Auteur/autrice : unitecommuniste

  • Deuxième tour des élections

    Deuxième tour des élections

    Le second tour des élections législative a eu lieu. Il s’est traduit avant tout par une défaite électorale pour LREM, qui ne possède plus la majorité absolue. Pour avancer sur leurs projets, les architectes du programme de Macron devront donc obtenir la complicité d’autres forces politiques, et donc rechercher des compromis. Cela peut rogner les marges de manœuvre des réformateurs libéraux dans leur entreprise de liquidation des conquêtes sociales.

    Il se traduit aussi par deux percées : une à gauche, au tour du NUPES, l’autre à droite autour du RN. Les résultats sont les suivants : la gauche parlementaire passe de 60 députés en 2017-2022 à plus du double. Le RN passe de 8 députés à 89 ce qui est une multiplication par 11 ! Dans le détail des scores au sein des alliances, les partis du XXe siècle, PS (45 → 22), PCF (16 → 13) et LR (100 → 78) continuent de péricliter. LFI et le RN sont donc les grands gagnants de ce scrutin, avec 86 et 89 élus.

    Un constat positif mais mitigé

    La gauche et l’extrême droite sont donc sortis renforcés de ce scrutin. Cependant, les résultats ont été en deçà des estimations d’origine, lesquelles donnaient entre 150 et 190 députés. Ce n’est pas une « vague rouge » ni même une « vague rose », c’est en revanche un revers pour les partis du centre. Cette relative déception est le fruit d’un intense lobbying réalisé par les partis de centre et de la droite pour bloquer toute marée NUPES. Elle est le reflet d’un choix constant dans l’histoire : les exploiteurs préfèrent toujours des partis dictatoriaux de droite à des élus d’une gauche moins corruptible que le PS. Elle est aussi le reflet de la difficulté, pour une gauche qui a tant déçu par le passé, de mobiliser un électorat qui préfère souvent l’abstention, voire les « solutions qu’elle n’a pas essayé avant », le vote d’extrême droite. Quant à Zemmour, qui est l’absent de ce scrutin, nous pensons que son heure viendra. Sa cause, celle d’une réunion des deux droites françaises, fasciste et gaulliste, est probablement celle qui permettra la victoire de la droite élargie. Pour le moment, celle-ci semble rester dans des logiques classiques de rivalité entre boutiques. Cela lui a pour le moment offert un balcon à l’Assemblée. Demain, lorsqu’elle lorgnera le pouvoir, elle regardera à nouveau l’idée d’une alliance.

    Le centre continue de s’effondrer au profit des ailes

    Le dépit d’une grande partie de la population, qui ne croit plus dans la politique politicienne, et la désagrégation du centre de l’échiquier politique expliquent cette polarisation. Elle reflète des attentes différentes, attentes auxquelles le système démocratique libéral et ses politiciens ne peuvent répondre. La politique politicienne n’est tout simplement pas capable de répondre aux enjeux vitaux de notre époque : guerre, crise économique, crise écologique – devant le seuil de laquelle nous nous tenons.

    Nous ne doutons pas de la bonne volonté de certains élus et de la majorité des militants et des militantes qui ont soutenu NUPES ou d’autres formations de gauche. Mais les défis auxquels il faut faire face ne pourrons être affrontés dans le cadre d’un système qui a été construit et architecturé pour servir à gérer l’exploitation de l’humanité et de la nature. Le système démocratique libéral est étriqué, corrupteur, fait pour entraver l’action de transformation de la société. De plus, les enjeux sont tellement grands que les puissants et les puissantes – ainsi que leurs larbins – n’hésiteraient pas un seul instant à s’affranchir de toutes les règles démocratiques si leur ordre était menacé. Ainsi, le 16 juin, le syndicaliste Force Ouvrière Police Yves Lefebvre déclarait : « Je n’obéirai jamais à Jean-Luc Mélenchon. La France serait en feu, mais cette fois cela opposerait la police nationale au pouvoir politique. » Qu’en serait-il des milliardaires ? Hésiteraient-ils entre la démocratie et leurs intérêts ? Accepteraient-ils la majorité ? Nous connaissons tous et toutes la réponse.

    Fournir une réponse

    Quant à la réponse fournie par l’extrême-droite, elle consiste uniquement – sous prétexte d’intérêt national – à sacrifier ceux des exploités et à les livrer pieds et poings liés à leurs exploiteurs. À faire cause commune avec eux et à mettre la société en ordre de bataille pour les servir.

    C’est pour cela que nous pensons que le système démocratique libéral ne l’est pas réellement. Il est étriqué, corrupteur, soumis à des impératifs de démagogie et de satisfaction des exploiteurs. Nous pensons que les réponses ne peuvent être que dans une politique populaire, menée par les principaux et les principales forces de notre société : c’est à dire ceux et celles qui produisent les richesses. Les exploiteurs, qui ont intérêt dans la misère et dans la dévastation de l’environnement, ne peuvent apporter de solution. Nous croyons à une souveraineté populaire illimitée, incarnée par un parti populaire qui serait capable de défendre ses intérêts profonds et de long terme. Nous pensons que le pouvoir populaire n’a pas à connaître d’entraves : il doit être total et permettre l’arrivée d’une ère nouvelle. Une ère dans laquelle l’économie se base sur ce que peut raisonnablement et durablement fournir la Terre et sert à servir les intérêts de l’humanité entière. Une ère dans laquelle la course folle au profit dévastateur ne sera plus qu’une anomalie de l’histoire, une crise d’adolescence de l’humanité.

    Bien sûr, construire les outils qui permettent cette victoire prendra du temps. Dans l’intervalle, les succès électoraux sont des bonnes nouvelles intermédiaires. Mais ils ne doivent pas faire oublier que l’objectif final est plus grand, plus lointain, plus profond.

  • Agression raciste à Croix-rousse

    Agression raciste à Croix-rousse

    Les faits

    Dans la nuit du jeudi 9 au vendredi 10, vers 1 h du matin, dans les pentes de la croix-rousse (rue Romarin), un groupe de jeunes ont été victimes d’une agression au couteau par le militant fasciste Adrien Ragot dit « Lassalle ».

    Alors qu’Adrien descendait vers la place des Terreaux, il fut reconnu par un groupe de jeunes. Les apercevant, il a dégainé un couteau et les a attaqués. Un premier fut blessé au bras et à l’aisselle, et un second tentant de s’interposer au niveau de la gorge. Si ce dernier n’avait pas reculé à temps, le coup aurait été inévitablement fatal.

    Le groupe et leur agresseur arrivant sur la place des terreaux, plusieurs habitants ont tenté d’arrêter le militant d’extrême droite. Ce dernier s’est alors enfui dans un restaurant Tandoori de la rue Romarin. Le groupe de jeunes a entrepris de bloquer la porte et d’appeler la police, pendant qu’Adrien essayait violemment, mais sans succès, de s’enfuir. Après l’arrivée de la police, lors de son arrestation, Adrien s’en est pris aux agents en leurs assénant des coups. Il fut mis en garde-à-vue et est désormais inculpé pour violence sur personnes dépositaires de l’autorité de l’état et violence avec arme au préjudice de deux victimes, et non pas tentative d’homicide, comme se fut pourtant le cas selon les jeunes victimes de l’agression.

    Ces faits sont rapportés directement par les victimes de l’agression, qui ont été contactés par la Jeune Garde Lyon, organisation avec laquelle ils n’ont pas de lien, mais qu’ils connaissent bien en raison de sa présence de longue date dans le quartier.

    Le contexte raciste

    Bien qu’il fût rapporté qu’Adrien semblait alors particulièrement agité, on ignore s’il était drogué ou non. Cependant, le déroulement des évènements interroge cette éventualité.

    Ce qui ne laisse en revanche aucun doute, c’est le caractère raciste de l’attaque. Les jeunes ont été capables de reconnaître Adrien, car celui-ci est, avec son groupe et ses réseaux fascistes, un habitué des ratonnades et des expéditions dans le quartier de la Croix-rousse (entre autres). Mais les victimes ne sont, contrairement à ce qui est affirmé ci et là, ni des colleurs d’affiches (comme l’a rappelé le parquet de Lyon) ni des militants antifascistes, seulement des habitants du quartier de la mauvaise couleur de peau.

    Le groupe de jeunes agressé se retrouve maintenant accusé par Adrien d’avoir déclenché l’altercation, ce que ces derniers nient catégoriquement. C’est là la stratégie du militant pour amoindrir la gravité des faits, particulièrement son caractère proprement politique, raciste et fasciste. Le lendemain matin, les deux jeunes touchés au couteau ont ainsi été appelés au commissariat pour une confrontation avec Adrien. Sur conseil de leur avocat, ils ne s’y sont pas rendus.

    Adrien « Lassalle » n’est pas à son coup d’essai et est bien connu à Lyon. Très impliqué dans Génération Identitaire (dissout en mars 2021 par le conseil des ministres), il en fut un cadre, un animateur assidu de leur salle de sport, l’Agogé, et a été remarqué lors de leur opération médiatique « Defend Europe » contre les migrants dans les Alpes (2018). Il fut notamment à la tête de l’attaque de la marche des fiertés lesbiennes en avril 2021 et on le retrouva en juin de la même année rue Mercière, lorsque l’extrême droite de rue lyonnaise s’y est retrouvé pour une ratonnade, donnant des ordres et frappant, le tout à visage découvert. Enfin, il est accusé de viol par une étudiante de l’ISSEP (Institut de Sciences Sociales Économiques et Politiques, école fondée par Marion Maréchal Le Pen).

    L’actualité à l’extrême droite

    Aujourd’hui, Adrien s’est reconverti, avec feu GI, au sein de Rempart Lyon, nouveau nom pour une continuité politique et pratique assumée : convictions fascistes, objectifs ouvertement ethno-nationaliste, violence, apologie du racisme, de l’antisémitisme, du nazisme, et des liens avec le terrorisme d’extrême droite (entre autres, B. Tarrant l’auteur du massacre de Christchurch en mars 20191, et Fabien Badaroux2).3

    Récemment, l’on recense dans la liste des attaques signées extrême droite, le 19 mars dernier l’assassinat par balle en plein Paris de l’ancien rugbyman international Federico Aramburu, par Loïk Le Priol. Militant proche des réseaux nationalistes, militaire rapatrié, ex-GUD et fondateur de la marque de vêtement raciste « Babtou Solide ».4

    Le 27 mai dernier, c’est Fanny, proche du PCF et membre des Amis de Robespierre pour le Bicentenaire de la Révolution, qui a été attaqué avec sa mère âgée, à leur domicile de Feuchy. Le coupable : le militant Rémi Lesczczynski dit « Deflandre », membre de l’Action Française, proche de Reconquête et du RN et à la tête du groupe locale Theusz (prônant « une France blanche »). Après les avoirs toutes deux violentés, il a menacé de « revenir à 30, brûler ta maison et crever ton chien ». Le motif de cette intrusion et des blessures subséquentes : un post sur Facebook le critiquant lui et ses idées racistes.5

    Au-delà des évènements violents, il y a aussi le spectre de la nébuleuse d’extrême droite de faible intensité militante, mais accumulant plus ou moins discrètement des arsenaux et diverses capacités opérationnelles (le plus souvent, en vue d’une guerre raciale). C’est par exemple le cas des membres du groupuscule néo-nazi qui, le 31 mai dernier, se sont vu perquisitionnés à leurs domiciles. Il y fut trouvé 18 armes légales, 23 armes illégales, 167 chargeurs, plus de 35 kilos de poudre, et un total de plus d’une tonne de munitions, ainsi que trois presses à munitions, une machine à chauffer les douilles, une compteuse de billets, quatre balances de précision et plus de 25 000 euros.6

    Du recul

    La prolifération des attaques et des réseaux fascistes peut amener une certaine atmosphère anxiogène-apocalyptique à s’installer dans notre camp, particulièrement dans les milieux antifascistes, qui sont en première ligne depuis des années. Bien qu’il ne fasse aucun doute que la situation soit très préoccupante et que les groupes, autant que les loups solitaires, d’extrême droite, représentent un danger réel, il convient de savoir garder la tête froide et de mettre la liste des agissements de nos ennemis en perspective.

    Premièrement, ces derniers font actuellement face à un double recul par rapport aux précédentes années et à ces derniers mois. Ils sont toujours largement désorganisés et divisés, on n’a plus vu de « front unique » fasciste depuis le Bastion Social, dont personne jusqu’à aujourd’hui n’a su reprendre la bannière et les ambitions.

    Deuxièmement, après la vague « Reconquête » aux présidentielles, le reflux : l’extrême droite radicale qui avait vu dans Zemmour son messie, qui allait les guider vers la terre promise d’un dépassement de leur propre condition sectaire à la marge du RN, voit ses rêves de réussite échouer sur un triste 7 %. Le « grand remplacement » semble, selon eux, avoir encore de beaux jours devant lui. En conséquence : la démoralisation, l’ascenseur émotionnel, après une campagne où tout leur réussissait. Ugo Jimenez et Baptiste Marchais (respectivement Papacito et Bench & Cigars : boutiquiers, podcasteurs et influenceurs fitness à la ligne éditoriale réactionnaire), entre autres, nous en ont fait la démonstration à leur manière, sur leurs réseaux. C’est la gueule de bois, certains qui avaient tout plaqué pour aller chez « le Z », doivent maintenant assumer auprès de leurs anciennes allégeances, ou du moins, se résigner au statu quo ante.

    Certes, le RN a progressé dans tous ses scores, mais comme nous en parlions ici7, le danger qu’il représente, en tant que « boutique » pour natio-opportuniste, n’a rien à voir avec celui d’un Zemmour, à la recherche d’une réelle hégémonie, idéologiquement nazifié. Ce caractère qualitativement différent entre les deux appareils fut bien perçu et compris par les militants fascistes eux-mêmes. Il n’est pas l’objet de nier les conséquences des discours réactionnaires de l’ex-FN, ni les réalités négatives que l’on doit attendre d’un passage de celui-ci au pouvoir, mais celles-ci doivent être analysées avec tous le sérieux que cela implique, et non pas en réponse à une peur semi-pavlovienne.

    Son champ d’action politique autant que ses ambitions seraient, et sont d’or et déjà, limité (ce qui ne veut pas dire, inoffensif). De plus, Macron, et par glissement, la droite « républicaine », adopte et porte de plus en plus les références, la vision du monde et le programme du RN.8 Cela n’est certes en rien une bonne nouvelle, seulement le symptôme d’une progression générale du champ politico-étatique français vers la réaction, mais permet de remettre en racine, de ramener à la réalité, la mesure des peurs qu’il est raisonnable d’avoir, et celles qu’il faut garder pour plus tard.

    Que faire ?

    L’unité antifasciste de tous les groupes progressistes, dans le cadre d’un front de lutte contre les idées, l’implantation et les agissements de l’extrême droite était, et reste, à propos.

    L’enjeu est de contrecarrer ses projets et de saper sa base sociale, autant que notre propre situation le permet. Il ne s’agit pas ici de vœux pieux, mais d’un appel concret à la promotion d’une bonne entente pratique entre celles et ceux qui ont intérêt à la défaite, ou du moins, à la temporisation et au recul, du risque fasciste. Que ce soit au sein des inter-organisations, ou de quelconque autres formats ou contexte, il est toujours à l’ordre du jour de mettre nos forces et nos volontés en commun : nous n’avons pas le luxe du sectarisme, qu’importe le splendide isolement auquel une chapelle ou une autre aspire.

    Pour écraser l’ennemi, il faut connaître nos amis. Nos ennemis connaissent les leurs. Ne nous laissons pas doubler, nous ne manœuvrons pas à arme égale, sachant que le temps autant que l’état jouent contre nous.

    1 https://www.nouvelobs.com/societe/20210303.OBS40903/le-terroriste-de-christchurch-etait-membre-bienfaiteur-de-generation-identitaire.html

    2 https://www.ouest-france.fr/provence-alpes-cote-dazur/avignon-84000/avignon-l-homme-tue-par-la-police-se-revendiquait-de-generation-identitaire-7034653

    3 Le documentaire « Generation Hate » (2018), enquêtant sur GI, offre une perspective des discours et des conceptions qui existaient et étaient promus au sein de GI, et le sont toujours au sein des multiples organisations d’extrême droite qui existent aujourd’hui en France, issu de GI, comme Rempart Lyon, ou non.

    4 https://www.lefigaro.fr/faits-divers/mort-d-un-rugbyman-argentin-a-paris-qui-est-loik-le-priol-le-principal-suspect-interpelle-en-hongrie-20220323

    5 https://actu.fr/hauts-de-france/feuchy_62331/pres-d-arras-fanny-et-sa-mere-agressees-chez-elles-par-un-militant-d-extreme-droite-elles-temoignent_51607110.html

    6 https://www.lamontagne.fr/paris-75000/actualites/des-membres-d-un-groupuscule-neonazi-incarceres-apres-la-decouverte-en-alsace-dun-arsenal-et-de-plus-dune-tonne-de-munitions_14139413/

    7 https://unitecommuniste.com/antifascisme/le-rn-est-il-le-grand-satan-de-2022-1-2/ & https://unitecommuniste.com/antifascisme/le-rn-est-il-le-grand-satan-de-2022-2-2/

    8 On se souvient de ce débat lunaire où M. Le Pen s’est vu contrainte à défendre les musulmans français face à un Darmanin qui ressortait en substance ses références Maurassiennes.

  • Premier tour des législatives : victoire du NUPES ?

    Premier tour des législatives : victoire du NUPES ?

    À la suite du premier tour des élections législatives, la coalition NUPES est arrivée en tête en termes de voix et arrivée deuxième pour le nombre de circonscription. Nous saluons ce succès important. Il est incontestable. Il a déclenché chez beaucoup un sentiment de revanche après une période sombre pour la gauche parlementaire. Nous pouvons comprendre cet engouement et cette joie relative, même si de notre côté, nous ne croyons pas en la possibilité d’un bouleversement en profondeur par les urnes.

    Dans la lutte entre les classe qui détermine l’Histoire, les enjeux sont bien trop importants pour que le pouvoir soit réellement démocratique. La démocratie libérale est une interface entre le pouvoir patronal, bancaire, capitaliste et impérialiste, et la grande majorité du peuple.

    La Ve République, issue du coup de force gaulliste en 1958, est construite comme un outil maniable entre les mains de la classe sociale qu’elle sert. C’est d’ailleurs ce que Mitterrand soulignait -avec une dose d’opportunisme- dans son essai Le coup d’État permanent (1964). Les institutions sont architecturées pour servir la stabilité des marchés et poursuivre la domination des exploiteurs. Les marges de manœuvre pour réaliser un programme politique sont donc faibles et les pièges sont nombreux. Nous le verrons aussi, ceux et celles qui appellent constamment au respect du choix des urnes quand leurs candidats sont élus, n’hésitent pas un instant à transgresser tous ces principes lorsqu’une opposition peut grandir.

    En dépit de ce constat, il nous faut reconnaître que la campagne de NUPES a été bien réalisée, avec courage et détermination, et qu’elle est aussi le reflet de transformations politiques à l’œuvre dans notre pays. Enfin, elle offre un échappatoire salutaire, même temporairement, face à des débats qui étaient polarisés autour de thématiques d’extrême-droite. En cela, c’est aussi un sursaut idéologique. Il est important de la saluer et de l’analyser.

    Transformer l’essai

    Première formation en termes de voix, NUPES dépasse à la fois LREM et l’extrême-droite. C’est là un tour de force. Avec 194 circonscriptions dans lesquelles l’alliance NUPES est majoritaire, il existe des opportunités de réaliser une percée. Sans avoir la majorité absolue, ni même relative, un groupe puissant à l’Assemblée pourrait obliger le gouvernement à revoir ses plans de bataille. Mais il faut pour cela parvenir à passer le second tour.

    C’est là où la question du « cordon sanitaire » et de l’abstention joueront en plein. Les névroses anticommunistes se manifestent déjà. Chaque fois que la gauche est arrivée en position de force, même modérée, un schéma similaire s’est mis en place. Il faut donc s’attendre à ce qu’une levée de bouclier se fasse, et que l’ensemble des organisations à droite de NUPES fassent cause commune contre les candidats de cette liste. Déja, Olivier Verran déclarait que le « programme de Mélenchon est dangereux », tandis que tous ce que la France contient d’intellectuels et de philosophe de salon dénonçaient un retour du stalinisme. Il paraît donc plutôt logique que les reports de voix soient faibles. L’inconnue sera donc l’abstention, qui a été particulièrement forte. Ce réservoir de voix peut être déterminant pour connaître le nombre d’élus.

    Attendre de voir

    Mao, avec justesse, parlait des « balles enrobées de sucre » qui peuvent être tirées sur les militants et militantes. La cooptation et la corruption induite par le fonctionnement de la démocratie représentative libérale sont des menaces parfois plus grandes que la répression pure et simple. Dans la coalition NUPES, le centre de gravité est pour le moment LFI. Mais cela peut changer pour aller vers une posture plus droitière. Le Parti Socialiste est avarié, mais il n’est pas encore coulé, et la place qu’il occupe : une alternance « de gauche » au pouvoir, est vacante. Rien ne peut indiquer que l’abîme n’engloutisse pas l’alliance. Même un engagement sincère ne prémunit pas contre les déviations et contre le fait de s’engager sur des rails dont on ne connaît que trop bien la destination. Nous verrons bien ce que cela donnera.

    Un redécoupage du paysage politique

    Cette élection participe à accentuer un redécoupage du paysage politique français. Il finit d’enterrer la logique de bipartisme pour aller vers une configuration avec un centre qui possède une majorité relative, et des ailes qui ne parviennent pas à conquérir l’hégémonie. Cette configuration est soit figée, soit instable. Elle consacre un centre de gravité central, mais elle rend illusoire une alternance durable. Les permutations PS – UMP/RPR…etc. ne sont plus possibles. La machine est grippée et l’absence de soupape de sécurité fait qu’une instabilité politique s’installe. Elle fait passer les crises politiques, dans lesquelles la population ne veut plus être dirigée par tel ou tel courant, au stade de crises de régime : la population ne veut plus être dirigée comme elle l’est d’un point de vue systémique.

    Savoir à qui cette instabilité profitera n’est absolument pas tranché. Elle peut très bien être une porte ouverte pour l’installation d’un nouveau Parti de l’Ordre voire d’un régime terroriste de type fasciste. Elle peut très bien être aussi un espace pour les forces extra-parlementaires de gauche. Elle peut tout aussi très bien retomber platement, devenir un nouveau consensus mou, avec une alternance d’un NUPES devenu un néo-PS avec un centre droit ressuscité.

    Si un grand nombre de critères jouent un rôle dans la manière dont les choses vont évoluer, il en est un qui est déterminant : celui de l’action consciente et organisée de la gauche progressiste et révolutionnaire. Nous sommes les principaux artisans de nos victoires, mais aussi de nos défaites. La question qui se pose, cependant, est celle de la maturité politique : ne plus être hypnotisé par les victoires réformistes et oubliant immédiatement l’analyse sur l’État et la Révolution ; mais aussi résoudre les querelles qui existent en notre sein. Ce sont là des luttes en soi à gagner, les premières à gagner pour ensuite en gagner d’autres.

  • 100 jours de guerre (2/2)

    100 jours de guerre (2/2)

    Une chute de régime est elle possible ?

    Croire en un changement de régime en Russie est douteux. Poutine, même si sa côte de popularité a grandement diminué, continue de représenter des éléments importants pour les Russes. Il incarne la sécurité et la stabilité, deux choses essentielles pour les habitants d’un pays qui est passé par des années 90 tumultueuses. L’angoisse de l’abîme, du vide, est très importante dans la population.

    Poutine incarne aussi une certaine sanction des rapports de force entre les différentes composantes du pays : siloviki (membres des services de sécurité / armée…), industriels, banques… même si les premiers semblent avoir pris un ascendant considérable depuis le Covid. Il incarne aussi une espèce de césarisme : Le césarisme apparaît dans une situation d’ « équilibre catastrophique des forces », où aucun des camps en présence n’est en situation d’emporter la décision, et où de surcroît ils menacent de se détruire mutuellement. (Contretemps). En somme, il donne naissance à une forme de stabilité dans un pays qui est dans une situation explosive. C’est ce qui fait que la Russie est un pays particulier : elle n’est pas fondamentalement une dictature, elle n’est pas totalitaire – même si la pression de la guerre cause forcément des manifestations qui s’apparentent à des « moments totalitaires » – mais elle a une forme de démocratie qui ne correspond pas à celle à laquelle nous avons l’habitude.

    L’esprit du gouvernement russe

    Ainsi, la Russie est construite, dès 1999-2000, autour de plusieurs notions : celle de la « démocratie souveraine » tout d’abord. Elle borne les limites du consensus démocratique autorisé. Mettant en avant le respect des institutions et de la stabilité du pays, elle exclu tout ce qui peut être considéré comme représentant une « aventure » : ainsi, les « agents de l’étranger », les « extrémistes » (de droite ou de gauche) sont censurés. Les partis politiques qui peuvent se présenter sont soumis à des critères bien précis et sont manipulés par une forte dose d’ingénierie électorale : des partis d’opposition sont montés ou mis en avant pour capter le vote d’une part des mécontents. Ainsi le Parti libéral-démocrate de Russie était le parti des libéraux. Les nostalgiques de l’URSS ont le KPRF. Russie Juste s’adresse à « l’homme du travail » selon ses dirigeants. Mais ces partis sont d’accord avec Russie Unie sur les questions centrales. Il ne sont que des oppositions de pure forme. Ils sont une opposition qualifiée de systémique : une opposition qui s’intègre dans le système. En revanche, il n’y a pas de place pour une opposition anti-systémique, qui remet en cause le système.

    Autre notion, la « verticale du pouvoir » et la « dictature de la loi ». Le chaos décentralisateur des années 1990 (dans lesquels Elstine a encouragé à ce que les régions prennent le plus de compétences possibles) et la corruption constante sont deux ennemis du pouvoir. Poutine a comme ambition de contrôler la Russie et de la mettre en ordre de marche. Pour contrer les baronnies locales, il impose ses propres relais et un contrôle strict et vertical. Pour lutter contre la corruption et les tendances centrifuges, il impose une loi inflexible. Cependant, des marges de manœuvre existent, car le capitalisme russe possède aussi des intérêts puissants et qui lui sont propres. S’il a stratégiquement intérêt à ce que le pays soit plus ordonné, les contradictions internes jouent un rôle important dans la difficulté de moderniser le pays. Il en résulte alors un certain équilibre entre les forces.

    Mais cet équilibre instable est précaire, et il existe des dynamiques internes qui contribuent à ce que la nature du régime évolue avec le temps. Poutine était un libéral – conservateur durant ses premiers mandats, en somme de 1999 à 2012 environ. Durant cette période, il a donné une image d’un partenaire de l’occident, qui arrimerait la Russie à l’Europe. À la suite de la crise économique de 2008, laquelle à brisé le pouvoir des oligarques, puis des contestations de la période 2011-2012, la tonalité du discours s’est transformée. La dimension conservatrice est passée au premier par rapport à la vision libérale. L’État est devenu plus impliqué dans les affaires économiques.

    Une philosophie sociale-réactionnaire

    Certains y ont vu une espèce de « socialisme light ». Des communistes égarés par le campisme, mais même des libéraux effrayés de la mainmise de l’État sur certains secteurs clés. Or, si la Russie a été obligée de maintenir des protections datant de l’URSS (notamment un âge de départ à la retraité resté bas jusque récemment), il ne s’agit pas de mesures de transformation de la société, mais bien de mesures de stabilité et de consensus. Poutine ne construit pas de socialisme, il serre les rangs pour affronter les tempêtes, chose que chaque pays suffisamment puissant au plan international pour être autonome, mais incapable d’exercer une domination importante, est obligé de faire.

    La philosophie qui sous-tend l’action du gouvernement a évolué. De plus en plus, Vladimir Poutine fait référence à des penseurs réactionnaires : Ivan Iline, Nicolas Berdiaev, ou… Alexandr Soljenitsyne. Celui-ci écrivait : « la notion de liberté a été déviée vers un débridement des passions donc du côté des forces du mal. Les droits de l’Homme ont été placés si hauts qu’ils écrasent les droits de la société et détruisent celles-ci. L’idéologie régnante qui met au-dessus de toute l’accumulation de biens matériels, le confort trop prisé, entraîne en l’Occident un amollissement du caractère humain, un déclin massif du courage et de la volonté de se défendre ». Quant à Ivan Illine : :« La Russie a besoin d’une dictature ferme, national patriotique et inspirée de l’idée libérale. [Son] chef doit être guidé par l’idée du Tout et non par des motifs particuliers, personnels ou partisans. […] Il frappe l’ennemi au lieu de perdre du temps, il mène le peuple au lieu d’être à la solde des étrangers. »

    De plus en plus, le triptyque « autocratie, orthodoxie, vie nationale (narodnost) » s’impose. Dieu est entré dans la constitution de 2020, ainsi que le mariage exclusivement hétérosexuel. La Russie connaît une transformation conservatrice amplifiée par le fait qu’elle n’ait pas connu d’équivalent à mai 1968. D’ailleurs les observateurs extérieurs notent que, depuis le Covid, l’entourage de Vladimir Poutine s’est restreint. Les rapports de forces entre les différentes composantes de l’État Russe semblent avoir changé progressivement vers un accroissement du pouvoir des siloviki. C’est cet isolement, ce sentiment obsidional (d’état de siège) qui explique une tendance à ce que la politique extérieure deviennent plus rigide et plus brusquée. Mais si la popularité de Poutine baisse sans cesse, les Russes sont hostiles par dessus tout à un changement de régime. Difficile d’y voir une issue pour le moment, à moins d’un cataclysme.

    L’effet domino de la guerre

    Si le théâtre des opérations est limité à l’Ukraine, l’onde de choc de la guerre se diffuse bien plus largement.

    Ainsi, en France, parmi les conséquences les plus visibles, la hausse du coût de nombreux produits de consommation courante. Elle est directement liée au conflit ukrainien, notamment pour les produits agricoles provenant de ce pays. Mais elle est aussi la conséquence de la rupture des relations économiques avec la Russie, tant par rapport aux sanctions qu’aux contre-sanctions prises par la Russie. Enfin, il existe un effet multiplicateur, relié à la panique des marchés ou à la spéculation à la hausse sur les produits de remplacement. En dernière instance, quelque soient les raisons, ce sont toujours les mêmes catégories sociales qui paient le prix de ces événements. Cependant, les mouvements comme le Gilets Jaunes ne semblent pas reprendre : les hausses, même extrêmement fortes, paraissent moins « arbitraires » et « injustes », tandis que la période électorale anesthésie tout. Le NUPES par exemple, par la voix de Mélenchon, déclarait qu’il fallait mieux voter pour eux que faire la grève. C’est peut-être partiellement vrai, mais cela contribue à temporiser une situation de conflit social qui finira par exploser.

    On note d’ailleurs que la politique du gouvernement français est nettement moins interventionniste que celle d’Allemagne par exemple. L’Allemagne a ainsi débloqué des aides supplémentaires, baissé les taxes sur les carburants, et fourni un ticket unique de 9€ mensuel permettant l’accès à l’ensemble des transports en commun. On ne peut que saluer.

    En Europe

    En Grèce, pays vulnérable, l’inflation a débouché sur la colère. Le 2 mai, le pays est figé par une grève massive dans le pays. Si le gouvernement est résolument aux côtés des ukrainiens et de l’OTAN, une partie importante de la population, notamment autour des puissants syndicats et partis communistes, a contribué à entraver la livraison d’armes. Étant donné la place stratégique du pays et son importance, le groupe aéronaval français stationne désormais dans ses eaux. Une manière de mettre une pression supplémentaire. De plus, la Grèce s’est retrouvée dans une situation gênante : elle a saisi un pétrolier russe contenant du pétrole iranien. En rétorsion, l’Iran a intercepté et arraisonné deux pétroliers grecs dans le Golfe Persique. De quoi contribuer encore davantage à envenimer la situation.

    La Hongrie, dirigée par le président d’extrême-droite Orban, est apparue comme la fausse note dans l’unanimité européenne. Le gouvernement hongrois a ainsi refusé d’appliquer des sanctions sur le pétrole. Il s’est également arrangé pour que certaines personnalités, à l’image du patriarche Kirill, chef de l’Église Orthodoxe, soient exemptés de sanctions. Officiellement, pourtant, il soutient la politique de l’UE. Il a ainsi déclaré : « Nous condamnons l’agression de Poutine, l’attaque contre un État souverain. Nous disons “non”, et cela pour toujours, à tout effort visant à restaurer l’Union soviétique. » Cette phrase est intéressante à plus d’un titre : elle permet d’amalgamer l’attaque de la Russie avec la politique soviétique, salissant encore la mémoire de l’URSS. Elle permet aussi de se défausser : puisque la Russie ne cherche pas à restaurer l’URSS, la Hongrie peut donc se raviser. Mais surtout, la guerre lui permet de resserrer son contrôle sur le territoire : Orban a pris prétexte de la situation de guerre pour suspendre une partie des libertés démocratiques. Le 24 mai, il a ainsi proclamé l’état d’urgence, permettant de « restreindre ou de suspendre purement et simplement les droits fondamentaux de chacun » selon l’ONG TASZ.

    En Allemagne, la question du réarmement pose, en dernière instance, la question des rapports de force au sein de l’UE. Depuis le traité de Rome en 1957, le consensus autour duquel se sont construit les rapports entre Allemagne et France est simple : La France gère la politique et l’Allemagne l’économie. La France possède donc une armée qui lui permet de gérer la projection de force, un siège au Conseil de Sécurité de l’ONU et l’arme atomique, tandis que l’Allemagne concentre plusieurs des grands fleurons de l’industrie. Aujourd’hui, avec les changements liés à la guerre, cette répartition des rôles peut ne plus fonctionner. L’Allemagne deviendrait donc de nouveau une puissance dans l’ensemble des domaines. De quoi effrayer la France, laquelle n’aurait plus ni le dynamisme économique ni les fonctions « régaliennes » de l’UE.

    Pour le monde

    Dans l’ensemble, la focalisation de l’attention mondiale sur le conflit en Europe contribue à accentuer l’instabilité internationale et accélère des processus déjà présents avant la guerre. Elle est un catalyseur des tensions. L’occident, qui connaît un déclin relatif, voit celui-ci accru par le fait de devoir couvrir une nouvelle situation de conflit. L’arrêt de certaines opérations menées par la occidentaux, les concessions qui peuvent être faites à des alliés contre la Russie (nous pensons ainsi à la Turquie), peuvent contribuer à l’émergence de nouveaux foyers de conflits ailleurs dans le monde. Cela peut d’ailleurs bénéficier à des mouvements en butte à l’impérialisme français, par exemple.

    L’avenir du monde est incertain, et de nombreuses possibilités existent. La fracture qui s’ouvre entre Russie et UE, aujourd’hui, pose un grand nombre de questions. La manière dont cette guerre se résoudra et la politique qui sera menée vers la Russie sera déterminante : elle définira la nouvelle géométrie du monde. Si l’UE et la Russie restent séparés par une frontière étanche, cela contribuera à renforcer le poids de l’autre bout du monde, de la Chine et de l’espace Indopacifique. Car aujourd’hui, l’Occident ne possède plus la capacité de faire la pluie et le beau temps partout sur le monde. Les nouvelles puissances montantes, particulièrement les trois grandes puissances continentales d’Asie, qui pèsent la moitié de la démographie terrestre, ont leur mot à dire.

    Pour nous

    Pour nous, cette guerre est désastreuse à plus d’un titre. Premièrement par son coût humain. Ensuite parce qu’elle contribue à ouvrir la voie à une accentuation des pressions politiques et économiques sur le peuple en général Enfin car elle ouvre aussi la voie à de nouvelles conflagrations plus importantes et d’autres boucheries. Elle fracture l’unité internationale de celles et ceux qui subissent le joug de l’impérialisme et de l’exploitation.

    Nous n’avons pas confiance dans les gouvernements pour assurer la paix, même si nous continuons de militer en faveur d’un armistice immédiat et de l’ouverture de négociations sérieuses, dans lesquels le besoin de sécurité des deux pays impliqués peut être pris en compte réellement.

    Nous avons en revanche foi dans les organisations populaires des pays belligérants, lesquelles peuvent aussi gagner du terrain. Nous appelons à les soutenir et à diffuser leurs mots d’ordre.

    Cependant, l’ensemble des mesures locales ou nationales se heurte à le tendance générale au conflit : tant que l’accaparation capitaliste domine un monde aux ressources limitées, il ne peut exister de paix réelle. C’est uniquement lorsque les forces révolutionnaires auront pu ériger des bastions suffisamment puissants, que les puissances impérialistes seront brisées, que nous pourrons espérer connaître une vraie paix.

  • 100 jours de guerre (1/2)

    100 jours de guerre (1/2)

    Après cent jours de conflit entre la Russie et l’Ukraine, il nous paraît important de faire un bilan rapide de la situation et de ses conséquences.

    L’opération spéciale initiée par le gouvernement Russe a fait long feu. Ce qui devait être une opération « indolore », supposée atteindre ses objectifs en profitant de la stupéfaction du reste du monde, est devenu une guerre d’usure dont l’arme principale est l’artillerie. La Russie semble avoir atteint l’exact opposé des objectifs qu’elle s’était fixé : neutraliser l’Ukraine et la maintenir hors de système d’alliance occidental. En dernière instance, elle parachève le processus entamé en 2014, celui de l’émergence d’une nation ukrainienne soudée (avec une narration construite autour de personnages parfois ultra-réactionnaires), celui de l’avancée de l’OTAN vers les frontières Russes et celui de l’isolement de la Russie vis-à-vis de l’Europe. Nous sommes solidaires de l’Ukraine et des ukrainiens et ukrainiennes. La lutte contre l’invasion est une lutte légitime, cependant, nous ne pouvons pas oublier non plus que cette invasion fait partie d’un engrange dans lequel la Russie a été prise contre son gré.

    Dans la grande confrontation entre les puissances mondiales, la situation de la Russie apparaît comme singulièrement difficile. Aucune des puissances dominantes ne peut accepter qu’elle puisse se développer librement, même après avoir perdu son régime communiste. C’est là une conséquence d’une représentation de la géopolitique dominée par les écoles successives de Mahan, Mackinder, Spykman ou Brzezinski. De plus, son affaiblissement, consécutif à la fin de la guerre froide, a permis à l’UE et à l’OTAN de prendre position sur les territoires de l’ex-URSS. Il est d’ailleurs notable que les stratèges américains, notamment Kennan (le concepteur de la théorie du containement) ou Brzezinski considéraient que cette expansion exagérée risquait de ruiner, en dernière instances, leurs efforts pour maintenir la Russie dominée. Au lieu d’être intégrée comme un partenaire par les puissances impérialiste occidentale, la Fédération de Russie a continué à être traitée comme une paria, comme une puissance de seconde zone ou comme une menace. Les mêmes causes donnant des effets similaires, la Russie ressemble un peu à l’Allemagne des années 1920-1930 : un vaincu traité avec mépris, ce qui nourrit un sentiment de revanche. Un engrenage de méfiance et de tension s’est donc initié, dans lequel la peur des pays frontaliers de la Russie et la volonté d’autoprotection de cette dernière ont conduit à une spirale infernale. Plus « l’étranger proche » de la Russie avait peur, plus il allait vers l’occident. Plus il allait vers l’occident, plus la Russie avait peur. Plus elle avait peur, plus elle usait de pressions sur cet étranger proche. Plus ces pressions étaient fortes, plus cet étranger continuait de s’éloigner.

    L’influence russe.

    L’influence Russe est depuis longtemps pointée du doigt et diabolisée. Pourtant elle n’a rien d’exceptionnelle : comme tout acteur géopolitique, la Russie essaie forcément d’avoir une influence sur ses partenaires comme sur ses adversaires. Tous les pays le font, avec des moyens nettement plus importants : les USA avec le National Endowment for Democracy, la France avec la Francophonie, la Chine avec les instituts Confucius, le Qatar avec Al Jazeera et AJ+… Ces stratégies d’influence servent à modeler l’environnement économique et géopolitique de ces puissances grandes ou moyennes. Seulement, l’influence russe dérange plus, notamment parce qu’elle rencontre un succès certain dans certaines régions du monde. Tandis que l’Occident évoque la période de la colonisation, la dimension a-occidentale de la Russie est appréciée. Selon l’adage « La Russie n’a pas d’amis, elle n’a que des partenaires », la Russie accepte de mener des accords avec l’intégralité des acteurs politiques et géopolitiques, sans jamais chercher à les enfermer dans des accords les liant. Ses partenariats ne s’accompagnent ni d’accords contraignants, ni d’exigences en termes de fonctionnement interne des États ou des régimes. De plus, la politique hypocrite des démocraties libérale, qui consiste à formuler constamment des exigences moralistes et à ne pas les respecter, ne se retrouve pas chez la Russie. Cela se voit dans la manière dont les condamnations et les sanctions ont été prononcées à son encontre : beaucoup l’ont condamnée, mais la grande majorité des pays en dehors de la « communauté internationale » des puissances occidentales, n’ont pas voulu se priver de commercer avec elle.

    La Russie sert également de bouc-émissaire pour toute une série d’événements. On se rappelle les propos de Blanquer sur les fameux hackers russes qui auraient saboté le site du CNED. Dernièrement la Russie est même accusée d’avoir une responsabilité dans la gestion ratée de la finale de la ligue des champions. On parvient à un degré de mensonge invraisemblable qui non seulement ridiculise celui qui le profère, mais contribue aussi à accentuer chez le gouvernement russe le sentiment que l’Occident n’est pas un partenaire, mais un ennemi.

    Le choix de la guerre.

    L’échec diplomatique est dû à un certain nombre de facteurs. D’une part, la vision du monde russe se nourrit d’une croyance en l’inéluctabilité du conflit. Il existait un créneau pour tenter un coup de force, mais celui-ci n’a pas marché. D’autre part, certains voulaient attiser cette montée en tension : des ultras ukrainiens, pour provoquer un cataclysme par lequel ils pourraient régler son compte à la Crimée et au Donbass ; mais aussi les USA, qui pouvaient, grâce à cette opération, enterrer le pipe-line North Stream 2 et ainsi punir l’Allemagne. En revanche, en dépit de défauts et de faillites, rien ne peut montrer que le président Zelenski ait fait preuve de duplicité dans ses négociations.

    Les accusations de l’Ukraine comme étant un pays fascisé et nazifié nous paraissent irréalistes. Pour s’appliquer, elles demanderaient alors une extension extraordinaire de la définition de ces termes. Terre d’enjeux géopolitiques, la politique interne à l’Ukraine est pour autant fatalement clivée et brusquée. L’interdiction de plusieurs partis doit être lue à la lumière de ce siège géopolitique. En témoignent aussi les lois sur la langue russe prises après 2014, lesquelles étaient discriminantes à l’encontre des locuteurs du russe. Ces lois avaient pour vocation de forcer la création d’un état linguistiquement homogène et illustraient la peur d’une Ve colonne russophone – peur qui ne s’est d’ailleurs pas avérée crédible.

    La décommunisation a été aussi soulignée, mais elle reflète tout autant un authentique anticommunisme qu’une manière de couper les ponts avec la Russie. Dans l’ensemble, la population du pays, pour peu qu’elle ait connu cette période, regrette souvent les années 70-80 et la vie simple de l’époque. En effet, l’Ukraine s’est appauvrie depuis la fin de l’URSS et a été touchée par des maux terribles, notamment le pillage continuel par les oligarques locaux quels qu’ils soient. Si l’invasion russe est un mal terrible, le mépris des gouvernements précédents à aussi fait souffrir la population d’Ukraine. Zelenski, élu sur un programme anti-corruption, n’a été qu’une remédiation partielle du problème tant il est profond. Il faut cependant lui accorder un certain crédit : il a été la marionnette de l’oligarque Ihor Kolomoïsky, pourtant, il a fait voter une série de lois qui ont entravé ses activités et l’ont empêché de reprendre le contrôle de la PrivatBank, la plus grande banque d’Ukraine.

    Quant à l’activité des organisations néo-nazie, Anna Colin Lebedev a d’ailleurs produit une étude particulièrement intéressante sur la question des régiments comme Azov ou des organisations comme Pravy Sektor1. Elle a montré leur implantation relativement faible et leur absence d’homogénéité politique. Les références à la Grande Guerre Patriotique et à la lutte contre l’occupant nazi ont été au moins aussi importantes que celles à l’OUNA et aux collaborationnistes. Mais, en dehors de la question interne à l’Ukraine, la présence de symboles d’extrême-droite banalisée par les médias occidentaux donne un très mauvais signal au reste du monde.

    Dans le bourbier ukrainien.

    La situation sur le terrain ne peut qu’évoquer la Première Guerre mondiale, avec une inégalité féroce entre capacités offensives et capacités défensives. Cela ne concerne pas uniquement l’armée Russe et l’armée Ukrainienne, mais bien l’ensemble des forces militaires. Ainsi, les armes portatives de l’infanterie, l’exemple le plus remarquable a été le missile Javelin, rendent les percées menées par les blindés extrêmement coûteuses. Les petits drones à faible signature radar, à l’image du drone turc Bayraktar, ont permis de contourner la suprématie aérienne russe. L’armée ukrainienne, dont les éléments lourds sont paralysés, agit donc comme une immense techno-guérilla.

    Cependant, si elle empêche la Russie d’avancer, si elle rend illusoire l’idée d’une percée du front (puisque l’ensemble de la population ukrainienne peut potentiellement posséder et utiliser ces armes), elle ne permet pas de pouvoir reprendre le terrain perdu. Aussi, cette sensation d’encerclement et cette absence de zones sécurisées attise des comportements violents de la part de l’armée russe. Si certains comportements de la part de soldats russes n’ont rien de surprenant (pillages, viols, violences…etc.) et sont le propre de la quasi-intégralité des armées, d’autres sont plus atypiques. Les massacres de civils à Boutcha, dans la banlieue de Kiyv sont ainsi inexplicables. Lorsqu ils ont eu lieu sur d’autres théâtres d’opération, ils étaient le plus souvent le résultat de campagnes de déshumanisation menées par les officines de propagande. Mais dans le cas présent, la position du gouvernement Russe était plus de dire qu’il s’agissait de frères et de sœurs tenues en otage par un « gouvernement nazi. » Les services secrets Allemands, qui ont intercepté des communications entre troupes russes, ont déclaré que ces atrocités semblaient faire partie de la doctrine standard de l’armée, dans le but de paralyser de peur les civils.

    Génocide ?

    Pourtant, la notion de génocide nous paraît inappropriée. Cela ne vise pas à diminuer la reconnaissance de la souffrance des civils, mais cela vise à pouvoir l’analyser, la comprendre, et finalement aussi à restituer la réalité des processus qui ont amené ces souffrances. Le terme de génocide est un peu une carte joker. Elle est l’arme nucléaire de la morale. Cependant, tout comme l’arme nucléaire, cette appellation demande un usage raisonné. Tout comme la doctrine des « représailles massives » de Foster Dulles n’avait aucun sens dans la guerre froide – envoyer les bombes atomiques dès que quelqu’un bouge une oreille est inapplicable, la doctrine qui consiste à qualifier toute action violente de génocide, ou tout régime ennemi de totalitaire, est stupide. Elle contribue à remplacer l’analyse par l’émotion, à niveler toute les violences et tous les régimes. Elle revient à ne plus rien comprendre et à naviguer à vue.

    Dans cette guerre, il y a des crimes qui ont été commis et que l’État Ukrainien est légitime à juger. Cependant, il n’existe pas de preuve que ces opérations soient destinées à éliminer une partie de la population ukrainienne. Elles évoquent plus les actes de violence envers des civils dans les zones où des guérillas sont actives et où les forces d’occupation paniquent. Elles sont du même ordre que les actions en Irak, en Afghanistan, mais aussi au Vietnam ou en Algérie. La guerre d’une armée contre une nation est systématiquement une guerre qui pousse à ce que la violence transgresse les limites entre les troupes régulières et les civils. Dire, comme Zelenski l’a fait devant la Knesset d’Israël, que la Shoah et l’invasion de l’Ukraine sont sensiblement la même chose, n’a pas servi sa cause.

    L’issue de la guerre est incertaine. La victoire est hautement improbable et la négociation est rendue compliquée par l’accumulation de rancœur d’un côté, et par les sunken costs d’une opération ratée de l’autre. En somme, aucun camp de peut gagner, donc il faut que l’un accepte de perdre. Peut-être qu’une issue négociée est possible, si les uns et les autres parviennent à trouver un terrain d’entente. Mais dans dans tous les cas, toute possibilité de coopération entre la Russie et l’Ukraine est morte et enterrée pour au moins une génération entière.

    1Les Combattants Et Les Anciens Combattants Du Donbass : Profil Social, Poids Militaire Et Influence Politique

  • ICOR : Résolution du webinaire du front uni anti-impérialiste et antifasciste

    ICOR : Résolution du webinaire du front uni anti-impérialiste et antifasciste

    Résolution du webinaire du front uni anti-impérialiste et antifasciste avec plus de 100 participants d’au moins 25 pays le 15 mai 2022

    Après presque trois mois de guerre injuste contre l’Ukraine, les participants sont d’accord : cette guerre doit cesser immédiatement ! Nous condamnons l’agression impérialiste de la Russie, qui a déclenché la guerre avec l’invasion de l’Ukraine. Nous condamnons la provocation impérialiste de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie, qui se poursuit depuis des décennies. Pendant des années, des milliards ont été injectés en Ukraine afin d’étendre les armements de ce pays. Les États-Unis ont 800 bases militaires dans le monde entier afin d’imposer leur domination mondiale, et ils continuent d’être le principal fauteur de guerre dans le monde.

    Avec la livraison continue d’armes lourdes et le changement de l’objectif de la guerre par une victoire de l’Ukraine, la grande menace d’une 3e guerre mondiale, avec le potentiel de devenir une guerre nucléaire, est devenue très réelle et proche.

    Nous sommes solidaires de la lutte héroïque du peuple ukrainien contre l’invasion barbare de l’impérialisme russe. Cependant, nous distinguons clairement les masses et le gouvernement ultra-réactionnaire de Zelensky, qui coopère ouvertement avec les fascistes. Nous sommes solidaires de tous les camarades et organisations internationalistes en Russie, qui s’opposent à cette invasion dans des conditions les plus difficiles. Aux camarades des deux pays, nous disons : continuez votre travail, mais protégez également vos organisations et continuez à les développer dans les nouvelles conditions.

    Nous exigeons le retrait de toutes les troupes russes d’Ukraine et des troupes de l’OTAN de la frontière russe et de l’Europe de l’Est. Tous ceux qui ont causé cette guerre doivent payer les dommages. La guerre a exacerbé la crise environnementale et l’approvisionnement alimentaire à un point tel que des vies sont menacées. Cela provoquera des soulèvements de la faim, que nous devrons reprendre dans notre lutte.

    Nous voulons tous promouvoir la construction du front uni anti-impérialiste et antifasciste avec encore plus de vigueur. Nous combinons cela avec la construction de nos organisations révolutionnaires et diffusons la perspective d’un avenir socialiste. Alors les guerres impérialistes, la réaction interne, l’exploitation et l’oppression des travailleurs prendront fin. Gagnons la jeunesse pour cela.

    Résistance active contre la menace d’une 3ème guerre mondiale, contre la militarisation de la société, la répression, le (social-)chauvinisme et l’anticommunisme contre tout ce qui est progressiste ! L’épine dorsale de la résistance active sont les travailleurs du monde ; ses forces les plus actives sont la jeunesse !

    Nous condamnons également la politique israélienne sioniste et impérialiste contre le peuple palestinien et le meurtre de la journaliste Shireen Abu Akleh et l’attaque provocatrice et méprisante lors de ses funérailles.

    Nous continuons à condamner fermement les attaques de la Turquie fasciste contre le mouvement de libération kurde et les attaques contre le nord de l’Irak et le nord de la Syrie, qui violent le droit international.

    Nous prévoyons les activités suivantes :

    Faisons du 6 août (jour de commémoration d’Hiroshima) une journée internationale de lutte contre la mort nucléaire ! Retrouvons-nous pour le prochain webinaire le 24 juillet 2022, pour discuter du contenu, faire des préparatifs et échanger nos expériences sur les activités prévues.

    Nous soutenons le processus préparatoire de la Conférence mondiale des femmes en Tunisie, qui se déroulera à Tunis du 3 au 10 septembre. Dans ce cadre, une première mesure est le soutien des camarades femmes russes, qui organisent une journée d’action le 22 mai contre la répression du mouvement des femmes en Russie, sous le slogan « Le féminisme n’est pas toxique ». (Voir le précédent article du blog)

    Vive la solidarité internationale !

    Travailleurs de tous les pays, unissez-vous !

  • ICOR : Message de solidarité

    ICOR : Message de solidarité

    Nous, camarades de plusieurs organisations de l’ICOR en Europe, nous envoyons nos salutations communistes et solidaires à nos camarades du Parti Maoïste de Russie membre de l’ICOR. Vous avez décidé d’organiser des manifestations et de contribuer à organiser la lutte des femmes qui est fragmentée dans tout le pays.

    Nous saluons et soutenons votre initiative et votre courage face à la répression qui s’intensifie. Nous sommes sûrs que vous mener votre lutte avec prudence pour que nos organisations se renforcent dans l’avenir.

    Votre action a lieu dans un contexte où les pays occidentaux sont eux aussi en pleine propagande de guerre, et où l’accès à l’information sur les luttes en Russie est difficile. Soutenir nos camarades c’est soutenir les luttes progressistes, démocratiques et révolutionnaires de Russie. C’est contribuer à la paix et non à la guerre.

    Nous allons faire connaître votre lutte dans nos pays et nous appelons à un soutien large au mouvement des femmes combatives en Russie ! Les droits des femmes sont attaquées de partout et dans beaucoup de pays. Mais les femmes se défendent et luttent ! La 3ème conférence mondiale des femmes de la base qui se prépare pour le mois de septembre en Tunisie renforcera nos liens et notre solidarité ! Le combat contre l’exploitation et l’oppression ne peut se passer de « la moitié du ciel», des femmes et du féminisme !

    Camarades de plusieurs organisations de l’ICOR en Europe, 22 Mai 2022

  • TKP-ML : Nous rendons hommage à İbrahim Kaypakkaya à l’occasion du 49e anniversaire de son assassinat !

    TKP-ML : Nous rendons hommage à İbrahim Kaypakkaya à l’occasion du 49e anniversaire de son assassinat !

    Comité central du TKP-ML, déclaration n° : 2022/6, 16 mai 2022

    Nous rendons hommage à İbrahim Kaypakkaya à l’occasion du 49e anniversaire de son assassinat !

    Nous sommes au 49e anniversaire de l’assassinat du leader fondateur de notre parti, le camarade İbrahim Kaypakkaya, dans le cachot d’Amed. Nous commémorons le leader communiste İbrahim Kaypakkaya une fois de plus en cette 50ème année de guerre et de lutte de son parti, dont il est le fondateur, et notre source d’inspiration et de force. Nous réitérons notre engagement et notre détermination à lutter pour son idéal de révolution démocratique populaire et de lutte pour le communisme.

    Les conditions qui ont révélé le leader communiste İbrahim Kaypakkaya ne sont pas indépendantes des développements internationaux et nationaux et des luttes de classe à cette époque. İbrahim Kaypakkaya a été la réponse communiste à cette montée dans la section historique où l’appel à bombarder les quartiers généraux révisionnistes et bourgeois de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne menée en Chine sous la direction du président Mao a balayé le monde, et la lutte de la paysannerie et de la jeunesse, en particulier la classe ouvrière, s’est élevée dans notre géographie.

    Le fait que Kaypakkaya ait constitué le visage communiste de la percée révolutionnaire de 1971 au sein du Mouvement révolutionnaire turc est l’une des raisons qui le rendent « spécial ». Le sens de son être « spécial » vient du fait qu’il faisait partie de la lutte des masses et qu’il adhère fermement au « principe d’être révolutionnaire dans la pratique ». Comme İbrahim Kaypakkaya a pris part à la lutte des masses et a appris d’elles, il a utilisé la science du Marxisme-Léninisme-Maoïsme comme un guide d’action révolutionnaire et a formé sa théorie. Pour cette raison, même après un demi-siècle, ses thèses sont toujours valables et ses vues brillent toujours comme une arme dans les mains de la classe ouvrière et de notre peuple, des femmes et des jeunes de diverses nations, nationalités et croyances.

    C’est exactement la raison pour laquelle nos ennemis de classe le craignent toujours. Sur sa tombe, dans le cimetière d’un village désert d’Anatolie, la station de gendarmerie continue de persécuter le peuple. Ils ont peur de sa photo. Ils attaquent férocement les bannières qui affichent son visage, décrivant sa commémoration comme un crime. Parce qu’ils ne trouvent rien à redire sur Kaypakkaya. Parce que, malgré la 49ème année qui s’est écoulée, Kaypakkaya continue à être le « représentant du communisme révolutionnaire dans notre géographie » et continue à effrayer les classes dirigeantes turques avec sa définition claire de l’essence de classe et de la réalité contre-révolutionnaire du kémalisme, sa défense de la nation kurde en tant que tel et du droit à la libre séparation.

    Au cours des 49 années écoulées depuis l’assassinat de İbrahim Kaypakkaya et à l’occasion du 50e anniversaire de la fondation de notre parti, nous avons connu d’innombrables défaites et remporté d’innombrables victoires dans la lutte contre nos ennemis de classe. Nous pouvons dire sans hésiter que le drapeau, qui a été hissé devant tout le monde par un nombre limité de camarades sous la direction de İbrahim Kaypakkaya, n’est jamais tombé à terre. Il continue à fluctuer en fonction de l’analyse concrète des conditions concrètes. Ce drapeau continue de flotter dans le Mouvement révolutionnaire du peuple uni et le Mouvement révolutionnaire uni des femmes, dans la réalisation et la défense de la révolution au Rojava, dans la lutte de la classe ouvrière, de la paysannerie, des femmes et des LGBTI+, des jeunes dans notre géographie, et dans les prisons.

    Bien que 49 ans se soient écoulés depuis l’assassinat du camarade İbrahim Kaypakkaya, il est clair qu’il est toujours « vivant » et qu’il se tient juste à côté de nous. En effet, avec son 1er Congrès, notre parti a confirmé une fois de plus la validité scientifique des thèses avancées par İbrahim Kaypakkaya. Notre 1er Congrès ne s’est pas contenté de cela, il a franchi une étape importante en transformant les « vues programmatiques » du camarade Kaypakkaya en un programme de parti.

    Notre 1er Congrès a analysé les formes actuelles de la lutte de classe dans notre région et a clairement défini ses objectifs et devoirs pour l’avenir. Notre Congrès a déterminé que la lutte contre l’oppression et les massacres sur les nations et croyances opprimées, l’exploitation et l’oppression du système patriarcal sur les femmes et les LGBTI+, et la destruction de la nature et de l’environnement par le système capitaliste, sont les tâches révolutionnaires du moment.

    En même temps, il a déclaré la création de l’Union des femmes communistes, a vu les déficiences du système patriarcal et de la lutte des femmes et des LGBTI+, et a pris des mesures d’importance historique. La conférence de la TİKKO (Armée de libération des ouvriers et des paysans de Turquie) et la conférence européenne, ont été organisées avec la devise « approfondir la guerre populaire, se spécialiser dans la guérilla ». Des mesures pratiques ont été prises pour approfondir idéologiquement, devenir compétent en politique et en science MLM afin d’accomplir les tâches révolutionnaires du jour et de gagner l’avenir.

    Aujourd’hui, 49 ans après l’assassinat du camarade Leader, notre géographie s’est transformée en un véritable enfer pour les peuples. Le peuple de Turquie a été confronté à la plus grave crise économique de l’histoire de la république. Les masses sont en grand danger d’appauvrissement, de faim et de misère. Des millions de personnes sont au chômage. Les homicides contre les femmes et les LGBT+ se poursuivent. L’absence d’avenir est imposée à la jeunesse. Les attaques contre la nation kurde se poursuivent à toute vitesse à l’intérieur et à l’extérieur de la frontière. La pression sur les croyances opprimées, notamment les Alévis, continue. Cependant, malgré toutes ces attaques, la résistance dans tous les domaines ne quitte pas la rue et la colère s’accumule. Les actions menées par la classe ouvrière depuis les premiers mois de 2022 sont les signes avant-coureurs de cette colère et d’une nouvelle tempête.

    A l’occasion du 49ème anniversaire de son assassinat, le camarade İbrahim Kaypakkaya, nous commémorons une fois de plus son « Salutations, j’embrasse passionnément tes yeux… Je te souhaite un combat plus dur, plus fort et plus déterminé. Adieu », nous adhérerons à ses souhaits en continuant à faire avancer notre combat plus déterminé que jamais.

    İbrahim Kaypakkaya restera dans notre combat en ce 49ème anniversaire de son assassinat !

    Nous serons victorieux grâce à l’expérience et à l’accumulation de notre 50e année !

    Vive l’armée populaire TKP-ML (Parti Communiste de Turquie – Marxiste Léniniste) TİKKO, KKB (Union des Femmes Communistes) et TMLGB ! (L’Union de la Jeunesse Marxiste-Léniniste de Turquie)

    Vive le marxisme-léninisme-maoïsme !

    Comité central du TKP-ML

    16 mai 2022

  • Information publique sur plusieurs agressions contre des militant·es de la Jeune Garde et des militant·es du milieu antifasciste à Lyon

    Information publique sur plusieurs agressions contre des militant·es de la Jeune Garde et des militant·es du milieu antifasciste à Lyon

    Nous publions -à l’issue de cette introduction en italique- le communiqué unitaire rédigé à la suite d’une campagne diffamante contre la Jeune Garde et d’une série d’affrontements inter-militants.

    Ce n’est pas sans un sentiment de déchirement que nous publions ceci. Nous le faisons car nous pensons que la situation est grave et que les modes de gestion internes au militantisme ne sont plus opérant. Les narrations fantaisistes qui ont circulé sur cette série d’événements sont trop toxiques pour ne pas être réfutées.

    Il nous paraît important de reconnaître certaines choses : la GALE a assuré un rôle indispensable pendant une période sombre, durant laquelle nous avons réellement connu un creux dans l’antifascisme. Elle a brillamment joué son rôle, notamment dans le lancement de campagnes contre le Bastion Social, courant 2016-2017. Nous avons travaillé en bonne intelligence durant cette période, en organisant par exemple un rassemblement anti-électoral le 4 février 2017.

    Au cours de cette période, d’autres forces antifascistes se sont formées, la plus importante étant la Jeune Garde. Pourtant, les conceptions différentes, tant idéologiques que la stratégie pouvaient laisser penser deux développements séparés et à une possible coopération. Mais la fin du monopole antifasciste a créé une situation de tension qui a exacerbé des passion individuelles. Ce terrible processus qu’on nomme parfois le « piège de Thucydide », dans laquelle la force dominante lutte pour conserver sa place, quitte à entrer dans une situation de conflit qui a accentué les choses, et, in fine, le relatif déclin de la GALE. L’acharnement avec laquelle l’État s’en est pris à la GALE a pu aussi accroître un sentiment d’injustice, de deux poids deux mesures. Pourtant, le milieu militant a unanimement soutenu la GALE ou le Lyon Antifa Fest. Nous pensons que les causes méritent d’être comprises, sans pour autant les excuser, car ces tendances sont bien trop courantes dans le militantisme.

    Nous sommes obligés de mentionner que nous ne croyons pas qu’il s’agisse à l’origine d’un véritable affrontement organisationnel entre GALE et Jeune Garde. Nous pensons que certains membres historiques de la GALE ont des contentieux à régler. Ils ont utilisé leur autorité de cheftains pour impliquer leur organisation et provoquer un effet levier dans le but de solder ces comptes par la force. S’il existe des causes idéologiques, elle maquillent mal une mentalité tribale ou clanique. C’est quelque chose qui est d’autant plus dérangeant que le conflit s’élargit progressivement.

    Que les différentes forces politiques aient des adversaires ou des rivaux, cela va de soi. C’est un état de fait dont qu’on ne peut abolir. Mais lorsque la polarisation devient trop forte, lorsque la notion d’adversaire ou de rival disparaît, lorsqu’il ne reste plus que cette dichotomie totalisante ami ou ennemi, il existe un danger grave. Il existe aussi un décalage entre les causes de ce conflit, ses enjeux, et ses conséquences. Le choix de sortir d’affrontement symboliques – déjà condamnables ! – et de passer à une étape de violence supplémentaire est une transgression grave. Sans faire d’imputation hasardeuses sur qui est à l’origine de ces messages, des adresses ont été dévoilées. Cela créé un danger sans précédent, qui revient à livrer des militants et des militantes en pâture aux ennemis absolus que sont les militants fascistes. Il est inacceptable que cela n’ait pas déclenché un réflexe d’autoprotection mutuelle.

    De plus, en supplément des personnes qui sont impliquées dans cette histoire, il y a la surinfection purulente de corps étrangers qui s’ajoute : celles de personnes qui ont architecturé l’intégralité de leur existence militante autour du drama personnel. Ce sont des provocateurs ou des provocatrices qui essaient, en déclenchant un climat apocalyptique dans tous les milieux les entourant, de pouvoir dégager ainsi une cour qui les flattent. Quitte à ce qu’ils ou elles anéantissent des années de travail, quitte à mettre en péril des adversaires et à faire gagner des ennemis.

    Nous appelons à ce que celles et ceux qui sont impliqués dans ce conflit, qui continuent de l’alimenter, reviennent à la raison : il n’y aura aucun gagnant dans cette affaire, si ce n’est ceux qui veulent écraser l’antifascisme et les luttes progressistes.

    Nous sommes attachés à une certaine vision des relations entre organisations. Nous considérons que notre loyauté première va à la cause que nous défendons : construire les moyens de changer le monde et d’arriver à une société sans classes ni États. À ce titre nous avons toujours choisi de maintenir une équidistance entre les différentes forces concurrentes dans la mesure ou nous considérions que leur action allait dans le bon sens. Aujourd’hui, si nous sortons de cette réserve, c’est parce que nous considérons que l’action de la GALE a outrepassé ce consensus. Ce conflit peut causer des dommages terribles et provoquer un recul de l’ensemble des organisations politiques et des courants extra-parlementaires. À ce titre, nous considérons qu’il est impératif de le régler. Ce type de conflit est un jeu à somme nulle ou même à somme négative. Il affaiblira tout le monde et ne renforcera personne, hormis peut-être quelques charognards qui seront ravis de s’en nourrir.

    Nous constatons qu’il existe aujourd’hui une fracture à Lyon. Or, Lyon est un espace qui n’est pas suffisamment grand pour que les uns et les autres ne se croisent pas. Il est impossible d’acter simplement une espèce de politique de sphères d’influence qui n’auraient pas de contact les unes avec les autres. Les vies personnelles et les allégeances politiques ou affinitaires sont bien trop imbriquées pour que cela n’ait pas de conséquences dramatiques. De plus, les tentatives d’impliquer des forces politiques ou antifascistes d’autres villes, voire d’internationaliser cette situation, sont là aussi la preuve d’une conception singulièrement sectaire de la vie politique et d’un manque de loyauté à la cause que nous défendons en commun. Des événements auront lieu, qui rassembleront toutes les forces progressistes. Il serait inexcusable qu’ils renvoient une image aussi minable d’un milieu capable de tant de choses positives.

    Communiqué Commun

    Le milieu militant antifasciste et plus largement luttant contre l’extrême droite et ses idées est secoué depuis quelques semaines par une vague d’agressions, perpétrées non pas par un groupuscule fasciste mais par des militant·es se revendiquant elles et eux-mêmes de l’antifascisme. À Lyon, Paris, et ailleurs, ces agressions blessent déjà, menacent des manifestations, remettent en cause des initiatives unitaires. Des versions mensongères ou approximatives des faits sont propagées par les auteur·rices des agressions, cherchant à aggraver la crise. Au contraire, pour les organisations lyonnaises signataires de ce texte, l’urgence est au rétablissement du calme, à l’exposition claire des faits, à la condamnation des agressions et à la désescalade. L’heure est également à la remise en cause des pratiques virilistes dans les milieux antifascistes sur des bases féministes claires. Nous analysons aujourd’hui que nous devons collectivement et clairement communiquer sur les faits qui se sont déroulés et ne pas laisser les réseaux sociaux être envahis par des versions des faits mensongères ou approximatives. Nous espérons que cette communication clarifiera à Lyon et dans les autres villes l’origine de la crise, ses tenants et aboutissants, éclairera les nécessaires prises de position, et nous permettra ensuite de reprendre notre lutte contre l’extrême droite et pour de nouvelles conquêtes sociales.

    Le contexte

    Nous nous sommes jusque là abstenu de toute communication publique, compte tenu de la procédure de dissolution qui visait la GALE, afin de ne pas donner prise à une instrumentalisation répressive par le gouvernement. De plus, nous n’avons pas comme pratique de diffuser des conflits sur les réseaux sociaux, ceci pour ne pas donner d’éléments à nos ennemis et à la police. Les agressions par des groupes autonomes, en particulier la GALE, contre les militant·es du mouvement social lyonnais ne sont pas nouvelles : le 1er mai 2021 contre des militant·es CGT et de l’intersyndicale, en juin 2021 contre un militant LFI qui avait dû être exfiltré d’une manifestation, pour ne citer que les événements les plus récents. Malgré ces pratiques détestables, nos organisations n’ont jamais considéré que le gouvernement puisse être un « arbitre » face à de telles pratiques, et nous nous sommes opposé·es à la procédure de dissolution visant ce groupe et avons participé au rassemblement de soutien et l’avons fait connaître. La vague actuelle d’agressions a démarré après la manifestation du 16 avril 2022 et cible des militant·es de la Jeune Garde. La Jeune Garde est une organisation antifasciste partenaire d’autres organisations signataires de ce texte dans le cadre du collectif unitaire Fermons les locaux fascistes. À travers la Jeune Garde, c’est avant tout une conception unitaire et populaire de l’antifascisme qui est attaquée. Même si, pour certain·es, les organisations antifascistes Jeune Garde et GALE peuvent sembler proches, les bases politiques ne sont pas les mêmes et la Jeune Garde s’est toujours intégrée dans les collectifs et organisations unitaires.

    Les faits des 16 et 17 avril

    Alors que la manifestation contre l’extrême droite du 16 avril 2022, organisée par l’organisation unitaire Fermons les locaux fascistes, s’était déroulée sans incident, et que les organisateur·rices et des membres de la Jeune Garde quittaient en groupe la manifestation, un membre de la GALE a pris à partie un membre de la Jeune Garde, en multipliant les insultes sexistes devant de nombreux témoins. Plus tard dans l’après midi, ce même individu et deux autres personnes ont agressé un militant de la Jeune Garde, alors que celui-ci marchait dans la rue avec des amies, elles aussi insultées. Cela a entrainé cinq jours d’ITT (Incapacité Temporaire de Travail) pour le militant agressé. Le lendemain 17 avril, alors que des membres de la Jeune Garde venaient demander des comptes aux auteur·rices de l’agression, une bagarre a éclaté au cours de laquelle l’agresseur de la veille a dégainé un couteau et tenté à plusieurs reprises de poignarder un militant de la Jeune Garde, heureusement sans succès. Ces faits ont eu lieu devant de nombreux témoins, attablés dans un bar. Cela n’a pas empêché pour autant la GALE de diffuser une version totalement mensongère des faits, prétendant que des militants de la Jeune Garde avaient agressé une militante féministe antifasciste isolée.

    Les faits du 19 avril

    Par la suite, à Paris, un des porte-paroles de la Jeune Garde a été pris à partie sur la foi de cette version mensongère par des militantes de la CFA (Coordination féministe antifasciste, dirigée par une ancienne militante de la GALE) accompagnées par des militants de l’AFA Paris Banlieue. Pourtant, ce porte-parole n’était pas présent lors des faits des 16 et 17 avril. Une altercation entre les militants de la Jeune Garde et la CFA s’en est suivie au sortir d’une conférence. Une femme de la Jeune Garde s’est vue rouée de coups par 6 femmes de la CFA tandis que les autres camarades tentaient de s’interposer pour temporiser la situation. Deux militants de l’AFA Paris Banlieue ont été reconnus, portant chacun un protège-dents. Il ne s’agissait donc pas d’une situation involontaire mais bien d’un guet-apens, étant donné que les militants étaient préparés pour l’affrontement.

    Les faits du 1er mai

    Le 1er mai, une nouvelle étape a été franchie. Alors que la manifestation lyonnaise s’était déroulée sans incident, la GALE, assistée par des personnes venues pour l’occasion de Paris et d’ailleurs, appartenant à la CFA, à l’AFA Paris Banlieue ou en étant proches, a agressé une militante de la Jeune Garde en pleine fête de quartier où se trouvaient de nombreuses familles avec enfants. Les autres militant·es de la Jeune Garde présent·es ont défendu leur camarade, et s’en est suivie une violente bagarre pendant laquelle plusieurs personnes, y compris extérieures aux groupes cités, ont été blessées. Si la confusion et la méconnaissance des différents groupes expliquent que certaines personnes sur la place n’ont pas compris l’origine de la bagarre, le déclencheur, à savoir l’agression initiale, ne fait aucun doute, celle-ci ayant été filmée. De même, si l’arrivée tardive et en groupe de la Jeune Garde sur la place a pu être interprétée comme une préparation à la bagarre, les témoignages que nous avons recueillis indiquent que c’est la GALE et ses allié·es qui ont tendu une embuscade et ont provoqué par texto la Jeune Garde. La Jeune Garde a donc rejoint la place en sachant qui s’y trouvait mais en espérant que le bon sens l’emporterait. Plus tard dans l’après-midi et ailleurs dans Lyon, des militant·es de la Jeune Garde ont été attaqué·es de nouveau par ces mêmes agresseur·euses, équipé·es de casques et armé·es de bombes lacrymogènes et de bâtons, à 15 contre 7, heureusement sans faire de blessé·es. Ils et elles avaient auparavant essayé de tendre un guet-apens au domicile d’un militant de la Jeune Garde, sans succès. Simultanément, à Paris, des membres de l’AFA Paris Banlieue ont proféré pendant la manifestation des menaces de mort contre des membres de la Jeune Garde.

    Les faits depuis le 1er mai 2022

    L’agression du 1er mai à Lyon montrant que les risques d’attaque physique des membres de la Jeune Garde par des membres de la Gale sont importants, des précautions extraordinaires sont désormais prises. De ce fait, la Jeune Garde fait le choix difficile de ne pas se rendre à certains évènements politiques auxquels elle est pourtant invitée dans le but d’éviter toute situation de confrontation dans des moments où l’unité et la cohésion sont nécessaires pour notre camp politique. Autre exemple, l’hommage annuel à Clément Méric, militant antifasciste assassiné le 5 juin 2013, ne pourra pas se tenir cette année à Lyon dans des conditions normales et les organisations signataires sont encore en train d’en chercher les modalités. Face à cette situation, la Jeune Garde a cherché la désescalade et un règlement politique de la situation notamment en faisant appel au collectif Fermons les Locaux Fascistes. C’est également en ce sens que nous avions diffusé une première interpellation en interne de certaines de nos organisations nationales, afin d’éviter tout étalage de telles pratiques sur les réseaux sociaux et de mettre fin à de tels actes inacceptables. Mais suite à cette interpellation, de nouveaux faits graves se sont ajoutés de la part de proches de la GALE et de la CFA. Tout d’abord, une version mensongère des faits a été diffusée sur les réseaux sociaux par la CFA, et reprise à leur compte – sans susciter de réaction de la CFA et de la GALE – par les médias d’extrême droite. Puis, des comptes créés par des proches de la GALE ont diffusé le 16 mai 2022 l’adresse d’un militant de la Jeune Garde Lyon sur les réseaux sociaux, en invitant les fascistes à s’en servir. Il est à noter que ce militant était lui aussi absent les 16, 17 avril et 1er mai. Cela a contraint le militant à quitter son domicile pour une durée indéterminée. La proximité des comptes en question et de la GALE ne fait aucun doute au vu de certains messages, dont nous avons gardé trace. Enfin, démontrant bien la non prise en compte réelle des questions féministes, un enchaînement de propos et injures sexistes a eu lieu sur les réseaux sociaux.

    Nos conclusions

    Il y a une volonté manifeste de nuire, comme en témoigne un certain nombre de messages sur les réseaux sociaux. Celles et ceux qui perpétuent ces agressions ne peuvent plus se revendiquer du même antifascisme que nous. Car à qui profitent de tels actes si ce n’est au pouvoir en place et aux fascistes, qui marquent régulièrement Lyon de leurs violences ? Les organisations signataires de ce texte dénoncent les comportements virilistes de la part de la GALE et de ses allié·es. Elles appellent à un travail en profondeur sur le virilisme dans l’ensemble du milieu antifasciste, y compris dans les organisations signataires. Nous rejetons également toute instrumentalisation de nos luttes et de nos modes de dénonciation des violences sexistes et patriarcales. Nous déplorons les amalgames qui sont faits entre « agression » et « autodéfense ». Il faut le rappeler : à Lyon, une partie du mouvement autonome antifasciste s’est rendu coupable de pratiques d’intimidation, d’insultes et de comportements virilistes visant, et subis par, les féministes lors de manifestations féministes récentes. Les organisations signataires, qui mènent depuis de nombreuses années une activité soutenue contre l’extrême droite, invitent à :

    • dénoncer avec la plus grande fermeté ces agissements ;
    • réfuter les versions mensongères des évènements ;
    • ne pas s’allier avec des individus soutenant ces agressions et ces méthodes ;
    • remettre en question la culture du virilisme dans les milieux antifascistes qui entretiennent des rivalités délétères.

    Organisations lyonnaises ou du Rhône signataires : Alternatiba, EcoDéfense, Ensemble !, Jeune Garde, La France Insoumise, MeTooLyon, Nouveau Parti Anticapitaliste, Parti Communiste Français, Parti de Gauche, Section Départementale FSU, Union Communiste Libertaire, Union Départementale CGT, Union Départementale Solidaires, Unité Communiste

  • Le Parti Maoïste de Russie appelle à une journée d’action le 22 mai 2022 sous le slogan « Le féminisme n’est pas toxique »

    Le Parti Maoïste de Russie appelle à une journée d’action le 22 mai 2022 sous le slogan « Le féminisme n’est pas toxique »

    Nous publions cet appel du Parti Maoïste de Russie à une journée d’action en faveur du féminisme le 22 mai. En effet, en Russie, le pouvoir promeut une vision traditionnaliste et rétrograde de la société. Considérés comme des idées occidentales « extrémistes », les mouvements féministes et LGBT sont accusés de saper les bases de la société russe. Avec la guerre, une fracture encore plus grande s’est formée entre Russie et Occident. Cela accentue la pression sur celles et ceux qui veulent connaître une évolution des mœurs et des rapports sociaux et familiaux. Il ne faut pas oublier que, en 2016, le gouvernement Russe avait déjà dépénalisé les violences conjugales. Nos camarades du RPM sont en première ligne face à la répression : leur travail est irremplaçable ! Soutenons les et soutenons l’ICOR !

    Contre la censure anti-féministe et la répression en russie!

    Après la chute du capitalisme bureaucratique en 1991, le mouvement des femmes de masse de la Russie a commencé à se développer progressivement. Cette évolution a été facilitée par la disparition de la pression du révisionnisme soviétique et par un fort échange culturel avec les pays occidentaux. Mais la base la plus importante du développement du féminisme russe a été les réformes néolibérales du gouvernement, qui ont gravement affecté la position des femmes dans la société. Le nombre d’emplois féminins a diminué en raison de l’effondrement de secteurs entiers de l’économie. Les revenus des femmes ont été touchés par la baisse générale du niveau de vie. Le nombre de femmes impliquées dans la prostitution a augmenté et les femmes ont été activement exportées à l’étranger. Dans les années 1990, la situation criminelle ne s’est pas améliorée en raison du niveau élevé de banditisme et de la grande consommation d’alcool. Tout cela a conduit à un niveau élevé et constant de violence à l’égard des femmes. Toutefois, le gouvernement Eltsine n’a pas mené une politique antiféministe active.

    Une nouvelle étape dans le développement du mouvement de femmes massif a commencé avec la montée en puissance du Nouvel Impérialisme en Russie et l’accession au pouvoir de Poutine. Comme dans tout pays néo-impérialiste, la Russie a vu à la fois la progression des mouvements de libération et une croissance réciproque du fascisme de régime et des transformations réactionnaires de la société. Depuis la fin des années 2000, le gouvernement russe, de plus en plus clérical et antidémocratique, s’est mis à prôner systématiquement la restriction de l’avortement dans le pays (« semaine de silence », consultations d’un psychologue et d’un prêtre, interdiction soudaine de l’avortement pendant une semaine dans certaines régions du pays, discours sur la nécessité d’adopter l’expérience allemande des articles 218-219 du code pénal allemand). En 2013, une loi homophobe et lesbophobe contre la « propagande de l’homosexualité » a été adoptée, suivie d’une répression contre la communauté LGBT. En 2017, les violences domestiques ont été légalisées en Russie.

    Parallèlement, la rhétorique de la maternité imposée (dans le contexte d’un programme d’incitation à la fécondité assorti de récompenses en espèces pour avoir de nombreux enfants) et de l’anti-féminisme par les représentants du parti au pouvoir Russie Unie (« Единая Россия »), ainsi que par l’opposition de poche de Poutine représentée par le CPRF, le LDPR et Russie Juste (« Справедливая Россия »), s’est renforcée. Dans le même temps, le mouvement des femmes russes se développait activement. Alors qu’au début des années 2010, le féminisme russe empruntait beaucoup aux tendances occidentales du mouvement des femmes et s’appuyait sur le soutien de fondations occidentales pour ses activités, dans la seconde moitié des années 2010, le féminisme russe s’est massivement orienté vers des positions féministes radicales, qui disposaient d’une base de masse plus solide. Le début de l’année 2019-2020 a vu les premières grandes manifestations de rue des féministes, alors que la Douma d’État de la Fédération de Russie examinait une loi contre les violences domestiques (qui n’a finalement pas été adoptée). Le mouvement des femmes russes connaît également une croissance rapide sur les médias sociaux. Mais malheureusement, le mouvement est encore décentralisé. Toutes les tentatives de créer une organisation féministe/un parti féministe pan-russe ont jusqu’à présent échoué. Les féministes sont dispersées dans les villes. Dans certaines villes, il existe 2 ou 3 organisations féministes qui sont en désaccord les unes avec les autres.

    En mai-juin 2021, plusieurs députés de Russie Unie (Inga Yumasheva, députée à la Douma d’État et membre du Comité de la famille, des femmes et des enfants ; Vitaly Milonov, député à la Douma d’État et politicien homophobe bien connu en Russie) et Gennady Zyuganov, chef du Parti communiste de la Fédération de Russie, se sont prononcés en faveur de l’interdiction du féminisme radical en Russie. Milonov a appelé à assimiler les féministes russes aux terroristes et aux néo-nazis. Le 29 septembre 2021, Andrey Tsyganov, président de la commission pour la protection des enfants contre les contenus destructeurs sous l’égide de Roskomnadzor, a suggéré que le mouvement LGBT, les féministes radicales et le mouvement Child Free (c’est-à-dire les personnes qui ne veulent pas avoir d’enfants) soient déclarés extrémistes (c’est-à-dire terroristes et interdits en Russie).

    Enfin, le 29 janvier 2022, Vladimir Poutine a demandé au chef de cabinet adjoint Sergey Kirienko, lors du Conseil russe des droits de l’homme, d’envisager la création d’un registre des « contenus toxiques » d’ici le 1er juin. Par « contenu toxique », l’ordre de Poutine inclut le féminisme radical, les LGBT et la liberté des enfants, mis sur un pied d’égalité avec la violence, la zoophilie et l’anti-vaccination, d’une part. Il est également important de noter que les officiels comprennent le féminisme radical comme n’importe quel type de féminisme, car ils ne sont pas au courant des tendances. Pour eux, tout ce qui nécessite un changement dans la position des femmes en Russie est radical. Cette dernière initiative, si elle est couronnée de succès, aura un impact sérieux sur les droits des femmes et des personnes LGBT en Russie, ce sur quoi compte la bourgeoisie monopolistique, qui la promeut par le biais de ses politiciens réactionnaires.

    Le féminisme russe reste fragmenté pour l’instant. Le mouvement des femmes en Russie a également été durement touché par la vague d’émigration massive de militants démocratiques du pays après le déclenchement de la guerre d’agression contre l’Ukraine. Le mouvement LGBT a été sévèrement étouffé par la répression ces dernières années. La guerre impérialiste avec l’Ukraine est une excuse commode pour imposer le fascisme et les réformes réactionnaires. Le régime de Poutine évolue rapidement vers une dictature fasciste, une censure totale et une répression de masse.

    Le parti maoïste russe prépare activement une protestation contre l’initiative anti-femmes de la bourgeoisie russe. Nous avons programmé les premières manifestations panrusses pour le 22 mai. Nous essayons d’unir le mouvement féministe dans le pays, nous mettons en place un comité de résistance, nous renforçons l’initiative sur le terrain. Nous essayons d’impliquer dans la lutte toutes les forces démocratiques, de femmes et de jeunes qui seront affectées par l’initiative de répression et de censure des autorités russes.

    Nous appelons nos camarades d’ICOR des autres pays à faire preuve de solidarité internationale et à organiser des actions de solidarité avec notre lutte pour la liberté des femmes en Russie, la lutte pour la démocratie et le socialisme réel le 22 mai 2022.