Communiqué UCL / UPML

    Éléments d’un bilan – Communiqué UCL / UPML

    Les 25 organisations membres en Europe de la Coordination Internationale des Organisations Révolutionnaires (ICOR) avaient décidé, en 2018, de cette campagne à l’occasion des élections européennes. L’Unité Communiste de Lyon et l’Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, membres de l’ICOR, l’ont menée, ensemble avec les Amis de l’ICOR, avec fierté en France. A son issue, considérant la mesure de nos forces, les résultats sont largement positifs !

    Pour nous, il s’agit d’une une première, sous de multiples aspects :

    • Nous avons dénoncé l’Union européenne et ses États membres impérialistes, destructeurs de l’Homme et de la nature, fauteurs de guerre, dominants des pays opprimés.
    • Nous avons exposé la complexité des relations entre notre impérialisme et les autres qui constituent l’UE. Entre leur volonté de rapprochement et leur volonté de se dévorer les uns les autres. Nous avons dénoncé le diktat des monopoles dans les États  et dans l’UE à l’ère de la production internationale, la subordination et la fusion entre groupes monopolistes et organes étatiques et européennes – surtout contre l’illusion que l’on pourrait changer l’UE et renégocier les traités européens. L’alliance réactionnaire impérialiste et la forteresse capitaliste guerrière qu’est l’Union européenne est en même temps minée en interne par les contradictions inter-impérialistes.
    • Nous avons ciblé le mythe de la domination de Bruxelles. La France n’est pas dominée par l’UE ou par l’Allemagne. Le point de vue chauvin et souverainiste protège l’impérialisme français. A ce titre, le Frexit n’est pas la solution pour le rejet de l’Union européenne car notre premier ennemi est dans notre propre pays.
    • Ceci amène aux multiples crises de l’UE qui évoluent en s’approfondissant. L’impérialisme en crise est d’autant plus agressif envers d’autres puissances impérialistes et dans la lutte des classes.
    • La radicalisation réactionnaire de la politique intérieure dans presque tous les pays est largement subie et combattue dans les luttes, le caractère guerrier dangereux de l’UE cependant est encore très sous-estimé.
    • Notre critique sur l’UE est de gauche et révolutionnaire.

    Notre internationalisme s’est opposé au nationalisme et chauvinisme illusoires et trompeurs, défendu par certains partis et organisations, même de « gauche ». Nous avons combattu pour le droit d’asile, pour les soutien aux luttes révolutionnaires de libération, pour la paix, la liberté et le socialisme !

    Les journées mondiales de lutte de l’ICOR, le 1er mai, à l’occasion de la journée internationale des travailleurs et travailleuses, durant laquelle nous avons défilé en commun à Lyon, et organisé une conférence,  et le 8 mai à l’occasion de la journée anti-guerre d’agression, ont été des moments forts dans cette campagne. Le 16 mai, à l’appel de l’ICOR-Amérique, nous avons participé à une journée de solidarité avec le Venezuela, pays assiégé par l’impérialisme américain, mais aussi menacé par l’UE. Lors des deux semaines d’action à Nantes et à Saint-Denis (93), nous étions largement visibles.

    Notre campagne a porté un contenu clair et combatif. Elle a tranché avec le contenu creux de la soupe fade et hypocrite vendue par les bourgeois. Nous l’avons transmise au travers de milliers d’autocollants, de tracts et d’affiches, que ce soit à Lyon, Paris, la Haute Provence ou Nantes. Nous nous sommes fait l’écho de la rébellion anti-impérialiste et nous avons travaillé à l’organiser. Ces activités ont rencontré un écho très favorable.

    Les nombreuses discussions et rencontres se sont tenues dans les quartiers, les entreprises, les syndicats et au sein des manifestations. Elles ont montré le rejet voire la révolte contre les différents fléaux la politique bourgeoise et la recherche d’une alternative sociale à la société capitaliste-impérialiste.

    Les élections n’ont jamais changé le monde.

    En réaction à la droitisation de la politique gouvernementale et des partis bourgeois, la société se polarise. Un large front uni anti-impérialiste et l’alternative révolutionnaire doivent se construire sur la base de l’opposition multiple qui se soulève face à cette droitisation.  

    Les liens étroits avec les couches populaires, en particulier avec le prolétariat, et un travail systématique pour gagner la confiance de ceux qui ont été abusés pendant des décennies par les politiciens et les politiciennes sont les conditions indispensables pour avancer. Nous devons apprendre de la résistance et des luttes menées par les masses, et nous devons être capable d’y apporter une réponse politique qui puisse mener sur le sentier de la victoire.  Nos interventions, nos diffusions, nos réunions et nos stands d’information ne s’arrêteront pas avec la fin des élections, comme le pratiquent les partis bourgeois. Nous poursuivons notre travail de liaison avec les masses.

    Dans le combat révolutionnaire, l’anticommunisme est toujours l’argument suprême de la bourgeoisie pour défendre son système pourrissant. Nous l’avons vu lors de scandaleuses interventions publiques, bâties sur les mensonges. Leur propagande déforme la vision de ce que peut être la société libérée de l’exploitation et de l’oppression pour les masses qu’est le socialisme révolutionnaire. Nous apporterons nos réponses aux accusations, nous développerons davantage encore nos idées et leur diffusion auprès de tous ceux et de toutes celles qui subissent l’exploitation et l’oppression.

    Nous avons pu renforcer l’unité idéologique et politique entre nos deux organisations ICOR, l’UPML et l’UCL, par la préparation commune de la campagne, basée sur l’analyse léniniste de l’impérialisme d’aujourd’hui. Nous nous sommes soutenus mutuellement dans l’agitation et propagande et dans la réalisation de nos interventions. Cette campagne confirme notre rapprochement pratique et théorique, expression de notre unification grandissante.

    De nouveaux adhérents renforcent nos deux organisations, l’Unité communiste de Lyon et l’Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, et nous les accueillons avec fierté ! Les nouveaux membres, les nouveaux sympathisants et contacts apprécient notre orientation claire pour la révolution socialiste. Ils nous apportent des nouvelles initiatives, plus de richesses en idées et réflexions pour faire vivre le marxisme-léninisme !

    Nos deux jeunes organisations ont mené pour la première fois une campagne commune, ainsiq qu’une campagne de souscription. Pour soutenir l’activité de nos organisations et de l’ICOR, pour faire vivre les caisses de solidarité et de grève, nous avons besoin d’aide.  La collecte de dons continue encore jusqu’en juin et chaque camarade, sympathisant et contact est sollicité pour montrer sa conviction et sa générosité aussi sous l’aspect financier.  

    Nos liens avec les organisations membres de l’ICOR d’autres pays dans le monde présents en France, comme celles du Kurdistan et de la Turquie, comme celles des pays africains se sont établis ou approfondis. Dans la campagne, nous avons fait connaître leurs luttes : la grève de la faim des camarades kurdes, menée en solidarité avec les prisonniers politiques et contre leurs conditions de détention, en particulier celles d’Abdullah Özallan, détenu par le régime fasciste turque. La lutte des camarades du Cameroun pour la libération de leur pays de la dictature, soutenue par l’impérialisme français.

    Le système impérialiste,  dont UE et la France sont un des rouages essentiels, sont à l’origine de la misère des peuples et complices des crimes d’États. La coordination de nos luttes et l’unité des communistes au delà des frontières est bénéfique, apporte le soutien mutuel et la solidarité.

    Nous avons pu tisser des nouveaux liens avec plusieurs organisations communistes et révolutionnaires en France. Nous sommes résolument pour l’unité des communistes sur la base de principes clairs tout en combattant le sectarisme et l’opportunisme. La construction du Parti doit être la première préoccupation tous ceux qui se reconnaissent dans l’héritage communiste A la fin de notre campagne nous avons publié une lettre ouverte commune de l’UCL et de l’UPML aux organisations et aux individus isolés se réclamant du communisme en France avec la proposition d’une Alliance des Révolutionnaires comme première étape pour ce travail commun.

    Une délégation de la France est allée rejoindre nos camarades du Parti Marxiste-Léniniste d’Allemagne (MLPD), candidat aux élections européennes. Sa «campagne électorale dans la rue » avait surtout l’objectif d’organiser les masses à différents niveaux, en particulier dans les organisations révolutionnaires. Nous avons été les témoins de leur soutien à un nouveau mouvement politique de réfugiés qui, courageusement, accuse l’impérialisme et qui s’attaque aux causes de l’exode massif des populations des pays opprimés. Surtout, ce mouvement se place dans une perspective active et combative, rompant avec la charité refusant l’image du réfugié comme mendiant pour un aumône, mais, au contraire, lui restituant sa véritable place : celle de prolétaires luttant pour l’émancipation générale de l’humanité.

    Nous avons mené cette campagne avec l’ICOR Europe qui nous a été un formidable soutien. L’ICOR Europe a pu s’unifier davantage déjà dans une conférence préparatoire en automne dernier. L’ICOR Europe est apparu comme une force dans la création, la mise à disposition et dans l’échange de matériel de propagande, d’analyses, et par la participation aux événements. Ainsi, des camarades de la coordination européenne sont venus le 1er mai à Lyon.  Nous allons faire le bilan, ensemble, au sein de l’ICOR Europe et continuer à construire notre unité pas par pas.

    Un grand merci à tous les camarades, nos sympathisants et sympathisantes, amis et amies ainsi que collègues pour leurs conseils, leur soutien et leur participation.

    Renforçons l’UPML et l’UCL! Renforçons l’ICOR ! Pour la révolution socialiste internationale ! L’avenir est à l’unité des communistes !

  • UPOTUDAK: Comité de solidarité avec les prisonniers politiques internationaux

    UPOTUDAK: Comité de solidarité avec les prisonniers politiques internationaux

    Liberté pour tous les prisonniers politiques ; liberté pour Abdullah Gürlek et Vedat Yeler!

    Ces dernières années, il est un fait indéniable :

    les attaques de toutes sortes ont augmenté, sous l’égide de la démocratie européenne, envers l’ensemble de ceux qui défendent les idées progressistes et révolutionnaires. Tandis que les impérialistes européens continuent leur agression contre les peuples du monde, ils ont également accru, multiplié, leurs attaques contre les réfugiés, les opposants, les révolutionnaires et les communistes dans leurs propres pays. Ils tentent de gérer la situation de crise dans laquelle ils se trouvent avec de nouvelles lois policières et des répressions fascistes.

    Ces politiques, mises en œuvre par les impérialistes européens, ont renforcé les partis et groupes racistes, fascistes, anti-immigrants et misogynes. Ces partis ont accru leur nombre de voix et leur influence, notamment au cours des dernières élections européennes.  L’orientation de la politique des cliques impérialistes européennes est conçue dans le but de lutter contre d’éventuels mouvements populaires contre leur propre pouvoir, de diviser la classe ouvrière et le peuple et d’utiliser le racisme, le fascisme et l’anti-immigration comme une barricade.

    Parmi les attaques perpétrées en Europe, figure celles qui ont été commises par l’État grec.

    Surtout dans ces derniers mois, la torture des réfugiés venant de la Turquie, en Grèce, est à l’ordre du jour. De nombreuses personnes auraient ainsi été renvoyées par la violence. Également, lorsque, à cause des pressions fascistes, les militants et militantes politiques sont contraints de quitter la Turquie, ces derniers sont arrêté par la police grecque. La police les extradent illégalement et les remettent à l’État fasciste Turc, au mépris de leurs propres lois.

    La Grèce, tout comme l’opinion publique d’Europe, est bien consciente de l’attitude fasciste du parti AKP et du pouvoir d’Erdoğan en Turquie. Ils ne peuvent ignorer ce qui se trame envers les révolutionnaires, les patriotes et tous les opposants. Mais cela ne les empêche pas de livrer à l’Etat turc, ces migrants politiques, qui, par la suite ont été arrêtés et mis en prison.

    Les attaques et les pressions contre les révolutionnaires de Turquie et du Kurdistan, réfugiés en Grèce, se sont accrues  au cours des dernières années. L’année dernière, Turgut Kaya devait être extradé vers la Turquie, mais la solidarité internationale a empêché cette livraison. 9 prisonniers Turcs, parmi les prisonniers révolutionnaires incarcérés en Grèce de longue date ont pu aussi être remis en liberté. C’est la le résultat de la solidarité et de la lutte commune.

    La Grèce continue néanmoins les arrestations envers les révolutionnaires. Comme Abdullah Gürlek  ancien président Association de Culture des Semences de Londres et activiste de l’ATIK, ou comme Vedat Yeler Journaliste d’Özgür Gelecek et ,lui aussi membre, de l’ATIK en Grèce, ont été arrêtés le 13 février 2019. Après avoir été détenus pendant 2 jours, ils ont été écroués à la prison de Komotini. Gürlek et Yeler sont toujours en prison actuellement.

    Les identités politiques et les activités des deux révolutionnaires ne sont pas des infractions à la loi. Leur arrestation est inacceptable. Nous appelons l’opinion publique, les révolutionnaires et progressistes, à faire preuve de solidarité avec Abdullah Gürlek et Vedat Yeler.


    Liberté pour Abdullah Gürlek et Vedat Yeler!

    Liberté à tous les prisonniers politiques!

    Vive la solidarité révolutionnaire!

    Comité de solidarité avec les prisonniers politiques internationaux
    .


  • Formons l’alliance des révolutionnaires !

    Formons l’alliance des révolutionnaires !

    Lettre ouverte aux organisations communistes présentes en France et aux militants et militantes isolées pour la construction dune Alliance des Révolutionnaires.

    03 / juin / 2019

    Camarades,              

    1. L’UCL (Unité Communiste de Lyon) et l’UPML (Union Prolétarienne Marxiste Léniniste), membres de l’ICOR (Coordination internationale des organisations et partis révolutionnaires), vous adressent aujourd’hui ce courrier public, car nous considérons que nous devons nous tendre mutuellement la main et nous adresser à l’ensemble des forces se revendiquant du communisme, de la révolution, de la lutte anti-impérialiste.

    2. La réorganisation de la production à l’échelle internationale provoque des crises plus profondes et étendues qu’auparavant. La situation sociale, et, par voie de conséquence la situation politique, est critique. L’application du programme social et économique de la grande bourgeoisie monopoliste, par le truchement des gouvernements, fait sentir ses effets. Les droits sociaux sont très durement touchés et le gouvernement annonce de nouvelles mesures.

    3. Les coups de boutoirs du gouvernement ont jeté dans la rue des pans entiers – et nouveaux!- de la société, déclenchant une résistance de masse d’une ampleur et d’une radicalité sans précédent dans l’histoire récente. Cependant, ce mouvement assez spontané n’est pas parvenu à remporter de victoires ni même à enrayer la charge kamikaze de Macron et de ses sbires. La bourgeoisie continue d’enregistrer des victoires tactiques dans ses réformes liquidatrices.

    4. Or, la menace est plus profonde qu’une « simple » baisse du niveau de vie. Aux attaques contre les droits économiques qui suscitent la colère et le ressentiment, font suite les attaques contre les droits politiques, contre les « libertés formelles » : le droit de manifester, la presse, la justice, le droit à l’éducation…

    5. Les attaques réactionnaires en France vont de paire avec les interventions de l’impérialisme français à l’extérieur. Nous devons combattre d’une part, sa pression croissante sur les régions dominées ou colonisées et, d’autre part, ses tentations de repartage du monde.

    6. Des spectres inquiétants rôdent à l’horizon. Le danger existe d’une « droite élargie ». Cette coalition ultra réactionnaire, unissant les secteurs « fréquentables de l’extrême-droite » et de la droite traditionnelle, lorgne sur la possibilité d’accéder au pouvoir après la fin du mandat de Macron, pour poursuivre sa politique en essayant de se recomposer pour être le prochain outil destiné à écraser le peuple. Les appels du pied que se font les Ciotti, Wauquiez, Dupont-Aignant et Le Pen ne passent pas inaperçus.

    7. L’influence des thèses réactionnaires et sociales-chauvines contamine jusqu’à certaines organisations se revendiquant du mouvement ouvrier ou même du communisme. Plusieurs organisations en France font campagne par rapport à l’UE en clamant que la France impérialiste est un dominion des USA, de l’Allemagne ou de l’OTAN. Ces organisations se placent, en réalité, comme des soutiens objectifs de notre impérialisme en minimisant le rôle souvent déterminant des monopoles français dans les décisions réactionnaires de Bruxelles et même des instances internationales (FMI, OMC …). Elles sont un cheval de Troie dans nos rangs.

    8. Ces forces espèrent tirer bénéfice de la situation, soit en gagnant des positions dans les mouvements sociaux, en jouant sur le confusionnisme par rapport à l’UE impérialiste, en avançant leurs mots d’ordre ; soit en tirant partie du contrecoup réactionnaire qui apparaîtra si les luttes sociales refluent. Il n’est pas possible d’ignorer le caractère particulier de la situation politique et, même si beaucoup d’entre nous rejettent les élections bourgeoises, il n’est pas possible de nier qu’elles sont un moment important de politisation contre la politique bourgeoise, contre la dictature des monopoles.

    9. Les fractions les plus réactionnaires de la bourgeoisie ne laisseront pas passer cette occasion pour avancer leurs positions, d’autant que le climat économique peut être confronté à une nouvelle tourmente. Cependant une partie croissante des masses populaires – gilets jaunes, grévistes, syndicalistes, jeunes, femmes – résiste, lutte, proteste et est ouverte à notre propagande : aujourd’hui plus que jamais elle remet en cause partiellement ou totalement le capitalisme. Cette situation polarisée est donc favorable au renforcement du courant révolutionnaire à condition que notre camp soit crédible et recherche lui-même l’unité et la force pour le combat !

    10. Les forces communistes, dans ce cadre là, sont mises en face de leurs responsabilités. Nous nous sommes battus, dans la mesure de nos forces, de nos possibilités, de nos terrains. Nous nous sommes battus pour faire avancer la conscience politique et l’organisation des masses populaires et particulièrement des prolétaires, en lutte ou non. Mais il n’existe pas encore de « pôle rouge » capable de pouvoir apparaître d’une manière visible, de former un centre d’attraction et de gravité pour avancer vraiment. On ne peut pas continuer comme ça !

    11. Il ne faut pas attendre pour se retrouver ; il existe des différences théoriques, idéologiques, politiques au sein des organisations politiques qui constituent la mouvance communiste en France et dans les régions dominées par elle.

    12. Jusqu’à maintenant chaque organisation a mis l’accent principalement sur les divergences, mais pas assez sur les possibilités d’action commune : ainsi on a trop séparé la théorie et la pratique et pas assez développé un travail de masse commun des différentes organisations : déclarations, pétitions, réunions publiques, cortèges et mots d’ordre communs dans les manifestations. Nous aurions tous à gagner à ce que ce pôle révolutionnaire existe et soit bien visible.

    13. Nous avons le droit d’être en désaccord sur des questions tactiques, mais nous avons aussi le devoir de mener avec les masses populaires la lutte de la manière la plus efficace, car nous nous battons, en dernière analyse, non pas pour rallier à notre groupe, mais pour une cause, servir le peuple et construire, avec les travailleurs les plus combatifs dans la lutte de classe, l’outil de la révolution, une organisation d’avant-garde, le parti dont nous avons tous besoin.

    14. Nous proposons de nous rencontrer, d’acter les uns et les autres de nos existences – et de nos différences!- mais, surtout, acter le fait que nous ne pouvons faire face, seuls, aux tâches immédiates qui nous incombent sur le plan national et international : constitution d’un front uni anti-impérialiste, d’un front unique prolétarien et action commune contre l’UE impérialiste.

    15. Le « saut de puce » que nous proposons est indispensable et fondamental pour  commencer ce travail de construction.

    16. Pour notre part, nous voulons reconnaître chaque groupe qui puisse se retrouver dans des lignes de démarcation simples et basiques, non pas comme un rival, mais comme un partenaire qui contribue à faire grandir collectivement la perspective du socialisme au sein des masses et notre capacité à jouer un rôle concret et réel dans les luttes.

    En espérant de la part de vos organisations des réponses positives.

    Salutations révolutionnaires.                               

    L’UPML et l’UCL, organisations membres de l’ICOR             

  • Consulter le journal du MLKP : Red Dawn (en anglais).

    Consulter le journal du MLKP : Red Dawn (en anglais).

    Nous mettons à disposition le n°19 du journal Red Dawn, journal du MLKP-ICOR.

    Nous proposons la version anglaise et nous proposerons une version française si possible.

  • Communiqué du TKP-ML à l’issue de son premier congrès.

    Communiqué du TKP-ML à l’issue de son premier congrès.

    AVEC LE PARTI, AVANÇONS VERS LA RÉVOLUTION,

    GLOIRE À NOTRE 1ER CONGRÈS !

    Aux Turcs, Kurdes et autres nationalités de notre peuple.

    AVRIL 2019.

    Établi sous la direction du camarade Ibrahim Kaypakkaya le 24 avril 1972, notre parti a accompli aujourd’hui son 1er Congrès. Ibrahim Kaypakkaya en demeure, dans l’esprit, l’organisateur, mais il n’a pu le diriger organisé à cause de son emprisonnement et de son assassinat.

    Le prolétariat international et les partis communistes, qui incarnent sa lutte, ont toujours, malgré les victoires et défaites historiques, marché en avant. En n’abandonnant pas le drapeau rouge depuis le premier jour de sa fondation, notre parti TKP-ML est resté un poids important dans les luttes.

    Notre parti TKP-ML a accompli son premier congrès avec succès. Ce congrès est vu par le parti comme un creuset, une plateforme, dans laquelle les faiblesses et les limites de notre expérience sont discutées. Nous y avons également formulé les manières de dépasser ces faiblesses et limites. Au cours de ce congrès, l’expérience et la connaissance sont consolidés dans le but de construire sur nos propres forces pour faciliter la marche en avant de notre Parti.

    Notre 1er Congrès a une importance historique spéciale pour le prolétariat international, le prolétariat de notre pays et notre peuple. Notre congrès embrassant fermement ses principes, a salué les victoires des fondateurs de notre parti et rejeté fermement toute forme d’attaque liquidatrice. Ce cap est maintenu, malgré les offensives contre-révolutionnaires contre notre parti, en avril 2015 par l’impérialisme allemand en collaboration avec l’État turc. Malgré, après ceci, l’attaque opportuniste, scissionniste et liquidatrice dirigée par un groupe minoritaire au sein du Parti. Attaque « de gauche » dans les mots, mais de droite dans la pratique. C’est cela qui a été rejeté par le congrès.

    Dans le climat actuel, où la lutte révolutionnaire fait face à des conditions extrêmement désavantageuses, le mouvement populaire [En Turquie] est en reflux, à la suite d’attaques sévères de la part de la dictature fasciste, contre les forces révolutionnaires et patriotes-révolutionnaires. Notre parti TKP-ML a montré sa détermination en organisant avec succès son 1er congrès. En ce sens, notre congrès fur une réponse idéologique et politique aux attaques de la dictature fasciste. Personne ne peut douter qu’ils recevront aussi une réponse en bonne et due forme, sur le champ de bataille, de notre part.

    Nos masses exploitées… Ouvriers, paysans, femmes, jeunes gens…

    La dictature fasciste a gagné des positions par la violence. Ses porte-paroles continuent de lancer des menaces et à vociférer des attaques vicieuses contre le peuple. Ils ont rendu difficile les conditions le lutte du mouvement populaire. Mais cela ne doit jamais être interprété comme un fait négatif ou être compris dans le mauvais sens. Si tout allait dans leur sens, ils n’auraient pas besoin de brailler autant. Non !, le fait est que rien ne se déroule selon leurs plans, et ils sont incapables de régner comme ils le souhaiteraient. La crise économique, qui s’aggrave tous les jours de plus en plus, a atteint un point où ils ne peuvent plus la gérer en continuant de charger le fardeau sur le dos des masses travailleuses.

    C’est pour cela que les exploiteurs hurlent autant.

    Même s‘ils essayent de discipliner la classe laborieuse en lui imposant la pauvreté et la faim, nous voyons des exemples concrets de la manière dont la classe prolétarienne unifiée s’organise et défait ses agresseurs.

    C’est pour cela qu’ils menacent autant.

    Les exploiteurs souhaitent désespérément une bonne nuit de sommeil, à la suite du cauchemar interminable causé par la résistance du peuple Kurde. Peuple qu’ils ont tant essayé d’effacer en détruisant ses maisons et en les égorgeant dans leurs caves. Après un réveil brutal face à la résistance du peuple et la guerre au Rojava, défaisant leurs hallucinations, comme ce fantasme d’une « occupation de Damas en trois jours », ils sont en train d’essayer de trouver une cachette en sécurité, lovés sous les ailes de plusieurs puissances impérialistes.

    C’est pour cela qu’ils voient des « terroristes » partout ou ils posent les yeux.

    Malgré toutes les attaques, ils voient des milliers de femmes et de personnes LGBTI+ s’unir et occuper les rues.

    C’est pour cela qu’ils continueront leurs attaques sexistes.

    En résumé, les motivations de toutes ces attaques ouvertes, ces menaces, ces massacres, tortures, condamnations, etc. sont leur horreur d’avoir à considérer leur inévitable futur, sombre et sans espoir pour eux.

    C’est pour cela qu’ils sont terrifiés ! En raison de cette peur, ils beuglent. Plus ils vocifèrent et braillent, plus ils sont effrayés, et plus violents encore ils seront ! Ils se comportent comme un monstre blessé qui voit sa mort approcher ! Mais la peur ne peut pas les sauver ! Et, sans le moindre doute notre offensive sera à la hauteur de nos souffrances, de notre exploitation, de ns oppressions et des massacres que nous subissons.

    Pour nous, cet aspect de la question que nous observons est essentielle. C’est la lutte organisée du peuple qui va les ensevellir dans les ténèbres. C’est notre fureur consciencieuse et notre hostilité de classe qui écrasera les réactionnaires !

    C’est précisément dans conscience de la réalité que notre parti, TKP-ML, a tenu son 1er Congrès. Il l’a tenu pour signifier que la résistance est toujours en cours, que la lutte continue, et qu’il existe de l’espoir et une volonté déterminée pour la victoire. Le 1er Congrès est une torche éclairant les ténèbres qu’imposent les classes dirigeantes, pour guider le chemin des masses exploitées et les Turcs et Kurdes oppressés. Nous appelons toutes les masses laborieuses à nous rejoindre pour porter, ensemble, cette torche et pour prendre part à la guerre pour la liberté et l’émancipation !

    La plus grande peur des classes dominantes est le pouvoir organisé des masses. Les masses organisées et intégrées au Parti communiste seront les initiatrices de la fin obscure de leur règne. Notre parti, le TKP-ML, avec son congrès et son programme communiste révolutionnaire, a mis en exergue la tâche et la volonté d’intégrer les masses de notre peuple, des autres nations et nationalités. Également, il met en avant la nécessité de remplir notre devoir de manière efficace, et de préparer les rangs pour cette guerre. Notre marche révolutionnaire ira en avant quand, avec détermination, nous aurons réalisé ces tâches, et qu’elles seront portées par le pouvoir de création illimité des masses.

    Dépasser nos limites est notre devoir !

    Le congrès, qui a pour but de se préparer la conquête du pouvoir, déclare que notre tâche immédiate à accomplir est de cibler les faiblesses et les déficiences que nous pouvons identifier comme étant des obstacles à la réalisation de la révolution, pour ainsi avancer vers l’avenir. Cela sera réalisé en restant lié à la lutte des classes et en ciblant les points les plus cruciaux des contradictions. Cela sera achevé sous le contrôle des masses. Avec un plan de travail à court et long terme dans les champs politiques, idéologiques et organisationnels, les objectifs du TKP-ML sont :

    • le développement de la Guerre Populaire,
    • l’organisation des masses laborieuses dans les villes,
    • une intégration plus profonde de la nation Kurde,
    • l’intégration de toutes les dynamiques des masses oppressées, incluant les femmes, la jeunesse populaire et les sans-emploi.

    Notre congrès fut organisé dans un environnement où la démocratie totale existe. Les points importants de notre ordre du jour ont été discutés, et les décisions ont été prises. La teneur du congrès a synthétisé les discussions sur le programme de notre parti et l’a validé. Au même moment, le parti a intégré différents amendements et ajouts dans les statuts, basés sur les suggestions formulées au cours du congrès.

    Notre 1er Congrès a aussi pris des décisions historiques sur la lutte de libération des femmes, en décidant l’établissement de l’Union des Femmes Communistes (Komünist Kadınlar Birliği / KKB) comme une organisation autonome dirigée par le parti.

    Notre 1er congrès a dirigé l’orientation du parti vers un approfondissement idéologique, vers l’accroissement des compétences politiques, vers le renforcement de la solidité organisationnelle, et pour plus de détermination militaire face aux offensives contre notre camp, particulièrement en contre les attaques impérialistes et fascistes.

    Notre parti a pris ces décisions concrètes et importantes, parmi d’autres, au cours du 1er congrès pour que les problématiques soulevées ne le restent pas uniquement en théorie. Avec ces nouvelles organisations et les nouveaux ajustements, notre parti sera capable d’atteindre la dynamique désirée. Cette dynamique sera réalisée par l’analyse de manière plus large les décisions intégrées dans le programme, de la stratégie aux politiques que le parti mène. Notre mission n’est pas d’écrire la révolution sur le papier, mais de la réaliser en pratique.

    En ce sens, notre congrès appelle à tout le peuple, les millions d’oppressés et exploités, tous les travailleurs, Kurdes, femmes et jeunes gens à prendre part à la Révolution Populaire Démocratique, pour établir le pouvoir du peuple, pour l’émancipation et la liberté contre la dictature fasciste. Sans la Révolution Populaire Démocratique, nous ne pouvons pas démolir leurs palais, avancer vers notre futur et réaliser le progrès. Il est évident, au regard de l’histoire, que la dictature fasciste actuelle ne peut être démolie que par la Guerre Populaire.

    Notre parti, le TKP-ML, a souligné la crise de régime des classes dirigeantes turques dans son premier congrès. Dans le même temps, il a aussi mis à l’ordre du jour le combat contre la fragmentation des forces révolutionnaires et démocratiques et le besoin d’unir nos forces. Des décisions claires ont été prises sur cette question, pour continuer à défendre la ligne de lutte idéologique, pour créer des principes communs contre l’agression par les classes dirigeantes, en accord avec nos objectifs directs. Les masses travailleuses oppressées l’exigent de nous, et le TKP-ML accomplira tous les efforts possibles pour remplir ses objectifs.

    Sans le moindre doute, la crise politique et économique mentionnée plus tôt ne s’applique pas qu’a la bourgeoisie turque. Pendant que le système impérialiste-capitaliste continue de pourrir, il continue aussi d’accentuer la contradiction entre les peuples opprimés du monde envers l’impérialisme et la réaction. Il n’est pas possible de parler d’un endroit du monde où, malgré la fragmentation du pouvoir populaire, les masses opprimées ne sortent pas dans les rues en nombre. D’un autre côté, il est un fait que la direction juste de la révolution, constituée par les mouvements communistes, qui en sont la force subjective, n’arrivent pas à suffisamment organiser et transformer la colère générale en révolution. La réflexion sur ce problème permet de tirer la conclusion que la raison première de ceci est la grande faiblesse actuelle des relations internationales révolutionnaires, et l’absence d’une organisation générale et inclusive des organisations.

    Avec les décisions prises dans le 1er congrès, notre parti TKP-ML est prêt à franchir les étapes pour résoudre les faiblesses dans le camp internationaliste, avec la formule « développer la révolution de notre pays pour servir la révolution mondiale ». Pendant que le TKP-ML fera tous les efforts pour accomplir les tâches de la révolution dans notre pays, il fera tout pour étendre la solidarité avec toute initiative révolutionnaire dans la lutte des classes des autres pays. Il travaillera également à la mise en place et au renforcement de la direction idéologique et politique de la révolution prolétarienne mondiale, qui sera le trait d’union de toutes ces luttes.

    Notre 1er congrès a honoré notre martyr et membre du parti Nubar Ozanyan, voyant en lui un exemple de l’implication de notre parti au Rojava. La ligne de notre parti, d’Ibrahim Kaypakkaya à Mehmet Demirdag, et Nubar Ozanyan, souligne le caractère communiste et la qualité des cadres, en qui nous voyons un exemple pour tous et toutes. Il fut souligné que nous pouvons vaincre les difficultés présentes en prenant exemple sur le camarade Ozanyan.

    Notre leader communiste, Ibrahim Kaypakkayya, nos secrétaires généraux martyrs Süleyman Cihan, Kazim Celik et Mehmet Demirdag, immortalisés pendant la guerre, et notre camarade Nubar Ozanyan, auquel ce congrès fut dédié, furent des commandants des forces militaires de notre parti dans des moments difficiles. Ils continueront de nous guider au sein du parti, avec leur direction politique et idéologique, et nous démontreront encore le vrai sens de ce qu’est une révolution dans la réalité.

    GLOIRE À NOTRE 1ER CONGRÈS !

    VIVE NOTRE PARTI TKP-ML, L’ARMÉE POPULAIRE TIKKO, L’ORGANISATIONDE JEUNESSE TMLGB, ET L’ORGANISATION DES FEMMES KKB !

    VIVE LA GUERRE POPULAIRE !

    VIVE LE MARXISME-LÉNINISME-MAOÏSME !

    VIVE L’INTERNATIONALISME PROLÉTARIEN !

    COMITÉ CENTRAL DU TKP-ML – BUREAU POLITIQUE

    AVRIL 2019

  • 100 millions sinon rien. Partie 4

    100 millions sinon rien. Partie 4

    Nous assumons tout.

    Poser la question cruciale du bilan, notamment humain, des expériences socialistes, est un sujet particulièrement complexe. Il impose de passer par un certain nombre de préalables fondamentaux. Faire l’impasse sur ces points ne peut qu’amener à des conclusions absurdes, comme celles que propose l’introduction du Livre Noir. Celle-ci est un exemple type de malhonnêteté. Elle est base sur l’amalgame de données imbéciles (les morts liés à l’opération Barbarossa imputés au bilan de Staline), sur une exagération constante des chiffres, mais aussi sur des principes douteux de « meurtres au second degré », allant jusqu’à intégrer les « enfants à naître » dont les parents ont été « tués » pour gonfler les statistiques. Mais surtout, la méthode de recherche consiste à traiter de manière intégralement isolée du reste du monde la question de la répression.

    Comme nous l’avons vu dans la partie précédente, en prenant uniquement l’exemple de la France impérialistes, nous nous rendons vite compte que le bilan humain n’est pas forcément à l’avantage du « monde libre et démocratique ».

    Quoiqu’en disent les historiens et historiennes actuelles, l’histoire du communisme n’est pas un sujet neutre. Écrire sur les expériences socialistes revient à prendre position sur elles, sur leur légitimité, sur leurs succès, leurs réussites, leurs erreurs et leurs échecs. Elle revient également, et ce, à leur corps défendant parfois, à prendre position dans une bataille idéologique et sociale. Or, quoiqu’en disent ceux qui proclament le communisme comme mort et enterré, cette bataille demeure, à l’échelle mondiale, tout aussi vivante et brûlante qu’il y a un siècle.

    En témoigne la réaction de M. Lecaussin, dans son article, horrifié par le risque (in fine surestimé) de voir un candidat PCF dépasser les 5% aux élections électorales.

    Or, la neutralité, dans la lutte des classes, est impossible. Les historiens et historiennes jouent un rôle dans cette lutte. Mais la transmission, la vulgarisation et l’enseignement en joue un autre. Cette histoire-là, elle, est à charge. Elle n’est d’ailleurs pas l’apanage de la bourgeoisie de manière exclusive. La « gauche anti-totalitaire » la retransmet également sans vergogne. Diffuser les écrits du tsariste antisémite Soljenitsyne leur pose moins de cas de conscience que de diffuser les écrits marxistes, léninistes, ou maoïstes. Par un « étrange » phénomène, les trotskistes parviennent d’ailleurs souvent à se faire une place dans ces librairies libertaires, tout comme dans les bonnes grâces des rédacteurs de manuels scolaires.

    L’histoire telle qu’elle est apprise, telle qu’elle est diffusée, pose certains problèmes supplémentaires.L’ Le sensationnalisme, tout d’abord. Il faut vendre, et il est plus facile de vendre sur la base de couvertures dignes du Nouveau Détective que sur la base d’une analyse critique.

    La seconde est le fait que l’enseignement de l’Histoire répond à une commande de la part de l’État, où le caractère d’enseignement civique est retenu avant tout. L’histoire des expériences socialistes est utilisée comme un repoussoir pour permettre de faire adhérer aux valeurs républicaines et démocratiques de l’occident capitaliste. L’apprentissage de l’Histoire, qui créé un référentiel commun de valeurs et de conceptions communes, est conçu, là aussi, comme une machine anticommuniste.

    Mais, malgré cela, la vérité finit par remonter.

    D’un point de vue de données statistiques, il est nettement plus facile de couper court aux spéculations sur l’Union soviétique que sur tout autre État socialiste. C’est pour cette raison, et uniquement pour cette raison que nous nous focalisons sur celle-ci. Nous pouvons défendre politiquement la Chine, l’Albanie, ou d’autres, mais nous ne pouvons pas nous appuyer sur la même littérature, sur une quantité d’écrits aussi développée.

    En vérité, l’ouverture des archives a été un coup particulièrement dur, mais pas pour ceux auquel il était possible de s’attendre. L’école historiographique totalitaire a été celle qui a subi de plein fouet la révélation de ses trucages. Au contraire, l’historiographie sociale, mais aussi l’historiographie anti-révisionniste, en est, au contraire, sortie renforcée. Aujourd’hui, un grand nombre de mythes se dissipent.

    Empêtrés dans leurs mensonges, ces « historiens-propagandistes » ne pouvaient se renier. Ils ont alors accusé les preuves. Ainsi, Robert Conquest, l’un des grands architectes de cette thèse, s’est empressé de dénoncer ces archives comme truquées. Alexandre Soljenitsyne s’est placé à sa suite.

    Pourtant, près de trente ans après cette ouverture, force est de constater qu’il n’est plus possible d’ignorer ces chiffres. Prenons le temps de les connaître.

    Les véritables chiffres

    D’après Les victimes de la répression pénale dans l’U.R.S.S. d’avant-guerre : une première enquête à partir du témoignage des archives, écrit en 1993 par J. Arch Getty ; Gábor T. Rittersporn et Viktor N. Zemskov, les chiffres de la répression sur la période de 1921-1953, soit 32 ans, se présentent de la manière suivante : 799,455 exécutions et 1,473,424 décès. Il est important de souligner que la moitié des décès (560 000 environs) se produit durant les trois années terribles : 1941-1944, pendant lesquelles l’Union soviétique perd 27 millions de citoyens et de citoyennes face à l’invasion par la coalition dirigée par l’Allemagne nazie. À cette date, le taux de mortalité annuel est d’environ 17% par an. Ce chiffre est énorme, mais il est le reflet de la situation terrible de l’URSS à l’époque. Les autres années, le taux de décès reste aux alentours des 3%. L’ensemble amène le bilan du système carcéral soviétique à 2,272,879 personnes. Nous sommes loin des 7 millions de fusillés avancés par Anton Antonov-Ovseenko par exemple.

    D’autres aspects, comme la famine de 1921, celle de 1930 ou de 1947 posent des questions. Les réponses statistiques, là, sont difficiles à fournir. Toujours est-il que les chiffres ont dégonflé. Ils ont été revus de plusieurs fois à la baisse.

    Ces chiffres, surtout avant leur « dégonflage » ont été utilisés comme un fer de lance pour criminaliser le communisme. Ce n’est pas un hasard que des organisations d’extrême-droite comme « Jeune Nation », aujourd’hui dissoute, les aient affichés longuement. D’une part, ils servaient à dissuader de soutenir le communisme. D’autre part, ils ont été utilisés pour réhabiliter, en catimini, le fascisme et le nazisme. Ainsi, les fascistes ont insisté sur le fait que le nazisme ait tué « 6 millions de personnes », tandis que « Staline » en aurait tué 30 ou 40. Non seulement cette bataille des chiffres est stupide, mais elle est malhonnête.

    Le bilan du communisme utilisé pour défendre le nazisme.

    Elle est malhonnête car elle essaie de comparer deux choses qui ne sont pas comparables. Cette question a été le centre de l’Historikerstreit, la querelle des historiens Ouest-Allemands. Ce débat, à la base sur la question de l’exceptionnalité de la Shoah s’est porté par la suite sur une série d’autres questions. Ernst Nolte, historien allemand, avait ainsi lancé une thèse incendiaire, portée notamment par les milieux ultra-conservateurs, jusqu’aux néo-nazis. Cette thèse stipulait que le régime nazi n’avait été qu’une simple réaction au « meurtre de classe » orchestré par le communisme. « Auschwitz […] était avant tout une réaction engendrée par les événements destructeurs de la révolution russe […] la soi-disant extermination des juifs sous le Troisième Reich fut une réaction ou une copie déformée et pas l’acte premier ou un original. meurtre»

    Le but final de la démarche étant, on le conçoit assez aisément, de commencer par mettre sur le même plan le régime soviétique et le nazisme, puis, par la suite, pour réhabiliter le second. Nolte s’est retrouvé appuyé par le président américain Ronald Reagan, qui, le 18 avril 1985, présenta 49 Waffen-SS, tués par les Soviétiques au combat, comme des victimes du communisme. À cela s’est adjoint, également, un brûlot du trotskiste Jörg Friedrich Der Brand. Deutschland im Bombenkrieg 1940-1945 (trad. Fr. l’Incendie. L’Allemagne sous les bombes, 1940-1945), lequel mettait sur le même plan Alliés et nazis, dans un éternel retour au « Ils se valent » de 1944.

    En France, ce sont des renégats du communisme, François Furet et surtout Stéphane Courtois, qui se sont fait les apôtres de cette thèse. Dans le Livre Noir, Stéphane Courtois se permet ainsi d’écrire : « La mort de faim d’un enfant de koulak ukrainien […] « vaut » la mort de faim d’un enfant juif du ghetto de Varsovie. »

    Ce qu’omettent de préciser ces propagandistes, est que, à l’exception des victimes directes de la répression (les 799,455 exécutions, nous verrons postérieurement le contexte dans lequel elles ont eu lieu), a aucun moment le but du régime soviétique fut de tuer. Aujourd’hui, il n’existe plus d’historien sérieux qui puisse affirmer, sans flancher, que l’intention de commettre un « génocide » qu’il soit « de classe » ou « national » ait été au centre de la collectivisation, des purges, ou des situations de famine. Même Nicolas Werth, qui reste lié, par son passé, à un certain paradigme totalitaire, se contente d’un « plutôt oui. » (L’histoire de l’URSS)

    De l’autre côté, nombre de démographes et d’historiens, français ou américains, rejettent désormais cette idée, et la renvoient dans le rayon des fantasmes anticommunistes. La vérité étant qu’un pensionnaire du Goulag, quelles que soient les conditions, avaient des chances nettement supérieures de survivre, d’être libéré et d’être réintégré dans la société soviétique.Dans Le stalinisme au quotidien, rédigé en 2002, Sheila Fitzpatrick consacre d’ailleurs une partie de son ouvrage à ceux qui étaient réhabilités. Dans le même temps, le démographe Alain Blum, dans Naître, vivre et mourir en URSS (2004), évoque cela d’une manière laconique, disant en substance « A ne vouloir parler que des morts, on en oublie les vivants. »

    Mais que signifient les chiffres ? Il est toujours désolant de présenter un bilan humain. Qu’il soit passé de 7 millions à 800 000 n’y change rien. Il ne le rend pas plus, en termes numéraires, justifiable. Il serait de dix fois moins qu’il serait tout aussi impératif de l’expliquer.

    Mais la question est, en premier lieu, politique.

    Elle pose la question de savoir pourquoi ce bilan humain a-t-il été lourd. Elle pose la question, également, de savoir s’il pouvait en être autrement. Le fait de tout assumer signifie aussi devoir aussi dire quand des erreurs ont été commises, quand des fautes, des insuffisances, des travers sont apparus. De savoir dire pourquoi ces travers ont parfois été payés injustement, par des fleuves de sang.

    Ultimement, ces expériences n’ont pas débouché sur une victoire. Ni l’URSS, ni la Chine, ni l’Albanie ou d’autres ne sont parvenues à franchir l’étape de la construction du socialisme.l’ Elles sont pourtant allées plus loin que toutes les utopies et que toutes les rêveries sur le chemin de l’émancipation de l’humanité.

    Expériences improvisées, elles ont dû faire face à des questions qui n’avaient jamais été envisagées auparavant. Elles ont donc dû expérimenter des voies pour permettre de progresser, non pas dans un environnement neutre, mais bien dans une hostilité internationale, dans une lutte des classes intense, avec une population qui, dans une large mesure, aspirait grandement à mener une vie normale et calme. Les difficultés ont été immenses : passer d’une organisation conçue pour la révolution à une organisation pour administrer un pays, faire face aux questions du développement économique, à la production, à la distribution…Combattre aussi les tentatives de restauration, l’inertie, la tendance à ce que le Parti se mue en petites chefferies… etc.

    Il nous appartient de les regarder en face pour comprendre comment et pourquoi ces échecs sont apparus. Aujourd’hui nous le faisons en portant un regard sur la question de l’Union soviétique.

  • Un regard à chaud sur les élections européennes.

    Un regard à chaud sur les élections européennes.

    Les élections européennes viennent de se terminer. D’une manière générale, en Europe, elles ont été marquées par la progression de l’extrême-droite. Celle-ci s’octroie même la majorité absolue en Hongrie, ou le Fidesz a fait 52,3% des voix. Dans l’ensemble, entre 2014 et aujourd’hui, les partis de droite extrême passent de 155 à 172 sièges.

    La participation générale est à la hausse. Elle est à 50,95% pour l’UE. Elle s’étale de 22,74% en Slovaquie jusqu’à 89% en Belgique. Les résultats sont donc très variables en fonction des Etats, et nous aurons, aux côtés de nos camarades de l’ICOR Europe, l’occasion de commenter plus tard la situation dans l’UE. 


    En France, qu’en est-il ? 

    La participation est à peine au-dessus de la moyenne européenne (50,97%). Les électeurs et électrices se sont donc plus mobilisés pour celle-ci qu’en 2014, où elle était de 42,43%. Il semble que la période de mobilisation et de lutte intense se soit plus traduite par une mobilisation électorale que par le fait de bouder les urnes. Cependant, il est difficile de faire encore un tableau précis de la sociologie électorale. 
    Les sondages ont été remarquablement précis. Alors que certains pensaient que Macron s’effondrerait -nous l’avions-nous même cru un moment- les résultats révèlent que LREM dispose d’une base sociale stable. Elle s’est mobilisée : elle représente donc 22% des 50% de population. Ce sont les cadres supérieurs du privé et les CSP++. Ces 11% de la population en âge de voter paraissent énormes, hypertrophiés. Mais cette prévalence importante est logique : la France, en tant que pays impérialiste, concentre des fonctions supérieures et de commandement de sa sphère de domination. L’exploitation des pays dominés permet donc de redistribuer une partie du surplus aux agents de l’impérialisme, mais également à des fonctions parasitaires, comme les managers.

    L’électorat RN est socialement beaucoup plus complexe. Cependant, il est bien moins marqué par un caractère ouvrier que ce que les propagandistes méprisants expriment. Finalement, il s’agit d’un agrégat hétérogène, constitué d’individus partageant un même constat : l’implosion progressive du « système » (avec toutes les manières d’interpréter ce terme). Face à cela, le souhait des électeurs est de rétablir l’ordre, de revenir à un hypothétique « avant » meilleur. Les uns se dressent contre les immigrés, les autres contre « le mondialisme », les Juifs, les musulmans, ou, d’autres encore, contre les mouvements LGBT… En somme contre ceux et celles qu’ils considèrent responsable de la « perdition » de la France. Il n’y a donc pas un profil unique, mais celui-ci, en revanche, est stable électoralement. 

    Chez Les Républicains, cela a été un coup dur. « Tout est à reconstruire » selon Bellamy, tandis que Eric Woerth s’en prenait à Laurent Wauquiez « A sa place, je tirerais sans doute les conséquences de ça. […] C’est le pire score de notre histoire, alors que la droite est majoritaire en France ». Ce que cela révèle est surtout qu’il n’y a pas de place pour plus d’une liste d’extrême-droite. LR s’est placée sur le même créneau que le RN, pensant le vampiriser, avec, probablement, à termes, l’objectif de faire sauter les barrières qui les séparent. En réalité, faute d’espace, leur score est un pitoyable 8,5%. Ces 4,75% des individus en âge de voter sont donc des réactionnaires, comme le RN, mais avec du patrimoine, plus âgés, plus catholiques, mais aussi moins en rupture avec les institutions. La question du patrimoine est d’ailleurs ce qui sépare, in fine, de l’électeur RN.

    La stabilité joue aussi sur les échecs des listes réactionnaires : Dupont-Aignant, Asselineau ou Philippot, sans compter les quelques listes ultras, se partagent quelques miettes. Incapable de trouver un espace, ils n’apparaissent pas comme des alternatives. 

    Pourquoi ce score est-il stable ? Pourquoi n’y a-t-il pas d’immense victoire fasciste ?

    Malgré ses tentatives, l’extrême-droite n’est pas parvenue à se greffer sur le mouvement des Gilets Jaunes. Elle ne parvient pas à se faire l’écho de la colère sociale, du fait de ses ambiguïtés constantes, sur la police, sur la justice, sur l’économie. La démagogie n’est pas parvenue à absorber les légitimes revendications sociales des classes populaires. L’extrême-droite végète donc, la formule faisant son succès relatif étant également celle qui l’empêche d’être victorieuse.
    Les classes populaires demeurent toujours les premières en termes d’abstention, aucune force politique ne s’est faite leur porte-parole de leurs intérêts. Même les inconséquentes listes des « Gilets Jaunes » ont échoué. Leur tentative de surfer sur la vague ont fait long feu. 

    Le vide populaire se fait d’autant plus sentir lorsqu’on analyse ce qui s’est produit à gauche de l’échiquier politique. Seul 30% des suffrages sont allés de l’autre côté de LREM.

    Finalement, la force qui a le plus recueilli de suffrages est constituée par EELV. C’est le produit de la mobilisation de la petite bourgeoisie progressiste urbaine, laquelle s’est déplacée pour voter « à gauche ». La nature de cette mobilisation se ressent. L’ancienne coalition de Hollande (PS-EELV-Génération-s) récolte 20% des voix. Cette résurrection de la « gauche-qui-trahit » est plus que déplorable. Ces organisations sont durablement associées à la casse sociale, à la loi El-Khomri, à la naissance de Macron. Elles captent pourtant toujours assez de voix pour empêcher qu’une autre « gauche » apparaisse comme un pôle. 

    La petite bourgeoisie des centres urbains est retournée chez elle. Ce n’est pas étonnant. Le social-libéralisme, même maquillé en vert, bénéficie toujours d’un espace possible d’existence dans la puissance impérialiste qu’est la France. 20%, cependant, soit 10% des individus possédant le droit de vote, est une « victoire » précaire.

    La gauche non-Hollande, PCF, LFI, LO (soutenue par le NPA) n’ont pas plus mobilisé les classes populaires.Les groupes trotskistes, tout en se parant des oriflammes de la révolution et en portant un discours de syndicat, ont obtenu 0,7% des voix.Le PCF, rompant avec la stratégie du Front de Gauche, a tenté sa chance seul.La tentative est louable, mais ne pouvait que tomber à plat.Entre une image trop lisse pour attirer les parties les plus radicalisées de la population et l’anticommunisme atavique de la petite bourgeoisie, il est tombé dans un entre deux coûteux.L’abstention lui a ôté les voix qu’il voulait intégrer.Il est talonné par le « parti animaliste.» Nous avons une position sur le PCF qui fait que nous ne partageons ni le fond, ni la forme de ce que ce parti est devenu.Cependant, cette contre-performance ne nous réjouit pas.Elle contribue encore davantage à invisibiliser la place du communisme dans le débat politique et réduit l’espace idéologique ouvert aux idées marxistes.

    La France Insoumise, quant à elle, est en pleine décrue.Elle se retrouve même a égalité avec le Parti Socialiste, malgré tout ce que celui-ci a fait de néfaste.Elle n’est pas parvenue à rassembler autour d’un programme un minimum progressiste.Prise au piège de sa propre stratégie, tabler sur le populisme, elle se confronte aujourd’hui a ses limites.

    L’agressivité dont elle a pu faire preuve, notamment pour se placer par rapport au PCF et à la CGT, a donné un flot très fort, mais un reflux tout aussi puissant.En cause, notamment, les contours flous, les contradictions internes, les affaires Kotarac et Kuzmanovic.L’espace que laisse la décrue de LFI n’a pas été récupéré par le PCF, il a été vampirisé, finalement, par le PS-EELV, sur un programme libéral au possible.

    Les gauches réformistes ont échoué.Le concept, confronté à la crise du capitalisme, est à bout de souffle, même pour ceux et celles qui peuvent encore y croire. La gauche révolutionnaire, extra-parlementaire, a un boulevard devant elle.Elle a une opportunité qu’elle doit saisir.

    Elle est toujours émiettée, toujours fragmentée en groupuscules, en sectes, en petits clans.Elle n’est pas parvenue à une visibilité à l’échelle du pays, ni à jouer le rôle qu’elle doit jouer.Il ne tient en revanche qu’à elle de sortir de cette situation.

    C’est ce à quoi, avec d’autres, nous appelons et nous appellerons d’une manière beaucoup plus précis prochainement.

    La situation décatie que nous voyons aujourd’hui ne peut qu’évoquer ce qu’écrivait Gramsci : « le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à naître, et dans ce clair-obscur surgissent des monstres »

  • 100 millions de morts ou rien. Partie 3

    100 millions de morts ou rien. Partie 3

    L’après-guerre et aujourd’hui :


    L’après-guerre est, pour l’URSS, ce que les historiens nomment le « seconde stalinisme » ou le « stalinisme achevé ». Pour M. Lecaussin, cela singifie le fait que le Goulag se remplisse à nouveau et que les prisonniers de guerre envoyés en Allemagne soient jugés avec une intense méfiance. Ce qui lui vient à l’esprit, ce sont les affaires du groupe de Leningrad, le complot des blouses blanches, la répression de 14 juin 1953, la Hongrie en 1956…

    Il en oublierait presque que dès la fin de la guerre, la France entend reprendre le contrôle de son Empire. Alors que l’épuration est faiblarde en métropole, la reconquête est faite tambour battant. Dès le 8 mai, les massacres commencent.

    Nous avons longuement traité cette question dans notre brochure : La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945 – Partie 3 & 4.

    https://unitecommuniste.com/histoire/la-guerre-ne-sest-pas-arretee-en-1945-partie-3/
    https://unitecommuniste.com/international/la-guerre-ne-sest-pas-arretee-en-1945-partie-4-oradour-malgache/

    Ainsi, en Algérie, dès le 8 mai 1945, tandis que l’occident en liesse célèbre l’écrasement de la vermine fasciste-nazie, les colonies font savoir que l’oppression n’est pas morte avec le Führer. Osant brandir le drapeau de leur nation, les Algériens se heurtent aux colons. Nous citons ce que nous avions écrit alors : 

    « L’apparition du drapeau national algérien met le feu aux poudres. La police et les colons ouvrent le feu sur les manifestants à Sétif. Bouzid Sâal, un jeune scout, est tué par la police à Sétif. A Guelma, la scène est similaire, et un jeune manifestant meurt des suites de ses blessures, tandis que le quartier colonial se couvre de mitrailleuses. Des suspects sont interpellés et torturés. A Kherrata, un massacre est organisé en tout discrétion par les Français, lesquelles, reprenant les mêmes méthodes que les Einsatzgruppen à Baby Yar, abattent et précipitent dans les ravins plusieurs centaines de suspects.

    Des émeutes éclatent alors en riposte. Des combats sporadiques ont lieu, ainsi que des vengeances, parfois aveugles, de rage, puis l’armée intervient brutalement. Si des morts ont été commises des deux côtés, leur disproportion illustrent la manière dont « l’ordre » a été rétabli.

    102 européens ont été tués, plus par rage, par vengeance, que dans une opération calculée de représailles. Le 11 mai 1945, le général de Gaulle ordonne à l’armée d’assurer « le maintien de l’ordre », en confiant au général Duval la conduite des opérations. Ces opérations sont des massacres et des exécutions sauvages, aveugles et terroristes. La France commet de nouveaux Oradour-sur-Glane. Pendant dix jours, le four crématoire de Lavie a tourné, sa flamme claire tranchant dans la nuit. Lorsque le 22 mai, la répression s’arrête officiellement. 900 morts le jour même, sous les balles de la police. [Au total entre] 20 000 et 45 000 sous le prétexte de liquider « …des éléments troubles, d’inspiration hitlérienne, [qui] se sont livrés à Sétif à une agression armée contre la population qui fêtait la capitulation de l’Allemagne nazie. La police, aidée de l’armée, maintient l’ordre et les autorités prennent toutes décisions utiles pour assurer la sécurité et réprimer les tentatives de désordre.» »

    L’ordre français est restauré. C’est là l’essentiel aux yeux des impérialistes.

    Lorsque le Japon militariste est écrasé, c’est au tour de l’Indochine, occupée par celui-ci, de passer de la résistance à l’occupation à la libération. Là encore, voilà comment les choses s’opèrent :

    « Le 2 septembre 1945, dans une atmosphère tendue, Ho Chi Minh proclame l’indépendance du Vietnam. Celle-ci ne peut cependant être réalisée que par le départ des français et des troupes d’occupation. La France, par ailleurs, négocie laborieusement pour que la Chine se replie, en échange d’un renoncement à toute prétention française sur celle-ci. Le général Leclerc, qui remonte de Saïgon, opte pour une ligne de conduite modérée, de négociation, avec les forces patriotiques. (…)

    Le remplacement des Chinois par les Français n’est pas entravé par les troupes d’Ho Chi Minh. Hanoï, la capitale du nord, est occupée sans un coup de fusil. Le PCI cherche alors une solution de compromis. Mais, dans le camp des Français, l’idée d’accepter de perdre cette partie de l’empire apparaît envisageable. Contre le diagnostic de Leclerc, la France se prépare à la guerre. Elle ne se sent plus si faible, se sent appuyée par le revirement géopolitique US, qui élabore progressivement sa doctrine du containement, et qui s’intéresse de plus en plus au maintien des bastions coloniaux comme bastions anticommunistes.

    L’anticommunisme et le colonialisme se mêlent et débouchent sur une conclusion partagée par la quasi-intégralité des partis politiques de la métropole, à l’exception du PCF : il ne faut pas céder. Le 23 novembre 1946, l’armée française choisit donc la voie de la guerre, en bombardant, par artillerie, le port de Haiphong, ouvrant ainsi le premier acte d’une guerre qui ne s’est terminée qu’en 1975. La France choisit, pour conserver son empire, le napalm, les massacres et la torture, plutôt que la paix. »

    La guerre d’Indochine (1945-1954) se traduit, en dernière instance, par 75 500 morts pour l’Union française et un décompte incertain pour l’Etat du Viêt Nam. Le Viêtnam nord paie le prix de 300 000 morts. 
    En 1947, c’est au tour de Madagascar de s’embraser.

    « Dès le début du mois d’avril, 18 000 militaires français débarquent. Ils sont plus de 30 000 par la suite. La méthode de répression est classique : torture, meurtres, razzias, viols… Elle se double d’une terreur psychologique dans les méthodes d’exécution : captifs jetés vivants depuis des avions. Malgré une longue guérilla organisée par les colonisés, qui connaissent le terrain, l’écrasement est rapide. En effet, les insurgés n’ont que des sagaies et des couteaux, face à des bombardiers A-26, des chars, des lance-flammes.

    89 000 morts côtés insurgés. 1 900 côté forces coloniales, ainsi que 850 européens dont 350 militaires. Voilà le bilan de l’opération de « pacification à la française ». Des procès sommaires et des exécutions de suspects eurent lieu tout au long de l’année 1948 contre les militaires malgaches accusés de nationalisme. »

    La même année, en métropole, encore sous un rationnement draconien, les grèves de 1947 sont durement réprimées. Les CRS, nouvellement constitués, sont envoyés avec l’armée pour briser celles-ci. En 1948, 5 ou 6 mineurs sont tués lors d’autres grèves. 

    En 1950, la France participe, aux côtés des forces de l’ONU, à la guerre de Corée. Cette guerre pour le maintien de la partition de la péninsule, pour continuer à ce que la dictature de Park perdure, se paie aussi d’entre 4 et 5 millions de civils morts, soit 1 habitant sur 6. En métropole, la manifestation de 1952 contre la venue du général Ridgway ‘la peste ‘, se traduit par l’ouverture du feu sur la foule, causant deux morts par balle. 

    À titre de comparaison, la répression de Berlin-Est, qui est difficilement imputable de manière directe à l’Union soviétique, tue 80 personnes. L’intervention en Hongrie coûte la vie à 2 500 personnes. En dernière partie de cet article, nous aurons l’occasion de les évoquer de nouveau.

    D’une manière très superficielle, ces évènements seuls, sans compter la guerre de Corée, amènent la France à un total de près de 500 000 morts entre 1945 et 1954. C’est sans compter la surmortalité liée à la malnutrition, aux violences, à l’absence d’infrastructure sanitaires.

    Après la période Stalinienne, la guerre d’Algérie double ce score d’un seul coup. 152 863 membres du FLN tués, 25 600 soldats français, 50 000 harkis et 250 000 morts civils pour l’estimation la plus basse. Cette guerre ramène donc à nouveau une charretée de 500 000 corps à mettre au compte de la patrie de Voltaire et de Montesquieu. 
    Durant les indépendances, la France participe à des assassinats qui visent à maintenir dans son giron les pays formellement indépendants. En 1963, elle commet l’assassinat de Sylvanus Olympio, premier président élu du Togo. L’année d’après elle écrase au Gabon une tentative de coup militaire anti-impérialiste. En 1965, elle enlève Ben Barka. Toujours la même année, la France assassine Ossendé Afana, dirigeant de l’Union Patriotique du Cameroun. En 1971, elle fait exécuter publiquement Ernest Ouandié, leader de la même organisation….la liste est longue. En 1978, ses mercenaires organisent avec les Sud-africains un coup d’Etat aux Comores, pour remplacer la République populaire des Comores par un régime ultra-réactionnaire…Même après la Guerre froide, les actions continuent. En 1994, la France coopère dans le génocide au Rwanda, qui sert ses intérêts. 

    Elle poursuit, au travers de la Francophonie, de son maintien d’une monnaie coloniale, de ses actions criminelles la domination d’une grande partie d’un continent. En 2011, elle participe à la déstabilisation de la Syrie, de la Libye, de la Côte d’Ivoire… Elle détient donc, d’un point de vue purement de bilan humain, une responsabilité importante dans des millions de morts. 

    Si nous employions les mêmes méthodes douteuses que le livre noir, nous pourrions sans grand problème atteindre, entre 1901 et 2001, les 500 millions de victimes pour le capitalisme, le colonialisme et l’impérialisme. Mais cela ne serait guère satisfaisant. Certains avancent un chiffre de 20 millions de morts par an pour le capitalisme. 
    Ces compatibilités sont difficiles à expliquer et difficile à défendre. Mais elles donnent un ordre d’idée : le camp du crime n’est pas celui qu’on croit. Voilà donc le bilan que M. Lecaussin doit endosser avant de pouvoir s’exprimer sur le nôtre. 

  • 100 millions sinon rien. – Seconde partie.

    100 millions sinon rien. – Seconde partie.

    Remettons les pendules à l’heure.

     M. Lecaussin n’est guère courageux. C’est son droit de vomir le bilan des Etats socialistes, nous le lui concédons pleinement. Seulement, nous ne pensons pas qu’il soit possible de le faire depuis une position en surplomb, tel un sage de la montagne, vivant en ermite reclus.


    M. Lecaussin choisit de s’en prendre à la transformation du monde opérée par les révolutionnaires. Il la juge néfaste et mortifère. Soit. Mais que défend-il alors comme système alternatif, comme réponse ? À ce sujet, il n’en pipe mot. Il est vrai qu’il est aisé de se draper dans la pureté lorsque qu’on a aucun bilan à défendre. 
    Il s’agit d’un reproche que nous faisons régulièrement à nos détracteurs. Nous avons une histoire, un passé, donc un bilan.

     Ce bilan, charge à nous de le défendre. Seulement, ceux qui nous attaquent doivent également savoir qu’ils portent la même responsabilité. Soit ceux qui ne veulent rien faire portent la responsabilité des maux de la société actuelle, soit ceux qui en restent à une critique utopiste doivent porter la charge de n’avoir rien réussit à réaliser. 

    Nous jugeons le communisme, comme idéologie, supérieure aux autres – sans quoi nous n’y adhérerions pas. Nous jugeons que la construction du socialisme était un projet dur à mettre en œuvre, mais néanmoins infiniment supérieur aux résultats du capitalisme et de l’impérialisme. Nous ne mettons donc pas l’un sur le même plan que l’autre. Cependant, nous allons démontrer que, pendant que l’auteur de ces lignes reste fixé sur le bilan de l’URSS, il omet sciemment que son propre pays a causé nettement plus de morts, pour des raisons uniquement crapuleuses. Dans ce cours article, nous parlerons uniquement de l’Union soviétique, car nous disposons d’une partie de ses archives. Nous pourrions parler de la Chine, mais le manque de documents fait que nous ne désirons-nous appuyer également sur les sources universitaires employées à l’heure actuelle, et non pas spéculer face aux spéculations des autres.
    Cela pose aussi une question de méthode. Qu’est-ce que la France réellement, durant la période de 1917 à 1991 (ou plutôt celle de 1917 à 1956, pour parler de la Russie révolutionnaire et de l’URSS socialiste.) ? 
    Ce n’est pas la métropole, cela serait se focaliser sur la partie la plus riche, la plus spoliatrice, de l’iceberg. Ce n’est même pas la métropole et l’Empire colonial. La France, que M. Lecaussin compare favorablement à l’URSS, est à la fois la métropole, l’Empire, mais aussi les tentacules économiques qu’elle noue, son réseau de clientèle, son réseau d’obligés, de laquais, de bas exécutants. 

    La France, même dans la période sur laquelle nous allons nous focaliser, est déjà le fruit de l’exploitation coloniale et impérialiste. Le relatif confort de certaines parties de la métropole était nourri par la spoliation et le crime. Il est indéniable que l’esclavage, la Guerre de l’opium, la conquête de l’Algérie et de l’Indochine, la ruée vers l’Afrique ont joué un rôle considérable dans la capacité pour la France à réaliser son accumulation primitive du capital. 

    Il n’est pas possible, non plus, ne faire l’impasse sur ce fait particulièrement significatif : il est régulièrement mentionné que les colonies étaient un mauvais deal. Elles étaient déficitaires en termes d’investissement public. En effet, il fallait, pour les exploiter, développer des infrastructures immenses, payées par les deniers publics, réalisés par le travail forcé. Mais l’accaparation des richesses issues de ces travaux n’allait pas dans les caisses de l’Etat. Il allait chez les grands bourgeois, les grands spéculateurs. Rarement dans le développement économique et industriel d’une métropole in fine singulièrement arriérée, même par rapport à l’Allemagne. En dernière analyse, le prolétariat français payait pour que la bourgeoisie puisse s’enrichir sur le sang des travailleurs et des travailleuses des colonies. Mais laissons cette période de côté.

    Contentons-nous du score, puisque de tout ce que le communisme et les communistes ont apporté, M. Lecuassin ne retient que ceci. Regardons, au moment où chaque événement jugé criminel se déroule en URSS, que se passe t’il en France ?

    La Révolution bolchevique est née de la Grande Guerre. Tandis que les révolutionnaires, dans l’esprit de la conférence de Zimmerwald, mettent tout en œuvre pour tenter de liquider ce conflit et d’en sortir, la France et les autres belligérants prennent une position diamétralement opposée.
    La Première Guerre mondiale est particulièrement éloignée de l’idée de la « guerre juste ». Les impérialistes dominants (France, Royaume-Uni…) se heurtent à une coalition de puissances décaties (Autriche-Hongrie, Empire Ottoman) ou a des nouveaux concurrents comme, l’Empire Allemand. 
    Le repartage des cartes du monde, nées de la conférence de Berlin, en 1885, est la raison fondamentale du conflit. La seconde est la question du fer et du charbon de la région frontalière entre la France et l’Allemagne. La France possède le fer, l’Allemagne, le charbon. L’un comme l’autre veut les deux.
    Pour réaliser ce repartage, 39 millions de morts. Plus du double de blessés et de mutilés. À la suite de celle-ci, le déclenchement de la pandémie de grippe espagnole, facilitée par la misère et la désorganisation sociale, rajoute 50 à 100 millions de morts selon les estimations (5% de la population mondiale).

    La Russie révolutionnaire est sortie de la guerre, au nom des revendications populaires (le pain, la paix, la terre), mais également au nom de l’internationalisme prolétarien. Au prix d’une humiliante paix de compromis, le traité de Brest-Litovsk, la direction du gouvernement bolchevique obtient ce miracle.

    Quelle est la réaction, alors, des grandes démocraties ? Elle refuse de reconnaître le gouvernement et lui fait également la guerre. 
    La Révolution a fait peu de victimes. Tout au plus quelques gardes blancs. Mais la guerre civile, nourrie et alimentée par les ex-Alliés, elle, en produit plusieurs millions, par la guerre elle-même, par la désorganisation des transports et du ravitaillement, enfin, par la famine terrible. Ces millions de morts, que M. Lecaussin veut faire endosser au régime soviétique, sont le fruit des siens, de son camp, de ceux qu’il défend.
    Monsieur Lecaussin parle de la dictature. Il indique sa férocité, en se basant sur les « travaux » à charge de pseudo-historiens. Nous y répondrons. Mais tient-il compte, là aussi, de ce qui se passait dans son propre pays, républicain et démocratique ?

    Dans la France au sens étroit du terme, les grèves sont réprimées par la force militaire durant toute la Troizième République et la Quatrième. Les morts au cours de manifestations sont une chose courante. Jusqu’en 1961, l’ouverture du feu sur les manifestations fait partie de la procédure normale. 

    M. Lecaussin peut parler de la misère en Union soviétique. La vie y était dure, car tout était à construire, sous la pression constante d’un cercle d’acier formé par les pays capitalistes et impérialistes. Et cette construction, contrairement à l’industrialisation de la France, ne pouvait se faire sur la base de la surexploitation coloniale, de l’esclavage, du pillage. Elle devait se faire par le sacrifice, par l’abnégation, par la mobilisation politique. Elle ne pouvait se faire que dans un grand mouvement d’ensemble. 

    La France n’en était pas moins, même pour sa métropole, un pays à la Zola. Une population majoritairement agricole, miséreuse. Une population urbaine s’entassant dans des taudis crasseux, pauvre, n’ayant que de quoi survivre jusqu’au lendemain. Une population sans loisirs, sans vacances, à la merci d’un patronat tout-puissant. Les droits sociaux, arrachés, le sont au prix du sang.
    Les opposants politiques connaissent la prison, le bataillon d’Afrique ou le bagne de Cayenne.

    Peut-on oublier que, après la guerre de pillage et de brigandage qu’était la Première Guerre mondiale, la France a voulu vampiriser l’Allemagne ? D’une part en faisant payer à la population les réparations immenses d’une guerre dont elle n’était pas plus responsable que les autres, de l’autre, en l’envahissant purement et simplement. En 1923, les troupes françaises occupent militairement la Ruhr, sous les cris de la SDN. Cette occupation-pillage, oubliée, tue, n’en est pas moins réelle. Elle a d’ailleurs servi d’argumentaire aux nazis, par la suite, pour justifier leur politique de réarmement. 

    Même en Europe, la France n’est pas cette exceptionnelle championne des droits de l’Homme. 

    Mais cela apparaît encore comme un paradis comparativement aux colonies.

    Il est aisé de porter un regard dissocié sur l’histoire comparée. Nous jugeons très souvent avec les yeux d’aujourd’hui l’Union soviétique et son bilan, en nous référant à notre situation très avantageuse d’habitant d’un pays impérialiste dominant. 

    En revanche, dès que les yeux se posent sur l’histoire coloniale, la distance temporelle et géographique paraît immense. Sans parler de la conquête coloniale, laquelle, en cinquante ans, aurait fait entre 50 et 60 millions de morts, qu’en est-il de l’exploitation ? Pendant qu’on accuse les bolcheviques de commettre des crimes, que fait la France ? 


    Tout d’abord, elle vit au rythme de l’Apartheid. Les colonisés n’ont pas les mêmes droits, pas les mêmes lois, par le même statut que les colonisateurs, juridiquement parlant. Les deux mondes se croisent sans se voir, dans des villes géographiquement clivées. 

    En deuxième lieu, la colonisation se base sur le travail forcé, la marche à la mort pour la construction des infrastructures d’exportation et l’extraction des matières premières. Le développement économique, promu hypocritement par certains, ne résiste pas à une analyse. Ces négationnistes du crime colonial osent déclarer que le colonisateur à industrialisé le pays, qu’il lui a doté d’équipement, d’écoles…

    Les infrastructures sont construites par la main d’œuvre forcée, pour une utilisation à l’usage exclusif du colonisateur. André Gide, que les anticommunistes aiment citer pour Retour d’URSS, a écrit également Voyage au Congo. Son récit est à glacer d’effroi sur la répression qui tombe sur les populations colonisées. Que les ouvriers renâclent, et ils sont châtiés, allant du sadisme de caserne jusqu’au massacre. La construction du chemin de fer Congo-Océan, par exemple, se paie d’un mort par travée de bois posée. 

    Le travail harassant, est là uniquement pour nourrir la colonie en matières premières, qui, en retour, vend au prix fort les produits manufacturés. Les banques investissent, prêtent, avec des rendements immenses, tant la main d’œuvre, moyen d’extraire la plus-value, est employée à vil prix. 
    L’Empire est sacré. Il est hors d’atteinte des votes, il est au-delà des droits démocratiques. Il est le cœur battant de l’économie de la grande bourgeoisie. Lorsque l’Allemagne met à genoux la France, en 1940, il s’agit du seul point non-négociable dans le wagon de Rethondes. Celui-ci et la flotte de guerre qui lui permet d’en assurer la sécurité. Le reste, les droits démocratiques, les libertés, sont accessoires.

    Ceux qui s’opposent alors à l’Empire, Parti Communiste en tête, ainsi que les mouvements anti-impérialistes, font face à des dangers extrêmes. La France possède ses bagnes pour les siens. Elle en possède aussi pour les colonisés. Poulo Condor, par exemple, pour les Vietnamiens. Malgré les conditions de détention abominables, ces bagnes sont réservés au VIP. Ceux qu’on ne peut faire disparaître.

    La France coloniale, c’est la guerre. Dans les années 30, alors que M. Lecaussin regarde l’Ukraine et les purges, il oublie la guerre du Rif. Il oublie les bombardements de l’Annam, où les travailleurs et travailleuses, à demi-morts de faim, sont écrasés sous les bombes. Il oublie ceci, car cela ne sert pas sa chapelle.

    Pendant la Seconde Guerre mondiale, les massacres coloniaux ne s’arrêtent pas pour autant. Peut-être pourrait-il se défausser en s’exclamant « Vichy n’est pas la France ! » Non seulement cela est faux, d’une part, mais de l’autre, ces massacres sont commis par la France Libre. En 1943, le 25 juillet, l’armée massacre à Philippeville, en Algérie. « Les officiers français, mécontents de l’accueil qu’ils avaient trouvé en Tunisie, humiliés devant les officiers américains et anglais, retournèrent leur hargne contre les Algériens et poussèrent les soldats noirs à l’émeute. » déclarait ainsi Ferrat Abbas. 

    Dans l’avant-guerre et dans la guerre, la France commet des crimes terribles. M. Lecaussin pourrait se défausser une nouvelle fois. Il pourrait dire que ces faits sont prescrits. Seulement, la Seconde Guerre mondiale ne les stoppe pas

  • 100 millions sinon rien. – Première partie.

    100 millions sinon rien. – Première partie.

    Un PCF qui s’approche des 5% semble suffire à réveiller de vieux démons chez les réactionnaires et les bourgeois. L’anticommunisme atavique se dresse dès qu’il flaire son ennemi.
    Invité sur le plateau des « Grandes Gueules », le 21 mai, le candidat du PCF aux élections européennes, Ian Brossat, a été pris à partie par le journaliste sportif et chroniqueur Daniel Riolo. Celui-ci a affirmé que le PCF avait collaboré avec les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.
    « On ne va pas avoir un débat historique. Le général de Gaulle a sauvé le Parti communiste après la guerre en l’intégrant au pouvoir décisionnel alors qu’il avait complètement collaboré. » Cette falsification de l’histoire, nourrie de raccourcis, à la vie dure. Elle tend à faire oublier l’importance fondamentale des communistes, avant même l’entrée en guerre de l’URSS, dans toutes les résistances à l’occupation allemande et au fascisme, y compris au sein des camps de concentration. Elle surfe sur le mythe d’un monopole gaulliste de la Résistance intérieure, monopole construit a posteriori.

    L’affront a fait bondir Ian Brossat, à juste titre. Mais si les propos d’un journaliste sportif peuvent passer pour une bêtise nourrie d’anticommunisme, d’autres cas sont plus inquiétants.
    Un jour avant, le 20 mai, Nicolas Lecaussin publiait dans Le Figaro, une tribune intitulée « Le communisme français, un cadavre qui bouge encore, hélas ». Le directeur de l’Institut de Recherches Économiques et Fiscales déclarait, en somme, que « le communisme aurait dû depuis longtemps sortir de l’histoire.Et ce n’est pas à l’honneur de la France d’avoir toujours un parti communiste…» 
    Puisque M. Lecaussin prend la peine d’intervenir sur un si grand média, nous ne pouvons que prendre la plume pour lui répondre. 

    En tout premier lieu, nous plaignons quelque peu Nicolas Lecaussin. Sa terreur, son effroi, envers le communisme semble sincère. Devant la candidature du PCF, autour d’un programme plus que timoré, semble déjà lui donner des sueurs. Espérons qu’il ne sache pas que d’autres sont bien pires. Et qu’ils assument. 

    Car il est difficile de penser que l’« Europe des Gens, pas l’Europe de l’Argent » soit une émanation pure et dure du marxisme-léninisme, du bolchevisme. D’ailleurs, l’auteur de cette diatribe est rapidement en souffrance lorsqu’il doit avancer des arguments pour la caractériser ainsi. Il se contente alors cette unique passe d’armes : « Toujours la même rengaine contre «le marché, la concurrence, l’austérité…». C’est toujours l’Etat qui résout tout, pas de salut ni solutions hors les services publics, haro sur les banques, les entreprises et bien entendu les riches, qui doivent être punis.» 
    Le Figaro, avec ses 5 699 521 € d’aides d’Etat versées par an, ce qui en fait le 3e journal le plus subventionné de France, pourrait au moins avoir la politesse de se débrouiller seul avant de cracher dans la soupe des finances publiques. 

    Indépendamment de cela, nous sommes loin de voir renaître un discours de dictature du prolétariat. Mais s’en est déjà trop pour notre homme, pour qui Ian Brossat et « son programme repren[nent] les formules creuses et les propositions éculées du PCF. » Nous n’allons pas essayer ici de défendre celui-ci, que ous jugeons inadapté. En revanche, cela ne singifie pas qu’on accepte de recevoir les crachats d’ignares.

    Donc, à ses yeux, le gentillet adjoint à la mairie de Paris traîne avec lui les cadavres de dizaines de millions de morts… Sauf que l’accusateur semble bien en peine de nous en dire plus. 

    Un accusateur à la peine.


    Quelque part, nous avons un peu de peine, en lisant la prose de M. Lecaussin. Malgré la charge véhémente qu’il adresse, en termes orduriers, au PCF, à M. Brossat et au communisme, il semble hésitant. Les terribles coups qu’il entend porter semblent mal assurés. Et pour cause. 
    « Des dizaines de millions de morts » ; « Comme si l’on avait gommé tout simplement les dizaines de millions de morts. » ; « une idéologie ayant entassé les cadavres. » Voilà des arguments qui reposent sur des preuves scientifiques dûment étayées. Et pour cause, notre compère est un fin historien.

    Les auteurs qu’il cite, pour se donner une contenance, sont des têtes connues. Marc Lazar, auteur de l’ouvrage Le Communisme, une passion française, sorti en 2002. L’omniprésent Livre noir, de Stéphane Courtois, mais aussi Thierry Wolton. 

    Si le premier est un petit réactionnaire assez inoffensif, un disciple de François Furet sans envergure, les deux autres méritent qu’on s’y attarde.

    Le Livre noir, publié en 1997, est toujours un cheval de bataille au centre de l’anticommunisme français et international. Un cheval cependant bien décati, car plus aucun universitaire sérieux ne l’emploie, tant les analyses de son directeur sont tirées par les cheveux. Même plusieurs rédacteurs ont choisi, par la suite de s’en détacher, en fustigeant l’obession des 100 000 000 de morts. Nicolas Werth, par exemple, auteur de la plus grande partie de l’ouvrage, s’en est détaché, du fait des incohérences de la direction. En effet, celui qui avait écrit « Goulag, les vrais chiffres », ramenant à sa juste proportion le système carcéral soviétique, se retouvait cité au milieu de fanatiques anticommunistes.

    M. Lecaussin, par ailleurs, se garde bien de donner un chiffre, soit parce qu’il ne sait pas, soit parce qu’il ne sait que trop bien combien ses sources sont fragiles, et combien il est risqué de tracer un bilan mal assuré. Pourtant, les sources, elles, ne manquent pas. Il est aisé de trouver les écrits d’A. Blum ; de S. Fitzpatrick ou même de simplement ouvrir un de nombreux livres de N. Werth pour avancer des chiffres qui, à défaut d’être correctement utilisés, aurait au moins eu le mérite d’être justes d’un point de vue comptable. 

    Le troisème larron de M. Lecaussin, Thierry Wolton, mérite qu’on s’y attarde un moment. En effet, cet auteur a été au centre de tellement de controverses que nous sommes bien en peine de les lister. S’il a été soutenu par les historiens réactionnaires A. Kreigel et F. Furet, bien d’autres l’ont brocardé avec véhémence. Obsédé par une conspiration du Komintern, T. Woltan cherche longuement à démontrer, au travers de raisonnements au second ou au troisième degré, que Jean Moulin était un agent soviétique. 


    Pierre Vidal-Naquet considère que T. Woltan au travers de ses attaques contre le communisme et contre Jean Moulin, sa bête noire, fait œuvre de « révisionnisme mou », et que le fond de sa pensée était constitué de ses « intentions de réhabiliter Vichy ». Il l’a également accusé d’être « un falsificateur du genre de Faurisson ». Dans son ouvrage Douze leçons sur l’histoire, A. Prost prend même l’exemple de T. Wolton comme représentation du non-historien. Il a qualifié ses méthodes de « peu rigoureuses » et son travail de « prétendument historique. » François Bérida en parle également comme auteur peu rigoureux et commutant régulièrement des contre-vérités.

    La dernière œuvre de cet historien décidément fort peu admiré de ses pairs est un triptyque sur l’histoire du communisme. Les titres sont éloquents. Un tome 1, nommé les bourreaux, sur la direction des partis communistes. Un tome 2, nommé les victimes, sur les habitants des pays dirigés par ces mêmes partis. Un tome 3, en préparation, les complices, sur l’admiration du communisme par des intellectuels engagés. 
    Les historiens de garde, pour reprendre l’expression employée par William Blanc, Aurore Chéry et Christophe Naudin dans leur ouvrage éponyme, sont les références de M. Lecaussin. Ces « historiens », plus portés sur l’histotainement le divertissement historique, que sur l’étude de l’histoire elle-même, forment un fer de lance redoutable. Les noms de Lorànt Deutsch, Stephane Bern ou Patrick Buisson reviennent sans cesse chez ces royalistes, ces réactionnaires, qui maquillent l’histoire. Au nom d’une liberté de la science, ils escamotent ce qui ne sert pas leur chapelle et grossissent le trait de ce qui les arrangent. 

    Voici donc la base scientifique qui sous-tend la pensée de M. Lecaussin.


    Contrairement à ce que pense M. Lecaussin, nous, communiste, sommes particulièrement attentifs à l’actualité de la recherche concernant l’histoire des expériences socialistes. Il s’agit d’un matériel dont nous avons besoin pour permettre de déterminer les erreurs, les fautes et les manques que les communistes d’alors ont pu commettre. Nous avons besoin également de connaître quels succès ont été réalisés, quelles avancées. Parfois, le bilan est dur à accepter, par rapport à la promesse du paradis socialiste, mais nous l’acceptons, car nous ne nous nourrissons pas de mythes et d’invention.

    C’est pour cela que nous ne lisons pas que ce qui est le fruit de notre chapelle. Aujourd’hui, de plus, avec l’ouverture des archives soviétiques, l’évolution de l’historiographie tend, en dernière analyse, à éliminer les thèses totalitaires des années 50-60 aux USA, ou des années 90 en France.
    Aujourd’hui, les recherches actuelles dressent un portrait incomparablement plus flatteur de l’Union soviétique qu’à l’époque des inventions de Robert Conquest, des mensonges de Khrouchtchev, des racontars de Trotski ou des délires de Courtois. Les dizaines de millions de morts du Goulag ou des purges se sont évaporés. 

    Les travaux actuels de S. Fitzpatrick, de A. Getty ou de S. Wheatcroft tendent à remettre les pendules à l’heure. Peut-être ceux de M. Tauger, sur les transformations de l’agricultre soviétique et sur la famine en Ukraine, de G. Furr sur les rapports entre le NKVD et la direction de l’Etat, permettront d’obtenir une nouvelle rupture historiographique. 

    En revanche, nous pouvons vois que notre auteur semble bien mal inspiré d’étaler sa science. Car une construction si mal étayée tombe bien vite en ruine, d’autant que lui-même, en prenant position, oublie de balayer devant sa porte. En termes de comptabilité morbide, son propre camp est loin d’être à la traîne.