Auteur/autrice : unitecommuniste

  • Le putsch en charentaises et les communistes.

    Le putsch en charentaises et les communistes.

    Une vingtaine de généraux ont lancé un appel au putsch. Publié dans le journal ultra-réactionnaire Valeurs Actuelles, cet appel ne tombe pas du ciel. Nous pensons qu’il mérite d’être évoqué, mais aussi les réponses à celui-ci, qui sont parfois tout aussi catastrophiques. Après réflexion, nous avons jugé qu’il était important pour nous de parler aussi de ces contre-appels, dont certains ont pu trouver mystérieusement grâce aux yeux de certaines organisations communistes, en l’occurrence le PRCF. Nous ne pouvons laisser ce genre de publications passer !

    Le choix de la date n’est pas anodin. Il fait référence à deux événements : d’une part le coup d’État des généraux à Alger, le 21 avril 1961 et l’accession pour la première fois du FN au second tour, le 21 avril 2002.

    Le contenu du texte passe par tous les lieux communs de l’anxiété réactionnaire : Islam, banlieues, capitalisme apatride, immigration… En fond, un appel à « retrouver l’honneur de la France ». A se demander où vont-ils le cherchent ? Dans les charniers de Sétif, dans les boues de Diên Biên Phu, ou dans les bordels de Bamako ? Mais nous digressons. Toujours est-il que la situation des hôpitaux, la situation sociale, le chômage, les luttes économiques et politiques sont au second plan : la préoccupation première est l’idée que la France est une pauvre hère dominée.

    Leur plan : exterminer. “Aussi, ceux qui dirigent notre pays doivent impérativement trouver le courage nécessaire à l’éradication de ces dangers. Pour cela, il suffit souvent d’appliquer sans faiblesse des lois qui existent déjà. N’oubliez pas que, comme nous, une grande majorité de nos concitoyens est excédée par vos louvoiements et vos silences coupables.” Au moins, ils ont un mérite : ils reconnaissent que nos lois sont déjà en mesure d’imposer une dictature complète. Après tout, la Ve République est née d’un coup de force.

    En soi, il s’inscrit dans la droite ligne d’une série d’appels insurrectionnels, lancés par des apprentis-putchistes. D’ailleurs, ceux-ci sont souvent des individus n’exerçant pas de rôle au sein de l’armée. BFM-TV note ainsi que « 30 généraux étaient dénombrés et 2500 militaires étaient au total recensés ce mardi à 17 heures. À ce stade, aucun militaire en activité n’aurait été recensé, selon le ministère des Armées. » Ce sont pour la plupart des généraux « en charentaises » pour reprendre les termes du même ministère. En soi, l’appel n’a rien d’exceptionnel ni de menaçant.

    Ce qui l’est plus est, d’une part, l’absence totale de réaction de la part du gouvernement. Le gouvernement, qui, pourtant, est toujours prompt à voir du séparatisme dès qu’une réunion non-mixte apparaît, ne semble pas avoir voulu réagir à la provocation. Cette inaction, qui confine presque à la bienveillance vis-à-vis de l’extrême-droite, a dû cesser. Mais les raisons sont cyniques : lorsque la gauche (incarnée en l’occurrence par Jean-Luc Mélenchon) a dénoncé le texte et fustigé l’absence de réponse ; puis lorsque Marine Le Pen et une partie des cliques fascistes ont apporté leur soutien au texte.

    C’est d’ailleurs le deuxième aspect inquiétant : l’approbation par une partie de l’échiquier politique. Marine le Pen, Philippe de Villiers, Eric Zemmour et d’autres ont souscrit à cet appel. Ce dernier a d’ailleurs déclaré au micro d’un Figaro plus que conciliant : «La tribune des généraux n’est pas un appel au putsch mais à la sécurité ». Cet appel révèle la précarité de la situation politique en France, et aussi l’ascendant terrible qui a été pris par les réactionnaires dans la confrontation sociale.

    « Le recensement est en cours et les sanctions tomberont » nous indique la ministre des armées. Nous l’espérons ! Nous sommes bien placés pour savoir que le corps des officiers de l’armée peut être parfois un nid de vipères réactionnaires.

    Les réponses sont-elles meilleures ?

    Pourquoi le PRCF republie l’extrême-droite ?

    Au sein de l’armée, des réactions ont eu lieu. Un contre-appel a été ainsi rédigé par une poignée d’autres généraux. Nous le mentionnons car il a été

    publié sur le site du PRCF1. Nous sommes obligés de le dire :

    Mais à quoi pensiez-vous camarades, en publiant ce texte ?

    Il mérite un instant qu’on se penche dessus, car, parfois, en fait d’un texte meilleur, nous dégringolons toujours plus profond dans l’abominable.

    Nous espérons sincèrement, avec une sincérité naïve et désarmante, que ceux qui l’ont republié ne l’ont pas lu. Car, même s’il est moins extrémiste que l’autre (il ne parle pas d’éradication, au moins !), il n’en est pas moins invraisemblablement réactionnaire, conspirationniste, antisémite…

    Antisémitisme, racisme, conspirationnisme :

    « C’est dans cette approche que réside notre désaccord car si nous partageons la définition de ces dangers ils nous apparaissent comme les simples symptômes d’un mal plus profond à la racine duquel il convient de s’attaquer si l’on veut que la France survive. »

    « Alors qu’il s’agisse d’immigration, de délitement de la nation et de la multiplication des zones de non-droit, de violence et de montée de la haine entre communautés, la classe politique aux manettes ne fait que suivre la feuille de route qui lui est dictée devant aboutir à la destruction de la nation très ancienne que nous sommes, obstacle symbolique au mondialisme montant qu’il convient de faire disparaître. »

    « Dans sa grande majorité la classe politique de notre pays servie par un système parlementaire plus que séculaire a été depuis des décennies dévoyée par la haute finance qui détient les cordons de la bourse et la maîtrise des grands médias et qui décide donc de qui sera ou non élu, servie en cela par toutes sortes de relais que sont parmi d’autres Bilderberg, Davos, le CRIF et les fratries. »

    « c’est tout simplement le libéralisme effréné qui est inscrit dans le marbre des traités dits européens se traduisant par la désindustrialisation du pays tout autant que par l’abaissement de notre langue, l’emploi du globish par les médias, la publicité envahissante … »

    « c’est enfin la mise en résidence surveillée de 66 millions de Français avec port obligatoire de la muselière. »

    Le fait que le PRCF se contente d’écrire : «Voici la réaction d’un certain nombre d’officiers républicains et patriotes à l’appel de 1000 militaires qu’a soutenu Mme Le Pen et qui défraie la chronique depuis quelques jours.

    Bien entendu, ces officiers de haut grade ne s’expriment pas comme le feraient les communistes internationalistes que nous sommes mais ils ont le double mérite :

    a) de distinguer entre les symptômes et les causes profondes du malaise français,

    b) d’appeler à une rupture de la France avec la domination du capital financier, avec la “construction” européenne qui détruit notre pays, avec la politique linguistique du “tout-anglais” et avec l’OTAN, qui nous asservit à l’impérialisme atlantique.» ne peut que nous laisser pantois et pantoises !

    Pour considérer cet appel comme « plus positif » que celui des putschistes, il faut un esprit démesurément large. Antisémite, conspirationniste, fasciste… L’appel n’a décidément pas grand-chose pour lui.

    Que faites vous donc, camarades ?

    Nous nous adressons donc à nos camarades du PRCF, qu’ils prennent acte de ce contenu répugnant. Qu’ils prennent acte de ces propos dangereux ! Nous espérons qu’ils comprendront que nous ne pouvons les cautionner. Ce n’est pas la première fois que nous trouvons qu’ils approchent dangereusement de personnages douteux, comme leur sympathie pour Kuzmanovic, ex-lieutenant de Mélenchon passé avec armes et bagages du côté du philosophe réactionnaire Onfray.

    Nous n’aimons pas polémiquer pour polémiquer, mais à un moment, nous pensons que, lorsqu’on approche à ce point de la limite avec un « coté obscur » que nous ne pouvons pas rester sans rien faire : arrêtons de dire et de faire n’importe quoi !

    Oui, la violence est partout. La société capitaliste est brutale. Mais les gens que vous appelez des militaires patriotes sont des partisans de l’expédition punitive, de l’écrasement de ceux et de celles qui souffrent, de la déportation des migrants, appelée pudiquement « remigration ». Ce sont des individus qui représentent une forme un peu plus policée du fascisme, comme Georg Strasser pouvait passer pour plus « à gauche » que Hitler !

    Est-ce avec ce type de personnes que vous envisagez votre « Frexit Franchement Progressiste » ?

    La France d’aujourd’hui n’est pas celle de 1944-1947. Elle n’est ni envahie, ni dominée, ni menacée de l’être. Au contraire ! C’est une puissance impérialiste qui étend ses tentacules sur toute une partie du Continent Africain. Elle en choisit les dirigeants, la valeur de la monnaie, la forme des institutions, elle en exploite les sols et les peuples. Elle étend par la violence, par le crime, par l’oppression un ordre obscurantiste. Aujourd’hui, se fantasmer dans la peau d’un Thorez, se croire dans une espèce de Vichy constant, vouloir s’allier à tout « patriote », c’est se tromper lourdement. Cela pouvait avoir un sens à une époque où les USA et l’Angleterre avaient leurs armées sur notre sol, et encore !

    Oui, dans le cadre étroit – mais nullement monolithique – de l’Union Européenne, l’Allemagne apparaît comme plus puissante. Mais limiter son regard à cet espace n’a aucun sens. La sphère d’influence Allemande est principalement centrée sur l’Europe, notamment vers l’ex-mitteleuropa, vers l’Espagne et vers la Turquie. Mais la France possède elle aussi une primauté : Pologne, Roumanie…Et son complexe bancaire, en réalité, est bien plus puissant que l’Allemagne : la BNP Paribas écrase la DeutschBank, a telle point qu’elle a tenté de la racheter. Chose bloquée par le Parlement Allemand

    Les fantasmes sur la disparition programmée des nations sont uniquement des actes de foi. Ils ont indémontrables car ils reposent sur une confusion entre les discours et les réalités. Oui, dans l’Europe, il existe des partisans d’une Union Européenne formée d’Eurorégions, et permettant ainsi de réaliser une Europe unifiée. Mais le fait qu’il y ait des partisans ne signifie pas que ce soit réel, ni applicable. Dans les faits l’Europe fédérale est un échec intégral.

    Lénine avait déjà prévu cette impossibilité dans « Du mot d’ordre des Etats-Unis d’Europe » :

    les capitalistes peuvent nouer des alliances dans le but de contrer d’autres impérialistes, mais les cliques de capitalistes nationaux ne fusionnent pas. Derrière les fusions-acquisitions de petits secteurs, il existe une réalité que la bourgeoisie ne connaît que trop bien : Qui dévore qui ?

    De plus, quel est l’intérêt ? Au profit de qui ? De la bourgeoisie Allemande ou d’un « capitalisme apatride » fictionnel ? Même en 1940, alors que le patronat acceptait l’occupation Allemande, il avait gardé entre ses mains l’essentiel : les colonies. Et Vichy les a défendues contre l’ennemi d’alors : les Alliés. Drôle de conspiration que de croire que Thalès, Orena, Dassault, vont se vendre ! D’ailleurs il n’existe aucune vraie « multinationale » apatride. EADS, par exemple, est un consortium : une alliance d’entreprises nationalement teintés qui se partagent les marchés au rapport de force. Avec des fois des conflits importants !

    De plus, le capitalisme a tout intérêt à mettre en place des systèmes juridiques différents, avec des lois et des règles différentes. C’est tout l’intérêt du néocolonialisme par rapport au colonialisme traditionnel. Les États ne sont pas les amis des peuples, ce sont surtout des prisons dessinées sur-mesure.

    Les traités européens ne sont pas contraignants au stricto-sensu. Là aussi, il faut cesser les fantasmes.

    Premièrement : dans sa structure, l’UE ressemble plus à une confédération qu’à une fédération. D’ailleurs, on impute une grande partie des problèmes à l’UE. Abusivement. Par exemple dans l’article 345 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, il est précisé que l’UE est neutre dans le choix des formes sociales des entreprises pour le marché intérieur. En somme, c’est un choix politique intérieur qui détermine la politique de privatisation pas « l’Europe ».

    Deuxièmement : le rapport de force dicte le partage. La France et l’Allemagne sont les deux pôles dominants. Alliés et concurrents en même temps. Ils dictent aux autres leurs normes de production, leurs structures économiques, leurs réformes budgétaires. Mais elles-mêmes, si elles s’appliquent les directives européennes, ce n’est pas par contrainte : c’est parce qu’elles les éditent. L’UE n’est pas une alliance impérialiste, mais bien une alliance d’impérialismes. Les bouts de papiers et les chiffons ne contraignent pas les bourgeoisies puissantes.

    Nous pensons que ces exemples montrent quelque chose de terrible : c’est l’hégémonie de conceptions réactionnaires et conspiratrices qui rendent illisibles la lutte des classes et la lutte internationaliste.

    Nous n’avons pas peur de parler de la Nation. Nous ne sommes pas des nihilistes nationaux. Mais quand nous parlons de la Nation, il ne faut pas non plus raconter n’importe quoi. La Nation-Populaire et la Nation-Etatique sont deux choses différentes. Nous, nous croyons en cet esprit populaire, cet esprit de lutte, d’émulation, de libération, de construction commune. La Nation possède un sens de classe : elle est le peuple travailleur (et privé d’emploi) dans son ensemble. La Nation-Etatique étant cette fiction d’unité crée par la bourgeoisie autour de ses intérêts et autour de la « place de la France dans le monde ». Cette alliance réactionnaire, nous voulons la briser.

    Vous les appelez « patriotes », mais ils n’en sont pas ! Si on aime sincèrement son peuple, si on veut servir le peuple, on ne répand pas des mensonges qui le détournent de ses vrais ennemis. On ne s’échine pas à le servir pieds et poings liés à ses bourreaux. Nous, nous aimons notre peuple, ses luttes, ses victoires, sa créativité, sa diversité. Et cet amour du peuple nous pousse à refuser les dérivatifs, les mensonges, les diversions. L’ennemi est chez nous. Il est de chez nous. Il est notre bourgeoisie avant tout !

    L’alliance réactionnaire, nous la briserons !

    Mais pas en publiant des tribunes de fascistes en charentaises qui répondent à d’autres fascistes en charentaises. Pas en considérant que les problèmes de la société française, violence, précarité, manque de services publics, sont liés à une quelconque conspiration d’un capitalisme apatride. Pas en piochant dans un inconscient antisémite, anti-allemand. On se croirait revenu a une période pré-Dreyfus ! Nous y répondrons en désignant les véritables ennemis du peuple : Les milliardaires, les millionnaires, les capitalistes de France, l’impérialisme et sa machine de guerre.

    Macron est l’ami de la bourgeoisie Française, non son ennemi.

    L’UE, alliance réactionnaire concoctée dans le but de résister aux autres impérialismes, s’effondrera en même temps que le capitalisme en France. Faire l’inverse, croire que c’est la sortie de l’UE qui prépare le terrain à une révolution, c’est croire que l’impérialisme français se dépouillera de lui-même de son marché, de son terrain d’action. Unir les « forces patriotiques » d’un pays impérialiste, c’est choisir de servir les portions les plus réactionnaires de celui-ci !

    À partir du moment ou on considère que l’impérialisme français existe, sa faiblesse est une bonne nouvelle, non une mauvaise !

    Dans la situation actuelle, catastrophique, les exploités et exploitées ont besoin des communistes. Ceux qui souffrent sous le joug infâme du capitalisme ou de l’impérialisme ont besoin d’une analyse de la situation, de perspective, d’organisation. Il est important de partir, oui, de leurs attentes, de leurs inquiétudes, de leurs espoirs.

    Mais là, est-ce là le rôle des communistes ? D’avaliser, parmi elles, les angoisses xénophobes, les attentes fascisantes, les espoirs pogromistes ? Il aurait été plus utile de tenir une vraie position communiste, il aurait été plus utile de dire des mots venant de soi, que de reprendre les mots de l’ennemi. Ou peut être de ne rien dire !

    Qu’importe que l’impérialisme français soit « déclinant », c’est au contraire une chose positive !

    Qu’importe qu’il chancelle sous les coups des autres, ce n’est pas notre affaire, c’est notre ennemi.

    Méfions-nous de l’intoxication réactionnaire !

    Nos publications sur la question :

    https://unitecommuniste.com/analyses/lhistoire-statufiee/
    https://unitecommuniste.com/france/le-mouvement-des-gilets-jaunes-les-desirs-de-lextreme-droite/
    https://unitecommuniste.com/analyses/la-bataille-de-lhistoire/
    https://unitecommuniste.com/france/le-service-national-universel/
    https://unitecommuniste.com/france/wagenknecht-kuzmanovic-la-mutation-reactionnaire/
    https://unitecommuniste.com/analyses/la-republique-fracturee/
    https://unitecommuniste.com/lyon/andrea-kotarac-comme-un-coup-de-tonnerre-dans-un-ciel-dete/
    https://unitecommuniste.com/analyses/3402/

    1Le PRCF ou Pôle de Reconstruction du Communisme en France est une organisation politique se revendiquant du Marxisme-Léninisme. Elle possède le journal Intervention Communiste et est proche des éditions Delga. Nous reconnaissons sans peine que cette maison d’édition joue un rôle extrêmement positif dans la redécouverte d’études sur l’URSS et l’expérience socialiste, et qu’elle contribue à des débats importants. Nous en parlons dans cet article : https://unitecommuniste.com/analyses/3402/

  • Sept exilés arrêtés à Paris à la demande du « Parti de la Vengeance »

    Sept exilés arrêtés à Paris à la demande du « Parti de la Vengeance »

    Nous condamnons cette attitude cynique de la part de la Présidence de la République. Ces arrestations sont des cadeaux faits à l’extrême-droite italienne, notamment pour tenter de renouer des relations entre les deux pays. La France et l’Italie sont en effet brouillées depuis que Sarkozy a semé le chaos en Libye, qui approvisionnait l’Italie en pétrole. De plus, cette démarche de normalisation vise aussi à accroître la répression contre les migrants et les migrantes : la doctrine Dublin, qui obligeait le pays d’entrée à se charger des expulsion, se heurtait à un hic. L’Italie, le plus souvent, laissait les expulsions lettre-mortes, déclarant « vous nous avez volé le pétrole, vous aurez nos migrants ».

    Nous accordons notre solidarité aux arrêtés. Il n’existe pas de frontière entre les militants communistes : notre solidarité est internationale !

    Arrêter des personnes qui avaient obtenu l’asile 40 ans plus tard est une honte pour l’image internationale de la France et l’illusion que la France a de soi même (pays des droits de l’Homme, de la liberté, etc.). L’état français revient sur sa politique à la demande d’un autre état, alors que les procédures utilisées pour imposer les peines avaient été jugées, à l’époque, incompatibles avec les principes de l’État de droit français.

    Rien a changé dans le droit italien au cours de ces 40 dernières années. Au contraire, l’État italien a aggravé sa compression du droit de la défense.

    Aucun des détenus n’a été impliqué dans un quelconque acte reprochable par la justice durant cette période (40 ans, en fait !). De plus, on parle de personnes désormais âgées, toutes proches de 70 ans, qui ne représentent pas vraiment un danger pour qui que ce soit.

    L’empressement de l’Italie à se venger est déjà incompréhensible en soi, sur le plan historique et juridique.

    Mais que la France déchire la “doctrine Mitterrand”1 pour les réfugiés politiques de n’importe quel pays, sans aucune raison, est un précédent dangereux et honteux.

    Après la demande de l’Italie, les demandes de certains régimes dictatoriaux d’Amérique latine, d’Afrique ou d’Asie seront-elles également satisfaites ? Quelle sera la nouvelle limite ? Et comment les réfugiés d’un pays peuvent-ils être sûrs que le gouvernement français ne les extradera pas pour de basses raisons de “bon voisinage”?

    Liberté pour les exilés italiens arrêtés sans raison après 40 ans !
    La France doit réaffirmer les principes de la “doctrine Mitterrand” !
    La gauche française doit prendre position et arrêter cette barbarie vindicative !

    28/04/21
    Rete dei Comunisti (Italie)
    rdc.internazionale@gmial.com

    1 La doctrine Mitterrand consistait en la protection et la non extradition des réfugiés politiques Italiens d’extrême-gauche. D’après lui-même : il d’agissait d’accorder la protection avec ceux qui ont « rompu avec la machine infernale dans laquelle ils s’étaient engagés, ont abordé une deuxième phase de leur propre vie, se sont insérés dans la société française lors des années de plomb… ». Un des exemples est Cesare Battisti, avant qu’il ne se réfugie au Brésil, sa situation devant précaire. Les membres (présumés ou non) et ETA ont été les premiers a être victime d’un revirement progressif de l’Etat français dans le dossier.

  • Commémorons la Commune de Lyon !

    Commémorons la Commune de Lyon !

    Le 24 avril, nous avons pris la parole pour commémorer la Commune de Lyon. Le 27 avril 1870, dans le quartier populaire de la Guillotière, les communards et communardes se ont brandi le drapeau rouge et se sont insurgés contre l’ordre de Versailles. Leur exemple doit toujours nous inspirer : non pas comme un fétiche du passé, mais bien comme une esquisse de l’avenir. Un avenir sans exploitation, un avenir sans oppression, un avenir qui se dessine collectivement, qui s’écrit au pluriel, mais qui permet l’épanouissement de chacun et de chacune.

    Verbatim :

    Aujourd’hui, il est devient presque inutile de dire que la situation est dure. Cela se voit tout autour de nous, la pandémie est partout. Les actualités sont pleines de menaces, d’atrocités, de violences, de terreurs. Qui, aujourd’hui, peut regarder l’avenir sans avoir une boule au ventre ? Qui peut dire que demain sera meilleur qu’aujourd’hui ?

    Il faut le dire, la promesse d’un monde meilleur, la promesse d’un avenir radieux a été trahie.

    Regardons ce qui nous attends :

    Nous en avons tous assez des restrictions, oui, c’est vrai, nous voulons une vie à minima normale. Mais notre gouvernement n’a rien fait pour en finir avec elle. Il a pris des demi mesures, il a trouvé des quarts de solutions. Il n’a rien résolu.

    En pleine pandémie, le gouvernement veut mettre fin aux mesures de lutte contre celle-ci. Ce n’est pas un coup de génie. C’est un saut dans le vide. Notre gouvernement capitule : il n’est pas maître, il est exécutant. Il exécute les ordres de ceux qui ont réellement le pouvoir.

    Et pour cela, qu’importe si les contaminations restent fortes, qu’importe si des variants surgissent.

    Il se couche devant le pouvoir de l’argent. C’est pour cela qu’il ne mène pas sérieusement la lutte contre la pandémie. Car pour lui, l’important c’est de servir ses maîtres : les grands industriels, les grands banquiers, les grandes richesses. Leurs profits sont sacrés. Le reste est accessoire.

    C’est tout bonnement scandaleux !

    Alors que les plus riches deviennent et deviendront encore plus riches, qu’avons nous ? La promesse du chômage, de la précarité, la promesse de l’esclavage de la dette. Les banquiers se frottent les mains à cette idée! Rien ne rapporte plus que la misère.

    Mais ça, non, nous ne l’acceptons plus !

    Nous voulons trouver des solutions à ces maux ! Lesquelles ? Voter ? Nous avons vu le résultat ! Les politiciens et les politiciennes sont les agents ou les otages de nos bourreaux. Croire en un homme providentiel, un Napoléon ? Pour nous retrouver dans une dictature de plus ?

    Nous, nous avons foi dans la force immense du peuple, lui même, dans sa capacité a surmonter tous les obstacles. Nous croyons en un gouvernement du peuple par le peuple.

    Il y a cent cinquante ans, dans toutes les grandes villes de France, nous relevions la tête ! A Paris, à Marseille et à Lyon, le peuple avait décidé : il voulait exercer lui-même le pouvoir.

    Dans l’effondrement cataclysmique du Second Empire, vaincu par sa propre vanité, certains et certaines ont dit non. Non à ce cycle infernal de dirigeants pourris. Oui à une société différente.

    Le 27 avril, dans le quartier de la Guillotière, les insurgés proclamaient le point de départ d’une société nouvelle ! Sous le Drapeau Rouge de la Révolution, drapeau du peuple, drapeau de l’avenir !

    Dans les Communes, le peuple a exercé un pouvoir absolu. Il a balayé le vieux monde pour en construire un nouveau. Un monde de justice, un monde d’égalité, un monde de liberté. Mais une liberté réelle, pas celle qui consiste à choisir son exploiteur, mais celle qui consiste à choisir sa vie.

    Les communards ont effrayé terriblement les tyrans. A tel point que les gros richards de France et de Prusse se sont ligués pour l’écraser. Elle a péri dans le sang. Mais elle a donné naissance à une vague d’espoir nouveau. Un espoir d’un monde libre.

    Apprenons de son exemple.

    Assez des mensonges, assez de la dictature du profit, assez des jeux de politicards corrompus ! Nous, nous qui travaillons, nous qui produisons, nous qui soignons, nous qui éduquons, nous qui entretenons, nous qui nourrissons, nous faisons tout ! Et pourtant, quelle voix avons nous ?

    Ce sont toujours les mêmes, ces riches, fils et filles de riches, bourgeois et inutiles de générations en générations, ces grands noms, ces grands cartels, ces grands clans qui mènent la danse. Héritiers, banquiers, profiteurs, rentiers…

    Ce sont eux qui imposent que nous allions nous exposer au virus pour quelques sous. Ce sont eux qui imposent que nous allions tuer et nous faire tuer dans d’autres pays. Ce sont eux qui nous envoient les CRS lorsque nous osons trop les contredire.

    Mais les choses changeront.

    Nous croyons fermement que nous pouvons décider par nous même, construire par nous même, pour nous même. Sans maîtres, sans patrons, sans banquiers, sans CRS. Un esprit collectif, d’émulation, dans lequel nous pourrons réaliser nos aspirations et nos talents.

    Parler d’avenir positif sonne grotesque, et pourtant ! Nous pouvons y parvenir.

    Nous devons pour cela être organisés, soudés, chasser les haines et les divisions du peuple. Nous avons besoin d’être unis, et d’avancer ensemble.

    Nous, Unité Communiste, ne prétendons pas être la solution. Mais nous prétendons, avec nos amis internationaux des 5 continents, être un fragment de celle-ci. Être un point de départ. Mais les autres fragments de la solution, mais la grande transformation, c’est vous toutes et tous qui la portez aussi. Chacun est une pièce d’un puzzle immense dont l’image finale est une société nouvelle. A nous de le construire et de lui donner vie !

    Vive la Commune ! Vive un monde nouveau !

  • Communiqué de l’ATIK : Le génocide arménien continue !

    Communiqué de l’ATIK : Le génocide arménien continue !

    À la presse et à l’opinion publique,

    Le génocide arménien a commencé avec le meurtre planifié de plus de deux cents intellectuels arméniens enlevés de leur domicile le 24 avril 1915. L’État ottoman et son administration, le Comité Union et Progrès, sont responsables du massacre de plus d’un million d’Arméniens. Dans la période qui a suivi le 24 avril 1915, sous le contrôle de l’État, la géographie ottomane a été presque complètement « désarménianisée » par des massacres et des exils systématiques. Les femmes arméniennes et leurs enfants ont été réduits en esclavage. Toutes les économies des Arméniens ont été saisies, et tout leur patrimoine culturel a été détruit. Avec le génocide arménien, d’une part, l’Etat ottoman visait à accumuler du capital économique pour la nouvelle bourgeoisie nationale. Ceux qui ont réussi à échapper à toute cette oppression et destruction ont été dispersés dans le monde entier loin de leur ancienne patrie. Pendant cette période, d’autres peuples chrétiens d’Anatolie ont également tiré leur part de la politique génocidaire. Dans ce contexte, Seyfo, le génocide assyro-syriaque et le génocide de Pontus, ne peuvent être considérés comme séparés du génocide arménien.

    Que soit avant ou après 1915, dans le cadre des politiques pan-islamistes et panturquistes, l’État ottoman et le Comité de l’Union et du progrès ont systématiquement mis en œuvre des pratiques d’exil forcé, d’assimilation, de massacre et de génocide contre les peuples non musulmans sunnites et Turcs. Le dernier maillon du génocide, et l’indicateur le plus important de la continuité du crime, est la négation de celui-ci. La République de Turquie qui a fondé son existence et son capital sur ce crime contre l’humanité, poursuit encore à ce jour leurs politiques de déni, d’assimilation et la destruction. À cet égard, l’histoire de la République de Turquie est une histoire de massacre et de génocide. Comme nous l’avons vu dans d’innombrables exemples tels que les massacres de: Trakya Pogromu (1934), Dersim Tertelesi (1938 ), Varlık Vergisi (1942), 6-7 Eylül Pogromu (1955), Koçgiri (1921), Zilan (1930), Maraş (1978), Sivas (1993), Roboski (2011) ve Cizre (2015), ces politiques d’oppression et d’anéantissement ethnique se perpétuent et visent tous les peuples et groupes de croyances.

    Aujourd’hui, des politiques d’anéantissement, de déni et d’assimilation sont toujours menées contre le peuple arménien. Les exemples les plus récents, et concrets de cette politique sont les meurtres d’Hrant Dink, Maritsa Küçük et Sevag Balıkçı. Dans ce pays, tuer des Arméniens est toujours légitime aux yeux de l’État, comme c’était le cas en 1915. Avec la 2ème guerre du Karabakh, la République de Turquie a annoncé au monde entier que les objectifs panturquistes centenaires de l’État sont également au goût du jour. Pendant la guerre, l’Azerbaïdjan et la République de Turquie ont fait des déclarations suggérant un génocide et un nettoyage ethnique, et des slogans racistes ont été prononcés par les personnes les plus autoritaires. Après guerre, il a été tenté de »consacrer » la mentalité génocidaire ouvertement avec le « musée », qui a été ouvert à Bakou et expose les biens des soldats arméniens qui ont perdu la vie. Les rêves de domination et d’impérialisme des classes dominantes de la République de Turquie, ne sont pas dédiés qu’aux Arméniens, mais concernent aujourd’hui le Rojava et le peuple kurde, la Syrie, l’Irak, la Libye, le Liban, Chypre, l’Ukraine et de nombreuses autres géographies. Il exporte directement ou indirectement la guerre, nourrit et organise des gangs djihadistes et condamne à mort et à la pauvreté tant son propre peuple que les peuples de la région.

    Alors que l’État ottoman et la République de Turquie ont commis tous ces crimes contre l’humanité, d’autres puissances impérialistes qui les soutiennent ou restent spectatrices sont complices. L’Empire allemand, qui était un allié de l’Empire ottoman pendant le génocide arménien et qui dirigeait l’armée ottomane par son état-major, est sans aucun doute l’un des principaux responsables de ce crime contre l’humanité. L’Assemblée fédérale d’Allemagne a reconnu le génocide en 2016 et a avoué sa participation. Cependant, l’abjecte coopération entre l’Allemagne et la République de Turquie se poursuit encore. Aujourd’hui, les armes allemandes sont toujours utilisées pour des crimes contre l’humanité envers le peuple kurde; les droits de l’homme font toujours l’objet de négociations douteuses.

    Ce programme de massacre n’a fait qu’apporter plus de pauvreté et de misère sociale aux peuples. La négation du génocide est le plus grand obstacle à un avenir pacifique. Tant que le déni se poursuit, le génocide et les massacres se poursuivront; pour se débarrasser de ce cycle de violence, l’Etat Turc doit être confronté aux crimes contre l’humanité sur lesquels il a été construit, en particulier le génocide arménien et assyro-assyrien. La principale raison du génocide politique, physique et culturel de l’État turc contre le peuple kurde au cours des 100 dernières années provient de la négation de ces massacres. Il est clair que les peuples doivent mener une lutte commune et déterminée pour surmonter toutes ces injustices. Cette lutte sera également la base de la paix, de l’égalité, de la coexistence, et de la liberté.

    En tant qu’Union démocratique des forces d’Europe, nous honorons la mémoire de toutes les victimes du génocide. Nous déclarons une fois de plus à l’opinion publique que nous continuerons résolument notre lutte pour la vérité et punir les responsables, et ainsi de garantir la justice.

  • Loi « Sécurité globale » : la France comme Etat policier

    Loi « Sécurité globale » : la France comme Etat policier

    Dans une assemblée aux 3/4 déserte, la « Loi Sécurité Globale » vient d’être votée. Elle est une nouvelle étape dans le durcissement de la répression policière. Avant toute chose, nous tenons à manifester notre soutien aux victimes de violences policières, et à tout-e-s celles et ceux qui sont en combat contre l’institution de la justice.

    Nous pensons que pour aborder cette loi, il faut la recontextualiser :

    Il est parfois difficile d’avoir du recul sur la nature du système dans lequel nous vivons. La démocratie française est présentée, notamment au travers de l’enseignement scolaire, comme le modèle de la démocratie et de la liberté. Pourtant, elle possède des dispositifs de répression sociale redoutables. La police, en tant qu’outil du maintien de l’ordre, est construite, à l’instar de l’Etat, comme un moyen permettant d’assurer la domination d’une classe (celle des exploiteurs) sur les autres (principalement les exploité-e-s, mais aussi des classes intermédiaire qui vivotent plus ou moins bien.). Il existe des policiers et des policières idéalistes, épris de justice. Mais ils passent à la moulinette d’un système qui sélectionne les plus brutaux et les plus agressifs pour les envoyer au contact, au maintien de l’ordre. Soit les autres s’orientent vers d’autres fonctions (police criminelle par exemple), soient ils se retrouvent broyés par la machinerie, démissionnant ou se réduisant à l’autodestruction.

    Mais la répression a aussi une histoire.

    Petit retour en arrière :

    En 1800, Napoléon, pas encore empereur (mais déjà dictateur) créé les préfectures de police . Les fonctionnaires nommés – échappant donc au contrôle démocratique direct – ont pour vocation de contrôler la population, à la fois par les statistiques et la surveillances, mais aussi par la mise en place des politiques de répressions physiques pour lutter contre les troubles révolutionnaires.

    Pendant la révolution de 1848, le métier de  » garde mobile » est fondé. Ces gardes remplacent désormais les milices bourgeoises, jugées trop conciliantes envers les révolté-e-s. Le travers de ces forces de combat : elles sont basées sur des volontaires locaux, et on leur demande de surveiller voir punir leurs voisin-e-s. Il faut donc les remplacer par d’autres, isolées du peuple, dressées en caserne, sélectionnées pour leur agressivité, et lâchées sur les plus pauvres pour les mater.

    En 1941, sous le régime de Vichy, la France met en place un système de police centralisé : la Police Nationale. Cette centralisation de la Police sous autorité administrative est rare. Dans la plupart des pays, la gestion de la répression se détermine au niveau municipal.

    En 1944, le gouvernement français créé les CRS(Compagnies Républicaines de Sécurité). Ces unités permettent de ne pas dépendre de l’armée ou de la police, supposément noyautés par le PCF pendant la guerre puis l’épuration. En effet, le corps des inspecteurs, grandement renouvelé, comprend un nombre important d’encartés PCF. Les services de renseignement de l’armée sont presque entièrement entre les mains des communistes. Ce corps nouveau, employant d’ailleurs d’anciens collaborateurs nazi(d’où le slogan CRS = SS), et construit pour briser les grèves de l’après guerre.

    En 1958, l’échec de la IVe République pendant la Guerre d’Algérie, pourtant peu avare de violence, provoque une crise :le coup organisé par les généraux français à Alger oblige à repenser la structure de l’Etat. La réponse à cette crise arrive avec le retour du général de Gaulle. En France, cet événement est salué comme une transformation positive des institutions étant donné le caractère chaotique de la IVe République. Aujourd’hui, il est toujours présenté comme tel. Partout ailleurs dans le monde, l’acte est compris comme un coup d’Etat.

    De Gaulle dote la Ve République de moyens de contrôle extrêmement puissants et verticaux. Ces moyens militaristes constituent le système dans lequel nous sommes encore actuellement, une machine de guerre étatique : elle tient plus du Second Empire que de la IIIe République.

    Il nous faut aussi préciser quelque chose d’essentiel : l’expérience des guerres coloniales (Indochine tout d’abord, mais aussi Madagascar, puis l’Algérie) n’est pas perdue. Elle constitue un héritage toujours vivace dans le traitement du maintien de l’ordre. Cet héritage colonial n’est pas que technique. Il est aussi culturel. Les traditions se perpétuent, et la détestation des ex-colonisé-e-s en fait partie.

    Entre 1958 et aujourd’hui, plusieurs nouveaux systèmes ont été intégrés pour parfaire l’appareil répressif. Mais tant que l’économie va bon train, durant les 30 glorieuses, il n’était pas forcément nécessaire d’opérer des bouleversements importants au sein du système de police. Après les chocs pétroliers de 1973 et de 1979, l’arrivée de puissants ministres de l’intérieur, comme Charles Pasqua, permet d’augmenter encore la puissance de l’appareil policier. Pasqua, d’ailleurs annonce qu’il couvrira les bavures policières, lorsqu’ils montent à l’assaut des manifestants et des manifestantes. En 1986, le meurtre de Malik Oussekine l’oblige cependant à rétro-pédaler. Régulièrement les ministres de l’intérieur, tel Nicolas Sarkozy, lorsqu’il était ministre de l’intérieur, couvrent de cadeaux et de tendresse la police. Ils savent quel rôle elle joue pour la stabilité du système.

    Il faut noter que l’Etat est extrêmement talentueux pour pouvoir employer des « avancées » contre sa population. Deux exemples extrêmement parlants : le fichage ADN et le LBD (Lanceur de Balle de Défense). Le premier est initialement prévu pour ficher les délinquants et criminels sexuels. Il doit permettre d’identifier les auteurs de ces actes pour permettre de lutter contre toute récidive. Entamé en 1998 il est étendu progressivement à la quasi totalité des délits, et elles sont rarement rabotées. En 2015, 3 006 991 personnes sont répertoriées. 450 000 ont eu une condamnation. Il y a donc 2 550 000 illégitimes au regard même de la loi.

    Le LBD, quant à lui, a été vendu comme une arme non létale. Il devait donc logiquement permettre le limiter le nombre de morts ou de blessés graves. En réalité, il a surtout servi à combler le vide entre la matraque et la grenade, générant une transformation tactique spectaculaire. Alors que l’arme de l’intervention policière était le choc, au bouclier ou à la matraque, elle devient le feu : les tirs serrés des LBD allongent la portée des CRS, de la BAC ou d’autres forces spéciales. En fait de létalité atténuée, la violence est décuplée : les blessures graves sont légion. On en recense 2000 rien que pendant 1 an de manifestation Gilets Jaunes.

    Mais les tragédies aussi permettent aux plus réactionnaires d’avancer leurs pions.

    Manuel Valls, après les attentats de 2015, propose une véritable rupture : une partie des fonctions répressives sont déléguées à l’administration. Le préfet peut désormais se substituer au juge pour réaliser certaines actions de restriction des libertés publiques. Il peut prononcer des interdictions de séjour, des interdictions de paraître, des interdictions de manifester. Dans certains cas, il peut notamment prononcer des interpellations préventives, basées sur le délit d’intention. C’est une porte ouverte à un durcissement légal extraordinaire.

    Notre Etat : une machine de guerre.

    On le comprend : notre régime est finalement un système qui possède une interface démocratique, mais qui est également constitué d’une technostructure permettant très rapidement de passer de la démocratie libérale à la dictature et de répondre aux menaces intérieures.

    La loi sécurité globale s’inscrit dans cette continuité. Elle dote la police d’une puissance toujours plus importante, d’une capacité d’action toujours plus grande, que ce soit en termes de matériel (LBD, drones…) ou de violence. Et elle restreint encore progressivement le champ des libertés publiques et politiques.

    Les polices municipales vont pouvoir être dotées de prérogatives plus grandes. Il s’agissait notamment d’une demande de la part des mairies d’extrême-droite, comme celle de Béziers, qui peuvent ainsi professionnaliser leurs milices personnelles (composées de citoyens lambda), souvent recrutées sur des critères de proximité politique, les entraîner et les équiper. Doter les polices de plus de pouvoir accroît la judiciarisation des rapports entre administrés et police locale : la police municipale pourra mettre des amendes à tour de bras, et y compris assurer certaines fonctions relevant de la police judiciaire. Ils reflètent une stratégie de montée en violence dans les rapports sociaux.

    Les images sont au centre de ce projet : l’article 22 indique notamment que les préfets pourront déployer des drones de surveillance de manière préventive, « dans des lieux exposés à des risques d’agression, de vol, de trafic de stupéfiants, autour de zones frontalières, pour lutter contre leur franchissement irrégulier  » mais aussi lors d’opérations de maintien de l’ordre, [ou] dans le cadre de poursuites pénales sur décision du procureur ou du juge d’instruction. » Il en est de même pour l’utilisation de la vidéo surveillance par caméra « classiques », dont les images pourront être plus aisément réquisitionnées.

    Ce champ très large signifie donc que l’ensemble des activités sociales et militantes pourront être davantage mises sous surveillance, voir servir à la constitution de dossier dans le cadre d’une procédure future.

    En revanche, la loi est toujours floue quant à la question de filmer la police. Si le droit est maintenu, il se double de questionnements. En effet, lutter contre la « guerre des images » est, selon le co-rapporteur « notre première préoccupation ». Il faut qu’elles ne servent pas à un usage « malveillant ». Or, informer sur les instruments de répression de l’Etat, est-ce malveillant ? Aux juges d’en décider…Et leur réponse peut bien s’avérer un couperet acéré.

    Une des nouveauté de cette loi est que les policiers et les gendarmes en civil pourront aussi porter leur arme de service au sein d’établissements recevant du public. Cette mesure ne peut qu’alimenter une certaine anxiété, notamment du fait d’avoir des personnes armées sans identification. Mais aussi du fait du comportement même des porteurs et des porteuses de ces armes, qui est parfois loin des canons du code de déontologie.

    D’autres mesures plus anecdotiques existent aussi : notamment les suppressions des réductions de peine pour les détenu-e-s condamn-é-e-s pour des violences contre les forces de l’ordre, mais aussi pour les violences contre les surveillants de prison.

    On le devine aisément, ces mesures correspondent à deux buts : premièrement poursuivre le durcissement de la politique de répression, durcissement qui épouse étroitement la santé économique du régime. Les attaques sur le niveau de vie et sur les droits économiques entraînent des troubles politiques.

    Deuxièmement, elles ont un caractère clientéliste : elles sont le reflet des désirs de la police. Plus de liberté d’action, plus d’impunité, plus de moyens… Elles sont les réponses zélées de la part de la bourgeoisie à ses gardes.

    Il y a lieu de s’inquiéter de ces lois. Elles contribuent à précipiter l’effritement des libertés politiques et démocratiques. Elles montrent que le système se prépare à une épreuve de force. Il serre les rangs, notamment car il ne séduit plus et ne propose plus d’espoir.

    Et nous, que faisons-nous pour y répondre ?

    Nous sommes chaque fois davantage mis au pied du mur. Nous le savons, au moins confusément. Militer, lutter en 2021 ne ressemble pas -et ce, pandémie ou non !- à la manière dont il était possible de militer et de lutter 10 ans, 20 ans auparavant. La trajectoire que nous suivons nous amène vers une issue terrible.

    La trahison de la gauche réformiste, sous le prétexte du « moindre mal », a laissé progressivement la situation se dégrader, et a laissé passer des mesures de plus en plus réactionnaires. Composant entre les intérêts de la bourgeoisie et celle des exploité-e-s, elle a en réalité servi les premier et desservi les suivants. Au moins la droite avait la politesse de nous informer de son programme avant de l’appliquer.

    Le pouvoir politique réel, n’est pas dans l’urne, mais il est dans le contrôle concret des institutions. Et ce contrôle échappe justement au vote ou autres délibérations citoyennes. Le cœur du capitalisme français, et ses ramifications internationales, est trop important pour qu’on laisse le peuple dire son mot.

    Les issues politiques ne sont pas légion. Mais elles existent.

    Nous payons une lourde addition, notamment celle de notre faiblesse.

    La place de la France comme pays dominant au niveau mondial permet d’avoir un espace démocratique. Mais il se réduit progressivement. Nous devons en prendre conscience et agir en conséquence. Le sectarisme, l’ignorance mutuelle, les jeux de boutiquiers et de boutiquières, doivent être des pratiques du passé. Nous ne pouvons plus nous les permettre lorsque les enjeux sont si grands.

    Nous pensons que les événements politiques publics seront aussi des baromètres des capacités des organisations politique à faire front commun, que ce soit dans l’antifascisme, la lutte politique, l’anti-impérialisme et la lutte sociale. Nous pouvons en faire des victoires, des points d’appuis pour reconstituer un camp du peuple, dans un esprit unitaire et de synthèse.

    Ou nous pouvons continuer comme avant, nous nier, nous ignorer, et perdre. Cette responsabilité est la notre.

    Plus que jamais, nous pensons que la solidarité intra-militante est nécessaire. Nous ne pouvons plus nous ignorer ou nous regarder en chiens de faïence, sous prétexte de désaccords théoriques ou pratiques. Nous avons la responsabilité de lutter ensemble contre la police. Il est plus qu’essentiel de concentrer nos force sur la défense de notre camp ; cela peut passer par la connaissances de ses droits, afin de prévenir/se défendre en ligne comme sur le terrain. Nous soutenons et encourageons les collectifs de défense judiciaire, comme @relax69, @défensecollective,@observatoiredesviolencespolicières….. Et nous redoublons notre soutien aux victimes de crimes policiers: ni oubli, ni pardon. Nous vous invitons à considérer votre propre sécurité. Des conseils comme ceux-ci peuvent être salutaires.

  • Pour un premier mai 2021 combatif et révolutionnaire

    Pour un premier mai 2021 combatif et révolutionnaire


    L’an passé, la pandémie a rendu la tenue les manifestations du premier mai impossible. Seules quelques initiatives locales ont pu exister. Date repère pour tous ceux et toutes celles qui luttent, nous célébrons le premier mai nos droits et l’histoire ouvrière. Il est essentiel que notre camp soit ce jour uni, fort et solidaire.

    Nous entrons chaque année davantage dans un nouveau temps des troubles.

    La crise économique continue, causant une pauvreté toujours plus féroce. La pandémie a agi sur elle comme un catalyseur. La société se polarise entre une petite clique d’hyper-riches toujours plus riches, et une population immense individus vivant ou survivant dans l’indigence.

    La pression de la future crise écologique mondiale s’accentue. Impossible d’imaginer un avenir sans songer à ce véritable mur vers lequel nous fonçons. De plus, l’épuisement de certaines ressources et la guerre commerciale pour d’autres accroissent les tensions internationales. Elles n’ont jamais été aussi fortes depuis les crises de la Guerre Froide.
    Lorsque l’économie et la géopolitique sont mauvaises ,la vie politique en pâtit. Toutes ces raisons font que la démocratie s’étouffe . Les discours d’aujourd’hui se peuplent progressivement de rhétoriques et de jargons issus de l’extrême-droite. Incapables de répondre à la crise qu’ils ont provoquée, les gouvernements à la solde des grands exploiteurs préfèrent trouver des victimes expiatoires.
    La xénophobie, le racisme, le conspirationnisme sont les moyens de faire oublier qui sont les vrais responsables : des banquiers, des grands capitalistes, des exploiteurs «bien de chez nous ».

    Des lois toujours plus dures s’abattent sur nous. On nous prive de droits, on nous prive de libertés – et nous ne parlons pas des désagréments de la lutte
    contre la pandémie, mais bien des droits politiques ! Dès les prochaines élections, la question qui nous sera posée sera la suivante : extrême droite soft ou extrême-droite hard ?

    Nous ne voulons et nous ne pouvons pas rester sans rien faire. Nous, militants et militantes communiste, n’acceptons pas cette situation. Nous voulons
    lutter, nous voulons nous battre. Défendre nos droits, en gagner de nouveaux, mais aussi et surtout transformer le monde. 150 ans après la Commune de Paris, ce premier mai est une date importante. Cette date nous permet de renouer avec notre combativité et notre espoir, et notre force.

    Nous voulons poser ouvertement la question : dans quel régime voulons nous vivre ? Un régime capitaliste exploiteur, corrompu, incapable de subvenir aux besoins de la population ? Ou voulons nous autre chose ?

    En ce premier mai, il nous paraît important de lancer un large appel à marcher ensemble. Nous voulons rompre l’isolement, nous voulons rompre avec la défiance. Nous ne sommes pas des boutiquier-e-s, des petits commerçant-e-s se faisant concurrence.
    Nous sommes des militantes et des militants qui voulons renverser l’ordre capitaliste.

    Nous vous proposons de marcher ensemble ce premier mai dans un cortège
    internationaliste et révolutionnaire.

    🔻Révolutionnaire car notre démocratie est une mascarade.
    De votes en votes, d’élections en élections, nous voyons quelles sont les limites de celle-ci. D’une part car nous votons pour des professionnels de la politique, qui n’ont jamais rien fait d’autre.
    D’autre part car, en réalité, ils sont là avant tout pour exécuter les ordres des grands cartels industriels et bancaires : Orena, Dassault, Total, BNP-Paribas… S’il existe quelques marges de manœuvre, une vérité s’impose : on ne vote pas sur l’essentiel.
    La démocratie s’arrête aux portes de l’intérêt.
    Nous voulons un autre régime : un régime de démocratie populaire, basé sur une souveraineté absolue des exploité-e-s: une démocratie du peuple, par le peuple, contre les ennemis du peuple !

    🔻Internationaliste car les maux que nous rencontrons sont les maux de la terre entière.
    La France est une puissance impérialiste qui tire sa richesse de sa domination sur d’autres pays, particulièrement en Afrique. Elle est aussi dans une série d’alliances avec d’autres puissances impérialistes qui possèdent leur propre sphère d’influence (avec les USA dans l’OTAN, avec l’Allemagne dans l’UE…etc.). Elles combattent d’autres puissances et d’autres pays, soit pour contrer leurs plans (Russie, Chine), soit pour les asservir et les intégrer sous sa coupe (Syrie, Libye).
    Nous luttons en premier lieu contre notre propre impérialisme à la fois parce qu’il est notre premier bourreau, mais aussi parce
    qu’il est celui contre lequel nous pouvons avoir une action. Mais nous faisons aussi partie
    d’un vaste front anti-impérialiste mondial : chaque défaite d’une puissance est aussi la
    possibilité d’un espace de liberté : l’exemple du Rojava, au nord de la Syrie, l’illustre.

    Ce premier mai peut être un nouveau premier mai comme les autres, un immuable rituel. Ou il peut aussi être l’occasion d’affirmer une volonté conjointe de lutter ensemble, de travailler ensemble, de gagner ensemble.

    Cela ne dépend que de nous.

    Pour un premier mai 2021 combatif et révolutionnaire !

  • Déclaration de la Campagne Internationale pour la libération du prisonnier Georges Ibrahim Abdallah

    Déclaration de la Campagne Internationale pour la libération du prisonnier Georges Ibrahim Abdallah

    Rassemblement du 7 avril 2021 devant l’ambassade de France à Beyrouth

    Le 02 avril 2021, il y a cinq jours, Georges Abdallah a eu soixante-dix ans. Georges Abdallah a passé plus de la moitié de sa vie dans les prisons françaises. Aujourd’hui, l’espoir de la libération de Georges Abdallah est de nouveau ravivé si l’on en juge de la prise en compte sérieuse de l’affaire par l’Etat libanais. Dans le même temps, la question des excuses de Georges Abdallah est à nouveau soulevée par la France.

    Le dernier chapitre de toute cette histoire qui depuis ses origines tente de liquider la pensée de Georges Abdallah, s’écrit avec la visite du président français à Beyrouth, à la suite de l’explosion du port. Et où ce dernier cherche à profiter de ce moment douloureux pour le peuple libanais afin de s’ériger en sauveur du peuple face à la corruption systémique au Liban.

    La corruption en France prend au moins deux formes :

    • d’un côté, elle est généralisée à toutes les strates du pouvoir et elle s’étale au vu et au su de tous.
    • de l’autre, elle s’immisce insidieusement dans les institutions de l’Etat et sert notamment de levier pour tenter de pervertir l’esprit militant de Georges Abdallah et de souiller son image de résistant.

    La première forme de corruption est très simple à illustrer. Citons simplement les affaires suivantes :

    • François Fillon – rival d’Emmanuel Macron aux élections présidentielles françaises et ex Premier ministre – n’a-t-il pas été exclu de la course présidentielle pour des faits assimilés à de la corruption.
    • L’ex-président français, Nicolas Sarkozy, n’a-t-il pas été reconnu coupable récemment dans une affaire de corruption et de trafic d’influence ?
    • Sans parler de l’ancien et du plus célèbre président français Jacques Chirac qui a été condamné pour une affaire de détournement de fonds.

    Ces quelques exemples démontrent à eux seuls et de manière claire que la corruption sévit dans les plus hautes sphères du pouvoir de l’État français.

    Les racines de cette corruption sont si profondes qu’elle va même jusqu’à se saisir et manipuler la conscience du peuple français : par-là est ainsi fomentée de toute pièce une « opinion publique française » à qui il s’agit de faire gober des décisions de justice fallacieuses ; par-là, on réussit à faire endosser au pouvoir judiciaire des décisions purement politiques ; par-là enfin on fait en sorte que le peuple de France serve et soutienne les intérêts étasuniens et sionistes.

    Georges Ibrahim Abdallah est un combattant arabe libanais internationaliste. Il s’inspire d’une idéologie laïque de gauche dont l’un des trois fondements se réfère aux premiers socialistes de France. Ceci, vous le savez bien et pour autant tout l’empire médiatique français – avec à sa tête le célèbre journal Le Monde – vise à dénaturer ces faits et à les falsifier.

    Au moment de son incarcération, vous avez tout fait pour avilir l’image de Georges Abdallah, alors qu’il était à cette époque placé à l’isolement total, enfermé dans une cellule individuelle pendant deux ans. Vous avez alors fait de lui, à l’époque, le fils du clan Abdallah appartenant à une tribu… Tout cela a été bien ficelé pour in-fine lui infliger des peines maximales. Vous êtes même allés jusqu’à prétendre que Georges était un extrémiste musulman, tout simplement parce qu’il respectait le jeûne et partageait avec ses codétenus musulmans le repas de rupture du jeûne. Pour vous, ce clan avait les bras longs : son influence se serait étendue du village d’Al Qobayat à Paris. Parmi toutes ces fabulations et histoires montées de toutes pièces par la presse officielle française (en coordination avec vos cercles de pouvoir corrompus), il a même été affirmé qu’un aéroport aurait été créé dans notre village d’Al-Qobayat : c’est de là que seraient partis le soir les membres du clan Abdallah pour aller déposer leurs bombes à Paris la nuit ; et ils seraient rentrés ensuite au petit matin à Al-Qobayat pour s’afficher devant les médias et faire croire à leur innocence. Il a fallu attendre que des officiels français partent à la retraite et osent s’exprimer pour connaître dans les moindres détails tous les ressorts de cette machination politico-médiatique.

    L’administration française voudrait garder le Liban telle qu’elle l’a fondé avec ce modèle reposant sur une confrontation continuelle entre bandes rivales, confessionnelles et tribales – le tout sous le joug et la direction du capitalisme français et international. Il s’agit juste aujourd’hui de le remodeler selon leurs intérêts actuels.

    Cette machination éhontée menée contre Georges Abdallah n’a été démasquée qu’après une longue période passée sous silence. Les avant-gardes militantes de France, solidaires avec la cause juste de Georges Abdallah, l’ont révélée ! Elles ont alors montré votre totale complicité et ont dénoncé ces pratiques qui ne peuvent que porter atteinte au peuple de France et insulter sa dignité. Ces avant-gardes n’ont eu de cesse, depuis lors, d’exiger la libération de Georges Ibrahim Abdallah !

    Ce groupe d’hommes et de femmes engagés dans la lutte pour la libération de Georges Abdallah représente la fierté de la France. Le groupe de députés qui revendique la libération de Georges Abdallah, est-il à vos yeux, une branche de ce que vous nommez le « clan Abdallah » ? De même, le Parti communiste français est-il une branche du clan Abdallah ? Les acteurs syndicaux et culturels français sont-ils une branche du clan Abdallah ? Enfin, les conseils municipaux qui ont élevé Georges Abdallah au rang de citoyen d’honneur de leur ville l’ont-ils fait pour Georges Abdallah en tant que chef de clan ? Ces derniers et bien d’autres ont demandé et demandent toujours au président de la République française de libérer Georges Ibrahim Abdallah immédiatement et sans condition : ils le font certainement par amour pour lui, indéniablement en soutien à son combat et à sa résistance mais aussi peut-être pour sauvegarder l’image et la dignité du peuple militant de France. Grâce à leur combat, peut-être qu’un jour la justice française sera enfin libérée de l’influence étasunienne et sioniste.

    Quant au Liban… Peut-être n’avez-vous pas vu le portrait du résistant Georges Ibrahim Abdallah, hissé dans toutes les manifestations et soulèvements populaires ? Vous savez certainement que le peuple libanais aspire plus que tout à son émancipation et à la souveraineté nationale du Liban : ce combat, Georges Ibrahim Abdallah l’a toujours revendiqué, il en est le symbole vivant !

    M. Macron, quelle arrogance à vouloir vous ingérer dans les affaires d’autres États ! Mettez fin avant tout à la corruption qui gangrène votre propre pays… Le peuple libanais sait parfaitement comment régler ses comptes avec ses propres dirigeants. Réalisez plutôt dans votre pays des projets de développement qui répondront aux revendications du peuple de France pour contrer la sauvagerie de ce capitalisme moribond, au lieu d’essayer d’humilier les Libanais avec vos cartons de dons livrés par votre porte-avion et 700 de vos soldats sous la direction de votre Ministre des armées. « Vive Napoléon ! Vive les Saucissons ! ».

    Rappelez-vous M. Macron ! Il s’agit du Liban ! Beyrouth a certes été en guerre et en flammes mais elle n’a jamais hissé le drapeau blanc. Elle a subi quatre-vingt jours de bombardements intensifs israéliens durant lesquels ont été utilisées les dernières innovations technologiques militaires occidentales pour tuer des civils et détruire nos villes et villages. Toutes ces armes ont été livrées grâce à un pont aérien créé pour l’occasion entre les Etats-Unis et Tel-Aviv. On a alors dénombré des centaines de milliers de morts, de blessés et de déplacés alors qu’au même moment, vous décoriez, des médailles de la démocratie et de la paix, les chefs sionistes responsables de ces crimes. Et vous osez demander à Georges Ibrahim Abdallah de présenter ses excuses ! C’est à vous de présenter vos excuses d’abord envers votre peuple puis auprès des victimes de vos politiques.

    Au nom des manifestants ici présents ; au nom de ceux qui ont éreinté leur voix durant des décennies en manifestant pour exiger la libération de Georges Abdallah ; au nom de ces jeunes femmes et de ces jeunes hommes venus des quatre coins du pays : de l’extrême nord, du sud, de la Bekaa et de la montagne ; au nom des personnes, nombreuses, qui ne connaissent pas Georges en personne mais qui se revendiquent de ses idéaux et les chérissent, voici ce que nous affirmons tous aujourd’hui : monsieur le président, apprenez que les Hommes meurent mais leurs idéaux, eux, ne meurent jamais !

    Georges Ibrahim Abdallah ne se reniera jamais ! Les âmes héroïques ne se renient pas !

  • STOP à la répression contre le mouvement kurde ! PAS de collaboration avec le fascisme de l’État turc !

    STOP à la répression contre le mouvement kurde ! PAS de collaboration avec le fascisme de l’État turc !

    Communiqué du Collectif Internationaliste Marseille Solidarité Kurdistan

    Répression et attaques contre le mouvement kurde (et ses militant.e.s)…

    Mardi 23 mars dernier, 10 personnes de la communauté kurde ont été interpellées et arrêtées par la brigade antiterroriste : 2 à Paris, 2 à Draguignan et 6 à Marseille. Leurs domiciles ont été violemment perquisitionnés, ainsi que le siège de l’association kurde à Marseille. Elles sont officiellement accusées de participation à une association de malfaiteurs, de financement d’une organisation terroriste et d’extorsion en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste. Il semblerait qu’une enquête, en cours depuis plusieurs mois soit à l’origine de ces arrestations. 
    Cette semaine, nous n’avions que très peu de nouvelles des camarades incarcéré.es : 3 ont été relâché.es, une personne sans contrôle judiciaire et deux sous assignation à résidence (une sous contrôle judiciaire simple, et une sous bracelet électronique). Elles ne peuvent ni être en contact avec certaines personnes ni sortir autour d’un certain périmètre (avec interdiction formelle de se rendre au Centre Démocratique Kurde de Marseille). Aujourd’hui, les sept personnes encore en détention sont réparties dans différentes prisons de haute sécurité dans les environs de Paris. Elles sont passées devant le JALD (juge administratif des libertés et de la détention) mais leurs demandes de sorties ont été refusées sous prétexte de risque de récidive. Elles vont donc rester en détention provisoire jusqu’à la date encore incertaine de leur procès, sachant que cela peut durer des mois. Au moins trois des personnes ont une santé fragile (leucémie, problèmes cardiaques…) et leur état n’est pas compatible avec une détention. 
    Il s’agit d’un des plus gros coups de filet de la police française dans les réseaux militants kurdes ces dix dernières années, et il intervient quelques jours après un échange téléphonique entre Macron et Erdogan et une rencontre de leurs 2 ministres des affaires étrangères, en plein Conseil Européen sur la géopolitique internationale.
    La pression sur la communauté kurde est constante : la même semaine, près d’une centaine de personnes d’origine kurde ont été convoquées dans différents commissariats, partout en France. A Paris, la même semaine Vedat Bingol, ancien président du Conseil Démocratique Kurde a été convoqué pour outrage à Erdogan et propagande terroriste. 

    De plus, la répression en France sur les demandeurs et demandeuses d’asile ainsi que sur les réfugié.e.s kurdes s’accentue : en septembre 2020 Memet Yalçin a été renvoyé en Turquie alors qu’il était enregistré en tant que demandeur d’asile depuis plus de dix ans ; Huseyin, alors détenu en Centre de Rétention, écope de trois mois de prison pour ne pas avoir fait le test anticovid afin d’empêcher les autorités françaises de le livrer à la Turquie. 
    Ceux et celles qui ont le statut de réfugié.e.s politiques se retrouvent souvent menacées de ne pas voir reconduit leur titre de séjour après expiration, ou bien même de se le voir retirer, et ce malgré sa validité en cours. 

    Nous venons d’apprendre, ce samedi 3 avril, qu’un groupe de fascistes turcs, les Loups Gris (supposé être interdit en France) a attaqué le centre kurde à Lyon armés de barre de fer, saccageant tout sur leur passage et faisant 4 blessé-es.

    Une collaboration entre l’état français (et les états européens) et l’état turc selon leurs intérêts géostratégiques

    Encore une fois, les kurdes servent de monnaie d’échange aux tractations entre l’Europe et la Turquie dans le but d’améliorer les relations entre la France et Ankara. 
    C’est grave et ces arrestations soulèvent plusieurs points qu’il nous semble important de questionner. 
    La France accorde l’asile à des personnes venues se réfugier sur son territoire pour raisons politiques et fuir un régime totalitaire. Mais à la demande de ce même régime, pour apaiser ses relations diplomatiques et obtenir des intérêts géostratégiques, elle les arrête par la suite, au motif de leurs activités en faveur des droits humains dans leurs pays d’origine, qualifié de terrorisme. 
    Rappelons que la communauté continue de subir, en europe, des menaces et des attentats extra-nationaux orchestrés par les services de renseignement turcs (MIT), à l’instar de l’assassinat des trois femmes et militantes kurdes à Paris en 2013, dont les commanditaires, bien qu’identifiés, n’ont pas été inquiétés par la justice. 
    Par ailleurs, la France soutient et accompagne logistiquement les forces résistantes kurdes qui se battent sur le terrain contre l’État Islamique et ont en charge la gestion du camp où sont enfermés les détenus djihadistes français et leurs familles dans le Nord de la Syrie3. D’un côté, l’état et son armée soutiennent les kurdes lorsqu’il s’agit de combattre le terrorisme islamique, de l’autre, et pour obtenir des faveurs d’Erdogan. Il les arrête et les emprisonne pour terrorisme. Ces arrestations de militant.es kurdes sur le sol français ne sont rien de moins qu’une trahison d’une ignoble hypocrisie. Pour asseoir ses intérêts, la France n’hésite pas à pactiser avec les dictateurs au mépris des droits humains et de ses engagements envers les kurdes. 

    Une répression pour anéantir un projet de société alternatif

    Le triple féminicide de Sakine, Fidan et Leyla perpétré à Paris par un membre du MIT (service secret turc) n’est pas dû au hasard : il concerne trois militantes kurdes luttant pour le droit des femmes. Sakine a inspiré et a eu un rôle important dans le mouvement des femmes kurdes. L’objectif de l’état turc était d’anéantir le PKK et le projet émancipateur qui le caractérise. A savoir que le gouvernement turc multiplie les réformes patriarcales, défavorables aux femmes, et laisse impunis les crimes commis envers elles4.

    Si les femmes ont une place primordiale au sein des mouvements kurdes, le mouvement de la jeunesse a un rôle moteur de part sa force, ses capacités d’imagination, et l’espoir qu’elle porte en elle.
    Ainsi, la répression contre les jeunes est forte : on notera notamment qu’au sein des nombreuses arrestations des membres de la communauté kurde du 23 mars, la moitié sont des jeunes de moins de trente ans.

    A cela se rajoutent les interpellations et les arrestations d’internationalistes effectuées le 8 décembre dernier « neuf militant·e·s libertaires, écologistes, pro-Kurdes, féministes et anti-racistes ont été perquisitionné·e·s et arrêté·e·s par la DGSI. Après plusieurs jours de garde à vue, deux furent libéré·e·s, deux autres placés sous contrôle judiciaire et cinq placé·e·s en détention provisoire. » Ils et elles sont « sont accusé·e·s de « participation à une association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme ayant pour objet la préparation d’un ou plusieurs crimes d’atteintes aux personnes », tel que défini dans l’article 421-1 du code pénal.  » Les « lois antiterroristes » « servent aujourd’hui de base juridique pour traquer ceux qui ont voulu combattre le djihadisme en Syrie. Avoir pris les armes contre l’Organisation de l’État islamique devient un élément à charge pour la machine policière. »

    En France, la répression que subissent les membres de la communauté kurde et les nombreuses arrestations des kurdes et internationalistes montrent non seulement la collaboration de l’état français avec l’état turc pour des intérêts géostratégiques, mais aussi la volonté d’écraser un projet politique alternatif – le confédéralisme démocratique – qui effraie les états capitalistes européens.

    Liberté pour les camarades détenu.e.s en prison et dans les CRA !
    Arrêt total des poursuites à leur encontre !
    Retrait immédiat du PKK de la liste des organisations terroristes !
    STOP à la collaboration française avec les états fascistes totalitaires !

    [nous tenterons de mettre à jour le plus régulièrement possible les nouvelles autour des situations des camarades incarcéré.e.s ainsi que les mobilisations en solidarité]

    Contact : internationaliste-marseille chez protonmail.com

  • L’héritage de la Commune.

    L’héritage de la Commune.

    Nous avons présenté cette brève intervention à deux reprises : d’une part sur l’invitation de la Rete Dei Comunisti de Rome, mais aussi dans le cadre d’un webinaire ICOR dédié à la Commune de Paris. Nous pensons que l’héritage objectif de la Commune, celui qui a été synthétisé par Marx, notamment, n’est pas séparable de l’héritage subjectif, culturel, de celle-ci. La France, avec sa tradition historique romantique, des belles lettres, du Roman National, n’a pas, à notre avis, tiré tout ce qu’elle pouvait tirer de cette expérience. Nous pensons qu’elle est restée plus du domaine de la mémoire que de l’histoire. Il reste un travail à faire pour que non seulement la Commune soit analysée de manière juste, mais que son héritage puisse servir intégralement.

    Tout d’abord, merci pour votre invitation et pour votre demande d’intervention. C’est, pour nous une expérience importante que de pouvoir partager avec des organisations étrangères, qui ont leur vécu, et qui sont à un stade de développement bien plus avancé que le notre.

    Pour présenter brièvement l’héritage de la Commune en France, il faut revenir un peu sur la signification de cet événement et sur son écrasement.

    En tant que première expérience de dictature du prolétariat, la Commune a marqué une rupture avec les révolutions précédentes, qui étaient principalement démocratiques. Certes la révolution de 1848 avait montré la capacité d’intervention de la classe ouvrière dans les affaires politiques, mais elle avait été rapidement balayée par les républicains modérés.

    La Commune, en proposant une démocratie d’un type nouveau : une démocratie populaire, des exploités par les exploités et contre leurs exploiteurs, créait un précédent : il n’y avait plus de place pour la bourgeoisie, qui était une classe déjà parasitaire.

    Sa défaite est liée à plusieurs raisons : face à des forces écrasantes, elle n’avait qu’une marge de manœuvre très faible. Malgré d’autres soulèvements à son image, elle est restée seule. Les campagnes avaient été montées contre les ouvriers depuis 1848 et l’affaire des ateliers nationaux. Il lui manquait aussi un État-major, une organisation capable de pouvoir la mener de la révolte à la victoire. Elle a parfois manqué de fermeté dans les moments critiques, refusant de prendre en otage l’or de la bourgeoisie.

    L’héritage bourgeois.

    La difficulté d’intégrer la Commune de Paris dans une narration républicaine – puisque la IIIe République est née du sang versé par le peuple de Paris (et d’ailleurs) explique le regard ambivalent sur elle, aujourd’hui encore.

    Paris est défiguré par l’existence du Sacré Coeur, un bâtiment construit pour « expier les fautes de la commune ». La droite, en particulier la droite catholique y est profondément attachée. Elle continue d’être horrifiée par cet événement.

    La mairie socialiste de Paris va ainsi organiser une commémoration officielle de la Commune, tandis que la droite catholique s’y oppose fermement. Mais la commémoration des réformistes n’est pas la notre. Pour s’emparer des aspects positifs de la Commune (droit des femmes, droits sociaux, égalitarisme…) tout en conservant le légalisme républicain, ils jouent un tour de magie. Ils font de l’écrasement de la Commune – car elle est intolérable pour un régime bourgeois ! – une mécompréhension, une brouille, une erreur. Cela permet de faire croire à une filiation entre la Commune et la République, donc de sauvegarder l’illusion qu’il est possible d’attendre quelque chose du pouvoir et de l’État.

    L’extrême-droite, quant à elle, s’est lancée dans un pillage tout aussi odieux. Elle transforme la Commune en résistance à l’invasion étrangère, en ultra-patriotisme face à la déferlante prussienne et à la trahison du gouvernement. Elle essaiera sûrement de faire un parallèle entre cet événement et leur théorie selon laquelle la France est assiégée à nouveau.

    Dans les organisations révolutionnaire, là aussi, il existe un double regard.

    Il faut préciser une chose, tout d’abord, c’est que finalement ce qui apparaît comme le grand clivage est plus autour de la question collaboration / résistance pendant la période de 1940-1945. Ce qui fait que, là aussi, il y a un poids important de la question républicaine / antirépublicaine.

    Finalement, la Commune de Paris à certainement plus profité aux autres qu’aux français. La Commune a causé une vague de répression énorme, immense, qui a décapité en grande partie le mouvement révolutionnaire français. En vérité, après les révolutions de 1789, 1830, 1848, 1870, à chaque fois la répression élimine une partie des penseurs et des théoriciens.

    Les observateurs de la Commune, comme Marx et comme un grand nombre de révolutionnaires européens, vont pouvoir en tirer les bénéfices. En Allemagne et en Russie, notamment, ces expériences vont nourrir une nouvelle génération de penseurs et des théoriciens, qui vont parvenir à la mettre en application.

    En France, elle a posé la question impérative de la construction d’un Parti, il en résulte, en 1905, la création de la SFIO, qui est le premier parti unifié, bien que réformiste. Mais aujourd’hui, il semble qu’elle soit quand même en grande partie vidée de son contenu et transformée en fétiche.

    C’est un patrimoine commun qui unit tous les mouvements de gauche. Il existe des chansons, des lieux, des commémorations, un folklore important, vivant, qui se transmet. Mais il s’agit plus de célébrer un passé que de regarder vers l’avenir. Or, l’avenir de la Commune est bien vivant. Vivant et parfois gênant !

    La Commune de Paris met toute une partie de la gauche, notamment les courants libertaires, réformistes ou anarchistes, dans une posture inconfortable. Elle pose la question de l’exercice du pouvoir, c’est à dire de la transition en la lutte pour le pouvoir vers une lutte pour exercer et conserver le pouvoir1. Cela reste un tabou.

    En France, qui est devenue à partir des années 1970 le centre européen de l’idéologie antitotalitaire, cette question passe mal. Les droitiers veulent éliminer cette question en la résumant à une simple révolution par les urnes, voire une évolution citoyenne. Les ailes plus à gauche veulent, eux, ne garder que la révolte pour éluder la question du pouvoir. Cette idéalisation de la Commune comme quelque chose d’intrinsèquement anti-autoritaire finalement révèle le fait que ces courants plient devant les injonctions morales faites par la bourgeoisie.

    Celle-ci est parvenue à vider l’héritage de la commune en déclarant qu’il est mal d’avoir une administration, une diplomatie, une justice, une armée, une police politique. Cette mentalité d’esclave, finalement, conduit à accepter un combat perdu d’avance. Elle va à l’encontre de l’expérience de la Commune.

    Ca n’empêche pas ces courants de connaître des succès tactiques, dans les ZAD, et de parvenir à rendre les coups à la bourgeoisie. Mais au-delà de ça, la perspective stratégique demeure absente.

    André Gide avait dit sur l’URSS que, sur ce sujet « le mensonge était dit avec amour, et la vérité avec haine ». Nous pensons que, 150 ans après la Commune, nous devons apprendre à regarder la vérité avec amour. A regarder les failles, les manques, les inconséquence et les succès, en sachant les utiliser pour nous faire avancer. Nous avons beaucoup à comprendre de la Commune, de ses succès comme de ses erreurs.

    Nous en avons tiré la conclusions du besoin de la liaison avec la paysannerie, du besoin de l’organisation centralisée qu’est le parti, État-major de la révolution. Nous pensons que l’héritage de la commune n’est pas commémoratif, il est une expérience pratique qui doit être étudiée pour comprendre que faire, comment lutter, comment gagner, mais aussi comment construire, administrer, gérer… et finalement triompher.

    Nous pensons avoir fait le tour d’horizon rapide de cette question, et nous vous remercions encore de votre invitation.

    1Cela paraît un point très secondaire, mais il est pourtant incontournable. Nous pensons que chaque organisation révolutionnaire, quelque soit son stade de développement, doit réfléchir son activité non pas en terme de principes, mais surtout en termes d’objectifs stratégiques. L’arrivée au pouvoir du Parti Bol’chevique a été une transformation extrêmement complexe d’un parti clandestin construit pour l’action révolutionnaire en un parti construit pour gérer la société telle qu’elle était concrètement. (NdA)

  • Confinement et libertés : l’impossible équation ? 2/2

    Confinement et libertés : l’impossible équation ? 2/2

    La liberté insipide du capitalisme.

    Ces derniers temps, un grand nombre de « fêtes sauvages » ont fleuri un peu partout. Carnaval de Marseille, fête des quais de Lyon, fête du bois de la Cambre en Belgique… D’autres, plus discrètes, réunissent des individus de la haute société. Ces transgressions ne sont pas défendables en soi, cependant, en particulier en Belgique, elles ne justifient pas les mesures de violence de la part de la police, qui s’en donne à cœur joie.

    Parfois, d’ailleurs, ces fêtes ont été surinterprétés politiquement : soit par l’extrême-droite, comme par Florent Philippot, qui trouve là une occasion d’exister politiquement, en opposition à la « dictature sanitaire ». Mais aussi par une certaine partie de l’extrême-gauche, qui voit dans ces fêtes le pinacle de l’action politique consciente, rejoignant en cela une posture liberale-individualiste. Nos loisirs de pays riches sont d’ailleurs les enfants de l’exploitation coloniale et néocoloniale. Clamer une liberté individualiste d’en « jouir sans entrave » revient aussi à dénier le droit de se soustraire à cette surexploitation criminelle. Elle est aussi une négation du consentement à ces avidités individuelles. Imposer son « droit à la fête », c’est aussi dénier celui des autres, notamment celui des personnes les plus vulnérables, qui essaient d’échapper à la pandémie. S’il existe l’attitude individuelle, qui est une chose que nous pouvons comprendre – sans défendre – le choix de défendre politiquement comme quelque chose d’intrinsèquement positif nous laisse pantois.

    Politiquement, nous-mêmes pensons que les discours démagogiques autour des fêtes sont le reflet d’une attitude opportuniste. Si elles ne sont pas défendables, elles méritent néanmoins d’être expliquées et comprises pour ce qu’elles sont : une expression d’une usure morale importante.

    Nous pouvons soit voir tout cela comme une simple opposition individu/société, ou regarder plus loin. Pourquoi ces petites libertés, ces petits conforts, cristallisent les colères ? Il existe des raisons à cela. L’une d’entre elle est que les libertés des classes populaires, les libertés de la plus grande masse de la population, sont finalement assez ténues.

    Parce qu’on nous prive de pratiquement tout. Ces fêtes, ces enivrements, rentrent dans ce qu’on nomme « la reconstitution des forces productives ». Elles permettent à celles et ceux qui sont exploités de « recharger leurs batteries » et de retourner être exploités ailleurs. Or, inconsciemment, nous sentons que cet espace ne suffit pas.

    Le capitalisme nous a été vendu, notamment au moment de la guerre froide, comme le monde de la liberté. Il s’agissait d’un marché de dupe. En fait de liberté, le capitalisme nous a offert simplement une prison dont nous sommes les propres gardiens. Pire, il nous a fait intégrer que ses barreaux étaient ses horizons absolus, indépassables.

    Nous sommes donc, dans l’ensemble, privés, et surtout privées de libertés. De tout ce qui nous permettrait de réellement nous épanouir, de ces véritables espaces de liberté que seuls les plus riches, les nantis, les oisifs peuvent se permettre. Parce qu’on nous laisse comme liberté ces minuscules marges, ces minuscules moments, cette possession d’objets d’apparat, de bien de consommation, qui, parfois même finissent par nous posséder et nous définir autant que nous les possédons. Ces loisirs et ces possessions sont devenus des marqueurs de la réussite. Leur possession et leur pratique sont devenus les marqueurs du statut social, de la place dans la hiérarchie d’une société injuste et inégale.

    Nous avons été éduqués (et d’ailleurs surtout les hommes) en nous expliquant que c’est tout ce que nous pouvions espérer de mieux : agrandir nos espace de liberté en prenant sur ceux des autres, en amenuisant les leurs. Acheter, posséder, faire des corps des biens de consommation ou des terrains de chasse.

    La culture du viol, par exemple, est précisément un mélange empoisonné entre ce fétichisme de la possession et le patriarcat. Cette pratique réduit des humains, des humaines, au rang de produit de consommation. Les femmes et leurs corps (mais cela peut, aujourd’hui, s’étendre aussi aux couples LGBTI+, même si c’est d’une manière encore marginale) font partie des critères de la réussite sociale : qui en « aura » le plus, qui en « consommera » le plus, quitte à transgresser le consentement, quitte à tout mettre en œuvre pour parvenir à ses fins. Finalement, où est la liberté quand partout règne l’injonction ?

    Même pour la bourgeoisie les choses ne sont pas si simple. Classe en guerre contre elle-même, en concurrence constante avec les membres de sa caste, sa liberté est celle d’une noblesse de cour. Si les moyens sont plus grands, si elle peut matériellement se permettre plus de chose, elle-même est prisonnière d’un maelstrom qu’elle ne contrôle pas, et qui peut l’engloutir sans prévenir. Elle impose ses normes de consommation et de succès minable, tout en prétendant -quitte à se mentir elle même- qu’il s’agit là de la plus pure liberté.

    Nous vivons dans liberté au rabais, aliénante, une liberté-prison. Tandis que d’autres, qui ne vivent que de notre travail, peuvent se permettre de faire tout ce dont nous avons rêvé, et que nous n’entrapercevons qu’a peine. La suppression d’une partie de nos loisirs met en exergue toute leur valeur. Mais elle met aussi en exergue toute leur vide. Cette pandémie remet en perspective nos vies. Elle nous oblige à les repenser. A repenser la qualité de nos loisirs, la qualité de nos relations, de nos rapports inter-individuels. Et tout comme cette pandémie ne peut être vaincue que dans l’effort collectif, dans la solidarité, dans le respect mutuel, dans le fait de remiser une part de notre individualité, l’amélioration de nos vies en dépend aussi.

    Nous analysons la liberté comme « ce qui reste lorsque le nécessaire est réalisé ». Or, dans la course sans fin au profit, il ne peut y avoir de liberté pleine et entière, mais uniquement des simulacres. Notre liberté, celle que nous défendons, est une liberté sans les entraves économiques, sans le poids de la peur, sans le besoin de possession. Une liberté de découverte, une liberté d’échange, une liberté de construction commune.

    Nous méritons mieux que ce qu’on nous offre. Nous méritons une vie riche, épanouissante, libérée de l’entrave constante de l’économie, de l’argent, de la misère, du chômage.

    A ceux qui ont peur pour leur emploi, qui ont peur pour leurs enfants, pour leurs parents, pour leurs frères et leurs sœurs : il existe des issues. A ceux qui sont démoralisés, qui perdent espoir en l’avenir : il existe des solutions ! Et ces solutions ne sont pas « en nous », pas dans l’acceptation d’une société criminelle, dans un nirvana intérieur : elles sont dans l’effort commun, collectif, conscient : vers un but !

    Cette crise nous est imposée. Nous ne l’avons pas choisie. Nous la subissons. Mais nous pouvons décider de son issue. Soit être privés de liberté davantage, travailler plus pour nos exploiteurs, soit faire naître un monde nouveau !

    Nous méritons mieux que ça. Nous valons mieux que ça.

    Une autre société, un autre monde, une autre manière d’être est possible. Dans la culture, dans les interactions sociales, dans la découverte du monde, des autres, de l’humanité, de la nature. Nous pensons que la société actuelle, inégalitaire, nous tire en arrière. Elle nous entraîne à notre perte sur le long terme. La nature, les ressources naturelles, les hommes, les femmes, sont sacrifiés sur l’autel du profit.

    Parler d’avenir, parler d’un monde meilleur, est devenu presque indécent. L’idée d’imaginer un futur qui ne soit pas une catastrophe est presque gênant, tant nous intégrons que l’avenir est sombre.

    Et pourtant, pourtant, un autre monde est possible. Un monde dans lequel la pauvreté est éradiquée. Un monde dans lequel on ne meurt plus d’un rhume, ou d’une maladie de la pauvreté. Un monde dans lequel il est possible d’avoir une science qui serve le peuple. Un monde dans lequel les milliards et les milliards qui servent à accumuler des arsenaux immenses puissent être utiles. Un monde dans lequel les travaux aliénants, pénibles ou inutiles sont automatisés et où nous pouvons travailler toutes et tous, moins, mieux, pour une vraie part des richesses qui sont produites.

    L’humanité possède un génie créateur immense, illimité. Elle est capable de résoudre chaque problème qu’elle rencontre, elle est capable de sortir de son berceau, et aller vers l’immensité de l’univers. Combien de talents, combien d’imaginaires, combien de génie sont entravés, croulant sous le poids de la contrainte de l’argent ?

    Il est certain que l’avenir que nous offre le capitalisme est mortifère. Le progrès se tasse. L’avenir est obscurci. Nous allons progressivement vers une réduction des salaires, une réduction de l’espérance de vie, une réduction de la biodiversité. Un jour nous n’aurons plus la possibilité même d’accumuler la force de quitter une planète que nous aurons condamnée.

    Nous pouvons éviter cela.

    La colère ne doit pas nous faire oublier que le virus est un ennemi mortel.

    Cette situation est inédite, car pour une des rares fois, nous ne nous retrouvons pas dans une posture diamétralement opposée au gouvernement. Lui aussi, comme les capitalistes et les exploiteurs, n’a pas intérêt à la pandémie. Ils veulent l’exploitation la plus pacifique et la plus optimale des travailleurs et des travailleuses.

    Critiquer l’action gouvernementale est une chose légitime et nécessaire. Mais la diaboliser pour le simple plaisir de se maintenir dans l’opposition frontale est, là encore, une manière conspirationniste d’analyser les choses. Or, nous n’avons pas besoin de grossir le trait : la vérité est révolutionnaire.

    Notre responsabilité collective est de lutter contre la pandémie. De protéger les plus fragiles et les plus vulnérables d’entre nous. De faire preuve de solidarité, de patience, de résolution. Briser le confinement, refuser le masque, refuser le vaccin, revient à tuer par entretenir un cycle sans fin de souffrances. Tout abandonner dans le nihilisme cynique revient aussi à poursuivre ce même cycle infernal.

    Mais notre autre responsabilité collective est de ne pas se laisser museler. Et de ne pas se contenter d’un retour en arrière, une fois l’épidémie terrassée. Elle est de poursuivre cette solidarité, cet esprit d’unité populaire, cet résolution dans le fait de vouloir se soustraire à la misère. Mais aussi dans le fait de gagner de nouveaux droits, de nouvelles libertés, de nouvelles possibilités d’émancipation.

    Nous aspirons toutes et tous à une vie riche, épanouissante. Nous aspirons tous à la réalisation de nos désirs individuels – dans la mesure où ils ne nuisent pas. Mais cette émancipation individuelle, ce bonheur individuel, réel, concret, absolu, ne peut être atteint que par l’émancipation collective.

    Même les milliardaires, même les ultra-riches, sont enfermés dans la médiocrité de leurs existences. Non seulement ils freinent le bonheur collectif, mais il en sont eux même victimes par rebond. L’appauvrissement général dont ils sont responsable ne les épargne pas.

    Nous avons besoin de faire face coup pour coup aux attaques sur nos droits, et d’en arracher d’autres

    A nous d’éviter ça. Organisons-nous, coordinations, échangerons. Dessinons le monde de demain, et réalisons-le ! Réalisons-le avec la force infinie de ceux et de celles qui produisent tout, contre ceux qui nous privent de tout !