Auteur/autrice : unitecommuniste

  • Rentrée Blanquer : entre faux départs et dérapages.

    Rentrée Blanquer : entre faux départs et dérapages.

    L’Unité Communiste considère que cette rentrée s’est placée sous le signe de l’amertume et de la déception. Cette amertume possède un grand nombre de raisons.

    Le protocole sanitaire : une farce de mauvais goût.

    Le nouveau protocole sanitaire décidé par le ministère de l’Éducation Nationale s’est avéré une pure et simple copie des propositions faites pour préparer le déconfinement. Or, si ces propositions n’ont pas pu être mises en pratique en juin, ce n’est pas par manque de volonté de la part des équipes pédagogiques, mais bien parce qu’elles se sont heurtées à des problèmes insolubles. Le nouveau protocole, qui se contente de répéter ces mêmes injonctions intenables, adjoint cependant une vraie nouveauté : le « dans la mesure du possible ».

    Illustration de l’inconséquence ministérielle, cette sortie, épinglée par « Le café pédagogique » :

    « S’exprimant sur France Inter le 2 novembre, JM Blanquer a été interrogé sur le nouveau protocole sanitaire. « Chacun doit comprendre qu’en période de crise sanitaire on doit s’adapter au dernier moment », a dit le ministre. Il défend le maintien des élèves dans les établissements. « Ce qui compte c’est que les enfants ne perdent pas le fil de l’école ». La fermeture des lycées « n’est pas à l’ordre du jour.. On veut que les lycéens aient cours. Il y a la possibilité de faire des demi groupes. Mais je ne l’encourage pas ». »

    Cela renvoie la responsabilité de la mise en œuvre du protocole à l’échelon local, qui doit faire avec, composer avec des moyens défaillant, avec des classes surchargées ou avec des lieux inadaptés. Il en résulte des transcriptions locales tragicomiques, qui placent les surveillants et surveillantes en position de police, chargés de traquer les élèves n’ayant pas leur masque. Les menaces de sanction, allant jusqu’à l’exclusion pour 3 jours, sont supposées dissuasives. Elles sont en réalité inutilisables. De plus, les gains réalisés à l’intérieur des bâtiments et des salles de classe sont perdus sur le parvis des établissements.

    Finalement, face à la situation, il n’est pas crédible que le pseudo-confinement puisse donner des résultats. La politique du « moindre mal », en dernière instance, contribue à faire enfler encore démesurément l’addition finale, tant en termes de mort qu’en impact économique.

    Samuel Paty : en pertes et profits.

    L’hommage a Samuel Paty a été passé en perte et profit. Après deux semaines de promesses, de déclarations pompeuses, finalement, peu de résultats concrets. Les enseignants et enseignantes, passés subitement de laquais de l’islamo-gauchisme à héros de la nation, semblent bien en passe de retrouver ce statut.

    L’idée de créer un événement solennel, central, incluant l’ensemble de la communauté pédagogique, a été passée en pertes et profits. Le temps de préparation, préalable logique à tout adresse aux élèves, a été également supprimé. Les aménagements permettant cette mise en place concertée ont été laissés à la libre initiative de direction d’établissement parfois paniquées par la situation. Cela a fait que, une nouvelle fois, les enseignants et les enseignantes ont du se débrouiller avec leur équipe ou seuls.

    Le révisionnisme Blanquer

    De plus, la demande d’employer une lettre de Jean Jaurès, dite ‘aux instituteurs et aux institutrices’, a été l’occasion d’un nouveau cafouillage honteux. Les versions mise à disposition des enseignants avaient été falsifiées et tronquées. Elles remplaçaient ainsi le terme « fierté » par « fermeté », mais, surtout, escamotaient tout un passage qui critiquait avec insistance la multiplication des examens. Un comble, au moment où la loi Blanquer transforme le lycée en bachotage constant. Ce révisionnisme outrancier a contribué encore davantage à faire de cet hommage une humiliation. Le syndical SUD-Education en a fait une critique en bonne et due forme.

    Nous passons d’ailleurs sur l’instrumentalisation des figures historiques, laquelle ne peut qu’évoquer les pratiques imbéciles de Sarkozy avec Guy Môquet, ou avec son « parrainage d’un enfant déporté ». Il existe aussi une savoureuse ironie liée à Jaurès, pacifiste et assassiné pour cela. Si nous partons du principe qu’il aurait maintenu ces mêmes positons après le déclenchement de la guerre, il aurait été fustigé et emprisonné pour son opposition à celle-ci. L’exemple de Karl Liebknecht le montre.

    Blanquer s’est montré à l’offensive idéologiquement. Il s’en prend à tout ce qui lui déplaît. Et un grand nombre de choses lui déplaisent, notamment les universités, notamment l’écriture inclusive, notamment l’intersectionnalité. Il a ainsi déclaré, le 3 novembre :  «Il y a un combat à mener contre une matrice intellectuelle venue des universités américaines et des thèses intersectionnelles, qui veulent essentialiser les communautés et les identités, aux antipodes de notre modèle républicain qui, lui, postule l’égalité entre les êtres humains, indépendamment de leurs caractéristiques d’origine, de sexe, de religion. C’est le terreau d’une fragmentation de notre société et d’une vision du monde qui converge avec les intérêts des islamistes. Cette réalité a gangrené notamment une partie non négligeable des sciences sociales françaises.»

    Le problème c’est que cette conception combat justement l’essentialisation des communautés, au contraire du discours « civilisationnel » promu par le Premier ministre, Jean Castex.

    Castex et l’offensive idéologique.

    Par ailleurs, comment ne pas songer aux propos de Jean Castex, tenus le dimanche premier novembre. Dans cette interview, il affirmait, reprenant ainsi à nouveau des thèses de l’extrême-droite, appelant à une France « unie et fière de nos racines, de notre identité, de notre République, de notre liberté« . Cela s’accompagnant d’un corollaire : « Je veux ici dénoncer toutes les compromissions qu’il y a eues pendant trop d’années, les justifications à cet islamisme radical : nous devrions nous autoflageller, regretter la colonisation, je ne sais quoi encore« .

    Il nous faut souligner le mauvais timing : le 1er novembre étant considéré comme la date anniversaire du début de la guerre d’Algérie, marquée par la « Toussaint rouge » de 1954. Il nous faut également souligner que Macron lui-même parlait de la colonisation comme d’un crime contre l’humanité. Il serait donc de bon aloi que la majorité présidentielle se positionne : la négation de crime contre l’humanité est-elle applicable ici ?

    Au-delà de brocarder Jean Castex, il est important de voir que cette prise de position s’insère dans la lignée d’une droitisation du discours historique. Elle rejoint la répudiation progressive du discours de Chirac en 1995 sur la responsabilité de l’État français dans la Shoah, initiée par Gérald Darmanin.

    Cette vision mythifiée de l’histoire, dans laquelle on considère que la réécriture est acceptable, au nom de construire cette France « unie et fière de nos racines, de notre identité, de notre République, de notre liberté » est à nos yeux impossible. D’une part, elle prend en otage le débat, en rejetant toute discussion sur le contenu et la signification de ces termes.

    Nous considérons que cette exigence de l’adhésion possède un certain parfum totalitaire. Avant que le terme soit dévoyé par les politologues américains Friedrich et Brzezinski, pour en fait une arme de la guerre froide, il possédait une définition qui s’appliquait également aux régimes se targuant d’être démocratiques. Hannah Arendt considérait que le Maccarthysme et l’Union Sacrée en possédaient les caractéristiques. En l’occurrence, Jean Castex ouvre une brèche dangereuse, en considérant que toute critique sur l’histoire de la France prête le flanc à l’islamisme radical.

    Réécrire l’histoire ou l’écrire ensemble ?

    Cette vision est même contre-productive. La négation des crimes passés de la France est une mesure de diversion. Elle illustre la peur de la part d’une partie de l’État de voir les choses leur échapper. Il faut donc durcir l’attitude, encore et encore, pour imposer une adhésion – même de pure forme – à des « valeurs » supposées civilisationnelles. Or, ces mêmes valeurs sont constamment bafouées, trahies, par les exploiteurs et les exploiteuses. La France les a piétinées et les piétine toujours, tant dans le monde que chez elle. Elles n’ont d’ailleurs rien de civilisationnelles, ce qui est probablement un des concepts les plus réactionnaires qui soient. La civilisation qui a contribué aux Lumières est celle de l’armée tirant sur les grévistes, du Rif gazé et du bagne de Poulo Condor. Celle de l’Aufklarüng, de Kant, de Goethe, a été celle des chambres à gaz. Celle de la Magna carta et de l’Habeas corpus est celle de la famine d’Irlande et du Bengale, ainsi que des raids de terreur.

    Nous voyons l’éducation comme quelque chose de magnifique. Non pas comme un lieu où on exige l’adhésion à des valeurs bafouées, mais bien comme celle qui peut être le creuset de demain. Nous croyons fermement en la jeunesse. Nous la croyons capable de pouvoir construire le monde de demain. Mais cela demanderait d’aborder le passé avec honnêteté et sincérité. De reconnaître les crimes du passé et leur motivations. De comprendre pourquoi ils sont apparus et quelle forces sociales étaient à l’œuvre derrière ceux-ci. Nous pensons que cet examen permettrait d’aplanir les rancœurs, les souffrances du passé. Faire de l’école un espace de contrôle social ne fait que les maintenir enfermées, sans qu’elles puissent, jamais se libérer. Sans qu’elles puissent être confrontés à la science de l’analyse historique.

    Nous la voyons aussi comme la possibilité de dissocier les deux pans de la nation. La nation-étatique, qui est celle des bourgeois. La France et ses intérêts sont en somme ceux de sa bourgeoisie. Sa place dans le monde est sa domination. Son histoire est celle de ses guerres, de ses crimes, de ses génocides.

    À l’inverse, nous croyons fermement à la nation-populaire : l’histoire du peuple, de ses luttes, de ses avancées, de sa solidarité, de son génie créatif. Souvent la bourgeoisie essaie de s’approprier cette histoire, d’amalgamer ses crimes et les réalisations du peuple. Elle vole Marie Curie, elle vole Jean Jaurès, elle vole Guy Moquêt. Elle prétend avoir été la pointe des droits humains dans le monde, alors qu’elle soutenait l’Apartheid, les Talibans ou qu’elle soutient le régime Saoudien.

    Nous pensons que c’est en séparant ces histoires, en redonnant la place au peuple, à sa capacité à synthétiser les cultures, à être le creuset de la nation-populaire, que nous pouvons ressouder ses fragments, et éviter la guerre fratricide, sororicide, adelphicide entre exploités.

    Cela, nul gouvernement bourgeois ne peut le faire : il n’est là que pour une chose. Perpétuer l’exploitation, et la rendre la plus optimale possible, quitte à ce que cela passe par le fascisme, si nécessaire.

  • Discours de Macron : Métro-Boulot-Hosto.

    Discours de Macron : Métro-Boulot-Hosto.

    Macron s’est à nouveau solennellement exprimé devant la population. Un cérémonial au protocole digne d’une République au style décidément très monarchique. Cette intervention était extrêmement attendue. Elle doit désormais indiquer quelle est la nouvelle stratégie du gouvernement dans un affrontement avec la pandémie. Après plusieurs mois d’échec, un sursaut était attendu anxieusement.

    Nous ne pouvons pas considérer que celle-ci réponde à nos attentes, ni à celles de la lutte contre la pandémie. Le confinement a été annoncé. Nous nous attendions à son annonce, mais pas à ses modalités.

    Malgré les contraintes qu’il impose, nous pouvons l’accepter.

    Nous ne sommes pas des individus qui se rebellent pour se rebeller. Nous avons la prétention de nous considérer comme des militants et des militantes sérieux et sérieuses. Il ne s’agit pas de persiflages, de grogneries. Nous avons le sens du devoir. Nous savons prendre en considération la gravité de la situation, et accepter des sacrifices.

    Dans la situation actuelle, nous jugeons acceptable de devoir renoncer à une vie « normale ». A ses agréments, à ses loisirs, à certaines de ces joies. Nous l’acceptons car nous plaçons toujours au premier plan l’intérêt populaire. En font partie la santé en général et le travail de ceux et de celles qui la protègent.

    Dans le silence assourdissant, celui du vide, de la disparition des applaudissements de 20h, nous les saluons toutes et tous.

    Pour eux et elles, pour les plus précaires, pour les plus vulnérables, nous acceptons cette part infime de sacrifice. Nous acceptons un confinement, en dépit du fait que celui-ci ne soit pas sans séquelles psychologiques.

    Seulement, nous n’acceptons pas d’être pris pour des idiots.

    Quelle auto-critique ?

    Une des constances est l’absence d’auto-critique de la part du gouvernement. Il aurait fait tout ce qui fallait. Notre pays posséderait le meilleur système de santé au monde, et la deuxième vague aurait parfaitement été anticipée. Pourtant les faits ont l’air de démontrer le contraire. Le Canard Enchaîné a ainsi démontré à plusieurs reprises l’incurie du gouvernement, les conflits d’autorité, le fonctionnement en grandes baronnies qui se tirent dans les pattes. Les hôpitaux ont ainsi reçu des milliers de test antigéniques destinés aux aéroports, mais simplement parce qu’il n’existait pas d’autorité compétente pour les commander. Une nouvelle fois, nous le mentionnons : la France est très mal classée dans sa gestion de l’épidémie (54e) par le Deep Knowledge Group.

    Les moyens termes, les demi-mesures, le « moindre mal » au profit de la sacro-sainte économie (celle de la grande bourgeoisie en tout premier lieu) nous ont mené face à cette situation impossible. La communication contradictoire, défaillante, l’absence de mesures éducatives font que 65 % des français et françaises portent des masques, souvent mal.1

    L’Economie-Reine.

    Bien qu’ayant pudiquement placé la défense de l’économie au dernier point, elle est le fil conducteur du discours. « Il faut protéger à tout prix les rentes de la grande bourgeoisie. Pour la petite, l’argent public fera l’affaire un temps. Et si elle meurt, ce n’est que du darwinisme ! » Voilà en somme la réalité.

    Ce confinement consiste finalement à racler l’existence jusqu’à l’os. Le métro-boulot-hosto devient désormais le mantra du gouvernement. Qu’importe si le cercle affinitaire ne correspond qu’à 6,4 % des clusters (cf. graphique).

    La stratégie du gouvernement consiste toujours à rogner autour du noyau dur des contaminations, sans jamais s’y attaquer. Il est hautement improbable que cela parvienne à faire passer les contaminations de 50 000 à 5 000 par jour.

    Education-contamination

    Dans l’éducation, croire que, dans un délais de quelques jours, il est possible de faire surgir un protocole miraculeux, un protocole capable de stopper les contaminations en milieu scolaire, c’est prendre le personnel éducatif pour des imbéciles. C’est également admettre à demi-mot que le premier s’est traduit par un échec total. Dans les faits les lieux d’éducation restent un des foyer de contamination premier. Que les enfants et les jeunes aient peu de formes graves, c’est un fait incontestable. Cependant, ils se contaminent. Ils contaminent les autres. Ce contournement du confinement le rend, de fait, inefficace.

    Fait illustratif : Tandis que l’émoi, légitime, autour du meurtre de Samuel Paty monopolisait les esprits, les masques fournis par l’Éducation Nationale ont été retirés du service. Ils sont soupçonnés d’être enduits d’un biocide toxique. L’Education Nationale a donc demandé aux enseignants de se débrouiller pour se protéger en attendant. Elle demeure un des seuls secteurs qui ne fournissent pas ses employés en protection. Le petit avantage d’être en cheville avec l’État : le droit du travail y est élastique.

    L’arrêt de la vie à sa dimension productrice signifie cependant que les transports en commun seront toujours aussi chargés, voire possiblement plus. Tandis que les loisirs d’après-travail rendaient les déplacements plus diffus. La compression des horaires signifie donc des départs groupés. Donc des transports saturés aux heures de pointe. Donc des contaminations, qui, elle, sont extrêmement difficile à retracer.

    En somme, une demi-mesure, qui se paie de la santé financière d’une partie de la population, et de la santé morale d’un grand ensemble, le tout pour des résultats dont on peut douter.

    Au pied du mur.

    Comme dit en amont, nous ne sommes pas des rebelles vains. Nous nous battons pour des causes que nous jugeons justes. L’accès à l’éducation en fait partie.

    Nous considérons effectivement qu’il est important son accès soit garanti au plus large nombre. Il est important que les élèves puissent aussi être intégré dans une communauté sociale qui les prémunissent contre l’isolement. Celui-ci, en plus de ses conséquences psychologiques, est terrain de recrutement des réactionnaires les plus virulents. Mais cela demandait des moyens, des fonds, des structures, qui ont été refusées alors que la deuxième vague s’annonçait. Nous ne pouvons pardonner les termes de Macron : « C’est le genre de créations d’emplois qui vont aggraver le déficit et qui ne servent pas à redresser le pays ». Conspués avant-hier. Encensés hier. Conspués à nouveau, la dure vie d’une catégorie sociale qui sert d’amortisseur.

    Pour que les écoles restent ouverte durant la pandémie, cela demanderait des moyens supplémentaires conséquents. L’emploi d’une cohorte de personnels, d’enseignants, d’aides, mais également de matériels permettant de pouvoir assurer le suivi à distance pour les malades et les plus vulnérables. Il en est de même pour le supérieur, dans lequel l’indigence est encore plus criante, et où le recours à distanciel est devenu la norme.

    Mais il faut pourtant maintenir tout cela ouvert, pour que la sainte ligne du CAC40 ne soit pas irritée. Sans école, pas de parents au travail, donc une grogne es vrais maîtres du pouvoir. En fait de « responsabilité personnelle », Macron fait appel au système D.

    Et cet argent existe ! Même dans une perspective qui n’implique pas de révolution !

    Exigeons que les grands capitalistes paient.

    Pendant la Première Guerre mondiale, tandis que les travailleurs étaient mués en chair à canon, il a été obligé d’arracher de la bourgeoisie une maigre compensation : un impôt sur le revenu progressif. Il était temporaire, et n’a été maintenu que parce que le butin de l’écrasement de l’Allemagne s’est avéré fort décevant. Mais la bourgeoisie n’a jamais désarmé et elle a tenté encore et toujours de l’anéantir. Il faudrait que les pauvres paient seuls l’entretien de leur propre outil d’oppression : l’État.

    Aujourd’hui les grands capitalistes se sont renforcés dans la pandémie. Ils lorgnent sur les commerces en faillite, sur les bars fermés, ils y voient une manne immense. Une occasion d’installer leurs franchises, leurs monopoles. De concentrer toujours plus de capital entre leur main, mouvement inéluctable du capitalisme. Nous réclamons que ce soient eux, ces parasites, ces héritiers fortunés, ces nantis, qui soient mis à contribution. Leurs fortunes sont faites de l’accaparement indu des richesses. Qu’ils les rendent !

    Ce n’est ni la révolution, ni une grande étape dans la lutte.

    C’est une première justice pour ceux et celles qui voient leurs niveaux de vies s’effondrer.

    Le gouvernement devra assumer sa responsabilité. Il devra assumer de jouer avec la vie des individus, de jouer avec le feu.

    Nous n’hésiterions pas un instant, si nous en avions les moyens, pour nous saisir de l’ensemble des moyens de production, pour nous saisir de ces richesses, et pour en assurer la redistribution et la remise en service. Mais une remise en service dans le but de satisfaire les besoins de l’humanité, non d’une clique de bandits.

    Nous appelons l’ensemble des organisations et individus qui partagent ce constat et ce souhait et se mettre en rapport avec nous. Face aux défis de la période, le camp du peuple doit répondre !

    1https://covid19.healthdata.org/france?view=mask-use&tab=trend

  • Samuel Paty.

    Samuel Paty.

    A la suite de cet attentat particulièrement brutal, nous avons voulu nous accorder un délais de réflexion avant de nous exprimer. L’emportement et la précipitation entraînent (comme on l’a vu avec Mélenchon) des propos inconsidérés, lesquels peuvent s’avérer contre productifs.

    Nous exprimons nos condoléances envers les proches, les amis, la famille et les collègues de Samuel Paty. Cela nous semble être le point fondamental préalable à tout propos.

    Nous condamnons cet acte terroriste sans réserve. Nous le condamnons pour son caractère horrible et sa brutalité. Décapiter de sang-froid un individu, un inconnu, après l’avoir traqué, est un acte propre à frapper d’effroi, un cauchemar éveillé.

    Nous le condamnons également pour les conséquences qu’il aura à plus ou moins court terme. Il est un acte intégralement négatif, dont les répercussions frapperont tant les musulmans – que le terroriste prétendait défendre –, les mouvements démocratiques et sociaux, que les enseignants eux-mêmes.

    Suite à cet assassinat, de nombreux rassemblements ont été appelés. Parfois le fruit de syndicats enseignants, mais également parfois spontanés. La réaction de rejet populaire, général et massif du terrorisme est à saluer. Elle est importante dans le processus de guérison et de résilience. En dépit de la situation sanitaire qui se dégrade de jours en jours, cette mobilisation a été large et très suivie. Il est notable qu’il n’y ait pas eu d’incidents au cours de ceux-ci, aucun acte de haine à l’encontre des musulmans ou des musulmanes venus aussi témoigner de leur horreur.

    Si la mobilisation a été importante et positive, elle a également attiré une cohorte d’opportunistes et d’agents de la haine et de la division. Dans ces grands rassemblements, la question se pose : quelle classe, quel courant politique, aura l’hégémonie ?

    Car, si ici les voix étaient celles de l’apaisement et de l’union, ailleurs, sur les plateaux télévisés, celles de la division et de la haine ont dominés. Des individus, des courants politiques, qui auparavant vouaient seulement du mépris aux enseignants et aux enseignantes, se sont emparés de Samuel Paty. Ils en ont fait leur étendard. Nous pouvons affirmer sans trop prendre de risques que ce professeur incarnait, socialement et idéologiquement, l’inverse total des Morano, des Zemmour et des Valls.

    L’occasion est trop belle : Les réactionnaires sont prêts à assassiner une seconde fois Samuel Paty pour nourrir leurs projets politiques racistes.

    « Expliquer, c’est justifier ». (Valls)

    Nous ne voulons pas minimiser l’existence d’un risque terroriste. Nous ne faisons pas d’angélisme. La société capitaliste, en particulier en période de crise, est violente, cruelle, impitoyable. Elle fragmente les individus, les jetant dans la misère, dans le désespoir et la violence.

    Manuel Valls avait dit, en 2015, que « expliquer c’est justifier ». C’est superficiellement vrai. Essayer de comprendre la trajectoire de radicalisation d’un individu fait qu’on ne peut plus le rejeter dans la catégorie des « monstres » et des anomalies. Le terroriste, le radicalisé, l’assassin, le criminel ne nous apparaît plus comme un « autre », mais comme un reflet de nous même.

    Manuel Valls pense, comme d’autre, qu’il n’y a pas besoin de comprendre pour lutter contre. Mais c’est aussi parce que M. Valls ne se donne pas d’autres objectifs que de gérer le risque terroriste (et de l’utiliser comme argument pour justifier son existence politique). Nous, en revanche, nous voulons y mettre un terme de manière définitive et radical.

    D’autres prétendent le faire. Mais en réalité, ils placent implicitement une élimination physique de certaines catégories de la population comme condition nécessaires à leurs projets. Nous non. Nous pensons qu’il faut connaître les racines profondes de ce mal, de ce ressentiment, de cette colère qui finit par exploser, engloutissant des innocents. Au « Expliquer, c’est justifier », nous répondons « expliquer, c’est comprendre, comprendre c’est pouvoir agir. »

    L’agresseur ayant été abattu par la police, il n’y aura pas de procès qui puisse permettre de comprendre plus en détail, d’analyser, d’étudier, le cheminement d’un jeune tchétchène de 18 ans vers un acte aussi brutal. Nous ne pensons pas, comme Mélenchon l’avait mentionné, que cela soit lié à son ethnie comme nous ne pensons pas non plus que cela soit profondément lié à l’Islam, contrairement à ce que l’on veut faire croire.

    L’islamophobie nourrit l’islamisme le plus réactionnaire.

    Si l’islamisme, contrairement aux fantasmes de la part d’une grande partie du monde politique, est lié à l’extrême-droite, il possède une différence importante dans leur point de départ. Les chemins qui amènent des Anders Brievik ou des Brendon Tarrant à commettre des tueries sont ceux de dominants qui sont terrifiés de perdre leur position dans la société. Ils estiment que leur mode de vie, que leur civilisation, que leur ethnie est encerclée, menacée d’extinction. Chez les musulmans, c’est l’idée d’un combat pour la survie d’une minorité, pour se défendre contre l’anéantissement. Si l’un part d’ « en haut » et l’autre d’ « en bas », les deux se rejoignent, et se répondent.

    Si on se pose la question du « qui de la poule ou de l’œuf », la réponse est relativement aisée : les fascistes, les suprémacistes, les xénophobes possèdent une mainmise sur l’appareil d’État, sur les institutions, sur les forces de répression et sur la justice. Ils « jouent à domicile » et possèdent un avantage écrasant par leur classe sociale.

    Avant, ils parlaient de race, aujourd’hui, ils ont appris à contourner le racisme en parlant de religion. Mais le fond reste le même. Ils considèrent qu’une partie de la population de France est inassimilable, incompatible, et donc à liquider.

    Ces institutions paraissent hostiles ou indifférentes. Personne n’est venu représenter le gouvernement devant les mosquées brûlées de Lyon, tandis que Darmanin s’est déplacé pour une Église à Rillieux-la-Pape. Quand un acte anti-musulman ou raciste est mené, il faut discuter sans fin pour en comprendre les tenants et les aboutissants par une longue enquête. Cela convainc les musulmans (mais aussi d’une manière générale les minorités présentes en France) qu’ils sont des individus de seconde zone, auxquels ont peut s’en prendre impunément, qu’on peut tuer au détour d’une ruelle, lors d’un contrôle qui « tourne mal ».

    Dans le même temps, les prédicateurs islamistes tiennent exactement le même discours. Ils considèrent que ces politiques montrent que l’occident les rejette, qu’ils sont incompatibles avec ses « valeurs », et qu’il faut soit arracher par la force des zones « libérées », soit partir.

    La prophétie auto-réalisatrice se crée.

    L’école.

    De gauchistes fainéants, gavés de vacances, les enseignants sont subitement devenus des remparts contre l’islamisme. Le 27 août, Emmanuel Macron refusait l’embauche de nouveaux professeurs, déclarant que « C’est le genre de créations d’emplois qui vont aggraver le déficit et qui ne servent pas à redresser le pays ».

    Le ministre de l’Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, s’est ainsi adressé aux enseignants en des termes inhabituels. Après avoir nié tout malaise dans les lycées, nié toute contamination COVID19, conspué les « enseignants décrocheurs », il s’est montré en façade bienveillant et conciliant.

    S’ouvre d’ailleurs aujourd’hui, 22 octobre, un expéditif Grenelle de l’Éducation, qui doit permettre de réaliser une rentrée ad hoc le 2 novembre. Encore un bel effet d’annonce. Peut-être se traduira-t-il par quelques effets cosmétiques, qui servent à convaincre que le gouvernement fait quelque chose. Mais que va il en sortir d’utile ? Blanquer a été nommé pour aligner progressivement l’Éducation Nationale sur le modèle managérial de l’entreprise privé. Il a contribué à transformer les enseignants et enseignantes en prestataires de service qui doivent être rentabilisé.

    Le ministre promet un « recadrage pédagogique » à la rentrée. Nul ne sait ce que cela signifie pour le moment, mais il est certain que cela ne répondra en rien au problème de fond : le fait que l’école cristallise les tensions présentes dans la société. Elle est le reflet de la confrontation entre les classes – bien que la bourgeoisie ait ses propres lieux ailleurs –, de la confrontation entre les groupes sociaux, de l’affrontement aussi entre l’État et la population. De ce point de vue là, nulle mesure ne peut changer cela.

    La situation de l’école est paradoxale. Elle est supposée former des citoyens français, acquis aux valeurs de la République et à un certain mythe consacrant la France comme la championne des droits de l’homme. La rencontre avec la réalité brise ce discours. Expliquer que la police protège à des enfants qui ont été témoins de violences policières ; que la justice est équitable face aux affaires Sarkozy, Balkany… ; que la France est la patrie des droits de l’Homme alors qu’elle entretient des relations néo-coloniales avec de nombreux pays… La confrontation entre l’imaginaire et le concret ne peut que déboucher sur une fragmentation de la confiance entre les élèves et l’institution.

    D’autant que les arguments sont hypocrites. La liberté de pensée et d’expression est constamment entravée par l’Etat. Sacralité du président de la République, omerta sur les crimes policiers et sur les génocides commis par la France. En revanche, la liberté des propagandistes racistes, elle, est garantie.

    De même, la lutte contre la radicalisation, construite uniquement comme une charge contre les musulmans (en interprétée par ceux-ci comme tel !) est, dès le départ, incapable de pouvoir remplir son but. Elle ne laisse pas d’espace d’élaboration commune, de construction d’un vécu commun, elle ne permet pas l’apparition d’un sentiment d’appartenance à une même communauté. En ne comprenant pas les contacts qu’il y a entre l’extérieur et l’intérieur des établissements, en oubliant que des Zemmour et des Morano existent, l’Éducation Nationale ne peut pas permettre de créer cette espace commun d’échange pour résoudre réellement les problèmes. La critique et la discussion deviennent alors des vexations et des stigmatisations dans l’esprit de ceux qui les subissent.

    Le pire est que la colère contre l’État, contre les inégalités, contre les institutions, se reportent justement sur ces enseignants, seuls, isolés. Lâchés par une administration qui ne veut pas reconnaître de problèmes, par un ministre qui pense que tout est affaire de rentabilisation. C’est ce qui rend ce crime encore plus terrible, c’est qu’il est un coup porté contre quelqu’un qui, à la mesure de ses moyens, essayait d’enrayer la marche vers la brutalisation de la société.

    Demain.

    Ce meurtre est arrivé comme un déclencheur dans un pays où le climat est à la crise et à la violence. La pandémie n’a pas été gérée convenablement. La crise économique menace. Aujourd’hui est plus incertain qu’hier, demain est une énigme. Dans ce contexte, dans cette tension, il est extrêmement aisé de jouer la carte de la provocation. Il faut regarder avec lucidité la situation. Nous devons nous interroger sur l’état de la société française. Une société dans laquelle la tension est telle, la pression est tellement intense, que des caricatures puissent pousser au crime.

    Les musulmans et les musulmanes n’ont pas plus, ni moins, de sens de l’humour que les autres. Ils n’ont pas plus, ni moins, de tolérance quant à leur religion. Toutes les religions, tous les groupes sociaux, ne sont cependant pas égaux en France. Après avoir été l’ennemi racial, ils sont devenus les inassimilables. Ils sont passés de gens qui ne « veulent pas s’intégrer » à des individus qui sont incompatibles avec la société.

    Les discours se sont lâchés. Il n’existe plus de frein. Un consensus se fait à la droite du PS : celui que les peines de prison, l’État de droit, la bienveillance, sont d’un autre temps. Le temps de la détention de sûreté, le temps de la répression préventive est venue. Elle est déjà initiée par Darmanin, ayant arrêté des individus « sans rapport à l’affaire », mais « pour faire passer le message ». Derrière les discours qui indiquent que la « peur doit changer de camp », il y a une question : n’est-ce pas celle-ci qui pousse à la violence ? La peur qu’ont déjà certains musulmans, certaines musulmanes, pour leur vie, qui les jettent dans les bras des ultras de la réaction ?

    La campagne raciste et islamophobe produit des fruits vénéneux de part et d’autres comme nous l’avons systématiquement dénoncé. Elle nourrit les aspirations à la haine, à la destruction, à l’anéantissement physique de population et d’individus.

    Elle a réduit à néant l’espace de dialogue, de débat, d’échange entre les différentes communautés qui existent en France. Elle crée les conditions d’une montée aux extrêmes des tensions, à un point tel que celle-ci ne trouvent plus d’autres issues que la violence.

    Plus la tension monte dans la société, plus son entropie, sa tendance au chaos, se développe. Elle en devient intenable. La racine de ces crimes ne pourra être extirpée par la force brute, la criminalisation, les vexations et la haine.

    Se prépare la double offensive. L’union sacrée contre l’islamo-gauchisme, éternelle renaissance du judéo-bolchevisme est une union sacrée mêlant racisme et mise au pas des exploités. L’accusation, portée contre LFI, l’UNEF, Solidaires…etc a pour but de ressusciter de vieux fantasmes. Celui de l’ennemi intérieur, irréductible, inassimilable. Celui qui fragmente la belle harmonie de la société capitaliste, venant semer le désordre entre le patron et son employé, la femme et le mari, rompant la belle alliance nationale, construite pour porter au plus haut les couleurs de la France et l’intérêt de sa bourgeoisie.

    Au vu de la crise qui se profile, cela ne mange pas de pain que de frapper préventivement syndicats, partis politiques de gauche, organisations progressistes. Ce balayage préventif, pré-électoral, assure les coudées franches aux réactionnaires. Car le monde de demain, celui d’après la pandémie, celui d’après les élections, risque de ressembler au monde d’hier. Ou d’avant-hier. Un monde de défiance, de tensions, de brutalité et de menaces internationales. Un monde dans lequel la bourgeoisie renoncera à cette interface qu’elle nomme démocratie. Un monde dans lequel elle prendra les commandes directement, brusquement, pour assurer sa propre survie.

    Nous.

    Notre position est la suivante. Nous sommes hostiles aux réactionnaires quel qu’ils soient.

    Nous regardons les fascistes et les islamistes comme la même manifestation d’une idéologie anti-populaire, anti-révolutionnaire. Mais l’un est celui des dominants qui refusent de perdre leur place.

    L’autre est celui des opprimés, du ressentiment détourné de ses bourreaux vers une lutte fratricide et sororicide.

    Nous rejetons l’un comme l’autre. Nous rejetons ces réponses identitaires à des problèmes concrets.

    Nous considérons que le ferment de la misère, celle dont se nourrissent les fascistes de tous types, est l’exploitation capitaliste. Son abolition ne résoudra pas tout d’elle même, mais elle créera le cadre qui permettra de mettre fin aux expressions réactionnaires. Lorsque Marx parle de « l’opium du peuple », il n’en parlait pas comme d’une drogue dangereuse, mais comme d’un baume protecteur, qui permet d’oublier la souffrance de la misère, la souffrance concrète de la lutte des classes. Ce n’est pas en attaquant un « mauvais » remède qu’on supprime la maladie.

    Le fait que certains ou certaines soient croyante, dans un dieu ou un autre, ne nous importe peu. Ce n’est pas la foi qui compte, mais les actes et les pratiques sociales. Ce sont elles, lorsqu’elles sont réactionnaires, qu’il faut combattre. Cela demande aussi de savoir ce qui est du ressort du débat, de l’éducation, et ce qui est du ressort de la répression. Si nous étions au pouvoir, nous n’aurions aucune hésitation à frapper les agents de la haine et de la division. Mais nous ne sommes pas là.

    Aujourd’hui, le camp du peuple, au sens populaire du terme, est faible, éparpillé. Il fait face à un raz de marée réactionnaire, prêt à déferler, à diviser, à créer des diversions et à accroitre les conflits au lieu de les résoudre.

    Nous, membres de l’Unité Communiste, appelons toutes les forces politiques qui partagent le même projet que nous à se connaître, se reconnaître, travailler ensemble. Le temps joue contre nous. Les choix que nous faisons aujourd’hui seront les victoires, ou les défaites de demain.

    Nous appelons, lorsque cela est possible, à participer aux actions de défense des droits démocratiques et politiques. Nous appelons également à dénoncer toute tentative de l’extrême-droite d’avancer ses pions, y compris sous un maquillage « de gauche », ou « républicain ».

    Nous rappelons notre attachement au respect des victimes. Elles ne sont pas nous, nous ne sommes pas elles. Nous ne voulons pas prétendre parler en leur nom, à moins que nous puissions estimer partager la même parole. Nous n’avons que répugnance pour ceux qui s’en emparent, les assassinent à nouveau, et en font des marionnettes de leurs projets.

    Soyons soudés et avançons ensemble. Pour unifier les exploités et exploitées. Pour frapper nos bourreaux.

    En dessous : notre déclaration au lendemain de l’attentat.

    À la suite de l’assassinat particulièrement atroce qui a frappé Samuel Paty, nous voulons formuler la déclaration suivante. Celle-ci sera enrichie progressivement au fur et à mesure de l’avancée de l’enquête de du déchiffrement du processus qui a conduit à ce meurtre. Nous tenons à rester prudent et prudentes dans notre analyse.

    Nous exprimons notre solidarité et nos condoléances envers sa famille et ses proches, ses amis et ses collègues. Cela nous apparaît comme étant primordial avant toute autre considération. De même nous considérons que ce crime est à condamner sans réserve.

    Nous le considérons, en revanche, comme terriblement révélateur du climat actuel. Comme illustrant une montée en tension extrêmement importante, nourrie par une cohorte de pompiers-pyromanes.

    Imaginer qu’on puisse mourir pour avoir projeté des caricatures, en particulier dans un lieu qui est supposé être celui du débat, de l’échange, de la discussion, est quelque chose qui paraît invraisemblable. Et pourtant cela a eu lieu.

    Un jeune homme de 18 ans, qui n’était nullement connu pour un quelconque fanatisme religieux, a jugé qu’un professeur d’histoire-géographie méritait la mort pour cela.

    C’est dire quel est l’état de la société française, quel est son degré de fragmentation, à quel point elle est proche d’un point de rupture.

    Cette rupture, cette tension, est due à un contexte anxiogène, à des absences de perspectives sociales, politiques, à la misère et à la précarité. Cela en forme le socle. Nombre d’individus se sentent menacés, dans leurs conditions d’existence, dans leur mode de vie, voir dans leur sécurité physique elle-même.

    Dans ce climat de peur, des agents de la discordes, de la haine, déversent leur venin. Ils se sont emparés de la liberté d’expression, valeur fondamentale, et s’en servent comme d’un maillet pour écraser leurs cibles.

    Polémistes racistes et prédicateurs haineux se tendent la main pour que ce conflit éclose.

    Cette tension s’accumule et finit par provoquer ces actes barbares. C’est la même main qui guidait le couteau de l’assassin, comme celle qui guidait les balles de Anders Brievik, ou d’autres assassins.

    Nous voulons que cette haine s’éteigne. Nous savons que nous avons bien plus en commun, notre souffrance, nos peurs, nos espoirs, que ce qui nous sépare. Nous savons que la très grande majorité des gens recherchent la même chose.

    Nous pensons que la climat actuel, les ambitions politiques, et l’angoisse privent l’école d’une de ses fonctions. Celle de créer le cadre apaisé, calme, d’un débat, d’une discussion, d’un lieu qui permette à la jeunesse d’exprimer ses sentiments…Et ses ressentiments. Et de créer les bases qui permettront à la nation, au sens populaire du terme, au sens de la communauté vivante qui constitue le peuple, d’élaborer en commun une société nouvelle. Une société dans laquelle il n’existera nulle exclusion, nulle haine, nulle discrimination.

    Nous sommes persuadés que c’est également le projet que défendait Samuel Paty. Qu’il s’agissait d’un projet émancipateur, unificateur.

    Hélas, que pèse la volonté d’un homme, d’une femme, face à la machine à broyer des déterminismes sociaux, face à la puissante machine de guerre politique qui cherche à contrer ses efforts. Face à un ministère qui a ôté tous les moyens et l’indépendance de l’école, tout en se réclamant son « ami », pour en faire un fer de lance de la reproduction des inégalités.

    Bien peu.

    Et tant que cela ne changera pas, il existera des actes de violence aveugle, de haine, qui frappent non pas les bourreaux, mais ceux qui essaient d’aider, ceux qui essaient de faire apprendre, de faire connaître, mais qu’on sacrifie dans la tourmente d’une société qui s’effondre.

  • Grève souterraine en Ukraine !

    Grève souterraine en Ukraine !

    Nous republions cet article qui nous a été transmis par nos camarades ukrainiens de l’ICOR. Nous appelons à la solidarité internationale pour ces mineurs.

    Au moment où ces lignes sont écrites, 22 courageux mineurs de la mine Oktyabrskaya à Krivoy Rog sont toujours en grève sous terre.

    Des centaines de leurs camarades de diverses mines – dont des femmes – ont déjà remonté à la surface. Leurs demandes n’ont été que partiellement satisfaites, mais ils restent engagés dans leur lutte. De nouvelles batailles désespérées les attendent, contre le capital et pour une vie décente pour les travailleurs ukrainiens. Pour la première fois dans l’histoire de notre État, nous sommes témoins d’une lutte ouvrière et d’une solidarité à cette échelle.

    Le 3 septembre 2020, les mineurs de l’usine de minerai de fer de Krivoy Rog (KZhRK), dirigée conjointement par les oligarques en conflit Rinat Akhmetov et Igor Kolomoisky, ne sont pas remontés à la surface. Les travailleurs exigeaient des salaires plus élevés, que la direction a décidé de réduire quelques mois avant les manifestations, et de meilleures conditions de travail. A partir du 8 septembre, les mines « Oktyabrskaya », « Rodina », « Ternovskaya » (anciennement « Mine Lénine »), et « Gvardeyskaya » sont en grève. Tout au long du mois de septembre, 393 mineurs sont restés sous terre en signe de protestation. Beaucoup d’entre eux étaient des femmes.

    Cette grève des mineurs est unique dans l’Ukraine moderne. Elle est l’une des premières à réunir les luttes des mineurs et des travailleurs d’autres industries. En particulier, les cheminots du dépôt de locomotives de Krivoy Rog ont soutenu la lutte des mineurs avec leur « grève italienne ». Les militants de l’Union indépendante des cheminots ont identifié des problèmes techniques dans des dizaines de locomotives et ont refusé d’y travailler. Les 27 et 28 septembre, une dizaine de locomotives n’ont jamais quitté le dépôt de locomotives de Krivoy Rog – une puissante manifestation de solidarité avec les mineurs en grève de KZhRK. Les cheminots ont également pris part à des actions de solidarité dans des endroits éloignés de Krivoy Rog, notamment à Nikopol et à Nizhnedniprovskiy Uzel.

    La protestation des mineurs de Krivoy Rog a été déclenchée par des changements dans la structure des salaires. Les salaires des mineurs étaient autrefois payés à l’heure, en tenant compte de tout le temps passé sous terre. Récemment, les salaires ont été liés à la production, et les salaires ont fortement baissé : l’équipement obsolète des mines tombe régulièrement en panne, et les ouvriers ne sont plus payés pour le réparer. Mais les conditions de travail générales ont également joué un rôle. Les mineurs affirment que l’équipement des mines est utilisé depuis plus de 30 ans, ce qui a eu des conséquences néfastes sur leur santé et leur environnement de travail. Selon les défenseurs des droits de l’homme, un travailleur est mort dans une mine de KZhRK en avril 2020. Un tribunal a par la suite admis que cela était dû au mauvais état technique de l’équipement. Enfin, le risque de perdre le droit à une pension a donné un nouvel élan aux grèves. Selon les mineurs, plus de quatre mille travailleurs n’auront pas droit à une retraite préférentielle. Et la réforme des retraites en Ukraine, adoptée il y a plusieurs années, a particulièrement touché les femmes mineurs. Au lieu d’une éventuelle retraite à 45 ans, elles devront travailler au moins cinq ans de plus.

    De nombreux médias ukrainiens de premier plan ont accordé une attention particulière à la demande des grévistes de remplacer la direction de l’usine de minerai de fer de Krivoy Rog. J’ai déjà écrit que KZhRK est la propriété commune de deux oligarques ukrainiens concurrents – Kolomoiskiy et Akhmetov – qui ont des parts égales dans l’entreprise. Kolomoysky a officiellement transféré sa part à un autre oligarque, Yaroslavsky, mais les experts pensent que la direction de KZhRK est toujours nommée par Kolomoysky. En se concentrant sur la demande de remplacement de la direction de la mine, beaucoup ont supposé que les grèves font partie d’un complot d’Akhmetov pour obtenir le contrôle total de l’usine de minerai de fer de Krivoy Rog.

    Cette théorie de la conspiration ignore la puissance du mouvement de protestation ouvrière de masse qui a émergé. Un tel mouvement est dangereux pour l’oligarchie ukrainienne dans son ensemble. Ici, face à un mouvement ouvrier de masse, la classe dominante se consolide ; seul un travail organisé de masse peut détruire le modèle ukrainien de capitalisme oligarchique. C’est pourquoi ce n’est pas le conflit entre les oligarques ukrainiens qui est important pour nous dans notre analyse, mais le niveau d’organisation et les activités du mouvement ouvrier démocratique, adopté par les syndicats indépendants dans toute l’Ukraine.

    Krivoy Rog est le lieu de naissance de l’actuel président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, qui a reçu un soutien record des électeurs lors des élections présidentielles et parlementaires dans sa ville natale. Les mineurs de Krivoy Rog avaient des raisons de compter sur le soutien de Zelenskyi pour leurs revendications. Cependant, tant Zelensky que le bureau du président se sont distancés des mineurs. Et, lors des réunions entre les mineurs en grève et les députés du parti du Serviteur du peuple de Zelensky, les mineurs ont été invités à exprimer leur méfiance envers les dirigeants de leurs syndicats, qui avaient lancé la grève.

    De plus, les autorités ukrainiennes n’ont pris aucune mesure pour protéger les mineurs en grève de la répression de l’administration de l’usine de minerai de fer de Krivoy Rog. L’administration de la KZhRK a commencé à publier des données personnelles sur les mineurs en grève sur les réseaux sociaux, et selon les informations du député ukrainien Mykhaylo Volynets, l’appartement de l’un des mineurs en grève a été cambriolé : « En fait, le directeur de l’usine a agi comme un tireur pour les ‘domushniki’ (cambrioleurs) », a déclaré Volynets.

    « Les travailleurs qui sont dans la clandestinité ressentent une pression physique et morale inhumaine… Mais on suppose que le président subit encore plus de pressions de la part des oligarques. Je pense que les deux propriétaires lui demandent de ne pas intervenir dans la situation, car cela montrerait que les manifestants ont raison, et la situation va changer de manière significative », déclare Vitaliy Dudin, chef du département juridique du syndicat indépendant pan-ukrainien « Zakhyst Pratsi » (« Protection du travail »).

    La situation évolue de manière dynamique et chaque jour apporte son lot de nouvelles. Mais le fait que la grève des mineurs de Krivoy Rog ait trouvé un écho dans le monde entier nous excite et nous encourage. Chaque lutte des classes donne aux travailleurs ukrainiens une expérience inestimable. La solidarité mondiale des travailleurs n’est plus un idéal abstrait, mais une réalité très concrète pour les travailleurs en Ukraine. Les travailleurs ukrainiens remercient leurs camarades du monde entier pour leur soutien sans précédent. Il reste encore de nombreuses batailles à mener pour une véritable démocratie et des droits du travail. Ces combats ont été, sont et seront internationaux.

    Oleg Vernik est président du syndicat indépendant pan-ukrainien « Zakhyst Pratsi » (« Protection du travail »).

    Pour plus d’informations sur les grèves des mineurs ukrainiens, lisez cet article du partenaire du Wire, openDemocracy.

  • Déclaration du congrès du P.P.D.S. (Tunisie ICOR)

    Déclaration du congrès du P.P.D.S. (Tunisie ICOR)

    Pendant que, en France, la situation politique et militante est de plus en plus complexe, il existe cependant des espoirs. Le PPDS de Tunisie, membre de l’ICOR, a ainsi clotûré son congrès. Nous saluons cette avancée et nous lui souhaitons de nombreuses victoires !

    Déclaration de conclusion du Congrès du P.P.D.S.

    Les 28, 29 et 30 août 2020, à Hammamet, en Tunisie, le Congrès du PPDS s’est tenu sous le slogan « Renforçons nos structures ! Etendons davantage notre large combat ! « » . Et après avoir discuté des différentes questions liées aux conditions actuelles et avoir discuté des rapports et des fiches dans un esprit démocratique et de camaraderie, le Congrès constate :

    1. Au niveau international
    • La crise du système capitaliste mondial s’est intensifiée en même temps que les conflits au sein des différents corps impérialistes, afin de rediviser le monde, qui opprime de plus en plus les peuples opprimés, qui cherchent la libération nationale et la liberté, pour les soumettre à leurs plans coloniaux via leurs monopoles financiers, qui n’ont jamais cessé de piller les ressources naturelles et de les noyer en profondeur. En outre, ils déclenchent des guerres et font monter le terrorisme.
    • La vérité sur l’incapacité des systèmes capitalistes du monde entier à protéger les peuples contre la propagation de la pandémie du virus de la corona est maintenant révélée ; des millions de personnes ont été touchées et des centaines de milliers sont mortes. La situation actuelle a également révélé la vérité sur l’illusion proclamant que le capitalisme offre le luxe, la sécurité et l’égalité, et que ce n’est qu’une propagande visant à maintenir un système rapace avec des options libérales ne recherchant que le profit maximum.
    • La crise continue de l’économie mondiale qui a commencé depuis 2008 et s’est condensée après la pandémie du corona virus a aggravé l’état de stagnation économique ; une de ses conséquences est l’expulsion de millions de travailleurs, la fermeture d’usines et la faillite des marchés boursiers, mettant ainsi fin à l’illusion des  » marchés auto-ajustés  » imposant aux États d’intervenir en introduisant des plans de relance économique. D’autre part, la fortune concentrée dans les comptes des monopoles mondiaux, ainsi la pauvreté et la faim balayent les masses et entraînent le soulèvement des travailleurs et des larges masses dans différents pays contre les options capitalistes, afin d’ouvrir une voie pour une alternative plus humanitaire, pour le socialisme.
    • Le PPDS est engagé dans le front international anti-impérialiste, antifasciste et antisioniste que le  » I.C.O.R. « , avec la Ligue internationale de lutte des peuples, a appelé à fonder. Le Congrès du parti appelle également tous les partis, organisations, sociétés et personnalités militantes nationales et progressistes à y participer.
    1. Au niveau national
    • Les plans sionistes qui tendent à mettre fin à l’existence des Palestiniens et à faire avorter leur résistance sont allés trop loin, surtout avec le soutien de l’impérialisme américain et avec la mise au jour de la conspiration des régimes réactionnaires arabes fantoches (e.I. Le régime réactionnaire des Émirats Arabes Unis qui a signé, avec le soutien du processus d’Oslo, un accord de normalisation directe et déclarée avec l’entité sioniste) qui exige des actions plus révolutionnaires pour soutenir l’option de la résistance armée comme seul moyen de libérer toute la Palestine, et exige une pression continue, avec toutes les forces nationales, pour établir une loi qui interdise la normalisation de toute forme de relations avec l’entité sioniste, et la libération de tous les prisonniers, pour le droit des Palestiniens, dans les prisons des pays impérialistes, en commençant par la libération de « George Ibrahim Abdallah ».
    • La tension du terrorisme créé par les forces coloniales et exécuté par des mouvements religieux réactionnaires s’est accrue car son rôle est de perturber la stabilité des peuples et d’accroître les conflits communautaires et raciaux dans les pays arabes et de les entraîner vers la guerre, la fragmentation et l’effondrement (par exemple en Syrie, au Liban, en Libye, au Yémen et au Soudan…)
    • La chute de la Libye et de son peuple arabe vers la conspiration des forces impérialistes réactionnaires qui tendent à transporter de plus en plus de terroristes vers le nord de la Syrie avec l’aide du régime fantoche turc .
    1. Sur le plan intérieur
    • Les gouvernements qui se succèdent s’en tiennent à des options politiques antinationales, anti-populaires et non socialistes en raison de leur dépendance et de leur soumission aux dictats de l’impérialisme. Et ils ont mis en œuvre une nouvelle diminution économique, plus de pauvreté et de faim et le manque d’approvisionnement en eau douce, la marginalisation, le chômage et l’oppression.
    • Les gouvernements successifs se sont engagés à abandonner le secteur public ou à le marginaliser (y compris des secteurs vitaux tels que l’éducation, la santé, les transports et l’énergie…) au profit de clients et de capitalistes étrangers.
    • Dans ce contexte, les gouvernements ont montré leur incapacité à protéger leur population, mais ils ont plutôt servi leurs propres intérêts politiques et de classe en augmentant les impôts, en détournant le pouvoir d’achat et en mettant fin aux recrutements et à l’oppression des droits, ce qui a conduit à une migration illégale massive et à la violence, à la contrebande, à la vente de drogue et à d’autres types de crimes.
    • La crise politique s’est aggravée et le régime fantoche a été pillé, ce qui s’est manifesté dans de nombreux gouvernements appelés à la recherche de la version parfaite des classes coloniales et dirigeantes, car les partis réactionnaires tels que  » Ennahdha  » et les différentes présentations politiques de l’ancien régime, ainsi que leurs adoptions, ont impliqué le parlement dans un conflit d’axe territorial.
    • Le congrès déclare son soutien principal à tous les mouvements sociaux de masse (par exemple à Hweidya, à Mornaguya, à Kalaa-Soghra) et au sit-in des doctorats, ainsi qu’à toutes les grandes luttes pour les droits sociaux et économiques.
    • Le Congrès réaffirme la souveraineté numérique et nutritionnelle comme une partie substantielle de la souveraineté nationale.

    En fonction des résultats des processus de critique et d’évaluation du congrès, et dans le contexte de l’identification avec les principes fondamentaux du parti et le slogan de son premier congrès, les délégués soulignent :

    • Concourir, avec tous les efforts possibles, à la construction de l’organisation de manière à renforcer le statut du parti dans le domaine politique, et à améliorer la discipline et le respect envers les plus hautes autorités décisionnelles, dans le contexte de la démocratie centrale et de l’engagement envers les règlements internes et le pacte d’honneur communiste, et soutenir l’unité qualitative de l’organisation.
    • Promouvoir le parti afin de représenter ses caractéristiques en tant que parti de la classe ouvrière qui unifie les patriotes-démocrates qui tendent vers le socialisme, et tend à créer plus de liens avec les travailleurs et les paysans, les chômeurs et tous les autres groupes, et à participer au service de leurs droits à la terre, à la liberté, à la justice et au bien-être.
    • Annoncer une initiative politique réagissant avec tous les partis patriotes-démocrates, pour l’unification et la promouvoir afin d’en garantir le succès, et appeler également à des actions plus coordonnées avec les partis progressistes de gauche pour une alternative basée sur une évaluation sérieuse et objective des expériences précédentes.
    • Appeler toutes les forces politiques et civiles nationales et progressistes à annoncer une « collision nationale » pour défendre les institutions publiques et à travailler sur un plan d’action contre un « accord d’échanges commerciaux complets et approfondis ».

    Enfin, le Congrès salue et remercie vivement tous les délégués et apprécie leur esprit militant et critique qui a permis au Congrès de régler avec succès les questions politiques et organisationnelles.

    Gloire au martyr de tous les partis !

    Gloire à tous les martyrs de la libération nationale !

    Fierté des gens et de la patrie !

    Le socialisme est l’alternative pour l’humanité !

    Au nom du 1er Congrès du PPDS ;

    Chef du Congrès ; camarade M. Salhi

    Octobre 2020

  • Couvre feu.

    Couvre feu.

    Emmanuel Macron a annoncé, hier, la mise en place d’un couvre feu dans les villes classées comme étant en situation d’alerte maximale. Cette décision était attendue et était déjà connue des services de presse en amont de l’intervention. 19 millions de citoyens et de citoyennes sont ainsi concernés par cette mesure. Elle interdit les déplacements entre 21h et 6h du matin.

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    L’intervention de Macron s’est déroulée dans un exercice de style très régalien. Cette obsession du formel, de la mise en scène, est – en soi – déjà critiquable. Dans une situation d’urgence, attendre que le président-roi s’exprime était-il utile ?

    Le point central de l’intervention a été donc la décision de mettre en œuvre un couvre-feu. La sémantique militaire à permis encore aux journalistes encenser un Macron, chef de guerre, faisant face avec calme et sérieux à la pandémie. Mais qu’en est-il en réalité ?

    Le choix du couvre-feu est un pis-aller. Il est une demi-mesure, qui ne vise qu’a faire tenir l’économie le temps que les choses se passent, en espérant que le taux de perte humaine reste tolérable.

    Un choix difficile… pour ne pas se mettre à dos les capitalistes.

    Pourtant, il ne faut pas croire que le fait de mettre en danger les bars, les discothèques, les restaurants soit pris de gaieté de cœur. Il en est de même pour la vente d’alcool ou d’autres restrictions qui rapportent aux caisses de l’État et contribuent à générer de précieux revenus. C’est donc un choix cornélien qui est opéré. Il découle d’un calcul simple :

    Comment parvenir à ralentir la progression du virus sans toucher aux sacro-saints revenus des grands capitalistes. Si Macron peut se permettre d’avoir les restaurateurs à dos, voire une partie de la petite bourgeoisie commerçante, il est obligé, c’est son rôle, de satisfaire ses maîtres.

    Les mesures d’aides accordées à ces entreprises représentent un coût. Mais ce coût est toujours plus faible que celui de financer l’hôpital au niveau de ses besoins, de désengorger les transports en commun, de permettre aux lieux d’enseignement ne ne pas être des cluster bombs.

    Pour les soignants, rien de nouveau.

    Au titre des soignants et soignantes, Libération indiquait ce matin : « De fait, le manque de soignants n’est pas près de se résorber. Un document présenté fin septembre à la commission médicale d’établissement de l’AP-HP, que Libération s’est procuré, le confirme. Malgré le recrutement cet été de 1 371 infirmières tout juste sorties d’école, le niveau de l’emploi infirmier n’atteint même pas celui de septembre 2019. Sur les 950 postes ouverts et budgétés, 450 sont toujours officiellement vacants, faute de candidats. La pénurie touche particulièrement les infirmières de bloc opératoires, premières à être sollicitées en cas de crise sanitaire : sur 480 postes ouverts, 50 n’ont pas trouvé preneurs… » La crise sanitaire masque la crise hospitalière.

    Il est donc rationnel, du point de vue du gouvernement, du point de vue des capitalistes, de réduire la vie sociale à un métro-boulot-dodo. Qu’importe si la société, qu’importe si les individus, en souffrent. Si cela satisfait la grande bourgeoisie, tout va bien. Les autres oublieront. Même l’action en justice, intentée par l’association Victimes COVID, risque d’être un pétard mouillé. Les perquisitions qui viennent d’avoir lieu, auprès des membres et ex-membres du gouvernement, pourra t-elle aboutir ? Cela est douteux.

    Une déstabilisation annoncée.

    En revanche les effets économiques et sur la structure sociale échappent aux désirs de l’État. Une petite bourgeoisie en péril, vacillante, est une menace pour la stabilité du régime. Elle pourrait conduire à une crise profonde de régime, d’ici le temps des élections. Historiquement, ces catégories sociales, mettent en avant l’individualisme, le sens des affaires, la peur de solutions collectives. Elles pourraient très bien propulser au pouvoir une extrême-droite qui n’avancerait plus masquée, et qui aurait les coudées franches pour imposer son programme : liquider définitivement les droits sociaux et mettre au pas le pays.

    Lorsque la situation économique se dégrade, que les droits économiques sont attaqués, les droits politiques suivent. Le choix d’axer les élections sur l’islamophobie, la xénophobie, le racisme n’est pas un hasard. Il se double aussi d’une campagne cynique contre les mesures sanitaires, les députés PS & LR ayant, par exemple, fait voter le Sénat sur une réouverture des restaurants, des bars, des discothèques. Si la mesure fera certainement long feu, face à l’oukase présidentielle, elle n’en est pas moins significative : pour exister électoralement, certaines organisations sont prêtes à toutes les compromissions.

    Pour les plus précaires : circulez, rien à voir !

    Si la bourgeoisie bénéficie de la générosité de l’État, la question des minimas sociaux a été soulevée. Elle a, quant à elle, entraîné une réponse directe du président. Celui-ci a considéré que revaloriser les indemnités chômages, revaloriser le RSA, n’encouragerait pas à « retrouver du travail ». En bon banquier, Emmanuel Macron ne prête qu’aux riches.

    Cette conception, qui considère le fait d’être privé d’emploi comme une illustration de la fainéantise, de l’assistanat, est profondément ancrée dans l’esprit des réactionnaires. Pourtant elle est démentie par les études sérieuses sur le sujet. Une hausse des minimas sociaux, vue comme de l’argent lancé par les fenêtres, serait pourtant à la base d’une relance typiquement keynésienne de l’économie. Donner l’argent aux riches, c’est le voir capté, tomber dans des trappes à liquidités, et finalement ne jamais ‘ruisseler’.

    L’occident en difficulté.

    Sans faire de la psychologie sociale de comptoir, d’une manière générale, les pays d’Europe et les USA échouent à enrayer la pandémie pour un certain nombre de raisons. L’une d’entre elle étant les conséquences de la constante, l’omniprésente, campagne de dénigrement contre tout effort collectif, contre tout esprit unitaire dans la population. Toute idée d’effort commun contraignant et impératif (comme dans des sujets aussi vitaux que l’écologie, l’égalité des droits entre hommes et femmes…) est taxé de totalitaire et constamment dénigré par les propagandistes du libéralisme.

    Le capitalisme est pétri d’incohérences et de contradictions. Il porte comme valeur suprême la liberté individuelle, l’égoïsme. Dans le même temps, il n’offre que l’aliénation du travail, l’angoisse de la précarité, qu’il maquille derrière un illusoire confort matériel.

    Les aspirations à la liberté, à l’indépendance individuelle, qui ne sont pas réalisées en dépit des promesses, se reportent alors contre des frustrations du quotidien. En temps de crise, elles se font sentir de plus en plus fortement. Le contrôle étatique sur les rares moment de libertés, de sociabilité choisie, ne peut que rencontrer une résistance, ne peut que générer frustration et colère.

    Détruire ce qui nous détruit.

    Nous pensons, quant à nous, que la liberté est avant tout la conscience de la nécessité. La liberté est donc l’ensemble de ce qui reste une fois que le nécessaire est réalisé. Or, la première nécessité est de juguler cette crise pandémique, dans le sens où elle ne concerne pas que des individus, que leur propre vulnérabilité, mais bien l’ensemble de la société, laquelle doit prendre en compte les plus fragiles, les plus vulnérables, mais aussi les plus précaires. Se protéger, c’est protéger les autres. Protéger les autres, c’est également, à terme, se protéger soi-même.

    La deuxième nécessité est de détruire ce qui nous détruit. Cette crise n’a pas été une perte pour tout le monde. Les capitalistes les plus féroces se sont enrichis dans des proportions incroyables. Ils se sont gavés de bénéfices. Les faillites en série qui s’annoncent leur permettront de concentrer toujours plus de capitaux entre leurs mains.

    Ce sont eux qui portent une part immense dans la situation actuelle. Leur refus de mettre en œuvre les mesures adéquates. Leur tergiversations pour ne pas nuire à leurs profits. Leur absence totale de solidarité dans le financement des services publics, leur recherche constante, prédatrice, du profit… Et leur dispersion, internationalement, criminelle aussi, des efforts de recherche médicale.

    La liberté, réelle, ne pourra émerger que lorsque ces nécessités auront été remplies. Que lorsque l’économie, la recherche, la santé,… en somme la création de richesses, la possibilité de pouvoir vivre sainement et de profiter de la vie, seront entre les mains de ceux qui la créent, qui en donnent les moyens. Et non plus entre les mains de ceux qui la parasitent.

    Cette pandémie est un prélude à une crise plus grande, plus profonde. Nous appelons à nous à la vigilance, à l’organisation, à la structuration de ceux et celles qui veulent lutter pour un pouvoir populaire, démocratique, libéré de la domination des exploiteurs.

  • Référendum en Kanaky : interview de Näpô mîî Kanaky Komunist

    Référendum en Kanaky : interview de Näpô mîî Kanaky Komunist

    A la suite du référendum qui a eu lieu le 4 octobre, nous avons interviewé Näpô Mîî Kanaky Komunist pour lui demander son point de vue sur celui-ci.

    Nous reproduisons ici l’interview :

    Pouvez-vous commenter les résultats du 2e référendum sur l’indépendance de Kanaky ?

    D’abord constatons les faits. Le NON à l’indépendance a, comme en 2018, obtenu la majorité. En 2018, la droite coloniale était persuadée qu’elle allait pulvériser le mouvement indépendantiste. Le résultat a été une douche froide pour elle qui pensait « purger l’indépendance » à tout jamais. En effet, alors que les sondages donnaient le NON à l’indépendance victorieux dans une fourchette de 70 à 80%, le OUI avait rassemblé 43,4% . Une victoire au goût amer pour la droite coloniale.

    Le deuxième référendum a eu lieu le 4 octobre dernier. Toute la droite coloniale, des Républicains calédoniens jusqu’au Rassemblement National a formé une Sainte Alliance, Les Loyalistes, pour conjurer le spectre de l’indépendance. Une seule formation anti-indépendantiste, Calédonie Ensemble, a refusé de se joindre à cette coalition. Le résultat a été marqué par une progression spectaculaire du OUI à l’indépendance de 3,4 points en deux ans seulement, établissant le rapport de forces électoral suivant : de 47% pour les indépendantistes et 53% pour les anti-indépendantistes. Dans la soirée alors que les résultats partiels tombaient, des cortèges de voitures défilaient dans les rues arborant notre drapeau dans un concert de klaxons. Certes nous n’avons pas gagné mais la dynamique et l’enthousiasme sont clairement de notre côté. Nous sommes confiants. A ce rythme de progression, la victoire est possible en 2022, date du troisième et dernier référendum prévu par l’accord de Nouméa. L’indépendance de Kanaky Nouvelle-Calédonie est désormais à notre portée.

    Comment expliquez-vous cette progression  du mouvement indépendantiste?

    Il y a plusieurs facteurs.

    D’abord, les résultats de 2018 avaient consolidé notre assise populaire et crédibilisé notre projet d’indépendance. Ceux qui, dans notre camp, en l’occurrence le Parti Travailliste, avaient prôné une « non participation massive » au référendum de 2018, ont été sanctionné par des échecs cuisants aux élections provinciales et municipales qui ont suivi. Cette fois-ci, cette formation politique a décidé d’appeler à voter OUI.

    Dans les îles Loyauté et dans les quartiers pauvres de Nouméa nous avions une réserve de voix beaucoup plus importante que la droite coloniale.

    Enfin les nouveaux électeurs, les jeunes, ont très majoritairement soutenu l’indépendance.

    Peut-on parler d ‘un vote identitaire ?

    Il va de soi que le peuple kanak, peuple colonisé a dans son écrasante majorité voté OUI. A l’inverse les citoyens d’origine européenne concentrés essentiellement ans le Sud, notamment à Nouméa, ont majoritairement voté NON.

    Une lecture purement géographique laisserait penser qu’il s’agit d’un vote ethnique. C’est ce que certains politologue ou politiciens de droite voudraient graver et figer dans le marbre car s’il en était ainsi, il y aurait effectivement peu de chance que le rapport de force évolue d’un référendum à l’autre. Ce qui consacrerait éternellement la domination de la France. Et pourtant c’est bien à une évolution que l’on a assisté d’un scrutin à l’autre. Preuve que le rapport de force n’est pas figé et que la répartition ethnique des votes ne l’est pas davantage.

    La question qui se pose est la suivante : qui tirent bénéfice du régime coloniale ? La grande bourgeoisie compradore de Nouméa, liée à l’import/export. Ils ne sont qu’une poignée mais détiennent tous les leviers économique, politique et le seul quotidien local mange dans leur main. L’immense majorité de la population ne tirent aucun avantage de ce système. Elle en est plutôt victime : vie chère, loyers inabordables, discrimination au logement pour les Kanak et les Wallisiens-Futuniens. Même l’industrie locale souffre de la concurrence du secteur de l’import. Si on analyse les choses en terme de classe -et pas en terme « ethnique »- on mesure clairement qu’une bonne partie de la population peut trouver objectivement intérêt à rejoindre le projet politique et les mesures sociales proposées par le FLNKS.

    Quelles sont les forces susceptible d’épouser la cause l’indépendance ?

    L’analyse concrète de la situation concrète de notre pays montre les possibilités de gagner à nous des pans entiers de la population qui, traditionnellement, n’étaient pas acquise à nos idées. Pour nombre de français, ce qui se passe ici, est une bagarre entre méchants Caldoches et gentils Kanak. C’est une vision qui ne correspond pas à la réalité ni à la complexité du rapports entre les classes dans notre pays. La ligne de démarcation n’est pas là. Elle est entre d ‘une part, le colonialisme français et ses suppôts locaux et d’autre part le peuple colonisé et toutes celles et ceux qui sont victime du système colonial. Notre combat n’est pas contre les « Blancs », il est contre un système.

    Des Caldoches, de plus en plus de nombreux, rejoignent la cause de l’indépendance ? Pourquoi, parce que pour certains, ils sont descendant de bagnards, de ceux que la France a relégué au bout du monde en ouvrant ce qu’elle appelait avec mépris « le robinet d’eau sale ». La plupart de ces descendants de condamnés n’est jamais allé en France. Kanaky Nouvelle-Calédonie est leur seule patrie. Ils n’ont pas d’ailleurs. Il en va de même des descendants de Javanais ou de Vietnamiens venus travailler sur mine dès la fin du XIXe siècle avec des contrats de quasi-esclavage. A titre d’exemple, la première vice-présidente de la province Nord indépendantiste, est une Caldoche, descendante de bagnard et le troisième vice-président est un descendant de Javanais. Les lignes ont bougé depuis les années 80.

    La communauté wallisienne et futunienne très importante en Kanaky Nouvelle-Calédonie, traditionnellement anti-indépendantiste, est en train de s’émanciper de « l’instrumentalisation » par la droite coloniale. Les élections provinciales de 2019 ont été marquées par l’émergence d’une formation issue de cette communauté, l’Eveil Océanien, qui fort de ses trois élus au Congrès a permis l’élection d’un président indépendantiste à la tête de l’institution, Rock Wamytan de l’Union Calédonienne (UC). Les relations entre l’Eveil Océanien, partisan d’une troisième voie, et la droite coloniale se sont fortement dégradées au point que leur leader envisage la possibilité de renverser le gouvernement et de confier les manettes du pays aux indépendantistes.

    Une analyse des classes et des rapports qu’elles entretiennent entre elles permet d’identifier que le patronat calédonien n’est pas un bloc monolithique. Il est fortement fracturé entre les partisans de l’économie de comptoir et de l’industrie locale. Les premiers sont favorables à l’exportation de nos ressources minérales et à l’importation massive de fournitures et de biens de consommation. Les seconds ont besoin de mesures protectionnistes pour faire face aux marchandises importés. Leurs intérêts sont diamétralement opposés. Ainsi on a assisté dernièrement à la prise du pouvoir de la Fédération des Industrie de Nouvelle-Calédonie dans le MEDF local dont le nouveau président est un Kanak, frère de l’ancien président indépendantiste de la province des îles Loyauté. Evidemment, la frange progressiste de l’industrie locale n’est pas pour autant gagnée à l’idée d’indépendance mais elle ne manifeste pas une terreur sans nom devant cette perspective.

    Vous voyez, il y a des raisons objective d’espérer la victoire lors de la prochaine consultation sur l’indépendance. Il n’appartient qu’à nous de développer une ligne politique qui rassemble le plus largement possible plutôt que de proposer une vision ethnique étroite qui -le peuple kanak étant minoritaire dans son propre pays- conduirait immanquablement à la division et à la défaite.

    On entend les principaux responsables indépendantistes dire que l’indépendance est inéluctable, en quoi l’est-elle ?

    Effectivement, nos responsables invoquent souvent le « sens de l’histoire » pour affirmer l’inéluctabilité de l’indépendance. Evidemment, il ne s’agit pas d’une sorte de prédestination mythique où il serait écrit quelque part que l’indépendance serait inévitable.

    Encore une fois, c’est à partir de « l’analyse concrète de la situation concrète » pour reprendre la formule Lénine que l’on peut concevoir l’inéluctabilité de l’indépendance.

    Je vais vous donner trois exemples.

    Politiquement, l’Accord de Nouméa signé entre le RPCR, le FLNKS et l’État en mai 1998 a prévu un, puis deux et enfin un troisième référendum portant sur l’indépendance. Cette insistance a un sens. En effet, l’Accord stipule que « tant que les consultations n’auront pas abouti à la nouvelle organisation politique proposée » « l’organisation politique mise en place par l’accord de 1998 restera en vigueur, à son dernier stade d’évolution, sans possibilité de retour en arrière, cette « irréversibilité » étant constitutionnellement garantie. » Cette organisation politique proposée, c’est l’indépendance. Il n’y a donc pas d’autre issue que l’indépendance.

    Juridiquement, l’Accord de Nouméa a introduit dans le titre 13 de la Constitution française une « hérésie » constitutionnelle : l’existence d’une citoyenneté calédonienne. Or la France ne connaît qu’une citoyenneté, la citoyenneté française. La reconnaissance d’une citoyenneté calédonienne est un dispositif défini comme transitoire. Il ne peut pas durer indéfiniment. Si le OUI à l’indépendance l’emporte, le problème se résout de lui-même : la citoyenneté calédonienne se transforme en nationalité. Et le système constitutionnel français retombe sur ses pattes : il ne restera plus qu’une citoyenneté française. En revanche si le NON l’emporte, il y a un problème sans solution car la Constitution française ne peut tolérer plus longtemps une autre citoyenneté que la citoyenneté française ! Or selon l’accord de Nouméa, cette citoyenneté calédonienne est irréversible. On le voit, le NON conduirait clairement à une impasse.

    Economiquement, l’économie de comptoir coloniale se fonde sur l’exportation de notre minerai de nickel au quart de sa valeur transformée vers les marchés internationaux notamment la Chine et sur l’importation de produits et de biens transformés venus d’Europe, d’Australie et de Chine. Cette économie de comptoir entrave le développement des forces productives notamment de l’industrie locale. Avec l’aide du personnel politique de droite qui tient les rênes du gouvernement, des facilités sont consenties aux exportateurs et les mesures de protections de marché demandées ou obtenues par les producteurs locaux sont détricotées, plaçant la production locale dans une situation désavantageuse par rapport aux importateurs qui eux ont été libérés de taxes à l’import. Ce frein au développement ne peut être levé que par l’indépendance qui favorisera le tissu économique local et en finira avec les privilèges de la grande bourgeoisie du négoce colonial.

    Paul Néaoutyine, figure emblématique du PALIKA (Parti de Libération Kanak) déclarait dans le monde : « on ne peut pas empêcher la poussé de l’enfant qui veut naître ». Cette formule résume assez bien la poussée de l’indépendance dans le pays et son inéluctabilité.

    Mais il va de soi que rien n’est mécanique. Si tout pousse dans le sens de l’indépendance, il n’en reste pas moins que ce sont les hommes qui font l’histoire. Et c’est de l’action consciente du peuple kanak et des autres citoyens indépendantistes que dépend l’avènement de la libération nationale.

    Näpô mîî Kanaky Komunist (traduction: Pays Rouge, Kanaky Communiste)

  • Ne laissons pas l’islamophobie devenir de centre des futures élections.

    Ne laissons pas l’islamophobie devenir de centre des futures élections.

    Ne laissons pas l’islamophobie devenir de centre des futures élections.

    Nous considérons que la campagne islamophobe orchestrée par le gouvernement est un jeu cynique, hypocrite et dangereux.

    Les discours racistes sont omniprésents. Le délinquant raciste Zemmour est devenu un faiseur de politiques, tandis que les médias d’extrême-droite, comme C News, sur Radio, mais aussi Marianne, le Point, le Figaro, ou d’autres encore, vomissent leur haine. Ces bandits amalgament consciemment la pratique religieuse, l’immigration, la délinquance, les trafics, pour construire un ennemi.

    Ils sont aidés dans ce sens par des « idiots utiles », qui, sincèrement hostiles au caractère réactionnaire des religions, sincèrement mus par un désir progressiste, ne se rendent pas compte qu’ils hurlent avec la meute.

    La police débarque dans une mosquée du 11ème à Paris et terrorise les  enfants et fidèles - Cinquième Colonne

    Aujourd’hui, pas un jour de passe dans un scandale islamophobe. Descentes de police, vexations, intimidations, actes de violences. Ces politiques font naître un ressentiment, un sentiment d’exclusion, d’encerclement, qui forme le terreau des prêches des radicaux.

    Centre de la bataille, la loi sur les séparatismes cristallise l’attention. Elle a été, sur le fond, saluée par le RN. Celui-ci a d’ailleurs été l’invité du ministère de l’Interieur. Il a été consulté sur son opinion quant à la loi. En fait de barrage, Macron ouvre les portes du pouvoir aux fascistes.

    Le gouvernement français apparaît clivé entre une branche ouvertement favorable à une campagne débridée, autour de Darmanin. Celui-ci a accusé LFI d’être un agent de cet « islamo-gauchisme » explosif. De l’autre côté, les libéraux, y compris Macron, semblent essayer de rétropédaler, passant de séparatisme à séparatismes puis à une classique loi sur la laïcité.

    En dépit d’une apparence d’équité dans le traitement des religions, l’hypocrisie ne tarde pas à poindre. Si le gouvernement avait la moindre once de sincérité dans sa lutte pour une laïcité étendue, il ciblerait l’anomalie du concordat de 1801, toujours utilisé en Alsace-Moselle1. Là, aucune laïcité n’existe (voire infographie).

    Le régime concordataire

    Ce système parallèle n’a jamais été évoqué dans aucun discours quel qu’il soit. Pourtant, il impacte toujours fortement le fonctionnement de cette partie de la France.

    L’islamo-gauchisme, cette résurrection du judéo-bolchévisme, est un axe de bataille central. Il permet d’amalgamer dans une masse informe les luttes sociales, les luttes politiques et démocratiques, la défense du droit des minorités et le terrorisme. Il construit un ennemi intérieur, irréductible, incompatible, et donc à éliminer.

    Il existe un grand nombre d’enjeux qui sont urgents, vitaux. La crise sanitaire n’a pas été conjurée. La crise économique plonge une partie de la population dans la précarité, l’angoisse, la misère. Elle a permis aux grands bourgeois, aux grands capitalistes, d’éliminer des concurrents. Les milliardaires s’enrichissent plus que jamais. La démocratie française, démocratie autoritaire, s’étiole davantage.

    Les partis politiques de la démocratie bourgeoise sont incapable de pouvoir répondre à ces problèmes sans se heurter aux intérêts des plus grands des exploiteurs. Ce n’est pas leur rôle ni leur désir. Il est uniquement de servir au mieux leurs maîtres.

    S’axer sur une campagne raciste, xénophobe, islamophobe, est donc une mesure dérivative. Elle occupe de l’espace, elle occupe du temps, elle détourne des questions les plus brûlants, les plus centrales de l’actualité. Elle instrumentalise les peurs, les colères, les haines, et en font des poignards, avec lesquels les exploités et exploitées s’égorgent mutuellement.

    Ces jeux électoraux, des dérivatifs, ne sont pas sans conséquences. Les architectes de ces discussions sont bien souvent des calculateurs, qui ne réfléchissent qu’en termes de résultats électoraux et d’effets de communication. Ces commerciaux de la haine se moquent bien des effets dévastateurs de leurs discours.

    Ils nourrissent des idéologues qui, eux, bénéficient grandement de cette mobilisation réactionnaire. Et qui, eux, ont l’intention d’aller jusqu’au bout de leur logique. En espérant capter les voix qui vont à ces promoteurs de l’épuration ethnique, les démagogues ne font que légitimer leur discours et leur donner plus de poids.

    Nous sommes en faveur de la laïcité. Nous sommes résolument hostiles, non aux religions en tant que telles, mais en leurs expressions réactionnaires. Or, la lutte contre ces aspects réactionnaires ne peut être faite par la chape de plomb de la répression étatique. Elle ne peut être faite que par un espace de dialogue, plaçant au centre de celui-ci ceux et celles qui pratiquent ces religions. Or, nous ne pouvons que constater que les musulmans et les musulmanes sont les grands absents et absentes des plateaux. Les seuls qui sont invités sont illuminés choisis expressément pour attiser la colère et la haine.

    Nous rappellons que le véritable séparatisme est dans l’attitude des exploiteurs. Ils imposent une loi, un ordre, qui les arrangent. Dans le même temps, ils se privent de respecter leurs propres lois, volant, mentant, trichant dès qu’ils le peuvent.

    L’unité populaire n’est pas un mot qui doit rester creux. La lutte contre les réactionnaires non plus. Nous avons un besoin impérieux, dans le climat actuel, de mettre en commun nos forces, de travailler le plus étroitement possible. De faire bloc, de tenir, car la campagne électorale ne fait que commencer, et que les discours iront croissant jusqu’à son aboutissement.

    1: « Concrètement, la loi de séparation de 1905 n’est pas appliquée en Alsace-Moselle et les quatre cultes catholique, luthérien, réformé et juif y bénéficient d’un statut officiel. Prêtres et laïcs en mission, pasteurs et rabbins y sont rémunérés par l’État. Les évêques de Strasbourg et Metz sont nommés par le chef de l’État. De fait, l’Élysée suit désormais le souhait du Saint-Siège. Le président de l’Église protestante de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine (EPCAAL), dont le nom est proposé par un vote du consistoire supérieur de cette Église, est lui aussi nommé par l’État. Les membres laïcs élus des consistoires israélites des trois départements doivent avoir l’agrément du Premier ministre. » (Source Wikipédia)

  • Construire la démocratie populaire !

    Construire la démocratie populaire !

    Notre campagne : Construire la démocratie populaire !

    La démocratie populaire est au cœur de notre programme. Elle est une démocratie de classe, pour les exploités et exploitées, par eux et elles, et contre leurs bourreaux. Nous la voyons comme l’objectif politique premier de notre organisation : se doter des moyens d’exercer le pouvoir et d’en priver ceux qui s’en servent pour maintenir leur domination, leur exploitation.

    La démocratie actuelle n’en a que la forme.

    Nous vivons dans un régime politique dans lequel le pouvoir est exercé par les exploiteurs. La démocratie, la possibilité de pouvoir porter au pouvoir une organisation politique, un candidat, un programme n’est qu’une apparence.

    La politique est une affaire de professionnels, elle est une carrière comme une autre, dans laquelle les convictions ne jouent qu’un rôle secondaire. Même s’il existe des exceptions, des personnes honnêtes, sincères, volontaires, la tendance est à l’opportunisme et à la corruption. Tout, dans la démocratie des exploiteurs, est fait pour transformer les idéalistes, les militantes et militants, en serviteurs et en servantes de leurs intérêts. La démocratie locale, villageoise, est elle aussi touchée par ces maux. Les notables imposent leurs désirs, et les mairies sont leurs chambres d’enregistrement.

    Les programmes, les promesses faites aux plus pauvres, aux plus précaires, ne sont jamais tenues. Elles n’engagent en rien ceux et celles qui les formulent : une fois élus, ceux qui sont supposés représenter le peuple font ce qu’ils veulent. Il n’existe ni contrôle, ni surveillance. En revanche, le cumul des mandats, les indemnités, assurent un confort matériel plus que motivant.

    Que pourraient ils, que pourraient elles faire ? Le programme réel, concret, appliqué, est dirigé étroitement, de manière dictatoriale, par les intérêts des exploiteurs, pudiquement nommés « compétitivité », « garantie de la croissance » ou par les intérêts impérialistes de domination de pans entiers de continents, euphémiquement qualifiés de « place de la France dans la monde ».

    La nature de l’État.

    L’école nous enseigne que l’État est un outil. Qu’il représente une chose neutre, au dessus des conflits, au dessus des classes sociales, et qu’il est chargé de réguler au mieux les conflits dans la société, voire d’oeuvrer au bien commun. Dans les faits, c’est historiquement faux. La construction de l’État moderne est étroitement reliée à la montée en puissance des capitalistes. Ils ont construit, architecturé, organisé un outil puissant, chargé de réguler la société pour que l’exploitation soit la plus pacifique et la plus efficace possible : en somme la plus rentable et la plus performante. Pour réaliser cette tâche, il s’est doté d’outils juridiques, militaires, policiers qui lui permettent au mieux d’assurer ce fonctionnement. L’État n’est pas un arbitre neutre, il est un outil puissant entre les mains de ses concepteurs. Il ne peut pas être conquis, il doit être mis à terre pour qu’une société nouvelle naisse.

    L’État n’est pas démocratique. Il est d’ailleurs doublé d’une technostructure qui lui permet d’agir. Cette technostructure (ministères, hauts fonctionnaires, préfets…) n’est pas élue, elle est cooptée ou nommée. La démocratie n’a aucun droit de regard dessus.

    Sans reprendre la théorie – souvent agitée par les conspirationnistes – de l’État profond, il faut cependant reconnaître que la démocratie actuelle reste superficielle. Certaines questions sont bien trop essentielles pour être soumises au vote. La fusion des intérêts des grands groupes industriels capitalistes avec l’État est totale. Celui-ci se fait, au nom de son rôle de garant de la croissance économique, le chargé d’affaire d’Orena, de Total, de Dassault… Il en résulte une politique intérieure, une politique extérieure, une diplomatie et une série d’opérations militaires qui sont là pour les servir.

    L’État n’est pas démocratique.

    Sur les contrats avec la monarchie absolue d’Arabie Saoudite, sur la mise en place de juntes génocidaires, sur les coups d’États orchestrés pour les intérêts de l’industrie française : il n’y a aucun vote. La Ve démocratie, née d’un coup d’État, est un outil extrêmement puissant et secret.

    Des lors, la démocratie sonne creux. Ses débats n’ont de prise que sur des sujets superficiels : la redistribution des miettes de l’exploitation et de la surexploitation, quelques investissements cosmétiques (réalisés avec les deniers publics), quelques atténuations ou quelques améliorations. Mais le fond, le fond est non-négociable. Discuter de la production, discuter de la propriété des richesses, revient à une déclaration de guerre. Oser opposer une autre conception, une autre vision, un autre discours revient à se heurter aux officines de propagande des possédantes : des médias à leur botte, qui répercutent des discours anti-populaires.

    Lorsque l’économie va au plus mal, comme dans la situation actuelle, la politique des exploiteurs recherche des diversions. Il faut soit expliquer les malheurs par la faute des autres (la concurrence internationale, les rivalités entre puissances…), soit monter les exploités et les exploitées les uns contre les autres. Instiller la colère, la division, le racisme, la xénophobie, l’intolérance. Rechercher le conflit entre civilisations, entre religions, entre origines ethniques…

    Pour certains, pour certaines, ce n’est qu’un jeu. Ce n’est qu’un slogan comme un autre, qui s’agite pour gagner des voix. Pour d’autres, c’est une vraie croyance, une croyance dans la nécessité d’épurer ethniquement ou politiquement la société française. Par opportunisme ou non, ces discours contribuent à instiller la haine, et amènent sur une bien dangereuse pente.

    Quelle alternative ?

    Nous ne pensons pas qu’une alternative puisse émerger dans un système truqué. Même une organisation qui respecte les règles du jeu, comme LFI, subit campagnes de calomnie sur campagnes de calomnie dès qu’elle prend de l’ampleur. Les candidatures alternatives (LO, NPA) voire le PCF sont systématiquement exclues de l’accès aux médias. Ceux-ci donnent le ton de la campagne. Or, dans tous les pays capitalistes et en France particulièrement, ils sont la propriété de grands cartels industriels. Ils répercutent – parfois malgré eux – la voix de leurs maîtres.

    Par le passé, une candidature comme celle de François Mitterrand avait pu cristalliser les espoirs, faire naître l’idée d’un changement profond de société. Cette candidature n’était pas révolutionnaire. Elle ne promettait que quelques changements superficiels. Pourtant, elle a déclenché la colère la plus profonde des exploiteurs, des capitalistes et de leurs chiens de garde. Une campagne immense a été menée, accusant le PS de vouloir instaurer le totalitarisme, et portant sur le devant de la scène tous les philosophes réactionnaires d’aujourd’hui, (BHL, Finkielkraut, François Furet…). Pourtant, le Parti Socialiste n’a pas révolutionné le monde. Il a soutenu les entreprises pendant la crise, avant de les privatiser à nouveau.

    Si jamais une organisation populaire conséquente parvenait à l’emporter, elle serait privée de tous les moyens de mettre en place sa politique, soit par le « mur de l’argent », soit par une coup d’État, comme l’ont connu le Frente Popular en Espagne ou Salvador Allende au Chili. La réponse au changement de société est donc différente.

    Notre démocratie.

    Notre vision de la démocratie n’est pas celle-ci. Elle est une vision stratégique. Ceux qui produisent la réalité des richesses, par leur travail, par leur génie, par leur sueur, doivent décider de leur emploi. Elle est une démocratie inquisitrice, qui dans laquelle le peuple travailleur exerce une souveraineté réelle, pleine, entière. Une souveraineté populaire absolue, dans laquelle le peuple seul, unique force créatrice – avec la nature – des richesses du monde, décide de tout, avec l’intégralité des leviers du pouvoir.

    Une démocratie qui puisse poser toutes les questions nécessaires et vitales. Celle de l’organisation du travail, celle de ce que nous produisons, celle des limites du renouvellement de la nature et de la possibilité pour l’humanité d’avancer. Une démocratie qui puisse subordonner l’ensemble de l’activité économique à la satisfaction des besoins matériels et culturels de l’humanité.

    Une démocratie vigilante.

    Elle est une démocratie vigilante : elle se doit de lutter contre les tentatives de corruption, de détournement, de restauration. Une démocratie dans laquelle les profiteurs, les exploiteurs, les capitalistes, les marchands de haine n’ont pas droit de cité. Même dépossédé du pouvoir, ces individus, ces catégories sociales, ne sont pas moins agressives. Elles possèdent des compétences, une connaissance de l’administration, de la gestion, de l’art militaire, de la technique qui les rend difficilement remplaçables dans l’immédiat. De plus, elle possède un capital, des liens, des relations entre ses membres, mais également à l’étranger, qui font qu’elles présente une menace constante pour la liberté.

    Depuis plusieurs décennies, les organisations qui veulent changer le monde sont sur la défensive. Les années 1990 ont anéanti l’idée d’utopie, d’espoir. Pourtant un monde meilleur est possible. Il est même a portée de main. Ce monde ne demande qu’à naître : c’est là notre objectif.

    Pour nous, les germes de cette démocratie existent.

    Elle est dans les assemblées générales, dans les usines, dans les lieux d’éducation, dans les quartiers populaires.

    Elle est dans les assemblées générales telles que celles lancées par les Gilets Jaunes. Des assemblées ayant vocation à se doter de leur propre légalité, de leurs outils de contrôle, de leur capacité à non seulement discuter, mais entreprendre, construire. Une démocratie dont chaque portion des masses populaires, des exploités et exploitées, des petits producteurs peut se saisir.

    Une démocratie qui rejette la démagogie. Au lieu de réaliser une somme des égoïsmes et des intérêts particuliers, des mesquineries, elle fait émerger un intérêt populaire, suprême, celui d’un monde dans lequel l’exploitation, la répression, seront abolies, dans lequel l’économie sera définie par les possibilités de la Terre, et non par la recherche effrénée, coûteuse, gaspillante, du profit.

    Elle est dans la construction progressive d’une opposition extra-parlementaire : une coalition qui rejette les cadres étriqués de la démocratie capitaliste. Une coalition qui considère que le jeu truqué des urnes n’investit les représentants du peuple d’aucun pouvoir réel. Qui considère donc que la légitimité provient du contact avec les masses populaires, et qui réclame une fraction du pouvoir réel.

    Chaque assemblée, chaque lieu de décision qui surimpose sa légitimité à celle du pouvoir central, du pouvoir des exploiteurs, est une fraction de cette démocratie. La lutte est de faire grandir cette légitimité, cette légalité nouvelle, pour qu’elle devienne la légitimité première, principale, hégémonique.

    S’organiser pour gagner.

    Ceux et celles qui détiennent la réalité du pouvoir, les capitalistes, les exploiteurs, sont parfaitement organisés. Ils défendent leurs intérêts avec une rigueur implacable et avec une efficacité qu’on se doit de reconnaître. Ils ne sont pas neutres au changement, ils y sont résolument hostiles. Un développement en « tâche d’huile », petit à petit, se heurtera à leur réaction la plus féroce. Nous avons donc besoin d’être nous aussi organisés, mais également de nous protéger nous même.

    Nous voulons construire quelque chose de grand : le parti des communistes et des sans-partis.

    Nous avons besoin d’un outil capable de réunir, de former, d’organiser les exploités et les exploitées. Cet outil, l’UC désire, avec d’autres, le construire. Un outil démocratique dans les débats, unifié dans l’action. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, dès qu’elles partagent comme but l’unification du peuple contre ses bourreaux et la volonté de construire la démocratie populaire.

    Nous voulons unir internationalement nos forces, pour gagner.

    Nous ne voyons pas notre engagement comme de l’humanitaire. Nous voulons la libération mondiale, de la servitude, du colonialisme, de l’impérialisme. Chaque lutte, chaque victoire, contribue à l’avancée de la libération générale des exploités et exploitées. Nous nous inscrivons dans une logique internationaliste : au sein de l’Alliance Internationale Antifasciste et Anti-impérialiste et de la Coordination Internationale des Organisations Révolutionnaires. Rejoindre UC, c’est participer à la création d’une nouvelle internationale de lutte, capable de gagner des victoires.

  • Déclaration du 10e anniversaire de l’ICOR

    Déclaration du 10e anniversaire de l’ICOR

    Déclaration de Monika Gartner-Engel, Coordinatrice principale de l’ICOR.

    Chers amis et camarades du monde entier !

    L’ICOR a 10 ans aujourd’hui, et à cette occasion, elle vous adresse ses salutations chaleureuses et révolutionnaires. Le 6 octobre 2010, 90 ans après la révolution d’Octobre et la fondation de la IIIe Internationale, nous avons célébré sa fondation lors d’une cérémonie internationale à Berlin. La Résolution de fondation a résumé :

    « Le temps est mûr d’opposer quelque chose de nouveau au capital financier international hautement organisé et relié au niveau mondial et à son système impérialiste mondial, – l’organisation du mouvement révolutionnaire et ouvrier international et des larges masses, sur un nouveau degré de la coopération et de la coordination transnationales de l’activité pratique. »

    Les mots sont suivis d’actes ! C’est ainsi que l’ICOR s’est consolidée et renforcée. Fondée par 41 organisations et partis révolutionnaires sur quatre continents, elle s’est développée pour atteindre plus de 60 organisations membres sur tous les cinq continents du monde.

    Félicitations pour ces dix années de succès et merci pour les grands efforts et le travail persévérant à toutes les organisations de l’ICOR ; merci pour l’engagement désintéressé à tous ceux qui ont pris des fonctions et des responsabilités – du premier Coordinateur principal, Stefan Engel, qui a ouvert la voie à suivre, aux dernières demandes d’adhésion à l’ICOR en cours du Portugal et de la Sibérie ; à tous les amis de l’ICOR et à tous les alliés partout dans le monde.

    La base de la croissance et de l’attrait de l’ICOR sont les principes prévoyants adoptés il y a dix ans, s’ils sont réellement vécus et mis en pratique :

    • Face aux différences encore nombreuses entre les révolutionnaires du monde s’organiser en commun sur la base de questions clés au plan idéologico-politique : surmonter de façon révolutionnaire le système capitaliste/impérialiste ; perspective du socialisme/communisme ; nécessité de la dictature du prolétariat ; rôle dirigeant de la classe ouvrière ; démarcation nette du révisionnisme, de l’anarchisme et du trotskisme.
    • Chacun décide lui-même de l’activité de l’ICOR à laquelle il veut participer – mais si un engagement est pris, il doit être mis en œuvre de manière fiable !
    • Une unification idéologico-politique progressive avec des séminaires, le droit à des contributions mensuelles à la discussion de chaque organisation sur le site web et, notamment, des résolutions qui ne deviennent valables qu’avec l’approbation majoritaire des organisations de l’ICOR. De ces dernières, rien qu’en 2020 15 résolutions aux questions brûlantes de l’époque ont été faites à l’initiative ou avec la participation active de nombreuses organisations de l’ICOR.
    • Indépendance financière. Chacun paie une cotisation définie par lui-même – mais ceci de manière fiable. L’ICOR finance son travail exclusivement grâce aux cotisations de ses membres, aux dons et aux activités financières pleines de bonnes idées. Elle est sans dette.
    • Culture de débat prolétarienne, respect mutuel et respect de la souveraineté des organisations membres.
    • Politique de la porte ouverte pour l’adhésion ou la coopération avec d’autres.

    La tâche principale de l’ICOR est la coordination et la coopération pratiques sur ces bases. Elle a déjà fait des pas importants dans ce sens :

    • Lors de quatre journées de lutte internationales de l’ICOR – le 1er mai, le 8 mars, les journées de commémoration et de lutte contre la guerre, et la journée de lutte pour l’environnement – les organisations de l’ICOR veulent s’engager ensemble sur la base d’un appel commun avec des manifestations, des réunions de conscientisation et des publications.
    • La solidarité pratique dans la lutte pour la démocratie, la liberté et le socialisme avec le point culminant du pacte de solidarité avec la lutte de libération kurde ; dans les conditions les plus difficiles avec 177 brigadistes construisant le centre de santé à Kobaně qui est aujourd’hui une clinique pour femmes où des milliers de bébés sont nés entre-temps.
    • L’un des moments forts a été sans aucun doute l’ensemble pour le Centenaire de la révolution d’Octobre – à commencer par des publications et des activités dans les différents pays, un séminaire international avec 60 organisations participantes de 40 pays et comme point culminant des activités et des manifestations à Saint-Pétersbourg du 05.11.à 09.11.2017.
    • Les coordinations continentales organisent des campagnes ou aussi des séminaires communs, par exemple sur la question de l’environnement, sur les nouveaux phénomènes dans le système impérialiste mondial, comme sur la question controversée des nouveaux pays impérialistes.
    • Les organisations de l’ICOR agissent ensemble de manière combative et critique lors de conférences internationales telles que les conférences mondiales de l’ONU sur le climat.
    • L’ICOR a lancé et soutenu des campagnes avec d’autres associations révolutionnaires telles que l’ILPS contre l’énergie nucléaire en 2011.
    • Elle est un partenaire actif et une force motrice d’alliances non-affiliées à des partis à l’échelle mondiale. Par exemple, l’importante coordination internationale des mineurs et des ouvriers de l’automobile ou les deux Conférences mondiales des femmes de la base qui ont eu lieu jusqu’à présent.
    • Les conférences des paysans et des ouvriers agricoles, qui ont déjà eu lieu plusieurs fois au niveau régional, et qui sont prévues à l’avenir au niveau mondial, sont orientées vers l’avenir.
    • Ensemble avec l’ILPS, l’ICOR a pris l’initiative et créé, entre-temps, les conditions essentielles à la mise en place, à l’échelle mondiale, d’un Front uni antifasciste et anti-impérialiste.

    On ne saurait surestimer ces succès obtenus par la lutte commune. Ils se distinguent de manière attrayante du déclin mérité ou bien des scissions des alliances révisionnistes, trotskistes ou sectaires-séparatistes. Sans exagération et avec fierté, nous pouvons donc dire aujourd’hui : l’ICOR est devenue la représentante vivante et proactive des associations révolutionnaires du monde entier. Sans scissions, sans symptômes de déclin et sans querelles liquidatrices.

    Mais rien ne serait plus étranger à l’ICOR, rien ne serait plus inapproprié que l’autosatisfaction. Jugée d’après les tâches que l’avenir réserve aux révolutionnaires du monde, l’ICOR n’en est qu’à ses débuts et a encore beaucoup à apprendre et à construire. Elle est confrontée à d’énormes défis pour mettre en pratique ses principes de manière vraiment conséquente et à tout moment. Elle doit surtout continuer à progresser dans la coopération et la coordination pratiques réelles. Elle doit être encore plus déterminée à discerner, discuter et clarifier en temps utile les questions idéologico-politiques brûlantes de l’époque, et à travailler de manière conséquente pour la conscientisation et l’organisation.

    Nous vivons actuellement la crise économique et financière mondiale la plus profonde, aggravée par la pandémie de Corona. La transition vers une catastrophe environnementale mondiale s’accélère. La pauvreté massive et le chômage de masse, les mouvement migratoires par millions, la faim, les épidémies et les guerres attaquent et menacent les bases d’existence de l’humanité. La concurrence inter-impérialistes dans le nombre croissant et l’agressivité accrue des différentes forces impérialistes s’intensifie de manière hautement dangereuse. L’exploitation et l’oppression de la classe ouvrière internationale sont poussées à l’extrême. La double exploitation et l’oppression de la masse des femmes et la violence brutale dont elles sont victimes s’aggravent. La jeunesse ne devrait se voir offrir un avenir que dans la barbarie capitaliste !

    Les forces dirigeantes répondent aux luttes de classe et de masse par la terreur d’État, la fascisation des appareils d’État et la répression des forces révolutionnaires. L’une de leurs méthodes les plus importantes aujourd’hui, c’est l’anticommunisme ouvertement réactionnaire ou se déguisant en moderne. Ses représentants font semblant de critiquer le capitalisme, mais déclarent qu’il est sans alternative, que tous les efforts pour trouver une perspective révolutionnaire sont insensés ; ils tiennent des propos incendiaires contre les prétendus « stalinistes » et « maoïstes ». Aujourd’hui, l’anticommunisme s’avère de plus en plus être l’obstacle décisif dans la conscience des masses, au développement de la conscience de classe et à la décision de lutter pour la démocratie, la liberté et le socialisme. C’est surtout pour cette raison que le socialisme scientifique a encore une influence relativement faible dans les luttes et les mouvements importants du monde.

    Cependant, dans la tendance approfondie du système impérialiste mondial à produire des crises, les dirigeants en place ne peuvent souvent plus régner à l’ancienne. De plus en plus souvent, les masses ne veulent plus vivre à l’ancienne. Dans toujours plus de pays, des crises se développent qui touchent la société entière et, à l’échelle mondiale, la tendance accélérée à une crise sociétale globale du système impérialiste mondial. La classe ouvrière, en particulier le prolétariat industriel international, fait entendre sa voix avec des luttes déterminées. Les femmes s’élèvent au plan mondial, surtout dans les mouvements de masse contre la discrimination et la violence à l’égard des femmes. Les militants écologistes reconnaissent de plus en plus clairement la nécessité de s’orienter vers une transformation de la société. La jeunesse du monde se rebelle contre l’exploitation et l’oppression, contre le racisme, le fascisme, le terrorisme d’État, le militarisme, la destruction de l’environnement et le paternalisme anticommuniste.

    Le plus grand problème dans ces multiples luttes, c’est souvent l’absence ou la faiblesse des forces de construction de partis marxistes-léninistes dans les différents pays ainsi que la faiblesse de la coopération internationale efficace. Toute notre attention doit se concentrer sur la dialectique de la construction ciblée du parti dans les différents pays et sur le renforcement décisif de notre coopération internationale au sein de l’ICOR ainsi que sur le renforcement du Front uni anti-impérialiste.

    L’ICOR envisage l’avenir avec optimisme. Nous vivons, travaillons et luttons pour notre idéal socialiste et communiste de liberté. La situation politique mondiale réclame une solution. Jamais auparavant, en dehors des immenses forces destructrices, les conditions matérielles préalables à la construction du socialisme n’ont été aussi prononcées qu’aujourd’hui. Travaillons encore plus résolument pour remplir notre rôle social historique !

    Prenons le 10e anniversaire de la fondation de l’ICOR comme l’occasion d’une grande initiative :

    Organisations révolutionnaires du monde – rejoignez l’ICOR et le Front uni anti-impérialiste ! Tirez les conséquences du fait qu’aujourd’hui, le système impérialiste mondial ne peut être combattu et vaincu que de manière coordonnée et transnationale. Surmontez le scepticisme ou les doutes, et faites confiance à la force de notre processus d’apprentissage critique et autocritique commun !

    Nous faisons appel aux organisation membres de l’ICOR :

    • Gagnez des membres avec détermination – pour le parti dans votre propre pays, pour l’ICOR et pour le Front uni anti-impérialiste.
    • Investissez plus de force de vos partis dans le travail international !
    • Renforcez votre initiative et votre activité dans la coordination et la coopération pratiques réelles, en particulier au niveau continental et régional.
    • Discernons, discutons et clarifions de manière encore plus conséquente les questions clés au plan idéologico-politique dans la préparation de la révolution socialiste internationale.

    2021 marque le 150e anniversaire de la Commune de Paris, l’établissement de la première dictature du prolétariat dans le monde. Ne serait-ce pas une excellente occasion pour les organisations de l’ICOR de rencontrer d’autres révolutionnaires du monde afin de discuter les enseignements de la Commune de Paris, de les appliquer à nos jours et de nous unir encore plus étroitement ? Nous ne savons pas encore comment la pandémie de Corona va se poursuivre – mais nous trouverons des voies et des moyens. Le mouvement révolutionnaire et ouvrier international peut, doit et va devenir une force supérieure à l’impérialisme.

    En avant avec la construction de l’ICOR, du Front uni anti-impérialiste et de forts partis révolutionnaires dans tous les pays !

    Prolétaires de tous les pays et peuples opprimés, unissez-vous !

    En avant dans la lutte pour la démocratie et la liberté, en avant pour la révolution socialiste internationale !

    Vidéo (en Allemand) :