Auteur/autrice : unitecommuniste

  • Le tournant ukrainien

    Le tournant ukrainien

    À Stanitsa Louganska, dans la banlieue de Lougansk, région d’Ukraine tenue par les séparatistes, une école maternelle a été bombardée. Ukraine et séparatistes se renvoient les responsabilités de cette frappe criminelle. Est-ce là le prétexte dont la Russie va se saisir pour intervenir militairement en Ukraine ? Dans le brouillard de guerre qui tombe sur l’Europe de l’est, tous les scénarios sont envisageables. Toutes les issues aussi : négociation, guerre limitée, internationalisation, conflit ouvert et total.

    Les jours apportent leurs lots de nouvelles contradictoires, d’informations et de désinformations. L’incertitude règne en maître.

    C’est l’incertitude qui représente, en réalité, la donnée importante de cette période. La donnée nouvelle. Elle vient contribuer, parmi d’autres facteurs, à un changement d’âge pour notre continent.

    Le retour de l’histoire

    Comme nous l’avons écrit à plusieurs reprises, nous avons vécu des décennies dans une bulle. Cette bulle a été formée par des illusions. Illusion qu’avec la fin de la guerre froide les guerres seraient de l’histoire ancienne, tout comme les coups tordus orchestrés par les États. Illusion d’une richesse devenue pérenne, d’un avenir calme et de la possibilité de se projeter de l’avenir – en dépit d’ailleurs de la future catastrophe écologique. Illusion sur illusion ont donné cette impression trompeuse que nous venions d’arriver dans un nouvel âge d’or, dans lequel les choses suivraient désormais leur cours.

    Mais l’Histoire, loin d’être finie, loin d’être terminée, revient en force. Et elle n’est pas ce chemin vers un avenir radieux, meilleur, mais au contraire : rien ne garantit que demain soit meilleur qu’aujourd’hui. Elle revient et s’accélère.

    La pandémie de Covid-19, la crise économique et écologique font maintenant place au retour de la guerre. Pour nous qui vivons dans une puissance militaire et économique, aujourd’hui, non seulement notre impérialisme est en crise, et a subi plusieurs revers importants, mais la montée de nouveaux challengers rebat les cartes de la diplomatie mondiale.

    Krieg oder nicht ?

    Un jour les tensions montent, un jour elles retombent. Difficile donc d’y voir clair. Mais l’important est bel est bien ailleurs. Il n’est pas dans la concrétisation de la guerre, du moins dans l’immédiat, mais bien dans la possibilité qu’elle puisse exister. Que des acteurs se sentent suffisamment forts et qu’ils aient des rivalités suffisamment profondes pour justifier d’en recourir à la force armée.

    Qu’il y ait guerre ou non, une étape a été franchie. La diplomatie et la guerre ouverte sont simplement les extrémités d’un large spectre qui comprend toutes les possibilités intermédiaires. C’est l’existence de ce spectre, la possibilité pour des antagonistes en Europe de recourir à l’ensemble de ces moyens, qui représente une rupture par rapport à avant. L’âge de la domination négociée est terminé : aujourd’hui, la symétrie entre les grandes puissances est suffisante pour que les nouveaux arrivés veuillent renégocier le système mondial. C’est donc, aussi, la fin d’une ère de « maintien de l’ordre » et de guerres menées par des corps expéditionnaires contre des forces asymétriques. Demain, des guerres frontales, opposant des divisions, des armées, les unes aux autres, seront possibles. Elles ne seront pas une promenade telle que l’invasion de l’Irak en 2003 l’a été pour la Coalition.

    Un changement d’ère

    Accepter cet état de fait revient à accepter notre propre mortalité. Notre mortalité en tant qu’individus, face à la violence, face à la tuerie de masse. Mais aussi notre mortalité « civilisationnelle », ou plutôt celle de notre « civilisation matérielle » faite d’une accumulation de richesses, faite d’un niveau de vie artificiellement dopé par l’impérialisme et ses retombées.

    Ce changement d’ère serait terrible, mais on s’habitue, hélas, vite à l’ombre de la mort. Vladimir Poutine, tout comme la Chine, est persuadé que les Européens ne rentreront pas dans une guerre d’ampleur. Ils pensent que les Européens, en renonçant à la conscription et à l’armée de masse, ne seront pas capables de mobiliser leur population pour faire face à un risque de conflit. C’est une présomption parfois dangereuse : les nazis pensaient la même chose des Américains, qu’ils jugeaient « dévirilisés » et sans tradition militaire.

    Le retour de la barbarie

    L’âge de la barbarie pourrait revenir sans même que nous nous en rendions compte, juste en nous « ensauvageant » – selon la formule d’Aimé Césaire – graduellement. Nous voyons cet ensauvagement progresser déjà : au travers des discours exterminateurs de Zemmour.

    En Ukraine, la paix est encore possible. Elle est animée par ceux qui ne veulent pas que le pays soit à nouveau le paillasson d’une invasion. « Nous devons vivre comme trois sœurs – l’Ukraine, le Bélarus et la Russie » déclare cette vieille retraitée. Mais la Guerre universelle, la Guerre comme principe du partage du monde, est inévitable tant que nous n’écrasons pas ses incitateurs.

    La réalité est que si nous voulons mettre fin au retour incessant des cavaliers de l’apocalypse – Peste, Famine, Guerre et Mort – il n’existe qu’une seule solution. C’est par la destruction de l’impérialisme, du capitalisme qui lui donne naissance, et de l’appareil militaro-industriel. C’est par la fin de l’exploitation et de l’asservissement. C’est par la coopération internationale et intercontinentale et par le développement concerté et régulé. Cette possibilité de survie et d’avenir ne tombera pas du ciel : il faudra une révolution pour l’arracher des griffes de ceux qui font passer les profits avant l’Humanité.

  • ICOR : Halte aux menaces de guerre !

    ICOR : Halte aux menaces de guerre !

    Ce communiqué commun de l’ICOR, réalisé principalement par les camarades d’Ukraine et de Russie, décrit une réalité mouvante et changeante. Depuis hier, les troupes de la Fédération de Russie ont partiellement commencé à regagner leurs casernes. Cela n’a cependant pas empêché une cyberattaque massive d’avoir lieu, bien que Moscou nie toute implication.
    Aujourd’hui, alors que le gouvernement Ukrainien célèbre une « journée de l’unité », l’orage semble se dissiper. Mais rien n’est sûr. Le spectre d’une guerre d’ampleur en Europe hante toujours le vieux continent.
    Nourris par des décennies de propagande sur la « fin de l’histoire » et sur le fait que ces guerres soient des monstres du passé, nous, occidentaux, avons du mal à comprendre l’ampleur du danger que ces conflits représentent. Nous avons oublié le prix de la rivalité impérialiste, qui est devenue abstraite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

    Pourtant, inlassablement, nous nous dirigeons vers un conflit. Il est rendu inévitable par le développement inégal des puissances impérialistes : la Russie et la Chine se sentent aujourd’hui lésés par la part du monde qui leur est attribuée. Elle ne correspond plus à leur puissance (réelle ou fantasmée). Quant à l’occident, endetté, divisé, fatigué, il s’agrippe à son vieux statu de dominant sans partage.
    Quelle que soit l’issue de la lutte pour l’Ukraine (ou celle, occultée, pour Taiwan), l’ordre mondial proclamé par George Bush senior, le 11 septembre 1990, semble bel et bien révolu. Bienvenue à nouveau dans une histoire de rivalités et de conflits, qui s’écrira en lettres de sang, à moins que nous ne parvenions à y mettre fin définitivement
    par un changement révolutionnaire de société.

    Résistance active contre la guerre psychologique, les préparatifs de guerre impérialistes et les menaces dans le conflit Ukraine-Russie !

    Au cours des dernières décennies, l’OTAN, avec les États-Unis comme principal fauteur de guerre, n’a cessé d’avancer de manière provocante dans son expansion vers l’Est et a de plus en plus armé le régime réactionnaire ukrainien en lui fournissant des armes et des munitions. Depuis des mois déjà, la Russie impérialiste a concentré une armée de 100 000 hommes équipés de matériel lourd et d’armes offensives à la frontière ukrainienne. L’armée est également renforcée en Crimée et dans la partie du Donbass contrôlée par les républiques favorables à la Russie. Dans le même temps, on a appris que les États baltes se préparent à fournir à l’Ukraine des systèmes de défense aérienne et antichars.

    Associé à la conduite provocatrice et à l’annonce de manœuvres par les deux parties, le danger d’une confrontation belligérante impérialiste s’intensifie considérablement. La Russie a menacé de déployer des forces militaires à Cuba et au Venezuela si les États-Unis et l’OTAN maintiennent leurs revendications. Cela exige la résistance active des forces révolutionnaires internationales, de la classe ouvrière et des larges masses contre toute agression impérialiste !

    Deux puissances fortement armées, la Russie et l’OTAN, se font directement face. Les médias occidentaux, baltes et polonais présentent la Russie comme l’unique agresseur et détournent l’attention de l’alliance militaire occidentale dirigée par le principal belliciste, les États-Unis.

    Une année 2020 réussie pour l'Initiative des Trois Mers
    Les Etats partenaires du cordon sanitaire anti-russe.

    Mais les États-Unis, l’OTAN et l’UE ont depuis longtemps rompu la promesse faite lors des pourparlers « Deux plus quatre » selon laquelle les pays d’Europe centrale et orientale, notamment la Pologne, la Lituanie, l’Estonie, la Lettonie et la Roumanie, ne deviendraient pas des zones de déploiement de l’OTAN aux frontières de la Russie. Il y a des unités de combat de l’OTAN en Pologne et dans les pays baltes. Une agitation anti-russe presque hystérique est mise en scène dans les pays baltes et en Pologne ; l’Ukraine est armée de force ; la Russie est encerclée sur trois côtés (l’exception étant l’Arctique au nord) par près de 1 000 bases militaires américaines ; le nouveau départ du projet anti-russe des « trois mers » a été lancé.1 Il ne faut jamais oublier que le peuple russe a porté le principal fardeau de la Seconde Guerre mondiale !

    Cependant, l’impérialisme de l’UE, avec l’Allemagne et la France en tête, vient d’affirmer son droit à avoir son mot à dire dans la lutte pour l’Ukraine sous le slogan d’une « politique étrangère européenne plus puissante » et d’options militaires de plus en plus indépendantes. Cela exprime également les contradictions croissantes au sein de l’OTAN.

    L’Ukraine elle-même, notamment en raison de la perte du marché russe depuis 2014, s’est classée parmi les pays les plus pauvres d’Europe tout en s’armant. Elle dispose d’une armée de 250 000 hommes sous les armes, auxquels s’ajoutent 400 000 réservistes et membres d’unités de combat protofascistes comme le régiment Azov. La Turquie, membre de l’OTAN, vend des drones armés à l’Ukraine. La Turquie, en tant que membre de l’OTAN, tente de manœuvrer contre la Russie comme dans l’affaire de la Crimée, mais se propose toujours comme médiateur pour étendre son influence dans la région.

    Que représente ce Bataillon Azov qui tient un rôle important aux côtés de  l'armée Ukrainienne ? - Front de Gauche Loire-Touraine
    Les armoiries du bataillon « Azov », directement inspirés par une iconographie nazie.

    L’Ukraine est importante pour le régime de Poutine, non seulement sur le plan économique mais aussi sur le plan politique : le retour de l’Ukraine dans sa sphère d’influence est une pierre angulaire de l’expansion de la Russie et de ses aspirations de grande puissance. Pour l’Occident, en revanche, l’Ukraine est une tête de pont d’une importance fondamentale pour exercer une influence à la fois sur la Russie et sur l’ensemble de la région d’Europe de l’Est, et pour obtenir des avantages dans la lutte contre la Chine. Quiconque contrôle l’Ukraine aura également un accès économique plus facile à l’Europe et à l’Asie. En outre, les ressources minérales, le gaz et l’accès à la mer Noire jouent un rôle. Il ne s’agit pas du tout du droit à l’autodétermination du peuple ukrainien, comme on le prétend hypocritement.

    L’instabilité du système mondial impérialiste s’accroît. Toutes les grandes puissances impérialistes, et dans leur sillage toutes les forces impérialistes et réactionnaires, se préparent à la guerre, en développant leur potentiel militaire. À la frontière entre l’Ukraine et la Russie, deux camps impérialistes se font face, hautement armés. L’OTAN et l’UE veulent incorporer plus étroitement des pays comme la Moldavie et la Géorgie dans leur sphère d’influence et leur marché. La Russie, de son côté, exige de maintenir son influence sur ces États. Dans le même temps, elle a signé un pacte de coopération militaire avec la Biélorussie et mène également des manœuvres depuis le nord, à la frontière avec l’Ukraine.

    Le régime de Poutine fait preuve de la même politique de puissance au Kazakhstan. Avec son intervention militaire au Kazakhstan, il a apporté son soutien au régime de ce pays lorsqu’il a brutalement réprimé le soulèvement justifié de la classe ouvrière et des masses populaires kazakhes. Parce que le Kazakhstan « possède des ressources considérables en charbon, en métaux non ferreux, en terres rares et en uranium « 2, l’expansion de sa propre sphère de pouvoir impérialiste ne peut se faire qu’au détriment de celle de l’autre. Le développement très inégal, le déplacement de l’équilibre des forces, la formation de nouveaux blocs parmi les États impérialistes sont la source de l’aggravation des contradictions inter-impérialistes.

    L’impérialisme signifie la guerre à l’extérieur et la réaction à l’intérieur. Seul le socialisme peut y mettre un terme. Pour cela, c’est surtout la classe ouvrière internationale qui doit s’unir. Aujourd’hui, un mouvement pacifiste mondial militant peut s’opposer aux préparatifs de guerre et retarder ou empêcher le déclenchement d’une guerre concrète.

    Les forces qui présentent la politique étrangère de la Russie comme « anti-impérialiste » et qui appellent à sa protection par un mouvement pacifiste sont de dangereuses sources de confusion. C’est une trahison de la lutte pour la paix et cela affaiblit la nécessaire lutte internationale pour la paix. La situation, notamment en Ukraine, montre les conséquences d’une telle division : lors des manifestations de masse pour les questions sociales, il n’y a pratiquement aucune demande de paix. « Beaucoup, notamment une partie de la jeunesse, voient la cause de toutes les difficultés uniquement dans l’agression de Poutine et non dans l’impérialisme occidental ou dans la nature du capitalisme. Il n’y a que très peu de manifestations anti-guerre – en grande partie liées aux activités des forces pro-russes », ce qui affaiblit « la résistance à l’agression de Poutine « .3

    La coopération militaire et économique de la Russie, de la Chine et d’autres pays au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) leur fait également courir le risque d’une intervention en tant qu’organisation d’alliance en cas de guerre. Face à ces contradictions inter-impérialistes croissantes, les forces révolutionnaires du monde entier doivent se lever pour la lutte contre les guerres impérialistes et leur racine et pour la conquête des masses pour le dépassement révolutionnaire du système impérialiste mondial.

    La décision de la 4e Conférence mondiale de l’ICOR d’ »approfondir le travail éducatif sur l’impérialisme et la perspective du socialisme » est d’autant plus nécessaire et révolutionnaire.
    S’il devait y avoir une confrontation guerrière entre la Russie et l’Ukraine, l’ICOR appelle à des actions de protestation dans tous les pays à 18 heures le jour suivant.
    Renforcez la construction du Front uni anti-impérialiste et antifascistes !
    Renforcez les organisations d’ICOR !

    Arrêtez la guerre psychologique et les manœuvres de guerre aux frontières entre l’Ukraine et ses voisins ! Pas de manœuvres navales dans la mer Noire, la Méditerranée et la mer Baltique !

    Pour le droit à l’autodétermination des peuples !

    Travailleurs de tous les pays, unissez-vous !

    Travailleurs de tous les pays et peuples opprimés, unissez-vous !

    Luttez pour la paix, l’amitié entre les peuples, le socialisme !


    Signataires (au 14 février 2022, d’autres signataires possibles) :
    1. PCPCI Parti Communiste Prolétarien de Côte d’Ivoire (Proletarian Communist Party of Ivory Coast)
    2. UPC-Manidem Union des Populations du Cameroun – Manifeste National pour l’Instauration de la Démocratie (Union of Populations of Cameroon – National Manifesto for the Establishment of Democracy)
    3. MMLPL Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine
    4. CPSA (ML) Parti communiste d’Afrique du Sud (marxiste-léniniste)
    5. PCT Parti Comuniste du Togo (Communist Party of Togo)
    6. PPDS Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie. 7.
    7. CPB Parti communiste du Bangladesh
    8. SPB Parti socialiste du Bangladesh
    9. CPI (ML) Red Star Parti communiste indien (marxiste-léniniste) Red Star
    10. NCP (Mashal) Parti communiste népalais (Mashal)
    11. PPRF Front républicain patriotique des peuples du Népal.
    12. CPA/ML Parti communiste d’Australie (marxiste-léniniste)
    13. PR-ByH Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie-Herzégovine)
    14. MLPD Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
    15. UC Unité Communiste (Communist United ), France
    16. UPML Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France 17.
    17. BP (NK-T) Bolşevik Parti (Kuzey Kürdistan-Türkiye) (Parti bolchevique (Nord-Kurdistan-Turquie)).
    18. KOL Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation communiste du Luxembourg)
    19. RM Rode Morgen (Aube rouge), Pays-Bas
    20. UMLP União Marxista-Leninista Portuguesa (Union marxiste-léniniste portugaise)
    21. MLP Marksistsko-Leninskaja Platforma (Plate-forme marxiste-léniniste), Russie
    22. MLGS Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
    23. TKP-ML Türkiye Komünist Partisi – Marksist-Leninist (Parti communiste de Turquie – Marxiste-Léniniste)
    24. MLKP Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti communiste marxiste-léniniste de Turquie / Kurdistan)
    25. KSRD Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement de la classe ouvrière), Ukraine
    26. UoC Union of Cypriots, Chypre
    27. PCC-M Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – Maoïste)
    28. PCP (independiente) Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste paraguayen (indépendant))
    29. BDP Bloque Democratico Popular (Bloc démocratique populaire), Pérou
    30. PML del Perú Partido Marxista Leninista del Perú (Parti marxiste-léniniste du Pérou)
    31. PC (ML) Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République dominicaine.
    32. PCR-U Partido Comunista Revolucionario del Uruguay (Parti communiste révolutionnaire d’Uruguay)

    1 L’Initiative des trois mers (ITM), aussi connu comme l’Initiative des mers Baltique, Adriatique et de la mer Noire (IMBAMN), est un forum de pays d’Europe centrale et orientale, tous membres de l’Union européenne. Il compte douze États, pour la plupart des pays de l’ancien « bloc de l’Est », et vise à créer un dialogue nord-sud sur différents enjeux régionaux. Ils se sont réunis pour leur premier sommet à Dubrovnik en 2016. (source Wikipédia)

    2 Tiré du rapport sur la situation internationale du Parti Maoïste de Russie (janvier 2022).

    3 Tiré du rapport sur la situation internationale du KSRD-Ukraine (décembre 2021).

  • MMLPL : L’humanité est-elle menacée par une troisième guerre mondiale ?

    MMLPL : L’humanité est-elle menacée par une troisième guerre mondiale ?

    Nous publions ce document de la Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine (MMLPL).

    En attendant, les opérations de mobilisation des forces terrestres et navales, qui sont armées de divers types d’armes létales, se poursuivent près des frontières ukrainiennes. D’une part, il y a un renforcement militaire russe à la frontière ukrainienne. La Russie a déplacé plus de 175 000 soldats à sa frontière avec l’Ukraine. Elle a également mené des exercices militaires conjoints avec la Biélorussie. D’autre part, il y a des porte-avions des impérialistes occidentaux et de l’OTAN, qui fournissent un soutien financier et militaire au régime existant en Ukraine. Alors que Poutine justifie son renforcement militaire à la frontière avec l’Ukraine en condamnant les intentions agressives de l’OTAN et des puissances occidentales, les médias occidentaux appellent à la fermeté face aux menaces russes agressives contre la souveraineté de l’Ukraine. Les informations sur une invasion russe imminente, diffusées à haute voix par les médias occidentaux, ne doivent-elles pas être prises au sérieux ? S’agit-il d’une campagne de propagande créée par la Central Intelligence Agency américaine dans le but d’influencer l’opinion publique ? Face à ces développements, le monde a commencé à retenir son souffle par crainte du déclenchement d’une troisième guerre mondiale en Europe, qui pourrait étendre son feu au reste du monde, comme cela s’est produit pendant les première et deuxième guerres mondiales.

    Avant l’effondrement de l’Union soviétique en 1989, l’Ukraine et de nombreuses autres républiques indépendantes entourant la Russie faisaient partie de l’Union soviétique. Mais l’interaction d’une crise économique et politique prolongée a conduit à l’effondrement du bloc de l’Est et à la dérive de l’Union soviétique pour se transformer en un nouvel État capitaliste impérialiste. La logique qui unit les républiques indépendantes à l’Union soviétique, dont l’Ukraine, était la pensée politique fondée par Lénine, qui mettait l’accent sur le droit des peuples à l’autodétermination et sur leur libre choix d’adhérer ou non au groupe soviétique, et c’est ce qui les a fait rejoindre le groupe après la Révolution de 1917, au regard d’une égalité effective, cohérente et complète entre toutes les parties. Mais cet héritage politique léniniste laissera progressivement la place après la mort de Staline à une domination supra-bureaucratique. Cette domination s’est encore incarnée avec l’effondrement de l’Union soviétique et les tentatives du régime impérialiste russe montant d’imposer son hégémonie par la force aux anciennes républiques indépendantes.

    Mais face à la désintégration de l’Union soviétique et à la faiblesse de l’entité russe au cours des années 90 du XXe siècle, et à l’accélération des États-Unis d’Amérique pour s’imposer au monde comme une puissance super impériale, à travers l’annonce par George Bush père de l’établissement d’un nouvel ordre mondial de paix, de prospérité et de démocratie, il s’avère que la victoire des États-Unis et de l’Occident impérialiste sur l’Union soviétique est frauduleuse. Après la chute de l’ennemi commun à l’Est, le bloc occidental lui-même a commencé à se diviser et à se désintégrer, alors qu’il entrait dans une nouvelle phase d’une crise économique et politique complexe par la multiplicité des actions et des réactions à la surproduction et à la baisse du taux de profit du mode de production capitaliste. Ces différences étaient clairement évidentes dans les guerres des Balkans au début des années 1990, lorsque les positions des impérialistes occidentaux sur les massacres sanglants qui ont accompagné la désintégration de la Yougoslavie étaient nombreuses.

    Malgré la tentative des États-Unis d’Amérique d’affirmer leur autorité, en s’appuyant sur leur écrasante supériorité militaire, avec un certain succès lors de la première guerre du Golfe en 1991, et plus négativement lors de l’invasion de l’Afghanistan en 2001 et de l’Irak en 2003, cette faiblesse a conduit à un déclin progressif devant les gangs fascistes islamistes. Cela a conduit à une accélération de l’expulsion des forces américaines de toutes les parties du Moyen-Orient stratégiquement vital.

    Après une période relativement courte d’affaiblissement de l’impérialisme russe au cours des années 90, cet impérialisme a commencé à se rassembler sous la direction de l’ancien chef du KGB Poutine et à se réaffirmer, à travers l’énorme machine militaire héritée de la période de la guerre froide et basée sur ses importantes réserves d’énergie, en particulier le gaz naturel, qui peut être utilisé pour faire chanter les pays qui en dépendent le plus. Sans affronter directement ses rivaux impérialistes, il a fait de son mieux pour approfondir les divisions entre eux, grâce à l’utilisation intelligente de la guerre électronique et de la propagande secrète. Elle s’est ensuite manifestée dans l’affaiblissement de l’Union européenne comme le soutien aux forces populistes lors du référendum sur le Brexit, en France et en Europe de l’Est, ainsi qu’un soutien à la candidature de Trump aux États-Unis.

    Les tentatives de l’impérialisme russe pour s’affirmer et surmonter la faiblesse du début des années 90 ont porté sur l’imposition d’un contrôle plus strict sur l’économie nationale, puis par des opérations militaires violentes en Tchétchénie, au cours de la période 1999-2000, comme un avertissement contre de futures les tentatives de sécession de la Fédération de Russie. Les forces russes sont intervenues en Géorgie en 2008 pour soutenir la sécession de l’Ossétie du Sud et contrecarrer le rapprochement géorgien avec l’OTAN, puis ont annexé la Crimée en 2014, en réponse à la Révolution orange en Ukraine et à l’émergence d’un gouvernement pro-occidental qui voulait rejoindre l’OTAN. L’intervention des forces armées russes en Syrie a également été décisive pour empêcher la chute d’Assad et la perte éventuelle de la base navale russe de Tartous. Contrairement au succès des États-Unis d’Amérique dans les années 70 et 80 à expulser l’Union soviétique du Moyen-Orient, en particulier d’Égypte et d’Afghanistan, la Russie est aujourd’hui revenue en force, alors que les États-Unis se retirent. Dans bon nombre de ces actions militaires, la Russie a bénéficié du soutien manifeste ou tacite de la Chine, car la Chine cherche à affaiblir l’emprise américaine sur la région.

    L’impérialisme américain n’a pas vaincu l’avancée de l’impérialisme russe, mais a poursuivi sa politique d’encerclement de cet impérialisme montant, comme il l’a fait avec l’ex-Union soviétique. Le fer de lance de cette politique a été l’expansion des membres de l’OTAN, car l’impérialisme américain a réussi à attirer de nombreux pays qui faisaient auparavant partie du bloc soviétique. Cela a fait que l’impérialisme russe s’est senti menacé par les efforts visant à faire entrer la Géorgie et l’Ukraine dans l’OTAN. Cela constituait l’une des principales demandes de Poutine pour désamorcer la crise ukrainienne : un engagement de l’Ukraine à ne pas rejoindre l’OTAN et le retrait des forces ou des armes étrangères des pays qui ont rejoint l’OTAN depuis 1997.

    La Russie a demandé aux États-Unis et à l’OTAN notamment de s’abstenir de toute activité militaire dans l’ancien bloc de l’Est. S’abstenir de déployer des missiles suffisamment proches pour frapper la Russie. Et mettre fin à l’extension de l’OTAN vers l’est. Mais les médias occidentaux ont jugé ces demandes complètement déraisonnables, contrairement à l’ancien secrétaire d’État américain James Baker qui a promis qu’« il n’y aura pas d’extension de l’OTAN… d’un pouce vers l’est ». Mais depuis lors, l’OTAN s’est étendue de 1 000 km vers l’est et a également promis que l’Ukraine et la Géorgie deviendraient un jour membres. Les impérialistes américains et européens ont également apporté un soutien maximal aux différentes révolutions colorées, notamment en Ukraine, qui a reçu depuis 2014 2,5 milliards de dollars d’aide militaire américaine. Ils dirigent également la propagande et les protestations contre la misère économique et la tyrannie des dirigeants pro-russes.

    La référence ici est cependant ancrée dans les difficultés économiques de l’impérialisme russe, notamment avec la chute des prix du pétrole dans le sillage de la crise de 2008. Le revenu réel a chuté de 11 % entre 2013 et 2020. De plus, le taux d’inflation est actuellement supérieur à 8 %, ce qui entraîne une baisse du niveau de vie de la classe ouvrière. C’était la véritable raison des protestations qui ont éclaté après l’arrestation de Navalny l’année dernière, ainsi que des résultats décevants des élections du parti Russie Unie de Poutine.

    Partant de la position purement défensive de l’impérialisme russe et de sa conscience que les États-Unis eux-mêmes sont confrontés à de grandes difficultés, de son inquiétude face à la montée de la Chine et de son souci de ne pas s’impliquer sur trop de fronts à la fois, comme démontré par son retrait humiliant d’Afghanistan, Poutine a commencé à menacer d’intervenir en Ukraine, ce qui l’aide à cimenter son image d’homme fort de l’impérialisme russe, surtout face à sa popularité en baisse, à la lumière des scandales de corruption, des politiques de plus en plus répressives contre les politiciens de l’opposition et les journalistes, et les difficultés économiques croissantes du pays.

    Il est clair que le motif de Poutine pour attiser les flammes de la superpuissance nationaliste russe est une tentative de détourner l’attention des gens des problèmes intérieurs. Pendant de nombreuses années, Poutine a su surfer sur la vague du boom pétrolier, sa cote de popularité atteignant près de 70 %. Ce pourcentage est également passé à environ 85% en raison de l’humeur chauvine après l’annexion de la Crimée. Cependant, sa popularité repart à la baisse, tombant à 50% en 2020 – et même plus bas selon les sondages d’opinion.

    Un conflit de faible intensité continue avec les forces séparatistes russes dans l’est de l’Ukraine malgré diverses tentatives de cessez-le-feu. Même si l’impérialisme russe s’abstient d’une invasion pure et simple, il faire pression pour renforcer son soutien aux forces séparatistes ou pour saper l’unité de l’Ukraine en tant qu’État sur d’autres fronts. Quant à l’impérialisme américain et européen, même s’il n’intervient pas militairement pour protéger le territoire ukrainien, il continuera à fournir armes et entraînements à l’armée ukrainienne. Il pourrait également répondre par des mesures économiques préjudiciables à la Russie, telles qu’une interdiction complète des principales banques d’État et agences d’investissement russes, ainsi que de nouvelles sanctions visant les mines, les métaux, le transport maritime, les assurances et les médias.

    Mais il ne semble pas que les impérialistes russes et américains aient un intérêt direct à une confrontation militaire immédiate et directe. L’invasion de l’Ukraine par la Russie est une chose, mais la maintenir en est une autre, Poutine devra tenir compte du fait qu’il devra faire face à une rébellion intérieure, même si l’invasion réussit, ce qui pourrait déstabiliser davantage les positions de l’impérialisme russe à la fois sur le plan interne et extérieurement. L’occupation de Kiev et des villes ukrainiennes du sud nécessitera une énorme force militaire et un coût financier et humain que Poutine pourrait ne pas être en mesure de payer. Il est clair qu’une grande partie de la population ukrainienne rejetterait l’invasion russe si elle se produisait. Depuis les manifestations de Maidan en 2014, qui ont conduit au renversement du gouvernement de Ianoukovitch, nous avons vu le pays promouvoir le nationalisme ukrainien réactionnaire anti-russe et l’idéologie d’extrême droite. Le soutien de l’OTAN à l’Ukraine a également augmenté de façon spectaculaire dans les années qui ont suivi l’annexion de la Crimée par la Russie. Selon un récent sondage, près de 60 % des Ukrainiens voteraient pour l’adhésion à l’OTAN s’il y avait un référendum, même si le pays est divisé selon des lignes géographiques. Il est donc peu probable que la Russie soit en mesure d’absorber l’Ukraine sous la menace d’une arme.

    Si une occupation à grande échelle de l’Ukraine est hors de question, les menaces de Poutine ne sont pas totalement vaines. Il est possible que la Russie lance une petite guerre ou une frappe chirurgicale contre les installations militaires ukrainiennes. Cela peut inclure l’annexion de toute la région du Donbass, qui est déjà sous le contrôle des forces pro-russes, ou l’établissement d’un corridor terrestre vers la Crimée précédemment annexée, ou la relance du soi-disant projet de la Nouvelle Russie, qui comprend une tentative d’isoler l’Ukraine de la mer Noire.

    La phase actuelle, surtout depuis la crise économique mondiale de 2008, est caractérisée par l’accélération de la tendance agressive des puissances impérialistes mondiales qui se sont retrouvées dans un état de chaos depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1989, et leur course effrénée pour surmonter leur crise chronique de surproduction et la détérioration du taux de profit qui lui est associée. Cette dernière crise constitue le véritable moteur des diverses politiques impérialistes agressives contre la classe ouvrière, contre l’indépendance des peuples et contre l’unité de l’homme et de la nature. L’escalade des tensions dans la région russe entre les impérialistes russes et occidentaux est l’un des épisodes de la tentative de transcender le capitalisme mondial jusqu’à sa crise chronique, et où il recourt, par la propagande et les médias, à mobiliser les travailleurs dans toute guerre attendue en incitant à des conflits nationaux, racistes et chauvins et à des arguments sur la démocratie et la menace pour la paix mondiale. À la lumière de cette réalité, la mobilisation mondiale de la classe ouvrière pour résister à la menace impérialiste contre la paix mondiale devient la tâche principale de ses organisations d’autodéfense, en particulier les organisations communistes et révolutionnaires et l’alliance internationale contre l’impérialisme et le fascisme.

    À cet égard, Lénine dit : « Nous, marxistes, nous distinguons des pacifistes et des anarchistes en reconnaissant la nécessité d’étudier chaque guerre séparément (du point de vue de Marx sur le matérialisme historique). L’histoire a connu de nombreuses guerres qui étaient des guerres progressistes – malgré toutes les horreurs, les épreuves, les maux et les douleurs que toute guerre produit inévitablement, quoi qu’il arrive –, c’est-à-dire que ces guerres ont été bénéfiques au développement humain et ont contribué à détruire des régimes particulièrement néfastes et réactionnaires (État absolu ou servage, par exemple) et à détruire la tyrannie la plus barbare d’Europe (turque et russe). »

    Lénine ajoute dans son livre sur le socialisme et la guerre paru en 1915, qu’« il est impossible d’éliminer les guerres sans éliminer les classes et sans instaurer le socialisme ». Cela signifie que la poursuite de la domination impérialiste sur le monde ne fera que conduire à plus de maux, de guerres et de massacres humains. Nous reconnaissons pleinement la légalité, le caractère progressiste et la nécessité des guerres civiles, à savoir les guerres déclarées par les opprimés contre la classe oppressante, par les esclaves contre les esclavagistes, les serfs-paysans contre les propriétaires terriens et les salariés contre la bourgeoisie. Lénine distingue deux camps de classe, le camp impérialiste-capitaliste et le camp ouvrier.

    Auparavant, pendant la guerre froide, les grandes puissances impérialistes avaient suspendu une épée nucléaire au-dessus de la tête de l’humanité. Elle reste suspendue dans un monde qui n’obéit plus aux diktats de blocs cohérents, et où le niveau d’armement de nombreuses nations en armes de destruction massive n’a jamais atteint son degré actuel. Quels que soient les calculs rationnels des partis dominants impérialistes, des éruptions soudaines, une escalade et une immersion dans la destruction irrationnelle de l’homme et de la nature ne peuvent être exclues. Aujourd’hui, cependant, la classe ouvrière et les forces révolutionnaires sont appelées partout à s’opposer aux alliances, aux renforcements militaires, aux manœuvres et aux menaces des différents partis les uns contre les autres. Seule la classe ouvrière internationale est capable d’empêcher la tyrannie impérialiste actuelle.

    MMLPL
    (Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line / Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
    Février 2022

  • Le MLPD victime d’une traque policière

    Le MLPD victime d’une traque policière

    C’est un processus kafkaïen. Le MLPD, parti autorisé, est ciblé par les services secrets allemands, redoutables héritiers de la sinistre organisation Gehlen. Celle-ci a fait de la chasse aux communistes une « religion d’Etat » pour reprendre les termes du MLPD. Pourtant, les faits reprochés sont risibles et ne constituent pas des chefs d’inculpation valable. Ce ne sont même pas des transgressions des limites de la démocratie libérale. Mais le rôle croissant du MLPD, notamment grâce à sa participation aux luttes ouvrières et écologistes, fait craindre à l’Allemagne que celui-ci ne grandisse et n’augmente son influence dans un pays qui se remet mal de la crise du COVID. Pour ne pas se retrouver face à un adversaire trop fort, l’État frappe préventivement, avec des méthodes qui ont fait leur preuves par le passé : fichage, traque, pressions, arrestations préventives.

    Nous sommes solidaires des camarades du MLPD et de leurs dirigeants. En tant que membres de l’ICOR, en tant que communistes, nous savons qu’il n’existe pas de frontières à la répression. Les enjeux de la lutte contre le capitalisme sont trop élevés pour que nos exploiteurs se conforment aux lois, malgré qu’ils les écrivent eux-mêmes.

    Le scandale prend de l’ampleur : Le service de renseignement intérieur a fait rechercher la direction du parti du MLPD dans toute l’Europe.

    Dernièrement, le service de renseignement intérieur (Verfassungsschutz) a dû admettre qu’il avait également fait rechercher Gabi Fechtner, la présidente du MLPD, dans toute l’Europe par le Bundeskriminalamt (Office fédéral de police criminelle) BKA. L’année dernière déjà, nous avions informé la presse que Stefan Engel, dirigeant de l’organe théorique du MLPD, Voie Révolutionnaire, et Monika Gärtner-Engel, responsable de la branche internationalisme du MLPD et coordinatrice principale de l’ICOR, faisaient l’objet d’une recherche secrète.

    Pendant au moins six mois, à partir du 3 décembre 2019, tous les trois ont été recherchés dans tout l’espace Schengen. Cela par toutes sortes de services étatiques possibles, police, police des frontières, etc. Le principe de séparation des services secrets d’avec l’appareil policier, un apport important de la chute du fascisme hitlérien, est ainsi rendu caduc.

    Cette démarche anticommuniste diffame, espionne et criminalise des représentants dirigeants du MLPD et vise à atteindre le parti tout entier. Le MLPD est un parti démocratique autorisé et protégé par la Constitution allemande, le Grundgesetz. Gabi Fechtner, Monika Gärtner-Engel et Stefan Engel n’ont jamais encore été condamnés par un tribunal allemand quelconque.

    Le contexte est que depuis 2018, les forces dirigeantes, à l’époque encore dirigés par le gouvernement CDU/CSU/SPD et le ministre de l’Intérieur Seehofer, avaient initié un changement concret de tactique contre le MLPD. Il s’agissait apparemment d’une réaction à son nouveau rôle au sein de la société allemande. Ainsi, dans son rapport sur l’année 2018, le soi-disant Office de protection de la Constitution avait procédé à une « réévaluation » explicite du MLPD et mis en garde contre son potentiel.

    Cette démarche a pris une importance nouvelle avec les avis de recherche et d’autres opérations. Le MLPD est passé à l’offensive contre toutes les invectives et a, jusqu’à présent, également gagné sur toute la ligne devant les tribunaux. Ainsi, le tribunal administratif de Meiningen a déclaré le 3 août 2021 que le traitement de Stefan Engel en tant que perturbateur présumé était illégal.

    L’avocat responsable du cabinet Meister et partenaires, Frank Jasenski, apporte des éclaircissements sur le contexte de l’avis de recherche : « La justification du service de renseignement intérieur dans son mémoire de janvier 2022 est aventureuse : «L’avis de recherche était également approprié […] en raison de l’interconnexion internationale au niveau de la direction [avec des] organisations [prétendument] terroristes kurdes et turques. »

    Pourtant, le travail des révolutionnaires kurdes et turcs est dirigé contre le régime fasciste du président Erdogan. C’est bien justifié et ce n’est pas du ‘terrorisme’. Les soi-disant ‘indices’ à cet égard sont d’une maigreur difficile à renchérir : Pour justifier la nécessité de l’avis de recherche, le service de renseignement intérieur a invoqué entre autres : une visite de solidarité aux grévistes de la faim kurdes (qui n’a même pas été effectuée par la direction du parti elle-même) ou des manifestations publiques sur les livres de Stefan Engel aux Pays-Bas en 2015 (!). Que se passe-t-il ici, si une telle chose est déjà qualifiée de soutien au terrorisme international ? »

    Au bout de six mois, les mesures de recherche ont été levées aussi officiellement, car aucun événement douteux n’a pu être détecté. Néanmoins, les informations relatives à l’avis de recherche sont restées dans les fichiers de surveillance INPOL.

    Au-delà de l’avis de recherche, on constate également des méthodes absurdes pour criminaliser des personnalités dirigeantes du MLPD. Ainsi, Gabi Fechtner a été accusée par le passé, sans aucune preuve, d’avoir servi illégalement de l’alcool, d’avoir résisté aux agents d’exécution et d’avoir « libéré des prisonniers ». Actuellement, elle est de plus poursuivie pour « port d’arme non autorisé » en raison de sa simple participation à un défilé de rue de la Liste internationaliste/MLPD à Essen le 30 août 2021, défilé qui n’était pas soumis à autorisation pendant la campagne électorale et qui était bien entendu pacifique. Dans les procédures respectives, aucune de ces accusations n’a été sérieusement poursuivie, et n’a pu, encore moins, résister à un examen judiciaire. Toutes ces accusations ont été rejetées ou ont donné lieu à des acquittements.

    Malgré cela, des données concernant Gabi Fechtner ont pu être consultées par des unités de police ordinaires lors d’opérations de police menées contre elle encore pendant la campagne électorale de 2021. Entre-temps, nous savons aussi que le fichier INPOL de Monika Gärtner-Engel contient encore jusqu’à aujourd’hui toutes les accusations réfutées depuis longtemps par les tribunaux.

    « Il y a une méthode derrière cela », affirme l’avocat Frank Jasenski : « On veut accumuler et sauvegarder contre nos clients des accusations aussi abstruses soient-elles, que, en partie, n’importe quel policier peut consulter – pour qu’au final, on retienne que l’on a affaire à des grands criminels et à de dangereux terroristes, contre lesquels, comme chacun sait, tout semble permis. Et pourtant, aucun des reproches formulés ne correspond, même de loin, à la réalité. »

    Aujourd’hui, du moins dans l’opinion publique progressiste, les courants réactionnaires tels que le fascisme, le racisme, l’antisémitisme, la misogynie, l’homophobie, etc. sont largement proscrits. Il existe à juste titre une grande sensibilisation contre l’oppression étatique et la privation des droits fondamentaux parmi les professionnels des médias pour de telles raisons. Cela doit également s’appliquer à l’anticommunisme – qui reste toutefois une sorte de religion d’État en Allemagne jusqu’à aujourd’hui.

    Cela nécessite davantage d’engagement critique et de courage civil, y compris dans les médias.

    Le gouvernement tripartite rouge, orange, vert et en particulier la ministre de l’Intérieur Nancy Faeser avaient annoncé publiquement qu’ils allaient à l’avenir porter l’essentiel de leurs efforts contre les forces fascistes et d’ultra-droite. Mais pourquoi cette criminalisation et cette diffamation se poursuivent-elles ?

    La ligne anticommuniste de Seehofer se poursuit-elle ici en sous-main ? Gabi Fechtner a déclaré : « J’exige notre réhabilitation intégrale ! Les auteurs peuvent s’attendre à d’autres démarches offensives du MLPD et de ses supportrices et supporteurs. Il ne doit pas s’imposer que des personnes soient espionnées, diffamées et criminalisées en raison de leur idéologie communiste. Dans l’intérêt de toutes les personnes démocratiques, il faut étouffer le mal dans l’œuf. »

  • OPA sur l’école : le maître de Zemmour avance ses pions

    OPA sur l’école : le maître de Zemmour avance ses pions

    Le milliardaire Bolloré s’est emparé de plusieurs maisons d’édition, notamment celles détenues par le groupe Lagardère et le groupe Havas. Bolloré est devenu en quelques années un mastodonte des médias. Médiapart en a parlé comme d’une concentration verticale et horizontale sans précédent. Fait inquiétant, il possède désormais 84 % de l’édition parascolaire, 74 % de l’édition scolaire. Cette situation de quasi-monopole, Vincent Bolloré compte bien l’exploiter au maximum.

    L’empire médiatique de Bolloré n’est pas qu’un moyen de faire de l’argent. C’est aussi une fin en soi : celle de posséder ses propres organismes de propagande, qu’il utilise pour faire passer ses conceptions du monde. Avec une figure de proue, son propagandiste préféré : Zemmour.

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    L’Empire médiatique de Bolloré : une machine de guerre en marche.

    Zemmour est-il nazifié ?

    Zemmour a dépassé le stade du commentaire raciste et provocateur. Il a dépassé le stade des « dérapages » racistes du temps de Le Pen. Il a fait la démonstration lors du « grand oral » organisé par le syndicat Alliance, de sa vision complètement nazifiée du monde. Et nous pesons nos mots. Zemmour a démontré là sa maîtrise du racisme dépassionné, froid et calculateur, qui veut qu’il existe deux civilisations incompatibles et qu’il faut donc que l’une anéantisse l’autre. Il a réitéré ces propos au micro de France Inter, déclarant que les policiers sont « les objets d’une lutte qui les dépasse, d’une guerre de civilisation. Il ne peut pas y avoir deux civilisations sur un même territoire. »

    Et cela passe comme une lettre à la poste : le terrain a été longuement préparé en amont.

    Zemmour ne dit pas un seul mot que son maître ne pense pas. Mais, auparavant, la grande bourgeoisie française recherchait des solutions libérales à ses problèmes : bien qu’extrêmement réactionnaire, elle choisissait des candidats centristes pour réaliser ses projets. Bolloré est un de ceux qui jettent le masque : il a été marginalisé, dans ses rapports à l’État, par d’autres cliques de milliardaires. Pour revenir il lui faut donc prendre les rênes du pouvoir. Et pour cela tout est bon.

    Il a donc adjoint une nouvelle corde à son arc : celle des livres scolaires, et plus particulièrement des livres d’Histoire-Géographie. Pour une clique qui se targue de lutter contre la « propagande antiraciste, féministe, LGBT et écologiste » à l’école, il est évident que les manuels sont une arme redoutable.

    Le manuel : un outil normatif

    La question de l’histoire scolaire est une obsession très française. Dans quasiment aucun autre pays le contenu des programme ne se traite à un tel niveau hiérarchique et fait l’objet d’un tel échange de passions publiques. L’une des raisons est dans son histoire même : l’Histoire de France est, depuis le XIXe siècle, un des vecteurs du nationalisme, notamment au travers du Roman National, construit après la défaite de 1870 pour compenser le « déficit d’amour » des français pour leur pays. L’histoire scolaire contribue à façonner un univers mental dans lequel évoluent toute leur vie les anciens élèves. Ainsi, l’omniprésence du livre « Le tour de la France par deux enfants », utilisé jusque dans les années 1950, dans lequel les races sont définies et hiérarchisées, a joué un rôle considérable dans la justification de la colonisation et dans le fond culturel raciste.

    Expansion du monde industriel - Liens - Univers social 2.0
    C’est avec ce genre de livres que les enfants de 1870-1950 découvraient le monde.

    La droite conservatrice et l’extrême-droite se plaignent constamment des programmes scolaires d’histoire et des manuels. Ils reprochent à ces derniers de ne plus faire aimer la France et de ne plus montrer sa grandeur. Ils reprochent aussi la fin de procédés narratifs qui traitaient « La France » comme une personne, comme une entité monolithique qui aurait une identité propre, et qui ne serait que superficiellement divisée en classes sociales et en courants politiques. C’est une marotte qui revient sans cesse dans les torchons écrits par Zemmour ou dans les livres écrits par la droite réactionnaire, comme ceux écrits par Vincent Badré1. Prendre le contrôle des manuels scolaires, c’est pouvoir, en catimini, prendre aussi le contrôle de l’histoire officielle, et aussi, de l’enseignement civique.

    L’histoire scolaire comme champ de bataille

    C’est un constat que nous partageons pourtant : le passage, au milieu des années 1990, de l’histoire critique de la période Mitterrand (auquel il faut reconnaître de grandes vertus !) à l’histoire notionnelle de Berstein et Milza a été un vrai choc culturel. L’Histoire est passée d’un sujet de débat, d’un sujet de controverse et de rivalité d’analyses, à un simple canevas servant à illustrer des notions. Une de celles qui émergent dans cette décennie de défaites est celle du totalitarisme : elle est utilisée, en contradiction totale avec l’évolution florissante des historiographies universitaires, uniquement dans le but d’assimiler nazisme et communisme, et de condamner ce dernier. Il s’agit d’un puissant outil. Et les réactionnaires comme Bolloré en ont pleinement conscience.

    Racheter les principaux éditeurs de manuels scolaire, c’est permettre, sans avoir le pouvoir, d’influencer les choix d’études, les problématiques, les documents et les représentations des élèves. Certes, la corporation des enseignants, et particulièrement celle des enseignants d’histoire-géographie, très à l’affût de ce genre de manœuvres2, va contrebalancer partiellement cette OPA sur l’esprit des élèves. Mais dans la bataille de longue durée que livrent les ultras de la réaction, il n’est pas dit que cela n’ait pas de conséquences. Dans tous les cas, cet achat contribue à accentuer l’emprise du boa constricteur fasciste sur la société.

    Nous accordons une grande importance à l’Histoire en tant que science sociale contribuant a fédérer et à organiser les autres (sociologie, anthropologie, géographie sociale…), mais aussi en tant que vecteur de culture générale. Laisser les tentacules de Bolloré et de Zemmour s’immiscer dans cette science, que ce soit par le pamphlet ou par le manuel, c’est dégarnir un flanc de la protection contre l’avancée de l’extrême-droite.

    L’histoire est un champ de bataille. Les réactionnaires classiques l’avaient bien compris. Leurs émanations « soft » aussi. Le discours d’un Lorànt Deutsch ou d’un Stéphane Bern est un discours qui rejette la démocratie et la République, et qui défend la supposée grandeur et le faste du passé, pour l’opposer à la supposée médiocrité et décadence d’aujourd’hui. Lorsque ces individus commettent un livre d’histoire, ou quand Zemmour la falsifie sans la moindre vergogne, il faut un travail immense pour rétablir la vérité. Et ce travail immense ne bénéficie nullement ni de la même diffusion ni de la même médiatisation.

    Amazon.fr - La falsification de l'Histoire: Eric Zemmour, l'extrême droite,  Vichy et les juifs - Joly, Laurent - Livres
    Les livres écrits pour répondre à Zemmour sont souvent de grande qualité. Mais ce n’est pas lu par le même public.

    Les livres écrits pour contrer Zemmour, et donc par extension Bolloré, Le venin dans la plume, ou La falsification de l’histoire, doivent être lus et diffusés. Mais ils ne peuvent gagner une bataille asymétriques seuls. Il nous faut aussi être capable de proposer un projet de société auquel ceux et celles qui subissent l’exploitation puisse adhérer. Ne pas juste répondre, mais développer nos propres thèses et notre propre vision de l’histoire : celle qui restitue à sa juste place l’affrontement entre le capital et le travail, entre les exploités et leurs exploiteurs, entre l’avenir et l’effondrement écologique et social.

    1Badré, V. (2012). L’histoire fabriquée? Ce qu’on ne vous a pas dit à l’école. Éditions du Rocher.

    2Et traditionnellement marquée à gauche.

  • L’horreur de l’or gris

    L’horreur de l’or gris

    « Les fossoyeurs ». Un livre qui a bien failli ne pas sortir tant il fait scandale. Un livre si explosif qu’il a poussé la direction des maisons de retraites ORPEA à proposer 15 millions d’euros à son auteur, à condition qu’il l’enterre. Flairant le scandale et la catastrophe Yves Le Masne, richissime PDG de cette entreprise florissante, s’est délesté des actions de celle-ci, empochant un gros demi-million d’euros au passage1. Dommage pour lui que cela puisse constituer un délit d’initié.

    Que s’est il passé ? La société ORPEA, leader mondial des EHPAD, avec 1 156 établissements dans 23 pays, s’est retrouvée épinglée par l’enquête du journaliste indépendant Victor Castanet. Dans le collimateur : des scandales de maltraitance constant, des moyens alloués insuffisants, des patients qui croupissent dans leurs excréments ou qui subissent des violences. Plusieurs personnes, patients, proches, docteurs, personnel, avaient déjà tiré la sonnette d’alarme. Mais l’omerta persistait. Et les témoignages isolés s’accumulaient dans le plus grand silence. Pendant ce temps, ORPEA engrangeait des sommes considérables, tout en produisant son lot de malheurs et de cadavres.

    Nous pensons qu’il est important d’opérer une distinction fondamentale entre la direction administrative de ces établissements, ces managers de « l’or gris », et le personnel soignant. Celui-ci est, dans la très large majorité des cas, sincèrement dévoué à aider les personnes âgées, en particulier les plus vulnérables. Mais il le fait dans des conditions tellement difficiles, à la fois matériellement et humainement, que cela ne peut pas ne pas entraîner des déviations dangereuses. La fatigue, l’usure morale, débouche sur des symptômes bien connus du burn out : l’isolation émotionnelle, le cynisme inhabituel, le fait de considérer les humains comme des « dossiers ». C’est là un danger à la fois pour les travailleuses et les travailleurs de ces environnements, mais surtout pour leurs patients, transformés en clients. Cette situation pourrait pourtant très facilement cesser : il « suffirait » pour cela que les directions de ces profitables mouroirs renoncent à une partie de leurs profits. Mais c’est là que le bât-blesse : toucher à la sainte rentabilité est précisément le point non-négociable.

    Nous avions publié une brochure (en cours de reformatage) intitulée « tout est un marché ». Elle revenait sur l’incroyable capacité des capitalistes à flairer des marchés au sein desquels ils peuvent faire du profit. Tous les âges, toutes les situations peuvent être propices à donner lieu à des investissements intéressants. Nous avions ainsi parlé des pompes funèbres qui gonflent leurs devis en profitant de la difficulté de faire jouer la concurrence et de la détresse psychologique des endeuillés ; des acheteurs de sang aux USA qui incitent les étudiants à y gagner de quoi payer leurs manuels scolaires ; des vendeurs de containers pour loger des migrants…

    Le scandale des maisons de retraites ORPEA, hors de prix, montre la manière dont les personnes âgées sont considérées sous notre régime économique : comme une manne à exploiter aussi rationnellement et avec la même rapacité qu’une mine, qu’un filon d’or ou d’uranium. C’est à dire avec une politique de réduction des coûts et de maximisation des profits. Quand on sait qu’en moyenne, une chambre est facturée en moyenne 2 900€ / mois, il est aisé de voir l’attrait du secteur.

    La direction d’ORPEA a bien évidemment nié absolument toute maltraitance. Cela n’a pas empêché l’action de s’effondrer, perdant 70 % de sa valeur. Face au scandale, le gouvernement a annoncé une enquête. Nous n’en attendons pas grand-chose : entre gens de la même classe, la solidarité l’emporte.

    Plus largement, il existe une question de société importante, celle de la place donnée à la vieillesse dans une société « jeuniste ». Dans une société où les critères de performance, d’efficacité de leistung, pour reprendre la formulation de la langue du IIIe Reich, sont fondamentales, quelle place pour des gens jugés inutiles ou pesants ? Dans une société dans lequel le présent occupe tout et dans lequel une négation de l’avenir s’opère, on préfère éloigner le déclin, la vieillesse et la mort. Mais cela ne les abolit pas.

    20 % des français et des françaises ont plus de 65 ans en 2018. Dans vingt ans, elle cette proportion sera de plus d’un quart. Pourtant, il existe une négation de cette question, négation manifestée par le peu d’entrain à prendre en considération les questions liées aux retraites ou à l’allongement de la durée du temps de travail. Les déclarations constantes du patron du MEDEF quant à cet allongement ne suscitent aucun émoi particulier. Pourtant, à 62 ans, 25 % des plus pauvres sont déjà morts, contre 5 % des plus riches. Une inégalité qui s’accentuera encore avec cet allongement. Ce sont donc des gens qui sont morts en ayant fait que travailler toute leur vie.

    Les moyens de subvenir à ses besoins, pour une personne âgée, sont limités. Les retraites restent majoritairement faibles. L’Institut National des Etudes Démographiques indique que 90 % des personnes ne sont pas en mesure de le financer sur la base de leur seul revenu. Le besoin de l’aide « informelle » de la famille ou de l’environnement social joue ainsi un rôle vital.

    Pourtant, à moins d’un tragique accident, nous connaîtrons ce destin : celui de vieillir et de devenir dépendant. Et l’avenir est de plus en plus sombre. Pour vivre longtemps, en bonne santé, pour ne pas être les prisonniers des mouroirs qui font de l’argent sur l’or gris, nous avons besoin d’une transformation profonde de la société.

    Celle-ci ne tombera ni du ciel, ni d’une urne. Lorsque nous sommes confrontés à l’absence de vergogne de personnes sans scrupules, motivés uniquement par l’appât du gain, comment croire qu’ils toléreront un changement ? Ce ne sont pas des adversaires politiques et sociaux : ce sont des individus qui se sont eux-mêmes placés dans le camp des ennemis du genre humain. Nous devons prendre cet état de fait en considération et en tirer les conclusions justes : il faudra les chasser et leur empêcher de revenir au pouvoir par l’ensemble des moyens à notre disposition.

    1À toutes fins utiles, nous rappelons que ce chiffre représente les rentrées annuelles du candidat Eric Zemmour. Relativisons donc.

  • Bloody Sunday, 50 ans d’un bain de sang

    Bloody Sunday, 50 ans d’un bain de sang

    30 janvier 1972, une manifestation traverse Derry, grande ville frontalière d’Irlande du Nord. Les irlandais et les irlandaises du Nord, qui subissent depuis des siècles la domination de l’Angleterre réclament des droits démocratiques basiques. Droit de vote, droit à l’emploi, droit au logement, fin des discriminations racistes et religieuses.

    L’armée dévie la trajectoire des manifestants, déploie les barricades, et parque la foule dans le Bogside, ghetto des Irlandais catholiques. La tension monte, et l’armée britannique ouvre le feu sur la foule, tout en faisant charger des véhicules blindés sur les manifestants. 14 sont tués et de nombreux sont blessés. C’est le bloody sunday.

    L’Irlande du Nord n’est pas une région naturelle de l’île d’émeraude, elle est un terrain d’occupation. Sa frontière a été tracée par le sang et les larmes. Lorsque l’Irlande arrache son indépendance en 1921 au terme d’une longue guerre brutale, le traité de Londres laisse l’Irlande du Nord aux mains des Anglais. C’est un balcon sur l’île, qui lui permet de garder une griffe dans les affaires irlandaises. La guerre civile éclate entre pro et anti traité, mais celui-ci s’applique en 1923. L’Irlande du Nord, région aux nombreux ports stratégiques, devient un jouet de vengeance pour le Royaume-Uni, face à l’humiliation provoquée par l’indépendance de la large majorité de l’île. Dans les Années 60, les conditions de vie des Irlandais, piégés dans l’enclave de l’empire britannique, sont révoltantes.

    Derry, nommé à titre d’humiliation Londonderry par les unionistes (fidèles à la Couronne anglaise), est l’épicentre d’une guerre de 30 ans, la plus récente – avec l’indépendance des Basques – d’Europe de l’Ouest. Les quartiers catholiques sont des prisons en plein air, militarisées, ceints de murs infranchissables, de barbelés, de rondes, où les milices unionistes font la loi. Et gare à celles et ceux qui mettent les pieds dans la mauvaise rue.

    Les Peace Walls, murailles établies après la fin des Troubles pour « empêcher les affrontements », emblématiques de la ségrégation en Irlande du Nord.

    Les Irlandais n’avaient pas le droit de voter, pas le droit d’être propriétaire de leur logement, pas d’accès à l’emploi dans la majeure partie des secteurs, pas le droit d’être élu. Il n’était pas rare de voir des panneaux indiquant « interdit aux chiens et aux Irlandais ». Si les droits civiques sont plus ou moins établis de nos jours, l’inégalité économique, sociale et politique entre catholiques et protestants est toujours béante. Les violences n’ont jamais vraiment cessé non plus. Aujourd’hui, avec cet anniversaire, elles reprennent de plus belle.

    La guerre entre le Royaume-Uni et les organisations paramilitaires républicaines Irlandaises, les Troubles, a duré 30 ans et s’est temporisée avec l’accord du vendredi saint en 1998. L’IRA Provisoire rends les armes et passe au parlementarisme, d’autres milices se cachent, se regroupent, ou disparaissent, le conflit devient souterrain. Les troubles, c’était des scènes de massacres, des agressions quotidiennes, des attentats, des batailles de guérilla. C’était la mort de dizaines de prisonniers politiques en grève de la faim, torturés, ignorés et laissés morts par le gouvernement Thatcher en 1981. Les portraits, comme ceux de Bobby Sand, ornent encore les murs.

    Portrait de Bobby Sands au siège du Sinn Féin, Belfast.

    Des récits qui semblent surréalistes pour des Européens occidentaux en 2022, mais qui sont la réalité toujours fraîche dans la mémoire collective des Irlandais. Des scènes que l’on penserait refoulées à une époque où ce type d’actes de barbarie en Europe de l’Ouest était celle des régimes fascistes, de l’occupation, des guerres mondiales, des images muettes, en noir et blanc, des récits d’enfance de nos grands parents.

    La raison de cette violence surréalistes est celle d’une réalité, l’Irlande du Nord est un territoire occupé par une des plus grandes machines de guerre de l’histoire humaine, l’empire britannique. Le Royaume-Uni se présenterait dans l’imaginaire libéral comme un pays démocratique et civilisé, élégant, avec en son cœur la figure sympathique d’une famille royale glamour. Une sorte de voisin et rival qu’on apprécie malgré tout ses caprices, un membre fondateur de la belle famille des démocraties d’Occident. Mais comme tout empire, l’état du Royaume-Uni est une démocratie pour sa métropole, pour ses dominions, c’est un bourreau sans pitié.

    Aucune nation ne supporte d’être divisée par des forces d’occupation. Cette division reste une grande plaie qui peut s’ouvrir au moindre choc. Aujourd’hui, le Sinn Féin, la façade politique de l’IRA, est devenu un des acteurs majoritaire de la vie politique irlandaise. Avec le Brexit, les frontières entre Irlande du Nord et la République risquent de se refermer et se remilitariser. L’unité du Royaume-Uni est menacée de toute part, notamment en Écosse. La stabilité britannique touche-t-elle à sa fin ? Aux peuples d’en décider.

    Notre solidarité va, sans la moindre équivoque, à celles et ceux qui se battent pour la liberté, et pour le droit des peuples à s’ériger en nations indépendantes. Le Bloody sunday n’est pas un acte aléatoire, il s’inscrit dans cet ensauvagement dénoncé par Aimé Césaire, celui du colonisateur.

    La colonisation irlandaise et le Generalplan Ost Allemand sur l’Europe de l’Est, sans être de la même ampleur, possèdent une nature commune. Elle est la même que la colonisation des Indes, de l’Indochine, de l’Afrique ou de l’Amérique. Loin des mises en équivalence des deux violences (comme dans les chansons Zombie des Cranberries, ou Sunday Bloody Sunday de U2), nous considérons que la colonisation britannique de l’Irlande s’est basée, comme dans toutes les opérations de ce type, par la violence brute, l’agression culturelle, par la faim et le mépris de la vie de l’autre.

  • Solidarité avec Nantes Révoltée !

    Solidarité avec Nantes Révoltée !

    Nous affirmons notre solidarité avec le média Nantes Révoltée.

    Nous relayons ici la pétition contre leur interdiction : https://chng.it/YpKxTMDyxc

    Gérald Darmanin a annoncé hier « J’ai décidé d’engager le contradictoire qui permettrait la dissolution de ce groupement de fait. » Le gouvernement souhaite donc museler Nantes Révoltée.

    L’accusation est d’avoir relayé une manifestation « contre l’État, contre les policiers ». Ce simple relais d’information est donc suffisant pour justifier une procédure de censure brutale.

    Avant toute chose, il faut reconnaître quelque chose d’essentiel : c’est tout de même une belle couronne de lauriers que le gouvernement dresse à ce média. Dissoudre un groupe qui n’est accusé de rien de particulier, juste parce que celui-ci possède une portée médiatique au-delà du milieu militant, est quelque chose de rare. À titre de comparaison, il avait fallu scandales sur scandales, violences sur violences, pour que l’État daigne taper sur les doigts de Génération Identitaire. Dissolution par ailleurs cosmétique : le gouvernement a absorbé une partie du programme, Zemmour et ses sbires milliardaires le reste.

    Cette censure qui ne dit pas son nom est une illustration des limites de la démocratie telle que conçue par les exploiteurs et leurs relais politiques. Il est possible de parler de tout, il est possible de parler de rien, tant que cela ne menace pas l’ordre établi. Les informations sont généralement noyées dans un brouhaha algorithmique que en limitent la diffusion, ou la rendent illisible. Et les marges de tolérance laissées s’amenuisent d’années en année. Plus le temps passe, plus nous voyons les espaces d’expression être cloisonnés et contrôlés.

    Ces menaces de dissolution qui touchent le média Nantes Révoltée sont cependant inquiétantes. Ces menaces d’interdiction ou de dissolution sont toujours plus nombreuses. Dès que l’occasion apparaît, le couperet de la loi tombe. C’est une manière de briser les volontés et de casser la portée des médias alternatifs. Ainsi, on peut se rappeler les menaces de Laurent Wauquiez contre le Lyon Antifa Fest entres autres mesures de répression et de brimades. Seulement il s’agit d’une gradation supplémentaire. Nantes Révoltée n’est pas seulement menacée, elle est dans l’engrenage implacable de la dissolution.

    Certes, nous avons critiqué à plusieurs reprises la vision développée par Nantes Révoltée de la pandémie et du Pass Sanitaire. Elles n’ont jamais empêché le fait que nous les considérons comme des camarades de lutte et que ceux qui les attaquent sont nos ennemis. Nous nous devons aussi de saluer le travail qui a été réalisé par eux au cours des années pour informer sur les méfaits du gouvernement et des exploiteurs. Nous pensons que le gouvernement ne recherche pas l’installation d’une espèce d’hypothétique régime totalitaire basé sur la destruction de la vie sociale. Au contraire, nous pensons que s’il peut choisir entre les scénarios de Dix-neuf cent quatre-vingt-quatre et de Le Meilleur des mondes1, il choisira le second. Plus souple, plus socialement acceptable, plus à même de susciter l’adhésion. C’est d’ailleurs pour cela que, malgré les 500 000 cas de Covid, il ne pense qu’a lever les mesures de distanciation sociale.

    Mais, en dépit du fait que nous pensons que tout ce que fait le gouvernement ne participe pas à une conspiration contre la Liberté avec un L majuscule, il est indéniable que des faits graves se produisent. Le capitalisme non seulement n’a plus besoin des compromis qu’il avait du faire face aux partis communistes puissants et à l’URSS, mais il subit une crise profonde et dangereuse. Dès lors, nous voyons les droits économiques fondre comme neige au soleil. Et dans la foulée de leur disparition, la colère monte. Les droits et les libertés politiques, concédées par les exploiteurs, sont alors eux aussi attaqués. La censure revient.

    Dans le climat actuel une véritable mobilisation de masse est faite, par le truchement des médias les plus influents, inféodés à des entreprises monopolistes. Cette mobilisation de masse développe trois thématiques : 1) il faudra se serrer la ceinture. 2) il existe un ennemi intérieur dangereux, un hydre islamo-gauchiste. 3) pour régler la crise, il faut un homme fort, un pouvoir fort, un César ou un Napoléon. Pendant ce temps, la société se caporalise.

    Un baromètre OpinionWay pour le Cevipof2 indique ainsi que si 57 % des français se plaignent de la richesse outrancière des milliardaires, ils sont de plus en plus nombreux et nombreuses à chercher une réponse dans un pouvoir fort, unique, militarisé. Il existe un espace dans lequel s’engouffrent les apprentis Perón, les apprentis Mussolini, voir pire encore.

    Nous dénonçons cette procédure inacceptable ! Elle démasque le gouvernement pour ce qu’il est : une parodie de démocratie qui camoufle de plus en plus mal une dictature de classe. Nous n’acceptons aucune dissolution parmi ceux qui font partie du camp du peuple ! La censure muselle le peuple, mais elle ne peut stopper sa colère !

    1Dans 1984, la société est privée d’information, de loisirs, de divertissement. Tout est fait pour asséchez l’esprit humain. Dans Brave New World, au contraire, il s’agit d’une société du divertissement, de l’abondance, dans lequel les informations sont noyées dans un maelström de bruit.

    2Centre de recherches politiques de Sciences Po

  • ICOR : Solidarité avec les travailleurs et les masses populaires au Kazakhstan

    ICOR : Solidarité avec les travailleurs et les masses populaires au Kazakhstan

    Au début de l’année 2022, des manifestations de masse contre le pouvoir se sont répandues dans plusieurs villes du Kazakhstan. L’élément déclencheur a été le doublement du prix du gaz liquide. Les travailleurs de l’industrie, en particulier ceux du pétrole, du gaz et de l’acier, se sont mis en grève, ont bloqué les routes et organisé des manifestations. Les luttes ont commencé dans l’ouest du pays et se sont propagées de manière explosive dans tout le pays, y compris dans la capitale Nour-Soultan et la métropole économique Almaty.

    Le Kazakhstan a été gouverné pendant des décennies par le potentat Noursoultan Nazarbaïev. Même sous la présidence de Kassym-Jomart Tokaïev, qui lui a succédé en 2019, la famille Nazarbaïev a conservé son influence et ses possibilités d’enrichissement. Les protestations ont un caractère insurrectionnel et sont dirigées contre le gouvernement corrompu et ses abus de pouvoir.

    La police et l’armée répriment les protestations avec une brutalité fasciste intransigeante. La police et l’armée ont reçu l’ordre de tirer et ont abattu au moins 225 manifestant.e.s. Les protestataires ont résolument attaqué les bâtiments détestés du gouvernement, des maires et des services secrets. Toutes les forces impérialistes tentent d’assurer leur influence et certains essaient d’exploiter à leur profit ce soulèvement justifié des masses populaires. Le 5 janvier 22, le président Tokaïev a limogé le gouvernement, annulé l’augmentation du prix du gaz et occupé les postes influents de Nazarbaïev avec ses propres hommes. Cela n’a pas suffi à apaiser les masses. Le 6 janvier, des troupes de l’alliance « Organisation du traité de sécurité collective » (OTSC), menées par des soldats russes, sont arrivées au Kazakhstan « à l’invitation de Tokaïev, avec le soutien de la Chine. L’impérialisme russe a ainsi pris l’avantage sur ses rivaux impérialistes et leur annonce sans équivoque sa prétention impérialiste à la prise de pouvoir sur ce pays important pour lui sur le plan géostratégique, économique et militaire. Cela ne laissera pas les impérialistes occidentaux en paix et aggrave également le risque de guerre à ce point névralgique.

    Après 30 ans, les habitants de plusieurs anciennes républiques soviétiques en ont assez des dirigeants qui se sont imposés après la chute de l’Union soviétique et qui se sont immensément enrichis par l’exploitation la plus brutale des travailleurs et des matières premières. L’arbitraire et la brutalité du pouvoir d’État règnent, les droits et les libertés démocratiques n’existent pas dans les faits. Outre les impérialistes russes et la Chine, les impérialistes de l’OTAN et de l’UE veulent désormais garantir leur accès à ces richesses et leur influence.

    Halte aux méthodes fascistes de répression

    Des dizaines de milliers de manifestants sont descendus dans la rue, notamment dans la mégapole d’Almaty. Plus de 3 000 arrestations ont eu lieu, selon la chaîne publique Khabar. Le président Tokaïev ordonne « des opérations antiterroristes » qui doivent durer jusqu’à « l’élimination complète des combattants ». Entre-temps, les protestations de masse justifiées ne sont plus seulement dirigées contre les augmentations drastiques des prix de l’énergie. En 2011 déjà, les forces de sécurité avaient tiré sur des grévistes du pétrole à Janaozen et tué 16 d’entre eux. Le gouvernement fasciste ne cesse de s’en prendre aux syndicats indépendants.

    Les prises de position diffusées dans les médias bourgeois occidentaux, qui appellent à renoncer à la violence, méconnaissent complètement qui sont les oppresseurs et qui sont les opprimés.

    ICOR exprime sa pleine solidarité aux travailleurs, aux femmes et aux jeunes qui protestent. C’est une méthode typique que les personnes qui descendent dans la rue pour leurs revendications légitimes soient traitées de « terroristes », avec le motif de réprimer leur protestation de la manière la plus brutale.

    Liberté pour tous les détenus politiques sur une base antifasciste !
    Pour le droit de faire grève et de manifester en masse !
    Pour la démocratie, la liberté, la paix et le socialisme !

    Signataires (en date du 21/1 2022, d’autres signataires sont possibles):

    1. PCPCI Parti Communiste Proletarien de Côte d’Ivoire
    2. UPC-Manidem Union des Populations du Cameroun – Manifeste National pour l’Instauration de la Démocratie
    3. MMLPL Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
    4. CPSA (ML) Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes))
    5. PCT Parti Comuniste du Togo
    6. PPDS Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie
    7. CPB Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)
    8. SPB Socialist Party of Bangladesh (Parti socialiste du Bangladesh)
    9. CPI (ML) Red Star Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)
    10. NCP (Mashal) Nepal Communist Party (Mashal) (Parti communiste du Népal (Mashal))
    11. PPRF Patriotic Peoples Republican Front of Nepal (Front républicain du peuple patriotique du Népal)
    12. CPA/ML Communist Party of Australia (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Australie (marxiste-léniniste))
    13. БКП Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
    14. PR-ByH Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie et Herzégovine)
    15. MLPD Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
    16. UC Unité Communiste, France
    17. UPML Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France
    18. BP (NK-T) Bolşevik Parti (Kuzey Kürdistan-Türkiye) (Parti bolchévique (Kurdistan du Nord / Turquie))
    19. KOL Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)
    20. RM Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
    21. UMLP União Marxista-Leninista Portuguesa (Union marxiste-léniniste portugaise)
    22. MLGS Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
    23. TKP-ML Türkiye Komünist Partisi – Marksist-Leninist (Parti communiste de Turquie – marxiste-léniniste)
    24. MLKP Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)
    25. KSRD Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine
    26. PCC-M Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)
    27. OAPCM Organización Apoyante del Partido Comunista de México (Organisation de soutien du Parti communiste du Mexique)
    28. PCP (independiente) Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))
    29. PC (ML) Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine
    30. PCR-U Partido Comunista Revolucionario del Uruguay (Parti révolutionnaire communiste d’Uruguay)
    31. ROL Revolutionary Organization of Labor (Organisation révolutionnaire du travail), États Unis
  • Mourir pour Kiev ?

    Mourir pour Kiev ?

    La tension continue de monter. Depuis plusieurs jours, des signaux inquiétants s’adjoignent les uns aux autres.

    La Russie, depuis plusieurs mois opère une concentration de forces à proximité de la frontière ukrainienne. Des rapports font état d’une présence militaire Russe au Bélarus voisin.

    La Russie a formulé un nombre important d’ultimatums irréalistes ou qui ne peuvent être acceptés par l’occident. Notamment, elle exige la neutralisation militaire de l’ensemble des pays qui n’étaient pas membres de l’OTAN en 1997. De même, il exige que soient « juridiquement fixés : le renoncement à tout élargissement de l’OTAN [vers l’est], l’arrêt de la coopération militaire avec les pays postsoviétiques, le retrait des armes nucléaires américaines de l’Europe et le retrait des forces armées de l’OTAN aux frontières de 1997 ». Elle n’a pas mentionné de contreparties, telles que sur la Crimée, le Donbass ou l’Abkhazie.

    Elle fait pression sur le Bélarus pour que celui-ci modifie sa Constitution et accepte de posséder des bases de lancement de missiles sur son sol.

    Dans le même temps, une série de cyberattaques a été organisée en Ukraine. Elle est soit-disant en provenance d’ultranationalistes polonais, mais il semble qu’elle provienne, là aussi de Moscou. Des agents russes ont été également décelés sur le terrain. L’Ukraine redoute des sabotages sur ses arrières.

    Par ailleurs, des rumeurs d’évacuation du personnel diplomatique russe et biélorusse ont été entendues.

    À l’opposé, la Russie développe également un réseau d’amitié et de solidarités. Ainsi, la nomination de François Fillon au poste d’administrateur du géant pétrochimique Sibur est une manière de se doter d’alliés et de montrer qu’elle peut être généreuse.

    Dans l’ensemble, la situation est suffisamment inquiétante pour qu’un risque de guerre puisse être sérieusement considéré. Comme l’a mentionné l’ancien vice-ministre de la Défense Andrei Kartapolov (Comité de défense de la Douma) : « Nos partenaires doivent comprendre que plus ils feront traîner l’examen de nos propositions et l’adoption de vraies mesures pour créer ces garanties, plus grande est la probabilité qu’ils subissent une frappe préventive. »

    Cependant, si dans ce cadre précis la Russie apparaît comme à l’initiative de la guerre, les responsabilités sont clairement imbriquées. Est et Ouest sont dans une lutte géopolitique à laquelle il n’existe que deux issues : soit la soumission et le compromis, soit la guerre.

    Les raisons du conflit.

    Comme nous l’avions mentionné dans notre texte précédent (la guerre couve en Ukraine), nous pensons qu’il faut reprendre les raisons de ce conflit :

    • À l’échelle régionale, celle sur laquelle se focalise l’occident, l’Ukraine fait incontestablement figure de victime. Pour leur malheur, ils sont à la fois un espace pivot de la géopolitique mondiale, mais aussi un butin sur lequel lorgnent bien des rapaces1. Elle n’existe que comme espace à intégrer, soit par les uns, soit par les autres. Les ukrainiens et les ukrainiennes sont ballottés aux gré des évolutions des rapports de force entre Russie et Occident. Leurs intérêts, en tant que peuple, en tant que pays, ne sont jamais pris en compte.
    • À l’échelle mondiale, c’est tout aussi incontestablement le résultat d’une pression exercée sur la Russie dans le but de l’encercler, de l’enclaver, de la maintenir dans un état de sujétion face aux puissance impérialistes dominantes. La Russie a le sentiment d’être encerclée, étranglée par l’action des impérialistes d’occident. Pour sa bourgeoisie, elle est devant une croisée des chemins : soit parvenir à s’affirmer comme une puissance dominante, soit être dominée par les autres puissances. Pour sa population, c’est la question du sentiment national et du chauvinisme qui se pose : elle s’est sentie amputée d’une partie de son espace, considère qu’on lui a arraché une partie de son système économique. Pour se protéger, elle se sent légitime à neutraliser l’espace autour d’elle et à défendre son « étranger proche ».
    • Nous ne pouvons totalement blâmer la Russie : elle joue une carte géopolitique logique et cohérente. Elle sait qu’elle est une ennemi par essence de l’Occident et des États-Unis, que, quelque soit le régime, quelque soit la politique menée, elle serait toujours traitée de la même manière. Il ne faut pas sous-estimer l’importance de cette frustration, de ce ressentiment. Menacée, elle est prête à mordre. Et là, elle pense qu’une opportunité existe.
    • La Russie pense que l’UE n’est pas capable de réagir de manière unifiée. Elle sait que les format des armées occidentales correspondent aujourd’hui à des modèles de corps expéditionnaires coloniaux, et non pas à des forces capable d’encaisser les dégâts et les pertes d’un conflit face à un adversaire équivalent. De plus, la nouvelle génération n’a pas été autant nourrie à la russophobie. Aujourd’hui, comme le souligne l’Express : Qui, en Europe et dans l’Otan, est prêt à mourir pour l’Ukraine ?2
    • En outre elle ne pense pas les USA capables de pouvoir réunir une unité de volonté suffisante pour s’investir dans un conflit de ce type. Les USA sont d’ailleurs fort préoccupés par la situation entre la Chine et Taïwan3, laquelle est elle aussi potentiellement explosive. Cette sollicitation sur deux fronts ne facilite pas l’engagement. Quant à leur départ d’Afghanistan, qui est une victoire pour les Russes et les Chinois, elle confirme l’idée d’un affaiblissement de la superpuissance.
    https://unitecommuniste.com/antiimperialisme/la-guerre-couve-en-ukraine/

    Krieg oder nicht ?

    Ces griefs et ces tensions ne signifient pas forcément une guerre. La montée aux extrêmes n’est pas systématiquement intéressante pour les belligérants. Il est possible que la Russie ne recherche qu’une amélioration relative de sa situation intérieure et extérieure. Tous les scénarios sont sur la table, depuis l’utilisation d’une frappe préventive sous une forme similaire à celle d’Israël pendant la guerre des Six Jours4 jusqu’à une simple négociation en passant par un conflit limité aux régions à l’est du Dniepr. Mais un risque d’internationalisation est lui aussi possible.

    Ce conflit, s’il a lieu, sera une boucherie qui n’a aucun intérêt pour le peuple, pour les travailleurs. C’est leur sang qui sera versé, tandis que les puissants négocieront un nouveau partage du monde. Cette guerre sera une guerre injuste, une guerre comme la décrivait Anatole France : « on croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels ».

    Se pose alors la question : quelle sera l’attitude à tenir dans le cas où cette guerre éclaterait ?

    Une position délicate.

    Tout comme la Première Guerre mondiale, les responsabilités sont partagées. L’Occident ne veut pas perdre sa suprématie, la Russie ne veut plus de son statu de challenger et pense qu’elle est menacée, l’Ukraine en a assez d’être traitée comme un butin et comme un théâtre d’opération. Si cette guerre se déclenche, la Russie sera l’agresseuse. Elle partira avec un désavantage moral. Il est certain qu’une vague de solidarité va naître pour l’Ukraine. Mais les bons sentiments ne font pas une politique. Que faire ?

    En tant que membre de l’ICOR, nous avons des camarades d’un côté et de l’autre de la future ligne de front. Nous tiendrons une position unifiée : cette guerre n’est pas la nôtre, nous ne verserons pas notre sang pour savoir quel sera notre exploiteur.

    En France, nous savons qu’une immense pression sera exercée pour que tous et toutes soutiennent la participation de la France à la guerre « au nom de la liberté ». Cette pression est inacceptable. La France ne sert aucune grande cause, elle ne sert que ses intérêts propres dans la région. De toute manière nos choix sont limités : soit nous soutenons notre propre impérialisme, soit nous luttons contre celui-ci. Mais c’est notre seul champ d’action. Les cris humanitaires n’auront pas d’impact. Cela demande de ne pas céder aux sirènes des impérialistes va-t-en-guerre. Eux n’ont rien à faire des Ukrainiens et des Ukrainiennes. A leurs yeux, ils sont de la chair à canon, de la chair à patron, de la chair à proxénète.

    Nous appelons ceux et celles qui se retrouvent sur cette position à se mettre en rapport avec nous. Nous rejetons ces préparatifs de guerre organisés par la France. Nous ne voulons pas d’une nouvelle guerre pour l’or. Nous appelons à ce que toutes les forces anti-guerre, toutes les forces contre l’impérialisme, se rejoignent et appellent à cesser cette escalade et ces provocations dangereuses. Nous appelons aussi à venir en aide aux organisations qui œuvrent en faveur de la paix de l’autre côté de la muraille géopolitique. Personne n’a rien à gagner dans ce conflit : au contraire, nous avons tout à perdre.

    Dans le cadre de cette rivalité inter-impérialiste nous avons une tâche : entraver l’effort de guerre, lutter contre la propagande de guerre, faire en sorte que les impérialistes paient cette guerre : en perdant leur influence, en perdant leur pouvoir.

    C’est dans l’esprit de Zimmerwald, cette conférence de ceux qui refusaient la guerre de 1914-1918, que nous appelons à tendre la main aux uns et aux autres. Que nous appelons à résister à l’injonction de faire front avec nos propres maîtres. C’est dans cet esprit de paix que nous appelons à faire obstacle à la marche à la guerre, à l’OTAN, à ceux faux démocrates et vrais tyrans.

    1Dont notre propre impérialisme, qui s’y est bien implanté, notamment la famille Mulliez, propriétaire du groupe Auchan.

    2Face à la menace Poutine, qui, en Europe et dans l’Otan, est prêt à mourir pour l’Ukraine ? Express du 19/01/2022.

    3À plusieurs reprises, la République Populaire de Chine a exercé des pressions sur Taïwan. Ces pressions, soit sous la forme d’incursions navales, soit sous celles de patrouilles aériennes, sont susceptibles de se matérialiser en un affrontement. La prise de Taiwan et la réunification des deux Chines serait une porte vers l’Océan mondial.

    4Cette guerre fut déclenchée par Israël en réaction aux mouvements de troupes de l’Égypte et à la suite du blocus du détroit de Tiran aux navires israéliens par l’Égypte le 23 mai 1967 (les Israéliens avaient préalablement annoncé qu’ils considéreraient cet acte comme un casus belli). Le soir de la première journée de guerre, la moitié de l’aviation arabe était détruite ; le soir du sixième jour, les armées égyptiennes, syriennes et jordaniennes étaient défaites. (source Wikipédia)