Auteur/autrice : unitecommuniste

  • Une seule étincelle peut déclencher un incendie de commissariat (For the People – Twin Cities)

    Une seule étincelle peut déclencher un incendie de commissariat (For the People – Twin Cities)

    Cette déclaration a été écrite par les camarades de l’organisation For The People – Twin Cities, basé à Minneapolis, cœur des protestations aux États-Unis d’Amérique, et publié sur le journal The People’s Voice News. En voici la traduction.

    Une seule étincelle peut déclencher un incendie de commissariat, sur la victoire historique des habitants de Minneapolis au 3e district

    Dans la nuit du 28 mai, le peuple, les masses colonisées (en particulier les masses New Afrikan) de Minneapolis ont remporté une énorme victoire. Ils se sont soulevés, au nom de la justice pour George Floyd et tous les noirs et indigènes qui ont été assassinés par l’État colonisateur, et ont chassé les porcs de leur forteresse d’étain, ont pris leurs armes, les ont redistribuées et ont brûlé la station. Le peuple réclame ce qui lui revient de droit par un militantisme pur et dur. L’État colonial-impérialiste des soi-disant « États-Unis » s’effondre sous nos yeux. Le peuple comprend les mensonges du réformisme et de l’électoralisme, leurs fausses promesses, et il a déclaré « Plus jamais ça ! Assez, c’est assez ! ». Ainsi ils ont appris leur propre pouvoir, et que lorsqu’ils sont unis, rien ne peut les arrêter.

    En outre, il convient de noter que ce qui a été démontré à Minneapolis ce soir-là (et les soirées qui ont suivi) symbolise les principes de la guerre populaire prolongée en microcosme. Pendant trois jours, le peuple s’est rassemblé à l’extérieur du commissariat, jetant des bouteilles, tirant des feux d’artifice sur les cochons, éteignant les gaz lacrymogènes, pillant un magasin Target [chaîne américaine de grande distribution, NDT.] pour redistribuer les richesses, abattant les barricades… Ils étaient inébranlables. Ils sont passés d’une stratégie défensive, définie par des retraites et des regroupements tactiques occasionnels, à un équilibre stratégique dans lequel les masses avaient acquis la position nécessaire pour commencer à défier véritablement la ligne de défense du commissariat, et enfin à l’offensive stratégique, qui a culminé avec la prise d’assaut, l’expropriation et la destruction du commissariat. Rien ne pouvait les arrêter, et ils ne tardèrent pas à déclarer la victoire, les porcs détruisant leur propre barricade pour échapper à la juste colère des masses. Et avec le feu de la forteresse d’étain en arrière-plan, le peuple buvait, dansait, riait, faisait la fête. Un vestige vaincu, le peuple en liesse. Le tigre de papier était battu par le vent et la pluie.

    Un nouvel avenir est possible, et, osons le dire, à notre portée. Un optimisme révolutionnaire est justifié. Le nihilisme et le défaitisme reflètent un révolutionnaire qui n’écoute pas le peuple, qui ne suit pas la ligne de masse, qui ne fait aucune enquête sociale mais s’assied et exige des autres qu’ils s’engagent dans des débats idéologiques mesquins et insipides, ou dans des projets réformistes inutiles. Ce n’est pas un allié du peuple, et le peuple le sait. Ils comprennent mieux leur propre lutte militante que quelqu’un qui s’est assis et a mémorisé toutes les œuvres de Lénine et de Mao mais n’a pas réellement appliqué ce savoir pour lutter et se battre à leurs côtés.

    La situation est révélatrice de qui, parmi les masses, est le plus avancé et le plus militant, et c’est avec eux que l’avenir de l’humanité est possible. Nous devons nous unir à eux, nous devons nous battre à leurs côtés et apprendre avec eux par la lutte et par le combat.

    Et si l’optimisme révolutionnaire est justifié, nous devons aussi reconnaître que ces soulèvements sont spontanés. Ils manquent de direction et d’organisation claire, même avec leur succès profond, et à mesure que les succès des soulèvements spontanés s’accumulent, nous voyons la nécessité d’élaborer un plan de longévité avec le peuple. Notre tâche principale en tant que communistes est de travailler sans relâche pour transformer le caractère de ce soulèvement de celui de rébellion spontanée à celui de révolution organisée et soutenue, et nous savons qu’en ce qui concerne l’apprentissage de la réalisation de cette tâche, il n’y a pas de meilleur enseignant que l’expérience dans le creuset de la lutte elle-même. Les porcs se fatigueront et s’affaibliront, et nous raffermirons nos forces et notre pouvoir. Laissons le peuple porter cette première victoire parmi tant d’autres à venir. C’est le début d’un mouvement qui ne peut être arrêté ; pas quand le peuple est conscient du pouvoir qu’il a entre les mains, des centaines de mains qui ont pris d’assaut le commissariat. C’est la juste rage du peuple qui brûle, un feu et qui ne sera étouffée par aucun porc et aucun État colonisateur. Maintenant plus que jamais, nous voyons par notre propre expérience ce que Mao voulait vraiment dire quand il disait « une seule étincelle peut allumer un feu de prairie »… Ou dans ce cas, un feu de commissariat.

    Ensemble et en avant !

    For the People – Twin Cities

    Traduction: E. Deka

  • Déclaration du KSRD Ukraine sur le 8/9 mai 1945

    Déclaration du KSRD Ukraine sur le 8/9 mai 1945

    Le 8 mai n’est pas seulement un jour de victoire sur le fascisme au 20e siècle, c’est aussi un symbole du dépassement de l’infâme infection fasciste et national-socialiste en général. Aujourd’hui, le néofascisme a relevé sa tête dans divers pays et il est d’autant plus important de connaître et de se souvenir du mal qu’il apporte aux travailleurs.

    Le fascisme est inséparablement lié au capitalisme, le fascisme est le fruit du capitalisme, son outil dans la lutte contre l’alternative socialiste, pour l’enrichissement maximal et incontrôlé de la classe dominante. Il est particulièrement important de le comprendre aujourd’hui, alors que les capitalistes veulent faire oublier toute signification de la question de classe de la Seconde Guerre mondiale, qui était avant tout, du côté de l’URSS et du prolétariat du monde entier, une guerre contre l’ennemi de classe. Aujourd’hui, le danger de guerre s’accroît partout sur la planète et il est d’autant plus important de se rappeler combien de sang les capitalistes et les impérialistes sont prêts à verser pour leurs propres intérêts égoïstes.

    En Asie, les plus grandes puissances impérialistes – la Chine, les États-Unis, l’Inde – arment des forces militaires pour faire respecter leurs intérêts partout où cela est possible. Les tensions s’intensifient dans le Pacifique, en Afghanistan, dans le golfe Persique, la guerre se poursuit au Yémen et en Syrie.

    En Afrique, il y a de plus en plus de conflits « locaux », qui font en fait partie de la menace militaire globale. Au Soudan et au Nigeria, au Mali et au Congo (Kinshasa), les foyers de conflits armés couvent, qui peuvent à tout moment éclater avec une nouvelle violence.

    En Amérique latine, l’impérialisme américain menace de nouvelles agressions contre les « États voyous » : ainsi les appels à une invasion militaire du Venezuela peuvent être entendus presque ouvertement. Les seigneurs de la guerre de Washington peuvent envahir tous les pays d’Amérique, même le Canada – ceci est connu par les expériences du XXe siècle et par les plans du Pentagone.

    Le danger de guerre a également augmenté pour l’Europe ces dernières années. Une confrontation militaire ouverte se poursuit en Ukraine, où l’impérialisme russe de Poutine tente d’évincer les impérialistes occidentaux. Le militarisme du modèle « Poutine » est particulièrement dangereux, car il tente activement de se déguiser en anti-impérialiste et antifasciste – et pendant ce temps, il accumule des forces militaires dans de nombreuses régions du monde pour participer au nouveau partage impérialiste du monde.

    Dans divers pays, le 8 mai est célébré de manière différente – par exemple, dans la tradition soviétique, le 9 mai. Chaque nation peut célébrer cette journée à sa manière. Mais l’essence reste la même : à bas le fascisme et le nazisme ! À bas les guerres capitalistes !

    C’est donc notre journée de lutte commune, au cours de laquelle les organisations de l’ICOR mènent des actions dans le monde entier comme une vague commune. Organisons des réunions et des discussions – partout où cela est possible sans risque pour la santé. Publions nos appels sur des sites web, sur des documents imprimés et de toute autre manière. Faites savoir à la bourgeoisie : Aucun virus ne peut empêcher les travailleurs du monde entier de manifester contre les menaces néo-fascistes et militaristes.

    À bas le fascisme et le militarisme sous toutes ses formes !

    Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

  • Se fédérer – appel unitaire.

    Se fédérer – appel unitaire.

    L’Unité Communiste de Lyon s’est portée signataire de cet appel. Nous considérons qu’il va dans le bon sens et qu’il est important de l’appuyer. Nous voulons mener une politique unitaire cohérente : les enjeux sont trop importants pour se contenter de ce que nous avons fait par le passé. Tout comme nous sommes signataires du Front International Antifasciste, nous le sommes de cet appel à se fédérer.

    Nous sommes nombreuses, nous sommes nombreux : nous sommes tant et tant à penser et éprouver que ce système a fait son temps. Mais nos voix sont dispersées, nos appels cloisonnés, nos pratiques émiettées. Au point que quelquefois nous doutons de nos forces, nous succombons à la détresse de l’impuissance. Certes, parfois cette diffraction a du bon, loin des centralisations et, évidemment, loin des alignements. Il n’empêche : nous avons besoin de nous fédérer. Sans doute plus que jamais au moment où une crise économique, sociale et politique commence de verser sa violence sans faux-semblant : gigantesque et brutale. Si « nous sommes en guerre », c’est bien en guerre sociale. D’ores et déjà les attaques s’abattent, implacables : le chantage à l’emploi, la mise en cause des libertés et des droits, les mensonges et la violence d’État, les intimidations, la répression policière, en particulier dans les quartiers populaires, la surveillance généralisée, la condescendance de classe, les discriminations racistes, les pires indignités faites aux pauvres, aux plus fragiles, aux exilé-es. Pour une partie croissante de la population, les conditions de logement, de santé, d’alimentation, parfois tout simplement de subsistance, sont catastrophiques. Il est plus que temps de retourner le stigmate contre tous les mauvais classements. Ce qui est « extrême », ce sont bien les inégalités vertigineuses, que la crise creuse encore davantage. Ce qui est « extrême », c’est cette violence. Dans ce système, nos vies vaudront toujours moins que leurs profits.

    Nous n’avons plus peur des mots pour désigner la réalité de ce qui opprime nos sociétés. Pendant des décennies, « capitalisme » était devenu un mot tabou, renvoyé à une injonction sans alternative, aussi évident que l’air respiré – un air lui-même de plus en plus infecté. Nous mesurons désormais que le capitalocène est bien une ère, destructrice et mortifère, une ère d’atteintes mortelles faites à la Terre et au vivant. L’enjeu ne se loge pas seulement dans un néolibéralisme qu’il faudrait combattre tout en revenant à un capitalisme plus « acceptable », « vert », « social » ou « réformé ». Féroce, le capitalisme ne peut pas être maîtrisé, amendé ou bonifié. Tel un vampire ou un trou noir, il peut tout aspirer. Il n’a pas de morale ; il ne connaît que l’égoïsme et l’autorité ; il n’a pas d’autre principe que celui du profit. Cette logique dévoratrice est cynique et meurtrière, comme l’est tout productivisme effréné. Se fédérer, c’est répondre à cette logique par le collectif, en faire la démonstration par le nombre et assumer une opposition au capitalisme, sans imaginer un seul instant qu’on pourrait passer avec lui des compromis.

    Mais nous ne sommes pas seulement, et pas d’abord, des « anti ». Si nous n’avons pas de projet clé en mains, nous sommes de plus en plus nombreuses et nombreux à théoriser, penser mais aussi pratiquer des alternatives crédibles et tangibles pour des vies humaines. Nous avons besoin de les mettre en commun. C’est là d’ailleurs ce qui unit ces expériences et ces espérances : les biens communs fondés non sur la possession mais sur l’usage, la justice sociale et l’égale dignité. Les communs sont des ressources et des biens, des actions collectives et des formes de vie. Ils permettent d’aspirer à une vie bonne, en changeant les critères de référence : non plus le marché mais le partage, non plus la concurrence mais la solidarité, non plus la compétition mais le commun. Ces propositions sont solides. Elles offrent de concevoir un monde différent, débarrassé de la course au profit, du temps rentable et des rapports marchands. Il est plus que jamais nécessaire et précieux de les partager, les discuter et les diffuser.

    Nous savons encore que cela ne suffira pas : nous avons conscience que la puissance du capital ne laissera jamais s’organiser paisiblement une force collective qui lui est contraire. Nous connaissons la nécessité de l’affrontement. Il est d’autant plus impérieux de nous organiser, de tisser des liens et des solidarités tout aussi bien locales qu’internationales, et de faire de l’auto-organisation comme de l’autonomie de nos actions un principe actif, une patiente et tenace collecte de forces. Cela suppose de populariser toutes les formes de démocratie vraie : brigades de solidarité telles qu’elles se sont multipliées dans les quartiers populaires, assemblées, coopératives intégrales, comités d’action et de décision sur nos lieux de travail et de vie, zones à défendre, communes libres et communaux, communautés critiques, socialisation des moyens de production, des services et des biens… Aujourd’hui les personnels soignants appellent à un mouvement populaire. La perspective est aussi puissante qu’élémentaire : celles et ceux qui travaillent quotidiennement à soigner sont les mieux à même d’établir, avec les collectifs d’usagers et les malades, les besoins quant à la santé publique, sans les managers et experts autoproclamés. L’idée est généralisable. Nous avons légitimité et capacité à décider de nos vies – à décider de ce dont nous avons besoin : l’auto-organisation comme manière de prendre nos affaires en mains. Et la fédération comme contre-pouvoir.

    Nous n’avons pas le fétichisme du passé. Mais nous nous souvenons de ce qu’étaient les Fédérés, celles et ceux qui ont voulu, vraiment, changer la vie, lui donner sens et force sous la Commune de Paris. Leurs mouvements, leurs cultures, leurs convictions étaient divers, républicains, marxistes, libertaires et parfois tout cela à la fois. Mais leur courage était le même – et leur « salut commun ». Comme elles et comme eux, nous avons des divergences. Mais comme elles et comme eux, face à l’urgence et à sa gravité, nous pouvons les dépasser, ne pas reconduire d’éternels clivages et faire commune. Une coopérative d’élaborations, d’initiatives et d’actions donnerait plus de puissance à nos pratiques mises en partage. Coordination informelle ou force structurée ? Ce sera à nous d’en décider. Face au discours dominant, aussi insidieux que tentaculaire, nous avons besoin de nous allier, sinon pour le faire taire, du moins pour le contrer. Besoin de nous fédérer pour mettre en pratique une alternative concrète et qui donne à espérer.

    Dès que nous aurons rassemblé de premières forces, nous organiserons une rencontre dont nous déciderons évidemment ensemble les modalités.

    Pour rejoindre cet appel : appelsefederer@riseup.net

    Premières et premiers signataires :

    Nicole Abravanel, Étienne Adam, Christophe Aguiton, Omar Aktouf, Dominique Alcalde, Jean-Claude Amara, Franck Antoine, Sonia Anton, Emmanuel Arvois, Jacky Assoun, Claude Bailblé, Bernard Baissat, Benjamin Ball, Philippe Banka, Ludivine Bantigny, Philippe Barre, Christophe Baticle, Franc Bardou, Stefan Bekier, Gilbert Belgrano, Olivier Belmontant, Cecilia Benevides, Rémi Bénos, Judith Bernard, Alain Bertho, Jacques Bidet, Stéphane Bikialo, Philippe Blanchet, Evelyne Bleu, Françoise Bloch, Christophe Boëte, Pascal Boissel, Françoise Boman, Thierry Borderie, Mathieu Borie, Benoit Borrits, Bernard Bosc, Stephen Bouquin, Aïcha Bourad, Leila Bourad, Driss Boussaoud, Jacques Boutault, Sarah Boyé, François Brun, Pascal Buresi, Noëlle Burgi-Golub, Laurent Bussière Saint-André, Marie-Claire Cailletaud, Claude Calame, Cécile Canut, Pépita Car, Jean-Pierre Castex, Jean-Noël Castorio, Aurélien Catin, Marc Cefallo, Christian Celdran, Dominique Cellier, Jean-Marc Cerino, Frédéric Certain, Maureen Chappuit, Bernard Charlot, Luc Chelly, Nara Cladera, Charlotte Cléro, Yves Cohen, Gérald Collas, Marie-Agnès Combesque, Jean-Louis Comolli, Léon Crémieux, Marcel Cunin, Laurence D., Alain Damasio, Hugues Débotte, Laurence De Cock, Eric Decamps, Stéphanie Dechezelles, Hervé Defalvard, Christian Delacroix, Frédéric Delarue, Jean-René Delépine, Jean-Étienne Delerue, Christine Delphy, Bruno Della Suda, Christian de Montlibert, Robert Descimon, Catherine Deston-Bottin, Rom Desh, Sophie Desrosiers, Michel Defalvard, Serge D’Ignazio, Paul Dirkx, Joss Dray, Marnix Dressen-Vagne, Jean-François Dubost, Frédéric Dufaux, Jean-Michel Dufays, Anne Dufresne, Stéphane Elmadjian, Jean-Paul Engélibert, Didier Epsztajn, Annie Ernaux, Kévin Espinas,  Jean-Claude Eyraud, Laurent Eyraud-Chaume, Guillaume Faburel, Patrick Farbiaz, Dimitris Fasfalis, Jean Fauché, Daniel Faugeron, Pascale Fautrier, Mathieu Ferradou, Alexandre Ferran, Mathieu Fernandez, Renaud Fiévet, Yann Fiévet, Sylviane Finucci, Marianne Fischman, Fabrice Flipo, Jeremie Foa, Bernard Friot, Karën Fort, Fanny Gallot, Alain Gallucci, Edith Galy, Florent Gaudez, Franck Gaudichaud, Bertrand Geay, Julie Gervais, Jean-Pierre Gesbert, Denis Gheerbrant,  Guy Giani, Pascale Gillot, Pierre-Eliel Girard, Julien Gonthier, Renée Gramaize, Christophe Granger, Lena Grigoriadou, Elie Haddad, Jean-Marie Harribey, Benoît Hazard, Odile Hélier, Leila Hicheri, Thomas Hippler, Maryvonne Holzem, Thierry Huve, Mathias Isimat-Mirin, Magali Jacquemin, Nicole Jacques-Lefèvre, Bruno Jacquin, Sylvain Jay, Samy Johsua, Anne Jollet, Claudine Katz, Jacques Kebadian, Marjorie Keters, Pierre Khalfa, Mohamed Khenniche, Jean-Luc Kop, Isabelle Krzywkowski, Anne Kubler, Marc Lacreuse, L’1consoloable, Francis Landron, Patrick Lao, Mathilde Larrère, Sylvie Larue, Ginette Lavigne, Stéphane Lavignotte,  Pascal Le Brun, Michelle Lecolle, Sylvie Le Cocq, Hervé Le Crosnier, Dominique Lefèvre, Corinne Le Fustec, Bernard Lemann, Christophe Lemasson, Romain Le Meur, Alain Lenud, Yann Leredde, Benoît Leroux, Michel Letté, Pascal Liberatore, Wenceslas Lizé, Olivier Long, Camille Louis, Michael Lowy, Fanny Madeline, Christian Mahieux, Chowra Makaremi, Pascal Maillard, Jean Malifaud, Jean-Claude Mamet, Françoise Maquin, Rémi Marie, Philippe Marlière, Killian Martin, Gilles Martinet, Gustave Massiah, Christian Maurel, Laurence Maurel, Julie Maurice, Éliane Meillier, Véronique Melchior, Irène Menahem, Rémi Merindol, Denis Merklen, Henri Mermé, Isabelle Mestre, Valérie Mettais, Stéphane Michot, Noufissa Mikou, Sylvain Milanesi, Jacques Millet, Sylvie  Monchatre, Ana Doldan Montiel, Bénédicte Monville De Secco, José-Luis Moraguès, Corinne Morel-Darleux, Marc Moreigne,  Mikael Motelica-Heino, Séverin Muller, Alain Munier, Philippe Nabonnand, Claire Nancy, Corinne Nativel, Joël Nayet, Toni Negri,  Olivier Neveux, Jean Noviel, Pierre Odin, Bertrand Ogilvie, Denis Orcel, Cléo Pace, Luca Paltrinieri, Dominique Paturel, Frédéric Paschal, Dolores Pazos, Willy Pelletier, Irène Pereira, Évelyne Perrin, Anita Perez, Elsa Peyronne, Nicole Phelouzat, Olivier Piazza, Stéphane Pichelin, Alexandre Pierrepont, Francky Poiriez, Raphael Porteilla, Emmanuelle Posse, Antoine Poulain, Paul Poulain, Claude Pourcher, Stéfanie Prezioso, Pierre Prim, Claudio Pulgar-Pinaud, Isabelle Quaglia, Yves Quintal, Makan Rafatjou,Marie  Rama-Menahem, Nelly Rintaud, Daniel Rome, Patrick Rossignol, Marc Roudet, Benoît Rougelot, Théo Roumier, Pierre Rousset, Gilles Sabatier, Isabelle Saint-Saëns, Maria Eleonora Sanna, Gaëlle Santin, Pierre Sauve, Hélène Schneider, Michel Seigneuret, Pinar Selek, Marie Sellier, Alexandre Siguier, Patrick Silberstein, Alessandro Stella, Benjamin, Tauziac, François Ternynck, Jacques Testart, Edwige Thaille, Fanny Thomas, Sylvie Thomas, Lucky Tiphaine,  Vincent Touchaleaume,  Véronique Tribouilloy, Julien Troccaz, François Tronche, Marc Tzwangue, Sixtine van Outryve, Patrick Vassallo, Sarah Vaucelle, Françoise Vergès, Francis Verne, Frédéric Verhaegen, Julien Vigouroux, PierrVila, Bastien Villeflayoux, Pascal Vitte, Elise Voguet, Nicolas Voisin, Christiane Vollaire, Sophie Wauquier, Louis Weber, Roger Winterhalter, Béa Whitaker, Sylvie Wolf, Catherine Wolff, Carole Yerochewski, Isabelle Yhuel, Pierre Zarka, Olivia Zemor, Jeanne Zoundjihekpon, Élisabeth Zucker 

    Aggiornamento histoire-géo, ACU (Association des communistes unitaires), Association De(s)générations, CAPJPO-Europalestine, Cerises la coopérative, Changer de Cap, Collectif Droit à la Belle Ville, Collect’IF paille, Émancipation collective, Fédération des syndicats SUD-Rail, Gilets jaunes enseignement recherche, Gilets jaunes de Plaine Commune, Jardins Communs, Jarez Solidarités, La Suite du monde, Le Paria, On prend les champs, PEPS (Pour une écologie populaire et sociale), Questions de classe(s), Réseau pour l’Autogestion, les Alternatives, l’Altermondialisme, l’Ecologie, le Féminisme, Union syndicale Solidaires, Union syndicale SUD Industrie, Unité Communiste de Lyon

  • Que Müslüm Elma soit relâché !

    Que Müslüm Elma soit relâché !

    Nous partageons ici l’appel à protester de nos camarades de l’UPOTUDAK, (Comité de solidarité avec les prisonniers politiques internationaux) et de l’ATIK (Confédération des travailleurs turcs en Europe) pour la liberté du Camarade Müslüm Elma.

    Müslüm Elma est emprisonné depuis 5 ans.

    Bien que 9 de ses amis, qui ont été arrêtés ensemble, aient été libérés dans l’attente de leur procès, Müslüm Elma est toujours détenu à la prison de Munich. Bien qu’il soit dans le groupe à risque où l’épidémie de COVID-19 affectant le monde et tuant des milliers de personnes, le fait que Müslüm Elma soit toujours détenu est l’approche de la loi ennemie du comité judiciaire.

    Le 15 Avril 2015, Müslüm Elma et neuf camarades ont été arrêtés dans une opération menée en Allemagne, en France, en Suisse et en Grèce suite aux décisions prises de collaboration entre la Turquie et L’Allemagne. Le 17 juin 2016, les poursuites pénales contre ces dix révolutionnaires ont été engagées devant le tribunal de Munich sur l’appui de l’article 129 a/b du code pénal allemand. Nos camarades sont accusés par l’État turque et allemand d’être membres du Parti Communiste de la Turquie – Marxiste- Léniniste (TKP-ML).

    Qui est Müslüm Elma ?

    Müslüm Elma est né en 1960 dans une famille kurde et alévie à Dersim. Politiquement actif depuis ses années lycée, il a été contraint d’arrêter ses études pendant ses années universitaires en raison de diverses
    actions politiques qu’il menait. Sa vie reflète en quelques sortes l’attitude oppressante et cruelle de l’Etat turc envers les communistes et les Kurdes.
    Müslüm Elma a été arrêté à Diyarbakır peu après le coup d’État militaire du 12 septembre 1980 en raison de ses activités politiques. Après son arrestation, il a été soumis pendant six mois à des tortures inhumaines dans les centres d’interrogatoire de Antep, Elazığ, Urfa et Diyarbakır, puis transféré à la tristement célèbre prison n°5 de Diyarbakır.

    Ces tortures se sont poursuivies pendant sa détention à la prison de Diyarbakır. Pour les dénoncer, il participa longtemps à l’action de grève de la faim sans limite en 1983 et 1984. La grève de la fin et les tortures ont eu comme conséquence une dégradation de la santé de Müslüm Elma.

    Müslüm Elma a été évacué de la prison de Diyarbakır en 1992, mais a de nouveau été arrêté en novembre 1993 et torturé. Après une longue période de détention, il a été libéré en 2002, à la suite des grèves de la faim sans limite qui ont eu lieu en 2000. A la suite de ses années passées en détention en Turquie et des problèmes de santé causés par la torture, Müslüm Elma à été contraint de quitter le pays pour échapper au danger. En 2009, sa demande d’asile a été acceptée en Allemagne.

    Après des années passées dans les prisons turques en raison de ses idées politiques, il est également emprisonné en Allemagne aujourd’hui pour ses idées politiques. Les informations portées contre lui sont fondées sur les informations transmises par les forces de sécurité turques aux forces de sécurité allemandes. Les agents de police ayant donné ces fausses informations et signé ces documents falsifiés ont été arrêtés en Turquie.

    Cependant, Müslüm Elma et ses camarades n’ont pas été acquitté pour autant, une pratique tout à fait contraire aux droits de l’homme et aux libertés. Le procès de longue date a révélé que la détention de Müslüm Elma était entièrement due à son identité politique. Pour la libération de Müslüm Elma, nous vous invitons à protester en écrivant des pétitions à la Cour suprême de l’État de Munich (poststelle@olg-m.bayern.de) ou le ministère fédéral de la Justice (poststelle@bmjv.bund.de)

    Liberté pour Müslüm Elma!
    Liberté aux prisonniers politiques!

  • Journée Internationale de Lutte contre les LGBTI-phobies

    Journée Internationale de Lutte contre les LGBTI-phobies

    Aujourd’hui nous célébrons la journée contre l’homophobie et la transphobie. L’histoire de la lutte LGBTI est l’histoire de l’affrontement sans merci entre nous, les Gays, Lesbienne, Bisexuels, Trans et Intersexes, contre le système capitaliste et patriarcal.

    Les LGBTIphobies sont un engrenage de la société capitaliste.

    La famille nucléaire bourgeoise et la division genrée du travail sont des paradigmes de la production qui maximise le profit. Tout ces rouages influencent des normes, des cadres sociaux, et en tout le système mortifère qui exploite et opprime les femmes et les LGBTI.

    Tout ce qui rentre dans l’intérêt matériel de la classe au pouvoir, rentre dans l’hégémonie culturelle sous toutes ses formes.

    Sitôt que nous, les LGBTI, sortons des normes de la famille nucléaire hétérosexuelle et de la conception bourgeoise du genre, nous subissons l’agression morale (harcèlement, pathologisation, ignorance, rejet, insulte, inaccessibilité du changement d’état civil pour les personnes trans, etc.) et la répression physique (meurtre, agressions, violences policières, refus de l’emploi, refus du logement, refus des soins, inaccessibilité médicale des traitements de transition, mutilation des personnes intersexes à la naissance, abandon par les familles, abus sexuels, etc.).

    Il nous faut nous battre pour nous émanciper. Les réactionnaires et les groupuscules fascistes, en vue de nous exterminer, théorisent notre existence comme une menace même à l’existence d’un « passé traditionnel glorieux » qui n’as jamais existé. En manipulant l’histoire, ils effacent notre existence du passé, alors que nous avons toujours été partie intégrante de toutes les sociétés du monde.

    Les strates plus libérales de la bourgeoisie montre un visage plus « ouvert », mais nous sommes confrontés à vision biaisée, capitalisée et libéralisée de nos vies. On voit la reproduction, culturellement et médiatiquement, de normes fausses, de visions idéalisées, et nettoyée de toute réalité de nos vies et de nos corps. La société capitaliste ainsi réussi dans certaines strates de la bourgeoisie à nous « accepter » avec distance et dédain, pour mieux liquider la source historiquement révolutionnaire de la lutte pour l’émancipation LGBTI. Ces normes et comportements libéraux agissent comme du poison, elles reforment des dominations capitalistes qui nous divisent au sein même de notre camp, et brime notre combativité dans la lutte.

    Que la haute bourgeoisie, essentiellement masculine et cis-hétérosexuelle, nous tue, ou qu’elle nous « accepte » avec mépris et distance, elle continue de mettre des murs entre nous et le reste des travailleurs et des travailleuses, elle cherche désespérément à nous effacer.

    Ce sont les LGBTIphobies qui jouent le jeu morbide de la bourgeoisie réactionnaire, et divise les travailleuses et travailleurs. Ce ne sont pas des barrières entre les luttes qui nous permettrons d’abattre le pouvoir de la bourgeoisie pour construire une nouvelle société émancipatrice, c’est l’unité totale dans la lutte.

    Nous ne pouvons nous accommoder du capitalisme, qui est la source centrale de toutes les souffrances. Nous devons rester unis et combattre. La combativité est partie intégrante de notre émancipation.

    Pour l’émancipation totale, la révolution et le socialisme.

    Les membres LGBTI de l’Unité Communiste Lyon

  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : partie finale. Un génocide venu du ciel ?

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : partie finale. Un génocide venu du ciel ?

    Un génocide venu du ciel ?

    Ultime étape, la question des bombardements sur les populations civiles. Ils ont parfois été qualifiés de « génocide venu du ciel ». Ainsi, le militant trotskiste Jörg Friedrich publie, en 2002, Der Brand. Deutschland im Bombenkrieg 1940-1945 (trad. Fr. l’Incendie. L’Allemagne sous les bombes, 1940-1945), lequel ciblait les bombardements Anglais et Américains sur l’Allemagne. Si l’auteur partait d’une analyse intéressante sur les buts et les moyens de cette guerre. Il allait jusqu’à mettre sur le même plan Alliés et nazis. Ainsi, il a décrit les raids comme une Shoah venue du ciel. Le choix des parallèles à d’ailleurs choqué les Allemands comme les Anglo-saxons. Les pilotes sont nommés Einsatzgruppen, les abris en feu des fours crématoires, les victimes gazées,les bibliothèques brûlées des autodafés de livres, tandis que l’auteur allait jusqu’à mettre en parallèle la déshumanisation des Allemands et la « déshumanisation des Juifs par les nazis ». Le fait que Friedrich ne rappelle pas que la guerre avait été commencée par l’invasion Allemande a eu tendance à faire écho aux « ils se valent » des militants trotskistes lambertistes en juin 1944.

    Mais si certaines expressions sont douteuses, le cœur du sujet mérite d’être abordé.

    Au regard des intentions de la part des anglo-américains, rien ne permet d’indiquer une volonté exterminatrice en tant que telle. Ni les Anglais, ni les Américains n’ont montré une volonté claire et définie de mettre fin à l’existence du peuple Allemand.

    Cependant, il est indéniable qu’un choix a été fait pour hausser considérablement le nombre de victimes civiles, en particulier chez les ouvriers et ouvrières. Il faut cependant être juste. Les raids de terreur sont récurrents dans les années 30. Les aviations françaises, anglaises, italiennes, vont s’en donner à cœur joie. Un homme s’est d’ailleurs illustré dans leur usage : l’anglais Arthur Travers « bomber » Harris. Nous y reviendrons. Mais le fait de franchir la ligne rouge, d’oser l’employer contre les Européens, revient aux Allemands. D’abord à Guernica, pendant la guerre civile espagnole, puis contre Varsovie et Rotterdam. C’est un casus belli qui permet de s’affranchir de limites morales.

    Du côté de l’oncle Sam.

    En Europe, les Américains ont misé, à l’origine, sur un illusoire « bombardement de précision » qui ciblait les usines militaires. Ces bombardements de précision n’ont pas eu le succès escompté, et ont causé de nombreuses victimes civiles. L’intention demeure louable. Il est par contre invraisemblable de faire ce qui est visible dans Memphis Belle, croire qu’un bombardier ne larguera pas ses bombes sur une usine, s’il pense qu’il peut tuer les enfants d’une école attenante. D’ailleurs, dans les faits, devant l’imprécision des raids, le carpet bombing a été mis en place : le bombardier maître de la formation vise, et tout le monde lâche ses bombes en même temps. Cette méthode est non seulement peu efficace, mais meurtrière pour les civils. En l’employant sur la France, notamment Rouen ou Boulogne-Billancourt, ces méthodes vont même réussir à gêner les anglais.

    Cette tendance au durcissement s’est accrue tout au long de la guerre. Ainsi, il a été ordonné, durant la dernière phase de la guerre, de faire mitrailler tout personne en zone de front par les chasseurs bombardiers. Chuck Yeager, l’homme qui franchit le mur du son, écrivait : « Des atrocités furent commises par les deux camps. […] Une zone de cinquante miles sur cinquante à l’intérieur de l’Allemagne fut assignée à nos soixante-quinze Mustangs et ils reçurent l’ordre de mitrailler tout ce qui bougeait. Le but était de démoraliser la population allemande. […] Si quelqu’un avait refusé de participer (et, autant que je me souvienne, personne ne refusa), il aurait probablement été traîné en cour martiale. »

    Dans le Pacifique, par contre, les bombardements ont été sur d’autres cibles. Il est certain que la distanciation raciale, en plus des conséquences de Pearl Harbor, jouent. Curtiss LeMay, qui s’occupait des opérations aériennes, a choisi de désigner les quartiers résidentiels en grande priorité plus que les usines. Les Américains se sont rendus comptes de la vulnérabilité immense des villes japonaises, souvent faites de bois. Les détruire était aisé.

    Les bombardements de Tokyo, qui ont fait plus de 130 000 morts, s’inscrivent dans cette logique de tuer le maximum de civils. Dans l’ensemble, la très grande majorité des agglomérations d’importance vont recevoir la visite nocturne des B-29. Dans les dernières phases de la guerre, la marine et les chasseurs bombardiers vont également être de la partie.

    L’usage de l’arme nucléaire est l’aboutissement ultime. Hiroshima et Nagasaki étaient des cibles sans grand intérêt. Le Japon est aux abois. Il a laissé entendre qu’il était prêt à négocier, en employant l’URSS comme intermédiaire. Dans les discussion, les diplomates sentent les Soviétiques indisposés. Ils ont prévu d’entrer en guerre le 15 août, à la demande des Alliés. Cependant, entre temps, l’annonce du succès du projet Manhattan rend cette intervention inutile à Truman, voire même gênante.

    L’anéantissement par le feu nucléaire à nourri un grand nombre de spéculation. Il permet d’économiser un débarquement coûteux. Il permet de donner un prétexte à l’Empereur pour capituler. Il est un avertissement à l’URSS. Il est aussi un moyen de gagner du temps et d’éviter d’avoir à faire des concessions plus tard. la pondération de ces raisons peut laisser une place à l’interprétation, leur conséquence, en revanche, est parfaitement connue. Plusieurs hauts gradés sont pour larguer la bombe sur le mont Fuji. Mais finalement, la « solution » retenue est de frapper les civils. Si Les 6 et 9 août 1945, deux villes sont réduites en poussière. Les Japonais eux-mêmes mettent plusieurs jours à comprends ce qu’il s’est passé. On ne peut pas ne pas parler du bien malchanceux Tsutomu Yamaguchi, en voyage d’affaire à Hiroshima le 6. Blessé. Mais rentré chez lui le lendemain…à Nagasaki. Il est la seule personne à avoir survécu à deux bombardements nucléaires.

    Cet emploi du feu nucléaire à d’ailleurs eu un effet paradoxal. Une grande partie de l’équipe de conception était formée de très grands génies de la science, mais qui n’étaient pas particulièrement des bellicistes. La vision de la dévastation les convaincu, dans leur quasi-intégralité, qu’il fallait à tour prix éviter qu’un seul pays possède le monopole de l’arme atomique. Un nombre important vont collaborer avec le NKVD pour transmettre à l’URSS les secrets de l’arme. Si Julius et Ethel Rosenberg sont arrêtés et exécutés, ils étaient des agents subalternes. Enrico Fermi, Robert Oppenheimer, Niels Bohr… ont tous plus ou moins collaboré. 1

    Chez les anglais.

    Si les Américains ont fait un « deux poids, deux mesures » en fonction des cibles (et, probablement des ethnies aussi), les anglais se sont démarqués par leur constance. Harris, qui dirigeait le Bomber Command, avait porté immédiatement le choix vers des « bombardements de zone », visant la population. Son but était de briser le moral et le soutien au régime par la terreur, mais également explicitement d’anéantir la main-d’œuvre. Le choix des armes, avec des bombes favorisant les incendies bien plus que la destruction des machines-outils, ont illustré cela.

    Ce n’était pas dénué de raison. Les bombardiers anglais étaient de véritables camions à bombes. Ils n’avaient pas la « précision » de leurs homologues américains. Vulnérables, ils volaient de nuit. Mais les anglais ont démontré, avec le développement de la guerre électronique, qu’ils pouvaient être d’une précision redoutable sur des cibles précises. Les DH.98 Mosquito étaient capables de pouvoir frapper avec efficacité des lieux stratégiques. Cependant, malgré leur efficacité, le choix est demeuré axé sur les lourds bombardiers quadrimoteurs.

    Il existait un lobby des bombes, un lobby des bombardiers lourds… la Vickers-Armstrong company appuyait de tout son poids le maintien de cette politique. Elle avait également le soutien le plus total des politiciens, Churchill en tête.

    Ainsi, Hambourg, Cologne, ont connu les tempêtes de feu causées par les bombes incendiaires. (Coventry et Stalingrad aussi, en toute équité). Ces visites ont culminé avec Dresde. Dresde, en 1945, est une ville à proximité du front. Elle est remplie de réfugiés. Elle est un nœud ferroviaire et la 7e ville industrielle d’Allemagne. Elle subit raids après raids, USAAF et RAF se relayant nuit et jours. Cet acharnement et le très grand nombre de victimes (entre 30 000 et 140 000) ont soulevé un grand nombre de questions. Ville destinée à être occupée par l’URSS, est-elle alors jugée « à annihiler » ? Est-ce une démonstration de force ? Difficile à dire. Toujours est il que le sujet est pris en main par les néo-nazis et par les négationnistes. L’influence de David Irving, négationniste anglais, est particulièrement forte sur cette question. Un grand nombre de mythes sont issus de sa plume.

    Des morts justifiés ?

    600 000 Allemands et Allemandes sont mortes sous les bombes. Environ 350 000 Japonais et Japonaises. Aussi, à souligner, 60 000 Français et Françaises sous les bombardements Alliés. Ceux-ci perdent plus de 200 000 aviateurs dans ces raids. Ces morts ont ils permis d’écourter la guerre ?

    Ces bombardements ont bien moins nui à la capacité de production de l’Allemagne qu’annoncé initialement. La production d’avions et de chars atteint un sommet en fin 1944. De ce point de vue, c’est un échec en tant que moyen de mettre à genoux l’Allemagne. En termes d’efficacité pure, les raids sur les raffineries et le soutien tactique aux forces aux sols ont été bien plus efficaces, et moins meurtriers pour la population. L’opération Tidal wave, par exemple, qui a frappé les centres pétroliers de Ploesti, avait, dès août 1943, montré la très grande vulnérabilité de ces centres. Pourtant ils ne sont devenus prioritaires qu’en septembre 1944. En dépit de l’efficacité importante de ces raids, ils sont restés l’apanage de l’USAAF.

    Sur les villes ou sur les sites industriels, ils ont détourné, en revanche, un grand nombre de ressources et de main d’œuvre. Ils ont obligé à limiter la couverture aérienne à l’Est, tout comme à immobiliser plus de deux millions de personnes pour une défense antiaérienne incapable d’arrêter les vagues de bombardiers. On estime qu’il faut en 1942 4 057 obus par avion détruit. En 1944, il en faut 33 0002, ce qui fait que la DCA absorbe près d’un million d’obus par mois, soit 20 % de la production, et 30 % de tous les canons produits.

    Aspect essentiel, l’usure de la Luftwaffe. L’absence de tout sanctuaire pour le Reich usait les avions, obligeait à une consommation immense de carburant. Elle usait surtout les pilotes, lesquels n’avaient jamais de repos, et ne pouvaient non plus trouver le temps de former une génération capable de prendre le relève. Ainsi, lors du débarquement en Normandie, il est matériellement impossible à l’aviation Allemande de protéger à la fois l’Est, le Reich, et de frapper les plages du débarquement.

    Avant cette date, un point non négligeable : ils sont le moyen principal de pouvoir agir pour les alliés. Psychologiquement, cela a joué un rôle d’ampleur.

    Mais l’efficacité, même dans cette guerre atroce, remet-elle en cause le fait que ces raids aient pu être des crimes en soi ? Même lorsque ceux-ci ont pu être faits, pour citer le titre de l’ouvrage de Vassili Grossman Pour une juste cause ? La question n’en finit pas d’être débattue. Elle n’a probablement pas de réponse précise.

    Toujours est-il qu’ils tendent à montrer que la guerre ne se marie pas avec les conventions, avec la propreté. Elle pousse logiquement, comme tout phénomène d’entropie, à plus de brutalité et de violence.

    Rendre hommage.

    Nous avons voulu, dans ce texte, aborder la question de l’hommage d’une manière critique pour une raison fondamentale. Si nous replaçons la guerre impérialiste, la guerre raciste et la guerre coloniale dans une autre dimension, si nous la traitons comme le paroxysme de la folie, nous nous rendons vulnérables. Nous nous rendons vulnérables au fait de comprendre comment, depuis un monde qui n’est pas différent de celui d’aujourd’hui, des hommes et des femmes pas si différentes de nous, ont pu être pris dans un maelström de violence. Ni le nazisme, ni le fascisme, ni le militarisme ne sont des maladies d’autre temps et d’autres lieux. L’histoire n’est pas terminée et s’écrit toujours, toujours avec des lettres de sang.

    75 ans après, nous pensons qu’il est plus que jamais important de rendre hommage à celles et ceux qui ont combattu, de quelque manière que ce soit, le nazisme, le fascisme et le militarisme. Il est d’autant plus important de le faire que les conditions pour une nouvelle crise meurtrière sont réunies.

    En dépit du « plus jamais ça », non seulement le nazisme, dans son fond, n’a pas été éradiqué, mais ses ramifications tentaculaires sont toujours actives. Tant qu’il existe l’impérialisme, le capitalisme, la réaction, il existera une place dans l’écosystème politique pour un nazisme-bis. Parce qu’il est un moyen éhonté pour les exploiteurs, pour les exploiteuses, pour perpétuer, défendre et étendre leur ordre. Il reste une arme de crise. Si nous remisons le nazisme, le fascisme, le militarisme au rang des accidents de l’histoire, si nous le plaçons dans une dimension intégralement distincte de la démocratie libérale, nous nous privons des moyens d’en déceler les prémices.

    La pandémie de COVID-19, qui nous prive des célébrations de ce 8/9 mai, nous montre que, contrairement aux thèses de Fukuyama et de la fin de l’histoire, nous sommes replongés dans la crise économique, sociale et politique d’une profondeur importante. Dans une crise qui prend des accents sinistres. A nouveau, les tensions crispent les États. L’hypothèse d’un affrontement entre la Chine et les USA, l’hypothèse d’un effondrement rapide de l’Europe. L’hypothèse de l’émergence de nouveaux régimes fascistes, racistes et prêts au pogroms.

    Dans les discours qui mentionnent l’islamo-gauchisme, ce sont les mêmes éléments fondamentaux que ceux qui ont donné naissance au judéo-bolchevisme. Ces discours de haine, ces discours de division doivent être combattus.

    C’est comme cela que nous rendons hommage aux victimes et aux combattants et combattantes de la Liberté. Au soldat mort en Normandie, à la partisane Yougoslave, au FTP-Main d’Oeuvre Immigrée, à la pilote de l’aviation soviétique, au combattant coréen qui libérait son pays, au Tommy tombé à Villers-Bocage, à la résistante Allemande qui a dit « non »…Mais aussi à ceux et celles qui ont, dans les champs, dans les trains, dans les usines, porté ces fronts.

    Et à ceux qui n’avaient rien demandé. Qui ont subit cette guerre. Qui, parce que né Juif, née Tzigane, se sont retrouvés un matin dans un train vers la nuit et le brouillard. Ceux et celles qui se sont trouvés dans le viseur Norden d’un bombardier. Ceux et celles qui ont reçu un V1 ou un V2. Ceux et celles qui ont été empoisonnés, torturés, violés par des soldats d’un pays qu’ils ou elles ne connaissaient pas.

    Rendons leur hommage en détruisant les causes de toutes les guerres.

    En luttant contre le capitalisme et l’impérialisme.

    En luttant contre le colonialisme et le néo-colonialisme.

    En luttant contre le fascisme et son influence dans les masses.

    En luttant pour la révolution socialiste et pour la paix.

    En menant jusqu’au bout la lutte des classes pour éradiquer l’exploitation et l’oppression.

    En faisant en sorte que demain ne soit pas avant-hier.

    1A lire à ce sujet, les mémoires de Soudoplatov, qui a géré ces réseaux.

    2Les obus de DCA Allemands ne possédaient pas de fusée de proximité qui leur permettaient d’être efficace en passant à proximité de la cible. A titre de comparaison, avec l’adoption de ce système et de calculateurs analogiques, la DCA alliée s’est montrée autrement plus redoutable.

  • Pour la libération immédiate de Georges Abdallah !

    Pour la libération immédiate de Georges Abdallah !

    Chers amis, chers camarades, 

    Le 25 mars 2020, Nicole Belloubet, ministre de la Justice, annonçait que décision était prise avec le gouvernement, au vu de la crise sanitaire engendrée par la pandémie, de libérer de façon anticipée plusieurs milliers de détenus en fin de peine. 

    Depuis lors, nombreuses sont les voix qui s’élèvent pour exiger une fois de plus la libération de Georges Abdallah : on ne compte plus les lettres adressées, en ce sens, à la Garde des Sceaux par les collectifs et les organisations de soutien sur le plan national et international mais aussi les interpellations formulées par des députés de plus en plus acteurs et actifs dans ce combat. 

    Et pour autant, force est de constater aujourd’hui cette fois encore, et ce malgré le contexte très exceptionnel de la menace grandissante et de l’urgence d’agir, qu’une fin de non-recevoir est là encore exprimée à travers le silence assourdissant et criminel de ce pouvoir politique et judiciaire pleinement responsable et coupable d’exposer Georges Abdallah au risque du coronavirus. 

    Cette fois encore, semble-t-il, pas question de libérer Abdallah ! Pas question de libérer Georges Abdallah, dont, depuis maintenant plus de 21 ans, « la demande de libération n’est pas recevable ! ». 

    Pas question de libérer Abdallah ! Alors que Georges Abdallah a vu sa peine de sûreté accomplie en 1999 et qu’il est libérable depuis plus de 20 ans. 

    Pas question de libérer Abdallah ! Alors qu’en 2012, le tribunal d’application des peines a donné un avis favorable à sa libération et que, depuis lors, le Liban, son pays, a réaffirmé à maintes reprises son accord pour son retour. 

    Pas question de libérer Abdallah ! Alors que Georges Abdallah, âgé de 69 ans, est aujourd’hui l’un des plus anciens prisonniers politiques en Europe après 36 ans de captivité. 

    Et pour autant, s’il est bien un état d’urgence qu’il faut décréter aujourd’hui, c’est bien celui de libérer Georges Abdallah ! 

    Face à ce déni encore réitéré par le pouvoir en place de la légitime libération de Georges Abdallah, nous, signataires de ce texte, exigeons une fois de plus la libération de ce résistant et appelons à accentuer la pression pour imposer le rapport de force qui seul fera plier ces donneurs d’ordre – comme le signalait déjà en toute clairvoyance Georges Abdallah quand, en octobre 2019, il déclarait déjà : « il ne suffit pas que l’État du Liban “demande” ma libération, encore faut-il établir un rapport de force réellement existant pour faire comprendre aux représentants de l’impérialisme français que mon incarcération commence à peser plus lourd que les possibles menaces inhérentes à ma libération ! ». 

    Faisons entendre le plus largement possible, chaque jour et de partout, le cri de Georges Abdallah et avec lui de tous les prisonniers politiques et multiplions toutes les initiatives, dans la diversité de nos expressions, pour exiger sa libération immédiate, ici et maintenant ! 

    Que mille initiatives fleurissent ! 

    C’est ensemble et seulement ensemble que nous vaincrons ! 

    Paris, 03 mai 2020 

    Premiers signataires : 

    Organisations signataires 

    Campagne unitaire pour la libération de Georges Abdallah 

    ACTA – média autonome et partisan 

    Action antifa NP2C 

    Anti Internment Group London 

    Association France Palestine Solidarité du Gers (32) 

    Association Culturelle des Travailleurs Immigres de Turquie (ACTIT) 

    Association Nationale des Communistes (A.N.C) 

    Autonomie de classe (A2C) 

    BDS France Marseille 

    Campagne internationale de solidarité avec Ahmad Sa’adat 

    Campagne internationale pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah 

    CAPJPO-EuroPalestine 

    Cases Rebelles 

    Collectif « Bassin minier » pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah 

    Collectif Contre Les Abus Policiers (C.L.A.P33) 

    Collectif de soutien à la résistance palestinienne (CSRP59) 

    Collectif Jaunes Etc33 

    Collectif Justice pour la Palestine Annecy 

    Collectif Libérons Georges 33 

    Collectif Palestine Vaincra 

    Collectif pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah (C.L.G.I.A) 

    Collectif pour la libération de Georges Abdallah 65 

    Collectif 69 de soutien au peuple palestinien 

    Comité d’action et de soutien aux luttes du peuple Marocain 

    Comité de solidarité tunisien pour la libération de Georges Abdallah 

    Comité de soutien international à la guerre populaire en Inde 

    Comité « Libérez-les !  » (59 – 62) 

    Compagnie Jolie Môme 

    Femmes Plurielles 

    Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (F.U.I.Q.P) 

    G.R.C 

    Initiative de la jeunesse de Partizan / Marxiste-Léniniste-Maoïste (PGI/MLM) 

    International Committee for Political Prisoners London 

    International Solidarity Movement -France (ISM-France) 

    Jeunes révolutionnaires 

    L’Action Révolutionnaire – LGBTI 

    L’Appel belge pour la libération de Georges Abdallah 

    La Commission Arabe des Droits Humains 

    Le Cri rouge pour la libération des prisonniers révolutionnaires 

    Le Mouvement de la jeunesse pour le changement (Liban) 

    Le Réseau de soutien aux prisonniers palestiniens Samidoun 

    Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (M.R.A.P) Tarbes (65) 

    Movimiento de mujeres palestina Alkarama 

    Nouveau parti anticapitaliste (N.P.A) 

    OCML Voie Prolétarienne 

    Orchestre Poétique d’Avant-guerre (O.P.A) 

    Parti Communiste du Liban (P.C.L) 

    Parti des Indigènes de la République (P.I.R) 

    PARTİZAN 

    Plate-forme Charleroi-Palestine, Belgique 

    Plateforme des prisonniers politiques en Turquie et au Kurdistan 

    Réseau syndical international de solidarité et de luttes 

    Secours Rouge International 

    Secours Rouge Lille 

    Socorro Rojo Internacional (Madrid) 

    Soccorso Rosso Proletario (Italia) 

    Solidarité Georges Abdallah Lille 

    Union des Femmes Socialistes (SKB) 

    Union Juive Française pour la Paix (U.J.F.P) 

    Union prolétarienne ML 

    Union syndicale Solidaires 

    Union syndicale Solidaires 33 

    Unité Communiste (69 – Lyon) 

    Signataires à titre personnel 

    Nils ANDERSSON 

    Philippe ARNAUD, syndicaliste du 33 

    Khaled BARAKAT 

    Christophe BATICLE, socio-anthropologue (Amiens) 

    Badia BENJELLOUN 

    Samia BENTOUNES, SUD emploi 

    Saïd BOUAMAMA 

    Alima BOUMEDIENE, avocate, ancienne parlementaire 

    Youssef BOUSSOUMAH (PIR) 

    Houria BOUTELDJA (PIR) 

    Jean-Pierre BRÈTHES (33 -Bordeaux) 

    François BROUQUISSE 

    Hervé BUFFAT, militant communiste et syndicaliste 

    Laetitia CALLENS 

    Michel CARRERE (65 -Lannemezan) 

    Michel COLLON 

    Philippe DAUMAS 

    Jacques DELEPINE (27 -La Haye Aubree) 

    Michel DESMARS, retraité SUD Rail 

    Laurent DE WANGEN, enseignant et membre de l’AFPS 

    Françoise DURAND 

    Peggy DURLIN 

    Jacques GAILLOT, évêque 

    Dominique GRANGE, chanteuse engagée 

    André GREDER (82 -Montauban) 

    Joëlle GREDER (82 -Montauban) 

    Josette GUIDA (33 -Biganos) 

    Djelloul HATTAB (collectif 65) 

    Jean HAURAT 

    Klaus HELMS, member of the Industrial Workers of the World (IWW), Germany 

    Jacky HÉNIN 

    Charles HOAREAU 

    Amparo IBANEZ 

    Abubakra JALDIA 

    Afifa KARAKE – Liban 

    Sarah KATZ 

    Daniel LARREGOLA (collectif 65) 

    Jacqueline LAVY 

    Olivier LE COUR GRANDMAISON, universitaire 

    Michael LOWY, sociologue 

    Christian MAHIEUX, syndicaliste 

    Brigitte MATINEAU 

    José NAVARRO (09 – Rabat les Trois Seigneurs) 

    Aline PAILLER, journaliste ex députée européenne 

    Hélène PAULAIS (33- Bordeaux) 

    Marianne PERDU, lectrice-correctrice 

    JACQUES PIMBEL, président AFPS 32 

    Loïc PRUD’HOMME, député insoumis de la Gironde 

    Carole RADUREAU 

    Alain RAYNAL (82 -Montauban) 

    Mathieu RIGOUSTE 

    Pierre STAMBUL 

    TARDI, auteur-dessinateur 

    Françoise VERGÈS 

    Annick VERNAY 

    Marie Pierre VIEU, éditrice, ancienne députée européenne 

    Christiane VOLLAIRE, philosophe 

    Pour toute organisation ou personne voulant signer cet appel, merci de l’indiquer à l’adresse suivante : 

    campagne.unitaire.gabdallah@gmail.com 

  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : Comparer l’incomparable ?

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : Comparer l’incomparable ?

    Comparer l’incomparable ?

    Vouloir entamer une approche comparative ne signifie pas diminuer l’horreur d’un crime ou d’un autre. La Shoah et l’extermination des Tziganes possède un caractère spécifique dans la guerre. Même les massacres massifs de citoyens et de citoyennes d’URSS, de Yougoslavie ou de Pologne n’ont pas cette portée. Si les massacres à l’Est avaient volonté de mettre en esclavage les peuples colonisés, en éliminant les élites et en imposant la terreur, les génocides avaient un but plus profond. Ils avaient vocation à exterminer complètement des peuples uniquement car leur existence était vue comme une menace. Les Allemands, leurs alliés, et leurs laquais ont mis en place une machine rationnelle, administrativement rodée, industrielle et rentable de la mort.

    Ce n’est pas la première tentative d’extermination d’un peuple. Le Canada avait mis en place une « solution finale indienne » 1 ; les Turcs celui des Arméniens ; les Allemands celui des Hereros et des Namas…). Mais aucun n’avait mis en œuvre un système aussi performant et « universel ». Il avait défini juridiquement la catégorie à abattre et traqué – avec l’aides des collaborationnistes, y compris des pays de « sous-hommes » – toutes les cibles. Cette traque et celle élimination, qui demandait des moyens logistiques énormes, ont détourné de précieuses ressources humaines et matérielles du front. Il y a matière à penser que, aux yeux de la direction de l’État Allemand, ce génocide était tout aussi important qu’une bataille d’anéantissement sur le front de l’Est.

    Ce caractère demeure unique. Mais il n’est pas le seul crime de la Seconde Guerre mondiale, et pas le seul crime contre l’humanité.

    Ceux de l’Axe sont bien connus. Le système concentrationnaire Allemand, au-delà de l’extermination, est bien connu et bien documenté. Il est régulièrement comparé à son homologue soviétique, le Goulag. Cela demande une brève explication.

    Goulag vs. KZ

    Le système concentrationnaire soviétique fait régulièrement la une. Il est un bon sujet, qui fait frémir d’horreur les lecteurs de magazines d’histoire sensationnalistes. Il est un sujet de fantasmes récurrents. Mais il est aussi également un des points d’orgue du comparatisme.

    Si les romans de Soljenitsyne, les souvenirs de Guinzbourg, ou d’autres témoignages poignants dépeignent une réalité terrible, celle-ci mérite d’être détaillée. Lorsqu’un individu était pris dans les rouages de la Gestapo, son destin devenait immédiatement Kafkaïen.

    Non seulement il était impossible de connaître les raisons de son arrestation, mais une simple irritation pouvait suffire. Eugen Kogon, dans l’État SS, parle ainsi d’un ancien du SPD venu chercher un certification de non-opposition au régime auprès de la Gestapo. Et qui, trop insistant, s’est fait emprisonner. Les détenus sont quasiment tous (excepté les droits communs) sous un régime de détention de sécurité. Ils n’ont pas été jugés. N’ont pas de durée de peine. En réalité, ils ne sortent jamais, ou « par la cheminée ».

    Le système n’a aucun but réhabilitant. Il est avant tout une ressource de main d’œuvre pour l’empire économique SS, mais également pour les cartels industriels nazis. Le taux de mortalité, avant et pendant la guerre, est effarant : 20 % par an. Cela n’empêche pas certains de traverser ces épreuves. Des militants du KPD vont ainsi passer toute la durée du IIIe Reich en détention.

    Le système carcéral soviétique, quant à lui, est construit d’une manière différente. Il n’est pas exempt de tragédies individuelles, de répression, de souffrance. Il est possible de consulter l’ouvrage de Anne Applebaum Goulag : une histoire, sur la vie dans ce système.

    En dépit du parti pris néo-conservateur de l’auteure, ce qu’elle raconte n’est en rien comparable. Le Goulag est un système dans lequel il existe une porte d’entrée, mais également une sortie. La très grande majorité des peines prononcées, au cours d’un jugement – parfois sommaire, mais qui fournit une base légale – est relativement courte. J. Arch Getty, dans ses travaux sur la répression, mentionne que 96 % font moins de 5 ans. La très grande majorité des peines prononcées sont des interdictions de séjour dans une ville ou des exils administratifs dans une région. Les peines de « camp » en tant que tel, sont relativement rares et plutôt courtes.

    Le but principal, tel que défini par Anton Makarenko, est de réhabiliter les individus. Ils sont nommés « camarades » par les gardiens, jusqu’en 1937. Cette date marque un tournant dans la perception des détenus, avec l’arrivée de la dénomination d’« ennemi du peuple » pour certaines catégories de détenus. Ils sont alors nommés citoyens.

    Les relégués et ceux dans les colonies fermées peuvent avoir une vie de famille et touchent un salaire (la création de « monnaies de camp » jour d’ailleurs un rôle dans la régénération de rapports capitalistes)… Surtout les ex-détenus peuvent reprendre une vie normale après leur peine. La mortalité, si elle fait un spectaculaire bond pendant la première année de guerre, n’atteint jamais les pourcentages des camps Allemands, ou même des bagnes de l’occident.2 A la même période, dans les camps de concentration de la IIIe République, avant même la guerre, les juifs Allemands réfugiés meurent de faim. Hannah Ardent est ainsi internée dans le camp de Gurs.3

    Les autres :

    L’Italie, est souvent une oubliée des crimes de guerre. Le régime fasciste passe parfois même pour un modéré. Si l’OVRA (Organisation de Vigilance et de Répression de l’Antifascisme) n’a pas la réputation de cruauté de la Gestapo, ni les même moyens, les troupes italiennes s’en donnent parfois à cœur joie dans les massacres. Lors de la conquête de l’Éthiopie, peu s’étaient émus de l’utilisation du gaz moutarde par les bombardiers. Bien peu, non plus, connaissent également les massacres en Slovénie, en Yougoslavie, en Albanie et en Grèce.

    Ceux du Japon sont mieux documentés. Entre 1931 et 1945, les troupes du Mikado se sont illustrés par leur répression féroce de la résistance chinoise. Le sac de Nankin, en 1937, est le lieu d’un massacre immense, au sabre, de la population civile, uniquement dans un but punitif. Les Japonais, en Corée, en Chine et dans le Pacifique, pratiquèrent des enlèvements de femmes dans l’objectif d’alimenter les bordels de campagne. Dans les camps de prisonniers, les mauvais traitement et les expérimentations sur des cobayes Chinois, Soviétiques ou Américains ont été légion.

    S’il y eut des procès, comme ceux de Tokyo, l’expertise japonaise dans la traque aux communistes et aux partisans a été rapidement mise à profit par les Occidentaux. Ce deal entre une protection judiciaire contre un emploi est un des points qui explique l’amnésie japonaise à ce sujet. Le négationnisme demeure encore aujourd’hui un point de discorde important.

    Il reste aussi le cas des cobelligérants. La Hongrie a ainsi livré la quasi-intégralité de ses Juifs aux nazis, en faisant sa petite Shoah maison. Les fonctionnaires de l’Amiral Horty, qui dirigeait le pays et un nombre important d’acteurs de cette période ont retrouvé une place dans le gouvernement à la suite de 1956.

    C’est là le compromis qui a été trouvé. Ils ont entretenu une tradition de la négation qui se poursuit encore avec Orban. Celui-ci, comme les Polonais, veut faire interdire toute évocation de la collaboration, donc tout regard sur les pratiques du pouvoir à l’époque.

    Les crimes des Alliés.

    Dire que l’Axe a commis des crimes revient à enfoncer une porte ouverte. Nul besoin de diaboliser les participants à la guerre, ils l’ont fait eux-mêmes. En revanche, il faut être juste : chez les Alliés également, des questions se posent.

    Une nouvelle fois, ceux des soviétiques sont tout aussi montés en exergue que ceux des nazis, surtout depuis la querelle des historiens. Elles existent. Elles sont injustifiables en tant que telles, mais elles sont également compréhensibles au regard du contexte dans lequel elles ont eu lieu. L’historiographie actuelle, basée sur la victimisation, tend à mettre sur un plan strictement équivalent les victimes de violence et les victimes des victimes de la violence. Cette écriture permet, par exemple, de rejeter dos à dos le colonisateur et le FLN, de policier qui défend l’État et le « casseur », mais aussi le Nazi et le soldat, ou la soldate, de l’Armée Rouge.

    Il existe des crimes en soi, qui sont indéniable, comme le massacre de Katyn. Il est toujours nié par certains historiens, mais les preuves dans les archives tendent à attester de son existence. Katyn, comme la « Grande Terreur », sont, en très grande partie des phénomènes de névrose de l’encerclement. Ce massacre s’est déroulé dans le cadre d’une avancée à pas de géant en direction d’une guerre dont il était possible de savoir à l’avance qu’elle serait impitoyable et sans merci.

    Inexcusable, il n’a pas a être excusé. Mais à être compris pour ce qu’il est : non une élimination de l’intelligentsia Polonaise (qui n’a pas été touchée), mais une destruction du potentiel combatif. Etant donné l’histoire récente, les soviétiques étaient persuadés que la Pologne nobiliaire prendrait parti pour l’Allemagne contre l’URSS, même occupée. Roosevelt, en acquiesçant l’idée de fusiller 100 000 officiers Allemands et en voulant faire de l’Allemagne un pays pastoral, dont les hommes auraient été castrés, allait bien plus loin.

    Les déplacement de populations « coupables », les Tatars de Crimée, les Allemands de la Volga, les Tchétchènes dépendent également de cette grille de lecture. Les soviétiques sous-estimaient plus qu’il ne surestimaient, leur influence dans la société. A leurs yeux, les élites traditionnelles et réactionnaires, qui étaient sous une chape de plomb jusqu’alors, n’attendaient qu’une chose : se réveiller et combattre. Les occidentaux n’ont d’ailleurs pas réagit autrement, voir bien plus durement quant on songe à la répression des mouvements nationalistes indien ou Irakien, mais aussi à la déportation systématique des citoyens Américains d’origine Japonaise. Encore que les USA avaient l’infranchie barrière des océans pour se tenir à l’écart de la guerre terrestre.

    En revanche, contrairement à une idée reçue, laquelle surfe souvent sur ce comparatisme raciste entre l’Armée Rouge et les hordes de Gengis Khan, le gouvernement soviétique a fait condamner les violences contre les civils Allemands. A plusieurs reprises, les troupes du NKVD ont eut à se heurter aux soldats (et aux soldates également) qui se livraient à des viols. C’est paradoxalement ce qui permet d’avoir une idée de l’étendue du problème. Les procès verbaux et les rapports réalisés par la police politique, en répression de ces actes, ont été employés pour en faire un argument antisoviétique.

    La soif de vengeance soviétique avait été nourrie par les argumentaires et la propagande. Elle ne manquait pas de matière. Chaque village, chaque ville reprise par les troupes soviétiques était dans un état de ravage complet. Il faut rappeler que 25 % de la population de la RSS du Belarus avait été tuée. Les Soviétiques découvrent d’ailleurs les camps de la mort et ouvrent des camps de prisonniers dans lesquels ils retrouvent les cadavres de leurs compatriotes. Les auteurs, les journalistes, les poètes… ont travaillé à produire des écrits stimulant la combativité.

    Pourtant, ce qui frappe est le revirement extrêmement brusque de la ligne politique du gouvernement, et ce, dès l’entrée en Prusse-Orientale. En dépit de la haine et des crimes subits, le gouvernement soviétique stoppe la « ligne Ehrenbourgh », du nom d’un des écrivains les plus influents de la période. Celui-ci réclame la mise à mort de l’Allemagne et des Allemands.

    Dès l’entrée en Prusse-Orientale, la nouvelle ligne est celle de considérer que le peuple Allemand a été abusé et trompé par les nazis, et qu’il faut se montrer compréhensif. Ce revirement part du principe que les Soviétiques font la guerre à l’impérialisme Allemand, non à un peuple.

    Également, il se pose la question de l’après-guerre et des futures relations entre la Nouvelle Allemagne et l’URSS. Cette ligne rencontre une inertie phénoménale et de très nombreuses exactions ont lieu. Les pertes extraordinairement élevées entretiennent également un climat nihiliste : comment penser à l’après guerre lorsque demain est incertain. En dépit de cela, il n’est pas possible de dire que l’État soviétique ait encouragé les exactions. Sa politique est d’ailleurs à l’opposée de celle de Roosevelt.

    L’Occident :

    Ceux de l’occident sont moins connus. Il y eut des crimes de guerre partout. Des Américains en France, des Français en Italie, des Anglais en Allemagne… Des soldats exécutés à la sauvette, des prisonniers maltraités et mutilés… etc. Une constante est notable : l’emploi du racisme.

    En Italie, les troupes françaises commettent des viols et des pillages. Les marocains sont les seuls condamnés. En France, les troupes US font de même, et seuls les noirs sont accusés. Lorsque les Néo-Zélandais exécutent des prisonniers de guerre Allemand, le général Clifton, capturé par Rommel, accuse les Maoris.

    Loin du Front, les troupes d’occupation ont eu également un comportement déplorable, en particulier quand se sont entremêlés l’impunité des soldats et l’exacerbation par le racisme. En Iran, ils transforment le pays en casino et en maison de repos pour les soldats. En Corée, à Okinawa, au Japon, en Iran, les soldats Alliés se sont taillés une réputation terrible. Mais l’un des plus grands débats concerne la question des bombardements stratégiques. Sont-ils un génocide venu du ciel ?

    1Rosa Amélia Plumelle-Uribe La férocité blanche : Des non blancs aux non-aryens, génocides occultés depuis 1492.

    2Vous pouvez retrouver l’étude faite sur la mortalité ici : https://www.persee.fr/docAsPDF/slave_0080-2557_1993_num_65_4_6134.pdf ; les tableaux synthétiques sont absents de la version française, mais peuvent être trouvés sur l’anglaise.

    3https://encyclopedia.ushmm.org/content/en/article/gurs

  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : Le grand bluff : l’équivalence nazisme – URSS

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : Le grand bluff : l’équivalence nazisme – URSS

    Le plus grand tour de force du vingtième siècle est certainement là. Avoir réussi à construire une équation étrange, bancale, dans laquelle URSS et IIIe Reich portent l’intégralité de la responsabilité des morts de la Seconde Guerre mondiale. Dans laquelle ils sont moralement équivalents. Elle utilise comme prisme d’explication une soit-disant « affinité sélective » entre Hitler et Staline, par delà des projets politiques et géopolitiques diamétralement opposés.

    Cette narration est un abyme d’hypocrisie. D’une part car elle escamote toute la trajectoire qui amène à la guerre. Elle fait oublier le jeu complice entre les « démocraties libérales » et le IIIe Reich, les pactes constants, les projets d’encerclement ou d’intervention commune. Mais derrière cela, elle est aussi hypocrite car elle possède une morale à géométrie variable.

    • Elle divise le monde de manière manichéenne entre « les démocraties libérales » et les « États autoritaires ». Cela se traduit par des schémas simplistes, en particulier dans les manuels scolaires. L’incontournable carte d’Europe en 1938, avec ses régimes politiques, est déjà grossière. Elle devient ridicule lorsqu’on apprend que l’Algérie,la Tunisie et le Maroc sont aussi des démocraties libérales.
    • Elle créé une dissonance cognitive. La nature du régime métropolitain est mise en avant comme une vertu, tandis que sont remis de côté et écartés toutes les attitudes criminelles issues de la colonisation. Quand la guerre est évoquée, par exemple, il n’est jamais fait mention des camps de concentration français de la IIIe République, ni de la déportation des japonais, encore moins de la famine organisée du Bengale. Tous ces événements sont occultés pour donner une narration simple : « nous sommes le camp du bien, nous avons du faire un compromis avec le camp du moindre mal (l’URSS, mais uniquement dans le sens où elle n’avait pas fait la Shoah), contre le camp du mal absolu ». Tout crime est un accident, un fait anecdotique, mais jamais une conséquence de l’organisation économique de la société et de ses conséquences politiques ou géopolitiques.
    • En revanche, quand on s’intéresse à l’URSS, la narration devient différente. Le gouvernement possède un pouvoir absolu et l’intégralité de ce qui se déroule sur son territoire est de sa responsabilité directe et volontaire. Chaque mort, y compris celles causées par l’invasion Allemande, est imputée à la responsabilité totale et exclusive de la direction politique.

    Deux exemples à 10 ans d’intervalle :

    • En 1932-1933, une famine terrible frappe l’URSS. Les travaux actuels1 tendent à lui trouver plusieurs explications : météo, épidémie de maladie frappant les champs, baisse des moyens de labour, exode rural du fait de l’industrialisation. Il se surajoute à cela des troubles issus de la collectivisation, terminée peu avant. L’explication finale de cette famine « absolue », c’est à dire où la nourriture n’existe pas car elle n’a pas été produite, est qu’il s’agit d’une volonté du gouvernement. Peu importe si des aides ont été mises en place et si les exportations ont été réduites au minimum.
    • A l’inverse, la famine du Bengale, en 1943, est une famine relative. La récolte, dans cette colonie anglaise, est bonne. Mais elle est réquisitionnée par les anglais pour leur approvisionnement exclusif. Il en ressort que les prix des denrées alimentaires flambent. 3 millions de personne meurent de faim devant des magasins remplis. La réaction de Churchill, apprenant la situation, est la suivante : « Je hais les Indiens. C’est un peuple bestial, avec une religion bestiale. » ;  « Famine ou pas famine, les Indiens se reproduisent comme des lapins »2
    • Ce double traitement permet de faire tenir l’équation invraisemblable : Faire une équivalence entre nazisme et communisme. Pourtant, à regarder la structure économique, la structure politique, les buts et les moyens de la répression, URSS et IIIe Reich s’éloignent. Ce qui se rapproche, dans cette grille de lecture, ce n’est d’ailleurs pas démocraties libérales et socialisme, mais libéralisme et nazisme. L’un étant la continuité de l’autre en cas de crise de régime.

    Cette équation pitoyable n’est pas tombée de nulle part. Elle a été construite. Hannah Arendt, qui s’est déshonorée en contribuant, d’une manière fort médiocre, a joué un rôle. Trotski l’avait déjà anticipé, parlant d’étoiles jumelles pour Staline et Hitler. Mais, dans l’opinion publique, notamment en France, les deux étaient nettement séparés.

    La querelle des historiens : sauver le nazisme.

    A partir des années 1980, il y eut une offensive idéologique d’ampleur. Cette offensive a pris naissance en Allemagne. En 1986, un historien Allemand ouvre une boite de pandore : Jürgen Habermas, par une tribune dans Die Zeit, dénonce les tendances des historiens Allemands à se montrer extrêmement conciliants avec la période nazie et à chercher à exonérer les Allemands de leur responsabilité dans la Shoah. Le débat se creuse entre intentionnalistes, pour qui la Shoah était le projet de départ du nazisme, et fonctionnalistes, qui le présentent comme une réaction de défense. Léon Poliakov, spécialiste du nazisme, présente cette dernière thèse ainsi : « Le seul motif pour lequel Hitler et les nazis auraient commis un crime asiatique ne serait-il pas qu’ils se considéraient, eux-mêmes et tous les leurs, comme des victimes réelles ou potentielles d’un crime “asiatique” ».

    Jürgen Habermas répondait aussi à Ernst Nolte, un historien réactionnaire. Ce dernier présentait une équation dangereuse typique des fonctionnalistes : « Le nazisme et ses crimes sont une réponse à l’effroi causé par les crimes bolcheviques. »

    «  Auschwitz […] était avant tout une réaction engendrée par les événements destructeurs de la révolution russe […] la soi-disant extermination des juifs sous le Troisième Reich fut une réaction ou une copie déformée et pas l’acte premier ou un original. » ; « L’archipel du Goulag n’est-il pas plus originel qu’Auschwitz ? L’assassinat pour raison de classe perpétré par les bolcheviks n’est-il pas le précédent logique et factuel de l’assassinat pour raison de race perpétré par les nazis ? »3

    S’il est vrai que la naissance du nazisme est liée à la peur de la bourgeoisie pour sa domination, les conséquences de cette équation sont néanmoins répugnantes. Derrière cela, Notle rejetait ne cherchait pas uniquement à créer une stricte équivalence entre les deux. Il rejetait la responsabilité de la Shoah sur l’action soviétique et révolutionnaire. Implicitement, il posait également un dilemme : si on accepte le communisme, il faut accepter le nazisme. En dernière instance, les idées de ces derniers n’avaient pas besoin de cette légalité pour se perpétuer. Elles ont simplement trouvé une autre forme.

    La thèse fonctionnaliste a trouvé des alliés. Elle était appuyée par l’appareil idéologique de Reagan. Le 18 avril 1985, celui-ci avait déclenché « la controverse de Bitburg ». En présentant des SS morts comme des victimes du communisme, il ouvrait la voie à une mise en équivalence des deux, puis à une réhabilitation sournoise du nazisme. Les mouvements réactionnaires ont ainsi demandé la possibilité d’honorer les combattants de la Waffen-SS et de la Werhmacht comme des « combattants de la liberté ». Nolte faisait partie d’eux.

    En France, enseigner le totalitarisme

    De nombreux autres réactionnaires anticommunistes, sans oser aller jusqu’au bout de cette logique, se sont néanmoins emparés de l’équation. En France, ce sont des personnes comme François Furet ou Pierre Rigoulot, mais également le renégat Stéphane Courtois. Ils ont contribué, à la fin de la guerre froide et au début des années 1990, à s’engouffrer dans la brèche. Il en ressort alors des monuments de bêtisé, comme Le livre noir du communisme, ou Le passé d’une illusion. L’histotainement, ce mélange d’histoire et d’amusement, à produit des documentaires grand public, comme Staline, le tyran rouge, ou Apocalypse Staline. L’ouverture des archives a poussé tous les pornographes de la terreur à se jeter sur tout ce qu’ils pouvaient trouver, mettant en exergue les détails les plus sordides.

    Cela serait resté l’apanage des tabloïds si l’Education Nationale n’avait pas été une des cibles de la réaction. La parenthèse de l’histoire critique, ouverte dans les années 1980, se ferme. Les années 1990 sont marquées par le retour à une histoire notionnelle et morale. Le programme d’histoire est notamment réécrit par Science Po. Serge Berstein, qui préside la commission chargée de la révision des programmes, pousse son agenda : désormais les régimes totalitaires sont enseignés ensemble, dans un comparatisme total. L’histoire fasciste, nazie et stalinienne sont prise comme des illustrations de la notion de totalitarisme. Toute dissonance est désormais tue. Berstein s’appuie sur tout ce qui nourrit sa thèse, notamment de très nombreux extraits de Trotski, pour faire triompher une idée centrale : le communisme a été trahi et il est équivalent au nazisme.

    Dans le manuel de Hachette 2020, les colonies sont des démocraties libérales.

    Paradoxalement, la recherche scientifique et universitaire est dans un divorce total. L’ouverture des archives fait s’effondrer la spéculation sur les morts et sur les massacres. L’analyse des structures du régime tend à infirmer l’idée d’une intention totalitaire. Les spécialistes du stalinisme, comme Getty, Fitzpatrick, Blum… ceux du nazisme comme Ian Kershaw, ceux du totalitarisme, tel Enzo Traverso ont dénoncé cette équation. Mais pourtant, depuis 35 ans, elle est toujours utilisée. Diaboliser l’URSS, diaboliser le communisme, en faire un nazisme rouge.

    Pourtant il existe une part de vrai dans l’idée qu’il faut comparer la Shoah et les crimes les uns aux autres. La Seconde Guerre mondiale en Europe, avec son unité de temps, de lieu, et d’action, est le décor d’une tragédie grecque. Elle donne un canevas qui facilite le comparatisme.

    1Il est conseillé de lire la production de Mark Tauger sur cette question, notamment Famine et transformation agricole en URSS.

    2Madhusree Mukerjee. Le Crime du Bengale. La part d’ombre de Winston Churchill

    3Ernst Nolte Un passé qui ne veut pas passer.

    Image
    La carte de Belin est la plus ridicule, combinant la famine intentionnelle avec l’absence de caractérisation des régimes autres que Européens. Il ne faudrait pas définir trop chercher à la comparaison !
  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : Les nazis après 1945.

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : Les nazis après 1945.

    Le nazisme après le nazisme.

    L’Allemagne nazie s’effondre rapidement. L’illusion de la victoire basées sur la supériorité raciale tombe en pièce. Malgré les désirs de Himmler et de Hitler, il n’y a pas de werewolf, ce fantasme de réseaux de combattants souterrains, qui se forme massivement et qui puisse être équivalente à la résistance dans les pays occupés. Si en 1945 les Allemands soutiennent massivement le régime, il semble qu’en 1946, tout soit effacé. Ce n’est pourtant pas si simple.

    L’atrocité particulière de la guerre, la découverte des chambres à gaz, l’anéantissement par les balles, par les gaz, par la faim, pousse à une réponse judiciaire. Ce sont les procès de Nuremberg et de Tokyo. Ils font passer en jugement les responsables politiques (Göring, Ribbentropp, Hess…) , et ceux de l’armée (Tojo, Dönitz…)… A l’Est, une nouvelle administration naît sur la base de l’antifascisme, intégrant d’ailleurs les généraux capturés à Stalingrad.

    La Stasi, par exemple, en dépit de sa sinistre réputation actuelle, était presque exclusivement constituée par ceux qui étaient les plus à gauche. Elle a d’ailleurs eu systématiquement une action plus progressiste que le gouvernement est-Allemand dans les questions internationales. La NVA, Nationale Volksarme, Armée populaire nationale, élimine le personnel compromis et les références réactionnaires, elles les remplace par celles de la lutte anti-Napoléon : Scharnhörst, Gneiseneau, Clausewitz… En revanche, elle autorise les généraux à rester organisés dans un parti : Le Parti National Démocratique.

    Par rapport à la population, l’effet est plus contrasté. Les Allemands de l’Est ne sont pas spécialement culpabilisés. Les Soviétiques et le SED (Parti Socialiste Unifié, qui naît de la fusion entre SPD et KPD) leur disent qu’ils et elles ont été abusés par les nazis, trompés, manipulés. Et que maintenant ils sont dans « le bon camp ». Paradoxalement, cette posture explique partiellement le succès des nazis à l’Est aujourd’hui. La question de la Shoah leur paraît nettement moins fondamentale que l’Ouest.

    A l’Ouest , rien de nouveau.

    A l’Ouest, si un sentiment de culpabilité est apparu, il est tardif. A la sortie de la guerre, en dehors des procès, l’épuration s’arrête là. La sanction s’abat sur les dirigeants, point final. L’ « État profond », qui a organisé les choses, reste. Dans certaines poches, comme la Police, la Justice et les Services Secrets, le personnel s’est maintenu presque intégralement, ainsi que ses traditions. La Bundeswehr Cela marque encore l’Allemagne et ses rapports avec les groupes fascistes, qui sont au mieux de la tolérance, au pire de la collusion.

    Ce n’est que à partir de 1963 que des premiers procès ont pu avoir lieu pour évoquer le cas des anciens de la SS Totenkopf, qui assuraient la garde des camps de la mort. Et encore, ceux-ci sont fait d’une telle manière qu’ils limitent leur action à éliminer les « monstres ». Les rouages internes de l’État sont restés inchangés jusqu’au départ en retraite de ceux qui occupaient ces postes.

    Pourquoi ? Dans l’Allemagne occupée par l’Occident, la situation est chaotique. L’Occident court deux lièvres stratégiques en même temps : d’une part rechercher et condamner les responsables des atrocités commises contre leurs ressortissants, de l’autre préparer la nouvelle géopolitique. C’est ce qui explique une politique double, qui bascule considérablement après 1947.

    Les services de renseignement sont souvent marqués par un amateurisme terrible1, et par une méfiance redoutable les uns envers les autres. Par exemple les américains refusent de collaborer avec le 2e Bureau français, car il le pense noyauté par le PCF. Cela créé une dépendance par rapport aux agents ex-nazis capturés, lesquels se mettent tout volontiers à travailler pour d’autres. Klaus Barbie, par exemple, devient indicateur, « balance », chargé de retrouver certains SS.

    Mais ces agents mènent aussi leur propre politique d’influence, ce qui leur permet de se protéger, de protéger les autres, et de les rendre indispensables. Ils vont pousser leur propre agenda : faire en sorte que le danger communiste soit très largement surestimé. La très large majorité des anciens nazis confirment la même histoire : un coup de force rouge se prépare. Ils jouent ainsi un rôle considérable dans le durcissement de la politique occidentale et dans la préparation de la construction de la RFA.

    Cette surestimation est leur bouée de sauvetage. A partir de 1947, ce sont les communistes qui deviennent les cibles prioritaires. Les occidentaux acceptent que soit constitué un service, nommé Organisation Gehlen2, qui coordonne à la fois l’activité anticommuniste, mais également le transfert d’armes dans les régions qui se battent toujours contre l’URSS. Ils vont également appuyer très largement la tentative de coup de Budapest, en 1956.

    Quand à ceux qui ne sont pas directement impliqués dans les atrocités, ils vont néanmoins poursuivre aussi cette lutte. Ainsi, ils vont collaborer à la construction d’une histoire officielle de la guerre, comme l’ancien cher d’État-major de Hitler, Franz Halder. Celui-ci, qui travaille pour la division d’histoire de l’US-Army, va présenter une historiographique qui exonère de tout crime la Werhmacht et justifier l’agression contre l’URSS sous la forme d’une mesure d’auto-défense. Ces écrits, qui vont être très largement diffusés, jouent un rôle important dans la manière dont les opinions publiques ont été modelées.

    La fuite.

    Ceux qui, malgré tout, sont trop compromis pour être protégés, vont choisir la fuite. Par une ironie terrible de l’histoire, les émigrés nazis, passent parfois par les mêmes filières et les mêmes réseaux que les Juifs fuyant l’Europe. On cite l’exemple d’un hôtel à la frontière italo-autrichienne, dans lequel un étage était occupé par les rescapés de la Shoah, l’autre par leurs ex-bourreaux. C’est notamment par ce type d’endroit que Barbie va transiter. La Croix-Rouge et le Vatican les aident. Ils sont vus comme les combattants comme l’athéisme bolchevique. La plupart partent en Amérique du Sud. Là bas, ils ont formé des relais pour le trafic d’armes (Allemand puis Américain), mais aussi des points d’appui pour l’installation des dictatures anticommunistes. Il n’est pas étonnant que la Colonie Dignidad, au Chili, qui sert de camp de « rééducation » pendant la dictature de Pinochet, soit dirigée par un ancien-nazi, Paul Schäfer.3

    Ces hommes ont fait, le plus souvent, une brillante carrière comme tortionnaires et conseillers. Certains ont pu revenir même en Allemagne. Ce n’est qu’avec la fin de la guerre froide qu’ils sont « lâchés » par leurs maîtres. A partir de ce moment là, personnages inutiles et gênants, ils sont livrés à la vindicte populaire. Le fait que le procès de Barbie ait eu lieu en 1987 est illustratif. Mais la question des procès Touvier ou Papon est la même. Ce sont des vieillards qui ont épuisé leur potentiel.

    Aujourd’hui encore, les attentats qui ont eu lieu en Allemagne portent la marque de cette complicité. Le scandale de la NSU (Nationalsozialistischer Untergrund, National-socialisme souterrain) l’illustre. Après une série de meurtre entre 2001 et 2006, lesquels ciblent des immigrés Turcs et Kurdes, deux des membres de ce groupe se suicident. Une autre se rend aux autorités. Commence alors un procès qui finit par mettre en cause le BfV (Bundesamt für Verfassungsschutz, Office de protection de la Constitution, service secret Allemand) pour sa complicité.

    Les meurtres, qui avaient été ostensiblement reliés au trafic de drogue, en excluant tout motif raciste, s’orientent désormais vers les opérations clandestines. Les cibles seraient désignées par les services secrets Allemands et Turcs. En remontant le fil, la contre-enquête se rend compte d’une destruction sans précédent de preuves et de documents qui auraient permis l’arrestation des suspects, de plus au moins un membre du BfV était présent au moment d’un des crimes. Finalement, après plusieurs démissions, l’affaire se tasse. Mais elle continue d’illustrer la collusion dans l’Allemagne. Mais ailleurs ?

    La perpétuation du racisme.

    La victoire contre le nazisme n’a ni signé la fin des régimes racistes, xénophobes, ségrégationnistes. Le 8 mai 1945 des colonisés n’est pas le même que celui des colons. Dès cette date, la France massacre. Elle extermine par les armes, par la torture, par la faim près d’un million de personnes jusqu’à la guerre d’Algérie. Elle continue les opérations secrètes encore à l’heure actuelle, pour maintenir sa place. L’Angleterre fait face à des insurrections communistes, en Grèce, en Malaisie, en Indonésie. Elle fait intervenir l’armée, y compris les bombardiers lourds.

    Pour la reconquête de leurs paradis perdus, les occidentaux ne reculent devant rien. La guerre du Vietnam mobilise des moyens considérables pour permettre au régime réactionnaire de tenir. Le Cambodge perd 750 000 civils sous les bombardements les plus intenses de l’histoire. Les campagnes sont ravagées, stérilisées. Les malformations et les cancers, liés à l’exposition aux produits défoliants, font encore des ravages.

    Les USA, qui s’étaient montrés anticolonialistes à la base, dans l’application de leur politique de la porte-ouverte, se reconvertissent. Mieux vaut une dictature coloniale qu’un régime qui s’alignerait sur Moscou. Après la guerre, le colonialisme, la ségrégation, les régimes racistes ont donc survécu. Mais la politique intérieur s’est elle aussi durcie. Le racisme institutionnel est devenu une garantie contre les revendication populaire. Ainsi, aux USA, la ségrégation raciale est restée plus de 20 ans en place après la guerre.

    L’Australie a poursuivi une politique nommée « Australie Blanche » jusqu’en 1970. interdisant l’immigration non-blanche. Elle est toujours un pays extrêmement marqué par l’inégalité raciale, avec une attitude discriminante envers les Aborigènes, lesquels possèdent des droits politiques limités. La Rhodésie conserve une même politique jusqu’en 1979. L’Afrique du Sud, avec le soutien de Israël et de la France, peut conserver l’Apartheid même après la chute du mur. Aujourd’hui, le Bhoutan, le Bhareïn, Israël, la Birmanie…maintiennent juridiquement des discriminations sociales.

    Mais l’effondrement de ces régimes ou les réformes qui permettent une égalité formelle ne signe pas la fin de la division raciste de la société. En France, les discriminations policières sont constantes. Celle à l’emploi, à l’accès aux lieux de loisir, à la location, sont toujours en place.

    Aux USA, encore aujourd’hui il existe des conventions discrètes, comme le « redlining » qui consiste à ne pas accorder de prêts aux noirs dans les quartiers blancs. Mais, de fait, la stratification sociale-raciale se maintient toujours. L’accumulation des richesses permise par la colonisation, par l’esclavage, empêche tout décollage du niveau de vie.

    Quand à la propagande raciste, en ces temps de crise, elle est constante, autour de Zemmour, de Morano, de Ménard…La machine à créer du racisme et à générer des pogroms est en place. Malgré cela, l’équivalent qui vient à l’esprit, quand on pense à la Seconde Guerre mondiale, est celle entre l’URSS et le IIIe Reich, plus qu’entre ce dernier et les « démocraties occidentales. »

    1A lire à ce titre : la biographie de Klaus Barbie par Peter Hammerschmidt ; Klaus Barbie, nom de code Adler.

    2https://fr.wikipedia.org/wiki/Reinhard_Gehlen

    3Le film Colonia, bien qu’un peu romancé, montre bien les liens avec le gouvernement « démocratique » de la RFA.