Auteur/autrice : unitecommuniste

  • Sur la situation internationale en 2026

    Sur la situation internationale en 2026

    Il n’aura échappé à personne que nous vivons un moment d’intensification des contradictions entre pays impérialistes et peuples opprimés, d’une part, et entre pays impérialistes, d’autre part.

    La diplomatie américaine a une politique impérialiste toujours plus ouverte, y compris vis-à-vis de ses alliés impérialistes traditionnels (pays d’Europe de l’Ouest, Canada, Japon). Évidemment, Trump en est l’accélérateur, mais pas la cause : si l’on regarde la guerre commerciale avec la Chine, l’administration Biden la menait déjà, avec une intensité plus faible. Cette administration était aussi pleinement engagée dans la guerre impérialiste en Ukraine ainsi qu’en Palestine, en soutien de l’extermination des Palestiniennes et Palestiniens par Israël.

    I. Sur le Venezuela

    L’année 2026 a commencé par l’agression militaire américaine contre le Venezuela, dans le cadre d’une opération d’enlèvement de Nicolas Maduro, le président du pays. Rappelons que, s’il y avait encore besoin de le démontrer, le « droit international » n’engage que celles et ceux qui y croient. Tout comme le droit national légitime et stabilise les intérêts de la société bourgeoise, le droit international légitime et stabilise les intérêts des puissances impérialistes dominantes. Dès que celui-ci représente une contrainte trop importante pour ces dernières, il est donc tout à fait naturel qu’elles le rejettent. Les appels au respect du droit international, dont le champion français est le parti social-démocrate La France Insoumise, sont donc une approche réformiste complètement stérile.

    Maduro représente le pouvoir chaviste, idéologiquement très opposé à l’impérialisme américain. Qu’est-ce que le chavisme ? Nous n’avons pas l’intention de réaliser une histoire complète de cette tendance politique. Nous ne soulignerons que les quelques points nécessaires à sa compréhension.

    Le chavisme est un mouvement ancré dans les classes populaires vénézuéliennes, ayant pour but de redistribuer les richesses du pays en faveur des plus pauvres et de mener une politique anti-impérialiste de défiance envers les États-Unis et de soutien à Cuba. Ainsi, à l’époque du rapprochement Chavez-Cuba et de la prise du pouvoir de la gauche sociale-démocrate dans de nombreux pays d’Amérique latine, dans les années 2000, on pouvait avoir l’impression d’assister à la naissance d’un axe populaire et anti-impérialiste au cœur du continent.

    En réalité, le chavisme n’a pas modifié substantiellement la position dominée du Venezuela et la nature compradore de sa classe dirigeante. Le pays n’a pas connu de développement industriel autocentré en rupture avec les dynamiques précédentes. Le Venezuela a continué à dépendre quasi exclusivement de la vente de pétrole aux pays impérialistes (aux premiers desquels, les États-Unis) pour assurer la reproduction de son économie. Ce qui a changé avec le chavisme, c’est que la richesse ainsi produite fut réinvestie dans des programmes sociaux d’État au lieu d’enrichir une poignée de capitalistes bureaucratique, du moins sous Chavez. Sous Maduro, le régime chaviste s’est consolidé sous la forme d’un capitalisme bureaucratique on ne peut plus classique avec des groupes d’intérêts (principalement l’armée) soudés autour de l’État par la captation de la rente pétrolière. Que ces programmes sociaux d’État aient été une grande réussite pour élever énormément et en peu de temps le niveau de vie des masses vénézuéliennes ne rentre pas en ligne de compte dans une analyse de classe du chavisme comme politique compradore. L’État vénézuélien a acquis un caractère keynésien avec le chavisme, mais pas un caractère socialiste : la transformation a eu lieu dans la péréquation du profit comprador (les politiques redistributives d’État), pas dans la réalisation compradore dudit profit par une classe capitaliste bureaucratique.

    En ce qui concerne le positionnement géopolitique anti-impérialiste du chavisme, celui-ci est évident dans le discours et possède même une traduction pratique, dans le soutien à Cuba. Une classe et un État comprador ont toujours une autonomie propre dans leurs intérêts et leurs politiques. Un chef d’État comprador n’est jamais une pure marionnette. En l’occurrence, le chavisme exprimait une défiance réelle vis-à-vis de l’impérialisme américain et de son rôle historique comme contemporain en Amérique latine. Force est de constater que, malgré ces velléités, le Venezuela n’a jamais quitté sa position semi-coloniale dans les rapports impérialistes, et que, malgré la volonté de se tourner vers la Chine (donc, de devenir dépendant d’une puissance rivale des États-Unis), le Venezuela n’a jamais cessé de dépendre principalement de ses exportations de pétrole envers les États-Unis, d’où sa fragilité face aux sanctions américaines.

    La nature compradore du régime chaviste n’est jamais apparu aussi nettement qu’avec sa dégénérescence finale sous Maduro, et aujourd’hui, sous Delcy Rodriguez, dont la volonté de négocier malgré l’agression américaine ne fait que traduire une incapacité fondamentale à résister face à l’impérialisme, caractéristique de la classe compradore.

    Certains apologistes du chavisme pourraient arguer du — très réel — écart de force entre les États-Unis et le Venezuela. Pour le dire brièvement, il s’agirait d’une insulte à la mémoire des millions de martyrs (vietnamiens, algériens, coréens, chinois, palestiniens, kurdes…) de la lutte anti-impérialiste qui sont montés à l’assaut du ciel en dépit de tous les écarts de force militaire. Outre la faillite idéologique, il s’agirait également d’une faillite politique, puisque dans la lutte révolutionnaire l’inégalité des forces en présence est une constante presque toujours en défaveur des révolutionnaires. Invoquer cette disproportion pour capituler, c’est liquider toute perspective de lutte révolutionnaire réelle.

    Le chavisme est ainsi l’exemple type de l’impasse que constitue tout mouvement anti-impérialiste sous direction réformiste bourgeoise, c’est-à-dire sans direction communiste prolétarienne. Même un mouvement sincèrement appuyé sur les masses, hostile à l’impérialisme et avec des références socialistes, se retrouve coincé dans la dépendance compradore dès lors qu’il reste enfermé dans un cadre bourgeois, sans Parti communiste pour assurer le succès de la révolution continue par étape jusqu’au socialisme. Chavez était un authentique représentant de la moyenne bourgeoisie nationale (comme c’est généralement le cas des officiers progressistes) ; en tant que tel, il ne pouvait pas subvertir la grande bourgeoisie compradore dans sa lutte contre le semi-colonialisme, même avec un large soutien des masses populaires. La bourgeoisie nationale n’a pas intérêt à la perpétuation du semi-colonialisme, mais elle n’a pas intérêt non plus au socialisme, ce qui en fait une classe progressiste, mais généralement réformiste. Au pouvoir, la bourgeoisie nationale ne reste pas nationale (progressiste), elle devient compradore (réactionnaire), c’est-à-dire qu’elle remplace et/ou intègre la classe dominante du capitalisme comprador. C’est ce qui s’est vérifié au Venezuela.

    Passons du côté vénézuélien au côté américain. Que révèle cette agression ?

    Elle ne peut se comprendre qu’avec l’accroissement des tensions interimpérialistes. En effet, dans ce contexte, l’impérialisme américain n’a plus d’intérêts à tolérer l’autonomie relative du Venezuela, et encore moins son potentiel rapprochement avec la Chine et la Russie. Au contraire, dans la lutte contre l’impérialisme chinois et l’impérialisme russe, affermir le contrôle américain sur le pétrole vénézuélien est un enjeu capital. Certains propagandistes libéraux ont voulu tourner en dérision l’analyse anti-impérialiste pour « prouver » avec une surabondance de détails techniques que les entreprises pétrolières américaines ne pouvaient, dans un futur proche, ni exploiter directement le pétrole vénézuélien (en s’implantant là-bas), ni même raffiner efficacement le pétrole brut exporté. Ce faisant ils oublient que, pour l’impérialisme américain, il ne s’agit pas forcément de prendre directement le pétrole pour en faire un usage immédiat, mais plutôt de contrôler les flux de pétrole1. Avoir un contrôle même indirect sur le Venezuela c’est, d’une part, avoir un contrôle majeur sur les prix du pétrole, et d’autre part, priver ses rivaux de l’accès à l’un des plus grands producteur de pétrole du monde. Ajoutons que Trump a été très clair sur ses intentions de profiter du pétrole vénézuélien et il n’y a pas de raison de ne pas le croire. Enfin, ce qui n’est pas « réaliste » à un moment T des tensions interimpérialistes peut tout à fait l’être à un moment T+1. Il n’était pas réaliste pour les États-Unis de 1938 de produire la masse d’armements qu’ils produisirent cinq ans plus tard en 1943. S’il n’est pas réaliste pour les États-Unis d’investir directement dès aujourd’hui dans le secteur pétrolier vénézuélien rien ne dit que cela ne le sera pas dans un avenir proche.

    Depuis l’agression américaine, la contradiction principale au Venezuela est la contradiction entre l’impérialisme américain et le peuple vénézuélien — la contradiction entre l’impérialisme américain et russo-chinois est une contradiction secondaire. L’impérialisme russe et l’impérialisme chinois sont restés sur la défensive et n’ont apporté aucun soutien substantiel à la semi-colonie attaquée. Comme l’agression de l’Iran par Israël, en juin 2025, l’agression du Venezuela par les États-Unis était une guerre impérialiste que l’inaction de la Chine et de la Russie n’a pas transformée en guerre interimpérialiste ; contrairement à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui était une guerre impérialiste que la réaction des pays impérialistes occidentaux a transformée en guerre interimpérialiste. Avec l’intensification des contradictions interimpérialistes, une situation tolérable pour l’impérialisme américain est devenue intolérable, mais la contradiction principale n’est pas devenue la contradiction interimpérialiste : la contradiction impérialiste principale a été intensifiée par l’intensification de la contradiction interimpérialiste secondaire, sans inversion de leur position respective.

    Contrairement à l’agression israélienne sur l’Iran qui a lancé la guerre juste de l’Iran contre Israël, en juin 2025, l’agression américaine sur le Venezuela est restée une opération militaire strictement unilatérale : non seulement les puissances impérialistes rivales n’ont rien opposé à cette agression, mais le Venezuela lui-même n’a opposé qu’une très modeste résistance, avant de se précipiter à la table des négociations. Encore une fois, cette attitude ne doit pas être comprise que comme la traduction de l’asymétrie des forces, mais surtout comme celle de la nature de classe de l’État vénézuélien. Ceci dit, si la classe dirigeante vénézuélienne avait opposé une guerre à l’agression américaine, celle-ci aurait été une guerre juste contre l’impérialisme — sans pour autant être une guerre révolutionnaire de libération nationale.

    Dans la contradiction entre pays dominés semi-coloniaux et pays dominants impérialistes, les communistes doivent toujours prendre le parti des dominés. Bien sûr, les autorités compradores, incapables de proposer une réelle résistance anti-impérialiste, restent toujours des réactionnaires en face des masses populaires de leur pays. C’est pour cela qu’aucune unité — même temporaire — n’est possible avec la classe compradore. Nous n’avons pas prétention à dicter une ligne aux communistes vénézuéliens. En revanche, en ce qui nous concerne, nous devons fermement condamner l’agression américaine et participer aux mouvements de résistance anti-impérialiste contre les États-Unis. Dans ces derniers, nous devons mettre au centre de nos mots d’ordre la nécessaire lutte du peuple contre l’impérialisme, et non la négociation — toujours stérile — entre État semi-colonial et impérialiste.

    II. Sur le Groenland

    Passons à présent au second événement : les pressions américaines sur le Groenland. Au même moment où les Américains enlevaient Maduro, des membres hauts placés de l’administration Trump, tels que Stephen Miller, relançaient les revendications américaines sur le Groenland, ce qui fut confirmé par Trump lui-même, au sommet de Davos2.

    Les pressions américaines sur le Groenland sont caractéristiques de l’accroissement des tensions interimpérialistes. En effet, elles sont la démonstration des contradictions entre impérialistes américains et européens. Le Groenland est une colonie danoise, qui a obtenu une grande autonomie à partir de 2009. L’histoire du Groenland est faite de pillages et d’exploitations du peuple inuit, qui dépend à présent complètement du Danemark pour assurer la reproduction de son économie. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis y entretiennent des bases militaires, en accord avec le Danemark et par-dessus les populations locales, qui font les frais des pollutions lourdes provoquées par l’activité militaire américaine.

    Le Groenland est stratégique à deux égards.

    Tout d’abord, son sous-sol est riche en gisements de minerais stratégiques et d’hydrocarbures. Précisons toutefois que, jusqu’à aujourd’hui, les conditions environnementales et logistiques groenlandaises sont tellement difficiles qu’aucune multinationale n’a jamais réussi, malgré les tentatives, à exploiter ces ressources. Même sans aucune perspective d’exploitation immédiate, il faut bien voir que les États-Unis de Trump sont pleinement et ouvertement engagés dans une course à la sécurisation de l’approvisionnement en matériaux stratégiques (terres rares, hydrocarbures, etc.) pour sortir de la dépendance à l’égard de la Chine. Il est très simple de comprendre pourquoi, dans le cadre de la préparation à une confrontation interimpérialiste, les États-Unis voudraient ne pas dépendre de leur principal rival. Ainsi, l’État impérialiste est prêt à investir et à soutenir les capitaux privés, par eux-mêmes trop faibles et trop frileux. Très récemment, la banque d’import-export américaine (donc, un organe du gouvernement fédéral), à signé un prêt de plus de cent milliards de dollar à une grande entreprise minière américaine pour un plan d’exploitation des terres rares groenlandaise3. Nous avons là une illustration parfaite de l’État impérialiste s’engageant pour soutenir ses monopoles stratégiques. Comme pour le pétrole vénézuélien, il ne faut pas s’arrêter bêtement aux détails techniques et se souvenir que, pour les intérêts impérialistes, nécessité fait force de loi. Si les planificateurs américains finissent par estimer que les terres rares groenlandaises sont nécessaires pour gagner la guerre contre la Chine, il y aura exploitation. Dans un environnement aussi extrême que celui du Groenland, on ne peut assez insister sur la catastrophe écologique que l’extraction des minerais provoquerait.

    Nous voyons sous nos yeux la barbarie impérialiste préparer la destruction des conditions de vie de l’humanité avant même la boucherie des champs de bataille interimpérialistes à venir. Une fois de plus, on ne peut qu’insister sur la nécessité du communisme et de l’engagement communiste. Les calculs de boutiquiers réformistes sur une liste « de rupture » pour n’importe quelle élection que ce soit (des plus ridicules aux plus sérieuses) paraissent déjà complètement vains et apparaîtront sans aucun doute criminels à celles et ceux qui vivront la mort de masse et la dévastation de la Terre.

    Le second aspect stratégique du Groenland est sa localisation, situé dans le cercle polaire arctique. Le Groenland permet de contrôler les trajectoires aériennes de nombreux tirs de missiles balistiques, ou même de vol d’avions-espions. De plus, avec le Royaume-Uni et l’Islande, il constitue un des trois points de verrouillages des zones d’accès maritimes par lesquels des sous-marins russes pourraient se projeter en Atlantique Nord. Ce sont les raisons qui expliquaient la très forte présence américaine pendant la Guerre froide. Les impérialistes occidentaux et russes, qui parient sur le réchauffement climatique pour investir dans de futurs profits, prévoient que l’Arctique sera l’un des principaux nœuds du commerce maritime mondial d’ici 2050, ce qui augmente encore l’importance du Groenland.

    Nous voyons donc clairement comment les pressions américaines prennent tout leur sens dans un contexte de tensions interimpérialistes toujours plus poussées qui amènent l’impérialisme américain à s’assurer le contrôle de toujours plus de ressources (géographiques, minérales, hydrocarbures, etc.) afin d’être en mesure de rester la première puissance mondiale et de gagner la guerre qui se prépare contre les autres.

    Ce qui relève d’un intérêt particulier, c’est que cette préparation à une lutte interimpérialiste (avec la Russie et la Chine) se fait ici en aggravant une autre lutte interimpérialiste : avec les pays impérialistes d’Europe de l’Ouest. Dans sa quête d’espace stratégique, l’impérialisme américain est amené à empiéter sur celui de ses alliés impérialistes européens. La réponse plutôt unitaire des dirigeants européens, ainsi que la réalisation d’un exercice militaire conjoint au Groenland4, donne bien à voir cette réalité. Il y a bien concurrence entre impérialisme américain et impérialismes européens. La thèse révisionniste du super-impérialisme américain ne tient pas, même si c’est effectivement lui qui a la supériorité sur ses alliés impérialistes. L’impérialisme américain a toujours été placé en contradiction relative avec celui de ses alliés, il n’y a qu’à voir comment les Américains ont progressivement expulsé les Britanniques d’Iran, d’Irak et même d’Islande à la faveur de la Seconde Guerre mondiale. Il n’y a donc rien de particulièrement surprenant à ce qu’ils cherchent à faire de même au Danemark, et à travers lui, à l’Union européenne.

    En ce qui nous concerne, communistes en France, cette crise a aussi été l’occasion pour les réformistes français de se confirmer comme l’aile gauche de la bourgeoisie impérialiste. Mélenchon a appelé à transformer en territoires de l’Union européenne ceux qui, comme le Groenland, n’y étaient qu’associés. Ces territoires sont tous des possessions coloniales des États membres de l’Union européenne. Il ne s’agit donc que de sanctuariser les possessions des pays impérialistes européens. Nous ajouterons simplement que la Kanaky, colonie très stratégique de la France dans l’indopacifique, fait partie de ces territoires. Mélenchon a aussi pris la parole pour appeler la France à se placer à la tête d’un front du « refus de la vassalisation » aux États-Unis. Dans l’aspect inégal de l’alliance occidentale entre les États-Unis et l’Union européenne (dans laquelle les États-Unis sont clairement dominants), Mélenchon ne fait que défendre les intérêts impérialistes de l’Union européenne, en cherchant à renforcer sa position face à celle de son allié-concurrent. De plus, champion de l’impérialisme français, il cherche toujours à défendre spécifiquement les intérêts impérialistes de la France dans l’alliance européenne (d’où « à la tête du front »).

    La position des communistes sur l’expansionnisme américain au Groenland doit tout d’abord être de soutenir le peuple groenlandais, principale victime des rivalités interimpérialistes, souvent oublié dans l’affaire. Le Danemark, se targuant de l’autonomie déjà accordée au Groenland, et à travers lui les pays impérialistes européens, auront beau jeu de se présenter comme le moindre mal, comme les « bons » impérialistes. Les communistes doivent dissiper ces mensonges : il ne s’agit que d’une rivalité entre puissances impérialistes, jamais les communistes européens ne doivent prendre le parti de leur propre impérialisme. Nous devons démasquer partout le caractère réel de cette rivalité, tout en affirmant le droit du Groenland à la libération nationale et au développement hors de la tutelle danoise.

    III. Sur l’Iran

    Alors que les forces aéronavales américaines se massent à proximité du golfe Persique, nous devons aussi examiner la situation iranienne.

    Tout comme le Venezuela, l’Iran est un très bon exemple de l’impossibilité pour les révolutions anti-impérialistes sous direction bourgeoise à devenir autre chose que de nouveaux régimes compradors. Depuis la révolution iranienne de 1979, le capitalisme iranien n’est pas dominé par une bourgeoisie nationale menant un développement autocentré, il est dominé par une bourgeoisie bureaucratique compradore dépendant en dernière instance de la vente de pétrole. Ce que l’Iran, en revanche, a réussi, c’est à se déconnecter de l’impérialisme américain en vendant principalement à la Russie et à la Chine.

    L’Iran n’a un rôle — réel — de soutien à un ensemble de mouvements bourgeois anti-impérialistes ou de libération nationale (Hezbollah, Houthis, Hamas, JIP, etc.) que dans les limites de ce que peut faire une semi-colonie dépendante d’un autre bloc impérialiste. Les communistes ne peuvent donc que soutenir le mouvement des masses populaires contre un tel État. La révolution socialiste est toujours à l’ordre du jour en Iran ; or, celle-ci ne peut être construite que par la fusion entre le mouvement communiste et les mouvements de masses. Le dernier de ces mouvements est tout particulièrement important, comme le montre l’ampleur de la répression (avec une estimation crédible d’au moins 6 000 morts), mais aussi son origine : le bazaar, c’est-à-dire la petite et moyenne bourgeoisie commerçante traditionnelle et nationale, historiquement l’un des grands soutiens de la révolution islamique. Celle-ci a cette fois non seulement participé au mouvement, mais elle l’a initié avant d’être largement rejointe par le reste des masses populaires. Contrairement à ce qu’affirme la diaspora monarchiste et ses maîtres occidentaux dans leurs tentatives de récupération opportuniste, il s’agit bien d’un soulèvement motivé par la brutale détérioration de l’économie iranienne, et avec elle des conditions de vie de la majeure partie de la population, et non pas d’un amour du peuple iranien pour le Shah — le précédent régime comprador, soumis aux États-Unis et aux Occidentaux.

    La République islamique d’Iran est un régime comprador, dominé par des groupes de capitalistes bureaucratiques (au premier rang desquels les Gardiens de la Révolution) qui gèrent la rente pétrolière. L’idéologie de ce régime est profondément réactionnaire et centrée sur la domination violente des femmes et des nations opprimées d’Iran (kurde, baloutche, etc.). Il n’y a aucun doute sur le fait que la révolution socialiste reste une nécessité en Iran, et que celle-ci ne peut être menée que contre la bourgeoisie bureaucratique compradore iranienne.

    Cependant, que dire du déploiement américain au large de l’Iran ?

    Évidemment, comme nous le disons déjà ci-dessus, et comme nous le disions déjà en juin 20255, dans la contradiction entre pays dominants et pays dominés, les communistes doivent toujours prendre le parti des dominés. Dans le cas d’une attaque des États-Unis sur l’Iran, il faudrait souhaiter et agir pour la défaite des États-Unis ; pas pour la défaite des deux côtés, mais bien pour la défaite des États-Unis.

    À celles et ceux qui verraient dans cette position une compromission de classe ou une liquidation de la lutte révolutionnaire, rappelons quelle fut la position du Parti communiste de Chine pendant la guerre sino-japonaise de libération nationale (1931-1945). Le Parti communiste de Chine, pourtant engagé depuis 1927 dans une guerre sanglante avec le Kuomintang, qui servait alors directement les intérêts réactionnaires compradors-féodaux en Chine, a reconnu que la contradiction avec l’impérialisme et le colonialisme japonais était la contradiction principale6. Jusqu’à la victoire de la Révolution chinoise, en 1949, le Kuomintang est resté le parti au pouvoir en Chine, c’est-à-dire le gouvernement du pays. Avant l’incident du Xi’an, en décembre 1936, puis après la défaite du Japon, en septembre 1945, celui-ci représentait les classes réactionnaires chinoises, la grande bourgeoisie compradore et les propriétaires fonciers féodaux. Cela n’a pas empêché Mao de reconnaître que la guerre du Kuomintang contre le Japon était une guerre juste (partout où celui-ci la menait plutôt que de capituler).

    Chaque situation a ses spécificités. L’Iran d’aujourd’hui n’est pas la Chine de 1937. À l’instar du gouvernement vénézuélien, le gouvernement iranien peut chercher à négocier avec les États-Unis pour éviter la confrontation militaire, comme le Kuomintang avec le Japon entre 1931 et décembre 1936.

    L’exemple historique de la Chine révolutionnaire ne nous sert qu’à montrer qu’il n’y a pas de contradiction insoluble entre, d’une part, préparer et mener la guerre civile de classe prolétarienne, et d’autre part, soutenir tous les coups portés à l’impérialisme — qu’importe d’où ils viennent. Lutter pour la révolution et contre l’impérialisme est toujours le devoir des communistes dans tous les pays. Aucune alliance « anti-impérialiste » n’est possible avec les classes réactionnaires d’un pays dominé, en premier lieu parce qu’elles sont toujours des classes collaboratrices de l’impérialisme. Le meilleur anti-impérialisme reste toujours la révolution dans chaque pays. Au même titre qu’il ne peut jamais y avoir de « trêves » dans la lutte des classes, faire front uni (alliance) avec ses ennemis serait une parfaite absurdité. Entre décembre 1936 et 1945, une alliance n’a été possible entre le Parti communiste de Chine et le Kuomintang (le second front uni) que parce que ce dernier a été contraint par son aile gauche, lors de l’incident du Xi’an, à représenter une classe progressiste chinoise, la moyenne bourgeoisie nationale. Le programme révolutionnaire est toujours et dans tous les pays un programme de guerre civile contre les classes réactionnaires — même lorsque celles-ci mènent une guerre juste par ailleurs. Ceci-dit, soutenir la guerre juste d’une classe réactionnaire contre l’impérialisme n’implique pas de faire front uni avec celle-ci, ce qu’il n’est possible de faire qu’avec une classe révolutionnaire — comme peut l’être la bourgeoisie nationale dans certaines conditions.

    Pour nous, communistes en France, la tâche immédiate est bien entendu de dévoiler la nature brutalement impérialiste des manœuvres américaines et de dénoncer les mensonges pseudo-démocratiques des impérialistes occidentaux (qui ne sont de toute façon pas assez subtils pour cacher leur soutien au retour d’un régime tout autant antidémocratique et comprador que celui de la République islamique), lorsqu’ils prennent encore la peine de se présenter comme défenseurs de la démocratie pour masquer leurs agressions impérialistes (ce que l’administration Trump ne semble même plus faire). Rappelons que des États qui s’entendent cordialement avec l’État colonial-génocidaire sioniste ou l’État monarchique-théocratique saoudien n’ont aucune critique « droit-de-l’hommiste » ou « féministe » à émettre contre l’Iran, pour à chaque fois appeler à la soumission violente de celui-ci à l’ordre occidental au nom d’une prétendue libération du peuple et des femmes. Les masses populaires et de femmes d’Iran n’ont pas besoin que quiconque les libère à leur place (ce qui n’a jamais été à l’ordre du jour, la nature de la confrontation de l’Occident contre l’Iran étant purement impérialiste).

    Il nous faut donc lutter contre la propagande impérialiste et plus généralement — avec l’exemple du Venezuela et de l’Iran, mais aussi celui du Groenland — insister sur la marche à la Troisième Guerre mondiale à laquelle nous assistons et sur la nécessité de la lutte communiste contre la barbarie impérialiste.

    IV. Sur le Rojava

    Enfin, nous réaffirmons notre soutien à la lutte de libération nationale kurde menée au Rojava.

    Ces derniers mois, l’État syrien a obtenu le ralliement d’un certain nombre de tribus arabes des territoires contrôlés par l’Administration autonome du Nord-Est de la Syrie (AANES). Il y a incontestablement une stratégie de pression, y compris militaire, sur le Rojava (même si aucun affrontement à grande échelle n’a eu lieu).

    La victoire d’HTC dans la guerre civile syrienne, en décembre 2024, n’a eu aucune portée progressiste, même relativement au régime d’Assad. Si Joulani a certes lâché du lest sur la violence djihadiste, en confinant son projet au territoire national syrien, il reste héritier d’un islamisme réactionnaire. La politique de rapprochement avec les occidentaux tout comme la politique de ralliement des tribus arabes sunnites démontre que la nouvelle Syrie est tout droit sur la voie de la sujétion compradore à l’extérieur et de la domination de structures féodales à l’intérieur.

    Le régime d’HTC recherche essentiellement deux choses : devenir une semi-colonie occidentale et intégrer les tribus syriennes dans un consensus national. HTC mène une libéralisation de l’économie syrienne, dans l’espoir d’attirer les IDE occidentaux (au grand désespoir de la bourgeoisie nationale syrienne, déjà exsangue) et d’obtenir des prêts du FMI et de la Banque mondiale7. Pour l’instant, cette libéralisation a surtout profité à la Turquie et aux monarchies du Golfe, soit les semi-colonies occidentales de la région. Cependant, HTC a déjà obtenu des Occidentaux la levée des sanctions économiques sur la Syrie. En septembre 2025, HTC a créé un Bureau des tribus et des clans, par lequel il espère stabiliser son régime8. Les alliés tribaux d’HTC, avec une partie de ses propres forces, ont pu se livrer à des massacres dans les régions alaouites du pays. Alors que HTC s’est dressé contre le Rojava, dans le Nord, il n’a toujours rien fait contre l’occupation sioniste, dans le Sud. Au contraire, le 6 janvier dernier, à Paris, HTC a signé un accord « d’échange et de partage d’informations » avec Israël, en vue d’une coopération sécuritaire plus étroite dans la région9. En bref, le pouvoir d’HTC sert les intérêts réactionnaires compradors-féodaux en Syrie.

    Comme nous l’avions déjà affirmé en décembre 202410, les masses syriennes continueront à subir le triple joug de l’impérialisme, du capitalisme comprador et des vestiges féodaux, sous le régime d’HTC comme sous celui d’Assad.

    En face, si la révolution démocratique au Rojava semble bien s’être figée depuis plusieurs années, la libération nationale kurde n’en reste pas moins l’une des tâches des mouvements révolutionnaires au Moyen-Orient. De la même manière que nous soutenons inconditionnellement la lutte du peuple palestinien pour sa libération, nous soutenons aussi inconditionnellement celle du peuple kurde. De plus, le mouvement de libération nationale kurde est tout à fait lié au mouvement révolutionnaire en Turquie. La lutte révolutionnaire au Rojava est dirigée par le PKK/PYD, mais elle est également menée par le TKP-ML, le MKP ou le MLKP. La libération nationale kurde est donc un élément clé du développement du mouvement révolutionnaire en Turquie, et plus largement dans la région. Enfin, l’émancipation des femmes, mise en avant au Rojava, a permis des avancées majeures dans les zones sous contrôle de l’AANES. Rejoindre les YPJ a été un moyen pour les femmes arabes et kurdes de s’extirper des logiques patriarcales propres aux vestiges féodaux, les femmes arabes ayant par ailleurs donné des martyres aux YPJ11. Ce sont ces positions qui sont menacées par la sujétion à Damas et par la capitulation du PKK/PYD. La défaite du Rojava face à l’État comprador-féodal syrien serait une défaite nette du mouvement révolutionnaire international, envers et contre tout, il nous faut défendre le Rojava et sa lutte de libération !

    Le 30 janvier dernier, après 3 semaines de combats, le PKK/PYD a signé un accord de paix avec l’État comprador-féodal syrien qui prévoit la dissolution de l’AANES dans celui-ci12. Nous ne pouvons que regretter cette capitulation, que nous espérons temporaire, et rappeler que la lutte de libération nationale kurde n’est pas née avec le PKK/PYD, et surtout, qu’elle lui survivra.

    Aucune victoire révolutionnaire n’est possible sous la direction du PKK/PYD, représentant de la petite et moyenne bourgeoisie nationale kurde, dont l’opportunisme s’est déjà vérifié à de multiples occasions dans les décennies précédentes et jusqu’à aujourd’hui13. Le PKK/PYD a plusieurs fois fait démonstration de sa lâcheté dans la libération nationale kurde, mais aussi envers la libération nationale palestinienne — auprès de laquelle il a pourtant appris la lutte armée dans les années 8014 ! Les replis et compromis du mouvement kurde ont toujours été au profit de l’impérialisme, du colonialisme et des vestiges féodaux dans la région ; et aux dépens de la révolution démocratique des peuples de la région, à la première desquelles celle du peuple kurde. Si le PKK/PYD mène selon nous toujours une lutte révolutionnaire au Rojava, celui-ci oscille sans cesse avec la lutte réformiste, et ce n’est qu’une question de temps avant qu’il n’y bascule définitivement. Parce que le PKK/PYD abandonnera tôt ou tard la révolution démocratique pour rejoindre la réaction compradore-féodale, le Rojava doit absolument gagner une direction communiste.

    1 La même chose peut être dite des terres rares ukrainiennes. Cf. « Les luttes interimpérialistes et la lutte idéologique », Unité communiste, 8 avril 2025.

    2 « Ce qu’il faut retenir du discours de Donald Trump à Davos », Le Monde, 26 janvier 2026. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/21/ce-qu-il-faut-retenir-du-discours-de-donald-trump-a-davos_6663561_3210.html

    3 « Critical Metals in line for $120M US loan to fund Greenland rare earth project », Mining.com, 15 juin 2025. À l’adresse :

    https://www.mining.com/critical-metals-in-line-for-120m-us-loan-to-fund-greenland-rare-earth-project/

    K. Nicol-Schwarz, « U.S. considering investing in critical minerals mining in Greenland, Amaroq’s CEO tells CNBC », CNBC, 8 janvier 2026. À l’adresse :

    https://www.cnbc.com/2026/01/08/-greenland-critical-minerals-mining-amaroq-us-government.html

    4 Il s’agit de l’exercice Arctic Endurance. Malgré les effectifs limités envoyés par les alliés européens du Danemark au Groenland, la signification politique est forte, d’autant plus que l’État français y a déployé des forces stratégiques, notamment en termes d’approvisionnement aérien.

    5 « Quelle position sur la guerre entre l’Iran et Israël ? », Unité communiste, 22 juin 2025.

    6 Cf. « Défense de la dialectique — une critique de l’article de l’ICR sur De la contradiction », Unité communiste, 25 octobre 2025.

    7 L. Sompairac, « Syrie. De la libération à la libéralisation », 8 décembre 2025. À l’adresse :

    https://orientxxi.info/Syrie-De-la-liberation-a-la-liberalisation

    8 W. Nasr, « Syrie : les clans sunnites, clé de la stabilisation du pays pour le nouveau pouvoir », France 24, 13 janvier 2026. À l’adresse :

    https://www.france24.com/fr/moyen-orient/20260113-syrie-clans-sunnites-cl%C3%A9-stabilisation-nouveau-pouvoir

    9 L. Bronner, « Relance à Paris des discussions sécuritaires entre Israël et la Syrie », Le Monde, 7 janvier 2026. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/07/relance-a-paris-des-discussions-securitaires-entre-israel-et-la-syrie_6660858_3210.html

    10 « Quelle libération en Syrie ? », Unité communiste, 3 décembre 2024.

    11 « Explainer: Arab Women in Security and Defense of North and East Syria », Rojava Information Center, 6 juillet 2021. À l’adresse :

    https://rojavainformationcenter.org/2021/07/explainer-arab-women-in-security-and-defense-of-north-and-east-syria/

    12 H. Sallon, « En Syrie, accord et désescalade entre Damas et les Kurdes du Rojava », Le Monde, 31 janvier 2026. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/31/syrie-damas-et-les-fds-finalisent-un-accord-d-integration-des-kurdes-au-sein-de-l-etat_6664869_3210.html

    13 Cf. TKP-ML, « “L’appel du siècle”, solution ou dissolution ? », 2025 ; « The Kurdish National Question: “Peace and Democratic Integration” The “New Paradigm” and the Denial of the Kurdish National Reality! », 2026.

    14 M. Petti, « The Kurds Who Died for Palestine », New Lines Magazine, 27 avril 2023. À l’adresse :

    https://newlinesmag.com/argument/the-kurds-who-died-for-palestine

  • Site en construction

    Ce site est en cour de migration.

  • TKP-ML : Nous nous souvenons de celles et ceux qui sont devenus immortels dans la lutte pour la révolution et le communisme !

    TKP-ML : Nous nous souvenons de celles et ceux qui sont devenus immortels dans la lutte pour la révolution et le communisme !

    « Reformons les rangs, demain il y aura une autre bataille ! » — İbrahim Kaypakkaya

    Nous traversons une période où la roue de l’histoire tourne plus vite. Alors que l’ancien ordre disparaît, les douleurs de l’accouchement du nouveau se font sentir. Ce processus rappelle les paroles du président Mao : « Le chaos règne sous les cieux, la situation est excellente. » Dans ces conditions, nous commémorons une nouvelle fois celles et ceux qui sont devenus immortels dans la lutte pour la liberté, l’indépendance, la démocratie populaire, la révolution et le communisme.

    À sa première conférence en février 1978, notre Parti a déclaré la dernière semaine de janvier de chaque année « Semaine de la mémoire des martyrs du Parti et de la révolution » afin de commémorer ceux qui se sont immortalisés dans la lutte des classes et d’embrasser leur combat. Les dirigeants et enseignants immortels du prolétariat international, V. I. Lénine, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, ont été immortalisés en janvier. Les dirigeants communistes du prolétariat turc et des peuples opprimés, M. Suphi et les Quinze, ont été assassinés ce mois-ci. Ali Haydar Yıldız, membre de notre Parti et premier commandant de notre armée populaire, et Meral Yakar, également membre de notre Parti et l’une des principales cadres de la lutte communiste des femmes, ont été immortalisés ce mois-ci.

    Janvier est donc un mois d’importance symbolique dans la lutte de la classe ouvrière et des peuples opprimés du monde entier pour leur libération de l’exploitation, leur indépendance, leur liberté, la révolution et le communisme. En conséquence, chaque année, pendant la dernière semaine de janvier, notre Parti commémore les martyrs du prolétariat international et des peuples opprimés du monde qui sont tombés dans la lutte pour la révolution et le communisme, et adopte résolument les pratiques de lutte qu’ils ont laissées en héritage à la classe ouvrière, aux travailleurs et aux nations opprimées.

    Cette année, nous faisons face à la dernière semaine de janvier dans une période marquée par de nombreux signes annonciateurs d’une nouvelle guerre impérialiste de partage du monde. À l’international et dans notre région, les impérialistes et les forces réactionnaires régionales se préparent à la Troisième Guerre impérialiste de partage du monde. D’un côté, les impérialistes des USA, de Grande-Bretagne et de l’UE ; de l’autre, les impérialistes de Chine et de Russie, avec les forces réactionnaires régionales alignées sur ces deux camps impérialistes, se préparent de toutes leurs forces à une nouvelle guerre impérialiste de partage du monde. Les impérialistes américains et britanniques sont les principaux acteurs de la provocation impérialiste à la guerre. Les impérialistes chinois et russes, en revanche, sont dans une position davantage défensive.

    Ceux qui ont propagé l’idée que « la lutte des classes est terminée » en retirant leur masque aux puissances révisionnistes modernes et en les annexant ouvertement au camp capitaliste sont désormais confrontés à la réalité. Ceux qui proclamaient hier la « victoire » de l’impérialisme sont aujourd’hui à nouveau confrontés à la réalité de génocide, d’occupation, de banditisme et d’exploitation de l’impérialisme.

    En plus de toutes ces attaques et menaces, les impérialistes augmentent le niveau de leurs attaques idéologiques et théoriques contre le socialisme et le communisme à chaque occasion. Ils veulent rejeter jusqu’à l’idée même de lutte armée. Car, ils savent aussi que ce sont la lutte armée et la révolution qui amèneront leur propre perte et ouvriront la voie à un avenir rempli de liberté. À la lumière des leçons qu’ils ont tirées de l’histoire de la lutte des classes en général et des Première et Seconde Guerres mondiales impérialistes en particulier, ils luttent contre le socialisme et le communisme sur tous les fronts. Le prolétariat international, les peuples du monde et leur avant-garde, les Partis et organisations marxistes-léninistes-maoïstes, doivent appliquer les leçons tirées de l’Histoire et intensifier la lutte idéologique, politique et armée contre l’impérialisme, le capitalisme, le fascisme, le patriarcat et toutes les formes de réaction. Sinon, il n’y aura plus de monde pour lequel se battre.

    Car, ceux qui sacralisent le régime de la propriété privée et sous-estiment la lutte pour le communisme seront témoin du fait que, à ce stade, non seulement l’humanité, mais tous les êtres vivants et la planète sont conduits à l’extinction en raison de la cupidité excessive du capitalisme pour le profit. Ce qui se passe confirme une fois de plus la prédiction de Rosa Luxemburg, immortalisée lors de la dernière semaine de janvier : « socialisme ou barbarie. »

    Le génocide perpétré contre le peuple palestinien à Gaza est une réalité de notre époque. La guerre qui a débuté avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie se poursuit sans relâche, malgré la mort de centaines de milliers de personnes. En Syrie, une fois de plus, des meurtriers ennemis de l’humanité tuent des Druzes et des Alaouites et menacent les Kurdes de génocide. En Inde, les peuples autochtones sont massacrés sous prétexte de « combattre les maoïstes ». L’impérialisme américain poursuit son agression contre les peuples d’Amérique du Sud, qu’il a déclarés être son « arrière-cour ». L’impérialisme sans retenue et toutes sortes d’agressions réactionnaires battent actuellement leur plein.

    À la suite de toutes sortes d’attaques menées par l’impérialisme et toutes sortes de réactionnaires régionaux, les combattantes et combattants de la résistance palestinienne à Gaza, les combattantes et combattants arabes et kurdes au Rojava et les guérilleras et guérilleros kurdes en Irak ont été immortalisés. À nouveau, aux Philippines, nos camarades engagés à différents niveaux dans la lutte pour la révolution démocratique nouvelle ont été immortalisés. En Inde, des centaines de nos camarades, dont le camarade Namballa Kesava Rao, secrétaire général du Parti communiste d’Inde (maoïste), dont certains occupaient des postes de direction, ont été immortalisés dans les attaques menées par l’État réactionnaire indien contre le Parti communiste d’Inde (maoïste) sous le nom de « guerre Kagaar ».

    Notre Parti rend hommage à nos amis et camarades révolutionnaires tombés à la fois dans les luttes de libération nationale et les luttes pour la révolution démocratique nouvelle, le socialisme et le communisme, s’incline devant leur mémoire de lutte et embrasse leur résistance. La voie pour résister à cette nouvelle politique offensive déployée par le front contre-révolutionnaire est d’embrasser l’héritage de lutte de celles et ceux qui sont décédés et de faire avancer leur combat plus loin.

    Cette tâche doit aussi être entreprise simultanément avec la mise en place d’alliances anti-impérialistes et antifascistes tant dans notre région qu’à l’internationale, ainsi qu’avec divers pas vers l’unité du mouvement communiste international, en opposition à une nouvelle guerre impérialiste de partage du monde. En cette période pratique, les mots du fondateur de notre Parti, le camarade İbrahim Kaypakkaya, résonnent : « Cessez de vous plaindre, camarades, ce qui est fait est fait. Réorganisez les rangs, le combat continue demain ! ».

    Une fois encore, nous réaffirmons notre engagement envers les luttes de nos camarades qui sont devenus immortels au nom de l’indépendance nationale, de la révolution et du communisme.

    Une fois encore, nous rendons hommage à nos camarades qui se sont immortalisés dans la lutte pour la liberté, l’indépendance, la démocratie populaire, le socialisme et le communisme, tant à l’international que dans notre propre région, où la lutte des classes fait rage, à commencer par les centaines de martyrs de notre Parti. Nous déclarons que leur héritage de lutte est la garantie de notre victoire.

    Gloire à celles et ceux qui sont devenus immortels dans la lutte pour la révolution et le communisme !

    Vive l’internationalisme prolétarien !

    Vive le marxisme-léninisme-maoïsme !

    Comité central du TKP-ML
    Janvier 2026

  • Deux discours au Symposium international de la jeunesse

    Deux discours au Symposium international de la jeunesse

    Notre organisation a participé avec plusieurs organisations jeunes et de jeunesse du monde entier au Symposium international de la jeunesse convié par la Jeunesse démocratique nouvelle (YDG) le 10 janvier 2026 à Berlin.

    I. Le danger de la guerre impérialiste et la jeunesse

    Chères et chers camarades de tous les pays,

    En ce moment même, en Ukraine et en Russie, des milices fascistes et étatiques raflent des jeunes hommes dans la rue et jusque chez eux, pour les envoyer mourir au front, sous les drones.

    Il y a bientôt 4 ans, le 24 février 2022, la Russie a lancé une invasion terrestre à grande échelle de l’Ukraine. Cette invasion n’est pas un évènement isolé ou soudain, mais l’aboutissement de 3 décennies de lutte croissante entre la Russie, d’une part, et les pays de l’alliance atlantique, d’autre part. Cette lutte était et est toujours une lutte pour la domination et l’exploitation des pays postsoviétiques et d’Europe de l’Est. C’est en Ukraine, pour l’État et le marché ukrainien, que cette lutte entre pays impérialistes s’est en premier intensifiée en lutte ouverte — la guerre. Cependant, au XXIe siècle, l’Ukraine n’est que le premier pays du monde à être ravagé par la lutte interimpérialiste ouverte. Dans les prochaines années, l’Ukraine sera suivie par de nombreux autres pays.

    Dans tous les pays impérialistes, la bourgeoisie le sait, c’est pourquoi elle se prépare à la guerre. Cet effort de remilitarisation n’est nulle part aussi visible qu’en Europe, parmi les pays impérialistes de l’alliance européenne. Jusqu’à récemment, ceux-ci se reposaient encore sur les USA, dans l’alliance atlantique, pour assurer la défense de leur sphère d’influence. Cependant, avec l’intensification de la lutte interimpérialiste avec la Russie, d’une part, et la Chine, d’autre part, les conditions de l’alliance atlantique évoluent : les USA ne veulent plus assumer seuls les investissements croissants nécessaires à la défense de l’hégémonie impérialiste occidentale. Les pays impérialistes de l’alliance européenne, la France et l’Allemagne à leur tête, se réarment avec pour objectif d’être prêts pour une guerre à grande échelle d’ici 2030 ! Dans la lutte entre grandes puissances pour le partage du monde, les impérialistes ne parlent plus seulement d’expéditions néocoloniales — comme la France en menait jusqu’à récemment en Afrique — mais de conflits conventionnels !

    La bourgeoisie impérialiste intensifie son offensive réactionnaire sur les masses populaires, et en particulier sur la jeunesse populaire. Cette offensive n’a pas seulement pour but de briser la résistance des masses populaires, pour augmenter leur exploitation et leur oppression ; elle a aussi et surtout pour but de rallier celles-ci à la réaction, pour les entraîner dans ses entreprises belliqueuses. Dans tous les pays impérialistes, les classes dominantes ont besoin de renforcer leur alliance impérialiste avec les classes populaires, en vue des prochains conflits mondiaux. Alors que le néolibéralisme fissure cette alliance réactionnaire, la bourgeoisie trouve un ciment national dans le chauvinisme va-t-en-guerre. C’est dans ce cadre que les attaques politiques et idéologiques réactionnaires contre la jeunesse populaire doivent être comprises.

    Alors que la démographie décline partout en Europe, les jeunes femmes sont les premières cibles des politiques militaristes natalistes de la bourgeoisie impérialiste. En France, le mot d’ordre de la bourgeoisie impérialiste est le « réarmement démographique » : la guerre a besoin d’enfants pour nourrir ses tranchées. Pour l’instant, ces politiques de promotion de la famille sont restreintes à des mesures keynésiennes ; mais prochainement, elles présagent des attaques plus agressives sur les droits reproductifs des femmes, particulièrement des jeunes femmes. Dans son effort de remilitarisation, la bourgeoisie impérialiste veut soumettre les nouvelles générations de femmes et unir les nouvelles générations d’hommes sous la bannière d’un nationalisme viril.

    L’attitude de la jeunesse face à l’offensive réactionnaire de la bourgeoisie impérialiste varie beaucoup entre les classes, mais aussi entre les pays. En Europe, en 2025, la France est le seul pays où le groupe des 18-29 ans est majoritairement favorable à la réintroduction du service militaire obligatoire1. Jusqu’à la moitié des jeunes Français et Françaises disent être prêts et prêtes à s’engager volontairement dans l’armée en cas de conflit2. Cela n’est pas étranger au fait que la France soit le 2e pays exportateur d’armes au monde, et la 1re armée et seule puissance nucléaire de l’alliance européenne. Depuis la fin de la 2de Guerre interimpérialiste mondiale, l’impérialisme français a une stratégie d’autonomie militaire, qui maintient des investissements soutenus dans son armée et son industrie de l’armement3. Avec la montée des tensions interimpérialistes, entre l’alliance atlantique et la Russie, et à l’intérieur de l’alliance atlantique, entre l’alliance européenne et les USA, la France espère gagner la direction de l’alliance européenne. Cela a des conséquences idéologiques réactionnaires dans les masses : le militarisme a une connotation relativement positive, garant de l’industrie nationale et de la « place de la France dans le monde ».

    L’apathie politique de la jeunesse populaire envers la guerre est un symptôme de la force idéologique de la bourgeoisie impérialiste sur les masses populaires, qui placent leurs espoirs dans les illusions bourgeoises de réussite individuelle. La bourgeoisie veut convaincre les franges les plus pauvres de la jeunesse populaire — celles qui sont reléguées aux secteurs les moins embourgeoisés du salariat, comme le service ubérisé ou le travail temporaire — que les paris sportifs et les micro-investissements financiers sont la voie de son émancipation.

    En France, une majorité de la jeunesse est « de gauche », c’est-à-dire progressiste. Cependant, celle-ci adhère toujours au point de vue de « sa » bourgeoisie impérialiste dans la lutte interimpérialiste. La guerre de l’Ukraine contre la Russie est largement considérée comme une guerre juste. La gauche réformiste parlementaire joue un rôle décisif dans le maintien de cette hégémonie politique et idéologique sur la jeunesse. Le parti social-démocrate La France insoumise est le premier parti des jeunes4. La France insoumise se présente et est perçue comme la seule « alternative » à la réaction, voire au fascisme. Pourtant, Mélenchon n’est pas moins un champion de l’impérialisme français que Macron ou Le Pen.

    Mélenchon veut un impérialisme français « émancipé » de la domination des impérialismes américain et allemand, des monopoles nationaux libres de l’exploitation et de l’oppression des monopoles étrangers. Mélenchon veut un impérialisme français à équidistance des blocs occidental et russo-chinois, plus autonome des alliances atlantique et européenne, et arbitre des luttes interimpérialistes mondiales. Mélenchon veut un impérialisme français des 5 océans, une puissance maritime forte de ses colonies d’outre-mer qui lui donnent la 2e zone économique exclusive (ZEE) du monde. Mélenchon veut un impérialisme français des lumières humanistes, un rayonnement de la France en Amérique latine, en Afrique et en Asie avec le développement de « nouvelles » relations sur une base d’« égalité ». En bref, Mélenchon veut défendre « la place de la France dans le monde » avec une nouvelle stratégie agressive pour l’impérialisme français.

    Ces rêves sociaux-impérialistes et sociaux-colonialistes pour l’impérialisme français, Mélenchon les vend à une jeunesse en demande de renouveau. Le programme politique de La France insoumise ne propose qu’un masque progressiste pour l’impérialisme français, mais en rien une « alternative » à celui-ci. La France insoumise, c’est l’aile gauche de la bourgeoisie impérialiste française. Nous devons le dire, et en priorité à la jeunesse, parce que La France insoumise est partout le meilleur allié de la réaction en France. La France insoumise jouit d’un certain prestige du fait de ses défaites à répétition, qui ne lui ont pas encore donné l’opportunité de trahir les espoirs mis en elle. Cependant, nous ne devons permettre à aucune confusion sociale-démocrate de subsister, particulièrement dans les nouvelles générations en lutte.

    L’hégémonie réformiste sur la jeunesse se ressent en permanence. Elle a été un frein important dans la radicalisation des mobilisations en défense de la lutte de libération nationale du peuple palestinien, portée par la jeunesse après l’offensive du 7 octobre 2023. Elle joue depuis plusieurs années un rôle politique liquidateur majeur dans la Jeune garde antifasciste — première organisation antifasciste de France, qui rassemble les jeunes hommes et femmes combatifs et combatives. Elle a participé à maintenir les mouvements sociaux de la période 2016-2023, dans lesquelles plusieurs générations ont découvert la lutte, dans l’impasse des méthodes légales et réformistes, jusque dans une série de défaites cuisantes, mais prévisibles. En général, elle perpétue l’impuissance politique face à la montée de la réaction et du militarisme.

    La France insoumise, comme forteresse des mirages sociaux-démocrates, est le principal obstacle à abattre auprès de la jeunesse populaire, dans la lutte pour une alternative révolutionnaire. La France insoumise a besoin du vote des jeunes pour rester une force électorale de premier ordre, elle le sait et elle défend jalousement son hégémonie sur la jeunesse contre toutes celles et tous ceux qui chercheraient à dépasser la politique bourgeoise. Élection après élection, depuis une décennie, La France insoumise appuie sur les angoisses de la jeunesse pour la pousser vers les urnes. La croissance d’une alternative politique révolutionnaire serait le pire scénario pour La France insoumise, parce qu’elle signifierait sa mort politique. Partout où le mouvement spontané se heurte à la stérilité congénitale du réformisme, La France insoumise est là pour prévenir la progression vers l’opposition extraparlementaire et pour dévier les meilleures forces du camp de la révolution. Cela, ce sont les jeunes militants et militantes qui en sont les premières victimes.

    La force de La France insoumise dans la jeunesse, avec celle de la gauche bourgeoise en général, doit être comprise comme une partie de l’offensive réactionnaire de la bourgeoisie impérialiste sur les masses populaires. Pour être plus précis, c’est une manœuvre de l’aile gauche de la bourgeoisie impérialiste pour ne pas se séparer de toute une frange des masses populaires — dont la jeunesse populaire — que son aile droite menace de s’aliéner.

    Aujourd’hui, en France, ce dont la jeunesse a besoin, c’est d’un parti de cadres apte à organiser et diriger la lutte jusqu’à un niveau supérieur, au-delà de la politique bourgeoise.

    Nous vous remercions.

    II. La lutte internationale et l’unité de la jeunesse

    Chères et chers camarades de tous les pays,

    En France, pendant la période 2016-2023, le mouvement révolutionnaire a pu croître sur les masses de jeunes qui découvraient la lutte en manifestation et sur les blocages, dans de larges mobilisations. Suite à l’échec de ces mouvements sociaux, les nouvelles générations se sont en partie détournées de l’engagement politique. Notre nouvelle période est marquée par le turnover et le déclin de plusieurs structures qui avaient réussi à organiser les jeunes politisés dans la période précédente.

    Aujourd’hui, nous payons le prix de l’échec des mouvements sociaux sous la direction réformiste du syndicat CGT. L’incapacité du mouvement communiste à organiser et diriger la jeunesse s’explique d’abord par son incapacité à lui proposer une direction autonome des directions réformistes.

    Aujourd’hui, la première tâche des communistes en France est de reconstruire un parti communiste de cadres, et avec lui, un mouvement communiste puissant et offensif. Pour y arriver, le mouvement communiste doit commencer par tracer une ligne de démarcation aussi nette que possible entre le révisionnisme et la révolution. Cela n’a rien d’évident, quand le mouvement communiste est toujours dominé par le révisionnisme ! Qui sont nos amis et qui sont nos ennemis ?

    Aujourd’hui, la jeunesse populaire est politiquement désespérée et effrayée : elle place tous ses espoirs dans la politique bourgeoise de gauche. Ces faux espoirs sont motivés et entretenus par les mensonges réformistes et révisionnistes, qui paralysent les jeunes hommes et femmes progressistes. En France, le mouvement communiste doit comprendre qu’aucun travail de construction n’est possible sans d’abord faire le ménage chez soi ! Pour citer le camarade Mao : « là où le balai ne passe pas, la poussière ne s’en va pas d’elle-même. » Nous avons 80 ans de révisionnisme à balayer ! Le réformisme et le révisionnisme sont ce qui perpétue la faiblesse du mouvement communiste en France. Le réformisme et le révisionnisme sont nos principaux ennemis !

    Systématiquement, nous devons réfuter les théories et rhétoriques qui justifient l’apathie politique, sous la forme du parlementarisme ou du syndicalisme ; systématiquement, nous devons prouver qu’une alternative révolutionnaire et internationaliste à la politique bourgeoise de gauche est possible. Nous devons avancer sûrs de nos principes. Nous ne devons pas avoir peur d’attaquer les organisations réformistes et révisionnistes pour ce qu’elles sont.

    La guerre interimpérialiste en Ukraine nous a fourni une formidable démarcation entre les internationalistes, d’une part, et les sociaux-impérialistes et sociaux-pacifistes, d’autre part, qu’ils soient soutiens de l’Ukraine compradore — comme les gonzalistes de la Ligue de la jeunesse révolutionnaire (LJR) — ou de la Russie impérialiste — comme les soi-disant « marxistes-léninistes » du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF) ou de l’Union pour la reconstruction communiste (URC).

    Cependant, en France, la guerre interimpérialiste ne fait pas encore partie des principales préoccupations de la jeunesse. Celle-ci est encore loin derrière le pouvoir d’achat, la situation économique, l’accès à l’emploi, ou encore, la protection de l’environnement5. En France, la jeunesse ne saisit pas encore le problème de la 3e Guerre interimpérialiste mondiale dans toute son imminence catastrophique. Les communistes sont encore perçus comme des prophètes de l’apocalypse, malgré les faits qui confirment chaque jour la tendance à la 3e Guerre interimpérialiste mondiale.

    Parmi les principales préoccupations de la jeunesse, il y a deux luttes dans lesquelles le mouvement communiste a été à l’arrière-garde ces dernières décennies : l’écologie et le féminisme. La protection de l’environnement est la 3e préoccupation des jeunes, et les inégalités de genre sont la 2e préoccupation des jeunes femmes6. Trop souvent, le mouvement communiste a ignoré ou négligé les luttes écologiste et féministe ; ou alors, ne s’est contenté que de leur apporter un soutien cosmétique. En France, les communistes retardent sur les masses populaires, notamment sur la jeunesse populaire, et adoptent des positions réformistes voire réactionnaires, au lieu d’approfondir et d’appliquer la science marxiste. Cette insuffisance grave doit être comprise comme une victoire idéologique de la bourgeoisie sur le mouvement communiste, qui a réussi à réduire la portée de notre vision du monde. Quand la jeunesse s’empare de la lutte contre l’écocide, les communistes ont peur de parler d’abolition de l’élevage ; quand la jeunesse s’empare de la lutte contre le patriarcat, les communistes ont peur de parler d’abolition du genre. Pour construire grand, nous devons penser grand, c’est-à-dire au-delà de la vision du monde étroite et pourrissante de la société bourgeoise.

    La jeunesse se mobilise pour l’écologie et le féminisme, parce qu’elle est consciente que derrière ces questions se trouve la question de son avenir. La jeunesse ne se mobilise pas encore contre la guerre, parce qu’une telle mobilisation ne peut exister que sous direction prolétarienne, et que cette direction n’existe pas encore.

    Sur l’émancipation des femmes, c’est à dire sur la résolution de la contradiction entre hommes et femmes, par l’abolition du régime d’exploitation et d’oppression des femmes par les hommes (le patriarcat), le mouvement communiste peine à prendre une position d’avant-garde, alors même que les jeunes femmes ont besoin d’une telle avant-garde communiste. Sans avant-garde communiste dans les luttes féministes des masses de jeunes femmes, celles-ci ne peuvent rester que sous direction petite-bourgeoise, et donc, échouer à tracer la voie révolutionnaire nécessaire à l’émancipation des femmes. En France, les positions communistes sur l’émancipation des femmes sont toujours dominées par le spontanéisme économiste et démocratiste, au lieu de s’attaquer à la compréhension et à la transformation radicale et scientifique du problème. Les communistes n’ont pas le courage de mettre des mots révolutionnaires sur la réalité que vivent chaque jour des milliers de femmes, particulièrement de jeunes femmes, et encore moins de mener une lutte révolutionnaire contre celle-ci. Pourtant, les masses de femmes et de jeunes femmes ont besoin de la théorie et de la pratique que seules les communistes peuvent leur apporter, pour comprendre et transformer leur situation d’exploitation et d’oppression de genre.

    Depuis plusieurs années, une scission politique croissante s’observe entre jeunes hommes et jeunes femmes dans tous les pays occidentaux : les jeunes femmes deviennent beaucoup plus progressistes que les jeunes hommes7. La montée de la réaction chez les jeunes — qui se constate à chaque élection — est largement portée par les jeunes hommes. D’une part, les jeunes femmes sont plus prolétarisées que les jeunes hommes ; d’autre part, les jeunes femmes prolétaires sont plus avancées que les jeunes hommes prolétaires, qui sont plus sensibles à la propagande bourgeoise de la réussite individuelle. Le développement de l’idéologie masculiniste est aussi l’une des causes de cette scission politique. Les jeunes femmes et hommes sont de plus en plus conscientes et conscients des rapports de domination patriarcaux. En face de la menace féministe, les jeunes hommes se tournent donc massivement vers la réaction masculiniste.

    Contre l’offensive réactionnaire sur les masses populaires, les communistes doivent lutter pour l’unité populaire. Le renforcement de l’unité entre les classes dominantes et populaires, d’une part, n’est possible qu’avec la division des classes populaires, d’autre part. Combattre la réaction masculiniste qui divise de plus en plus la jeunesse populaire, c’est combattre l’exploitation et l’oppression des femmes jusqu’au bout. Alors que le féminisme et le masculinisme deviennent des problèmes politiques de premier ordre pour la jeunesse, les communistes doivent assumer leurs tâches, et lutter plus fort et plus loin que toutes les autres forces progressistes.

    Dans notre période, les communistes ne doivent pas abandonner le programme communiste sur la famille, mais le porter au premier plan. La famille, c’est la soumission des femmes, de leur travail et de leur corps, aux hommes. Les communistes sont la seule force politique à oser porter le mot d’ordre révolutionnaire d’abolition de la famille, pas seulement de telle ou telle catégorie historique de la famille, mais de la catégorie historique générale de la famille. Pour citer les camarades Marx et Engels, dans le Manifeste : « L’abolition de la famille ! Même les plus radicaux s’indignent de cet infâme dessein des communistes.8 »

    Alors que la bourgeoisie prépare politiquement et idéologiquement des attaques sans précédent sur les femmes, particulièrement sur les jeunes femmes, et que celles-ci ont fait de leur genre un étendard de lutte, les communistes ne peuvent plus laisser les réformistes à la tête des mouvements de femmes féministes. D’une part, le mouvement féministe ne peut pas se permettre de perdre les batailles décisives qui s’annoncent pour les femmes, sous une direction petite-bourgeoise ; et d’autre part, le mouvement communiste ne peut pas se permettre de rester séparé, isolé, coupé, des masses de femmes féministes. Autrement dit, le mouvement communiste et féministe doivent fusionner, les masses de femmes féministes doivent gagner une direction prolétarienne.

    Plus généralement, le mouvement communiste doit offrir à la jeunesse populaire ce que la bourgeoisie ne peut plus lui vendre : une nouvelle culture, faite de principes et de combats. La bourgeoisie cherche à liquider idéologiquement la jeunesse dans une culture d’aliénation, à noyer son esprit de lutte dans les marchandises, les drogues et l’alcool, mais aussi les femmes-objets, par la pornographie et le libéralisme sexuel. La jeunesse souffre intensément et dans des proportions massives de la médiocrité de la culture bourgeoise de consommation de soi et des autres : en France, un quart des jeunes hommes et femmes sont dépressifs. La jeunesse cherche partout un sens, une cause supérieure à laquelle se dédier et dans laquelle se réaliser.

    Pour citer la camarade Zetkin : « La grandeur suprême du communisme comme vision du monde nous gagnera leur sympathie.9 » Mais, nous devons rajouter : seulement si le mouvement communiste se montre digne de la grandeur suprême de sa vision du monde.

    Vive la lutte de la jeunesse de tous les pays ! Vive l’unité internationale de la jeunesse !

    Nous vous remercions.

    1 I. Krastev et M. Leonard, « Trump’s European revolution », European Council on Foreign Relations, 23 juin 2025. À l’adresse :

    https://ecfr.eu/publication/trumps-european-revolution/

    2 F. Micheau, « Les jeunes et les conflits internationaux », Opinionway, mars 2025. À l’adresse :

    https://www.opinion-way.com/fr/publications/les-jeunes-et-les-conflits-internationaux-2025-19442/

    3 F. Ecalle, « Les dépenses militaires en 2022 dans l’Union européenne », Fipeco, 12 mars 2024. À l’adresse :

    https://www.fipeco.fr/commentaire/Les%20d%C3%A9penses%20militaires%20en%202022%20dans%20l%27Union%20europ%C3%A9enne

    4 Ibidem.

    5 A. Tétaz et F. Vacas, « Avoir 20 ans : l’état d’esprit des jeunes Français en 2025 », Ipsos, 30 janvier 2025. À l’adresse :

    https://www.ipsos.com/fr-fr/avoir-20-ans-letat-desprit-des-jeunes-francais-en-2025

    6 Ibidem.

    7 Y. Algan et E. de Laubier, « Un fossé idéologique grandissant entre jeunes femmes et jeunes hommes en France », Cepremap, 24 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.cepremap.fr/2025/03/un-fosse-ideologique-grandissant-entre-jeunes-femmes-et-jeunes-hommes-en-france/

    8 K. Marx et F. Engels, Le Manifeste du parti communiste, 1848.

    9 C. Zetkin, La lutte contre le fascisme, 20 juin 1923.

  • TKP-ML : Rojava est résistance — il ne peut être soumis !

    TKP-ML : Rojava est résistance — il ne peut être soumis !

    La révolution du Rojava fait face à une nouvelle offensive militaire menée par des forces réactionnaires internationales et régionales. Dans une région comme le Moyen-Orient, soumise aux guerres, aux occupations et aux massacres perpétrés par les impérialistes et les puissances réactionnaires régionales, l’Administration autonome — un important bastion de résistance qui a adopté une ligne progressiste et axée sur le peuple centré sur la libération des femmes — est visée pour liquidation et pour être rendu « acceptable » pour les forces impérialistes et réactionnaires régionales.

    À cette fin, d’une part, les attaques des gangs HTS autoproclamés Administration transitoire syrienne sont facilitées ; d’autre part, des pressions sont exercées sur l’Administration autonome par diverses négociations diplomatiques.

    Il est clair que derrière cette attaque contre l’Administration autonome se cachent les impérialistes et les forces réactionnaires régionales, au premier rang desquelles l’État turc. En effet, ce n’est pas un hasard si ces attaques ont été lancées le jour même des attaques contre les quartiers de Şêxmeqsûd et Eşrefiyê à Alep — où les Kurdes ont vécu depuis des siècles — le 6 janvier, immédiatement après l’accord entre l’Administration transitoire syrienne et Israël, auquel l’État turc a également pris part, signé à Paris, la capitale de la France.

    Avec les gangs salafistes-djihadistes HTS amenés au pouvoir en Syrie, la politique de massacre d’abord dirigée contre les Alaouites et les Druzes a désormais été tournée contre le peuple kurde et la révolution du Rojava. Des quartiers d’Alep où vivent des centaines de milliers de personnes ont été assiégés et des attaques ont été lancées avec la provocation de la Turquie et l’approbation des États-Unis et d’Israël. Un concert international visant le statut et les acquis obtenus par les peuples de la région, en premier lieu la nation kurde, par la révolution du Rojava, a été mis en œuvre.

    Face aux attaques des gangs HTS — coordonnés et soutenus par l’État turc — sur les quartiers de Şêxmeqsûd, Eşrefiyê et Benî Zêd à Alep, où vivent principalement des Kurdes, les Forces de sécurité intérieure de Şêxmeqsûd ont annoncé qu’elles défendraient leurs communautés et résisteraient pour empêcher le massacre de civils. Malgré leur faible nombre et leur armement inadéquat, ces forces de résistance ont fait la démonstration d’une résistance significative pendant cinq jours.

    Après l’attaque d’Alep, les gangs HTS ont réorienté leurs assauts vers les territoires sous le contrôle de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie. Le fait que ces attaques soient menées par les gangs HTS montre clairement que l’agression est menée avec l’approbation des impérialistes occidentaux — principalement les États-Unis — et par la coordination et la direction directes des forces réactionnaires régionales, particulièrement le fascisme turc. En effet, pendant que des attaques militaires sont lancées d’un côté, la guerre psychologique se poursuit de l’autre, et les peuples vivant dans les zones sous le contrôle de l’Administration autonome sont montés les uns contre les autres. Des spéculations et des méthodes de guerre spéciales menées par l’État fasciste turc et les États arabes réactionnaires du Golfe ont été mises en œuvre contre la population vivant dans les zones sous le contrôle de l’Administration autonome.

    Pour l’État turc, qui coordonne personnellement ces attaques, l’objectif principal est l’élimination complète de la révolution du Rojava et de l’Administration autonome. Là où cela ne peut pas être réussi, le but est d’empêcher les peuples de la région, au premier desquels les Kurdes, d’obtenir jusqu’au moindre gain.

    Face aux objectifs régionaux des impérialistes et aux attaques réactionnaires et anti-populaires menées par le fascisme turc, l’Israël sioniste et les cheikhats arabes, la défense de la révolution du Rojava et de ses acquis est d’une importance historique. Descendre dans les rues et sur les places pour défendre la révolution du Rojava est un devoir internationaliste.

    Défendons la révolution du Rojava !

    À bas l’impérialisme, le fascisme, le sionisme et toutes les formes de réaction !

    Janvier 2026
    Comité central du TKP-ML

  • PCI(maoïste) : Célébrons le 25e anniversaire de la PLGA !

    PCI(maoïste) : Célébrons le 25e anniversaire de la PLGA !

    Célébrons le 25e anniversaire de la PLGA du 2 au 8 décembre 2025 dans tout le pays avec un enthousiasme révolutionnaire !

    Protégeons le Parti ! Protégeons la PLGA ! Protégeons les organisations de masse ! Protégeons le mouvement révolutionnaire. Tout cela est nécessaire en face de la guerre révolutionnaire et défensive contre Kagaar.

    Intensifions la lutte de classe contre l’alliance des classes impérialiste, capitaliste bureaucratique compradore et propriétaire foncière ! Intensifions la lutte contre les gouvernements fascistes brahmaniques hindutva RSS-BJP du centre et des États !

    À l’occasion du 25e anniversaire de la PLGA, la Commission militaire centrale (CMC) et le PCI(maoïste) adressent ce message à l’ensemble du Parti, à la PLGA, aux structures du peuple et aux peuples opprimés.

    Commission militaire centrale,
    Comité central,
    PCI(maoïste)

    Célébrons le 25e anniversaire de la PLGA du 2 au 8 décembre 2025 dans tout le pays avec un enthousiasme révolutionnaire !

    Chers camarades et cher peuple,

    L’Armée de guérilla de libération du peuple (PLGA), qui mène la guerre populaire pour la victoire de la révolution démocratique nouvelle dans le pays, fête ses vingt-cinq ans le 2 décembre. À cette occasion, la Commission militaire centrale (CMC) appelle tous les comités du Parti, tous les membres du Parti, tous les commandements de la PLGA, toutes les unités, toutes les organisations de masse et le peuple révolutionnaire à célébrer le vingt-cinquième anniversaire de la PLGA du 2 au 8 décembre dans tout le pays. Cela doit se faire dans les forêts, dans les plaines et dans les zones urbaines. Cela doit se faire avec une ferveur révolutionnaire. Cela doit se faire avec une détermination sans faille.

    La CMC lance l’appel suivant à l’ensemble du camp révolutionnaire.

    Protégeons le Parti. Protégeons la PLGA. Protégeons les organisations de masse. Protégeons le mouvement révolutionnaire. Tout cela est nécessaire en face de la guerre révolutionnaire et défensive contre Kagaar. Intensifions la lutte de classe contre l’alliance des classes impérialiste, capitaliste bureaucratique compradore et propriétaire foncière. Intensifions la lutte contre les gouvernements fascistes brahmaniques hindutva RSS-BJP du centre et des États.

    À l’occasion du 24e anniversaire de la PLGA, la CMC a présenté ces tâches à l’ensemble du Parti, à la PLGA, aux organisations du peuple et au peuple révolutionnaire. Au cours de l’année précédente, tous les comités du Parti ont travaillé avec enthousiasme. Ils ont travaillé avec détermination, courage et discipline. Le CMC adresse ses salutations révolutionnaires à tous les membres du Parti, à tous les commandements et commandants de la PLGA, à tous les combattants, à tous les dirigeants des organisations de masse, à tous les militants, à tous les membres de la milice populaire et à tout le peuple révolutionnaire.

    La CMC adresse ses salutations révolutionnaires à tous les camarades qui ont participé aux efforts politiques, militaires, organisationnels, culturels et tactiques au cours de l’année précédente. Ils ont fait cela tout en menant par leurs propres forces la guerre révolutionnaire et défensive contre l’opération Kagaar. La CMC exprime également sa confiance dans le fait que les camarades blessés dans la guerre de guérilla dans les différentes régions révolutionnaires du pays se sont rapidement rétablis avec courage. Elle estime qu’ils ont repris leur place et rempli leurs responsabilités dans la guerre de guérilla.

    Au cours de l’année précédente, nos camarades ont affronté seuls la guerre Kagaar et y ont résisté avec une détermination inébranlable. De nombreux guérilleros courageux sont devenus des martyrs dans ces batailles. Beaucoup ont perdu la vie lors d’opérations d’encerclement et d’anéantissement. De nombreux camarades ont sacrifié leur vie lors d’affrontements avec l’ennemi. Beaucoup ont été tués lors de faux affrontements. D’autres ont atteint le martyr lors d’actions offensives contre l’ennemi. Certains ont perdu la vie à cause de trahisons. Quelques camarades sont morts dans des accidents, tandis que d’autres sont décédés de mauvaise santé. La Commission militaire centrale (CMC) s’incline et rend un humble hommage révolutionnaire à tous ces martyrs.

    À partir de janvier 2024, la guerre Kagaar est devenue chaque jour plus intense. Nos camarades n’en ont pas eu peur. Ils ont tenu tête à l’ennemi. Ils n’ont pas reculé. Ils se sont battus jusqu’à leur dernier souffle. Les martyrs ont fait preuve d’un courage sans pareil. Ils ont fait preuve d’une défiance qui ne s’est jamais rendu à l’ennemi. Ils ont fait preuve d’un style de lutte qui ne craignait pas la mort. Ils ont fait preuve d’une persévérance qui ne s’est jamais épuisé. Ils ont prouvé leur engagement et leur dévouement envers le peuple. Ils ont démontré une foi inébranlable dans la victoire révolutionnaire. Ils sont un grand modèle pour nous. Ils sont un exemple éternel. Nous défendrons leurs idéaux. Nous ferons connaître au monde entier leur résistance héroïque et leurs actes. Nous louerons leurs principes. Nous suivrons leurs traces. Nous nous engagerons à lutter sans relâche jusqu’à notre dernier souffle pour la réalisation de leurs idéaux.

    Au cours des onze derniers mois, de décembre 2024 à novembre 2025, 320 camarades sont devenus des martyrs à travers le pays en résistant à la guerre Kagaar. Parmi eux, 183 étaient des camarades masculins ; 117 étaient des camarades féminines. L’identité de 20 personnes reste encore inconnue.

    Vingt-deux camarades sont devenus des martyrs au Bihar et au Jharkhand. Un en Assam. Deux cent quarante-trois à Dandakaranya. Trente-trois en Odisha. Sept au MMC [Maharashtra-Madhya Pradesh-Chhattisgarh]. Huit au Telangana. Six à l’AOB [frontière Andhra-Odisha]. Parmi eux se trouvait le secrétaire général de notre parti, le camarade Basavaraju (BR).

    Parmi les martyrs figuraient huit membres du Comité central et quinze membres de divers comités d’État. Vingt-cinq étaient membres des Comités de district et soixante-treize étaient membres des Comités régionaux. Cent seize étaient membres du Parti. Treize appartenaient à la PLGA. Trente-trois étaient des cadres et des militants de diverses organisations de masse. Plusieurs membres des masses révolutionnaires ont également donné leur vie. En outre, trente-sept personnes dont le statut organisationnel n’a pas pu être établi de manière concluante ont été tuées.

    De nombreux dirigeants et militants révolutionnaires, progressistes et démocratiques d’organisations de masse sont devenus des martyrs à travers le pays au cours des luttes du peuple. Certains intellectuels, révolutionnaires, sympathisants et amis ont également perdu la vie. Aux Philippines, certains membres du Comité central du Parti communiste de ce pays, certains commandants et membres de la Nouvelle armée populaire et certains dirigeants et militants du Front national démocratique sont devenus des martyrs. En Palestine, 75 000 Palestiniens et combattants ont été tués au cours de la guerre génocidaire menée par Israël avec le soutien du gouvernement américain au cours des deux dernières années à Gaza. La CMC rend un hommage révolutionnaire à tous ces martyrs.

    Au cours de la guerre Kagaar, nous avons perdu le camarade Basavaraju, secrétaire général de notre parti. Nous avons perdu huit membres du Comité central et quinze membres de Comités d’État. Nous avons perdu 320 camarades au total. Le mouvement a subi de lourdes pertes. Dans cette situation, certains, comme Sonu et Satish, se sont rendus. Ils ont remis leurs armes à l’ennemi et se sont enfuis. Ils ont causé d’immenses dommages au mouvement. C’est dans ce contexte que nous célébrons le vingt-cinquième anniversaire de la PLGA.

    À un tel moment, il incombe à notre Parti et à notre PLGA de répondre aux questions qui se posent dans le camp révolutionnaire concernant l’avenir du mouvement. Il est notre tâche de dissiper la peur et l’anxiété. Il est notre tâche d’insuffler du courage et de renforcer la confiance en soi. Il est notre tâche de mener tout le camp révolutionnaire vers l’avant avec une détermination sans faille et un courage sans pareil. Comme partie de cette tâche générale, nous célébrons l’anniversaire de la PLGA.

    Pour accomplir cette tâche, nous devons identifier les causes des pertes importantes que subit actuellement le mouvement. Nous devons les corriger. Nous devons identifier les conditions objectives. Nous devons examiner les conditions subjectives. Nous devons identifier les facteurs qui favorisent l’avancement du mouvement. Sur la base de ces facteurs, nous devons revitaliser le Parti. Nous devons consolider la PLGA et les organisations de masse.

    Depuis le début de la guerre Kagaar, notre Parti, nos forces de la PLGA et les organisations du peuple secrètes locales ont subi de lourdes pertes. Elles continuent de souffrir. La raison fondamentale en est la suivante. Nos organisations et nos forces n’ont pas suivi les méthodes nécessaires du travail clandestin. Elles n’ont pas appliqué les règles de la guérilla. Elles n’ont pas correctement mis en œuvre les tactiques politiques prescrites par le Comité central.

    Selon les tactiques élaborées par le Comité central et le Politburo, nos forces ne doivent pas se limiter aux zones les plus petites. Elles doivent travailler dans les zones les plus vastes. Elles ne doivent pas rester centralisées. Elles doivent passer à des formations décentralisées. Elles doivent se déplacer en petites formations. Elles doivent coordonner des formes légales et illégales, ouvertes et secrètes de lutte et d’organisation. Elles doivent mener la lutte des classes de ces manières coordonnées. Elles doivent mobiliser les ouvriers, les paysans, les classes moyennes, la petite bourgeoisie, la bourgeoisie nationale, les couches sociales opprimées et les nationalités opprimées dans les régions urbaines, de plaines et de forêts. Elles doivent intégrer ces couches dans le mouvement révolutionnaire.

    Nous n’avons pas suivi correctement ces tactiques. En conséquence, le Parti, les forces de la PLGA et la direction ont subi de lourdes pertes. Ils en souffrent encore aujourd’hui. Le Parti et les forces de la PLGA ont subi de lourdes pertes parce que nous n’avons pas retiré certaines troupes de Dandakaranya, le principal centre de la guerre Kagaar, vers d’autres régions.

    Identifions les erreurs qui se sont produites dans notre pratique au cours des 22 derniers mois. Corrigeons-les. Mettons correctement en œuvre les stratégies formulées par le Comité central et le Politburo. De cette manière, protégeons le Parti, la PLGA et les organisations de masse. Protégeons le mouvement révolutionnaire.

    Les gouvernements central et étatiques ont infligé de lourdes pertes au mouvement révolutionnaire dans la guerre Kagaar. Malgré cela, les forces de la PLGA et le peuple révolutionnaire sous la direction de notre Parti mènent des batailles défensives. Ils résistent. Dans cette résistance, les forces armées ennemies subissent également des pertes importantes. L’ennemi ne déclare pas ces pertes, car cela renforcerait le moral du camp révolutionnaire. Cela fait partie de la guerre psychologique. Le camp révolutionnaire ne doit pas se laisser influencer par cette guerre psychologique.

    Au cours de l’année précédente, au Dandakaranya, au Bihar et au Jharkhand, dans l’est du Bihar et le nord-est du Jharkhand, dans l’Odisha et au MMC, les forces armées centrales et étatiques ainsi que diverses forces commando ont subi des pertes. Cent seize policiers ont été tués. Deux cent huit ont été blessés. Certains agents secrets, certains informateurs de la police et certains ennemis politiques appartenant au BJP ont été éliminés par les forces de la PLGA. Les forces de la PLGA ont incendié certains bureaux gouvernementaux et certaines tours de téléphonie mobile dans les zones de communication routière.

    Dans tout le pays, les forces de la PLGA ont résisté à la police, aux forces paramilitaires, aux forces de police armée centrale, aux unités de commando et aux unités de l’armée indiennes lors de soixante-douze opérations et affrontements d’encerclement et d’anéantissement.

    Au cours de l’année précédente, pour vaincre la guerre Kagaar, nos forces de la PLGA ont principalement utilisé des engins explosifs improvisés (EEI) et ont frappé les cibles ennemies. Elles ont vaillamment résisté aux encerclements et aux affrontements. Elles ont mené des embuscades et éliminé des informateurs de la police. Certains dirigeants du BJP qui étaient des ennemis du peuple ont été éliminés, et des trous à pics ont été installés comme pièges. Ce sont là quelques-unes des méthodes utilisées pour mener la guérilla.

    L’ampleur et l’intensité des actions de guérilla ont diminué. En conséquence, les actions visant à éliminer ou à blesser des policiers ont diminué. La PLGA n’a pu saisir que cinq armes à l’ennemi. D’autre part, en raison de la guerre Kagaar, nos forces de la PLGA et les organisations de masse ont subi de lourdes pertes. Le mouvement révolutionnaire dans tout le pays a été durement touché en conséquence.

    Bien que le mouvement révolutionnaire dans le pays ait subi de lourdes pertes, le Parti, qui existe toujours dans tout le pays, poursuit son travail politique parmi la population sous diverses formes. Il continue à diffuser la propagande politique révolutionnaire auprès des masses, à mobiliser le peuple et à faire avancer les luttes contre l’impérialisme, le capitalisme bureaucratique-comprador (BCC), le latifundisme, la corporatisation et la militarisation. Il organise le peuple sous diverses formes de mouvements de masse et, s’appuyant sur le peuple et la milice populaire, le Parti et la PLGA poursuivent une guerre de guérilla prolongée, décentralisée et défensive.

    Même si, au nom de Kagaar (la dernière guerre), les gouvernements central et étatiques ont mobilisé 850 000 policiers, forces de police armée centrale, forces de commando, l’armée indienne et de l’armée de l’air dans les zones révolutionnaires — menant des opérations à grande échelle — ces opérations ont été courageusement combattues et repoussées. Les embuscades ont été contrées avec courage et fermeté. Dans les États du Chhattisgarh, du Maharashtra, de l’Odisha, du Telangana et du Jharkhand, plus de 50 000 membres de tous les types de forces armées — forces armées centrales, unités de commandos, armée indienne et armée de l’air — ont été mobilisés. Parallèlement, des officiers et des techniciens militaires américains et israéliens ont participé à des exercices conjoints visant à vaincre le mouvement révolutionnaire.

    Même si, au cours des trois dernières années, les gouvernements central et étatiques ont mené des opérations concentrées dans le district du Singhbhum occidental, dans l’État du Jharkhand, ces attaques ont été repoussées et des pertes importantes ont été infligées aux forces armées ennemies. Ce sont là nos aspects positifs. En consolidant ces aspects positifs, surmontons les revers temporaires et faisons progresser le mouvement révolutionnaire.

    Pour défendre le Parti, la PLGA, les organisations de masse et le mouvement révolutionnaire dans le cours de la guerre de contre-offensive révolutionnaire « Kagaar », nous devons tout mettre en œuvre pour mener à bien les tâches politiques, organisationnelles et militaires suivantes :

    1. La priorité doit être donnée à la protection des forces dirigeantes et les pertes doivent être évitées. Au cours de l’année précédente, 320 camarades appartenant au Parti, à la PLGA et aux organisations de masse à travers le pays sont devenus des martyrs. Après 53 ans, la perte du camarade Basavaraju, secrétaire général de notre Parti, qui fait suite au martyr de l’un des dirigeants fondateurs du Parti, le camarade Charu Mazumdar, est un coup terrible pour notre Parti et le mouvement révolutionnaire.

    Au cours de cette année, huit membres du Comité central et quinze membres de divers comités d’État ont été martyrisés. Nos comités centraux et d’État ont subi de lourdes pertes. Ces pertes auront des répercussions sur le mouvement révolutionnaire pendant une longue période.

    En plus de ces pertes dans la direction, un grand nombre de dirigeants et de cadres du Parti, des forces de la PLGA, de dirigeants et de militants d’organisations de masse, ainsi que de membres du peuple révolutionnaire ont été martyrisés. En conséquence, le Parti, la PLGA, les organisations de masse et le mouvement révolutionnaire ont subi de graves dommages.

    Dans cette situation, en mettant en œuvre et en respectant correctement les directives politiques et militaires formulées par le Comité central et le Politburo, nous devons empêcher de nouvelles pertes. En prévenant ces pertes, nous préserverons le Parti, la PLGA, les organisations de masse et le mouvement révolutionnaire, et nous les reconstruisons et renforcons.

    Même après le 31 mars 2026, la guerre de contre-offensive révolutionnaire sous le nom de Kagaar (et sous d’autres noms opérationnels connexes) se poursuivra. L’objectif de Kagaar étant d’écraser les masses opprimées et d’établir le « pays corporation hindou », le RSS-BJP, ses organisations affiliées et les gouvernements central et étatiques fonctionnant sous leur direction continuent de qualifier tous ceux qui s’opposent à la corporatisation, à la militarisation et à l’hindutva d’extrémistes et d’extrémistes urbains et mènent des attaques fascistes contre eux.

    Sans perdre cela de vue, nous devons protéger les forces dirigeantes. Ce n’est qu’en menant une lutte contre le fascisme brahmanique hindutva dans tous les domaines de la vie sociale — aux côtés de tous les individus, forces, organisations, institutions et partis qui s’opposent à la corporatisation, à la militarisation et à l’hindutva — que nous pourrons protéger nos forces dirigeantes.

    1. Nous devons surmonter la crise créée par la clique des renégats, Sonu et Satish.

    En devenant des renégats, des scissionnistes, et des agents de la contre-révolution, la clique de Sonu et Satish s’est rendue à l’ennemi les 14 et 16 octobre et a remis 203 armes appartenant au Parti. Dans le prolongement de l’impact de cette clique, vers la fin du mois d’octobre, 21 personnes du nord du Bastar, dans le Dandakaranya, avec 18 armes, se sont rendues à l’ennemi ; au cours de la première semaine de novembre, 7 personnes de la zone du Comité d’État d’Odisha – des divisions du Dhanthari, Gariband et Nawapada – se sont rendues avec 6 armes. Ainsi, en octobre et novembre, 299 personnes se sont rendues à l’ennemi et ont remis 227 armes.

    La clique de Sonu et Satish a attaqué notre ligne politico-militaire et créé une crise au sein du Parti en remettant une grande quantité d’armes à l’ennemi. Dans tout le pays, les forces révolutionnaires honnêtes et toutes les forces participant à la guerre Kagaar ont immédiatement reconnu le caractère creux et trompeur des arguments avancés par la clique de Sonu et Satish et les ont identifiés comme des renégats. Cependant, même aujourd’hui, au sein de notre parti et de la PLGA dans certaines régions du pays, ainsi que dans une partie du camp révolutionnaire, la confusion et les troubles idéologiques persistent en raison des arguments de Sonu et Satish. Nous devons donc dénoncer toute la fraude, la tromperie et la duplicité des arguments de Sonu et Satish, dissiper la confusion qui règne dans ces sections et ancrer fermement notre ligne politico-militaire dans leur conscience.

    Sonu présente trois raisons principales pour affirmer que la ligne politico-militaire de notre parti est erronée :

    (1) « Nous n’avons pas de parti révolutionnaire. »

    (2) « Le programme central formulé par le Congrès de 2007 est une déviation extrémiste. »

    (3) « Nous avons rejeté les luttes légales. »

    En avançant l’argument étrange selon lequel « le Parti se compose uniquement de révolutionnaires à plein temps et les comités du Parti sont composés uniquement de ces révolutionnaires à plein temps », il nie la légitimité de toute la structure des membres et des comités à temps partiel du Parti qui existent à travers le pays. Il déforme encore davantage cette idée en affirmant que seuls les comités de révolutionnaires à plein temps travaillant clandestinement et avec des armes constituent le Parti, et il les qualifie tous d’une forme d’armée. Il nie également que le Parti organise des comités régionaux clandestins, des membres ACM/DVC/DC et des membres du Parti qui, sans armes, restent dans les zones civiles pour mener des actions de masse. Tout cela sont des interprétations totalement incorrectes et sans fondement. Selon lui, les comités du Parti qui existent sans porter d’armes, intégrés parmi la population dans les villages et les villes, sont le seul Parti. Selon sa logique, le Parti révolutionnaire est une structure à temps partiel intégrée parmi la population des villages et des villes ; par le même raisonnement, les comités régionnaux jusqu’au Comité central qui travaillent de manière armée et clandestine ne sont pas le Parti. Il s’agit là d’arguments fondamentalement incorrects, opportunistes de droite et révisionnistes concernant l’organisation et le fonctionnement du Parti révolutionnaire.

    L’affirmation selon laquelle le Programme central formulé par le congrès de 2007 est une déviation extrémiste est également un argument opportuniste de droite et révisionniste. En 2007, après 27 ans de travail à Dandakaranya, cette région était devenue une zone de guérilla ; après 37 ans de travail au Bihar-Jharkhand, elle était également devenue une zone de guérilla. Ces deux régions possédaient des bases révolutionnaires de masse étendues et consolidées. Alors que ces deux régions et plusieurs autres dans le pays étaient dans une phase de résistance rouge, certaines régions étaient dans une phase temporaire de recul. Dans ce contexte, après la fusion des deux partis révolutionnaires et la formation d’un parti unifié, il y avait un enthousiasme et une confiance considérables dans tout le camp révolutionnaire du pays.

    Compte tenu de tout cela, et en gardant à l’esprit la situation politique internationale et nationale de l’époque, le Congrès de 2007 a formulé le Programme central visant à développer les régions de Dandakaranya et du Bihar-Jharkhand en zones libérées. Le congrès a décidé que, pour transformer ces régions en zones libérées, les zones de résistance rouges devaient être davantage consolidées en tant que zones de guérilla ; les régions en recul temporaire devaient être relancées ; et le travail urbain devait être étendu. Pour mener à bien ces tâches, le congrès a appelé l’ensemble du parti à corriger les déviations internes et à travailler selon une méthode unifiée. Cependant, malgré des efforts intenses pour rectifier les déviations internes, en raison de la répression sévère exercée par les gouvernements central et étatiques, le mouvement révolutionnaire à travers le pays s’est retrouvé en position défensive en 2012. Dans cette situation, le Comité central a décidé que le plan visant à transformer l’Armée de guérilla de libération du peuple en une armée régulière et à transformer la guerre de guérilla en guerre de mouvement ne pouvait être mis en œuvre immédiatement et a donc modifié le Programme central.

    Mettre de côté cette réalité et qualifier la tâche centrale déterminée par le Congrès d’« aventurisme de gauche » revient à insister pour que, au lieu de mener la lutte pour la prise du pouvoir d’État en fonction des forces et des faiblesses du mouvement, le mouvement révolutionnaire se limite uniquement à des luttes partielles et à des luttes économiques. En d’autres termes, cela signifie sacrifier le mouvement révolutionnaire à l’économisme et au réformisme. Cela devient une position légaliste qui cherche à maintenir le mouvement strictement dans les limites de la légalité.

    L’affirmation selon laquelle « nous avons rejeté les luttes légales » est également fausse et trompeuse. En 2007, à une époque où le nord du Telangana, l’Andhra et l’AOB étaient en recul temporaire et où la force organisationnelle avait diminué, de nombreuses luttes légales et ouvertes ont été menées. Dans ce cadre, le mouvement politique du Telangana a été entrepris. Dans le Telangana et l’AOB, des luttes ont été menées pour mettre en œuvre le cinquième annexe [de la Constitution indienne] et la PESA [Provisions of the Panchayats (Extension to Scheduled Areas) Act] dans les régions adivasis. Entre 2006 et 2011, au Bengale occidental, le Parti a coordonné des luttes légales et illégales et a dirigé les mouvements de Singur et Nandigram. Au cours de la même période, dans l’AOB, le mouvement sur les problèmes fonciers a été mené.

    En 2008, lorsque le gouvernement central a formulé la nouvelle loi sur les forêts, le Comité central a décidé que dans les régions où le mouvement révolutionnaire était intense, ainsi que dans les régions émergentes, les organisations révolutionnaires (Janatana Sarkars là où elles existaient) devaient lutter pour que la loi contienne des dispositions favorables au peuple et que ces gouvernements révolutionnaires populaires délivrent des titres fonciers aux Adivasis. En 2013, le CRB a publié un document sur les réformes de la classe exploiteuse et la position du Parti. Il a décidé que les luttes devaient être menées sous toutes leurs formes – légales, illégales, ouvertes et clandestines – en fonction des conditions objectives, tout en maintenant la primauté de la lutte armée. Par la suite, dans le district de Gadchiroli, le mouvement pour la PESA et les Gram Sabhas [gouvernements locaux autonomes] a été mené. Depuis 2021, le mouvement en faveur de la PESA et des Gram Sabhas se poursuit dans tout le Dandakaranya.

    Depuis sa création, le Parti a toujours mené, dans tout le pays, des mouvements populaires légaux et ouverts contre les déplacements de population. Ignorer tous ces faits et les déformer de manière sélective pour affirmer que « nous avons abandonné les luttes légales » est une position révisionniste qui vise à limiter le mouvement aux seules luttes légales.

    Par ailleurs, Sonu a présenté deux déclarations importantes : une « cessation temporaire de la lutte armée » et deux « appels », l’un au peuple et l’autre aux cadres. Ceux-ci démontrent non seulement un rejet de la ligne révolutionnaire du Parti, mais aussi un rejet de la lutte armée elle-même. Il ne propose aucune stratégie alternative. Son point de vue est essentiellement celui de la capitulation. Au fond, son argument revient à mener des luttes légales, à dissoudre le Parti clandestin et à transformer le Parti en une entité ouverte.

    Il s’agit là, en substance, de positions révisionnistes. Rejeter tout ce que le Parti a enseigné, remettre les armes du Parti à l’ennemi et devenir un agent de la contre-révolution — voilà ce qu’est devenu Sonu. En ralliant ses partisans, il a tenté de diviser le Parti. Satish a souscrit à toutes ces positions. Il est donc également devenu un renégat, un scissionniste du Parti et un agent de la contre-révolution.

    Par conséquent, l’ensemble du camp révolutionnaire doit clairement comprendre la fraude et la tromperie qui sous-tendent les arguments de Sonu et Satish. La confusion au sein du camp révolutionnaire doit être éliminée, la clarté établie et la confiance rétablie. Les arguments de Sonu et Satish sont totalement dépourvus d’intégrité ; ils sont purement motivés par la peur et le désir de justifier leur voie de capitulation. En propageant des mensonges – affirmant que le secrétaire général du parti avait l’intention de suspendre temporairement la lutte armée – ils ont induit en erreur des cadres idéologiquement et politiquement faibles. Ils les ont amenés à capituler devant l’ennemi. Par conséquent, leur tromperie doit être dénoncée au sein du camp révolutionnaire.

    1. Nous devons intensifier la lutte des classes contre l’impérialisme, le capitalisme bureaucratique comprador, l’alliance des classes féodales et contre les gouvernements centraux et régionaux fascistes brahmaniques hindutva RSS-BJP.

    Sous la direction des documents formulés par notre Comité central – « Changements dans les relations de production en Inde et notre programme politique » (document MOP), « La question des castes en Inde et notre voie » et « La question de la nationalité en Inde et la position du Parti » – nous devons mobiliser les classes opprimées (la classe ouvrière, la paysannerie, les couches moyennes [la petite bourgeoisie], la bourgeoisie nationale), les couches sociales opprimées (femmes, Dalits, Adivasis, minorités religieuses) et les nationalités opprimées, et mener la lutte des classes sur les questions de classe, la lutte sociale sur les problèmes sociaux et la lutte nationale sur les problèmes de nationalité. Conformément au développement inégal qui prévaut dans le pays, le document MOP a identifié le pays en sept catégories et formulé des programmes politiques spécifiques à chaque région. Sur la base de ce programme politique, nous devons intensifier la lutte des classes.

    Depuis 2014, après l’arrivée au pouvoir du fascisme brahmanique hindutva RSS-BJP au centre, celui-ci s’est transformé toujours plus en fascisme politique. Depuis lors, il mène des attaques continues contre toutes les classes opprimées, les couches sociales opprimées et les nationalités opprimées dans les sphères économique, politique, culturelle et toutes les sphères de la vie sociale. Dans ce cadre, il tente de transformer le pays en un « État majoritaire » par la liquidation des minorités. En intimidant et en manipulant des institutions telles que la Direction de l’application de la loi (ED), le CBI, la Commission électorale et même le pouvoir judiciaire, il les utilise comme des armes pour servir ses propres intérêts. Il mène des attaques incessantes contre le peuple et les partis d’opposition. Dans ce cadre, il tente de créer une « Inde sans opposition » (Vipaksh-mukt Bharat). C’est pourquoi il est aujourd’hui devenu le principal ennemi du pays et de son peuple.

    Dans cette situation, nos unité du Parti à travers le pays doivent unir toutes les forces qui résistent à ces assauts – ouvriers, paysans, organisations, associations, institutions, partis, y compris les partis bourgeois qui peuvent être considérés comme des alliés tactiques – en établissant des plateformes et des programmes de front uni, intensifiant ainsi la lutte des classes. En outre, nous devons dénoncer, preuves à l’appui, le mensonge et la tromperie qui se cachent derrière la campagne de propagande du fascisme brahmanique hindutva RSS-BJP des gouvernements central et des États, prétendant qu’ils transformeront l’Inde en un « pays développé (Viksit Bharat) » d’ici 2047.

    Cette année, en avril, l’État indien a mené des opérations militaires sous le nom d’« opération Sindhur », présentant l’attaque terroriste qui a eu lieu à Poonch, dans l’État de Jammu-et-Cachemire, comme un acte du Pakistan. Tout différend avec le Pakistan – ou avec tout autre pays d’Asie du Sud – doit être résolu sur la base de principes pacifiques, par le dialogue, la diplomatie et les négociations. Au lieu de respecter ces principes, il a recouru à des opérations militaires. Il a tenté de résoudre le problème par la guerre, ce qui est incorrect. Cependant, sur instruction des États-Unis, il a mis fin à ces opérations en quatre jours, affichant ainsi sa soumission. D’un côté, tout en démontrant cette servilité envers les États-Unis, il a simultanément attisé la frénésie nationaliste, l’hystérie guerrière et le jingoïsme parmi le peuple indien au cours des sept derniers mois.

    Au cours des onze dernières années de règne du BJP au centre, celui-ci n’a résolu aucun des problèmes majeurs auxquels le pays est confronté — pauvreté, chômage, hausse des prix et suicides de paysans. Au lieu de s’attaquer à ces problèmes, il n’a cessé d’attiser le majoritarisme hindou, la frénésie communautaire et l’hystérie guerrière afin de détourner et de réprimer les masses en lutte. Le BJP, Modi, et leur protégé, Adani, ont arbitrairement cédé les richesses nationales au capital corporatif. Pour protéger Adani, qui a été impliqué dans des pratiques commerciales illégales aux États-Unis, ils ont hypothéqué les intérêts nationaux auprès des États-Unis. Le régime a signé de nombreux accords avec Israël, les États-Unis, l’Afghanistan et bien d’autres pays au profit du capital corporatif national et étranger.

    Au cours des onze dernières années de règne fasciste du BJP, les attaques contre les Dalits et les Adivasis ont drastiquement augmenté. Le harcèlement et l’humiliation des fonctionnaires dalits et bahujans (IAS, IPS, etc.) par les autorités administratives brahmaniques se sont également intensifiés. L’exploitation et l’oppression corporative dans l’agriculture, l’industrie et le secteur des services – tant par le capital corporatif national qu’étranger – se sont considérablement développées. En conséquence, les larges masses à travers le pays mènent sans relâche des luttes défensives.

    Dans cette situation, nous devons intensifier les programmes de propagande, d’agitation et de lutte contre toutes les politiques économiques, politiques et culturelles des gouvernements central et étatiques fascistes brahmaniques hindutva RSS-BJP qui s’opposent au peuple ; et contre l’exploitation et l’oppression des corporations, renforçant ainsi le soutien des masses. En intensifiant la lutte des classes à l’échelle nationale et en élargissant le soutien des masses sur cette base, faisons progresser la guerre de guérilla.

    Chers camarades et masses !

    Depuis 1973, pour surmonter la crise fondamentale, l’impérialisme a poussé à la mondialisation impérialiste. Cependant, la crise économique mondiale de 2008 a prouvé que la mondialisation impérialiste a échoué. Cette crise n’est toujours pas été résolue. Toutes les politiques économiques, politiques, militaires et culturelles que les pays impérialistes et les pays arriérés qui les suivent, ou qui ont été contraints de les suivre, ont mises en œuvre pour surmonter cette crise ont échoué lamentablement ou sont en train d’échouer. Pour mettre en œuvre les politiques associées à la mondialisation impérialiste, dans de nombreux pays à travers le monde, des partis de droite, racistes et fascistes sont arrivés au pouvoir. Ces partis de droite, racistes et fascistes ont bafoué les droits démocratiques bourgeois les plus élémentaires dans leurs pays respectifs et imposent la répression et le fascisme. Dans le cadre de la mise en œuvre de la mondialisation impérialiste, bien que l’exploitation impérialiste se soit considérablement intensifiée en Asie, en Afrique et en Amérique latine, son fardeau continue d’être supporté par la classe ouvrière et la classe moyenne, même dans les pays impérialistes qui exportent du capital impérialiste. Dans les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, les classes de la bourgeoisie compradore et des propriétaires fonciers, agissant comme agents de l’exploitation impérialiste, ont intensifié l’oppression et le pillage des populations. Face à cela, les luttes populaires se poursuivent à des niveaux divers dans ces pays.

    Les soulèvements du « printemps arabe » qui ont éclaté dans les pays africains vers 2012-2013 n’ont pas réussi à renverser le système d’exploitation. Au cours des 3-4 dernières années, bien que les déclencheurs immédiats des soulèvements populaires au Sri Lanka, au Bangladesh, au Népal, aux Philippines et au Cachemire occupé par le Pakistan semblent variés, la cause fondamentale derrière ceux-ci est la mondialisation impérialiste et l’intensité de l’exploitation et de l’oppression par le capital (étranger et national) corporatif comprador et les classes propriétaires foncières dans ces pays. Au cours de cette même période, même dans les pays d’Europe occidentale, la classe ouvrière et la classe moyenne se sont soulevées contre l’exploitation par le capital financier.

    La victoire du candidat démocrate Zohran Kwame Mamdani à la mairie de New York, aux États-Unis, est due à l’opposition des travailleurs, des employés de la classe moyenne et des populations immigrées de cette ville à l’administration Trump, raciste et fasciste. De même, au cours des 2-3 dernières années, en Europe et dans d’autres pays, les victoires électorales des candidats sociaux-démocrates et démocrates sur les partis de droite, racistes et fascistes ont été motivées par une opposition généralisée aux politiques de mondialisation impérialiste et à la montée des forces de droite et fascistes. Dans les jours à venir, cette contradiction va s’intensifier davantage.

    S’emparant de ce moment, les communistes et les révolutionnaires du monde entier doivent s’organiser en partis révolutionnaires dans leurs pays, transformer les petits partis en grands partis, et renforcer les partis faibles.

    Au cours de l’année précédente, la guerre tarifaire résultant de l’intensification du conflit entre les États-Unis et la Chine a abouti à une trêve temporaire lorsque le président américain Trump et le président chinois Xi Jinping se sont rencontrés à Busan, en Corée du Sud, au cours de la première semaine de novembre. Les deux pays ont annoncé une suspension d’un an de la guerre commerciale. Les États-Unis ont décidé de réduire de 10 % les droits de douane sur les importations chinoises. En contrepartie, la Chine a accepté de lever son interdiction d’exporter des minéraux rares. En raison du ralentissement économique et de la récession, les États-Unis et la Chine ont été contraints de prendre ces décisions. Cet accord temporaire ne signifie pas pour autant que le conflit entre les États-Unis et la Chine a pris fin. Les deux pays sont en concurrence pour l’hégémonie mondiale. Selon cette tendance, la confrontation entre les États-Unis et la Chine va s’intensifier dans les jours à venir dans tous les domaines.

    Depuis l’avènement du système capitaliste, en particulier après sa transformation en impérialisme, ce dernier est devenu un destructeur de l’environnement. Aujourd’hui, non seulement l’humanité, mais aussi la planète entière sont confrontées à un grave danger. Dans ce contexte, les conférences des Nations unies sur le climat n’ont donné aucun résultat significatif. Seule la destruction du système capitaliste-impérialiste permettra aux mesures de protection de l’environnement de véritablement aboutir, sauvant ainsi l’environnement, la Terre et l’humanité. À cet égard, seuls les communistes et les révolutionnaires du monde entier peuvent mener le mouvement de protection de l’environnement.

    Dans le cadre des sanctions imposées mondialement par les États-Unis, ceux-ci ont imposé en août un droit de douane de 25 % à l’Inde. Invoquant l’achat de pétrole russe par l’Inde, les États-Unis ont augmenté les droits de douane de 25 % à 50 %. Cela a gravement affecté l’économie indienne. Dans cette situation, l’Inde a considérablement réduit ses importations de pétrole de Russie. Les États-Unis n’ont prolongé l’exemption du droit de douane de 11 % qu’ils imposent sur les importations de crevettes indiennes que jusqu’au 31 décembre. Dans les jours à venir, les États-Unis pourraient lever cette exemption. Cela n’est rien d’autre qu’une capitulation de l’Inde devant les États-Unis. Dans ces conditions, l’accord commercial entre l’Inde et les États-Unis actuellement en discussion sera totalement contraire aux intérêts du peuple indien. C’est pourquoi le peuple indien – en particulier les paysans, les producteurs laitiers et les pêcheurs – doit lutter contre la soumission du gouvernement indien. Il doit dénoncer la supercherie qui se cache derrière le discours du Premier ministre Modi sur « l’autosuffisance ». Une véritable autosuffisance ne peut voir le jour que lorsque les accords économiques et commerciaux inégaux imposés par les pays impérialistes seront annulés. L’autosuffisance ne devient réalité que lorsque la révolution démocratique nouvelle est achevée. La souveraineté et l’indépendance du pays doivent servir à atteindre l’autosuffisance. Les partis appartenant aux classes exploiteuses ne peuvent y parvenir. Par conséquent, seul le succès du mouvement révolutionnaire dirigé par le parti prolétarien permettra d’atteindre cet objectif.

    Le BJP, après avoir fait de la Commission électorale son institution de poche, s’est livré à des fraudes électorales et à de nombreuses illégalités et a remporté les élections législatives et parlementaires. Même lors des élections législatives au Bihar, il a gagné grâce à des irrégularités généralisées et à des fraudes électorales. Cette situation a une fois de plus mis en évidence la fausseté totale du système parlementaire actuel. Dans cette situation, pour établir une véritable démocratie, un nouveau système démocratique doit être mis en place. Pour cela, les larges masses du pays doivent s’unir, s’armer et renverser cet ordre exploiteur.

    Chers camarades et masses !

    Dans la situation actuelle, le mouvement révolutionnaire ayant subi de lourdes pertes, nous ne pouvons pas célébrer l’anniversaire de la PLGA comme nous l’avons fait par le passé. C’est pourquoi, dans la phase actuelle, le parti et les forces de la PLGA doivent commémorer cet anniversaire en mettant l’accent sur la sécurité. À travers les forêts, les plaines et les zones urbaines du pays, des réunions de groupe et des petites réunions doivent être organisées et l’anniversaire doit être célébré de manière appropriée. Des affiches et des brochures doivent être distribuées dans toute la région afin d’informer la population de la nécessité de renforcer la PLGA. Les personnes éligibles doivent être recrutées dans la PLGA.

    • Protégeons le Parti, la PLGA, les organisations de masse et le mouvement révolutionnaire contre la guerre contre-révolutionnaire « Kagaar ».
    • Intensifions la lutte des classes contre l’impérialisme, le capital corporatif comprador (étranger et national) et les classes foncières.
    • Intensifions les luttes du peuple contre les gouvernements central et des États fascistes brahmaniques hindutva RSS-BJP.
    • Prévenons les pertes. Opposons-nous à la déviation et à la trahison. Défendons fermement les intérêts des opprimés.
    • Vive le marxisme-léninisme-maoïsme.
    • Vive la révolution de nouvelle démocratie en Inde.
    • Longue vie à l’Armée de guérilla de libération du peuple (PLGA).
    • Longue vie au Parti communiste d’Inde (maoïste).

    Avec nos salutations révolutionnaires,

    Commission militaire centrale,
    Parti communiste d’Inde (maoïste)

    14 novembre 2025

  • « On s’en fout des femmes »

    « On s’en fout des femmes »

    I. La Fête de l’Humanité 2025

    La Fête de l’Humanité est un festival se revendiquant être « une fête culturelle, politique et populaire ». Ce festival est en lien direct avec le Parti communiste français (PCF). Il est l’un des plus grands festivals en France, et a réuni plus de 610 000 personnes en 2025. En parallèle des concerts se trouvent des stands d’organisations politiques, de syndicats, d’associations et d’ONG.

    Cette année, encore une fois, plusieurs artistes ayant commis des violences misogynes s’y sont produits. Le 10 septembre, les comptes Instagram des militantes et collectifs féministes Sirine Sehil (@militanthemis), Clara Achour (@surviv_hante), Stop Fisha (@stopfisha), Me Too Media (@metoomedia_) et Ma voix, mon choix (@mavoixmonchoixorg) ont dénoncé la participation de quatre rappeurs à la Fête de l’Huma. Le collectif Nous toutes a également dénoncé la présence de ces agresseurs.

    • Vicelow, condamné pour violences conjugales envers son ex-femme et accusé par des danseuses de harcèlement et d’agressions sexuelles.
    • Kalash, accusé de violences conjugales par son ex-compagne, contre laquelle il a porté plainte pour diffamation.
    • TIF, accusé de viols et d’agressions sexuelles, notamment dans des tweets aujourd’hui supprimés.
    • Zamdane, accusé de violences sexuelles et de banalisation du viol dans plusieurs tweets aujourd’hui supprimés, par exemple, « c’est pas du viol si elle dort » (paraphrase).

    Mais, quelles ont été les conséquences concrètes de ces accusations ? Le concert de TIF a été annulé (il a annoncé ne pas participer sans que le festival n’en explique la raison). En revanche, les trois autres agresseurs (Vicelow, Kalash, Zamdane) ont pu se produire. Zamdane a même pris la parole pendant son concert pour exprimer des regrets par rapport à certains de ses tweets, mais aussi pour appeler à la protection des victimes de viol (en général). Il fut applaudi par la foule, par des milliers de femmes féministes qui ne connaissaient pas le contenu des accusations. Puis, il a annoncé vouloir porter plainte pour diffamation contre les féministes l’ayant dénoncé.

    Dans les commentaires des publications Instagram de la Fête de l’Huma, plusieurs femmes dénoncent les agresseurs : sous l’annonce de la programmation des agresseurs, sous l’annonce des horaires des concerts, sous la publication « vers une fête plus safe », etc. Aussi, Sirine Sehil a contacté le festival plus de 3 mois avant son commencement. Pourtant, les responsables du festival gardent le silence. Ils savent qu’ils ne risquent rien : tout le monde continuera à venir à leur festival même s’il y a des agresseurs sur scène.

    Plusieurs personnes sont étonnées, dégoûtées même, que la Fête de l’Huma s’abaisse à ce niveau. Que la Fête de l’Huma ne réagisse pas n’est pas étonnant, après tout, elle n’est que l’émanation d’un parti ayant l’habitude de protéger des agresseurs. La Fête de l’Huma n’est qu’un festival comme un autre, c’est-à-dire une entreprise qui doit faire des bénéfices. Mais, il est tout de même affligeant que la Fête de l’Huma soit indiscernable du Hellfest.

    La Fête de l’Humanité 2025, censée être le rendez-vous annuel de la gauche militante et progressiste, a mis en lumière un problème structurel que nous dénonçons depuis longtemps : la tolérance implicite envers les agresseurs dans nos espaces culturels et politiques. Sur le terrain, aucune mobilisation collective et visible n’est venue contester leur présence. Le débat est resté confiné aux réseaux sociaux. À notre connaissance, il n’y a eu aucune action de propagande sur la fête (diffusion de tracts, affichage de pancartes, blocage, etc.). Encore une fois, la lutte contre les violences sexuelles est reléguée derrière d’autres « priorités ».

    La même polémique a eu lieu l’année dernière. Cela n’a eu aucune conséquence : les clients de gauche continuent d’affluer, les organisations de gauche et féministes continuent de venir.

    Ce silence et cette inertie révèlent une double logique : d’une part, pour le festival « politique », la priorité donnée aux bénéfices (au spectacle, à la notoriété des artistes et à l’attractivité médiatique du festival) ; d’autre part, pour les organisations présentes, une incapacité ou une réticence à placer la lutte contre le patriarcat et les violences sexuelles au centre de leur pratique. Les collectifs féministes ont alerté, mais leurs interventions sont restées majoritairement numériques, avec peu d’impact sur le déroulé concret du festival.

    Le collectif féministe Nous toutes, qui lutte contre les violences sexistes et sexuelles, a dénoncé sur les réseaux sociaux la programmation d’agresseurs à la Fête de l’Huma. Mais, ce même collectif refuse de considérer sa présence comme un « signe de caution ». Pourtant, Nous toutes, ainsi que les autres organisations et personnalités féministes, continuent de venir au festival et sont de fait une caution féministe pour le festival. Il ne s’agit pas ici de critiquer gratuitement Nous toutes, bien au contraire, puisque c’est l’un des très rares collectifs à avoir dénoncé la venue des agresseurs au festival. Mais, il faut regarder la réalité en face : la Fête de l’Huma garde une image de festival de gauche, dont les valeurs seraient « meilleures » que celles des autres festivals, parce que la présence des organisations de l’ensemble du spectre progressiste lui permet de maintenir cette image.

    Comment se fait-il qu’un évènement où convergent syndicats, associations féministes et militants et militantes de gauche permette que des agresseurs connus se produisent sur scène à côté d’elles et eux ?

    Les organisations politiques, syndicales et associatives ne peuvent pas se permettre de rater l’un des évènements les plus importants de l’année. Participer à la Fête de l’Huma leur permet de gagner en visibilité, de faire des conférences, de vendre leurs livres et leurs goodies, de gagner de l’argent et de recruter. Cette année, il y avait 610 000 visiteurs et visiteuses : mener des actions contre la Fête de l’Huma revient à prendre le risque de ne plus y être les bienvenus, donc de se priver de son large public.

    Mais, comment expliquer que tout cela puisse se produire ? La raison principale, c’est que tout le monde s’en fout des femmes ! Ici, d’un point de vue communiste, ce n’est pas seulement la Fête de l’Huma qui pose problème (c’est un festival comme un autre), ni le PCF (c’est un parti réformiste bourgeois comme un autre), ce sont principalement les organisations communistes qui n’assument pas leur rôle d’avant garde. Leur inaction est une déclaration envers les femmes : on s’en fout de vous ! C’est bien ça le problème, l’indifférence.

    Pour comprendre cette indifférence, il faut revenir à la source. De quoi se rendent coupables Vicelow, Kalash, TIF et Zamdane ?

    D’avoir frappé, menacé, touché, pénétré, etc., une femme contre sa volonté, c’est à dire, de s’être approprié une femme comme on s’approprie un objet, d’avoir nié son individualité, son existence en tant que sujet. Ces hommes ont considéré ces femmes pour ce qu’elles sont dans leur rôle social, celui d’objets dominés pouvant être possédés par les hommes. Pour ces hommes, ce n’est pas normal que des féministes leur reprochent de s’être comportés en accord avec leur propre rôle social, celui de sujets dominants pouvant posséder les femmes.

    Pour la Fête de l’Huma, et pour les organisations de gauche présentes, il est impensable que l’on puisse leur reprocher leur inaction, c’est-à-dire que l’on puisse leur reprocher de ne pas avoir traité les agresseurs pour ce qu’ils sont : des hommes s’appropriant des femmes. Si c’est impensable, c’est parce que leur niveau théorique, politique et idéologique est trop arriéré.

    Si ces artistes avaient agressé des hommes, ces organisations auraient réagi différemment. Si ces organisations considéraient les femmes de la même manière que les hommes, alors, la situation leur serait insupportable.

    La plupart des organisations présentes à la Fête de l’Huma déclarent lutter contre les VSS (violences sexistes et sexuelles). Nous pouvons d’ailleurs les croiser les 25 novembre lors des manifestations pour la Journée internationale pour l’élimination de la violence envers des femmes. Mais, il y a la théorie et la pratique. Dans la pratique, plusieurs de ces organisations et partis ont par le passé pris la défense d’agresseurs en leur sein, le PCF en tête, mais aussi Révolution permanente (RP), la Ligue de la jeunesse révolutionnaire (LJR), etc. Ici, nous sommes face à une situation encore plus complexe que celle de la lutte contre les agresseurs au sein même d’une organisation ou d’un parti. Ici, il s’agit de pouvoir agir contre la représentation d’artistes agresseurs lors d’un festival.

    Lors d’un festival où se produisent des artistes agresseurs, si une organisation communiste présente ne fait rien pour agir contre cette démonstration misogyne, alors elle démontre que sa ligne politique est celle du soutien silencieux au patriarcat. Ne rien faire contre une démonstration de misogynie, ce n’est pas qu’être lâche, c’est soutenir le patriarcat dans les faits.

    Nous n’affirmons pas que ces organisations auraient dû trouver le moyen de monter sur scène pour affronter physiquement les agresseurs (même si cela aurait été la meilleure option). Ce que nous affirmons, c’est qu’il était parfaitement possible d’agir, même de manière minimale, de mener des actions au moins symboliques en faisant preuve d’un peu de créativité : par exemple, diffuser une propagande sur place à travers des tracts, des prises de parole au mégaphone, des débats publics, etc. Les organisations communistes ont choisi de ne pas combattre et n’ont même pas apporté leur soutien aux femmes qui, elles, s’opposaient à ces agresseurs.

    Aujourd’hui, des agresseurs peuvent se produire devant des centaines de milliers de personnes à un festival « politique », ils peuvent porter plainte contre les féministes qui les dénoncent, et les organisations « révolutionnaires » ne font et ne disent rien. On peut se demander, alors, pourquoi ces organisations viennent-elles aux évènements féministes, pourquoi forment-elles des collectifs de femmes ?

    Le message envoyé aux femmes est clair : vous êtes seules. « On ne luttera pas pour vous, on ne fera pas d’effort pour vous, sauf au moment où cela servira directement nos intérêts d’appareil ».

    Parmi les causes de l’inaction des organisations et individus communistes, la domination patriarcale est la principale. Mais, à cela s’ajoutent d’autres raisons. Déjà, il est clair que la communication tardive des organisations féministes a eu pour conséquence que de nombreuses personnes n’étaient pas alertées de la situation, ou alors, l’ont appris trop tardivement pour planifier des actions. Nous pouvons aussi parler du phénomène d’apathie que l’on retrouve dans la gestion de toutes les situations de VSS, ou même, plus généralement, à la source de l’absence d’engagement révolutionnaire.

    La majorité de la population française vit dans un grand confort, elle n’est pas opposée à sa bourgeoisie, mais bien au contraire alliée à elle. Les privilèges des prolétaires de notre pays font d’elles et eux l’aristocratie ouvrière mondiale. Dans ce contexte, il est clair qu’une petite partie de la population seulement a intérêt à changer le monde. Cela a pour conséquence que l’engagement révolutionnaire reste marginal et celui de marginaux.

    De plus, l’aliénation est poussée à son paroxysme. Les individus sont isolés, seules et seuls. Il est très difficile de mettre le collectif avant soi et de risquer la perte du peu de personnes proches que l’on peut avoir.

    Peu de personnes s’engagent dans les organisations communistes, et la plupart le font pour quelques années seulement. Chaque camarade est une ressource rare que l’on ne peut se permettre de perdre. Ainsi, lorsqu’un cadre d’une organisation se révèle être un violeur, il est difficile d’agir contre lui, difficile de s’en priver, alors qu’il est facile de fermer les yeux, ou de trouver un moyen pour minimiser la gravité de l’agression.

    C’est ce qu’il s’est passé dans Jeunes révolutionnaires (JR) lorsque le fondateur de la section lyonnaise fut accusé de viol par son ex-conjointe, en 2021. Ce fut le déclencheur d’une scission au sein du mouvement, et donc de la création de la LJR. La victime, ainsi que la cadre qui a défendu la victime, furent réduites au silence. Des militantes et militants de JR communiquèrent leur colère sur les réseaux sociaux, mais JR ne fit aucune critique publique. Le Comité féminin populaire (CFP), lancé dans la foulée par la LJR, ne fit aucune autocritique publique non plus. Aujourd’hui, JR et LJR refusionnent sans qu’aucune autocritique n’ait été adressée au mouvement révolutionnaire. Le cadre en question, Camille Hostin, a quitté l’engagement révolutionnaire peu de temps après la scission et est aujourd’hui journaliste et multipropriétaire foncier.

    4 ans plus tard, plus personne ne parle de cette histoire, tout comme ce fut le cas après le viol d’une de nos camarades, en 2015, par un membre du Parti communiste maoïste (PCM) — dont JR est issu.

    Nous n’évoquons pas ces évènements passés pour attaquer gratuitement JR et LJR, qui sont aujourd’hui des organisations bien différentes de ce qu’elles étaient à l’époque de ceux-ci. Ces organisations, comme la plupart des organisations de jeunesse, connaissent un tel turnover que la grande majorité de leurs militantes et militants n’ont pas connaissance des faits qui remontent à plus de quelques années. Nous parlons de ces évènements passés parce que nous les avons connus de près, nous en connaissons les protagonistes, nous comprenons quels ont été les mécanismes qui ont amené des militantes et militants à protéger un violeur.

    Ces évènements se répètent constamment au sein du mouvement communiste et progressiste. Les victimes n’ont que peu d’espace pour s’exprimer, et même lorsque des procédures existent, elles ne sont pas toujours respectées, ou qu’à moitié. C’est ce qu’il s’est passé récemment au sein de la Jeunesse communiste (JC) indépendante1. Le 12 octobre 2025, les comptes Instagram et Twitter de la JC indépendante ont annoncé que la Jeunesse communiste des Bouches-du-Rhône (JC13) ne faisait plus partie de leur coordination nationale. La raison est simple : un membre de la JC13 faisait l’objet d’une enquête suite à des accusations de VSS, et la JC13 a refusé de le suspendre (c’est-à-dire de respecter la procédure nationale). Une section entière a préféré s’isoler des autres JC plutôt que de suspendre l’un de leurs membres. Une coordination entière a préféré exclure une section plutôt que de tolérer une telle défense du patriarcat.

    Nous pourrions continuer à décrire d’autres faits de VSS connus au sein du mouvement communiste et progressiste en France, mais nous voulons revenir à l’essentiel. Nous sommes bel et bien dans une guerre au cœur de nos propres rangs. Ce sont nos camarades femmes qui sont constamment attaquées, qui sont niées matériellement et idéologiquement dans leur individualité.

    On ne peut pas prétendre lutter contre les violeurs, mais ne rien faire lorsqu’on a l’occasion de lutter contre certains d’entre eux. Il faut être clair : lutter est facile, même à faible intensité, pour les choses auxquelles on croit. C’est facile d’agir lorsqu’on croit en ce qu’on fait. Comme pour beaucoup de choses, ce qui manque à l’action c’est l’envie d’agir. Ici on parle d’un festival qui réunit toute la gauche française, molle comme radicale, et pourtant il ne se passe rien.

    Les organisations communistes doivent être prêtes à faire des sacrifices afin de réussir à lutter dans cette situation concrète. Elles doivent être prêtes à exercer un pouvoir féministe sans craindre d’être « extrémistes ». Elles doivent redouter de ne pas en faire assez plus que d’en faire trop. Elles doivent assumer ce qu’exige concrètement le combat contre le patriarcat. Etc.

    À chaque fois qu’une femme est agressée par un homme, ce sont toutes les femmes qui sont agressées. Chaque acte isolé fait partie d’un phénomène de masse mondial de négation des femmes. Ces actes sont des actes violents, employés contre n’importe quelle femme, afin de maintenir la domination de tous les hommes sur toutes les femmes, c’est-à-dire afin de maintenir un pouvoir politique sur les femmes. Peu importe que les agresseurs en soient conscients ou non, ces actes sont bel et bien des actes terroristes, employés dans le cadre d’une guerre menée sur des millénaires.

    Dans le cas des agresseurs à la Fête de l’Huma, nous devons considérer leurs actes pour ce qu’ils sont : des actes terroristes. Les organisations sur place n’ont pas réagi parce qu’elles ne considèrent pas ces actes comme réellement terroristes. Elles ferment les yeux face à cette guerre, elles choisissent la facilité, elles choisissent de ne pas voir ce qui est devant leurs yeux.

    II. Le pouvoir féministe

    Nous avons besoin de tracer une ligne de démarcation claire entre nous et celles et ceux qui défendent le patriarcat.

    Cette ligne doit se réaliser dans la pratique et implique des mesures concrètes : une mobilisation visible lors des évènements culturels et politiques, des espaces dédiés pour les victimes d’agression (du même type que ceux qui furent mis en place par des collectifs féministes lors de la Fête de l’Huma), et une lutte contre la faiblesse idéologique qui mène à la défense de facto des agresseurs (par des compromis et même la réduction au silence des victimes et des féministes).

    La gauche radicale doit cesser de se contenter de débats numériques et de déclarations performatives : il faut des actions publiques et contraignantes. Des pancartes, des prises de parole sur scène, des blocages, des stands de dénonciation — toutes ces formes d’action sont nécessaires pour que la lutte féministe ait un impact sur le réel.

    Les VSS sont reléguées à la sphère privée, comme si elles n’avaient rien à voir avec la sphère publique. Or, lutter contre les VSS, c’est précisément briser cette frontière invisible entre le privé et le collectif, entre l’intime et le politique. C’est ce qui rend ce combat si difficile et si inconfortable pour nombre de militantes et de militants. Combattre les VSS, c’est accepter de mettre les mains dans le cambouis, de se confronter à nos propres contradictions pour mieux construire. C’est aussi interroger les rapports entre les individus, au sein de nos cercles proches comme dans nos organisations. Lutter contre les VSS, c’est comprendre et briser les mécanismes d’objectification et d’appropriation des femmes, à l’échelle individuelle et collective.

    Il nous faut le pouvoir féministe !

    Nous devons revenir sur la notion de pouvoir féministe. Le pouvoir féministe n’est pas un pouvoir féminin fantasmé. C’est un pouvoir concret, qui se construit, qui se gagne, au fur et à mesure de la lutte contre le patriarcat.

    Le pouvoir féministe est le pouvoir qui permet de soumettre le patriarcat. Ainsi, gagner le pouvoir féministe au sein d’une organisation communiste revient à soumettre le patriarcat au sein de cette organisation, et donc, soumettre les membres qui commettent des actes patriarcaux.

    Le pouvoir féministe est le pouvoir qui permet de faire grandir les femmes. Ainsi, gagner le pouvoir féministe au sein d’une organisation communiste revient à former des cadres femmes. Nous ne devons pas avoir une majorité de cadres femmes par soucis de mixité, ou parce que les femmes seraient par essence meilleures que les hommes, mais parce que nous aurons si bien formé les cadres femmes, en théorie et en pratique, politiquement et idéologiquement, qu’elles seront meilleures que la plupart des hommes — elles seront l’avant-garde de l’avant-garde.

    Cela demande à dépasser la première barrière que nous rencontrons chez la plupart des femmes : le sentiment d’illégitimité. Combien de fois avons-nous entendu des femmes nous dire qu’elles ne se sentaient pas assez formées, pas assez « bien », pour militer dans une organisation communiste ? Ce n’est pas un hasard. Ce sentiment n’est pas individuel : il est produit, entretenu, nourri par des structures militantes dominées par des comportements masculins, par un langage politique façonné par et pour les hommes. On peut parler de manque de formation, de manque de modèles féminins, mais la vérité c’est que tout est fait pour maintenir les femmes à distance, pour leur faire croire qu’elles n’ont pas leur place dans le mouvement communiste. Le milieu militant reproduit les mêmes rapports de domination que ceux qu’il prétend combattre.

    Mais, ce que nous devons changer est l’élément principal de la contradiction Homme-Femme : la Femme. Les femmes ne se sentent pas légitimes parce qu’elles sont des femmes : apprendre à être une femme c’est apprendre à accepter la domination, apprendre à se soumettre, apprendre à croire qu’on est moins bien que les hommes ! Les femmes sont toujours perçues et se perçoivent comme moins intelligentes, moins fortes, moins fiables, etc., que les hommes.

    Nous devons alors aborder la question du conditionnement continu des femmes depuis l’enfance qui continue tout au long de leur vie2. Nous parlons de généralité et de moyenne, non de cas spécifiques3.

    Les petites filles apprennent à prendre soin des autres. Leur sphère d’action se limite très vite au foyer, leur rapport aux autres se limite très vite à la servitude envers l’autre (relation à sens unique). Leurs jeux et sports sont limités dans l’espace (marelle, danse, etc.). Leur temps est limité, leur espace, contrôlé. Elles ne sont pas encouragées à avoir de « vraies passions », mais à s’objectifier (maquillage, vêtements, etc.). Les petites filles apprennent à être des poupées sages, des princesses enfermées dans leur château, etc., sans aucun pouvoir d’action sur le monde.

    Les petits garçons apprennent la coopération et le conflit. Leur sphère d’action est dans l’espace public, leur rapport aux autres est fait de relations à double sens (que ce soit dans l’agression ou la collaboration). Leurs jeux et sports sont dans de grands espaces (foot, basket, etc.). Leur temps disponible est long, leur espace, peu contrôlé. Ils sont encouragés à développer des passions et à être des sujets. Les petits garçons apprennent à être des entrepreneurs audacieux, des chevaliers héroïques, etc., avec un pouvoir d’action sur le monde.

    À l’âge adulte, ce conditionnement continu. Les femmes sont des objets appropriés collectivement (par la société) et individuellement (par la famille et les amis). Elles sont confinées dans l’espace et dans leurs comportements, que ce soit par leur manière de se tenir (jambes serrées, posture de repli, etc.) ou de parler (faible niveau sonore, interventions courtes, etc.). La transformation de leur corps accapare un temps et une énergie considérable (épilation, maquillage, régime, etc.). Les femmes ne s’autorisent pas de temps pour elles, et ne sont pas autorisées à en avoir. Les femmes développent une solidarité avec certaines femmes, mais pas de sororité générale. Elles ont une présence limitée dans l’espace public, ce qui rend plus difficiles les rencontres et l’organisation collective.

    Les hommes sont des sujets individuels et libres. Ils sont acteurs au sein de l’espace public. Ils prennent de l’espace, ils parlent fort, longtemps. Ils sont autorisés à prendre peu soin d’eux, et sont considérés comme étant naturellement beaux (pilosité, visage non maquillé, rides, etc.). Les hommes disposent de beaucoup de temps, donc ils ont des passions et peuvent exceller dans des domaines peu productifs (pratique du skateboard, soutien fanatique d’un club de football, fabrication de figurines, apprentissage du lore d’œuvres de fictions, exercice dans un groupe de musique amateur, etc.). Ils développent très facilement une coopération entre hommes, ou une conflictualité. Ils agissent sur le monde.

    Quel impact vis-à-vis de l’engagement communiste ?

    Les femmes pensent qu’elles n’ont pas de pouvoir d’action sur le monde. Elles n’ont de toute façon pas le temps de s’engager dans des activités risquant de leur être de peu d’utilité, et ne peuvent pas développer de passion pour la théorie communiste (pas comme le font les hommes). Passé 25 ans, les femmes n’ont pas le temps de militer, d’autant plus lorsqu’elles ont des enfants (ou un homme) à charge. Les femmes ne sont pas habituées à prendre de la place, à s’exprimer longtemps et fort. Lorsqu’elles militent elles restent souvent confinées à des rôles organisationnels et « maternels » peu valorisés par le collectif. Elles sont exclues de tout un pan de la camaraderie masculine (qui passe beaucoup par les contacts physiques répétés), et ne savent pas développer une sororité. Elles n’ont pas accès à la violence, ne veulent pas y avoir accès, et ne veulent pas prendre le pouvoir. Sans développement d’une sororité les femmes sont seules.

    Les hommes, eux, sont persuadés d’avoir un pouvoir d’action sur le monde. Ils ont le temps et l’énergie de militer, peu importe le succès ou l’échec de l’entreprise, et peuvent développer facilement une passion obsessionnelle pour la théorie communiste. La plupart d’entre eux quittent le militantisme passé 25 ou 30 ans, bien que ce ne soit pas par manque de temps, mais par lassitude ou fatigue. Les hommes ont l’habitude d’imposer leur présence, de maîtriser le conflit (généralement via la concurrence verbale), de prendre la parole longtemps et fort, de faire du bruit lors des moments collectifs. Lorsqu’ils militent, ils prennent des rôles de porte-parole, de théoricien, etc., valorisés par le collectif. Lorsqu’ils prennent des tâches « féminines », ils sont alors davantage valorisés par le collectif que ne le sont les femmes. Ils construisent rapidement une camaraderie forte (bien qu’elle soit sentimentalement superficielle) et créent un climat viriliste via leurs comportements entre eux (comme dit précédemment par le contact physique rapproché et répété) et envers les femmes (exclusion d’un pan de la camaraderie). Ils ont accès à la violence et veulent prendre le pouvoir (dans l’organisation, dans le mouvement communiste, dans la société). Les hommes considèrent les femmes comme « différentes » dans le sens où elles ne sont pas le général (la masculinité), et donc pas totalement des camarades. Les hommes isolent les femmes.

    La dévotion et l’engagement des femmes dans la lutte révolutionnaire sont difficiles à atteindre parce que cela implique la négation de tout le conditionnement social qu’elles ont vécu. Là où les hommes sont encouragés à avoir des passions, et ne subissent que peu de conséquences pour leurs actes, les femmes sont limitées dans leurs désirs et apprennent à n’être rien, à ne pas agir sur la réalité, à ne pas être une personne à part entière, à être un objet. Elles sont différentes de la norme, la norme étant l’Homme.

    Un homme aura des facilités à s’engager : le communisme est une passion, l’utilisation de la violence est apprise dès l’enfance (elle les définit en partie), et ils n’ont que partiellement conscience des conséquences de leurs actes. Une femme aura du mal à s’engager : le communisme est un monde de connaissances inaccessible, la violence est prohibée, exister leur est interdit.

    On entend souvent l’expression « se réapproprier son corps ». Mais, si on cherche à se réapproprier notre corps c’est parce qu’il y a appropriation en premier lieu. Il y a appropriation par un homme, par des hommes, par la société patriarcale, à travers les rapports sociaux. S’il y a objectification des femmes, cela implique qu’il y ait des sujets qui objectifient : les femmes elles-mêmes (intériorisation de la qualité d’objet, de non-être, de non-individu, d’être en dehors de la norme) et les hommes.

    Sans changements des rapports sociaux, impossible de sortir de l’objectification et impossible de se réapproprier son corps. Les femmes doivent travailler à combattre l’intériorisation de ces phénomènes, individuellement et collectivement. Cela passe par ne plus se montrer (dans l’apparence physique et le comportement) comme des objets. Cela veut dire que l’on doit s’imposer, s’affirmer, exister, décider.

    Les femmes comme les hommes doivent modifier leurs comportements, et c’est par la dévotion totale à la lutte pour la transformation du monde qu’elles et ils peuvent réussir à se transformer. Mais, les femmes doivent malheureusement parcourir un chemin plus long, plus ardu, que ce soit pendant leur engagement au sein de l’organisation, mais également (et surtout) avant leur engagement ! Il n’est pas possible de s’engager si l’on est paralysée par les éléments cités ci-dessus.

    La violence est l’un des outils pouvant jouer dans la désobjectification. Lorsque les femmes apprennent à utiliser et utilisent la violence, elles comprennent qu’elles peuvent agir sur le monde et qu’elles peuvent conquérir l’espace public ! Rien qu’en portant des armes sur elles (nous parlons ici d’outils simples tels que les gazeuses ou les matraques télescopiques), elles comprennent, ressentent, leur capacité à agir et à dominer.

    Lorsqu’une femme s’engage, c’est qu’elle a parcouru un chemin bien plus long qu’un homme. Quant à un homme, il a un travail de transformation plus long à parcourir lorsqu’il est dans l’organisation, afin de sortir du monde des apparences superficielles (le virilisme).

    Bien évidemment, les femmes et les hommes se transforment au sein de l’organisation. Mais, l’engagement des femmes est bien plus réfléchi et travaillé en amont que celui des hommes.

    Pour revenir au sujet initial de la lutte contre les VSS, nous devons regarder la réalité en face. Au sein de nos organisations, certains hommes vont nous trahir et vont trahir la cause communiste dans son ensemble. Pour lutter contre ces hommes au sein d’une organisation, il est nécessaire non seulement que tous les hommes et toutes les femmes soient formés aux théories féministes, mais surtout, que soit mise en place une organisation féministe forte. Cela consiste à avoir un espace où les femmes peuvent partager entre elles leurs observations, peuvent se soutenir les unes les autres, peuvent agir, peuvent instaurer une terreur féministe.

    Cette terreur féministe n’est pas un frein à la camaraderie entre hommes et femmes, bien au contraire ! C’est en reconnaissant l’existence du rapport de force entre hommes et femmes que nous pouvons lutter pour le renverser. C’est en créant une camaraderie forte entre femmes qu’il est possible de créer une camaraderie forte entre hommes et femmes. C’est en reconnaissant la mise à l’écart des femmes, par les hommes, de l’espace de camaraderie, qu’il devient possible de créer un réel espace de camaraderie commun.

    L’isolement des femmes par les hommes passe par des comportements quotidiens parfois difficiles à identifier puisque pris isolément les uns des autres. Ce sont des éléments de langage, des gestes, une manière de se tenir dans l’espace, de regarder l’autre, etc. Il est souvent difficile pour les femmes évoluant dans le mouvement communiste, isolées les unes des autres, d’analyser ces comportements pour les comprendre. Seul reste un sentiment vague de décalage avec le reste du groupe. Cette mise à l’écart collective des femmes est une forme de violence constante et généralisée. Non seulement elle est un facteur de désengagement, mais surtout, elle pose la base sur laquelle se reposent les autres formes de violence.

    Il n’est pas possible de créer des liens de camaraderie entre hommes et femmes tant que la domination des hommes sur les femmes est laissée intacte. Toutes les formes de domination masculine au sein de l’organisation doivent être combattues, peu importe leur niveau de gravité. Le niveau de gravité détermine seulement l’ampleur des moyens mis en œuvre dans cette lutte.

    Aujourd’hui, beaucoup de femmes abandonnent leur investissement révolutionnaire parce qu’elles sont épuisées par les comportements patriarcaux, les VSS en tête. Bien qu’il soit positif que les femmes prennent en main la répression contre les hommes, trop souvent ce sont elles qui doivent mettre en place des protocoles longs et contraignants pour elles-mêmes, puis, qui doivent prendre en charge le soutien aux victimes, et qui doivent encadrer la transformation des hommes. Au final, les agressions sexuelles sont tellement courantes dans le milieu militant, que certaines femmes ne font plus que travailler à la gestion des VSS. Nous perdons des femmes communistes à cause des hommes agresseurs, même lorsque ce ne sont pas elles qui sont agressées.

    Les femmes communistes doivent créer un espace de sororité qui ne soit pas superficiel. Cet espace doit permettre la création d’une camaraderie entre femmes, l’analyse des comportements des camarades masculins, la mise en place d’un espace de formation féministe et communiste, la mise en place d’une pratique féministe, etc. Cet espace est l’élément essentiel au développement de cadres femmes, et au développement de la camaraderie entre hommes et femmes de l’organisation communiste.

    Répétons-le, on ne peut pas transformer les rapports sociaux entre hommes et femmes sans changer les rapports sociaux du monde entier, et donc, sans prise du pouvoir du « camp » des femmes. Mais, on peut déjà agir sur les rapports sociaux au sein même de groupes réduits, tels que les organisations communistes. Bien que nécessairement imparfait, ce travail doit être mené, et considéré comme l’une des tâches les plus importantes de l’organisation.

    Conclusion

    Lorsqu’on parle des attaques envers les femmes, la réaction spontanée est une sous-réaction. Pourtant, chaque agression contre une femme est un acte terroriste faisant partie d’une guerre prolongée de plusieurs millénaires. Ne pas comprendre ça, c’est être aveugle à la réalité concrète de l’oppression patriarcale. Dans cette guerre, les révolutionnaires doivent agir selon leurs forces, mais l’inaction n’est pas une option.

    Cette problématique demande le développement d’une théorie et d’une pratique avancées. La situation particulière à la Fête de l’Huma est représentative d’une situation générale. Elle montre qu’il est nécessaire de mener à la fois une lutte de ligne au sein du mouvement communiste pour le féminisme, et une lutte de ligne au sein du mouvement féministe pour le communisme.

    La lutte de ligne au sein du mouvement communiste pour le féminisme est principale, parce que seul un mouvement communiste féministe fort pourra prendre la direction du mouvement féministe. C’est-à-dire que seul un mouvement communiste féministe fort pourra vaincre la direction bourgeoise, l’hégémonie bourgeoise, au sein du mouvement féministe.

    Pour nous, cet évènement est une énième démonstration que notre ligne est juste : impossible de lutter contre le patriarcat en refusant la radicalité. Nous avons besoin de la dictature féministe ! Nous avons besoin de femmes communistes et féministes !

    « Nous pouvons définir la “lutte des femmes” comme la lutte des femmes principalement prolétaires, secondairement femmes ; et le “féminisme” comme la lutte des femmes principalement femmes — les femmes en lutte contre les hommes. Nos camarades féministes sont communistes parce que pour se libérer du patriarcat, il faut se libérer du capitalisme. Assumer cette position nous met forcément en rupture avec le mouvement communiste, puisque même si nous savons que la contradiction principale dans la société française est celle entre Travail et Capital, nous défendons que les femmes doivent aussi lutter principalement pour la Femme. Nous pensons que cette position permet de faire avancer le mouvement communiste dans son ensemble, parce qu’elle permet d’aller dans le sens de l’Histoire, de sortir de la réaction, et parce qu’elle permet de renforcer l’engagement des femmes communistes. Les femmes féministes communistes s’engagent plus intensément dans la lutte des classes et dans leur développement en tant que cadres communistes que si elles restaient dans un rôle genré, soumises à la domination masculine. Notre ligne féministe répond à des besoins concrets mis en évidence par la pratique. Nous avons besoin de femmes formées et combatives pour construire le Parti, nous avons besoin que des femmes soient recrutées, qu’elles soient déterminées à lutter, qu’elles soient convaincues qu’elles se libéreront du Capital et du patriarcat, qu’elles mettent leur vie en jeu pour la libération de l’humanité entière, pour la transformation du monde4 ».

    1 Dans l’année 2025, plusieurs sections du Mouvement desjeunes communistes de France (MJCF) ont décidé de quitter le mouvement, et ont fondé leur propre coordination nationale, la Jeunesse communiste.

    2 La socialisation des femmes cisgenre dans l’enfance fait d’elles des femmes. Mais les femmes transgenres sont bien matériellement des femmes et sont elles aussi conditionnées à accepter la domination patriarcale. La lutte pour ne plus correspondre au rôle social de femme, rôle de soumission, doit être menée par toutes les femmes (cisgenres comme transgenres, en prenant en compte les contradictions particulières qu’elles vivent).

    3 Pour aller plus loin, nous conseillons la lecture de C. Guillaumin, « Le corps construit », Sexe, Race et Pratique du pouvoir — L’idée de Nature, 1992. À l’adresse :

    https://infokiosques.net/spip.php?page=lire&id_article=1618

    4 « Dictature féministe », Unité communiste, 25 novembre 2024.

  • Déclaration commune des organisations : Solidarité — Liberté pour la Palestine !

    Déclaration commune des organisations : Solidarité — Liberté pour la Palestine !

    Avec une lutte héroïque et des sacrifices indescriptibles, le peuple palestinien fait face depuis deux ans à l’assaut bestial, au génocide perpétré par les sionistes d’Israël avec le soutien direct et actif des États-Unis. Les impérialistes américains soutiennent par tous les moyens leur chien de garde dans cette région cruciale du Moyen-Orient, cet État meurtrier mis en place par l’impérialisme pour servir ses objectifs sanglants contre les Arabes et tous les peuples de la région. Les impérialistes européens, toutes les classes bourgeoises, et même les impérialismes russe et chinois sont complices de cette atrocité.

    Avec le plan de Trump pour Gaza, les impérialistes américains se précipitent pour soutenir la formation sioniste de la manière la plus directe qui soit ; ils visent à créer un protectorat sous leur hégémonie et à rallier les régimes arabes réactionnaires autour de leurs plans de guerre. Les impérialistes européens ont applaudi ce plan visant à asservir le peuple palestinien, tandis que Moscou et Pékin l’ont accueilli avec des « commentaires positifs ».

    Mais si, d’une part, le plan de Trump expose la brutalité et la barbarie crues de l’impérialisme, d’autre part, il démontre la force indomptable de la lutte armée de libération nationale d’un « petit » peuple qui reste debout, sans fléchir, face aux monstres impérialistes.

    Le ralliement exprimé entre les forces de la résistance palestinienne, autour de la ligne de lutte irréconciliable contre l’impérialisme et contre toute reconnaissance de l’État meurtrier – dont l’existence même nie le droit du peuple palestinien à une patrie libre et indépendante – est la seule voie réelle pour justifier les luttes et les sacrifices de ce peuple au cours des 78 dernières années ! Sur la base de cette lutte armée de libération nationale, et indissociable de celle-ci, le mouvement et parti communiste révolutionnaire peuvent et doivent être formés pour diriger et guider la lutte pour la révolution et le socialisme.

    Dans les conditions actuelles d’intensification incessante de la sauvagerie capitaliste, d’exacerbation des rivalités impérialistes, d’augmentation vertigineuse des armements militaires et de formation d’économies de guerre — en bref, dans les conditions de préparation d’une nouvelle grande guerre impérialiste qui couve déjà dans le massacre injuste en Ukraine —, la lutte du peuple palestinien est à l’avant-garde de la lutte anti-impérialiste des peuples ! C’est pourquoi elle inspire et déclenche des vagues mondiales de solidarité populaire et de la jeunesse, au mépris des interdictions et même de la criminalisation de la solidarité que les pouvoirs en place imposent partout.

    Il est de notre devoir de renforcer la solidarité. Il est de notre devoir, à travers tous les peuples, de transformer la solidarité en lutte anti-impérialiste et antiguerre dans chaque pays et chaque région de la planète. La classe ouvrière et les peuples du monde doivent former et élever un Front de lutte anti-impérialiste et antiguerre — un front d’amitié et de solidarité des masses exploitées et opprimées.

    • Mort au fascisme, au sionisme et à l’impérialisme !
    • Liberté pour la Palestine — Victoire à la résistance armée palestinienne !
    • Un État palestinien unifié de la Jordanie à la Méditerranée !
    • Seule la lutte commune des peuples et des travailleurs peut arrêter les impérialistes !
    • L’occupation de la Palestine doit cesser et le droit des Palestiniens à un État doit être reconnu !

    Communist Party Australia (M-L)
    ΚΚΕ(μ-λ) (Grèce)
    OCML-VP (France)
    Peoples Student Movement (Malte)
    TKP/ML
    Unité communiste (France)
    Unión obrera comunista (MLM) (Colombie)
    Revolutionnary communist league (Norvège)

  • Défense de la dialectique — une critique de l’article de l’ICR sur De la contradiction

    Défense de la dialectique — une critique de l’article de l’ICR sur De la contradiction

    Ceci est une critique de l’article « Défense de la dialectique — une critique du livre de Mao Zedong “De la contradiction” », publié par l’Internationale communiste révolutionnaire (ICR) dans le no 48 de In Defence of Marxism. Le Parti communiste révolutionnaire (PCR), section de l’ICR en France, a publié une traduction française de cet article sur son site le 19 août 2025, dont proviennent toutes nos citations.

    Notre critique a pour objectif principal de défendre la dialectique, mais aussi l’histoire de la révolution en Chine, ainsi que la stratégie de la nouvelle démocratie et du front uni. L’article de l’ICR nous permet d’aborder des points théoriques essentiels du maoïsme. Notre critique n’est donc pas qu’une critique de l’ICR (même si elle l’est), mais surtout une défense des bases théoriques du maoïsme.

    Notre critique suit le plan posé par celle de l’ICR. Nous invitons nos lecteurs et lectrices à se référer directement à la traduction française sur le site du PCR pour s’assurer de la fidélité de chacune de nos citations à leur sens dans le texte original.

    Bien que l’article de l’ICR mentionne des dates variées de l’histoire du Parti communiste de Chine (PCC), nous devons préciser le contexte d’écriture de De la contradiction. Ce document fut écrit en 1937, un mois après l’incident du pont Marco-Polo qui marque le début de la seconde guerre sino-japonaise (1937-1945), et avant la victoire du PCC sur le Kuomintang en 1949. Ce document est une introduction courte au matérialisme dialectique interprété par Mao ; ce n’est pas un document ayant pour objectif de développer la stratégie du PCC pour la prise du pouvoir. Pour illustrer ce qu’est la contradiction, Mao prend des exemples concrets de la situation de son époque. C’est à ce titre que les exemples historiques sont convoqués, mais nous insistons sur le fait que ce document n’est pas un guide stratégique pour la prise de pouvoir du PCC en Chine.

    Nous développerons plus loin dans notre critique le contexte historique de la révolution en Chine. Mais, pour en savoir plus sur la stratégie du PCC pendant la guerre, nous conseillons la lecture du Rapport sur l’enquête menée dans le Hounan à propos du mouvement paysan, 1927 ; de Pourquoi le pouvoir rouge peut-il exister en Chine ?, 1928 ; de La tactique de la lutte contre l’impérialisme japonais, 1935 ; et des Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine, 1936. Pour en savoir plus sur la révolution de nouvelle démocratie, nous conseillons la lecture de La démocratie nouvelle, 1940.

    Selon l’ICR :

    « De la contradiction, publiée en 1937, est le livre le plus fréquemment invoqué par les maoïstes comme une contribution majeure de Mao à la théorie marxiste. Cependant, le fait est qu’en dépit de son rôle dirigeant dans la révolution chinoise, Mao n’était pas un théoricien. En analysant objectivement les défauts de De la contradiction, nous voulons défendre les idées authentiques de la philosophie marxiste, mais aussi tirer les principales leçons de la période historique en question.1 »

    Si l’ICR entend faire une critique scientifique et argumentée de Mao, la première attaque portée à son encontre est extrêmement subjective, et ne permet pas aux lecteurs et lectrices de se rendre compte de la production théorique développée par Mao tout au long de sa vie.

    Comme nous l’avons déjà vu plus haut, il existe bien d’autres documents qui témoignent des apports théoriques de Mao :

    • sur la stratégie pour la prise du pouvoir, la révolution de nouvelle démocratie et la guerre populaire prolongée ;
    • sur le matérialisme dialectique, le développement des apports soviétiques ;
    • sur la transition socialiste, la critique du modèle soviétique ;
    • sur la restauration capitaliste, la lutte contre le révisionnisme moderne et la révolution culturelle contre la nouvelle bourgeoisie.

    Cette dernière théorie est probablement l’apport le plus important du maoïsme à la théorie marxiste. Mao et les communistes chinois de l’école de Shanghaï l’ont élaborée par l’expérience de la transition socialiste et de la restauration capitaliste en URSS, puis en Chine2. Cette théorie est précieuse parce qu’elle est nécessaire à la compréhension de la lutte des classes pendant la transition socialiste, jusqu’au communisme. Ainsi, la refuser comme le fait l’ICR revient à se priver d’une connaissance essentielle pour la victoire du communisme dans le monde entier. Le débat entre notre organisation et l’ICR n’est pas qu’une lutte abstraite entre deux sectes (l’une soit-elle internationale) ; mais une lutte idéologique essentielle qui dépasse nos deux organisations et qui est menée par d’autres organisations au sein du mouvement communiste international, afin d’atteindre une théorie et une pratique supérieure.

    L’ICR continue avec une rapide explication de ce qu’est la contradiction selon le matérialisme dialectique (de Marx et Engels) :

    « Marx soulignait que la contradiction opposant la classe ouvrière à la bourgeoisie constitue précisément une contradiction fondamentale de la société capitaliste :

    “Le prolétariat et la richesse sont des contraires. Comme tels, ils constituent une totalité. Ils sont tous deux des formations du monde de la propriété privée. […] La propriété privée en tant que propriété privée, en tant que richesse, est forcée de perpétuer sa propre existence ; et, par là même, celle de son contraire, le prolétariat.”

    En d’autres termes, les ouvriers et les capitalistes, précisément en tant qu’ouvriers et capitalistes, ne peuvent exister les uns sans les autres. Cela signifie que leur antagonisme mutuel est permanent ; il est inhérent au mode de production capitaliste.

    […]

    Cela ne signifie pas que la lutte entre ouvriers et bourgeois soit la seule contradiction qui traverse la société capitaliste. Cela veut simplement dire que cette contradiction est permanente et fondamentale, et qu’elle détermine en dernière instance toutes les autres contradictions.3 »

    Nous n’avons aucun désaccord avec la définition de la contradiction fondamentale telle que donnée par l’ICR ni avec le fait que celle-ci soit la contradiction entre le Travail et le Capital dans la société capitaliste. Voilà ce qu’en dit Mao lui-même :

    « Lorsque Marx et Engels ont appliqué la loi de la contradiction inhérente aux choses et aux phénomènes à l’étude du processus de l’histoire de la société, ils ont découvert la contradiction existant entre les forces productives et les rapports de production, la contradiction entre la classe des exploiteurs et celle des exploités, ainsi que la contradiction qui en résulte entre la base économique et sa superstructure (politique, idéologie, etc.) ; et ils ont découvert comment ces contradictions engendrent inévitablement différentes sortes de révolutions sociales dans différentes sortes de sociétés de classes.

    Lorsque Marx a appliqué cette loi à l’étude de la structure économique de la société capitaliste, il a découvert que la contradiction fondamentale de cette société, c’est la contradiction entre le caractère social de la production et le caractère privé de la propriété. Cette contradiction se manifeste par la contradiction entre le caractère organisé de la production dans les entreprises isolées et le caractère inorganisé de la production à l’échelle de la société tout entière. Et dans les rapports de classes, elle se manifeste dans la contradiction entre la bourgeoisie et le prolétariat.4 »

    Suite à cette introduction, l’ICR poursuit :

    « Au moment où Mao rédige son texte, le Japon envahit la Chine, ce qui lui permet de conclure que “les diverses classes de ce pays [la Chine], à l’exception d’un petit nombre de traîtres à la nation, peuvent s’unir temporairement dans une guerre nationale contre l’impérialisme.”

    Selon Mao, quand la contradiction principale oppose l’impérialisme à l’ensemble du peuple, la nation peut authentiquement s’unir comme si aucun antagonisme n’existait entre les classes. La lutte des classes, devenue hors de propos, est simplement suspendue.5 »

    Dans son texte, Mao explique qu’une contradiction peut être secondaire, mais cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas ou qu’elle ne peut pas devenir principale. Il n’y a pas de suspension d’une contradiction au profit d’une autre. Plus loin, Mao explique que plusieurs contradictions existent en même temps les unes avec les autres, et que la lutte des classes ne peut jamais être « suspendue » :

    « Dans le processus de développement d’un phénomène important, il existe toute une série de contradictions. Par exemple, dans le processus de la révolution démocratique bourgeoise en Chine, il existe notamment une contradiction entre les classes opprimées de la société chinoise et l’impérialisme ; une contradiction entre les masses populaires et le régime féodal ; une contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie ; une contradiction entre la paysannerie et la petite bourgeoisie urbaine d’une part, et la bourgeoisie d’autre part ; des contradictions entre les diverses cliques réactionnaires dominantes : la situation est ici extrêmement complexe.

    Lorsque, par exemple, le capitalisme de l’époque de la libre concurrence se transforma en impérialisme, ni le caractère de classe des deux classes en contradiction fondamentale — le prolétariat et la bourgeoisie — ni l’essence capitaliste de la société ne subirent de changement ; toutefois, la contradiction entre ces deux classes s’accentua, la contradiction entre le capital monopoliste et le capital non monopoliste surgit, la contradiction entre les puissances coloniales et les colonies devint plus marquée, la contradiction entre les pays capitalistes, contradiction provoquée par le développement inégal de ces pays, se manifesta avec une acuité particulière ; dès lors apparut un stade particulier du capitalisme — le stade de l’impérialisme.

    Ces étapes sont caractérisées notamment par le fait que certaines contradictions se sont accentuées (par exemple, la Guerre révolutionnaire agraire et l’invasion des quatre provinces du Nord-Est par le Japon), que d’autres se sont trouvées partiellement ou provisoirement résolues (par exemple, l’anéantissement des seigneurs de guerre du Beiyang, la confiscation par nous des terres des propriétaires fonciers), que d’autres enfin ont surgi (par exemple, la lutte entre les nouveaux seigneurs de guerre, la reprise des terres par les propriétaires fonciers après la perte de nos bases révolutionnaires dans le Sud).6 »

    Dans ces extraits, il n’est nulle mention d’un abandon de la lutte des classes au profit de l’alliance des classes. Cela n’empêche pas l’ICR d’affirmer que :

    « L’erreur fondamentale de Mao réside dans le fait que la contradiction de classe n’est pas une contradiction “principale” à côté d’autres, qui seraient sans rapport avec elle et moins importantes. La contradiction de classe ne peut pas, non plus, devenir une contradiction “secondaire”. Dans la société capitaliste, elle est la contradiction fondamentale et permanente. De même qu’un aimant ne peut exister sans ses pôles, la société capitaliste ne peut mettre en suspens la contradiction de classe qui constitue son essence.7 »

    La critique principale de l’ICR envers le matérialisme dialectique interprété par Mao concerne le concept de « principal » et de « secondaire ». Cependant, l’ICR n’a pas compris la démonstration de Mao — et n’a pas cherché à la comprendre. Nous allons donc aborder succinctement ce concept.

    Au sein d’une contradiction, l’élément principal est celui qui est plus déterminant que déterminé. C’est celui dont l’avenir immédiat dépend le plus, c’est celui qui est la condition du mouvement (celui qui fait le plus bouger les choses). Un aspect généralement principal devient temporairement secondaire, et inversement.

    Idem. Entre plusieurs contradictions, la contradiction principale est celle qui est plus déterminante que déterminée. C’est celle dont l’avenir immédiat dépend le plus, c’est celle qui est la condition du mouvement (celle qui fait le plus bouger les choses). Une contradiction principale devient secondaire, et inversement.

    Dans le monde, aujourd’hui, il y a une contradiction principale qui est celle entre les pays impérialistes et les nations et peuples dominés, mais il existe plusieurs contradictions secondaires, dont certaines sont principales par rapport à d’autres. Il existe cependant une contradiction fondamentale qui est celle entre le Capital et le Travail. Cette contradiction est au fondement de la contradiction entre les pays impérialistes et les nations et peuples dominés.

    Dans chaque pays, les contradictions principales et secondaires ne sont pas les mêmes. Par exemple, en France, la contradiction principale est aujourd’hui entre le Capital et le Travail ; et en Palestine, la contradiction principale est aujourd’hui entre le colonialisme et la nation dominée.

    Mais, pourquoi cherchons-nous à comprendre quelle contradiction est principale puisque nous savons déjà quelle est la contradiction fondamentale ? Parce que cela nous permet d’établir une stratégie internationale et nationale en prenant en compte les particularités de notre pays dans l’époque à laquelle nous nous trouvons. Cela nous permet d’étudier correctement le mouvement particulier dont nous parlons, et donc d’agir sur lui. Même lorsqu’un mouvement est général, il apparaît toujours comme particulier dans chaque contexte.

    Comme nous l’avons déjà dit, la contradiction principale est celle dont l’avenir immédiat dépend le plus. Elle n’est pas « sans rapport » avec les autres contradictions, mais bien en relation dialectique avec celles-ci. Les autres contradictions ne sont pas des sous-contradictions isolées de la contradiction principale ou figées tant que la contradiction principale n’est pas résolue. Lorsque l’on détermine une contradiction comme principale, c’est toujours par rapport à d’autres contradictions et en rapport avec d’autres contradictions ; mais, c’est aussi au sein d’un mouvement donné, c’est-à-dire dans un lieu et un moment donnés. Chaque phénomène a sa propre spatialité et temporalité (sa propre échelle dans l’espace et le temps), qui ne peuvent pas être réduites à celles d’autres phénomènes ; donc, chaque phénomène a ses propres contradictions, avec leurs propres relations entre elles, qui ne peuvent pas être réduites à celles d’autres phénomènes. Ainsi, en Chine, à l’époque à laquelle était écrit De la contradiction, ce qui déterminait le plus l’avenir immédiat, ce n’était pas la contradiction entre le Travail et le Capital (l’exploitation capitaliste), ni même la contradiction entre la paysannerie et les propriétaires fonciers (l’exploitation semi-féodale), mais la contradiction entre le colonialisme et la nation dominée (l’invasion japonaise). Pour comprendre la dialectique principal-secondaire, il faut d’abord comprendre la dialectique général-particulier. Selon l’ICR, le principal nie unilatéralement le secondaire et le particulier nie unilatéralement le général : c’est une compréhension tristement antidialectique de la méthode dialectique de Mao.

    Au sein d’une contradiction, l’aspect généralement principal devient à de nombreuses reprises temporairement secondaires, et inversement. Entre deux contradictions, cette loi objective est la même : la contradiction principale devient à de nombreuses reprises secondaires, et inversement.

    Par exemple, la contradiction Société-Nature pourrait devenir principale dans le monde, dans les années à venir, à cause de la crise climatique mondiale et de l’extinction de masse des espèces. La hausse des événements climatiques extrêmes, le bouleversement des courants marins, la montée des eaux, le manque de nourriture, l’augmentation des zoonoses, etc., conduira à une détérioration significative des conditions de vie (allant jusqu’à la mort) de milliards de personnes à travers le monde. Cette crise entraînera des conflits pouvant mener jusqu’à la « ruine commune des classes en luttes » de la contradiction fondamentale8.

    Que ce soit par manque de sérieux ou par malhonnêteté, l’ICR déforme les propos de Mao. Dire qu’une contradiction est principale par rapport à d’autres contradictions ne veut pas dire que ces dernières n’existent plus ou qu’il ne faut plus s’en préoccuper, bien au contraire.

    Selon l’ICR :

    « La contradiction de classe pénètre les autres contradictions et, dans une large mesure, les engendre. Les guerres impérialistes, par exemple, ne sont pas menées pour des raisons exclusivement “nationales” que l’on pourrait dissocier des contradictions de classe. Elles sont, dans une large mesure, l’expression de la contradiction de classe fondamentale de la société capitaliste. Pour un marxiste, il est évident que les guerres impérialistes sont menées pour défendre les intérêts d’une classe dirigeante donnée — afin de trouver une issue à la crise économique et politique intérieure, de conquérir de nouveaux marchés et de nouvelles sources de profits permettant de diminuer ou de retarder l’effet de cette crise, ou encore de détourner l’attention de la classe ouvrière nationale au moyen d’une diversion.

    Il est vrai que l’oppression impérialiste a souvent pour effet de masquer la ligne de fracture entre les classes — les masses ayant alors tendance, pour se défendre, à soutenir leur propre bourgeoisie. La bourgeoisie, de son côté, utilise fréquemment le sentiment d’unité nationale pour consolider sa position de classe dirigeante. Dans une telle situation, la tâche des communistes n’est pas de faciliter la dissimulation des contradictions de classe, mais au contraire de les dévoiler.

    La Chine ne fait pas exception. Le Kuomintang (KMT), dirigé par Tchang Kaï-chek, était un parti bourgeois fondé précisément pour conquérir l’indépendance de la Chine sur la base du capitalisme. Cependant, comme l’histoire l’a montré, le KMT fut incapable de mener à bien cette tâche. Dans les années 1920, quand la révolution anti-impérialiste a pris son essor, le KMT a fini par se ranger du côté de l’impérialisme — contre la classe ouvrière chinoise.9 »

    Nous retrouvons ici l’un des problèmes qui traversent l’ensemble de l’article de l’ICR : l’ICR refuse de voir la Chine de cette époque comme un pays semi-colonial semi-féodal, c’est-à-dire dominé par la bourgeoisie impérialiste, la bourgeoisie bureaucratique compradore et les propriétaires fonciers féodaux. Pour l’ICR, l’époque de l’impérialisme est une époque où le capitalisme s’est étendu de partout sur Terre (ce qui est vrai), et où la stratégie de prise et d’exercice du pouvoir doit donc être la même de partout (ce qui est faux), ce qui correspond à l’application de la théorie trotskiste de la révolution permanente. Le capitalisme s’est étendu de partout sur Terre, mais il ne s’est pas étendu partout de la même manière (dans certains pays, le capitalisme est dominant, c’est-à-dire impérialiste, alors qu’il est dominé dans d’autres, c’est-à-dire comprador) ni avec la même intensité (dans certains pays, le mode de production capitaliste est toujours semi-féodal à la campagne).

    Mao luttait déjà contre les dogmatiques de son époque, dont les arguments étaient similaires à ceux de l’ICR : pour établir une stratégie adaptée à la situation, il ne s’agit pas de partir d’un modèle abstrait dans lequel la contradiction principale serait celle entre le prolétariat et la bourgeoisie, dans tous les pays à notre époque, mais de partir d’une analyse concrète du réel dans chaque pays.

    Dès 1926, alors qu’il était encore investi au sein du Kuomintang, Mao exprimait clairement la complexité de la situation des classes en Chine et la stratégie révolutionnaire à adopter dans celle-ci :

    « Quelle est la situation des différentes classes de la société chinoise ?

    La classe des propriétaires fonciers et la bourgeoisie compradore. Dans ce pays économiquement arriéré, semi-colonial, qu’est la Chine, la classe des propriétaires fonciers et la bourgeoisie compradore sont de véritables appendices de la bourgeoisie internationale et dépendent de l’impérialisme quant à leur existence et développement. Ces classes représentent les rapports de production les plus arriérés et les plus réactionnaires de la Chine et font obstacle au développement des forces productives du pays. Leur existence est absolument incompatible avec les buts de la révolution chinoise. Ceci est particulièrement vrai des grands propriétaires fonciers et des grands compradores qui sont toujours du côté de l’impérialisme et qui constituent le groupe contre-révolutionnaire extrême. Leurs représentants politiques sont les étatistes et l’aile droite du Kuomintang.

    La moyenne bourgeoisie. Elle représente les rapports capitalistes de production dans les villes et les campagnes chinoises. Par moyenne bourgeoisie, on entend surtout la bourgeoisie nationale. Elle est inconsistante dans son attitude à l’égard de la révolution chinoise : Quand elle souffre sous les rudes coups que lui porte le capital étranger et le joug que font peser sur elle les seigneurs de guerre, elle sent le besoin d’une révolution et se déclare pour le mouvement révolutionnaire dirigé contre l’impérialisme et les seigneurs de guerre ; mais elle se méfie de la révolution quand elle sent qu’avec la participation impétueuse du prolétariat du pays et le soutien actif du prolétariat international cette révolution met en danger la réalisation de son rêve de s’élever au rang de la grande bourgeoisie. Sa plate-forme politique, c’est la création d’un État dominé par une seule classe, la bourgeoisie nationale. Quelqu’un qui se prétend véritable disciple de Tai Ki-tao a déclaré dans le Tchenpao de Pékin : “Levez votre bras gauche pour écraser les impérialistes et votre bras droit pour écraser les communistes”. Ces mots révèlent le dilemme angoissant devant lequel se trouve la bourgeoisie nationale.10 »

    Ici, Mao décrit la bourgeoisie nationale comme une classe pouvant jouer un rôle progressiste, mais également comme pouvant jouer un rôle réactionnaire. Plus loin, Mao conclut :

    « Il ressort de tout ce qui vient d’être dit que tous les seigneurs de guerre, les bureaucrates, les compradores et les gros propriétaires fonciers qui sont de mèche avec les impérialistes, de même que cette fraction réactionnaire des intellectuels qui en dépend, sont nos ennemis. Le prolétariat industriel est la force dirigeante de notre révolution. Nos plus proches amis sont l’ensemble du semi-prolétariat et de la petite bourgeoisie. De la moyenne bourgeoisie toujours oscillante, l’aile droite peut être notre ennemie et l’aile gauche notre amie ; mais nous devons constamment prendre garde que cette dernière ne vienne désorganiser notre front. »11.

    L’ICR ne voit pas de différence fondamentale entre les pays impérialistes et dominés. Elle ne comprend pas la composition et les rapports de classes de la Chine en 1937. La Chine était un pays semi-colonial semi-féodal dominé par les pays impérialistes, qui n’avait pas connu et ne pouvait pas encore connaître un développement capitaliste abouti. La population était majoritairement paysanne, le prolétariat était peu développé et les classes au pouvoir étaient la bourgeoisie bureaucratique compradore et les propriétaires fonciers féodaux. Dans ce contexte, la bourgeoisie nationale était une classe progressiste qui avait intérêt à la lutte révolutionnaire contre l’impérialisme, le capitalisme bureaucratique comprador et le féodalisme — bien qu’hésitante à se lancer dans cette lutte. L’ICR ne comprend pas ce qu’est la bourgeoisie nationale. L’ICR semble croire que la bourgeoisie nationale, selon Mao, est la bourgeoisie d’une nation donnée, en l’occurrence la bourgeoisie chinoise. Or, toute la bourgeoisie d’une nation n’est précisément pas nationale ! La bourgeoisie nationale n’est qu’une frange de la bourgeoisie, et elle n’est pas la frange dominante de celle-ci : la bourgeoisie nationale est celle dont le développement est lié au marché national, c’est-à-dire dont les intérêts sont relativement opposés à ceux de l’impérialisme, du capitalisme bureaucratique comprador et du féodalisme. Dans les pays semi-coloniaux, la bourgeoisie nationale est une moyenne bourgeoisie, alors que la grande bourgeoisie est compradore. Dans plusieurs documents, avant comme pendant le second front uni, Mao développe ce qu’est la bourgeoisie nationale par rapport à la bourgeoisie compradore, et il explique quelles sont les conditions déterminées de la lutte des classes dans lesquelles s’allier ou non avec la bourgeoisie nationale12. Si l’alliance avec la bourgeoisie nationale est possible, c’est parce qu’elle n’est pas au pouvoir, c’est-à-dire que la bourgeoisie nationale n’est pas une classe dominante dans les pays semi-coloniaux semi-féodaux, comme la Chine à l’époque de Mao. De toute évidence, l’ICR n’a pas pris la peine ne serait-ce que de survoler ces documents.

    Selon l’ICR :

    « La guerre de la Chine contre l’impérialisme japonais était assurément une guerre de libération nationale. La lutte contre l’impérialisme était la question déterminante de la Révolution chinoise.

    Dans de telles conditions, il est absolument juste, pour un parti communiste, d’avancer des mots d’ordre contre l’oppression nationale et d’organiser une guerre de libération, ce qui implique inévitablement de lutter aux côtés des nationalistes bourgeois contre l’ennemi commun, au moins de façon temporaire.

    Toutefois, partant de ces prémisses incontestables, Mao s’est servi de sa “théorie” de la contradiction principale pour proclamer que, dans la lutte contre le Japon, le Parti Communiste devait se soumettre à la direction du parti bourgeois — le KMT — au lieu de maintenir son indépendance de classe.

    Le PCC est allé jusqu’à s’engager publiquement dans ce sens :

    “[Le PCC] abolit l’actuel gouvernement soviétique [dans les territoires contrôlés par le PCC] et pratique la démocratie basée sur les droits du peuple afin d’unifier le pouvoir politique national, […] abolit la désignation de l’Armée rouge, la réorganise en Armée révolutionnaire nationale [contrôlée par le KMT], la place sous le contrôle de la Commission des affaires militaires du gouvernement national, et attend les ordres…”

    En substance, Mao plaidait pour que le PCC, au nom du “second front uni”, procède à sa propre liquidation politique et organisationnelle, comme il l’avait fait durant la révolution de 1925-1927.13 »

    Tout en affirmant que « la guerre de la Chine contre l’impérialisme japonais était assurément une guerre de libération nationale » et que « dans de telles conditions, il est absolument juste, pour un parti communiste, d’avancer des mots d’ordre contre l’oppression nationale et d’organiser une guerre de libération, ce qui implique inévitablement de lutter aux côtés des nationalistes bourgeois contre l’ennemi commun, au moins de façon temporaire », l’ICR s’acharne à accuser Mao de vouloir s’unir avec la bourgeoisie. L’ICR accepte les bases de la théorie marxiste sur la libération nationale, telles que posées par Marx et Engels, mais elle n’accepte aucune application de celles-ci par Mao. Plutôt que d’assumer son abandon de la théorie marxiste sur la libération nationale, l’ICR cache celui-ci derrière des calomnies réactionnaires sur la pratique de Mao.

    Cela nous amène à passer à l’examen concret de la réalité historique de l’application auprès des masses de la formule du second front uni. Tout d’abord, aucun historien sérieux spécialiste de la période ne retient une subordination autre que formelle du PCC au Kuomintang. Le PCC conservait ses propres troupes (8e Armée de Route et la Nouvelle 4e Armée) et ses propres bases où le Kuomintang n’avait aucune influence concrète. De fait, les deux étaient séparés au point d’avoir chacun une approche extrêmement différente de la guerre : le Kuomintang cherchait à se battre conventionnellement avec une armée de conscrits acceptant de livrer des batailles rangées contre les Japonais pour conserver le contrôle du territoire national et des grandes villes (ce qui fut globalement un échec). Le PCC, au contraire, se reposait sur la guérilla et la mobilisation des masses.

    Par guérilla, il ne faut pas entendre « petits effectifs », les troupes communistes comptaient plus d’une centaine de milliers de membres, dûment encadrés de façon « conventionnelle » (dans une armée disciplinée). La guérilla désigne ici l’emploi de ces forces : capables de se replier, de refuser le combat, de harceler, etc. Pour bien faire voir l’indépendance de fait du PCC, on peut prendre l’exemple des affrontements entre la Nouvelle 4e Armée et les troupes du Kuomintang en janvier 1941 : on parle bien de formations militaires séparées, commandées par des organisations distinctes et donc capables d’entrer en conflit.

    En effet, contrairement à ce qu’affirme l’ICR, le front uni ne fut pas l’occasion d’un renoncement à la lutte de classe. La thèse de l’historien Chalmers Johnson selon laquelle le PCC aurait, de 1937 à 1945 (puis au-delà), joué sur le nationalisme paysan pour l’emporter n’est plus retenue aujourd’hui. Au contraire, la grande majorité des historiens spécialistes de la période retiennent la mobilisation des masses paysannes sur des bases de classe, comme le cœur de la politique maoïste et la clé du succès du Parti de 1937 à 1949. Tout d’abord, il est vrai que la formule du front uni amena à des changements concrets dans le déroulement de la lutte au village. En effet, la contradiction principale étant alors entre le peuple chinois et l’invasion japonaise, il n’y avait plus lieu de mener frontalement la guerre civile de classe sans concession face aux propriétaires terriens.

    Nous rappelons qu’en raison de la nature principalement féodale de la société chinoise, les tâches immédiates de la Révolution chinoise ne résidaient pas dans la lutte industrielle Travail-Capital, mais bien dans la destruction armée du féodalisme et des féodaux. Le cœur de la guerre civile Kuomintang-PCC résidait dans les campagnes exterminatrices de l’armée chinoise et des milices féodales (au service des féodaux) contre le PCC et les paysans pauvres pendant que la bourgeoisie de Shanghaï tentait de faire pression sur Jiang Jeshi (Tchang Kaï-chek) pour qu’il se détourne de la lutte anticommuniste et s’occupe de contrer le Japon, là où il faisait précisément l’inverse (laisser les mains libres aux Japonais pour défendre le féodalisme).

    Après 1937, le PCC réadapta donc sa méthode : il se s’agissait plus d’exproprier sans concessions. Dans le processus de construction des bases rouges derrière les lignes japonaises, il s’agissait donc, une fois le contrôle militaire établi, de pousser progressivement à une réduction des taux d’intérêt et des rentes payées aux propriétaires, soit les deux principaux fardeaux pesant sur les paysans chinois14.

    Parallèlement à cela, le PCC menait une politique de taxation progressive selon les revenus, frappant donc particulièrement les paysans riches et les propriétaires terriens. Dans le même temps, la tenue d’élections démocratiques à tous les échelons permettait d’organiser la participation politique des masses et de faire élire, au niveau local, des responsables issus des paysans pauvres, sans terres, et moyens. Le résultat net fut qu’entre 1937 et 1945 on observe dans les zones rouges un passage progressif du pouvoir des élites traditionnelles vers les paysans moyens et pauvres15, le tout sans rompre l’unité large contre les Japonais (nécessaire à la poursuite de la guerre). En effet les propriétaires n’étaient pas directement expropriés et conservaient des postes officiels aux échelons territoriaux les plus hauts, très gratifiants, mais offrant peu de pouvoir réel face au bloc des responsables locaux issus de la paysannerie pauvre16. La mobilisation rurale du PCC dans le cadre de la guerre antijaponaise est donc un brillant exemple de conciliation entre deux impératifs : d’une part, lutter contre le Japon au sein d’un front uni anti-impérialiste, d’autre part, ne dissoudre ni son autonomie ni le programme communiste révolutionnaire.

    L’ICR pourrait nous objecter que réduction des intérêts, taxation, démocratisation, ne sont au fond que du réformisme. Pris comme cela, ça serait vrai. Strictement, de 1937 à 1945, le PCC n’abolit pas le féodalisme et ne mène pas de lutte proprement révolutionnaire contre les propriétaires. En revanche, dès la reprise de la guerre civile (souhaitée par le Parti !), la réforme agraire s’accentue nettement dans les zones tenues par le Parti et ne fait que croître en radicalité à mesure que le contrôle politico-militaire est plus assuré. À terme, le féodalisme et sa classe dominante sont complètement éradiqués au cours des années 1950. Précisons que tout cela n’est pas réalisé « bureaucratiquement » par le Parti. Comme nous le verrons dans le cadre des luttes industrielles qui commencent au début des années 1950, le Parti déploie systématiquement d’immenses efforts pour inciter les paysans pauvres à entrer en lutte contre leurs exploiteurs, allant à l’encontre des tendances spontanées à la soumission et à la crainte des représailles. Par exemple, lors de l’établissement de la base rouge du mont Taihuan à la fin des années 1930 dans le cadre du front uni, les paysans ne veulent initialement pas même suivre les mesures « réformistes » d’abaissement des rentes et intérêts, car ils craignent que les propriétaires ne se vengent17. Le Parti encouragea la formation de la Ligue des paysans pauvres pour organiser l’activisme paysan, encouragea et forma les paysans les plus prompts à la lutte aux séances de « parler amer » (« speaking bitterness ») où un orateur paysan confrontait les propriétaires d’un village en exprimant les griefs liés à la souffrance créée par l’exploitation de classe18.

    Le Parti communiste se montra ainsi fidèle à sa mission historique : aller au-delà de la spontanéité limitée des masses, incarner l’esprit révolutionnaire et militer avec acharnement pour attiser cet esprit de combativité, de conscience révolutionnaire de classe dans les masses exploitées et les conduire au combat derrière son organisation. Certains historiens bourgeois prennent un malin plaisir à l’exposer ainsi : on voit bien que c’est le Parti qui suscite la révolution sociale, pas le mouvement spontané des masses, c’est donc un revers pour les communistes ; les paysans chinois n’étaient en effet pas spontanément des révolutionnaires rouges19. Ils ne savent pas que ces résultats qu’ils prennent pour la validation de leur idéologie libérale sont au contraire la validation éclatante des thèses léninistes : pas de révolution, pas de conscience révolutionnaire, sans l’action du Parti.

    Nous ne nous étendrons pas plus sur le détail historique précis de l’action du Parti que nous avons résumée ici à grand trait. Nous conseillons vivement aux membres de l’ICR qui le souhaitent la consultation des ouvrages référencés afin de pouvoir développer leur connaissance du déroulement concret de la Révolution chinoise. Ce qu’il faut bien tenir en compte, c’est que la lutte de classe, certes modulée en intensité selon la nature des tâches immédiates des communistes (de 1927 à 1937, détruire le féodalisme par la guerre civile révolutionnaire ; de 1937 à 1945, mettre en échec l’invasion japonaise ; de 1945 à 1949, retour à la mission révolutionnaire), a toujours été au centre de la pratique et du succès du Parti. On n’observe jamais de soumission aux classes féodale et compradore dominantes ou un abandon de la ligne de mobilisation paysanne, c’est même elle qui permet le succès du Parti (là où le Kuomintang s’épuise en vain) lors du front uni. Ainsi, même lorsque le Parti avait une tâche « nationale », il l’accomplit par la voie marxiste de la lutte des classes.

    Selon l’ICR :

    « La politique de collaboration de classe de Mao découlait d’une erreur théorique fondamentale. Pour les communistes, il est évident que l’oppression nationale procède de raisons propres au capitalisme, et non de raisons spécifiquement nationales. Il est aussi évident que cette oppression ne pèse pas de manière égale sur toutes les classes de la nation opprimée. Quant aux contradictions de classe au sein de cette nation, il est tout aussi évident qu’elles ne disparaissent pas avec l’arrivée de l’envahisseur impérialiste.20 »

    Comme nous l’avons vu, l’ICR a sa propre lecture non seulement de la théorie développée par Mao, mais aussi de l’histoire de la Révolution chinoise. Contrairement à ce qu’écrit l’ICR, pour Mao, le développement de toutes les contradictions est relatif au développement de la contradiction principale, et le développement de la contradiction fondamentale permet et détermine le développement de toutes les autres contradictions (principale ou secondaire).

    Ce que l’ICR semble ne pas vouloir accepter ici, c’est le mouvement dialectique entre les contradictions elles-mêmes. Mao explique que le PCC a conclu une alliance au sein du front uni, dans lequel le Kuomintang et le PCC entretenaient une relation contradictoire :

    « Ces circonstances ont donné lieu tantôt à une alliance, tantôt à une lutte entre les deux partis, ceux‑ci étant, d’ailleurs, même en période d’alliance, dans une situation complexe à la fois d’alliance et de lutte. Si nous n’étudions pas les particularités de ces aspects contradictoires, nous ne pourrons comprendre ni les rapports respectifs des deux partis avec les autres forces ni les relations entre les deux partis eux-mêmes.21 »

    Le PCC n’a jamais cru que le Kuomintang était inoffensif. S’engager dans un front uni, ça n’est pas se soumettre à ce front uni, c’est soumettre ce front uni à soi ! Forger une alliance n’est pas une fin stratégique en soi, c’est un moyen tactique afin de vaincre l’ennemi. Les communistes ne font alliance avec telle ou telle frange de la bourgeoisie que lorsque la situation concrète l’exige et qu’ils sont suffisamment fort pour ne pas se faire écraser dans cette alliance.

    Par exemple, voilà ce que dit Kaypakkaya au sujet de l’alliance avec la bourgeoisie nationale dans la révolution de nouvelle démocratie en Turquie :

    « Pourquoi une alliance avec la bourgeoisie nationale est-elle impossible sans l’émergence d’un pouvoir politique rouge dans une ou plusieurs régions ? Parce que, tout d’abord, la bourgeoisie nationale n’acceptera pas la direction du prolétariat ; elle s’entêtera et persistera à maintenir sa ligne conciliante, capitularde, réformiste, qui ne conduira jamais les masses populaires à la révolution et à la libération. Une alliance ne sera pas possible, non pas parce que le prolétariat ne veut pas d’une alliance avec la bourgeoisie, mais parce que la bourgeoisie n’acceptera pas une telle alliance. N’est-ce pas évident ? N’est-ce pas conforme aux réalités actuelles de notre pays ? Les représentants de la bourgeoisie nationale, de l’extrême droite à l’extrême gauche, ne s’emploient-ils pas à prendre le pouvoir par des élections ou des coups d’État militaires, à gommer les aspects criants de l’ordre actuel, à établir leur dictature sur les ouvriers et les paysans ? Est-il possible de construire un front populaire dirigé par le prolétariat et visant à la dictature démocratique du peuple dans les conditions actuelles ? Cela a-t-il jamais été possible ?

    Avec la réalisation d’un pouvoir politique rouge dans une ou plusieurs régions, ce qui n’est pas possible aujourd’hui le deviendra. Parce que, d’une part, la classe ouvrière, les paysans pauvres et le parti communiste disposeront d’une véritable liberté et de la véritable garantie de leur existence et de leur survie — une armée populaire régulière. Car, comme l’a dit le camarade Mao Zedong, “si le peuple n’a pas d’armée, il n’a rien”, “un parti sans ses propres forces armées n’a pas de liberté”. Deuxièmement, l’alliance ouvrière-paysanne, l’alliance de base, aura été réalisée dans une certaine mesure. Ces changements extrêmement importants attireront la bourgeoisie nationale, qui de temps en temps a pris une position ambivalente au milieu et de temps en temps s’est rangée du côté des ennemis du peuple contre les ouvriers et les paysans, dans une large mesure vers le front révolutionnaire dirigé par le prolétariat. Nous disons “dans une large mesure”, parce que certains représentants de la bourgeoisie nationale et certains éléments peuvent être du côté de la révolution dans une certaine mesure, mais cela ne peut pas encore être considéré comme une alliance avec la bourgeoisie nationale.

    Les traîtres révisionnistes considèrent qu’une “alliance” (!) avec la bourgeoisie nationale est possible aujourd’hui ! Oui, c’est possible, mais d’une seule manière : un “front” est possible en marchant derrière la bourgeoisie (!) qui tend à arrondir les angles de l’ordre actuel avec quelques réformes et à établir une dictature bourgeoise au lieu d’un front sous la bannière rouge du prolétariat, sur l’alliance de base des ouvriers et des paysans, vers l’établissement de la dictature démocratique du peuple.

    Comme la conception du “front” des traîtres révisionnistes appartient à la première catégorie, ils considèrent qu’une alliance (!) avec la bourgeoisie nationale est possible dès aujourd’hui. À notre avis, aujourd’hui, comme l’a souligné le camarade Lénine, seuls des “accords temporaires et partiels” avec la bourgeoisie sont possibles. […]22 »

    Plus loin, Kaypakkaya développe sur la dialectique principal-secondaire dans l’alliance avec la bourgeoisie nationale :

    « Soulignons également ce point : dans la définition de leur politique, les communistes font la distinction entre ce qui est essentiel et ce qui est secondaire. C’est extrêmement important. C’est une condition pour avancer dans la bonne direction. Par exemple, nous disons aujourd’hui que la lutte armée est essentielle et que les autres formes de lutte sont secondaires. Accepter d’autres formes de lutte ne signifie pas qu’il faille en faire la principale. Par exemple encore, nous disons aujourd’hui que la lutte dans les zones rurales est essentielle, tandis que la lutte dans les grandes villes est secondaire. Accepter la lutte dans les grandes villes n’exige pas d’en faire la lutte principale. De même, compter sur nos propres forces est essentiel, compter sur les alliés est facultatif. Le front uni est une unité avec des contradictions. Chaque contradiction a un aspect principal et un aspect auxiliaire. L’aspect principal du front unique est le prolétariat et les paysans, et l’aspect secondaire est la bourgeoisie nationale. Accepter un front unique avec la bourgeoisie nationale ne signifie pas l’accepter comme direction principale de la contradiction. Dans la lutte pour la réalisation du front, les marxistes-léninistes essaient principalement de réaliser l’alliance ouvrière-paysanne, ils lui donnent du poids. Ils accordent une importance secondaire à l’alliance avec la bourgeoisie. Plus concrètement, cela signifie ce qui suit : Ils donnent la première priorité à la construction du parti et de l’armée populaire, et la deuxième priorité à l’alliance avec la bourgeoisie nationale. C’est à ce stade que la trahison des traîtres révisionnistes se manifeste : Ils essaient constamment et continuellement de mettre l’alliance avec la bourgeoisie (!) en premier et la construction du parti et de l’armée populaire en second.23 »

    Une alliance ne doit jamais se faire au prix de l’indépendance. Le front uni est une arme politique souple : unité contre l’ennemi principal, tout en préservant l’autonomie du Parti et en se préparant au conflit futur. C’est pourquoi le PCC cherchait à avoir la direction du front uni :

    « Depuis 1935, il a surmonté ces erreurs et dirige le nouveau front uni pour la résistance au Japon ; cette grande lutte est en train de se développer.24 »

    Pour nier la dialectique de Mao, l’ICR va jusqu’à nier la dialectique entre le principal et le secondaire, comme si elle n’existait tout simplement pas. L’ICR pense que le mouvement du Travail et du Capital est partout et toujours le mouvement « le plus important » (principal) à notre époque (celle du capitalisme). L’ICR ne peut pas à la fois rejeter la dialectique entre le principal et le secondaire pour attaquer Mao, puis récupérer le principal et le secondaire pour « défendre la dialectique » ; pourtant, c’est exactement ce qu’elle fait lorsqu’elle développe que, pendant toute la période historique du capitalisme, la contradiction Travail-Capital est la plus importante (la condition du mouvement). Ce faisant, l’ICR est prêt à nier l’universalité de la dialectique pour mieux attaquer Mao, mais ça, elle ne le voit pas ! Lorsque l’ICR nie la dialectique principal-secondaire, mais défend qu’une chose est toujours principale (Capital-Travail) et que toutes les autres sont toujours secondaires, elle nie l’unité de contraire en toute chose et la transformation de toute chose en son contraire. Reconnaître la dialectique principal-secondaire obligerait l’ICR a reconnaître que, là aussi, une chose se change en son contraire dans les conditions déterminées de son développement, y compris dans la lutte des classes (précisément ce que Mao explique). Alors, toute la critique de De la contradiction de l’ICR révélerait son caractère métaphysique (anti-matérialiste dialectique). L’ICR évite donc soigneusement de nous donner sa compréhension de la dialectique principal-secondaire. Est-ce que l’ICR pense qu’il n’y a pas de dialectique entre le principal et le secondaire, ou seulement que Mao a déformé celle-ci à des fins opportunistes ?

    L’ICR et les trotskistes en général n’utilisent pas le concept de principal et secondaire (dont la dialectique a été développée en ces termes par les Soviétiques), mais cela ne change rien au fond du problème : ce qui nous intéresse, ça n’est pas leur apparence, c’est-à-dire les termes « principal » et « secondaire », mais leur essence, c’est-à-dire la réalité du principal et du secondaire. Le concept de principal et secondaire est une dialectique objective ; démontrer le contraire reviendrait à démontrer objectivement soit qu’aucune chose ne prime sur d’autres choses, soit que cette relation existe au-dessus de l’unité des contraires. Or, cela, l’ICR ne peut évidemment pas le faire sans rejeter Marx avec Mao, et le monde réel avec eux !

    Pour conclure à ce sujet, nous ne pouvons que citer Mao à propos de celles et ceux qui pensent comme l’ICR :

    « Nos dogmatiques sont des paresseux ; ils se refusent à tout effort dans l’étude des choses concrètes, considèrent les vérités générales comme quelque chose qui tombe du ciel, en font des formules purement abstraites, inaccessibles à l’entendement humain, nient totalement et renversent l’ordre normal que suivent les hommes pour arriver à la connaissance de la vérité. Ils ne comprennent pas non plus la liaison réciproque entre les deux étapes du processus de la connaissance humaine : du spécifique au général et du général au spécifique ; ils n’entendent rien à la théorie marxiste de la connaissance.25 »

    L’ICR poursuit sur l’histoire de la Révolution chinoise, et termine sa partie ainsi :

    « [Le PCC] avait à juste titre commencé à recruter dans la plaine inondée du fleuve Jaune, et y avait établi une base de l’Armée rouge. Il reconnaissait donc bien que la contradiction de classe n’était pas “temporairement reléguée” par la “contradiction principale” de l’invasion impérialiste, mais qu’elle en était au contraire exacerbée, puisque la classe dirigeante s’avérait trahir la cause nationale. Malgré l’accord formel entre le PCC et Tchang Kaï-chek, il n’y eut aucune unification des classes pour lutter contre l’ennemi commun japonais.26 »

    Ici, l’ICR semble dire qu’il n’y a finalement pas eu d’unification des classes dans les faits. Pourtant, elle continue d’accuser Mao d’avoir voulu faire une unification des classes, plutôt qu’une alliance temporaire contre l’invasion japonaise. L’ICR explique ici que, dans les faits, les communistes ont bien gardé leur autonomie de classe. Or, l’ICR semble accorder plus d’importance aux promesses que le PCC a offertes au Kuomintang pour obtenir la création d’un second front uni… qu’aux actes du PCC pendant le second front uni !

    L’ICR est très fier d’écrire que « [le PCC] reconnaissait donc bien que la contradiction de classe n’était pas “temporairement reléguée” par la “contradiction principale” de l’invasion impérialiste, mais qu’elle en était au contraire exacerbée, puisque la classe dirigeante s’avérait trahir la cause nationale », alors que c’est précisément ce qu’explique Mao dans De la contradiction ! Voilà ce que dit Mao dans De la contradiction :

    « Ni la contradiction fondamentale dans le processus de développement d’une chose ou d’un phénomène, ni l’essence de ce processus, déterminée par cette contradiction, ne disparaissent avant l’achèvement du processus ; toutefois, les conditions diffèrent habituellement les unes des autres à chaque étape du long processus de développement d’une chose ou d’un phénomène. En voici la raison : bien que le caractère de la contradiction fondamentale dans le processus de développement d’une chose ou d’un phénomène et l’essence du processus restent inchangés, la contradiction fondamentale s’accentue progressivement à chaque étape de ce long processus. En outre, parmi tant de contradictions, importantes ou minimes, qui sont déterminées par la contradiction fondamentale ou se trouvent sous son influence, certaines s’accentuent, d’autres se résolvent ou s’atténuent temporairement ou partiellement, d’autres ne font encore que naître. Voilà pourquoi il y a différentes étapes dans le processus. On est incapable de résoudre comme il faut les contradictions inhérentes à une chose ou à un phénomène si l’on ne fait pas attention aux étapes du processus de son développement.

    Lorsque, par exemple, le capitalisme de l’époque de la libre concurrence se transforma en impérialisme, ni le caractère de classe des deux classes en contradiction fondamentale (le prolétariat et la bourgeoisie) ni l’essence capitaliste de la société ne subirent de changement ; toutefois, la contradiction entre ces deux classes s’accentua, la contradiction entre le capital monopoliste et le capital non monopoliste surgit, la contradiction entre les puissances coloniales et les colonies devint plus marquée, la contradiction entre les pays capitalistes, contradiction provoquée par le développement inégal de ces pays, se manifesta avec une acuité particulière ; dès lors apparut un stade particulier du capitalisme : le stade de l’impérialisme.[…]27 »

    Selon l’ICR :

    « En réalité, là où Mao veut en venir, c’est que la révolution chinoise est différente de la révolution russe ; que la révolution d’un pays colonisé n’est pas une révolution socialiste, mais une révolution nationale ; qu’elle implique donc sa solution propre et spécifique, qui consiste à s’allier avec son ennemi mortel : Tchang Kaï-chek. Par conséquent, ceux qui ne sont pas d’accord et qui considèrent cette alliance comme une trahison de la révolution sont des dogmatiques, incapables de voir le caractère spécifique de la situation. 

    Lorsque Mao insiste sur l’importance cruciale de la spécificité, il cherche donc essentiellement à fournir une justification théorique au compromis avec la classe dominante.28 »

    Oui, c’est une vision dogmatique. Nous pouvons citer Lénine à ce sujet :

    « Ce serait une erreur capitale de croire que la lutte pour la démocratie est susceptible de détourner le prolétariat de la révolution socialiste ou d’éclipser celle-ci, de l’estomper, etc. Au contraire, de même qu’il est impossible de concevoir un socialisme victorieux qui ne réaliserait pas la démocratie intégrale, de même, le prolétariat ne peut se préparer à la victoire sur la bourgeoisie s’il ne mène pas une lutte générale, systématique et révolutionnaire pour la démocratie.29 »

    De plus :

    « […] Les socialistes ne doivent pas seulement revendiquer la libération immédiate, sans condition et sans rachat, des colonies (et cette revendication, dans son expression politique, n’est pas autre chose que la reconnaissance du droit des nations à disposer d’elles-mêmes) ; les socialistes doivent soutenir de la façon la plus résolue les éléments les plus révolutionnaires des mouvements démocratiques bourgeois de libération nationale de ces pays et aider à leur insurrection (ou, le cas échéant, à leur guerre révolutionnaire) contre les puissances impérialistes qui les oppriment.30 »

    C’est pour rendre possible la prise du pouvoir des communistes dans l’ensemble du monde que Lénine a été le théoricien d’une stratégie révolutionnaire spécifique pour les pays colonisés ou semi-colonisés. On retrouve déjà dans cette citation un exemple de l’intérêt de l’étude des spécificités propres à chaque nation dans le contexte général de la lutte mondiale contre le capitalisme-impérialisme. Le chemin de la révolution socialiste peut varier en fonction du contexte dans lequel se trouve chaque nation.

    Selon l’ICR :

    « Certes, la Révolution chinoise avait des spécificités qu’il convenait d’“étudier avec minutie”. Aucun parti communiste ne peut espérer diriger une révolution en ne s’appuyant que sur des généralités au sujet du capitalisme et de la classe ouvrière. Le parti doit participer à chaque étape du processus en avançant des mots d’ordre clairs, précis, correspondant aux conditions concrètes et au degré de conscience des masses. La vérité est toujours concrète, comme le soulignait Hegel.

    Mais comprendre concrètement la Révolution chinoise, c’est la comprendre dans son contexte international propre, et non dans sa pure “spécificité”. L’époque de la Révolution chinoise était, en dernière instance, l’époque de la révolution mondiale. Chaque pays dépendait de l’économie mondiale pour son existence. La lutte révolutionnaire dans chaque pays ne pouvait donc être comprise que comme un élément de la lutte mondiale contre ce système. Le PCC n’aurait jamais existé sans le Comintern.

    Ce n’est pas là une affirmation théorique abstraite et pédante. Elle a été démontrée par le tour que prirent les événements révolutionnaires eux-mêmes.31 »

    L’ICR est en accord avec nous quant au fait que la contradiction fondamentale de notre époque à l’échelle mondiale est la contradiction Capital-Travail. Mais, l’ICR ne comprend pas le concept de principal et secondaire. L’ICR pense que ce concept n’est qu’une manière pour Mao de justifier l’application de ses stratégies opportunistes. L’ICR pense que Mao voulait que les communistes se soumettent à la bourgeoisie. L’ICR pense qu’étudier un contexte particulier reviendrait à négliger le général — c’est-à-dire à ne pas comprendre le rapport dialectique entre le particulier et le général. Leur vision de De la contradiction est unilatérale et caricaturale.

    Mao n’a jamais dit que le contexte international ne devait pas être pris en compte dans l’élaboration de la stratégie de la lutte pour le pouvoir pour chaque pays, et rien dans ses théories ne peut nous laisser le penser, bien au contraire.

    L’analyse des contradictions internes de la Chine, en 1937, montrait que la Chine était un pays principalement semi-féodal dominé par l’impérialisme. Toute la stratégie du PCC reposait sur la prise en compte du faible développement de la bourgeoisie nationale et du prolétariat, et de la nécessité de la lutte contre la domination extérieure et le colonialisme. La « pure » spécificité de la Chine prend en compte le « contexte international ».

    Surtout, la théorie de la révolution de nouvelle démocratie ne peut trouver son sens que dans le « contexte international » ! Lorsque Mao explique que la Révolution chinoise de nouvelle démocratie fait scission du mouvement historique général des révolutions bourgeoises pour intégrer le mouvement historique général des révolutions prolétariennes, non seulement parce qu’elle est sous la direction du prolétariat en Chine, mais aussi parce qu’elle est alliée avec le prolétariat de tous les pays et avec la dictature du prolétariat en URSS, néglige-t-il le « contexte international » ? Pour Mao, la révolution démocratique à l’époque de l’impérialisme ne peut être réalisée que sous la direction du prolétariat et en alliance avec le prolétariat international ; et c’est pour cela que la libération nationale en Chine ne peut être qu’une révolution néodémocratique (la nouvelle démocratie du mouvement historique général des révolutions prolétariennes, par opposition à l’ancienne démocratie du mouvement historique général des révolutions bourgeoises).

    Selon l’ICR :

    « […] Mao a poursuivi sa trêve avec le KMT même après la fin de la guerre contre le Japon — tout en développant sa perspective d’une “Nouvelle démocratie”.

    Selon cette perspective, la Révolution chinoise ne serait pas une révolution socialiste. Elle établirait plutôt une “nouvelle société démocratique”, ce qui signifiait en substance le maintien du capitalisme, avec toutefois la nationalisation de la propriété du “capital bureaucratique” et des “réactionnaires” qui avaient collaboré avec le Japon. Il devait donc y avoir une alliance de toutes les classes, y compris la classe capitaliste, contre une fraction spécifique de celle-ci. 

    Il n’y avait aucune raison de penser qu’une alliance durable avec le KMT serait possible, pas plus qu’avec un quelconque secteur du capitalisme chinois. Néanmoins, sous la bannière de la “Nouvelle démocratie”, Mao proposa des accords au sommet permettant aux principaux dirigeants du KMT de rester au pouvoir, dans le cadre d’une coalition avec le PCC. Cela trahissait un profond manque de confiance dans la classe ouvrière et dans sa capacité d’agir en toute indépendance.32 »

    Nous rappelons aux membres de l’ICR que Trotsky et Lénine eux-mêmes n’ont pas été hostiles à l’utilisation guidée du capitalisme pour poser les bases économiques du socialisme dans un pays ravagé par la guerre civile. Penser que, dans un pays comme la Chine qui, contrairement à la Russie, n’avait même pas atteint le stade du capitalisme impérialiste (soit-il militaro-féodal), une NEP chinoise n’avait pas de sens, c’est ne comprendre ni Mao ni Lénine ni même la réalité historique dont les marxistes ne peuvent se défaire. Il ne fait plaisir à personne de nouer des alliances avec des capitalistes. La question qui se pose à nous est celle de la nécessité, et cette alliance était nécessaire. Nous rappelons une fois de plus à l’ICR que la formation sociale chinoise était avant tout semi-féodale et non capitaliste (les rapports de production capitalistes n’étaient dominants que dans les villes, dans lesquelles ne vivait qu’une petite partie de la population chinoise), ce qu’elle oublie systématiquement dans son analyse. La première tâche du PCC résidait donc dans la destruction des rapports féodaux à la campagne, non dans le renversement du capitalisme industriel dans les villes. Juger la révolution chinoise des années 1937-1950 exclusivement à l’aune du rapport entre le prolétariat et la bourgeoisie est un non-sens marxiste aussi bien qu’historique.

    Après la prise du pouvoir, la nouvelle démocratie, c’est-à-dire la dictature du peuple menée par le prolétariat, n’avait pas pour objectif de moyen terme autre chose que la dictature du prolétariat, la transition socialiste. La tâche des communistes était plus complexe que de renverser le capitalisme, il fallait lutter contre les chefs de guerre, puis contre le colonialisme japonais. Après la prise du pouvoir, les communistes ont dû accomplir les tâches démocratiques qui ont historiquement été celles de la bourgeoisie. Les auteurs du texte de l’ICR n’ont probablement jamais pris le temps de lire les textes maoïstes qui expliquent ce qu’est la nouvelle démocratie ! Nous renouvelons notre conseil, lisez La démocratie nouvelle.

    Dans les bases rouges de 1937 à 1945/1949, le PCC cherchait à favoriser le développement du capitalisme pour mettre fin au féodalisme. La bourgeoisie chinoise étant incapable de mener à bien sa mission historique, ce fut aux forces de la révolution socialiste de « passer au-dessus » de la bourgeoisie. Le régime comprador de Jiang Jeshi renonça dès 1928 aux réformes antiféodales prévues dans le programme de Sun Yat-Sen pour garder le soutien des élites féodales. Dans les zones contrôlées, le PCC poussait ainsi les féodaux à abandonner leurs terres et leurs métayers/dépendants pour les amener à l’investissement capitaliste-industriel.

    Dès le début de la période de nouvelle démocratie, les capitalistes furent en position subordonnée, contraints d’accepter des accords de semi-nationalisation de leurs entreprises. Progressivement, ils furent complètement évincés, notamment à partir de la campagne des Trois Antis puis des Cinq Antis (1951-1952), très précocement, le PCC organise donc des campagnes de masse pour mobiliser les masses contre les capitalistes et accélérer la construction du socialisme en Chine. Cette orientation anticapitaliste de la campagne est attestée par les travaux universitaires sur le sujet33, ainsi que par la réaction de nombreux capitalistes, ayant choisi jusque là de rester en Chine, qui s’exilent à Hong Kong avant même d’avoir été ciblés individuellement, comprenant bien qu’il s’agissait là d’une affaire de classe. Dès la moitié des années 1950, la voie du socialisme par l’expropriation généralisée des capitalistes est décidée en paroles comme en fait, suivant une évolution à la fois progressive et très rapide depuis 1949. On voit ainsi le déploiement d’un plan continu visant à exproprier les capitalistes et à construire le socialisme, passant par plusieurs phases, de la conciliation contrôlée à l’imposition rapide par Mao du passage au socialisme34. Rappelons une fois de plus qu’en accord avec la ligne maoïste, cette expropriation se fait au travers de la mobilisation et de l’action des masses (principalement ouvrières). Notamment, la campagne des Cinq Antis de 1952 permit d’attaquer fortement les positions de la bourgeoisie et rendit possible son éviction complète à partir de 1956. Celle-ci vit le Parti, le syndicat, et l’organisation de jeunesse (la Ligue de la jeunesse démocratique, future Jeunesse communiste) se mobiliser pour organiser et développer la conscience de classe des parties du prolétariat de Shanghaï traditionnellement moins enclines aux conflits industriels radicaux, c’est-à-dire les prolétaires du secteur artisanal et de la petite industrie, souvent liés par des rapports de forte proximité, voire de famille avec leurs employeurs. La ligne maoïste des campagnes de masse permit de rompre les liens de sujétion du prolétariat envers ses exploiteurs et, dans la lutte, apprit aux prolétaires à se dresser contre les patrons et à se comporter comme les nouveaux maîtres du pays35.

    L’alliance de classe a bel et bien permis de vaincre le colonialisme japonais, et le PCC a bel et bien vaincu le Kuomintang. Le cours de l’Histoire semble donc valider la stratégie employée par le PCC.

    L’ICR accuse Mao d’avoir voulu construire une démocratie libérale (soit, une ancienne démocratie) à la place d’une dictature du prolétariat, en Chine, et que c’est là l’essence de la nouvelle démocratie (les mensonges bureaucratico-staliniens en moins). Mais s’il faut porter cette accusation contre Mao, alors il faut porter la même accusation contre Lénine, qui, le premier, a théorisé la dictature démocratique révolutionnaire des ouvriers et paysans pour la Russie tsariste, dont la nouvelle démocratie n’est qu’une déclinaison pour les colonies et semi-colonies36. Jamais ni Mao ni Lénine n’ont voulu ou cru possible (à l’époque de l’impérialisme) la construction d’une démocratie libérale, ni avant ni à la place d’une dictature du prolétariat. Ce que l’ICR refuse de voir, c’est que la révolution communiste continue par étape est… continue par étape, c’est-à-dire que chaque étape n’est là que pour préparer la suivante, jusqu’au communisme. C’est ni plus ni moins ce qu’était et ce qu’était censée être la dictature du peuple, une étape vers une autre étape, sans interruption dans la révolution. En Chine semi-coloniale semi-féodale, comme en Russie semi-capitaliste semi-féodale, la dictature du prolétariat avait besoin de la dictature du peuple pour sa propre réalisation, et la dictature du peuple n’était là que pour réaliser la dictature du prolétariat. D’une part, Mao (comme Lénine) était conscient qu’une démocratie libérale n’était plus possible ; et d’autre part, Mao (comme Lénine) ne voulait pas d’une démocratie libérale.

    En bref, l’ICR confond les révolutions démocratiques anciennes et nouvelles, et traite la révolution néodémocratique comme rien de plus qu’une révolution bourgeoise malgré la bourgeoisie ! Or, la révolution néodémocratique réalise les tâches historiques bourgeoises (que la bourgeoisie a abandonnée), certes, mais elle prépare surtout la réalisation des tâches historiques prolétariennes (que la bourgeoisie n’a jamais eue). De plus, l’ICR s’imagine que la révolution démocratique selon Mao a été compromise par la non-réciprocité de l’amour qu’il portait à la bourgeoisie, ce qui est un contresens historique et théorique.

    Dans De la contradiction, Mao ne dit pas qu’il faut se soumettre à la bourgeoisie ni que la bourgeoisie serait éternellement une classe alliée, bien au contraire. De la contradiction a été écrit en 1937, le PCC a pris le pouvoir en 1949. La stratégie d’alliance avec la bourgeoisie dont parle Mao en 1937 concerne l’alliance politico-militaire avec la bourgeoisie nationale dans la lutte contre un ennemi commun désigné comme ennemi principal par les communistes — le Japon envahisseur. Le traitement de la bourgeoisie nationale au sein de la période de nouvelle démocratie est différent, et est traité dans des ouvrages différents.

    Dans De la contradiction, Mao dit :

    « Quant au peuple, maintenant dominé, il accédera, sous la direction du prolétariat, à une position dominante.37 »

    Dans De la juste résolution des contradictions au sein du peuple (document également cité dans l’article de l’ICR), Mao dit :

    « Notre dictature est la dictature démocratique populaire dirigée par la classe ouvrière et fondée sur l’alliance des ouvriers et des paysans.38 »

    Ainsi, l’ICR tord doublement la réalité : d’une part elle déforme complètement le contenu réel de la théorie maoïste, d’autre part, elle falsifie l’Histoire. Au lieu de comprendre la nouvelle démocratie comme une étape vers le socialisme et l’éviction de la bourgeoisie, dans le cadre d’un pays dominé et semi-féodal comme la Chine, elle refuse de s’y intéresser, puis déforme l’Histoire dans une vision qu’on ne peut appeler que conspirationniste. Plutôt que d’accepter que l’expropriation des capitalistes fait partie de la théorie maoïste et fut vérifiée en pratique comme l’aboutissement de la lutte des classes menée par le Parti contre la bourgeoisie, l’ICR invente une explication fantaisiste visant à faire croire, envers et contre tout, que c’est contre le gré (!) de Mao que la bourgeoisie fut attaquée. Nous pesons nos mots en parlant de vision conspirationniste de l’Histoire : il s’agit précisément de ça.

    Selon l’ICR :

    « Le KMT capitaliste, de son côté, était également lié à l’impérialisme américain, lequel était opposé de manière implacable au communisme. En juin 1950, la Guerre de Corée éclata, dans laquelle se lancèrent la Chine, l’URSS et les États-Unis, engagés dans un conflit extrêmement violent pour décider si la Corée demeurerait — ou non — capitaliste et dans la sphère d’influence américaine.

    S’inscrivant dans une logique objective et mondiale, ces événements forcèrent le nouveau régime du PCC à abandonner le programme de la “Nouvelle démocratie”. Les capitalistes chinois embrassèrent la cause des États-Unis et des réactionnaires en Corée, espérant que leur victoire infligerait un coup sévère au nouveau régime instauré par le PCC. Engagé dans le soutien à la Corée du Nord en guerre, le PCC pouvait moins que jamais tolérer un sabotage économique à l’intérieur de ses frontières.

    Nationalisant la majeure partie de l’économie, le PCC donna un coup de barre à gauche en réponse à la désertion des capitalistes ou à leurs manœuvres contre le nouveau régime. On voit ainsi clairement comment les “contradictions nationales” avec les impérialistes étaient liées aux contradictions de classe de la société, et comment elles furent résolues non sur une base purement nationale, mais par les méthodes de la lutte des classes.

    L’expropriation des capitalistes était bien évidemment une décision correcte, mais elle infligeait un démenti à la méthode théorique prônée dans l’ouvrage de Mao. Le cours de la révolution a contredit l’idée que la classe dominante aurait pu avoir intérêt à s’unir à d’autres classes pour combattre l’impérialisme. On trouve dans De la contradiction la thèse selon laquelle il est à la fois possible et juste de promouvoir la collaboration des classes dans les pays colonisés ; cette thèse reflète en fait la position générale adoptée par le stalinisme dans le monde entier.39 »

    La thèse selon laquelle le Parti aurait été « forcé » d’exproprier les capitalistes à cause de leur sabotage pendant la Guerre de Corée repose sur deux piliers : le conspirationnisme comme méthode historique, et la déformation systématique des thèses adverses comme méthode théorique. Commençons par l’aspect historique, celui théorique suivra immédiatement.

    Rien ne permet de prouver qu’un Mao pris au dépourvu par la « trahison » des capitalistes aurait dû nationaliser dans l’urgence. L’essentiel des sources et travaux disponibles sur la Chine des années 1950 montre beaucoup plus un processus progressif de mise sous contrôle de la bourgeoisie industrielle jusqu’à son éviction totale. Rappelons simplement que la thèse maoïste de l’existence d’une bourgeoisie nationale comme fraction de la classe bourgeoise fut validée par l’histoire de la Révolution chinoise : la bourgeoisie industrielle de Shanghaï était en rupture avec Jiang Jeshi en raison de son abandon de la lutte antijaponaise au profit de la lutte anticommuniste40. En 1948-1949 cette même bourgeoisie est tout à fait dégoûtée du Kuomintang, corrompu, inefficace, dictatorial, etc. C’est ainsi que certains capitalistes font le choix de « parier » sur la RPC et le PCC et de trouver des accords avec le nouveau régime. On constate bien l’existence d’une bourgeoisie nationale anti-impérialiste disponible, dans un certain contexte, à une alliance avec le PCC. À l’exact opposé de la thèse de l’ICR, des représentants de la bourgeoisie nationale ont même activement soutenu l’effort de guerre anti-impérialiste en Corée, envoyant leur or et leurs fils à l’Armée des volontaires41. En revanche cette alliance n’était évidemment pas destinée à durer dans le temps (autrement, le PCC aurait été un parti réformiste-développementaliste).

    Nous renvoyons là-dessus à nos développements précédents sur la campagne des Cinq Antis, qui démontrent bien le caractère planifié et volontaire de la liquidation de la bourgeoisie industrielle chinoise. Tout l’inverse, donc, d’une collectivisation qui aurait été faite dans la contrainte et l’urgence en raison du sabotage, dont il n’existe aucune preuve (!), de l’effort de guerre par les bourgeois. Utiliser une invention aussi alambiquée pour contourner la réalité est le propre d’une méthode conspirationniste.

    Selon l’ICR :

    « Si Mao et le PCC avaient procédé à une évaluation honnête et approfondie du cours de la révolution, ils auraient pu corriger les erreurs importantes contenues dans De la contradiction et procurer aux communistes de Chine et d’ailleurs les outils nécessaires au progrès de la révolution socialiste mondiale.

    Au lieu de cela, la méthode erronée promue par Mao en 1937 n’a pas seulement été défendue, mais même renforcée, ce qui eut des conséquences désastreuses partout où elle fut appliquée, comme en Indonésie et en Iran.42 »

    L’ICR ne fait que montrer sa méconnaissance des événements révolutionnaires en Indonésie et en Iran en faisant reposer ces échecs sur Mao, particulièrement sur De la contradiction.

    En Indonésie, le PKI n’a pas appliqué la méthode de Mao, il a appliqué la sienne. Le PKI était un parti indépendant, même s’il s’est rapproché du PCC dans les dernières années précédant le génocide de 1965, il élaborait sa propre ligne. Le PCC a en revanche soutenu ses tentatives de militarisation, même si elles furent trop tardives. Si le PKI avait suivi la voie maoïste telle qu’elle fut menée en Chine, c’est-à-dire armer les masses, construire des bases rouges et se préparer à mener la guerre civile révolutionnaire, on voit mal comment il aurait pu se retrouver aussi dépourvu face à la répression militaire après la tentative échouée de coup d’État du 30 septembre. Le coup d’État du 30 septembre fut une tentative putschiste de la direction du PKI et d’éléments progressistes de l’armée de neutraliser des généraux anticommunistes de l’armée indonésienne et d’ouvrir le champ à une prise de pouvoir. Son échec provoque directement l’extermination massive des communistes et suspects de sympathies communistes par l’armée et ses supplétifs réactionnaires à travers tout le pays (entre un et trois millions de morts) et signe la fin du mouvement communiste en Indonésie (le 3e dans le monde à l’époque) : un désastre absolu. Cette manière même de procéder « par le haut », par un coup d’État, est aux antipodes de la méthode maoïste de mobilisation des masses dans la guerre populaire. On peut en revanche critiquer le PCC pour avoir accordé une trop grande confiance au PKI et pour l’avoir trop laissé faire dans son impréparation militaire43. La thèse selon laquelle ce dernier aurait été intégralement piloté depuis Pékin est en réalité issue de la propagande du régime génocidaire du Nouvel ordre, afin de diaboliser les communistes comme des agents de l’étranger. Une fois de plus, l’histoire officielle trotskiste, dans son effort pour discréditer tout le mouvement communiste extérieur à sa tradition, rejoint les positions des réactionnaires anticommunistes.

    En ce qui concerne l’Iran, l’influence de la Chine et du PCC fut très faible dans le processus révolutionnaire, qui se lança alors que les révisionnistes avaient déjà pris le pouvoir depuis plusieurs années à Pékin. La formation de groupes maoïstes iraniens fut principalement un phénomène diasporique en réaction à l’échec de la révolution. Imputer la prise de pouvoir des réactionnaires religieux à une ligne maoïste en Iran ne repose sur rien de concret et est une analyse erronée.

    Selon l’ICR :

    « Lorsqu’on lit De la contradiction aujourd’hui, la question à poser n’est pas : “est-ce que Mao a réussi à renverser le capitalisme ?”, mais bien : “est-il possible de renverser le capitalisme sur cette base ?” L’expérience des soixante-dix dernières années a prouvé que non.44 »

    L’ICR pose ici une question intéressante : une théorie juste se vérifie dans la pratique. Si nous voulons juger de la pertinence de l’analyse de Mao, il faut donc demander : est-ce que le Japon fut vaincu ? Est-ce que le Parti a réussi à prendre le pouvoir ? La réponse à ces deux questions est positive. Est-ce que la stratégie d’alliance avec la bourgeoisie a réussi dans des pays semi-coloniaux ailleurs qu’en Chine ? Oui. Est-ce qu’elle a aussi échoué dans certains pays ? Oui.

    Si nous voulons juger de la pertinence des théories trotskistes, nous devons nous poser la question : est-ce que ces théories ont permis la prise de pouvoir quelque part ? Non. En 1917, Trotsky a organisé et dirigé l’Armée rouge, mais ce fut sous la bannière du bolchevisme, et non pas sous celle qu’il avait lui-même défendue dans la social-démocratie russe pendant les 15 années précédentes.

    L’alliance avec la bourgeoisie nationale peut concourir à la victoire de la lutte anti-impérialiste dans un pays semi-colonial ; mais surtout, se priver de cette alliance peut concourir à la défaite de celle-ci. Dans la lutte révolutionnaire, dans les pays semi-coloniaux et dans tous les pays, il n’y a jamais de garantie, mais il y a des possibilités : la révolution démocratique en alliance avec la bourgeoisie nationale n’est pas garantie, mais elle est possible, et elle l’est plus que la révolution démocratique sans alliance avec la bourgeoisie nationale.

    Est-ce que la Chine est socialiste aujourd’hui ? La réponse est négative. Il n’existe aujourd’hui aucun pays socialiste. Pour l’instant, aucune théorie n’a permis au mouvement communiste de réaliser la transition socialiste et d’empêcher la restauration capitaliste.

    Nous défendons l’héritage des expériences socialistes parce qu’il n’y a qu’à travers l’étude de notre histoire que nous pourrons élaborer la théorie et la pratique qui permettra la transformation du monde. Mais, l’ICR, comme beaucoup d’organisations trotskistes, refuse d’étudier correctement l’histoire du mouvement communiste au XXe siècle.

    Il nous faut énoncer une tautologie, nos lecteurs et lectrices nous le pardonneront, mais cela est rendu nécessaire par l’argumentation de l’ICR : si la stratégie du front uni fonctionne, il n’y a aucune raison de la remettre en cause. À partir du moment où la théorie du PCC a permis la victoire de la première étape de la révolution, l’élimination du féodalisme à la campagne, et n’a conduit ni à la défaite militaire ni à la soumission à l’ennemi, il n’y a aucune raison de douter de la justesse révolutionnaire de cette théorie. Le fait que mener la guerre antijaponaise dans un front uni ait permis au Parti de se renforcer et de relancer la lutte des classes à travers le pays est la preuve que la compréhension par le Parti du front uni était correcte.

    L’ICR refuse d’étudier la situation concrète dans laquelle se trouvait le PCC. Il est facile, en 2025, de vivre dans un fantasme où il ne serait pas nécessaire de faire des alliances afin de prendre le pouvoir. Pourtant, dans la réalité, le PCC a pu prendre le pouvoir ! La stratégie de guerre populaire prolongée et de front uni dans les pays semi-coloniaux semi-féodaux s’est répétée dans plusieurs pays au fil des décennies. Pourtant, aucune stratégie trotskiste, « pure », n’a jamais amené à une mobilisation des masses et à une prise de pouvoir en bientôt un siècle.

    Selon l’ICR :

    « Dans De la contradiction, l’argumentation de Mao sur les contradictions spécifiques — et les solutions spécifiques qu’elles appellent — constitue une déviation unilatérale et mécaniste par rapport au matérialisme dialectique. Cette déviation consiste à insister sur le fait que, à chaque pays, ou à chaque étape dans un pays donné, reviennent ses propres contradictions, requérant leurs propres solutions, et que la lutte des classes peut être mise de côté par les communistes. Cette déviation a pour effet de légitimer l’opportunisme à courte vue ainsi que tous les zigzags programmatiques.

    De la contradiction développe une conception subjective et arbitraire de l’histoire. En surface, Mao fait mine de défendre le matérialisme dialectique ; en réalité, il ne fait rien de tel et se contente de juxtaposer les différentes phases historiques sans expliquer en rien la logique qui les sous-tend, avec sa nécessité et ses contradictions :

    “Dans la période du premier front uni, le KMT mit en œuvre les Trois Grands Principes de Sun Yat-sen : alliance avec la Russie, coopération avec le Parti Communiste et aide aux paysans et ouvriers. Il était alors un parti révolutionnaire et vigoureux, constituant une alliance des différentes classes en vue d’une révolution démocratique. Après 1927, toutefois, le KMT s’est transformé en son contraire et il est devenu un bloc réactionnaire des propriétaires terriens et de la grande bourgeoisie. À la suite de l’incident de Xian, en décembre 1936, il amorça un nouveau tournant visant à mettre fin à la guerre civile et coopérer avec le Parti Communiste pour mener une opposition conjointe contre l’impérialisme japonais. Telles ont été les caractéristiques spécifiques du KMT à ces trois étapes. Bien sûr, ces caractéristiques résultaient de différentes causes.”

    Ce sont ces “différentes causes” qui constituent la question clé, mais Mao laisse au lecteur le soin de les découvrir. Qu’un parti de masse se transforme, en l’espace d’un ou deux ans, d’un parti “révolutionnaire et vigoureux” en un “bloc réactionnaire des propriétaires terriens et de la grande bourgeoisie”, cela devrait être un fait d’une signification historique considérable, et non pas le résultat de la fantaisie d’un seul dirigeant. Pourtant, tout ce que dit Mao à ce propos est que le KMT a changé. D’abord il était bon, ensuite il est devenu mauvais. Nous nous sommes alliés avec lui, ensuite il est devenu notre ennemi ; et cela est arrivé pour des raisons sur lesquelles Mao ne s’attarde pas.45 »

    Nous avons déjà cité plus haut un texte de Mao datant de 1926 qui abordait déjà la question des contradictions de classe, dans la société chinoise, mais aussi dans le Kuomintang. Ici, Mao prend un exemple pour expliquer que :

    « Lorsqu’on étudie le caractère spécifique des contradictions à chaque étape du processus de développement d’une chose ou d’un phénomène, il faut non seulement considérer ces contradictions dans leur liaison mutuelle ou dans leur ensemble, mais également envisager les deux aspects de chaque contradiction.46 »

    L’exemple que prend Mao est celui de la relation entre le Kuomintang et le PCC. Le passage cité par l’ICR décrit superficiellement l’histoire de l’un des aspects de cette contradiction (le Kuomintang). Il est suivi par un paragraphe qui décrit celle de l’autre aspect de cette contradiction (le PCC). Dans celui-ci, Mao prend le temps de souligner les erreurs du PCC et en conclu que :

    « Faute d’étudier les particularités du Kuomintang et du parti communiste, il est impossible de comprendre les relations spécifiques entre les deux partis aux diverses étapes de leur développement : création d’un front uni, rupture de ce front, création d’un nouveau front uni.47 »

    Mao explique ici pourquoi il a parlé de l’histoire du Kuomintang et de celle du PCC — étudier chacun des aspects est une nécessité afin de comprendre la relation entre ces aspects. Mao continue :

    « Mais pour étudier ces diverses particularités, il est encore plus indispensable d’étudier la base de classe des deux partis et les contradictions qui en résultent dans différentes périodes entre chacun de ces partis et les autres forces.48 »

    Mao développe ensuite sur les contradictions à l’intérieur du Kuomintang et sur ses choix stratégiques vis-à-vis de celui-ci.

    Nous n’allons pas réécrire De la contradiction dans notre critique, mais nos lecteurs et lectrices peuvent voir qu’encore une fois l’ICR ne comprend pas ce document et en déforme le contenu. De la contradiction est un document qui a pour objectif d’expliquer ce qu’est le matérialisme dialectique. Pour ce faire, Mao utilise des exemples concrets de son époque afin de faire comprendre à ses lecteurs et lectrices ce qu’est une contradiction. C’est un texte court qui n’est qu’une introduction au matérialisme dialectique, et il ne faut pas en attendre autre chose.

    Sans compréhension de la dialectique du principal et du secondaire, les communistes se créent de fausses apories : « J’ai deux ennemis, les nationalistes et les Japonais, je dois les combattre en même temps, mais c’est pratiquement infaisable » au lieu de voir que la lutte du front uni contre l’ennemi principal se double d’une lutte interne (et moindre) contre l’ennemi secondaire qui prépare elle-même la victoire future contre ce même ennemi. Devrait-on ainsi condamner la participation bolchevique à la défense de la République de Russie contre le putsch de Kornilov ? Il s’agissait pourtant de fait d’une collaboration avec la bourgeoisie impérialiste libérale, ennemie acharnée des communistes dans le cadre de la lutte pour l’abolition du Capital, mais aussi des vestiges féodaux. Cette participation à un front uni de fait est pourtant bien l’événement qui permet au Parti de reconstituer ses forces et son emprise dans les masses, alors que celles de Kerenski déclinent. Sur une échelle temporelle et quantitative bien plus grande, la même chose est vraie du front uni chinois. Sans la compréhension du mouvement contradictoire du réel, faisant que l’un se transforme en son contraire (ainsi, la lutte en unité et l’unité en lutte), on ne comprend plus le marxisme. C’est bien Marx qui nous a enseigné que la bourgeoisie, dans une phase historique donnée, constituait une force progressiste, puis se muait en force réactionnaire. Cela, l’ICR en est normalement bien consciente. La dialectique maoïste n’est que la poursuite de cette évidence philosophique et historique située au cœur du marxisme.

    L’ICR lit des parties du document isolément des autres, sans chercher à le comprendre dans son entièreté, et se contente de critiquer les maoïstes sans prendre le temps d’étudier le maoïsme.

    Selon l’ICR :

    « La vérité est que Mao ne souhaitait pas lier son sort à une quelconque perspective théorique à propos de la Révolution chinoise. Ce qu’il voulait, c’était vendre aux membres du Parti une “dialectique” aussi vague qu’ondoyante, de façon à se laisser les mains libres pour changer de position à sa guise, en fonction des circonstances.

    C’est caractéristique du régime bureaucratique qui affectait le PCC bien avant 1949, et qui se renforça considérablement après sa victoire.49 »

    On en arrive au cœur du problème : l’ICR ne fait pas une étude de De la contradiction, il veut seulement vendre son récit historique conspirationniste. Mao était un individu mauvais, stupide et calculateur, le PCC était une bureaucratie opportuniste cruelle, incompétente et omnipotente, ils étaient à la fois incapables du moindre discernement sur les réalités les plus évidentes et capables de manœuvrer à leur avantage dans les réalités les plus complexes. Leurs seules victoires leur auraient été données par l’ennemi, après qu’il aurait refusé leurs demandes répétées de reddition.

    Pourtant, Mao a su avoir une compréhension du matérialisme dialectique qui a permis de remplir les objectifs de la prise du pouvoir. Le texte dont nous parlons a été écrit en 1937, les exemples exposés par Mao sont ceux de la situation concrète de l’époque, et les communistes ont pris le pouvoir en 1949. Ceci est la réalité.

    Le déroulé de la lutte de 1937 à 1949, dont on peut avoir une bonne idée avec la consultation croisée (et honnête) des textes du Parti et du consensus historiographique qui se dégage, tend ainsi à valider la compréhension maoïste de la dialectique, là où les auteurs de l’ICR prétendent que la critique historique du maoïsme en actes invalide cette dialectique. En effet, ce que l’on observe, pour le dire rapidement, c’est la conservation infaillible du fil rouge de la révolution socialiste au fil des changements majeurs du contexte chinois. La formule du front uni a permis le développement du Parti et de la lutte des classes au sein de la guerre commune contre le Japon. Cela a fourni au PCC les bases pour reprendre la guerre contre le Kuomintang, qui lui, au contraire, s’était affaibli (!) et coupé des masses au cours de la guerre. À aucun moment le PCC n’a été subordonné concrètement au Kuomintang, à aucun moment il n’a abandonné le chemin de la révolution, et en définitive il a effectivement liquidé les propriétaires terriens.

    La ligne de Mao, aussi connue sous le nom de « communisme de Yan’an »50 n’a pas été dominante par magie. Jusqu’au mouvement de rectification, elle est contestée en interne par de puissants responsables du Parti, et n’est parfois pas appliquée. Ainsi, la ligne dite maoïste dut au préalable triompher de la ligne dite « bolchevique » défendue principalement par Wang Ming, représentant du Comintern auprès du PCC et porteur des consignes soviétiques. Cette ligne consistait, d’une part, dans l’emphase mise sur la résistance urbaine, invoquant l’exemple de la défense de Madrid en Espagne, d’autre part, dans la compréhension non conflictuelle de la nature du front uni. Il n’y aurait ainsi, selon Wang Ming et ses soutiens, pas fallu soutenir un cours (modéré) de lutte des classes au sein du front uni, par peur de le rompre51. Cette modération rurale aurait conduit le Kuomintang à laisser les mains libres au Parti dans les villes où il aurait pu conduire sa reconstruction à partir des couches de jeunes intellectuels et du prolétariat urbain.

    Comme le cours de la Révolution chinoise n’a eu de cesse de le démontrer de 1927 à 1949, cette ligne était évidemment erronée. Dans un pays dominé semi-féodal, la classe ouvrière ne peut être le sujet révolutionnaire principal, tout simplement parce qu’elle est bien trop faible : le cœur de la question révolutionnaire réside alors dans la contradiction entre paysans et propriétaires fonciers. L’histoire du PCC jusqu’aux années 1940-1942 est marquée par la longue incapacité à reconnaître entièrement ce constat : quasiment jusqu’au bout, de larges pans du Parti ont voulu envers et contre tout rester fidèles à une forme d’orthodoxie marxiste fondée sur la lutte dans les villes, occasionnant de nombreux et coûteux échecs. Nous ne pouvons que remarquer que l’insistance constante de l’ICR sur le supposé abandon des villes et des ouvriers par le PCC les rapprochent de l’orthodoxie (erronée) stalinienne d’alors sur la question chinoise.

    « Heureusement » pour l’avancée de la révolution chinoise, la ligne de Wang Ming fut mise en échec avant de provoquer la destruction du Parti par l’incapacité du Kuomintang à défendre le dernier bastion chinois urbain d’importance : Wuhan. Pour donner un bref aperçu du déroulé des premières opérations militaires japonaises contre la Chine : Shanghaï tombe après des combats acharnés, presque dignes de Stalingrad, en novembre 1937. Saignée à blanc par la défense infructueuse de la première ville du pays, l’Armée nationaliste n’est plus en mesure de défendre efficacement sa capitale, Nankin, qui tombe en décembre. S’ensuit un massacre de masse de la population civile. Les deux principales villes du Nord, Pékin et Tianjin étaient tombées en un mois, dans la suite immédiate de l’invasion du Pont Marco Polo. Au cours de l’été 1938 des combats font rage pour Wuhan, nouvelle capitale de la Chine, à la suite de la chute de Canton, principal port et ville du Sud en octobre, le Kuomintang évacue Wuhan et se replie sur Chongqing à l’intérieur des terres, qu’il ne quittera plus avant 1945.

    À partir de la fin 1938 la formule « Mao-Yan’an » a donc l’ascendant dans le Parti suite à l’échec de la ligne de Wang Ming. Cependant, la Nouvelle 4e Armée continue d’appliquer la politique de ce dernier alors qu’elle devait établir une nouvelle base rouge dans le Jiangsu (province côtière au nord de Shanghaï). Peu ancrée dans les masses en raison de sa politique d’extrême conciliation avec les propriétaires terriens et sa compréhension exclusivement unitaire du front uni, elle fut facilement trahie et défaite par les nationalistes opérant dans la même zone52. Avec ce dernier, et évitable, échec, la ligne de Wang Ming fut prouvée fausse aussi bien dans son versant urbain que rural et la ligne maoïste put enfin triompher.

    Ce long développement sur la ligne Wang Ming nous est précieux, car il fait voir tout l’aspect vivant, concret, et juste (!) de la dialectique maoïste du principal et du secondaire. C’est là que l’on voit le mieux apparaître la justesse de la compréhension du front uni comme une lutte dans l’unité (!) (l’unité étant généralement principale et la lutte généralement secondaire). La position de l’ICR consiste à faire passer la ligne de Wang Ming (unilatéralement unité) pour la ligne maoïste, alors que rien n’est plus faux.

    On pourrait imaginer une ligne unilatéralement lutte : il n’y aurait donc tout simplement pas eu de front uni. Cette « solution » est d’une absurdité évidente et manifeste, c’est pour cela qu’elle n’a connu aucune traduction historique, à l’exception des collaborateurs projaponais, issus du camp nationaliste et en grande partie motivés par l’anticommunisme53. Du côté des communistes une telle ligne aurait pu se traduire par des insurrections anti-Kuomintang à Shanghaï, Wuhan et Nankin lors de leurs défenses respectives par l’Armée nationaliste. Les communistes auraient ensuite tenté de tourner leurs armes contre les Japonais, dont l’avancée aurait été grandement facilitée, et auraient été massacrés jusqu’au dernier. Une telle projection uchronique n’a pour but que de souligner l’absurdité qu’aurait été une telle politique.

    La pratique concrète de la mobilisation des masses dans la résistance antijaponaise selon une ligne de lutte dans l’unité permettant la reconstruction du Parti et posant les bases de la victoire lors de la reprise de la guerre civile démontre la justesse de la vision d’une progression dialectique des contradictions politico-sociales : la lutte se transformant en unité puis en lutte d’une part, le secondaire se transformant en principal d’autre part. Nous nous expliquons : pour « unité-lutte-unité », on voit bien qu’il s’agit de la relation au Kuomintang, cependant l’unité n’annule pas la lutte, le front uni signifie simplement que l’unité est généralement principale et la lutte généralement secondaire. Lorsque le Kuomintang passe du camp de la révolution à celui de la contre-révolution, après 1945, la base d’unité entre le PCC et le Kuomintang disparaît avec la précédente phase de la libération nationale (la guerre antijaponaise). Il n’y a donc plus de mouvement d’unité-lutte-unité entre le PCC et le Kuomintang, parce qu’il n’y a plus de base d’unité entre eux dans cette nouvelle phase de la lutte de classe du prolétariat (la guerre civile).

    En 1945, la précédente contradiction de classe entre le Kuomintang et le PCC s’est niée dans une nouvelle contradiction de classe qualitativement supérieure : de la lutte de classe dans un front uni à la lutte de classe en dehors de tout front uni. Dans cette nouvelle contradiction de classe, la contradiction unité-lutte politique entre le Kuomintang et le PCC, dont le mouvement est décrit par la formule « unité-lutte-unité », a disparu.

    L’ICR est en plein délire conspirationniste. Plutôt que de faire une critique sérieuse d’un texte politique, elle a décidé de faire une critique de son auteur, en se basant sur sa vision très particulière de l’Histoire. Elle se permet de citer Trotsky :

    « Comme Trotsky l’avait prévu, le PCC fut trahi par Tchang Kaï-chek, c’est-à-dire par le chef sur lequel Staline avait exigé que le parti fonde ses espoirs pour diriger la révolution. À partir de 1926-1927, Tchang mena une contre-révolution impitoyable contre le PCC et la classe ouvrière ; il massacra des dizaines de milliers de travailleurs et de communistes.

    Cette défaite et la façon qu’eut le parti d’y réagir — sur ordre de Staline — furent désastreuses. En conséquence, les membres du PCC qui y survécurent furent contraints de fuir dans des régions rurales reculées.

    Le régime du parti dut s’adapter à ces conditions. Le parti devint essentiellement une armée de guérilla paysanne, c’est-à-dire tout autre chose qu’un parti bolchevique, prolétarien, organisé sur la base du centralisme démocratique. Des méthodes bureaucratiques, imposées d’en haut, devinrent inévitables : dans le contexte d’un encerclement du parti par des troupes gouvernementales bien plus nombreuses, l’effort militaire pour survivre réclamait une direction impitoyable. Il n’y avait pas de temps pour la discussion. L’ouvrage de Mao est précisément le reflet de ces méthodes.

    Une direction bureaucratique a nécessairement une perspective mécanique à courte vue. Précisément parce qu’elle est bureaucratique, elle ne considère pas les masses comme une force indépendante et capable de transformer la société. Elle tend à penser qu’il suffit de donner des ordres, d’en haut, pour obtenir des résultats indépendamment des intérêts et de la dynamique des classes en lutte. Une direction bureaucratique cherche à prendre le pouvoir au moyen d’accords avec les chefs d’autres partis, en oubliant que cela peut avoir pour effet d’aliéner et de démoraliser la classe ouvrière.

    Une telle direction ne veut pas d’une participation démocratique des masses. Elle ne veut pas davantage de militants dotés d’un niveau politique élevé, capables de penser par eux-mêmes. Elle n’est pas renforcée par la discussion et la clairvoyance de la base militante. Au lieu de s’appuyer sur l’argumentation, la persuasion et l’inspiration politiques, elle s’appuie sur des ordres indiscutables. Elle se maintient en place en manœuvrant et en jouant les différentes factions les unes contre les autres.54 »

    À lire l’ICR, il semblerait que la défaite de 1927 soit une responsabilité de Mao. Or, ce que l’ICR ne semble pas vouloir admettre à propos de ces événements, c’est que Mao partage la critique qu’ils ont de la politique qui était imposée par Staline, et qui a mené au repli des communistes dans les campagnes. Staline a ultérieurement lui-même formulé une autocritique de sa politique.

    Avec cette critique, l’ICR cherche en fait à créer un continuum direct entre la politique maoïste et la figure de Staline, celle du « fossoyeur » de la Révolution russe55. L’ICR cherche ouvertement à faire de Mao le même monstre que serait Staline.

    L’ICR maintient son discours conspirationniste qui ne réside dans aucune interprétation sérieuse des faits historiques. Premièrement, ce sont les dirigeants du PCC de l’époque qui vont prendre la responsabilité de l’échec ; dont Chen Duxiu, qui a ensuite arrêté de lutter au sein du Parti pour finir par soutenir le pouvoir nationaliste sans concession durant la seconde guerre sino-japonaise, après s’être rapproché de l’opposition de gauche et de Trotsky56. Deuxièmement, c’est justement la force de la tactique du PCC de repli dans les campagnes qui a permis l’union de la paysannerie et du prolétariat au sein du front national et qui a mené à la prise de pouvoir du PCC, sans que le centralisme démocratique ne soit abandonné.

    L’insistance dont fait preuve l’ICR sur la nécessité d’une composition ouvrière urbaine semble aussi très dogmatique, surtout à la lumière de la Révolution russe, dont l’exemple montre la nécessité d’une union entre les prolétaires et les paysans au sein du front communiste.

    L’ICR croit qu’il est impossible que la distinction principal-secondaire ait un sens concret dans la lutte révolutionnaire : il ne pourrait s’agir que d’une mascarade bureaucratico-stalinienne. L’examen des conditions concrètes de l’action du Parti au sein du front uni démontre très clairement leur erreur. La validation pratique de la formule de la mobilisation des masses dans certaines limites (c’est-à-dire, sans aller jusqu’à l’expropriation directe et complète des propriétaires, mais en les marginalisant graduellement57) dans les victoires successives de 1945 à 1949 (le Parti n’a pas été détruit par les Japonais puis a vaincu les nationalistes) démontre que cette formule était bien la stratégie communiste adaptée à la victoire. Du même coup elle fait voir la dialectique maoïste comme une formalisation dans le langage philosophico-politique marxiste du principe d’étude concret de la réalité historique et sociale. Mao ne parle pas de principal et de secondaire, d’unité qui se transforme en lutte, etc., par pur plaisir bureaucratique, mais parce que ce sont les catégories qui permettent le mieux aux communistes de penser le mouvement réel de l’Histoire et des masses dans le cadre du processus révolutionnaire.

    De plus, il est curieux que l’ICR s’attaque ici à la personne de Mao en l’attachant au bureaucratisme, alors que c’est une déviation qu’il a notamment dénoncée à plusieurs reprises au sein du PCC, et ce dès 1953, c’est-à-dire peu de temps après la prise de pouvoir58.

    Cette critique visant le dogmatisme de la théorie maoïste démontre une fois de plus l’incompréhension par l’ICR de l’analyse maoïste de la situation chinoise. Ce que Mao défend dans De la contradiction, c’est l’intérêt de l’analyse de la situation particulière de chaque nation pour envisager la pratique de la prise de pouvoir. Si cette stratégie particulière a ensuite été reproduite, c’est qu’elle a permis deux choses : premièrement, la prise de pouvoir du PCC en Chine doublé de la mise en place de politiques socialistes ; et deuxièmement, la théorisation d’une autre voie pour la révolution que celle d’Octobre, qui s’appuyait sur un contexte beaucoup plus particulier et difficile à reproduire avec l’essor du capitalisme à l’échelle mondiale. Cette nouvelle voie a mené à d’autres luttes de libération nationale et à l’instauration fructueuse de dictatures du prolétariat à travers le monde.

    Plutôt que de faire une étude approfondie de De la contradiction, l’ICR s’est concentrée sur la stratégie d’alliance et de front uni du PCC au cours de son histoire. Cet article n’est qu’une version développée de l’article « Marxisme contre maoïsme » du PCR (7 décembre 2022), où nous retrouvons la même absence de sérieux dans l’étude des textes de Mao (notamment sur la nouvelle démocratie).

    Pourtant, il aurait été intéressant que l’ICR étudie en profondeur non seulement les théories maoïstes, mais aussi leur application — le rapport entre théorie et pratique. Nous regrettons que les débats entre différents courants marxistes soient si superficiels. Nous aurions aimé avoir l’occasion ici de débattre sur la dialectique de Mao, avec ce qu’elle a de vrai comme de faux.

    Débattre avec les trotskistes revient toujours à combattre leur vision conspirationniste de l’Histoire. Ceci est vrai non seulement pour l’ICR, mais pour toutes les organisations trotskistes. Elles prétendent combattre le dogmatisme des organisations « stalinistes » et maoïstes, mais elles sont les premières à défendre leurs propres dogmes plutôt que de s’appuyer sur une étude scientifique du réel.

    Notre référence appuyée aux travaux des historiens et historiennes spécialistes ne signifie pas admiration sans réserve des universitaires et de leur ethos. Les historiens et historiennes professionnelles ne sont pas des révolutionnaires, et ne peuvent formuler d’analyse révolutionnaire à notre place. Cependant, pour des événements s’étant passés il y a plus de 80 ans, l’étude scientifique des événements menées par des historiens bourgeois et historiennes bourgeoises est un précieux matériel pour les communistes. On ne peut simplement se fier exclusivement à la position prise par telle ou telle « grande » figure de tel ou tel courant pour la bonne raison que ces figures n’étaient que rarement en mesure de mener une étude approfondie et sérieuse de la réalité de tel ou tel processus. Le recours aux résultats produits par le travail collectif de dizaines et dizaines de chercheurs et chercheuses au fil de plusieurs décennies nous est ainsi extrêmement précieux : nous ne pouvons pas envoyer un camarade pendant dix ans en Chine faire le tour des archives disponibles, d’autant plus quand cela a déjà été fait par lesdits chercheurs et chercheuses. Ce qu’il nous faut faire c’est relire ces résultats avec l’œil critique révolutionnaire, identifier là où tel historien ou historienne pèche par idéologie anticommuniste et simplement réintroduire ces résultats dans le cadre d’une analyse communiste. C’est ce que nous cherchons à faire ici : ne pas répéter le propos des historiens et historiennes, mais se l’approprier et le mettre au service de la compréhension communiste du monde, tout en séparant le bon grain de l’ivraie.

    Notre méthode historiographique est l’opposée de la méthode historiographique trotskiste, dont l’article de l’ICR est un bon exemple : un mille-feuille historique doublé d’une interprétation fantaisiste à charge. D’abord, l’historiographie trotskiste sélectionne un ensemble de faits restreints, mais assez nombreux pour se donner une crédibilité à usurper : des événements et des individus, accompagnés de dates et de citations. Ensuite, à partir des acteurs qu’elle a présentés et du décor historique qu’elle a planté, elle écrit un récit fictionnel. Qu’importe que cette interprétation soit parcimonieuse, pour peu qu’elle soit cohérente ; l’historiographie trotskiste répond de l’orthodoxie idéologique avant de répondre de la réalité. L’interprétation trotskiste de l’Histoire n’a aucun problème à s’enfoncer toujours plus loin dans les théories les plus irréfutables à condition que celles-ci correspondent à leur vision du monde. Pour les trotskistes, tout se passe toujours comme prévu, leur interprétation de l’histoire est omnipotente, parce qu’elle est irréfutable : aucun fait ne peut la contredire, aucune source ne peut la remettre en cause. Mao ne fait pas la révolution communiste ? C’est la preuve qu’il est un bureaucrate opportuniste. Mao fait la révolution communiste ? C’est la preuve qu’il est un bureaucrate opportuniste. Pour l’historiographie trotskiste, les nouvelles découvertes historiographiques, celles de l’histoire sociale en premier lieu, sont non seulement superflues, mais dangereuses. L’interprétation trotskiste de l’Histoire ne tient que si elle se restreint à un nombre extrêmement limité de sources (dans le cas de l’URSS, strictement kremlinologiques), c’est-à-dire un ensemble de sources qu’elle a elle-même prédéterminées. Pour cette raison, l’historiographie trotskiste déteste l’historiographie sociale, qui cherche à rassembler et comparer le plus grand nombre possible de sources pour produire la meilleure interprétation possible avec le concours des sciences sociales (certes, bourgeoises). Pour un trotskiste, ce qu’a écrit Trotsky sur l’histoire de l’URSS à partir de sa propre expérience individuelle, des publications du Kremlin et des témoignages des dissidents soviétiques (de gauche et de droite), vaut plus que tout ce qui ne pourra jamais être découvert dans les archives soviétiques. Si l’on en croit les trotskistes, la réalité sociale ne pourrait pas être mieux découverte que dans les publications du Kremlin et les témoignages des dissidents soviétiques, au premier desquels Trotsky, ces sources seraient indépassable, et avec elles, l’interprétation de l’Histoire telle que développée par Trotsky à partir de celles-ci seulement. Ce mépris de la méthode scientifique est un trait essentiel de l’historiographie trotskiste, parce qu’elle ne peut pas subsister sans elle. L’interprétation trotskiste de l’histoire, parce qu’elle doit tout expliquer, mais tout expliquer comme elle l’a déjà déterminé, flirt en permanence avec le conspirationnisme. L’article de l’ICR est un bon exemple de la méthode historiographique trotskiste, mais il n’est que le dernier d’une longue série qui remonte jusqu’à Trotsky.

    Cette énième critique trotskiste de Mao n’est qu’un article parmi tant d’autres piétinant la pratique et la théorie communistes, les expériences réelles des révolutions et des transitions socialistes. Ce faisant, les trotskistes défendent les historiographies bourgeoises les plus anticommunistes, attaquant donc l’ensemble du mouvement communiste, et la méthode scientifique marxiste avec lui.

    Dans À propos du conspirationnisme (2021), nous notions déjà que :

    « Trotsky a ainsi apporté un point de vue qu’il a déclaré comme étant marxiste. Cependant, Trotsky l’a fait avec une pétition de principe comme point de départ : il avait déclaré l’URSS comme ayant franchi un Thermidor. Par avarice intellectuelle (mais ce n’est pas intégralement de sa faute, c’est aussi un biais !), il n’a pas cherché des contre-exemples. De même, il a aussi travaillé avec des sources limitées : les écrits de la Pravda, les dépêches, etc., donc un corpus qui ne reflétait qu’une partie limitée de la réalité. Partant des mêmes sources que l’école historique totalitaire, il en a tiré les mêmes conclusions. Pour lui, l’URSS était devenue un monde monstrueux.59 »

    Idem, dans La bataille pour l’Histoire (2020) :

    « Dans une communauté de vues avec les propagandistes anticommunistes, il s’est élaboré une certaine “histoire” grandement légendaire, de l’Union soviétique. Cette histoire légendaire s’est cristallisée autour de “grands hommes”. Lénine, Staline, Trotsky, dont les destins lient inextricablement le sort de l’URSS.

    Celle-ci se nourrit alors de pages d’histoire classiques : la montée au pouvoir de Staline, par la fourberie, camouflant ses idées — si tant est qu’il en eût ! —, une collectivisation brutale et une planification mensongère, une longue montée en pression, avec l’instauration d’un totalitarisme hors de contrôle, culminant avec les purges et les procès, ayant pour but de rendre le Parti docile et liquider les compagnons de Lénine. Cette histoire, comme toutes les histoires conspirationnistes, s’autojustifie constamment. Staline fait tout, Staline peut tout. Lorsqu’il réprime, c’est pour montrer son pouvoir, lorsqu’il ne réprime pas, c’est pour tromper. Lorsqu’il soutient la NEP (nouvelle politique économique) c’est un droitier, lorsqu’il met en place la collectivisation, c’est pour camoufler le fait qu’il est toujours un droitier. Lorsque Enoukidzé est exclu, c’est pour montrer la main de fer, lorsqu’il est réintégré un an après, c’est une nouvelle fois pour cacher ses intentions.

    Cette histoire ne connaît nulle prise de la logique et de la raison. Elle ne se nourrit que d’actes de foi. Certes les sources étaient faibles. Pourtant elles pouvaient être complétées en amont de la fin de la Guerre froide.60 »

    Défendre le maoïsme face au trotskisme, c’est défendre la lutte concrète des communistes pour la transformation du monde, dans le passé, le présent et l’avenir.

    1 D. Morley et P. Young, « Défense de la dialectique — une critique du livre de Mao Zedong “De la contradiction” », Parti communiste révolutionnaire, 19 août 2025. À l’adresse :

    https://marxiste.org/defense-de-la-dialectique-une-critique-du-livre-de-mao-zedong-de-la-contradiction

    2 Cf. P. M. Christensen et J. Delman « A theory of transitional society, Mao Zedong and the Shanghai School », Bulletin of Concerned Asian Scholars, volume 13(2), 1981, p. 2-15. À l’adresse :

    https://doi.org/10.1080/14672715.1981.10409925

    3 D. Morley et P. Young, op. cit.

    4 Mao Z., De la contradiction, 1937.

    5 D. Morley et P. Young, op. cit.

    6 Mao Z., De la contradiction, 1937.

    7 D. Morley et P. Young, op. cit.

    8 Unité communiste, Sur Unité communiste, 2023, p.160-170.

    9 D. Morley et P. Young, op. cit.

    10 Mao Z., Analyse des classes de la société chinoise, 1926.

    11 Ibidem.

    12 Cf. Mao Z., Analyse des classes de la société chinoise, 1926 ; La tactique de la lutte contre l’impérialisme japonais, 1935 ; La Révolution chinoise et le Parti communiste chinois, 1939.

    13 D. Morley et P. Young, op. cit.

    14 Lifeng L., « Rural mobilization in the Chinese Communist Revolution: From the Anti-Japanese War to the Chinese Civil War », Journal of Modern Chinese History, volume 9(1), 2015, p. 95-116. À l’adresse :

    https://doi.org/10.1080/17535654.2015.1032391

    15 M. Opper, People’s Wars in China, Malaya, and Vietnam, University of Michigan Press, 2020. À l’adresse :

    https://doi.org/10.3998/mpub.11413902

    16 Ibidem.

    17 Cf. Lifeng L., « Rural mobilization in the Chinese Communist Revolution: From the Anti-Japanese War to the Chinese Civil War », Journal of Modern Chinese History, volume 9(1), 2015, p. 95-116. À l’adresse :

    https://doi.org/10.1080/17535654.2015.1032391

    18 Ibidem.

    19 Cf. L. Bianco, Les origines de la Révolution chinoise, Gallimard, 2007, p. 279-280. Malgré son anticommunisme forcené, Bianco reste un historien et, dans la plupart des cas, expose assez fidèlement la réalité des événements et processus historiques (du moins, tant que ces événements se déroulent avant 1949). C’est simplement qu’il tente systématiquement d’inventer l’interprétation la plus anticommuniste possible sans déformer honteusement les faits.

    20 D. Morley et P. Young, op. cit.

    21 Mao Z., De la contradiction, 1937.

    22 I. Kaypakkaya, Les principaux points sur lesquels nous divergeons du révisionnisme de L’Aube, 1972.

    23 Ibidem.

    24 Mao Z., De la contradiction, 1937.

    25 Ibidem.

    26 D. Morley et P. Young, op. cit.

    27 Mao Z., De la contradiction, 1937.

    28 D. Morley et P. Young, op. cit.

    29 V. I. Lénine, La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, 1916.

    30 Ibidem.

    31 D. Morley et P. Young, op. cit.

    32 Ibidem.

    33 S. Cochran, The Capitalist Dilemma in China’s Cultural Revolution, 2014.

    34 Hua-yu L., Mao and the economic stalinization of China, 1948–1953, 2006.

    35 J. Gardner, « The Wu-fan Campaign in Shanghai », in D. A. Barnet, Chinese Communist Politics in Action, 1969.

    36 Cf. V. I. Lénine, Deux tactiques de la social-democratie dans la révolution démocratique, 1905.

    37 Mao Z., De la contradiction, 1937.

    38 Mao Z., De la juste résolution des contradictions au sein du peuple, 1957.

    39 D. Morley et P. Young, op. cit.

    40 Cf. les travaux de Marie-Claire Bergère sur Shanghaï.

    41 Cf. J. Brown et P. Pickowicz, « Chapitre 15 », Dilemmas of victory: The Early Years of the People’s Republic of China, Harvard University Press, 2010.

    42 D. Morley et P. Young, op. cit.

    43 Zhou T., « China and the Thirtieth of September Movement », Indonesia, no 98, 2014, p. 29–58 ; « Ambivalent Alliance: Chinese Policy towards Indonesia, 1960–1965 », The China Quarterly, no 221, 2015, p. 221–225.

    44 D. Morley et P. Young, op. cit.

    45 Ibidem.

    46 Mao Z., De la contradiction, 1937.

    47 Ibidem.

    48 Ibidem.

    49 D. Morley et P. Young, op. cit.

    50 Cf. M. Selden, The Yenan Way in Revolutionary China, Harvard University Press, 1970 ; « Yan’an Communism Reconsidered », Modern China, volume 21, no 1, 1995, p. 8-44. À l’adresse :

    https://www.jstor.org/stable/189281

    51 C. E. Dorris, « Peasant Mobilization in North China and the Origins of Yenan Communism », The China Quarterly, no 68, 1976, p. 697-719. À l’adresse :

    https://www.jstor.org/stable/652582

    52 C. E. Dorris, op. cit.

    53 Cf. D. Serfass, Le gouvernement collaborateur de Wang Jingwei : aspects de l’État d’occupation durant la guerre sino-japonaise, 1940-1945, 2017, p. 192 et 260-261.

    54 D. Morley et P. Young, op. cit.

    55 La perception qu’Unité communiste a de Staline n’a évidemment rien de commune avec celle du monstre opportuniste décrit par les trotskistes. Staline était un grand camarade qui a joué un rôle clé dans l’histoire de la lutte pour le socialisme, dont l’expérience et les écrits sont précieux. Pour en savoir plus sur nos positions, nous conseillons la lecture de nos documents La seconde guerre mondiale (2021) et La bataille pour l’Histoire (2020).

    56 Y. Chevrier, « CHEN Duxiu », Le Maitron, 27 octobre 2016. À l’adresse :

    https://maitron.fr/chen-duxiu-%E9%99%B3%E7%8D%A8%E7%A7%80/

    57 M. Opper, op. cit.

    58 Mao Z., Combat Bureaucracy, Commandism and Violations of the Law and Discipline, 1953.

    59 Unité communiste, À propos du conspirationnisme, 2021.

    60 Unité communiste, La bataille pour l’Histoire, 2020.

  • Leur guerre, notre sang. Notre lutte, leur chute !

    Leur guerre, notre sang. Notre lutte, leur chute !

    Publication pour la campagne antiguerre commune de Reconstruction communiste et d’Unité communiste

    Loin du récit lisse d’une « fin de l’histoire » proclamée dans l’euphorie des années 1990, la guerre n’a jamais disparu. Aujourd’hui, de l’Ukraine à Gaza, des confins sahéliens aux rivages de la mer de Chine, les foyers de conflit se multiplient, révélant moins des accidents périphériques que l’aggravation d’une dynamique structurelle : celle des rivalités interimpérialistes, jamais abolies, toujours rejouées, et qui rendent illusoire toute stabilisation durable de l’ordre mondial. À mesure que l’économie de guerre s’impose comme horizon, une interrogation s’impose à nouveau comme elle s’imposait déjà à nos camarades en 19121 : ne sommes-nous pas, déjà, aux avant-postes d’une Troisième Guerre mondiale ?

    Si nous posons la question d’une Troisième Guerre mondiale, nous ne pouvons faire l’économie d’une analyse de ce qu’est une guerre mondiale. Une guerre mondiale est un conflit armé à l’échelle planétaire, marqué par :

    1. Une dimension globale et totale.
    • Elle s’étend à une grande partie du monde, influençant directement ou indirectement toutes les régions.
    • Elle implique une mobilisation totale de la société (militaires et civils, villes et campagnes).
    1. Des causes et enjeux impérialistes.
    • Elle naît des rivalités entre grandes puissances pour le partage ou le repartage du monde (colonies, zones d’influence).
    • Elle est inévitable à l’ère de l’impérialisme, sauf si des révolutions sociales l’empêchent.
    1. Des acteurs et des moyens extrêmes.
    • Les belligérants sont les puissances impérialistes et les États placés sous leur dépendance (semi-colonie), divisés en blocs hostiles.
    • Ils recourent aux technologies militaires les plus avancées et aux armes les plus destructrices, en raison de l’enjeu stratégique et existentiel du conflit.
    1. Un effondrement des normes politiques.
    • Les institutions et règles juridiques bourgeoises internationales s’effondrent face à la logique de la guerre.
    • Les forces politiques et idéologiques chauffent à blanc les populations pour promouvoir la guerre comme une solution raisonnable.

    La radicalisation de la crise mondiale

    Depuis plusieurs années, nous assistons à une transformation de la situation internationale à travers le retour de l’hypothèse guerrière à petite échelle, la fin des illusions sur le droit international, et le renforcement des affrontements interimpérialistes pour un nouveau partage économique du monde. Ce tournant, déjà perceptible depuis la crise financière de 2008, est devenu central à partir de 2022 avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la nouvelle intensification de la guerre de l’État sioniste en Palestine. La conflictualité mondiale s’installe durablement, non tant par une hausse quantitative des conflits que par leur transformation qualitative en affrontements par proxy entre grandes puissances.

    Dans ce contexte, la réélection de Donald Trump à la présidence des États-Unis en 2024 ne constitue pas une rupture de l’impérialisme américain, mais bien une continuité radicalisée de ses logiques. Si elle marque une inflexion par rapport aux formes plus classiques de la diplomatie américaine, elle n’en représente pas moins l’approfondissement d’une ligne stratégique défendue par des secteurs puissants du capital américain, déjà à l’œuvre sous les administrations précédentes. Loin de relever de l’accident politique, son retour au pouvoir exprime cette cohérence de fond. Si les styles diffèrent, la faible variation des orientations économiques et géopolitiques entre Trump et Biden — notamment en matière de confrontation avec la Chine ou de réarmement global — révèle l’unité de la bourgeoisie impérialiste américaine autour de la préservation de son hégémonie mondiale. La stratégie d’endiguement économique de la Chine, la militarisation accélérée de l’Indo-Pacifique, le soutien conditionnel à l’Ukraine et la guerre commerciale généralisée témoignent d’une logique de confrontation structurelle. Dans ce cadre, l’Union européenne apparaît toujours plus marginalisée, prise en étau entre sa dépendance stratégique envers les États-Unis et l’incapacité à se doter d’une politique impérialiste autonome.

    Le droit international, déjà fragilisé depuis longtemps par les violations répétées des grandes puissances, n’apparaît plus que comme une chimère, invoquée uniquement lorsqu’elle sert leurs intérêts : les grandes puissances, qu’elles appartiennent au bloc impérialiste occidental ou au camp des impérialismes dits « émergents » (Russie, Chine), recourent désormais fréquemment à la force, aux violations du droit humanitaire, aux blocus économiques et à la guerre par procuration.

    La guerre à Gaza et au Moyen-Orient illustre ce basculement : Israël, avec le soutien actif ou la passivité complice des puissances occidentales, mène un génocide contre le peuple palestinien, dans une dynamique coloniale assumée, et bombarde directement le territoire iranien, libanais, irakien, qatari, entraînant une riposte militaire d’ampleur. Le régime israélien agit ici comme avant-garde violente d’un axe réactionnaire mondial, dont les soutiens militaires sont fournis par les États-Unis, l’Allemagne et d’autres États de l’OTAN.

    Dans ce contexte, la guerre en Ukraine ne peut être comprise ni comme une défense de la démocratie ni comme un simple conflit local. Il s’agit, pour reprendre les catégories de Lénine, d’un conflit interimpérialiste, où les puissances capitalistes s’affrontent pour le contrôle de zones stratégiques, au détriment des peuples ukrainien et russe. Les États-Unis, dès 1991, ont élargi leur influence vers l’Est, intégrant d’anciennes démocraties populaires à l’OTAN et à l’UE, provoquant ainsi un encerclement militaire de la Russie. Cette dernière, puissance impérialiste régionale, a répondu par la guerre pour préserver sa sphère d’influence. La Russie et la Chine deviennent aujourd’hui les leaders d’un bloc impérialiste challengeur, opposé à la triade USA-UE-Japon — des blocs loin d’être homogènes, mais qui partagent les mêmes logiques d’accumulation et de domination. L’affrontement est donc mondial, stratégique et durable.

    En Afrique également, la situation illustre l’intensification de l’accumulation par le pillage. Tandis qu’un accord de paix entre le Rwanda et la République Démocratique du Congo laisse espérer une stabilisation, les grandes puissances, à travers multinationales et mercenaires, poursuivent leur prédation des ressources (cobalt, or, coltan) dans un continent devenu champ d’expérimentation de toutes les formes de domination impérialiste. Nous vivons ainsi une crise généralisée inhérente au système capitaliste à l’échelle mondiale, où chaque contradiction du système s’aiguise : crise de suraccumulation, crise des rapports de dépendance, crise de légitimité des institutions représentatives. L’exemple de la Chine illustre bien cette dynamique : ses capacités industrielles massivement surdéveloppées. Pour résoudre cette contradiction, la bourgeoisie chinoise cherche une issue géostratégique, en élargissant ses zones d’influence commerciales, financières et logistiques à travers l’Initiative des Nouvelles Routes de la Soie et une diplomatie offensive. Cette expansion entre directement en collision avec les intérêts impérialistes américains et ceux de leurs alliés, aggravant la logique de confrontation globale. Face à l’impossibilité d’un nouvel équilibre impérialiste stable, la solution qui se profile pour les classes dominantes est celle de la guerre.

    Caractériser la période

    Crise de rentabilité et rivalités géopolitiques

    Le capitalisme porte en lui une contradiction structurelle : à mesure qu’il se modernise, la part de travail humain (seule source de valeur) diminue face à l’accumulation de machines, ce qui provoque une tendance générale à la baisse du taux de profit, comme l’a démontré Marx. Pour y répondre, le système déploie des contre-tendances comme les délocalisations, la financiarisation, l’ouverture de nouveaux marchés, l’intensification du travail, la réduction du salaire direct ou indirect, en somme l’impérialisme, mais leur efficacité s’épuise, surtout depuis la crise de 2008 et après le choc du COVID-19. Le capital affronte ainsi une crise de rentabilité persistante. Dans ce contexte, la guerre demeure un « remède temporaire » : elle légitime des dépenses publiques massives, détruit du capital excédentaire qui ne permettait pas le profit suffisant, relance la production capitaliste et renforce le contrôle social. Cette explication exprime une tendance de fond essentielle du capitalisme, mais elle doit être complétée pour saisir les formes actuelles des rivalités interimpérialistes.

    Car ce qui caractérise la phase présente n’est pas une rupture avec la logique du profit, mais son développement au stade impérialiste. La concurrence entre monopoles ne se limite plus aux marchés traditionnels, elle se déploie désormais sur le terrain géopolitique pour le contrôle des infrastructures critiques de la mondialisation, comme les ports, les câbles sous-marins, les routes commerciales, les minerais stratégiques, les systèmes technologiques (5G, satellites, semi-conducteurs), les plateformes numériques, les normes juridiques, les brevets et les systèmes monétaires. Ces objets ne relèvent pas d’une logique politique séparée de l’économique : ils constituent l’expression concrète, au niveau actuel du capitalisme, de la lutte pour l’hégémonie et la captation du profit mondial.

    Nous pouvons distinguer 4 grands pôles géopolitiques :

    • Les États-Unis imposent des sanctions à la Russie et à la Chine, en mobilisant leurs leviers stratégiques majeurs. Par exemple, sur le plan financier, Moscou est exclue du système de paiement international SWIFT, et sur le plan technologique, l’exportation vers Pékin de machines de gravure de semi-conducteurs avancés est interdite. Dans le même temps, Washington aide le réarmement européen à travers l’OTAN et ses propres exportations militaires.
    • L’Union européenne, malgré des velléités d’autonomie stratégique, s’aligne majoritairement sur la stratégie américaine tout en défendant ses champions industriels (Airbus, ASML, Safran, etc.). Le récent accord sur les droits de douane (15 %) en offre une preuve exemplaire.
    • La Chine riposte par une politique d’investissement massif dans les pays de la périphérie et par une stratégie de montée en gamme technologique.
    • La Russie mise sur sa capacité de nuisance géostratégique et sa rente énergétique, tout en consolidant des alliances militaires et diplomatiques alternatives (Iran, Corée du Nord, Afrique, etc.).

    La conflictualité actuelle est donc interimpérialiste, elle oppose des puissances rivales pour la maîtrise du capital, des ressources, des technologies, des normes, et des routes qui les relient.

    Une militarisation de la société

    Les budgets militaires mondiaux repartent à la hausse depuis plus d’une décennie, atteignant en 2024 un record historique de plus de 2 400 milliards de dollars, selon le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute).

    • L’Europe, dans le sillage de la guerre en Ukraine, s’engage désormais dans une logique de réarmement lourd : l’Allemagne, jusqu’alors prudente sur le plan militaire, a mis en place un fonds exceptionnel de 100 milliards d’euros. La France, quant à elle, s’engage à plus que doubler son budget militaire actuel, ce qui équivaut à un budget total de 413 milliards d’euros réparti sur les cinq années qui viennent2.
    • Les États-Unis, déjà premiers en dépenses militaires, continuent d’augmenter leur budget de défense, qui dépasse à lui seul le total cumulé des dix pays suivants.

    La militarisation de la société ne se limite pas à une simple réponse aux menaces extérieures. Elle est le produit d’un système économique et politique où les intérêts de la finance, de l’industrie d’armement et de l’État convergent autour d’un modèle fondé sur la guerre comme horizon stratégique. L’un des moteurs principaux de cette militarisation est économique. Les États confrontés à une instabilité mondiale croissance, réorientent massivement leurs budgets vers les dépenses militaires.

    Les puissances impérialistes, à commencer par les États-Unis, financent ces hausses de dépenses par l’endettement auprès des investisseurs privés, c’est-à-dire principalement les grosses fortunes capitalistes et les banques privées. La dette publique devient ainsi un outil de soutien à l’industrie de défense, dans une sorte de boucle auto-alimentée (un circuit militaro-monétaire3) : les États émettent des obligations pour financer leurs armées, les marchés les achètent, car ils y trouvent un placement sûr, et l’industrie militaire prospère sur cette mécanique. Le résultat, c’est une économie où la guerre n’est plus un accident, mais un moteur.

    Mais la guerre n’est pas seulement militaire ou économique : elle est aussi idéologique, chaque pôle cherche à imposer son propre récit du monde et sa justification belliciste, créant ainsi les conditions possibles d’une adhésion à la guerre par les populations

    Créer le consentement à la guerre

    Comme nous l’avons dit, la guerre ne peut pas se réduire à une logique uniquement économique ou géopolitique : elle doit aussi être rendue acceptable, voire désirable, pour les populations. C’est là qu’intervient la dimension idéologique et culturelle du conflit. Les puissances impérialistes déploient des dispositifs complexes de « fabrication du consentement » qui associent propagande, contrôle de l’information et naturalisation de la guerre comme horizon collectif.

    D’abord, le registre idéologique. Les rivalités interimpérialistes sont systématiquement requalifiées en affrontement de valeurs : démocratie contre autoritarisme, liberté contre dictature, Occident contre Barbarie, civilisation contre terrorisme. Les récits officiels effacent les logiques matérielles derrière une grille de lecture morale. Ainsi, la guerre est présentée non comme un choix stratégique, mais comme une nécessité cathartique, un combat pour « sauver un mode de vie », défendre les droits humains ou préserver l’ordre international.

    À cela s’ajoute le registre sécuritaire. Les États mobilisent la peur de l’ennemi extérieur et du chaos intérieur pour légitimer la surveillance accrue, l’extension des pouvoirs d’exception et la militarisation de l’espace public. L’insécurité sociale (inflation, chômage) est ainsi déplacée vers une insécurité militaire et géopolitique : ce n’est plus le capitalisme qui produit l’instabilité, mais l’ennemi extérieur et intérieur qui menacerait la cohésion nationale. C’est dans ce contexte d’un capitalisme en crise que naît un nouveau fétichisme de la nation.

    Enfin, la guerre est normalisée dans l’économie quotidienne. L’argument de l’emploi sert à justifier l’expansion du complexe militaro-industriel : on ne produit pas seulement des armes, on « crée de la croissance », on « sécurise des filières industrielles stratégiques », on « protège des bassins d’emplois ». Par ce biais, des fractions entières de la classe ouvrière embourgeoisée sont intégrées au dispositif militaire, ce qui rend plus difficile toute contestation radicale. Et lorsque contestation il y a, elle est réprimée : l’ennemi devient aussi intérieur.

    Répression envers les opposants

    Par ce marasme toute contestation de la militarisation est assimilée à une trahison de la nation. C’est le cas en France où les opposants au génocide en Palestine ont vu s’accumuler les poursuites judiciaires pour apologie du terrorisme, dans un discours de cinquième colonne « islamo-gauchiste ». Mais c’est aussi et surtout le cas dans les avant-postes de l’impérialisme que la répression étatique s’exerce sans fard. En Ukraine les opposants à la guerre la vivent de manière particulièrement féroce, avec arrestations, traques policières et enfermements. Ce climat ultra-répressif se voit d’autant plus renforcé à mesure que la guerre s’enlise et que les désertions se multiplient dans l’armée ukrainienne.

    Devenu en Occident un des fers de lance de la contestation sociale à une époque où l’opposition au capitalisme avait été rendue ringarde par la chute de l’URSS, l’antimilitarisme apparaît dorénavant plutôt comme une accusation excommuniante qui ferait des internationalistes autant de campistes, des « munichois » ou d’alliés du Kremlin.

    Que faire ?

    Dans une telle situation, la première chose que nous pouvons faire c’est de chercher à l’analyser correctement. Le début de toute politique est de faire l’analyse de notre contexte d’intervention pour déterminer quelle est la voie à suivre. Pour nous, le contexte est indubitablement celui d’un accroissement des tensions interimpérialistes, et face à cela, d’une grande faiblesse des forces qui peuvent s’opposer aux déflagrations futures. Le mouvement communiste international est faible et avec lui l’ensemble des forces qui ne se rangent pas derrière leur bourgeoisie nationale. Nous sommes donc dans une situation particulièrement dangereuse. Cela ne veut pas dire que nous devons être fatalistes et considérer que nous sommes fichus, car trop faibles et désorganisés.

    La première chose à faire est de s’organiser. Sans cadre collectif rien n’est possible. La bourgeoisie agit de manière structurée, nous devons donc nous doter de la même force. En ce sens, nous pensons qu’il est primordial de rejoindre des collectifs qui saisissent la hauteur des enjeux et cherchent à s’organiser en conséquence. Mais cette nécessité de l’organisation n’est pas qu’un appel à nous rejoindre, c’est également un impératif pour nous, celui de chercher à améliorer notre travail, diffuser nos idées, construire des fronts unitaires avec des mots d’ordre clairs. La tendance à l’accroissement des tensions interimpérialistes est accompagnée par une augmentation de la répression interne, encore une fois face à cela, notre réponse doit être d’y opposer une organisation la plus soudée possible. Nous analysons à long terme que la construction d’un Parti communiste, c’est-à-dire une organisation implantée dans le prolétariat, capable d’organiser et d’orienter les expressions de la lutte des classes dans une confrontation directe avec l’État français impérialiste, est la condition nécessaire à la révolution communiste, une révolution qui est la seule capable de briser ce système qui pousse les peuples à la guerre pour les intérêts des dominants. Face à la guerre impérialiste, le Parti communiste auquel nous aspirons doit prôner le défaitisme révolutionnaire, c’est-à-dire la transformation de la guerre interimpérialiste en guerre civile de classes.

    Mais nos organisations sont loin d’être un parti communiste, elles ne sont à l’heure actuelle que des groupes communistes de très petite taille avec tous les défauts que cela implique. Nous ne disons pas cela pour nous autoflageller, mais, car cette analyse est nécessaire si nous voulons agir à l’échelle qui est la nôtre et sortir de cette condition. Ainsi, nous envisageons notre intervention de ce point de vue et nous pensons que le travail unitaire est une solution à cet état de fait. En confrontant nos points de vue, nous pensons que nous pouvons non seulement progresser nous-mêmes, mais faire progresser le mouvement communiste dans son ensemble. De plus, dans ce contexte de militarisation et de répression, les alliances et les fronts unis sont précieux pour diffuser des idées révolutionnaires et préserver nos organisations de la répression étatique.

    Cette lutte idéologique entre organisations et contre les idées fausses répandues dans les masses est d’autant plus nécessaire que la période que nous vivons crée beaucoup de confusions. Une confusion non seulement entretenue par les idéologues bourgeois et réactionnaires, mais également par des organisations bien plus proches de nous. En ce sens, nous dénonçons toutes les tentatives de lier les intérêts de notre classe à ceux de la bourgeoisie et de l’État français. En tant que militants internationalistes, nous devons à tout prix lutter contre le repli nationaliste, quand bien même il se parerait d’un vernis « patriotique », « protectionniste » voire « progressiste ». Nous devons dénoncer les organisations qui comme la CGT ou la France Insoumise accompagnent la militarisation de l’État français sous couvert de l’intérêt des travailleurs. Nous devons réaffirmer que la bourgeoisie française est une bourgeoisie impérialiste, qui profite directement non pas seulement de l’exploitation du prolétariat français, mais également de l’exploitation de millions de travailleurs à travers le monde. La France n’est pas un pays dominé par l’Union européenne ou les États-Unis, elle est un des principaux pays impérialistes du monde, et notre tâche, en tant que communistes vivant en France, est de s’opposer en priorité à notre propre bourgeoisie. Mais cela ne veut pas non plus dire donner le moindre crédit aux prétentions « antiimpérialistes » de l’État russe ou même chinois, qui ne luttent contre les impérialismes dominants que pour faire triompher le leur.

    Nous devons lier notre destin aux milliards d’exploités et d’opprimés qui subissent à travers le monde les ravages du système capitaliste-impérialiste. Cette tâche immense que nous souhaitons porter dépasse largement nos faibles moyens. Mais nous cherchons, à la hauteur de nos moyens, à la faire vivre à travers nos contacts avec des camarades belges, suisses, allemands, turcs, etc.

    Comme il est affirmé dans le Manifeste de Reconstruction communiste : « L’histoire n’est pas une forteresse imprenable ». Il n’existe pas de fatalité que nous serions forcés de subir. Il appartient à chacune et chacun d’entre nous de tenter ensemble de construire une force à même de conjurer les guerres et de bâtir une humanité nouvelle.

    Conclusion

    Il n’y a pas aujourd’hui de Troisième Guerre mondiale au sens classique du terme, avec ses blocs impériaux dressés l’un contre l’autre dans un affrontement total. Mais tout, dans la configuration présente, laisse entrevoir l’émergence d’une guerre mondiale d’un genre peut-être nouveau. À l’instar des guerres balkaniques avant la Première Guerre mondiale, la diversité des fronts actuels montre une radicalisation de la crise du capitalisme. Mais cette marche à la guerre n’a rien de fatal : elle tient aux calculs mouvants des puissances et à l’équilibre instable de leurs appétits, mais aussi, et surtout, au degré de consentement que les sociétés voudront bien accorder à la boucherie qui s’annonce. C’est là que se joue l’alternative : face à la barbarie impérialiste, il ne s’agit pas seulement de dire « non » à la guerre, mais de la retourner contre ses maîtres, d’en faire non plus leur ordre, mais notre rupture. Car au fond, tout est déjà écrit dans la vieille maxime que l’histoire ressasse : leur guerre, notre sang. Mais peut-être, si les peuples se lèvent, notre lutte, leur chute.

    1 En 1912, les socialistes envisageaient la possibilité d’une Guerre mondiale née des puissances impérialistes : Bureau socialiste international contre la guerre, Congrès socialiste international, 1912. (https://www.marxists.org/francais/inter_soc/1912/bale.pdf)

    2 « Budget de la défense : quelles étapes pour le porter à 5 % du PIB en 2035 ? », Vie publique, 26 août 2025. (https://www.vie-publique.fr/eclairage/284741-budget-de-la-defense-les-etapes-pour-le-porter-5-du-pib)

    3 E. Brancaccio, « Le moment Lénine : entre dette, droits de douane et guerre », Réalité, 15 mai 2025. (https://realite.world/2025/05/15/le-moment-lenine-entre-dette-droits-de-douane-et-guerre/)