Auteur/autrice : unitecommuniste

  • Ensauvagement ?

    Ensauvagement ?

    Depuis l’été, le terme d’ensauvagement est revenu sans cesse sur le devant de la scène politique. Le Ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, l’a ainsi employé à plusieurs reprises pour qualifier une certaine « banalisation de la violence ».

    Popularisé par le livre de Laurent Obertone, La France Orange mécanique, ce terme s’est progressivement intégré dans la rhétorique de l’extrême-droite. Il s’est, depuis, étendu à une sphère politique toujours plus importante, contaminant la droite radicale, puis la droite traditionnelle, trouvant même des points d’appui dans une certaine gauche ambiguë. Paradoxalement, il n’est pas né à l’extrême-droite. Ainsi, pour nous, le terme d’ensauvagement ne peut que renvoyer au discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire :

    Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral […], au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. (Extrait du Discours sur le colonialisme, Césaire, 1955).

    Mais dans l’esprit, et dans la bouche de ceux qui l’emploient, ce n’est pas ce processus de violence par lequel l’impérialisme et le colonialisme décivilisent les individus. C’est au contraire un implicite colonial et raciste, qui renvoie à une imagerie de hordes ravageant tout sur leur passage, de khanats de bandits. Cette rhétorique, qui oppose civilisation – et quelle civilisation des individus à la haute moralité, tel que Darmanin incarnent ! – et barbarie sert la soupe à la réaction la plus virulente. Cette croisade pour la civilisation, reprise par les ténors de la droite – qui essaient ainsi de justifier leur existence, mais qui influence aussi la « gauche », est inquiétante.

    Une société plus violente ?

    La société est-elle plus violente qu’avant ? Pas forcément. Les méthodes de calcul, qui oscillent au gré des objectifs politiques, tendent à montrer que si le sentiment d’insécurité augmente, les actes de délinquance, surtout violente, ne vont pas forcément croissant.1 En revanche, il est clair que la situation économique se dégradant depuis 2008, avec une accélération terrible depuis début 2020, joue sur l’état moral et la disposition à la colère. La violence économique, l’exclusion sociale, l’absence de perspectives jouent fortement sur les dispositions à l’émeute.

    En revanche, il y a un impératif, pour les organisations politiques réactionnaires ou réformistes, d’employer cette thématique d’actualité. Elle est un axe de bataille qui n’a pas besoin de résultats visibles, de réussites…elle est mobilisatrice, fédératrice, et se nourrit d’émotion et de chiffres creux.

    L’omniprésence de la violence passe également par les réseaux sociaux, qui sont tout autant de caisses de résonance. Ces réseaux font que certains actes qui ne trouvaient place que dans les journaux locaux, peuvent désormais prendre une immense ampleur. De plus, l’instantanéité du web fait que la distance temporelle est abolie. Nous pouvons avoir le sentiment que tout arrive en même temps de partout. Cette abolition du temps et de l’espace est, là encore, instrumentalisée à des fins politiques par les réactionnaires. Lorsque cela ne suffit pas, il est possible également d’abolir les faits, comme l’affaire Augustin, pour inventer un crime, ou de monter en épingle le tournage d’un clip de rap avec des armes factices, en le faisant passer pour réel.

    La délinquance : une manière de parler d’autre chose.

    « Le laxisme de la gauche. » cette ritournelle à nourri les campagnes de la droite et de l’extrême-droite depuis des années. L’exigence de la fermeté implacable, la rigueur sévère. Valérie Pécresse appelle ainsi à la tolérance zéro : « Une justice efficace, c’est une justice qui n’a pas la main qui tremble. C’est une justice qui sait sanctionner, rapidement et efficacement, là où ça emmerde vraiment les voyous. » Dommage que cela ne semble pas s’appliquer aux Fillon, aux Sarkozy et aux Balkany.

    La question de la délinquance est donc pratique. Mais là où l’ensauvagement apporte une dimension supplémentaire, supérieure, c’est dans la liaison systématique qui peut être faite entre celle-ci, l’immigration, l’islam, et, derrière cela, la race. Il en est de même pour racaille (bien que des combinaisons soient possible, telle que racaille colorée ou racaille immigrée.) ou pour barbare, qui sont des termes qui ne sont utilisés que et uniquement dans certaines circonstances. Elles visent en effet un public qui doit être perçu comme étant différent de la population française. Darmanin, prenant des airs surpris, s’est défendu d’amalgamer ces questions. La réputation du personnage, cynique et retors, nous fait douter quelque peu.

    Or, si les discours anti-migrants ont le vent en poupe, ceux qui parlent d’une incompatibilité civilisationnelle prennent de plus en plus d’espace et d’importance. Ils contribuent à créer des catégories nouvelles, comme ces Français de papiers dont parlait déjà Nadine Morano. En établissant des stratifications entre des « vrais français » et de « faux français », elle contribue à donner l’impression d’un ennemi intérieur. Or, si l’ennemi est désormais « français » mais incompatible civilisationnellement, il faut néanmoins l’extirper. Et là, Nadine Morano ne pipe mot, mais il est clair que son esprit dérive vers des solutions particulièrement brutales et définitives, pour ne pas employer d’autres termes.

    A lire sur la question :

    https://unitecommuniste.com/france/francaise-de-papier-decrypter-nadine-morano/

    Mais que les fascistes et ceux qui sont sous leur influence soient dans cette logique, pourquoi pas. Le problème est quand, chez les progressistes et les révolutionnaires, le traitement des questions relatives à la délinquance, aux violences, aux incivilités, qui sont de vraies questions, trouve ses réponses dans de bien répugnantes places.

    Il faut être sincère. Dans une partie de la gauche révolutionnaire, il existe un certain angélisme quant à la délinquance. Cet angélisme se nourrit aussi de fantasmes d’exotisme, lesquels, eux aussi, plongent dans un inconscient raciste et essentialiste.

    Et être capable de voir, d’une part, les choses telles qu’elles sont réellement. C’est-à-dire être capable de discerner, dans les classes populaires, qu’une partie d’entre elle peut effectivement se livrer à des activités mafieuses, à des comportements prédateurs, à la délinquance.

    Mais une fois décrite cette réalité, faut-il encore en comprendre la raison, et comprendre ce qu’il faut en faire. Car il ne s’agit pas, comme l’écrivait Marx, de décrire, mais de transformer.

    Nous avons parlé, lors des événements de Dijon, du « comprendre ». De pourquoi ces caporégimes féodaux se forment dans les zones misérables. De ce que représente dans le fond, ces groupes et de pourquoi nous considérons que la lutte qui est menée contre eux est hypocrite et inefficace.

    A lire sur la question :

    https://unitecommuniste.com/communiques/dijon-resister-a-linjonction-de-condamner/

    Quant au comment, le PCF s’est exprimé en disant, « Trafic d’armes, trafic de drogues, trafic de personnes, reprenons le pouvoir dans toutes les rues de la République. » Cette phrase a été commentée largement. Elle est un bassin révélateur de premier ordre pour constater l’abandon de toute volonté de transformation de la société par ce Parti. Beaucoup l’ont reprise à leur compte, notamment ceux que nous nommerons par commodité les « communistes conservateurs ». Ceux-ci, derrière l’argument du réalisme, laissent, décomplexés, libre cours à leurs penchants réactionnaires. Tentés par une le fait de chasser sur les terres de l’extrême-droite, comme Kuzamnovic avant eux, ils pensent la drainer vers la gauche. En réalité, ils avalisent ses positions, les popularisent, les renforcent.

    A lire sur la question :

    https://unitecommuniste.com/france/wagenknecht-kuzmanovic-la-mutation-reactionnaire/
    https://unitecommuniste.com/lyon/andrea-kotarac-comme-un-coup-de-tonnerre-dans-un-ciel-dete/

    Et le fait de croire que l’envoie de la police, de l’armée, d’escadrons de la mort pourrait permettre de restaurer « le pouvoir dans toutes les rues de la République » est au mieux idéaliste, au pire franchement réactionnaire.

    Notamment car, tels des hydres, ces formes d’économies se reconstituent spontanément, car elles sont la seule – ou en tout cas la meilleure – perspective économique pour toute une partie de la population, notamment les plus jeunes.

    Ensuite car, historiquement, la police, dont le travail est principalement de garantir l’ordre visible, à généralement négocié et trouvé des moyens termes avec les gangs les plus puissants. La Bac de Marseille Nord, le « super-flic » Michel Neyret à Lyon, ont tous été mouillé dans cette affaire gagnant-gagnant : un gang dominant assure la paix et le commerce, la mairie est heureuse et la police arrondit ses fins de mois. Les déchaînements de violence, à Marseille, ont été à la suite de la purge dans la police, qui a décapité le gang dominant.

    Car il faut savoir de quoi parlons-nous ? De la petite délinquance de survie, des petits boutiquiers mafieux, qui font leur business parce qu’il est leur perspective économique principale ? Ou de la grande délinquance, des véritables réseaux puissants et internationaux, lequel n’est pas coupé de l’économie formelle, mais, au contraire, en est une excroissance. Il n’existe pas de véritable séparation entre cette économie informelle et l’économie de surface. Les gangs les plus influents possèdent également des actifs légaux, et sont des notables importants. Ils ont un poids politique dans les élections, surtout locale (pensons à Serge Dassault, par exemple, qui distribuait des billets pour acheter les votes), ou jouent parfois aussi des rôles d’ampleur dans la politique et la géopolitique. La french connexion, ainsi, finançait la lutte anticommuniste autour de Gaston Deferre. Le gang des Lyonnais, quant à lui, finançait les réseaux gaullistes. Quant aux trafiquants d’êtres humains, l’affaire Epstein montre que les consommateurs finaux ne sont pas toujours dans de sombres quartiers mal famés.

    La violence et la délinquance sont intrinsèquement liées à l’exploitation et au parasitisme capitaliste.

    La bourgeoisie est la première à se livrer au banditisme détourné. Elle vole la plus-value des travailleurs, vol légal, institutionnalisé, encadré. Elle les vole une deuxième fois, par les impôts (que nous séparons bien sûr des cotisations sociales, bien que les deux soient devenus la même chose), lesquels servent à payer leurs geôliers, leurs bourreaux, mais également à fournir certains bourgeois en argent public. Elle les vole enfin une troisième fois en trichant systématiquement avec la loi. Tant que cela n’est pas liquidé, il existera des bandits. Le dénuement, l’absence de perspective, mais aussi l’envie de richesse, l’envie de trouver une place dans une société qui rejette, qui ostracise, explique l’attrait pour l’argent facile.

    Tant que la bourgeoisie et ses valeurs seront hégémoniques, il existera également des « barbares ». Barbares car ils prennent modèle sur les maîtres de l’économie, lesquels sont l’incarnation même du cynisme le plus éhonté. Ce terme barbare soulève d’ailleurs une question autrement plus fascinante que toutes les autres : celle de savoir qui est le barbare de qui. Revenons à Césaire et à son texte. Ce que Aimé Césaire analyse, c’est bien la manière dont l’occident à importé une barbarie d’un genre nouveau, scientifique, rationnel, économiquement viable. L’occident a montré, depuis le milieu du XIXe siècle, qu’il était tout à fait possible d’agir en barbare, tout en se peignant en civilisateur. En se proclamant référence universelle de la morale et de l’éthique, il s’est accordé le droit de juger des actions des autres.

    La France en est un bon exemple. Elle arrive à reprocher à Poutine de tenter d’occire un opposant, alors qu’elle se réserve le droit d’arbitrer, par les bombes s’il le faut, les élections en Afrique. Elle enseigne à ses élèves qu’elle est le pays des droits de l’homme et la démocratie la plus parfaite, tandis que ses dirigeants sont à genoux devant le capital et que sa république est considérée comme née d’un coup d’État militaire dans les historiographies étrangères.

    Elle est capable d’être à la fois le centre intellectuel (avec de grandes guillemets sur ce que ce terme signifie) de l’antitotalitarisme et de l’anticommunisme, tout en ayant encore des camps de concentration et des colonies.

    Pour les petits bourgeois, ces contradictions passent. Elles ne sont pas expérimentées dans la chair. Elles restent une abstraction. Mais quand la réalité des violences policières, du racisme, de l’exclusion sociale est un vécu quotidien, comment ne pas songer devenir barbare ?

    Un vrai parti révolutionnaire doit être capable de mener la lutte dans les quartiers. Pas contre celles et ceux qui y habitent, qui pour la plupart ne rêvent que d’un avenir meilleur, mais bien pour les mobiliser, les unir, les souder contre leur bourreau, contre leur exploiteur. Oui, les mafias jouent un rôle réactionnaire, mais elles ne se maintiennent que parce que l’espoir a été assassiné, et que personne n’a été capable d’en insuffler un nouveau. Croire que les quartiers ouvriers de Moscou, de Gori, de Shanghai étaient différents, que les problématiques étaient différentes à l’époque révolutionnaire, c’est acter le fait de renoncer à transformer la société. C’est se contenter de gérer la violence, par l’étau policier, et non de la détruire en sapant ses fondations sociales. C’est cette unité populaire qui anéantira les mafias et les trafics, non les razzias policières.

    1A voir dessus : https://www.youtube.com/watch?v=bMZ4YVrIY_s

  • Le Liban explose ! – Résolution ICOR.

    Le Liban explose ! – Résolution ICOR.

    Le Liban a été un pays de larmes et de luttes ! En octobre 2019 un mouvement s’est formé à Beyrouth contre la politique gouvernementale qui a commencé avec l’insurrection du 17 octobre. Il appela à la construction d’un Liban indépendant et démocratique. Il comporte aussi la majorité des forces qui s’opposent à la politique des États-Unis et de l’Israël sioniste et à celle de presque toutes les autres puissances impérialistes et régionales qui essaient de déstabiliser et dominer le Liban. En font partie également l’Arabie saoudite et l’Iran, ce dernier surtout à travers le Hezbollah. Bien que ce mouvement fût atténué par l’apparition de la pandémie mondiale de Covid-19 les protestations continuèrent jusqu’au janvier 2020. 

    Beyrouth a été la cible de bombardements sionistes israéliens et autres depuis des décennies. L’explosion de bombes est devenue la norme plutôt que l’exception à Beyrouth.

    Le 4 août il y a eu une énorme explosion dans le port de Beyrouth par laquelle des dizaines de morts et des milliers de blessés et 300 000 personnes sans-abri sont à déplorer. Cela a été attribué aussi à la corruption du gouvernement et l’apathie de la population. Ce dernier aspect, nous le rejetons résolument. 

    Malgré un couvre-feu et l’imposition de la loi martiale, il y a eu de nouveau des protestations massives appelant à la démission du gouvernement et à la formation d’un gouvernement démocratique. Les manifestants ont pris le contrôle du ministère des Affaires étrangères et l’ont rebaptisé « ministère de la révolution ». Le 10 août, le gouvernement de Hassan Diab, qui avait pris le pouvoir en janvier, a démissionné et le président Michel Aoun lui a demandé de continuer jusqu’à ce qu’un nouveau gouvernement prenne la relève.

    Les États-Unis, en tant que principal belliciste impérialiste, et la Chine se sont accusés réciproquement de contrôler cette partie importante de l’Asie occidentale. Après tout, la « nouvelle route de la soie » prévue par la Chine est censée passer par le port de Beyrouth. Le soutien chinois au Liban est bien connu, et les États-Unis accusent maintenant la Chine de tendre un « piège de la dette ». Ils oublient que le plus grand piège de la dette a été mis en place par le FMI, qui est contrôlé par les États-Unis. D’autre part, les bombardements israélo-sionistes au Liban, avec l’approbation des États-Unis, sont trop brutaux pour être oubliés. L’Israël sioniste ne peut pas être exclu comme auteur possible de l’explosion, même maintenant. Nous appelons le peuple libanais à résister aux tentatives de toutes les puissances étrangères et impérialistes d’accaparer leur combat légitime pour la liberté, la justice sociale et la démocratie, comme, par exemple, la France en tant qu’ancienne puissance coloniale tente de le faire.

    Pour le droit du peuple libanais à l’autodétermination ! Pour un changement révolutionnaire selon la volonté des masses populaires !

    Au moment actuel nous soutenons l’appel du Parti communiste libanais (PCL) qui a appelé le mouvement du 17 octobre à converger de nouveau. Ils demandent à juste titre une politique au sens de la classe ouvrière et des larges masses de la population et veulent construire un Liban véritablement démocratique et progressif. Nous appelons à tous les forces démocratiques au Liban de se rallier et invitons tous les secteurs des ouvriers et d’autres masses travailleuses à s’organiser et lutter dans ce but. L’ICOR soutient ce mouvement dans l’esprit de la Conférence de l’ICOR sur le Moyen Orient de Beyrouth en solidarité et encourage son révolutionnarisation ensemble avec des forces révolutionnaires au Liban pour un Liban démocratique et socialiste.

    Renforcez les forces révolutionnaires au Liban et l’ICOR ! 

    Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

    Ouvriers et peuples opprimés du monde, unissez-vous !

    En avant avec la construction de l’ICOR !

    Signataires (situation 26 août 2020, d’autres sont possibles) :

    1. ORC – Organisation Révolutionnaire du Congo, République démocratique du Congo
    2. UPC-Manidem – Union des Populations du Cameroun – Manifeste National pour l’Instauration de la Démocratie
    3. CPK – Communist Party of Kenya (Parti communiste de Kenya)
    4. MMLPL – Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
    5. CPSA (ML) – Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes))
    6. PPDS – Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie
    7. MLOA – Marxist-Leninist Organization of Afghanistan (Organisation marxiste-léniniste d’Afghanistan)
    8. CPB – Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)
    9. SPB – Socialist Party of Bangladesh (Parti socialiste du Bangladesh)
    10. CPI (ML) Red Star – Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)
    11. PPRF – Patriotic Peoples Republican Front of Nepal (Front républicain du peuple patriotique du Népal)
    12. CPA/ML – Communist Party of Australia (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Australie (marxiste-léniniste))
    13. БКП – Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
    14. БРП(к) – Българска Работническа Партия (комунисти) (Parti ouvrier de Bulgarie (Communistes))
    15. PR-ByH – Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie et Herzégovine)
    16. MLPD – Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
    17. Symp.PFLP – Sympathisanten der PFLP (Les sympathisants du PFLP), Allemagne
    18. UnCo – Unité Communiste, France
    19. BP (NK-T) – Bolşevik Parti (Kuzey Kürdistan-Türkiye) (Parti bolchévique (Kurdistan du Nord / Turquie))
    20. KOL – Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)
    21. RM – Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
    22. MLGS – Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
    23. TIKB – Türkiye İhtilalci Komünistler Birliği (Union de communistes révolutionnaires de Turquie)
    24. MLKP – Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)
    25. KSRD – Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine
    26. PCC-M – Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)
    27. PCP (independiente) – Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))
    28. BDP – Bloque Democratico Popular (Bloc démocratique populaire), Pérou
    29. PC (ML) – Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine
    30. PCR-U – Partido Comunista Revolucionario del Uruguay (Parti révolutionnaire communiste d’Uruguay)
  • Nouvelles brochures.

    Nouvelles brochures.

    Nous publions aujourd’hui deux nouvelles brochures mises en page et disponibles à l’impression ou auprès de nos camarades.

    La bataille de l’histoire.

    La bataille de l’histoire pose la question de notre propre connaissance et de notre compréhension de notre histoire. Elle soulève le fait que nous avons tendance à reconstruire a postériori les débats, les conflits et les trajectoires des uns et des autres. Comprendre les mécaniques de l’histoire révolutionnaire, c’est aussi connaître les difficultés de l’expérience socialiste sans non plus surestimer celles auxquelles nous faisons face. Extrait de l’introduction :

    L’Histoire de l’URSS et des expériences socialistes, tout comme des démocraties populaires, est un champ de bataille. Un champ de bataille contre la falsification, d’une part, mais également pour comprendre réellement ce qui s’est déroulé.

    Les enjeux autour de cette histoire sont immenses. Ils le sont autant pour les capitalistes que pour nous. Pour eux dans le but de démontrer le caractère génétiquement criminel du communisme et sa faillite en tant que modèle économique et social. Pour nous, militants et militantes communistes, pour être capable de leur répondre, mais surtout pour pouvoir en tirer des conclusions justes sur les moyens et les fins de notre mouvement.

    Dans l’ensemble, nous connaissons assez mal notre histoire, ou le plus souvent de manière superficielle. Les grandes lignes sont relativement connues, mais elles font écho à des événements confus.. Il en ressort une part importante de folklore, de mythologie, de mélange d’une histoire scolaire anticommuniste et holistique, avec la conviction que les 1/6e du monde cherchaient à œuvrer pour le plus grand bien. Difficile cependant de jeter la pierre  : nous faisons avec ce que nous avons sous la main. Et encore, internet et la numérisation permettent de mettre à disposition des ressources qui, sans cela, seraient perdues. Auparavant, la situation était bien pire.

    De plus, régénérer l’histoire de notre expérience est un travail immense. La vulgariser et la rendre compréhensible en est encore un autre, tout aussi immense. Cela demande une disponibilité et des moyens qui ne sont pas à la portée de toutes et tous, tant individus qu’organisations. Cela influe fortement sur la possibilité de réaliser des travaux d’ensemble et de qualité.

    La fin de la guerre en Europe.

    Cette brochure s’insère dans une série d’autres écrits sur la Seconde Guerre mondiale et sur ses suites. Elle traite de la fin des hostilités et des crimes qui ont été commis durant la guerre. Extrait de l’introduction :

    La victoire soviétique à Berlin mettait fin au « Reich millénaire » de Adolf Hitler. Les troupes de toutes les Républiques soviétiques, commandées par les maréchaux Joukov, Koniev, Rokossovski et Tchouïkov brisaient la résistance autour des lieux stratégiques du pouvoir nazi. Le Führer était mort. Mussolini était mort. Les régimes cobelligérant et collaborationnistes étaient défaits. Seul le Japon se dressait encore comme un obstacle à la paix. L’Europe découvrait la réalité du génocide Juif, celle du génocide Tzigane. Elle découvrait aussi l’étendue des dévastations et des crimes de guerre.

    Les efforts combinés de la coalition anti-fasciste ont permis de mettre un terme au projet de partage du monde de l’Axe. Ils ont également stoppé le projet d’annihilation de populations entières. 75 ans après, il ne faut pas l’oublier ou en faire une exception du passé. La victoire contre le nazisme
    doit être célébrée et doit être commémorée. 40 millions d’Européens et d’européennes, de tout âge, de toutes confessions, de tout bord sont morts.
    A cela, il faut ajouter plus de 20 millions de victimes en Asie. La grande majorité de celles-ci sont des civils et des civiles, principalement des citoyens
    et des citoyennes de la Chine et de l’URSS.

    Ne les laissons pas tomber dans l’oubli, ne les laissons pas non plus être le marchepied de gens cyniques. Oui, il faut célébrer la victoire contre le fascisme, le nazisme et le militarisme japonais. Mais cette célébration, pour ne pas être creuse, doit être accompagnée d’un certain recul, d’un regard
    critique sur la manière dont doivent être considérée tant la guerre que la victoire finale. La Seconde Guerre mondiale est une guerre d’étape. Elle s’intercale dans un court XXe siècle (1914-1991) marqué par la Première Guerre mondiale, les révolutions, la montée des fascismes, la Seconde Guerre mondiale, puis la Guerre Froide. Elles n’est pas un événement isolé. Elle est donc dans un ensemble qui ne peut être découpé artificiellement en ranches, mais qui forme, au contraire un continuum. C’est ce qui explique la nature particulière, complexe, contradictoire, et le paroxysme de violence de son événement central.

  • L’agression d’Augustin : une baudruche qui se dégonfle ?

    L’agression d’Augustin : une baudruche qui se dégonfle ?

    Nous avons hésité a employer certaines images, notamment celles de Augustin. Cependant, son omniprésence sur les réseaux sociaux fait qu’il n’y aurait eu aucun sens à ne pas les réutiliser. Nous avons par contre choisi n’anonymiser les tweets.


    Augustin, 17 ans, aurait été passé à tabac par un groupe de « racailles », alors qu’il venait en aide à des jeunes femmes harcelées.
    Les réactions, extrêmement rapides, unanimes, de la part de la droite réactionnaire et de l’extrême-droite étaient trop vives pour être honnêtes. Il était possible d’y déceler la marque de fabrique d’un coup de communication.

    Les propos tenus par le frère de la victime, propos flirtant avec le racisme, ont commencé à susciter les soupçons. Après une rapide enquête, il a pu être avéré que Augustin était un militant identitaire, membre d’une organisation connue pour son racisme, sa violence…et sa misogynie.

    La version des jeunes femmes vient apporter une dissonance.

    Passée l’émotion et le coup de communication, les versions changent, au fur et à mesure où d’autres acteurs, surtout d’autres actrices, apportent leur version. L’hypothèse, alors largement diffusée, d’un tabassage en règle semble s’effriter, au profit d’une brève altercation. Pour l’exploiter politiquement, les militants qui tirent les ficelles ont donc sciemment gonflé les faits. Le lynchage à 5 s’effondre, devenant une bagarre, puis un seul coup porté, avant que soient séparés les protagonistes.

    Nous ne cautionnons pas le harcèlement de rue, ni le fait d’être « lourd » pour reprendre les termes des jeunes femmes. Il ne s’agit pas d’inverser non plus les choses. En revanche, le fait que ce soit un militant d’extrême-droite qui se soit « interposé » ne peut que laisser planer un doute sur la forme de cette interposition, dont nous ne voulons faire le procès in abstenso. Nous considérons que l’enquête doit permettre de comprendre les formes qu’ont prise cette courte altercation. En revanche, le ses sbires se sont empressés de faire taire toute voix dissonante. Ils ont menacé de mort, par les réseaux sociaux, les jeunes femmes qui apportaient leur version. Les fascistes ont donc menacé les mêmes personnes qu’Augustin aurait défendu. La boucle se boucle d’elle-même.

    Augustin faisant le salut aux trois doigts, ersatz de salut nazi.



    De plus, c’est l’usage de cet épiphénomène qui est dangereux. Cette affaire a drainé dans son sillage une série de déchets, et leur a laissé un promontoire pour s’exprimer. Nous pensons ainsi à celles et ceux qui se sont empressés d’associer la violence à l’origine « civilisationnelle » – ce piètre camouflage de la race – des protagonistes.

    Finalement, les fascistes se font eux-mêmes les bourreaux.

    Un non-événement, une illustration des violences au sein de la société.

    Ce non-événement vient alimenter la machine à discours réactionnaires, tandis que, pendant ce temps, les violences des fascistes restent tapies dans l’ombre.

    Il existe, il faut le souligner, une violence inhérentes aux classes populaires. Il existe d’ailleurs, chez elles, des penchants réactionnaires, sexistes, homophobes…etc. C’est un fait avéré, et valable de tout temps, que ce soit à l’époque des « apaches de la zone » ou aujourd’hui. Si aujourd’hui ce sont les fils et les filles de l’immigration qui sont ciblées, c’est car les exclusions sociales et le racisme s’entremêlent intimement.

    Cette violence est critiquable et doit être critiquée. Elle se combat par les luttes sociales, par les luttes politiques et idéologiques, et par l’unité populaire.

    Seulement, les individus qui ont pris position avec empressement – y compris de gauche – eux, considèrent que cette violence et ces travers réactionnaires doivent être écrasés dans un poing d’acier. Qu’il faut saigner les quartier populaires pour qu’ils se tiennent tranquille, oubliant que c’est la misère, l’absence de perspectives sociales et politiques, qui entraîne le pullulement de l’économie informelle et de la violence.

    Ce poing d’acier ne fait que faire taire la violence, il ne fait que la masquer. Il ne la règle pas. Nous ne faisons pas confiance aux fascistes, aux réactionnaires – maquillés en communistes ou non – pour la régler. Nous ne pouvons faire confiance qu’aux classes populaires, qu’aux exploités eux mêmes et elles mêmes pour se libérer de la domination, pour souder les rangs, et pour mettre à bas le régime qui reproduit la misère et qui reproduit la violence.

    En dernière instance, que retenir de cette affaire ?

    Les fascistes ont le mensonge et la manipulation dans le sang, et ils ont réussit à faire d’un non-événement une affaire. Le temps que celle-ci dégonfle, ils auront monté en exergue un nouveau sujet, quitte, une fois de plus, à tordre la réalité pour qu’elle corresponde à leur grille de lecture.

    Ceux qui ont embêté, et non pas agressé, les jeunes femmes ne sont pas des anges. Mais la réalité n’est pas faite d’anges et de démons. La situation mérite d’être traitée pour ce qu’elle est : une illustration des violences qui peuvent exister dans la société. Ce qu’elle n’est pas, en revanche, c’est une illustration de son caractère génétique ou civilisationnel. Les fascisent savent montrer qu’ils violent, agressent et tuent.

    Cette affaire n’est pas sans évoquer celle de Fiorina Lignier, victime d’un tir de police…et néo-nazie.

    Il existe un climat extrêmement propice à ce que ces affaires occupent le devant de la scène. Il est animé par les mêmes qui incendient des mosquées ou poignardent des mineurs dans les rues de Lyon. Face à leur omniprésence, nous devons faire bloc et pulvériser un à un leurs mensonges.

  • La Biélorussie à l’heure du choix.

    La Biélorussie à l’heure du choix.

    Les élections du 9 août 2020 ont redonné le pouvoir à la direction de Alexandre Loukachenko, en poste depuis 1994. Celles-ci se sont déroulées dans un climat de grande tension, notamment à la suite des élections législatives de novembre 2019, lesquelles ont donné un très large ascendant aux organisations présidentielles. Obtenant 80,08 % des voix, la coalition autour de la présidence a écrasé l’opposition, incarnée par Svetlana Tsikhanovskaïa. L’opposition a dénoncé des scrutins truqués, des pressions, des tricheries.

    Elle a appelé à des manifestations pour contester le résultat des élections. Celles-ci ont été réprimées par la police, laquelle a tiré à balles réelles, entraînant plusieurs blessés graves et des milliers d’arrestation. Le 11 août, la dirigeante de l’opposition a fui le pays, pour se réfugier dans la proche Lituanie. Depuis cet exil, elle a incité à continuer la mobilisation contre le régime.

    De son côté, le gouvernement a, lui aussi, incité à ce que ses soutiens descendent dans la rue. Une manifestation favorable au régime s’est déroulée, dans laquelle le Parti Communiste du Bélarus, formé par les anciens cadres du régime, s’est joint aux soutiens à Loukachenko, tandis que les syndicats ont rejoint principalement l’opposition. Un division du Parti Communiste, le Parti Communiste des Ouvriers de Biélorussie, a lui aussi, rejeté la position du PCB pour rejoindre les oppositionnels.

    Ces mobilisations sont appréciés de manière très variée depuis la France. Les réactions et les attitudes ont été parfois d’un soutien clair au régime, parfois d’un soutien à l’opposition. Ces visions diamétralement opposées sont le reflet de la complexité de la situation biélorusse et de l’imbrication des enjeux.

    Une situation complexe.

    Pourquoi la politique du Bélarus est elle si complexe ? Le Bélarus est un de ces pays-pivots, dont l’importance géopolitique est immense. Il représente l’une des voies qui mènent au cœur de la Russie, les autres étant par les pays Baltes et par l’Ukraine. Le Bélarus, dans la conception soviétique puis russe, fait partie de la sphère de sécurité vitale du pays. Pour la conception occidentale, marquée par les théorie de Mahan, Spykman et Brzezinski, il fait partie de ces espaces à contrôler pour refouler (roll back) la Russie vers l’Asie.

    Depuis la terrible saignée de la Seconde Guerre mondiale, la Russie ne peut tolérer un régime qui lui soit hostile dans son espace de sécurité. Elle considère qu’il s’agit, pour elle, d’une question vitale et non-négociable. Un changement radical d’orientation, de la part du régime Biélorusse, une orientation pro-occidentale, serait peut-être un casus belli. L’occident, quant à lui, avance prudemment ses pions, soutenant politiquement et financièrement les oppositions. D’autres intérêts s’entremêlent, comme les appétits chauvins polonais. Une partie des nationalistes voudraient récupérer la ville de Brest-Litovsk et revenir à la Grande Pologne du traité de Riga (1922).

    De plus le pays est une interface économique essentielle pour le transfert du gaz et du pétrole russe vers l’occident. Le pays raffine le pétrole et le revend, encaissant au passage une plus-value importante. Cependant, ce parasitisme, aux yeux de la Russie, entraîne des tensions régulières, et contribue à nourrir le projet de pipe-lines qui passeraient par le fond des mers.

    En dépit de cela, le régime de Loukachenko répond globalement aux besoins de la Russie. Il forme un flanc garde et un glacis protecteur. Quant à sa nature politique, elle fait débat. En dépit de certaines apparences et références à l’Union Soviétique, le régime est loin d’être socialiste. Une partie de l’économie est entre les mains de monopoles d’États, mais cette propriété juridique ne signifie pas que les rapports de production ne soient pas capitalistes.

    Bélarus: nouvelle manifestation de l'opposition, la pression monte ...
    Le Bélarus est hautement dépendant de la Russie pour ses approvisionnements.

    Depuis 1994, d’ailleurs, Loukachenko a accompagné la réduction de ces droits sociaux et la privatisation progressive de l’économie. Le niveau de vie des habitants de la Biélorussie s’est réduit progressivement. Il a également mis en place des mesures réactionnaires, notamment les « lois anti-parasites », qui frappent les plus démunis, les chômeurs et les chômeuses. Malgré certains fantasmes, liés au fait que les droits sociaux en termes d’accès à l’éducation, au logement, aux soins, soient maintenus, grâce notamment à la rente pétrolière, le régime se montre férocement réactionnaire sur les questions de société, notamment sur les droits des LGBT et sur le droit des femmes.

    Il possède, dans le fond, la majorité des caractéristiques d’un régime social-démocrate poussé jusqu’au bout de sa logique, pourrissant, oscillant entre redistribution des richesses et maintien d’un modus vivendi avec les intérêts de sa bourgeoisie. Il peut se comparer à une espèce de péronisme1 ou à d’autres régimes dans lesquels la bourgeoisie nationale tente de trouver un moyen terme entre indépendance et intégration dans une sphère impérialiste.

    Car les relations de voisinage sont particulièrement délicates.

    Les difficiles relations de voisinage.

    Le Bélarus est l’antichambre de la Russie, comme la Pologne est l’antichambre de l’occident. Durant la période précédant les élections, du fait de l’accroissement des tensions entre Est et Ouest, il s’est retrouvé à plusieurs reprises en situation de terrain d’enjeu.

    En théorie, le pays est dans un processus de fusion et d’intégration dans la Fédération de Russie. Dans les faits, le processus est au point mort. Les cliques qui soutiennent Loukachenko ne voulant pas perdre le contrôle de l’économie et être phagocytées par la bourgeoisie russe. Cependant, le pays maintient des exercices militaires conjoints avec la Russie. En 2017, par exemple, les exercices militaires ZAPAD-2017 se sont déroulés sur son sol, simulant une intervention vers les États Baltes et la Pologne. La situation d’avant-poste du Bélarus est d’ailleurs déplaisante (il en était de même pour la RFA et la RDA d’ailleurs.) Dans le cas d’un affrontement majeur en Europe, le pays, qui a perdu 25 % de sa population durant la dernière guerre, est certain d’être à nouveau un champ de bataille central. Cette situation n’est pas sans être déplaisante.

    Les mercenaires perdus.

    En fin juillet, l’arrestation de plusieurs centaines de mercenaires d’une société militaire privée russe a jeté de l’huile sur le feu. Ces professionnels du combat ont été officiellement soupçonnés de vouloir déclencher un scénario à la syrienne ou à la « euromaïdan », dans lequel des agents provocateurs ont sciemment fait exploser les tensions.

    Cependant, les analyses des images de l’arrestation laissent plutôt supposer qu’il s’agit d’une scénette de plus dans la grande pièce de théâtre des relations diplomatiques russo-biélorusse2. Les documents vus correspondent plus au scénario d’un transit de troupes soit vers le Donbass, soit vers les pays chauds, qu’à un projet de déstabilisation par la Russie du scrutin biélorusse.

    Les relations entre Russes et Biélorusses sont d’ailleurs loin d’être binaires et simples. La Biélorussie, qui devrait être, à terme, intégrée dans la Fédération de Russie, renâcle. Elle est un petit frère turbulent. A plus d’un titre, elle évoque la délicate relation entre la Corée du Nord et la Chine. Les deux sont, de fait, des pays dirigés par une bourgeoisie nationale. Les deux sont néanmoins inclus dans une orbite géopolitique, laquelle leur assure une protection. Mais les deux ne veulent pas d’un destin de soumission totale à une sphère impérialiste ou une autre. Il en résulte une diplomatie parfois erratique.

    En réponse à la hausse des taxes sur les échanges entre les deux pays, à partir de janvier 2020, le Bélarus s’est alors tourné vers de nouveaux partenaires commerciaux, dont les USA. Ceux-ci ont saisi la balle au bond, allant jusqu’à proposer 80 000 tonnes de pétrole début août. Sans être un changement d’allégeance, cette opération a été destinée à rappeler à la Russie que le Bélarus possède une certaine souveraineté. Elle s’est d’ailleurs soldée par une renégociation des accords énergétiques entre les deux pays.

    Il est notable que les opposants mis à l’index par le Bélarus ne sont pas tous des pro-européens. Ainsi le site OPEX 360 note : Autre opposant, Viktor Babaryko a été mis sous les verrous car soupçonné d’être à la tête d’un « groupe organisé » accusé de « fraudes » et de « blanchiment d’argent », via la banque Belgazprombank, filiale du géant gazier russe Gazprom, qu’il a dirigée. Le 14 juillet, sa candidature a été écartée par la commission électorale.

    Quand aux influences occidentales, elles sont assez transparentes. Il est certain que l’occident appuie l’opposition. Le refus de l’UE de reconnaître le résultat des élections en Biélorussie est un fort signal dirigé vers les opposants. Cependant ce soutien à l’opposition ne signifie pas que celle-ci soit une marionnette docile entre les mains d’agents de l’étranger. Comme dans l’écrasante majorité des situations politiques, les causes premières sont les contradictions internes, endogènes, et non pas l’influence externe, exogène. La lutte des classes au sein de la Biélorussie est, comme ailleurs, le principal moteur.

    Le peuple biélorusse otage des impérialismes.

    L’opposition, à l’heure actuelle, s’est soudée autour de l’image de Svetlana Tsikhanovskaïa. Elle porte un programme de plate-forme libérale, rassemblant pèle-mêle les intérêts des directeurs de trust d’Etat – lesquels désireraient devenir des patrons à part entière – mais également les aspirations populaires à plus de démocratie et au maintien des conquêtes sociales de l’ère soviétique. La question du leadership, de la direction du mouvement de contestation, est cruciale pour déterminer son évolution. Elle est aussi ce qui déterminera sa nature de classe profonde. Elle oscille, logiquement, à la recherches d’appuis et d’alliés, y compris internationaux. Pour une analyse plus poussée, nous renvoyons au communiqué du PMR ICOR.

    https://unitecommuniste.com/icor/declaration-du-parti-maoiste-russe-pour-une-bielorussie-sans-loukachenko-et-sans-capitalistes/

    Dans certains argumentaires, nous trouvons que cette lutte de classe « fait le jeu » d’un impérialisme ou d’un autre. Dans le monde plein, saturé, quadrillé par les impérialismes, c’est un fait, oui. Chaque mouvement des uns et des autres impacte les rapports de forces internationaux. Mais cette vérité était déjà celle qui, il y a 103 ans, poussait certains à rejeter toute sortie de la guerre de la Russie soviétique, accusant les bolcheviques de faire le jeu de l’impérialisme allemand, voir Lénine d’être l’agent du Kaiser. Au moment des grands empires, certains et certaines éminentes marxistes rejetaient ainsi les mouvements nationaux, sous prétexte qu’ils avaient « raté leur entrée dans l’histoire » et que tout mouvement national était une dilution de l’avancée vers la révolution prolétarienne.

    C’est oublier que, même si les rapaces impérialistes tentent de planter leurs griffes dans chaque mouvement, ce sont les luttes populaires, les combats aux marges des citadelles de l’impérialisme qui contribuent à l’affaiblir. La lutte des bolcheviques, dans le maillon faible de l’impérialisme qu’était l’Empire russe, n’était pas si éloignée de cela. Il en est de même pour la lutte des Kurdes, accusée de « faire le jeu des américains ».

    Dans les faits, la déstabilisation du régime, si le gouvernement l’emporte, risque effectivement de mettre à mal les marges de manœuvre de Loukachenko. Mais, au lieu de « démocratiser » le pays, le résultat pourrait très bien être de le jeter encore davantage dans l’orbite de Moscou. Loukachenko et Poutine se sont d’ailleurs contactés pour s’assurer mutuellement de leur solidarité en cas d’aggravation de la situation.

    La population du Bélarus est elle en dehors de l’histoire, réduite à jouer le rôle de soutien d’un impérialisme ou d’un autre ? Doit-on leur interdire de lutter sous prétexte que cela pourrait « faire le jeu » d’un impérialisme ou d’un autre ? Elle n’est pas guidée par des bolcheviques, malgré la présence de groupes qui combattent avec sincérité contre l’ingérence et contre le capitalisme. Cependant, ce n’est que dans l’action, dans la lutte, que peut émerger une direction révolutionnaire, liée aux masses populaires, capable de trouver le chemin escarpé vers une société juste.

    Quelle position ?

    Cette question est difficile à trancher, comme toutes les questions réelles et concrètes, une fois qu’on sort des bornes rassurantes du cas d’école. Elle est néanmoins révélatrice des clivages et des perceptions variées au sein du mouvement révolutionnaire et du mouvement communiste. Entre ceux qui feront confiance intégralement aux hommes et aux femmes biélorusses pour choisir un régime conforme à leurs intérêts et ceux qui considèrent que l’impérialisme est trop fort.

    Tant que les impérialismes existent, il ne peut exister de « démocratie » pour les espaces qui sont des enjeux géopolitiques. Cette constatation est valable tout aussi bien pour les régimes polonais, hongrois, turcs, ukrainiens… Ces espaces sont trop précieux pour ne pas être contrôlés d’une main de fer. Lorsqu’on regarde des pays dans lesquels les changements de régime ont abouti, les résultats ne sont pas forcément rassurants. Le cas de la Pologne, de la Hongrie, de l’Ukraine est inquiétant. Ces pays sont employés comme glacis protecteurs pour l’Europe, tout comme fers de lance pour frapper les intérêts russe en plein cœur. Mais croire qu’il faut obtenir des garanties de succès avant d’avancer, c’est surtout renoncer éternellement. Chaque lutte présente les caractéristiques d’un coup de poker plus que d’une partie d’échec, comme l’avait déjà déterminé Clausewitz.

    Le destin du peuple de Biélorussie, de ses masses populaires, est là. Soit parvenir à s’extraire de la lutte entre impérialismes, soit demeurer sous le joug de l’un ou de l’autre et de ses pions. L’apport que nous pouvons faire, ici, depuis la France, ne peut passer que par le soutien aux organisations communiste et populaires de ces pays. Les déclarations et les analyses n’ont de sens que si elles sont accompagnées par des actes. Il faut avoir confiance dans les masses du Bélarus pour assurer la double tâche qui est la leur : à la fois conserver l’indépendance nationale de ce pays enclavé et piégé dans le jeu des puissances, et à la fois permettre une politique de progrès social, d’émulation et d’égalité. Cette double tâche ne peut s’assigner depuis l’extérieur. En revanche, il est possible de soutenir des organisations dans lesquelles il faut avoir un certain degré de confiance.

    Bien sûr, la décantation de la situation au Bélarus est potentiellement explosive. Elle crée une instabilité dans la région, instabilité qui peut profiter à des fauteurs de guerre. C’est dans ce cadre-là que le mouvement anti-guerre des puissances impérialistes doit être capable de montrer sa force et sa solidarité. Or, il demeure dispersé, et dans un refus de travailler conjointement. C’est une regrettable attitude, qui entrave son développement et son renforcement. Pourtant, plus l’entropie, la tendance au chaos, fait son lit, appuyée par la crise, plus nos responsabilités en tant que communistes sont grandes.

    Construire le front international pour pouvoir jouer un véritable rôle.

    Le choix de notre organisation, en dépit de sa taille, est de coopérer dans le cadre du Front Uni Antifasciste, animé par l’ICOR et l’ILPS, mais également de s’inscrire dans la coordination ICOR comme membre à part entière. Nous pensons que c’est cette participation et le soutien que nous pouvons accorder aux organisations qui luttent sur le terrain qui peut donner sens à notre positionnement. Nous avons ainsi republié la position du Parti Maoïste de Russie, que nous considérons comme juste et précise. Nous attendons des nouvelles des positions de nos camarades biélorusses membres de l’ICOR. Nous invitons les individus qui veulent contribuer à faire grandir cette coordination à rejoindre les amis de l’ICOR et les organisations membres.

    Derrière le positionnement des organisations politiques, il se pose une question de fond, question ouverte : qu’est ce qui doit primer ? La lutte des classes ou les considérations géopolitiques ?

    Nous appelons à la solidarité avec les inculpés de la lutte, ici et ailleurs. Nous appelons à soutenir les organisations populaires en Biélorussie. Nous appelons à organiser et animer un mouvement anti-interventionniste et anti-guerre en France et en Occident.

    1En référence au courant politique autour de Juan Perón, en Argentine, lequel se basait sur une certaine justice sociale et une redistribution des richesses, sans jamais n’avoir tendu vers le socialisme. Le péronisme était un régime de bourgeoisie nationale qui essayait de s’ériger de manière autonome. Cependant le destin des bourgeoisies, dans l’ère impérialiste, est simple : tendre vers l’impérialisme elle-même ou tendre vers le faire de devenir cliente (compradore) d’un impérialisme.

    2http://www.opex360.com/2020/07/30/letrange-arrestation-de-mercenaires-de-la-societe-militaire-privee-russe-wagner-en-bielorussie/

  • Déclaration du parti maoïste russe : « Pour une Biélorussie sans Loukachenko et sans capitalistes ! »

    Déclaration du parti maoïste russe : « Pour une Biélorussie sans Loukachenko et sans capitalistes ! »

    Nous reproduisons ici la déclaration du Parti Maoïste Russe, membre de l’ICOR, sur la question de la Biélorussie et des manifestations qui ont eu lieu à la suite de la réélection d’Alexandre Loukachenko. Nous publierons prochainement notre propre positionnement quant à cette question d’actualité brûlante.

    Le régime d’Alexandre Loukachenko n’est ni « rouge » ni progressiste. Objectivement, il exprime les intérêts du capital monopolistique d’État, lié à l’impérialisme russe et essayant de manœuvrer entre lui et l’Occident. Les espoirs qui avaient été placés dans Loukachenko au milieu des années 1990 en tant qu’ »homme du peuple » ne se sont pas réalisés. Aujourd’hui, c’est un régime du type de celui de Poutine ou de Nazarbaïev (ex-président du Kazakhstan). Il est tout aussi libéral en économie (il procède à des privatisations, restreint les droits des travailleurs, relève l’âge de la retraite) que répressif et antidémocratique en politique (il a purgé le champ politique des libéraux et des nationalistes, et des gauchistes et des communistes réels – non contrôlés par son administration). Loukachenko fait des clins d’œil au passé soviétique, mais dans la Biélorussie moderne, ce qu’il en reste est au mieux une coquille extérieure à contenu bourgeois. Et soutenir quelqu’un par nostalgie de l’URSS est une grave erreur.

    L’opposition au régime de Loukachenko, pour l’instant unie par la figure de Svetlana Tsikhanovskaya (bien sûr, elle n’est qu’une figure symbolique), représente les intérêts d’une partie de la bourgeoisie mécontente du régime en place. Tant Tsikhanovskaïa que l’opposition biélorusse bénéficient du soutien de l’Union européenne et des États-Unis, et s’orientent vers eux. Ils ont également des liens commerciaux avec la Russie, avec, par exemple, l’un des candidats à la présidence du Belarus, Viktor Babariko, de 2000 à 2020 à la tête d’une banque filiale de Gazprom – Belgazprombank 1. Selon les communistes locaux, la majorité des manifestants dans les rues étaient initialement des étudiants, des écoliers et des membres de la petite et moyenne bourgeoisie. Selon les médias, des rassemblements de travailleurs ont également commencé dans les entreprises industrielles 2. Le programme « candidat unique à la présidence » 3 est un programme de réformes néolibérales qui exige directement une privatisation à grande échelle, la déréglementation de l’économie, l’attraction des capitaux des STN, « l’optimisation du nombre d’anciens emplois » (en d’autres termes, des licenciements massifs), etc. Le programme du « candidat unique » et le programme de Tsikhanovskaya contiennent également des demandes progressistes de démocratisation (pour limiter les pouvoirs du président et la durée du mandat à ce poste, etc. Toutes choses étant égales par ailleurs, des élections compétitives et ouvertes sont meilleures, mais il ne faut pas oublier que la « liberté » et l’ »honnêteté » sous le capitalisme sont des conventions qui ont un sens dans la mesure où elles peuvent servir le mouvement socialiste en éliminant l’exploitation et l’oppression. D’autre part, parmi l’opposition, il y a aussi des forces d’extrême droite qui prônent la décommunisation, etc. Avec les forces disponibles et en quelques jours, cette situation ne peut être inversée – c’est clair en théorie et on peut l’observer dans la pratique.

    Le prolétariat et les couches semi-prolétariennes ne sont presque pas représentés dans la politique biélorusse, comme ailleurs dans les anciennes républiques soviétiques. Le mouvement dit de gauche, divisé en de nombreuses petites organisations, tente de défendre leurs intérêts. La création de conseils d’ouvriers et la victoire de la démocratie populaire, comme alternative au « Loukachisme » et à l’opposition libérale-nationaliste, ne sont possibles que s’il existe un parti communiste d’avant-garde puissant qui s’appuie sur les masses ouvrières prolétariennes et semi-prolétariennes des villes et des campagnes. Une telle structure n’existe pas encore en Biélorussie, notamment en raison de la longue domination du révisionnisme de type Khrouchtchev-Brezhnev, et aussi en raison du régime capitaliste d’État, qui a détruit les institutions de la démocratie bourgeoise et la possibilité de créer des structures politiques incontrôlables, bien qu’il serait naïf d’espérer que la démocratie libérale en elle-même ouvre automatiquement les voies du développement pour les communistes. Le moment actuel peut devenir une chance pour les communistes biélorusses de sortir de cet État fragmenté s’ils peuvent utiliser la poussée sociale pour se mobiliser, renforcer les liens avec les travailleurs et se maintenir dans le domaine juridique. Lorsque le prolétariat redeviendra une entité politique, alors et seulement alors, les forces bourgeoises-libérales ne pourront plus utiliser les travailleurs dans leurs jeux politiques comme chair à canon.

    La tâche de définir la stratégie et la tactique du prolétariat dans la Biélorussie moderne appartient aux communistes biélorusses. Nous saluons leur travail prometteur dans ce sens, notamment leur participation à l’organisation de rassemblements et de grèves avec des revendications qui expriment les intérêts de la classe ouvrière et des masses laborieuses. Pour notre part, nous condamnons la violence des autorités bélarussiennes actuelles et soutenons la démocratisation du système politique – sans toutefois soutenir Tsikhanovskaya et l’opposition libérale bélarussienne – nous sommes favorables à la nationalisation au lieu de la privatisation, et contre l’ingérence des impérialistes, qu’ils soient russes ou occidentaux, dans les affaires du pays. Nous devons également développer la solidarité prolétarienne internationale et la coopération communiste dans notre cause commune de propagande, de construction organisationnelle et de préparation du socialisme.

    Longue vie au peuple Biélorusse


    Vive le Belarus indépendant, démocratique et socialiste !

    P.S. Pendant que nous travaillions sur ce texte, la situation a continué à évoluer, et des informations sont apparues sur l’intervention possible de la Russie dans la crise d’État au Belarus. Le 15 août, Loukachenko, après des négociations avec Vladimir Poutine, a déclaré que « à notre première demande, une assistance complète sera fournie pour assurer la sécurité du Belarus ». Le Kremlin ne l’exclut pas non plus, laissant entendre qu’il est « prêt à fournir l’assistance nécessaire pour résoudre les problèmes qui sont apparus sur la base des principes du traité sur la création de l’État de l’Union ». 4. La formulation est assez vague, car la Russie joue un jeu prudent, en soutenant Loukachenko, tout en laissant ouverte la possibilité d’un accord avec l’opposition si elle arrive au pouvoir. Dans une conversation avec la chancelière allemande Angela Merkel le 18 août, Poutine a déclaré que la Russie est contre « toute tentative d’ingérence de l’extérieur dans les affaires intérieures de la république, conduisant à une nouvelle escalade de la crise ». Cela peut être interprété à la fois comme un avertissement à l’Union européenne (qui s’est toujours limitée à la menace de sanctions), et comme une promesse de ne pas s’ingérer elle-même. Bien sûr, les impérialistes mentent toujours, ils vont s’ingérer et s’ingèrent effectivement dans les affaires des pays relativement faibles, en leur dictant leur volonté. Dans le cas du Belarus, cela est particulièrement vrai de l’impérialisme russe, qui domine la république. Il est naïf d’espérer, comme certains le font, que lorsque « la Russie viendra » ou « nous serons dans l’Union européenne », la vie s’améliorera spontanément. Les travailleurs, non sans raison, craignent qu’une rupture avec la Russie ne conduise à l’effondrement de l’industrie et au chômage, mais un autre scénario n’est pas moins probable : dans le cas de concessions à la Russie, il exigera un prix élevé – la privatisation des entreprises d’État biélorusses, à laquelle viendront les « gestionnaires efficaces » russes, qui mettront en fait à exécution la menace de Loukachenko, qui a franchement parlé du « nombre excessif » de travailleurs dans les usines. Il est nécessaire de faire appel non pas à la Russie ou à l’Union européenne, mais aux masses. Elles seules peuvent faire preuve d’une réelle solidarité et faire pression sur leurs gouvernements pour qu’ils respectent l’indépendance des autres pays.

    Notes :

    1. Gazprom est le plus grand monopole russe contrôlé par l’État.
    2. Le 16 août, un rassemblement des partisans d’Alexandre Loukachenko et des opposants à l’opposition libérale a eu lieu à Minsk, et le 17 août, Loukachenko est arrivé à l’usine de tracteurs à roues de Minsk (MZKT) pour parler aux travailleurs.
    3. C’est-à-dire le programme réunissant Svetlana Tsikhanovskaya, Valery Tsepkalo et Victor Babariko.
    4. La Russie et la Biélorussie forment ensemble officiellement « l’État de l’Union ».
  • Condoléances pour le camarade Fidel.

    Condoléances pour le camarade Fidel.

    Communiqué de l’ICOR.

    chers camarades, amis, anti-impérialistes

    Avec le CPP Philippines et le NDFP, l’ICOR déplore la mort du camarade Fidel V. Agcaoili, président du groupe de négociation de paix du Front démocratique national des Philippines. Fidel est décédé le 23 juillet 2020 à Utrecht, Pays-Bas, où il vivait en exil. Il a consacré toute sa vie de manière désintéressée à la lutte de libération du peuple philippin et a joué un rôle de premier plan dans cette lutte. Il a été le prisonnier politique le plus longtemps détenu pendant la dictature de Marcos.

    Dans les négociations de paix compliquées avec le gouvernement philippin, il a dirigé la délégation de négociation du NDFP.

    Il était donc logique qu’il accueille dès le début l’idée commune de l’ICOR et de l’ILPS de créer un front uni international anti-impérialiste et antifasciste (AIAFUF) et qu’il prenne la responsabilité de cet objectif qui est si urgent aujourd’hui. Il a fait partie d’une délégation de l’ILPS lors d’une réunion du CIC de l’ICOR. Lors de cette réunion, il s’est également exprimé avec force en faveur du projet d’une conférence mondiale des paysans de l’ICOR.

    En raison de la pandémie de la Corona, la phase de construction du front uni n’a pas pu avoir lieu comme prévu au premier semestre 2020 et Fidel n’en fera pas l’expérience aujourd’hui. Mais les graines de son rôle actif, clarificateur, directeur et toujours médiateur dans ce processus porteront leurs fruits au profit du mouvement ouvrier international et des masses populaires. Fidel est resté fidèle aux objectifs de sa vie pendant de nombreuses décennies, même sous la plus dure des répressions. Cela fait de lui un modèle de ténacité, en particulier pour l’apaisement de la jeunesse.

    Au nom de la CPI, j’exprime nos sincères condoléances au Front national démocratique des Philippines, à ses enfants, à sa veuve et à tous les compagnons d’armes et amis de Fidel. J’informerai bien entendu tous les partis membres de l’ICOR.

    Monika Gärtner-Engel

    Coordinatrice principale de l’ICOR

  • Déclaration du Parti Communiste du Liban : un appel à l’aide.

    Déclaration du Parti Communiste du Liban : un appel à l’aide.

    Nous reproduisons ici la déclaration du Parti Communiste du Liban suite à l’explosion de Beyrouth. Nous nous joignons à cet appel. Depuis l’explosion, la solidarité joue un rôle extrêmement important pour les Libanais et Libanaises. Le pays est en crise, le gouvernement réprime férocement (avec l’appui inconditionnel de la France) et l’explosion vient parachever cette situation de détresse. Nous considérons que les offres d’aides faites par la France ont un goût de cadeau empoisonné. Nous nous méfions de ces ingérences, qui, sous couvert d’humanitaire, peuvent parfois servir de sinistres desseins, telles les réformes exigées par Macron. Réformes qui ne peuvent qu’aller dans le sens des intérêts de la bourgeoisie de France. Il existe des relents nostalgiques de l’ère du mandat français sur le Levant. Nous saluons le courage de ceux et celles qui, là bas, tentent de faire face à la situation. Nous ne pouvons non plus pas ne pas songer à Georges Abdallah, dont la libération – entravée par la France – sera perçue comme un symbole fort pour les Libanais et les Libanaises.

    L’explosion qui s’est produite hier mardi 4 dans le principal port de Beyrouth a eu des effets catastrophiques, non seulement dans la capitale, mais sur tout le territoire libanais. Selon certains experts, la force explosive de cet incident était similaire à celle d’une petite bombe nucléaire, soit l’équivalent de 1000 tonnes de matériaux hautement explosifs. La force de l’explosion a atteint une distance de plusieurs dizaines de kilomètres, et le bruit de l’explosion a été entendu dans toutes les régions du Liban, et dans certaines parties de la Syrie et de Chypre.

    Le bilan des victimes est encore préliminaire, avec des dizaines de martyrs jusqu’à la rédaction de cette déclaration. Ainsi que des milliers de blessés. Les maisons d’environ un million de citoyens ont été endommagées, car leurs portes ont été enlevées, leurs fenêtres brisées et leurs meubles soufflés, tandis que des milliers de maisons dans la zone proche du port ont été complètement démolies et rendues inhabitables.

    Beyrouth vit aujourd’hui une catastrophe nationale. Le port de Beyrouth est complètement rasé et toute importation dans le pays est complètement stoppée. Cette tragédie nationale est complétée par un effondrement économique et une profonde crise financière, les Libanais ayant perdu leur pouvoir d’achat, leur monnaie s’étant effondrée et leur argent public et privé ayant été pillé. Le processus de redressement sera difficile et exigera du temps et des efforts de la part des personnes et des entités, qu’elles résident au Liban ou à l’étranger.

    C’est pourquoi nous adressons notre appel aux institutions, organisations et organismes amis du monde entier, ainsi qu’aux expatriés libanais et à tous ceux qui sont désireux et aimants, et nous leur demandons de recueillir d’urgence et exceptionnellement des dons financiers et en nature, et de nous contacter pour coordonner autour d’eux, car c’est la tâche de solidarité sociale et humaine qui s’impose aujourd’hui.

    Des contributions de toute sorte et de toute nature sont nécessaires aujourd’hui afin de fournir une aide pour la restauration des maisons, des centres, des institutions, et pour fournir de la nourriture et des médicaments. En outre, les fournitures médicales sont très nécessaires étant donné le nombre élevé de blessés.

    C’est un appel au devoir humanitaire. Pour le bien de Beyrouth, pour le bien des personnes qui sont mortes ou blessées. Pour le bien des personnes qui sont maintenant sans abri, pour le bien du Liban, nous avons besoin de votre aide et de votre soutien.

    Pour les transferts financiers vers le Liban, vous pouvez utiliser le lien suivant associé à un compte bancaire de l’association libanaise d’aide populaire, par le biais de transactions par carte de crédit en ligne.

    Nous vous demandons cordialement votre contribution en ces temps difficiles et urgents.

    https://www.gofundme.com/f/SUPPORT-FOR-LEBANON-AFTER-THE-EXPLOSION-ISASTER
  • Élevons le niveau de la lutte contre l’impérialisme et le fascisme. Appel commun ICOR.

    Élevons le niveau de la lutte contre l’impérialisme et le fascisme. Appel commun ICOR.

    Cet appel a été proposé par le CPA-ML Australien, membre de l’ICOR. Il sort de la grille de lecture centrée sur l’Europe. Nous le retransmettons, les signataires seront rajoutés au fur et à mesure. Nous appelons à le diffuser, mais également à soutenir et rejoindre l’ICOR tout comme l’alliance internationale construite autour de la coordination et de l’ILPS.

    Le 6 août est commémoré dans le monde entier comme la journée d’Hiroshima. Ce jour-là, puis le 9 août à Nagasaki, constitue la première utilisation de bombes atomiques. L’utilisation de l’arme nucléaire sur des populations civiles constitue un crime de guerre. Le 15 août 1945 (14 pour les USA), le Japon annonçait sa capitulation. Ce jour a longtemps été célébré dans toute l’Asie comme le jour de la victoire sur le Japon (VJ Day).

    La défaite de l’impérialisme japonais, qui faisait partie des puissances de l’Axe, a été, de manière concomitante, le développement de l’impérialisme US-américain et sa volonté d’assurer une hégémonie en Asie. Il a soutenu et appuyé les impérialismes anglais et français, perpétuant les dominations coloniales et néocoloniales dans le but de briser l’expansion des forces révolutionnaires.

    75 ans plus tard, les rivalités ne sont pas éteintes. Elles sont aiguillonnées par la crise économique et financière mondiale, ainsi que par la pandémie de Coronavirus. Ces crises et ces tensions se traduisent par la droitisation, voire la fascisation, qui ont lieu dans de nombreux pays.

    L’impérialisme US-américain avait survécu relativement indemne à la guerre contre les puissances fascistes. Il s’est affirmé comme le leader des puissances colonialistes, impérialistes et anticommunistes. L’URSS, en tant que puissance socialiste, a été défaite tant à l’intérieur, par la chute de la direction socialiste et par la restauration progressive du capitalisme, qu’à l’extérieur, dans une série de conflits. Aujourd’hui, la Chine est le nouveau challenger. Progressivement, le capitalisme s’y développe et elle mène une politique d’ambition impérialiste.

    La rivalité entre les États-Unis et la Chine est particulièrement aiguë dans la région asiatique, car chacune des deux puissances joue un jeu dangereux de pression économique et militaire sur l’autre. Elle s’exprime également en Afrique, en Europe, voire en Amérique Latine. Dans le même temps, la pandémie est utilisée pour saper les droits des hommes et pour amortir la crise économique des capitalistes en imposant des fardeaux économiques plus lourds aux travailleurs.

    Dans ces circonstances, il est impératif que nous trouvions des moyens d’élever le niveau de la lutte contre l’impérialisme et le fascisme.

    Les rassemblements de la journée d’Hiroshima et autres événements commémoratifs, même avec les restrictions en matière de distanciation sociale, donneront des occasions de participation et de transmission correcte de messages.

    Mais nous devons aussi construire une organisation. Cela signifie que nous devons renforcer et élargir nos propres partis et organisations individuels, et que nous devons développer l’adhésion, la portée et l’influence de l’initiative ICOR-ILPS du Front uni international anti-impérialiste et antifasciste.

    Soutenez cet appel le 9 août :

    Luttons contre l’impérialisme et mettons fin aux provocations militaires et aux exercices de guerre dans notre région !

    Luttons pour la défense des droits et libertés démocratiques et mettons fin aux tendances au fascisme dirigées par l’État !

    Construisons le Front uni international anti-impérialiste et antifasciste !

  • Mosquée de Bron : la main de l’extrême-droite ?

    Mosquée de Bron : la main de l’extrême-droite ?

    A Bron (69), hier, la mosquée Omar a été gravement endommagée par des incendies. Deux départs de feu ont ravagé 100m² du rez-de-chaussée. Les enquêteurs privilégient, dans l’état actuel de leurs recherches, la piste criminelle. Un rassemblement de solidarité est prévu à 14h00 devant les ruines de la mosquée.

    Cet incendie probablement criminel semble s’inscrire dans la continuité d’une série d’actes commis par l’extrême-droite lyonnaise. Agressions individuelles, attaques contre les locaux du PCF ou la Plume Noire, raid contre « les tontons burger » dans le 9e arrondissement, tags racistes contre l’hôtel de Trévoux (01)…

    Ces agressions continuelles sont rendues possibles par la permissivité de la part de la police, de la justice, mais également des pouvoirs publics en général. Les fascistes lyonnais ne sont pas des prolétaires, bien souvent des enfants de bonne famille, protégés par leurs réseaux, à l’exemple d’Olivier Marin-Lafleche, condamné pour avoir poignardé plusieurs mineurs en 20141.

    Des agitateurs de bonne famille.

    Cette proximité sociale avec la bourgeoisie de l’ouest lyonnais leur assure une protection importante. La clique Collomb & consort avait d’ailleurs trouvé des trésors de tendresse et de bienveillance envers des agitateurs, privilégiant la répression contre les groupes de gauche. Les fermetures des locaux fascistes n’ont été le résultat que de la mobilisation visible et populaire. Cependant, il demeure la présence de bubons répugnants, la Traboule, l’Agogé2…De quoi se plaignent, en réalité, les fascistes ? Dans le fond, hormis des différences cosmétiques, rien ne sépare fondamentalement leur programme politique, réactionnaire, xénophobe, chauvin, anticommuniste, antiouvrier, antiféministe, de celui des Talibans ou de Daesh. Ils ont d’ailleurs à plusieurs reprise été des interlocuteurs, que ce soit dans la vente d’armes ou dans la signatures de contrats.

    Les fascistes sont dans une situation paradoxale. Ils n’opèrent que dans l’ombre, leurs apparition au grand jour étant mises en scène et en exergue. Ils sont considérés comme une force d’occupation dans le quartier du Vieux-Lyon, et demeurent des éléments socialement étrangers. Cependant, il est indéniable que leurs thèses ont le vent en poupe.

    L’incendie : un révélateur d’un climat dangereux.

    Certaines franges de la droite traditionnelle, voire certains renégats de la gauche, reprennent leurs thèses et leurs publications. Une partie de l’extrême-gauche, elle même, autour d’un courant communiste-conservateur, s’est mise en tête de chasser sur les terres de l’extrême-droite, soit disant pour ne pas lui laisser certains terrains. Mais, au lieu de produire une analyse progressistes, ils se contentent de démagogie réactionnaire. Loin de réduire leur influence, ces récupérations légitiment la parole des racistes.

    Dans la situation de crise actuelle, le discours raciste, xénophobe, islamophobe est un outil précieux. Il permet de maintenir la division entre les exploités et exploitées et de faciliter le travail des exploiteurs. Cette agitation réactionnaire ne se limite pas à des violences localisées, elle prépare une ambiance de « nuit de cristal », un climat pogromiste et d’épuration ethnique. C’est ce qui se cache derrière les discours sur l’incompatibilité des civilisations, sur le grand remplacement, sur la remigration. Ce sont des mots nouveaux pour parler de déportation, de camps de concentration – qui existent déjà, sous la forme des CRA – et d’élimination. Ceux qui ne condamnent pas ces mots d’ordres, ou, pire, les répandent, possèdent une responsabilité morale dans le climat dangereux d’aujourd’hui.

    L’Etat n’arbitre pas, il accompagne la droitisation.

    L’État, aujourd’hui, est d’ailleurs à l’offensive. Les lois contre le communautarisme sont, au contraire, des outils faits pour stigmatiser et polariser. En fait de lutte contre la fragmentation des classes populaires, en fait de moyen pour trouver des espaces communs d’élaboration d’une société nouvelle, d’une véritable synthèse populaire, ce sont des outils de la division. Ils renforcent l’influence des fascistes, qui peuvent clamer qu’il faut rejeter les musulmans – ce qui reste d’ailleurs une appellation camouflage pour dire « arabes et noirs ». Ils renforcent l’influence des imams réactionnaires, qui peuvent prêcher que la société occidentale les exclut et les rejettent. Ces moyens entretiennent une prophétie auto-réalisatrice : celle d’une fracturation des classes populaire en groupes hostiles.

    Il n’existe rien à attendre ou à espérer de la part de l’État, de la part des institutions, de la part des élus. Cela ne signifie pas qu’il ne faille pas les mettre pour autant en face de leurs contradictions ! Mais la seule garantie qui peut exister face à la réaction, d’où qu’elle vienne, est celle de l’unité populaire, de l’unité politique des organisations progressistes & révolutionnaires. La solidarité est un bouclier et l’organisation une épée !

    Aucune place pour les fascistes et leurs thèses !

    1Il est impossible ne de pas relier ce patronyme à celui du « petit prince de l’hôtellerie lyonnaise » Yves Marin-Laflèche, assassiné par le « milieu » en 1974.

    2Les références à Sparte ont toujours une saveur particulière. Surfant sur l’iconographie de 300 pour se positionner en défenseur de l’Europe contre l’Asie métissée, ils oublient la réalité historique : à savoir que Sparte a accepté l’argent des Perses pour lutter contre l’hégémonie d’Athènes. Comme quoi…