Yvan Colonna est décédé. L’assassin présumé du préfet Erignac, tué en 1998, est mort des suites des coups reçus en prison par le djihadiste Franck Elong Abé, incarcéré avec lui. La nouvelle de ses blessures, le 2 mars avait entrainé des explosions de violence dans l’Ile de Beauté. L’Etat français avait d’ailleurs été déstabilisé par l’ampleur de celles-ci. Il est décédé le 21 mars sans avoir repris conscience. Aujourd’hui, le retour de son corps dans son pays suscite une vague d’émotion importante. Petit retour en arrière :
Yvan Colonna est un prisonnier politique très surveillé, classé DPS (Détenu Particulièrement Surveillé). Cet ex-militant du Front de Libération National Corse (FLNC) avait été au centre d’une affaire particulièrement médiatisée, fin 90 début 2000. En 1998, le préfet Erignac est abattu. Peu de temps après le nom d’Yvan Colonna apparaît dans les médias : il est accusé d’avoir exécuté le haut fonctionnaire. Il s’en suit une longue cavale qui se termine 5 ans après, en 2003. Il est alors condamné dans des circonstances débattables et avec un respect quelque peu douteux des droits de la défense. Ainsi Nicolas Sarkoy, alors ministre, avait largement transgressé la présomption d’innocence. L’affaire Colonna avait fait couler des fleuves d’encre. Elle était une de ces grandes affaires dans lesquelles il ne peut pas ne pas y avoir de coupables. Yvan Colonna, quelque soit la réalité de sa participation à cet assassinat, était condamné d’office. Ne pas trouver l’assassin aurait été un aveu de faiblesse terrible pour l’État. Il a donc mis les bouchées doubles pour obtenir un placement long en préventive, suivi d’une incarcération particulièrement lourde, loin de sa famille, sous le statut de Détenu Particulièrement Surveillé. Ses soutiens demandaient la fin de ce statut, uniquement décidé par les hautes instances de l‘État, sans justification.
Ce statut a été changé par le gouvernement après les émeutes, montrant ainsi que Colonna, et les autres prisonniers politiques, étaient maintenus loin de leurs proches par la seule volonté présidentielle. Cette annonce, loin de calmer les choses, a été perçue comme une provocation, et a suscité encore plus de colère. Il nous rappelle qu’il existe une volonté franche de briser les solidarités autour des détenus. C’est aussi le cas des Basques, qui sont systématiquement écroués loin de leur famille.
Nous ne pouvons pas non plus oublier que cet acte de violence illustre le fait que le système carcéral français n’a aucunement des vertus de réhabilitation. Il est un inframonde, un cercle de l’enfer, dans lequel la violence et les mauvais traitement sont continuels. La prison n’est nullement un moyen de « transformation », même selon les critères idéologiques de l’État. Elle est une punition, dans les rats, les cafards, la surpopulation.
Le gouvernement : entre tensions et dialogue
En Corse, la colère a rapidement pris une ampleur telle que l’État s’est retrouvé dépassé. Elle a ravivé une flamme nationaliste qui s’était quelque peu atténuée : certaines concessions économiques avaient permis d’acheter la neutralisation des plus grands courants. Ce réveil est donc fracassant. Aujourd’hui, les mouvements demandent au minimum une autonomie de la Corse, sous la même forme que la Polynésie Française, seule solution pour calmer la colère du peuple. Ils demandent également une enquête sur le meurtre. Des menaces de reprendre la lutte armée, « le maquis », se font également entendre. Le consensus antérieur est donc fracturé.
Depuis le début de son mandat, Macron prête peu d’importance à la Corse. Il est aujourd’hui obligé d’affronter un ressentiment importante. À la suite des émeutes, Darmanin fut envoyé en Corse, dialoguer avec les différents élus locaux, où il fait miroiter un changement de statut de la Corse. Cette promesse est cependant assortie d’une condition : la réélection de Macron. L’en même temps proverbial fonctionne toujours. Mais le mot est lâché : l’autonomie est à portée de main. Gare à celui qui retirerait aux Corses cette perspective. Cette déclaration a entrainé un retour au calme, même si celui-ci a tout d’une paix surarmée.
Malgré le déplacement de Darmanin et les nombreuses réunions avec les élus locaux, le gouvernement garde une attitude offensive suite à l’annonce du décès de Colonna : l’envoi de plusieurs centaines de CRS sur l’île, pour des manifestations qui n’ont pourtant pas encore eu lieu.
Des perspectives positive ?
Nous considérons que l’autonomie va dans le bon sens : celui d’une prise en charge du destin de la Corse par les Corses eux et elles-mêmes. Elle serait encore insuffisante, mais serait un premier pas, pas qui pourrait ensuite permettre à d’autres revendications d’émerger, que ce soit dans l’hexagone ou dans les possessions coloniales. Nous ne pouvons pas oublier que la Corse peut s’enorgueillir d’avoir été la première nation de l’époque moderne à proposer une Constitution démocratique en 1755. Elle est alors le premier État dans lequel les femmes ont le droit de vote. Nous pensons que les questions d’autodétermination sont importantes et ne doivent pas être réduites à un folklore. Elles sont des questions importantes et qui méritent d’être traitées avec sérieux.
Nous voyons notre tâche, en tant qu’organisation ayant vocation à lutter sur l’ensemble du territoire détenu par la France, non pas comme prenant forcément des positions sur ce qui doit être fait pour tel ou tel territoire. Nous ne sommes pas des décrétistes. Nous la voyons comme une lutte pour permettre d’arriver aux conditions dans lesquelles ceux et celles qui habitent dans ces espaces puissent trancher ces questions : rester, être autonomes, ou partir.
Nous affirmons notre solidarité avec le Groupe Antifasciste de Lyon et Environs. Darmanin a décidé de lancer une procédure de dissolution contre le Groupe Antifasciste de Lyon et Environs. Le Groupe a déclaré :
« Darmanin a indiqué vouloir dissoudre le groupe, après avoir fait un signalement au ministère de la Justice, et demandé aux services du ministère de l’Intérieur d’entamer des investigations ».
C’est la poursuite d’une stratégie d’anéantissement de ce groupe, opéré depuis plusieurs années. Il s’inscrit dans une stratégie dont nous avons pu voir les effets récemment, avec notamment la dissolution du Collectif Palestine Vaincra. Face à la gauche, Darmanin montre les dents. La répression touche depuis longtemps les militants et les militantes de cette organisation. Mais les choses se sont accélérées.
Déja en 2019, des arrestations ciblées, des procédures d’intimidation, la destruction du matériel militant – y compris des possessions sans rapport, uniquement dans le but de briser la détermination et de faire étalage de l’impunité policière.
Fin 2021, nous avions pu voir plusieurs militants de la GALE se retrouver dans un engrenage kafkaïen pour un affrontement contre des intégristes. Pas de plainte, mais un parquet ravi de trouver l’occasion de faire là un exemple. La détention préventive a été utilisée, contre son sens premier, qui est de permettre des compléments d’enquête. Elle a été utilisée dans un sens punitif : pour casser ces militants.
La même année, une pression importante a été exercée sur le Lyon Antifa Fest pour qu’il soit impossible qu’il se tienne. Le président de la région, Laurent Wauquiez, avait alors menacé le lieu dans lequel se tenait habituellement ce festival, le CCO de Villeurbanne, en menaçant de lui supprimer une partie de ses subventions. La raison : des slogans anti-police dans une chanson. On sait déjà, d’expérience, que chanter Hécatombe peut coûter parfois cher. Ces slogans sont au centre de la procédure de dissolution, ainsi que le fait d’avoir partagé l’appel à « assiéger Bayer-Monsanto » le 5 mars. La GALE vient donc rejoindre la longue liste d’organisations dissoutes. En dernière instance, on retiendra la chose suivante : devenir influent, trop gêner le pouvoir, même dans des moyens d’expression et d’action qui ne transgressent pas la loi en tant que tel, c’est trop. La démocratie, que la France se targue constamment de défendre, est à géométrie décidément bien variable.
Pendant ce temps, nous avons pu le voir, les délinquants fascistes peuvent se pavaner. Lorsqu’ils tuent, ils sont systématiquement dédouanés de leur responsabilité : on en fait des actes isolés, sans lien avec une idéologie qui voit l’existence comme une lutte à mort entre races. Pendant ce temps, un condamné pour incitation à la haine est un des candidats les plus médiatisés. Pendant ce temps, une longue montée en pression se poursuit. Un « ensauvagement » tel que dépeint par Aimé Césaire : face aux difficultés actuelles, surtout économique, on brutalise, on abrutit au sens premier du terme, on décivilise. Quant aux petites tapes sur les mains des fascistes, qui servaient à montrer prétendument la neutralité de l’État, elles n’ont été que des prétextes pour intégrer ces membres aux groupes du RN ou de Zemmour. Elles ont été des professionnalisations.
Cette contamination se voit, elle produit ses effets. Comme l’écrivait la spécialiste de la Russie Anna Colin Lebedev :
« La logique de la goutte de poison nous fait dire que l’armée ukrainienne entière aurait été contaminée par le néo-nazisme promu par quelques membres. Que doit-on dire alors de nos propres forces de l’ordre qui votent volontiers pour l’extrême droite ? »
Oseront-il la dissoudre ?
Nous déclarons notre solidarité avec les membres de cette organisation. Nous ne doutons pas que cette opération échouera et ne fera que contribuer à renforcer leur détermination et à bâtir quelque chose d’encore plus grand.
La lutte contre la guerre aujourd’hui est avant tout une lutte contre son propre gouvernement impérialiste.
La Plate-forme marxiste-léniniste de Russie 6 mars 2022
Aux premières heures du matin du 24 février, le régime impérialiste de Poutine a attaqué l’Ukraine ! Les peuples de Russie, d’Ukraine et du Donbass sont les otages d’un conflit d’intérêts entre les deux groupes impérialistes de l’impérialisme traditionnel américain et de l’impérialisme de l’UE d’un côté et du nouvel impérialisme russe de l’autre. Aujourd’hui, les bombes russes tombent sur les villes ukrainiennes, les soldats russes et ukrainiens meurent pour les intérêts des monopoles ou oligarques internationaux, et le monde est au bord d’une catastrophe nucléaire mondiale.
Dans ces circonstances, nous appelons les travailleurs de Russie à protester contre la guerre, à saboter le transfert de troupes et d’équipements militaires, et à dire ainsi leur « Non » ferme. Camarades, expliquez à vos connaissances le caractère criminel de cette guerre ! Ne croyez pas la propagande mensongère selon laquelle seule une « opération spéciale de protection de la population du Donbass » et de dénazification de l Ukraine a lieu. Si le régime réactionnaire de Poutine s était soucié du sort de la population de la région de Donetsk, la reconnaissance des républiques populaires aurait eu lieu dès 2014. Dans toute l’Ukraine, des combats ont actuellement lieu dans des régions où la majorité de la population rejette la perspective d’une soumission au régime dictatorial de Poutine. La propagande russe justifie cette agression par la nécessité de soutenir Donetsk et Louhansk, qui se sont rebellés contre Kiev en 2014.
Mais aujourd’hui, elles ne sont plus du tout les républiques populaires créées il y a huit ans. Les dirigeants et commandants pro-populaires ont été physiquement éliminés ou emprisonnés, tandis que Donetsk et Louhansk se sont transformés en régimes fantoches mendiants totalement dépendants du Kremlin. La justification du régime russe pour protéger la population de Donetsk et de Louhansk n’est pas plus vraie que l’affirmation du régime tsariste selon laquelle la Russie devait entrer dans la Première Guerre mondiale pour protéger la Serbie attaquée, ou que l’affirmation de l’OTAN au début de ce siècle selon laquelle il fallait bombarder la Yougoslavie pour protéger la population albanaise du Kosovo.
Cela ne signifie pas que le pouvoir ukrainien dans le conflit actuel serait le côté à soutenir. Le gouvernement ukrainien actuel n’est qu’une marionnette de l’autre groupe impérialiste – les États-Unis et l’Union européenne. Dans le même temps, les autorités ukrainiennes mènent depuis huit ans une politique de décommunisation, utilisant à cette fin des formations paramilitaires néonazies et pour combattre les rebelles du Donbass.
Mais l’idéologie de Poutine a beau répéter ses propos sur la lutte contre les successeurs des collaborateurs nazis ukrainiens, elle n’est en réalité que le reflet des idées et des pratiques de ses opposants. La source de l’ »idéologie conservatrice » de Poutine – et il ne le cache pas – est le collaborateur Ivan Ilyin, un apologiste du fascisme qui a conseillé le régime d’Hitler pendant toute la guerre sur la meilleure façon d’organiser le régime d’occupation en URSS. Et à la veille de l’invasion, Poutine a ouvertement déclaré que son objectif était de décommuniquer et de détruire l’héritage léniniste. En réalité, il n’y a qu’une différence formelle entre les deux groupements impérialistes qui ont plongé les peuples dans un bain de sang. Par conséquent, il est du devoir des vrais révolutionnaires, des marxistes-léninistes, de lutter contre la guerre, chacun dans son pays, contre son gouvernement, de lutter pour transformer la guerre impérialiste en guerre civile.
La guerre à la guerre ! Paix aux peuples ! Notre principal ennemi est au Kremlin ! Vive l’internationalisme prolétarien et la solidarité internationale !
Dernière partie de notre série de questions sur la guerre : Folie géopolitique ou rationalité ? La Russie est elle isolée ? Les réfugiés et réfugiées d’Ukraine sont ils traités avec empathie ? Celle-ci masque t-elle un racisme inconscient ? Enfin, comment sortir des postures de plateau télévisé à la BHL ?
Folie géopolitique ou rationalité ?
Vladimir Poutine est-il fou ? Cette question a fait couler beaucoup d’encre. Lorsque les géopolitologues de comptoir ne sont plus disponible, on fait appel aux psychologues du même acabit. Disons le clairement, nous ne pensons pas que Vladimir Poutine soit fou. Il est en revanche fermement convaincu de certaines conceptions géopolitiques et de certains fonctionnements des rapports de force entre puissance.
Dans l’introduction de The Political Thought of Joseph Stalin – A Study in Twentieth Century Revolutionary Patriotism, Van Ree fait un tableau de la personnalité de Staline, qu’on juge parfois marquée par un pragmatisme allant jusqu’à l’opportunisme. Dans son jugement, Van Ree considère qu’on ne doit pas ôter les conceptions profondes et la vision du monde des personnages politiques, vision du monde qui correspond au canevas dans lequel ils vont développer leur action. La rationalité « vulgaire » n’est donc pas toujours la bonne grille d’analyse, mais il faut prendre en considération une rationalité autre, une rationalité idéologique.
Vladimir Poutine, agent du KGB, a vu de près le délitement de l’URSS et l’effondrement de la vie des Russes. Il est le témoin privilégié d’un cataclysme qui l’a profondément marqué et qui a profondément modelé sa vision du monde. Formé à une certaine école de pensée marxisante (plutôt que réellement marxiste), il a fait sienne une thèse qui était aussi celle de Staline : l’inévitabilité des guerres entre pays impérialistes. Dans sa conception, toute action de l’UE ou de l’OTAN s’inscrit forcément dans un plan d’action visant à cibler la Russie et à porter la guerre chez elle. D’autant que la Russie a connu son lot d’invasions et de guerres. Suffisamment pour que cela marque profondément sa perception de l’étranger, et la peur que l’ennemi s’installe derrière l’ultime barrière naturelle de son pays, avant l’autoroute à chars de la grande steppe : le Dniepr. Pascal Marchand, dans La Russie par delà le bien et le mal, analysait la situation géopolitique de la Russie sous des termes très intéressants. Il compare la perception de l’Europe de l’Est par la Russie à la doctrine Monroe des USA au XIXe et début XXe. Pour la Russie, l’Europe de l’Est doit être son Océan protecteur, chargé de servir à protéger contre une menace militaire ou contre une invasion (la Russie étant par ailleurs largement sous-dotée militairement, à part en artillerie, face à l’OTAN.) C’est une vision géopolitique récurrente, notamment c’est celle qu’on a retrouvé en URSS à la suite de la Seconde Guerre mondiale. Durant l’intervalle 1944-1947, la position du gouvernement soviétique est de maintenir neutralisée la zone occupée par l’Armée Rouge. L’URSS appuie d’ailleurs assez peu les conquêtes du pouvoir des partis communistes dans la zone. C’est envenimement des relations internationales qui conduit à un durcissement de l’attitude soviétique.
De plus, il est indéniable que l’OTAN essaie de mettre une pression constante sur la Russie. L’élargissement de l’OTAN après la chute de l’URSS, en dépit d’un accord tacite pris avec Gorbatchev. L’Ukraine est pourtant resté longtemps une no-go zone dans l’esprit des géopolitologues US, y compris les plus agressifs, car elle était vue comme étant l’étape de trop, celle qui risquait de déclencher une guerre. L’influence de l’OTAN dans la mer Baltique, le verrou Turc étaient déjà des menaces puissances. Lorsque les forces armées géorgiennes ouvrent le feu sur les forces d’interposition russes en 2008 – ce qui est le casus belli – la Russie juge que ses frontières sont menacées et réagit comme si c’était son propre territoire qui était attaqué. La narration des VRP de l’impérialisme français, comme Glucksmann, ont soigneusement renoncé à mentionner cette raison, pour ne pas perturber une narration qui se nourrit de « gentils et de méchants ». Quant à la question criméenne, elle demeure débattable au regard de la courte appartenance de cet espace à l’Ukraine et de sa composition. Pascal Marchand note d’ailleurs que celle-ci ne s’est jamais sentie ukrainienne et que les résultats du référendum peuvent donc être vraisemblables.
Nous ne nions pas non plus que l’UE lorgne sur un butin important dans les régions précédemment soviétiques. Mais il existe aussi des dynamiques internes aux pays, notamment des procès de construction nationale : ces procès expliquent aussi le fait que des pays veulent se construire en démarcation avec la Russie. Toute action n’est pas au stricto-sensu une opération dirigée directement contre la Russie, mais contribue aussi à un émiettement des sphères d’influence du pays. Le passage des Etats Baltes dans l’UE n’a pas inquiété outre mesure la Russie. Elle n’a pas d’intérêts économiques dans ces pays, en dépit de la présence d’une forte population Russe – privée d’ailleurs de droits civiques. Mais en revanche, la présence massive de l’OTAN serait perçue comme une menace directe.
Le problème de fond étant que cette peur face à l’installation de l’OTAN dans l’étranger proche de la Russie créé un phénomène de prophétie auto-réalisatrice : La Russie a peur, elle renforce sa présence et sa pression, suscitant en réaction une crispation et une peur, qui, elle même, suscite à son tour une pression plus grande de la Russie. En fin de compte, dans cette opération en Ukraine, Vladimir Poutine a obtenu exactement l’inverse de son premier objectif. Cela ne le rend pas fou, cela le rend cependant un piètre calculateur. Après tout, historiquement, la Russie à toujours été une meilleure joueuse d’échecs qu’une joueuse de poker.
Une Russie isolée ?
La question de l’isolement de la Russie par rapport à l’Europe a été largement évoquée comme argument pour lui faire courber l’échine. Or, la situation est plus complexe que cela et nous replace aussi dans un eurocentrisme trompeur.
Le vote contre est souvent mis en avant, mais l’abstention joue un rôle bien plus important.
Il nous faut pour cela restituer rapidement un contexte général : nous percevons la Russie comme une puissance strictement européenne, et nous avons tendance à oublier d’autres dimensions qui peuvent exister.
Premièrement, le transfert progressif du centre de gravité économique du monde de la façade Atlantique à la façade Pacifique bouleverse, lentement certes, mais sûrement, l’importance des secteurs. L’Europe se voit toujours comme un unique centre du monde. Aujourd’hui, les perspectives de développement et de réorientation vers la Chine existent. Elles demandent un long travail pour la Russie mais sont des hypothèses qui permettraient, à terme, de composer avec la dégradation des relations avec l’Occident.
Dans les prises de sanction contre la Russie, il y a eu une unanimité Occidentale quand au fait de condamner et de sanctionner. Mais cette unanimité Occidentale masque une indifférence quant à cette guerre pour le reste du Monde. Pascal Marchand, que nous avons déjà cité, note avec justesse que la perception de la Russie dans le monde n’est pas celle que possède l’Europe. Pour les Indiens, la Russie ne signifie pas grand-chose. Elle n’est ni mal perçue, ni bien perçue (encore qu’il y ait eu des relations indo-soviétiques, au détriment de la Chine), c’est la même chose en Syrie, en Irak, en Afrique ou dans le Pacifique. Elle n’évoque rien. En revanche, l’Occident évoque un pôle géopolitique qui a été dominant, agressif, parfois génocidaire. Le comportement Russe, d’invasion de l’Ukraine, est au pire des cas mis sur le même plan que les interventions catastrophiques de l’Occident en Afghanistan, en Syrie, en Libye ou en Irak.
Aux yeux d’une des plus grande partie de la planète, même si celle-ci ne représente qu’une fraction du PIB mondial, la Russie agit exactement de la même manière que d’autres grandes puissances. Son attitude, n’étant pas exceptionnelle, n’entraîne ni réprobation ni adhésion. Notre exceptionnalisation du conflit Ukrainien est aussi le fait que l’Europe Occidentale est témoin direct de cette guerre. Elle est vue comme une confrontation du « bien » occidental au « mal » eurasiatique, en oubliant que nous n’avons pas fait mieux nous même.
Distanciation raciale et réfugiés.
Par ailleurs, l’exceptionnalisation du conflit ukrainien est le fruit de plusieurs facteurs. L’attitude de solidarité spontanée envers le peuple Ukrainien était de loin supérieur à celui qui a été accordé aux autres victimes de crises géopolitiques. Ce deux poids, deux mesures est régulièrement monté à la surface.
Nous allons du « On ne parle pas là de Syriens qui fuient les bombardements du régime (…). On parle d’Européens qui partent dans leurs voitures qui ressemblent à nos voitures, et qui essayent juste de sauver leur vie » à l’émotion de voir des « Européens aux cheveux blonds et aux yeux bleus » (un officiel ukrainien sur la BBC), en passant par les propos sur une « immigration de grande qualité, dont on pourra tirer profit » (le président de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale sur Europe 1) quittant Kiev « ville relativement civilisée, relativement européenne » (un correspondant sur CBS). Au total, un pot pourri d’inconscient raciste. Il faut le détailler quelque peu. Dans Contre l’empathie, le philosophe Paul Bloom explique que l’empathie soudaine pour des groupes humains est reliées directement au fait de voir sa propre peur, ses propres souffrances, dans le regard des autres. En revanche : « Inconsciemment, nous pensons que les personnes d’un groupe étranger sont moins humaines, moins intelligentes et moins susceptibles d’éprouver des sentiments complexes, montrent les études. »
Par ailleurs, dans« How economic, humanitarian, and religious concerns shape European attitudes toward asylum seekers », une étude réalisée sur la perception des réfugiés, on note que des biais négatifs existent : les musulmans sont souvent déconsidérés par rapport aux personnes ayant « l’air chrétien ».
Ce n’est que par une attitude consciente de solidarité internationale, et non pas par la simple empathie ou antipathie viscérale qu’il est possible de pouvoir sortir de cette exceptionnalisme. Car les mobilisations de solidarité à géométrie variable sont nombreuses. Tout aussi nombreuses sont les postures de solidarités digne de plateau télévisés.
Contre les postures de plateau télévisé.
Notre tâche en tant que communistes n’est pas tant d’aller invectiver l’impérialisme d’en face pour lui faire des leçons de morale. Nous avons vu que nous serions bien en peine de faire quelque leçon que ce soit à qui que ce soit. De toute manière, cela n’a aucune portée. En réalité, décrier l’impérialisme de l’autre, c’est un peu faire un effet « Lisa Simpson » : crier « Vive le Tibet Libre » sur une chaîne US. Ça ne change rien à la situation là bas, mais en plus on accompagne la campagne menée par son propre impérialisme pour rivaliser en termes de soft power avec les autres. Cela n’empêche bien sûr pas de venir en aide aux réfugiés et aux victime de guerre.
Alors que faire ? Il est bien sûr extraordinairement compliqué et dur de se dire, et plus encore de dire « notre impérialisme ne vient pas en aide aux Ukrainiens s’il intervient, il se contente d’avancer ses positions. » Ça, les gens qui sont sous les bombes ne veulent pas l’entendre. De même, leur parler de défaitisme révolutionnaire, leur dire comme George Orwell « le meilleur moyen de mettre fin à une guerre est de la perdre » est difficilement acceptable. Reste aussi l’atavisme de croire qu’on est le meilleur impérialisme, le plus humain.
Dans le cas où nous sommes il nous paraît important de définir trois tâches : 1) apporter un soutien conséquent aux forces opposées à la guerre dans le pays agresseur (en l’occurrence, qu’on le veuille ou non, c’est la Russie). 2) venir en aide aux organisations populaires du pays agressé. 3) éviter toute internationalisation du conflit, laquelle accroirait encore les souffrances.
Finalement, un gaulliste comme De Villepin résume assez bien cela, de manière pragmatique : « La solution à ce drame ne sera pas militaire » […] « Ayons l’intelligence et la mémoire de nous souvenir que les interventions militaires ne donnent jamais les résultats espérés ». […] « N’oublions pas les souffrances, le martyr, la souffrance qu’a connu le peuple irakien ; le martyr, la souffrance qu’a connu le peuple libyen ; n’oublions pas les souffrances que nous avons infligées par des interventions militaires sans issues ! » Transformer l’Ukraine en Afghanistan ne rend service à personne. D’autant que le but de la Russie demeure au maximum d’installer un régime qui lui soit dévoué, et non plus d’exterminer cette population. Il en a profité pour fustiger les va-t-en-guerre à la BHL, et leurs « postures de plateau télévisé ».
Prioriser l’opposition à notre propre impérialisme est la seule manière de jouer un rôle.
Le risque international paraît pour le moment relativement faible.
Il n’est pas dit cependant que celui-ci soit en mesure de le faire : le format « guerre coloniale » de l’armée française lui interdit une guerre de masse. De plus, il lui faudrait laisser tomber des territoires qui sont bien plus important pour lui que l’Ukraine. Entre le risque de perdre l’uranium du Niger et celui de perdre les Auchan d’Ukraine, l’enjeu n’est pas le même. La Bundeswehr, l’armée d’Allemagne, selon le lieutenant-général Alfons, son chef, est « plus ou moins à sec ». Pour le moment, il semble que les sanctions restent la voie privilégiée. Le réarmement Allemand, bien qu’immense, mettra plusieurs années pour devenir effectif. L’argent ne fait pas tout, il faut aussi entraîner des troupes.
L’opposition à l’impérialisme.
Nous savons que c’est extraordinairement compliqué, déjà d’une manière générale, mais encore davantage quand les émotions s’en mêlent.
Réussir à expliquer ce conflit, sans rentrer dans le pathos, est un combat en soi. Il demande de sortir de l’émotionnel, de sortir aussi de la courte focale opérationnelle, et d’élargir celle-ci à un cadre historique et à un cadre géopolitique qui puisse prendre en compte la situation de la Russie : c’est à dire d’une « puissance faible » pour reprendre les termes de Pascal Marchand, qui veut essayer d’avancer ses pions, mais qui tremble aussi pour sa sécurité.
Il nous faut aussi parvenir à casser ce Roman National qui fait de notre impérialisme, de nos bourgeois, des individus plus doux et plus tendres que les sbires de Moscou. Or, la démocratie libérale est un luxe qui est le produit du dopage impérialiste. Si nous ne l’avions pas, si nous de l’avions plus, nous reviendrions au même point que la Russie.
Enfin, il faut aussi parvenir à réaliser le tour de force de parler du défaitisme révolutionnaire et de l’intérêt d’affaiblir notre impérialisme. Mais là, on se heurte à une difficulté que beaucoup d’organisations qui ne sont pas des sectes ne parviennent pas à aplanir. Et pour cause : l’affaiblissement de l’impérialisme français est la voie qui amènerait à une plus grande polarisation de la société, à un plus grand antagonisme entre exploiteurs et exploités. Elle est en outre une cause internationale : travailler à libérer les zones qui sont encore dominées par notre propre impérialisme. C’est donc ce passage qui permet des révolutions nationales-démocratiques dans les pays dominés, mais qui est aussi le point de passage vers une révolution prolétarienne dans les pays dominant.
Or, nous sommes face à un dilemme : pour la grande majorité des exploités, lutter pour affaiblir l’impérialisme de son pays n’est pas rationnel : cela induirait une plus grande vulnérabilité et une plus grande précarité. Il est plus rationnel alors d’aller vers le social chauvinisme, le fait de soutenir son impérialisme pour que les miettes soient plus grandes. Une révolution qui mettrait fin au parasitisme de la bourgeoisie permettrait non plus d’avoir uniquement des miettes de la production, mais d’avoir l’intégralité du gâteau à disposition.
Cependant ces perspectives, bien que nettement plus positive et favorables au monde entier et à la population française ne sont pas perçues comme étant rationnelles. Elles restent des hypothèses, des spéculations, alors que les risques sont réels. Il faudrait des organisations plus fortes pour qu’une révolution et un mouvement anti-impérialiste deviennent des croyances rationnelles, mais pour qu’elles deviennent plus forte, il faudrait une crise de régime dans laquelle les solutions traditionnelles ne sont plus opérantes. Finalement, il faut être fort pour oser le faire, et il faut le faire pour devenir fort. Donc, là, on est mis devant notre faiblesse : on est pas assez fort pour que notre projet apparaisse rationnel.
Cette force proviendra à la fois des développements des organisations communistes et de leurs influences combinées, mais aussi de leur capacité à s’organiser conjointement. Et là, nous avons pu constater que la route est encore longue. Les contacts demeurent précaires, la méfiance et la conflictualité sont élevés. Nous ne pouvons blâmer personne et des bonnes volontés existent. Mais elles se heurtent au fait que, très souvent, les propositions unitaires n’apparaissent que comme des absorptions : après tout, il est bien compliqué que « deux fusionnent en un ».
Nous pensons toujours que les cadres étroits, entre organisations, sont trop exigus pour réellement avancer. Nous, nous pensons qu’il faut quelque chose de plus large, qui n’apparaisse pas comme l’émanation d’une seule organisation, pour pouvoir élaborer d’une manière ouverte, positive, les structures de demain. Nous le faisons donc au sein de l’ICOR et des amis de l’ICOR, creuset, nous le pensons d’une nouvelle internationale. Même la présence importante d’organisations plus grande n’a pas entravé la possibilité d’élaboration et de naissance d’un vrai débat. Dans le cadre de ce conflit, cette structure nous a permis de faire des pas de géants dans la construction d’une solidarité internationale. Nous appelons à l’amplifier. Malgré des défauts, des travers, des manques, il s’agit à l’heure actuelle de la seule structure non reliée aux ex-partis du bloc est, à exister avec cette ampleur. Avec ses ramification russes et ukrainiennes, elle joue un rôle direct dans ce conflit.
Pour la famine il y a deux scénarios qui ne s’excluent pas. La narration policière et totalitaire a limité uniquement les sources à des sources politiques et en a fait un événement politique. En revanche, des spécialistes de l’agriculture, comme Mark Tauger mettent en avant qu’il y avait aussi une crise naturelle, imprévue et imprévisible : celle de la présence d’insectes ravageurs, présence documenté en Roumanie au même moment. Ces insectes auraient expliqué le décalage entre le comptage d’origine et les résultats réels. Ce décalage, qui n’aurait pas été compris au départ par les dirigeants soviétiques, aurait expliqué la croyance dans une récolte abondante mais cachée. Dans le même temps, l’URSS était endettée et devait faire face à des livraisons qu’elle ne pouvait différer sans 1) perdre ses lignes de crédits auprès de ses créanciers internationaux ; 2) se montrer vulnérable et affaiblie. Lorsque la situation a été prise en compte, des mesures d’urgences ont été mises en œuvre, et un système plus efficace de calcul a été développé, avec des réserves stratégiques d’urgence (ce qui explique qu’il n’y eut pas de famine durant les autres mauvaises récoltes).
Tauger présente un point de vue qui est par ailleurs critiqué par certains. Mais son argumentaire tient la route.
Cependant, il existe aussi des aspects politiques et administratifs.
Durant la collectivisation et durant la planification, les demandes du centre étaient souvent très importantes et irréalistes : elles devaient convaincre les dirigeants locaux de créer des « prises d’assaut » économiques. Mais l’habitude des dirigeants locaux était alors de mentir en gonflant les chiffres. Ce décalage poussait alors le centre à demander plus et créait une spirale infernale. Lorsque ce mensonge s’est traduit par une catastrophe, la direction locale a employé une politique d’autoprotection et de déflexion : elle a blâmé la paysannerie – bien que des leaders nationaux comme Kossior, aient pris la défense des paysans. La direction politique de l’État, non seulement, a pris ces affirmations pour argent comptant, mais elle avait comme fenêtre de représentations les rapports de l’OGPU, rapports qui soulignaient les troubles et les actes malveillants, comme le fait généralement la police.
Cela explique le double aspect : catastrophe et punition. Et cela explique le paroxysme de violence. Cependant, il était d’autant plus brusque qu’il était devenu une obsession : sans nourriture, les villes mourraient de faim. Et à choisir entre une paysannerie méfiante et un monde ouvrier plutôt favorable, le nœud gordien a été tranché dans la douleur.
Il faut cependant reconnaître deux choses : 1) cette politique représente de manière épisodique et paroxysmique ce qui était vu comme devant être la norme de fonctionnement du rapport Etat-paysans par des rivaux de la direction, comme Trotski. 2) en dépit de la situation catastrophique, les récoltes suivantes ont été de qualité, cela a montré finalement aussi une intégration (certes forcée) dans un système agricole qui est allé en s’améliorant.
La question du génocide est débattable : oui, il a existé dans cette période et dans la période précédent la guerre des « opérations nationales » ayant vocation à cibler des nationalités jugées dangereuses. Cependant, si le but de l’opération était punitif et coercitif sur des bases nationales, le but d’une extermination paraît exagéré et rentrer dans une narration politique post-1991. Elle prête une intentionnalité génocidaire indémontrable, sauf à étendre démesurément la définition du mot.
La construction d’un grand nombre d’Etats est passé par ces problématiques. Les reconfigurations ethniques, pour parler avec euphémisme, ont notamment été au cœur de l’émergence des États-nations européens. Mais le fait de pouvoir comparer l’URSS a d’autres États est un pis aller. Il ne s’agit pas d’être équivalents, il s’agissait d’être meilleurs, or, toute justification de défaillance ou de crimes commis sous la direction soviétique laisse un goût amer. On voudrait que les attentes, l’attente d’un autre comportement, soit récompensée. Mais hélas, cela illustre des imperfections et la confrontation avec la réalité : le chemin vers l’émancipation prolétarienne n’est pas une route pavée de roses.
Adolf ou Wilhelm ?
On a souvent vu Vladimir Poutine être comparé à la figure du mal absolu qu’est Adolf Hitler.
La comparaison historique est non seulement fausse, elle n’est pas seulement un point Godwin facile, elle est aussi une disculpation.
La comparaison avec la Iere guerre mondiale marche bien mieux :
nous avons ici des puissances « centrales », Chine et Russie, qui sont les contenders des puissances dominantes. Elles cherchent à rivaliser avec celles qui possèdent la domination sur l’Océan mondial. Elles cherchent à pouvoir, comme l’Allemagne du Kaiser ou l’Autriche-Hongrie, elles aussi, sortir du carcan de leurs frontières et se doter de nouveaux espaces dans lesquels investir, tout en pouvant les sécuriser par l’exercice d’un souveraineté militaire.
Guillaume II voulait étendre son espace impérial. Hitler voulait faire le vide, réduire en esclavage – au sens littéral du terme – et éliminer par la faim la population qui habitait l’espace à conquérir. C’était le sens du Generalplan Ost de Rosenberg. Mais Hitler déclarait qu’il voulait simplement « faire à la Russie ce que les anglais avaient fait à l’Inde ». Poutine, quelque soit ses sentiments envers les Ukrainiens, n’a pas l’intention de leur faire subir un tel sort.
Mais là, l’analogie prend fin : la Chine est une puissance montante. Elle a le temps qui joue pour elle. Elle sait qu’elle va poursuivre son développement, sa diversification économique, qu’elle va devenir un poids lourd. Elle est une masse immense. Et si elle sait qu’il faudra qu’elle se libère un jour du cercle d’acier qui l’étrangle, rien ne l’oblige à le faire maintenant. La balance coût/risque ne s’est pas encore fléchie.
À l’inverse, la Russie est au prise face à des adversaires dynamiques, sur lesquels elle n’est parvenue qu’a obtenir des avantages relatifs, améliorant sa situation économique en dépit des sanctions. Mais l’avenir est incertain. Contrairement à nous qui nous nourrissons de certitudes, les Russes sont passés par une série de catastrophes totales. En 35 ans, ils ont connu la Guerre d’Afghanistan, Tchernobyl, l’effondrement apocalyptique de l’URSS, les tentatives de coups d’État de 1991 ou de 1993. Ils ont connu la guerre de Tchétchénie et le terrorisme. Ils ont perdu leurs économies dans la crise de 1998… La notion de normalité et d’avenir n’a pas le même sens chez eux. Anna Colin Lebedev avait ainsi illustré ce propos en écrivant que nous connaissions des catastrophes abstraites : l’effondrement écologique, qui reste la note finale de l’addition que nous ne finissons pas de cumuler, est une abstraction. La disparition de la normalité en est une autre.
Le gouvernement Russe a donc saisi une fenêtre de tir : il a profité d’une faiblesse de l’Occident et des USA pour essayer de lancer son opération.
De son côté, l’occident a agi comme elle a su le faire à plusieurs reprises dans son histoire. Comme le tweetait Edgard Morin : « Ils ont incité l’Ukraine à la fermeté tout en sachant qu’ils l’abandonneraient militairement en cas de guerre ». Les occidentaux ont traité les Ukrainiens comme une variable d’ajustement qui permettait de tester la détermination russe, après l’avoir traité comme un butin.
Car sommes nous supérieurs moralement ?
Sommes nous supérieurs moralement ?
Face à cette déferlante de violence qu’est l’invasion, nous avons pu voir des réflexes qui faisaient de l’Occident, en dépit de ses travers, un impérialisme plus doux et plus humain. Il y a quelque chose de vrai dans cette réflexion, mais aussi des éléments faux. Un peu de détricotage :
Il est vrai que pris dans sa focale courte, notre métropole et notre système est nettement plus tolérant, souple, protecteur que le système russe ou chinois. C’est là une vérité indéniable. Mais elle possède des raisons.
Premièrement, nous sommes moins vulnérables aux bouleversements et aux menaces directes. En dépit de notre place géographique, nous sommes une fausse puissance continentale et une vraie puissance maritime. Cela n’a pas toujours été le cas. La colonisation a permis à notre pays de pouvoir changer de dimension. L’ordre d’importante des espaces s’est inversé. A l’époque Napoléonienne, par exemple, le système colonial sert d’appui à des guerres européennes. Il est donc un accessoires permettant de faire un effet de bras de levier pour la conquête d’un imperium européen. Progressivement après la défaite de 1870, la France glisse vers un renversement.C’est l’espace colonial puis néocolonial qui devient le lieu du profit, tandis que l’Europe devient le trésor, tandis qu’il faut maintenir les choses en l’état en Europe. Après 1945, la France devient une puissance extravertie, tournée vers l’extérieur. Le danger se réduit drastiquement, et la violence intérieure au système aussi.
Dans son travail sur la conception de l’arme aérienne, l’historien Thomas Hippler écrit :
« En 1909 toutefois, le Royaume-Uni demeure le centre hégémonique du monde. À ce titre, il doit se donner les moyens militaires de contrôler et de sécuriser les grandes routes maritimes. Centre des échanges commerciaux à l’échelle mondiale, l’hégémon doit être en mesure de défendre sa marine marchande partout dans le monde ; il doit détenir ce que le stratège naval américain Alfred Thayer Mahan a nommé « la maîtrise des mers ». Pour cela, deux conditions sont requises : tout d’abord, il lui faut disposer d’une marine de guerre capable non seulement d’affronter n’importe quelle autre marine de guerre, mais aussi, tâche souvent difficile, de protéger efficacement sa propre marine marchande contre pirates et corsaires. Ensuite, il est nécessaire de posséder des bases navales situées sur les principales routes maritimes, et idéalement partout dans le monde, afin de pouvoir ravitailler et réparer les bâtiments. L’avantage de l’insularité est alors évident.
La suprématie maritime permet à la puissance dominante d’asseoir son hégémonie dans le système-monde et de défendre la métropole. Autrement dit, une puissance hégémonique insulaire qui jouit de la suprématie maritime peut se défendre à bien moindres frais qu’une puissance hégémonique continentale, obligée d’entre-tenir à la fois une forte marine de guerre à des fins d’expansion outre-mer et une forte armée de terre pour défendre son territoire métropolitain. L’armée de terre britannique s’apparente donc à une force expéditionnaire que l’on peut employer dans les colo-nies en temps normal et sur le continent européen en temps de crise majeure, comme lors des guerres napoléoniennes ou de la Première Guerre mondiale. Tant que la Grande-Bretagne domine les mers, son territoire métropolitain est à l’abri de toute attaque. Les grandes batailles des guerres européennes se déroulent dans les plaines des Flandres, de l’autre côté de la Manche.
[…]
Or un centre hégémonique doit être à l’abri de toute attaque. Si « tous les chemins mènent à Rome » et si l’ensemble du commerce mondial passe par la City, tout l’ordre mondial semble émaner du centre. L’hégémon fonctionne comme une instance quasi transcendante du système-monde. S’il représente un havre de paix, une promesse de bonheur et de liberté, il constitue aussi, plus prosaïquement, un système politico-social que Kees van der Pijl qualifie, d’après l’auteur du Traité de gouvernement civil, de « lockéen ».
Après la Glorious Revolution, la Grande-Bretagne succède aux Pays-Bas au rang de centre hégémonique du système-monde. Un complexe original d’État et de société civile voit le jour avec le développement précoce d’une société civile capitaliste, encadrée par la rule of law de la monarchie constitutionnelle. Le libéralisme britannique repose sur un État fort mais qui limite sa sphère d’intervention pour laisser une marge d’auto-régulation à la société et à l’économie capitaliste. Ainsi apparaît une véritable société civile-bourgeoise « dont l’État se retire après s’être imposé activement et constructivement, en mettant sur pied les institutions nécessaires au retrait libéral de la sphère de la création de valeur ».
Autour de ce centre hégémonique s’étale la « semi-périphérie », zone constituée d’une série d’« États rivaux » (contender states), qui présentent généralement des traits « hobbesiens », en ce sens que l’État y joue un rôle directement dominant et que ses interventions dans la société sont beaucoup plus fréquentes et directes que dans le modèle lockéen. De ce fait la classe dominante entretient un lien plus étroit avec l’État, fonctionnant comme une véritable « classe d’État », avec tous les risques d’autoritarisme que cela comporte. Enfin, autour du centre hégémonique lockéen et de la semi-périphérie hobbesienne, on trouve la périphérie, coloniale ou postcoloniale.La distribution spatiale de la violence à l’échelle globale s’ordonne selon ce schéma tripartite : si la violence peut être totale aux marges du système, elle se présente comme étatisée dans la semi-périphérie hobbesienne.
Quant au centre lockéen, il passe pour un havre de paix, un pays d’accueil pour les réfugiés, la terre promise de la liberté. Mais il ne peut apparaître tel que dans la mesure où il extériorise la violence, c’est-à-dire dans la mesure où celle-ci se déchaîne dans les guerres entre différents États rivaux ou à la périphérie du système-monde. En tout cas, le centre est, et doit être, constitutivement invulnérable. L’image d’exceptionnalité qu’il dégage dépend précisément de cette invincibilité. Inversement, tout ce qui lui porte atteinte, et même tout ce qui menace de lui porter atteinte, touche à cette exceptionnalité. La simple possibilité d’une attaque peut donc ébranler tout un système de représentations de l’ordre mondial.1 »
En somme la Russie et la Chine ne peuvent pas être des pays libéraux parce qu’ils sont des puissances de second rang, vulnérables, et dans lesquels les débats politiques ont des incidences bien plus importantes pour la sécurité que les jeux de pataugeoire politiques des pays maritimes.
Deuxièmement, les puissances impérialistes à aire d’influence que nous sommes possèdent des rentes importantes provenant de la surexploitation et du surprofit issu de l’impérialisme. Il y règne finalement une certaine liberté politique dans la mesure où elle ne remet pas en cause – et où elle ne peut pas remettre en cause les cadres de ce consensus : la politique pose la question de la péréquation du profit capitaliste – impérialiste, mais jamais de son origine. Ce coussin protecteur permet des libertés importantes, mais impose aussi une régulation et une autocensure sur ces questions importantes. C’est quelque part la lutte entre Sparte et Athènes qui se rejoue.
En dépit de ces largesses cosmétiques, il existe cependant des tabous : il faut que l’arrière cuisine répugnante ne se voie pas trop. Il en résulte alors des restrictions des libertés et des répressions. Nous pouvons penser à la menace contre Amnesty International ou à celles contre le Collectif Palestine Vaincra. De même, les puissances lockéennes sont tout à fait capables de se montrer hobbesiennes si les temps se durcissent : c’est ainsi le projet zemmourien.
Troisièmement, possédant l’hégémonie, la coalition impérialiste occidentale a avec elle aussi la Loi et le Droit international, qu’elle sait modeler pour maintenir le statu quo profitable. C’est pour cette raison – et le fait très bismarckien que « la force prime le droit »- qu’elle a pu organiser des invasions avec ou sans mandat de l’ONU, qu’elle peut décider quels civils méritent d’être bombardés, quels régimes sont légitimes ou non, et qu’elle peut priver les autres pays de faire de même. Or, comme le développement des pays est inégal par nature, les rapports de forces se redessinent, avec parfois des accords, avec parfois la violence. Ainsi, le génocide du Rwanda est un repartage entre anglophones et francophones. Mais là, l’impact géostratégique de la montée en puissance de la Chine et de – plus relativement – la Russie est inacceptable.
L’Ukraine est parfois maladroitement comparée à d’autres guerres d’agression ou d’autres invasions. Or, il ne faut pas la mettre en opposition. Il faut l’inscrire dans une continuité. L’Ukraine est un exemple de la rapacité impérialiste et des jeux entre puissances qui servent à redistribuer les cartes.
1 Hippler, T. (2014). Le gouvernement du ciel : Histoire globale des bombardements aériens. Les Prairies ordinaires.
Nous avons décidé d’écrire ce texte, qui compile plusieurs questionnements sur la guerre en Ukraine. Nous avons jugé important que ces questions puissent être posées. En effet, si nous sommes résolument hostiles à cette guerre, nous avons cependant le devoir de rester détachés d’une approche émotionnellement chargée, et nous nous devons aussi de pouvoir établir une position juste et conforme à notre situation. Nous ne revenons pas sur les fondements du conflit ukrainien, que nous avons évoqué dans d’autres articles – et que nous mettrons en annexe dans une éventuelle brochure. Voici les titres des parties que nous aborderons :
Au cœur de l’impérialisme.
La sidération et le « moment totalitaire » que nous vivons.
La névrose campiste.
Dénazification ou décommunisation ?
Recréer l’URSS ?
Famine et URSS
Adolf ou Wilhelm ?
Sommes nous supérieurs moralement ?
Folie géopolitique ou rationalité ?
Une Russie isolée ?
Distanciation raciale et réfugiés.
Sortir des postures de plateau télévisé
Au cœur de l’impérialisme.
Nous avons participé aux rassemblements pour la paix. Mais ces rassemblements, si nécessaires soient-ils, nous ont toujours laissé une impression quelque peu dérangeante. En effet, nous nous sommes retrouvés au milieu de personnes dont les proches étaient pris dans une guerre – avec tout ce que cette situation a de terrible – et nous compatissons sincèrement avec elles. Mais nous ne pouvions nous ôter de la tête que nous sommes dans un État qui, d’une manière certes moins voyante, plus distanciée (à la fois géographiquement, mais aussi dans les représentations), pratique fondamentalement une politique pas si éloignée de celle du gouvernement Russe. Quel sens cela a-t-il de crier avec la meute de loups qui dépècent l’Afrique, qui arment la monarchie absolue Saoudienne, et qui rêvent de vendre l’Ukraine à la famille Mulliez, au Crédit Agricole et aux proxénètes ? De quel privilège moral peut-on bien se targuer ?
Mais surtout, comment rendre audible une position anti-impérialiste conséquente dans ce cadre là ?
La sidération et le « moment totalitaire » que nous vivons.
Le choc de la guerre frappe les esprits. Les images sont impressionnantes. Elles le sont d’autant plus qu’elles apparaissent dans des lieux qui nous paraissent plus familiers que les théâtres d’opération précédents. Alors il ne s’agit pas de nous faire l’écho de ce discours répugnant et minable qui est celui d’une grande partie des médias occidentaux : celui qui revient à faire une séparation entre monde civilisé et barbarie, mais bien à reconnaître un état de fait. Pour les pays qui ont l’habitude d’exporter à l’autre bout de la terre leur violence et leur brutalité, il y a là l’abolition de la distance psychologique, de la capacité à interfacer cette violence en se disant « elle tombe ailleurs, dans un autre univers ». Cette distanciation est ce qui fait que certains ont ingénument dit « attention, des fois, les photos des bombardements en Ukraine ne sont pas des vraies photos, elles sont celles des frappes sur Gaza. » sans se rendre compte du sens que cela pouvait avoir.
Il y a aussi une distanciation relative vis-à-vis de qui exerce cette violence. Lorsque les Américains ou les Européens entrent en guerre, il existe toujours un espace pour en débattre. Soit pour mentionner que cela est fait « pour le maintien de la paix », pour des objectifs « humanitaires » ou encore contre le terrorisme. À l’inverse, les actions de pays comme la Chine ou la Russie (pour ne citer qu’eux), sont immédiatement passés au crible de la méfiance. Il y a là la conjonction de deux facteurs : un qui est la distanciation mentale (ce sont des peuples « asiatiques », barbares…etc.), l’autre étant aussi la résultante d’un matraquage issu de l’antitotalitarisme. Nous aurons l’occasion d’en reparler.
Mais passons.
Cette abolition de la distance, cette irruption de la violence dans un décorum occidental, a provoqué une certaine forme de sidération. Elle a aussi donné naissance à ce qu’on pourrait nommer un «moment totalitaire ». Dans le sens où ne pas être totalement contre cette guerre était perçu comme une hérésie absolue, comme une compromission avec le crime. Ceux qui ont essayé de tempérer les réactions (mais cela a été aussi fait avec une maladresse absolue) se sont marginalisés eux-mêmes et se sont mis au ban de l’opinion publique.
Il en ressort qu’une pression immense s’est exercée sur l’ensemble de la société française. Cette pression est devenu – au final – une injonction à être soit dans une posture de soutien tacite à l’impérialisme français et à l’alliance impérialiste européenne, soit à rester dans une posture de « ni-ni », qui mettait absolument sur le même plan l’impérialisme occidental et celui de la Russie. Ainsi, on passe de « on croit mourir pour la patrie on meurt pour des industriels » à des réflexions qui, implicitement, deviennent : « notre impérialisme n’est-il pas plus tendre que les autres, mâtiné qu’il est par les Lumières ? » ; « nous sommes une démocratie libérale, la Russie est un pays autoritaire ». Il s’agissait ni plus ni moins des arguments de ceux qui ont participé à la boucherie de 1914-1918, dans laquelle tant de vies ont été englouties. Chacun trouvait quelque chose qui lui permettait de justifier le fait de se souder avec son propre impérialisme.
Nous ne voulons pas participer à cela : nous savons quels sont les objectifs, cyniques, de notre impérialisme. Nous connaissons aussi ses méthodes : torture, assassinats, déstabilisations, bombardement, occupation. Nous savons que loin d’ici, dans les bordels de campagne d’Afrique, les soldats français ne se démarquent pas par leur moralité exemplaire. Nous savons aussi que notre démocratie n’est libérale qu’autour d’un consensus : la surexploitation d’une partie du monde, qui permet de faire adhérer la population à ce social-impérialisme. Retirons-lui ce coussin protecteur, et nous verrons l’armée tirer à nouveau sur les ouvriers.
Cependant, il faut reconnaître qu’il existe un changement dans les mentalités. L’atavisme atlantiste, cette tendance à préférer malgré tout l’Occident et les USA, qu’on pouvait observer encore ces dernières années dans les courants trotskistes et libertaires, ne s’est pas tant manifestée. Les seuls vrais atlantistes qui restent sont finalement EELV et le Parti Socialiste. Les autres n’ont pas tant mordu à l’hameçon : la responsabilité de l’OTAN dans l’engrenage géopolitique, ainsi que 30 ans de tromperies depuis la fin de la guerre froide ont laissé des traces.
La névrose campiste.
La naïveté avec laquelle la Russie est regardée par certains peut nous laisser parfois désarmés. Mais elle mérite d’être comprise pour ce qu’elle est : une forme de névrose, cristallisée autour du sentiment d’humiliation et de défaite à la suite de la fin des régimes socialistes. Elle est une manifestation de ressentiment nourrie par tristesse non seulement d’avoir perdu (même temporairement, c’est quand même une défaite difficile à digérer.), mais de voir en plus des calomnies constantes proférées à l’encontre de la cause que nous défendons et de son histoire.
Aujourd’hui encore, cette image du « monde libre » contre les « sociétés fermées » imprègne l’imaginaire collectif. Pourtant, la nouvelle historiographie de la guerre froide vient remettre les pendules à l’heure. Grâce au travail réalisé par les chercheurs et les chercheuses, il est possible non seulement de comprendre que ce n’est pas le « méchant communisme » qui a pris d’assaut le « monde libre », mais bien que c’est un processus avec des responsabilités plus complexes, et que les intentions prêtées aux soviétiques en Europe étaient basées sur la peur. Cette identification qui fait que, quelque part, les victoires russes ou chinoises sont des « petites revanches » ne doit cependant pas occulter la réalité. Comme nous l’écrivions dans notre communiqué au moment de l’invasion de l’Ukraine : Ce n’est pas une réédition de la guerre froide. Ce n’est pas une revanche. C’est une nouvelle guerre dans laquelle les riches et les oligarques gagnent et dans laquelle « les morts ont perdu la guerre ».
Dénazification ou décommunisation ?
Quant aux éléments d’identification communistes / nazis employés, ils doivent être contextualisés. Communiste (bien que le PC d’Ukraine soit pour la garantie des frontières) est perçu comme « voulant une centralisation autour de Moscou ».
Les procédés narratifs exploités par la Russie, laquelle fait appel à des références issues de la Grande Guerre Patriotique, sont des abus complets. Ils servent à exploiter la juste lutte à mort contre le nazisme, menée conjointement par tous les peuples de l’URSS, Ukrainiens compris, dans le but de justifier une invasion sans le moindre rapport.
L’argument de dénazifier l’Ukraine est en effet spécieux. Le succès d’une symbolique anticommuniste et collaborationniste en Ukraine est aussi un effet des tensions avec la Russie. L’Ukraine s’est aussi construite une narration en opposition avec la Russie. Elle a pioché dans les pires symboles de son histoire dans le but de se construire une identité opposée à la Russie. Mais ces symboles, aussi criminels soient-ils, représentent d’avantage des métaphores idéologiques qu’un programme. Il n’en demeure pas moins qu’il est honteux que des rues se nomment Stepan Bandera, comme à Ternopil.
Mais dans le même temps, Azov ne doit pas éclipser Wagner, l’armée secrète néo-nazie de Poutine, et inversement. Il y a des néonazis dans les deux pays. Et des rapports indiquent que c’est une situation similaire dans les armées de France et d’Allemagne. Cependant, sur l’Ukraine, cela s’est exacerbé par la recherche d’une histoire nationale anti-russe et par l’agression sur l’intégrité territoriale ukrainienne. Il en ressort alors que, mécaniquement, cela produit des ultra-nationalistes et donne écho à leurs thèses.
Il en est de même avec la question de la Famine Ukrainienne, qu’on ne peut pas balayer d’un revers de la main, tant elle joue un rôle conséquent dans la difficile affirmation d’une unité nationale. Le fait d’avoir été victime d’un génocide, génocide qui ne fait pas l’unanimité dans la sphère des historiens du monde entier, est un des ciments de la construction nationale, un jalon dans une histoire commune qui reste en gestation. Or, ce martyr spécifiquement ukrainien est un peu son Roman National. Il se base sur une interprétation étroite des sources et des documents, avec la volonté de mettre en exergue une répression qui serait nationalement ciblée, exclusive à l’Ukraine, faisant fi du fait que cette famine ait été répandue sur une partie bien plus large et plurielle de l’URSS. Faisant fi également de son caractère multi-factoriel : il y a dans cet événement tragique à la fois une illustration du sentiment d’encerclement et de vulnérabilité de la direction bolchevique, mais aussi des déformations faites par les échelons locaux de la réalité, dans le but de détourner les responsabilités quant aux manquements aux plans. Mais cet événement, qui refait donc surface constamment, agité comme le péché originel de Moscou contre l’Ukraine, alimente un anticommunisme dont on ne se sort pas. D’ailleurs, plus cette guerre durera, plus l’offensive anticommuniste sera forte.
À l’inverse, des symboles importants d’une histoire commune surgissent : le maire de Marioupol déclare que la Russie veut faire subir à sa ville le même siège que Leningrad. Dans le même temps, des descendants de vétérans de la bataille de Stalingrad veulent poursuivre cette lutte pour la liberté contre la Russie. Les références culturelles sont finalement parfois brouillées par des histoires complexes et entremêlées. Il n’y a qu’en Occident où, en revanche, on entend des stupidités telles que la volonté de renommer la station de métro Stalingrad en Kyiv, sans comprendre l’inanité de cette proposition ni sans comprendre qu’on ne peut pas amalgamer Russie et URSS.
Article de Monika Gärtner-Engel, coordinatrice principale de l’ICOR et membre du CC du MLPD, paru dans rf-news le 07/03/2022 (extraits). Nous reproduisons cet article car nous pensons qu’il nous faut prendre du recul sur l’héroïsation de certaines personnalités politiques, telles que Zelenski. Il ne s’agit ni de diminuer ses mérites, ni dele diaboliser, mais bien de restituer son action dans le cadre d’un mandat durant lequel il a notamment aggravé la situation de certaines catégories sociales, dont les mineurs.
Dans la guerre en Ukraine, le président ukrainien Volodymyr Zelensky semble être l’exact opposé de Vladimir Poutine, le président russe. Poutine se présente avec une froideur cynique. En tant qu’ancien officier de renseignement du KGB, il est un politicien impérialiste obsédé par le pouvoir, qui se met toujours en scène seul avec ses décisions brutales. Il a fait actuellement arrêter plus de 12.000 manifestants pour la paix et il représente les guerres inhumaines, que ce soit à Alep (Syrie), à Grozny (Tchétchénie) ou actuellement lors du bombardement des villes ukrainiennes. En revanche, Zelenski se présente comme proche du peuple, les pieds sur terre et souvent entouré de masses populaires, de simples soldats ou de conseillers politiques – actuellement le plus souvent fatigué, avec une barbe de trois jours et un T-shirt vert olive.
Zelensky, un champion de la paix et de la liberté ?
Après son élection à la présidence, il s’est rendu au Parlement à pied plutôt qu’en limousine de luxe. En tant que communicant moderne, il s’exprime quotidiennement à la télévision, par vidéo, sur Twitter ou Telegram. Dans ses discours, il critique avec clarté la brutalité de la guerre d’agression russe. Il fait publier des photos de lui dans la ville de Kiev attaquée et tient tête à Poutine. David contre Goliath ? Zelensky, un champion de la paix et de la liberté ? Les médias lui rendent hommage…
Résistance populaire active en Ukraine
La classe ouvrière et les masses populaires ukrainiennes ont raison de résister activement pour la liberté et l’autodétermination contre l’agression impérialiste russe. Récemment, Zelensky a déclaré : “Nous n’avons rien à perdre, sauf notre liberté”. Mais de quelle “liberté” s’agit-il pour Zelensky ? Il applique strictement les lois anticommunistes de 2015, selon lesquelles tous les symboles et partis communistes sont interdits en Ukraine.
Il affirme de manière démagogique que la guerre actuelle est menée contre le “communiste” Poutine. Ce n’est pas un hasard si ce représentant de la Russie néo-impérialiste justifie cette guerre de manière ouvertement anticommuniste en critiquant Lénine, le premier dirigeant de l’Union soviétique socialiste qui, en 1920 a, pour la première fois expressément, accordée à l’Ukraine le droit à l’autodétermination. Zelensky fait également réprimer d’autres mouvements d’opposition, notamment par l’interdiction de trois chaînes de télévision d’opposition en février 2021.
Partisan Ukrainien en 1942 en lutte contre le fascisme et en défense de l’URSS
Répression brutale de mineurs
Sa relation avec le mouvement ouvrier montre à quel point Zelensky est réellement “populaire”. Ainsi, l’été dernier, il a poignardé dans le dos la grève des mineurs de sa ville natale de Krywyk Rih et couvert la répression brutale des leaders de la grève par le propriétaire de la mine. Il travaille en outre en étroite collaboration avec des fascistes. Il a intégré le régiment fasciste Azov dans la garde nationale ukrainienne et laisse le “secteur droit” fasciste mener des opérations militaires spéciales coordonnées avec l’armée.
Il se décrit comme un “champion de la lutte contre la corruption”. Il a limité certaines formes particulièrement ouvertes de corruption, comme la pratique évidente et courante de corruption des juges. Mais depuis le début de son mandat, l’Ukraine n’est parvenue qu’à la 122e place de l’indice mondial de lutte contre la corruption.
Une politique de guerre
Zelensky explique qu’il se bat pour “la paix dans tous les pays européens”. Mais il demande actuellement de manière agressive à l’OTAN de “bloquer l’espace aérien” au-dessus de l’Ukraine. Cet espace aérien est dominé par la Russie. Le terme adoucissant de “blocage” nécessiterait de faire d’abattre des avions russes par l’OTAN. Ce serait l’affrontement militaire direct entre l’OTAN et la Russie et donc la provocation délibérée pour une IIIe Guerre mondiale. Une guerre mondiale qui prendrait probablement une dimension nucléaire.
L’ambassadeur en Allemagne de Zelensky, Andriy Melnyk, a exigé de manière agressive cette intervention, à la manière d’un belliciste, le dimanche 6 mars 2022 chez Anne Will (dans un débat, ndlt). Il a insisté, bien que même Annalena Baerbock (la ministre de l’extérieur, ndlt) l’ait considérée comme le déclencheur possible d’une IIIe Guerre mondiale et s’y soit opposée catégoriquement.
“Gloire de l’Ukraine” dans l’OTAN et l’UE
Derrière une façade cosmopolite, Zelensky est un nationaliste prononcé. Il ne manque pas de terminer son discours en s’exclamant “Gloire à l’Ukraine”. Il veut faire entrer l’Ukraine, pays capitaliste dépendant, dans le bloc impérialiste de l’UE et de l’OTAN, afin d’accroître sa propre influence politique et celle des monopoles capitalistes ukrainiens. Il poursuit une “politique environnementale” dangereuse pour la vie avec les plus grandes centrales nucléaires et, dans le Donbass, une politique de répression nationale contre la population russe. Il n’a jamais respecté les accords de Minsk, qui promettaient une autonomie relative et des élections à Donetsk et Louhansk. De nombreuses provocations, y compris militaires, sont venues de sa part.
La politique gouvernementale de Zelensky est donc d’une part ouvertement réactionnaire-nationaliste et anticommuniste, et joue d’autre part sur le clavier d’un système de pensée petit-bourgeois à orientation réactionnaire. Ceci surtout par ses méthodes d’intervention, mais aussi par l’utilisation abusive de concepts tels que “liberté” et “paix” pour une politique ultra-réactionnaire et nationaliste.
Résistance active pour la liberté et la démocratie
Cela place les masses ukrainiennes dans une situation extrêmement compliquée. Bien entendu, leur résistance active contre les envahisseurs russes est justifiée. Les volontaires en particulier souvent pensent le faire dans la tradition de la lutte contre le fascisme hitlérien. Les camarades ukrainiens du KSRD rapportent que des groupes d’entre eux défilent dans les rues en chantant “Debout, vaste pays”. Il s’agirait d’”un chant soviétique connu de l’époque de la guerre contre le nazisme hitlérien”. (Lettre de l’organisation ICOR KSRD du 05/03/2022)
Mais celui qui veut lutter pour la démocratie et la liberté en Ukraine doit aussi combattre le gouvernement ukrainien ultra-réactionnaire et anticommuniste dans sa soif d’adhésion au bloc impérialiste OTAN/UE. C’est pourquoi nos amis du KSRD écrivent :”Il est maintenant particulièrement important de construire un front antifasciste et anti-impérialiste. … L’impérialisme reste un mal mondial et ne peut être vaincu que par une lutte commune pour la révolution socialiste. Dans cette lutte, les partis et organisations prolétariens du monde entier devraient se tenir coude à coude. En avant pour le front unique ! Vive l’unité de classe des prolétaires !”
Les véritables héros
Les véritables héros populaires ne sont pas des politiciens bourgeois comme Zelensky – ce sont la classe ouvrière, la masse des femmes et la jeunesse elle-même ! Ce sont les milliers de personnes qui descendent courageusement dans la rue en Russie. Ce sont les travailleurs ukrainiens qui s’opposent à l’avancée russe en Ukraine et qui doivent finalement mener une guerre sur deux fronts extrêmement compliqués. Ce sont les gens du monde entier qui luttent contre la guerre en Ukraine. Ce sont les révolutionnaires d’Ukraine, de Russie et de tous les continents qui luttent ensemble pour la démocratie, la paix, la liberté, le socialisme au sein de l’organisation révolutionnaire mondiale ICOR et du front uni anti-impérialiste et antifasciste.
Dimanche 6 mars, nous avons participé au rassemblement en solidarité avec l’Ukraine et contre la guerre.
Le rassemblement était important, même si on note que moins de monde y a participé. Beaucoup d’interventions ont été faites, soulignant la détresse des populations locales. Nous avons pu voir un nombre important de pancartes appellant à une intervention militaire directe, demandant le soutien de l’OTAN. D’ailleurs, une militante Gilet Jaune, qui avait une pancarte « Ni OTAN, ni Poutine, Stop impérialisme » a été tancée vertement par certains participants.
Il est logique que beaucoup pensent ainsi. Nous avons été biberonnés au fait de considérer notre propre impérialisme comme plus humain, plus humanitaire, que celui de la Russie ou de la Chine. Pourtant, c’est un point de vue erroné : les frappes aériennes détruisent autant les maternités dans les pays où notre armée intervient.
Un séminaire essentiel
Dans le même temps, nos camarades ont aussi participé au séminaire organisé par l’ICOR et par l’ILPS dans le but de pouvoir établir une position commune sur la guerre. Plus de 80 organisations de chaque continent ont participé, allant d’organisations Allemandes, Népalaises, Afghanes, Etatsuniennes, Népalaises, Mexicaines ou Sud Africaines.
Fait important, l’Ukraine a pu participer à cette conférence, notamment des représentants des mineurs d’Ukraine. La classe ouvrière d’Ukraine est extrêmement importante dans cette crise : elle est souvent oubliée au profit de la seule géopolitique. Or la lutte des classes en Ukraine ne peut être occultée : les ouvriers, les paysans, les employés d’Ukraine, hommes ou femmes, ne vivent pas non plus la même guerre que les riches.
La réunion s’est traduite par un consensus important : les participants et les participantes ont toutes et tous reconnus :
Que l’impérialisme dominant et le principal porteur de guerre reste celui des USA et ses alliés, comme la France. Il est celui qui a façonné une géopolitique explosive.
Que la Russie est néanmoins l’Etat agresseur, contre les désirs de son peuple, et qu’elle porte les responsabilités du choix de cette méthode.
Que l’Ukraine est le pays victime, qu’il faut soutenir sa population, sans pour autant faire preuve d’angélisme envers Zelenski ou les partis politiques ukrainiens. La scène politique ukrainienne est dominée par les réactionnaires. Les expressions anticommunistes, nationalistes, existent. Si elles sont (comme en Russie) le fruit de la pression géopolitique, elles ne sont pas moins réelles. Nous ne sommes pas là pour juger moralement, mais pour analyser.
Pour la Russie comme pour l’Occident, l’Ukraine est un butin et un pivot géopolitique.
Les sanctions prises contre la Russie, si elles sont logiques (bien qu’hypocrites !), ne seront pas sans effets sur le reste du monde et en particulier l’Europe. Hausse du coût du pétrole, du gaz, chereté de la vie… Quant à la Russie, les plus précaires et les plus pauvres les subissent bien plus que les fauteurs de guerre.
L’exemple de la Commune de Paris montre que des nouveaux pouvoirs peuvent surgir dans la guerre et dans l’invasion. Nous devons apporter notre soutien aux forces locales pour leur permettre d’agir dans ce sens : à la fois contre l’exploitation ukrainienne et contre l’invasion russe.
Notre analyse
Nous avons aussi pris la parole pour donner une courte analyse :
« Nous avons participé aux rassemblements de solidarité avec l’Ukraine et nous jugeons important de soutenir à la fois ceux qui subissent ce conflit et les forces antiguerre en Russie et ailleurs.
Nous ne pensons pas que – dans l’immédiat – cette guerre s’internationalisera. L’Occident écarte ce scénario pour le moment. Il existe une montée en pression mais pas encore assez pour que la guerre éclate. Cependant le réarmement Allemand est brutal et réel par exemple. Il faut aussi dire que Clausewitz nous enseignait que la guerre, la politique et la diplomatie forment un spectre, elles ne sont pas imperméables les unes aux autres. La guerre entre impérialismes existe donc déjà de fait. On le voit dans les affrontements de Wagner et de la France. Mais c’est son intensité et son intensification qui va être déterminante.
Nous participons donc aux rassemblements, mais il est difficile de prendre la parole et de donner notre point de vue. Si nous reconnaissons le statut d’agresseur à la Russie, cibler celui-ci uniquement reste une posture morale. Elle n’a pas d’effet clair, autrement que de contribuer à une forme d’union sacrée autour de notre bourgeoisie. Nous, nous ne voulons pas de ces postures de « plateau télévisé. » De même, en France, une grande partie de la population est spontanément persuadée qu’elle est quand même dans le pays des droits de l’homme. Même une grande partie de la gauche ne parvient pas à sortir de cela : il reste une image à détruire, car notre impérialisme n’est relativement plus doux que, et seulement que, dans la mesure où il est déjà parmi les dominants.
Nous voulons donc cibler en priorité la responsabilité de notre impérialisme et du grand fauteur de guerre que sont les Etats-Unis.
Or, il est difficile de le faire, il y a une stupéfaction en Europe occidentale et une espèce de « moment totalitaire » dans lequel il est très compliqué de pouvoir s’exprimer vraiment, de pouvoir expliquer cliniquement, sans être renvoyés à un manque d’empathie.
Nous essayons cependant d’aider. Nous avons pris contact avec le KSRD et le Parti Maoïste de Russie et nous avons pu diffuser leurs thèses, leurs positions, et faire des appels à des souscription en faveur du KSRD. Nous appelons à en lancer d’autres pour financer concrètement une organisation qui peut jouer un rôle important dans l’aide et dans la reconstruction. C’est aussi important de voir naître, renaître, un mouvement ouvrier et communiste puissant.
Nous avons également tenté de joindre d’autres organisations communistes en France, et nous nous sommes heurtés à un mur du silence. Nous savons que les choses marchent ainsi, hélas, même s’il est regrettable qu’un pas ne soit pas fait en avant pour intervenir autrement que symboliquement. Nous pensons en outre que l’âge des troubles dans lesquels nous rentrons doit nous pousser à serrer les rangs et à avancer vers une unification.
Nous appelons les organisations participantes à ce séminaire à mutualiser au maximum les analyses, les moyens techniques et financer, et à s’épauler mutuellement pour jouer notre rôle le plus efficacement possible. »
Nous publions ici l’appel lancé par l’ICOR et signé par un grand nombre d’organisations. La situation des femmes du monde entier est étroitement liée à la situation politique et économique. Plus elle se dégrade, plus les femmes sont en situation de précarité et de vulnérabilité. En ce 8 mars, nous ne pouvons pas ne pas penser aux femmes qui subissent une émigration forcée, fuyant les bombardements (que ce soit ceux de l’OTAN et de ses inféodés, tout comme ceux de la Russie). Lancées sur les routes, ces exilées suscitent la convoitise des trafiquants de chair. Nous le voyons sous nos yeux actuellement, où les proxénètes se ruent sur l’aubaine : alimenter leurs réseaux par la détresse et la misère. En France, nous voyons se manifester chaque année des aberrations : Gérald Darmanin, un de ces charognards, profiteur, prend la parole pour parler des violences faites aux femmes ! Nous même ne pouvons certainement pas prétendre incarner la perfection. Il reste encore bien des étapes avant que la question du sexisme, même dans ses manifestations les plus évidentes et les plus grossières, soit jugulée. Elle est sans cesse alimentée par l’habitude, par les pratiques réactionnaires, mais aussi par une intense propagande que fait de la possession des corps des marqueurs de la réussite sociale et du prestige des hommes. Cette lutte est longue, et chaque pas en avant, chaque victoire rend encore plus insupportable les reliquats du passé qui ne veulent pas mourir.
8 mars 2022 – Lutte pour la libération de la femme et en avant vers la 3e Conférence mondiale des femmes de la base!
À l’échelle mondiale, la grande masse des femmes doit lutter contre les conséquences désastreuses de Corona et de la crise économique et financière mondiale et des guerres impérialistes. Violence, faim, catastrophes écologiques, guerre et oppression poussent à la fuite massive et détruisent des familles. Partout dans le monde où des luttes de masse, des insurrections ou aussi des grèves importantes qui éclatent actuellement sont essentiellement dues aux charges des crises économiques capitalistes, qui doivent être supportées par les masses et qui rendent la vie inabordable pour les masses laborieuses. La droitisation internationale des gouvernements et forces capitalistes et réactionnaires s’accompagne d‘attaques aux droits des femmes obtenus de haute lutte et l’aggravation de leur oppression. Cependant, dans la lutte contre ces maux se développe le mouvement combatif international des femmes, se positionne au sein de la société dans son l’ensemble et a animé les luttes de masse. Dans beaucoup de pays des mouvements de masse ont surgi contre la violence faite aux femmes, qu’elle soit physique, psychologique ou sexuelle, et contre les féminicides, ainsi que pour le droit à l’autodétermination de leur corps et de leur vie. Les ouvrières luttent pour des salaires plus élevés et égaux et de meilleures conditions de travail.
Le mouvement international des femmes est confronté à de grands défis historiques !
Des communistes comme Clara Zetkin ont pris l’initiative en 1910 et ont réuni les ouvrières, les paysannes et la masse des femmes dans la lutte contre l’exploitation, l’oppression et les guerres impérialistes. Soutenus par des partis révolutionnaires, le 8 mars est devenu, à l’échelle mondiale, la journée de lutte commune d’une masse de femmes, du mouvement combatif et révolutionnaire des femmes et des ouvriers. Comme héritière fière des pionnières socialistes l’ICOR continue aujourd’hui à porter le drapeau de la libération de la femme dans la perspective du socialisme !
C’étaient les femmes qui ont pris la tête de la lutte pour mettre fin à la Première Guerre mondiale et qui ont exigé un autre système. Elles se sont mises en grève et sont Allées d’usine en usine, jetant des bâtons, des pierres et des boules de neige contre les fenêtres des usines et se frayant un chemin vers les lieux de travail. Cette année, le 8 mars, elles défileront en exigeant la fin immédiate de la guerre impérialiste. Nous ne nous laisserons pas atteler à la charrette des guerres impérialistes.
Aujourd’hui, la lutte des femmes pour leur libération et l’égalité des droits fait de plus en plus partie intégrante de la lutte de classe et de libération contre l’exploitation, l’oppression, la domination impérialiste et les guerres. L’essor du mouvement international combatif des femmes n’est pas passé inaperçu aux yeux des forces dirigeantes. C’est pour cette raison que depuis quelques années, les gouvernements de beaucoup de pays font des concessions ou favorisent des courants féministes faussement radicaux, pour détourner l’attention du capitalisme comme cause principale de l’oppression des femmes. Le 8 mars fait l’objet d’une lutte acharnée au niveau international : Est-il une journée de lutte internationale contre la double exploitation et l’oppression spécifique de la femme, en lien étroit avec le mouvement ouvrier et les buts socialistes ? Ou bien le 8 mars se transforme-t-il en une fête cosmétique-féministe ou en une journée de shopping pour les femmes, refusant ainsi de dénoncer et de combattre l’exploitation et l’oppression des femmes qui travaillent ?
La vision communiste de liberté et de libération de l’humanité comprend aussi la lutte pour la libération des femmes et la promotion d’un mouvement des femmes indépendant, fort et combatif et et l’engagement pour son nouvel essor.
Les partis de l’ICOR soutiennent la 3e Conférence mondiale des femmes de la base du 3 au 10 septembre 2022 à Tunis /Tunisie ! Sur la base « De la religion à la révolution » elle réunit des femmes de tout le spectre social, politique et idéologique et ceci sur la base de non-affiliation à des partis. Ici se réunit le mouvement révolutionnaire et combatif des femmes dans la lutte contre l’exploitation et l’oppression des femmes et pour leur libération dans une société libérée.
La 4e Conférence mondiale de l’ICOR a souligné l’importance des luttes émergentes des masses de femmes, dont les forces motrices sont les ouvrières et les jeunes femmes, et a renforcé la détermination à développer à un niveau supérieur la politique révolutionnaire des femmes et la promotion des femmes.
L’ICOR appelle :
Faisons du 8 mars une véritable journée de lutte mondiale pour la libération des femmes – dans les quartiers résidentiels, aux places de travail, dans les mouvements sociaux ! Faisons un travail de conscientisation contre toute forme d’oppression, de discrimination ou de mépris pour les femmes et les filles !
Ouvrons les partis révolutionnaires davantage aux femmes et aux jeunes filles. Encourageons-les et créons des conditions pour qu’elles puissent assumer des responsabilités et des positions dirigeantes ! Propageons la 3e Conférence mondiale des femmes de la base et en assumons la responsabilité !
Renforçons le mouvement combatif des femmes du monde !
Luttons pour la libération de la femme dans le socialisme et le communisme !
À la journée internationale, le 8 mars 2022 :
Luttons au niveau transnational et en commun, les hommes et les femmes, pour la libération de la femme, pour la liberté, la démocratie et le socialisme !
Signataires (en date du 04/03/2022, d’autres signataires sont possibles):
PCPCI Parti Communiste Proletarien de Côte d’Ivoire
UPC-Manidem Union des Populations du Cameroun – Manifeste National pour l’Instauration de la Démocratie
MMLPL Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
CPSA (ML) Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes))
PCT Parti Comuniste du Togo
PPDS Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie
MLOA Marxist-Leninist Organization of Afghanistan (Organisation marxiste-léniniste d’Afghanistan)
CPB Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)
SPB Socialist Party of Bangladesh (Parti socialiste du Bangladesh)
CPI (ML) Red Star Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)
PPRF Patriotic Peoples Republican Front of Nepal (Front républicain du peuple patriotique du Népal)
CPA/ML Communist Party of Australia (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Australie (marxiste-léniniste))
БКП Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
PR-ByH Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie et Herzégovine)
MLPD Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
UC Unité Communiste, France
UPML Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France
BP (NK-T) Bolşevik Parti (Kuzey Kürdistan-Türkiye) (Parti bolchévique (Kurdistan du Nord / Turquie))
KOL Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)
Communiqué de l’ICOR sur la question de la guerre en Ukraine. Un séminaire a eu lieu dans lequel il a été possible d’échanger entre membres de l’ICOR et de l’ILPS, nous en ferons bientôt un compte rendu.
Sur la base de sa résolution » Résistance active contre la guerre psychologique, la préparation de la guerre impérialiste et les menaces dans le conflit Ukraine-Russie » du 14 février 2022, l’ICOR condamne fermement l’invasion russe de l’Ukraine. Celle-ci ne foule pas seulement aux pieds le droit international même bourgeois. En particulier, le principe socialiste du droit à l’autodétermination des nations est attaqué et diffamé. Ainsi, une guerre locale a été lancée et un danger aigu de guerre de dimension éventuellement mondiale a été créé, le danger d’un affrontement militaire ouvert entre le principal belligérant général, les États-Unis et l’OTAN, et la Russie impérialiste, qui est l’auteur de l’agression actuelle contre l’Ukraine.
L’impérialisme signifie la guerre – cette loi est manifestement évidente. Une guerre concrète peut être empêchée par la résistance active des masses. Mais fondamentalement, le danger d’une guerre impérialiste ne peut être éliminé que par le dépassement du système impérialiste mondial par la révolution et la construction du socialisme. L’ICOR s’engage à faire tout ce qui est en son pouvoir pour mettre fin à cette guerre concrète et empêcher son expansion ainsi que pour éliminer une fois pour toutes le danger de guerre impérialiste.
Dans son discours du 21 février, Vladimir Poutine justifie agressivement sa revendication de l’Ukraine en invoquant de prétendues erreurs fondamentales commises par Lénine et Staline dans leur politique de nationalité. Il affirme que l’Ukraine moderne a été créée par « la Russie bolchévique et communiste« . Il qualifie de « folles » les idées de Lénine sur ce qui s’apparente à un arrangement d’État confédéral et un slogan sur le droit des nations à l’autodétermination, jusqu’à la sécession, [qui] ont été posés dans le fondement de l’État soviétique. Et il poursuit : « Et aujourd’hui, la ‘progéniture reconnaissante’ a renversé les monuments à Lénine en Ukraine. Ils appellent cela la décommunisation. Vous voulez la décommunisation ? … Très bien, cela nous convient parfaitement. Mais pourquoi s’arrêter à mi-chemin ? Nous sommes prêts à montrer ce qu’une véritable décommunisation signifierait pour l’Ukraine.«
En réalité, l’Union soviétique socialiste a été « décommunisée » par la destruction du socialisme avec le signal donné par le vingtième congrès du PCUS en 1956, à la suite duquel le capitalisme en Union soviétique a été restauré.
L’invasion militaire de toute l’Ukraine après la reconnaissance de la « République populaire de Lougansk » et de la « République populaire de Donetsk » est donc totalement justifiée par l’anticommunisme. Comme c’est très révélateur que des forces proto-fascistes et fascistes comme l’ancien président américain Trump l’applaudissent bruyamment. Cela donne également tort aux forces révisionnistes qui considèrent que Poutine est progressiste ou même « objectivement anti-impérialiste « 1 ou qui le soutiennent directement en Russie.
Poutine diffame la politique de nationalité tournée vers l’avenir de l’Union soviétique socialiste et de son fondateur V.I. Lénine. En effet, dans une confrontation explicite avec le chauvinisme grand-russe – également dans les rangs du PCR – Lénine a déclaré :
« Le Comité Central du Parti Communiste de Russie (bolchévique) … poursuit avec persistance le principe de l’autodétermination des nations et juge essentiel d’affirmer une fois de plus que le PCR(b) soutient avec constance l’opinion selon laquelle l’indépendance de la République socialiste soviétique d’Ukraine doit être reconnue. » (Lénine, Œuvres complètes, vol. 30, p. 163)
Avec une hypocrisie et une démagogie difficilement surpassables, l’OTAN, avec les États-Unis à sa tête, agit maintenant comme si elle défendait, voire incarnait, le droit des nations à l’autodétermination et les droits de l’homme. L’occupation de Chypre, la guerre en ex-Yougoslavie, au Kosovo, en Afghanistan, en Irak par l’OTAN et les USA, sa mise à feu par l’expansion orientale de l’OTAN et dans de nombreux autres endroits du monde, parlent le vrai langage de cette politique impérialiste et montrent sans équivoque la vérité. Avec le soutien de l’OTAN, de l’UE et des États-Unis, le gouvernement réactionnaire de Volodymyr Selenskyj a arrêté des dirigeants de l’opposition, réprimé les grèves des mineurs et muselé les chaînes de télévision critiques. Les pays de l’OTAN annoncent une refonte agressive de toute leur politique pour se préparer à des conflits militaires ouverts.
Les charges de la crise et de la guerre doivent être payées par les travailleurs et les larges masses du monde. Sur le plan économique, cela se traduira par d’immenses augmentations de prix qui feront grimper l’inflation déjà élevée ; sur le plan écologique, par l’utilisation accrue du gaz de fracturation américain et le report de l’élimination progressive du charbon ; sur le plan politique, par une réaction accrue, à l’intérieur comme à l’extérieur.
Tout cela doit être combattu par une résistance active dans le monde entier :
Non à toute politique impérialiste !
Intensifier la lutte anti-impérialiste contre le danger de guerre mondiale – Renforcer le front uni anti-impérialiste et antifasciste !
Pour le droit à l’autodétermination des nations !
ICOR porte le drapeau de Lénine de l’internationalisme prolétarien et du droit à l’autodétermination des nations !
Vive l’amitié entre les peuples ukrainien et russe !
Luttez dans le monde entier pour la démocratie, la paix, la liberté, le socialisme !
Signataires (au 04 mars 2022, d’autres signataires possibles) :
1. PCPCI Parti Communiste Prolétarien de Côte d’Ivoire (Proletarian Communist Party of Ivory Coast)
2. MMLPL Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine
3. CPSA (ML) Parti communiste d’Afrique du Sud (marxiste-léniniste)
4. PCT Parti Comuniste du Togo (Communist Party of Togo)
5. PPDS Parti Patriotique Démocratique Socialiste (Tunisie)